0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
12 vues14 pages

Cours 6

Le document traite des sujets de droit international, en se concentrant sur les États comme entités juridiques. Il décrit les éléments constitutifs d'un État selon la Convention de Montevideo, notamment la population, le territoire, le gouvernement et la capacité d'interagir avec d'autres États. Le texte aborde également la souveraineté des États, ses corollaires, ainsi que les compétences exercées tant sur leur territoire qu'à l'étranger.

Transféré par

fambayewade2k6
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
12 vues14 pages

Cours 6

Le document traite des sujets de droit international, en se concentrant sur les États comme entités juridiques. Il décrit les éléments constitutifs d'un État selon la Convention de Montevideo, notamment la population, le territoire, le gouvernement et la capacité d'interagir avec d'autres États. Le texte aborde également la souveraineté des États, ses corollaires, ainsi que les compétences exercées tant sur leur territoire qu'à l'étranger.

Transféré par

fambayewade2k6
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Cours 6 =sujet du droit international = les états

Les sujets de droit ne sont pas tous identiques en nature ni en étendue


de droits. Comme l’indique la jurisprudence de la CIJ dans l’avis sur
la réparation des dommages subis au service des Nations Unies
(1949), les sujets varient dans leur personnalité juridique et leurs
capacités à agir sur la scène internationale.

3.1. Les États

3.1.1. Les éléments constitutifs de l’État

Selon la Convention de Montevideo de 1933, pour qu’un État soit


reconnu en tant que personne de droit international, il doit réunir
quatre conditions essentielles. Ces éléments sont indispensables à la
formation de l’État et comprennent la présence d’une population
permanente, un territoire déterminé, un gouvernement effectif ainsi
que la capacité d’entrer en relations avec les autres États. Ces critères
sont reconnus comme les fondements de la personnalité juridique
étatique.

3.1.1.1. Une population

La population d’un État correspond à l’ensemble des nationaux ou des


personnes qui entretiennent un lien juridique par la nationalité ou la
citoyenneté. La taille de cette population n’est pas déterminante, ni
son organisation interne, et l’on distingue ici la population de concepts
tels que la nation ou le peuple. Ce critère est essentiel, car il permet de
définir qui bénéficiera des droits et des obligations découlant de
l’existence de l’État.

3.1.1.2. Un territoire
Le territoire représente l’espace sur lequel l’État exerce sa
souveraineté. Protégé par le principe de l’intégrité territoriale, tel que
rappelé dans l’article 2(4) de la Charte des Nations Unies, le territoire
délimite géographiquement la compétence étatique. La taille, la
délimitation précise ou les fluctuations éventuelles ne remettent pas en
cause l’existence de l’État. Il se compose généralement d’un territoire
terrestre (incluant lacs et rivières), d’un territoire maritime (eaux
intérieures et eaux territoriales) et d’un territoire aérien (l’espace
surplombant le sol).

3.1.1.3. Un gouvernement

Le gouvernement désigne l’ensemble des organes chargés de


l’administration publique de l’État, quelle que soit son organisation
interne. Il doit être capable d’exercer toutes les fonctions étatiques,
notamment le maintien de l’ordre, la sécurité intérieure et l’exécution
des engagements internationaux. En pratique, bien que la vérification
de l’effectivité du gouvernement soit souvent délicate (car elle relève
des affaires internes), la reconnaissance d’un gouvernement joue un
rôle crucial, notamment dans la représentation internationale. Des
exemples historiques montrent, par exemple, la reconnaissance du
régime franquiste par certains pays ou encore des décisions récentes
relatives à la représentation des États en instance de changement
politique.

3.1.1.4. La capacité d’entrer en relations avec les autres États

Cette capacité juridique se définit par l’indépendance d’un État, c’est-


à-dire l’absence d’un pouvoir supérieur, lui permettant de conclure des
accords et de participer aux relations internationales. Il convient de
distinguer ici les États souverains des entités fédérées, puisque dans
une fédération, c’est généralement l’État fédéral qui détient la
compétence pour engager des relations internationales. Cette capacité
est également un critère essentiel qui distingue un État d’une simple
collectivité administrative.

Une question reste posée : certains éléments constitutifs de l’État sont-


ils plus fondamentaux que d’autres ? Peut-on imaginer un État qui
subsiste malgré la disparition de sa population, de son territoire ou de
son gouvernement ? Ces interrogations restent en partie irrésolues,
alimentant le débat théorique en droit international.

3.1.2. La souveraineté, conséquence de l’existence de l’État

La souveraineté est la conséquence directe de l’existence d’un État et


se décline en deux dimensions complémentaires : la souveraineté
interne et la souveraineté externe.

3.1.2.1. La notion de souveraineté

La souveraineté interne implique l’exclusivité du pouvoir de l’État sur


son territoire, tandis que la souveraineté externe garantit son
indépendance vis-à-vis d’une autorité supérieure. Autrement dit, un
État est libre d’exercer son pouvoir sans intervention extérieure et est
juridiquement égal aux autres États. Ce principe, fondamental pour la
Charte des Nations Unies (article 2(1)), assure qu’aucun super-État ne
puisse imposer sa volonté sur un autre État.

3.1.2.2. Les corollaires de la souveraineté

En découlent plusieurs corollaires importants. L’égalité souveraine


signifie que chaque État est soumis au droit international de manière
égale, sans hiérarchie entre les États. La liberté d’action se traduit par
l’autonomie de chaque État, qui n’est pas subordonné à une autorité
supérieure. Toutefois, cette liberté est limitée par des principes
contraignants du droit international tels que l’interdiction de
l’ingérence dans les affaires internes, l’obligation de régler
pacifiquement les différends et le devoir de coopération entre États.
Des arrêts tels que celui de la CIJ dans l’affaire relative aux activités
militaires au Nicaragua illustrent cette tension entre liberté d’action et
contraintes internationales.

3.1.2.3. La protection de la souveraineté

La protection de la souveraineté se matérialise par deux aspects


majeurs : le domaine réservé de l’État et les immunités dont il
bénéficie.
3.1.2.3.1. Le domaine réservé de l’État

Le domaine réservé désigne l’ensemble des compétences et affaires


internes qui relèvent exclusivement de la compétence d’un État, et que
le droit international reconnaît comme relevant de son autonomie. Il
s’agit essentiellement des affaires internes telles que le choix du
système politique, économique et culturel. Le principe de non-
ingérence, inscrit dans l’article 2(7) de la Charte des Nations Unies et
confirmé par des résolutions telles que la résolution 2131 (1965) et
2625 (1970), protège ce domaine en interdisant aux autres États
d’intervenir directement ou indirectement dans ces affaires.

3.1.2.3.2. Les immunités de l’État

Les immunités visent à garantir que l’État conserve sa souveraineté


dans ses relations extérieures. On distingue notamment les immunités
de juridiction, qui empêchent qu’un État soit jugé devant les tribunaux
d’un autre État, sauf en cas de consentement explicite ou tacite, et les
immunités d’exécution, qui protègent les biens de l’État contre toute
saisie ou contrainte par d’autres juridictions. Bien que des exceptions
existent (notamment dans le cas des transactions commerciales ou en
raison d’accords spécifiques), ces immunités jouent un rôle essentiel
pour préserver l’indépendance et la continuité de l’État sur la scène
internationale.

3.1.3. Les compétences de l’État

Les compétences de l’État se répartissent en celles exercées sur son


territoire et celles exercées hors de son territoire, lesquelles sont
souvent qualifiées de "compétences territoriales qualifiées de
mineures".

3.1.3.1. Les compétences exercées sur son territoire

Ces compétences concernent l’ensemble des pouvoirs étatiques


déployés à l’intérieur des frontières de l’État.

3.1.3.1.1. La délimitation du territoire étatique


La délimitation du territoire est un élément essentiel de la
souveraineté. Ce territoire peut se diviser en plusieurs composantes.

 Le territoire terrestre est l’espace sur lequel l’État exerce sa


souveraineté, et la frontière qui le délimite est considérée comme
un fait juridique ayant une existence propre. Des arrêts, comme
celui concernant le différend territorial entre la Jamahiriya arabe
libyenne et le Tchad, illustrent l’importance de la stabilité des
frontières. Par ailleurs, dans le cadre de la décolonisation, le
principe de l’uti possidetis juris a permis de transformer des
délimitations administratives en frontières internationales,
comme le montre l’arrêt Burkina Faso c. Mali (1986).
 Le territoire maritime se compose de plusieurs zones
distinctes. Les eaux intérieures, situées en deçà de la ligne de
base, relèvent du même régime juridique que le territoire
terrestre. Les eaux territoriales, qui s’étendent jusqu’à 12 milles
marins à partir de la ligne de base, permettent à l’État d’exercer
une souveraineté complète tout en autorisant un droit de passage
inoffensif pour les navires étrangers. Ce droit, encadré par la
Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, impose que
le passage soit continu et rapide, sauf en cas de force majeure ou
d’opération de secours.
 Le territoire aérien comprend l’espace situé au-dessus du
territoire terrestre et des eaux intérieures et territoriales. Cet
espace relève de la pleine souveraineté de l’État, sans droit de
passage inoffensif pour les aéronefs d’État. Les aéronefs civils,
en revanche, bénéficient d’une certaine liberté, conformément à
la Convention de Chicago sur l’aviation civile internationale, qui
autorise le survol et l’atterrissage sous certaines conditions.

3.1.3.1.2. Caractères généraux des compétences exercées sur le


territoire

Deux notions sont fondamentales pour comprendre l’exercice de la


souveraineté sur son propre territoire : la plénitude et l’exclusivité.

 La plénitude désigne la capacité théorique de l’État à


réglementer l’ensemble des activités sur son territoire, qu’il
s’agisse de fonctions étatiques (législatives, administratives,
judiciaires) ou de compétences personnelles affectant toutes les
personnes, physiques ou morales, présentes sur son sol.
Toutefois, en pratique, cette plénitude est limitée par les
engagements internationaux, notamment dans le cadre
d’organisations telles que l’Union européenne.
 L’exclusivité renvoie au principe selon lequel l’État exerce seul,
sur son territoire, les pouvoirs de législation, d’administration,
de juridiction et de contrainte. Ce principe fondamental permet à
un État de s’opposer aux interventions d’autres États, à
l’exception de cas particuliers comme les actions réalisées par
des ambassades ou des consulats, ou celles prévues par des
délégations acceptées.

3.1.3.2. Compétences exercées par l’État hors de son territoire

Au-delà de ses compétences sur son propre territoire, un État peut


exercer des compétences sur des espaces qui ne lui appartiennent pas
directement. Ces compétences sont souvent qualifiées de « territoriales
qualifiées de mineures » et concernent des situations particulières, par
exemple lorsqu’un État exerce un pouvoir dans le cadre d’un bail ou
d’une occupation temporaire. Ce type d’exercice reste toutefois
strictement encadré par le droit international et ne transfère pas la
souveraineté de l’État sur ces espaces.

3.1.3.2.2. Compétence personnelle

La compétence personnelle renvoie à la capacité d’un État d’exercer


des pouvoirs relatifs aux personnes qui lui sont liées par la nationalité.
Cette compétence s’articule autour du lien de nationalité, qui se
décline en plusieurs volets.

Le lien de nationalité – La nationalité de l’individu


Chaque État détient la compétence exclusive de fixer les conditions
selon lesquelles il attribue sa nationalité à une personne. La nationalité
repose sur un lien juridique qui doit refléter un rattachement social
effectif et authentique entre l’individu et la communauté nationale. Le
principe implique que la nationalité ne peut être attribuée de manière
arbitraire ; elle doit s’appuyer sur des faits sociaux réels, comme le
lien du sang (filiation ou droit du sang) ou le lieu de naissance (droit
du sol). Par exemple, dans l’affaire Nottebohm (Liechtenstein c.
Guatemala, CIJ, 1955), la Cour a souligné que la nationalité est
l’expression juridique d’un lien effectif entre l’individu et l’État, et
que ce lien doit correspondre à une réalité sociale partagée. Par
ailleurs, on distingue la nationalité à titre originaire – basée sur des
critères tels que la filiation ou la naissance sur le sol national – et la
nationalité à titre dérivé, qui peut résulter de la naturalisation, du
mariage, ou d’autres conditions fixées par la politique démographique
de l’État. Des exemples récents, comme la modification de la Loi sur
la citoyenneté au Canada, illustrent la manière dont ces critères
peuvent évoluer pour lutter contre l’apatridie.

La nationalité des personnes morales


De la même manière que pour les individus, chaque État est libre de
déterminer les conditions d’attribution de sa nationalité aux personnes
morales (entreprises, sociétés, associations). Plusieurs critères peuvent
être utilisés, tels que le siège social, le lieu d’incorporation, la
nationalité de l’actionnaire majoritaire ou celle du dirigeant effectif.
La jurisprudence, notamment dans l’affaire Barcelona Traction
(Belgique c. Espagne, CIJ, 1970), rappelle qu’aucun critère absolu
n’est établi et que l’effectivité du lien entre la personne morale et
l’État doit être appréciée au cas par cas.

La nationalité des engins


Les engins capables de se déplacer, tels que les navires, les aéronefs
ou encore les engins spatiaux, sont eux aussi soumis à un rattachement
de nationalité. Pour les navires, par exemple, le droit international
exige une immatriculation unique et un lien substantiel avec l’État qui
leur attribue sa nationalité, comme le prévoit l’article 91 de la
Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Pour les
aéronefs, les conditions sont généralement plus souples, tandis que
pour les engins spatiaux, la nationalité est souvent déterminée par
l’État de lancement. Ce rattachement permet de garantir qu’un seul
État assume la responsabilité de l’engin en question sur la scène
internationale.
Exercice de la compétence personnelle
Lorsque des nationaux se trouvent sur le territoire d’un autre État, leur
État d’origine peut exercer sa compétence personnelle, mais cela se
fait dans le respect des conditions posées par l’État hôte ou par des
accords bilatéraux. Par exemple, un État peut établir des actes civils
ou permettre la participation à des élections à distance pour ses
ressortissants, et s’il ne peut exercer cette compétence, il peut chercher
à protéger les intérêts de ses nationaux et, le cas échéant, engager la
responsabilité internationale de l’État ayant causé un préjudice.
L’affaire Lagrand illustre une situation où, face à l’impossibilité
d’exercer une protection diplomatique effective, l’État concerné a
tenté de faire valoir ses droits en invoquant la responsabilité d’un autre
État.

3.1.3.3. Concurrence et conciliation des compétences étatiques

Hiérarchie des compétences


Dans le système international, il existe une hiérarchie entre la
compétence territoriale et la compétence personnelle. En principe, la
compétence territoriale prime, ce qui signifie que l’État exerce en
priorité ses pouvoirs sur le territoire sur lequel il est souverain. Cela ne
signifie pas que l’État ne peut pas légiférer à l’égard de ses
ressortissants à l’étranger, mais toute application de ces règles doit
tenir compte de la souveraineté de l’État où se trouvent ces personnes.
Des conventions ou accords bilatéraux peuvent organiser ces
situations, mais en l’absence d’un tel accord, la règle générale reste la
primauté de la compétence territoriale.

Portée extraterritoriale du droit national


Un État peut, dans certains cas, étendre ses règles nationales à des
situations se déroulant hors de son territoire. Cela peut concerner des
actes affectant ses ressortissants à l’étranger ou, dans certains cas,
l’application d’une réglementation sur une activité internationale.
Toutefois, il faut distinguer entre la capacité d’édicter des règles
(compétence normative) et celle d’en assurer l’exécution (compétence
d’exécution). En effet, alors qu’un État peut librement édicter des
règles applicables à ses nationaux, il est généralement interdit
d’exercer des mesures d’exécution – comme procéder à des
arrestations ou saisir des preuves – sur le territoire d’un autre État sans
le consentement de ce dernier. Cette limite s’illustre, par exemple, par
l’application des lois anti-trust américaines qui ont été critiquées pour
leur portée extraterritoriale et leur ingérence dans la politique d’autres
États, conduisant certains pays à adopter des lois de contre-mesure,
comme la loi sur les mesures extraterritoriales étrangères au Canada.

Prise en considération du droit étranger


Selon les principes du droit international privé, les tribunaux
nationaux peuvent être amenés à appliquer le droit étranger lorsque
cela est requis par le contexte de l’affaire. La doctrine de l’« act of
state » présume la légalité des actes d’un État étranger, sauf si ces
actes sont contraires à l’ordre public du pays concerné. Cette approche
garantit que la réglementation d’un État ne peut être appliquée de
manière unilatérale en ingérence dans les affaires d’un autre.

Limites de la compétence d’exécution


Il est généralement admis que l’exercice de la compétence d’exécution
ne peut pas s’étendre sur le territoire d’un autre État. En d’autres
termes, un État ne peut pas imposer l’exécution de ses règles – par
exemple, procéder à des arrestations ou à des perquisitions – sur le
territoire d’un autre sans autorisation. Toutefois, il est possible pour
un État d’appliquer sur son propre territoire des règles à portée
extraterritoriale concernant des faits survenus à l’étranger, notamment
lorsque la personne concernée est de sa nationalité. Des différends
concernant l’application extraterritoriale de certaines lois, comme les
lois anti-trust américaines, illustrent les tensions qui peuvent en
résulter.

Coopération interétatique et extradition


Pour gérer l’exercice des compétences en dehors de leur territoire, les
États ont recours à la coopération interétatique, notamment à travers
l’extradition. L’extradition est le mécanisme par lequel un État remet à
un autre une personne dont il souhaite exercer la juridiction pénale. La
procédure d’extradition est encadrée par des garanties procédurales
destinées à protéger l’individu, à respecter l’ordre public de l’État
demandeur et à éviter toute ingérence injustifiée dans les affaires
internes. On observe ainsi une augmentation du nombre de
conventions bilatérales qui limitent l’extradition pour motifs politiques
et étendent la notion d’ordre public, notamment en intégrant le droit à
la vie et d’autres droits fondamentaux.

3.1.4. Formation et transformation de l’État

Les processus de création et de transformation des États se déclinent


sous plusieurs formes, reflétant l’évolution du système international
contemporain.

Création de l’État dans le monde contemporain


La formation d’un nouvel État peut s’opérer de deux manières
principales. D’une part, par le processus de décolonisation, qui
consiste à séparer un territoire colonial de l’État métropolitain, et
d’autre part, par l’éclatement d’un État préexistant – c’est-à-dire par la
sécession ou la dissolution – ou par la création concertée d’un nouvel
État par fusion ou réunification. Ces différentes voies illustrent la
complexité des transformations politiques dans le système
international.

Décolonisation et droit des peuples à disposer d’eux-mêmes


La décolonisation a permis la création de nombreux États nouveaux à
partir des anciennes colonies. Ce processus est encadré par le droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes, principe consacré dans la Charte des
Nations Unies (articles 1(2) et 55) et affirmé par plusieurs résolutions
de l’Assemblée générale (notamment la Résolution 1514 de 1960,
ainsi que d’autres résolutions ultérieures comme 2189, 2200 et 2625).
Le principe est désormais largement établi et reconnaît l’égalité des
droits des peuples, leur permettant d’exprimer leur volonté
d’autodétermination, que ce soit à travers un processus interne de
démocratie ou, dans des cas d’oppression, par l’autodétermination
externe.

Contenu du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes


Selon les situations, le droit à l’autodétermination peut prendre deux
formes distinctes. Pour les peuples vivant dans des États
démocratiques où ils participent activement aux processus politiques,
le droit à l’autodétermination se limite souvent à un droit interne, sans
ouvrir la voie à la sécession afin de préserver l’intégrité territoriale. En
revanche, pour les peuples soumis à une domination étrangère ou à
une occupation, le droit à l’autodétermination externe peut
s’appliquer. Le cas du Renvoi relatif à la sécession du Québec (SC,
1998) illustre ainsi que, même si tous les peuples ont le droit de
disposer d’eux-mêmes, l’autodétermination externe n’est reconnue
que dans des situations spécifiques.

Modalités d’exercice du droit à la décolonisation


Pour mettre en œuvre le droit à la décolonisation, plusieurs principes
doivent être respectés. D’abord, il y a l’obligation de consulter le
peuple concerné, quelle que soit la forme que prend cette consultation,
comme en témoigne l’avis consultatif de la CIJ dans l’affaire du
Sahara occidental (1975). Ensuite, le principe de l’uti possidetis exige
que la décolonisation se fasse dans le respect des frontières coloniales,
afin de garantir la stabilité territoriale (comme illustré par l’affaire
relative à la séparation de l’archipel des Chagos de Maurice, CIJ,
2019). Enfin, les peuples coloniaux disposent d’un droit inhérent de
lutter contre la répression coloniale, comme l’illustrent les résolutions
de l’AGNU de 1970 qui affirment ce droit.

Création d’un État en-dehors du cadre de la décolonisation

La formation d’un nouvel État peut également se réaliser par des


mécanismes autres que la décolonisation.

 La sécession
La sécession consiste en la séparation d’une partie d’un territoire
préexistant, laissant subsister l’État d’origine. Des exemples
contemporains, tels que les débats sur la Catalogne, l’Écosse ou
le Québec, montrent que la question de la sécession est très
controversée, notamment parce qu’elle va à l’encontre du
principe de l’intégrité territoriale énoncé par la Résolution 2625
(1970). La jurisprudence, notamment le Renvoi relatif à la
sécession du Québec, a clairement établi que le droit
international n’accorde pas de droit à la sécession, la laissant
principalement relever du droit constitutionnel interne.
 La dissolution
La dissolution d’un État se traduit par son éclatement en
plusieurs entités nouvelles, sans qu’aucune d’entre elles ne
prétende nécessairement être la continuité de l’État précédent,
sauf en cas d’accord particulier. Par exemple, lors de la
dissolution de l’URSS, l’Accord d’Alma-Ata (1991) a reconnu à
la Russie le droit de succéder à l’URSS, alors que dans le cas de
l’ex-Yougoslavie, l’absence d’accord a conduit à des démarches
distinctes pour la reconnaissance internationale.
 La création concertée d’un État nouveau : fusion ou
réunification
Certains États se créent par une fusion ou une réunification,
processus qui se fonde sur des accords mutuels et sur des réalités
historiques. La fusion peut aboutir, par exemple, à la constitution
d’un État fédéral à partir d’une confédération, comme ce fut le
cas lors de la formation des États-Unis en 1787, ou encore dans
l’union du Tanganyika et de Zanzibar pour former la Tanzanie
en 1964. La réunification, quant à elle, est illustrée par le cas de
l’Allemagne réunifiée en 1990, où des parties d’un même
territoire se sont réintégrées dans un État unique.

3.1.4.2. Acquisition et perte du territoire

Au cœur de cette section se trouve la distinction essentielle entre


l’acquisition d’un territoire et l’acquisition d’un titre de souveraineté.
En réalité, lorsqu’un État « acquiert » un territoire, il s’agit plus
précisément d’obtenir un lien juridique, ou titre, qui rattache ce
territoire à son autorité souveraine. On distingue ainsi deux catégories
de titres :

- Les titres originaires


Ce sont ceux qui naissent par la transformation d’un territoire
sans maître (terra nullius) en un territoire rattaché à un État.
Historiquement, la règle classique voulait que la découverte d’un
territoire inoccupé vaille titre de souveraineté. Toutefois, cette
acquisition ne repose pas uniquement sur la découverte ; elle
exige également l’occupation effective du territoire. Cette
occupation se manifeste par divers actes de souveraineté tels que
des décrets relatifs à l’exploitation des ressources, la perception
d’impôts, la pose d’un drapeau, l’installation d’une garnison ou
la construction d’un phare. L’exigence d’effectivité peut varier
en fonction des caractéristiques de l’espace concerné. Par
exemple, dans le cas de l’île de Clipperton, une petite île
inhabitée au large du Mexique, la simple publication d’un décret
par la France a été considérée comme suffisant pour établir
l’occupation effective. À l’inverse, pour des territoires situés à
proximité des côtes, comme les îles Minquiers ou les Écréhous,
la CIJ a attaché une importance particulière aux multiples actes
de souveraineté avancés par les États revendiquant le territoire.

Occupation et acquiescement
Lorsqu’un État occupe un territoire et se comporte en tant que
souverain, il engage sa volonté de détenir ce territoire, ce qui peut
entraîner la reconnaissance par d’autres États. En l’absence de
protestation ou de contestation par un État tiers, ce dernier est
considéré comme ayant acquiescé à la revendication territoriale de
l’occupant. Autrement dit, une occupation effective et publique vaut
titre, sauf si un autre État, se sentant également compétent sur ce
territoire, manifeste une opposition claire. Des affaires comme celle
opposant le Cameroun au Nigéria en 2002 montrent que, même si des
actes d’effectivité peuvent être invoqués, un titre juridique établi par
des traités peut primer sur de simples mesures d’occupation. De
même, dans l’affaire Burkina Faso c. Niger (2013), la CIJ a rappelé
que l’effectivité ne peut contredire un titre juridique déjà clairement
établi.

- Les titres dérivés


Ce type de titre découle d’un transfert de territoire d’un État à un
autre, qu’il s’agisse d’un transfert conventionnel ou non
conventionnel.

 Dans le cas des transferts conventionnels, le titre dérivé s’obtient


par la cession, qui peut prendre différentes formes. Par exemple,
la cession du Québec de la France au Royaume-Uni en 1763, la
cession de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne en 1871 (puis
rétrocession en 1919), ou encore la vente de territoires tels que la
Louisiane (1803) ou l’Alaska (1867).
 Concernant les transferts non conventionnels, ils reposent
historiquement sur le principe de la conquête. Cependant, le
droit international moderne proscrit l’acquisition de territoires
par la force, comme en témoigne la condamnation de
l’occupation de territoires par Israël dans la résolution 242 du
Conseil de sécurité (1967). Néanmoins, le débat reste ouvert
quant à la reconnaissance d’annexions récentes, telles que
l’annexion de la Crimée par la Russie ou certaines mesures en
Ukraine, illustrant ainsi la mouvance constante du droit
international.

Vous aimerez peut-être aussi