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Pen Rchive Oulouse Rchive Uverte : O A T A O Oatao

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Open Archive TOULOUSE Archive Ouverte (OATAO)

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Eprints ID : 14505

To cite this version :


Goube, Anaïs. Diagnostic post-mortem des intoxications chez les
carnivores domestiques : intérêts et limites de l’autopsie. Etude de
23 cas d’intoxication. Thèse d'exercice, Ecole Nationale
Vétérinaire de Toulouse - ENVT, 2015, 119 p.

Any correspondance concerning this service should be sent to the repository


administrator: [email protected].
ANNEE 2015 THESE : 2015 – TOU 3 – 4076

DIAGNOSTIC POST-MORTEM DES


INTOXICATIONS CHEZ LES CARNIVORES
DOMESTIQUES - INTERÊTS ET LIMITES DE
L’AUTOPSIE. ETUDE DE 23 CAS
D’INTOXICATION
_________________

THESE
pour obtenir le grade de
DOCTEUR VETERINAIRE

DIPLOME D’ETAT

présentée et soutenue publiquement


devant l’Université Paul-Sabatier de Toulouse

par

GOUBE Anaïs
Née, le 11 décembre 1990 à Toulouse (31)
___________

Directeur de thèse : Mme Martine KOLF-CLAUW


___________

JURY

PRESIDENT :
M. Christian VIRENQUE Professeur à l’Université Paul-Sabatier de TOULOUSE

ASSESSEURS :
Mme Martine KOLF-CLAUW Professeure à l’Ecole Nationale Vétérinaire de TOULOUSE
Mme Isabelle RAYMOND-LETRON Maître de Conférences à l’Ecole Nationale Vétérinaire de TOULOUSE
Ministère de l'Agriculture de l’Agroalimentaire et de la Forêt
ECOLE NATIONALE VETERINAIRE DE TOULOUSE

Directrice : Madame Isabelle CHMITELIN

PROFESSEURS CLASSE EXCEPTIONNELLE

M. AUTEFAGE André, Pathologie chirurgicale


Mme CLAUW Martine, Pharmacie-Toxicologie
M. CONCORDET Didier, Mathématiques, Statistiques, Modélisation
M DELVERDIER Maxence, Anatomie Pathologique
M. ENJALBERT Francis, Alimentation
M. FRANC Michel, Parasitologie et Maladies parasitaires
M. MARTINEAU Guy, Pathologie médicale du Bétail et des Animaux de Basse-cour
M. PETIT Claude, Pharmacie et Toxicologie
M. REGNIER Alain, Physiopathologie oculaire
M. SCHELCHER François, Pathologie médicale du Bétail et des Animaux de Basse-cour

PROFESSEURS 1° CLASSE

M. BERTAGNOLI Stéphane, Pathologie infectieuse


M. BERTHELOT Xavier, Pathologie de la Reproduction
M. BOUSQUET-MELOU Alain, Physiologie et Thérapeutique
M. DUCOS Alain, Zootechnie
M. FOUCRAS Gilles, Pathologie des ruminants
Mme GAYRARD-TROY Véronique, Physiologie de la Reproduction, Endocrinologie
Mme HAGEN-PICARD, Nicole, Pathologie de la reproduction
M. LEFEBVRE Hervé, Physiologie et Thérapeutique
M. MEYER Gilles, Pathologie des ruminants
M. SANS Pierre, Productions animales
Mme TRUMEL Catherine, Biologie Médicale Animale et Comparée

PROFESSEURS 2° CLASSE

M. BAILLY Jean-Denis, Hygiène et Industrie des aliments


Mme BENARD Geneviève, Hygiène et Industrie des Denrées alimentaires d'Origine animale
Mme BOURGES-ABELLA Nathalie, Histologie, Anatomie pathologique
M. BRUGERE Hubert, Hygiène et Industrie des aliments d'Origine animale
Mme CHASTANT-MAILLARD Sylvie, Pathologie de la Reproduction
M. GUERRE Philippe, Pharmacie et Toxicologie
M. GUERIN Jean-Luc, Aviculture et pathologie aviaire
M. JACQUIET Philippe, Parasitologie et Maladies Parasitaires
M. LIGNEREUX Yves, Anatomie
M. PICAVET Dominique, Pathologie infectieuse

PROFESSEURS CERTIFIES DE L'ENSEIGNEMENT AGRICOLE

Mme MICHAUD Françoise, Professeur d'Anglais


M SEVERAC Benoît, Professeur d'Anglais

Mise à jour au 01/03/2015


MAITRES DE CONFERENCES HORS CLASSE

M. BERGONIER Dominique, Pathologie de la Reproduction


Mme BOUCLAINVILLE-CAMUS Christelle, Biologie cellulaire et moléculaire
Mlle BOULLIER Séverine, Immunologie générale et médicale
Mlle DIQUELOU Armelle, Pathologie médicale des Equidés et des Carnivores
M. DOSSIN Olivier, Pathologie médicale des Equidés et des Carnivores
M. JOUGLAR Jean-Yves, Pathologie médicale du Bétail et des Animaux de Basse-cour
Mme LETRON-RAYMOND Isabelle, Anatomie pathologique
M. LYAZRHI Faouzi, Statistiques biologiques et Mathématiques
M. MATHON Didier, Pathologie chirurgicale
Mme PRIYMENKO Nathalie, Alimentation

MAITRES DE CONFERENCES (classe normale)

M. ASIMUS Erik, Pathologie chirurgicale


Mme BENNIS-BRET Lydie, Physique et Chimie biologiques et médicales
Mlle BIBBAL Delphine, Hygiène et Industrie des Denrées alimentaires d'Origine animale
Mme BOUHSIRA Emilie, Parasitologie, maladies parasitaires
Mlle CADIERGUES Marie-Christine, Dermatologie
M. CONCHOU Fabrice, Imagerie médicale
M. CORBIERE Fabien, Pathologie des ruminants
M. CUEVAS RAMOS Gabriel, Chirurgie Equine
Mme DANIELS Hélène, Microbiologie-Pathologie infectieuse
Mlle DEVIERS Alexandra, Anatomie-Imagerie
M. DOUET Jean-Yves, Ophtalmologie vétérinaire et comparée
Mlle FERRAN Aude, Physiologie
M. GUERIN Jean-Luc, Elevage et Santé avicoles et cunicoles
M. JAEG Jean-Philippe, Pharmacie et Toxicologie
Mlle LACROUX Caroline, Anatomie Pathologique des animaux de rente
Mlle LAVOUE Rachel, Médecine Interne
M. LIENARD Emmanuel, Parasitologie et maladies parasitaires
M. MAILLARD Renaud, Pathologie des Ruminants
Mme MEYNADIER Annabelle, Alimentation
Mme MEYNAUD-COLLARD Patricia, Pathologie Chirurgicale
M. MOGICATO Giovanni, Anatomie, Imagerie médicale
M. NOUVEL Laurent, Pathologie de la reproduction (en disponibilité)
Mlle PALIERNE Sophie, Chirurgie des animaux de compagnie
Mlle PAUL Mathilde, Epidémiologie, gestion de la santé des élevages avicoles et porcins
Mme PRADIER Sophie, Médecine interne des équidés
M. RABOISSON Didier, Productions animales (ruminants)
M. VOLMER Romain, Microbiologie et Infectiologie
M. VERWAERDE Patrick, Anesthésie, Réanimation
Mme WARET-SZKUTA Agnès, Production et pathologie porcine

MAITRES DE CONFERENCES et AGENTS CONTRACTUELS

M. DAHAN Julien, Médecine Interne

ASSISTANTS D'ENSEIGNEMENT ET DE RECHERCHE CONTRACTUELS

Mme COSTES Laura, Hygiène et industrie des aliments


Mme LALLEMAND Elodie, Chirurgie des Equidés
M. TANIS Jean-Benoît, Anatomie – Imagerie Médicale

Mise à jour au 01/03/2015


A MON PRESIDENT DE THESE

Monsieur le Professeur Christian VIRENQUE


Professeur de l’Université Paul Sabatier de Toulouse
Anesthésiologie et Réanimation chirurgicale

Qui me fait l’honneur d’accepter la présidence de mon jury de thèse


Hommages respectueux

A MON JURY DE THESE

A Madame le Professeur Martine KOLF-CLAUW


Professeur de l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse
Pharmacologie et Toxicologie

Pour son implication et sa gentillesse dans l’encadrement de mon travail


Sincères remerciements

A Madame le Docteur Isabelle RAYMOND-LETRON


Maître de conférences de l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse
Anatomie Pathologique

Qui me fait l’honneur de participer à mon jury de thèse


Qu’elle trouve ici la marque de toute ma considération
6
A ceux ayant contribué à ce travail

A Monsieur le Professeur Philippe BERNY


Professeur à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Lyon
Toxicologie

Pour m’avoir permis d’accéder aux données du laboratoire toxicologique


vétérinaire de Lyon, pour son accueil et sa disponibilité
Sincères remerciements

Au personnel du Laboratoire de Diagnostic Toxicologique Vétérinaire de


Lyon, du Centre-Antipoison Animal de Toulouse (CAPAT) et du Centre
Antipoison Animal et Environnemental de l’Ouest (CAPAE-Ouest) qui
ont contribué à ce travail. Un grand merci.

7
8
Table des matières
TABLE DES MATIERES .................................................................................................................................... 9
LISTE DES ILLUSTRATIONS ........................................................................................................................ 11
LISTE DES TABLEAUX ................................................................................................................................... 12
LISTE DES ABREVIATIONS .......................................................................................................................... 13
INTRODUCTION ............................................................................................................................................... 15
1ERE PARTIE – LA DEMARCHE DIAGNOSTIQUE POST-MORTEM ..................................................... 17
I.1- CONTEXTE DE L’AUTOPSIE ......................................................................................................................... 18
I.2- PREPARATION A L’AUTOPSIE ...................................................................................................................... 20
I.3- PROCEDURE DE REALISATION TECHNIQUE DE L’AUTOPSIE .......................................................................... 21
I.3.1 - Examen général externe .................................................................................................................... 21
I.3.2 - Dépouillement ................................................................................................................................... 22
I.3.3 - Ouverture de la cavité abdominale ................................................................................................... 22
I.3.4 - Ouverture et exploration de la cavité thoracique ............................................................................. 23
I.3.5 - Eviscération ...................................................................................................................................... 23
I.3.6 - Appareil respiratoire ........................................................................................................................ 24
I.3.7 - Cœur ................................................................................................................................................. 24
I.3.8 - Appareil digestif ................................................................................................................................ 25
I.3.9 - Appareil urinaire et génital............................................................................................................... 25
I.3.10 - Organes hémato lympho-poïétiques................................................................................................ 25
I.3.11 - Système nerveux central .................................................................................................................. 25
I.3.12 - Appareil locomoteur ....................................................................................................................... 26
I.4- DESCRIPTION DES LESIONS ......................................................................................................................... 26
I.4.1 – Description lésionnelle ..................................................................................................................... 26
I.4.1.1- Localisation.................................................................................................................................................. 26
I.4.1.2- Distribution .................................................................................................................................................. 27
I.4.1.3 - Forme .......................................................................................................................................................... 28
I.4.1.4 - Taille et extension ....................................................................................................................................... 28
I.4.1.5 - Couleur ....................................................................................................................................................... 28
I.4.1.6 - Consistance et texture ................................................................................................................................. 29
I.4.1.7 - Aspect à la coupe ........................................................................................................................................ 29
I.4.1.8 - Particularités ............................................................................................................................................... 29
I.4.2 – Diagnostic macroscopique et rapport d’autopsie ............................................................................ 30
I.5- PRELEVEMENTS .......................................................................................................................................... 31
I.5.1- Histopathologie .................................................................................................................................. 31
I.5.1.1 - Prélèvement et fixation ............................................................................................................................... 31
I.5.1.2 - Préparation des lames histologiques ........................................................................................................... 32
I.5.1.3 - Lecture ........................................................................................................................................................ 32
I.5.2- Toxicologie......................................................................................................................................... 33
I.5.2.1 - Prélèvements : nature et quantité ................................................................................................................ 33
I.5.2.2 - Conditionnement ......................................................................................................................................... 36
I.6- TOXICOLOGIE ANALYTIQUE ........................................................................................................................ 38
I.6.1- Toxicologie analytique en médecine humaine ................................................................................... 38
I.6.1.1- Méthodes de séparation................................................................................................................................ 38
I.6.1.2- Méthodes d’identification : la spectrométrie ................................................................................................ 42
I.6.1.3- Nouveautés en toxicologie analytique humaine ........................................................................................... 44
I.6.2- Toxicologie analytique en médecine vétérinaire ................................................................................ 45
I.6.2.1- Applications analytiques de la toxicologie humaine à la toxicologie vétérinaire ......................................... 45
I.6.2.2- Microscopie végétale ................................................................................................................................... 46
2EME PARTIE – ETUDE TOXICOLOGIQUE ................................................................................................. 47
II.1 - EPIDEMIOLOGIE DES INTOXICATIONS DES CARNIVORES DOMESTIQUES .................................................... 48
II.1.1 - Espèces concernées ......................................................................................................................... 48
II.1.2- Modalités d’exposition ..................................................................................................................... 50
II.1.3- Toxiques concernés........................................................................................................................... 50
II.2- LESIONS ET DIAGNOSTIC DE CERTITUDE DES INTOXICATIONS CHEZ LES CARNIVORES DOMESTIQUES ........ 57
II.2.1- Toxiques entrainant des lésions macroscopiques caractéristiques .................................................. 57
II.2.1.1- Raticides anticoagulants ............................................................................................................................. 57

9
1) Présentation..................................................................................................................................................... 57
2) Lésions macroscopiques et histologiques ....................................................................................................... 61
3) Diagnostic de certitude : prélèvements et méthodes d’analyse ....................................................................... 65
4) Illustrations par des cas de terrain ................................................................................................................... 66
II.2.1.2- Monoxyde de Carbone................................................................................................................................ 68
1) Présentation..................................................................................................................................................... 68
2) Lésions ............................................................................................................................................................ 71
3) Diagnostic de certitude ................................................................................................................................... 73
II.2.1.3- Irritants, détergents et caustiques ................................................................................................................ 75
1) Présentation..................................................................................................................................................... 75
2) Lésions ............................................................................................................................................................ 78
3) Diagnostic de certitude ................................................................................................................................... 79
II.2.2- Toxiques entrainant des lésions histologiques caractéristiques ....................................................... 80
II.2.2.1- Ethylène glycol ........................................................................................................................................... 80
1) Présentation..................................................................................................................................................... 80
2) Lésions ............................................................................................................................................................ 83
3) Diagnostic de certitude ................................................................................................................................... 86
II.2.3- Toxiques entrainant des lésions non spécifiques .............................................................................. 88
II.2.3.1 - Strychnine .................................................................................................................................................. 88
1) Présentation..................................................................................................................................................... 88
2) Lésions ............................................................................................................................................................ 89
3) Diagnostic de certitude ................................................................................................................................... 90
4) Illustrations par des cas de terrain ................................................................................................................... 91
II.2.3.2 - Chloralose .................................................................................................................................................. 93
1) Présentation..................................................................................................................................................... 93
2) Lésions ............................................................................................................................................................ 94
3) Diagnostic de certitude ................................................................................................................................... 95
4) Illustrations par des cas de terrain ................................................................................................................... 96
II.2.3.3 - Organophosphorés et carbamates .............................................................................................................. 97
1) Présentation..................................................................................................................................................... 97
2) Lésions .......................................................................................................................................................... 100
3) Diagnostic de certitude ................................................................................................................................. 101
4) Illustrations par des cas de terrain ................................................................................................................. 102
II.2.3.4 - Lindane .................................................................................................................................................... 105
1) Présentation................................................................................................................................................... 105
2) Lésions .......................................................................................................................................................... 107
3) Diagnostic de certitude ................................................................................................................................. 108
4) Illustrations par des cas de terrain ................................................................................................................. 108
CONCLUSION ................................................................................................................................................. 109
BIBLIOGRAPHIE ......................................................................................... ERREUR ! SIGNET NON DEFINI.

10
Liste des illustrations
FIGURE 1 - OUVERTURE DU CŒUR LORS DE L’EXAMEN NECROPSIQUE ................................................................... 24
FIGURE 2 – EXEMPLES DE TERMINOLOGIE UTILISEE POUR DECRIRE LA LOCALISATION D’UNE LESION ................... 27
FIGURE 3 – EXEMPLES DE TERMINOLOGIE UTILISEE POUR DECRIRE LA DISTRIBUTION D’UNE LESION .................... 27
FIGURE 4 – AUTRES EXEMPLES DE TERMINOLOGIE UTILISEE POUR DECRIRE LA DISTRIBUTION D’UNE LESION ....... 28
FIGURE 5- RESULTATS D'UNE CHROMATOGRAPHIE EN COUCHE MINCE ASSOCIEE A UNE DENSITOMETRIE.............. 40
FIGURE 6 - RESULTATS D'UNE CHROMATOGRAPHIE SUR COLONNE POUR LA RECHERCHE DE CARBAMATES. .......... 40
FIGURE 7- REPARTITION DES ESPECES CONCERNEES PAR LES APPELS AU C.N.I.T.V. EN 2003. .............................. 49
FIGURE 8 - REPARTITION DES ESPECES CONCERNEES PAR LES ANALYSES REALISEES AU LABORATOIRE DE
TOXICOLOGIE DE LYON EN 2003. ................................................................................................................. 49
FIGURE 9- HEMORRAGIES SOUS CUTANEES ET MUSCULAIRES LORS D'UNE INTOXICATION AUX AVK CHEZ UN CHIEN
..................................................................................................................................................................... 62
FIGURE 10 - HEMORRAGIE PULMONAIRE LORS D’UNE INTOXICATION AUX AVK CHEZ UN CHIEN. ......................... 62
FIGURE 11 - HEMOPERITOINE LORS D'UNE INTOXICATION AUX AVK CHEZ UN CHIEN............................................ 62
FIGURE 12 - LESIONS MACROSCOPIQUES ET MICROSCOPIQUES INDUITES PAR LES AVK CHEZ LES CARNIVORES
DOMESTIQUES. ............................................................................................................................................. 64
FIGURE 13- MODIFICATION DE LA COURBE DE DISSOCIATION DE L'HEMOGLOBINE LORS D'INTOXICATION AU
MONOXYDE DE CARBONE ............................................................................................................................. 69
FIGURE 14 – DEPOT DE FUMEE LE LONG DE LA TRACHEE D'UN CHIEN DECEDE DANS UN INCENDIE ........................ 71
FIGURE 15 - LESIONS MACROSCOPIQUES ET MICROSCOPIQUES INDUITES PAR LE MONOXYDE DE CARBONE CHEZ LES
CARNIVORES DOMESTIQUES. ........................................................................................................................ 72
FIGURE 16 - POSITION DES BANDES D'ABSORPTION (EN NM) EN EXAMEN SPECTROSCOPIQUE. ................................ 73
FIGURE 17 - LESIONS MACROSCOPIQUES ET MICROSCOPIQUES INDUITES PAR LES CAUSTIQUES CHEZ LES
CARNIVORES DOMESTIQUES. ........................................................................................................................ 79
FIGURE 18 - SCHEMA DE LA METABOLISATION HEPATIQUE OXYDATIVE ET TOXIFIANTE DE L’ETHYLENE GLYCOL. 81
FIGURE 19 - CRISTAUX D'OXALATE DE CALCIUM MONOHYDRATE ET DIHYDRATE DANS LE SEDIMENT URINAIRE
D'UN CHIEN (X100) ....................................................................................................................................... 83
FIGURE 20 - CRISTAUX D'OXALATE DE CALCIUM DANS UN REIN DE CHIEN INTOXIQUE A L'ETHYLENE GLYCOL...... 85
FIGURE 21 - LESIONS MACROSCOPIQUES ET MICROSCOPIQUES INDUITES PAR L'ETHYLENE GLYCOL CHEZ LES
CARNIVORES DOMESTIQUES. ........................................................................................................................ 86
FIGURE 22 - LESIONS MACROSCOPIQUES ET MICROSCOPIQUES INDUITES PAR LA STRYCHNINE CHEZ LES
CARNIVORES DOMESTIQUES. ........................................................................................................................ 90
FIGURE 23 - LESIONS MACROSCOPIQUES ET MICROSCOPIQUES INDUITES PAR LE CHLORALOSE CHEZ LES
CARNIVORES DOMESTIQUES. ........................................................................................................................ 95
FIGURE 24 - CONTENU GASTRIQUE BLEUTE CHEZ UN CHIEN INTOXIQUE AU CARBOFURAN. ................................. 100
FIGURE 25 - LESIONS MACROSCOPIQUES ET MICROSCOPIQUES INDUITES PAR LES INHIBITEURS DES
CHOLINESTERASES CHEZ LES CARNIVORES DOMESTIQUES. ......................................................................... 101
FIGURE 26 - LESIONS MACROSCOPIQUES ET MICROSCOPIQUES INDUITES PAR LE LINDANE CHEZ LES CARNIVORES
DOMESTIQUES. ........................................................................................................................................... 107

11
Liste des tableaux
TABLEAU 1 - MATERIEL NECESSAIRE POUR LA REALISATION D'UNE AUTOPSIE ...................................................... 21
TABLEAU 2 - TERMINOLOGIE POUR DECRIRE LA CONSISTANCE D’UNE LESION. ...................................................... 29
TABLEAU 3 - PRELEVEMENTS RECOMMANDES POUR L'ANALYSE TOXICOLOGIQUE SELON LE TOXIQUE SUSPECTE . 35
TABLEAU 4 - REPARTITION DES TOXIQUES EN FONCTION DU NOMBRE D’APPELS (HORS RENSEIGNEMENT)
CONCERNANT LES CARNIVORES DOMESTIQUES AU CNITV EN 2003 ............................................................ 52
TABLEAU 5 - NOMBRES D’APPELS PAR TOXIQUES AVEC MORTALITE DES CARNIVORES DOMESTIQUES ENREGISTRES
AU CNITV ENTRE 1991 ET 1997 .................................................................................................................. 53
TABLEAU 6 - PRINCIPAUX TOXIQUES CHEZ LES CARNIVORES DOMESTIQUES EN FONCTION DU NOMBRE D’ANALYSES
POSITIVES REALISEES AU LABORATOIRE D’ANALYSES TOXICOLOGIQUES DE LYON EN 2003. ....................... 54
TABLEAU 7 - NOMBRES D’ANALYSES POSITIVES SUR ANIMAUX MORTS (TOUTES ESPECES) REALISEES AU
LABORATOIRE D’ANALYSES VETERINAIRE DE LYON ENTRE 1994 ET 1999 ................................................... 55
TABLEAU 8 - TOXIQUES RETENUS DANS L'ETUDE ................................................................................................... 56
TABLEAU 9 - MOLECULES DE RATICIDES ANTICOAGULANTS CLASSEES PAR FAMILLE ET GENERATION.................. 57
TABLEAU 10 - QUELQUES CARACTERISTIQUES PHYSICOCHIMIQUES DES DIFFERENTS ANTICOAGULANTS .............. 58
TABLEAU 11 - TOXICITE DES ANTICOAGULANTS POUR LE CHIEN ET LE CHAT (DL50 EN MG/KG PAR VOIE ORALE) 60
TABLEAU 12 - CAS DE TERRAIN D'INTOXICATIONS AUX RODENTICIDES ANTICOAGULANTS CONFIRMES PAR UNE
ANALYSE TOXICOLOGIQUE ET AUTOPSIES ..................................................................................................... 67
TABLEAU 13 - LES DIFFERENTS IRRITANTS ET CAUSTIQUES ................................................................................... 75
TABLEAU 14 - DOSE LETALE MEDIANE CHEZ LE RAT POUR LES PRINCIPAUX CAUSTIQUES SELON LA VOIE
D'EXPOSITION ............................................................................................................................................... 77
TABLEAU 15- DL50 PER OS DE L'ETHYLENE GLYCOL CHEZ LE CHIEN ET LE CHAT .................................................. 82
TABLEAU 16 - DOSE LETALE DE LA STRYCHNINE CHEZ LE CHIEN ET LE CHAT ........................................................ 89
TABLEAU 17 - CAS DE TERRAIN D'INTOXICATION A LA STRYCHNINE CONFIRMES PAR UNE ANALYSE
TOXICOLOGIQUE ET AUTOPSIES. ................................................................................................................... 92
TABLEAU 18 - DOSES TOXIQUES DU CHLORALOSE CHEZ LES CARNIVORES DOMESTIQUES ..................................... 94
TABLEAU 19 - CAS DE TERRAIN D'INTOXICATION AU CHLORALOSE CONFIRMES PAR UNE ANALYSE TOXICOLOGIQUE
ET AUTOPSIES ............................................................................................................................................... 96
TABLEAU 20 - LISTES DES MOLECULES INHIBITRICES DES CHOLINESTERASES SELON LEUR FAMILLE ET LEUR
AUTORISATION D'UTILISATION DANS L’UNION EUROPEENNE. ...................................................................... 97
TABLEAU 21 - DOSE LETALE 50 DE CERTAINS INHIBITEURS DES CHOLINESTERASES CHEZ LE CHIEN ET LE CHAT .. 99
TABLEAU 22 - CAS DE TERRAIN D'INTOXICATION AUX INHIBITEURS DES CHOLINESTERASES CONFIRMES PAR UNE
ANALYSE TOXICOLOGIQUE ET AUTOPSIES. .................................................................................................. 103
TABLEAU 23 - DOSE LETALE 50 ORALE DU LINDANE CHEZ LE CHIEN ET LE CHAT. ............................................... 106
TABLEAU 24 - CAS DE TERRAIN D'INTOXICATION AU LINDANE CONFIRMES PAR UNE ANALYSE TOXICOLOGIQUE ET
AUTOPSIES. ................................................................................................................................................. 108

12
Liste des abréviations
AVK Anti-Vitamine K
C.A.P.A.E. Centre Antipoison Animal et Environnemental
C.A.P.A.T. Centre Antipoison Animal de Toulouse
C.N.I.T.V. Centre National d’Informations Toxicologiques Vétérinaires
CCM (TLC) Chromatographie sur Couche Mince (Thin Layer Chromatography)
CIVD Coagulation Intra Vasculaire Disséminée
CPG (GC) Chromatographie en Phase Gazeuse (Gas Chromatography)
CO Monoxyde de Carbone
CPL (LC) Chromatographie en Phase Liquide (Liquid Chromatography)
DL 50 Dose Létale médiane
ECD Electron Capture Detector (Détecteur à absorption électronique)
ELISA Enzyme-Linked ImmunoSorbent Assay
ENVT Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse
FID Flame Ionization Detector (Détecteur par ionisation de flamme)
GABA Acide Gamma-AminoButyrique
HCH Hexachlorocyclohexane
HE Hémalun Eosine
HPLC High Performance Liquid Chromatography
HPTLC High Performance Thin Layer Chromatography
IDC Inhibiteurs des cholinestérases
LD Limite de détection
QMS Quadrupole Mass Spectrometry
SM (MS) Spectrométrie de masse (Mass Spectrometry)
SPE Extraction phase solide
TID Détecteur Thermoïonique
TOF Time of flight
UHPTLC Ultra High Performance Thin Layer Chromatography
UV Ultra-violets
VU Valeurs Usuelles

13
14
Introduction

Face à la mort brutale et inexpliquée d’un animal en bonne santé, l’hypothèse d’une
intoxication est souvent évoquée par le propriétaire comme par le praticien. L’absence de
troubles cliniques observables dans les jours précédents et la brutalité d’apparition des
troubles orientent vers une origine toxique. Le diagnostic clinique des intoxications chez les
animaux de compagnie est souvent difficile à cause du nombre de substances toxiques et de la
variété des troubles qu’elles entraînent. Le diagnostic repose alors sur la confrontation
d’informations épidémiologiques, cliniques, nécropsiques et analytiques. Le recours à un
laboratoire est souvent indispensable pour avoir un diagnostic de certitude d’intoxication. Ce
diagnostic repose sur un prélèvement précoce et correctement mené lors de l’examen
nécropsique. Les analyses de toxiques sont difficiles et nécessitent la mise en œuvre de
méthodes lourdes et onéreuses. En raison de l’éventail de toxiques possibles, la recherche
toxicologique doit être orientée par les commémoratifs fournis, étayés de préférence d’un
examen nécropsique rigoureux (Lorgue 1992). Dans tous les cas, l’examen nécropsique est
indispensable dans le diagnostic post-mortem, y compris en cas d’intoxication. En effet, la
première étape de la démarche diagnostique est d’éliminer d’autres causes fatales qui
deviendraient évidentes lors de l’autopsie. Puis, l’objectif du diagnostic toxicologique est de
déterminer le toxique en cause et de confirmer l’imputabilité des signes cliniques et de leurs
évolutions, y compris le décès, à ce toxique. On recherche également la quantité de toxique
dans l’organisme, la présence de circonstances favorisantes pouvant diminuer la dose toxique
pour l’animal concerné, la voie d’administration et le moment de l’intoxication. Enfin, on
s’interroge sur la source et les modalités de l’empoisonnement.
L’importance de détecter le toxique en cause est d’espérer identifier et éliminer la source de
l’intoxication pour protéger les autres animaux ou les humains qui pourraient être exposés à la
même substance (Russo, Restucci, Severino 2013).

L’objectif de cette thèse est de mettre en évidence, à partir des ressources


bibliographiques et d’enquêtes auprès des centres anti-poisons vétérinaires des écoles
vétérinaires, l’intérêt et les limites de l’autopsie dans le diagnostic des intoxications chez les
carnivores domestiques. La démarche diagnostique rigoureuse à suivre face à un animal mort
supposé intoxiqué est détaillée dans une première partie : de l’autopsie à la toxicologie
analytique, nous verrons l’aspect pratique de la démarche pour le praticien et les différences

15
de moyens entre la médecine humaine et vétérinaire. Dans un second temps, les toxiques pour
lequel l’autopsie présente un intérêt dans l’orientation du diagnostic seront présentés, illustrés
par des observations de terrain recueillies auprès des centres anti-poisons vétérinaires de
France. Enfin, quelques cas illustreront les lésions observées lors d’intoxications pour
lesquelles l’autopsie ne permet pas d’orienter le diagnostic vers un toxique spécifique. Au
total, 23 cas associant une intoxication confirmée et un rapport d’autopsie ont été recueillis
auprès du centre antipoison animal de Toulouse (C.A.P.A.T.), du Centre National
d’Informations Toxicologiques Vétérinaires (C.N.I.T.V.) et du Centre Antipoison Animal et
Environnemental de l’Ouest (CAPAE-Ouest) entre 2008 et 2014. Parmi ces cas, 6 concernent
les rodenticides anticoagulants et 17 des toxiques avec des lésions non spécifiques.

16
1ERE PARTIE – LA DEMARCHE DIAGNOSTIQUE POST-MORTEM

17
La médecine légale est une spécialité de la médecine qui étudie les lésions et leurs
causes. La médecine légale clinique s’intéresse en particulier à la traumatologie alors que la
médecine légale thanatologique s’intéresse aux causes de la mort et utilise principalement
l’autopsie. La médecine légale n’est par forcément judiciaire même s’il s’agit de son noyau
dur en humaine (Collège français des pathologistes 2011). La médecine légale a fait son
apparition en Europe au 16e siècle mais c’est au 19e siècle qu’elle s’est considérablement
développée. Ces dernières décennies, l’évolution de la médecine légale a conduit le médecin
légiste à s’intégrer dans une équipe multidisciplinaire de scientifiques. La médecine légale
vétérinaire, historiquement peu documentée, a suivi de près la médecine légale humaine car
elle en est complémentaire : il n’est pas rare de demander une expertise vétérinaire lorsqu’une
composante animale est présente. L’animal peut être victime ou sujet de l’agression mais la
démarche diagnostique est strictement identique (Cooper, Cooper 2007).

I.1- Contexte de l’autopsie


L’autopsie, également appelée nécropsie ou examen post-mortem, est un examen
anatomopathologique (analyse macroscopique et microscopique des tissus et des organes)
pratiqué sur un cadavre. Elle s’appuie sur la dissection suivie de l’observation macroscopique
du cadavre et des organes et sur la description exhaustive des lésions. Elle permet ainsi
d’identifier une affection ou une maladie et essaie d’en déterminer sa cause (Cabanie,
Schelcher 1998). L’autopsie est en premier lieu un motif d’expertise vétérinaire relativement
fréquent. Les cas de figure qui amènent une autopsie sont variés : l’expert peut être amené à
déterminer si la mort résulte d’une maladie antérieure à la vente, à un accident ou encore à
une faute professionnelle (Grepinet 1993). Parfois, il doit apporter des éléments en faveur ou
non d’une négligence ou malveillance envers les animaux, en particulier reliée aux conditions
d’élevage, ou estimer le moment de la mort pour des litiges concernant le transport ou la
chasse par exemple (Munro, Munro 2008). L’examen nécropsique peut intervenir dans un
cadre médico-légal. Dans ce cas, l’autopsie est réalisée sur demande du juge d’instruction par
un expert nommé et officiellement mandaté. L’expertise est obligatoirement contradictoire,
c’est-à-dire qu’elle doit être menée en présence des deux parties. Hors procédure judiciaire,
l’autopsie peut être demandée par une compagnie d’assurance, par le propriétaire ou par un
tiers. Dans tous les cas, il faut s’assurer que la pratique de l’examen ne viendra pas interférer
avec une possible procédure judiciaire. Cette précaution est d’autant plus importante

18
lorsqu’une intoxication est suspectée car elle est souvent à l’origine de litige. Le propriétaire
étant juridiquement propriétaire du cadavre de son animal, son accord est indispensable pour
tout examen nécropsique (Crespeau 1992). L’autopsie médico-scientifique est demandée en
général par le praticien. Elle permet d’améliorer les connaissances médicales, en particulier en
confirmant ou infirmant un diagnostic posé du vivant de l’animal (Bellaiche 1957). Dans le
cadre de la médecine vétérinaire collective, et particulièrement en médecine aviaire, l’autopsie
peut aussi être un examen complémentaire. Elle est réalisée sur des animaux sacrifiés ou
parfois sur les animaux retrouvés morts pour trouver la cause et remédier à une maladie
collective.

La formation des vétérinaires à la médecine légale commence tout juste à se


développer dans les pays anglo-saxons. Elle requiert pourtant des connaissances et une
rigueur exemplaire, notamment vis-à-vis des procédures judiciaires : le maintien de la chaine
des preuves entre autres doit être scrupuleusement respecté sous peine d’invalider toute
expertise (Cooper, Cooper 1998). Les vétérinaires qui pratiquent la médecine légale
vétérinaire ont souvent suivi une formation auprès de la médecine légale humaine. La
médecine légale est aussi perfectionnée que son homologue humaine : entomologie,
odontologie, identification à partir d’ossements, etc. sont possibles mais pas aussi souvent
utilisés en dehors des enquêtes avec des victimes humaines (Cooper, Cooper 2007).

L’autopsie doit être méthodique et rigoureuse. Pour établir un diagnostic nécropsique


post-mortem, il est recommandé d’avoir recours à un vétérinaire anatomopathologiste qui sera
plus à même de mener cet examen et d’y apporter les conclusions appropriées. Cependant, sur
le terrain, le vétérinaire praticien peut être amené à réaliser lui-même l’autopsie. Il est
important de préciser que l’autopsie, par définition, ne se fait qu’une fois, d’où la nécessité
d’un suivi rigoureux des procédures de réalisation technique. La qualité de l’autopsie dépend
de la maitrise de la technique, de la rigueur et des connaissances en anatomie pathologique du
praticien.

19
I.2- Préparation à l’autopsie
o Recueil de l’anamnèse et des commémoratifs
Le recueil de l’anamnèse et des commémoratifs est indispensable pour enrichir les
conclusions de l’autopsie, notamment pour les analyses toxicologiques ou histologiques
ultérieures. Les informations à regrouper sont :
- L’identification la plus complète de l’animal : espèce, race, sexe, âge.
- La description des faits : apparition des troubles, évolution, symptômes ante-
mortem, exposition.
- Les conditions de vie de l’animal : environnement, exposition possible à des
toxiques, alimentation et points d’abreuvement.
- Le passé médical de l’animal et les traitements en cours.
- Les circonstances de la mort et la conservation du cadavre.
Avant de débuter l’examen nécropsique, il est primordial de vérifier l’identité de l’animal, en
particulier par le tatouage ou l’identification électronique (Lorgue 1992). Dans le cas où
l’animal n’est pas identifié, et en particulier en cas de procédure judiciaire, il est indispensable
d’identifier le cadavre. Il faut aussi se demander s’il on peut pratiquer l’autopsie, en
particulier si celle-ci sera recevable si le propriétaire souhaite une procédure judiciaire
(Cooper, Cooper 2007).

o Conservation du cadavre
L’autopsie doit être réalisée le plus tôt possible après la mort de l’animal pour éviter les
altérations cadavériques et les lésions d’autolyse qui pourraient compliquer les observations et
les analyses. Il est donc important de prendre en compte le délai entre la mort et l’examen
nécropsique pour moduler ses conclusions (Brau, Cassaleux 2004). Lorsque le délai post-
mortem est inconnu, il peut être demandé au vétérinaire d’estimer le moment du décès. Cette
donnée, très utilisée en médecine légale humaine, a permis de mettre au point des techniques
de datation nombreuses et complémentaires. La médecine vétérinaire utilise les mêmes
techniques : température corporelle, biochimie post-mortem, électrostimulation, rigidité
cadavérique, état de décomposition, entomologie et plus rarement histopathologie ou imagerie
(Munro, Munro 2008). Idéalement le cadavre doit être conservé à + 4°C. On évite la
congélation qui compromet la réalisation de certains examens complémentaires, notamment
l’histologie. L’animal est placé au froid de préférence en position allongée, membres écartés
et gueule ouverte (à l’aide d’un pas-d’âne) pour faciliter la dissection après la mise en place

20
de la rigidité cadavérique. L’utilisation de sacs poubelles est déconseillée pour la conservation
du cadavre en chambre froide car ils ralentissent le refroidissement qui préserve le cadavre
des phénomènes d’autolyse et de putréfaction (Raymond-Letron 2005).

o Matériel
L’autopsie se pratique idéalement dans une salle dédiée, suffisamment spacieuse et facile
à nettoyer, équipée de tables et d’un point d’eau. Le praticien s’équipe à minima d’une blouse
et de bottes dédiées à cet usage, d’un tablier plastifié, de gants à usage unique, d’une charlotte
et d’un masque. Le matériel nécessaire pour l’autopsie est listé dans le Tableau 1.
Tableau 1 - Matériel nécessaire pour la réalisation d'une autopsie (Raymond-Letron 2005).
des plateaux, au moins 4 liens, un scalpel,
des ciseaux mousses, une pince à dent de souris, une pince mousse,
un fils de suture épais, un costotome, une scie à plâtre,
des seringues, un marqueur, des barquettes,
une sonde cannelée, un couteau, un décimètre,
du matériel de prélèvement, un appareil photographique avec un objectif macro.

Pour les prélèvements toxicologiques, il est nécessaire de changer d’instruments et de


gants entre chaque prélèvement effectué sur des organes différents. Il faut donc prévoir des
ciseaux, des pinces et un scalpel par prélèvement prévu (Munro, Munro 2008).

I.3- Procédure de réalisation technique de l’autopsie


(Crespeau 1992 ; Raymond-Letron 2005 ; King et al. 2014)
L’autopsie doit passer par une observation systématique et exhaustive des structures
organiques et tissulaires. Il ne faut pas hésiter à conserver des images photographiques des
observations notées lors de l’autopsie, d’autant plus lorsqu’une procédure judiciaire est
entreprise.

I.3.1 - Examen général externe


L’examen nécropsique commence par une observation complète de toute la surface
corporelle. On observe :
- le stade de rigidité cadavérique,
- la conformation générale : score corporel, présence d’amyotrophie,
- l’âge et le sexe, à déterminer si inconnus (Cooper, Cooper 2007),

21
- la peau et les phanères : état du poil, présence d’ectoparasites, dermatose,
- les lésions cutanées ou sous-cutanées apparentes, sans oublier de regarder les
coussinets et les espaces interdigitaux,
- les orifices naturels : présence d’écoulements, de souillures, de lésions, coloration des
muqueuses,
- les yeux : aspects de la conjonctive, positon du globe oculaire, surface cornéenne,
- la bouche et les dents,
- les cavités nasales,
- les nœuds lymphatiques superficiels.
L’animal est également pesé, cette étape sera très utile pour évaluer les doses toxiques
d’exposition.

I.3.2 - Dépouillement
L’animal est placé en décubitus dorsal les membres attachés par des liens aux quatre
coins du plateau ou de la table. Le dépouillement débute par une incision cutanée
longitudinale médiale au scalpel du menton jusqu’au pubis. Une incision en face interne de
chaque membre rejoint l’incision longitudinale. A ce stade, le plan sous cutané est observé :
sa coloration, la vascularisation du conjonctif, les lésions sous-cutanées. Les membres
antérieurs sont alors découpés au niveau du pli axillaire, au couteau ou au scalpel selon la
taille de l’animal. Les nœuds lymphatiques pré scapulaires et axillaires sont recherchés et
sectionnés pour observer leur coupe.

I.3.3 - Ouverture de la cavité abdominale


L’ouverture de la cavité abdominale se fait sur la ligne blanche avec la sonde cannelée
de l’appendice xiphoïde jusqu’à la symphyse pubienne. Cette méthode permet de recueillir un
éventuel épanchement, d’observer la position des organes in situ et de ne pas léser les organes.
Puis la paroi musculaire abdominale est incisée le long du cercle de l’hypochondre. S’il est
présent, le liquide d’épanchement est récolté en totalité grâce à une seringue pour en apprécier
son volume. S’il s’agit de sang, on note la coagulation qui est à mettre en relation avec la
conservation du cadavre puisqu’il existe une fibrinolyse cadavérique qui peut induire en
erreur. Le péritoine pariétal et viscéral est observé : des signes de congestion, de lésions
hémorragiques, de dépôts fibrineux, d’adhérence ou de lésions prolifératives inflammatoires

22
ou tumorales sont relevés. L’aspect et la forme du diaphragme sont également étudiés à ce
stade. La coupole diaphragmatique est nettement concave à l’état normal.

I.3.4 - Ouverture et exploration de la cavité thoracique


L’ouverture de la cavité thoracique débute par une ponction du diaphragme. La
présence du vide pleural, qui se manifeste par un appel d’air, est ainsi vérifiée. Puis le
diaphragme est soigneusement détaché de ses insertions costales. Les côtes sont coupées au
costotome sur la jonction costo-chondrale. Enfin le volet sternal est récliné vers l’avant et
détaché du cadavre avec les muscles inférieurs de l’encolure. Cette opération permet de
visualiser et prélever les glandes thyroïdes de part et d’autre de la trachée. A ce stade, les
organes thoraciques sont examinés in situ, ainsi que les parois costales et les plèvres.

I.3.5 - Eviscération
La langue est détachée ventralement par une incision en V le long du bord interne des
deux hémi-mandibules. Le larynx et le pharynx sont libérés par section des branches
montantes de l’hyoïde. L’éviscération se fait quasiment d’un bloc en réclinant vers l’arrière le
bloc langue-larynx-trachée puis les organes thoraciques et enfin abdominaux. A proximité des
reins, on repère les glandes surrénales qui sont prélevées. Le rectum est ligaturé avant d’être
sectionné. Seuls les organes urinaires et génitaux restent en place sur la carcasse. Les organes
sont ensuite isolés les uns des autres. Dans un premier temps, le bloc cœur/poumon est isolé
de l’appareil digestif : l’œsophage et la trachée sont séparés, la langue restant avec la trachée
puis l’œsophage est extrait de son passage diaphragmatique. Le foie est isolé par section des
vaisseaux hépatiques et du canal hépatique. Le bloc cœur/poumon est à son tour scindé : le
diaphragme d’une part, le cœur avec son péricarde et les gros vaisseaux d’autre part, et enfin
les poumons rattachés à la trachée, au larynx et à la langue. Le tube digestif est déroulé par
dissection du mésentère. La rate est également isolée. L’appareil urinaire et génital est extrait
de la carcasse après cassure de la symphyse pubienne par deux incisions parasaggitales
passant par les trous ovales.

23
I.3.6 - Appareil respiratoire
Il débute par un examen visuel complet du système respiratoire. On note l’aspect des
poumons : forme, taille, couleur. Puis leur consistance après une palpation à plat. Le
parenchyme pulmonaire est sectionné en divers endroit. La trachée et les bronches souches
sont ouvertes par une incision longitudinale. On observe l’aspect des parois, du larynx, la
présence d’un éventuel contenu dans la trachée. Pour finir, les cavités nasales peuvent être
ouvertes par section longitudinale ou transversale à la scie à plâtre.

I.3.7 - Cœur
Dans un premier temps, le péricarde est ouvert. Un éventuel épanchement est
immédiatement récupéré et quantifié. Puis le péricarde est entièrement détaché du cœur. On
observe alors son aspect interne. On s’intéresse ensuite au cœur, à sa forme, sa couleur, sa
consistance. Le cœur est ensuite ouvert en deux temps. Tout d’abord une section transversale
au dessus de l’apex, à environ 1/3 de la hauteur des ventricules, permet de juger la taille et le
rapport des cavités ventriculaires droite et gauche et par rapport à l’épaisseur du myocarde.
On observe dans les cavités ventriculaire un caillot agonique qu’il est intéressant de prélever
pour les analyses toxicologiques. L’aspect de ce caillot agonique, normalement non
biphasique, peut orienter la suspicion vers un problème de coagulation. Dans un 2nd temps, le
cœur est ouvert par une incision au ciseau de chaque côté du septum ventriculaire. Cette
incision se prolonge dans l’aorte à gauche et le tronc pulmonaire à droite, puis les oreillettes
sont incisées par les orifices atrioventriculaires.

Figure 1 - Ouverture du cœur lors de l’examen nécropsique (Raymond-Letron 2005).

On observe les surfaces endocardiques, l’appareil valvulaire atrioventriculaire et sigmoïde, on


recherche des communications inter-ventriculaires ou inter-auriculaires, ou toute autre
anomalies de communication.

24
I.3.8 - Appareil digestif
L’étude de l’appareil digestif passe par l’ouverture systématique de tous les segments
digestifs. L’ouverture de l’estomac se fait sur la grande courbure. Le contenu digestif est
récupéré par segment. Puis le tube digestif est rincé et soigneusement étalé pour permettre
l’étude de la muqueuse. A nouveau, l’analyse toxicologique impose ici des précautions. Si
l’origine toxique est suspectée avant l’autopsie, il est préférable de ne pas ouvrir l’estomac et
d’envoyer au laboratoire l’estomac ligaturé. Le foie est observé, puis palpé et incisé. La bile
est collectée. Le pancréas est soigneusement disséqué de son attache duodénale.

I.3.9 - Appareil urinaire et génital


La vessie est ouverte et les urines sont entièrement récupérées. On observe alors la
muqueuse vésicale. La dissection est prolongée jusqu’au bout de l’urètre. Les reins sont
décapsulés puis sectionnés longitudinalement et médialement jusqu’au bassinet. L’appareil
génital est entièrement disséqué :
- ouverture de la bourse ovarique, de l’utérus et du vagin, section longitudinale des ovaires
pour la femelle,
- dissection des testicules et de la prostate (perpendiculairement à l’urètre) pour le mâle.

I.3.10 - Organes hémato lympho-poïétiques


Les nœuds lymphatiques superficiels et mésentériques sont sectionnés. La rate est
observée, palpée et sectionnée. Le thymus sur des animaux jeunes est prélevé. La moelle peut
être observée après section d’une sternèbre ou d’un corps vertébral, ou encore d’un fémur.

I.3.11 - Système nerveux central


Pour l’observation de l’encéphale, la tête est d’abord dépecée et les muscles
temporaux et mandibulaires sont réclinés. Une calotte osseuse de la boîte crânienne allant des
orbites au trou occipital est réalisée avec une scie. L’encéphale est délicatement extrait par
section des nerfs crâniens et du bulbe rachidien. L’hypophyse est retirée de la selle turcique
pour être examinée. Le liquide céphalorachidien est prélevé et étudié. La surface méningée est
également observée. On recherche une fluctuation anormale, puis on réalise des sections
transverses multiples et régulièrement étagées de l’encéphale. Le cervelet, le bulbe rachidien

25
et le tronc cérébral sont examinés de la même façon. La moelle épinière est disséquée en
région dorsale après la section des apophyses épineuses pour permettre la découpe d’un volet
osseux à la scie à plâtre par des sections parasaggitales. Enfin les racines des nerfs rachidiens
sont sectionnées pour libérer la moelle épinière.
Les globes oculaires sont extraits avec les paupières en sectionnant les tissus péri-
oculaires et le nerf optique. L’humeur aqueuse et le corps vitré sont prélevés.

I.3.12 - Appareil locomoteur


L’examen de l’appareil locomoteur se fait par mobilisation des membres et des
articulations, dissection et ponction du liquide synovial, puis examen des surfaces
cartilagineuses.

I.4- Description des lésions

I.4.1 – Description lésionnelle


(Raymond-Letron 2013)
Le bilan d’une autopsie, présenté sous forme d’un rapport d’autopsie, distingue la
description lésionnelle du diagnostic nécropsique. La description lésionnelle doit être précise,
rigoureuse et standardisée. Elle permet de justifier le diagnostic nécropsique qui la suit et,
contrairement à celui-ci, la description ne contient aucun terme diagnostique.

I.4.1.1- Localisation
La localisation est générale (organe ou tissu concerné) puis spéciale (site
topographique exact). On précise par exemple le lobe concerné sur le foie ou le poumon, la
couche atteinte des organes tubulaires (séreuse ou muqueuse) ou du rein (cortical ou
médullaire)…

26
Figure 2 – Exemples de terminologie utilisée pour décrire la localisation d’une lésion (D'après Raymond-
Letron 2013).

I.4.1.2- Distribution
Il s’agit de dénombrer ou d’estimer le nombre de lésions et de représenter leur
répartition. La distribution reflète souvent les mécanismes lésionnels généraux.

Figure 3 – Exemples de terminologie utilisée pour décrire la distribution d’une lésion


(Raymond-Letron 2013).

27
Figure 4 – Autres exemples de terminologie utilisée pour décrire la distribution d’une lésion
(D'après Raymond-Letron 2013).

I.4.1.3 - Forme
La lésion peut être en relief, en dépression ou plate. On précise également le caractère
peu ou bien délimité de la lésion concernée.

I.4.1.4 - Taille et extension


L’idéal est de donner, à l’aide d’un décimètre, une mesure exacte de la lésion. Par
défaut on peut aussi faire une évaluation subjective gradée ou la comparer à une référence
culturelle.

I.4.1.5 - Couleur
La description de la couleur de la lésion est relativement subjective. Les variations par
rapport à la couleur physiologique sont intéressantes : on notera par exemple une pâleur ou au
contraire une couleur plus foncée, ou encore une couleur bleutée (cyanose). L’homogénéité
ou l’hétérogénéité du tissu est aussi à rapporter. Il est intéressant de noter un changement de
couleur et si possible d’utiliser une description standardisée (Cooper, Cooper 2007).

28
I.4.1.6 - Consistance et texture
La consistance est le caractère physique de fermeté de la zone évaluée par une
palpation avec la pulpe des doigts. La texture se réfère plutôt au caractère lisse ou rugueux de
la surface étudiée.
Tableau 2 - Terminologie pour décrire la consistance d’une lésion (Raymond-Letron 2013).
Cassant Gélatineux Huileux
Caséeux Granuleux Rugueux
Mou Graisseux Caoutchouteux
Ferme Crissant Aqueux
Friable Dur Fluide
Fluctuant Mucoïde Visqueux

I.4.1.7 - Aspect à la coupe


Les organes sont systématiquement incisés. La coupe permet d’évaluer les structures
plus profondes de l’organe. Une exsudation importante ou au contraire un crissement à la
coupe doit être relevé.

I.4.1.8 - Particularités
La description est complétée par des éléments supplémentaires spécifiques d’organe.
On décrit le contenu des organes luminaux, une odeur particulière d’un tissu, un éventuel son
crépitant ou crissant à la coupe…

La description lésionnelle est, comme son nom l’indique, purement descriptive mais elle
conduit ensuite à la formulation d’un diagnostic macroscopique qui conclura le rapport
d’autopsie.

29
I.4.2 – Diagnostic macroscopique et rapport d’autopsie
(Raymond-Letron 2013)
Le diagnostic macroscopique (ou morphologique ou lésionnel) est formulé comme suit :
- Organe,
- Localisation et distribution,
- Nature de la lésion
Lorsque l’examen nécropsique le permet, on peut avancer un diagnostic quant à la
nature de la lésion : dégénérative, nécrotique, inflammatoire neutrophilique,
lymphoplasmocytaire, ulcérative, exsudative, œdémateuse, hémorragique,
thrombotique, tumorale, etc.
- Qualificatif temporal
La lésion est qualifiée d’aigüe lorsque qu’elle peut être datée de moins de 4 jours par
la présence d’une réaction inflammatoire fibrineuse ou par une phase vasculo-
exsudative prépondérante. Elle est qualifiée de chronique lorsqu’on peut affirmer que
la lésion date de plus de 15 jours ce qui se traduit par une phase cellulaire dominante
avec éventuellement une réaction inflammatoire fibreuse. Le terme « subaigu » est
réservé aux cas douteux.
- Intensité
L’intensité de la lésion peut être décrite sur une échelle de 3 (léger, modéré, marqué)
ou de 5 (minime, léger, modéré, marqué, sévère).
- « Avec »
On peut ajouter des éléments complémentaires qui semblent importants dans la
conclusion diagnostique, il peut s’agir d’une particularité ou encore d’un élément
causal présumé.
Le bilan lésionnel liste les lésions majeures retenues comme significatives pour la conclusion
nécropsique. Elles sont datées et gradées et éventuellement reliées entre elles (Cabanie,
Schelcher 1998).

L’autopsie n’est qu’un maillon du diagnostic post-mortem. Elle est souvent


accompagnée d’examens complémentaires faisant intervenir différents domaines de la
médecine vétérinaire : hématologie, biochimie, parasitologie, microbiologie, histologie,
cytologie, toxicologie et parfois imagerie (radiologie, scanner ou IRM) (Cooper, Cooper
2007).

30
I.5- Prélèvements
L’intérêt de l’examen nécropsique réside surtout dans les examens complémentaires
qu’il permet (Brau, Cassaleux 2004), en particulier en toxicologie. Le vétérinaire doit trouver
un compromis entre la réalisation des prélèvements indispensables à la mission qui lui a été
confiée, sans multiplier les dépenses inutiles par des examens superflus. Deux types de
prélèvements sont effectués, notamment dans un cadre d’expertise : des prélèvements
immédiatement analysés, et des prélèvements conservatoires (Crespeau 1992).

On s’intéresse ici aux deux examens qui entrent en jeu dans un diagnostic toxicologique. Les
prélèvements concernant la bactériologie par exemple ont leur intérêt dans le diagnostic
différentiel mais ne seront pas abordés dans ce sujet.

I.5.1- Histopathologie
(Cabanie, Schelcher 1998 ; Molle-Proudhon 2011)
L’histologie désigne l’étude des tissus. Certains toxiques provoquent des lésions
histologiques fortement évocatrices. L’examen histopathologique se déroule en 3 temps : le
prélèvement, la préparation par un laboratoire et la lecture.

I.5.1.1 - Prélèvement et fixation


Le praticien est amené à réaliser le prélèvement et sa fixation avant l’envoi au
laboratoire. Les prélèvements doivent être réalisés le plus tôt possible après la mort de
l’animal. L’échantillon mesure environ 0,5 à 1 cm côté, il est prélevé à la lame froide et
concerne les lésions macroscopiques avec des marges en tissu sain. Le contenant doit avoir un
col large pour une extraction plus facile (Lorgue 1992).
La fixation a pour but d’immobiliser le tissu dans un état proche du vivant et d’en
assurer sa conservation. Elle empêche l’autolyse par dénaturation enzymatique, la
putréfaction, la cytolyse et la desquamation. Cette étape se fait immédiatement après le
prélèvement en immergeant l’échantillon dans un volume de fixateur équivalent à 10 à 20 fois
le volume de la pièce. On utilise classiquement le formol tamponné à 10%, c’est-à-dire un
mélange de 10 volumes de formol commercial (40% formaldéhyde dans l’eau) avec 90
volumes de tampon phosphate pH = 7,2. L’imprégnation prend 48 heures mais elle est
fonction de la taille du prélèvement.

31
L’utilisation du formol a été restreinte à cause de son risque cancérigène. Cependant, il
n’existe pas d’alternative pour la fixation de prélèvements histologiques et le formol est
toujours utilisé dans ce but. Les flacons de formol prêts à l’emploi sont disponibles pour les
praticiens auprès des laboratoires d’anatomie pathologique.
L’envoi du prélèvement pour l’histologie requiert les mêmes précautions que les
prélèvements pour la toxicologie. Une attention particulière doit être prise concernant la
couche absorbante qui se doit d’être importante.

I.5.1.2 - Préparation des lames histologiques


La préparation des lames est effectuée par les techniciens du laboratoire histologique.
Elle comprend :
- la circulation (ou inclusion)
Elle a pour but de rigidifier les tissus et donc de permettre une coupe fine. Elle
consiste à éliminer l’eau des tissus pour la remplacer par la paraffine. Elle est
composée elle-même de 3 étapes :
La déshydratation par bains successifs dans un agent déshydratant en
concentration croissante (éthanol, butanol, propanol…)
L’éclaircissement si on a utilisé un agent déshydratant non miscible à la paraffine
tel que le 2-propanol.
L’imprégnation par la paraffine à une température proche de son point de fusion
(environ 60°C).
- l’enrobage consiste à donner un support externe pour permettre de réaliser des coupes.
Il s’agit souvent d’une inclusion dans un bloc de paraffine.
- la coupe au microtome d’une épaisseur de 5 à 10µm.
- l’étalement sur lame
- la coloration se fait classiquement à l’Hématéine-Eosine (H.E.)
- le montage entre lame et lamelle pour la lecture au microscope optique.

I.5.1.3 - Lecture
La lecture d’une lame au microscope optique demande de solides connaissances
anatomiques et histopathologiques et de la rigueur. Elle débute par un examen à l’œil nu de la
lame puis au microscope du grossissement le plus faible vers le plus fort. Les conclusions
dépendent de la représentativité de la lame, qui commence dès le prélèvement à l’autopsie.

32
I.5.2- Toxicologie
Il est préférable de contacter le laboratoire d’analyses toxicologiques ou le C.N.I.T.V.
(Centre National d’Informations Toxicologiques Vétérinaires) avant de commencer l’autopsie
pour s’assurer de la nature et du conditionnement des prélèvements à effectuer.
Les prélèvements toxicologiques doivent avoir lieu le plus tôt possible. En effet, la
quantité de toxiques dans l’organisme diminue même après la mort par les phénomènes
chimiques et enzymatiques de la décomposition. Un délai trop important entre le décès et les
prélèvements post-mortem peut conduire à des difficultés d’interprétation : le toxique peut
avoir disparu ou être détecté en trop faible quantité pour affirmer avec certitude que
l’intoxication peut être la cause du décès. Au contraire certains organes, suite à l’autolyse
post-mortem, libèrent de leur cellule les toxiques à tropisme intracellulaire, qui se retrouvent
en grande quantité dans le sang et peuvent conduire à des diagnostics par excès (Pepin et al.
1998).

I.5.2.1 - Prélèvements : nature et quantité


Les prélèvements doivent, par leur nature, leur qualité et leur quantité, permettre au
laboratoire de travailler dans les meilleures conditions. En l’absence de certitude sur la nature
du toxique, les prélèvements doivent permettre d’effectuer n’importe quelle recherche
ultérieurement (Lorgue 1992).

Il faut impérativement récolter (Keck 1999 ; Lorgue, Lechenet, Rivière 1987) :


- le contenu stomacal dans sa totalité. En général, on prélève l’estomac ligaturé à ses
deux extrémités.
- le foie, en totalité ou en partie, au moins 100 grammes et jusqu’à 250g.
- un rein entier.

Selon les suspicions :


- la graisse mésentérique ou péri-rénale de préférence à hauteur de 100-200g
- les urines, la plus grande quantité possible. Le relâchement des sphincters lors de la
mort ne permet pas, en général, de recueillir une grande quantité d’urine.
- du sang : caillot agonique intracardiaque

33
Pour un champ d’investigation plus large, on peut rajouter
- l’encéphale dans sa totalité,
- des phanères (20-30g),
- les yeux,
- la bile.

Remarque : prélever le contenu intestinal est en général inutile car le toxique est déjà absorbé
ou dégradé à ce niveau dans la plupart des cas.

En fonction des commémoratifs, il peut être nécessaire de faire des prélèvements dans
l’environnement : l’aliment (1kg), l’eau de boisson, les appâts (en totalité), ou les plantes
suspectes. Pour l’identification d’une plante, on récolte la plante entière si possible ou un
rameau feuillé avec une inflorescence. Les échantillons sont séparés et étalés sur le papier
journal encadrés de deux plaques de cartons rigides. Les organes volumineux (racine, fruit)
sont mis en sachet plastique puis dans un emballage en carton.

Dans le cas où le toxique est connu, les échantillons envoyés dépendent de la nature du
produit et sont décrits dans le Tableau 3.

34
Tableau 3 - Prélèvements recommandés pour l'analyse toxicologique selon le toxique suspecté (Volmer,
Meerdink 2002 ; Keck 1999 ; Jaquin 2001 ; C.N.I.T.V. 2007).
En gras sont représentés les prélèvements à effectuer en priorité.

Encéphale

Appât ou
aqueuse
Contenu

Humeur

suspect
Graisse

aliment
digestif

Sérum

Urine
Sang
Rein
Foie
Alcaloïdes x x x x x x
AVK x x x x
Arsenic x x x x x
Carbamate x x x x x x x
Cuivre x x x
Ethylène glycol x x x x x x
Herbicides x x x x x
Plomb x x x x x x x
Organophosphorés x x x x x x
Organochlorés x x x x x x
Plantes x x x x x
Monoxyde de x
Carbone
Irritants et x
caustique
Métaldéhyde x x x
Strychnine x x x x x x
Crimidine x x x x x x
Scilliroside x x x x
Cholécalciférol x x x
Chloralose x x x
Chlorate de x x
sodium
Perméthrine x x x x
Autres x x x x x
médicaments
Pétrole et dérivés x x x
Engrais NPK x x x x x

En médecine humaine, les prélèvements à l’autopsie sont systématiques : le sang cardiaque et


périphérique, les urines, le foie, l’encéphale, l’humeur vitrée, les cheveux et le contenu
gastrique sont toujours prélevés en vue d’un dépistage large de toxiques ou de médicaments.
Cette précaution évite de passer à côté de substances d’intérêt dans le cadre d’une enquête
(Drummer 2007).

35
I.5.2.2 - Conditionnement
La préparation et le conditionnement des prélèvements sont essentiels. L’analyse
toxicologique requiert des précautions dans cette préparation : les échantillons doivent être
placés séparément dans un emballage individuel hermétique pour éviter les contaminations
(Volmer, Meerdink 2002), de préférence dans des pots et poches en plastique de qualité
alimentaire (polyéthylène) (Keck 1999). Les contenants en verre peuvent être utilisés mais ils
nécessitent un emballage protecteur efficace. Les contenants en plastique ou aluminium sont à
éviter car des interférences ou des contaminations sont possibles (Volmer, Meerdink 2002).
Aucune substance ne doit être ajoutée, ni conservateur, ni antiseptique, ni fixateur. Les
matières absorbantes ne doivent pas être en contact direct avec l’échantillon et les récipients
ne doivent pas être totalement remplis. Les échantillons sont correctement et individuellement
identifiés à l’extérieur du contenant avec le nom de l’animal et du propriétaire, la date et le
tissu prélevé.

Le colis doit être hermétique, isotherme et solide avec une couche absorbante (papier
journal) : boite en polystyrène de préférence, à défaut boite en carton rigide. Le polystyrène a
l’avantage d’être un bon isolant thermique, de résister au choc tout en étant léger (Keck 1999).
Il est tout de même préférable de le placer également dans un carton. L’emballage doit porter
de façon visible le symbole « échantillon biologique » (Roch 2008). L’expédition du colis
doit être la plus rapide possible. En attendant l’expédition, l’échantillon doit être conservé au
froid positif. Au-delà de 12 heures, il est nécessaire de congeler les échantillons (-20°C)
(Volmer, Meerdink 2002). D’autres auteurs affirment que la réfrigération suffit pour les
premières 48 heures (Keck 1999). Dans tous les cas il faut assurer ce maintien du froid
pendant le transport en mettant des poches de glace dans le colis. La glace doit représenter
trois fois le poids de l’échantillon (AFMES 2012). Le colis est expédié par la poste en
urgence et on évite la veille du week-end ou des jours fériés. Dans le cas où l’échantillon ne
peut pas être envoyé immédiatement, il est nécessaire de congeler le prélèvement.

Le colis doit être accompagné de la fiche de commémoratifs qui apporte le maximum


de renseignements et notamment (Keck 1999) :
- nom et adresse du vétérinaire,
- nom et adresse du propriétaire,
- espèce, race, sexe, âge, nombre d’animaux atteints, nombre d’animaux sur lesquels
des prélèvements ont été effectués,

36
- nature et date des prélèvements,
- date d’apparition des symptômes,
- date de la mort,
- description des symptômes et des lésions constatées à l’autopsie,
- toute autre indication susceptible d’orienter la recherche de toxiques.
Pour les plantes, il faut indiquer la date et le lieu de la récolte, la répartition de la plante et les
éventuels traitements phytosanitaires effectués.

Le perfectionnement des méthodes d’analyses permet maintenant de détecter une


quantité de toxique de plus en plus faible. L’interprétation est alors plus difficile. Il est
préférable de quantifier le toxique plutôt que de déterminer simplement sa présence. Un des
principes de la toxicologie a été énoncé par Paracelse au XVIe siècle : « Tout est poison, rien
n’est poison : seule la dose détermine ce qui n’est pas un poison ». La quantification est donc
aussi importante que la détection pour pouvoir incriminer un toxique comme cause des
lésions observées et de la mort. Or, la quantité de toxique présent dans l’organisme dépend
aussi du temps entre l’exposition et l’échantillonnage, ce qui complique encore
l’interprétation des résultats toxicologiques (Volmer, Meerdink 2002). En effet le toxique est
progressivement métabolisé du vivant de l’animal mais aussi post-mortem par des facteurs
chimiques, enzymatiques et bactériens. Un toxique détecté en faible quantité a donc pu se
trouver auparavant en quantité plus importante dans l’organisme. Les données manquent pour
établir une cinétique de la variation des concentrations des toxiques dans l’organisme selon à
la fois les molécules et les tissus incriminés. De plus, le moment de l’intoxication étant
rarement connu avec précision, les inconnues sont finalement trop nombreuses pour établir à
partir des prélèvements post-mortem la quantité de toxique à laquelle l’animal a été exposé.

37
I.6- Toxicologie analytique

Les méthodes d’analyses toxicologiques doivent répondre à plusieurs attentes :


permettre une identification du ou des toxiques présents alors que la recherche n’est pas
toujours orientée, et le quantifier pour pouvoir en prédire son imputabilité dans les signes
décrits. Selon les toxiques recherchés et leur distribution organique, une préparation de
l’échantillon est nécessaire avant la mise en œuvre de la recherche qui se décompose en
méthode de séparation puis de détection (ou identification/quantification).

I.6.1- Toxicologie analytique en médecine humaine


L’analyse toxicologique en médecine légale est relativement développée en médecine
humaine. Les applications sont nombreuses et permettent non seulement d’identifier une
intoxication mais également tous les médicaments potentiellement administrés avant le décès.
Un autre domaine d’application ayant contribué au perfectionnement de ces méthodes
d’analyses est la lutte anti-dopage dans le milieu sportif (Smith et al. 2007).
La toxicologie analytique post-mortem peut se permettre des délais de résultats plus longs que
la toxicologie clinique. En revanche, elle nécessite une grande spécificité et une précision des
résultats d’autant plus si ceux-ci sont utilisés par la justice. Dans ce cas, les résultats doivent
impérativement être confirmés par deux méthodes analytiques différentes (Whyman 2012).

I.6.1.1- Méthodes de séparation


o Extraction
L’extraction des substances à partir des matrices post-mortem est plus délicate. A cause
de l’hémolyse, le plasma et le sérum ne sont pas toujours disponibles et c’est le sang total qui
est utilisé et extrait par phase solide (SPE). Il s’agit d’un procédé d’extraction qui sépare les
composés d’un mélange par adsorption sélective sur une phase solide en fonction de leurs
propriétés physico-chimiques. La phase solide peut être du charbon actif ou du gel de silice.
L’extraction peut aussi se faire par phase liquide et utilise des solvants choisis en fonction de
leur sélectivité et de la solubilité du composant dans ces solvants non-miscibles entre eux.
L’éther, le chloroforme et le toluène, solvants organiques autrefois très utilisés pour
l’extraction, sont abandonnés pour des raisons sanitaires et environnementales au profit du

38
1-chlorobutane, du mélange hexane/alcool iosamylique (98:2), de l’acétate de butyl ou du
mélange dichlorométhane/alcool isopropylique/acétate d’éthyle (1:1:3). Une méthode
d’extraction par méthylation a été validée sur les composés acides tels que les diurétiques, la
buprénorphine ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens (Drummer 2007).

o Chromatographie
La chromatographie est une méthode physico-chimique de séparation des constituants
d’un mélange (Fallon, Booth, Bell 1987). Le principe de la séparation des solutés est fondé
sur la différence de distribution d’un composé entre deux phases non miscibles selon leurs
affinités physico-chimiques. La phase stationnaire est fixe, il peut s’agir d’un liquide ou d’un
solide, la seconde phase est dite mobile. La phase stationnaire retient la migration des solutés
entraînés par la phase mobile. Les interactions physico-chimiques (charge, poids moléculaire,
solubilité, liaisons) entre les solutés et les deux phases provoquent des vitesses de migration
relativement spécifiques à chaque composant (Caude, Jardy 1996). Selon la nature de la phase
mobile, la chromatographie est dite :
- en phase liquide, dont la chromatographie en phase liquide haute performance et la
chromatographie sur couche mince ;
- en phase gazeuse (Fallon, Booth, Bell 1987).
Enfin, selon le support de la phase stationnaire, on distingue :
- la chromatographie planaire (CCM), lors de laquelle la phase mobile se déplace par
capillarité sur un support solide.
- la chromatographie sur colonne dans laquelle la phase mobile percole sur la phase
stationnaire avec un débit constant, ou une pression constante dans le cas d’un gaz.
Les résultats obtenus sont la distance parcourue par le composé sur un temps donné dans la
chromatographie planaire et le temps pour parcourir une distance fixée (en l’occurrence la
longueur de la colonne) pour la chromatographie sur colonne. Dans tous les cas, ces résultats
traduisent la vitesse de déplacement des solutés qui est la grandeur d’intérêt pour
l’identification des substances (Caude, Jardy 1996).

39
Figure 5- Résultats d'une chromatographie en couche mince associée à une densitométrie.
[Laboratoire toxicologique de Lyon]
L’abscisse est le rapport frontal qui reflète la distance parcourue lors de la chromatographie planaire.

Figure 6 - Résultats d'une chromatographie sur colonne pour la recherche de carbamates.


[Laboratoire toxicologique de Lyon]
Le résultat est exprimé en unité de temps.

Selon sa finalité, la chromatographie peut être analytique ou préparatoire. La


chromatographie analytique a pour but l’identification des composants, ce qui est le point
d’intérêt en toxicologie, suivie éventuellement d’une quantification. Dans ce cas, on choisit
une phase stationnaire plus affine pour le soluté que la phase mobile. Il s’agit du
développement par élution. Ces précautions permettent de limiter l’étalement des bandes et
d’assurer une séparation rapide des constituants avec une bonne détectabilité. Dans le cas de
mélange complexe, une élution graduée peut être mise en œuvre. Elle consiste à adapter
graduellement les conditions opératoires au cours de la migration en agissant sur la
température ou la composition de la phase mobile. Cette technique est cependant beaucoup

40
plus contraignante. La chromatographie préparatoire est une étape qui a pour but de séparer et
de récupérer les composants en des quantités permettant une utilisation ultérieure (Caude,
Jardy 1996). La chromatographie est souvent couplée à un système d’identification et de
quantification comme la densitométrie ou la spectrométrie (Fallon, Booth, Bell 1987).

La chromatographie gazeuse (GC) requiert l’extraction des analytes des produits


biologiques puis leur dérivation pour les rendre volatiles avant d’être entrainés par un gaz
inerte servant de phase mobile. La séparation a lieu sur les différences de volatilité et de
solubilité entre les phases (Smith et al. 2007). Cette technique nécessite, pour la volatilisation,
une stabilité thermique des composés, ce qui limite l’étendue de l’application (Caude, Jardy
1996). La chromatographie gazeuse est souvent complétée par un détecteur à la sortie de la
colonne. Celui-ci est variable, il s’agit le plus souvent d’un spectromètre de masse (SM) ou
d’un détecteur à absorption électronique (ECD). Plus rarement on trouve des détecteurs par
ionisation de flamme (FID), thermoïonique (TID) par photo-ionisation ou encore la
spectrométrie infrarouge (Poole 2015).

Dans la chromatographie en phase liquide (LC), les analytes sont dissous dans la phase
mobile qui circule au contact d’une phase stationnaire. Leur séparation se fait en fonction de
leurs différences de solubilité dans les phases. La technique a été perfectionnée en modifiant
les caractéristiques de la phase stationnaire et en produisant un flux sous haute pression et a
été appelée « haute performance » puis « ultra performance », permettant des résultats
comparables à la chromatographie gazeuse. Comparée à la celle-ci, la chromatographie
liquide nécessite moins de préparation d’échantillon, en particulier une absence de dérivation,
et permet l’identification de composés thermolabiles ou polaires, inadaptés à la
chromatographie gazeuse. Elle est associée à des systèmes de détection tels les
spectrophotomètres UV, détecteurs électrochimiques ou fluorescents et spectromètres de
masse (Smith et al. 2007).

o Electrophorèse capillaire
L’électrophorèse capillaire est en résurgence dans les laboratoires de toxicologie face aux
méthodes chromatographiques. Elle sépare les composants sur l’interaction avec la phase
absorbante et leur mobilité électrophorétique entre les électrodes mais aussi sur leur charge et
leur masse moléculaire. L’électrophorèse capillaire ne requiert que de petits volumes
d’échantillon et permet des analyses larges et simultanées de molécules acides ou basiques et

41
hydrosolubles ou non. Elle est associée aux mêmes systèmes de détection que la
chromatographie liquide. Cependant, une des limitations est la faible quantité d’échantillon
récupérée à la sortie du dispositif qui ne permet pas de l’utiliser comme méthode de
séparation préalable à une utilisation ultérieure de l’échantillon (Smith et al. 2007).

I.6.1.2- Méthodes d’identification : la spectrométrie


La spectrométrie est l’étude du spectre d’un phénomène physique qui se traduit par sa
décomposition sur une échelle pouvant se ramener à une énergie. La spectrométrie de masse
se base sur la séparation gazeuse de molécules selon leur rapport masse / charge (m/z). Elle
permet de détecter et d’identifier des molécules par comparaison avec des banques de spectres,
mais aussi de les quantifier. Elle suit souvent une séparation par chromatographie, en
particulier gazeuse. Le spectromètre comprend un système d’ionisation et un analyseur de
masse. Les molécules sont ionisées avec une énergie connue par une ionisation électronique
ou chimique. L’analyseur quadripolaire (QMS) sélectionne les ions sur leur rapport masse /
charge pour les identifier et les quantifier. Il est composé de 4 électrodes soumises à une
tension continue et une tension alternative réglées de telle façon que les ions d’un rapport m/z
donné parviennent jusqu’au détecteur. Il peut également scanner un large panel de ratio m/z.
L’association GC-QMS est une méthode très utilisée depuis deux dernières décennies. La
limite minimale de quantification est de 1 à 10 ppb. Le plus souvent, deux spectrométries de
masse sont appliquées en série après la chromatographie. La mise en série des spectromètres
de masse permet pour le premier d’identifier et pour le second de quantifier l’ion sélectionné
(Smith et al. 2007). L’objectif est de pouvoir analyser rapidement un grand spectre de
molécules avec des limites de détection basse : sur du sang post-mortem, plus de 400
composés peuvent être recherchés avec une méthode LC-MS-MS avec un seuil de détection à
5µg/L (Smith et al. 2007).
La spectrométrie de masse à trappe ionique crée un champ magnétique qui piège les ions
et les éjecte séquentiellement en masse. Cela permet d’améliorer la résolution, et présente
comme avantage de pouvoir mesurer un ion donné à la demande, alors que le quadripôle
basique analyse les ions au fur et à mesure de leur arrivée (Smith et al. 2007).

42
Les méthodes de spectrométrie de masse ont été perfectionnées pour augmenter la
précision des mesures et diminuer le temps d’analyse. Ces méthodes sont cependant plus
onéreuses :
- La spectrométrie de masse à secteur magnétique trie, grâce à un champ magnétique
constant, les ions en fonction de leur trajectoire qui dépend du ratio masse / charge. La
résolution et la précision sont 10 fois plus élevées que pour un QMS (Smith et al. 2007).
- La spectrométrie de masse isotopique mesure la masse et le ratio d’isotope stable issu
d’une combustion. La principale application de cette méthode est de déterminer l’origine
d’une même molécule en fonction du ratio d’isotope présent, elle permet, dans la recherche de
produit dopant, d’identifier les molécules d’origine endogène de leurs analogues exogènes,
comme la testostérone par exemple (Smith et al. 2007).
- La spectrométrie de masse à temps de vol (TOF : Time-of-flight) détermine le ratio
masse/charge des ions en mesurant le temps de vol après une accélération par un champ
magnétique de valeur connue dans un tube vide par haute tension. Les performances sont
similaires à la spectrométrie à secteur magnétique mais le temps d’analyse est beaucoup plus
rapide (Smith et al. 2007).
- La spectrométrie de masse à résonnance ionique cylcotronique est la méthode la plus
précise concernant la toxicologie analytique. Elle détermine le ratio masse / charge des ions
en se basant sur la fréquence cyclotronique des ions, c’est-à-dire sur la rotation d’une
particule dans un champ magnétique uniforme. Cette méthode est très précise, possède une
excellente résolution et permet d’analyser un large spectre de molécules, y compris les
macromolécules. Son coût très élevé est un frein majeur à sa diffusion (Smith et al. 2007).

Plus rarement utilisé, la spectrométrie (ou spectrophotométrie) d’absorption atomique


est utilisée pour déterminer la concentration de certains métaux et minéraux dans un
échantillon. Basée sur des méthodes optiques, elle s’intéresse à l’absorption de photons
monochromatiques par les atomes. Cela se traduit par la disparition de spectres de longueurs
d’onde caractéristiques lorsqu’une lumière polychromatique traverse la vapeur atomique. Puis,
pour une longueur d’onde donnée, l’absorption est proportionnelle à la quantité d’atome
présent ce qui permet d’en déduire, grâce à des tables, une quantification. La
spectrophotométrie infrarouge est très proche et se base sur les spectres d’absorption dans
l’infrarouge (Viala 1998).

43
I.6.1.3- Nouveautés en toxicologie analytique humaine
La toxicologie analytique humaine développe ses recherches pour multiplier les
supports d’analyses. En effet, si les urines et les cheveux sont les échantillons les plus
courants, en particulier du vivant du sujet, des études ont démontré la capacité à détecter des
médicaments dans des taches de sang séché ou encore dans les ongles (Meyer 2014).
En humaine, la « toxico-génomique » a fait l’objet de quelques publications qui s’intéressent
à la variabilité individuelle quand à l’interprétation des effets des toxiques selon la
concentration mesurée dans l’échantillon biologique (Gaensslen 2001).
Un autre challenge de la toxicologie humaine est de différencier, à la vue des résultats
d’analyses, les expositions chroniques à certains médicaments de l’overdose. Pour cela, les
toxicologistes s’intéressent en général aux cheveux (Karch 2001).
La corrélation entre les mesures post-mortem et les concentrations ante-mortem n’est pas
évidente. En effet, les concentrations post-mortem peuvent être altérées par le délai post-
mortem, la méthode d’échantillonnage et de conservation de l’échantillon, les propriétés
physiques de la molécule et éventuellement de la quantité de toxique non encore absorbée au
moment de la mort. Les dosages dans l’encéphale sont parfois utilisés pour les opioïdes en
raison de son isolement de la circulation générale par la barrière hémato-méningée qui le
préserve des redistributions post-mortem (Karch 2001).
Enfin, des biocapteurs électrochimiques ont été développés pour une détection sur le terrain
de toxiques, en particulier l’arsenic et le cyanure (Yanes-Sedeno et al. 2014).

44
I.6.2- Toxicologie analytique en médecine vétérinaire
En médecine vétérinaire, les moyens et les objectifs sont légèrement différents. En
effet, seule une minorité des analyses rentre en compte dans un contexte judiciaire.
Contrairement à la toxicologie analytique humaine, les résultats ne sont pas systématiquement
validés par deux méthodes, ceci pour des raisons économiques. La toxicologie analytique
vétérinaire utilise les connaissances de la toxicologie analytique humaine bien plus
développée et performante.

I.6.2.1- Applications analytiques de la toxicologie humaine à la toxicologie


vétérinaire
Les méthodes chromatographiques (gazeuse, liquide haute performance ou sur couche
mince) sont utilisées pour l’isolement et la quantification de substances variées dans différents
types d’échantillon biologique. La méthode la plus répandue est la chromatographie liquide
haute performance (HPLC) couplée avec la spectrométrie de masse. Il s’agit de la méthode de
choix pour la détection d’anticoagulant dans les tissus.
L’extraction peut se faire par partage liquide/liquide, par phase solide, par fluide
supercritique ou encore par immunoaffinité. Cette dernière est la plus fréquente car très
spécifique et sélective, associée à une extraction par phase solide.
La spectroscopie d’absorption atomique est la méthode de choix pour détecter les
métaux dans les liquides biologiques, c’est une méthode précise et rapide grâce aux nouvelles
procédures de minéralisation (système par digestion microondes) qui réduisent le temps
analytique. De nouvelles techniques de détection des métaux sont développées telles que des
techniques immunologiques (ELISA), ou des biocapteurs.
Les recherches en toxicologie ont permis de développer des analyses simples, rapides et
abordables pour dépister rapidement un grand nombre d’échantillons. Les réactions
colorimétriques ont été développées pour un résultat rapide en première intention au chevet
du patient, comme par exemple la détection du paracétamol dans le sang humain qui pourrait
être appliquée au chat (Russo, Restucci, Severino 2013).

45
I.6.2.2- Microscopie végétale
(Rech 2011 ; Bates 2012)
Très peu utilisée en médecine humaine, la microscopie végétale est relativement
développée en médecine vétérinaire, que ce soit pour l’analyse toxicologique mais aussi plus
souvent pour l’analyse nutritionnelle des aliments des animaux de production. L’identification
des plantes toxiques ingérées passe par la microscopie végétale sur le contenu stomacal en
première intention, cependant ces méthodes ont d’abord été établies pour une identification
dans les fèces. L’identification botanique peut être encore possible dans le contenu stomacal
non ou partiellement digéré mais elle peut s’avérer plus compliquée selon l’avancement de la
digestion. L’utilisation de la microscopie végétale est complémentaire du dosage des toxiques.
En effet certaines plantes partagent une molécule toxique commune. Cependant on s’oriente
là vers un diagnostic parfois plus précis qui n’a que peu d’application concernant les
carnivores domestiques. Cette technique s’appuie essentiellement sur l’absence de digestion
des parois pecto-cellulosiques des cellules végétales. La microscopie végétale demande un
matériel et des réactifs relativement accessibles aux praticiens. Cependant l’expérience du
laborantin est un facteur essentiel dans la rapidité et la fiabilité de l’identification. Pour la
lecture, au microscope optique au grossissement x100 ou x200, le microscopiste s’appuiera
sur des atlas ou des livres de référence. Selon l’organe ingéré, le manipulateur va s’intéresser
à l’épiderme inférieur des feuilles, l’anatomie des enveloppes des fruits et des graines, ou de
l’écorce. Le diagnostic d’espèce est toujours difficile car il existe des nuances dans ces
éléments anatomiques pour un même individu, mais aussi une grande ressemblance au sein de
la même famille. De plus ces éléments ne concernent qu’un fragment d’un tissu d’un organe
de la plante. Les conclusions microscopiques doivent donc être complétées et confrontées à
une enquête sur le terrain.

46
2ème partie – Etude toxicologique

47
II.1 - Epidémiologie des intoxications des carnivores domestiques
Les agents responsables des intoxications chez les carnivores domestiques sont très
nombreux. En effet, à titre d’exemple, le Centre National d’Informations Toxicologiques
Vétérinaires (C.N.I.T.V) a répertorié 446 produits responsables d’intoxications rien que pour
l’espèce féline en 2008 et 2009 (Mailland 2011).

L’objectif de cette partie épidémiologique est donc de mettre en évidence les toxiques
les plus fréquemment incriminés chez les carnivores domestiques afin de réduire le champ
d’investigation aux toxiques les plus courants qui seront développés dans les monographies.

Les données utilisées sont issues d’études se basant sur le Centre National
d’Informations Toxicologiques Vétérinaires (C.N.I.T.V) et le Laboratoire de diagnostic
toxicologique vétérinaire de Lyon. Le C.N.I.T.V., basé à Lyon assure un service téléphonique
de conseil concernant tout type de toxiques. Les appels reçus, qui s’élèvent à près de 12 000
pour l’année 2003, sont enregistrés pour un suivi épidémiologique (Barbier 2005). Le
laboratoire de diagnostic toxicologique vétérinaire est un laboratoire spécialisé basé à Lyon
VetAgro-Sup.

Les études utilisées s’intéressent aux appels reçus par les centres anti-poisons qui sont
un excellent reflet de l’exposition aux toxiques. Les données basées sur les analyses
toxicologiques effectuées reflètent l’exposition et les suspicions cliniques. Enfin les résultats
positifs des analyses effectuées au laboratoire toxicologiques sont les données les plus
pertinentes pour caractériser l’épidémiologie des intoxications, elles sont cependant moins
accessibles.

II.1.1 - Espèces concernées


Plusieurs études montrent la surreprésentation du chien face à l’exposition aux
toxiques. En effet, il représente 66% des appels reçus par le C.N.I.T.V. en 2002, suivi du chat
avec 19%. En 2003 ces proportions sont de 70% pour le chien et 21% pour le chat. Les
ruminants (5%) et les chevaux (2,8%) sont largement minoritaires (Berny et al. 2010 ; Barbier
2005).

48
Autres animaux Equins
domestiques 3%
1% Faune sauvage
Bovins, ovins 0%
5%

Chats
21%

Chiens
70%

Figure 7- Répartition des espèces concernées par les appels au C.N.I.T.V. en 2003 (Barbier 2005).

Les données du laboratoire d’analyses toxicologiques de Lyon montrent que chiens et


chats ne représentent plus que respectivement 35% et 12% des analyses effectuées en 2003
(Berny 2003) ; et 41% et 17% des analyses positives cette année-là. La faune sauvage,
logiquement absente des appels au C.N.I.T.V. représente une grande part des analyses
effectuées. En effet, le laboratoire de toxicologie travaille sous contrat avec l’Office National
de la Chasse et de la Faune sauvage (ONCFS) pour la surveillance sanitaire de la faune
sauvage.

Autres animaux Equins


domestiques 2%
6%
Bovins, ovins
7%

Faune sauvage
38%
Chats
12%

Chiens
35%

Figure 8 - Répartition des espèces concernées par les analyses réalisées au laboratoire de toxicologie de
Lyon en 2003 (Berny 2003).

49
Le chien apparait donc comme l’espèce la plus exposée aux toxiques, loin devant les
chats pourtant plus nombreux dans nos foyers. Cela peut s’expliquer par un comportement
exploratoire et une tendance au pica plus importante chez les chiens (Barbier 2005).
D’ailleurs, les jeunes chiens sont particulièrement à risque à cause d’un comportement
exploratoire exacerbé. En effet, 45% des appels concernent des animaux de moins d’un an,
24% sont adultes et 2% ont plus de sept ans (Berny et al. 2010). Au contraire, les chats
adultes sont les plus atteints, peut-être en raison de leur mode de vie (Barbier 2005). Le
nombre d’appels plus élevé chez les chiens peut aussi s’expliquer par une plus grande
promiscuité avec leur propriétaire contrairement aux chats. De ce fait, la réaction des
propriétaires est souvent plus tardive pour les félins. Ainsi, chez le chat, 83,2% des analyses
sont post-mortem contre 77,2% pour le chien (Jaquin 2001).

II.1.2- Modalités d’exposition


L’empoisonnement des animaux de compagnie peut résulter d’un acte de malveillance
ou d’un accident (erreur ou négligence). Les actes de malveillance sont minoritaires (4%),
bien derrière les accidents (70%), les intoxications environnementales (10%) ou
l’automédication (3%). Chez le chat les intoxications dues à l’automédication sont
relativement plus nombreuses (10%), en particulier à cause des antiparasitaires destinés aux
chiens mais inadaptés aux chats. Ainsi, l’exposition des carnivores domestiques aux toxiques
a très majoritairement lieu dans l’environnement immédiat de l’animal. En effet, les lieux
d’exposition les plus fréquents sont la maison (60%) suivie du jardin (10%) et les promenades
(3%) (Barbier 2005). La principale voie d’exposition est une ingestion orale (84%) suivie par
l’exposition cutanée (9,1%) (Berny et al. 2010).

II.1.3- Toxiques concernés


Dégager les toxiques les plus fréquents n’est pas aisé à cause du grand nombre de
toxiques en cause et du fait qu’aucun produit n’est responsable de la majorité absolue des
intoxications. Globalement, les toxiques dits « fréquents » sont considérés comme ceux qui
représentent plus d’1% des appels au C.N.I.T.V. Celui-ci a reçu 10 269 appels concernant les
carnivores domestiques en 2003 (Barbier 2005).

50
De plus pour notre étude, il faut prendre en compte non seulement la fréquence
d’exposition mais aussi la létalité pour avoir une idée des toxiques les plus fréquents lors de
notre diagnostic post-mortem. Enfin, l’exposition n’est pas synonyme d’intoxication et parfois
les analyses ne donnent pas de résultats. Ainsi, la part des analyses confirmées est de 59%
chez les carnivores domestiques, légèrement supérieure aux analyses positives toutes espèces
confondues (53%). Cette proportion d’analyses positives n’est pas significativement
différente lorsque l’on ne considère que les analyses post-mortem (59,8%) (Jaquin 2001).

En Europe, les principales causes d’intoxications par grandes catégories chez les
chiens sont les pesticides, les médicaments, les polluants, les plantes et l’alimentation. Chez
les chats se sont les pesticides, les polluants, les médicaments, les plantes et les aliments
(Caloni 2012). Les pesticides représentent donc la cause la plus fréquente d’appel, aussi bien
chez le chien (39%) que chez le chat (33%) (Barbier 2005). Ils représentent en outre 992 cas
des 3141 intoxications confirmées en 2003 en France pour les chiens et les chats. Les
pesticides sont suivis par les médicaments (798 cas), les produits ménagers (720 cas) et les
plantes (295 cas). (Berny et al. 2010 ; Barbier 2005).

51
Les données annuelles du C.N.I.T.V. montrent le grand nombre de toxiques possible auxquels
les carnivores domestiques peuvent être exposés.
Tableau 4 - Répartition des toxiques en fonction du nombre d’appels (hors renseignement) concernant les
carnivores domestiques au CNITV en 2003 (Barbier 2005).
Nombre d'appels
(N = 10 269)
Rodenticides anticoagulants 1 074
Inhibiteurs des cholinestérases 736
Hydrocarbures 436
Caustiques et détergents 409
Chloralose 284
Chocolat 210
Désinfectants 204
Pyréthrinoïdes 199
Ibuprofène 180
Paracétamol 173
Crimidine 138
Liliacées 137
Engrais 133
Métaldéhyde 125
Ethylène glycol 124
Bromazépam 112
Arsenic 87
Cannabis 76
Glyphosate 73
Aracées 69
Neem 64
Vipère 58
Vitamines 58
Barbituriques 57
Minéraux 54
Autres neuroleptiques 48
Crapaud 46
Euphorbiacées 43
Organochlorés 41
Aspirine 39
Cuivre 37
Chenilles 35
Laurier rose 34
Anti-inflammatoires stéroïdiens 33
Antihistaminique 32
Chlorates 30
Strychnine 26
Hypnotiques 24
Sulfate de fer 21
Sciliroside 18
Huiles essentielles 16
Chlorure de sodium 13
Vitamine D3 10
Taxine 10

52
Ces données reflètent l’exposition mais ne prennent pas en compte la gravité des intoxications
et donc la mortalité. Une étude basée sur les données du C.N.I.T.V entre 1991 et 1997 met en
avant les principaux toxiques responsables de cas mortels chez le chien et le chat (Pineau
1999).

Tableau 5 - Nombres d’appels par toxiques avec mortalité des carnivores domestiques enregistrés au
CNITV entre 1991 et 1997 (Pineau 1999).
Nombre d'appel avec mortalité
(N = 3 680)
Rodenticides anticoagulants 468
Inhibiteurs des cholinestérases 394
Strychnine 195
Chloralose 137
Métaldéhyde 96
Vitamine D3 65
Organochlorés 53
Chlorates 42
Sciliroside 35
Crimidine 33
Glyphosate 27
Ethylène glycol 26
Cuivre 24
Paracétamol 21
Euphorbiacées 19
Aracées 14
Arsenic 12
Hydrocarbures 12
Chlorure de sodium 11
Monoxyde de Carbone 10
Plomb 8
Neuroleptiques 7
Désinfectants 6
Laurier rose 6
Caustiques et détergents 5
Barbituriques 4
Ibuprofène 4
Aspirine 3
Engrais 2
Cyanure 1

On constate que la strychnine apparaît ici comme un toxique mortel fréquent alors qu’elle
était relativement minoritaire dans l’étude précédente. Cela s’explique par la létalité élevée de
ce toxique mais surtout par la date des études. La strychnine ayant été interdite à partir de
2000, il est logique de voir une diminution des appels en rapport avec ce toxique en 2003. De
même, le monoxyde de carbone apparaît ici. D’une part il est fréquemment responsable de cas
mortels mais il est aussi à relier avec la vétusté des installations de chauffage. Au contraire,

53
les carnivores domestiques sont souvent exposés aux caustiques (409 appels en 2003) mais
ces toxiques ont un taux de létalité moins important ce qui explique le nombre d’appel suite à
la mort de l’animal n’est que de 5 pour ces toxiques.

Le laboratoire d’analyses toxicologiques nous permet d’identifier les toxiques confirmés, ce


qui semble plus pertinent. Cependant les analyses sont limitées aux suspicions cliniques et
aux méthodes de recherche disponibles qui concernent les toxiques les plus fréquents.

Tableau 6 - Principaux toxiques chez les carnivores domestiques en fonction du nombre d’analyses
positives réalisées au laboratoire d’analyses toxicologiques de Lyon en 2003 (Berny 2003).
Nombres d'analyses positives
(N = 464)
Inhibiteurs des cholinestérases 259
Chloralose 63
Strychnine 45
Rodenticides anticoagulants 35
Méthaldéhyde 25
Crimidine 10
Barbituriques 5
Organochlorés 4
Chlorates 3
Cuivre 2
Pyréthrinoïdes 2
Plomb 1
Arsenic 1

On constate que malgré son interdiction, la strychnine est encore une cause confirmée
d’intoxication en 2003. Les rodenticides anticoagulants sont relativement moins importants,
peut-être parce que l’épidémiologie et la forte suspicion clinique ne motivent pas une analyse
toxicologique systématique. L’éthylène glycol n’apparaît pas dans les analyses réalisées en
2003, une seule analyse sur six a été positive cette année là et concernait un animal de la
faune sauvage. Les caustiques et le monoxyde de carbone ne sont pas recherchés au
laboratoire d’analyses toxicologiques de Lyon.

54
Une autre étude basée sur les données du Laboratoire d’analyses toxicologiques de Lyon entre
1994 et 1999 a croisé l’ensemble des analyses positives avec la mortalité, malheureusement
les données restreintes aux carnivores domestiques ne sont pas disponibles et concernent donc
l’ensemble des espèces animales.
Tableau 7 - Nombres d’analyses positives sur animaux morts (toutes espèces) réalisées au laboratoire
d’analyses vétérinaire de Lyon entre 1994 et 1999 (Jaquin 2001).
Nombres d'analyses positives
sur des animaux morts
(N = 9106)
Inhibiteurs des cholinestérases 2981
Rodenticides anticoagulants 1307
Strychnine 596
Chloralose 297
Métaldéhyde 183
Organochlorés 117
Plomb 71
Cuivre 51
Crimidine 41
Ethylène glycol 29
Chlorates 26
Barbituriques 12
Cyanure 11
Arsenic 9
Vitamine D3 6
Pyréthrinoïdes 5
Sciliroside 2

Le choix des toxiques étudiés dans cette thèse se portera sur ceux dont les lésions sont
suffisamment caractéristiques pour orienter le diagnostic à l’autopsie, que ces toxiques soient
fréquents (rodenticides anticoagulants) ou non (monoxyde de carbone). Nous étudierons aussi
certains toxiques plus fréquents et responsables d’expositions et d’intoxications mortelles
chez le chien et le chat mais ne provoquant que des lésions non spécifiques en s’appuyant sur
les cas de terrain recueillis auprès du laboratoire d’analyse toxicologique de VetAgro-Sup à
Lyon, du C.A.P.A.E.-Ouest à Nantes et du C.A.P.A.T. à Toulouse.

55
Tableau 8 - Toxiques retenus dans l'étude. En gras les toxiques avec des lésions caractéristiques.

Pesticides
Rodenticides anticoagulants
Inhibiteurs des cholinestérases
Strychnine
Chloralose
Organochlorés
Polluants
Monoxyde de carbone
Irritants et caustiques
Ethylène glycol

Nous aborderons successivement les toxiques avec un tableau nécropsique spécifique


(rodenticides anticoagulants, monoxyde de carbone, caustiques et éthylène glycol), puis ceux
pour lesquels des lésions non spécifiques sont décrites classiquement. Six cas d’intoxications
par les rodenticides anticoagulants puis 17 cas de terrain respectivement illustreront ces
tableaux nécropsiques. La répartition des observations « terrain » reflète bien la répartition
des analyses positives sur animaux morts décrite dans l’épidémiologie (Tableau 7) : 9 cas sur
les inhibiteurs des cholinestérases, 6 cas sur les anticoagulants, 4 cas sur la strychnine, 3 cas
sur le chloralose et 1 cas sur le lindane.

56
II.2- Lésions et diagnostic de certitude des intoxications chez les
carnivores domestiques

II.2.1- Toxiques entrainant des lésions macroscopiques caractéristiques

II.2.1.1- Raticides anticoagulants

1) Présentation
Les raticides anticoagulants sont parmi les pesticides les plus employés dans la lutte
contre les rongeurs nuisibles depuis leur découverte dans les années 1940. Ils sont présentés
sous forme d’appâts ou moins fréquemment de poudre de contact (Roch 2008).

* Classification
Les raticides anticoagulants ont la particularité d’avoir une analogie structurale avec la
vitamine K1, bien qu’appartenant à 3 familles chimiques différentes : les dérivés de
l’hydroxy-4-coumarine, de l’indane-1,3-dione et de l’hydroxy-4-benzothiopyranone (Roch
2008).
D’un point de vue toxicologique, les molécules utilisées sont classées en 3 générations selon
leur persistance hépatique mais aussi selon leur mode d’action : alors que les substances de 1e
et 2e générations sont toxiques par accumulation et nécessitent une ingestion répétée pour
avoir des répercussions toxiques, celles de 3e génération ne nécessitent qu’une ingestion
unique (Roch 2008).
Les molécules utilisées et commercialisées en France sont présentées dans le Tableau 9.

Tableau 9 - Molécules de raticides anticoagulants classées par famille et génération (Roch 2008).
1ère génération 2ème génération 3ème génération
Persistance hépatique 7 à 15 jours 15 à 21 jours > 21 jours
Hydroxy-4-coumarine Coumafène Difénacoum Brodifacoum
Coumachlore Bromadiolone Flocoumafène
Familles chimiques

Coumatétralyl
Indane-1,3-dione Diphacinone
Chlorophacinone
Hydroxy-4-benzothiopyranone Diféthialone

57
A l’heure actuelle, les rodenticides anticoagulants responsables d’intoxication les plus
fréquents sont aussi les plus utilisés par les particuliers : difénacoum en tête suivi de la
diféthialone, la bromadiolone et la chlorophacinone. Les produits réservés à un usage
professionnel (brodifacoum, flocoumafène et coumafène) sont minoritaires (Barbier 2005).

* Propriétés physico-chimiques
Les propriétés physicochimiques des raticides anticoagulants sont légèrement différentes d’un
composé à l’autre ce qui permet leur identification en toxicologie analytique. D’ailleurs leur
solubilité dans les différents solvants organiques étant relativement variable, il est
particulièrement difficile d’extraire de façon concomitante tous les anticoagulants (Roch
2008). Ce sont des acides faibles lipophiles, faiblement solubles dans l’eau et très stables.

Tableau 10 - Quelques caractéristiques physicochimiques des différents anticoagulants (Roch 2008 ;


PubChem 2015)
Solubilité
Spectre UV max (nm)

Diméthylformamide
moléculaire (g/mol)

Solutions alcalines
Dichlororméthane
Acétate d’éthyl
Acide acétique

Cyclohexane
Chloroforme

Benzène
Dioxane
Acétone

Ethanol

Hexane

Alcool
Poids

Ether

Eau
Brodifacoum 523,4 + + + + + - - -
Bromadiolone 527,4 260 + + + + + - - - -
Chlorophacinone 374,8 325 + + + + + + - - + + -
Coumachlore 342,8 305 + + - - + -
Coumafène 308,4 308 + + + + - - - - -
Coumatétralyl 292,6 305 + + + + - - + +
Difénacoum 444,5 310 + + - - - -
Diféthialone 539,5 250 - + - + - - -
Diphacinone 340,4 285 + + + + + + + - -
Flocoumafène 542,6 + + + + + -

* Pharmacocinétique :
Par voie orale, l’absorption est très bonne par diffusion passive au niveau duodénal dans les 2
à 6 heures après l’ingestion (Roch 2008) selon la vitesse de vidange gastrique, le pH ou la
présence d’aliments. Le taux plasmatique maximal est atteint environ 12 heures après
l’ingestion (Valchev et al. 2008). Les anticoagulants sont transportés par le sang, fortement
liés à l’albumine ce qui provoque leur libération progressive et une action prolongée. La
fraction libre étant seule active, des interactions avec des médicaments liés aux protéines

58
plasmatiques peuvent provoquer une augmentation de la forme libre et donc une toxicité
accrue. Leur distribution a lieu essentiellement vers le foie (90%) où ils sont majoritairement
bio-transformés via des cytochromes P450 et accumulés. Leur rémanence hépatique est
variable selon la génération : d’un point de vue thérapeutique, la rémanence est de 15 jours
pour la première génération, 21 jours pour la seconde et plus de 30 jours pour la troisième.
L’élimination totale est cependant plus longue. Ils sont distribués de façon minoritaire au
pancréas et au rein. L’élimination biliaire sous forme glucurono-conjuguée n’est pas
négligeable, à l’origine d’un cycle entéro-hépatique qui prolonge leur activité toxique.
L’élimination définitive est rénale et fécale, en proportion différente selon la molécule (Roch
2008 ; Murphy 2002).

* Mécanisme d’action
Les anticoagulants rodenticides agissent par inhibition non compétitive mais réversible de la
vitamine K époxyde réductase, une enzyme indispensable pour le recyclage de la vitamine K
par le foie. La vitamine K est un cofacteur essentiel pour l’activation des facteurs de
coagulation. L’épuisement du stock de vitamine K provoque l’inhibition de l’activation
hépatique de 4 facteurs de coagulation vitamine K dépendant regroupés sous le nom PPSB :
prothrombine (facteur II), proconvertine (facteur VII), facteur de Stuart (facteur X) et facteur
anti-hémophilique B (facteur IX). Ces facteurs interviennent dans l’hémostase secondaire. Les
signes cliniques apparaissent quand l’organisme a épuisé son stock de facteur de coagulation,
en général 48-72h après l’ingestion (Roch 2008 ; Palmer et al. 1999 ; Murphy 2002).

* Dose toxique
Rappel : la DL50 (ou dose létale médiane) est un indicateur de la toxicité aigüe. Elle mesure
la dose nécessaire pour causer la mort de 50% d’une population animale donnée pour une voie
d’exposition donnée et elle s’exprime en mg par kg d’animal.

Pour les raticides anticoagulants, plus la génération est récente, plus la dose toxique médiane
est faible.

59
Tableau 11 - Toxicité des anticoagulants pour le chien et le chat (DL50 en mg/kg par voie orale) (Roch
2008 ; Valchev et al. 2008 ; Murphy 2002).
Chien Chat
ère
1 génération Chlorophacinone 50 – 100 50 – 100
0,05/j x 10 jours
Coumachlore 900
Coumafène 20-200 6 – 50
2,3-5/j x 5 jours 1-3/j x 5 jours
Coumatétralyl 35 50

Diphacinone 3-7,5 14,7


0,08-2/j x 3 jours
2ème génération Bromadiolone 10-25 25
0,15/j x 5 jours
Difénacoum 25 – 50 100

3ème génération Brodifacoum 0,25 – 4 25

Diféthialone 4 16

Flocoumafène 0,46 0,075-0,25

* Exposition
Les circonstances d’intoxication sont le plus souvent accidentelles : une méconnaissance du
danger ou une absence de précaution lors de l’utilisation ou du stockage du produit conduisent
à un risque d’exposition des animaux de compagnie. Les animaux, et en particulier les chiens,
ingèrent les appâts avec le produit raticide qui est inodore mais avec un goût légèrement sucré
(Valchev et al. 2008). Par exemple, un appât avec du brodifacoum (3ème génération) concentré
à 50ppm, intoxique un chien dès l’ingestion de 3,7g/kg (Roch 2008).
L’intoxication secondaire ou de relais (ingestion d’un rongeur intoxiqué) est peu probable
chez les animaux de compagnie compte tenu des niveaux résiduels chez les rongeurs
intoxiqués et des doses maximales tolérées chez les carnivores domestiques. En effet, un
chien devrait ingérer au moins 500g de rats intoxiqués (soit 1 à 2 rats) par kg de poids vif pour
atteindre la dose toxique de brodifacoum (Murphy 2002). L’intoxication secondaire concerne
d’avantage les prédateurs de la faune sauvage qui ingèreraient quotidiennement et quasi-
exclusivement des rongeurs intoxiqués dans des zones traitées (Roch 2008).
Les actes de malveillance sont globalement rares mais ces toxiques sont très accessibles et
donc souvent employés à forte concentration sur les appâts appétents.

60
* Signes cliniques
Le mécanisme d’action des anticoagulants implique des signes cliniques différés, le temps de
l’épuisement des facteurs de coagulation. Les symptômes apparaissent 48 à 72h après
l’ingestion. Le tableau clinique est celui d’un syndrome hémorragique de localisation variée,
extériorisé ou non. Il s’accompagne souvent de symptômes généraux non pathognomoniques
tels que l’abattement voire la léthargie, l’intolérance à l’effort ou l’anorexie. Tout saignement
peut entrer dans le tableau clinique d’une intoxication aux anticoagulants. Il s’accompagne de
muqueuses pâles avec un temps de remplissage capillaire augmenté, éventuellement une
tachycardie, une polypnée et une hypothermie caractéristique d’un syndrome hypovolémique
en fin d’évolution. Les saignements internes occultes peuvent avoir des répercussions
cliniques très variées telles une dyspnée, des boiteries, des troubles cardiaques, une douleur
abdominale ou une atteinte neurologique (Roch 2008 ; Murphy 2002).

2) Lésions macroscopiques et histologiques


Les intoxications aux anticoagulants provoquent un tableau lésionnel nécropsique très
caractéristique (Roch 2008).
Des hémorragies généralisées, diffuses et multiples de localisations très variables sont
observées. Ces hémorragies sont caractérisées par un sang incoagulable, d’ailleurs, le caillot
intracardiaque est absent (Roch 2008). Les hémorragies prennent la forme d’hématomes dans
le tissu sous cutané, d’hémopéritoine, d’hémothorax, d’hémopéricarde et d’hémorragie
pulmonaire le plus souvent (Roch 2008 ; Murphy 2012). Les hémorragies externes, quand
elles sont présentes, sont les plus évidentes : épistaxis, méléna, hématémèse, hématurie,
saignements gingivaux. Des hémorragies médiastinales, sous arachnoïdiennes, cérébrales,
thymiques, intra-vitréennes et intra-trachéales sont aussi possibles (Murphy 2012). Un cas
d’hématome dans le parenchyme rénal avec hydronéphrose bilatérale a été décrit ainsi que des
hémorragies au sein du parenchyme hépatique (Valchev et al. 2008 ; Duvall et al. 1989). Un
cas d’hématome rénal sous capsulaire a également été décrit (Radi, Thompson 2004).

61
Figure 9- Hémorragies sous cutanées et musculaires lors d'une intoxication aux AVK chez un chien.
Photo : Laboratoire de toxicologie de VetAgro Sup.

Figure 10 - Hémorragie pulmonaire lors d’une intoxication aux AVK chez un chien.
Photo : Laboratoire de toxicologie de VetAgro Sup.

Figure 11 - Hémopéritoine lors d'une intoxication aux AVK chez un chien.


Photo : Service d’anatomie pathologique de l’ENVT.

62
Les autres lésions nécropsiques sont moins caractéristiques : le cœur est décrit comme
globuleux et flasque, le poumon est œdémateux et les muqueuses sont pâles ou parfois
ictériques lorsque les lésions hépatiques sont importantes (Roch 2008). Le foie peut être
congestionné ou en dégénérescence. Les anticoagulants rodenticides de 1ere génération
provoquent une calcification des gros vaisseaux (aorte, artère hépatique, artère mésentérique,
artère rénale, artère fémoral), des valves du cœur (en particulier les valves sigmoïdes
aortiques) et des bronches (Valchev et al. 2008). Cette calcification est expliquée par
l’inhibition de la production d’acide gamma-carboxyglutamique (Gla) qui entre dans la
composition de certaines protéines comme la MGP (matrix Gla protein). La MGP est une
protéine vitamine K dépendante qui inhibe les processus de calcification. Elle est notamment
sécrétée par les cellules musculaires lisses et les macrophages mais aussi par les ostéoblastes,
les chondrocytes, les pneumocytes, les néphrocytes et les fibroblastes. Ces lésions de
calcification sont plus fréquentes chez les animaux en croissance, en relation avec une
phosphatémie élevée. La vitamine D potentialise également ces calcifications par les
rodenticides de première génération (Price, Faus, Williamson 2000).

L’histologie hépatique révèle une nécrose centro-lobulaire et une micro-vacuolisation


des hépatocytes (Roch 2008). Globalement, l’endothélium vasculaire est détérioré en
particulier au niveau rénal (Dobre, Soare 2007), lésions endovasculaires qui seraient causées
par la production de radicaux libres (Petterino, Bianciardi, Gastone 2004). Cependant,
l’histologie est peu réalisée en pratique devant le tableau lésionnel macroscopique évocateur
(Roch 2008). L’observation de sidérophages, en particulier au niveau pulmonaire, suggèrent
un état d’hypocoagulabilité dans les jours précédant le décès (Palmer et al. 1999).

63
Figure 12 - Lésions macroscopiques et microscopiques induites par les AVK chez les carnivores
domestiques.

Bien que caractéristique, le tableau lésionnel ne permet pas de conclure avec certitude à une
intoxication aux anticoagulants. En effet, la démarche diagnostique passe par l’élimination
d’autres causes de syndrome hémorragique (Roch 2008) en premier lieu et ensuite par un
diagnostic de certitude au laboratoire d’analyses toxicologiques, en particulier pour
l’identification de la molécule responsable.

64
3) Diagnostic de certitude : prélèvements et méthodes d’analyse
Le prélèvement de choix pour la recherche d’anticoagulants est le foie (50 à 100g) ou
éventuellement un rein si le foie n’est pas disponible. En effet, une étude sur les rats a montré
des concentrations de brodifacoum comparable dans les reins et le foie de rats intoxiqués
(Palmer et al. 1999). Pour les analyses toxicologiques, l’échantillon est maintenu au froid
mais non fixé. Cependant, une étude a montré que la concentration de brodifacoum détectée
est seize fois supérieure sur un échantillon fixé au formol que sur un foie congelé. Cela peut
s’expliquer par la déshydratation de l’échantillon au contact du formol, par l’arrêt des
dégradations métaboliques et enfin par un relargage massif à partir des macromolécules sur
lesquelles était fixé le toxique. L’analyse sur un échantillon fixé est donc possible mais les
résultats doivent être interprétés avec précaution (Palmer et al. 1999). Le prélèvement du
contenu gastrique a peu d’intérêt car le long délai d’action des anticoagulants provoque des
signes bien après la vidange gastrique. De la même façon, le plasma n’est pas plus intéressant
dans l’analyse nécropsique puisqu’il y a une diminution rapide de la concentration
plasmatique au profit de la fixation hépatique (Roch 2008).

L’échantillon est d’abord purifié par une extraction liquide-liquide par des solvants
organiques puis centrifugé. On utilise fréquemment l’acétone comme solvant organique dans
les proportions suivantes : 10 à 20g d’échantillon pour 20mL d’acétone. Cette opération est
répétée à deux reprises. Les protéines sont éliminées avec l’ajout de diéthyléther. La solution
est à nouveau centrifugée puis évaporée et le résidu est solubilisé dans du méthanol. Cette
extraction a une efficacité de 85 à 95% (Berny, Buronfosse, Lorgue 1995).

Historiquement, plusieurs techniques analytiques ont été développées et en premier


lieu la chromatographie en phase gazeuse associée à la fluorométrie pour détecter le
coumafène seul. Des méthodes de chromatographie en phase liquide ou sur couche mince ne
permettaient qu’une recherche individuelle, puis la technique s’est améliorée pour permettre
un screening simultané de toutes les molécules anticoagulantes (Murphy 2012).
Aujourd’hui, deux techniques sont utilisées couramment :
- La chromatographie en couches minces hautes performances (HPTLC) ou la
chromatographie liquide haute performance (HPLC) associée à la spectroscopie UV ou la
détection par fluorescence. Les limites de détection sont de 0,01µg/g dans le foie. La

65
spécificité est proche de 100% (Berny, Buronfosse, Lorgue 1995). Il s’agit de la technique
employée au laboratoire de diagnostic toxicologique de VetAgro Sup à Lyon.
- La chromatographie en phase liquide associée à un spectromètre de masse. Cette dernière
technique, plus sensible mais plus onéreuse et souvent réservée aux expertises judiciaires
(Roch 2008).
Avec moins de moyen, une chromatographie sur couche mince avec indicateur de
fluorescence peut suffire. Le solvant est un mélange de méthanol et d’acide
orthophosphorique. La lecture se fait aux ultra-violets (longueur d’onde 254µm) par
comparaison avec une migration témoin de la molécule recherchée.
La bonne sensibilité des techniques analytiques ne doivent pas faire oublier que des faux
négatifs sont possibles si le prélèvement n’est pas approprié ou si le délai d’autopsie et
d’acheminement des prélèvements est trop long (Roch 2008). De plus ces techniques
mesurent le toxique libre, des interférences sont donc possibles (notamment sur un échantillon
fixé) (Palmer et al. 1999).

4) Illustrations par des cas de terrain


Six cas d’intoxications avérées aux anticoagulants et sur lesquels une autopsie a été
pratiquée ont été traités par les centres anti-poisons vétérinaires français entre 2008 et 2014.
Bien évidemment, ces données sont biaisées par le fait que les praticiens ne réalisent pas
toujours une autopsie, d’autant plus que les signes cliniques d’une intoxication aux
anticoagulants sont déjà très indicatifs. Ces cas ne concernent que des chiens adultes de
grande race.

Parmi les cas observés, les molécules en cause sont la chlorophacinone, la bromadiolone et le
difénacoum. Les analyses ont toutes été effectuées sur des échantillons de foie, par HPTLC au
laboratoire toxicologique de Lyon et par TLC à Toulouse. Les concentrations retrouvées au
niveau du foie se situaient entre 0.09 et 4.96 ppm.

Les lésions les plus fréquemment observées sont la pâleur des muqueuses (5/6), un
épanchement hémorragique (6/6), et des hémorragies ou suffusions dans divers organes (foie,
rein, muqueuse vésicale, intestinale, poumons) ce qui est cohérent avec les lésions rapportées
par l’étude bibliographique.

66
Tableau 12 - Cas de terrain d'intoxications aux rodenticides anticoagulants confirmés par une analyse
toxicologique et autopsiés
Commémoratifs Anamnèse Autopsie Echant Analyse Résultats
illon
Chien Trouvé mort - muqueuses pâles, Foie HPTLC Bromadiolone
Cane corso - hémopéritoine, 0,09µg/g
8 ans - nodules blanchâtres spléniques et
Femelle hépatiques,
- zones blanchâtres fibrotiques sur les
reins et zone hémorragique sur le rein
gauche,
- stries hémorragiques sur la muqueuse
gastrique,
- poumons congestifs,
- hypertrophie de la paroi ventriculaire
gauche.
Chien Abattement, - muqueuses pâles, Foie HPTLC Bromadiolone
Golden retriever cyanose, - hémopéritoine, 1,03µg/g
7 ans dyspnée, mort - hémopéricarde,
Mâle - suffusions de la muqueuse
intestinale,
- contenu intestinal hémorragique
- poumons hémorragiques,
- hypertrophie concentrique du
ventricule gauche
Chien Syncope, - muqueuses pâles, Foie HPTLC Difénacoum
Husky vomissement et - hémopéritoine, 0,21µg/g
2 ans diarrhée - foie friable et hétérogène,
Femelle hémorragiques, - petites zones blanchâtres fibreuses
mort à +12h. sur les reins,
- hémoglobinurie,
- contenu digestif hémorragique,
- poumons hémorragiques.
Chien Trouvé mort. - muqueuses pâles et cyanosées, Foie HPTLC Chlorophacinone
Bouvier bernois D’autres - jetage séro-hémorragique, 1,01µg/g
6 ans animaux sont - hémopéritoine modéré,
Femelle morts dans les - hémothorax important,
mois précédents - hémopéricarde,
avec des signes - foie hétérogène, pas de coagulation,
d’hémorragie. - infiltrations hémorragiques de la
muqueuse vésicale,
- poumons hémorragiques.
Chien Asthénie 24h - muqueuses pâles, Foie HPTLC Chlorophacinone
Berger Allemand - hémopéritoine, 4,96µg/g
3 ans - splénocontration
Mâle - hémorragie pyélique
- infiltration hémorragique de la paroi
vésicale, hématurie,
- hémorragies mésentériques.
Chien NC - hémopéritoine, Foie TLC Chlorophacinone
Setter anglais - pétéchies et suffusions sur le
Age inconnu diaphragme, le thymus et le foie
Femelle - sang non coagulé
- splénite réactionnelle marquée
Légende : HPTLC = High Performance Thin Layer Chromatography ; TLC = Thin Layer Chromatography ; NC = non
communiqué

67
II.2.1.2- Monoxyde de Carbone

1) Présentation
Le monoxyde de carbone (CO) est un gaz incolore et inodore formé lors de la
combustion incomplète de produits carbonés.
2C + O2 ↔ 2CO
Les circonstances d’intoxication aigüe sont le plus souvent accidentelles, suite à une
défaillance technique d’un système de combustion au charbon ou suite à un incendie (Viala
1998). Il s’agit encore aujourd’hui d’une source d’intoxication non négligeable chez les
humains et leurs animaux de compagnie. En effet, chaque année plus de 3000 personnes sont
victimes d’intoxications au monoxyde de carbone en France dont plus d’une centaine de
morts. Une étude anglo-saxonne ne portant que sur les intoxications non intentionnelles et non
reliées à un incendie a dénombré près de 31 animaux de compagnie atteints sur 25 ans au
Royaume-Uni (Fisher et al. 2013).

* Propriétés physico-chimiques
Incolore, inodore et insipide, il n’est généralement pas détecté. Plus léger que l’air (densité =
0,97), le monoxyde de carbone a une très bonne diffusibilité dans l’air ambiant.
En revanche, il est pratiquement insoluble dans l’eau et difficilement liquéfiable. Son fort
potentiel réducteur et son aptitude à absorber les rayonnements infrarouges sont mis à profit
pour son dosage (Viala 1998).

* Pharmacocinétique
Il est rapidement absorbé par voie respiratoire et se lie fortement à l’hémoglobine
principalement mais aussi à la myoglobine. Il est éliminé principalement par voie respiratoire
sous forme de dioxyde de carbone (Viala 1998).

* Mécanisme d’action
Le monoxyde de carbone empêche le transport de l’oxygène par fixation compétitive sur
l’hémoglobine, ce qui provoque une hypoxie, en particulier de l’encéphale et du myocarde.
L’affinité de l’hémoglobine pour le monoxyde de carbone est 200 à 300 fois plus forte que
pour l’oxygène. La carboxyhémoglobine ainsi produite est très stable mais cette fixation est

68
potentiellement réversible, c’est pourquoi le traitement repose en premier lieu sur
l’oxygénothérapie (Viala 1998 ; Roderique et al. 2015).
De plus, le monoxyde de carbone provoque un remaniement conformationnel de
l’hémoglobine qui lie plus fortement l’oxygène. Il en résulte un déplacement de la courbe de
dissociation Hémoglobine-O2 et donc une moins bonne délivrance de l’oxygène aux tissus car
la pression partielle en oxygène des tissus doit s’abaisser plus fortement pour que
l’hémoglobine libère son oxygène (Kent, Creevy, Delahunta 2010).

Figure 13- Modification de la courbe de dissociation de l'hémoglobine lors d'intoxication au monoxyde de


carbone. (D'après Kent, Creevy, Delahunta 2010)
Par sa fixation compétitive sur l’hémoglobine, le monoxyde de carbone diminue la saturation en oxygène (1). De
plus, l’hémoglobine remaniée lie plus fortement l’oxygène ce qui résulte en un déplacement de la courbe de
dissociation hémoglobine-O2 (2).

Le monoxyde de carbone provoque en plus un stress oxydatif par libération de radicaux libres
et l’apoptose des neurones. Il se fixe aussi sur les autres protéines hémiques en particulier la
myoglobine et certaines enzymes comme les cytochromes P450 et aa3 (Viala 1998). De plus,
le monoxyde de carbone a une action directe sur le tonus vasculaire via la production et la
libération d’oxyde nitrique à l’origine d’hypotension qui aggrave l’anoxie. Enfin, en agissant
sur les canaux ioniques des neurones et du cœur, le monoxyde de carbone augmente
l’excitabilité neuronale, diminue le rythme cardiaque et la contractilité du myocarde et crée
des blocs atrio-ventriculaires (Roderique et al. 2015).

69
* Dose toxique
Les animaux sont d’autant plus sensibles au monoxyde de carbone que leur rythme
respiratoire est rapide, d’où une grande sensibilité des oiseaux et des petits rongeurs.
Une exposition de quelques minutes a une fraction de monoxyde de carbone de 0,1% dans
l’air conduit déjà à une intoxication potentiellement grave chez l’homme.
La concentration létale 50 est de 2,07 ppm/4h chez le rat, 2,80 ppm/4h chez la souris et 6,55
ppm/4h chez le cobaye. Chez le chien adulte, la concentration létale la plus faible rapportée
est de 4000ppm/46min alors qu’elle est de 4000ppm/30min chez l’homme.
La sensibilité des individus au monoxyde de carbone a de nombreux facteurs de variation tels
que l’âge, la pression partielle en O2 de l’air ambiant (qui diminue en altitude notamment) ou
encore la préexistence d’une maladie cardiovasculaire ou cérébrale (Viala 1998).

* Signes cliniques
Suite à une exposition aigüe, l’animal est inconscient. Les muqueuses, la peau et la pulpe des
griffes non pigmentées peuvent être de couleur rouge cerise surtout dans les cas graves ou
cyanosées. Parfois des phases d’agitation et de vocalisations peuvent avoir lieu en début
d’évolution. Puis des signes d’hypoxie des différents organes peuvent apparaître, en
particulier concernant le système nerveux central. L’atteinte neurologique se traduit par des
faiblesses, une perte de conscience ou des convulsions. Les signes cardiovasculaires sont ceux
d’une intolérance à l’effort, dyspnée, syncope, arythmies cardiaques. On peut également
observer une hémorragie rétinienne, une rhabdomyolyse, ou encore des vomissements (Cope
2012).

70
2) Lésions
La principale observation nécropsique est la coloration rouge cerise relativement
persistante du sang, des muscles, des tissus sous cutanés, et des viscères (Cope 2012).
Lorsque l’intoxication est liée à un incendie, on peut observer des particules noirâtres
déposées sur les anneaux cartilagineux de la trachée conséquence de l’inhalation de fumée (Cf.
Figure 14).

Figure 14 – Dépôt de fumée le long de la trachée d'un chien décédé dans un incendie. On remarque un
gradient dans le dépôt des particules de fumée le long de la trachée depuis le larynx à gauche jusqu’au poumon à
droite. Photo : Service d’anatomie pathologique de l’ENVT.

A l’histologie de l’encéphale, on peut observer des lésions d’ischémie cérébrale, de


leucoencéphalomalacie focale (Cope 2012). La nécrose neuronale touche particulièrement le
pallidum, la substantia nigra, le cervelet et l’hippocampe. Lors de toxicité retardée, une
myélopathie affectant la substance blanche profonde des hémisphères cérébraux se met en
place avec démyélinisation et nécrose. Une vasodilatation et parfois des hémorragies peuvent
aussi être observées dans la substance blanche.
Des lésions histologiques pulmonaires indépendantes de la dose de monoxyde de carbone
reçue ont été mises en évidence chez des rats ce qui suggère un effet toxique direct : œdème,
épaississement interstitiel et infiltration polynucléaire focale (Penney 1990).

71
Figure 15 - Lésions macroscopiques et microscopiques induites par le monoxyde de carbone chez les
carnivores domestiques.

72
3) Diagnostic de certitude
Le prélèvement de choix est le sang cardiaque ou périphérique. Un échantillon de 5mL
est prélevé sur tube hépariné ou EDTA avec un conservateur antimicrobien (fluorure de
sodium). Les tissus spléniques, hépatiques ou musculaires peuvent être utilisés en 2e intention.
Les prélèvements doivent être acheminés rapidement, de préférence dans des contenants
étanches et sous couvert du froid. En effet, la diminution en carboxyhémoglobine est marquée
et rapide (Société Française de Toxicologie Analytique 2006).

Deux types de techniques se distinguent : on peut rechercher soit la proportion de


carboxyhémoglobine dans le sang, soit doser le monoxyde de carbone après dénaturation de la
carboxyhémoglobine (Boumba, Vougiouklakis 2005 ; Viala 1998).

* Les méthodes colorimétriques sont historiquement les premières mises en place. Elles sont
cependant encore utilisées parfois pour des dosages semi-quantitatifs. Elles utilisent
principalement le pouvoir réducteur du monoxyde de carbone.

* La spectrophotométrie permet de déterminer le pourcentage d’hémoglobine saturée par le


monoxyde de carbone en comparant le spectre de notre échantillon avec ceux de
l’oxyhémoglobine et de la carboxyhémoglobine. Deux bandes d’absorption dans le spectre
chromatique de la lumière naturelle caractérisent à la fois l’oxyhémoglobine et la
carboxyhémoglobine. La différence se fait par l’action de l’hydrosulfite de sodium qui réduit
l’oxyhémoglobine en hémoglobine mais ne modifie pas la carboxyhémoglobine.
L’hémoglobine est caractérisée par une seule large bande d’absorption appelée bande de
Stokes. La spectroscopie est suffisamment sensible pour détecter des concentrations
inférieures à celles considérées comme dangereuses mais sa précision est limitée.

Figure 16 - Position des bandes d'absorption (en nm) en examen spectroscopique. D'après Viala 1998.

* La chromatographie en phase gazeuse associée à la spectrométrie de masse est aujourd’hui


la méthode de référence pour le dosage du monoxyde de carbone en particulier sur le sang car
elle n’est pas affectée par la qualité de l’échantillon mais elle peut aussi s’utiliser sur les tissus.

73
L’échantillon est mélangé à une solution qui lyse les érythrocytes et qui libère ainsi le
monoxyde de carbone de l’hémoglobine. La quantité de CO libérée est mesurée directement.
Afin d’obtenir le pourcentage de carboxyhémoglobine, le taux total d’hémoglobine est
également mesuré. Cette méthode est précise et n’est pas interférée par la présence de
contaminants, par la putréfaction ou par les autres formes d’hémoglobine.

L’interprétation des résultats doit prendre en compte l’oxycarbonémie physiologique issue du


catabolisme de l’hémoglobine. A partir de 1mL/CO/100mL de sang soit 5% de
carboxyhémoglobine, l’imprégnation est indiscutable. Cependant, une intoxication aigüe ne
peut être suspectée qu’à partir de 5mL/CO/100mL soit 20-25% de carboxyhémoglobine. La
mort n’est observée qu’à partir de 50% pour des individus avec des facteurs aggravants.

74
II.2.1.3- Irritants, détergents et caustiques

1) Présentation
Le risque de contact des animaux domestiques avec les produits d’entretien est réel, en
particulier lors de défaut de stockage des produits. Les produits sont souvent composés de
plusieurs principes actifs (Douaud 2008). Les caustiques ont une forte toxicité et provoquent
une nécrose quasi immédiate par contact.

Tableau 13 - Les différents irritants et caustiques (Dorigny 2006).


Famille Principaux représentants
Bases fortes - Soude caustique
- Potasse
- Ammoniaque
Acides forts - Acide chlorhydrique
- Acide sulfurique
Acides faibles - Acide phosphorique
- Acide fluorhydrique
- Acide oxalique
Oxydants - Hypochlorite de sodium (eau de Javel)
- Peroxydes (eau oxygénée)
Sels Phosphates, silicates, carbamates, borates, sulfates de sodium
Aldéhydes formaldéhyde (formol)…
Détergents cationiques Ammoniums quaternaires
Détergents anioniques Lessives
Autres époxydes, phénols, chaux…

Ces produits ont des utilisations très variées dans l’entretien de la maison ou des industries :
décapants ou détartrants de multiples surfaces, déboucheurs de canalisation, produits
antirouille, décolorants, produits de lave vaisselle, détergents, etc. Les trois produits les plus
souvent utilisés au foyer et donc impliqués dans les intoxications domestiques sont l’eau de
javel, la soude caustique et les ammoniums quaternaires (Douaud 2008).

 L’eau de Javel et autre dérivés chlorés


L’hypochlorite de sodium (ou eau de Javel) est utilisé comme nettoyant, désinfectant et
détartrant. Les autres dérivés chlorés sont l’hypochlorite de calcium, l’hypochlorite de lithium
ou les isocyanurates chlorés. Les principes actifs de ces composés sont communs et fonction
du pH : l’acide hypochloreux HClO devient de l’hypochlorite ClO- en milieu basique, ou du
dichlore Cl2 en milieu acide. Ils ont un fort pouvoir oxydant et un pH plutôt basique. Leurs
formulations sont fonction de leur concentration : 2,6% pour les solutions prêtes à l’emploi ;

75
9,6% pour les solutions concentrées et 13% pour les solutions utilisées dans l’industrie. Les
circonstances d’intoxication sont le plus souvent dues à un mauvais stockage des produits
d’entretien, à l’abreuvement de l’animal avec l’eau de nettoyage, ou le contact avec les
produits d’entretien de piscine. Ces toxiques sont irritants sous forme diluée et caustiques
sous forme concentrée. Leur toxicité est d’abord liée à la concentration et au pH plutôt qu’à la
dose. En pratique la dose létale est rarement atteinte car l’ingestion est très douloureuse. La
formation d’acide hypochloreux dans l’estomac crée des brûlures par oxydation des protéines.
L’acide chlorhydrique et le chlorure de sodium formés pénètrent à travers la barrière
intestinale et provoquent une acidose métabolique, une hypernatrémie et une hyperchlorémie
(Douaud 2008).

 Les ammoniums quaternaires


Les ammoniums quaternaires sont des détergents cationiques utilisés pour leurs activités
biocides et tensioactives. Ils dénaturent les protéines en se liant de manière irréversible aux
phospholipides et protéines de la membrane. Ils ont également une action curarisante et
provoquent une broncho-constriction. Leur pouvoir irritant dépend de leur concentration : dès
0,1% ils sont irritants pour les muqueuses, au-delà de 10% ce sont des caustiques cutanés.
Les agents tensioactifs utilisés pour les lessives peuvent être à l’origine, par leur fort pouvoir
moussant, d’atteinte de l’appareil respiratoire superficiel et profond (pneumopathie par fausse
déglutition) (Douaud 2008).

 Les caustiques basiques


La soude caustique (ou hydroxyde de sodium) est une base forte et un caustique majeur
utilisée comme désinfectant, décapant ou dans les lessives.
Son action est locale par contact : en se combinant avec les protéines et les graisses elle
provoque une nécrose de liquéfaction. Par son hygroscopie importante, elle absorbe l’eau des
tissus et peut causer des lésions profondes (Douaud 2008 ; Contini 2013).

* Dose toxique
L’exposition aux toxiques caustiques et irritants peut se faire par voie cutanée, par ingestion
ou par inhalation (Douaud 2008).

76
Tableau 14 - Dose létale médiane chez le rat pour les principaux caustiques selon la voie d'exposition
(DOUAUD 2008).
DL50 orale rat DL50 cutanée rat CL50 inhalation rat
Ammonium quaternaire 240 mg/kg 1 560 mg/kg Sans objet
Eau de Javel 8 910 mg/kg > 3 000 mg/kg > 10,5 mg/l/h
Formaldéhyde 800 mg/kg Non documentée 578mg/m3/4h
Peroxyde d’hydrogène 376 à 4 050 mg/kg 630 à 7 500 mg/kg 2 000 mg/m3/4h
N.B. : La dose létale est exprimée en mg/kg qui correspond à une quantité de chlore actif. Celle-ci est
calculée à partir du degré chlorométrique qui correspond au volume de dichlore gazeux susceptible
d’être dégagé par un litre de solution sous l’action d’un acide à température 0°C et à pression
atmosphérique. Aujourd’hui la concentration de l’eau de Javel est exprimée en pourcentage massique
de chlore actif qui correspond à l’unité internationale.

* Signes cliniques
La présentation clinique des intoxications aux caustiques et détergents regroupe des signes
digestifs voire cutanés et oculaires, et parfois des signes neurologiques. L’ingestion de
produits ménagers peut entraîner une inflammation buccale (glossite, stomatite, ulcères),
ptyalisme, vomissement voire hématémèse, diarrhée, douleur abdominale, dysphagie ou
anorexie. Les lésions œsophagiennes deviennent le siège d’une infection bactérienne dans les
jours suivant l’ingestion. Elles provoquent également une striction œsophagienne, une perte
de motilité et des reflux gastro-œsophagiens qui entretiennent l’œsophagite (Contini 2013).
Des signes oculaires tels un épiphora, une conjonctivite, des ulcérations et opacification de la
cornée peuvent être observés en cas de projections oculaires. En cas de contact cutané, les
lésions sont un érythème ou un œdème local, une décoloration du poil ou des brûlures
chimiques. Les produits moussants peuvent provoquer toux et dyspnée. Les détergents
cationiques provoquent des signes neuromusculaires tels que des convulsions cloniques ou
une dépression respiratoire centrale (Baudry 2001). Les produits acides peuvent être associés
à des complications systémiques telles qu’une insuffisance rénale aigüe, une insuffisance
hépatique, une CIVD ou une hémolyse.

77
2) Lésions
Les lésions histologiques provoquées par les désinfectants sont communes et non
spécifiques.
Par contact cutané, ils provoquent des lésions non spécifiques de brûlure chimique
caractérisées par une dermatite exsudative (érythème, œdème, alopécie) pouvant aller jusqu’à
l’ulcère et la nécrose. Les brulures chimiques sont liées à deux facteurs : la réaction chimique
exothermique entre le produit et la peau, et l’action propre du caustique par destruction des
protéines. Les composés basiques provoquent une nécrose de désintégration ou liquéfaction et
des brûlures plutôt graves de 3e degré alors que les composés acides provoquent plutôt une
nécrose de coagulation (destruction et précipitation des protéines et du collagène) et des
brûlures du 1e et 2e degré (Le Nepvou 2004; Contini 2013). De plus, les caustiques, en
particulier basiques, conduisent à des thromboses à l’origine d’ischémie sur des tissus déjà
endommagés (Contini 2013 ; Osman et al. 2008).
Les projections oculaires provoquent aussi ulcérations et opacifications cornéennes
(Douaud 2008).
Lors d’ingestion, les brûlures sont localisées aux muqueuses de contact : stomatite,
gingivite, œsophagite et gastrite. Des pétéchies et érosions de la muqueuse œsophagienne et
gastrique peuvent être observées jusqu’à l’ulcération. Lorsque l’ingestion est très douloureuse
ou pour les toxiques sous forme solide, les lésions sont souvent limitées à la sphère haute.
Parfois lors de toxiques liquides, les lésions les plus importantes sont œsophagiennes avec peu
de lésions buccales. Dans les formes les plus graves, une perforation œsophagienne ou
gastrique peut être observée avec des lésions de péritonite. Ces perforations ont souvent lieu
dans les jours qui suivent l’ingestion. Enfin des hémorragies digestives peuvent compléter le
tableau lésionnel. Un œdème du pharynx et du larynx est également possible (Douaud 2008).
Lors d’inhalation, on observe des ulcérations des narines et des voies respiratoires
supérieures, éventuellement un œdème pulmonaire (Douaud 2008).

78
Figure 17 - Lésions macroscopiques et microscopiques induites par les caustiques chez les carnivores
domestiques.

3) Diagnostic de certitude
Les intoxications fatales par les caustiques sont rares en médecine vétérinaire.
Cependant le tableau lésionnel est assez évocateur et souvent bien orienté par l’anamnèse. En
pratique l’analyse toxicologique est donc peu réalisée.
Le prélèvement de choix est avant tout le contenu gastrique. Une mesure préalable du
pH peut être déjà indicative : le pH est très basique suite à l’ingestion de soude caustique
notamment. Le dosage des chlorures sur le contenu gastrique est également possible pour
objectiver une intoxication à l’eau de Javel : on utilise le titrage potentiométrique par le nitrate
d’argent ou la colorimétrie au thiocyanate. Les chlorures peuvent aussi être détectés par
chromatographie gazeuse (Pepin 2006).

79
II.2.2- Toxiques entrainant des lésions histologiques caractéristiques

II.2.2.1- Ethylène glycol

1) Présentation
L’éthylène glycol est utilisé principalement dans les garages comme antigel dans le
liquide de refroidissement des automobiles ou dans le liquide lave-glace (pour lequel il est
fortement concentré à 95%). Il est aussi utilisé comme cryoprotecteur, comme antigel dans
divers solvants (peintures,…), et comme fluide hydraulique ou calovecteur dans l’industrie
(Viala 1998 ; Rietjens et al. 2014).

* Propriétés physico-chimiques
L’éthylène glycol est un glycol de faible poids moléculaire (62,07mg/mol) et de formule
chimique C2H6O2 (éthane-1,2-diol). Il se présente sous la forme d’un liquide visqueux,
inodore et incolore mais avec un goût sucré. Cette appétence fait qu’il est volontiers ingéré
par les carnivores domestiques en particulier les chiens. Il est très stable et non volatil et
soluble dans l’eau et la plupart des solvants organiques (Viala 1998). Son point cryoscopique
nettement plus bas que celui de l’eau pure est à l’origine de ses utilisations.

* Pharmacocinétique
L’éthylène glycol ingéré est rapidement absorbé aux niveaux gastrique et intestinal, surtout en
l’absence de nourriture. La biodisponibilité chez le chien est de 86% et le pic sérique est
atteint en 1 à 3 heures après l’ingestion.
Sa diffusion est rapide dans l’organisme, vers le liquide céphalo-rachidien et le système
nerveux central en premier lieu. Dans un second temps, il est métabolisé par le foie. Cette
métabolisation hépatique est oxydative et toxifiante : l’éthylène glycol est plusieurs fois
oxydé par l’alcool déshydrogénase (ADH) jusqu’à l’obtention entre autres, d’acide oxalique
(Joseph 1993 ; Rietjens et al. 2014). Les métabolites intermédiaires (glycoaldéhyde, acide
glycolique, acide glyoxylique, acide formique et acide lactique) sont fortement toxiques par
rapport à la molécule de départ et provoquent une acidose sévère. L’acide oxalique se lie avec
le calcium et forme des cristaux d’oxalate de calcium qui se déposent dans tout l’organisme et
en particulier dans les reins mais aussi le myocarde, le système nerveux central et les
poumons (Viala 1998; Rietjens et al. 2014).

80
Figure 18 - Schéma de la métabolisation hépatique oxydative et toxifiante de l’éthylène glycol (Joseph
1993).

L’élimination se fait par les urines sous la forme d’éthylène glycol inchangé (20-50%) dans
les heures qui suivent l’ingestion, provoquant une diurèse osmotique. Le reste est éliminé sous
forme d’acide glycolique, d’acide oxalique (3%) et d’acide hippurique (<1%) (Viala 1998).

* Mécanisme toxique
L’éthylène glycol a en premier lieu, une action irritante sur la muqueuse gastrique. La
stimulation du centre nerveux bulbaire provoque des nausées et vomissements d’apparition
rapide. L’éthylène glycol a de plus une action propre sur le système nerveux central de courte
durée, comparable à l’éthanol, puis un effet narcotique ou dépresseur.
La toxicité plus sévère concerne surtout les métabolites. Les métabolites de l’éthylène glycol
à fonction aldéhyde inhibent la phosphorylation oxydative, le métabolisme du glucose, la
synthèse des protéines et la réplication de l’ADN. Les acides produits pendant la
métabolisation sont responsables d’une acidose métabolique (Viala 1998).
Enfin l’acide oxalique forme des cristaux d’oxalate de calcium qui se déposent notamment
dans les reins conduisant à une néphropathie mais aussi une hypocalcémie (Viala 1998 ;
Rietjens et al. 2014). Les cristaux provoquent une obstruction des tubules rénaux contournés
et une nécrose tubulaire. Cependant une néphrotoxicité directe par action cytotoxique sur
l’épithélium tubulaire des métabolites aldéhydique et acides est décrite. Une insuffisance
rénale aigüe consécutive à une néphrite épithéliale aigüe est le plus souvent responsable du
décès de l’animal.

81
Les actions conjuguées de l’acide glycolique, de l’acidose métabolique, de l’hyperosmolarité
plasmatique, de l’urémie, de l’hypocalcémie et parfois du dépôt d’oxalate de calcium dans les
espaces péri-vasculaires de l’encéphale sont à l’origine de troubles neurologiques et
cardiaques plus tardifs (Joseph 1993).

* Dose toxique
Tableau 15- DL50 per os de l'éthylène glycol chez le chien et le chat (Grucker 2004).
Chien Chat
DL50 per os (solution pure) 6,6mL/kg 1,5mL/kg

Les doses toxiques sont rapidement atteintes, en particulier par les chiens qui sont attirés par
le goût de l’éthylène glycol.

* Exposition
Le plus souvent l’ingestion est accidentelle lors d’accès à du liquide antigel lors de la vidange
de voiture ou de fuite. L’incidence est de ce fait saisonnière, prédominante de l’automne au
printemps. Au C.N.I.T.V., 207 cas chez le chien et 27 cas chez le chat ont été rapportés
entre 1991 et 2002, ce qui place l’éthylène glycol en tête des intoxications avec des produits
ménagers chez le chien (Grucker 2004).

* Signes cliniques
La présentation clinique des intoxications à l’éthylène glycol est souvent présentée comme
séquentielle. Les premiers signes sont neurologiques dans les 12 heures suivant l’ingestion,
comparables aux effets de l’éthanol dans un premier temps puis une dépression du système
nerveux central et parfois ataxie, nystagmus, convulsions. Les effets cardio-pulmonaires se
manifestent dans un second temps (tachycardie, tachypnée, hypertension) ainsi qu’une
acidose métabolique ayant également des répercussions neurologiques. Une polyuro-
polydipsie se met en place par effet osmotique. Enfin, les signes d’une insuffisance rénale
aigüe apparaissent 24 à 48h après l’ingestion : douleur abdominale, oligurie, hyperazotémie,
ulcères buccaux (Thrall, Hamar 2012). L’évolution aigüe se caractérise par une évolution vers
la mort en 6 à 36h due aux effets neurologiques de l’éthylène glycol. L’évolution subaigüe
amène vers la mort en 2 à 7 jours suite à une insuffisance rénale aigüe (Joseph 1993).

82
2) Lésions
L’examen du culot urinaire est déjà indicative, du vivant de l’animal ou à l’autopsie :
les cristaux d’oxalate de calcium surtout monohydrates et biréfringents sont caractéristiques
(VIALA 1998) malgré une cristallurie inconstante. Les cristaux monohydrates sont de taille
variable et en forme de fuseau ou d’haltère alors que les dihydrates ont une forme « en
enveloppe ». Dans le cas d’hyperoxalurie, comme c’est le cas dans les intoxications à
l’éthylène glycol, les cristaux monohydrates sont nombreux, en amas et plutôt de grande taille.
Des cristaux d’acide hippurique, très ressemblants aux cristaux d’oxalate de calcium
monohydrates sont parfois observés. Enfin des signes de tubulopathie aigüe tels que la
présence de cellules tubulaires ou de cylindres granuleux ou granulo-hyalins, sont observés à
l’examen du culot urinaire. Enfin une mesure du pH urinaire à la bandelette montre une
acidité des urines.

Figure 19 - Cristaux d'oxalate de calcium monohydrate (flèche noire) et dihydrate (flèche rouge) dans le
sédiment urinaire d'un chien (x100) (Osborne, Stevens 2001).

Une partie des antigels produits aujourd’hui contient de la fluorescéine de sodium,


normalement utilisée pour détecter les fuites. On peut donc observer cette fluorescence à la
lumière de Wood dans la cavité buccale et dans les urines pendant les premières heures
suivant l’ingestion (Thrall, Hamar 2012).

Les lésions anatomopathologiques observées suite à une intoxication à l’éthylène glycol ont
été décrites dans plusieurs études (Pasca et al. 2012 ; Joseph 1993 ; Smith et al. 1990). Une
congestion généralisée des tissus et des organes est le plus souvent décrite. Les reins sont
congestionnés et œdématiés lors d’intoxication aigüe, avec des foyers hémorragiques. Dans
les cas d’intoxication subaigüe, ils sont plutôt pâles, à la surface irrégulière et striés de bandes
jaunes ou grises à la jonction cortico-médullaire. Des pétéchies discrètes sont éventuellement

83
présentes. A la coupe, on peut entendre un crissement qui révèle la présence de minéralisation,
en l’occurrence la présence de cristaux d’oxalate de calcium. Le cœur est lui aussi
congestionné ou décoloré, flasque avec une dilatation ventriculaire le plus souvent bilatérale.
Des hémorragies subendocardiques et myocardiques sont observées ainsi que, pour des
évolutions plus tardives aboutissant à une insuffisance rénale aigüe, des lésions urémiques
endocardiques se présentant sous la forme de zones rugueuses pâles et irrégulières de
minéralisation en particulier à l’insertion cardiaque de l’aorte et des artères pulmonaires.
L’atrium gauche est également atteint avec des lésions d’endocardite murale, de nécrose ou
d’ulcération avec dépôt de cristaux de calcium (Luginbühl, Detweiler 1965). Les poumons
sont dilatés, pâles ou hyperhémiés avec un liquide mousseux rougeâtre observé à la coupe et
dans la trachée. La rate est systématiquement de taille augmentée, rouge foncé, signes de
stase splénique. Une gastroentérite congestive sévère et diffuse, se caractérise par une
muqueuse gastrique et duodénale épaissie, souvent de coloration brune avec beaucoup de
mucus et quelques hémorragies sous la forme de suffusions ou de pétéchies. En phase
urémique, des ulcérations gastriques sont observées. Le foie présente des foyers
hémorragiques centrolobulaires.

Les lésions macroscopiques ne sont cependant pas pathognomoniques, en revanche


l’histologie est très caractéristique d’une intoxication à l’éthylène glycol ou aux oxalates.
L’intoxication aux oxalates concerne surtout l’ingestion de plantes à oxalates, en premier lieu
de la famille des Aracées avec comme chef de file le Dieffenbachia et le Philodendron. Ce
sont les intoxications par les plantes parmi les plus fréquentes, en particulier chez le chat
(Mailland 2011). D’autres plantes contiennent des oxalates comme l’agave, les euphorbiacées
ou les amarantacées (Reyers, Naude 2012).

A l’histologie, le diagnostic passe par la recherche de cristaux d’oxalate de calcium dans


l’arbre urinifère rénal, en particulier à la jonction corticomédullaire, et dans l’adventice des
capillaires sanguins ainsi que dans les espaces périvasculaires du système nerveux central. Les
premières lésions histologiques apparaissent rapidement lors d’intoxication à l’éthylène
glycol : dès 5 heures post-ingestion (Smith et al. 1990).
Le rein présente des lésions tubulaires dégénératives sévères atteignant principalement les
tubes contournés proximaux. On observe une nécrose de l’épithélium tubulaire, une
prolifération fibreuse et lymphoplasmocytaire. Les cellules sont vacuolisées acidophiles avec
un noyau pycnotique et une distension de l’espace extracellulaire parabasal précédant la

84
rupture cellulaire. Les néphrocytes ont un noyau pycnotique et un cytoplasme granuleux. Des
cylindres hyalins sont présents dans l’épithélium tubulaire et une congestion glomérulaire est
notée. Dans les tubules contournés, on note le dépôt de cristaux d’oxalate de calcium,
intraluminaux irréguliers, jaunes pâles, biréfringents en lumière polarisée et mis en évidence
par la coloration au nitrate d’argent de Pizzolato.

Figure 20 - Cristaux d'oxalate de calcium dans un rein de chien intoxiqué à l'éthylène glycol (coloration
hémalun-éosine, grossissement 400x). Photo : Service d’anatomie pathologique de l’ENVT.

Le cœur présente une dystrophie granulaire sévère et parfois un œdème sub-épicardique.


Les poumons sont congestionnés et œdématiés avec des capillaires interstitiels dilatés, un
transsudat et des hémosidérocytes observables dans les alvéoles. Un œdème cérébral est
systématiquement relevé avec des cristaux d’oxalate de calcium dans les vaisseaux
méningiaux. Les cellules endothéliales des capillaires cérébraux sont hypertrophiées, et le
dépôt de cristaux est à rechercher dans l’adventice et dans les espaces périvasculaires. Les
sinus spléniques sont remplis de nombreuses hématies mais peu de lymphocytes, la capsule et
les trabecules sont épaissies, les hémosidérocytes sont nombreux. Le foie présente une
congestion des veines centrolobulaires et des capillaires sinusoïdes.

Les lésions rénales et méningoencéphaliques sont caractéristiques de l’intoxication à


l’éthylène glycol. On peut également observer des lésions secondaires à l’insuffisance rénale
aigüe comme une nécrose fibrinoïde dans les vaisseaux du tissu conjonctif subendocardique et
dans les vaisseaux pariétaux du tube digestif à l’origine d’ischémie, de nécrose et d’ulcération
des tissus.

85
Figure 21 - Lésions macroscopiques et microscopiques induites par l'éthylène glycol chez les carnivores
domestiques.

3) Diagnostic de certitude
Le plus souvent, le diagnostic s’arrête aux lésions histologiques rénales et
méningoencéphaliques. Cependant, pour être rigoureux, le diagnostic différentiel impose
d’éliminer les autres raisons d’hyperoxalurie comme les intoxications par des plantes à
oxalates, le plus souvent par l’anamnèse. Pour l’analyse toxicologique, les prélèvements de
choix sont le contenu gastrique, le sang (plasma), l’urine, le rein et l’encéphale (Viala 1998).
On peut recherche l’éthylène glycol sous forme inchangée (en particulier dans le contenu
gastrique) ou certains métabolites en particulier l’acide glycolique ou l’acide oxalique.
Plusieurs méthodes sont disponibles pour diagnostiquer l’intoxication.
La recherche de l’éthylène glycol peut se faire par des méthodes colorimétriques ou
enzymatiques, méthodes peu répandues et peu spécifiques. Les méthodes chromatographiques
sont les plus précises mais les moins accessibles. Très peu de laboratoires d’analyses

86
toxicologiques sont équipés pour rechercher l’éthylène glycol, et la plupart utilise la
chromatographie gazeuse.
Les méthodes colorimétriques sont basées sur l’oxydation de l’éthylène glycol en
formaldéhyde. Les limites de détection dans le sérum sont de 0,48mmol/L. Un test qualitatif
colorimétrique sur sérum (EGT®, PRN Pharmacal, Pensacola, Fl.) a été commercialisé en
médecine vétérinaire aux Etats-Unis avec une excellente sensibilité (100%) et une moins
bonne spécificité (88,8%).
Les méthodes enzymatiques consistent à mesurer le produit de l’action d’une enzyme sur
l’éthylène glycol.
La chromatographie gazeuse de l’éthylène glycol est difficile car c’est un composé
difficilement vaporisé, avec une forte polarité et dont l’extraction du milieu aqueux est
difficile en raison de sa solubilité. La limite de détection est de 0,48mmol/L, celle-ci peut être
abaissée sous 0,16mmol/L avec une dérivation. La dérivation permet d’améliorer les
propriétés chromatographiques de l’éthylène glycol en le transformant en un produit plus
volatil et moins polaire comme un benzolyester. Des interactions positives peuvent avoir lieu
avec le propylène glycol qui est souvent un composant de médicaments.
La chromatographie est le plus souvent complétée par un spectromètre de masse pour
l’identification. La détection de l’acide glycolique utilise le plus souvent la chromatographie
gazeuse mais elle est encore moins répandue que la détection de l’éthylène glycol.
La chromatographie en phase liquide souffre du fait que ni l’éthylène glycol ni l’acide
glycolique n’ont un spectre d’absorption dans les ultra-violets. Ils doivent également être
dérivés avant de pouvoir utiliser une chromatographie liquide à haute performance avec la
détection UV traditionnelle.
Dans l’idéal, des méthodes recherchant à la fois l’éthylène glycol et l’acide glycolique sont
préférables car la corrélation entre les concentrations de ces deux composés est très faible. De
bons résultats sont obtenus par une spectrométrie gazeuse couplée à la spectrométrie de masse
(Porter 2012).

87
II.2.3- Toxiques entrainant des lésions non spécifiques

II.2.3.1 - Strychnine

1) Présentation
La strychnine est un alcaloïde extrait de la noix vomique (Stychnos nux vomica), une
plante originaire d’Asie. Elle était utilisée comme pesticide (rodenticide et taupicide) depuis
le 16e siècle (Shadnia 2004) et pour le contrôle de la population de renards. Mais suite à une
toxicité trop importante, l’usage phytosanitaire de la strychnine a été restreint puis interdit en
France depuis l’année 2000. Cependant les intoxications, bien qu’en diminution, ne sont pas
exceptionnelles en raison de l’existence de stocks en particulier dans des pays frontaliers
comme l’Espagne ou l’Italie où l’interdiction a été plus tardive (Berny et al. 2010).

* Propriétés physico-chimiques
La strychnine se présente sous la forme d’une poudre blanche cristalline, sans odeur et au
goût amer (Gupta 2012). Sa solubilité dans l’eau est faible à modérée mais elle est soluble
dans l’alcool et le formol. Très stable, elle persiste longtemps dans l’environnement (Talcott
2006).

*Pharmacocinétique
La strychnine est rapidement absorbée par le tractus gastro-intestinal, en particulier dans le
jéjunum et sa distribution est très rapide (Gupta 2012). L’élimination est assurée par une
métabolisation hépatique rapide via le cytochrome P450 (80%) (Shadnia 2004). Les 20%
restants sont éliminés sans transformation dans les urines (Gounari 2006).

* Mécanisme toxique
La strychnine interfère avec l’action inhibitrice de la glycine par action compétitive
antagoniste sélective sur les récepteurs post-synaptiques des motoneurones. Elle diminue le
seuil d’excitabilité de la moelle épinière ce qui conduit à la perte de l’inhibition normale du
système nerveux central sur les neurones moteurs (Gounari 2006 ; Gupta 2012). Elle
provoque en plus l’augmentation de l’acide glutamique dans l’encéphale qui est un
neurotransmetteur excitateur. Le résultat est une hyperexcitabilité des muscles squelettiques
qui se traduit par des convulsions provoquées par le moindre stimulus sensitif (Gupta 2012).

88
* Dose toxique
Tableau 16 - Dose létale de la strychnine chez le chien et le chat (Gounari 2006).
Chien Chat
DL 50 per os (mg/kg) 0,75 2

* Exposition
Les chiens sont les plus souvent exposés, bien avant les chats. Cependant toutes les espèces
sont sensibles à la strychnine. Les circonstances d’intoxication sont le plus souvent
criminelles pour ce toxique (Gupta 2012).

* Signes cliniques
La clinique est celle d’une excitation neuronale exacerbée : hyperactivité, hypertonie
musculaire, hyperréflectivité, convulsions essentiellement toniques, parfois cloniques,
opisthotonos, hyperesthésie à tous stimulus, cyanose, polypnée, hyperthermie, mydriase,
douleur, raideur cervicale, anxiété. Cependant, la conscience n’est pas altérée (Shadnia 2004),
(Gupta 2012). L’apparition des signes cliniques est rapide : en général 15 à 30 minutes après
l’ingestion, dans tous les cas moins d’une heure selon le remplissage stomacal. La mort
survient en général dans les 2 à 6 heures par paralysie des muscles respiratoires (Gounari
2006). Si la mort n’est pas imminente, les complications peuvent être une rhabdomyolyse et
une insuffisance rénale aigüe (Gupta 2012).

2) Lésions
Les lésions sont peu spécifiques et frustes, d’autant que la durée d’évolution est courte.
On observe une congestion généralisée de la carcasse et en particulier du foie, des reins, des
poumons et de l’encéphale. La rigidité cadavérique est en général précoce et longue mais ce
signe est inconstant. Les substances toxiques peuvent être observées encore présentes dans le
contenu stomacal (Talcott 2006 ; Gupta 2012). La strychnine provoque parfois des
hémorragies pancréatiques (Pouliquen 2002) et des hémorragies pulmonaires ponctiformes
(Gupta 2012). Une nécrose extensive du cortex cérébral et du tronc cérébral a été rapportée en
médecine humaine (Talcott 2006).

89
Figure 22 - Lésions macroscopiques et microscopiques induites par la strychnine chez les carnivores
domestiques.

3) Diagnostic de certitude
Les prélèvements de choix sont le contenu stomacal, les urines ou les appâts en
première intention, le sang, le foie ou le rein dans un second temps. Le diagnostic se fait
principalement par chromatographie gazeuse associée à la spectrométrie de masse (Gupta
2012). Avec des moyens plus limités, une chromatographie sur couche mince associée à une
comparaison à la migration de témoin peut suffire à l’identification.

90
4) Illustrations par des cas de terrain
Quatre cas autopsiés d’intoxication à la strychnine ont été rapportés dans les centres
anti-poisons vétérinaires depuis 2008. Ils ne concernent que des chiens adultes. Les lésions
décrites sont non spécifiques mais relativement constantes : rigidité cadavérique (2/4),
cyanose (4/4), congestion généralisée (3/4). Ces observations sont cohérentes avec les
données bibliographiques : seule la cyanose, pourtant observée chez tous les cas, n’est pas
présente dans les descriptions bibliographiques. En revanche les hémorragies décrites ne sont
pas rapportées sur les cas de terrain. Il en est de même pour les lésions cérébrales mais cette
absence de description peut être expliquée par le fait que l’examen nécropsique de l’encéphale
n’est pas couramment réalisé en pratique et encore moins son histologie. Les commémoratifs
rapportent systématiquement des convulsions et une mort rapide (4/4). Les échantillons de
choix sont le contenu gastrique (éventuellement comparé aux appâts). Un cas intéressant
montre des résultats faiblement positifs sur le contenu gastrique mais négatifs sur les urines :
cette situation souligne l’intérêt de cibler les prélèvements aux échantillons les plus sensibles,
mais aussi de confirmer un résultat négatif par l’analyse d’un autre échantillon.
Les résultats d’analyses montrent des résultats positifs à la strychnine mais très hétérogènes :
les concentrations détectées dans l’estomac s’échelonnaient de 11,4 µg/g à 3139 µg/g.
Cependant, les tableaux lésionnels ne sont pas sensiblement différents. En revanche, il aurait
été intéressant d’étudier une corrélation entre les doses détectées et les durées d’évolution des
signes cliniques. Ces données ne sont malheureusement pas précisées. En revanche, seul le
chien ayant eu la dose la plus faible de strychnine est arrivé vivant chez son vétérinaire où le
traitement anticonvulsivant a été vain.

91
Tableau 17 - Cas de terrain d'intoxication à la strychnine confirmés par une analyse toxicologique et
autopsiés.
Commémoratifs Anamnèse Autopsie Echantill Analyse Résultats
on LD < 1µg/g
Chien Convulsions - Rigidité cadavérique, CG HPTLC Strychnine
croisé toniques membre en hyper-extension 11,4 µg/g
3 ans d’apparition - Cyanose des muqueuses
Mâle brutale, ne Urine HPTLC < 5µg/g
répondant pas au
traitement
anticonvulsivant
puis mort
Chien Convulsions - Cyanose généralisée CG HPTLC Strychnine
Rottweiler après ingestion - Légère congestion du foie et 318 µg/g
adulte d’appâts puis de la paroi digestive
Mâle mort - Contenu stomacal bleu- Appâts HPTLC 352 µg/g
violacé (même couleur que les
appâts)
Chien Convulsions - Rigidité cadavérique, membre Contenu HPTLC Strychnine
croisé cloniques en hyper-extension gastrique 611,6 µg/g
1 an d’apparition - Cyanose des muqueuses (CG)
Mâle brutale puis mort - Rate décolorée
- Cæcum de taille augmenté et
décoloré
Chien Convulsions - Cyanose généralisée CG HPTLC Strychnine
Malinois puis mort brutale - Congestion pulmonaire et 3139 µg/g
2 ans cardiaque
Femelle IDC/
métaldéhyde
/ chloralose :
négatif
Légende : CG = contenu gastrique ; HPTLC = High Performance Thin Layer Chromatography ; LD = limite de détection

92
II.2.3.2 - Chloralose

1) Présentation
Le chloralose (ou gluco-chloral) est un organochloré dont l’utilisation comme
corvicide, taupicide et souricide est réglementée (Gounari 2006). Il a été historiquement
utilisé comme anesthésique sur les animaux de laboratoire en raison de ses propriétés
dépressives sur le système nerveux central (Segev et al. 2006).

* Propriétés physico-chimiques
Il s’agit d’une substance cristalline blanche, insipide, inodore et liposoluble (Gounari 2006).
Elle est obtenue synthétiquement par condensation d’un chloral et d’un glucose (Segev et al.
2006). Seul l’isomère alpha présente les propriétés hypnotiques recherchées, en revanche le
béta-chloralose est un puissant convulsivant (Mailland 2011).

* Pharmacodynamique
L’alpha-chloralose est hydrolysé dans l’estomac en glucose et chloral, à son tour réduit en
trichloroéthanol, molécule soluble avec une bonne diffusion dans l’organisme, notamment
vers l’encéphale par passage de la barrière hémato-méningée. Le trichloroéthanol subit une
glucuronoconjugaison hépatique en acide urochloralique (composé non toxique) qui est
éliminé par le rein avec l’aldéhyde chloralique (Gounari 2006 ; Segev et al. 2006). La
déficience en enzymes de la glucuronoconjugaison chez le chat explique en partie sa plus
grande sensibilité (Mailland 2011).

* Mécanisme toxique
Le chloralose agit sur l’encéphale où il provoque des déséquilibres hydroélectriques et acido-
basiques à l’origine d’une hypertension intracrânienne (Gounari 2006). A faible dose, il
provoque une excitation par suppression des mécanismes inhibiteurs descendants. A plus forte
dose, il provoque une dépression par suppression du système réticulé ascendant (Segev et al.
2006).

93
* Dose toxique
Tableau 18 - Doses toxiques du chloralose chez les carnivores domestiques (Mailland 2011 ; Segev et al.
2006).
en mg/kg Chien Chat
DL50 1000 300 - 400
Dose minimum létale 600 100
Dose minimum toxique 10

La différence de sensibilité au chloralose entre ces deux espèces peut être expliquée par une
différence de métabolisme hépatique (le chat est déficient en enzyme de glucurono-
conjugaison), et par le ratio surface corporelle / poids (Segev et al. 2006).

* Exposition
Les chats sont plus fréquemment exposés que les chiens malgré un comportement alimentaire
plus sélectif. Il s’agit du 4e toxique le plus fréquent dans cette espèce cependant, les
circonstances d’intoxication sont souvent inconnues (Mailland 2011). Une intoxication
secondaire par ingestion de proies empoisonnées ne peut être exclue (Segev et al. 2006).

* Signes cliniques
La clinique se traduit par une dépression et une stimulation du système nerveux central. Selon
la dose ingérée, trois formes sont décrites :
- la forme suraigüe se traduit par une mort subite ;
- la forme aigüe provoque, après 30 minutes à une heure, prostration, ataxie, hypersalivation
puis évolue d’abord vers le coma avec bradycardie, bradypnée et hypothermie puis vers une
hyperexcitabilité provoquant des convulsions tono-cloniques ;
- la forme subaigüe se traduit par des signes frustes d’ataxie et de somnolence (Gounari 2006 ;
Segev et al. 2006).

2) Lésions
Les lésions sont frustes et très peu spécifiques. Une congestion généralisée est
classiquement décrite (Mailland 2011) ainsi qu’une inflammation du tractus gastro-intestinal.

94
Figure 23 - Lésions macroscopiques et microscopiques induites par le chloralose chez les carnivores
domestiques.

3) Diagnostic de certitude
Les prélèvements de choix sont le contenu gastrique, les urines et les appâts. Le
chloralose était historiquement détecté par une méthode colorimétrique sur les urines ou le
contenu gastrique : la réaction de Fujiwara-Ross ou test à la pyridine met en évidence les
groupements trichlorés par une coloration rose-rouge (Segev et al. 2006). C’est une méthode
simple et sensible mais peu spécifique et dont le réactif principal, la pyridine, est un toxique à
manipuler avec précaution (Kouraichi et al. 2010). La technique analytique aujourd’hui
utilisée est la chromatographie en phase gazeuse associée à un détecteur à absorption
électronique qui permet un seuil de détection de 2 mg/kg (C.N.I.T.V. 2007). Une étude a
montré que le trichloroéthanol, métabolite sous laquelle est éliminée une grande partie du
chloralose, n’était pas détectable dans le sang ou les urines (Segev et al. 2006).

95
4) Illustrations par des cas de terrain
Trois cas d’intoxications au chloralose avec autopsie ont été confirmés par les
laboratoires d’analyses toxicologiques vétérinaires depuis 2008 dont deux chats concernés.
L’anamnèse rapporte systématiquement une mort brutale, et l’autopsie est très peu
évocatrice : la congestion a été le seul signe rapporté sur le premier cas, des muqueuses pâles
sont décrites sur les deux chats. Ce tableau nécropsique fruste est en accord avec la
description bibliographique cependant la congestion rapportée n’est pas systématique et aucun
signe de gastro-entérite n’est signalé. Les échantillons traités ont été le contenu gastrique et
les urines, par chromatographie gazeuse associée à un détecteur d’absorption électronique ou
à un spectromètre de masse.

Tableau 19 - Cas de terrain d'intoxication au chloralose confirmés par une analyse toxicologique et
autopsiés
Commémoratifs Anamnèse Autopsie Echantill Analyse Résultats
on LD < 2µg/g
Chien Trouvé mort - péritoine légèrement Urine GC- Chloralose
beagle congestif ECD 172 mg/L
1,5 an
Mâle CG HPTLC strychnine,
/ GC- métaldéhyde,
MS crimidine,
IDC, OC =>
négatif
Chat Trouvé mort - muqueuses pâles et CG GC-MS Chloralose
Européen cyanosées, 8 µg/g
3 ans - hémorragie intra-vitréenne,
Femelle - ecchymoses métaldéhyde,
- suffusions péritonéales strychnine,
- dilatation aérique du tube AVK =>
digestif négatif
Chat Trouvé mort - muqueuses pâles CG GC-MS Chloralose
européen - absence de coagulation 8,8 µg/g
10 ans
Femelle foie HPTLC AVK =>
négatif
Légende : CG = contenu gastrique ; HPTLC = High Performance Thin Layer Chromatography ; GC-ECD = Gas
Chromatography – Electron Capture Detector ; GC-MS = Gas Chromatography – Mass Spectrometry ; LD = limite de
détection ; IDC = Inhibiteur des cholinestérases ; OC = Organochlorés ; AVK = rodenticides anticoagulants anti-vitamine K

96
II.2.3.3 - Organophosphorés et carbamates

1) Présentation
Couramment utilisés dans l’agriculture et l’industrie à partir des années 1950 et parfois
comme antiparasitaires externes, les inhibiteurs des cholinestérases regroupent deux familles :
les organophosphorés et les carbamates. Plus d’une cinquantaine de molécules sont
répertoriées et elles peuvent être utilisées dans les jardins principalement comme insecticides
(le plus souvent pour les cultures) mais parfois comme molluscicides. Les associations sont
possibles dans une même spécialité. Certains produits, parmi les plus toxiques, ont été retirés
du marché comme l’aldicarbe ou le carbofuran (Gounari 2006), d’autres sont réservés à un
usage professionnel. Globalement leur utilisation est en régression (Chowdhary,
Bhattacharyya, Banerjee 2014).

Tableau 20 - Listes des molécules inhibitrices des cholinestérases selon leur famille et leur autorisation
d'utilisation dans l’Union Européenne (Berny, Queffelec 2014).
Organophosphorés Carbamates
Interdites azinphos éthyl, azinphos méthyl, aldicarbe, benfuracarbe, carbaryl,
bromophos éthyl, carbophénothion, carbofuran, carbosulfan, furathiocarbe,
chlorméphos, déméthon, diéthon, proxopur, thiofanox, vamidothion
dioxathion, disulfoton, fenthion,
fonofos, formothion, métamidophos,
méthidathion, mévinphos,
monocrotophos, ométhoate, parathion
éthyl, parathion méthyl, phasalone,
phosphamidon, prothoate, pyrimiphos
étyl, sulfotep, terbuphos
Autorisées chlorpyriphos éthyl, chlorpyriphos bendiocarbe, méthiocarbe,
métyl, diazinon, dympylate, mercaptodimétur, méthomyl,
dichlorvos, diméthoate, fénitrothion, pyrimicarbe, thiocarbe
malathion, oxydéméton méthyl,
phosmet, phoxime, propétamphos,
pyrimiphos méthyl, temephos,
trichlofon

97
* Propriétés physico-chimiques
Les organophosphorés sont des esters, thiols ou amides dérivés de l’acide
phosphorique, stables en milieu acide et liposolubles (Gounari 2006; Chowdhary,
Bhattacharyya, Banerjee 2014). Les carbamates sont eux plutôt basiques. Il s’agit de
composés de faible poids moléculaire avec une bonne réactivité chimique et physique mais
des composés soufrés plus stables sont synthétisés pour leur rémanence. Malgré une grande
variabilité dans leur formule chimique, les organophosphorés partagent un point commun
structurel : un phosphore pentavalent et une liaison phosphoryle ou thiophosphoryle. Les
carbamates sont quant à eux des esters d’acide carbamique (Gupta, Milatovic 2012).

* Pharmacodynamique
Leur caractère lipophile explique une distribution vers l’encéphale et le tissu graisseux
responsable de la longue durée des signes d’intoxication (Gounari 2006). L’absorption, la
métabolisation et l’élimination sont rapides. Le pic plasmatique est donc très rapide.
L’absorption peut se faire par voie digestive, cutanée ou respiratoire. Les biotransformations
sont multiples et font intervenir le cytochrome P450, des hydroxylations ou des s-oxydations,
notamment dans le foie. L’élimination et rapide, principalement urinaire sous forme de
métabolites (Chowdhary, Bhattacharyya, Banerjee 2014).

* Mécanisme toxique
Les inhibiteurs des cholinestérases ont une analogie structurale avec l’acétylcholine.
L’acétylcholine est un neurotransmetteur des synapses cholinergiques. L’acétylcholinestérase
termine le signal en hydrolysant l’acétylcholine. Elle est présente dans le système nerveux
central et périphérique mais aussi au niveau des jonctions neuromusculaires et sur les
érythrocytes. Les inhibiteurs des cholinestérases agissent en compétition avec l’acétylcholine
sur les sites actifs des cholinestérases bloquant son hydrolyse et inactive l’enzyme par la
phosphorylation du groupe hydroxyle serine. L’acétylcholine s’accumule alors dans les
synapses et la dépolarisation induite par sa fixation sur les récepteurs post-synaptiques est
prolongée. L’acétylcholine agit sur la contraction volontaire des muscles striés au niveau des
plaques motrices. Elle intervient également dans la conduction des systèmes nerveux
autonomes : relai ganglionnaire du système nerveux orthosympathique, relai ganglionnaire et
effecteur final du système nerveux parasympathique. Une autre cholinestérase inhibée est la
butyrylcholinestérase présente dans le foie et le sérum. Son rôle dans le mécanisme toxique

98
n’est pas bien connu. L’inhibition des cholinestérases est réversible avec les carbamates et
irréversible avec les organophosphorés du fait de la création d’une liaison covalente par ces
derniers (Gounari 2006; Chowdhary, Bhattacharyya, Banerjee 2014).

* Dose toxique
Les doses toxiques sont variables selon les molécules (Gounari 2006), certaines sont précisées
dans le tableau ci-dessous. Les doses létales ne sont pas toujours connues chez les carnivores
domestiques.
Tableau 21 - Dose létale 50 de certains inhibiteurs des cholinestérases chez le chien et le chat (Bates 2000;
Bates, Campbell 2000).
Molécule DL50 per os chez le chien DL50 per os chez le chat
Aldicarbe 5-10 mg/kg
Carbofuran 15-19 mg/kg
Méthiocarbe 25 mg/kg 20-50 mg/kg
Dichlorvos 100 mg/kg
Carbaryl 250-795 mg/kg
Dimethoate 400 mg/kg
Chlorfenvinphos 1200 – 5000 mg/kg

* Exposition
Les chiens sont les principales victimes de ces intoxications, le plus souvent accidentelles. La
voie d’exposition est majoritairement orale mais une intoxication par passage percutané,
conjonctival ou par inhalation est possible. Les effets toxiques les plus graves font suite à une
exposition par inhalation (Gounari 2006 ; Chowdhary, Bhattacharyya, Banerjee 2014).

* Signes cliniques
Les signes cliniques apparaissent dans les deux heures suivant l’exposition par voie orale. Ce
délai est de 12h par voie transcutanée (Gounari 2006). Trois phases se succèdent
indistinctement :
- La phase muscarinique est caractérisée par l’augmentation générale des sécrétions
(hypersalivation, épiphora, hypersécrétion bronchique) et une contraction de la musculature
lisse (vomissements, diarrhée, bronchoconstriction, myosis, mictions incontrôlées)
accompagnées de troubles cardiaques (bradycardie, bloc auriculo-ventriculaire).
- La phase nicotinique a des effets opposés : arrêt des sécrétions, mydriase, vasoconstriction,
tachycardie, tremblements et fasciculations.
- La phase terminale signe l’atteinte du système nerveux central avec des convulsions
évoluant vers un coma (Gounari 2006 ; Chowdhary, Bhattacharyya, Banerjee 2014).

99
Le décès de l’animal peut survenir à tout moment, le plus souvent dans les 24h suivant
l’exposition, suite à une détresse respiratoire d’origine centrale dans la phase nicotinique.
Certains organophosphorés, le malathion notamment, présentent une toxicité nerveuse
retardée et atténuée. Cependant, la démyélinisation ascendante responsable de la paralysie est
irréversible (Gounari 2006).

2) Lésions
Les lésions sont également peu spécifiques pour ces toxiques. Sont décrits : une
congestion généralisée, des hémorragies musculaires, pulmonaires, cardiaques et digestives,
un œdème pulmonaire, une inflammation digestive, une hypersécrétion digestive, bronchique
et salivaire dans la phase muscarinique (Berny, Queffelec 2014), une cyanose, et des lésions
de pancréatite chez le chien (Blodgett 2006). Une atélectasie pulmonaire marquée ayant pour
origine un important bronchospasme peut être observée. Enfin le contenu gastrique peut être
coloré.

Figure 24 - Contenu gastrique bleuté chez un chien intoxiqué au Carbofuran.


Photo : service d’anatomie pathologique de l’ENVT.

100
Figure 25 - Lésions macroscopiques et microscopiques induites par les inhibiteurs des cholinestérases chez
les carnivores domestiques.

3) Diagnostic de certitude
Le diagnostic des intoxications aux anti-cholinestérasiques passe soit par la
quantification du niveau d’inhibition de l’acétylcholinestérase soit par l’identification direct
du toxique et de ces métabolites. L’acétylcholinestérase des jonctions musculaires n’étant pas
accessible, on préfère tester l’inhibition des cholinestérases érythrocytaires (du vivant de
l’animal) ou à défaut celles de l’encéphale. Le diagnostic est positif au-delà de 70%
d’inhibition. Cependant, il existe une variabilité entre les espèces animales mais aussi selon
les régions du cerveau et la méthode utilisée. Pour une analyse post-mortem, il est préférable
de trouver directement le toxique ou ses métabolites (en particulier les phosphates de dialkyl
(DAP)) par chromatographie sur couche mince haute performance ou par une
chromatographie gazeuse associée à une spectrométrie de masse. Les prélèvements de choix
sont le contenu gastrique, le foie ou les appâts (Gupta, Milatovic 2012 ; Chowdhary,
Bhattacharyya, Banerjee 2014).

101
4) Illustrations par des cas de terrain
Neuf cas de terrain d’intoxication confirmée aux inhibiteurs des cholinestérases et
autopsiés ont été recueillis auprès du CNITV depuis 2008. Ces intoxications concernent 3
chats et 6 chiens, adultes (entre 1 et 7 ans). Le plus souvent l’anamnèse se résume à une mort
brutale. Lorsque des signes ont été observés, il s’agit de troubles digestifs, de crises
convulsives, d’une bradycardie et d’état comateux. Les lésions observées lors de l’examen
nécropsique sont variées et peu spécifiques. Parmi les plus rapportées, on note une congestion
(6/9), un contenu digestif anormal (5/9), un épanchement (3/9), une absence de coagulation
sanguine (3/9), une pâleur des muqueuses (2/9) et une hématurie (2/9). Ces observations
nécropsiques ne sont pas en accord avec les données bibliographiques qui décrivent
classiquement des pancréatites, des gastroentérites, des hémorragies pulmonaires et des
hypersécrétions bronchiques et salivaires.
Le diagnostic toxicologique a utilisé une méthode de chromatographie sur couche
mince à haute performance (HPTLC) sur le contenu gastrique. Toutes les molécules
inhibitrices des cholinestérases sont recherchées. Trois molécules ont été mises en évidence :
le carbofuran (6/9), l’aldicarbe (3/9) et le méthiocarb (1/9). Il s’agit des inhibiteurs des
cholinestérases parmi les plus toxiques. A noter qu’un cas a été intoxiqué par une
combinaison de carbofuran et d’aldicarbe, des molécules désormais interdites.

102
Tableau 22 - Cas de terrain d'intoxication aux inhibiteurs des cholinestérases confirmés par une analyse
toxicologique et autopsiés.
Commémoratifs Anamnèse Autopsie Echanti Analyse Résultats
llon LD < 1µg/g
Chien Trouvé mort - Muqueuses pâles CG HPTLC Aldicarbe
Croisé - Absence de coagulation 88,63 µg/g
Adulte sanguine
Femelle - Congestion marquée
- Petits granules noirs dans
l’estomac
- Contenu intestinal
hémorragique avec
desquamation de la muqueuse
Chat Trouvé mort - Hématémèse CG HPTLC Aldicarbe
Européen - Congestion foie et reins 114,5µg/g
Adulte - Granulés bleus – noirs dans
Mâle l’estomac AVK =>
- inflammation de la muqueuse négatif
colique
- Absence de coagulation du
sang cardiaque
Chien Bradycardie, - Muqueuses pâles CG HPTLC Carbofuran
Yorkshire coma - granulés noirs dans l’estomac 1,76µg/g
2 ans Aldicarbe
Femelle 18µg/g
Chien Crises - Muqueuses congestives et CG HPTLC Carbofuran
Doberman convulsives, cyanosées 77µg/g
5 ans diarrhée et - Forte congestion des viscères
Femelle vomissements - Hématurie Chloralose,
puis mort - Contenu stomacal bleuté Métaldéhyde,
rapide. - Contenu intestinal organochloré,
hémorragique strychnine =>
- suffusions pulmonaires négatif
Chat Trouvé mort - Suffusions thoraciques et CG HPTLC Carbofuran
Européen endocardique 102µg/g
7 ans - Congestion foie et reins
Mâle - Suffusion hémorragique Chloralose =>
- Corps étranger dans la négatif
bronche droite *,
- Emphysème multifocal
modéré
Chien Trouvé mort - Epanchement abdominal CG HPTLC Carbofuran
Malinois séro-hémorragique 301µg/g
3 ans
Mâle

103
Chat Trouvé mort - Léger épanchement CG HPTLC Carbofuran
Européen thoracique séro-hémorragique 301µg/g
2 ans - Lésions ischémiques de la
Mâle muqueuse gastrique Chloralose,
organoschloré,
strychnine,
pyréthroïdes
=> négatif
Chien Trouvé mort - Ecoulement nasal spumeux et CG HPTLC Carbofuran
Anglo-français rosé 16,57µg/g
2 ans -Léger épanchement
Mâle thoracique séro-hémorragique
- Congestion et hypertrophie
hépatique
- Infarctus marqué sur le rein
droit
- Hématurie
- Congestion de la séreuse de
l’intestin
- œdème pulmonaire marqué,
- Emphysème
Chien Trouvé mort - Muqueuses hémorragiques CG HPTLC Méthiocarbe
Croisé - Epanchement abdominal 282 µg/g
Adulte séro-hémorragique
Mâle - Absence de coagulation Métaldéhyde
- Congestion des reins, du => négatif
péricarde, du myocarde et des
poumons
- Hématurie
- Inflammation de la muqueuse
intestinale
- Contenu digestif de
coloration bleue
Légende : CG = contenu gastrique ; HPTLC = High Performance Thin Layer Chromatography ; LD = limite de détection ;
AVK = rodenticides anticoagulants anti-vitamine K

* Sur ce cas, les lésions n’étaient pas expliquées par la présence du corps étranger bronchique qui semblait récent, c’est
pourquoi une analyse toxicologique a été demandée. Les doses de Carbofuran trouvées peuvent expliquer le décès. Une
hypothèse serait que la présence du corps étranger soit secondaire aux crises convulsives et à l’agonie de l’animal.

104
II.2.3.4 - Lindane

1) Présentation
Les organochlorés sont utilisés comme insecticides sous forme de produits
phytosanitaires ou comme traitement antiparasitaire. Du fait de leur rémanence, de leur
toxicité et de l’apparition d’insectes résistants, la majorité des organochlorés, y compris le
lindane, sont interdits en France dans leur utilisation agricole (Ensley 2012). Le lindane est le
nom donné aux produits contenant au moins 99% de l’isomère gamma de
l’hexachlorocyclohexane (HCH). Il s’agit du seul isomère insecticide (Marteau 1995).
Relativement moins toxiques pour les mammifères et moins rémanent, le lindane a été utilisé
dans le traitement des sols agricoles et des semences, dans le traitement du bois et dans le
domaine vétérinaire comme antiparasitaire.

* Propriétés physico chimiques


Les organochlorés sont des molécules très rémanentes et très lipophiles qui s’accumulent
donc préférentiellement dans le système nerveux central et le tissu adipeux (Ensley 2012). Par
sa nature chimique et ses propriétés biologiques, le lindane occupe une place à part parmi les
organochlorés. Il se présente sous forme d’un solide cristallin blanc inodore et présente une
bonne stabilité à l’air, la lumière et la chaleur. Cependant il est altéré par les milieux basiques
et certains métaux capables de s’ioniser (Marteau 1995). Bien que faible, sa solubilité dans
l’eau est supérieure aux autres organochlorés.

* Pharmacocinétique
Par leur liposolubilité importante, les organochlorés sont facilement absorbés en plus ou
moins grande proportion selon les surfaces. L’intégrité de la muqueuse gastrique ou la
présence de matière grasse dans l’estomac sont des facteurs influant la cinétique d’absorption.
Les organochlorés se lient avec les lipoprotéines sériques, puis ils sont distribués dans le foie,
les reins et l’encéphale et stockés dans le tissu adipeux. Ils sont ensuite transformés en dérivés
hydroxylés ou époxydes stables. Les métabolites sont éliminés par la bile et les urines. Un
cycle entéro-hépatique est donc possible (Marteau 1995).

105
* Mécanisme toxique
Les organochlorés sont des antagonistes non compétitifs agissant sur le canal d’ion chlorure
du récepteur GABA (acide gamma-aminobutyrique) (Ensley 2012). Le GABA est un
neurotransmetteur inhibiteur. En cas d’intoxication, les récepteurs GABA ne jouent pas leur
rôle d’inhibiteur du relargage des neurotransmetteurs excitateurs.
D’autre part, les flux ioniques de potassium, de calcium et de sodium sont altérés au niveau de
l’encéphale et des nerfs périphériques, ce qui résulte en une dépolarisation neuronale
prématurée (Ensley 2012).

* Exposition
L’exposition des carnivores domestiques est le plus souvent accidentelle suite à la
consommation d’antiparasitaires ou de produits phytosanitaires (Ensley 2012).

* Dose toxique
Tableau 23 - Dose létale 50 orale du lindane chez le chien et le chat (Ensley 2012).
Molécule DL50 per os chez le DL50 per os chez DL50 percutanée
chien le chat chez le chien
Lindane 30 – 200 mg/kg 35 mg/kg 330 – 550 mg/kg

* Signes cliniques
Les signes cliniques apparaissent de quelques minutes à quelques jours après l’ingestion. Lors
d’intoxication aigüe, on note des signes neuro-musculaires : fasciculation des muscles faciaux,
masséters et cervicaux, hyperesthésie, convulsions cloniques et toniques avec parfois un
opisthotonos. Une hypersalivation modérée est souvent associée à des mâchonnements.
L’évolution se fait vers le coma et la mort. Les signes sont souvent prolongés de 24 heures à
une semaine en raison d’un relargage progressif depuis la masse graisseuse. Chez le chat, un
syndrôme « en hypo » est souvent observé. Une intoxication chronique se présente sous la
forme de signes neurologiques atténués (tremblements, ataxie, dépression) et une anorexie
(Marteau 1995).

106
2) Lésions
Les lésions ne sont pas spécifiques, on retrouve une congestion généralisée, parfois
une cyanose. Une dégénérescence et nécrose du foie et des tubules rénaux ont été décrits, en
particulier lors d’exposition chronique (Raisbeck 2006). Un œdème pulmonaire a été rapporté
chez l’homme. De petites hémorragies, en particulier sur le péricarde et l’endocarde mais
aussi pulmonaires sont décrites. Le système nerveux central est souvent oedématié avec un
excès de liquide cérébro-spinal. Des lésions de gastro-entérites peuvent également apparaitre
(Marteau 1995).

Figure 26 - Lésions macroscopiques et microscopiques induites par le lindane chez les carnivores
domestiques.

107
3) Diagnostic de certitude
Le diagnostic de certitude se fait sur le contenu gastrique, les appâts, le foie et
l’encéphale, éventuellement sur la graisse et les reins par CPG-ECD (seuil de détection 0,01
mg/kg) (Marteau 1995).

4) Illustrations par des cas de terrain


Un seul cas d’intoxication aux organochlorés a été rapporté, confirmé et autopsié,
depuis 2008. Il s’agit d’une intoxication au Lindane. Le tableau nécropsique montre des
lésions à nouveau peu spécifiques (congestion, cyanose, pétéchies) mais plutôt en accord avec
les données bibliographiques. L’analyse a été effectuée sur le contenu gastrique.

Tableau 24 - Cas de terrain d'intoxication au lindane confirmés par une analyse toxicologique et autopsiés.
Commémoratifs Anamnèse Autopsie Echanti Analyse Résultats
llon LD < 1µg/g
Chien Trouvé mort - Congestion généralisée CG GC-ECD Lindane
Dogue - Cyanose des muqueuses 231 µg/g
Allemand - Pétéchies linguales
2 ans IDC,
Mâle Métaldéhyde,
Strychnine,
Crimidine,
Chloralose
=> négatif
Légende : CG = contenu gastrique ; GC-ECD = Gas Chromatography – Electron Capture Detector ; LD = Limite de
détection ; IDC = Inhibiteur des cholinestérases

108
Conclusion
Face à la perte brutale et inexpliquée de leur compagnon canin ou félin, les
propriétaires se retournent vers leur vétérinaire pour obtenir des réponses. La possibilité d’une
intoxication ne doit pas être négligée face au nombre important de toxiques potentiels
auxquels les animaux de compagnie sont exposés et à la grande variété de signes cliniques
provoqués. Cependant il ne faut pas non plus surestimer l’implication des toxiques dans les
morts subites. Le diagnostic ne doit pas se limiter aux seules intoxications et un diagnostic
nécropsique rigoureux doit permettre d’écarter d’autres causes de mortalité. Par la suite, le
diagnostic post-mortem des intoxications chez les carnivores domestiques reste un challenge
pour le praticien. Notre étude a mis en évidence que seulement quelques toxiques conduisent
à un tableau nécropsique caractéristique alors que des centaines de substances peuvent
potentiellement intoxiquer les animaux. Les intoxications par les rodenticides anticoagulants
sont toujours concomitantes de lésions très évocatrices. Au contraire la plupart des toxiques
présentent des lésions frustes, non spécifiques et variables : congestions diversement
localisées (inhibiteurs des cholinestérases, chloralose, strychnine, lindane), cyanose
généralisée (strychnine, lindane), pâleur des muqueuses (chloralose). Le praticien s’appuie sur
l’épidémiologie et la clinique pour orienter sa suspicion, cependant, ces informations sont
parfois inconnues ou frustes. Il est du devoir du praticien de maîtriser les modalités de
prélèvements toxicologiques lors de l’examen nécropsique. Ainsi, en concertation avec le
laboratoire, les analyses toxicologiques adaptées pourront être mis en œuvre sur la base des
données épidémiologiques, cliniques et nécropsiques. Cependant, encore de nombreux décès
inexpliqués ne passent pas par une recherche toxicologique : les propriétaires découragés par
l’éventail des toxiques possibles et le prix, ne sont pas toujours encouragés par les praticiens
qui sont pessimistes quant à l’obtention d’un résultat positif. Une autopsie rigoureuse, des
prélèvements adaptés et une recherche orientée contribuent à augmenter les chances d’établir
un diagnostic. Malgré le peu de lésions spécifiques d’un toxique, l’autopsie complète et
rigoureuse est indispensable d’une part pour éliminer les causes non toxiques de mortalité,
d’autre part pour orienter la recherche toxicologique. Encore trop peu de praticiens joignent
les résultats de l’examen nécropsique à leur demande d’analyses toxicologiques. Le reste du
travail incombe aux laboratoires pour lesquels la recherche des toxiques devient de plus en
plus large quant à la nature des toxiques et précise quant à leur seuil de détection.

109
Le diagnostic post-mortem des intoxications chez les carnivores domestiques se
distingue par son caractère individuel avec peu de répercussions économiques mais un
attachement affectif non négligeable. La même démarche s’applique avec les animaux de
rente pour lesquels les intoxications peuvent concerner plusieurs animaux avec des
répercussions économiques importantes et pour lesquels il est primordial d’éviter une
nouvelle intoxication. De même cette démarche est d’autant plus importante dans le cadre de
la surveillance sanitaire de la faune sauvage, que les commémoratifs sont inexistants.

110
112
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119
120
NOM : GOUBE Prénom : Anaïs

TITRE : Diagnostic post-mortem des intoxications chez les carnivores domestiques : intérêts et limites de
l’autopsie. Etude de 23 cas d’intoxications.

RESUME :
Le diagnostic des intoxications chez les carnivores domestiques repose sur la confrontation d’éléments
épidémiologiques, cliniques, nécropsiques et analytiques après exclusion d’autres étiologies. Une autopsie
rigoureuse et méthodique suivie d’une description lésionnelle est essentielle et à portée de tout praticien qui
choisit alors les prélèvements pertinents pour l’analyse toxicologique. Basée sur des données épidémiologiques
et l’étude de 23 cas recueillis auprès des ENV, cette thèse présente, pour huit toxiques majeurs, les lésions et les
prélèvements nécessaires à une confirmation analytique. Quatre toxiques (rodenticides anticoagulants,
monoxyde de carbone, caustiques, éthylène glycol) provoquent des lésions assez évocatrices pour affiner le
diagnostic nécropsique. Les autres toxiques avec une autopsie documentée dans l’étude de cas (strychnine,
chloralose, inhibiteurs des cholinestérases, lindane) induisent des lésions frustes, non spécifiques et pas toujours
corrélées avec les données bibliographiques. Cette étude analyse et illustre les apports essentiels de l’autopsie en
toxicologie clinique mais confirme le faible nombre de tableaux nécropsiques typiques.

MOTS-CLES : diagnostic, toxicologie, lésion, autopsie, carnivores, chien, chat, raticides anticoagulants,
monoxyde de carbone, caustiques, éthylène glycol, strychnine, chloralose, inhibiteurs des cholinestérases,
lindane.

___________________________________________________________________________

TITLE: Post mortem diagnosis of poisoning in domestic carnivores: relevance and limitation of post mortem
exams. A study of 23 cases of poisoning.

ABSTRACT:

Poisoning diagnosis in domestic carnivores is based on epidemiological, clinical, post mortem and laboratory
evidences and the ruling out of other causes. The most important point is a methodical and rigorous necropsy
followed by the exhaustive description of lesions. Any general practitioner is entitled and competent enough to
perform such a necropsy. The veterinarian has to choose the relevant samples for toxicological analysis. This
thesis is based on epidemiological data and the study of 23 cases collected in the French veterinary schools. It
proposes a description of eight major toxic agents, the lesions they provoke and the samples required in order to
obtain analytic confirmation. Four poisons (anticoagulant rodenticides, carbon monoxide, caustics, ethylene
glycol) induce lesions suggestive enough to sharpen the post mortem diagnosis. The others toxic agents,
presented in the documented post mortem report available in the case study (strychnine, chloralose,
cholinesterase inhibitors, lindane), cause discreet and unspecific lesions which are not always in accordance with
bibliographic data. This study shows the relevance of a post mortem examination, but also confirms that specific
post-mortem pictures are few in clinical toxicology.

KEYWORDS: diagnosis, toxicology, lesion, autopsy, carnivores, dog, cat, anticoagulant rodenticides, carbon
monoxide, caustics, ethylene glycol, strychnine, chloralose, cholinesterase inhibitors, lindane.

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