Afrique - Wikipédia
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continent
L'Afrique est un continent qui couvre 6 % de la surface de la Terre et 20 % de la surface des terres émergées. Sa superficie
est de 30 415 873 km2 avec les îles, ce qui en fait la troisième mondiale si l'on compte l'Amérique comme un seul continent.
Sa population de 1,3 milliard d'habitants classe l'Afrique deuxième continent du monde après l'Asie et représente en 2020
17,2 % de la population mondiale.
Afrique
Le continent est bordé par la mer Méditerranée au nord, par le golfe de Suez, la mer Rouge et le golfe d'Aden au nord-est, par
l’océan Indien et le canal du Mozambique au sud-est et par l’océan Atlantique et le golfe de Guinée à l’ouest.
L'Afrique est traversée presque en son milieu par l'équateur et présente plusieurs climats : chaud et humide au plus près de
l'équateur, tropical dans les régions comprises entre l'équateur et les tropiques, chaud et aride autour des tropiques, tempéré
dans les zones d'altitude. Le continent est caractérisé par le manque de précipitations régulières. En l'absence de glaciers ou
de systèmes montagneux aquifères, il n'existe pas de moyen de régulation naturelle du climat à l’exception de la flore (forêts
notamment) et de la proximité de la mer. Les terres arides représentent 60 % du continent, dont l'environnement est
néanmoins très riche — on l'a appelé le « paradis de la biodiversité » —. Le continent abrite le second massif forestier continu
de la planète : la forêt du bassin du Congo, mais qui est menacé par la surexploitation, la déforestation la fragmentation
forestière et la baisse de la biodiversité, conséquences de la pression anthropique, exacerbée par le changement climatique.
En 2020, les indicateurs climatiques montraient une élévation continue des températures en Afrique, une accélération de
l'élévation du niveau de la mer, et des événements météorologiques et climatiques extrêmes plus fréquents (ex : inondations,
sécheresses, et leurs effets dévastateurs). Le rétrécissement rapide des derniers glaciers d'Afrique de l'Est, qui devraient
fondre entièrement dans un avenir proche, signe aussi la menace d'un changement imminent et irréversible du système
Terre2.
Le continent est considéré comme le berceau de l'humanité, là où sont apparus les ancêtres de l'Homme, puis, il y a
200 000 ans environ, l'homme moderne qui s'est ensuite répandu sur le reste du globe. Le Sahara, le plus grand désert chaud
du monde, a créé un hiatus, conduisant à des évolutions historiques distinctes entre le nord et le sud. À la période historique,
la civilisation de l'Égypte antique se développe le long du Nil, l'Afrique subsaharienne voit naître ses propres civilisations
dans les zones de savanes ; l'Afrique du Nord, rive sud de la Méditerranée, subit quant à elle l'influence des Phéniciens, des
Grecs et des Romains. À compter de 3000 av. J.-C. l'Afrique connaît l'expansion bantoue. Il s'agit d'un mouvement de
population en plusieurs phases, orienté globalement du nord, depuis le grassland du Cameroun actuel, vers le sud, jusqu'en
Afrique australe, atteinte aux débuts de l'ère chrétienne. L'expansion bantoue explique la carte ethnolinguistique actuelle de
la zone subsaharienne.
La religion chrétienne s'implante en l'Afrique dès le ier siècle, essentiellement dans l'Afrique romaine du nord du continent
puis en Éthiopie. Le viie siècle voit les débuts de l'islam en Afrique, lequel s'installe sur la côte est et dans le nord du
continent jusqu'à la frange septentrionale de la zone subsaharienne. L'Afrique du Nord est, dans le même temps, arabisée. En
Afrique subsaharienne, à partir du viiie siècle et jusqu'au xviie siècle, de puissants et riches empires se succèdent. Vers la fin
de cette période, au xve siècle, les Portugais, suivis par d'autres nations européennes, installent sur la côte ouest un trafic
d'esclaves, la traite atlantique, qui s'ajoute à la traite intra-africaine et à la traite orientale qui sévissent déjà sur le continent.
Le xviiie siècle marque le début des explorations européennes, suivies par la colonisation massive du continent entre la fin
du xixe et le début du xxe siècle. La traite esclavagiste cesse au début du xxe siècle, mais l'Afrique est presque entièrement
sous domination coloniale jusqu'au milieu du xxe siècle, ce qui modèle jusqu'à aujourd'hui les frontières et les économies
des pays concernés.
La plupart des États obtiennent leur indépendance entre la fin des années 1950 (Tunisie, Maroc, Ghana…) et le milieu des
années 1970 (Angola, Mozambique…). L'Afrique indépendante est constituée essentiellement de « démocraties imparfaites »
voire de « régimes autoritaires » et les conflits y sont nombreux. Depuis l'accession à l'indépendance du Soudan du Sud en
2011, l'Afrique, comprenant Madagascar, compte 54 États souverains (non inclus la RASD et le Somaliland).
Les pays du continent présentent la croissance démographique la plus importante de la planète et une situation sanitaire qui
s'améliore nettement tout en progressant moins vite que dans les autres pays en développement.
L'Afrique repose sur une organisation sociale fondée sur la famille élargie et l'appartenance ethnique ; on recense un millier
d'ethnies sur le continent, lequel possède en parallèle la diversité linguistique la plus élevée du monde avec près de
2 000 langues vivantes.
L'Afrique contemporaine est dans une situation où le poids de la démographie est délicat à gérer (chômage, financement de
l'éducation…) car le continent reste celui qui est le moins développé économiquement malgré une forte croissance depuis le
début du xxie siècle, laquelle a permis l'émergence d'une classe moyenne, moins féconde, aux revenus plus élevés.
Économiquement, le commerce intercontinental est soutenu depuis l'époque antique et, à l'époque des grands empires, le
continent est le fournisseur d'or de l'Occident et de l'Orient. Plus tard, la colonisation entraîne une spécialisation massive des
économies coloniales qui deviennent presque exclusivement extraverties, dévolues à l'exportation des matières premières,
minérales et agricoles, vers les métropoles. Sachant qu'elle possède encore d'importantes réserves minières et pétrolières,
cette situation perdure au xxie siècle, avec, en corollaire, des États rentiers et des oligarchies qui captent les revenus au
détriment de populations restées pauvres. Sa place dans la mondialisation économique actuelle est minime, au contraire
des siècles passés. Certains pays ont cependant amorcé un tournant économique durant la période récente grâce à la
diversification économique, le développement du secteur tertiaire et la « croissance inclusive ».
Étymologie
Les Grecs de l'Antiquité appellent le continent Λιβύη / Libúē (« Libye »)3. Quant au terme Afrique, il dérive directement du
latin Africa qui vient de afri ou afrou, nom de la déesse de la terre dans la mythologie amazigh. De l'Antiquité romaine
jusqu'au Moyen Âge4, le terme ne désigne que la partie de l'Afrique du Nord entourant Carthage, le sud à majorité noire étant
appelé Éthiopie (du grec Αἰθιοπία / Aithiopía). Ainsi, dans le livre V de Histoire naturelle, Pline l'Ancien mentionne le fleuve
Niger, qu'il nomme Nigris, comme délimitation5 : « le fleuve Nigris sépare l'Afrique de l'Éthiopie » et mentionne également les
« nations éthiopiennes » qui vivent à ses abords.
Les étymologies antérieures au xxe siècle ne sont plus aujourd'hui que des curiosités historiques : Isidore de Séville tirait ce
nom du latin aprica (« ensoleillée »), Léon l'Africain invoquait un mot grec fictif a-phrike (« sans froid »).
Selon Michèle Fruyt6, le terme Africa est apparu dans les langues européennes par l'intermédiaire des Romains qui
désignaient ainsi la partie nord du continent car, en Campanie, africus qualifiait le vent pluvieux provenant de la région de
Carthage7.
Selon l'hypothèse de Daniel Don Nanjira, le mot latin Africa pourrait provenir soit du nom Afridi, une tribu berbère qui vivait en
Afrique du Nord près de Carthage, soit du terme phénicien Afar signifiant « poussière »8.
D'après d'autres chercheurs, le mot Afrique provient de la tribu des Banou Ifren (tribu Amazigh)9,10,11,12, dont l'ancêtre est
Ifren, appelée aussi Iforen, Ifuraces ou Afer13 (terme signifiant également « grotte » ou « caverne » en langue berbère selon
Ibn Khaldoun14). Ifri, la forme au singulier du mot Ifren, désigne également une divinité amazigh15,16,13.
D'autres encore désignent les Banou Ifren comme étant les habitants de l'ancienne ifrīqīyā إفريقياqui désignait jadis en arabe
l'actuelle Tunisie et que le nom d'Afrique découle de la nomination de la tribu des Banou Ifren17,18. De plus, les Banou Ifren
seraient les Ifuraces, tribu qui rassemble les Afar. Les Ifuraces habitaient l'ancienne Tripolitaine et sont des Zénètes
berbères, que Corripus a désigné dans son livre par Ifuraces19.
Géographie
Géographie physique
Reliefs de l'Afrique.
Avec une surface émergée de 30 millions de km2, l’Afrique est le troisième continentnotes 1 par sa superficie ; cela représente
6 % de la surface terrestre et 20 % de la surface des terres émergées20. Séparée de l'Europe par la mer Méditerranée,
l'Afrique est rattachée à l'Asie à son extrémité nord-est par l'isthme de Suez (traversé par le canal de Suez) sur 163 km21. De
son extrémité nord, le cap Angela (37° 20′ 50″ N) en Tunisie, à son extrémité sud, le cap des Aiguilles (34° 51′ 15″ S) en
Afrique du Sud, le continent s'étend sur environ 8 060 km. De son extrémité ouest, le cap Vert
(17° 33′ 22″ <abbr class="abbr " title="West (ouest)" >W), à son extrémité est, le Ras Hafun (51° 27′ 52″ E) en Somalie, il
s'étend sur 7 420 km environ22.
Ses côtes, peu découpées, sont longues de 26 000 km. L'absence de profondes entailles de sa rive est remarquable ; en
effet, par comparaison, l'Europe, qui s'étend sur 10,4 millions de km2, soit environ un tiers de la surface de l'Afrique, présente
un littoral de 32 000 km22, plus long de 6 000 km.
Le Sahara, le plus grand désert d'Afrique et le plus grand désert chaud du monde, couvre à lui seul une superficie de près de
8,6 millions de km223. Le Sahel, bande continue de savanes tropicales semi-arides située juste au sud du Sahara, couvre près
de 2,7 millions de km2. Ainsi les régions hyper-arides, arides et semi-arides du Sahara et du Sahel couvrent à elles seules
environ un tiers de la superficie totale du continent africain.
Climats
Articles connexes : Climat de l'Afrique, Classification de Köppen, Zone de convergence intertropicale, Cellule de Hadley et
Réchauffement climatique en Afrique.
Climats en Afrique.
Traversée presque en son milieu par l'équateur et comprise pour une majeure partie entre les deux tropiques, l'Afrique est un
continent chaud24, avec une température moyenne supérieure à 21 °C neuf mois sur douze25 ; l'intensité du rayonnement
solaire y est constamment forte. Les climats et la végétation qui leur correspond se définissent en fonction des variations
pluviométriques plutôt que thermiques26.
La pluviométrie est essentiellement dépendante des mouvements atmosphériques se produisant dans la zone de
convergence intertropicale (ZCIT). Il s’agit, dans une zone comprise entre les tropiquesnotes 2 et l'équateur, du mouvement
ascendant d'un air humide apporté par les alizés. La montée en altitude rafraîchit l’air et l’humidité est relâchée sous forme
de précipitations à hauteur de l'équateur, ce qui détermine des climats humides, climat équatorial au plus près de l'équateur
et climat tropical de part et d'autre. L'air asséché converge ensuite vers les tropiques nord et sud, ce qui crée un climat aride
à ces endroits, aux alentours des 20e parallèles nord et sud. Cela correspond au Sahara au nord, et au Kalahari au sud25. Les
déserts et les plaines arides prévalent également dans la corne de l'Afrique.
L'allongement de la saison sèche, quand on s'éloigne de l'équateur, caractérise le passage du climat équatorial accompagné
de forêt dense au climat tropical, qui s'accompagne de forêts claires, puis de savanes lorsque la saison sèche est intense.
Lorsque la saison sèche est largement dominante, la savane prend un caractère semi-aride avec, néanmoins, une saison des
pluies intense mais très courte. C'est le cas du Sahel, notamment, où la savane domine. Ensuite, les déserts apparaissent
près des tropiques27.
Enfin, le climat méditerranéen caractérise les côtes de l'Afrique du Nord et la pointe sud de l'Afrique du Sud26.
Les saisons, alternance entre les saisons sèches et humides, sont liées aux oscillations annuelles de la ZCIT. Ces
oscillations sont un phénomène majeur pour le continent car il est dépourvu de chaînes montagneuses assez haute et
longue pour influencer le climat à grande échelle25. Comme la majeure partie du continent est sous l'influence de la ZCIT, il
est extrêmement sensible aux perturbations de celle-ci, notamment en Afrique de l'Ouest28, même lorsque ces perturbations
sont faibles29. Ainsi, d'une année à l'autre, la saison des pluies peut varier en durée jusqu'à 30 %30.
Les amplitudes thermiques annuelles et journalières sont faibles en climat humide équatorial et tropical ; elles s'accentuent
lorsqu'on s'éloigne de l'équateur27 et diminuent à proximité des côtes ; « au cœur du Sahara, les variations de température
[atmosphérique] entre le jour et la nuit atteignent 20 degrés »27 (et bien plus au sol où la température peut localement
dépasser 70 °C plusieurs jours par an, sans toutefois atteindre les records mondiaux31,32 enregistrés dans le désert de Lut
ou au Mexique ; l'Afrique détient cependant le record d'étendue désertique chaudes, en surface absolue).
Le record officiel de température atmosphérique est de 55 °C mesuré le 7 juillet 1931 à Kébili, Tunisie33,notes 3.
D'après une étude scientifique réalisée par plusieurs universités européennes, un Africain citadin sur trois pourrait être
soumis chaque jour à des températures avoisinant les 41 °C en 209035.
Environnement
Biomes africains.
Légende
Prairies
Forêts sempervirentes subtropicales
Forêts sempervirentes méditerranéennes
Forêts de mousson
Déserts arides
Déserts et broussailles xérophytes
Savane aride
Déserts semi-arides
Savanes
Savanes et forêts claires
Forêts décidues sèches tropicales et
subtropicales
Forêts décidues humides tropicales et
subtropicales
L'Afrique est une mosaïque de climats et de biomes36 ; deux de ses principales caractéristiques sont, d'une part, qu'il s’agit
du continent le plus chaud37 et le plus sec de la planètenotes 4,38 et, d'autre part, d'un des endroits au monde les plus
sensibles à la variabilité climatique39.
Les terres arides représentent plus de 60 % de la surface du continent ; il est donc particulièrement sensible à la pluviométrie
et à ses variations qui conditionnent fortement le niveau de production agricole et la biodiversité38. En effet, quoique l'eau
souterraine soit abondante40,41, la difficulté à l'exploiter fait que l'Afrique est et restera encore longtemps dépendante de
l'eau pluviale41,notes 5 et de l'eau de surface dont l'exploitation est peu rationalisée : 20 % seulement du potentiel d'irrigation
du Sahel est exploité43. La prévalence de l'onchocercose (cécité des rivières) explique sans doute l'absence d'une tradition
d'irrigation (à la notable exception du Nil) sur le continent, malgré la présence de fleuves parmi les plus puissants du
monde44.
La problématique de l’eau conditionne largement les conditions du développement humain. Le stress hydrique, défini par
l'ONU comme « une insuffisance d’eau de qualité satisfaisante, pour pouvoir répondre aux besoins humains et
environnementaux45 » concerne, par ses conséquences en matière de sécurité alimentaire et de santé, jusqu'à 300 millions
de personnes46.
Des conflits, parfois armés, tels celui du Darfour en 2003, sont causés au moins partiellement par l'accès à l'eau47 ou, plus
largement, aux changements climatiques48,49,50,51.
Même lorsque l'eau n'est pas rare au sens strict, comme en Afrique de l'Ouest, laquelle, globalement, dépasse le volume de
1 700 m3 d'eau disponible par habitant et par annotes 6, seuil retenu pour caractériser le stress hydrique53, le contexte de la
disponibilité de l'eau rend la région « soudano-sahélienne […] tributaire d’une forte variabilité des précipitations, tant au plan
spatial que temporel52 ». Ce n'est pas l’abondance de la ressource qui est en cause, mais sa variabilité et, par conséquent, la
possibilité de l'utiliser au bon endroit et au bon moment.
Autre caractéristique, l'Afrique abrite le second plus grand massif forestier continu du mondenotes 7 : celui du bassin du
Congo. Pour l'ensemble du continent, le couvert arboré représente 21,8 %notes 8 de sa surfacenotes 9 quoi qu’avec une
répartition très inégale, de zéro pour les déserts à 85 % pour le pays ayant le couvert forestier le plus importantnotes 10,58.
Mais la déforestation est considérée comme la plus grave menace environnementale59 car les forêts régressent ; le
continent a perdu plus de 10 % de ses forêts intactes (paysage « naturel » considéré comme à la fois non artificiellement
morcelé et non dégradé) entre 2000 et 201360 et il a perdu 3,4 millions d’hectares de couvert boisé par an entre 2000 et
201061 même si l'attrition s'est ralentie (la perte était de 4,1 millions d'hectares par an dans les années 1990)62. La pression
démographique, l’extension des villes et l'agriculture itinérante, dont la culture sur brûlis63, participent largement à la
régression des milieux naturels. La déforestation a, elle aussi, une influence limitative sur le développement humain
puisqu'elle est une des principales causes de dégradation des terres64. Celle-ci va jusqu'à la désertification, sachant que
63 % de la population d'Afrique subsaharienne et 40 % de celle d'Afrique du Nord est rurale65 et que 90 % des Africains
dépendent du bois et de la biomasse pour leurs besoins énergétiques66. Cette utilisation massive de combustibles solides
est, de plus, une cause notable de morbidité du fait de la pollution de l'air à l'intérieur des habitations qu'elle entraîne67.
Un autre aspect environnemental du continent est celui de sa biodiversité, très importante (le PNUE qualifie le continent de
« paradis de la biodiversité58 »)notes 11 mais menacée26. Huit des trente-quatre points chauds de biodiversité, zones
possédant une grande richesse de biodiversité particulièrement menacée par l'activité humaine, sont situés en Afrique68,69.
Trente-quatre pays (sur cinquante-quatre) voient leur biodiversité régresser69. Essayant de limiter le phénomène, les pays
africains ont créé 1 200 aires protégées, recouvrant 2,5 millions de km2 (250 millions d'hectares)70.
L'ensemble se conjugue pour dessiner une situation où le continent, soumis à la « variabilité et aux extrêmes climatiques71 »
est l'un des plus fragiles et des plus en danger. Le « changement climatique va progressivement menacer la croissance
économique de l'Afrique et la sécurité des populations » car « le climat de l'Afrique est déjà en train de changer et les
impacts se font déjà sentirtrad 1 », aggravant les causes environnementalesnotes 12 de l'insécurité alimentaire qui touche déjà
le continent74.
Malgré la convention de Bamako, l'Afrique reçoit des déchets occidentaux mais produit également plus de 175 millions de
tonnes produites par an depuis 2016. Les déchets subsahariens avoisineront les 500 millions en 2050. Si les États africains
travaillent à construire leurs propres systèmes de gestion et traitement des déchets, le chemin est encore long avant de voir
émerger des filières de traitement performantes75.
À Bamako, les riverains abandonnent leurs déchets en pleine rue avant de les brûler. Impuissants, ils subissent les
conséquences : détritus, fumées, odeurs nauséabondes, ainsi que des rats, cafards et mouches76.
Du 4 au 6 septembre 2023, s'est tenu au Kenya le premier sommet africain sur le climat. Il a réuni 54 pays africains, dont
20 000 membres de délégations du monde entier. Ce premier sommet africain a abouti à l'adoption par les dirigeants
africains de la « déclaration de Nairobi », où ils demandent à la communauté internationale de les aider à financer des
projets d'énergies renouvelables, dans le but d'accéder leur transition énergétique77,78,79,80.
Géographie politique
Le plus grand pays d'Afrique par sa superficie, le dixième mondial, est l'Algérie tandis que l'archipel des Seychelles, au large
de la côte est de l'Afrique, est le plus petit81 et le moins peuplé (env. 91 000 hab.). Le plus petit État continental est la
Gambie82. Le plus peuplé est le Nigeria (184 millions d'habitants en 201583), au septième rang mondial.
Article détaillé : Liste des États souverains et des territoires dépendants d'Afrique.
En 1914, du fait de l'essor des empires coloniaux, le « continent noir » ne comptait plus que deux États souverains,
l’Abyssinie (ou Éthiopie) et le Liberia. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le nombre d'États africains indépendants n'a cessé
d'augmenter, passant de 4 en 1945 à 27 en 1960, pour atteindre 53 en 1993 et 54 en 201185,86 (non inclus le Sahraouie et le
Somaliland).
Les frontières des États africains sont en grande partie issues de la colonisation. Quant au regroupement des différents
pays en sous-régions, il est plus utilisé dans un souci pratique qu'en référence à une réalité historique.
On distingue généralement87 :
l’Afrique du Nord, limitée au sud par le Sahara, habitée par des populations à majorité arabe et berbère ;
l’Afrique de l'Est,
l’Afrique centrale ;
l'Afrique australe constituée de l'ensemble des territoires situés au sud de la forêt équatoriale.
Liste des États africains et des dépendances européennes
États
d'Afrique de
l'Est
[Développer]
États
d'Afrique
centrale
[Développer]
États
d'Afrique du
Nord
[Développer]
États
d'Afrique
australe
[Développer]
États
d'Afrique de
l'Ouest
[Développer]
Dépendances
européennes
[Développer]
Les États africains s'inscrivent dans des frontières largement issues de la colonisation, avalisées et sanctuarisées par l'OUA
en 196389.
Elles sont souvent90 qualifiées d'artificielles et, du fait, considérées comme causes de conflitsnotes 16, d'incohérentes car
délimitant des espaces politiques structurellement déficients du point de vue économiquenotes 17,notes 18 et d'illégitimes car
ne correspondant pas à des réalités ethniques ou historiques antérieures, sachant qu'en outre, « la notion de frontière
dûment bornée [est] culturellement étrangère [à l'Afrique subsaharienne]91 », notamment dans les sociétés à « pouvoir
diffus »92 qui présentent un mode d'organisation sociale où le gouvernement n'est pas centralisé mais partagénotes 19, où la
terre n'est pas un bien que l'on possède93 et pour lesquelles l'État-nation à l'occidentale est un concept importé94.
Certains font cependant remarquer que ces frontières ne sont pas entièrement artificielles, la frontière Niger-Nigeria suivant,
par exemple, à peu près les contours d'un califat antérieur95.
La malédiction économique des frontières est, elle aussi, relativisée : « l'affirmation du caractère pénalisant des frontières
africaines fait partie d'une des nombreuses idées reçues96. » L'appartenance ethnique et les langues véhiculaires partagées
sur des territoires qui ne coïncident pas avec les délimitations de jure, causent une intense circulation interne, notamment
des commerces transfrontaliers opérés par les membres d'une même ethnie et qui profitent aux États formels grâce aux
recettes douanières qui peuvent représenter jusqu'à 30 voire 70 % du budget de certains États97,notes 20. Le manque
d'infrastructure conduit cependant à des « temps d'attente à la frontière » et donc à des coûts de transaction élevés99. En
définitive, les frontières africaines sont poreuses, faciles à franchir, de manière légale ou illégale, et constituent des
opportunités pour les opérateurs économiques.
Quant aux conflits ethniques, ils sont largement indépendants des frontières100, restant tantôt internes à un pays, tantôt
transfrontaliers au gré des configurations locales101.
Entre 1963 et 2022, la Cour internationale de justice a statué sur huit conflits frontaliers en Afrique, tels que la bande
d’Aozou au Tchad en 1994 et la péninsule de Bakassi au Cameroun en 2002 alors que d'autres dossiers s'accumulent
comme la question de la souveraineté de l'île de Mbanié déposée en 2021102.
Dans les années 2010 et 2020, des conflits frontaliers voient le jour pour le contrôle de ressources naturelles comme entre le
Kenya et la Somalie à propos des ressources en poissons ou entre la Guinée équatoriale et le Gabon à propos des
hydrocarbures ainsi que des conflits sécessionnistes comme celui concernant le Soudan du Sud103,102. En 2022, de larges
territoires n'ont toujours pas de statut définit comme le Triangle d'Ilemi, le Triangle de Halayeb et le Sahara occidental. Les
anciennes puissances coloniales sont parfois encore en prise avec leurs anciennes colonies. C'est le cas de l'Espagne et du
Maroc à propos des villes de Melilla et Ceuta, de la France et de Madagascar à propos des îles Éparses ainsi que du
Royaume-Uni et de Maurice à propos de l'archipel des Chagos102.
En 2021, en Afrique du Nord et de l'Ouest, 60 % des victimes d'évènements violents se trouvent à moins de 100 km d'une
frontière, notamment en raison de la présence de groupes armés transnationaux, tels que les djihadistes. Plus on s'éloigne
de ces zones, plus les morts baissent104.
Histoire
Articles détaillés : Histoire de l'Afrique, Histoire de l'Afrique du Nord et Histoire de l'Afrique de l'Ouest.
Préhistoire et protohistoire
Articles détaillés : Origine africaine de l'Homme moderne et Histoire évolutive de la lignée humaine.
Naissance de l'espèce humaine
L'Afrique est considérée comme le berceau de l'humanité, où sont apparus la lignée humaine puis la seule de ses espèces
qui survive aujourd'hui : l'être humain moderne, Homo sapiens. Dans le courant du xxe siècle, les paléoanthropologues
découvrent un grand nombre de fossiles et de preuves d'une occupation par des hominidés précurseurs de l'être humain,
datés, par datation radiométrique, de 7 millions d'années avant le présent pour l'espèce Sahelanthropus tchadensis (fossile
Toumaï)105,106, de 6 millions d'années pour Orrorin tugenensis, de 4 millions d'années pour le fossile Ardi de l'espèce
Ardipithecus ramidus, de 3,9 à 3,0 millions d'années pour l'Australopithecus afarensis107, de 2,3 à 1,4 millions d'années avant
le présent pour Paranthropus boisei108 et d'environ 1,9 million à 600 000 ans avant le présent en ce qui concerne Homo
ergaster.
Après l'évolution d'Homo sapiens, il y a environ 200 à 100 000 ans, le continent est principalement peuplé par des groupes de
chasseurs-cueilleurs109,110,111. Selon la théorie de l'« origine africaine de l'Homme moderne » (Out of Africa), ces premiers
humains modernes quittent l'Afrique et peuplent le reste du monde entre 80 et 50 000 ans avant notre époque. Ils auraient
quitté le continent en traversant la mer Rouge via le Bab-el-Mandeb112,113, le détroit de Gibraltar112,113 et l'isthme de Suez114.
D'autres migrations de ces humains modernes, à l'intérieur du continent, datent des mêmes époques, avec des traces de
peuplement humain précoce en Afrique australe, Afrique du Nord et au Sahara115.
Hiatus géographique
La taille du Sahara a considérablement varié au fil du temps, essentiellement du fait des conditions climatiques116. À la fin
de la glaciation qui a lieu aux alentours de 8500 av. J.-C., le Sahara était redevenu un territoire vert et fertile. On trouve, dans
le Tassili n'Ajjer, des peintures rupestres, datant d'environ 8000 av. J.-C., représentant un Sahara fertile et largement
peuplé117. Plus tard, l'échauffement et l'assèchement du climat, vers 5000 av. J.-C., font que le Sahara devient de plus en
plus chaud et hostile. À l'occasion d'une évolution qui dure jusqu'aux alentours de 3900 av. J.-C., le Sahara connaît une
période de désertification118,119. Une récession climatique importante se produit, entraînant une diminution des pluies en
Afrique de l'est et du centre. Depuis cette époque, ce sont des conditions sèches qui prédominent en Afrique de l’Est120. Le
Sahara devient un « hiatus climatique […] qui joue un rôle capital dans le cloisonnement géographique d'une grande partie de
l'Afrique121 ». Cela réduit la quantité de terres propices au peuplement et provoque des migrations des communautés
agricoles vers le climat plus tropical de l'Afrique de l'Ouest120 et vers la vallée du Nil, en dessous de la seconde cataracte, où
s'établissent des implantations permanentes ou semi-permanentes. Cette émigration a permis l'émergence de sociétés
complexes et hautement organisées durant le IVe millénaire av. J.-C.122, comme en témoigne le site de Nabta Playanotes 21.
Ce hiatus climatique est un obstacle à la circulation nord-sud ; Pierre Gourou123 parle de « hiatus isolant ». La vallée du Nil
devient le couloir privilégié de circulation et l'Égypte suit un processus de développement distinct du reste de
l'Afrique124,notes 22.
La domestication du bétail en Afrique précède l’agriculture et existe parallèlement aux cultures de chasseurs-cueilleurs ;
ainsi le bœuf est-il domestiqué depuis 7 500 à 6 000 ans av. J.-C. en Afrique du nord125,126. Dans l'aire nilo-saharienne, de
nombreux animaux sont domestiqués, dont l'âne125.
L'agriculture apparaît selon un processus complexe et multipolaire127 vers 6 000 ans av. J.-C.128 Il s'agit d'abord d'une
adoption par l'Égypte de plantes venant du sud-ouest asiatique ; ensuite, vers 2 000 ans av. J.-C., il s’agit d'une agriculture
autochtone avec la domestication du mil, du riz africain, de l'igname et du sorgho129.
Des entités politiques notables s'établissent dès avant la période historiquenotes 23.
Ainsi, le site de Nabta Playa, à l'ouest du Nil, dans le désert de Nubie, est peuplé, quoique de manière saisonnière, depuis le
IXe millénaire av. J.-C. jusqu'au Ier millénaire av. J.-C. La cuvette où il est situé était, à ce moment, beaucoup plus arrosée et
fertile. Le site comporte un important champ mégalithique à vocation astronomique, daté de 6000 à 6500 av. J.-C.notes 24 Les
populations, qui pratiquent l'élevage, présentent des signes d'une organisation d'un niveau élevé, plus que celui de l'Égypte à
la même époquenotes 25. On retiendra comme exemples des constructions en pierre, au-dessus et en dessous du niveau du
sol, des villages construits selon des plans établis à l'avance et des puits profonds, capables de retenir l'eau tout au long de
l'année ainsi que les connaissances, notamment astronomiques, nécessaires à l'érection des mégalithes130,131.
Un peu plus tard, contemporaine de Nabta Playa entre −3 800 et −3 000 ans, la culture de Nagada (période prédynastique
égyptienne) voit apparaître les premiers hiéroglyphes à Abydos132. Les tablettes d'Abydos permettent d'attester l’existence
d'une organisation politique en royaume ; elles évoquent le roi Scorpion Ier qui aurait régné vers 3200 av. J.-C. sur l'ensemble
de l'Égypte, voire au-delà133.
Aux alentours du Ier millénaire av. J.-C., le travail du fer, apparu sur le continent au IIIe millénaire av. J.-C.134, se répand
rapidement en Afrique du Nord et dans la partie septentrionale de l'Afrique subsaharienne. Vers 700 av. J.-C., le travail du fer
est monnaie courante en Afrique de l'Ouest. Des objets en cuivre, datant de 500 av. J.-C., provenant d'Égypte, d'Afrique du
Nord, de Nubie et d'Éthiopie ont été découverts en Afrique de l'Ouest, suggérant l’existence d'un commerce transsaharien à
cette époque120.
Civilisations anciennes
Vers 3250 av. J.-C. s'ouvre l'ère historique avec l'émergence de l'écriture dans la civilisation pharaonique de l'ancienne
Égypte135,132. Cette émergence est probablement liée à la forte concentration de population ainsi qu'au degré d'organisation
politique qui en découlait. À cette époque, les autres zones de peuplement du continent sont beaucoup moins denses, ce qui
n’entraine pas les mêmes besoins en matière d'organisation sociale136.
La civilisation égyptienne est l'une des plus anciennes et les plus durables : elle perdure jusqu'en 343 ap. J.-C137,138.
L'influence égyptienne s'est fait profondément sentir dans les territoires qui correspondent à la Libye moderne, au nord de la
Crète et de Canaan et, au sud, dans les royaumes, qui lui furent contemporains, de Koush (Nubie) et d'Aksoum (actuelle
Éthiopie) notamment139.
Au moment où l'Égypte atteint son apogée140, vers 1500 av. J.-C., plus au sud, dans l'actuel Nigeria, se développe la culture
de Nok, l'une des plus anciennes cultures d'Afrique subsaharienne141. Elle est connue pour son art des poteries en terre
cuite, mais aussi parce qu'elle atteste de l'utilisation conjointe d'outils lithiques (Later Stone Age) et d'outils en fer, situation
représentative de la transition vers l'âge du fer dans cette région142,143,144. Elle disparaît de manière brutale peu de temps
après les débuts de l’ère chrétienne, vers 200 ou 300 ap. J.-C. Elle a cependant eu une descendance, notamment artistique,
au travers par exemple de la civilisation d'Ife, dont la ville éponyme est peuplée dès le vie siècle av. J.-C.145
Expansion bantoue
Tandis que prospèrent et se développent les civilisations de l'aire nilotique, vers 2000 av. J.-C. ou 1500 av. J.-C., commence
la première migrationnotes 26 bantouenotes 27 vers les forêts tropicales d’Afrique centrale, à partir d'une localisation située au
sud-est du Nigeria et du Cameroun actuels150. Il s'agit probablement d'un effet de la pression démographique des
populations du Sahara qui fuient l’avancée du désert. La seconde phase de migration, environ mille ans plus tard, vers -1000,
les amène jusqu’en Afrique australe et orientale151. Les bantous, éleveurs et semi-nomades, dans leur mouvement vers le
sud, se métissent et s’affrontent aux populations locales de chasseurs-cueilleurs, jusqu'à atteindre l'aire des locuteurs
khoïsan, en Afrique australe. Ces évènements expliquent la carte ethnolinguistique de l'Afrique actuelle152.
L’Afrique du Nord est peuplée à l'époque antique par les peuples libyens (Berbères) dispersés dans le vaste territoire de la
Libye antique (Maghreb actuel). Elle est dans l'Antiquité partagé entre les royaumes de Numidie et de Maurétanie. Des sites
archéologiques tel le Medracen et des inscriptions en alphabet Tifinagh témoignent de cette époque. Cette région est en
contact avec les autres civilisations de l'aire méditerranéenne, comme les Phéniciens, les Grecs et les Romains.
Sur la côte, la cité-état d'Utique (située dans l'actuelle Tunisie) est fondée par les Phéniciens en 1100 av. J.-C. ; Carthage,
base d'une civilisation importante sur la côte nord, est fondée par des colons phéniciens de Tyr, en 814 av. J.-C153,154. Utique
est, plus tard, absorbée par Carthage au fil du développement de cette dernière. Cyrène, en actuelle Libye, est fondée en
644 av. J.-C. par les Grecs. Elle deviendra le centre politique de la Cyrénaïque qui finira englobée dans l'Égypte ptolémaïque.
En 332 av. J.-C., Alexandre le Grand est reçu comme un libérateur par l'Égypte, alors occupée par les Persesnotes 28. Il fonde
Alexandrie, qui deviendra la prospère capitale du royaume ptolémaïque155.
La prospérité de la civilisation carthaginoise repose sur le commerce méditerranéen, mais aussi sur celui avec l'intérieur de
l'Afrique, avec notamment les villes de Sabratha et de Leptis Magna (en actuelle Libye), situées au débouché des pistes
transsahariennes156. Du point de vue de l'organisation sociale et politique, Carthage ne forme pas un « empire » aussi solide
et structuré que celui des Romains, ce qui expliquerait sa défaite157,notes 29.
Progressivement, à partir de 146 av. J.-C., après la victoire de Rome sur Carthage à l'issue des Guerres puniques158 qui
donnent naissance à la province romaine d'Africa, toute la côte nord du continent est incorporée dans l'Empire romainnotes 30.
En Afrique subsaharienne, les habitats humains s'établissent et se structurent notamment en fonction de critères
géographiques. Les zones de savanes donnent naissance à des organisations qui, partant de la chefferie, croissent jusqu'à
devenir des État-nations voire des empires. Les habitats des zones de forêt dense sont plus petits et plus isolés. Certaines
de ces zones ont d'ailleurs joué le rôle de refuges pour les populations chassées par les États en expansion : « Les savanes
africaines ont donc joué un rôle bénéfique en favorisant, en Afrique, les conditions préliminaires à la naissance des États. […]
le corollaire de l’apparition des États dans les zones de savanes a été l’éparpillement des groupes plus faibles, moins bien
organisés, dans des environnements répulsifs : zones montagneuses escarpées ; déserts ; forêts épaisses159. »
Malgré le hiatus du désert, le nord et le sud du continent ne sont pas totalement isolés et leur développement respectif est,
en partie, lié. Une forme de commerce transsaharien est attestée depuis, au moins, l'époque de la civilisation
carthaginoise160 ; à l'époque historique, il utilise le dromadairenotes 31, animal mieux adapté aux conditions climatiques que le
cheval. L'Afrique subsaharienne fournit ainsi au monde antique, via les commerçants carthaginois, les plumes d'autruche,
l'ivoire et les esclavesnotes 32. Aux deux extrémités des routes de ce commerce, à 2 000 km de distance, Carthage et les
premiers royaumes africains prospèrent simultanément, connaissant croissance démographique et développement agricole.
Mais les échanges ne sont pas seulement transsahariens, le commerce transcontinental et intercontinental du cuivre, du fer,
de l'or ainsi que celui du sel est la base du développement économique et démographique de l'Afrique subsaharienne161.
Empires
Frise chronologique
Les périodes indiquées sont données à titre d'illustration graphique et sont donc approximatives.
En Afrique du Nord, après une courte occupation vandale162 (439 à 534) puis une emprise byzantine163 (Exarchat de
Carthage, env. 590-642), la conquête arabe commence au début du viie siècle sous le règne de la dynastie des Omeyyades :
« En 639, les Arabes prennent pied en Afrique, sept ans seulement après la mort du Prophète164. » En 641, alors qu'ils
viennent de conquérir l'Égypte, ils y fondent la ville d'Al-Fustât (aujourd'hui Le Caire) et construisent la première mosquée
d'Afrique. En 670, le général arabe Oqba Ibn Nafi al-Fihri établit son camp sur l'emplacement de ce qui deviendra la ville de
Kairouan (actuelle Tunisie), où commence, la même année, la construction de la grande mosquée de Kairouan. Malgré de
nombreuses résistances, particulièrement celle des autochtones Berbères165 (avec les figures historiques de Koceïla166 et
Kahena167 notamment), et celle des royaumes de Nubie, christianisés depuis le vie siècle168, l'arabisation et l'islamisation du
Maghreb progressent rapidement.
Au moment où les Arabes conquièrent l'Afrique du Nord, grâce au commerce de l'or et du sel, la plus puissante et la plus
riche entité politique au sud du Sahara est l'empire du Ghana. L'influence de l'islam s'y fait rapidement sentir ; les
commerçants sont majoritairement musulmans et il se crée une élite politique islamisée autour d'un roi resté cependant,
comme sa population, animiste169,170.
La zone du fleuve Sénégal, où domine le royaume de Tekrour, est en partie islamisé dès le viie siècle et le sera plus
massivement au ixe siècle171 ; le royaume du Kanem, qui deviendra le royaume du Kanem-Bornou au xiie siècle, établi depuis
le viiie siècle au nord de l’actuel Tchad, est islamisé dès le ixe siècle172. Les Songhai, métissés avec des Berbères qui
fuyaient l'avancée arabe, s'installent au début du viie siècle le long des rives du Niger ; ils fondent un petit royaume, islamisé
au ixe siècle, qui deviendra le puissant Empire songhaï (dont l'apogée se situera aux xve et xvie siècles)173.
La côte est du continent, baignée par l'océan Indien, est depuis longtemps — au moins le début du ier siècle, comme l'atteste
Le Périple de la mer Érythrée — tournée vers l'Arabie et, au-delà, l'Inde et la Chine ainsi que vers l'Europe. Au moment du
développement de l'islam, la culture swahilie, métissage culturel entre l'Afrique et le monde arabo-musulmannotes 33,174 se
déploie concomitamment ; l'islamisation de la zone est attestée dès le viiie siècle, des cités commerçantes musulmanes
sont fondées ou développées. Mais « les marchands musulmans limitèrent leurs activités aux établissements côtiers,
l’intérieur des terres échappant aux influences islamiques175. »
L'islamisation de l'Afrique subsaharienne est essentiellement pacifique et, pour une part, superficielle. Il s'agit d'une
acculturation et pas d'une colonisation ou d'une conquête. La propagation de la religion est d'ailleurs le fait des Africains
subsahariens eux-mêmes (Haoussas, Peuls, Dioulasnotes 34), qui répandent la religion tout en commerçant176. On utilise
parfois le terme d'« islam de cour » pour parler des élites musulmanes du commerce, de la science et de la politique qui
cohabitent avec les populations restées largement animistes177,notes 35,178.
Au sud du Sahel
Plus au sud, dans une région peuplée dès le vie siècle av. J.-C., au sud-ouest de l'actuel Nigeria, la civilisation d'Ife (ou Ifé), se
développe autour de la ville éponyme, laquelle devient une cité importante à partir du ixe siècle et jusqu'au xiie siècle. Elle
restera un centre artistique majeur jusqu'au xive siècle179.
Encore plus au sud, dans la région des actuels Zimbabwe et Mozambique, les Bantous, arrivés dans la zone vers
500 ap. J.-C., chassant devant eux les autochtones San, construisent, entre le xie et le xiiie siècle, le Grand Zimbabwe,
capitale de l’empire du Monomotapa, renommé, voire mythique, grâce à son or180,181. Il atteint son apogée au xve siècle. Les
Portugais essaient de dominer l'empire dès le xvie siècle, attirés par l'or, mais ils n'y parviennent qu'en 1629182 ; le
Monomotapa de cette époque a déjà fortement décliné, ses sources d'or tendent à s'épuiser et le commerce des esclaves
est passé sous la domination des États côtiers et insulaires de la côte est183.
Poussée berbéro-musulmane
Au xie siècle, l'expansion de l'islam en Afrique connaît une deuxième phase, plus guerrière, car justifiée par le Djihad, lorsque
les berbères islamisés de la dynastie Almoravide partent à la conquête du continent, vers le nord et le sud. Au nord, ils
fondent Marrakech vers 1062, prennent Fès en 1075 et Tlemcen en 1080184. Au sud, ils s'emparent, en 1076, à l'issue d'une
« expédition sanglante, ponctuée partout de pillages, de massacres et de chasses à l'homme185 », de la capitale de l'empire
du Ghana, Koumbi Saleh, avec l'aide du royaume de Tekrour ; le roi du Ghana se convertit à l'islam169.
L'influence de l'islam ne dépasse pas, dans son expansion vers le sud, le 10e parallèle nord, où commence la grande forêt
équatoriale, difficile à franchir et peu propice au peuplement dense. On attribue aussi parfois un rôle à la mouche tsé-tsé,
vecteur de la maladie du sommeil, dangereuse pour les chevaux des cavaliers arabes186,187. Mais l'arrêt de l’expansion
géographique s’explique aussi par le souci qu'ont les successeurs d'Abou Bakr ben Omar, le vainqueur de l'empire du Ghana,
de consolider les possessions almoravides en Afrique et ailleurs188.
Lorsqu'au xiie siècle les Almohades succèdent aux Almoravides, la carte de l'islam en Afrique est fixée ; cette religion est
présente et dominante au nord du continent jusqu'à la frontière septentrionale de la forêt tropicale ainsi que dans la zone
côtière Est.
À l'instar d'autres organisations sociales de la même époque, les communautés africaines sont inégalitaires et fondées sur
l’esclavage et, à certains endroits, sur un système de castes en lien avec les métiers189 (castes de forgerons, tisserands,
griots…). La traite esclavagiste existe depuis longtemps en Afrique : « Ce sont les guerres, nombreuses entre peuples
voisins, qui furent les principales pourvoyeuses de prisonniers (et de femmes) incorporés en qualité d'esclaves à la société
victorieuse190. » Avec la poussée islamique, le commerce transsaharien s'intensifie, faisant circuler entre le nord et le sud du
continent, l'or, le sel et les esclaves. Ces derniers forment une part importante des caravanes. La traite arabe prend une
dimension supplémentaire en accentuant, outre la traite intra-africaine, un trafic intercontinental soutenu, longtemps avant
les Européens. C'est ainsi, par exemple, que la côte est de l'Afrique alimente l'Inde et la Chine en esclaves noirs depuis au
moins le ixe siècle191,192. La traite arabe a concerné environ dix-sept millions de personnes déportées193.
Empire du Ghana
Le premier des trois grands empires subsahariens, l'empire du Ghana, puissant au moment de l'islamisation de l'Afrique, est
affaibli par les attaques des Almoravides au xie siècle et commence à décliner. Il est progressivement réduit à son noyau
originel, correspondant au royaume du Ouagadou194.
Plusieurs autres royaumes (royaume de Sosso, royaume de Diarra…) se partagent la domination de la région contrôlée par le
Ghana à son apogée194,195,196,197.
Empire du Mali
Vers 1230, Soundiata Keïta, roi du Mandénotes 36, région correspondant à peu près à l'actuel Mali, coalise les Malinkés afin de
contrer les attaques du roi du Sosso, Soumaoro Kanté. En 1235, à la bataille de Kirina, il défait son adversaire. Il poursuit
ensuite ses conquêtes, reprenant ainsi Koumbi Saleh, ex-capitale de l’empire du Ghana, des mains du roi du Sosso. Il crée le
second des trois grands empires, le très richenotes 37 et puissant empire du Mali198, qui est élargi, organisé et géré par ses
successeurs.
L'empire du Mali est aussi connu pour la « Charte du Manden », datant de 1222 ou de 1236, correspondant au serment
prononcé par Soundiata Keïta à l'occasion de son intronisation. Considéré comme l'un des plus anciens textes relatifs aux
droits de l'homme, il s'agit d'un contenu oral, « constitutionnel », relatif aux droits de l'homme et à l'organisation formelle et
légale régissant les rapports entre les hommes. Il ne fera l'objet d'une transcription écrite qu'au xxe siècle199,200.
Après le règne de Mansa Moussa II (vers 1387), l'empire connaît une période de troubles de succession qui l'affaiblissent ;
dans le même temps, les berbères touareg, restés durablement rebelles, lancent des attaques contre les villes de la zone
sahélienne, notamment Tombouctou dont ils s'emparent en 1433201. Les Portugais, quant à eux, arrivés sur le continent au
début du xve sièclenotes 38, commercent avec l'empire tout en participant à son affaiblissement car, pour favoriser leur
négoce, notamment d'esclaves, ils soutiennent les petites communautés côtières et les poussent à s’émanciper202.
Empire du Songhaï
La domination touarègue dans la zone septentrionale est de courte durée. Sous l'impulsion de Sonni Ali Ber (« Sonni Ali le
grand »), considéré comme un grand stratège, le royaume du Songhaï, tributaire de l'empire du Mali depuis 1300, met en
place une politique de conquêtes territoriales, rompant avec l'économie de razzia qui prévalait jusqu'alors. Il combat et vainc
les Peuls et les Touaregs ; il reprend Tombouctou en 1468. C'est l'avènement du troisième empire, l'empire songhaï, lequel se
développe durant le xve siècle et le xvie siècle, la conquête territoriale s'appuyant sur une organisation politique largement
inspirée de celle de l'empire du Mali203.
Sonni Ali, musulman « de façade », reste fidèle aux traditions songhaïs. À sa mort, le parti musulman l'emporte et l'empire
Songhaï est dirigé par une dynastie musulmane, la dynastie des Askia203, qui porte l'empire à son apogée au xvie siècle. À la
fin du xvie siècle, des guerres civiles se conjuguent aux assauts des Saadiens, qui lui contestent la possession des mines de
sel de Teghazza, au Sahara, pour affaiblir l'empire. La bataille de Tondibi, perdue contre les Saadiens, le 12 avril 1591,
marque la fin de l'empire et son allégeance au sultan du Maroc204,205.
Références
206,207,208 :
Entités politiques et civilisations africaines les plus notables
Civilisation carthaginoise 814 av. J.-C. 146 av. J.-C. Côte nord du continent et actuelle Tunisie
Royaume de Koush
750 av. J.-C. 340 actuel Soudan
(ou royaume de Nubie)
Empire du Monomotapa
ou « empire du Grand xie siècle 1629 actuels Zimbabwe et Mozambique
Zimbabwe »
Références :
206,207,208
D'mt - viiie siècle av. J.-C. - viie siècle av. J.-C. - Érythrée, nord de l'Éthiopie actuelles
Afrique romaine - 146 av. J.-C. - 429 - côte nord et nord-est du continent
Royaume Kuba - xviie siècle - xixe siècle - actuelle république démocratique du Congo
Pyramides de Méroé
Statues de Ramsès II Ruines romaines de Falaise de Bandiagara
(Soudan),
(règne de 1279 à Tipaza (Algérie), fondée (Mali), architecture du
(vie siècle av. J.-C.),
1213 av. J.-C.) à Abou par les Phéniciens vers le pays Dogon, habitée dès
patrimoine mondial de
e
Simbel (Égypte). v siècle av. J.-C. le iiie siècle av. J.-C.
l'UNESCO209.
Grande mosquée de
Kairouan (Tunisie),
Mosaïque de la Domus Obélisque à Aksoum construite en 670. Bronzes d'Igbo-Ukwu
e
Africa de Thysdrus (Éthiopie), iii siècle. (Nigeria), ixe siècle.
(Tunisie), iie siècle.
Ruines du Monument
national du Grand
Zimbabwe (Zimbabwe),
xie au xve siècle.
Traite atlantique
Articles détaillés : Commerce transsaharien, Esclavage, Traites négrières, Commerce triangulaire et Chronologie de
l'abolition de l'esclavage.
Le commerce des esclaves (traite négrière) se développe massivement avec l'arrivée des Portugais, suivis des autres
Européens, qui organisent une « traite atlantique », outre la traite intra-africaine qui continue à emprunter les chemins
caravaniers et la traite arabe laquelle transite par la Méditerranée (vers l'Europe) et par l'Océan Indien (vers le Moyen-Orient,
l'Inde et l'Asie)210. Cette traite atlantique prend la forme du « commerce triangulaire » en Atlantique nord : les navires venus
d'Europe, chargés de marchandises (tissus, armes, alcool…) débarquent sur les côtes, échangent ces produits contre des
esclaves qui sont ensuite vendus aux Antilles et en Amérique. Les navires rapportent ensuite, notamment, la mélasse issue
de la canne à sucre, destinée à fabriquer le sucre et l'alcool dans les distilleries européennes. Dans l'Atlantique sud, c'est le
« commerce en droiture », pratiqué par les Portugais, qui domine ; les navires relient directement les côtes africaines aux
côtes américaines et antillaises211.
Ce sont les Portugais qui mettent en place la traite au xve sièclenotes 40. Des esclaves africains, venus d'Arguin (île de
l'actuelle Mauritanie), sont vendus dans la ville portugaise de Lagos dès 1444212 et « les premiers esclaves noirs sont
introduits à Hispaniola dès 1493213 ». Les Portugais découvrent les îles du Cap-Vert en 1456 puis celles de Sao Tomé-et-
Principe en 1471, désertes à l'époque, s'y installent et commencent à cultiver la canne à sucre grâce à des esclaves venus du
continent214. Ils instaurent ainsi une économie de plantation rapidement transposée aux colonies américaines ; en 1505, le
premier circuit triangulaire se met en place, à destination de Cibao et d'Hispaniola. « Les Portugais furent la première et,
pendant cent cinquante ans, la seule nation européenne engagée dans la traite négrière atlantique215. » Les circuits sont, dès
leurs débuts à la fin du xve siècle, contrôlés et organisés ; le roi du Portugal accorde des droits exclusifs de navigation ou
des droits de commercialisation en échange de redevances216,notes 41.
Les autres puissances européennes s'engagent dans la traite aux xvie et xviie siècles, impliquant les Français, les Anglais,
les Néerlandais et même les Danois et les Suédois223. Ces autres nations européennes suivent la même voie que le
Portugal, créant des compagnies « à charte » (bénéficiant d'un monopole ou d'un privilège accordé par un État)224.
Cependant, au fil du temps, elles sont progressivement remplacées par des compagnies d'initiatives purement privées ; vers
1720, ces dernières dominent le commerce, profitant de la dérégulation progressive concédée par les gouvernements
européens225. La place des pays dans la traite fluctue au gré des luttes et des rapports de force entre nations européennes.
La fin du xviie siècle est marquée par la domination française, et c'est l'Angleterre qui domine la traite atlantique à son
apogée, au xviiie siècle.
Les Européens ne pénètrent pas encore à l'intérieur du continent. Implantés sur le littoral, ils commercent avec les ethnies et
les royaumes côtiers qui livrent les esclaves capturés à l'intérieur des terres226. Des royaumes africains, à la fois guerriers et
commerçants227, prospèrent ainsi grâce à ce commerce — qui coexiste avec la traite orientale228 —, tels le royaume du
Dahomey, le royaume du Kongo, l'Empire ashanti ou le royaume du Kanem-Bornou229,230, au détriment notamment de
l'Afrique intérieure, « objet de razzias incessantes »231.
Le nombre d'esclaves déportés depuis l’Afrique au titre de la traite atlantique est évalué à douze millions environ en
400 ans232,233,234.
Colonisation
Articles détaillés : Abolition de l'esclavage, Partage de l'Afrique, Afrique au xixe siècle, Colonialisme et Colonisation.
La colonisation effective de l'Afrique est précédée par une période de grandes explorations.
Le xviiie siècle est en France le siècle des Lumières. L'encyclopédie de Diderot et d'Alembert, qui paraît entre 1751 et 1772,
propage les idées humanistesnotes 42. Un peu plus tard se créent en Angleterre, où l'influence de l'intelligentsia française était
loin d'être négligeable235, des organisations abolitionnistes qui militent contre la traite et l’esclavage telle l'Anti-Slavery
Society, établie dans le premier tiers du xixe siècle. Ces idées conduisent à une « révolution morale »236 et à un « élan
abolitionniste de l'occident237 » qui amènent le Danemark à abolir de jurenotes 43 la traite en 1792, suivi par l'Angleterre en
1807, les États-Unis en 1808, la Suède en 1813, la France en 1815 (à l'occasion du congrès de Vienne), l’Espagne et le
Portugal en 1817, et le Brésil en 1850 seulement238,239. L'Angleterre, à la pointe du mouvement abolitionniste240 et
« gendarme des mers241 », s'attache, dès 1807 et surtout à partir de 1833, à faire respecter l'interdiction de la traite dans les
eaux ouest-africaines242,243,notes 44 avec plus ou moins de bonheurnotes 45. La traite atlantique ne s’arrête pas subitement, elle
se poursuit illégalement jusque vers le début du xxe siècle. Ainsi, quoique « sérieusement combattu après 1842, le trafic ne
disparaît pas des côtes de Loango avant les années 1900244. »
Cependant, dans le même temps, les traites arabes et intra-africaines se poursuivent et s’amplifient. La traite intra-africaine
augmente même au xixe siècle car les cultures d'exportation (huile de palme, arachides, miel, clous de girofle, caoutchouc,
coton), utilisatrices de main-d'œuvre servile, se développent dans le cadre du commerce avec les Européens245. La traite de
la côte orientale profite de la baisse de la traite atlantique246 ; à la fin du xixe siècle le plus important marché négrier du
continent est celui de Zanzibar247, à l'époque sous contrôle du sultanat d'Oman. Quant à la côte nord de l'Afrique, elle voit les
corsaires sévir jusqu'au début du xixe sièclenotes 46. La pénétration européenne fera cesser les traites arabes et intra-
africaines qui auront perduré jusqu'aux premières années du xxe siècle249.
Explorations
L'Afrique a, aujourd'hui encore, la réputation d'être un « continent insalubre », touché par des maladies comme le paludisme
(malaria), la filariose, l'onchocercose (cécité des rivières), la trypanosomiase (maladie du sommeil), la lèpre, ou encore la
fièvre jaune250. Les voyageurs, avant de se risquer à l'exploration, s'entraînent et s'endurcissent251. En 1854, la découverte de
la quinine contribue à faciliter la conquête et la colonisation de l'Afrique252.
À la fin du xviiie siècle, l'esprit du moment en Europenotes 47, outre l'abolitionnisme, est aussi celui de la curiosité scientifique
— qui justifie l’exploration — et celui de l'impérialisme culturel — qui pousse à évangéliser les populations tout en
commerçant — ; c'est la « théorie dite des « trois C » […] [qui] consiste à associer les termes de civilisation, de commerce et
de christianisme pour en faire les fondements de l’idéologie coloniale254,255. » À côté des sociétés abolitionnistes, des
sociétés d'exploration (l'African Association par exemple, fondée en 1788 en Angleterre) et des sociétés missionnaires (ainsi
la London Missionary Society, créée en 1795) apparaissent à ce moment. Dans les débuts du xixe siècle, l'intérieur de
l'Afrique reste largement inexploré256,257 et les informations géographiques ou ethnographiques concernant le continent
sont très anciennesnotes 48,259 ; lorsque René Caillié part à la découverte de Tombouctou, qu'il atteint en 1828, « les dernières
informations concernant la ville dataient du xvie siècle et émanaient des récits de Léon l'Africain260. » Sous l'impulsion
anglaise, la fin du xviiie siècle puis le xixe et le début du xxe siècle voient donc de grandes expéditions se monter, financées
par les sociétés missionnaires, les sociétés d'exploration, les grands journaux et les Étatsnotes 49. Parallèlement, les missions
chrétiennes s'implantent massivement dans tout le continent ; il en existait quelques-unes au début du xixe siècle, elles se
comptent par dizaines à la fin du même siècle261.
Les explorations et les missions n'ont pas que des visées désintéressées, scientifiques et évangélisatrices ; dans les faits,
une exploration « précède souvent des prises de possession coloniales262. » Notable exemple du phénomène, à la fin du
xixe siècle, Léopold II de Belgique commandite plusieurs expéditions, dont une menée par l'explorateur Henry Morton
Stanley263,notes 50, lequel crée l'État indépendant du Congo, en 1885, qui sera la propriété personnelle du roi264.
Domination coloniale
Articles détaillés : Conférence de Berlin, Traité de Berlin (1885) et Exposition coloniale internationale.
L'Afrique coloniale en 1914.
En 1880, à l'aube de la colonisation massive, moins de 20 % du continent est aux mains des Européens. Il s’agit, à l'ouest, de
zones côtièresnotes 51, tandis que l'Afrique orientale est exempte de présence européenne. Seule l'Afrique australe est
significativement occupée, 250 km à l'intérieur des terres265,notes 52 ainsi que l'Algérie, conquise par les Français en 1830266.
Entre 1880 et 1910, en un laps de temps très court du fait de la supériorité technologique des Européens267, « les
changements les plus importants, les plus spectaculaires, les plus tragiques » de l'histoire du continent se produisent et la
quasi-totalité de son territoire est conquise et occupée par les puissances impérialistes qui instaurent un système colonial.
La période après 1910 est essentiellement celle de la consolidation du système266.
Ce déferlement entraîne des frictions entre les nations européennes ; c'est notamment le cas pour la zone du Congo où les
intérêts belges, portugais et français se confrontent et pour l'Afrique australe, où se combattent Britanniques et
Afrikaners268. Afin de traiter la situation, les États européens organisent, en l'absence de tout représentant africain, à la fin de
1884 et au début de 1885, la conférence de Berlin qui débouche sur un traité fixant les règles auxquelles les signataires
acceptent de se soumettre dans le cadre de leur processus de colonisation. Cela a pour effet d'accélérer la colonisation269
et donc le déploiement des « 3 C » (commerce, christianisme, civilisation) au nom du « fardeau de l'homme blanc »270.
Deux pays échappent au partage de l'Afrique, le Liberia, créé par une société de colonisation américaine en 1822 et ayant
proclamé son indépendance le 26 juillet 1847271 et l'Éthiopie, État souverain depuis l'Antiquité, qui parvient à repousser la
tentative de colonisation des Italiens auxquels elle inflige une défaite à la bataille d'Adoua, le 1er mars 1896. Il s'agit de la
première victoire décisive d'un pays africain sur les colonialistes272,273.
Ce que les francophones nomment « partage de l'Afrique », mettant ainsi l'accent sur les conséquences pour le continent,
est appelé Scramble for Africa (« la ruée vers l'Afrique ») par les anglophones, qui mettent ainsi en exergue les causes. Ce
terme est corrélé avec l'analyse économiste qui avance que cette colonisation est déclenchée par les besoins en matières
premières des économies européennes, engagées dans la révolution industrielle et dans le commerce international274. Le
terme fait aussi référence à la compétition économique que se livrent les nations sur le sol africain275. Pour l'acception
économiste, inspirée par John Atkinson Hobson276, l'impérialisme et la colonisation sont les conséquences de l'exploitation
économique pratiquée par les capitalistes et le résultat des rivalités entre les nations277.
La plupart des régimes coloniaux mettent fin, de jure, à l'esclavage dans leur zone d'influence — quoique la pratique perdura
de facto pendant longtemps encore278 —, assumant ainsi un rôle de « mission civilisatrice »279,280. C'est un second volet
explicatif de la « ruée » : le sentiment de supériorité de l'Europe vis-à-vis de l'Afrique, conforté par les théories du darwinisme
et de l'atavisme social281 ainsi que par la période de la traite négrière, laquelle avait vu la montée du sentiment raciste et
l'idée de hiérarchie entre les races (courant de pensée dit racialiste, incarné par exemple par Gobineau, auteur d'un Essai sur
l'inégalité des races humaines en 1855)282, tout cela justifiant d'apporter la civilisation et le christianisme aux peuples du
« continent noir », via le « sabre et le goupillon »283.
Enfin, le sentiment nationaliste des pays européens joue aussi un rôle, la compétition pour la domination de l'Afrique en étant
un des aspects284.
L'économie coloniale qui se met en place repose principalement sur deux secteurs : l'extraction minière et la traite de
produits agricoles285. L'activité commerciale internationalisée (économie de traite286) est aux mains des Européens via leurs
firmes pratiquant l'import-export, lesquelles disposent du capital nécessaire à l'investissement local287.
Plusieurs dispositifs structurent cette économie : l'impôt de capitation, qui contraint les Africains au travail salarié pour le
compte des colons afin d’acquitter l'impôt288, les plantations obligatoires288, l'« abject » travail forcé289 et le travail
migratoire, le déplacement des populations, la saisie des terres290, le code de l'indigénat sous ses diverses variantes qui
excluent les colonisés du droit commun, l'indirect rule britannique. Cela déstabilise fortement les structures sociales en
place291 ainsi que le système productif, ce qui conduit à la pauvreté, à la sous-alimentation, aux famines et aux
épidémies292. Ces pratiques, déjà brutales par essence, s’aggravent de répressions sanglantes contre les soulèvements et
les résistances293. La répression des Héréros (1904-1907) est ainsi qualifiée de « premier génocide du xxe siècle »294,295.
Les pertes humaines sont telles que la démographie du continent en est affectée : « les deux ou trois premières décennies
de l’ère coloniale (1880-1910 environ) […] provoquèrent […] une forte diminution de la populationnotes 53. »
La Première Guerre mondiale mobilise 1,5 million de combattants africains et, au total, 2,5 millions de personnes sont
touchées, d'une manière ou d'une autre, par l'effort de guerre297.
La période qui suit, jusqu'à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, est qualifiée d'« apogée » de la colonisation ; les
puissances coloniales construisent des routes, des voies ferrées, des écoles et des dispensaires298. Néanmoins, « la période
1920-1935 resta une période coloniale dure […] Lors de la Grande Dépression [1929], il régnait une misère profonde299. »
L'Afrique s'intègre de plus en plus à l’économie mondiale299,notes 54 et le continent bénéficie jusqu'en 1950 environ, date à
laquelle culminent les profits des entreprises, de la reprise — interrompue par la Seconde Guerre mondiale — qui suit la crise
de 1929299.
Belgique
Allemagne
Italie
Libye italienne (1911 – 1943) Érythrée italienne (1890 – 1936) Somalie italienne (1905 – 1936)
(actuelle Libye) (actuelle Érythrée) (une partie de l'actuelle Somalie)
Portugal
Sahara espagnol (1884–1975) Protectorat espagnol au Maroc (1912 Guinée espagnole (1778–1968)
(actuel Sahara occidental) – 1956) (actuel Guinée équatoriale)
(nord de l'actuel Maroc)
Royaume-Uni
Royaume d'Égypte (1882 – 1953) Bechuanaland (1885 – 1966) Gambie (1894 – 1965)
(actuelle Égypte) (actuel Botswana)
Sierra Leone (1787 – 1961)
Soudan anglo-égyptien (1899 – 1956) Rhodésie du Sud (1923 – 1964)
Colonie et Protectorat du Nigeria
(actuel Soudan) (actuel Zimbabwe)
(1914 – 1960)
Somalie britannique (1884 – 1960) Rhodésie du Nord (1911 – 1953) (actuel Nigeria)
(partie de l'actuelle Somalie) (actuelle Zambie)
Cameroun britannique (1922 – 1961)
Zanzibar (1990 – 1963) Union d'Afrique du Sud (1910 – 1961) (parties des actuels Cameroun et
(partie de l'actuelle Tanzanie) (actuelle Afrique du Sud) Nigeria)
formée de la fusion de quatre
Afrique orientale britannique (1895 – Côte de l'Or (1821 – 1957)
colonies :
1920) puis Colonie du Kenya (1920 – (actuel Ghana)
1963) Colonie du Transvaal (1902 –
Nyassaland (1907 – 1964)
(actuel Kenya) 1910)
(actuel Malawi)
Protectorat de l'Ouganda (1894 – Colonie du Cap (1806 – 1910)
Basutoland (1884 – 1966)
1962)
Colonie du Natal (1843 – 1910) (actuel Lesotho)
(actuel Ouganda)
Colonie de la rivière Orange (1900 Swaziland (1881 – 1968)
Tanganyika (1919–1961)
– 1910)
(partie de l'actuelle Tanzanie)
1884 Sud-Ouest africain allemand Allemagne 1915 (passe sous le contrôle de l'Union d'Afrique du Sud)
1946 Territoire des Comores France 1975 (l'île de Mayotte reste un territoire français)
Même si l'Éthiopie ne fut jamais colonisée et malgré des indépendances précoces (le Liberia en 1847 et l'Union d'Afrique du
Sudnotes 55 en 1910), les prémices de l'émancipation de l'Afrique remontent à la Première Guerre mondiale.
Pour les Européens, ce conflit est l'occasion de côtoyer des « frères d'armes » africains (plus d'un million d'Africains sont
mobilisés301), ce qui change leur regard sur eux. Le tirailleur sénégalais et le tirailleur algérien voisinent avec le poilu dans le
livre des images d'Épinal militaires françaises302. Pour les Africains, la guerre permet de rompre avec le rapport déséquilibré
du colonisé à son « maître », à tel point, par exemple, qu'en « Guinée, le retour des anciens combattants fut le prélude de
grèves, d’émeutes dans les camps de démobilisation et d’une contestation de l’autorité des chefs303. » Le traité de Versailles
de 1919 dépouille l'Allemagne de ses colonies, que les vainqueurs se partagent, ce qui trace à peu près les frontières de
l'Afrique actuelle304. Le sentiment anticolonial continue à se développer en Afrique après la guerre, ainsi que, modestement,
dans les pays occidentaux. Le président américain Woodrow Wilson, dans son programme de paix (les Quatorze points de
Wilson), rédigé en amont de la conférence de paix de Paris (1919), mentionne explicitement l'auto-détermination des
peuples, ce qui inspire et légitime les mouvements anticolonialistes et nationalistes africains305. Ces mouvements se font
entendre, comme le Wafd, délégation égyptienne qui souhaite participer à la conférence de Paris pour y plaider
l'indépendance de l'Égypte et dont les membres sont déportés par les autorités anglaisesnotes 56. Certains obtiennent d'être
entendus par la Société des Nations, tel le National Congress of British West Africa, mouvement indépendantiste de la Gold
Coast (actuel Ghana), représenté par J. E. Casely Hayford, qui obtient une audition internationale au début des années
1920304. Dans le prolongement, les années 1930 voient la montée des formes de résistance et de syndicalisation qui
déboucheront ultérieurement sur les indépendances307. Cependant, dans le même temps, en 1931, en France, s'organise
l'exposition coloniale, symbole de l'unité de la « plus grande France »notes 57, faisant suite à la British Empire Exhibition de
1924. À cette époque, à l'instar de la France, les métropoles ne sont pas prêtes à se détacher de leurs coloniesnotes 58. Les
empires ont permis de gagner la guerre, grâce aux hommes, mobilisés de force, et aux ressources, réquisitionnées pour
alimenter les mères-patries. En 1935, l'Italie fasciste décide même d'envahir l'Éthiopie, où elle se maintient jusqu'en 1941,
faisant preuve de persistance dans l'idéologie colonialiste308.
La Seconde Guerre mondiale est un tournant crucial. Durant le conflit, les « coloniaux » s'illustrent à nouveau sur les champs
de bataille, mobilisés par centaines de milliers, essentiellement par la France et l'Angleterre309,310. En août 1941, Winston
Churchill et Franklin D. Roosevelt, signent la Charte de l'Atlantique, laquelle préfigure la Charte des Nations unies (1945) ; ce
faisant, « ils signaient du même coup l’arrêt de mort, pour le restant du xxe siècle de l’idée de légitimité du colonialisme311. »
L'évolution des modes de pensée consécutive à la guerre tend à rendre insupportable l'idée même du colonialisme : « La
raison même d’être de la guerre, lutte contre la tyrannie et la conquête, semblait condamner le colonialisme311. » L'année
1945, fin de la guerre, est aussi la date du congrès panafricain de Manchester, qui marque le début du panafricanisme
militant312. L'après-guerre voit des élites africaines, formées aux États-Unis ou en Europe (Julius Nyerere, Jomo Kenyatta,
Kwame Nkrumah, Nnamdi Azikiwe…), prendre en main la contestation du modèle colonial, dénoncé comme étant au service
exclusif des Blancs313. Des partis politiques sont créés, tels le Convention People's Party (Gold Coast ou Côte-de-l'Or, actuel
Ghana, 1949)314, le Rassemblement démocratique africain (fédération de partis politiques des colonies françaises,
1947)315… dont les dirigeants seront les principaux hommes politiques des futurs États indépendants. Les revendications
d'après la Seconde Guerre mondiale sont plus affirmées : les « mouvements, qui réclamaient auparavant un plus grand rôle
dans l’administration, en viennent à exiger les rênes du pouvoir316. »
L'après-Seconde Guerre mondiale est aussi le moment où le monde voit les centres de pouvoir se déporter nettement de
l'Europe vers les États-Unis et l'URSS. Succédant à la SDN, « l'O.N.U. devint ainsi la tribune de l'anticolonialisme militant317. »
La tonalité anti-coloniale de sa charte dérive de l'influence de l'URSS, alors qu'aucun pays européen n'est, à ce moment, sur la
même ligne politique318. Au contraire, les puissances coloniales se raidissent, effrayées, dans le contexte de la guerre froide,
par une possible « subversion communiste » (sic), et elles répriment violemment toutes les manifestations politiques (par
exemple, l'insurrection malgache de 1947 ou celle du Kenya dans les années 1950). Les États-Unis, pour leur part,
encouragent discrètement les mouvements indépendantistes, à condition qu'ils n'aient pas partie liée avec le
communisme319. L'URSS soutient elle aussi les mouvements indépendantistes320, en lutte contre « l'Impérialisme, stade
suprême du capitalisme ».
Les années 1950 voient une évolution politique mais aussi l'émergence, en France, du cartiérisme, mouvement de pensée
qui expose que les colonies, au lieu d'être source de profit, coûtent cher et qu'il vaut mieux financer la mère-patrie. L'analyse
se prolonge par la notion de complexe hollandais, qui entend démontrer que l'abandon des colonies dope l'économie de la
métropole, en prenant l'exemple des Pays-Bas, qui perdent leur colonie d'Indonésie à la fin des années 1940 et qui
connaissent une forte croissance économique dans les années 1950 grâce à une réorientation des dépenses publiques et
de l'investissement321.
C'est dans ce contexte que débute le mouvement de décolonisation, que le premier ministre britannique Harold Macmillan
appelle en 1960, le « Vent du changement »notes 59,323.
En 1951, l'Italie vaincue est forcée par l'ONU d'accorder l'indépendance à la Libye dont le territoire est occupé par les forces
françaises et anglaisesnotes 60. Les protectorats français au Maroc et en Tunisie accèdent à l'indépendance en 1956. L'Afrique
subsaharienne suit, avec l'indépendance de la Côte-de-l'Or, devenue Ghana en 1957, début d'une vague d'indépendance,
relativement pacifique et négociée, qui dure jusqu'en 1960. À son issue, plus d'une vingtaine de pays ont obtenu leur
émancipation politique323, dont la majeure partie des colonies françaises. De 1960 à 1965, ce sont essentiellement les
possessions britanniques (Nigeria, Tanganyika devenue Tanzanie, Kenya, Ouganda, Rhodésie du Nord devenue Zambie) qui
sont concernées. Les négociations y sont plus compliquées du fait de la forte présence de colons blancs (Kenya) ou d'une
grande diversité ethnique ou religieuse (Nigeria)323.
Certaines indépendances sont cependant plus arrachées que négociées. Pour l'Algérie, l'indépendance arrive en 1962 après
une guerre commencée en 1954, la Rhodésie du sud devenue Rhodésie puis Zimbabwe-Rhodésie puis Zimbabwe, déclare
unilatéralement son indépendance en 1965. Les possessions portugaises (Guinée-Bissau, Cap-Vert, Sao Tomé-et-Principe,
Angola et Mozambique) font l'objet de guerres qui ne se terminent qu'avec la fin du régime de Salazar, en 1974 et 1975, date
qui est aussi celle à laquelle l'Espagne abandonne le Sahara espagnol (quoique pour un statut contesté). D'autres territoires
obtiennent tardivement leur indépendance de pays non européens. La Namibie doit attendre la fin de l'apartheid en Afrique
du Sud et l'année 1990 pour devenir indépendante323. L'Érythrée, réunie à l'Éthiopie à la fin de la Seconde Guerre mondiale,
s'en détache en 1993, à l'issue de trente ans de guerre et le Soudan du Sud fait sécession du Soudan en 2011325.
Afrique contemporaine
Articles connexes : Organisation de l'unité africaine, Union africaine, Ajustement structurel et Aide publique au
développement.
Les nouveaux États indépendants ont des tâches urgentes à accomplir326 ; ne voulant pas se lancer dans une recomposition
aventureuse, ils décident de conserver les frontières coloniales327,notes 61 que l'OUA, nouvellement créée, décrète intangibles
en 196389. Ils font de même avec la langue du colonisateur, idiome commun à des citoyens aux parlers nombreux329. La
situation diffère cependant en Afrique du Nord, où l'arabe reprend le pas sur la langue du colon ainsi qu'en Afrique de l'Est où
le swahili l'emporte330.
Les frontières font fi des réalités ethniques et géographiques du continent103. L'unité nationale des nouveaux États ne peut
donc pas se fonder sur une base ethno-culturelle ou une histoire commune, elle doit plutôt se baser sur des considérations
politiques et économiques, constitutives d'un projet commun331. Beaucoup de ces pays prennent, de ce fait, le chemin du
parti unique332, voire de la dictature, les héros de l'indépendance se transformant en despotes tels Sékou Touré, Léopold
Sédar Senghor, Léon Mba, Fulbert Youlou, parfois à la suite de putschs comme Gnassingbé Eyadema et Mobutu Sese Seko
par exemple ; il s’agit d'imposer à marche forcée une unité à des nations qui en sont dépourvues à l'origine333. L'idéologie
sert ainsi de vecteur. Certains adoptent une voie « socialiste » ou « marxiste-léniniste », comme l'Algérie, la Tanzanie, le
Sénégal, la Guinée, le Mozambique… et les diverses républiques populaires, du Congo, du Bénin… Ailleurs, c'est la religion qui
sert à souder l'unité nationale comme en république islamique de Mauritanie330,333.
Ahmed Sékou Touré en 1982. Léopold Sédar Senghor en 1987.
Politiquement, l'idéologie panafricaine, qui inspirait les mouvements de libération en tant que principe unificateur de lutte
contre les puissances coloniales, décline après les indépendances334 malgré la création de l'OUA en 1963. Par ailleurs, dès
1955, l'Afrique était représentée à la conférence de Bandung, fondatrice du mouvement des non-alignés et base de la
naissance du concept de tiers monde. L'« imaginaire identitairenotes 62 » africain se construit ainsi de manière composite,
entre panafricanisme et volonté d'échapper à la logique des blocs de la guerre froide (non-alignement).
Les nouveaux États ne sont cependant pas débarrassés des structures économiques héritées de la colonisation et les liens
avec les métropoles ne sont pas rompus. Beaucoup sont signataires d'accords politiques, économiques et militaires, parfois
secrets, qui les lient aux anciennes métropoles335 et la majeure partie des anciennes colonies du Royaume-Uni rejoint le
Commonwealth. Les anciennes métropoles entendent conserver ainsi une position privilégiée en échange d'assistance
technique et d'aide au développement336. De fait, l'immédiat après indépendance est une période dite de
« néocolonialisme », concept clé des relations nord-sud à cette époquenotes 63 : les Européens, mais aussi les États-Unis,
l'Union soviétique, Cuba, la Chine…, protagonistes de la guerre froide, s'ingèrent largement dans la politique et dans
l'économie du continentnotes 64,339.
Cargo minéralier à Namibe (Angola) en
2010. « L'Afrique concentre environ 30 %
des réserves minérales mondiales340 ».
Entre 1960 et 1980, le PIB des pays africains triple341 sans pour autant que les conditions de vie des Africains ne
s’améliorent sensiblement. La gestion de l'économie, qu'elle s'appuie sur une idéologie libérale ou socialiste, ne permet pas
de « décoloniser » le tissu productif des nouveaux États. L'agriculture de subsistance continue à cohabiter avec l'agriculture
de rente destinée à l'exportation, et les matières premières sont massivement exportées, sans produire de valeur ajoutée
locale. Les débouchés se trouvent dans les pays développés qui, dans le contexte des « Trente Glorieuses », ont besoin des
ressources du continent pour nourrir leur croissance. Le continent s'endette massivement durant les années 1970 — à cette
époque, les États africains sont considérés comme solvables grâce à la hausse des cours des matières premières et aux
faibles taux d'intérêt342 —, auprès des banques qui recyclent ainsi leurs liquidités en eurodollars puis pétrodollars343. Les
investissements sont pharaoniques344 et comprennent quelques éléphants blancs ; le montant de la dette atteint près du
quart du PIB africain en 1980345.
Mais, alors que depuis les indépendances les recettes d'exportation croissaient, « entre 1979 et 1982 les prix des principales
exportations africaines retombent, en termes réels, à leur plus bas niveau depuis 1950345. » Simultanément, les taux d'intérêt
augmentent de manière « vertigineuse346 »notes 65. Les recettes d'exportation baissent, les taux d'intérêt grimpent ; prise ainsi
dans un effet de ciseaux, l'Afrique s’engage dans une spirale de crise345. Les possibilités d'investissement décroissent
drastiquement, les déficits budgétaires se creusent et la dette devient un boulet financier. En 1990, elle représente 106,1 %
du PNB en Afrique subsaharienne et de 52 % (Algérie) à 126 % (Égypte) en Afrique du Nord348. Il n'y a plus d'argent pour les
projets et l'aide publique au développement sert avant tout à soulager les banques occidentales de leurs créances devenues
douteuses349. Les bailleurs de fonds internationaux (le FMI et la Banque mondiale essentiellement) accordent des prêts en
les conditionnant à la mise en œuvre de politiques d'ajustements structurels visant à réformer l'ensemble de l'économie des
pays ou, au minimum, des secteurs entiers (énergie, éducation), ce qui en modifie profondément le fonctionnement. Inspiré
par une pensée économique libérale, l'ajustement structurel consiste notamment à privatiser, le plus souvent au profit
d'entreprises étrangères, des pans entiers de l'économie, à lever les barrières aux échanges commerciaux, à réduire le poids
de l'État y compris les aides aux plus défavorisés350. En 1992, presque tous les pays du continent sont concernés par
l'ajustement structurel351. Au regard des critères libéraux, l'économie s'en trouvera assainie, mais il faudra plus de vingt ans
pour cela et le bilan social en est « terrifiant »352 : chômage, mise à mal des systèmes de santé et d'éducationnotes 66,
accroissement des inégalitésnotes 67,355… Politiquement, les pays sont soutenus même lorsque leurs fondements
démocratiques ne sont pas en place356, confortant de facto des régimes autoritaires ou des démocraties imparfaites.
Au début des années 1990, à la suite de la chute du mur de Berlin, les aspirations démocratiques du continent
s'amplifient357. C'est la période du discours de La Baule, des « conférences nationales » en Afrique francophone — qui
instaurent, notamment, le multipartisme —, de la fin de l'apartheid, de l'indépendance de la Namibie et de l'Érythrée. La
démocratie ne progresse cependant pas massivement dans un contexte de tensions ethniques et régionalistes358 et de
conflits armés. Cela fait qu'encore aujourd'hui le continent présente un visage contrasté, « les jeunes démocraties cohabitant
avec les tyrans sanguinaires »359.
D'un point de vue économique, profitant d'un retournement de cycle, la dette des pays d'Afrique subsaharienne baisse de
moitié en quinze ans et redescend à un niveau plus soutenable, passant de 85 % en 2000 à 40 % du PIB à la fin des années
2010360,notes 68. La croissance économique du continent est soutenue depuis le début du xxie siècle, aux alentours de 5 %
par an pour la production réelle363 et de 4 % pour le PIB364,365,366.
Conflits
Le continent reste fortement touché par des affrontements violents : « L’Afrique retient l’attention car elle apparaît […] comme
le théâtre du plus grand nombre de conflits actuels367 » et « Les conflits violents durent plus longtemps et sont plus
meurtriers en Afrique que dans les autres régions du monde368 ». « Entre 1989 et 2002, 10 à 15 conflits ont éclaté chaque
année, entraînant des conséquences néfastes pour le développement socioéconomique et infrastructurel de l’Afrique. De
1994 à 2003, on a dénombré 9,2 millions de morts en raison des conflits armés, et à partir de 2003, 15,6 millions de
personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays369. »
En 2008370, sur 35 conflits graves répertoriés dans le monde, 13 sont situés en Afrique, où 15 pays sur 53 sont concernés
par une « crise d’intensité moyenne à haute ». La situation ne s'améliore pas au fil du temps ; en octobre 2015, sur seize
opérations de maintien de la paix menées par l'ONU, neuf se situent en Afrique371,notes 69 et, en mai 2016, sur dix « situations
sous enquêtes » à la Cour pénale internationale, neuf concernaient l'Afrique372. De même, le conflit du Rwanda a été
juridiquementnotes 70 qualifié de génocide373.
S'il est possible de caractériser globalement les conflits africains (ils sont locaux ou transfrontaliers mais pas inter-
étatiques)notes 71, l'historiographie moderne échoue à trouver des explications partagées à ce sujetnotes 72,375, chaque
situation étant, in fine, considérée comme particulière.
Il existe néanmoins des facteurs de contexte fréquemment évoqués : la faiblesse voire la défaillance des États (Burundi,
République centrafricaine…)376,375,374, phénomène souvent corrélé à un faible niveau de revenu et à une répartition
inégalitaire des revenus sur des bases ethniques ou géographiques. Cela nourrit les antagonismes ethniques (Côte d'Ivoire,
Rwanda, Touareg au Mali…)377,378 lesquels, parfois, traversent les frontières (Liberia et Sierra Leone, Rwanda, Burundi et
Ouganda, Guinée-Bissau et rébellion casamançaise…)377. Ces inégalités économiques, pour l'aspect géographique,
entraînent des luttes pour l'appropriation des zones où se situent les ressources naturelles, sources des richesses (Soudan
du Sud, Somalie, république démocratique du Congo379,380…)
Ces facteurs se conjuguent de manière complexenotes 73, d'autant que dans un monde globalisé, les diasporas jouent un rôle,
par le financementnotes 74, l'appui à l'organisation des rébellions et la propagation des idéaux dans les pays extérieurs au
continent (Érythrée…)382,383 et que l'Afrique s'inscrit aussi dans une « mondialisation criminelle384 » des « foyers terroristes
[…] qui se concentrent dans un croissant s’étirant du Pakistan au Sahel385. » Cette mondialisation a aussi pesé de tout son
poids dans les printemps arabes de 2011 en Égypte et en Tunisie386,387, ainsi que, conjuguée à la problématique terroriste,
dans le conflit libyen, à dimension internationale388,389.
Insurrections djihadistes
Articles connexes : Guerre civile algérienne, Guerre civile somalienne (depuis 2006), Guerre du Sahel, Guerre du Mali,
Insurrection de Boko Haram, Insurrection djihadiste au Burkina Faso, Deuxième guerre civile libyenne, Insurrection djihadiste
en Tunisie, Insurrection du Sinaï et Insurrection djihadiste au Mozambique.
Scène de l'attentat perpétré par Boko
Haram à Nyanya, Nigeria, le 14 avril 2014.
Depuis la fin du xxe siècle, l'Afrique est massivement concernée par les insurrections djihadistes. Dans les années 1990,
l'Algérie sombre dans une guerre civile. À partir de 2003, les troubles commencent à s'étendre au Sahel. En 2006, les
islamistes s'emparent de Mogadiscio, la capitale de la Somalie. En 2009, une insurrection éclate au nord-est du Nigeria. En
2012, le nord du Mali passe sous le contrôle de groupes liés à al-Qaïda.
Les principaux groupes salafistes djihadistes en Afrique sont390 les shebabs du mouvement Al-Shabbaab (opérant en
Somalie et au Kenya), Boko Haram (opérant Nigeria, au Niger, au Cameroun, au Tchad), AQMI (opérant en Algérie, Mali,
Mauritanie, Niger, Tunisie et Libye) et divers autres groupes sahéliens liés à al-Qaïda (Ansar Dine, le MUJAO, Les Signataires
par le sang, Al-Mourabitoune, Ansarul Islam et le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans)391. L'État islamique apparaît
également sur le continent au milieu des années 2010392 avec notamment le ralliement d'une partie de Boko Haram qui
forme l'État islamique en Afrique de l'Ouest, le ralliement d'une partie d'al-Mourabitoune qui forme l'État islamique dans le
Grand Sahara, et les ralliements du Majilis Choura Chabab al-Islam en Libye, d'Ansar Baït al-Maqdis en Égypte, de Jund al-
Khilafah en Algérie et de quelques autres groupes en Tunisie, en Somalie et au Mozambique.
Articles détaillés : Opération Serval, Opération Barkhane, Opération Enduring Freedom - Trans Sahara, MINUSMA et G5 du
Sahel.
La montée en puissance des mouvements djihadistes et la multiplication des conflits armés sur le continent entraînent
plusieurs interventions internationales, notamment celles de la France (au Sahel avec l'opération Serval puis Barkhane) et
des États-Unis (opération Enduring Freedom - Trans Sahara). Ces interventions visent à soutenir des gouvernements alliés
mais aussi à affaiblir des foyers djihadistes susceptibles de constituer des bases pour des attaques terroristes contre
l'Europe393.
Selon le Global terrorism index, entre 2014 et 2015, le Nigeria est après l'Irak le deuxième pays le plus touché au monde par
les attentats terroristes islamistes, en nombre de morts394. L'Afrique subsaharienne possède en outre le sinistre record du
plus grand nombre moyen de morts par acte terroriste (6,7 morts)395 et Boko Haram est le groupe terroriste le plus meurtrier
de la planète en 2014396.
Démographie
2100
Année397 0 1000 1500 1600 1700 1820 1870 1913 1950 1973 1998 2018
(projeté)
Afrique 16 500 33 000 46 000 55 000 61 000 74 208 90 466 124 697 228 342 387 645 759 954 1 321 000398 3 924 421399
400
Monde 230 820 268 273 437 818 555 828 603 410 1 041 092 1 270 014 1 791 020 2 524 531 3 913 482 5 907 680 7 500 000 10 900 000401
Afrique 7,1 12,3 10,5 9,9 10,1 7,1 7,1 7,0 9,0 9,9 12,9 18,2398 39,4401
La société africaine est extrêmement jeune. En 2004, un Africain sur deux a moins de 20 ans402. En 2012, 70 % de la
population du continent avait moins de 30 ans403,404 et 44 % de sa population avait, en 2006, moins de 15 ans, ce qui en fait
« incontestablement la plus jeune région du monde »405,406
Évolution de la population
Enfants sud-soudanais.
Croissance de la population
Historique
L’estimation de la population africaine avant 1950 est un problème complexe en raison de l’absence de données fiables
pendant la période coloniale et, plus encore, pendant la période précoloniale. Tous les chiffres avant 1950 sont des
estimations basées sur des données plus ou moins lacunaires et sur des projections407.
Il a longtemps été pensé que la densité de population africaine avant 1850 était faible comparativement aux autres
continents et avait augmenté rapidement à partir du début de la colonisation au milieu du xixe siècle. Certains chercheurs
pensent aujourd'hui au contraire que la population était assez importante et que son taux de croissance était faible. De
140 millions d’individus en 1850 la population aurait peu varié jusqu’en 1920 puis elle aurait augmenté plus rapidement pour
atteindre 280 millions en 1960 et 800 millions en 2000407.
L'impact de l'esclavage en Afrique jusqu'en 1850 a été différent suivant les régions. Selon Patrick Manning, la croissance de
la population africaine s'est globalement ralentie et dans les régions les plus touchées l'esclavage a entraîné le déclin de
sous-populations408,409. Toujours selon Patrick Manning, les taux de croissance relativement faibles au xixe siècle et les
estimations plus élevées de la taille de la population africaine à la période précoloniale impliquent que l'impact négatif de
l'esclavage sur ces populations a été moins sévère que précédemment estimé407. La nature des populations victimes de
l'esclavage souvent jeune et majoritairement des femmes permet d'expliquer l'impact sur la croissance des populations410.
La fin du commerce des esclaves coïncide avec la conquête coloniale. Il est estimé que les régimes coloniaux, en particulier
français et belge, ont provoqué des déclins de population, en grande partie à cause de la propagation de maladies, en
particulier par les fonctionnaires coloniaux africains et européens407. Dans certaines régions, comme les régions côtières,
l'augmentation de la productivité a entraîné une augmentation de la croissance de la population. Lors de la période coloniale,
les Africains ont connu des changements dramatiques de leurs conditions de vie, des taux de croissance accélérés, de
brusques changements dans les modèles de migration et les débuts spectaculaires de l'urbanisation407. L'espérance de vie,
bien que faible par rapport à celle des autres régions et changeant peut-être avec un certain retard, s'est néanmoins allongée
de façon impressionnante. Entre 20 et 25 ans, au début du xixe siècle411, l'espérance de vie à la naissance était passée à
36,7 ans pour la période 1950-1954412.
xxe siècle et xxie siècle
L'Afrique est le continent dont la population en pourcentage a le plus augmenté depuis le début du xxe siècle et dont le taux
d'accroissement naturel, avec 2,5 % en 2015, est le plus élevé413. Estimée à 133 millions d'habitants en 1900 soit 8,1 % de la
population mondiale, la population de l'Afrique est passée en 1950 à 228 millions soit 9,1 % puis à 808 millions en 2000 soit
13,2 %, et à 1,1 milliard en 2012 soit 16 % de la population mondiale414. Selon les estimations de l'ONU, la population de
l'Afrique pourrait être de 2,5 milliards en 2050, soit 25 % de la population mondiale, et de 4,4 milliards en 2100, soit 39 % de la
population mondiale415,413,416. Le Nigeria, la république démocratique du Congo et l'Éthiopie seront, en 2050, parmi les dix
pays les plus peuplés de la planète417.
Cela n’est cependant qu'une forme de rattrapage puisqu'en 2030, la population du continent retrouvera la proportion, environ
20 % du total mondial, qu'elle représentait au xvie siècle avant les traumatismes démographiques de la traite négrière et de la
colonisation418,notes 75.
Conséquences
Cette croissance démographique est susceptible d'avoir des effets contrastés selon que l'on adopte un point de vue
malthusien et afro-pessimiste ou non420. Ainsi la Banque mondiale présente-t-elle en 2015 un rapport intitulé « La transition
démographique africaine : dividende ou désastre421 ? » Le rapport expose qu'une partie de l'Asie a connu une situation
similaire avant sa transition démographique et le décollage économique des tigres asiatiques422,423. On peut citer comme
exemple positif le fait que la concentration des populations en ville crée des marchés solvables pour les agricultures
locales424. Ou bien encore constater que l'accroissement démographique est un bienfait pour le développement du marché
de la téléphonie mobilenotes 76, ce qui a été à la base de la « bancarisation » (mobile banking) fulgurante du continent425 qui
permet à l'Afrique d'être la « championne du monde du paiement par téléphone mobile426 ». La croissance de la population
est donc aussi celle de la consommation domestique et du développement économique qui l'accompagne427 notamment
grâce aux « classes moyennes »428 qui croissent plus vite (3,1 %) que la population dans son ensemble (2,6 %)429.
Dans ce contexte, la transition démographique du continent, entamée dans certains pays (Kenya, Sénégal, Botswana423…), si
elle se confirme, est une chance potentielle430,431 grâce à la baisse du taux de dépendance qu'elle entraînerait avec une
population active plus importante que celle des inactifs. Quelques pays (Ghana, Côte d’Ivoire, Malawi, Mozambique et
Namibie) ont déjà été identifiés comme étant sur cette voie432.
Les positions malthusiennes, à rebours, invitent à considérer la croissance de la population comme un fardeau en parlant de
« suicide démographique », avançant que la transition démographique est loin d'être globalement acquise et que les taux de
dépendances sont, pour l'heure, extrêmement élevés433. De même, les investissements, notamment en éducation, qui
devront accompagner la transition démographique pour la transformer en vraie chance, sont considérables433. La
population, en tout état de cause plus nombreuse, devra s'entasser car même si la densité globale du continent est faible
(36 hab/km2), certaines zones sont inhabitables ce qui fait que l'on constate, en certains endroits du Nigeria, pays le plus
peuplé du continent, des densités de l'ordre de 190 hab/km2433 et de 420 hab/km2 au Rwanda434, et que 62 % des urbains
d'Afrique subsaharienne vivent dans des « quartiers précaires435 ». À l'inverse, l'Afrique du Nord est la région qui connaît la
plus faible proportion de population urbaine vivant dans des bidonvilles (13 %)436.
Une caractéristique principale du continent437 est que son indiscutable croissance économique ne bénéficie que peu à ses
populations. C'est le concept de « la croissance sans le développement », proposé par George Ayittey438.
Natalité et mortalité
Le taux de fécondité (nombre d'enfants par femme) pour l'Afrique subsaharienne est de 4,7 en 2018, soit le plus élevé au
monde439. Tous les pays d'Afrique subsaharienne avaient un taux de fécondité (nombre moyen d'enfants) supérieur au seuil
de remplacement en 2019 et représentaient 27,1 % des naissances vivantes dans le monde440. En 2021, l'Afrique
subsaharienne représentera 29 % des naissances mondiales441.
La croissance démographique est liée au taux de fécondité lequel, en Afrique, est le plus élevé au monde avec 4,7 enfants
par femme pour la période 2010-2015, contre une moyenne mondiale de 2,5442. Si la majeure partie des pays africains ont un
taux de natalité élevé, ils font également face à une mortalité infantile très élevée. En 2013, deux pays africains avaient un
taux de mortalité infantile supérieur à 100 ‰ et 34 un taux supérieur à 50 ‰443. Par ailleurs, les quatre pays ayant
l'espérance de vie la plus faible dans le monde en 2012 étaient tous africains444.
Le sida est devenu la première cause de mortalité en Afrique à la fin du xxe siècle445. C'était encore le cas en 2007, où
ONUSIDA estimait à 22 millions le nombre de personnes infectées en Afrique446. En 2013, sur 35 millions de personnes
infectées, 24,7 millions vivaient en Afrique subsaharienne, dont 58 % de femmes447. Le VIH a fait 1,3 million de morts sur le
continent en 2009, mais il en faisait 1,4 million en 2001. Entre 2005 et 2013, les cas de nouvelles contaminations ont
cependant baissé de 33 % en Afrique subsaharienne447.
La mortalité infantile a chuté de 30 % en 20 ans et l'espérance de vie s'est accrue de 15,4 ans depuis 1950. Mais, en Afrique
subsaharienne, 1 enfant sur 8 meurt avant ses 5 ans contre 1 pour 143 dans les pays développés448.
Les conditions sanitaires sont largement indépendantes de l'économie. Malgré un niveau de revenu cinq fois inférieur,
l'Éthiopie, (573 $/hab449), grâce à sa politique en la matière, présente de meilleurs indicateurs sanitaires que le Nigeria
(3 203 $/hab.449) : mortalité infantile 47 ‰ (78 ‰ au Nigeria), mortalité maternelle 350 ‰ (630 ‰ au Nigeria)450. De la même
manière, l'aridité est corrélée avec la malnutrition mais, pour des raisons politiques, cette dernière sévit lourdement en
république démocratique du Congo, pourtant un des pays les plus arrosés de la planète451.
Mouvements de population
Les migrations volontaires de l'Afrique subsaharienne sont massivement internes, ce qui est sans équivalent sur les autres
continents. Les trois-quarts, voire plusnotes 77, des migrations d'Afrique subsahariennes sont intra-continentales. Elles
concernent de 20 à 70 millions de personnes selon les sourcesnotes 78. Les migrations volontaires extra-continentales sont
donc fortement minoritaires et, a fortiori, ne représentent qu'un flux et un stock très minoritaire des immigrés dans les pays
de l'OCDE : l'Afrique subsaharienne représente « 6 % des flux migratoires vers les pays de l’OCDE, et 5 % du stock de
migrants452 ». En ce qui concerne l'Afrique du Nord, les migrants qui en sont issus représentent 7 % du stock total de
migrants de la zone OCDE452.
Du fait de la conflictualité du continent, aux migrations volontaires, essentiellement économiques (travail, commerce),
s’ajoutent les déplacements forcés ; les personnes déplacées internes (dans leur propre pays) et réfugiées (personnes
déplacées ayant franchi une frontière internationale), étaient 17 millions en 2014453.
Urbanisation
La croissance de la population s'accompagne d'un exode rural massif et d'une croissance vertigineuse des villes : « Durant la
seconde moitié du xxe siècle, la population des villes d'Afrique subsaharienne a été multipliée par 11454. » Il s’agit, là encore,
d'un phénomène de rattrapage, car l'Afrique est le continent le plus faiblement urbanisé de la planète454.
L'urbanisation est massive, rapide454,455 et mal contrôlée, d'où la prévalence des bidonvilles435 ; les nouveaux urbains sont
essentiellement des « pauvres », issus de l'exode ruralnotes 79. En ville, les habitants tendent à se regrouper par communauté,
région ou village d'origine457, tentant de préserver une solidarité dans le nouveau contexte urbain458.
La société africaine est donc de plus en plus constituée de jeunes urbains, lesquels développent une culture spécifique459
qui, notamment grâce à l'internet, se diffuse au niveau international460 ; cela concerne principalement la danse et la musique,
zouglou, kuduro461,460… Les jeunes sont aussi les premiers concernés par les intenses mouvements de population intra-
continentaux qui caractérisent l'Afrique. Mais, exaspérés par le chômage et le mal logement, ils sont aussi les acteurs d'une
préoccupante violence urbaine462,463,notes 80.
Société
Éducation
La jeune population africaine souffre d'un manque d'éducation466. Les programmes d'ajustements structurels ont eu
tendance à mettre à mal les politiques en la matière du fait des coupes claires effectuées dans les budgets des États
concernés : « les taux de scolarisation primaire sont descendus en Afrique subsaharienne à 71 % en 1990 […] loin du
maximum de 79 % atteint en 1980353 ». Les taux de scolarisation secondaire ont, eux, progressé, passant de 14 % des
scolarisables à 27 % entre 1980 et 1996. Les disparités sont cependant importantes entre pays et, globalement, ces chiffres
sont nettement supérieurs en Afrique du Nord467.
Pour ce qui concerne l'enseignement supérieur, il y a, selon l'Unesco, en 2012, 4,8 millions d'étudiants dans des
établissements d'enseignement supérieur des pays subsahariens, soit près de vingt-cinq fois le chiffre de 1970. La poussée
démographique et les moyens déployés par les États pour améliorer l'accès à l'enseignement primaire et secondaire
expliquent la hausse de fréquentation des campus africains. Le continent reste en retard sur le reste du monde, avec un taux
de scolarisation dans l'enseignement supérieur de 6 % selon l'Unesco, contre 13 % dans le sud et l'ouest de l'Asie et 72 % en
Amérique du Nord et en Europe occidentale468.
Classes moyennes
Le continent est pauvre, 47 % des Africains vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 1,25 US$ PPA par jour469.
Mais, contrepartie de l'urbanisation, le continent voit aussi émerger une classe moyenne — quoique les contours en soient
discutés470,471 — de plus en plus importante en nombre et en proportion des habitants469, aspirant à la démocratie et à la
bonne gouvernance, soucieuse de s'inscrire dans la mondialisation culturelle et économique472. Elle fut d'ailleurs un acteur
important des printemps arabes473,474,475. Cette classe moyenne est au cœur du changement de l'Afrique, d'abord par l'effet
d'entraînement économique lié à sa consommation. Ensuite, moins féconde que la moyenne476, elle participe à la transition
démographique qui permettra peut-être de concrétiser le « dividende démographique » lié à la baisse du taux de dépendance
(ratio inactifs/actifs) qui ferait de la démographie africaine un atout et non pas un boulet477,423,478. Une des conditions du
dividende démographique est que le niveau d'éducation s'élève ; les classes moyennes et aisées ont plus accès que les
autres à un enseignement de qualité, notamment grâce aux établissements privés en plein essor479.
Malgré quelques progrès480 depuis la chute du mur de Berlin et les conférences nationales sur le continent357,359, 12 % de la
population d'Afrique subsaharienne vit dans un pays considéré comme libre selon Freedom House ; les autres Africains
vivent dans des pays « non libres » ou « partiellement libres »481. L'indice de démocratie, avec des indicateurs différents,
donne des tendances très similaires482.
Quant à la liberté de la presse, elle n'est que très partielle sur tout le continent, sauf quelques rares contre-exemples telle la
Namibie, à la 17e place mondiale (Canada 41e, France 45e) sur 180 pays étudiés par Reporters sans frontières483.
Structure sociale
Organisation sociale
La famille et l'ethnie sont les deux piliers de la sociologie du continent. Ethnie, un concept discuté
L'Afrique est souvent présentée comme une mosaïque de peuples et de cultures (on Massivement utilisé depuis son
compte plus de 1 000 ethnies sur le continent490), c'est la principale caractéristique invention au xixe siècle, le concept
de sa sociologie car l'ethnie est le fondement de la solidarité et de la cohésion d'ethnie est cependant aujourd'hui
En parallèle, les systèmes de parenté, famille élargie, clans et lignages, sur les mêmes fondements d'ancêtres communs, en
principe réels dans ce cas, complètent les bases sociales fondamentales505,506 : « Une organisation sociale puissante
fondée sur la famille étendue exerce […] une action de premier plan dans la stabilité de la société507 ».
Les structures sociales pré-coloniales et les modes de gestion qui les caractérisent coexistent aujourd'hui avec les États
modernes. Les relations sociales se régulent selon des étages sociaux distincts : « […] il a dans la société africaine des
affaires qui relèvent du niveau du lignage, de l'ethnie, de la tribu… et d'autres qui relèvent du niveau de l'État508 » ; les
régulations sociales, y compris dans certains aspects juridiques, échappent à l'autorité étatique.
En effet, l'État-nation et les concepts relatifs ont été brutalement importés via la colonisation, sans qu'il y ait eu un temps de
maturation historique, particulièrement dans les sociétés segmentaires et lignagères : « il est de vastes régions en Afrique
qui n’ont connu avant la colonisation ni chefferies ni États, l’organisation sociopolitique étant de type lignager509 »510,notes 85.
Même là où existèrent de puissants royaumes ou empires, l'organisation politique ne suivait pas le modèle occidental, la
différence essentielle étant l'absence de recouvrement systématique entre le royaume ou l'empire et un territoire
délimité208,512. Cette importation ne s'est pas faite sans heurts, y compris dans les consciences individuellesnotes 86 et les
institutions préexistantes ont perduré de facto514 mais aussi de jure515, les États actuels confiants souvent et officiellement
des fonctions aux chefs traditionnels aujourd'hui encore516,517,518,519.
Les deux systèmes ne fonctionnent pourtant pas sur les mêmes bases, les fonctions du chef coutumier étant culturellement
très éloignées de celle d'un fonctionnaire d'administration centrale ou locale. Le rapport à la terre et au pouvoir sont
notamment très différents de la conception purement juridique et il existe une composante sacrée absente des bureaux
administratifs520.
Castes
En certains endroits, l'Afrique de l'Ouest, dans une quinzaine de pays (Mali, Guinée…) et autant d'ethnies (Malinkés,
Bambaras…), connaît aussi un système de castes liées au métier, hérité de l'empire du Mali du xiiie siècle521. Les castes les
plus typiques sont celles des forgerons (considérés, même dans les sociétés sans castes, comme ayant des relations
particulières avec le monde spirituel522) et des griots, porteurs de la culture orale traditionnellenotes 87,524,525.
Le rapport africain à la terre et les formes d'organisation productives agricoles se distinguent de leurs homologues des
autres continents526. Concernant la production agricole, le lot commun, y compris en Afrique, est l'étape de la société
paysanne, organisée autour de l'auto-production familiale527.
Mais la distinction fondamentale avec les autres parties de la planète, c'est que la terre n'est pas un bien matériel
susceptible d'être possédé formellement par un individu, qu'il soit simple citoyen ou dirigeant d'une organisation politique
(chefferie ou empire)notes 88. Même la monarchie d'essence divine ne s'accompagne pas pour autant, en Afrique, d'une
possession formelle de territoires délimités. Le « chef » africain n'est pas essentiellement un dirigeant politique gérant des
terres, il était (et reste dans ses formes traditionnelles), un intercesseur entre le sacré et le profane ; dans la conception
africaine, « la terre n’est pas un bien matériel au sens où nous l'entendons en Occident, mais le lieu sacré où se rencontrent
le visible et l'invisible93. » Les figures du propriétaire terrien et de l'aristocrate foncier sont absentes du système de
production africain529 : « la conception que se font de la propriété privée le droit romain, le Code civil et Marx ne s'est
développée en Afrique que pour certains biens meubles d'utilisation domestique mais pas pour cet essentiel facteur de
production qu'est la terre530. » De ce fait, la « tenure » africaine, y compris contemporaine, est originale au regard des
conceptions occidentales et asiatiques, et complexe par le fait531.
Cela ne fut pas sans causer des difficultés au moment de la colonisation. Ainsi, la pratique de l’indirect rule britannique,
consistant à s'appuyer sur des leaders indigènes, conduisit à fabriquer des chefs là où il n'y en avait pas. Ce fut le cas au
Nigeria par exemple, pour les Igbos ; leur système social décentralisé, inadapté aux conceptions européennes et aux visées
coloniales, lesquelles nécessitaient un chef territorial, amena la création de chefferies artificielles532.
De cette conception du rapport à la terre découle une problématique foncière. À l'époque actuelle, le droit coutumier et le
droit foncier moderne sont encore et toujours en concurrence, le premier étant frontalement attaqué car considéré comme
empêchant la modernisation et le développement de l'agriculture sur un continent en proie à l'insécurité alimentaire533. Les
femmes représentent jusqu'à 70 % des exploitants agricoles en Afrique subsaharienne mais le droit coutumier fait qu'elles
n'ont pas de titres de propriété sur les terres qu'elles exploitent533, la coutume ne concédant que des droits d'usage534.
Sachant que, par ailleurs, 10 % seulement des terres rurales africaines sont enregistrées, 90 % sont donc gérées de manière
informelle et coutumière533. Le développement de la propriété foncière et la prise en compte de la place des femmes sont
donc considérés comme des leviers indispensables au développement agricole du continentnotes 89,536,537.
Religions
La religion de l'Égypte antique, polythéiste, date au moins du IVe millénaire av. J.-C. et disparait avec son interdiction par
l'empereur romain chrétien Théodose Ier à la fin du ive siècle538. Elle plonge ses racines dans la préhistoire : le panthéon
égyptien zoomorphe ne contient que des animaux correspondant au biotope prédynastique. Aucun dieu n'est représenté
sous la forme d'un animal appartenant à une espèce apparue plus tardivement539.
Cette religion mêle le culte des génies de la nature (génie du blé, déesse des moissons…) à des dieux cosmiques
d'importance supérieure, qui se manifestent sous forme de phénomènes physiques (Rê, le soleil, Geb, la Terre…)540. Les
Égyptiens anciens représentent leurs dieux sous une forme zoomorphe, incarnés dans des animaux ou sous des formes
mixtes, en partie anthropomorphes. Horus, par exemple, est représenté comme un homme à tête de faucon.
Les rituels sont pratiqués par des prêtres, délégués de Pharaon, dans des temples qui deviennent monumentaux lorsque
leurs constructeurs commencent à utiliser la pierre au lieu de la brique. Les différents dieux sont en général propres à une
zone donnée, autour d'une ville principale dont ils sont la divinité tutélaire. Ces zones correspondent à peu près aux nomes
(subdivisions administratives) quoique certains cultes aient rayonné plus largement541.
Dans la civilisation égyptienne, la religion joue un rôle de tout premier plan538. Pharaon, roi, est aussi l'intermédiaire entre les
hommes et les dieux, il est lui-même assimilé à un dieu vivant542. Le thème de la vie après la mort, particulièrement
important dans l'Égypte antique, conduit à la construction des mastabas puis des pyramides, tombeaux monumentaux, ainsi
qu'à des rituels de momification (réservés aux couches sociales les plus élevées)540. Tout cela s'inscrit dans le contexte
d'une société fortement stratifiée, l'une des premières de l'histoire à atteindre le stade de proto-État543.
Cette religion connaît une résurgence dans la deuxième moitié du xxe siècle sous la forme du kémitisme, le terme désignant
soit une revendication politique radicale panafricaniste où le kemet égyptien est considéré comme à la base de toute
civilisation, thèse qui se prévaut de celles de Cheikh Anta Diop, soit un mouvement spirituel de la mouvance du
néopaganisme544,545.
Religions traditionnelles
Le fait religieux africain autochtone est vulgarisé typiquement comme une forme d'animisme monothéiste546,547. Cependant,
la définition même de l'animisme, due à Edward Tylor dans Primitive culture en 1871548, le fait que l'animisme puisse être une
religion549,550 ou que la définition s'applique aux pratiques africaines sont encore débattusnotes 90. Symbole de cette difficulté
à caractériser ce fait culturel et religieux, la terminologie actuelle de « religions traditionnelles africaines » n'est apparue que
récemment, en 1965552.
Les traits communs des religions traditionnelles africaines sont qu'elles postulent l'existence d'un être suprême, créateur et
organisateur de l'univers. Il est en général décrit comme éloigné des hommes et inaccessible. À côté, il existe des esprits,
dont ceux des ancêtres, ainsi que des divinités mineures, en lien avec la nature (génie des eaux, par exemple), plus
accessibles, qui sont fréquemment invoqués car susceptibles d'intervenir sur Terre546 pour favoriser ceux qui l'invoquent ou
pour rétablir l'ordre troublé (maladie, mauvaises récoltes, etc.) et l'harmonie du monde. En effet, les difficultés de la vie et de
la société sont considérées comme causées par la violation des tabous et des règles sociales553,554,555 : « La religion
traditionnelle a donc pour double but d'intégrer les individus dans le cosmos et de perpétuer l'ordre social556. »
Les rituels, entre autres d'initiation, nombreux et fortement codifiés, sont pratiqués sous l'égide d'experts religieux (oracles,
guérisseurs…). Il n'existe pas de corpus dogmatique (« textes sacrés ») écrit, à l'inverse des religions du Livre, et la
transmission des savoirs afférents est orale. Y sont associées de nombreuses et diverses représentations sous forme de
statuettes, masques… classiques de l'art africain546.
Les religions traditionnelles sont le plus souvent propres à une ethnie et à une aire géographique donnée ; cependant les
ethnies itinérantes peuvent les propager sur de vastes territoires. Certaines religions ont même essaimé, essentiellement via
les esclaves africains, tels le vaudou à Haïti, la santeria à Cuba, le candomblé au Brésil557,558,553.
La religion traditionnelle conduit à une conception du monde où l'imbrication du sacré et du profane est forte : « La religion
africaine traditionnelle était (et reste) inextricablement liée à la culture africaine559 » ; il n'y a pas de distinction entre religion
et culturenotes 91 puisqu'il est toujours possible d'interpréter ce qui se passe dans le monde prosaïque comme étant causé
par l'action des divinités ou des esprits561. Ainsi, il est coutumier de dire qu'en Afrique, on ne meurt jamais de mort naturelle :
« L'expression mort naturelle ne couvre pas le même champ sémantique en Afrique ou en Occident. En Afrique, la mort […]
résulte […] d'une intervention (faute du défunt = viol de l'interdit, vengeance de l'ennemi, maléfice du sorcier)562. » Entre
pratique cultuelle et pratique culturelle, le statut de certains rites est d'ailleurs parfois difficile à définir. En 1972, le bwiti était
défini par certains auteurs comme une « société initiatique mixte qui tend de plus en plus à devenir une véritable
religion563. »
Cette conception du monde a un impact politique. Le dirigeant porte simultanément l'aspect politique, profane, par exemple
la gestion des conflits ; dans le même temps, il est intercesseur avec le sacré et il partage le plus souvent son pouvoir avec
d'autres intercesseursnotes 92. Cela reste vrai à l'époque actuelle, notamment dans les sociétés rurales, quoique pas
uniquement564.
Cette intrication explique les syncrétismes apparus en Afrique subsaharienne à l'occasion de l'implantation des religions
importées, islam et christianismenotes 93.
Le christianisme est présent dès le ier siècle en Afrique romaine et en Égypte566 et s'y développe rapidement. Au iiie siècle,
l'Église d'Alexandrie est un des piliers du christianisme oriental567 où naît le monachisme chrétien568 et son Didascalée une
des plus grandes écoles théologiques. La communauté chrétienne d'Afrique romaine est numériquement, à ce moment, la
plus importante du christianisme latin569. En est issu Augustin d'Hippone, père de l'Église dont la pensée a eu une influence
déterminante sur l'Occident chrétien au Moyen Âge et à l'époque moderne570.
Déchirées par des conflits théologiques, ces communautés ne subsistent pas longtemps lors de la conquête musulmane de
l'Afrique du Nord571. Un christianisme orthodoxe sous la forme monophysite existe à l'heure actuelle en Éthiopie, Érythrée et
Égypte depuis l'Antiquité tardive. L'Éthiopie se considère comme la seconde plus ancienne nation chrétienne au monde,
après l'Arménie, faisant remonter cette tradition à l'an 330.
L'islam s'installe en Afrique du Nord à partir du viie siècle572 et se diffuse ensuite vers l'intérieur de Afrique de l'Ouest et la
côte d'Afrique de l'Est573.
Le commerce caravanier et l'expansion islamique permettent de nouer de nouvelles relations entre l'Afrique du Nord et le
reste du continent574. L'islamisation se fait de trois manières : volontaire (les croyants le deviennent par conviction,
pacifiquement), contrainte (les populations se convertissent pour ne plus être prises en esclavage et pour échapper à la
double-imposition) ou forcée (lors des conquêtes militaires, les vaincus n'ont parfois d'autre choix que la conversion ou la
mort). L'islam sunnite se répand surtout au Maghreb, l'islam chiite dans certaines oasis sahariennes et en Égypte, d'où il sera
supplanté ultérieurement575.
Les prêtres et « sorciers » des nombreux cultes animistes sont parfois les premiers à se convertir, afin de sauvegarder leurs
positions sociales et leurs savoirs traditionnels ; ils forment de puissantes confréries comme les Mourides et les Tidjanes en
Afrique occidentale. De ce fait, le christianisme et l'islam présentent parfois des particularités syncrétiques et initiatiques
typiquement africaines576, que les intégristes de chaque religion et les missionnaires combattent.
Basilique Notre-Dame-de-la-Paix de
Yamoussoukro, en Côte-d'Ivoire. Construite
entre 1986 et 1989, c'est le plus grand
édifice chrétien du monde. Son coût a été
estimé à 6 % du budget annuel du pays.
Au xve siècle, la papauté concède au Portugal l'exclusivité du commerce avec l'Afrique mais aussi l'activité de mission par le
principe du padroado577. Les Portugais évangélisent quelques rois, ce qui facilite les traites négrières, notamment dans
l'empire Kongo où le fils du Manikongo devient le premier évêque noir578, mais la christianisation touche surtout les esclaves
déportés aux Amériques et non les Africains579.
Les efforts des missions chrétiennes qui interviennent au xixe siècle lors du partage de l'Afrique ne rencontrent pas un grand
succès580 ; au début du xxe siècle, seuls 9 % des africains sont chrétiens581.
Les religions traditionnelles africaines, qui dominaient historiquement les régions d'Afrique de l'Est, d'Afrique centrale,
d'Afrique australe et la région côtière d'Afrique de l'Ouest restaient très pratiquées582.
Au xxe siècle, un nouvel essor du christianisme apparaît en Afrique, surtout dans la partie subsaharienne où foisonnent de
multiples confessions. Il est dû en partie au prosélytisme des protestants évangéliques, mais aussi à l'émergence de
prophètes créant de nouvelles Églises. Ces Églises d'institution africaine, évaluées à près de 6 000 en 1968583, étaient
estimées à plus de 11 500 en 2004, la plupart étant totalement inconnues en dehors de l'Afrique584. Au début du xxie siècle,
l'Afrique est le continent où le nombre de chrétiens augmente le plus vite585.
Les religions traditionnelles africaines ont moins de pratiquants aujourd'hui qu'avant l'arrivée des Européens, mais elles
restent importantes dans certains pays, par exemple au Béninnotes 94 et au Togo588. Les pratiques religieuses africaines sont
syncrétiques ; la chose est du reste parfaitement revendiquéenotes 95, à tel point que l'Afrique subsaharienne a inventé
l'aphorisme « 50 % chrétien, 50 % musulman, 100 % animiste »589,590,591,592,593 pour caractériser la répartition des religions
dans la région.
Dans les pays du Maghreb, l'islam, très majoritaire, est religion officielle594. La Tunisie594 et la plupart des pays d'Afrique de
l'Ouest ont une constitution laïque qui garantit la liberté de religion595.
Une minorité juive est présente essentiellement en Afrique du Sud, où l'on compte plus de 70 000 juifs, pour la plupart des
ashkénazes d'origine européenne. Dans la partie nord du continent, la présence des séfarades « Tochavim » remonte à l'ère
phénicienne. Les séfarades dits « Megorachim », contraints à l'exil à la suite du décret de l'Alhambra, arrivent quant à eux
après 1492. Les Juifs éthiopiens, dont la présence remonte, dit-on, à l'ère du roi Salomon et de la reine de Saba, sont
présents en Éthiopie. Certains peuples, comme les Lembas et les Abayudaya, se revendiquent aussi du judaïsme596,597.
Langues
Afrique francophone.
Les linguistes recensent environ 2 000 langues vivantes sur le continent africain601,602 (soit environ le tiers des langues du
monde), regroupées en quatre grandes familles, exclusion faite des langues de souche non africaine.
La famille afro-asiatique (ou chamito-sémitique), composée de 366 langues vivantes dont 299 parlées en Afrique, totalisant
411 millions de locuteurs, n’est pas exclusivement africaine. Elle s’étend également sur la péninsule Arabique et ne couvre
que la partie nord de l’Afrique de l'Ouest. Elle inclut notamment le berbère, la langue originelle des habitants de l'Afrique du
Nord, ainsi que l’arabe603 qui est la première langue d'Afrique en nombre de locuteurs.
La famille nilo-saharienne (env. 200 langues vivantes et 31 millions de locuteurs)604 couvre une partie du Sahara, le haut
bassin du Nil et certains hauts plateaux de l’Afrique de l'Est. Selon les auteurs, elle est composée de six605, dix-sept606 ou
douze groupes de langues607 dont seulement deux sont localisés en Afrique de l'Ouest : le songhaï (Mali, Niger, Burkina
Faso, Bénin) et le Kanuri (Niger, Nigeria, Cameroun et Tchad autour du lac du même nom).
La famille khoisan (22 langues vivantes et 360 000 locuteurs) est la plus petite famille linguistique africaine. Elle est centrée
sur la Namibie et l’Angola, elle rayonne également sur le Botswana et l’Afrique du Sud. Dans le passé, les langues khoisan
étaient parlées dans la majeure partie de l’Afrique australe et orientale. Elles ont été progressivement évincées de maints
endroits par les langues bantoues puis européennes.
La famille Niger Congo compte près de 1 500 langues vivantes, ce qui fait d’elle la plus grande famille linguistique du monde
(22 % des langues de la planète et 71 % des langues africaines)608. Elle couvre la plus grande partie du territoire ouest-
africain et concerne l’immense majorité de la population de la région. Elle compte en son sein un groupe, le bantou, qui
couvre à lui seul la quasi-totalité de l’Afrique sub-équatoriale à l’exception de l’aire khoisan608. On retrouve dans cette famille
la langue swahili (parfois appelée kiswahili).
Beaucoup de spécialistes estiment que le foyer originel des Bantous se situe au sud de la Bénoué, à la frontière du
Cameroun et du Nigeria. Il y a de cela 4 000 ans, les Bantous entament une longue migration vers l’Afrique centrale, sans
doute poussés par l’aridification du climat et le développement de l’agriculture et de l’élevage. Cette expansion prend près de
trois millénaires. Les Bantous n’atteignent le sud du continent qu’aux xvie et xviie siècles av. J.-C., fuyant les Massaï venus
de la haute vallée du Nil. Les nombreuses similitudes entre les langues bantoues ainsi que leur remarquable extension
géographique en font une zone linguistique spécifique très souvent distinguée du reste de la famille nigéro-congolaise608.
Le français joue actuellement un rôle important en Afrique609, servant de langue véhiculaire ou de langue maternelle (au
Gabon, Côte d'Ivoire, république du Congo, république démocratique du Congo, Cameroun et Bénin notamment) dans un
grand nombre de pays, et son utilisation s'intensifie.
Entre 1992 et 2002, le nombre d'apprenants du et en français en Afrique subsaharienne et océan Indien a augmenté de
60,37 %, passant de 22,337 millions à 34,563 millions de personnes. On peut observer une tendance similaire au Maghreb.
Cependant, les chiffres fournis par l'Organisation internationale de la francophonie pour le Maghreb ont été réunis avec ceux
du Moyen-Orient, le décompte exact pour les pays du Maghreb n'est donc pas possible mais on observe une augmentation
de 10,47 millions à 18 millions d'apprenants pour cet ensemble, quand bien même le français n'est pas langue officielle (cas
de l'Algérie par exemple). D'ores et déjà, il y a plus de francophones en Afrique qu'en Europe610.
L'Académie africaine des langues a été créée en 2001 afin de gérer ce patrimoine linguistique611.
Économie
Histoire économique
L'échange de biens économiques apparaît avec le passage de l'économie de prélèvement (ou de prédation) à l'économie de
production, au moment de la révolution néolithique et de la sédentarisation612.
Dès 3000 av. J.-C. l'Égypte antique voit la naissance d'un État puissant613 ; à sa tête, le Pharaon contrôle le commerce et
l'exploitation des mines614. Le bois, rare dans la région, est un élément important des échanges615.
En Afrique subsaharienne, l'échange de biens est attesté au néolithique récent et aux débuts de l'âge du fer, durant le
Ier millénaire av. J.-C.616 Il porte sur le fer et la pierre (pour les outils et les armes), le cuir, le sel, les céréales, le poisson
séché, les tissus, la céramique, les bois travaillés, les noix de cola et les parures en pierre et en fer617.
Durant le Ier millénaire av. J.-C. et les premiers siècles de l'ère chrétienne, l'Afrique du Nord avec les comptoirs phéniciens,
grecs, romains et l'Afrique subsaharienne prospèrent aux deux extrémités des routes du commerce transsaharien618 tandis
que se continue le commerce vers le Proche-Orient. Un peu avant le début de l'ère chrétienne, l'Afrique du nord, notamment
la Cyrénaïque, est le grenier du monde antique619. Au début de l'ère chrétienne, le royaume d'Aksoum est une puissance de
premier plan du commerce mondial620 ; les textes font allusion à une large gamme de produits exportés : obsidienne, ivoire,
cornes de rhinocéros, peaux d’hippopotames, singes, tortues, poudre d’or, parfums, animaux vivants et esclaves621.
Dès le ve siècle, l'Afrique subsaharienne est qualifiée de « terre de l'or »622. À partir du viie siècle, l'expansion arabo-
musulmane en Afrique s’accompagne d'une intensification du commerce intra et inter-continental de l'or, du sel et des
esclaves. Grâce à cela, l'empire du Ghana devient une grande puissance continentale à partir du viiie siècle. Le commerce de
l'or africain passe quasi exclusivement aux mains des musulmans623 et la traite arabe s'organise187. Les grands centres du
commerce de l'époque, Ouadane, Chinguetti, Tichitt, Oualata, Djenné, Gao, Tombouctou, Ségou, Mopti, etc.notes 96, sont situés
en zone sahélienne, zone de contacts entre l'Afrique des arabes et le pays des Noirs624. L'empire du Mali, à partir du
xie sièclenotes 97, le royaume du Kanem-Bornou et l'empire songhaï, à partir du xive siècle, se développent sur les mêmes
bases économiques622.
Avec l'arrivée des Portugais au xve siècle, commencent l'économie de traite (exportations de biens agricoles et de produits
miniers)625, l'économie de plantation (utilisation de main-d'œuvre servile dans les plantations destinées à l’exportation) et la
traite esclavagiste atlantique215. Progressivement, les centres d'activité se déportent du Sahel vers les zones côtières626.
Les royaumes côtiers commercent avec les Européens et l'économie devient celle de la razzia. Cela, poursuivi par la
colonisation, entraîne un collapsus démographique tel qu'il ne commence à se combler qu'aux xxe et xxie siècles627.
Le continent, colonisé au xixe siècle et jusqu'à la fin du xxe siècle, voit ses richesses agricoles et minières se diriger vers les
métropoles, au bénéfice quasi-exclusif de ces dernières. L'Afrique ne connaissant globalement pas une colonisation de
peuplement, le nombre de colons est infime au regard de celui des autochtones. Le développement économique interne et
l'accumulation locale du capital ne sont donc pas à l'ordre du jour. Par conséquent, l'économie africaine coloniale est
essentiellement extravertie et, dans une logique de tirer profit des avantages comparatifs, fortement spécialisée pour
chacune des colonies. Ces deux caractéristiques perdurent jusqu'à aujourd'hui628.
Les nouveaux États, indépendants à partir des années 1960, reprenant les frontières coloniales, sont majoritairement des
États rentiers où des oligarchies captent la rente (pétrolière et/ou minière) mise en place au moment de la
colonisation629,628. Les richesses africaines ont permis l'accumulation du capital en Europe, préalable à son industrialisation,
mais le continent africain en a été privé. L'économie de l'Afrique reste donc rentière, extravertie et la logique redistributive
l'emporte sur celle d'accumulation629.
La caractéristique la plus générale du continent est que son économie et ses exportations reposent sur les industries
extractivesnotes 98,631,632 : « la moitié environ des pays d’Afrique subsaharienne sont exportateurs nets de produits de base et,
contrairement à ce qui s’est passé ailleurs, les exportations de produits des industries extractives ont vu leur importance
augmenter depuis les années 1990, ce qui a fait de cette région l’une des parties du monde les plus fortement tributaires des
produits de base, plus ou moins à égalité avec la région Moyen-Orient et Afrique du Nord633. » Cela entraîne une forte
dépendance aux cours internationaux des matières premières634. À titre d'exemple, 80 % des exportations de l'Algérie sont
constituées de produits pétroliers635. En 2014, pour l’ensemble du continent, le pétrole et ses dérivés ajoutés au gaz naturel
liquide ou gazeux, représentaient 53,3 % des exportations636.
S'il est riche en pétrole et le plus riche de la planète en matière de minerais avec 30 % des réserves minérales mondiales340,
il l'est aussi en terres agricoles disponibles, ce qui crée une nouvelle « ruée sur l'Afrique » notamment de la part de pays du
Golfe et de pays émergents comme l'Inde et la Chine637,638, qui achètent des terres sur le continent. Environ 5 % de la
surface du continent appartient ou est louée pour une longue durée à des pays étrangers639. Ce phénomène est appelé
« accaparement des terres ».
Profitant d'un supercycle haussier des matières premières640, la croissance du PIB de l'Afrique, notamment subsaharienne,
est continue et soutenue, supérieure à la moyenne mondiale, depuis le début du xxie siècle : « L’Afrique a enregistré un taux
de croissance de 5,1 % entre 2000-2011 malgré le décrochage de la crise mondiale qui a fait chuter ce taux à 2,5 % en 2009 ;
la productivité a affiché une croissance de l’ordre de 2,7 % au cours de la décennie 2000641 ». Les disparités entre pays et
entre sous-régions sont cependant importantes642,643 ; en 2011, le PIB/hab. en parité de pouvoir d'achat de l'Afrique du Nord
(7 167 $) est presque le triple de celui de l'Afrique subsaharienne (2 391 $)644. L'inégalité sociale est également très forte645.
La croissance a marqué le pas en 2015 du fait de la baisse du cours des matières premières, principales sources de revenus
pour le continent, comme cela avait été le cas en 2009 du fait de la crise mondiale. La forte demande des classes moyennes
émergentes devrait malgré tout entretenir la croissance et les perspectives de long terme sont bonnes646.
Cependant, le continent est « en retard » (34 des 48 pays les moins avancés se situent en Afrique647) et présente de faibles
performances ; en 2014, le PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat est de 3 513 $648 pour l'Afrique subsaharienne, alors
que la moyenne mondiale se situe à 14 956 $648. En 2018, le PIB du continent africain est estimé à 2 510 milliards de dollars
(USD) par le FMI, cela représente 2,8 % de l'économie mondiale649.
Partant, de nombreuses études existent sur les causes de ce phénomène, que d'aucuns appellent la « malédiction des
tropiques »650. On a ainsi mis en avant les facteurs démographiques (fécondité…), politiques (faiblesse des États de droit…),
historiques (influence de la colonisation…), infrastructurels (production d'énergie insuffisante…)641, ou invoqué la malédiction
des frontières (États trop petits, enclavés…) ou bien encore, constatant le poids des industries extractives, le syndrome
hollandais (ou « malédiction des matières premières »)651,652,653 et le phénomène d'État rentier qui l'accompagne (captation
des revenus de la rente par une oligarchie au détriment de la population)654.
Il existe néanmoins quelques « miracles » économiques permettant d'éviter une généralisation abusive. Le Botswana, riche
en diamant, mais sans accès à la mer, a réalisé aux xxe et xxie siècles une performance économique exceptionnelle, à
l'encontre du syndrome hollandais et du handicap lié à l'enclavement, tout en ayant une gouvernance et une transparence
sans égales à comparer du reste du continent655,656. On déplore cependant une prévalence du SIDA très élevée avec un taux
de 25,2 % pour la tranche d'âge 15-49 ans657,658. Maurice, partant d'une situation où le sucre représentait 20 % du PIB et plus
de 60 % des recettes d’exportations, a misé sur l'industrialisation dans le secteur textile, puis sur les services dont le
tourisme. Sa croissance a été de 5 % par an pendant 30 ans et son revenu par habitant qui était de 400 $ au moment de
l’indépendance s'établit aujourd'hui à 6 700 $ (estimé à 18 900 $ PPA en 2014659)660. Son système éducatif est performant
et son rang dans le classement Doing Business (climat des affaires) de la Banque Mondiale (28e) est meilleur que celui de la
France (31e)656,661. Le Rwanda est un autre miraculé662. Après le génocide de 1994 qui le laisse en ruinesnotes 99, le pays,
fermement repris en mainnotes 100 depuis par Paul Kagame, a su se développer fortement malgré une densité de population
extrêmement élevée de 420 hab./km2, plus de dix fois supérieure à la moyenne du continent. Atteignant la transition
démographique et misant sur l'éducation de sa population, outre les aides internationales, il est devenu un modèle de
redistribution et de croissance inclusivenotes 101 en Afrique, attestant que le retard économique n'est pas une fatalité434.
Le continent n’a donc pas de handicaps géographiques, culturels ou structurels indépassables, de malédiction qui
l'accablerait, c'est la politique qui a créé la Rising Africa (« l'Afrique montante ») et qui lui permettra de prospérer à l'avenir666.
Pour l'heure, le retard est bien réel, l'usage même du terme « miracle » indiquant qu'il ne s'agit que de contre-exemples667
dans une Afrique qui reste le « continent de la pauvreté »668. Plus d'un tiers de la population africaine vit en dessous du seuil
d'extrême pauvreté, soit 460 millions de personnes, selon la Banque mondiale, et le nombre de personnes pauvres continue
d'augmenter669. Parmi les objectifs du millénaire, les indicateurs concernant l'insécurité alimentaire et la pauvreté sont ceux
qui progressent le moins670.
Le continent reste extrêmement inégalitaire : les quatre milliardaires les plus riches d'Afrique (le Nigérian Aliko Dangote, les
Sud-Africains Johann Rupert et Nicky Oppenheimer, ainsi que l'Égyptien Nassef Sawiris) possèdent, en 2025, plus d'argent
que la moitié de la population du continent, soit 750 millions de personnes669. L'ONG Oxfam indique que le creusement des
inégalités est en grande partie lié à un manque de volonté politique des dirigeants africains, qui maintiennent des systèmes
fiscaux favorables aux plus riches et peu efficaces669.
Investissements étrangers
D'après les Nations unies, en 2016, les cinq principaux investisseurs étrangers sur le continent africain, en termes de stock
d'IDE, étaient les États-Unis (57 milliards de dollars USD), le Royaume-Uni (55 milliards), la France (49 milliards), la Chine
(40 milliards) et l'Italie (23 milliards).
Les flux d'investissements étrangers à destination du continent ont chuté de 21 % en 2017 par rapport à l'année 2016. La
valeur totale des flux IDE vers l'Afrique pour l'année 2017 s'est élevée à 42 milliards de dollars (13 milliards vers l'Afrique du
Nord et 29 milliards vers l'Afrique subsaharienne). Les flux d'IDE intra-continentaux ont en revanche progressé de 8 %,
essentiellement grâce aux entreprises marocaines et sud-africaines671.
Dette
Articles connexes : Dette du tiers monde, Initiative pays pauvres très endettés et Ajustement structurel.
Les années 1980-1990 sont marquées par la crise de la dette672 ; le relèvement des taux d'intérêt et la baisse des revenus
d'exportation plongent le continent dans une crise financière qui amène la mise en place des programmes d'ajustement
structurels673. Dans le même temps, l’aide publique à l'Afrique diminue notablement, réorientée vers l'Europe de l'est ; c'est
l'époque de « Adieu Bangui, bonjour Varsovie »672. L'organisation politique et économique des États est drastiquement revue
notamment par le démantèlement des appareils étatiques jugés coûteux et inefficaces et celui des entreprises para-
étatiques à la compétitivité critiquable673. Cette purge libérale crée la « génération ajustée » ou « génération
déflatée »674,notes 102 ; mais, conjuguée au retournement des cycles internationaux en matière de taux d'intérêt, à une reprise
des aides publiques vers l'Afrique et à une reprise des investissements directs étrangers depuis l'an 2000676,677,678 (avec
notamment une forte implication chinoise679), cela conduit à une baisse de la charge de la dette dans les finances des
États680. À la fin de la première décennie du xxie siècle, l'Afrique est moins endettée que les pays occidentaux développés681,
même si sa dette reste sous surveillance : « La viabilité de la dette est une préoccupation croissante682 ».
Infrastructures
Le continent souffre d'un déficit d'infrastructures (électricité et transport essentiellement) qui lui coûte le chiffre énorme
d'environ deux points de croissance annuelle683 ; or l'investissement en infrastructures est nécessaire à la croissance
économique, aux entreprises, mais aussi au bien-être des populations grâce à un accès à l'eau, à laquelle 65 % des africains
sont reliés, et surtout à l'électricité, qui présente un taux d'accès de 29 % seulement684, sachant que « la production cumulée
de 48 pays d’Afrique subsaharienne ne dépasse pas les 68 000 mégawatts [68 gigawatts], soit l’équivalent de l’électricité
produite par l’Espagne685 » en 2005, dont 40 gigawatts pour la seule Afrique du Sud686,687.
Gouvernance
Articles connexes : Union africaine, BCEAO, UEMOA, CEDEAO, CEMAC, SADC, SACU, Banque africaine de développement et
NEPAD.
La gouvernance est, avec les infrastructures, l'autre point d'amélioration majeur de l'Afrique688,689.
Depuis 2007, l'indice mis en place par la fondation Mo Ibrahim évalue l'efficacité de l'action publique des États africains et,
avec les notes obtenues (de 1 à 100), établit un classement. La note moyenne du continent a faiblement évolué, passant de
49,9 en 2007 à 50,1 en 2016. La meilleure moyenne régionale se situe en Afrique australe : 58,9 ; et la plus faible en Afrique
centrale : 40,9690.
L'Afrique est l'un des continents où la corruption est la plus répandue selon l'ONG Transparency International : « 3 pays parmi
les 10 plus mal classés sont dans la zone Moyen-Orient et Afrique du nord - Irak, Libye et Soudan. […] En Afrique
subsaharienne […] 40 des 46 pays de la région montrent de sérieux problèmes de corruption trad 3,691. »
Économie informelle
En lien avec la gouvernance, l'économie informelle est une caractéristique importante de l'économie du continent.
L'économie informelle est définie par le Bureau international du travail depuis 1993692, avec une révision en 2003693, ce qui
permet d'avoir des mesures comparables d'un pays à l’autre. Son poids dans l'économie du continent est considérable,
compris entre 40 et 75 % du PIB (20 à 37 % en ne considérant que l'activité hors agriculture694,695,notes 103), causant
notamment un manque à gagner fiscal important697. La pression fiscale est cependant, en Afrique, une des plus basses du
monde et elle est probablement insuffisante698. Selon la Banque mondiale « pour déclencher un financement de
développement durable, il faut 20 à 24 % de pression fiscale. La moyenne africaine se situe à environ 17 % (35 % dans les
pays riches) ; la première puissance économique africaine, le Nigeria, atteint à peine 8 %699. »
Macro-économiquement, l'économie informelle est un moyen de la résilience sociale et économique700 face à une
croissance qui n'entraîne pas la création subséquente d'emplois. La proportion d'emplois relevant du secteur informel est
estimée à 66 % en Afrique subsaharienne693.
Au niveau micro-économique, outre l'évitement de l'impôt, l'économie informelle existe aussi par la volonté des opérateurs
de contourner la corruption de l’administration et de se désolidariser de la mauvaise gouvernance et du mauvais usage
systématique des fonds publics701. Pour autant, les entreprises du secteur informel sont soumises aux mêmes mécanismes
de corruption que les entreprises du secteur formel, essentiellement le « comportement prédateur des fonctionnaires
cherchant des pots-de-vin702 ».
Mondialisation
L'Afrique est inscrite dans la mondialisation économique depuis toujours, notamment par sa façade méditerranéenne et
orientale.
Durant l’antiquité, la puissante civilisation égyptienne est, grâce à sa position géographique à la jonction entre le monde
méditerranéen et l'Arabie, ainsi qu'au Nil, par lequel transitent les marchandises, au centre d'un important commerce ; ses
villes sont les têtes de pont du commerce intercontinental703. À la suite, les cités marchandes phéniciennes installées dès le
Ier millénaire av. J.-C. (fondation d'Utique en 1100 av. J.-C., de Carthage vers 814 av. J.-C.) sont les vecteurs de l'intégration
économique du continent dans la « première mondialisation »704,705 ; ainsi et par exemple, au ve siècle av. J.-C., les
Carthaginois commercent-ils l'or du désert « au-delà des colonnes d'Hercule »706. Un peu plus tard, Carthage vaincue est
redevenue une grande ville, une des premières cités de l'empire romainnotes 104.
Le Périple de la mer Érythrée, récit de voyages datant du ier siècle, atteste d'un commerce intercontinentalnotes 105 depuis une
zone allant de l'Égypte à la Tanzanie, en direction de la péninsule arabique, de l'Inde et de la Méditerranée et portant sur des
produits tels que l'ivoire, les épices, la cannelle, l'encens, le styrax, le lapis-lazuli, les topazes, les turquoises, la soie, l'indigo,
sans oublier les esclaves qui se retrouvent en Inde et en Chine709,710.
Au iiie siècle, le royaume d'Aksoum commerce avec plusieurs « contrées » de l'océan indien et de la Méditerranée. Le
commerce, notamment d'ivoire, profite au développement du royaume par la création de villes-marchés711. À l'autre
extrémité des routes commerciales l'autre partie prospère aussi ; dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, le royaume
d'Awsân (actuel Yémen) doit son essor au commerce avec l'Afrique712. À partir du viie siècle, l'islamisation de l'Afrique
subsaharienne lui permet de s'intégrer encore plus fermement dans le commerce international, les arabes servant
d'intermédiaires avec le monde occidental713.
Dès l'an mil l'or du Monomotapa part vers l'Inde via Kilwa dans les ports duquel s'échangent cotonnades et verroteries714. La
période qui correspond au Moyen Âge européen est l'âge d'or de l'Afrique avec les grands empires du Ghana, du Mali et
Songhaï. C'est aussi l'âge de l'or. Kanga Moussa, dixième mansa (roi des rois) de l'empire du Mali dans le premier tiers du
xive siècle, considéré comme l’un des hommes les plus riches de l’histoire de l'humanité715, contrôle de facto tout le
commerce du métal précieux dans le bassin méditerranéen716.
À partir de la fin du xve siècle, le continent connaît la traite atlantique puis la colonisation au xixe siècle, formes les plus
tragiques d'intégration mondiale. Les déportations d'esclaves alimentent le développement de l'Amérique et les pays
européens enclenchent leur processus d'industrialisation grâce aux ressources coloniales ; le volume du commerce entre
l’Afrique et l'Europe décuple entre 1820 et 1850717.
Après les indépendances, l'Afrique ne prend cependant pas le virage de l'industrialisation. La part en valeur de son économie
et de son commerce décroit mécaniquement dans les échanges face à des productions incorporant plus de valeur
ajoutéenotes 106.
À l'époque actuelle, la place du continent dans le commerce mondial est minime, environ 3 % en valeur719 et il ne représente
que 1,6 % du PIB mondial (4,5 % en parité de pouvoir d'achat)720.
Le continent est donc souvent présenté comme « périphérique » ou « en marge »721,722. « C'est indéniable si l'on raisonne en
termes de PIB723. » Cependant, on le considère aussi comme globalement (même historiquementnotes 107) marginalisé727
alors que l'étude du temps long montre l'évidence du contraire, y compris à l'époque récente : « c'est faux pour
d'innombrables raisons : économiques mais aussi stratégiques, démographiques, culturelles et humaines723 »728.
Intégration régionale
L'Organisation de l'unité africaine (OUA), créée au lendemain des indépendances en 1963, devenue Union africaine (UA) en
2002, regroupe l'ensemble des pays africainsnotes 108. C'est l'instance la plus large de tout le continent. Il s'agit
essentiellement d'un organe politique visant à favoriser la coopération entre les États731.
À un niveau plus restreint, l'intégration régionale est considérée comme une des clés du développement économique du
continent732,733,notes 109,734,735,736. À cet effet, le continent s'est doté depuis les années 1970 de diverses institutions
régionales à vocation intégrative (CEDEAO, UMA, UEMOA, SADC, CEEAC, EAC, IGAD pour les plus importantes737) : unions
douanières, marché commun, zones de libre échange, etc. Essentiellement tournées vers l'action économique, ces
institutions ont aussi, plus tardivement, pris une dimension politique et diplomatique en contribuant notamment à la
résolution des conflits ; ainsi, l'ECOMOG, sous l'égide de la CEDAO, est-elle une force d'interposition régionale similaire aux
casques bleus de l'ONU738.
L'intégration est cependant très en retard ; le commerce intra-africain ne représente que 10 % des échanges et est polarisé
autour de quelques pays (Afrique du Sud, Côte d'Ivoire, Nigeria, Kenya, Zimbabwe et Ghana) et porte pour un tiers sur le
pétrole, sachant que, par ailleurs, les échanges informels créent des zones de libre-échange de facto739,740.
Le projet panafricain « MAEP » (mécanisme africain d'évaluation par les pairs), quant à lui, vise, sous l'égide du NEPAD, à
promouvoir la bonne gouvernance741.
Ressources naturelles
Industries extractives
L'Afrique possède les réserves minérales les plus importantes de la planète, globalement 30 % des réserves mondiales340,
dont 75 % des réserves mondiales de platine, 50 % de celles de diamant et de chrome, 20 % de celles d'or et d'uranium742, 85
à 95 % des réserves des métaux du groupe du chrome et du platine, 85 % des réserves de phosphate, plus de 50 % des
réserves de cobalt, 33 % des réserves de bauxite743 ainsi que du charbon, du cuivre, du minerai de fer742… et aussi 10 % des
réserves mondiales de pétrole et 8 % de celles de gaz naturel340. Qui plus est, le continent est « l'une des régions
géologiques les moins connues de la planète742 » et, aux réserves prouvées, pourraient donc s'ajouter d'autres découvertes
futures.
Ces richesses ont été exploitées durant la période pré-coloniale, notamment le sel, l'or et le cuivre744, contribuant à créer des
empires riches et puissants. Puis, durant la période coloniale, les économies ont été fortement spécialisées pour créer des
rentes minières coloniales, léguant aux nouveaux États d'après l'indépendance des économies de rente extraverties et peu
diversifiées (État rentier)745. À l'heure actuelle, la majeure partie (60 %) des exportations de l'Afrique concernent des
matières premières ; elle en est donc fortement dépendante746. En outre, elle exporte ses richesses sans les valoriser, faute
d'industries locales747,748. C'est le syndrome hollandais (ou « malédiction des ressources naturelles ») : la rente procurée par
les matières premières tend à mettre à mal les industries locales, notamment manufacturières653,749. Le niveau de formation
des ressources humaines joue aussi dans la spécialisation africaine car des ressources abondantes et une main-d'œuvre
relativement peu qualifiée poussent à exporter des matériaux bruts (ce qui est d'ailleurs aussi le cas pour
l'agriculture)notes 110.
Entre les années 1990 et la première décennie du xxie siècle, l'activité du secteur a nettement augmenté (87 %) ; en
conséquence, à l'inverse de la tendance globale, la part du continent dans l'extraction mondiale est en légère croissance :
7,5 % en 1980, 7,8 % en 2008751. Les investissements directs étrangers (IDE), qui sont en hausse après avoir atteint un point
bas dans les années 1990676, et qui représentent une part notable du PIB des pays concernés, la proportion allant de 3,5 %
pour les pays pauvres en ressources à 2,4 % pour les pays riches en ressources752, concernent principalement les industries
extractives. Mais cette orientation des investissements en direction de l'exploitation des matières premières753 ne produit
pas les effets de développement dont le continent aurait besoin, notamment en ce qui concerne les créations d'emplois754.
« Les plus importantes économies minières sont la Guinée (bauxite), le Liberia, la Sierra Leone et le Botswana (diamant), la
Mauritanie (fer, pétrole), le Niger (uranium, pétrole), le Togo (phosphate), la république démocratique du Congo (cuivre,
coltan) et la Zambie (cuivre). Les principales économies pétrolières [subsahariennes] sont l'Angola, le Congo, le Gabon, la
Guinée équatoriale, le Nigeria, le Soudan du Sud et le Tchad755. » En Afrique du Nord, l'Algérienotes 111 et la Libyenotes 112 ont
des économies qui reposent massivement sur le pétrole758.
Selon le rapport 2023 de l'Agence internationale de l'énergie sur les investissements dans l'énergie, l'Afrique est la région qui
a attiré le plus d'investissements dans le gaz naturel liquéfié (GNL) en 2022 derrière l'Amérique du Nord. La région devrait
maintenir son niveau dans les prochaines années derrière les États-Unis et le Moyen-Orient. Les investissements dans le
raffinage en Afrique devraient excéder ceux au Moyen-Orient en 2023, seulement dépassés par la Chine et l'Inde, avec un
total d'une dizaine de milliards de dollars, soit le quart des investissements mondiaux. Les principaux projets dans le pétrole
et gaz en Afrique sont « Area 1 LNG (T1-T2) » de TotalEnergies au Mozambique (10 milliards de dollars, 3 milliards de barils
équivalent pétrole de GNL, production prévue en 2026), NLNG T7 de NNPC au Nigeria (2,5 milliards de barils équivalent
pétrole de GNL, production prévue en 2024), Tilenga de TotalEnergies en Ouganda (1055 millions de barils de pétrole,
production prévue en 2026-27), « Area 4 LNG (T1-T2) » d'Exxonmobil au Mozambique (925 millions de barils équivalent
pétrole de GNL, production prévue en 2029), « Greater Tortue Ahmeyim FLNG phase 1 » de BP en Mauritanie (915 millions de
barils équivalent pétrole de GNL et de pétrole, production prévue en 2023), Waha en Libye (775 millions de barils équivalent
pétrole de gaz, production prévue en 2027), A&E Structures de Mellitah en Libye (705 millions de barils équivalent pétrole de
gaz et pétrole, production prévue en 2025-26). La république démocratique du Congo estime ses réserves à 22 milliards de
barils et n'en exploite que 4,5 % ; elle a lancé le processus de mise aux enchères de 27 blocs pétroliers. La république du
Congo vient d'inaugurer sa première unité de liquéfaction de gaz, qui doit produire à terme 3 millions de tonnes par an. Le
Sénégal compte commencer à extraire du gaz au plus tard en 2024 ; ses trois projets en cours, GTA exploité avec la
Mauritanie, Sangomar et Yakaar Teranga, ont des réserves estimées à 650 millions de barils de pétrole et près de 1 000
milliards de mètres cubes de gaz. Les découvertes se multiplient au large de la Namibie, qui pourrait doubler son PIB en
moins de dix ans759.
Production mondiale de pétrole brut Produits de l'industrie extractive
en Afrique 2013760 en volume 2014761,762,763
Angola 4 diamant
Guinée équatoriale 32
Guinée 5 bauxite
Gabon 35
Rwanda 9 étain
Agriculture et pêche
Contexte
Le continent est caractérisé par une insécurité alimentaire persistante. Liste non exhaustive, en 1967-70 le Biafra (Nigeria),
en 1983-1985 le Lesotho, en 1972-74 et 1984-85 l'Éthiopie, en 2004 le Darfour (Soudan), en 2005 le Niger, en 2011-2012 la
corne de l'Afrique… ont été touchés par la famine ou la malnutrition764 ; en 2016, elles sévissent encore, en république
démocratique du Congo765,766, en Éthiopie, au Malawi767… Les deux causes principales sont les événements climatiques et
les conflitsnotes 113. Ainsi la sécheresse atteint-elle la corne de l'Afrique769 tandis que, en république démocratique du Congo,
ce sont les conflits qui sont responsables de la situation770. Et, parfois, les événements climatiques sont eux-mêmes causes
de conflits comme au Darfour51… Quoique l'Afrique du Nord soit épargnée et que la prévalence de la sous-alimentation
diminue (27,6 % en 1990-92, 20 % en 2014-2016), du fait de la croissance démographique, le nombre de personnes touchées
augmente (182 millions en 1990-92, 233 millions en 2014-2016), alors qu'à l'échelle planétaire les deux valeurs
décroissent771.
Dans ce contexte, l'agriculture africaine est au centre des préoccupations des économistes et des hommes politiques, car la
rendre moins dépendante aux variations du climatnotes 114,notes 115 et plus performantenotes 116 permettrait de diminuer
l'instabilité politique, d'améliorer la santé des populations et de fournir des millions d'emplois. Face à une croissance
démographique sans égale, à une population rurale représentant 60 % de la population totale et en croissance constante en
valeur absolue ainsi qu'à un secteur agricole proposant 65 % des emplois en Afrique subsaharienne773, elle est considérée
comme une des clés du développement africain537.
Selon les estimations des Nations unies, un réchauffement de 2 °C du climat diminuerait de 10 % le rendement agricole en
Afrique subsaharienne774.
Agriculture et élevage
L'agriculture africaine n'a cessé de croître, triplant en valeur depuis les années 1980775 ; cela s’est fait essentiellement par
l'extension des superficies consacrées à la production vivrière, prises sur les forêts et la savane776 : « Au cours des trois
dernières décennies, les gains de productivité agricole en Afrique ont été obtenus dans une large mesure par une expansion
continue des cultures pluviales, en particulier, les cultures vivrières, sur des terres de plus en plus marginales et/ou par la
réduction des périodes traditionnelles de jachère entre deux cycles de culture777 », ce qui pose des problèmes
environnementaux notables775, sachant qu'en outre les terres s'appauvrissent778. Elle est caractérisée par sa faible
productivité avec une quantité d'intrants (engrais…) très basse, l'absence d'irrigation et de mécanisation779,780 et des
exploitations de faible taille. À côté de l'agriculture vivrière, il existe des agricultures de rente et d'exportation (café, cacao,
arachide, coton…), reposant sur des exploitations de taille et de productivité largement supérieures. Globalement, les
produits agricoles représentent 20 % du commerce international africain en 2006781, et 30 % du montant des
exportations782.
Les pays les plus urbanisés sont ceux où la valeur ajoutée et les prix payés aux producteurs sont les plus élevés783, les
marchés urbains denses créant une demande solvable permettant l'écoulement des surplus424. La pauvreté et l'insécurité
alimentaire concernent donc plus particulièrement les populations rurales des pays où le poids de l'agriculture dans
l'économie est le plus élevé784,785 ; les agriculteurs pauvres des pays ruraux ne peuvent valoriser leur production et sont
insérés dans un système d'échanges faiblement monétarisés786 et, par conséquent, peinent à avoir accès au marché des
intrants qui permettraient d'augmenter leur productivité787.
Contrairement à une idée reçue, globalement, le continent « ne souffre pas d'une insuffisance de la production
alimentaire788 ». Même les agriculteurs pauvres des pays ruraux ont vu leur disponibilité alimentaire augmenter787. Les
« émeutes de la faim » qui touchèrent le continent (et le reste de la planète) en 2008 étaient dues à des hausses de prix, pas
à des quantités disponibles insuffisantes789. Ce sont les politiques de prix et de distribution790 ainsi que les droits
fonciers791 qui sont en cause dans l’insécurité alimentaire africaine782. Pour ce qui concerne les prix, les politiques libérales
ont mis l'agriculture africaine en concurrence avec celles des pays développés, largement subventionnées792 et l'ont
soumise à une instabilité des prix qui fait que le continent, faute d'intégration régionale qui permettrait une répartition intra-
continentale793, en vient à importer des produits qui sont en concurrence avec ses propres productionsnotes 117. Quant au
droit foncier, le droit coutumier qui concerne 90 % des terres agricoles exclut les femmes de la propriété de la terre794 alors
qu'elles représentent la majorité, jusqu'à 70 % des exploitants agricole d'Afrique subsaharienne533,notes 118.
Depuis le début du xxie siècle, on assiste à l'exploitation des ressources naturelles par de nouveaux intervenants,
notamment les pays asiatiques dont la Chine et l'Indenotes 119 ou les États pétroliers en manque de place ; des terres
agricoles sont achetées ou louées638,639,637. Certains parlent de recolonisation de l'Afrique à ce sujet798.
viande et
café,
huiles et produits produits légumes et animaux autres produits
produits céréales oléagineux sucre boissons cacao, épices
graisses laitiers à base de fruits vivants alimentaires
thé
viande
% 5,1 3,7 1,7 1,2 1,5 5,9 21 5 1,9 25,8 1,4 25,9
Pêche et aquaculture
Articles connexes : Économie de pêche au Maroc, Pêche en république du Congo, Pêche en Côte d’Ivoire, Pêche en Éthiopie,
Pêche en Tunisie et Pêche artisanale en Afrique de l'Ouest.
L'Afrique est le deuxième continent, loin derrière l'Asie, par le nombre de bâtiments de pêche800 mais cette flottille est la plus
faiblement motorisée de la planète, 1⁄3 des embarcations seulement possèdent un moteur801. Le continent ne place donc
qu'un pays, le Maroc, à la 17e place mondiale des 25 pays représentant 82 % de la pêche mondiale802.
Il s'agit, de la part des Africains, d'une pêche vivrière et artisanale occupant de nombreux actifs ; en 2014, les pêcheurs et
aquaculteurs d'Afrique sont 5,7 millionsnotes 120,803, et « le poisson assure des moyens d’existence à quelque 30 à 45 millions
d’Africains804. »
Cette activité montre cependant de faibles performances : l'offre de poisson par habitant (en kg/an) est la deuxième plus
faible du monde à 9,8 kg/hab/an alors que la moyenne mondiale s'établit à 19,7805. La performance n'est pas meilleure en
matière de transformation : « en Afrique, certaines estimations donnent des pertes après capture comprises entre 20 et 25
pour cent, et allant même jusqu’à 50 pour cent806. » La pêche continentale quant à elle, hormis pour partie dans les grands
lacs d'Afrique de l'Est (lac Victoria, lac Tanganyika et lac Malawi), est peu industrialisée807. À l'instar de la pêche en mer, la
pêche continentale voit le nombre de captures baisser, du fait de la pollution, de la dégradation de l'environnement et d'une
tendance à la surexploitation808. Quant aux produits aquacoles, leur production, exprimée en kg/personne est, en Afrique, la
plus faible du monde. La zone la plus productive de ce point de vue est l'Afrique du Nord, avec un peu plus de
5 kg/personne ; les autres sous-régions de l'Afrique étant à moins d'1 kg/personne809.
La pêche en mer est, elle, industrialisée. Mais l'exploitation est le fait de compagnies européennes810,811 et chinoises812 qui
tendent à épuiser les ressources813. Ainsi, « la production totale des pêches de capture dans l’Atlantique Sud-Est est restée
stable ces dix dernières années, à environ 1,4 million de tonnes par an. La majeure partie de ces captures provient
maintenant des ZEE des trois pays côtiers Angola, Namibie et Afrique du Sud, les prises en haute mer d’espèces autres que
les thonidés ayant chuté pour s’établir à quelques centaines de tonnes ces dernières années814. » Outre le problème de la
surpêche industrielle, se pose celui de la pêche illégale qui représente un manque à gagner important pour les économies
africaines815,816,817.
La pêche concourt au solde positif des échanges car, « en valeur, l’Afrique est un exportateur net depuis 1985 (sauf en
2011). En revanche, en volume, le continent est depuis longtemps un importateur net, ce qui traduit la valeur unitaire plus
faible des importations (surtout pour les petites espèces pélagiques)818. »
Le poisson est très important dans la sécurité alimentaire du continent. Il représente 22 % des apports protéiques animaux
en Afrique subsaharienne819 et ce taux peut atteindre 50 % lorsque les autres sources de protéines sont rares ou chères et,
dans les pays côtiers d'Afrique de l'Ouest, « la proportion de protéine animale provenant du poisson est extrêmement élevée :
47 % au Sénégal, 62 % en Gambie et 63 % en Sierra Léone et au Ghana820 »821. Pour l'Afrique intérieure, c'est la pêche
continentale qui est vitale : « En Afrique […] les vastes habitats aquatiques intérieurs et les pêches continentales fournissent
une alimentation et des moyens d’existence essentiels aux communautés qui vivent près des cours d’eau et des zones
humides822. » Plus étonnamment, le poisson est aussi un aliment clé pour les zones arides du continent823.
Industries de transformation
L'industrie de transformation manufacturière est, de tout temps, le parent pauvre de l'économie africaine. L'accumulation du
capital ayant manqué, car le continent a vu ses ressources servir à l'accumulation européenne mais pas à la sienne824,825,826,
l'industrie de transformation ne s'est jamais vraiment mise en place827. Pire encore, au cours des décennies allant des
années 1990 à 2010, la part de l'activité manufacturière dans la valeur ajoutée produite n'a cessé de baisser, passant de 13 %
en 1990 à 10 % en 2011827.
Quelques pays ont cependant réussi, partant d'une situation de rente minière ou agricole, à créer des filières de
transformation significatives, générant plus de valeur ajoutée : la Côte d'Ivoire avec la transformation du poisson et du bois,
le Sénégal et la transformation du poisson, le Botswana, riche de ses diamants, avec la transformation de la viande, le
traitement de peaux animales, les aliments pour animaux…, Maurice avec l'industrie textile828,660, la Tunisie, pour laquelle
l'industrie représente 30 % de son PIB829… Il convient de faire une place particulière au géant économique qu'est l'Afrique du
Sud, qui représente à elle seule entre 20830 et 30 % du PIB continental831 et est dotée d'une industrie diversifiéenotes 121 qui
emploie près du quart de la population active et représente près de 30 % de son PIB832.
La désindustrialisation n'est cependant peut-être pas inéluctable car, faute d'accumulation locale, le capital pourrait provenir
de l'étranger. Les investissements directs à l'étranger, qui reprennent en Afrique au début du xxie siècle676, notamment ceux
en provenance de Chine833, sont plus diversifiés qu'auparavant ; ils concernent moins le secteur primaire (agriculture et
industries d'extraction)notes 122 et plus l'industrie manufacturièrenotes 123 ; ainsi, depuis 2008, le principal investisseur dans le
secteur manufacturier éthiopien est la Chine et, au Rwanda, les IDE chinois ont comme cible, après le secteur tertiaire, les
activités de transformation834.
Pour l'heure, cependant, l'industrie manufacturière est globalement « au point mort »notes 124, selon l'expression employée par
le forum économique mondial en 2015835.
Services
Quoiqu'on caractérise l'Afrique par l'abondance de ses ressources naturelles, les services représentent plus de 50 % du PIB
des pays concernés836 et le secteur est en croissance constante837.
Le continent présente un profil de transformation structurelle atypique. Contrairement aux économies occidentales et à
celles de l'Asie du Sud et du Sud-Est, la régression tendancielle de l'agriculture n’a pas profité à l'industrie puis aux services ;
il y a eu « de moins en moins d'agriculture » et « de plus en plus de services » dans l'économie africaine sans qu'elle passe
par une phase intermédiaire d'industrialisation838. Au contraire, l'activité manufacturière a décliné alors que croissait la part
des services839.
Les services accompagnent principalement les activités d'exportation y compris agricoles ; par exemple, « les services
comptent pour 83 pour cent du prix de vente des roses éthiopiennesnotes 125 aux Pays-Bas841. » Mais, parmi les exportations,
ce sont celles des biens manufacturés qui sont le plus associées aux services ; pour le Lesotho et la Tunisie, exportateurs de
tels biens, le poids des services dans leur économie (61,7 %), est supérieur à la moyenne. Les pays les moins concernés
sont les exportateurs de pétrole, chez qui les services représentent 33,9 % du PIB842 (mais c'est dans ces mêmes pays que
la croissance des services est la plus forte)843. Certains petits pays sont fortement dépendants de ce secteur, car
essentiellement tournés vers des services de voyage et de tourismenotes 126 ; en 2013, les services représentaient 75 % du
PIB du Cap Vert845 et 74 % de celui de Maurice846.
La croissance des services, outre les exportations, est aussi causée par la consommation intérieure. L'accroissement
démographique a entraîné une forte demande, notamment en matière de télécommunications, malgré l'insuffisance des
infrastructures847. Le secteur des télécommunications a attiré 74 % de l’investissement privé dans les infrastructures durant
la période 1990-2013848.
En termes de ressources humaines, le secteur des services représente 32,4 % de l’emploi total en Afrique au cours de la
période 2009-2012849 (56,5 % pour l’agriculture et 11 % pour l’industrie850) soit largement moins que sa proportion dans le
PIB. L'importance de l'emploi informel en est la cause, sachant que l'essentiel des services est assuré par de petites
entreprises informelles, notamment dans les sous-secteurs du commerce de gros et de détail ainsi que dans la restauration
et les transports849.
Les pays africains sont quelques-uns à avoir identifié explicitement les services comme priorité économique : le Botswana
pour la saisie et l'analyse de données informatiques ; le Cameroun mise sur les centres d'appel et le télétraitement des
données à l'instar du Rwanda, lequel promeut aussi les services financiers ; la Namibie vise à devenir un hub régional de
transport. Enfin, certains pays sont massivement dépendants du tourisme : Cap Vert, Comores, Ghana, Kenya, Lesotho,
Seychelles851…
Sur le plan international, l’Afrique est un acteur mineur du marché des services ; elle représente 2,2 % des exportations
mondiales de services, et 4 % des importations totales mondiales852 ; sa compétitivité est faible, freinée par des
réglementations et des politiques inefficaces et par le déficit d’infrastructures853.
Tourisme
Le tourisme en Afrique ne cesse de croître. Les visiteurs internationaux du continent étaient 37 millions en 2003, ils sont
65,3 millions en 2014854 ; le chiffre d'affaires correspondant est de 43,9 milliards de $ en 2013. Les premières destinations
touristiques du continent sont, dans cet ordre, le Maroc, l'Égypte, l'Afrique du Sud, la Tunisie et le Zimbabwe855,856.
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Arts et littérature, loisirs
Perspectives socio-historiques
L'Afrique est le « berceau de l'humanité »857,858,859 et, peut-être, le berceau de l'émergence de la pensée symbolique chez
l'homme moderne860. Le continent abrite environ 200 000 sites préhistoriques, grottes et abris sous roche861 ; c'est le plus
riche de la planète en la matièrenotes 127. Des représentations artistiques parmi les plus anciennes qui soient863,864,865, tels
que des objets de parure et des gravures abstraites, marqueurs de la pensée symbolique863,866,867, y ont été trouvées.
Ainsi, au début des années 2000notes 128, dans la grotte de Blombos en Afrique du Sud, on découvre des perles
d'ornement869, faites de coquilles de Nassarius, datées de 72 000 à 75 000 ans ainsi que des plaquettes d'ocre gravées,
datant de 100 000 ans870. Il s’agit des représentations artistiques parmi les plus anciennes au monde871 avec celles d'Oued
Djebbana, en Algérie, qui recelait aussi des perles ornementales datées de 100 000 ans872,873, et celles de la grotte des
pigeons à Taforalt, au Maroc, qui a livré des perles de Nassarius gibbosulus datant de 82 000 ans874,notes 129.
Cela tend à faire reculer la date de l'émergence d'artefacts artistiques d'au moins trente millénaires car « bien longtemps, il a
été admis que les plus anciennes parures, alors datées autour de 40 000 ans, provenaient d'Europe et du Proche-Orient.
Mais, depuis la découverte, en Afrique du Sud, de parures et d'ocres gravées âgées de 75 000 ans, cette idée est remise en
cause874 ».
L'Égypte antique, puissante et durable civilisation dans laquelle la religion occupe une place importante, produit de
nombreuses œuvres dont beaucoup représentent des divinités ou des pharaons, sous forme de peintures, bas-reliefs, hauts-
reliefs, sculptures, poteries décorées, bijoux métalliques… L'écriture y apparaît vers 3200 av. J.-C.132 et sa littérature, faite de
textes religieux et profanes876, est l'une des plus anciennes qui soient877, attestée dès 2700 av. J.-C. par des textes
complexes sur papyrus878. L'architecture est aussi un témoin majeur de l'art égyptien878,notes 130, surtout l'art des pyramides
qui lui confère une réputation universelle. La pyramide de Khéops (vers 2560 av. J.-C.) est l'une des Sept Merveilles du
monde antique, la seule qui soit parvenue jusqu'à nous ; elle fut la plus haute construction humaine durant
4 000 ans880,notes 131.
L'Afrique du nord, sous l'influence de l'aire méditerranéenne puis de l'Islam à partir du viie siècle, abrite l'art de l'Antiquité
tardive — avec, par exemple, le site archéologique de Carthage — (périodes punique, romaine, vandale, paléochrétienne et
arabe881) puis l'art musulman882, avec la grande mosquée de Kairouan en Tunisie, érigée en 670, qui en est l'un des
symboles883. Dans la partie islamisée de l'Afrique subsaharienne, l'art musulman cohabite avec l'art indigène884.
L'Afrique subsaharienne livre des artefacts caractéristiques des cultures (au sens archéologique du terme) qui la peuplent au
fil du temps. Ces objets sont d'abord des objets d'histoire ; l'absence de sources écrites indigènes sur l'Afrique ancienne au
sud du Sahara885 fait qu'ils sont presque les seuls témoins du passé ; même les bâtiments sont souvent absents— on ne sait
toujours pas avec certitude où se trouvait la capitale de l'empire du Mali (xiie – xve siècle)886, d'où l'intérêt des ruines du
grand Zimbabwe —, et les sources écrites, arabo-musulmanes, ne traitent pas du sujet de l'art884. Ces artefacts,
historiquement précieux, acquièrent aussi, au xxe siècle, le statut d'œuvres d'art, ce qui leur vaut une place de choix dans les
musées, sur le marché international actuel et génère aussi un commerce illicite florissant887,notes 132.
« Fétiche » kongo.
« Les arts africains, principalement la sculpture, sont connus en Europe depuis la fin du xve siècle890 » grâce aux premiers
explorateurs portugais qui rapportent des pièces d'ivoire sculptées, dont certaines réalisées à leur demande891. Les pièces
rejoignent les cabinets de curiosité puis les musées qui leur succèdent à partir du xviie siècle892. Mais l'art africain n'est pas
reconnu en tant que tel, les Européens de la Renaissance, férus d'art gréco-romain, considèrent les productions africaines
avec mépris, utilisant le terme « fétiche » — mot venant du portugais du xve siècle, servant à désigner les objets de culte des
religions traditionnelles —, lequel connote la notion d'artificiel, de magique et de grossier893,894.
Ces connotations persistent pendant au moins cinq siècles, jusqu'au début du xxe siècle ; ainsi, David Livingstone, dans ses
relations de voyage datées de 1859, écrit, à propos d'un « fétiche », qu'il s’agit de l'« image grossière d'une tête humaine […]
barbouillée de certaines substances enchantées895 » et le Grand Larousse du xixe siècle, dans sa définition du mot
« fétiche », utilise l'expression « culte grossier des objets matériels »896.
La pénétration coloniale, à la fin du xixe siècle et au début du xxe siècle, permet de découvrir des artefacts, et les objets
recueillis commencent à être étudiés sous l'angle archéologique et ethnologique897. Ainsi et par exemple, l'art rupestre des
grottes de Tsodilo au Botswana (site occupé depuis 100 000 ans av. J.-C.898) est-il connu depuis le milieu du
xixe sièclenotes 133 ; l'art rupestre du Sahara (6000±900 ans av. J.-C.) est étudié depuis la même époque900. Les premières
sculptures d'Ife (avant 800 av. J.-C. — xviie siècle) sont mises au jour en 1911901, à peu près en même temps que les têtes
sculptées de la culture de Nok (1000 av. J.-C. — 300 apr. J.-C.), lesquelles commencent à être étudiées dans les années 1910
et 1930902. Parmi les premiers à rédiger des monographies sur le sujet, Marcel Griaule étudie les masques dogon dans les
années 1930… C'est la sculpture, notamment la sculpture sur bois — dont les masques —, qui mobilise l'attention au
détriment d'autres représentations, considérées comme subsidiaires903.
Marcel Mauss disait : « Un objet d'art, par définition, est l'objet reconnu comme tel par un groupe904 ». C'est donc à la même
époque, vers 1906, que les arts africains commencent à être traités en tant que tels sous l'angle artistique et esthétique :
« les arts africains n'ont acquis leur qualité d'expression artistique authentique qu'après 1906890 », lorsqu'ils commencent à
intéresser, sous le vocable d'« art nègre » — l'expression apparaît en 1912905 —, Picasso et Guillaume Apollinaire, notamment,
et qu'ils inspirent le fauvisme et le cubisme906,907 puis, au début des années 1920, le sculpteur Alberto Giacometti908.
Même si le jugement artistique a évolué, l'« enchantement » de Livingstone continue à être invoqué au xxe siècle notes 134 car
l'intrication du sacré et du profane, caractéristique de la culture africaine, se retrouve tout particulièrement dans l'artnotes 135,
tel celui des masques et des sculptures qui intéresse particulièrement les Européens : « L’un des principaux traits communs
à l’ensemble de l’Afrique noire, dans le domaine de la sculpture, est que les masques sculptés ne sont pas conçus pour être
contemplés comme œuvres d’art, mais pour être utilisés à l’occasion de cérémonies rituelles sociales ou religieuses911 » ; on
considère donc que « l’art africain et, plus généralement l’ensemble des arts premiers, se définissent non pas à partir de leur
esthétique, mais à partir de leur rôle. L’art animiste possède en tout premier lieu une fonction : la communication avec les
esprits897. » L'Occident postule en conséquence qu'on ne peut étudier un objet sans examiner son contexte socio-historique.
L'art africain est donc analysé par les Occidentaux sous le double angle esthétique et ethnologique : « le rapport entre le
matériel conservé et la connaissance de sa réalité contextuelle doit être recherché par un effort particulier et assidu de
documentation, bien au-delà du premier regard esthétique912. » Des expéditions ethnologiques, telle la mission Dakar-
Djibouti qui, en 1931-1933, ramène 3 500 objets, partent étudier la culture africaine in situ, filmant les danses et les chants
qui accompagnent l'exposition des masques et consignant des témoignages de la culture orale913,914.
À l'instar du regard esthétique, le regard ethnologique sur l'art africain n'est cependant pas toujours dépourvu de préjugés ou
de biais méthodologiques. L'association entre l'art et le sacré renvoie l'art africain au « primitif » : « L'image de la sculpture
africaine comme « primitive » et comme associée à des rituels secrets et dangereux continue à influencer la perception de
« l'art africain »915 », surtout lorsque les connotations (relation avec la mort, sacrifice…) véhiculées par les objets sont prises
au pied de la lettre : « Est-ce que l'historien de l'art de la Renaissance oserait parler des images de la Crucifixion comme des
représentations d'un sacrifice humain ? Ou des représentations du Saint Sacrement comme centrées sur l'image du
cannibalisme916 ? »
Réappropriation
Le discours sur l'art africain est monopolisé par l'Occident depuis sa découverte par les Blancs917 ; le discours africain sur
l'art africain apparaît avec des mouvements tels que celui, littéraire, de la « négritude » qui émerge durant l'entre-deux-
guerres918 et les mouvements politiques de l'afrocentrisme — mené par des universitaires, dont Molefi Kete Asante — et de
la Renaissance africaine — avec à sa tête l'ancien président d'Afrique du Sud Thabo Mbeki —, ainsi que via la reconnaissance
croissante de la spiritualité traditionnelle au travers de la décriminalisation du vaudou919 et des autres formes de spiritualité,
qui visent à faire (re)découvrir et (re)valoriser les cultures africaines traditionnelles.
D'un point de vue plus directement artistique, des rencontres mettant en avant la culture et les artistes du continent sont
organisées dès 1956 avec le congrès des intellectuels noirs920. En 1966, à Dakar, le premier festival mondial des arts nègres
est un symbole de la volonté d'appropriation de l'art par les Africains eux-mêmes ; la problématique de la restitution aux pays
d'origine des œuvres présentes dans les musées et chez les collectionneurs occidentaux y est déjà présente. C'est aussi
l'occasion de montrer la diversité de l'art (peinture, sculpture, littérature…) au-delà des masques et des fétiches921,922. Il est
suivi du premier festival panafricain d'Alger en 1969, considéré par certains comme le symbole de la « renaissance culturelle
de l’Afrique »923.
Outre les pièces proprement historiques, les masques, statuettes, sculptures et autres ont acquis le statut d'œuvres d'art. Il
ne s’agit pas d'objets très anciens, « le plus ancien masque africain conservé date du xviiie siècle924 », le bois, le raphia et les
tissus qui les composent ne se conservant pas. Citons, comme pièces représentatives valant des sommes importantes sur
le marché, les statues de Nok au Nigeria (700 av. J.-C. - 300 apr. J.-C.), les têtes en terre cuite d'Ifé au Nigeria (xiie au
xive siècle), les bronzes du royaume du Bénin, actuel Nigeria (xvie et xviie siècles), la statue en métal du dieu Gou, venue du
Bénin (xixe siècle), les reliquaires des Kota du Gabon, les masques Gouro, les masques-cimiers ciwara des Bambaras du
Mali925, les statues Sénoufos du Burkina Faso et de Côte d'Ivoire, ainsi que celles des Luba, les masques Fang du Gabon926…
Tête Plaques de bronze Statue en métal du Tête en terre cuite, Tête sculptée de la Reliquaire Kota,
commémorative du palais du roi du dieu Gou, Bénin, Ifé, Nigeria, entre culture de Nok, Gabon,
e
de roi (oba) du royaume du Bénin, av. 1858. le xii et le Nigeria, vers -500. contemporain.
e e
royaume du Bénin, xvii siècle. xiv siècle.
Nigeria,
xviiie siècle.
Masque Gouro, Cimier ciwara, Statue Sénoufo, Appui-tête Luba, Masque Fang-
e
Côte d'Ivoire, Mali, fin xix siècle, Côte d'Ivoire, république Betsi, Gabon,
e e
xix siècle. début xx siècle. e
xx siècle. démocratique du xixe siècle.
e
Congo, xix siècle.
La présence de ces œuvres africaines dans les collections et musées occidentaux pose, par ailleurs, le sujet de la spoliation
des biens culturels des pays africainsnotes 136. Les puissances coloniales ont prélevé de nombreuses pièces archéologiques
et artistiques à l'époque de la colonisation928 et le florissant marché contemporain de l'art africain contribue à entretenir des
pratiques contestables929 qui amènent la communauté internationale à légiférernotes 137. Acte marquant, durant l'été 2016, le
Bénin dépose auprès de la France une demande officielle, une première pour une ancienne colonie d'Afrique francophone,
celle de lui restituer les œuvres emportées à l'époque de la colonisation ; la demande porte sur environ 5 000 pièces931,932.
Musique et danse
Djembé du Ghana.
Harpe mvett.
Outre les masques, les danses et les chants qui, souvent, les accompagnent, ont conféré à l'Afrique subsaharienne une
identité propre933. Avec mille ethnies et un milliard d'habitants, l'Afrique est culturellement multiple, mais les musiques et les
danses africaines partagent quelques traits distinctifs. Dans la culture traditionnelle, musique, danse et exposition des
masques forment fréquemment un triptyque. La musique est essentiellement rythmique et centrée sur la transmission orale,
d'où la grande importance du texte934. Les instruments sont très divers mais la rythmique fait la part belle aux percussions
et, notamment, aux tambours935.
Malgré une rencontre « traumatique »trad 6 entre les cultures, l'Afrique a aussi influencé certaines musiques occidentales, tels
le jazz, directement inspiré par les rythmes de l'Afrique de l'Ouest et créé par les esclaves noirs déportés en Amérique937,
l'afrobeat (années 1970), créée par Fela Kuti, le highlife (années 1920)887… Ses propres musiques de l'époque
contemporaine, rumba congolaise, soukous, coupé-décalé par exemple, s’exportent dans le monde entier à partir des années
1960938, et encore plus avec les métissages croisés de la world music939,940 qui naît en 1986 avec l'album Graceland de Paul
Simon941,942,940. « L’art nègre a inspiré Picasso et d’autres artistes ; et les rythmes syncopés de la musique et des danses
africaines résonnent aujourd’hui dans le monde entier943. »
L'Afrique du nord, quant à elle, propose essentiellement la musique berbère, prolongement de la culture des premiers
habitants libyques, suivie de la musique arabo-andalouse944.
Littérature
« D’une manière générale, toutes les traditions africaines postulent une vision religieuse du monde945 ». Dans la culture
typique de l'Afriquenotes 138, la parole est considérée comme possédant une puissance qui permet d'agir sur le maintien ou la
rupture de l'harmonie du monde947. Il y a donc un « grand respect de la parole […] particulièrement lorsqu’il s’agit de
transmettre les paroles héritées des ancêtres ou des aînés947. » Dans des sociétés aux langues non-écrites, l'oralité est donc
un élément culturel, notamment pédagogique, fondamental.
Le récit oral africain prend les deux formes principales de l'épopée et du conte948. L'épopée raconte la vie de héros
fondateurs, plus ou moins historiques, comme dans l'épopée de Soundiata949 et celle de Silâmaka et Poullôri, ou bien relate
le mythe fondateur d'un peuple, comme dans le Mvett, légende des origines du peuple Fang950,951. Le conte, quant à lui,
véhicule une morale et un système de valeurs952,953. Les deux mettent l'accent sur le poids des actes mais aussi des paroles
qui peuvent changer le monde pour le bien ou le mal. L'épopée (chant épique) et le conte sont le plus souvent
chantés954,notes 139.
Certains récits sont consignés par écrit assez tôt, dès 1828955, et d'abord examinés sous l'angle de l'ethnologie (le texte
considéré comme « reflet de la culture ») et de la linguistique (phonologie, commentaires linguistiques)956.
Il faut attendre longtemps, jusqu'aux alentours des années 1970, pour qu'apparaisse l'étude critique, au sens « critique
littéraire », des œuvres (stylistique…)957,958. C'est ainsi que paraît, en 1970, Oral litterature in Africa de Ruth Finnegan, ouvrage
important en la matière959,960. Cette évolution dans le regard porté sur la littérature orale se produit au moment où la
littérature négro-africaine, écrite dans la langue du colonisateur, commence à obtenir de la visibilité, avec, par exemple pour
l'aire culturelle francophone, Léopold Sédar Senghor, Mongo Beti, Ferdinand Oyono, Ousmane Sembène (Sénégal)961,
Guillaume Oyônô Mbia, … Certains auteurs, tel Léopold Sédar Senghor, se déclarent, du reste, explicitement héritiers de la
culture orale africaine et, en particulier, de sa poésie962.
D'autres personnalité de la littérature sont Bessie Head (Afrique du Sud/Botswana), Lília Momplé (Mozambique), Grace Ogot
(Kenya), Ama Ata Aidoo et Amma Darko (Ghana), Amadou Hampâté Bâ, Francis Bebey (Cameroun), Mongo Beti (Cameroun),
Mia Couto (Mozambique), (Ghana), Emmanuel Dongala (République populaire du Congo), Nuruddin Farah (Somalie), Ben
Okri (Nigeria), Waris Dirie (Somalie) et Damon Galgut (Afrique du Sud).
La Sénégalaise Mariama Bâ est la première romancière africaine francophone à décrire la place faite aux femmes dans sa
société dans son livre Une si longue lettre963,964
La littérature, qui commence à émerger avant les indépendances, présente d'abord un aspect protestataire à l'encontre des
colonisateurs ; après l'émancipation politique, à partir des années 1960, elle traite des difficultés internes aux nouveaux
États, notamment la critique des dictateurs965. Mais le xxie siècle, quant à lui, voit les auteurs déclarer vouloir s'affranchir de
leurs identités africaines et revendiquer une identité artistique purement littéraire965.
En 2016, l'Afrique compte trois lauréats du prix Nobel de littérature966 : Wole Soyinka, 1986, nigérian, d'expression anglaise ;
Naguib Mahfouz, 1988, égyptien, d'expression arabe ; Nadine Gordimer, 1991, Sud-Africaine, d'expression anglaise. J.M.
Coetzee, d'expression anglaise, originaire d'Afrique du Sud, naturalisé australien en 2006, reçoit le prix Nobel en 2003967.
Spectacle vivant
Les acteurs, danseurs, chanteurs, conteurs ne sont pas nécessairement des professionnels du spectaclenotes 141 — sauf à la
cour des rois et, pour la partie concernée de l'Afrique de l'Ouest, la caste des griots — et les troupes de danseurs
professionnels rémunérés se créent pendant la colonisation dans les années 1930974.
Le théâtre « consistant à jouer une intrigue sur une scène […] en utilisant un texte appris par cœur » est absent de la culture
traditionnelle. Propre à la culture urbaine, il est importé par les Occidentaux et s'implante progressivement à l'époque
moderne971.
Arts corporels
L'art des costumes, des bijoux et parures diverses, des coiffures, des peintures corporelles et des scarifications est aussi
varié que peut l'être la culture africaine aux mille ethnies. L'art corporel servait à matérialiser l'appartenance à une ethnie, une
religion, était typique d'un sexe, d'une classe d'âge, d'une situation matrimoniale, de la situation sociale975…
Le régime colonial était fortement opposé à ces pratiques et d'incessantes campagnes furent menées pour mener à de
« saines habitudes de décence » en matière d'habillement et éliminer tout art corporel. Les études sur le sujet sont donc
rares et tardives. Les gouvernements d'après l'indépendance n'ont pas eu plus de tolérance de ce point de vue, certains
régimes créant même de toutes pièces des « costumes nationaux » dont le port était censé refléter l'adhésion à l'identité
nationale du nouvel État975,976.
Articles détaillés : Cuisine africaine, Théâtre africain, Littérature africaine, Musique africaine et Art contemporain africain.
Articles connexes : Les statues meurent aussi, Festival mondial des arts nègres et Négritude.
Aucun domaine de l'art n'échappe à l'Afrique au xxie siècle, sculpture, peinture, bande dessinée, littérature, cinéma, mode,
cuisine, danse977, musique… L'art et les artistes africains sont présents partout, thématiquement et géographiquement, dans
un marché de l'art devenu planétaire978. Les influences croisées sont innombrables et très anciennes : les premières
cuillères sculptées en Afrique datent du xvie siècle, elles étaient inconnues avant l’arrivée des Portugais qui les
commandèrent aux artisans locaux979 et, en sens inverse, l'Afrique inspira l'Occident en matière de peinture, de mode, de
musique…
Les artistes contemporains sont, pour beaucoup, porteurs d'une culture « hybride »980,notes 142, certains tournant même les
stéréotypes culturels en pastiches982 afin de s’en démarquer. L'art africain n'est plus et ne veut plus être celui de la tradition,
de la contestation coloniale, de la critique sociale ou de la négritudenotes 143, mais un art « inséré dans l’art contemporain
universel », qui veut être jugé uniquement sur ses qualités à l'instar de tous les autres984.
Depuis les années 1990, il est constaté « une mondialisation de la scène artistique qui se traduit par une extension
multiculturelle de l’offre ». Les espaces de diffusion connaissent donc une plus grande expansion geographique et des
manifestations culturelles de rang international, telles que la Biennale de Dakar, les Écrans noirs, le MASA et bien d’autres, se
multiplient chaque année et attirent des milliers de visiteurs ainsi que des experts et acteurs culturels originaires du
continent africain et d’ailleurs985.
Cinéma
Les premières séances de cinéma en Afrique datent de 1905 en Égypte et des années 1920 en Afrique subsaharienne ; les
séances ont lieu dans des théâtres urbains et sous forme de projections itinérantes dans les zones rurales. Concernant la
création, « le premier film tourné par un Africain est sans doute Zohra (1922), une production tunisienne, bientôt suivie de La
Fille de Carthage (1924), Leila (1926) et de Zainab (1926) »986.
Le cinéma égyptien et le cinéma tunisien sont parmi les plus anciens du monde. Le cinéma égyptien, en particulier, est une
industrie établie et florissante en Afrique. Les pionniers Auguste et Louis Lumière ont projeté leurs films à Alexandrie, au
Caire, à Tunis, à Suse, en Libye, et à Hammam-Lif, en Tunisie, en 1896. Albert Samama Chikly est souvent cité comme le
premier producteur de cinéma africain indigène, projetant ses propres courts métrages documentaires au casino de Tunis
dès décembre 1905. Aux côtés de sa fille Haydée Tamzali, Chikly produira d'importants films d'époque tels que La fille de
Carthage (1924). En 1927, l'Égypte produit Laila, le premier long métrage d'Aziza Amir, considérée comme la marraine du
cinéma africain987.
En 1935, le Studio Misr du Caire commence à produire des comédies et des comédies musicales, mais aussi des films
comme The Will (1939) de Kamal Selim. Le cinéma égyptien a prospéré dans les années 1940, 1950 et 1960, considérées
comme son âge d'or. Le film phare de Youssef Chahine, Gare centrale (film) (1958), a jeté les bases du cinéma arabe.
Malgré ces débuts pionniers, les réticences des gouvernements coloniaux et le manque de moyens font cependant que la
majeure partie du continent ne voit réellement émerger des réalisations locales qu'à partir des années 1970986 et il est,
jusqu'à nos jours, financé par des fonds occidentaux988 ; son développement reste cependant modeste989.
Dès les années 1990, la production cinématographique s'effondre, tandis que les salles de cinéma ferment au point que
certains pays n'ont actuellement plus aucune salle de cinéma sur leur territoire990,991. Le Festival panafricain du cinéma et
de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), un des plus grands festivals africains, dont la 24e édition s'est tenue en 2015,
tente de préserver et promouvoir le cinéma africain992.
Il existe cependant l'exception nigériane de Nollywood. Le Nigeria produit près de deux mille films par an, et est ainsi le
deuxième producteur mondial en quantité, derrière l'Inde et Bollywood et devant les États-Unis993. Il s'agit de sorties directes
en VCD de productions à petits budgets, pour plus de la moitié en langues locales, dont la qualité artistique est jugée
« contestable »994,993 et la qualité technique trop basse pour une exploitation ne fût-ce qu'à la télévision995.
La production africaine est cependant capable de briller sur la scène internationale, comme dans les autres domaines
artistiques, lorsque « la qualité, le genre, les thèmes des films prennent le pas sur des critères géographiques ou politiques »,
comme en témoigne sa présence dans les festivals internationaux tel celui de Sundance996.
Sports
Les cinquante-quatre pays souverains du continent ont une équipe de football faisant partie de la Confédération africaine de
football997. L'Égypte a remporté sept fois la coupe d'Afrique des nations, suivie par le Cameroun (cinq fois) ensuite le Ghana
(quatre fois)998. L'Afrique du Sud accueille la coupe du monde de football de 2010, devenant le premier pays africain à le
faire999. Les clubs et les championnats locaux sont cependant confrontés au manque d'infrastructures et de
financement1000.
Le rugby à XV est populaire en Afrique du Sud, Namibie, Zimbabwe et au Kenyanotes 144. Neuf équipes africaines figurent
parmi les cinquante premières du classement World Rugbynotes 145. La compétition continentale est la coupe d'Afrique de
rugby à XV, créée en 2000 ; en 2016, les équipes les plus titrées sont la Namibie (6 titres), l'Afrique du Sud (3 titres, mais n'a
participé qu'à cinq reprises en raison de sa trop grande supériorité), le Maroc et le Kenya (2 titres), l'Ouganda et le Zimbabwe
(1 titre). Il existe aussi une compétition, l'Africa Cup 2, pour les équipes de seconde division1003.
Le cricket est populaire en quelques endroits. L'Afrique du Sud et le Zimbabwe jouent au plus haut niveau (respectivement 3e
et 12e places mondiales)1004, le Test cricket, tandis que le Kenya était l'équipe africaine leader au niveau inférieur, le One-day
International1005. Les trois pays ont conjointement accueilli la coupe du monde de cricket de 20031006. La Namibie est l'autre
nation africaine à avoir participé à la coupe du monde en 20031006. Le Maroc a accueilli un tournoi de cricket en 20021007,
mais son équipe nationale n'a jamais été qualifiée pour un tournoi majeur.
Les Jeux africains, reconnus par le Comité international olympique, sont organisés tous les quatre ans par l'Association des
comités nationaux olympiques d'Afrique ; ils ne mobilisent cependant pas nécessairement les meilleurs athlètes
africains1008,1009.
La place du continent sur la scène sportive internationale est mineure si l'on considère sa place aux Jeux
olympiques1010,1011.
Le sport, moderne et codifié, se développe sur le continent à l'initiative des États plutôt que de celui de la société civile (à
l'inverse de l'Occident). Sous la coupe des politiques, il sert de levier et est, par exemple, un moyen du
panafricanisme1012,1013. Le sport est aussi un élément de politique internationale en Afrique, par exemple via la construction
de stades par les Chinois1014. Un exemple, parmi les plus connus, de la rencontre du sport et de la politique est le rugby, qui
fut un outil de l'unité de l'Afrique du Sud post-apartheid en même temps qu'un symbole du rayonnement international du
pays, avec l'organisation de la Coupe du monde 19951015,1016. Le sport est par ailleurs considéré comme un moyen du
développement social de la population et, à ce titre, bénéficie de l'aide internationale1017,1018,1019.
Notes et références
Traductions
1. (en) « Africa’s climate is already changing and the impacts are already being felt72. »
2. (en) « African urbanization is a poverty-driven process and not the industrialization-induced socio-economic transition it
represented in the world’s other major regions. »
3. (en) « 3 of the bottom 10 countries are from the Middle East and North Africa region – Iraq, Libya and Sudan. […] in Sub-
Saharan Africain […] Forty out of the region’s 46 countries show a serious corruption problem. »
4. (en) « Libya's economy, almost entirely dependent on oil and gas exports. »
5. (en) « Africa has the greatest variety as well as some of the oldest art. »
Notes
1. 30,4 millions km2 avec les îles, ce qui le place après l'Asie (43,8 millions de km2) et l'Amérique (42,2 millions de km2).
3.
La température la plus haute relevée en Afrique a été, durant 90 ans, de 58,20 °C à El Azizia, en Libye. Ce record
mondial, daté du 13 septembre 1922, fut invalidé le 13 septembre 2012 par l'Organisation météorologique mondiale34.
5. « quatre-vingt-dix pour cent des terres agricoles en Afrique dépendent de l’agriculture pluviale42. »
6. « Nigéria 2 167 m3, Niger 2 429 m3, Mauritanie 3 548 m3, Mali 7 405 m3, Côte d’Ivoire 4 500 m3, Sénégal 3 332 m3. Le
Burkina Faso doit composer avec une dotation brute de 1 316 m352. »
8. 23 % selon Jean Denis Sonwa et Johnson Nkem, Les forêts du bassin du Congo et l'adaptation aux changements
climatiques, Karthala, 2014 (lire en ligne (https://books.google.fr/books?id=iv2RAgAAQBAJ&pg=PA8) [archive]), p. 8.
9. Par comparaison, 29,7 % en France métropolitaine, 34,1 % pour le Canada54 et 31 % au niveau mondial55.
10. Le Gabon56,57.
11. À titre d'exemple, la richesse et l'endémisme floristique de Madagascar sont exceptionnels ; l'île accueille 6 400 des
7 900 phanérogames connus.
13. L'Égypte est généralement considérée comme un pays transcontinental entre l'Afrique du Nord et l'Ouest de l'Asie.
14. Le premier drapeau est celui utilisé par les révolutionnaires dont le gouvernement occupe une partie du territoire libyen,
et qui est reconnu par une partie de la communauté internationale.
15. L'administration est séparée entre le Maroc et de facto l'État partiellement reconnu indépendant République arabe
sahraouie démocratique, les deux réclamant le territoire entier.
16. Christian Bouquet, « L’artificialité des frontières en Afrique subsaharienne », Les Cahiers d’Outre-Mer, no 222,
avril-juin 2003 (DOI 10.4000/com.870 (https://dx.doi.org/10.4000/com.870), lire en ligne (http://com.revues.org/870) [archive], consulté le
31 août 2015) — « Le tracé des frontières, avalisé aux indépendances par l’Organisation de l’Unité Africaine, est donc une
construction largement artificielle. Il en a résulté des conflits frontaliers qui, s’ils se généralisaient, pourraient
rapidement déboucher sur une recomposition territoriale inédite, mais aussi une dynamique économique très
florissante autour de la contrebande et de la corruption (p. 181). ».
17. Jean-Michel Severino et Olivier Ray, Le temps de l'Afrique, Paris, Odile Jacob, coll. « Poches Odile Jacob », 2011, 408 p.,
epub (ISBN 978-2-7381-2677-1) — « L'Afrique subsaharienne est aujourd'hui figée en une mosaïque d'entités politiques aux
espaces trop grands (RDC), trop petits (Burundi), trop arides (Niger) ou trop enclavés (République centrafricaine) pour
constituer des ensembles économiques cohérents (p. 27). ».
18. Paul Collier, Les performances de l'Afrique sont-elles les conséquences de sa géographie ?, Centre for the Study of
African Economies, Department of Economies, Oxford University, février 2008 (lire en ligne (http://cerdi.org/uploads/sfCmsCont
ent/html/273/Collier.pdf) [archive] [PDF]) — « En comparaison de ce que l’on peut observer dans d’autres régions du monde,
la part relativement élevée des pays à la fois pauvres en ressources et enclavés contribue à une perte de croissance de
l’ordre d’un point de croissance du PIB régional (p. 2). ».
20. Ainsi et par exemple : « Les recettes douanières et fiscales [sont les] principales sources de revenus du Bénin98 ».
22. « Très tôt la culture égyptienne […] s’est séparée de son environnement occidental et méridional […] les différences
profondes du mode de vie établissent une distance entre Égyptiens et peuples voisins. » : Abd el Hamid Zayed et J.
Devisse (collab.), chap. 4 « Relations de l'Égypte avec le reste de l'Afrique », dans G. Mokhtar (dir.), Histoire générale de
l'Afrique, vol. 2 : Afrique ancienne, UNESCO, 1999, p. 136.
23. Que l'on fait conventionnellement remonter à l'émergence de l'écriture, soit, en la circonstance, aux alentours de
3200 av. J.-C. en Égypte.
24. Le site astronomique de Nabta Playa est ainsi notablement plus ancien que celui de Stonehenge.
25. On a avancé que les habitants de Nabta Playa étaient à l'origine de la civilisation de l'Égypte pré-dynastique ((en) Fred
Wendorf, « Late Neolithic megalithic structures at Nabta Playa (http://www.egyptologie.be/nabta_playa_W&S.ht
m) [archive] », 1998).
26. Ces migrations s'étalent sur une durée totale de 4 000 ans, se poursuivant jusqu'au xixe siècle : « L’expansion se fit sur
une longue durée puisqu’au xixe siècle, elle n’était pas complètement terminée en Afrique orientale149. »
27. Les bantous ne forment pas un « peuple » ; il s'agit de l'ensemble des locuteurs d'un groupe linguistique qui comprend
environ 400 langues.
28. L'Égypte connaît deux périodes de domination perse, entre 525 av. J.-C. et 522 av. J.-C. lorsque Cambyse II conquiert le
pays et devient pharaon et entre 341 av. J.-C. et 332 av. J.-C. lors de sa conquête par Artaxerxès III.
29. Sous domination romaine, Carthage redeviendra, au iie siècle, une des plus grandes villes du monde romain.
30. L'Empire romain comptera jusqu'à huit provinces en Afrique, La Tripolitaine, la Byzacène, l'Afrique Proconsulaire, la
Numidie Cirtéenne, la Numidie militaire, la Maurétanie Césarienne, la Maurétanie Sitifienne et la Maurétanie Tingitane.
31. Les dates de l'utilisation du dromadaire en tant qu'animal domestique ne font pas consensus. Du plus récent au plus
ancien, il aurait été introduit soit par les romains, soit il proviendrait du Moyen-Orient et aurait été introduit avant
l'arrivée des romains, soit il résulterait d'une domestication très ancienne du chameau sauvage du Sahara, dont la
présence est attestée dès le pléistocène. Cf. Rachid Bellil, Les oasis du Gourara (Sahara algérien), Peeters Publishers,
1999, 307 p. (lire en ligne (https://books.google.fr/books?id=Vl5YrF16t-gC&pg=PA71) [archive]), p. 70-71 et G. Camps, M. Peyron et
S. Chaker, « Dromadaire », dans Gabriel Camps (éd.), Encyclopédie berbère, vol. 17 : Douiret – Eropaei, Aix-en-Provence,
Edisud /Peeters Publishers, 2011 (1re éd. 1996) (lire en ligne (http://encyclopedieberbere.revues.org/2119) [archive]).
32. Plus tard, vers le ixe siècle, ce sera l'or d'Afrique qui fournira le monde occidental bien avant l'arrivée de l'or américain
venant du Pérou et du Mexique. Cf. Petite histoire de l'Afrique, chap. 5, pp. 3-6/15.
33. Grâce aux mariages par exemple, Céline Olszewski, « La conquête et l'expansion arabo-musulmane en Afrique du Nord
et en Afrique orientale (http://histgeo.discipline.ac-lille.fr/college/mise-en-oeuvre/mise-en-oeuvre-5eme/dossier-du-gro
upe-college/la-conquete-et-lexpansion-arabo-musulmane-en-afrique-du-nord-et-en-afrique-orientale) [archive] », sur Site
disciplinaire Histoire-géographie et éducation civique, Académie de Lille — Les mariages entre Arabes et Africaines de
l'Est ont aussi contribué à créer une culture métissée.
35. Zakari Dramani-Issifou, chap. 4 « L’Islam en tant que système social en Afrique depuis le viie siècle », dans Mohammed
El Fasi (dir.), Ivan Hrbek (codir.), Histoire générale de l'Afrique, vol. 3 : L’Afrique du viie au xie siècle, UNESCO, 1990, p. 126
— Ainsi, sans guerres, sans prosélytisme violent, l’islam a-t-il marqué des points, en terre d’Afrique, avant le […]
xiie siècle […] Souvent, on se contente d’une conversion assez formelle du prince […] S’il en est ainsi des princes […],
qu’en est-il des commerçants « convertis » à l’occasion d’un échange rapide, fidèles associés mais probablement
musulmans un peu superficiels ? Quant au monde rural, il n’a pas été question de toucher à ses croyances et à ses
pratiques : ce serait désorganiser toute la société et ses formes de production.
37. La richesse de l'empire repose sur l'or. En 1324, à l'apogée de l'empire, le mansa (roi des rois), Kanga Moussa, à
l'occasion d'un pèlerinage à La Mecque, déverse tant d'or — une dizaine de tonnes semble-t-il — dans l'économie
moyen-orientale qu'il fait baisser pour plusieurs années le cours du métal précieux. Cf. « Kankan Musa ou Mansa Musa,
empereur du Mali (1312-1337) (http://www.universalis.fr/encyclopedie/kankan-musa-mansa-musa/) [archive] »,
38. Les Portugais prennent pied sur le continent dès 1415, avec la prise de Ceuta.
40. Les Portugais commencent leur expansion outre-mer dès 1415, en s'installant à Ceuta (actuel Maroc) puis en
s'implantant, au fil du temps, le long de la côte ouest du continent. Ils atteignent le Cap-Vert en 1444, le Sénégal en
1445, le golfe de Guinée en 1460 ; ils doublent le cap de Bonne-Espérance en 1488.
41. Par ailleurs, la traite africaine est précocement et paradoxalement justifiée par ceux qui défendent les droits des
Amérindiens ; ainsi Bartolomé de las Casas (1474 ou 1484-1566), prêtre aumônier des conquistadores, fut accusé, en
ayant pris la défense des indigènes, d'avoir favorisé l'utilisation d'esclaves noirs à la place217,218,219.
42. L'article « esclavage » dit ainsi « Les peuples qui ont traité les esclaves comme un bien dont ils pouvoient disposer à
leur gré, n’ont été que des barbares » in L’Encyclopédie, 1re éd. 1751 (Tome 5, p. 937).
45. Vers la fin du xixe siècle, la Royal Navy agit aussi en Afrique du Nord et dans l'océan Indien.
46. « En 1830, la colonisation française de l’Algérie signe l’arrêt définitif de l’activité des pirates de la côte berbère248. »
48. « La carte d’Afrique publiée par Jean-Baptiste Bourguignon d'Anville en 1749 […] [montre] des tracés hydrographiques
assortis de notes exposant les hypothèses établies à leur sujet à partir des géographes grecs et arabes258. »
David Livingstone traverse l'Afrique d'ouest en est entre 1849 et 1856, puis part à la recherche des sources du Nil
en 1871 ;
Richard Francis Burton explore l'Afrique centrale (1856-1860) et recherche les sources du Nil (1864) ;
Henry Morton Stanley part à la recherche de Livingstone (1871) et explore l'Afrique d'est en ouest (1878) ;
Paul Belloni Du Chaillu explore la région de l'actuel Gabon entre 1855 et 1867 ;
51. Les zones côtières sous domination européenne en 1880 concernaient les actuels Sénégal, Sierra Leone, Ghana
(nommé Gold coast à l'époque), le littoral d'Abidjan en actuelle Côte d'Ivoire, les alentours de Porto-Novo dans ce qui
était le Royaume de Dahomey (actuel Bénin), l'île de Lagos dans l'actuel Nigeria, le delta du Gabon et des bandes
côtières de l'Angola et du Mozambique actuels.
52. À partir de la Colonie du Cap, établie par les Portugais en 1691, passée sous contrôle néerlandais puis anglais, l'Afrique
australe avait vu la formation des Républiques boers, notamment le Natal (1838), la République sud-africaine du
Transvaal (1852) et l'État libre d'Orange (1854), à l'issue du Grand Trek commencé en 1835.
53. « Le nombre des habitants du Congo belge fut réduit de moitié pendant les quarante premières années de la
domination coloniale, celui des Herero des quatre cinquièmes, celui des Nama de moitié et celui de la Libye d’environ
750 000296. »
54. L'empire colonial britannique, qui s'étend d'ailleurs largement au-delà du continent africain, est un exemple type du
concept d'économie-monde, forgé par Fernand Braudel en 1949300.
55. L'Union d'Afrique du Sud reste cependant sous domination des blancs d'origine européenne, qui mettront en place la
politique d'apartheid.
56. L'indépendance de l'Égype, obtenue de jure du Royaume-Uni en 1922, est toute relative, voire factice306, les Britanniques
conservant notamment le contrôle du Canal de Suez.
57. Formule de Paul Reynaud, ministre des colonies, cité par Girardet 1968, p. 1093.
58. « la valorisation idéologique et affective des empires coloniaux atteint son zénith dans les années trente — Bernard
Droz, Histoire de la décolonisation au xxe siècle, Seuil, 2006, p. 17 »
59. Les Britanniques avaient, dès 1947, eu à gérer la décolonisation de l'Inde et étaient conscients que le même
mouvement allait toucher l'Afrique322.
60. C'est cependant une indépendance toute relative, car l'ingérence européenne reste prépondérante324
61. « 87 % de la longueur de ces frontières, soit 70 000 km sur un total d’environ 80 000 km, [sont] directement hérités des
partages coloniaux328. »
63. La paternité du mot « néocolonialisme » est attribuée à Jean-Paul Sartre, qui l'utilisa dans la revue Les Temps
modernes en 1956. C'est Kwame Nkrumah, père de l'indépendance du Ghana, qui popularise le terme à partir de
1965337.
64. Ainsi les opérations contre Patrice Lumumba en 1961 ou contre Kwame Nkrumah en 1966 et, à l'inverse, les opérations
de soutien à Mobutu Sese Seko au Shaba, dans les années 1970338.
67. Severino et Ray donnent cet exemple pour la Côte-d'Ivoire : « Alors que la pauvreté touchait en 1985 moins de 1 % de la
population urbaine, un urbain sur cinq vivait en dessous du seuil de pauvreté en 1995354. »
68. À titre de comparaison, la dette publique française représente 95 % de son PIB en 2014361. Plus largement, dette
publique des États du G7 en décembre 2013362 : Japon : 243,2 % du PIB, Italie : 132,5 % du PIB, États-Unis : 104,5 % du
PIB, France : 93,9 % du PIB, Royaume-Uni : 90,1 % du PIB, Canada : 89,1 % du PIB, Allemagne : 78,1 % du PIB.
69. MINURSO au Sahara occidental, MINUSMA au Mali, MINUL au Liberia, ONUCI en Côte d'Ivoire, FISNUA au Soudan,
MINUSS au Soudan du Sud, MINUAD dans la province du Darfour, au Soudan, MONUSCO en république démocratique
du Congo et MINUSCA en République centrafricaine.
71. « Aux conflits de la période de la guerre froide, caractérisés par des oppositions idéologiques et le soutien des grands
blocs, ont succédé des guérillas multiformes davantage intranationales avec retrait partiel des grandes puissances. […]
Les conflits africains diffèrent selon leur dimension territoriale : les guerres opposent rarement des armées nationales,
exception faite entre l’Érythrée et l’Éthiopie où il s’agit de guerres westphaliennes avec guerres de tranchées et de
blindés et revendications territoriales. Internes aux États, ils s’articulent aux réseaux régionaux et internationaux,
notamment à la mondialisation criminelle ; il y a emboîtement d’échelles du local au global. Tel est le cas des trois
grands conflits du Darfour, de la Somalie et de la RDC101 ».
72. « Les études empiriques qui cherchent à expliquer les guerres civiles se multiplient depuis quelques années, mais sont
généralement très contestées en ce qui concerne la méthodologie, les données et l’interprétation des résultats374. »
73. Ce qui est une cause dans un cas est la conséquence dans un autre…
75. « l'Afrique n'est en fait qu'en train de rattraper un retard démographique qu'elle avait lentement accumulé au cours des
trois derniers siècles de traite et de colonisation. […] vers 1650 l'Afrique représentait alors 20 % de la population
mondiale419. »
76. Le continent africain est celui où les opérateurs européens voient leur chiffre d'affaires progresser le plus425.
77. 82 % selon Alain Dubresson, Sophie Moreau, Jean-Pierre Raison et Jean-Fabien Steck, L'Afrique subsaharienne : Une
géographie du changement, Armand Colin, 2011, 256 p., p. 54, 75 % selon « Migrations subsahariennes : les idées reçues
à l’épreuve des chiffres », Questions de développement,novembre 2015 (lire en ligne (http://librairie.afd.fr/filtres/?terms=108
5) [archive]).
78. 70 millions selon Christophe Daum et Isaïe Dougnon, « Les migrations internes au continent africain », Hommes et
Migrations, no 1279 « L'Afrique en mouvement »,2009, p. 6-11, 20 millions selon Alain Dubresson, Sophie Moreau, Jean-
Pierre Raison et Jean-Fabien Steck, L'Afrique subsaharienne : Une géographie du changement, Armand Colin, 2011,
256 p., p. 54.
79. « L’urbanisation africaine est un processus engendré par la pauvreté, et non la transition socioéconomique, induite par
l’industrialisation, comme cela a été le cas dans les autres grandes régions du mondetrad 2,456. »
80. Le parallèle est parfois fait entre la situation des villes africaines et les « classes laborieuses, classes dangereuses » de
la France du début du xixe siècle étudiées en 1958 par Louis Chevalier464,465.
81. « Dans l'histoire africaine précoloniale, toutes les constructions étatiques étaient à base ethnique. Mieux : quand elles
débouchèrent sur des ensembles pluriethniques, ce furent des entreprises sans lendemain(1). 1) Il y a quelques contre-
exemples, mais ils sont rares, l'entité toucouleur ; et, dans un autre esprit, les empires musulmans, nés des djihad, qui
furent parfois des "agglomérateurs" ethniques ».
82. « C'est bien plutôt la colonisation qui a figé et cristallisé les sociétés africaines sous le label ethnique, qui les a
identifiées et cartographiées en fonction de ses exigences administratives et économiques. On se rend compte
aujourd'hui que nombre d'entités ethniques n'avaient pas de réels équivalents dans l'univers précolonial, ou plutôt que
les sociétés qui sont censées leur correspondre ne s'identifiaient pas aux noms et aux territoires qui leur sont dévolus
désormais485. »
83. « ethnie - nom féminin (grec ethnos) : Groupement humain qui possède une structure familiale, économique et sociale
homogène, et dont l'unité repose sur une communauté de langue, de culture et de conscience de groupe493. »
84. « Des fois, avant de se faire soigner, des gens regardaients discrètement si l'infirmier ou l'infirmière était de son ethnie
ou pas499. »
85. « l'État est volontiers considéré comme un “ pur produit d’importation ” en Afrique et en Asie, selon l’expression
désormais classique de Bertrand Badie et de Pierre Birnbaum511. »
86. « Prenons par exemple un chirurgien qui doit précipitamment quitter l'hôpital parce que l'enfant d'un parent est en train
de mourir. En tant que directeur de sa clinique, il est un professionnel moderne responsable de centaines de patients.
Mais en tant qu'un des quelques chanceux qui ont pu accéder à une éducation supérieure grâce à l'aide de sa famille
élargie, il est obligé de soutenir les nombreux membres de son clan et d'être leur docteur. Ne pas être là dans l’une ou
l’autre situation aura pour conséquence de lourdes sanctions de la part des deux systèmes513. »
87. « Quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle », disait Amadou Hampâté Bâ523
88. Par exemple, « chez les Bakoko [du Cameroun], l'idée d'appropriation individuelle de la terre est inconcevable, la terre
appartenant au Ngué, force créatrice habitant dans la terre528. »
89. « Les États africains désormais indépendants recueillent donc de la période coloniale un système foncier double,
constitué par la coexistence d‘un droit moderne hérité de la puissance colonisatrice et d’un droit coutumier assez
modifié. D’impérieuses raisons économiques et sociales commandent de doter ces États d’un droit foncier conforme
aux exigences du développement535. »
90. « Nous éviterons l'appellation d'animisme qui […] ne sied nullement aux religions des terroirs, aux cultes ancestraux et
aux cultes de possession qui existent en Afrique551. »
91. « pour de nombreux islamisés il est difficile de distinguer ce qui est proprement islamique de ce qui relève de la culture
swahili au sens profane du terme560. »
92. « En Afrique, la religion informe tout. Son emprise s'étend à la vie politique, sociale, familiale558. »
93. Par exemple : « Les prophètes du Bwiti fang ont cependant transformé à partir des années 50 ce dispositif en utilisant
les ressources des visions d’eboga pour « aller voir » les héros chrétiens (Jésus, Marie, St Michel, etc.)565 »
94. Chaque année, à l'occasion d'un jour férié586, le Bénin fête les religions traditionnelles587.
95. Par exemple, « tout chrétien que je suis, je n'ai jamais cessé d'être animiste ; je continue à croire que mes ancêtres sont
mes intercesseurs auprès de l'Être suprême et qu'ils continuent de veiller sur moi. Tout chrétien que je suis, je n'ai
jamais cessé de croire que l'homme peut se transformer en arbre, en animal, en pierre, et que dans ce monde,
l'essentiel est invisible pour les yeux », in François Kabasele Lumbala, Renouer avec ses racines : chemins d'inculturation,
Karthala, 2005 (lire en ligne (https://books.google.fr/books?id=DRsXTuIBg8YC&pg=PA193) [archive]), p. 192-193
96. Ces villes sont aujourd'hui mineures voire en ruines, le commerce avec l'Europe et la traite négrière ayant privilégié le
commerce maritime et les villes portuaires.
97. À son apogée, l'empire du Mali est une puissance internationale, jouant un rôle diplomatique, reconnue et écoutée en
Orient comme en Occident
98. « Outre les huit pays exportateurs de pétrole, [l'Afrique subsaharienne] compte aussi quinze pays où les exportations de
ressources non renouvelables représentent plus de 25 % des exportations de marchandises, la proportion dépassant
même 50 % pour neuf d’entre eux630. »
99. « Rwanda is clinically dead as a nation » disait en 1996 le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan663.
100. Le Rwanda est classé comme « régime autoritaire », au 139e rang sur 167, selon l'indice de démocratie de The
Economist Group664.
101. Définition de la croissance inclusive, selon l'OCDE : « La croissance inclusive est fondée sur l’idée selon laquelle la
croissance économique est importante mais pas suffisante pour générer une augmentation durable du bien-être, qui
suppose un partage équitable des dividendes de la croissance entre individus et groupes sociaux665. »
103. À titre de comparaison, la part de l'« économie non observée » en Europe variait de 1 % (Norvège) à 17,5 % (Italie), selon
une enquête de l'OCDE datant de 2012696.
104. « La nouvelle Carthage (Colonia Julia), port du blé d'Afrique exporté vers Rome, siège du proconsul d'Afrique, a été une
des plus grandes villes du monde romain707 ».
105. Cela atteste aussi de la capacité à la navigation en haute mer, les embarcations africaines s’aventurant au large708.
106. « L’émergence économique de l'Afrique et la transition d'un continent d’économies à faible revenu à des économies à
revenu intermédiaire, nécessite la transformation de la structure économique des activités à prédominance agraire et
d'extraction à des secteurs industriels plus dynamiques et à valeur ajoutée plus élevée tels que la transformation et la
fabrication718. »
107. Hegel parle de « continent sans histoire »724 : « ce que nous comprenons en somme sous le nom d’Afrique, c’est un
monde anhistorique non-développé, entièrement prisonnier de l’esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil
de l’histoire universelle725 », texte reproduit dans « L'Afrique », Le Monde diplomatique,novembre 2007 (lire en ligne (https://
www.monde-diplomatique.fr/2007/11/HEGEL/15275) [archive]). Nicolas Sarkozy, quant à lui, tient en 2007, dans son discours de
Dakar, les propos suivants : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. »
Ces propos ont d'ailleurs été parfois rapprochés de ceux d'Hegel726.
108. Le Maroc avait quitté l'OUA en 1984, en signe de protestation contre l’adhésion de la République arabe sahraouie
démocratique (RASD) ; c'était le seul pays africain qui n'était pas membre de l'UA729. Le 30 janvier 2017, à l'occasion du
sommet d'Adis-Abeba, le Maroc réintègre l'organisation730.
109. En 2016, l'intégration est une priorité explicite de la Banque africaine de développement : « « Intégrer l'Afrique »,
« industrialiser l'Afrique », « éclairer l'Afrique et l'alimenter en énergie », « nourrir l'Afrique » et « améliorer la qualité de vie
des populations africaines », sont les cinq grandes priorités stratégiques de la Banque », UA, BAfD, ONU-CEA, Indice de
l'intégration régionale en Afrique : rapport 2016 (lire en ligne (http://www.integrate-africa.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/IIRA-
Report2016_FR_web.pdf) [archive]), p. 5.
110. « Nous avons vu que l’Afrique était riche en terres et pauvre en compétences par rapport aux autres régions. Elle affiche
ainsi un ratio terres/compétences élevé. En comparant les régions au cours du temps, Wood et Mayer (2001) montrent
que les pays présentant des ratios terres/compétences élevés tendent à exporter principalement des produits
primaires750 »
111. En Algérie, les hydrocarbures représentent 30 % du PIB, 60 % des recettes du budget et 95 % des recettes
d'exportation756.
112. « L'économie de la Libye repose presque entièrement sur l'exportation de gaz et de pétroletrad 4,757. »
113. « La malnutrition est certes en liaison avec la pauvreté, la faible productivité agricole, les défaillances des marchés,
mais ce sont les conflits et les logiques de prédation qui constituent le facteur déterminant768. »
114. « L’agriculture africaine est une agriculture essentiellement pluviale, et la dépendance de l’Afrique à l’égard de
l’agriculture ainsi que ses très faibles niveaux d’irrigation la rendent particulièrement vulnérable aux aléas de son climat
extrêmement variable et changeant772 ».
116. « les écarts de productivité entre les agricultures africaines et celles des pays industrialisés sont de l'ordre de 1 à
100764. »
117. « Le continent importe notamment des produits qui sont en concurrence avec sa propre production : de la viande, des
produits laitiers, des céréales et des huiles775. »
118. « dans de nombreuses régions de l’Afrique rurale, les femmes sont au cœur de la production agricole et sont pourtant
incapables de posséder des terres ou d’en hériter795. »
119. Grâce à l'engagement chinois et indien, qui ont donné les concepts de Chinafrique796 et d'Indafrique797.
120. Les aquaculteurs représentant une proportion très faible avec 284 000 personnes.
121. L'Afrique du Sud est même leader mondial dans le secteur des matériaux roulants ferroviaires, des combustibles
synthétiques, des équipements et des machines pour mines832.
123. « ces dernières années, les pays africains ont drainé d’importants flux d’IED dans le secteur manufacturier et le secteur
des services753 »
124. « de nombreux pays n’ont pas encore amorcé un processus normal de transformation structurelle se caractérisant par
l’abandon d’activités à faible productivité au profit d’activités à forte productivité, une diminution de la part de
l’agriculture dans la production et l’emploi, et une augmentation de la part des industries manufacturières et des
services modernes827. »
126. Cap Vert, Djibouti, Gambie, Madagascar, Maurice, Rwanda, Sao Tomé-et-Principe et Seychelles844.
127. « L'Afrique présente la plus grande variété ainsi que quelques-unes des plus anciennes formes d'arttrad 5 »862
128. « Une découverte importante, faite en 2002, est venue apporter un solide argument en faveur du second modèle [de
l'émergence de la modernité culturelle en Afrique]. Il s’agit de deux fragments d’ocre retrouvés dans la grotte de Blombos
en Afrique du sud. Ces deux fragments, datés de −75 000 ans, et d’autres découverts depuis, portent des motifs
géométriques gravés. Dans les mêmes couches archéologiques ont été découvertes, en 2001, des pointes de sagaies
et des poinçons en os soigneusement façonnés et, en 2004, des nombreux coquillages percés et ocrés, utilisés comme
objets de parure868. »
129. Hors d'Afrique, on a trouvé des perles d'ornement datant de 100 000 ans sur le site de Skhul, en Israël875.
131. Jusqu'à l'érection de la Cathédrale de Lincoln (Angleterre) aux alentours de l'an 1300.
132. Citons par exemple le « scandale » des statues Nok du Louvre888 et les faux qui pullulent à Paris889.
133. « L'existence d'un art rupestre au Botswana est connue du reste du monde depuis le milieu du xixe siècle, quand
diverses explorations relatèrent des découvertes ou des traditions les concernant (ex. : Moffat, 1842 ; Dolman, 1849 ;
Anderson, 1888 : 152 ; Passarge, 1907)899. »
134. « L'élaboration de la statue n'est pas finie quand le sculpteur l'a achevée […] il va falloir la charger de puissance magique,
la consacrer909. »
135. « La danse, la musique instrumentale, le chant, la poésie, la parure, l'architecture, la décoration et la sculpture se
manifestent en vue d'atteindre à une certaine maîtrise du milieu cosmique910. »
136. En 1969, Matala Mukadi Tshiakatumba écrit un poème dans lequel il adjure le Musée royal de l'Afrique centrale, dit
aussi musée de Tervuren, de restituer les œuvres spoliées :
137. « Le pillage des objets culturels africains fait partie de la face sombre des rapports entre les pays africains et de
nombreux pays d’Europe930. »
138. « nulle tentative de pénétrer l’histoire et l’âme des peuples africains ne saurait être valable si elle ne s’appuie pas sur cet
héritage de connaissances de tous ordres patiemment transmis de bouche à oreille et de maître à disciple à travers les
âges946. »
139. « Mvett » désigne ainsi non seulement le récit, mais aussi la harpe qui l’accompagne.
140. « Les défilés, les pantomimes et même les dialogues montés sur scène entre danseurs masqués étaient très courants
dans l’Afrique précoloniale et souvent situés dans des contextes sacrés ou cérémoniels. Beaucoup de ces traditions
ont survécu968. »
141. « la tradition orale africaine ne se limite pas, en effet, à des contes et légendes ou même à des récits mythiques ou
historiques, et les « griots » sont loin d’en être les seuls et uniques conservateurs et transmetteurs qualifiés973. »
142. J. M. Coetzee, prix Nobel de littérature 2003, se définissait lui-même comme un « occidental vivant en Afrique du
Sud »981.
143. Un article du Magazine littéraire présente ainsi l'ouvrage Anthologie de l'art africain du xxe siècle : « Raison de plus pour
lire ce livre qui est sans l'ombre d'un doute l'un des rares, si ce n'est le seul, à permettre de découvrir cet art, sa diversité
et la complexité de son histoire. Celle-ci n'a plus grand-chose à voir avec le temps où Léopold Sédar Senghor, dans les
années 60, a défini la négritude comme la « somme des valeurs culturelles du monde noir983. » »
144. Nombre de licenciés, rugby à quinze : Afrique du Sud, 418 509 ; Namibie, 11 850 ; Zimbabwe, 33 935 ; Kenya,
29 7071001.
145. Place dans le classement au 14 septembre 2015 : Afrique du Sud, 3 ; Namibie, 20 ; Zimbabwe, 27 ; Kenya, 28 ; Tunisie,
40 ; Madagascar, 41 ; Ouganda, 48 ; Sénégal, 49 ; Côte d'Ivoire, 501002.
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Généralités
Rahmane Idrissa et Jean-Joseph Boillot, L'Afrique pour les nuls, First éditions, 2015, epub
Voir aussi
Articles connexes
Diaspora africaine
Union africaine
Afrique subsaharienne
Alkebulan
Liens externes
(en) « AfricaMap (carte interactive) (http://worldmap.harvard.edu/africamap/) [archive] », sur WorldMap, Center for
Geographic Analysis, Harvard University