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Textes Eaf 1b

Le document présente plusieurs poèmes et extraits littéraires, mettant en avant des thèmes de misère, de rêve et de désespoir, notamment à travers les œuvres de Rimbaud et d'Abbé Prévost. Les textes illustrent des personnages en quête de sens et d'émancipation, confrontés à des réalités sociales difficiles. La richesse des images et des émotions évoquées souligne la profondeur des expériences humaines face à l'adversité.

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Parcours : Émancipations créatrices

Rimbaud, Cahier de Douai


Texte n°1 : « Les Effarés »
30

5 Noirs dans la neige et dans la brume,


Au grand soupirail qui s’allume, Quand, sous les poutres enfumées
Leurs culs en rond Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,
A genoux, cinq petits, -misère! - 35

10 Regardent le boulanger faire Quand ce trou chaud souffle la vie ;


Le lourd pain blond… Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,
Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise, et qui l’enfourne 40 Ils se ressentent si bien vivre,
15 Dans un trou clair. Les pauvres petits pleins de givre,
-Qu’ils sont là, tous,
Ils écoutent le bon pain cuire.
Le boulanger au gras sourire Collant leurs petits museaux roses
Chante un vieil air. 45 Au grillage, chantant des choses,
20 Entre les trous,
Ils sont blottis, pas un ne bouge
Au souffle du soupirail rouge Mais bien bas, -comme une prière…
Chaud comme un sein. Repliés vers cette lumière
50 Du ciel rouvert,
25 Et quand, pendant que minuit sonne,
Façonné, pétillant et jaune, -Si fort, qu’ils crèvent leur culotte
On sort le pain, -Et que leur lange blanc tremblotte
Au vent d’hiver…

55
Parcours : Émancipations créatrices
Rimbaud, Cahiers de Douai

Texte n°2 : « Ma Bohème »

60

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;

Mon paletot aussi devenait idéal ;

J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;

65 Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.

– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course

Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.

70 – Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,

Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes

De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

75

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,

Comme des lyres, je tirais les élastiques

De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !


80 Parcours : Émancipations créatrices
Rimbaud, Cahiers de Douai

Texte n°3 : « Le dormeur du Val »

85
C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.
5
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
10
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Souriait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

15 Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;


Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

20
Parcours : Émancipations créatrices
Rimbaud, Cahier de Douai

25 Texte n°4 : « Réponse à un acte d’accusation » dans Les


Contemplations, Victor Hugo.

Alors, brigand, je vins ; je m’écriai : Pourquoi

Ceux-ci toujours devant, ceux-là toujours derrière ?

Et sur l’Académie, aïeule et douairière,

Cachant sous ses jupons les tropes effarés,

5 Et sur les bataillons d’alexandrins carrés,

Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire.

Plus de mot sénateur ! plus de mot roturier !

Je fis une tempête au fond de l’encrier,

Et je mêlai, parmi les ombres débordés,

10 Au peuple noir des mots l’essaim blanc dans les idées ;

Et je dis : Pas de mot où l’idée au vol pur

Ne puisse se poser, tout humide d’azur !

[…]

Oui, de l’ancien régime ils ont fait des tables rases,

15 Et j’ai battu des mains, buveur du sang des phrases,

Quand j’ai vu, par la strophe écumante et disant

Les choses dans un style énorme et rugissant,

L’Art poétique pris au collet dans la rue,

Pendre, par tous les mots que le bon goût proscrit,

20 La lettre aristocrate à la lanterne esprit.


Parcours : Personnages en marge, plaisirs du romanesque.

5 Abbé Prévost, Manon Lescaut

Texte 1 : La rencontre

J’avais marqué le temps de mon départ d’Amiens. Hélas ! que ne le marquai-je un


jour plus tôt ! j’aurais porté chez mon père toute mon innocence. La veille même de
celui que je devais quitter cette ville, étant à me promener avec mon ami, qui
s’appelait Tiberge, nous vîmes arriver le coche d’Arras, et nous le suivîmes jusqu’à
5 l’hôtellerie où ces voitures descendent. Nous n’avions pas d’autre motif que la
curiosité. Il en sortit quelques femmes qui se retirèrent aussitôt. Mais il en resta une,
fort jeune, qui s’arrêta seule dans la cour, pendant qu’un homme d’un âge avancé,
qui paraissait lui servir de conducteur, s’empressait pour faire tirer son équipage des
paniers. Elle me parut si charmante, que moi, qui n’avais jamais pensé à la
10 différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention ; moi, dis-je, dont
tout le monde admirait la sagesse et la retenue, je me trouvai enflammé tout d’un
coup jusqu’au transport. J’avais le défaut d’être excessivement imide et facile à
déconcerter ; mais, loin d’être arrêté alors par cette faiblesse, je m’avançai vers la
maîtresse de mon cœur. Quoiqu’elle fût encore moins âgée que moi, elle reçut mes
15 politesses sans paraître embarrassée. Je lui demandai ce qui l’amenait à Amiens, et
si elle y avait quelques personnes de connaissance. Elle me répondit ingénument
qu’elle y était envoyée par ses parents pour être religieuse. L’amour me rendait déjà
si éclairé, depuis un moment qu’il était dans mon cœur, que je regardai ce dessein
comme un coup mortel pour mes désirs. Je lui parlai d’une manière qui lui fit
20 comprendre mes sentiments, car elle était bien plus expérimentée que moi. C’était
malgré elle qu’on l’envoyait au couvent, pour arrêter son penchant au plaisir, qui
s’était déjà déclaré et qui a causé, dans la suite, tous ses malheurs et les miens.

25

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Parcours : Personnages en marge, plaisirs du romanesque.

Abbé Prévost, Manon Lescaut

30 Texte n°2 : Le récit de Renoncour

Je m’arrêtai un moment pour m’informer d’où venait le tumulte ; mais je tirai peu
d’éclaircissement d’une populace curieuse, qui ne faisait nulle attention à mes
demandes, et qui s’avançait toujours vers l’hôtellerie, en se poussant avec beaucoup
de confusion. Enfin un archer revêtu d’une bandoulière, et le mousquet sur l’épaule,
5 ayant paru à la porte, je lui fis signe de la main de venir vers moi. Je le priai de
m’apprendre le sujet de ce désordre. Ce n’est rien, monsieur, me dit-il ; c’est une
douzaine de filles de joie que je conduis, avec mes compagnons, jusqu’au Havre-de-
Grâce, où nous les ferons embarquer pour l’Amérique. Il y en a quelques-unes de
jolies, et c’est apparemment ce qui excite la curiosité de ces bons paysans. J’aurais
10 passé après cette explication, si je n’eusse été arrêté par les exclamations d’une
vieille femme qui sortait de l’hôtellerie en joignant les mains, et criant que c’était une
chose barbare, une chose qui faisait horreur et compassion. De quoi s’agit-il donc ?
lui dis-je. Ah ! monsieur, entrez, répondit-elle, et voyez si ce spectacle n’est pas
capable de fendre le cœur ! La curiosité me fit descendre de mon cheval, que je
15 laissai à mon palefrenier. J’entrai avec peine, en perçant la foule, et je vis, en effet
quelque chose d’assez touchant. Parmi les douze filles qui étaient enchaînées six
par six par le milieu du corps, il y en avait une dont l’air et la figure étaient si peu
conformes à sa condition, qu’en tout autre état je l’eusse prise pour une personne du
premier rang. Sa tristesse et la saleté de son linge et de ses habits l’enlaidissaient si
20 peu que sa vue m’inspira du respect et de la pitié. Elle tâchait néanmoins de se
détourner, autant que sa chaîne pouvait le permettre, pour dérober son visage aux
yeux des spectateurs. L’effort qu’elle faisait pour se cacher était si naturel, qu’il
paraissait venir d’un sentiment de modestie.

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Parcours : Personnages en marge, plaisirs du romanesque.
Abbé Prévost, Manon Lescaut

Texte n°3 : La lettre

Enfin, n'étant plus le maître de mon inquiétude, je me promenai à grands pas dans
nos appartements. J'aperçus, dans celui de Manon, une lettre cachetée qui était sur
sa table. L'adresse était à moi, et l'écriture de sa main. Je l'ouvris avec un frisson
mortel ; elle était dans ces termes :

5 Je te jure, mon cher Chevalier, que tu es l'idole de mon cœur, et qu'il n'y a que toi au
monde que je puisse aimer de la façon dont je t'aime ; mais ne vois-tu pas, ma
pauvre chère âme, que, dans l'état où nous sommes réduits, c'est une sotte vertu
que la fidélité ? Crois-tu qu'on puisse être bien tendre lorsqu'on manque de pain ? La
faim me causerait quelque méprise fatale ; je rendrais quelque jour le dernier soupir,
10 en croyant en pousser un d'amour. Je t'adore, compte là-dessus ; mais laisse-moi,
pour quelque temps, le ménagement de notre fortune. Malheur à qui va tomber dans
mes filets ! Je travaille pour rendre mon Chevalier riche et heureux. Mon frère
t'apprendra des nouvelles de ta Manon, et qu'elle a pleuré de la nécessité de te
quitter.

15 Je demeurai, après cette lecture, dans un état qui me serait difficile à décrire car
j'ignore encore aujourd'hui par quelle espèce de sentiments je fus alors agité. Ce fut
une de ces situations uniques auxquelles on n'a rien éprouvé qui soit semblable.

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Parcours : Personnages en marge, plaisirs du romanesque.

Abbé Prévost, Manon Lescaut

Texte n°4 : Charles Perrault, La Barbe bleue, incipit.

Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la Ville et à la Campagne, de
la vaisselle d’or et d’argent, des meubles en broderies et des carrosses tout dorés ;
mais, par malheur, cet homme avait la barbe bleue : cela le rendait si laid et si
terrible, qu’il n’était ni femme ni fille qui ne s’enfuît de devant lui. Une de ses
5 voisines, Dame de qualité, avait deux filles parfaitement belles. Il lui en demanda une
en mariage, et lui laissa le choix de celle qu’elle voudrait lui donner. Elles n’en
voulaient point toutes deux, et se le renvoyaient l’une à l’autre, ne pouvant se
résoudre à prendre un homme qui eût la barbe bleue. Ce qui les dégoutait encore,
c’est qu’il avait déjà épousé plusieurs femmes, et qu’on ne savait ce que ces femmes
10 étaient devenues. La Barbe bleue, pour faire connaissance, les mena, avec leur
mère et trois ou quatre de leurs meilleures amies et quelques jeunes gens du
voisinage, à une de ses maisons de campagne, où on demeura huit jours entiers. Ce
n’étaient que promenades, que parties de chasse et de pêche, que danses et festins,
que collations : on ne dormait point et on passait toute la nuit à se faire des malices
15 les uns aux autres ; enfin tout alla si bien que la cadette commença à trouver que le
maitre du logis n’avait plus la barbe si bleue, et que c’était un fort honnête homme.
Dès qu’on fut de retour à la Ville, le Mariage se conclut. Au bout d’un mois la Barbe
bleue dit à sa femme qu’il était obligé de faire un voyage en Province, de six
semaines au moins, pour une affaire de conséquence ; qu’il la priait de se bien
20 divertir pendant son absence, qu’elle fît venir ses bonnes amies, qu’elle les menât à
la Campagne si elle voulait, que partout elle fît bonne chère. « Voilà, lui dit-il, les
clefs des deux grands garde-meubles, voilà celles de la vaisselle d’or et d’argent qui
ne sert pas tous les jours, voilà celles de mes coffres-forts, où est mon or et mon
argent, celles des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le passe-partout de mes
25 appartements : Pour cette petite clef-ci, c’est la clef du cabinet au bout de la grande
galerie de l’appartement bas : ouvrez tout […] mais pour ce petit cabinet, je vous

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défends d’y entrer […] que s’il vous arrive de l’ouvrir il n’y a rien que vous ne deviez
attendre de ma colère. »

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