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II.

Les effets de l’exequatur des jugements étrangers

L'exéquatur, loin d'être une simple formalité procédurale, constitue un mécanisme fondamental
de circulation des décisions de justice à l’échelle internationale. Une fois obtenue, elle
transforme une décision étrangère en acte exécutoire au sein d’un autre ordre juridique. Dès
lors, les effets de l’exequatur sont multiples, profonds, et s’étendent bien au-delà des parties au
litige initial.

L’efficacité du jugement étranger devient réelle : il ne s’agit plus d’un acte sans prise juridique,
mais d’une décision produisant des conséquences contraignantes dans l’État d’accueil. Ces
effets peuvent être analysés sous un double prisme : celui des parties concernées directement
par le litige (A), et celui des tiers, susceptibles de subir ou d’invoquer les effets du jugement
exequaturé (B).

A. Les effets à l’égard des parties

Le principe de sécurité juridique exige que les parties ayant obtenu une décision de justice à
l’étranger puissent en récolter les fruits, y compris dans d’autres États. L’exequatur répond à
cette exigence, en permettant au jugement d’acquérir pleine efficacité entre les parties.

D'abord, la reconnaissance de l’autorité de la chose jugée.


L’autorité de la chose jugée est l’effet attaché à une décision judiciaire qui empêche de rejuger
la même affaire entre les mêmes parties.

Une fois exequaturé, le jugement étranger a autorité de la chose jugée dans le pays requis. Il
interdit toute remise en cause du fond du litige. Par exemple, un jugement de divorce prononcé
aux États-Unis entre deux ressortissants maliens, une fois exequaturé au Mali, ne peut plus être
remis en question devant une juridiction malienne.

Exemple jurisprudentiel :
Dans un arrêt de la Cour d’appel de Bamako, il a été jugé qu’un jugement français exequaturé
ne pouvait plus faire l’objet d’une action en reconnaissance de paternité sur le territoire malien,
car la décision initiale avait déjà tranché la question de la filiation.

Cependant, cette autorité n’empêche pas, par exemple, l’ouverture d’un contentieux différent
(ex : un contentieux relatif aux modalités d’exécution), ni l’exercice des voies de recours locales
si la loi le permet.

Ensuite, la possibilité d’exécution forcée.


L’un des effets les plus concrets de l’exequatur est l’ouverture de la voie à l’exécution forcée.
Sans l’exequatur, un jugement étranger, même définitif, reste lettre morte.
Par exemple, un créancier libanais obtient un jugement contre une société installée en Côte
d’Ivoire. Pour pouvoir faire saisir les comptes bancaires de cette société en Côte d’Ivoire, il doit
d’abord obtenir l’exequatur du jugement libanais.

Les types d’exécution sont :

- Saisie mobilière ou immobilière

- Expulsion

- Astreintes et injonctions

- Paiement de dommages-intérêts

L’exequatur confère la force exécutoire au jugement, le plaçant sur un pied d’égalité avec les
décisions rendues par les juridictions internes.

Par exemple, la Cour suprême du Sénégal, dans un arrêt du 15 juin 2018, a confirmé qu’un
jugement canadien exequaturé pouvait être exécuté par voie de saisie conservatoire sur des
biens immeubles situés à Dakar.

Les effets de l’exequatur ne s’arrêtent pas aux seules parties. Par sa nature même, le jugement
exequaturé rayonne dans l’ordre juridique de l’État requis, affectant potentiellement les tiers.

B. Les effets à l’égard des tiers

La portée d’un jugement exequaturé ne se limite pas à ses destinataires directs. Il peut
également produire des effets juridiques à l’égard de tiers, qu’il s’agisse d’un effet opposable
ou, dans certains cas, d’une force contraignante.

D'une part, l’opposabilité du jugement exequaturé aux tiers.


L’opposabilité désigne le fait qu’un acte ou une décision, sans s’imposer juridiquement à une
personne, ne peut être ignoré par elle.

Exemple :
Un jugement étranger établissant une filiation est opposable aux administrations nationales,
telles que les services d’état civil, dès lors qu’il a été exequaturé. Ainsi, un acte de naissance
pourra être modifié en conséquence.

Quelques effets juridiques pratiques :

- Opposabilité dans les registres fonciers pour un jugement de propriété


- Opposabilité dans les registres du commerce pour une décision sur les dirigeants d’une
société

- Opposabilité à l’administration fiscale ou aux organismes sociaux

Une décision suisse reconnaissant un droit de propriété sur des œuvres d’art pillées pendant la
guerre peut, après exequatur, être opposée à des musées ou collectionneurs tiers dans l’État
requis.

D'autre part, l’impact du jugement exequaturé sur les droits des tiers

Cependant, un jugement exequaturé ne doit pas nuire aux droits acquis des tiers de bonne foi.
Il ne peut rétroagir au détriment de ceux qui n’étaient ni parties ni complices du litige initial.

Exemple problématique :
Une décision étrangère annule la vente d’un bien immobilier, mais ce bien a déjà été revendu à
un tiers de bonne foi dans l’État requis. Ce dernier peut être protégé par les règles internes sur
la propriété, malgré l’exequatur du jugement initial.

Jurisprudence illustrative :
La Cour de cassation française a limité les effets d’un jugement exequaturé annulant un
mariage polygamique au détriment des enfants nés de cette union, au nom de leur droit à la
filiation.

Le droit protège le tiers qui, sans fraude ni connivence, a acquis un droit en toute légitimité.
L’exequatur ne peut donc remettre en cause rétroactivement des situations juridiques
consolidées.

CONCLUSION :

Les effets de l’exequatur sont à la fois puissants et encadrés. Entre les parties, le jugement
exequaturé déploie toute son efficacité : il s’impose avec autorité et ouvre la voie à l’exécution.
À l’égard des tiers, il est reconnu et opposable, mais ne peut, sauf exception, détruire des droits
légitimement acquis.

Le développement du droit international privé et les conventions multilatérales (comme la


Convention de La Haye de 2019 sur la reconnaissance et l’exécution des jugements étrangers)
tendent à renforcer la fluidité et l’efficacité de l’exequatur, tout en garantissant un équilibre entre
respect des droits fondamentaux et efficacité du droit comparé.

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