Cours de MPSI: La Martinière Monplaisir
Cours de MPSI: La Martinière Monplaisir
Cours de MPSI
2 octobre 2024
2
Table des matières
4
TABLES DES MATIÈRES
XXVI Matrices et algèbre linéaire 399 XXX Fonctions de deux variables 471
1 Structure de Mn,p (K). . . . . . 400 1 Fonctions numériques à deux va-
2 Matrices, familles de vecteurs et riables . . . . . . . . . . . . . . 472
applications linéaires. . . . . . . 401 2 Introduction au calcul différentiel474
5
TABLES DES MATIÈRES
6
Chapitre I
Nous nous placerons dans tout ce chapitre dans 3. Soit k, ℓ ∈ Z tels que a = b + kθ et b = c + ℓθ, alors
le plan R2 , muni de son repère orthonormal cano- a = c + (k + ℓ)θ, or k + ℓ ∈ Z, donc a ≡ c [θ].
nique (O, →
−ı , →
−ȷ ). 4. Soit k, ℓ ∈ Z tels que a = b + kθ et c = d + ℓθ,
alors a + c = b + d + (k + ℓ)θ, or k + ℓ ∈ Z, donc
a + c ≡ b + d [θ].
1 Relation de congruence mo- 5. C’est un cas particulier du point suivant (avec n =
−1).
dulo un réel 6. Soit k ∈ Z tel que a = b + knθ, alors a = b + (nk)θ,
or nk ∈ Z, donc a ≡ b [θ].
7. Soit k ∈ Z tel que a = b + kθ, alors ac = bc + k(cθ),
Définition 1.0.1. or k ∈ Z, donc ac ≡ bc [cθ].
Soit θ ∈ R. On dit que deux réels a et b sont
congrus modulo θ s’il existe k ∈ Z tel que a = Exercice 1.0.5.
b + kθ. On note alors a ≡ b [θ], ou aussi a = b [θ]. Parmi la famille de réels suivants, déterminer les-
quels sont congrus entre eux modulos 2π. Même
π π 5π π 2π
Exemple 1.0.2. • , − et sont congrus question pour π, et .
2 2 2 2 3
modulo π ;
π 9π 15π • α=1 5π
• , et − sont congrus modulo 2π. • ε=
4 4 4 • β = 3π 6
28π
Remarque 1.0.3. • γ = 4π • ζ=
π 4
La relation a = b [θ] se lit aussi « a et b sont • δ=−
2
égaux à un multiple de θ près ».
Au besoin, vous placerez les points/angles cor-
respondants sur le cercle trigonométrique (voir
Proposition 1.0.4.
partie 3.4).
Soit θ ∈ R, et a, b, c, d quatre réels.
1. On a a ≡ a [θ] (on dit que la relation de Remarque 1.0.6 (Irrationnalité de π).
congruence modulo θ est réflexive). Tout au long de cette année, vous pourrez utiliser
le résultat suivant :
2. Si a ≡ b [θ], alors b ≡ a [θ] (on dit que la
relation de congruence modulo θ est symé- π∈
/ Q.
trique).
3. Si a ≡ b [θ] et b ≡ c [θ], alors a ≡ c [θ] (on Ce résultat sera démontrable en milieu d’année
dit que la relation de congruence modulo θ de MPSI.
est transitive).
4. Si a ≡ b [θ] et c ≡ d [θ], alors a+c ≡ b+d [θ]. 2 Les fonctions sinus, cosinus et
5. Si a ≡ b [θ], alors a ≡ b [−θ]. tangente
6. Si n ∈ Z et a ≡ b [nθ], alors a ≡ b [θ].
2.1 Définitions géométriques
7. Si a ≡ b [θ], alors ac ≡ bc [cθ].
Une relation vérifiant les trois premiers points de Soit (ABC) un triangle du plan, rectangle en
cette proposition est appelée une relation d’équi- B. On suppose les trois points A, B, C deux à
valence. deux distincts. On note α l’angle (non orienté)
\ Alors nous posons :
BAC.
AB
Démonstration. • cos α = ;
C’est immédiat en revenant à la définition. AC
CB
1. On a a = a + 0θ, donc a ≡ a [θ]. • sin α = ;
AC
2. Soit k ∈ Z tel que a = b + kθ, alors b = a + (−k)θ, or CB sin α
−k ∈ Z, donc b ≡ a [θ]. • tan α = = .
AB cos α
8
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
9
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
cotan : R\B → R .
cos t
t 7→ Théorème 3.1.3 (Règles de calcul). 1. Soient
sin t
u et u′ deux vecteurs de coordonnées respec-
tives (x, y) et (x′ , y ′ ), et λ et λ′ deux réels.
Le vecteur λu + λ′ u′ a pour coordonnées le
La fonction cotangente n’est pas égale à
1 couple (λx + λ′ x′ , λy + λ′ y ′ ).
. Pourquoi ?
tan
10
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
!
−−→ a Proposition 3.1.6 (Inégalité triangulaire).
b M = (a, b), OM =
b
→
−ȷ ∥u∥ − u′ ⩽ u ± u′ ⩽ ∥u∥ + u′ .
→
−ı a |AB − BC| ⩽ AC ⩽ AB + BC.
O
11
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
Proposition 3.2.3.
Soit u, v, w ∈ R2 .
1. (u, v) = −(v, u) [2π] ;
2. Relation de Chasles :
12
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
Démonstration.
L’inclusion U ⊂ {(cos t, sin t), t ∈ R} se démontre direct-
ment grâce au lemme 2.2.2
13
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
→
−ȷ (→
−ı , u ) = θ [2π]
M = (a, b) b θ
U
√
3/2
uθ √
|r| = OM 2/2
π/3
1/2
a →
−ı
O
π/4
U π/6
√ √
1 2 3
2 2 2
π
Figure I.5 – Coordonnées polaires (r, θ) de M = Figure I.6 – Angles usuels dans 0, .
2
(a, b).
14
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
π Proposition 4.2.1.
Figure I.7 – Détermination de cos . Les fonctions sin et cos sont 2π-périodiques sur
4
R.
La fonction tan est π-périodique sur son en-
semble de définition.
U
B De plus, pour tout réel α on a :
O Q A
Démonstration.
Il suffit d’utiliser les formules d’addition (voir la proposi-
π
tion 4.4.1).
Figure I.8 – Détermination de cos .
3
Remarque 4.2.2.
Le dernier point permet de montrer que la fonc-
Démonstration. tion tangente est π-périodique.
π π π π
i h
Comme ∈ 0, , on a cos > 0 et sin > 0.
3 2 3 3
Si nous notons maintenant A, B les points de coordon- Exercice 4.2.3.
nées respectives (1, 0) et (cos π3 , sin π3 ), alors OAB est équi- Reproduire à main levée la figure I.9 et y placer
latéral, de côtés de longueur 1. Ainsi, la médiatrice de tous les sinus et cosinus relevés, puis retrouver
[O, A] passe par B. Si Q est le milieu de [OA], alors
graphiquement les formules données par la propo-
(QB) ⊥ (OA), donc Q a pour coordonnées (cos π3 , 0),
1 sition 4.2.1.
donc cos π3 = . De plus, avec le théorème de Pythagore,
2 √
1 3 Exercice 4.2.4.
QB = OB − OQ2 = 1 − . Ainsi sin π3 = QB =
2 2
. Ordonner les cosinus des angles suivants.
4 2
• α=
π 41π
7 • δ=
Remarque 4.1.1 ( ). 3
15π 31π
Il est fréquent d’hésiter dans les valeurs des sinus • β= • ε=
π π 6 6
et cosinus des angles et : encore une fois, au 37π 112π
3 6 • γ= • ζ=
moindre doute, tracez un cercle trigonométrique. 12 5
15
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
α
Démonstration.
Notons M le point de coordonnées (cos(a + b), sin(a + b))
(voir figure I.10) : cela signifie que
−−→
OM = cos(a + b)−
→
ı + sin(a + b)−
→
ȷ (I.1)
Comme
16
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
OJ = sin(a + b), →
−
u
JM = cos(a + b),
OA = cos(b),
b
a
AM = sin(b),
→
−ı
AI = sin(a) cos(b), M
OI = cos(a) cos(b).
BA = cos(a) sin(b)
BM = sin(a) sin(b).
M
Remarquons que OJBI est un rectangle, donc OJ = BI
et JB = OI. On en déduit immédiatement la formule U cos(a + b) sin(a) sin(b)
demandée.
Nous verrons à la fin de ce chapitre une méthode plus J B
rapide pour retrouver ces formules, utilisant l’exponentielle
Da
complexe.
cos(a) sin(b)
En jouant sur la parité de cosinus et l’imparité
sin(a + b)
A
de sinus, nous avons bien sûr également, à partir
de ces deux premières formules : sin(a) cos(b)
b
a
Corollaire 4.4.2.
Soit a, b ∈ R. Alors :
cos(a) cos(b) I
1. cos(a − b) = cos(a) cos(b) + sin(a) sin(b) ; O
2. sin(a − b) = sin(a) cos(b) − cos(a) sin(b).
17
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
suit :
Corollaire 4.4.3 (formules de duplication).
cos(a + b) = cos(a) cos(b) − sin(a) sin(b) (I.2)
Soit a ∈ R. Alors
cos(a − b) = cos(a) cos(b) + sin(a) sin(b) (I.3)
cos(2a) = cos (a) − sin (a)
2 2
Nous obtenons immédiatement les deux formules de produit
par demi-somme et demi-différence des lignes (I.2) et (I.3).
= 2 cos (a) − 1
2
= 1 − 2 sin2 (a)
Pour finir, voici les formules de trigonométrie
et sin(2a) = 2 sin(a) cos(a). concernant la fonction tangente :
18
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
6.
2 tan(a) U
= 2 tan(a) cos2 (a)
1 + tan2 (a)
= 2 sin(a) cos(a)
= sin(2a) M
T
0 ⩽ sin(x) ⩽ x ⩽ tan(x),
4.5 Régularité des fonctions trigonomé-
triques circulaires ce qui donne l’encadrement demandé.
19
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
sera utilisé dans la démonstration du théorème Directement avec le premier point de la proposition 4.5.3,
suivant, mais dont le premier point est un résultat nous voyons que sin est dérivable et sin′ (0) = 1.
très important que vous réutiliserez souvent : Et avec le second point de ce même lemme, cos est dérivable
en 0 et cos′ (0) = 0.
1. Soit a ∈ R, fixé. Posons f : h 7→ sin(a + h) et g
sin(x) : h 7→ sin(a) cos(h) + cos(a) sin(h). Alors f = g.
Proposition 4.5.3. 1. −−−→ 1 ; Puisque g est dérivable en 0, f l’est aussi, et f ′ (0) =
x x→0
g ′ (0) = sin(a) cos′ (0) + cos(a) sin′ (0) = cos(a).
cos(x) − 1 sin(a + h) − sin(a)
2. −−−→ 0. Donc −−−→ cos(a), ou encore
x x→0 h h→0
sin(t) − sin(a)
−−−→ cos(a).
t−a t→a
Démonstration. 1. Par la continuité du cosinus, on a
cos(x) −−−→ 1. Par le lemme 4.5.1, on a pour tout Ainsi, la fonction sinus est dérivable en a et
x→0
π
0<x< : sin′ (a) = cos(a).
2
sin(x) 2. On procède de même pour le cosinus.
cos(x) ⩽ ⩽ 1.
x 3. La fonction tangente est le quotient de deux fonctions
Par encadrement, on obtient que dérivables là où elle est définie, donc elle est dérivable,
et
sin(x)
−−−−→ 1, sin′ cos − sin cos′
x x→0+ tan′ =
cos2
Par imparité de sin, x 7→ x cos x et x 7→ x, on ob- sin + cos2
2
sin(x) =
tient de la même manière −−−−→ 1, donc cos2
x x→0− 1
sin(x) =
−−−→ 1. cos2
x x→0
= 1 + tan2 .
Par les formules de duplication, on obtient
x x
cos(x) = cos 2 = 1 − 2 sin2 .
2 2 Maintenant que nous voyons que la fonction
Ainsi, tangente a une dérivée strictement positive,
2
x nous sommes en mesure d’affirmer qu’elle est
sin
cos(x) − 1 x
=− 2 −−−→ 0. strictement croissante sur chaque intervalle où elle
2 x
x x→0 est définie. Par composition de limites, pour tout
2
k ∈ Z, tan −−−−−−→ +∞ et tan −−−−−−→ −∞.
grâce au premier point. ( π2 +kπ)
−
( π2 +kπ)
+
20
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
donner une allure du graphe de la fonction, qui vont chercher à comprendre ces nombres. Il
est donné dans la figure I.13. faudra attendre des travaux d’Euler à la fin du
XVIIIème siècle pour que la situation s’éclaircisse
et que les mathématiciens acceptent et utilisent
tan
ces nombres.
π 3π 5π À partir du XIXème siècle, plusieurs mathé-
0 2 2 2 maticiens vont proposer des définitions plus
5π 3π π modernes et abouties de ces nombres alors
− − −
2 2 2 appelés « complexes ». Il en existe plusieurs,
ce qui fait l’intérêt et la richesse des nombres
complexes : on peut les comprendre et les
Figure I.13 – Fonction tan. utiliser de plusieurs manières, et il existe des
correspondances entre tous ces points de vue.
Les nombres complexes sont très importants.
Un dernier résultat, que la première partie de Vous les rencontrerez dans la plupart des cha-
la démonstration précédente implique déjà sur pitres de MPSI : dans les résolutions d’équations
−2, 2 : polynomiales, des équations différentielles, des
π π
21
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
b = Im(a + ib) ∈ R
La même construction peut être ! faite à partir
a
de vecteurs : à tout vecteur , on associe le −−→
b M (a + ib)), OM (a + ib),
complexe a + ib.
22
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
23
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
Démonstration.
Proposition 5.3.4. Ce résultat sera démontré dans le chapitre sur les com-
Soit z ∈ C plexes.
Mais nous allons ici montrer qu’il est équivalent à l’inéga-
1. | Re(z)| ⩽ |z| et | Im z| ⩽ |z| ; lité triangulaire vue dans le plan avec trois points ou deux
2. |z| = 0 ssi z = 0 ; vecteurs.
Soit deux vecteurs − →u et −→
v d’affixes respectifs z et z ′ .
3. Si λ ∈ R, alors |λz| = |λ||z|. −
→ −
→
Alors l’affixe de u ± v est z ± z ′ , et nous avons les éga-
lités ∥−→u ∥ = |z|, ∥−
→
v ∥ = |z ′ |,∥−
→
u ±−→
v ∥ = |z ± z ′ |, donc
directement
Démonstration.
∥−
→
u ∥ − ∥−
→
v ∥ ⩽ ∥−
→
u ±−
→
v ∥ ⩽ ∥−
→
u ∥ + ∥−
→
v∥
Écrivons sous forme algébrique z = a + ib.
1. On a l’encadrement fondamental ⇔ |z| − z ′ ⩽ z ± z ′ ⩽ |z| + z ′ .
0 ⩽ a2 ⩽ a2 + b2 ,
√
donc
√ par croissance de la √
racine carrée 0 ⩽ a2 ⩽
a2 + b2 , donc 0 ⩽ |a| ⩽ a2 + b2 , ce qui est exac-
tement le premier encadrement demandé. Définition 5.3.7.
On procède de même pour b. Soit θ ∈ R. On appelle exponentielle complexe de
2. Si z = 0 = 0 + i0, on a immédiatement |z| = 0.
iθ le complexe e iθ = cos θ + i sin θ.
Si |z| = 0, on a par l’encadrement précédent : 0 ⩽
a2 ⩽ a2 + b2 = 0, donc a2 = 0, donc a = 0. On
procède de même pour b, donc z = 0.
L’écriture e iθ n’est qu’une notation :
3. On a λz = (λa) + i(λb), or λa et λb sont des réels,
donc
en aucun cas il ne s’agit du réel e élevé à la
puissance iθ, ce qui n’a aucun sens.
|λz|2 = (λa)2 + (λb)2 = λ2 (a2 + b2 ) = λ2 |z|2 .
Remarque 5.3.8.
Comme |λz| et |z| sont positifs, on obtient bien le Pour tout θ ∈ R, e iθ = 1, donc une exponentielle
résultat demandé.
complexe, tout comme les exponentielles réelles,
ne s’annule jamais.
Remarque 5.3.9.
Grâce à la représentation paramétrique du cercle
Corollaire 5.3.5.
z trigonométrique, nous pouvons écrire que U =
Si z ∈ C \ {0}, alors = 1, i.e
n o
|z| e , θ∈R .
iθ
z
∈ U.
|z| Définition 5.3.10.
Soit z ̸= 0. Alors z/|z| ∈ U, donc il existe θ ∈ R
vérifiant z/|z| = e iθ , c’est-à-dire z = |z|e iθ .
Démonstration.
Le réel θ est alors appelé un argument de z.
Immédiat avec le dernier point de la proposition précédente. Il existe à 2π près. Il existe alors un unique
θ ∈] − π, π] vérifiant z = |z|e iθ . Ce réel est appelé
l’argument principal de z, et noté arg z.
L’écriture «z = |z|e iθ » est appelée écriture trigo-
Théorème 5.3.6 (Inégalité triangulaire). nométrique de z.
Soit z, z ′ ∈ C. Alors
24
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
′
zz ′ = rr′ e i(θ+θ )
Im(z) M (z)
′ r′ z = rr′ e iθ
z ′ e iθ = r′ e i(θ+θ )
I(i) |z| = OM
z = re iθ ′ ′
z = r′ e iθ
e iθ
−→
\ −−→ θ
θ = arg(z) = OA; OM [2π]
U θ′
O(0) Re(z) O
A(1)
Ou encore, si z, z ′ ∈ C :
Définition 5.4.1. (
Soit z, z ′ ∈ C. On définit leur produit z × z ′ , ou Re(zz ′ ) = Re(z) Re(z ′ ) − Im(z) Im(z ′ )
.
plus simplement zz ′ , de la manière suivante : Im(zz ′ ) = Re(z) Im(z ′ ) + Im(z) Re(z ′ )
Si z ou z ′ est nul, alors zz ′ = 0 ;
25
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
Démonstration.
Les deux formulations de l’énoncé sont équivalentes : dé- Proposition 5.4.7 (règles de calcul).
montrons la seconde. Soit a, b, c ∈ C, alors
′
Soit z, z ′ ∈ C. Notons-les z = re iθ et z ′ = r′ e iθ . Ainsi
′
zz ′ = rr′ e i(θ+θ ) . Nous avons donc : 1. ab = ba (commutativité de la multiplication)
;
Re(zz ′ ) = Re rr′ cos(θ + θ′ ) + i sin(θ + θ′ )
2. (ab)c = a(bc) (associativité de la multiplica-
= rr′ cos(θ + θ′ )
tion) ;
= rr′ cos(θ) cos(θ′ ) − sin(θ) sin(θ′ )
3. a(b + c) = ab + ac (distributivité de × sur
= r cos(θ)r′ cos(θ′ ) − r sin(θ)r′ sin(θ′ )
+) ;
= Re(z) Re(z ′ ) − Im(z) Im(z ′ )
4. 0 + a = a (0 est neutre pour +) ;
De même :
5. a + (−1)a = 0, i.e. (−1)a = −a ;
Im(zz ′ ) = rr′ sin(θ + θ′ ) 6. 0a = 0 (0 est absorbant pour ×) ;
= rr′ cos(θ) sin(θ′ ) + sin(θ) cos(θ′ )
7. 1a = a (1 est neutre pour ×) ;
= r cos(θ)r′ sin(θ′ ) + r sin(θ)r′ cos(θ′ )
8. ab = 0 ⇒ (a = 0 ou b = 0).
= Re(z) Im(z ′ ) + Im(z) Re(z ′ )
Démonstration.
Remarque 5.4.4. Il suffit d’écrire cela avec la définition 5.4.1, ou bien à partir
Nous voyons qu’additionner des complexes sous des formules obtenues à la proposition 5.4.3.
forme algébrique est très simple. Les multiplier Remarque 5.4.8.
sous forme trigonométrique l’est aussi. Multiplier Toutes ces propriétés des opérations + et × sur C,
des complexes sous forme algébrique est déjà font que C est appelé un corps : nous en reparle-
moins agréable. Quant à les additionner sous rons dans le chapitre sur les groupes, anneaux et
forme trigonométrique, nous verrons plus tard corps.
que cela n’est réalisable que si les deux complexes
sont de même module, et même dans ce cas l’opé-
ration n’est pas immédiate.
Il convient donc de choisir l’écriture des com- Théorème 5.4.9.
plexes que vous utiliserez en fonction des opéra- On a i2 = −1.
tions que vous voudrez effectuer.
Remarque 5.4.5.
Là encore, si x, y ∈ R, nous pouvons les mulitplier Remarque 5.4.10 ( ).
comme des complexes : (x + i.0)(y + i.0) = (xy − Ce dernier résultat indique que la règle des signes
0) + i(0 + 0) = xy. Nous obtenons le produit de n’est pas vraie sur C. On ne peut donc prolonger
x et y vus comme des réels : le produit sur C est la relation d’ordre ⩽ de R à C.
donc un prolongement du produit sur R. En résumé, on ne peut pas comparer deux com-
plexes (non réels). Lorsque l’on travaille dans un
Remarque 5.4.6.
′ ′
cadre complexe, on ne peut donc utiliser aucune
L’identité « e iθ .e iθ = e i(θ+θ ) » est inoubliable ! notion construite sur ⩽ (ex : monotonie).
Et à partir de cette identité, la démonstration Comparer deux nombres complexes est une
précédente permet de retrouver les formules de grave et lourde erreur !
trigonométrie de la proposition 4.4.1. Ce sera pour
vous la technique à favoriser pour retrouver ces
formules si besoin (mais insistons tout de suite : 5.5 Conjugué et module d’un nombre
vous devriez normalement connaître ces formules complexe
par coeur).
26
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
Démonstration.
Ces identités sont élémentaires et se vérifient directement
en posant z = x + iy, avec (x, y) ∈ R2 . Celles qui ne font
pas intervenir de somme sont même encore plus simple à
− Im(z) N (z̄) démontrer sous forme trigonométrique.
Pour la dernière, remarquons aussi que, facilement,
2 2
|zz ′ | = zz ′ zz ′ = zz ′ zz ′ = zzz ′ z ′ = |z|2 |z ′ | .
z ∈ R ⇔ z̄ = z,
Définition 5.5.1. z ∈ iR ⇔ z̄ = −z.
On appelle conjugué d’un complexe z le complexe
z = Re(z) − i Im(z).
Remarque 5.6.2.
Attention : 0 n’est pas inversible, et comme avec
Proposition 5.5.3. 1
les réels, il est interdit d’écrire . De manière géné-
Soit z un complexe non nul, écrit z = re iθ sous 0
forme trigonométrique. Alors z̄ = re −iθ . rale, avant d’écrire une fraction (de complexes ou
d’autre chose), on s’assurera que le dénominateur
n’est pas nul.
Démonstration.
Proposition 5.5.4 (Règles de calcul). Pour l’existence, il suffit d’utiliser l’égalité z z̄ = |z 2 | vue
précédemment. Si z ̸= 0, alors |z 2 | est un réel non nul donc
27
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES
z̄
z× = 1.
|z 2 | Corollaire 5.7.2.
Pour l’unicité, si z ′′ est un autre inverse, alors z ′ zz ′′ =
(z ′ z)z ′′ = 1.z ′′ = z ′′ mais aussi z ′ zz ′′ = z ′ (zz ′′ ) = z ′ .1 = z ′ , Soit t ∈ R, alors
par associativité.
t
i 2t
1+e it
= 2e cos
Nous pouvons compléter les règles de calcul 2
précédentes : t
t
1 − e it = −2e i 2 i sin
2
Remarque 5.6.4.
L’inverse d’un complexe est donc
1 a − ib
= 2
a + ib a + b2
Exercice 5.6.5.
1 + 2i
Écrire sous forme algébrique.
3 − 4i
x−y
(x+y)
= 2e i 2 cos
2
28
Chapitre II
Fonctions usuelles
Sommaire
1 Rappels d’analyse. . . . . . . . . . . . . 30
1.1 Régularité de fonctions. . . . . . . . . 30
1.2 Parité, imparité, périodicité. . . . . . . 31
1.3 Monotonie. . . . . . . . . . . . . . . . 32
1.4 Lecture de tableaux de variations. . . . 33
2 Effet d’une transformation sur le graphe. 34
3 Composée de fonctions, réciproque. . . 35
3.1 Rappels de dérivation. . . . . . . . . . 35
3.2 Composée de deux fonctions. . . . . . 36
3.3 Propriétés d’une composée. . . . . . . 37
3.4 Cas des bijections. . . . . . . . . . . . 37
4 Fonction valeur absolue . . . . . . . . . 39
5 Fonctions puissances entières, polyno-
miales et rationnelles . . . . . . . . . . . 40
5.1 Fonctions puissances entières . . . . . 40
5.2 Fonctions polynomiales et rationnelles 41
6 Fonctions exponentielles, logarithmes
et puissances quelconques . . . . . . . . 42
6.1 Exponentielle et logarithme . . . . . . 42
6.2 Exponentielle de base quelconque . . . 43
6.3 Racines énièmes. . . . . . . . . . . . . 44
6.4 Croissances comparées . . . . . . . . . 45
7 Fonctions circulaires réciproques . . . . 45
7.1 Arccos et Arcsin . . . . . . . . . . . . 45
7.2 Arctangente . . . . . . . . . . . . . . . 47
7.3 Coordonnées polaires . . . . . . . . . . 48
8 Fonctions hyperboliques . . . . . . . . . 48
8.1 ch, sh et th . . . . . . . . . . . . . . . 48
8.2 Fonctions hyperboliques inverses . . . 50
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
d 42
x = 42x41 ,
1 Rappels d’analyse. dx
ou
On rappelle dans ce chapitre les notions fonda- d 2
3t + 1515 = 6t.
mentales d’analyse réelle vues dans le secondaire. dt
30
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
Définition 1.2.7.
Définition 1.2.1. Soit A ⊂ R, soit f : A → R, soit T > 0. On dit
Soit A ⊂ R, soit f : A → R. que f est T -périodique si, pour tout x ∈ A,
1. On dit que f est paire si, pour tout x ∈ A, x+T ∈A et f (x + T ) = f (x).
−x ∈ A et f (−x) = f (x). Dans ce cas T est appelé UNE période de f .
La fonction f est périodique s’il existe T > 0
2. On dit que f est impaire si, pour tout x ∈ A,
tel que f est T -périodique.
−x ∈ A et f (−x) = −f (x).
Remarque 1.2.8 (Réduction du domaine
d’étude).
Si f est T -périodique et si a ∈ A, il suffit d’étu-
Remarque 1.2.2 (Réduction du domaine
dier f sur A ∩ [a, a + T ] pour obtenir toutes les
d’étude).
informations sur f .
Il suffit d’étudier une fonction paire ou impaire
sur R+ ∩ A pour obtenir toutes les informations
nécessaires sur cette fonction. Il n’y a jamais unicité de la période !
31
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
Exemple 1.2.9.
Les fonctions constantes, cos, sin, tan, x 7→ x − 2. On dit que f est strictement décroissante si,
⌊x⌋ , R → R sont périodiques. pour tout x, y ∈ A, :
La fonction 1Q , qui vaut 1 sur Q et 0 sur R \ Q,
x < y ⇒ f (x) > f (y).
est périodique. Tout rationnel strictement positif
est une période pour cette fonction.
3. On dit que f est strictement monotone si elle
Toute fonction constante admet tout réel stric-
strictement croissante ou strictement décrois-
tement positif comme période.
sante.
Proposition 1.2.10.
Soit A ⊂ R, T > 0 et soit f : A → R dérivable et
T -périodique. Une fonction n’est pas toujours crois-
Alors, f ′ est T -périodique. sante ou décroissante. Le contraire de croissant
n’est pas décroissant.
Démonstration. Exemple 1.3.3.
Il suffit d’écrire que, pour tout x ∈ A, f (x) = f (x + T ), La fonction carré n’est ni croissante, ni décrois-
puis de dériver de part et d’autre.
sante.
Exercice 1.2.11. Exercice 1.3.4.
Déterminer l’allure de la fonction f paire, 4- Déterminer toutes les fonctions qui sont à la fois
périodique et telle que pour tout x ∈ [0, 2], croissantes et décroissantes.
f (x) = x (cela s’écrit f |[0,2] = Id[0,2] ).
Remarque 1.3.5.
Une fonction monotone strictement l’est bien en-
1.3 Monotonie.
tendu au sens large.
À chaque fois que l’on vous demande d’étu-
Définition 1.3.1 (Monotonie au sens large). dier la monotonie d’une fonction, on attend le
Soit A ⊂ R, soit f : A → R. résultat le plus précis possible. Si la fonction est
croissante strictement mais que vous n’établissez
1. On dit que f est croissante si, pour tout
que sa croissance, votre réponse ne pourra être
x, y ∈ A, :
considérée comme complète.
x ⩾ y ⇒ f (x) ⩾ f (y).
Proposition 1.3.6 (Injectivité d’une fonction
2. On dit que f est décroissante si, pour tout strictement croissante).
x, y ∈ A, : Soit A ⊂ R, soit f : A → R strictement monotone.
Alors, pour tout x, x′ ∈ A, si x ̸= x′ , alors f (x) ̸=
x ⩾ y ⇒ f (x) ⩽ f (y). f (x′ ). Ceci est équivalent à dire que, pour tout
x, x′ ∈ A, si f (x) = f (x′ ), alors x = x′ .
3. On dit que f est monotone si elle croissante Notamment, si y ∈ R, il existe au plus un x ∈ A
ou décroissante. vérifiant y = f (x).
Démonstration.
Définition 1.3.2 (Monotonie stricte). On traite le cas strictement croissant (le cas strictement dé-
Soit A ⊂ R, soit f : A → R. croissant se traite de la même manière, ou bien en étudiant
−f ).
1. On dit que f est strictement croissante si, Soit x, x′ ∈ A tels que x ̸= x′ . On a soit x < x′ , dans
pour tout x, y ∈ A, : ce cas f (x) < f (x′ ) par croissance stricte de f , ou x > x′ ,
dans ce cas f (x) > f (x′ ). Dans les deux cas, f (x) ̸= f (x′ ).
x < y ⇒ f (x) < f (y). On peut très bien en montrer la contraposée. Soit x, x′ ∈
A tels que f (x) = f (x′ ). On ne peut pas avoir x < x′ car
32
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
sinon on aurait f (x) < f (x′ ), par croissance stricte de f , 3. Trouver une application h dérivable non dé-
ni x > x′ car sinon f (x) > f (x′ ). Ainsi x = x′ . croissante sur son ensemble de définition, de
Exemple 1.3.7. dérivée négative.
La fonction cosinus est strictement croissante sur Remarque 1.4.5.
[π, 3π/2]. Nous avons aussi : si f ′ est strictement positive
(resp. négative), alors f est strictement croissante
1.4 Lecture de tableaux de variations. (resp. décroissante).
Attention, la réciproque est fausse ! Par
exemple, la fonction x 7→ x3 est strictement crois-
Définition 1.4.1. sante sur R, bien que sa dérivée s’annule en 0.
Un intervalle est une partie « sans trou » de R
Le théorème suivant traduit les flèches conti-
(plus formellement on appelle cela une partie
nues tracées dans les tableaux de variations.
connexe), i.e. c’est une partie I qui vérifie : pour
tout x, y ∈ I, pour tout t ∈ R,
33
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
Remarque 1.4.9.
L’étude du signe d’une expression se fera systéma- de f par rapport à l’axe O→
−ı (voir la figure
tiquement en la factorisant. Ensuite, si le signe de II.6).
l’un des facteurs n’est pas évident, il conviendra • Le graphe de la fonction x 7→ −f (−x) s’ob-
d’étudier ce facteur (par une étude de fonctions). tient en prenant le symétrique du graphe
de f par rapport au point O (voir la figure
Exercice 1.4.10.
II.7).
Déterminer l’ensemble de définition de x 7→
(x + 1)2
puis tracer son tableau de variations. Démonstration.
ex − 1
On montre le premier cas, les autres sont similaires. Notons
Γ le graphe de f , Γ′ celui de x 7→ f (x) + a. Soit (x, y) ∈ R2 ,
2 Effet d’une transformation sur alors (x, y) ∈ Γ′ ⇔ (x, y − a) ∈ Γ, ce qui est bien le résultat
demandé.
le graphe.
Remarque 2.0.2.
Soit A ⊂ R. On considère une application Le graphe de la fonction x 7→ f (a − x) s’obtient
f : A → R, dont on veut étudier les proprié- donc
tés. Notamment, on peut vouloir représenter le • soit en translatant le graphe de f du vec-
graphe de cette fonction : c’est teur a→−ı puis en prenant le symétrique par
n o rapport à O→ −ȷ ;
(x, y) ∈ R2 x ∈ A et y = f (x) , • soit en prenant le symétrique du graphe de
f par rapport à O→ −ȷ puis en le transtlatant
que l’on représente, lorsque c’est possible, par une →
−
par le vecteur −a ı .
« courbe ».
x 7→ f (x) + 1, 5
Proposition 2.0.1.
Soit a ∈ R∗+ , on considère des graphes tracés
dans le repère orthonormé direct (O, → −ı , →
−ȷ ).
• Le graphe de la fonction x 7→ f (x) + a s’ob-
tient en translatant le graphe de f du vec- 1
teur a→−ȷ (voir la figure II.1).
• Le graphe de la fonction x 7→ f (x + a) s’ob- f : x 7→ x2
tient en translatant le graphe de f du vec- 0 1
teur −a→ −ı (voir la figure II.2).
x 7→ f (x) − 0, 7
• Le graphe de la fonction x 7→ f (ax) s’ob-
tient en dilatant le graphe de f suivant le Figure II.1 – Translation verticale du graphe.
vecteur →−ı et par le rapport 1 (voir la figure
a
II.3).
• Le graphe de la fonction x 7→ af (x) s’ob-
Proposition 2.0.3. 1. Le graphe d’une fonc-
tient en dilatant le graphe de f suivant le
tion paire présente une symétrie par rapport
vecteur →−ȷ et par le rapport a (voir la figure
à l’axe des ordonnées.
II.4).
• Le graphe de la fonction x 7→ f (−x) s’ob- 2. Le graphe d’une fonction impaire présente
tient en prenant le symétrique du graphe une symétrie par rapport à l’origine.
de f par rapport à l’axe O→ −ȷ (voir la figure 3. Le graphe d’une fonction T -périodique pré-
II.5). sente un motif de longueur T se répétant
• Le graphe de la fonction x 7→ −f (x) s’ob- (plus formellement, il est invariant par la
tient en prenant le symétrique du graphe translation de vecteur T →
−ı ).
34
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
x 7→ 3f (x)
f : x 7→ x2
0 1
x 7→ f (x + 2.9) x 7→ f (x − 1) f : x 7→ x2 + 1
1
x 7→ −f (x)/10
Figure II.2 – Translation horizontale du graphe. 1
0
x 7→ f (5x)
f : x 7→ x2 + 1
1
Figure II.4 – Dilatation verticale du graphe.
x 7→ f (x/10)
0 1
1
Exercice 2.0.4.
Quelle symétrie la courbe d’une fonction f : R →
R vérifiant, pour un a ∈ R, ∀x ∈ R f (a−x) = f (x) 0 1
présente-t-elle ? x 7→ f (−x) f : x 7→ ·x(x − 1)
35
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
f : x 7→ ·x(x − 1) x ∈ A,
d u′ (x)
1 (ln (u(x))) = .
dx u(x)
0 1
x 7→ −f (x) 3.2 Composée de deux fonctions.
Définition 3.2.1.
Soit A, B ⊂ R, soit f : A → R et g : B → R.
Si, pour tout x ∈ A, f (x) ∈ B, alors on peut
Figure II.6 – Symétrie du graphe par rapport à construire la fonction composée de f par g :
l’axe horizontal.
g◦f : A → R .
x 7→ g(f (x))
f : x 7→ x3 + x2 − x + 1 On pourra, pour s’aider, se rappeler du schéma
de la figure II.8.
1
f (x) ∈ B
0 1
f g
g◦f
x∈A g(f (x))
x 7→ −f (−x)
Figure II.7 – Symétrie du graphe par rapport à Figure II.8 – Diagramme de composition de
l’origine. fonctions.
Exemple 3.2.2.
On peut donc écrire, sous réserve de validité,
3. Si
p u est strictement positive, la fonction x 7→ u′
u(x) est dérivable sur A et, pour tout x ∈ (exp ◦u)′ = u′ × exp ◦u et (ln ◦u)′ = .
u
A,
d q u′ (x)
Remarque 3.2.3.
u(x) = p .
dx 2 u(x) Pour déterminer le domaine de définition d’une
4. La fonction x 7→ exp (u(x)) est dérivable sur composée g ◦ f , il convient de déterminer dans
A et, pour tout x ∈ A, l’ordre :
d 1. le domaine de définition de f , noté ici Df ;
(exp (u(x))) = u′ (x) exp (u(x)). 2. puis le domaine de définition de g, noté ici
dx
5. Si u est strictement positive, la fonction x 7→ Dg ;
ln (u(x)) est dérivable sur A et, pour tout 3. enfin, déterminer l’ensemble des x ∈ Df pour
lesquels f (x) ∈ Dg .
36
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
37
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
Démonstration.
Définition 3.4.2. Soit x ∈ [a, b], soit y entre f (a) et f (b). On a alors y = f (x)
Soit a < b deux réels, f : [a, b] → R continue et si et seulement si x = f −1 (y). Ainsi, le point de coordon-
nées (x, y) appartient au graphe de f si et seulement si
strictement monotone. Soit x entre f (a) et f (b),
celui de coordonnées (y, x) appartient au graphe de f −1 .
il existe donc un unique t ∈ [a, b] tel que x = f (t). Or, l’application qui échange les coordonnées est la symé-
On note ce réel t = f −1 (x). trie par rapport à la première bissectrice du plan, d’où le
La fonction f −1 est appelée réciproque de f . résultat.
On a des résultats analogues avec un intervalle Le résultat suivant permet notamment d’obte-
semi-ouvert ou ouvert (de la forme ]a, b], [a, b[ nir le tableau de variations de la réciproque d’une
ou ]a, b[), même si a ou b valent ±∞, mais ces fonction.
résultats font alors intervenir des limites.
Théorème 3.4.5.
Proposition 3.4.3. Soit I un intervalle de R et f : I → R continue et
Soit a < b deux réels, f : [a, b] → R continue et strictement monotone.
strictement croissante. On a alors 1. La fonction f −1 est strictement monotone,
de même monotonie que f .
f −1 : [f (a), f (b)] → [a, b] 2. Si f est impaire, alors f −1 est aussi impaire..
et on a les propriétés suivantes : 3. La fonction f −1 est continue.
1. f ◦ f −1 = Id[f (a),f (b)] ; 4. Si f dérivable et si f ′ ne s’annule pas, alors
1
2. f −1 ◦ f = Id[a,b] . f −1 est aussi dérivable et (f −1 )′ = ′ .
f ◦ f −1
Dans le cas où f est strictement décroissante, on
a les mêmes résultats en remplaçant [f (a), f (b)]
Démonstration.
par [f (b), f (a)].
On ne démontre que les deux premiers points.
On a des résultats analogues avec un intervalle
1. Dans le cas où f est strictement décroissante. Soit
semi-ouvert ou ouvert (de la forme ]a, b], [a, b[ x, y des images par la fonction f , posons a = f −1 (x)
ou ]a, b[), même si a ou b valent ±∞, mais ces et b = f −1 (y), de sorte que a, b ∈ I, x = f (a) et
résultats font alors intervenir des limites. y = f (b).
Supposons que x < y. Si a ⩽ b, alors, par décroissance
de f , f (a) ⩾ f (b), i.e. x ⩾ y : c’est impossible.
Démonstration. Ainsi, f −1 (x) > f −1 (y), donc f −1 est strictement
Le domaine de définition de f −1 et son image sont évidents, décroissante.
par la définition de f −1 .
2. Soit x une image par la fonction f , on a par imparité
1. Soit x ∈ [f (a), f (b)]. Posons t = f −1 (x). Par défini- de f
tion, f (t) = x, donc f (f −1 (x)) = x, d’où le résultat. f (−f −1 (x)) = −f (f −1 (x)) = −x.
2. Soit t ∈ [a, b], posons x = f (t). Par croissance stricte Ainsi, par définition, f −1 (−x) = −f −1 (x), donc f −1
de f , il y a unicité du réel u ∈ [a, b] vérifiant x = est impaire.
f (u), donc par définition t = f −1 (x). On a donc
t = f −1 (f (t)), d’où le résultat.
Remarque 3.4.6.
Une fois que l’on sait que f −1 est dérivable, la
dernière formule peut se retrouver en dérivant
Proposition 3.4.4. f ◦ f −1 = Id, ce qui donne :
Soit a < b deux réels, f : [a, b] → R continue et
strictement monotone. Alors, le graphe de f −1 est (f −1 )′ × f ′ ◦ f −1 = 1.
le symétrique du graphe de f par rapport à la
droite d’équation y = x (aussi appelée première Remarque 3.4.7.
bissectrice du plan). Avec quelques considérations de limites, le théo-
rème précédent permet de relier les tableaux de
38
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
x a b y=x
c
f (x)
d
x d c 1 √
x 7→ x
f −1 (x) b
a
d √ 1
x = √ .
dx 2 x
39
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
Démonstration. 1.
Proposition 4.0.2.
C’est une fonction paire, continue sur R et déri- (|x| + |y|)2 − |x + y|2 = (|x| + |y|)2 − (x + y)2
vable sur R∗− et R∗+ , mais pas en 0. Si x > 0, on = 2(|xy| − xy)
d d ⩾ 0,
a (|x|) = 1 et si x < 0, (|x|) = −1.
dx dx
donc |x + y|2 ⩽ (|x| + |y|)2 . On conclut par positivité
de |x + y| et de |x| + |y|.
Remarque 4.0.3. 3. Dans le raisonnement précédent, il y a égalité si et
Pour tout réel x, |x| ⩾ 0, et |x| = 0 si et seulement seulement si |xy| = xy, ce qui est équivalent à xy ⩾ 0,
si x = 0. ce qui est bien équivalent à « x et y sont de même
signe ».
Remarque 4.0.4.
2. En appliquant le premier point, |x| = |(x + y) +
Pour tout x, y ∈ R, |x · y| = |x| · |y|. (−y)| ⩽ |x + y| + |y| donc |x| − |y| ⩽ |x + y|. En
permutant les rôles de x et y, nous avons également
|y| − |x| ⩽ |x + y|, ce qui permet de conclure.
Théorème 4.0.5.
Soit x, y ∈ R. Alors, |x| ⩽ y si et seulement si
Remarque 4.0.8 (Interprétation en terme de
−y ⩽ x ⩽ y.
distance).
Si x, y ∈ R, |x − y| est la distance entre x et y. On
Démonstration. peut alors écrire, avec (x, ε) ∈ R2 , les intervalles
Il suffit de discuter selon les signes de x et de y.
[x − ε, x + ε] = { y ∈ R | |y − x| ⩽ ε } ,
Proposition 4.0.6 (Inégalité triangulaire). ]x − ε, x + ε[ = { y ∈ R | |y − x| < ε } .
Soit x, y ∈ R, alors :
1. |x + y| ⩽ |x| + |y| ;
5 Fonctions puissances entières,
2. ||x| − |y|| ⩽ |x + y| ;
polynomiales et rationnelles
3. enfin, |x + y| = |x| + |y| si et seulement si x
et y sont de même signe.
5.1 Fonctions puissances entières
Remarque 4.0.7.
L’inégalité triangulaire est celle du premier point, Définition 5.1.1.
mais on trouve souvent sous cette appellation les Soit x ∈ R, n ∈ N. On appelle x puissance n le
deux premiers points résumés dans l’encadrement réel x × . . . × x (n fois), noté xn .
||x| − |y|| ⩽ |x + y| ⩽ |x| + |y|. Le troisième point Par convention x0 = 1 pour tout x ∈ R,
est le cas d’égalité de l’inégalité triangulaire. même 0.
Le cas d’égalité du second point existe également : Si n est un entier strictement négatif, et si x ̸= 0,
||x| − |y|| = |x + y| si et seulement si x et y sont 1
on pose xn = −n .
de signe opposés. x
On retrouvera ces résultats pour les nombres com-
plexes, car la valeur absolue et le module complexe
coïncident sur R. Le premier point sera démon- Remarque 5.1.2.
tré dans le chapitre correspondant. Le second Cela peut se définir rigoureusement par récur-
point en découle facilement et peut être démon- rence.
tré dès maintenant. Nous donnons cependant une
démonstration élémentaire des points (i) et (iii),
valable uniquement pour des réels.
40
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
Proposition 5.1.3.
Soit m, n ∈ Z, de manière générale :
x 7→ x2
xm+n = xm xn , x 7→ x4
xmn = (xm )n , 1
(xy)n = xn y n ,
n
xn x
= .
y n y 0 1
De plus, x 7→ xn a la même parité que n. C’est
une fonction continue, dérivable, de dérivée x 7→
nxn−1 . x 7→ x
Les allures des courbes dans tous les cas (n x 7→ x3
pair, impair, positif, négatif) sont données dans
les figures II.12 et II.13.
1
Définition 5.2.1. x 7→
x
On appelle fonction polynomiale toute fonction
1
de la forme x 7→
x3
f : R → R
x 7→ a0 + a1 x + a2 x2 + . . . + an xn
Figure II.13 – Quelques fonctions puissance,
| {z }
n
exposants négatifs.
X
k
ak x
k=0
où n ∈ N, a0 , . . . , an ∈ R et où an ̸= 0.
Dans ce cas, n est appelé le degré de f , an est
le coefficient dominant (ou de plus haut degré) de Proposition 5.2.2.
f et a0 est le coefficient constant de f . Le terme Toute fonction polynomiale est continue et déri-
an xn est le monôme dominant de f . vable sur R.
41
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
Définition 5.2.3.
On appelle fonction rationnelle toute fonction de Proposition 6.1.4.
g(x)
la forme f : x 7→ où g et h sont des fonctions La fonction exp est continue, dérivable sur R, et
h(x) égale à sa dérivée.
polynomiales. Si an xn et bm xm sont les monômes
an xn
dominants de g et h, alors f (x) et ont
bm xm Démonstration.
même limite en ±∞. Utiliser les propriétés de la réciproque.
y =x−1
Définition 6.1.1.
On appelle logarithme népérien la primitive, notée
1
ln, de x 7→ sur R∗+ valant 0 en 1.
x Figure II.14 – Logarithme et exponentielle.
42
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
Remarque 6.1.10.
Proposition 6.1.5. Ces inégalités s’observent aisément sur la fi-
L’exponentielle est partout strictement positive, gure II.14.
elle est strictement croissante et bijective de R Elles découlent immédiatement de la propriété
dans R∗+ . de convexité de l’exponentielle et de la propriété
de concavité du logarithme.
43
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
0
Démonstration. 1
Revenir à la définition via l’exponentielle.
Proposition 6.2.5.
Soit a ∈ R. On note fa : R∗+ → R∗+ .
x 7→ xa Remarque 6.2.7. 1. Cas particuliers utiles :
1. La fonction fa est continue, dérivable et ∀x ∈ log10 et log2 . Ils donnent le nombre de chiffres
R∗+ , fa′ (x) = axa−1 . dans l’écriture d’un entier en base 10 ou 2 :
si 10p−1 ⩽ n < 10p , alors n s’écrit avec p
2. Si a ̸= 0, fa est bijective de R∗+ sur R∗+ . Sa
chiffres en base 10 et ⌊log10 n⌋ = p − 1.
réciproque est f1/a .
′ 2. Propriétés fondamentales : log10 (10x ) = x et
3. Soit a < a′ : si x > 1, xa < xa , si x ∈]0, 1[, 10log10 x = x.
′
xa > xa
6.3 Racines énièmes.
Démonstration. 1. Il suffit de dériver dans la défini-
tion.
2. Il suffit de vérifier que (xa )1/a = (x1/a )a = x. Définition 6.3.1.
3. Il suffit de discuter suivant le signe de ln(x). Soit n ∈ N∗ . La fonction x 7→ xn est continue.
44
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
Démonstration. xa
xa/b
b b
a xa/b
b
Il suffit de montrer la croissance stricte. Cela peut se faire = = .
(ln x)b ln x b ln (xa/b )
en dérivant, ou bien en factorisant xn − y n (la formule sera
vue bientôt). On obtient l’autre limite par composition.
Notamment, pour n = 2, x2 − y 2 = (x − y)(x + y) donne
directement la croissance stricte de x 7→ x2 sur R∗+ . 3. Repasser par les deux premiers points.
Exemple 6.3.2. √ √
(−2) Exercice 6.4.3.
√ 4= −8, donc −2 √= 3 −8, et ( 3)4 =
3
√ Déterminer la limite de la suite de terme général
(− 3) = 9, donc 4 9 = 3.
3n − n2 + ln2 (n)
Proposition 6.3.3. √ n
√ ne + e − 2 ln(n)
Soit n ∈ N∗ et x > 0, alors n x = x1/n .
Exercice 6.4.1.
Montrer que ∀x ∈ R+ , exp(x) ⩾ 1 + x + x2 /2. En La fonction cosinus n’est pas bijective :
déduire la limite de exp(x)/x lorsque x → +∞. pour tout x ∈ [−1, 1], il n’existe pas un unique
t ∈ R vérifiant x = cos(t).
Proposition 6.4.2 (Croissances comparées des
exponentielles, puissances et logarithmes).
Soient a, b ∈ R∗+ . Alors : Définition 7.1.1 (Arc cosinus).
1. l’exponentielle l’emporte sur les puissances : Pour tout x ∈ [−1, 1], il existe un unique t ∈ [0, π]
tel que x = cos(t). On dit que ce t est l’arc cosinus
e bx de x (noté t = Arccos(x)).
xa e bx −−−−→ 0 et −−−−→ +∞ ;
x→−∞ xa x→+∞ Plus formellement : la fonction cosinus est bi-
jective de [0, π] sur [−1, 1]. Sa fonction réciproque
2. les puissances l’emportent sur les loga-
est appelée arc cosinus et noté Arccos.
rithmes :
xa
xa ·|ln x|b −−−→ 0 et −−−−→ +∞ ; Démonstration.
x→0 (ln x)b x→+∞ La fonction cosinus est continue, strictement décroissante
sur [0, π], cos(0) = 1 et cos(π) = −1. On conclut par le
3. l’exponentielle l’emporte sur les logarithmes théorème de la bijection.
(repasser par les deux premiers points).
45
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
π π
Proposition 7.1.2.
− , tel que x = sin(t). On dit que ce t est
La fonction arc cosinus est strictement décrois- 2 2
sante, continue sur [−1, 1], dérivable sur ] − 1, 1[, l’arc sinus de x (noté t = Arcsin(x)).
1 Plus formellement : la fonction sinus est bijec-
de dérivée x 7→ − √ , c’est-à-dire que pour
1 − x2 tive de [−π/2, π/2] sur [−1, 1]. Sa fonction réci-
tout x ∈] − 1, 1[, proque est appelée arc sinus et noté Arcsin.
1
Arccos′ (x) = − √ . Démonstration.
1 − x2
La fonction sinus
est continue, strictement
croissante sur
π π
Son graphe est représenté sur la figure II.16. [−π/2, π/2], sin −
2
= −1 et sin
2
= 1. On conclut
par le théorème de la bijection.
Démonstration.
Tout découle du tableau de variations du cosinus et des Proposition 7.1.4.
théorèmes généraux précédents.
Comme cos′ (0) = 0 et cos′ (π) = 0, Arccos n’est pas
La fonction arc sinus est strictement croissante,
dérivable en cos(0) = 1 et en cos(π) = −1. La dérivée du impaire, continue sur [−1, 1], dérivable sur ]−1, 1[,
cosinus ne s’annule pas sur ]0, π[, donc Arccos est dérivable 1
de dérivée x 7→ √ , c’est-à-dire que pour
sur ] − 1, 1[. Ensuite, si −1 < x < 1, 1 − x2
1 −1 tout x ∈] − 1, 1[,
Arccos′ (x) = = .
cos′ (Arccos x) sin(Arccos x)
1
Il suffit d’utiliser√le résultat du théorème 7.1.6 pour obtenir
Arcsin′ (x) = √ .
1 − x2
sin(Arccos x) = 1 − x2 .
Son graphe est représenté sur la figure II.17.
π
Démonstration.
Arccos C’est la même chose que pour l’arc cosinus.
Pour l’imparité, si x ∈ [−1, 1], posons t = Arcsin(x),
y=x donc t ∈ [−π/2, π/2] et sin(t) = x. Par imparité du sinus,
π
sin(−t) = −x, et −t ∈ [−π/2, π/2], donc par définition
2 −t = Arcsin(−x). On vient de montrer que Arcsin(−x) =
1 − Arcsin(x).
π
2 π Exercice 7.1.5.
−1 0 1 Déterminer les arc cosinus
√ et
√ arc sinus des valeurs
cos 1 2 3
usuelles : 0, ± , ± ,± et ±1.
−1 2 2 2
Théorème 7.1.6.
Figure II.16 – Fonctions cos et Arccos. Pour tout x ∈ [−1, 1],
sin(Arccos x) = cos(Arcsin x)
p
= 1 − x2 .
La fonction sinus n’est pas bijective :
pour tout x ∈ [−1, 1], il n’existe pas un unique
t ∈ R vérifiant x = sin(t).
Démonstration.
On a cos ◦ Arccos = Id[−1,1] , c’est-à-dire que, par définition,
Définition 7.1.3 (Arc sinus). pour tout x ∈ [−1, 1], cos(Arccos x) = x.
Ainsi, si x ∈ [−1, 1], on a
Pour tout x ∈ [−1, 1], il existe un unique t ∈
sin2 (Arccos x) = 1 − cos2 (Arccos x) = 1 − x2 .
46
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
De même f (1) = C.
1 π On a donc ∀x ∈ [−1, 1] f (x) = C.
2 3. La valeur de f sur [−1, 1] est π/2. En effet, en 0, f
vaut Arcsin 0 + Arccos 0, qui est égal à 0 + π/2.
−1
π 7.2 Arctangente
−
2
Pour finir, on remarque que le sinus est positif sur [0, π], Définition 7.2.1 (Arc tangente).
or la fonction Arccos prend ses valeurs dans [0, π], donc π π
sin(Arccos x) ⩾ 0.. Pour tout x ∈ R, il existe un unique t ∈ − ,
2 2
tel que x = tan(t). On dit que ce t est l’arc
Arccos ◦ cos ̸= IdR , on a juste que pour tangente de x (noté t = Arctan(x)).
tout x ∈ [0, π], Arccos(cos(x)) = x. Plus formellement, la fonction tangente est bi-
jective de ] − π/2, π/2[ sur R. Sa fonction réci-
Exercice 7.1.7. proque est appelée arctangente et noté Arctan
17π
Calculer Arccos cos . (parfois atan).
7
Exercice 7.1.8.
4
Résoudre l’équation Arcsin x = Arccos , d’incon-
5 Proposition 7.2.2.
nue x ∈ [−1, 1]. La fonction arc tangente est continue sur R, dé-
1
rivable sur R de dérivée x 7→ , impaire
Toujours faire attention aux signes des 1 + x2
et strictement croissante. Son graphe est donné
objets, et aux ensembles auxquels ils appar- figure II.18 (noter les asymptotes).
tiennent.
Démonstration.
Tout découle du tableau de variations de la tangente et
Proposition 7.1.9. des théorèmes généraux précédents.
Pour tout x ∈ [−1, 1], on a Arcsin x + Arccos x = On a tan′ = 1 + tan2 , donc pour tout x ∈] − π/2, π/2[,
π/2. tan′ (x) ⩾ 1. La dérivée de la tangente ne s’annule pas sur
] − π/2, π/2[, donc Arctan est dérivable sur R. Ensuite, si
x ∈ R,
Démonstration. 1 1 1
Notons f : [−1, 1] → R, x 7→ Arcsin x + Arccos x. Il suffit Arctan′ (x) = = = .
tan′ (Arctan x) 1 + tan2 (Arctan x) 1 + x2
de montrer que f est constante sur [−1, 1], de valeur π/2.
Pour cela on peut vérifier les trois points suivants : L’imparité s’obtient comme pour l’arc sinus.
47
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
Exercice 7.2.4.
Résoudre l’équation Arctan(2x) + Arctan(3x) = Définition 8.1.1.
π
. On appelle :
4
Exercice 7.2.5. 1. Sinus hyperbolique et on note sh l’application
Étudier la fonction
sh : R → R .
1
e x − e −x
f : x 7→ Arctan(x) + Arctan . x 7→
x 2
2. Cosinus hyperbolique et on note ch l’applica-
7.3 Coordonnées polaires tion
ch : R → R .
Soit (x, y) un couple de coordonnées carté- e x + e −x
siennes d’un point M du plan. On veut un couple x 7→
2
de coordonnées polaires de M . On cherche un tel
couple souspla forme (r, θ) avec r ⩾ 0 et θ ∈]−π, π[.
On a r = x2 + y 2 . On doit avoir x = r cos θ =
et y = r sin θ, donc cos θ = x/r et sin θ = y/r (on Proposition 8.1.2. 1. La fonction ch est conti-
écarte le cas r = 0, on dit par convention que nue et dérivable sur R et sa dérivée est sh.
toutes les (0, θ) conviennent). De plus, ch est paire.
On distingue deux cas :
48
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
Exercice 8.1.4.
2. La fonction sh est continue et dérivable sur R Démontrer l’inégalité précédente de deux manières
et sa dérivée est ch. De plus, sh est impaire. différentes.
3. Les graphes de ch et sh sont donnés dans la
figure II.20.
ch
4. ch + sh = exp.
5. ch2 − sh2 = 1.
+∞
sh(x) 0
−∞
Figure II.20 – Fonctions ch et sh.
sh(x) − 0 +
+∞ +∞
ch(x) Définition 8.1.5.
1 On appelle Tangente hyperbolique et on note þ =
sh
, soit l’application
ch
Figure II.19 – Variations de ch et de sh.
þ : R → R .
ch(x) − sh(x) −−−−−→ 0, donc les graphes de ch et de e x − e −x
x→+∞
sh sont asymptotiques l’un de l’autre. x 7→
e x + e −x
4. Simple calcul.
5. On factorise, en utilisant la parité de ch et l’imparité
de sh et le résultat précédent : pour tout x ∈ R,
ch2 (x) − sh2 (x) = (ch(x) + sh(x))(ch(x) − sh(x))
Proposition 8.1.6.
= (ch(x) + sh(x))(ch(−x) + sh(−x))
La fonction th est continue et dérivable sur R et
= exp(x) exp(−x)
= 1. 1
þ′ = 1 − þ2 = .
ch2
1
u+ ⩾ 2, Démonstration.
u
Par le calcul de ch − sh, on obtient que, pour tout
avec égalité si et seulement si u = 1. Cela permet x ∈ R,
de retrouver que, pour tout x ∈ R, ch(x) ⩾ 1. − ch(x) < sh(x) < ch(x)
49
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES
sh(x)
−−−→ 1,
x x→0
ch(x) − 1
−−−→ 0.
x x→0
50
Chapitre III
Un peu de calcul
Sommaire
1 Le symbole somme : Σ . . . . . . . . . . 52
1.1 Définition d’une somme simple et pre-
mières propriétés . . . . . . . . . . . . 52
1.2 Sommes doubles . . . . . . . . . . . . 54
1.3 Somme d’une famille finie d’objets . . 55
2 Le symbole produit : Π . . . . . . . . . 56
3 Quelques formules à connaître . . . . . 56
3.1 Sommes classiques . . . . . . . . . . . 56
3.2 Coefficients binomiaux . . . . . . . . . 57
3.3 Binôme de Newton, identités remar-
quables et sommation géométrique . . 58
4 Systèmes linéaires et pivot de Gauss . 60
4.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . 60
4.2 Interprétation géométrique . . . . . . . 60
a Dans le plan . . . . . . . . . . . . 60
b Dans l’espace . . . . . . . . . . . 60
4.3 Opérations sur les lignes d’un système 61
4.4 Algorithme du pivot . . . . . . . . . . 61
a Cas d’un système diagonal . . . . 61
b Cas d’un système triangulaire in-
versible . . . . . . . . . . . . . . . 61
c Cas d’un système triangulaire non
inversible . . . . . . . . . . . . . . 63
d Systèmes échelonnés . . . . . . . 63
e Cas général . . . . . . . . . . . . 63
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL
1 Le symbole somme : Σ
plexes, soit λ, µ ∈ C. Alors
1.1 Définition d’une somme simple et n n n
(λak + µbk ) = λ ak + µ
X X X
premières propriétés bk .
k=m k=m k=m
Définition 1.1.1.
Démonstration.
Soit m, n ∈ Z tels que m ⩽ n. Soit zm , . . . , zn des On le montre par récurrence sur n, après avoir fixé m.
nombres complexes. Leur somme est notée
n
X Proposition 1.1.5 (Relation de Chasles).
zk , Soit m, n, p ∈ Z tels que m ⩽ n ⩽ p, et am , . . . , ap
k=m
des nombres complexes. Alors
c’est le nombre complexe que l’on peut noter de p n p
manière abusive ak = ak +
X X X
ak .
k=m k=m k=n+1
zm + zm+1 + zm+2 + . . . + zn .
n
Par convention, si m > n, on posera zk = 0.
X
Démonstration.
k=m Ce résultat intuitif peut se démontrer proprement par
récurrence sur p : on fixe m ∈ Z et pour tout p ∈ Z
tel que p ⩾ m, on pose (Hp ) : « pour tout n ∈ Jm, pK,
p n p
Exemple 1.1.2.
X X X
ak = ak + ak ».
4
k=m k=m k=n+1
k 2 = 1 + 22 + 32 + 42 = 30.
X
52
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL
Soit un entier n ⩾ m, supposons que l’identité soit vraie passer de la troisième à la quatrième ligne,
au rang n. Alors,
n+1 n
!
X X
zk = + zn+1
n+1 n
!
X X zk
zk+1 = zk+1 + zn+1+1 k=0 k=0
k=m k=m n
!
X
= + zn+1
n+1
!
X zn−k
= zk + zn+2 k=0
k=m+1 n
!
X
n+2
X = zn+1−(k+1) + zn+1
= zk . k=0
n+1
!
k=m+1 X
= zn+1−k + zn+1−0
Ainsi, la propriété est vraie au rang n + 1 et l’on peut k=1
conclure par récurrence. n+1
X
= zn+1−k .
Exercice 1.1.7. k=0
Soit n ∈ N, écrire comme une somme partant de
l’indice 0 : Ainsi, la propriété est vraie au rang n + 1 et l’on peut
n+1 conclure par récurrence.
La seconde identité se déduit immédiatement de celle-là
X
k2 .
avec un décalage d’indice.
k=2
Exemple 1.1.9.
Le second outil consiste à remarquer que la 6 5 3 3
somme i = (i + 1) = (i + 3) = (6 − i)2 .
X X X X
2 2 2
Démonstration.
Remarque 1.1.11.
On montre la première par récurrence sur n.
Si n = 0, alors
Ceci est l’analogue discret du résultat d’intégra-
Z b
n n
tion f ′ (t) dt = f (b) − f (a), pour les fonctions
X X a
zk = z0 = zn−0 = zn−k . f éligibles.
k=0 k=0
Démonstration.
Soit un entier naturel n, supposons que l’identité soit vraie Commencer par écrire la somme « à la main »avec des
au rang n. Alors, en effectuant un décalage d’indice pour « petits points » pour voir les simplifications apparaître.
53
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL
Ensuite, par changement d’indice : On essaiera toujours d’écrire des sommes par-
n
X n
X n
X tant de 0 ou de 1.
(zk+1 − zk ) = zk+1 − zk
k=m k=m k=m La plus souvent, nous sommerons des nombres
n+1
X Xn sur des tableaux carrés. Dans ce cas, nous utilise-
= zk − zk rons des notations plus légères.
k=m+1 k=m
= zn+1 − zm .
54
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL
i∈∅
Exercice 1.2.8.
Combien y a-t-il de cases dans un tableau de cet objet s’entendant comme le nombre zéro, la
dimension n × n ? fonction nulle, la matrice nulle (en fontion du
Retrouver cela en calculant 1.
X
contexte).
1⩽i,j⩽n
Faire de même pour un tableau triangulaire.
Remarque 1.3.5.
1.3 Somme d’une famille finie d’objets Dans le cas où I = Jm, nK, où m, n ∈ Z sont tels
n
Les définitions précédentes peuvent bien en- que m ⩽ n, on la note plus couramment
X
zk
tendu se généraliser comme suit. k=m
ou zk . Elle vaut zm + zm+1 + zm+2 . . . + zn .
X
m⩽k⩽n
55
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL
m⩽k⩽n, p⩽ℓ⩽q
i∈∅
En général on ne peut pas permuter
3 Y
2
les Σ et les Π. Par exemple, calculer 1 et
X
Remarque 2.0.2. i=1 j=1
On restreindra l’écriture de ce symbole aux fa- 2 X
3
1.
Y
milles finies de nombres, ou éventuellement aux
fonctions à valeurs numériques. j=1 i=1
Nous verrons en effet que le produit matriciel Remarque 2.0.7.
n
n’est pas commutatif, l’écriture Ai n’a dès lors
Y
i=1
plus grand sens lorsqu’on l’applique à des matrices
A1 , . . . , An . 3 Quelques formules à connaître
3.1 Sommes classiques
Définition 2.0.3 (Factorielle).
Pour tout n ∈ N\{0} (noté aussi N× ou N∗ ), on
appelle factorielle n, notée n! le nombre
Théorème 3.1.1.
n Soit n un entier naturel. Alors
n! = k = 1 × 2 × 3 . . . × n.
Y
n
1. 1=n+1 ;
X
k=1
k=0
Par convention, 0! = 1. n
n(n + 1)
2. k= ;
X
k=0
2
Exemple 2.0.4. n
n(n + 1)(2n + 1)
Il est bon de connaître les 5 ou 6 premières fac- 3. k2 = .
X
56
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL
Démonstration.
Les trois se démontrent facilement par récurrence. Par Définition 3.2.1 (Coefficients binomiaux).
curiosité et pour s’entraîner, voici deux autres démonstra- Soit (n, k) ∈ N2 tels que k ⩽ n. On appelle coeffi-
tions :
cient
! binomial, aussi lu « k parmi n », le réel noté
n
2. On note Sn =
X
k. On fait un changement d’indice : n n!
valant .
k=0 k k!(n − k)!
n n
X X On étend cette
! définition à tout (n, k) ∈ N × Z
Sn = (n − k) et on développe : Sn = n−
n
n
k=0 k=0
en posant = 0 pour k > n ou k < 0.
X k
k = n(n + 1) − Sn , d’où 2Sn = n(n + 1).
k=0
n
X
3. On note Sn′ = k2 . Pour tout k ∈ J0, nK, on a : Remarque 3.2.2.
k=0 On utilisera souvent :
(k + 1)3 − k3 = 3k + 3k + 1. On somme tout ça de 0 à
2
k=a
2 n
!
n−1 n−1
! !
= + .
k k−1 k
On pourra remarquer cette somme correspond
bien au nombre de termes de la somme, fois la
moyenne du plus petit et du plus grand élément.
Démonstration.
On pourrait la calculer de la manière suivante :
Se fait par un calcul direct.
57
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL
Démonstration.
Proposition 3.2.7. ! ! On le démontre par récurrence sur n, après avoir fixé a et
n n b.
Soit n ∈ N∗ et k ∈ J0, nK. On a = .
k n−k Pour n = 0, c’est évident :
0
X 0
Démonstration. (a + b) = 1 =
0
a0 b0 .
0
Remarquer que k = n − (n − k) ! k=0
Remarque 3.2.8.
Sur un arbre représentant les répétitions d’une Soit n ∈ N, supposons la formule du binôme au rang n.
Alors,
même expérience aléatoire, le coefficient binomial
k parmi n compte le nombre de chemins réalisant
(a + b)n+1 = (a + b)(a + b)n
k succès pour n répétitions. En particulier, c’est
= a(a + b)n + b(a + b)n
un entier.
n n
X n X n
La figure 1 illustre le calcul de ces coefficients =a k n−k
a b +b ak bn−k
k k
pour 4 répétitions. k=0
n
k=0
n
n n
La formule suivante n’est pas exigible mais est
X X
= ak+1 bn−k + ak bn+1−k
k k
fort utile. k=0 k=0
n−1
Proposition 3.2.9.
X n
ak+1 bn+1−(k+1) + an+1
k+1−1
Soit n ∈ N∗ et 0 < k ⩽ n, alors k=0
n
X n
n n−1 = ak bn+1−k + an+1
! !
n k−1
= . k=1
k k k−1
De même, la seconde somme s’écrit :
n
Démonstration.
X n
bn+1 + ak bn+1−k .
Facile et laissée en exercice. k=1
k
58
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL
E 0 succès et 4 échecs
E
S 1 succès et 3 échecs
E
E 1 succès et 3 échecs
S
E
S 2 succès et 2 échecs
E 1 succès et 3 échecs
E
S 2 succès et 2 échecs
S
E 2 succès et 2 échecs
S
S 3 succès et 1 échec
E 1 succès et 3 échecs
E
S 2 succès et 2 échecs
E
E 2 succès et 2 échecs
S
S
S 3 succès et 1 échec
E 2 succès et 2 échecs
E
S 3 succès et 1 échec
S
E 3 succès et 1 échec
S
S 4 succès et 0 échec
Figure III.1 – Chemins des succès et échecs pour 4 répétitions d’une expérience
Corollaire 3.3.2.!
n n
Corollaire 3.3.4 (HP).
!
n k n
Soit n > 0. = 2 et (−1) = 0.
X X
n
k k Soient n ∈ N et a, b ∈ C. Alors,
k=0 k=0
2n
+b = (a + b) (−1)k ak b2n−k .
X
2n+1 2n+1
a
Théorème 3.3.3. k=0
Soient n ∈ N et a, b ∈ C. Alors :
n−1
an − bn = (a − b)
X
ak bn−k−1 . Démonstration.
k=0 a2n+1 + b2n+1 = a2n+1 − (−b)2n+1 et on utilise le théorème
précédent.
59
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL
z −1
n
+ . . . + a1p xp = b1
n−1 a11 x1
si z ̸= 1
zk =
X
z−1 .
. . .
k=0
n si z = 1 . . .
+ . . . + anp xp = bn
an1 x1
60
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL
la ligne du système sans oublier le membre de On remarque que s’il n’y a aucun zéro sur la
droite. diagonale, il y a une unique solution, sinon il n’y
Exemple 4.3.2. a aucune solution, ou une infinité de solutions.
Donner des exemples.
b Cas d’un système triangulaire inversible
61
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL
récurrence. 0 0 −1 2
ce qui correspond au système
Nous pouvons également appliquer une succes-
sion d’opérations sur les lignes du système pour
x = 1
se ramener de manière équivalente à un système y = −2
diagonal. −z =
3
Ce processus est parfois appelé principe de re-
qui est bien diagonal. Il vient alors directement
montée car l’on y fait apparaître des zéros dans
le haut de la matrice du système, en partant des
x
= 1
lignes du bas. y = −2 .
Cette méthode peut être présentée en utilisant z = −3
une suite de systèmes équivalents.
Il existe une présentation plus visuelle et plus Exercice 4.4.2.
rapide à rédiger. Par exemple, considérons le sys- Résoudre le système
+2y +4t = 2
tème
x
−2y +3z = −1
+y −z = 2
x
.
−2y +z = 1 .
z −2t = 3
−z = 3 −t = 1
62
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL
c Cas d’un système triangulaire non in- où 1 ⩽ i1 < i2 < . . . < ir ⩽ p et les coefficients
versible ai1 ,i1 , . . . , air ,ir sont tous non nuls.
Chacune des premières lignes s’interprète
S’il y a un zéro sur la diagonale d’un système
comme l’équation d’un « hyperplan » de dimen-
triangulaire, ce dernier est dit non inversible. On
sion p−1 dans Kp . Le système possède une unique
obtient un certain nombre de lignes de la forme
solution si et seulement si r = p et une infinité de
0 = ci , où les ci sont des constantes. Si un de
solutions si et seulement si r < p.
ces ci est non nul, le système n’admet pas de
Nous n’évoquerons ce cas que lorsque p ⩽ 3 et
solution, sinon, des lignes se simplifient.
n ⩽ 3.
Nous n’évoquerons ce cas que lorsque p ⩽ 3 et
Les solutions du système s’interprètent simple-
n ⩽ 3.
ment en termes géométriques.
Les solutions du système s’interprètent simple-
ment en termes géométriques.
• si p = 2, l’ensemble des solutions est soit vide,
soit un singleton, soit une droite du plan, soit le
• si p = 2, l’ensemble des solutions est soit vide,
plan tout entier.
soit un singleton, soit une droite du plan, soit le
plan tout entier. Exemple 4.4.6.
Résoudre les systèmes :
Exemple 4.4.4. (
Résoudre les systèmes : x + y = 2
1.
( 0 = 1
y = 2
1. 2. x + y = 1
y = 1
• si p = 3, l’ensemble des solutions est soit vide,
(
x + y = 2
2. soit un singleton, soit une droite de l’espace, soit
2y = 1
un plan de l’espace, soit l’espace tout entier.
• si p = 3, l’ensemble des solutions est soit vide,
soit un singleton, soit une droite de l’espace, soit Exemple 4.4.7.
un plan de l’espace, soit l’espace tout entier. Résoudre les systèmes :
(
x + y + z = 1
Exemple 4.4.5. 1.
y + z = 2
Résoudre les systèmes :
2. x + y + z = 1
x + y + z = 1
1. z = 2
z = 1 e Cas général
63
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL
2 0 −1 1 0 2 1 2
pas dans la dernière ligne, choisissons d’éliminer
y dans les deux premières lignes. Afin d’éviter Or les deuxième et troisième lignes sont contra-
de manipuler des fractions, nous choisissons de dictoires, donc le système n’a pas de solution.
conserver la première ligne, car le coefficient
devant y y est 1.
Effectuons l’opération L2 ← L2 + 2L1 : le
1 1 1 1
système est donc équivalent à 3 0 3 4.
2 0 −1 1
On choisit ensuite d’éliminer z de la seconde
ligne en utilisant la dernière ligne, car la variable
z y a un coefficient égal à −1. Après l’opération
1 1 1 1
Exemple 4.4.9.
x +y +z = 1
x −2y +z = 2
Considérons le système .
2x +y −z = 1
2y +z = 2
Codons-le et exécutons l’algorithme du pivot. Il
64
Chapitre IV
Quelques fondamentaux
Sommaire
1 Propositions. . . . . . . . . . . . . . . . . 66 b n valeurs sont égales . . . . . . . 78
2 Connecteurs logiques. . . . . . . . . . . 66 c Toutes les puissances valent 1 . . 79
2.1 Négation. . . . . . . . . . . . . . . . . 66
2.2 Conjonction « et » et disjonction « ou ». 66
2.3 Implication. . . . . . . . . . . . . . . . 67
2.4 Équivalence. . . . . . . . . . . . . . . . 68
3 Quantificateurs universel et existentiel. 69
3.1 Définition. . . . . . . . . . . . . . . . . 69
3.2 Permutation de quantificateurs. . . . . 70
3.3 Négation d’un quantificateur. . . . . . 71
3.4 Le pseudo-quantificateur ∃!. . . . . . . 71
3.5 Quantificateurs et inégalités. . . . . . . 71
4 Raisonnements par récurrence. . . . . . 71
4.1 Principe du minimum. . . . . . . . . . 72
4.2 Principe de récurrence simple. . . . . . 72
4.3 Erreurs classiques. . . . . . . . . . . . 73
4.4 Bonne définition d’une suite définie par
récurrence. . . . . . . . . . . . . . . . . 74
4.5 Récurrence double. . . . . . . . . . . . 74
a Exemple : suite définie par récur-
rence. . . . . . . . . . . . . . . . . 74
b Énoncé du principe. . . . . . . . . 75
c Rédaction par récurrence double. 75
4.6 Récurrence triple, etc. . . . . . . . . . 75
4.7 Récurrence forte. . . . . . . . . . . . . 75
a Exemple : suite définie par récur-
rence. . . . . . . . . . . . . . . . . 75
b Énoncé du principe. . . . . . . . . 76
c Rédaction par récurrence forte. . 76
4.8 Méthodologie : choix du type de récur-
rence. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
4.9 Récurrence à partir d’un certain rang. 77
4.10 Récurrence sur un intervalle fini d’entiers 77
4.11 Récurrence descendante . . . . . . . . 77
4.12 Quelques récurrences fausses. . . . . . 78
a Suite négative minorée par un réel
positif. . . . . . . . . . . . . . . . . 78
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX
1 Propositions.
p ¬p
V F
Définition 1.0.1. F V
Une proposition est un énoncé qui peut prendre
deux valeurs de vérité : « vrai » (V) ou « faux »
(F).
Théorème 2.1.2 (Loi de la double négation).
Soit p une proposition, p et « non (non p) » sont
Exemple 1.0.2.
deux propositions équivalentes, ce qui s’écrit :
•2>7
• Pour tout nombre réel x, il existe un entier n p ≡ ¬(¬p).
tel que n ⩽ x < n + 1.
Définition 2.1.1.
Soit p une proposition. La proposition « non p », Remarque 2.2.2.
notée ¬p, est la proposition qui est vraie quand p Il existe un autre « ou », le « ou exclusif » : si p
est fausse, et fausse quand p est vraie. Sa table et q sont deux propositions, la proposition « p ou
de vérité est : exclusif q » est vraie si et seulement si p est vraie
ou q est vraie, mais pas les deux. Autrement dit,
66
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX
67
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX
Démonstration.
C’est une conséquence simple de la loi de De Morgan. Définition 2.4.1.
Soient p et q deux propositions. La proposition
Exemple 2.3.6.
p ⇔ q, qui se lit « p équivaut à q », est la propo-
En pratique, pour montrer p ⇒ q est fausse on
sition qui est vraie si et seulement si p et q ont la
peut trouver un exemple où p est vraie mais où q
même valeur de vérité.
est fausse.
Ainsi, avoir 18 ans n’implique pas d’avoir droit
Exercice 2.4.2.
de vote (ex : si on a casier judiciaire). De même,
Construire la table de vérité de p ⇔ q.
mesurer 2 m 20 n’implique pas d’être un joueur
de basket.
Théorème 2.4.3 (Équivalence et double impli-
Exercice 2.3.7.
cation).
Soit x, y deux réels et f : R → R une fonction.
Soit p et q deux propositions, alors
Nier la proposition «x ⩽ y ⇒ f (x) ⩾ f (y)».
(p ⇔ q) ≡ ([p ⇒ q] ∧ [q ⇒ p])
Définition 2.4.4.
Démonstration. q ⇒ p est appelée la réciproque de p ⇒ q.
C’est une conséquence simple de la loi de double négation.
Remarque 2.4.5.
Remarque 2.3.9. Le ⇔ est commutatif (si P ⇔ Q, alors Q ⇔ P ),
On peut formaliser ainsi le principe de « démons- transitif (si P ⇔ Q et Q ⇔ R, alors P ⇔ R) et
tration par l’absurde » : on veut montrer que p réflexif (on a toujours P ⇔ P ).
est vraie, sachant qu’une certaine proposition q
est fausse. Remarque 2.4.6.
On suppose alors que p est fausse et si l’on En pratique, pour montrer p ⇔ q, il y a 2 mé-
arrive à montrer que q est vraie : on a obtenu thodes :
une contradiction ! En fait on a montré ¬p ⇒ q, 1. Montrer q ⇒ p puis p ⇒ q ;
et donc ¬q ⇒ p. Comme ¬q est vraie, on a p qui 2. Montrer p ⇒ q puis la contraposée de sa
est vraie. réciproque, i.e. ¬p ⇒ ¬q
Exemple 2.3.10. On peut bien entendu montrer un schéma du
Un entier ne peut pas être pair et impair. type p ⇔ p1 ⇔ p2 . . . ⇔ q, où les pi sont des
propositions intermédiaires.
Démonstration.
Soit n pair et impair. Alors il existe k, k′ ∈ Z tels que
n = 2k = 2k′ + 1, donc k − k′ = 1/2 est un entier, ce qui Définition 2.4.7.
est absurde. Soient p et q deux propositions.
Remarque 2.3.11 (Transitivité). On dit que la proposition p est nécessaire pour
Pour toutes propositions P, Q, R, si P ⇒ Q et avoir la proposition q si q ⇒ p est vraie.
Q ⇒ R, alors P ⇒ R. On dit que la proposition p est suffisante pour
avoir la proposition q si p ⇒ q est vraie.
On dit que la proposition p est nécessaire et suf-
2.4 Équivalence. fisante pour avoir la proposition q si q ⇔ p est
vraie.
68
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX
Exemple 2.4.9.
√ Définition 3.1.3.
Montrons que 2 ∈
/ Q. Si P est un prédicat qui dépend de la variable x et
éventuellement d’autres variables, alors ∀x, P (x)
Démonstration. et ∃x, P (x) sont deux prédicats qui ne dépendent
On montre d’abord que, si n est un entier, alors « n est
pair » si et seulement si « n2 est pair ». pas de x et :
• ∀x, P (x) est vrai si, pour toutes les valeurs
Si n est pair, son reste dans la division euclidienne par 2 de x, P (x) est vrai ;
est nul : il existe k ∈ Z tel que n = 2k. Donc n2 = 2 × 2k2 • ∃x, P (x) est vrai s’il existe une valeur de x
est pair.
pour laquelle P (x) est vrai.
Si n est impair, son reste dans la division euclidienne ∀ est appelé quantificateur universel et ∃ est le
par 2 n’est pas nul, donc vaut 1 : il existe k ∈ Z tel que quantificateur existentiel.
n = 2k + 1. Donc n2 = 2 × (2k2 + 2k) + 1 est impair.
69
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX
Remarque 3.2.2.
On abrégera parfois ∀x ∈ E, ∀y ∈ E, P (x, y)
Démonstration.
Admis. en ∀x, y ∈ E, P (x, y). C’est aussi équivalent à
∀(x, y) ∈ E 2 , P (x, y).
Remarque 3.1.9.
On peut aussi retrouver le raisonnement par dis- Exemple 3.2.3.
jonction de cas dans d’autres situations. ∀x ∈ N, ∀y ∈ N, x.y ⩾ 0 ≡ ∀y ∈ N, ∀x ∈ N, x.y ⩾
0
Exercice 3.1.10. ∃x ∈ R, ∃y ∈ R, x + y ⩽ 0 ≡ ∃y ∈ R, ∃x ∈
Montrer que pour tout n ∈ Z, n2 − 3n + 2 est R, x + y ⩽ 0
pair.
Remarque 3.1.11 (Analyse-synthèse). On ne peut en général pas permuter un
Soit E un ensemble et P un prédicat défini sur ∀ et un ∃.
E. On demande parfois de résoudre ce problème,
c’est-à-dire de déterminer { x ∈ E | P (x) }, i.e. de Exemple 3.2.4.
déterminer la partie F de E telle que Comparer les propositions : « pour toute poule
il existe un oeuf d’où est sortie la poule » et « il
∀x ∈ E, P (x) ⇔ x ∈ F. existe un oeuf d’où sont sorties toutes les poules ».
70
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX
Exercice 3.2.5. • f = g + h.
Donner un exemple formel du dernier point.
3.5 Quantificateurs et inégalités.
3.3 Négation d’un quantificateur.
On commet souvent un abus d’écriture, notam-
ment en analyse, en raccourcissant la phrase
Proposition 3.3.1. ∀x ∈ R, [x ⩾ M ⇒ P (x)]
Soit P un prédicat. en
1. La négation de ∀xP (x) est ∃x, ¬P (x). ∀x ⩾ M, P (x).
2. La négation de ∃x, P (x) est ∀x, ¬P (x). Dans la deuxième écriture, la quantification
porte implicitement sur x et non sur M (qui doit
avoir été fixé ou quantifié auparavant). De plus,
Démonstration.
Admis. le domaine de P n’est plus explicitement défini.
71
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX
On suppose ∀x ∈ R f (x) = 0.
Remarque 4.1.2. 1. Certains ensembles Montrer que les coefficients a0 , a1 , . . ., aN sont
de réels n’admettent pas de minimum. tous nuls.
Exemples : ]0, 1], R, R∗+ , R− . Indication : si ces coefficients ne sont pas tous
nuls, on pourra s’intéresser au plus dernier coeffi-
2. Tout ensemble de réels admet au plus un
cient ak non nul et regarder la limite de f en +∞.
minimum.
On pourra aussi considérer le premier coefficient
Lorsqu’il existe, le minimum d’un ensemble E ak non nul et s’intéresser à une limite en zéro.
est noté min(E).
L’ensemble des entiers naturels possède la pro- 4.2 Principe de récurrence simple.
priété fondamentale suivante que l’on admettra :
Définition 4.2.1.
Soit P un prédicat sur les entiers naturels. Pour
n ∈ N, on dit que P est héréditaire au rang n si
Proposition 4.1.3.
on a P (n) ⇒ P (n + 1) (autrement dit, P n’est
Tout ensemble E d’entiers naturels non vide ad-
pas héréditaire au rang n si et seulement si on a
met un minimum.
P (n) et ¬P (n + 1))
On dit que P est héréditaire sur N si P est
Remarque 4.1.4. héréditaire à tout rang, c’est-à-dire si et seulement
Pour tout ensemble d’entiers naturels E, on a si on a :
∀x ∈ [[0, min(E)[[ x∈
/ E. ∀n ∈ N (P (n) ⇒ P (n + 1))
72
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX
73
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX
74
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX
De plus, pour montrer cette P à un rang donné, En particulier la suite u est bien définie.
il va falloir supposer qu’elle est vérifiée au deux Exercice 4.5.2.
rangs précédents. Soit (un )n∈N une suité vérifiant u0 = 2, u1 = 3 et
Il ne suffit donc pas de chercher à démontrer P ∀n ∈ N, un+2 = 3un+1 − 2un .
par récurrence. Pour répondre à cette question on
Montrer que ∀n ∈ N, un = 2n + 1.
va utiliser un principe de récurrence double, dans
lequel l’initialisation consiste à montrer P (0) et
P (1) et la démonstration de l’hérédité consiste à 4.6 Récurrence triple, etc.
montrer
On peut, de la même façon, avoir besoin de
P (n) et P (n + 1) ⇒ P (n + 2) principes de récurrence triple, quadruple, . . .
∀n ∈ N
Si cela s’avère nécessaire, on pourra les utiliser
sans démonstration.
b Énoncé du principe.
Ainsi, appliquer le principe de récurrence triple
pour démontrer ∀n ∈ N P (n) consistera à démon-
Théorème 4.5.1 (Principe de récurrence trer d’une part P (0), P (1) et P (2), et d’autre part
double). à démontrer que pour tout n ∈ N, si on a P (n) et
Soit P un prédicat portant sur N. Si : P (n + 1) et P (n + 2) alors on a P (n + 3).
• P (0) et P (1) sont vrais, Là encore, si l’on préfère, on pourra se passer
• pour tout n ∈ N, si P (n) et P (n + 1) sont d’une récurrence triple et utiliser simplement la
vrais alors P (n + 2) est vrai, récurrence ordinaire. Il suffira pour cela de définir,
alors ∀n ∈ N, P (n). pour tout n ∈ N, Q(n) comme
«P (n) et P (n + 1) et P (n + 2)»
Démonstration.
On peut montrer par récurrence simple que pour tout
n ∈ N, Q(n) : « P (n) et P (n + 1) ». et de montrer ∀n ∈ N Q(n) par récurrence simple.
Ou bien on peut utiliser le principe du minimum : si Enfin, on peut évidemment là aussi se passer de
P n’est pas toujours vrai, on considère le plus petit entier tout principe de récurrence en utilisant le principe
pour lequel P est faux etc.
du minimum.
75
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX
76
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX
77
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX
def f(x) :
(x2 , . . . , xn+1 ) est un n-uplet donc on a
"""Calcule 6*x-4, précondition : x réel"""
return 6 * x - 4
x2 = . . . = xn+1
from math import pi
x = pi / 4 # u_0 Donc on a
u = [x] # Contient u_0
for i in range(5) : x1 = x2 = . . . = xn+1
x = f(x) # Calcule le terme suivant de u
u.append(x) # Ajoute le nouveau terme Donc on a P (n + 1).
print(u) # Affiche les valeurs calculées On a donc ∀n ⩾ 1 P (n).
78
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX
an+1−1 = an
an−1 × an−1
=
a(n−1)−1
∀n ⩾ 1 P (n)
79
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX
80
Chapitre V
Nombres complexes
Sommaire
1 L’inégalité triangulaire . . . . . . . . . . 82
2 Propriétés supplémentaires de l’expo-
nentielle complexe et des arguments . . 82
3 Groupe U des nombres complexes de
module 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
4 Équations du second degré . . . . . . . 83
4.1 Calcul des racines carrées d’un complexe
sous forme algébrique . . . . . . . . . . 83
4.2 Résolution des équations du second degré 84
5 Racines énièmes. . . . . . . . . . . . . . 85
6 Techniques de calcul . . . . . . . . . . . 86
6.1 Formules trigonométriques . . . . . . . 86
6.2 Technique de l’angle moitié . . . . . . 86
6.3 Factorisation . . . . . . . . . . . . . . 86
6.4 Linéarisation . . . . . . . . . . . . . . 86
7 L’exponentielle complexe . . . . . . . . 87
8 Nombres complexes et géométrie plane 87
8.1 Colinéarité et orthogonalité . . . . . . 87
a Interprétation géométrique du rap-
port . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
8.2 Transformations usuelles . . . . . . . . 88
8.3 Similitudes et isométries . . . . . . . . 90
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES
= 2|z| z ′ − zz ′ − z ′ z
Démonstration.
zz ′ + z ′ z
′
= 2 |z| z − Direct.
2
!
zz ′ + zz ′
= 2 |z| z ′ −
2 Proposition 2.0.2.
=2 zz ′ − Re zz ′
Soit θ ∈ R :
⩾0 1. e iθ × e −iθ = e i0 = 1 ;
On a donc |z + z ′ | ⩽ |z| + |z ′ |. 2. e iθ ̸= 0 ;
Pour la seconde inégalité : |z| = |(z + z ′ ) + (−z ′ )| ⩽ 1
|z + z ′ | + | − z ′ |, d’où |z| − |z ′ | ⩽ |z + z ′ |. On permute les 3. iθ = e −iθ = e iθ .
e
rôles de z et z ′ et on a |z ′ | − |z| ⩽ |z + z ′ |, ce qui permet
de conclure, car
|z| − |z ′ | = max |z| − |z ′ |; |z ′ | − |z| . Démonstration.
Direct.
Montrons maintenant le cas d’égalité. Dans le cas où
z = z ′ = 0, le résultat est immédiat.
Sinon, d’après la démonstration de l’inégalité triangu-
laire, l’égalité est vérifiée si et seulement si zz ′ = Re zz ′ ,
Proposition 2.0.3 (Formule de De Moivre).
i.e. si et seulement si zz ′ est un réel positif. Soit θ ∈ R et n ∈ N. On a
z zz ′ n
Dans le cas où z ′ ̸= 0, on remarque que ′ = ,
z |z ′ |2 e inθ = e iθ ,
z
donc l’égalité est vérifiée si et seulement si ′ ∈ R+ si et cos(nθ) + i sin(nθ) = (cos θ + i sin θ)n .
z
seulement si il existe λ ∈ R+ tel que z = λz ′ .
En inversant les rôles de z et z ′ dans le cas où z ′ = 0
on obtient le résultat voulu.
Démonstration.
Remarque 1.0.2. Se démontre par une récurrence immédiate sur n.
• Géométriquement, il y a égalité dans l’inégalité
triangulaire lorsque les images de z et z ′ sont sur
82
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES
R → C
Démonstration. θ 7→ e iθ
Utiliser l’écriture trigonométrique.
est un paramétrage de U, autrement dit, pour tout
Remarque 2.0.5.
nombre complexe z on a
L’écriture a = b [2π] signifie que a et b sont égaux
à un multiple de 2π près, i.e. ∃k ∈ Z, a = b + 2kπ. z ∈ U ⇔ ∃θ ∈ R z = e iθ (V.1)
Les manipulations d’arguments doivent tou-
jours s’effectuer en indiquant à quel angle près De plus, pour tout complexe z ∈ U donné, le
cela s’entend ([π], [2π] le plus souvent). paramètre correspondant est unique à 2π près,
autrement dit, on a
Exercice 2.0.6.
a b
Si a = b [2π], a-t-on = [2π] ? A-t-on 2a = ∀(θ, θ′ ) ∈ R2
′
e iθ = e iθ ⇔ θ = θ′ [2π] (V.2)
2 2
2b [2π] ?
83
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES
(E) ⇐⇒ q Démonstration.
a2 + b2 = x2 + y 2 Pour tout z ∈ C, on a
a − b = x
2 2
b c
az 2 + bz + c = a z 2 +
z+
a a
2ab = y
(E) ⇐⇒
b 2
b2 c
=a z+ − 2 +
q
a + b2 = x2 + y 2
2
2a 4a
a
b2 − 4ac
2
b
+ x2 + y 2
p
x =a z+ −
a =
2
2a 4a2
2
2 2
b δ
(E) ⇐⇒ −x + x2 + y 2
p
=a z+ −
b2 = 2a 2a
2
b δ b δ
h ih i
2ab = y =a z+ − z+ +
2a 2a 2a 2a
−b − δ −b + δ
=a z− z−
2a 2a
Exercice 4.1.1. On calcule finalement :
Trouver les racines carrées de z = 3 − 4i. −b − δ −b + δ b
+ =− ,
2a 2a a
−b − δ −b + δ b2 − δ 2 c
4.2 Résolution des équations du second × = = .
2a 2a 4a2 a
degré
Remarque 4.2.5.
Proposition 4.2.1. • N’importe quelle racine carrée du discriminant
Soit A un polynôme en z à coefficients complexes, convient, puisqu’elles sont égales au signe près.
admettant un complexe λ comme racine. Alors • Si le discriminant est nul, il n’y a qu’une racine,
il existe un polynôme B en z à coefficients com- qui est alors dite double.
plexes tel que A(z) = (z − λ)B(z). • Si a, b, c ∈ R, alors le discriminant est réel. S’il
est strictement positif, il y a deux racines réelles
distinctes ; s’il est nul, il y a une racine réelle
Remarque 4.2.2.
double ; s’il est strictement négatif, il y a deux
Nous admettons pour l’instant ce résultat, il sera
racines complexes non réelles conjuguées.
démontré dans le chapitre sur les polynômes.
• Avec α, β ∈ C, on a la relation suivante :
Exercice 4.2.3.
Soit A(z) = z 3 − iz 2 − (3 + i)z + 2 + 2i. (X − α)(X − β) = X 2 − (α + β)X + αβ.
1. Trouver un polynôme B tel que A(z) = (z − • On peut donc connaître la somme et le produit
1)B(z). des deux racines sans connaître les racines. Réci-
2. Trouver un polynôme C tel que A(z) = (z − proquement, si l’on connaît la somme et le produit
1)(z − 1 − i)C(z). de deux nombres complexes, alors on connaît une
84
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES
équation polynomiale du second degré dont ils • 2nd cas : z est quelconque non nul donc s’écrit
√
sont exactement les racines. sous la forme re iθ où r > 0. On pose α = n r ×
e iθ/n
, donc α
n
= z. Alors, si t = ρ.e , t = z si
iφ n
Exercice 4.2.6. t n
et seulement si = 1 et on utilise le premier
Trouver a et b tels que ab = 2 et a + b = i. α
cas.
85
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES
en considérant P : z 7→
X
z k . De plus n =
̸ 1 donc
On peut calculer les coefficients binomiaux
n
k=0 k avec le triangle de Pascal.
2iπ
e n ̸= 1 donc
n Exemple 6.3.1.
2iπ
n−1
X 2ikπ
n−1
X 2iπ
k 1− e n
e n = e n = 2iπ = 0. n sin(2(n+1)x) cos(2nx) si x ∈
/ π2 Z
1−e cos(4kx) =
X
n sin(2x)
k=0 k=0
n + 1 si x ∈ π2 Z
k=0
6.4 Linéarisation
6 Techniques de calcul
Méthode pour supprimer les produits et puis-
6.1 Formules trigonométriques sances dans une expression en cosinus et sinus :
Nous avons utilisé les formules de trigonométrie 1- Utiliser la formule d’Euler et développer par
(cf. formulaire de trigonométrie) dans la démons- la formule du binôme.
tration de la forme algébrique du produit de deux 2- Regrouper les puissances pour réutiliser les
nombres complexes. formules d’Euler, mais dans l’autre sens.
86
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES
′
5. Pour tout z, z ′ ∈ C, e z = e z ssi (z − z ′ ) ∈
2iπZ.
Corollaire 8.1.2.
Démonstration. 1. Immédiat. Soit A, B et M trois points deux à deux distincts
2. Séparer parties réelle et imaginaire. d’affixes respectives a, b et z. Alors
3. L’exponentielle ne s’annule pas sur R, et e iθ non plus (i) A, B et M sont alignés si et seulement si
(déjà vu). z−a
∈ R;
4. e z = t si et seulement si e Re z = |t| et Im z = z−b
arg t[2π]. z−a
′ ′ (ii) (AM )⊥(BM ) si et seulement si ∈
5. e z = e z ssi e z−z = 1, et on utilise le point précé- z−b
dent. iR .
∗
87
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES
Exemple 8.1.3.
i, 1 et 2 − i sont alignés, et 1 + i, 2 et −2i forment
un angle droit en 2.
Exercice 8.1.4. M ′ = τ−
u (M )
→
Soit A(a), B(b) et C(c) trois points du plan.
On rappelle que le centre de gravité du triangle A
1
ABC est le point d’affixe (a + b + c).
3
Montrer que ce centre de gravité est le point
d’intersection des médianes de ABC.
−→ →
OA = −
u
Exercice 8.1.5.
Soit A(a), B(b) et C(c) trois points du plan. On
M
suppose que le cercle circonscrit au triangle ABC
a pour centre O(0).
Montrer que l’orthocentre de ABC a pour affixe O(0)
a + b + c.
→
Définition 8.2.1 (Translation). Figure V.2 – Translation de vecteur u , OM M ′ A
Soit →
−
u un vecteur est un parallélogramme.
La translation de vecteur → −
u est l’application
qui envoie un point M sur le point M ′ vérifiant
−−−→′ →
MM = − u (voir figure V.2). On la note souvent
τ−
→
u .
88
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES
hΩ,λ (M ), λ > 1
Théorème 8.2.7.
Soit M un point d’affixe z, et Ω un point d’affixe
M = hΩ,1 (M )
ω.
hΩ,λ (M ), 0 < λ < 1 1. Soit →−u un vecteur d’affixe u. L’image de M
par la translation de vecteur →
−
u a pour affixe
le nombre complexe z + u ;
Ω
2. Soit λ ∈ R. L’image de M par l’homothétie
hΩ,λ (M ), −1 < λ < 0 de centre Ω et de rapport λ a pour affixe le
nombre complexe ω + λ(z − ω) ;
sym. central : hΩ,−1 (M ) 3. Soit θ ∈ R. L’image de M par la rotation
de centre Ω et d’angle de mesure θ a pour
affixe le nombre complexe ω + e iθ (z − ω). En
O(0) hΩ,λ (M ), λ < −1 particulier, iz est l’affixe de l’image de M par
la rotation de centre O et d’angle de mesure
2 ;
π
Remarque 8.2.6.
Si λ = 1, toute homothétie de rapport λ est l’iden- Exemple 8.2.8. 1. L’homothétie de centre (2−
tité. i) et de rapport 3 s’écrit : z 7→ 3(z − 2 + i) +
Sinon, une homothétie de rapport λ n’a qu’un 2 − i = 3z − 4 + 2i.
π
point fixe : son centre. 2. La rotation de centre 0 et d’angle s’écrit
Si λ = 0, l’homothétie de rapport λ et de centre 2
z 7→ iz.
Ω envoie tout point sur Ω. Enfin, l’homothétie 2π
de rapport −1 et de centre Ω est la symétrie 3. La rotation de centre (1 + i) et d’angle
3
(centrale) par rapport à Ω. s’écrit z 7→ j(z − 1 − i) + 1 + i.
89
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES
Exercice 8.2.9.
Soit quatre points du plan A(a), B(b), C(c) et Théorème 8.3.4. 1. Les applications de C
D(d). dans C de la forme z 7→ az + b, où (a, b) ∈ C2
avec a =
̸ 0, sont des similitudes de rapport
1. On suppose que ABCD est un carré et que |a|.
a et b ont des parties imaginaires et réelles
entières. Montrer qu’il en est de même pour 2. De plus, une telle application préserve les
c et d. angles orientés : on dit que c’est une simili-
tude directe.
2. On suppose que ABC est un triangle équila-
tétal et que a et b ont des parties imaginaires
et réelles entières. Peut-il en être de même Démonstration. 1. Soit f une application de la forme
z 7→ az + b, où (a, b) ∈ C2 avec a non nul.
pour c ?
Alors, soit (z, z ′ ) ∈ C2 . On a |f (z ′ ) − f (z)| =
|a||z ′ − z|. Donc f est une similitude de rapport |a|.
8.3 Similitudes et isométries 2. Soient a, b ∈ C tels que a ̸= 0 et soit f la similitude
z 7→ az + b. Soient en outre u, v et w trois points
distincts. Leurs images respectives par f sont notées
u′ , v ′ et w′ . Alors
Définition 8.3.1.
Soit λ > 0. On appelle similitude (plane) de rap- u′ − w ′ (au + b) − (aw + b) a(u − w) u−w
= = =
port λ toute application f du plan dans lui-même u′ − v ′ (au + b) − (av + b) a(u − v) u−v
telle que pour tous points M , N on ait :
d’où égalité des arguments de ces expressions, et
l’égalité des angles recherchée.
f (M )f (N ) = λM N.
f (M )f (N ) = M N. Exemple 8.3.6.
Translations, rotations et homothéties vs. symé-
tries axiales.
90
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES
Exemple 8.3.8.
L’application f z 7→ (1 + i)z + 2√est la similitude
directe de centre 2i, de rapport 2 et d’angle de
π
mesure .
4
91
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES
92
Chapitre VI
K désigne R ou C.
Définition 1.1.4. 1. On dit que f est continue
(resp. dérivable) en a si Re(f ) et Im(f ) le sont.
1 Résultats d’analyse Dans le cas où f est dérivable, on appelle
dérivée de f en a notée f ′ (a) le complexe
On utilise ici les notions d’analyse vues en ter-
minale : continuité, dérivabilité, intégrales. Elles f ′ (a) = (Re(f ))′ (a) + i(Im(f ))′ (a).
seront définies et travaillées ultérieurement.
2. On dit que f est continue (resp. dérivable)
1.1 Continuité et dérivabilité d’une sur un intervalle si elle l’est en tout point de
fonction à valeurs complexes. cet intervalle.
3. On note (notations non officielles) C (I, K)
Si on ne le précise pas, I est toujours un inter-
et D(I, K) l’ensemble des fonctions respec-
valle de R et f : I → C.
tivement continues et dérivables de I dans
K.
Définition 1.1.1.
On appelle partie réelle de f la fonction Remarque 1.1.5.
Le premier point de la définition précédente assure
Re(f ) : I → R . que, si f : I → C est dérivable, alors
x 7→ Re(f (x))
(Re f )′ = Re(f ′ ) et (Im f )′ = Im(f ′ ).
De même on appelle partie imaginaire de f la
fonction Les propriétés usuelles de la dérivée sont vraies
du point de vue complexe.
Im(f ) : I → R .
x 7→ Im(f (x)) Proposition 1.1.6.
Soit A ⊂ R, f, g : I → C.
On peut alors décomposer : f = Re(f ) +
i Im(f ). 1. Si λ, µ ∈ C, alors λf + µg est dérivable et
(λf + µg)′ = λf ′ + µg ′ .
Remarque 1.1.2.
Cette définition assure que, de manière générale, 2. La fonction f g est dérivable et
Exemple 1.1.3. f
3. Si g ne s’annule pas, la fonction est déri-
Avec g
vable et
f : R → C , ′
f f ′g − f g′
x 7→ (2 + i)e (1+i)x = .
g g2
on a
Re(f ) : R → R Démonstration.
x 7→ e x (2 cos(x) − sin(x)) À chaque fois, décomposer tous les objets selon leurs par-
ties réelles et imaginaires, puis revenir aux définitions en
utilisant les propriétés de la dérivation réelle.
et
Pour la composition, on se gardera de dériver
Im(f ) : R → R . deux fonctions à variable complexe (c’est bien plus
x 7→ e (cos(x) + 2 sin(x))
x
compliqué que de dériver des fonctions à variable
réelle). On dispose cependant du résultat suivant.
94
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES
95
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES
Z b Z b
L’hypothèse fondamentale est ici que I noté f (t) dt ou f.
est un intervalle. a a
Exercice 1.2.3.
Proposer un contre-exemple au théorème précé- Z b
dent dans le cas où I n’est pas un intervalle. Pour pouvoir calculer f , f doit être
a
définie au moins sur [a, b]. C’est assuré si f : I →
Corollaire 1.2.4. C, avec I un intervalle et a, b ∈ I.
Toutes les primitives d’une même fonction sur
un intervalle diffèrent d’une constante, et quand Remarque 1.3.2.
cette constante parcourt K, on obtient toutes les Cette définition assure que, si f : I → C et si
primitives. a, b ∈ I, ! Z b Z b
Autrement dit, I est un intervalle de R et si Re f = Re(f )
F : I → K est une primitive de f : I → K, a a
l’ensemble de toutes les primitives de f est
et
Z b ! Z b
{ F + λ | λ ∈ K }. Im f = Im(f ).
a a
Exemple 1.3.3.
Z 2π
L’hypothèse fondamentale est ici que (1 + i)e ix dx = 0.
0
l’on se place sur un intervalle.
Démonstration.
Soit F et G deux primitives d’une même application sur Proposition 1.3.4.
un intervalle. Soit I un intervalle de R, a, b ∈ I, f, g : I → C
Alors, F ′ = G′ , donc (F − G)′ est nulle sur cet inter-
continues et λ, µ ∈ C. Alors,
valle, donc F − G est constante sur cet intervalle. Donc
toutes les primitives d’une même application diffèrent d’une Z b Z b Z b
constante. (λf + µg) = λ f +µ g.
Réciproquement, si F est une primitive de f , il est a a a
aisé de voir que F + λ est une primitive de f pour tout
λ ∈ K.
96
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES
directement.
Exemple 1.4.2 (Grands classiques).
NotationZ 1.3.8.
x Toutes ces exemples se résolvent par intégration
On note f (t) dt une primitive « générique » par parties.
de la fonction f , c’est-à-dire faisant abstraction • Trouver une primitive de ln.
d’une quelconque constante d’intégration. • Trouver une primitive de Arctan.
• Trouver une primitive du produit d’un polynôme
et d’une exponentielle.
Exemple 1.3.9.
• Trouver une primitive du produit d’une fonction
On pourra écrire
trigonométrique et d’une exponentielle.
• Trouver une primitive du produit d’un polynôme
Z x
cos(t) dt = sin(x).
et d’une fonction trigonométrique.
On remarquera que le « = » n’a ici pas le rôle Exercice 1.4.3.
qu’on lui attribue habituellement : on aurait pu Déterminer des primitives des fonctions sui-
tout aussi bien écrire vantes : x 7→ (x2 + 1)e x , x 7→ cos(x)e 2x , x 7→
Z x
x2 cos x.
cos(t) dt = sin(x) + 42,
97
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES
s
x2 y 2 x2
On suppose que φ(I) ⊂ J. Alors, + 2 =1 y =b 1−
a2 b a2
Z φ(b) Z b
f (x) dx = φ′ (t) · (f ◦ φ)(t) dt. πab
b
φ(a) a 4
On dit que l’on a effectué le changement de va- a
riable « x = φ(t) ».
98
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES
On en déduit que
1. Si f est paire et a ∈ R alors Z a+T Z T Z a+T
Z a Z 0 Z a f (t) dt = f (t) dt + f (t) dt
f (t) dt = 2 f (t) dt = 2 f (t) dt. a a+T 0
−a −a 0
ZT
= f (t) dt.
2. Si f est impaire et a ∈ R alors 0
99
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES
c ∆<0
• L’équation (E ) est dite homogène si b est la
C’est le cas le plus compliqué. Ici, b2 − 4c < 0. fonction nulle (b = 0KI ).
1
On écrit alors f (x) = = • L’équation homogène associée à (E ) est
x2 + bx + c
1
. y (n) + an−1 (t)y (n−1) + . . .
(x + b/2)2 + 14 (4c − b2 )
+ a1 (t)y ′ + a0 (t)y = 0. (H )
q
On pose alors δ = − b2 ), qui existe bien
4 (4c
1
1
car ∆ < 0. Donc f (x) = , dont
(x +b/2)2 + δ 2
1 x + b/2 Remarque 2.1.2.
une primitive est x 7→ arctan .
δ δ Nous ne nous intéresserons pas dans le reste de
Remarque 1.5.1. ce chapitre au cas plus général d’une équation
Ces formules ne sont en aucun cas à apprendre
an (t)y (n) + an−1 (t)y (n−1) + . . .
par cœur, mais il convient de savoir mener ces
calculs sur des exemples concrets. +a1 (t)y ′ + a0 (t)y = b(t) (E )
100
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES
régis par l’équation de la dynamique reliant la Pour toute application f n fois dérivable et tout t ∈ I,
dérivée seconde de la position et les forces qui notons ψf (t) le scalaire
s’appliquent au mobile, qui dépendent en général f (n) (t) + an−1 (t)f (n−1) (t) + . . .
de sa position et ou de sa vitesse. Il s’agit donc + a1 (t)f ′ (t) + a0 (t)f (t).
d’une équation différentielle d’ordre 2. 1 Il est rai-
On a alors f ∈ SH ⇐⇒ ∀t ∈ I ψf (t) = 0 (ou, de
sonnable de penser que le problème de Cauchy a
façon plus concise : f ∈ SH ⇐⇒ ψf = 0KI ).
alors une unique solution : une position initiale Soit alors f et g deux applications n fois dérivables de
et une vitesse initiale étant données, une seule I dans K et λ et µ deux éléments de K. Alors λf + µg
trajectoire est possible. est évidemment n fois dérivable. Et pour tout t ∈ I,
on a ψλf +µg (t) = λψf (t) + µψg (t) (autrement dit
ψλf +µg = λψf + µψg ).
2.2 Structure de l’ensemble des solu- En particulier, si f et g sont solutions de l’équation
homogène, on a ψf = 0 et ψg = 0, donc ψλf +µg = 0
tions. donc λf + µg ∈ SH .
3. Soit y0 ∈ SE fixé. On a donc, pour tout t ∈ I,
ψy0 (t) = b(t)
Théorème 2.2.1 (Structure des solutions). Soit alors f : I → K une application n fois dérivable.
On a
Soit
• n∈N f ∈ SE ⇐⇒ ψf = b
• (E ) une équation différentielle linéaire ⇐⇒ ψf = ψy0
d’ordre n, d’ensemble de solutions SE ⇐⇒ ψf −y0 = 0
• (H ) l’équation homogène associée, d’en- ⇐⇒ f − y0 ∈ SH
semble de solutions SH Donc pour tout f ∈ SE , f s’écrit sous la forme y0 + y
Alors où y ∈ SH . Donc SE ⊂ { y0 + y | y ∈ SH }.
Réciproquement, pour tout y ∈ ScH , l’application f
1. SE ⊂ C n (I, K) définie par f = y0 + y est n fois dérivable et f − y0 ∈
2. 0I ∈ SH et SH est stable par combinaisons SH , donc f ∈ SE . Donc { y0 + y | y ∈ SH } ⊂ SE .
linéaires. On a donc bien SE = { y0 + y | y ∈ SH }.
4. On sait que SH n’est pas vide puisqu’il contient au
3. Pour tout y0 ∈ SE fixé, on a moins l’application nulle. Supposons qu’il contienne
au moins une autre application f . Alors pour tout
SE = { y0 + y | y ∈ SH } . λ ∈ K, λf appartient également à SH . Donc ou bien
SH est réduit à un élément, ou bien il est infini.
4. En particulier, SE est l’ensemble vide ou un D’après le point précédent, si SE possède au moins
singleton ou un ensemble infini. un élément y0 , on a SE = { y0 + y | y ∈ SH }. Donc
y 7→ y0 + y est une bijection de SH sur SE , donc
SE est ou bien réduit à un élément (y0 ) ou bien est
infini.
Démonstration. Donc ou bien SE est vide, ou il est réduit à un élément,
Sous les hypothèses de l’énoncé : ou il est infini.
1. Toute solution f est nécessairement n fois dérivable
et pour tout t ∈ I,
Remarque 2.2.2.
f (n) (t) = b(t) − an−1 (t)f (n−1) (t) − . . .
Nous retrouvons ici le même type de structure
de l’ensemble des solutions que dans le cas des
− a1 (t)f ′ (t) − a0 (t)f (t).
systèmes linéaires. Ce n’est pas une coïncidence :
Or b, an−1 , f (n−1) , . . ., a0 , f sont des applications un même type de structure algébrique se cache
continues. Donc f (n) est continue, donc f ∈ C n (I, K). derrière (les espaces vectoriels et affines) !
2. L’application nulle est une solution triviale de SH ,
Exemple 2.2.3.
donc SH est non vide.
Il a été vu en terminale (et nous redémontrerons
1. En général linéaire dans les problèmes de prépa mais bientôt) qu’il existe une seule fonction y : R → R
dans la vraie vie c’est parfois plus compliqué. solution de y ′ − y = 0 et vérifiant y(0) = 1.
101
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES
Exercice 2.2.4.
Déterminer toutes les solutions du problème de 4
102
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES
Démonstration.
Démonstration. y
C’est élémentaire : y = Ch si et seulement si C = .
En effet elle est solution d’un problème de Cauchy de la h
On obtient la dérivabilité de C ou de y par opérations
forme y(t0 ) = 0. Or il existe une unique solution à ce
usuelles sur les fonctions dérivables.
problème et la fonction nulle est manifestement solution.
Démonstration (Théorème 3.2.2).
Notons E l’équation y ′ + ay = b, (H ) l’équation homogène
associée, SE et SH les ensembles de solutions respectifs
3.2 Résolution d’une équation avec se- de ces deux équations et S l’ensemble des solutions du
cond membre. problème de Cauchy y ′ + ay = b et y(t0 ) = y0 .
On sait que yH : t 7→ e −A(t) est une solution de H qui
Remarque 3.2.1. ne s’annule jamais.
On a déjà vu que si l’on connaissait une solution D’après le lemme 3.2.4, toute fonction y : I → K déri-
ỹ de l’équation avec second membre, alors on pou- vable est de la forme CyH , avec C : I → K dérivable..
vait construire toutes les solutions de l’équation Soit donc une fonction C : I → K est une application
dérivable, posons y = CyH . La fonction y est dérivable
avec second membre à partir de l’ensemble des comme produit de fonctions dérivables.
solutions de l’équation homogène. Soit alors t ∈ I. On a
Dans le cas d’une équation d’ordre un, on dit
y ′ + ay = C ′ yH + CyH
′
+ aCyH
que l’ensemble des solutions a une structure de
= C ′ yH + C yH
′
+ ayH .
droite affine, car l’ensemble des solutions est l’en-
semble des ỹ + y pour y parcourant une droite Or yH est solution de (H ), donc yH ′
+ ayH = 0. Donc y
vectorielle. est solution de E si et seulement si C ′ yH = b, c’est-à-dire
103
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES
Soit λ ∈ K et
Z t
4 Équations différentielles du
−A(t) −A(t)
y : t 7→ λe +e e A(u)
b(u) du. second ordre à coefficients
t0
104
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES
b
Remarquons que 2ar + b = 0 si et seulement si r = − ,
Le polynôme caractéristique de (H ) est 2a
i.e. si et seulement si (EC) possède une unique solution
complexe : r.
aX 2 + bX + c. • Si (EC) possède une unique solution complexe, alors y est
solution de (H ) si et seulement si K ′′ = 0. En primitivant
deux fois, on obtient directement que c’est équivalent à
« K est une fonction affine », d’où le résultat dans ce cas
là.
Théorème 4.2.3 (Solutions complexes de (H )). • Supposons maintenant que (EC) possède deux solutions
Soit a, b, c ∈ C, avec a ̸= 0. complexes distinctes, notons r′ la seconde solution. On peut
b
1. Si (EC) a deux solutions complexes distinctes tout de suite remarquer que r + r′ = − . Remarquons
a
r1 , r2 , alors les solutions complexes de (H ) aussi que l’équation aK ′′ + (2ar + b)K ′ = 0 équivaut à
sont les applications de la forme l’équation différentielle linéaire d’ordre 1 portant sur K ′ :
b
(K ′ )′ + 2r + K ′ = 0.
(
R → C a
t 7→ λe r1 t + µe r2 t
Ainsi, y est solution de (H ) si et seulement s’il existe
α ∈ C tel que
pour (λ, µ) ∈ C2 .
b
h i
2. Si (EC) a une unique solution complexe r, K ′ : t 7→ α exp − 2r + t .
a
alors les solutions complexes de (H ) sont les
applications de la forme En primitivant ceci, y est solution de (H ) si et seulement
s’il existe β, γ ∈ C tel que
(
R → C h
b
i
K : t 7→ β exp − 2r + t + γ.
t 7→ (λt + µ)e rt a
b
h i
y : t 7→ β exp − 2r + t + γ × e rt .
Démonstration. a
Soit r une solution complexe de (EC), on sait d’après le
Après simplification, y est solution de (H ) si et seulement
lemme 4.2.1 que yr : t 7→ e rt est une solution de (H ). De
s’il existe β, γ ∈ C tel que
plus, yr ne s’annule jamais.
On peut donc mettre en œuvre la méthode de la varia- ′
105
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES
f (t) = A cos(φ) cos(ωt)e αt − A sin(φ) sin(ωt)e αt , D’après le théorème 4.2.3, t 7→ e (α+iω)t et t 7→ e (α−iω)t
sont solutions de (H ), donc s1 aussi. On effectue le même
donc f est bien de la première forme. raisonnement pour s2 .
106
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES
Remarque 4.3.2.
avec λ, µ ∈ C. On a déjà vu que si l’on connaissait une solution
2. La solution du problème de Cauchy y ′′ +2y ′ + de l’équation ỹ avec second membre, alors on pou-
y = 0, avec y(1) = 1, y ′ (1) = 0 est la fonction vait construire toutes les solutions de l’équation
t 7→ te 1−t . avec second membre à partir de l’ensemble des
solutions de l’équation homogène.
Dans le cas d’une équation d’ordre deux à coef-
Théorème 4.2.9.
ficients constants, on dit que l’ensemble des solu-
Le problème de Cauchy ay ′′ + by ′ + cy = 0 et
tions a une structure de plan affine, car l’ensemble
y(t0 ) = y0 et y ′ (t0 ) = y0′ , admet une unique solu-
des solutions est l’ensemble des ỹ + y pour y par-
tion.
courant un plan vectoriel.
Démonstration.
(hors programme) Nous traitons ici le cas où on cherche 4.4 Seconds membres particuliers
une solution à valeurs complexes et où le polynôme ca-
ractéristique a deux racines distinctes r1 et r2 . Alors les
Nous avons déjà vu comment trouver une
solutions de l’équation différentielle considérées sont les solution particulière à une équation différentielle
applications y de la forme t 7→ λe r1 t + µe r2 t où λ et µ linéaire d’ordre 1.
sont deux complexes. On a y(t0 ) = λe r1 t0 + µe r2 t0 et Cependant, quand le second membre est
y ′ (t0 ) = λr1 e r1 0 + µr2 e r2 t0 .
d’une certaine forme et que l’équation est
Pour montrer que le problème de Cauchy admet une
unique solution, il suffit de montrer que le système à coefficients constants, il existe une autre
méthode. Notons que cette seconde méthode
λe r1 t0 + µe r2 t0 = y0
n’est pas plus rapide ni plus efficace que la
λr1 e r1 t0 + µr2 e r2 t0 = y0′ méthode de variation de la constante. Elle a
d’inconnues λ et µ admet une unique solution. par contre le mérite de pouvoir être utilisée
On peut s’en assurer par le calcul, ou on peut simplement pour des équations d’ordre 2 présentant les
remarquer que pour que ce système admette une unique mêmes caractéristiques : coefficients constants et
solution, il suffit que l’équation
second membre de ces mêmes formes particulières.
e r1 t0 e r2 t0 y0
λ +µ =
r1 e r1 t0 r2 e r2 t0 y0′ On considère une équation (E ) de la forme
admette une unique solution. y ′ + ay = c ou y ′′ + ay ′ + by = c, où a, b ∈ K. Nous
supposons que l’une des conditions suivantes est
e r1 t0
Pour cela, il suffit de montrer que les vecteurs
r1 e r1 t0 remplie :
e r2 t0
et
r2 e r2 t0
forment une base de R2 . Il suffit de vérifier 1. il existe un polynôme P à coefficients dans
qu’ils sont linéairement indépendants, ce qui est le cas K tel que c = P ;
puisque leur déterminant vaut e r1 t0 r2 e r2 t0 − r1 e r1 t0 e r2 t0 , 2. il existe A, α ∈ K tels que c(x) = Ae αx ;
qui est égal à (r2 − r1 )e (r1 +r2 )t0 , qui est non nul puisque
r1 ̸= r2 . 3. il existe A, ω ∈ R tels que c(x) = A cos(ωx) ;
107
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES
C tel que x 7→ Q(x)e iωx est solution de y ′ + −2(Q′ (x) + Q(x))e x + Q(x)e x = 2e x
ay = Ae iωx ou y ′′ +ay ′ +by = Ae iωx . On peut ⇔ ∀x ∈ R, Q′′ (x)e x = 2e x
alors montrer, grâce au principe de superposi- ⇔ ∀x ∈ R, Q′′ (x) = 2
tion notamment, que x 7→ Re Q(x)e iωx est
solution de (E ). Ainsi en développant, on re- Un polynôme Q vérifiant cette relation est par
marque qu’il existe deux polynômes réels R et exemple Q = X 2 . Ainsi, x 7→ x2 e x est une solu-
S tels que c(x) = R(x) cos(ωx)+S(x) sin(ωx) tion particulière de (E ).
;
Par curiosité, démontrons le troisième point en
4. suivant le même principe que dans le cas utilisant le second, dans le cas d’une équation du
précédent, il existe un polynôme Q à coef- premier ordre (la méthode serait la même pour le
ficients dans C tel que x 7→ Im Q(x)e iωx second ordre) :
108
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES
109
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES
110
Chapitre VII
1 Définitions.
Pour tout ensemble E et tout prédicat P , on
Nous développons ici la notion d’ensemble, en note { x ∈ E | P (x) } l’ensemble dont les éléments
partant d’une définition intuitive et peu formelle : sont exactement les éléments de E vérifiant P .
un ensemble est une collection d’objets mathéma- Pour tout ensemble E et toute expres-
tiques. Si un objet x est dans cette collection- sion e[x] contenant une variable x, on note
ensemble E, on note alors x ∈ E la phrase « x { e[x] | x ∈ E } l’ensemble des objets mathéma-
appartient à E ». Sa négation, « x n’appartient tiques qui s’écrivent sous la forme e[x] pour au
pas à E », s’écrit x ∈
/ E. moins un x ∈ E.
Remarque 1.0.1.
Traditionnellement, on essaie de noter les en- Remarque 1.1.5. 1. Pour le premier point,
sembles avec des lettres majuscules et leurs élé- l’ordre des éléments n’importe pas, ni le
ments avec des lettres minuscules. nombre de fois où ils apparaissent dans la liste
des éléments. { 1, 2 } = { 2, 1 } = { 1, 2, 1 }.
On parle de définition de l’ensemble en ex-
1.1 Appartenance, égalité.
tension.
2. Pour le second point, on parle de définition
Définition 1.1.1 (Extentionnalité). en compréhension.
Deux ensembles E et F sont égaux si et seulement Exemple 1.1.6.
s’ils ont les mêmes éléments : Un même ensemble peut parfois être défini en
extension ou en compréhension :
E = F ⇐⇒ ∀x (x ∈ E ⇐⇒ x ∈ F ).
E = {0; 1; 4; 9}
n o
= n∈N n ⩽ 15 et ∃p ∈ N, n = p2 .
Remarque 1.1.2.
Intuitivement, cette proposition dit que la carac-
Dans toute la suite, E et F désignent deux
téristique qui définit un ensemble, ce sont ses
ensembles.
éléments. Autrement dit, si on voit les ensembles
comme des sacs contenant des objets, le sac n’a au-
cune caractéristique qui puisse le distinguer d’un 1.2 Inclusion, ensemble des parties.
autre. Cette caractéristique est très particulière
au monde idéalisé des ensembles mathématiques.
En informatique on verra par exemple qu’on peut Définition 1.2.1 (Inclusion).
avoir deux tableaux contenant les mêmes éléments On dit que E est inclus dans F , ce que l’on note
dans le même ordre et qui ne sont pas le même E ⊂ F si tout élément de E est aussi un élément
objet. de F , i.e.
∀x ∈ E x ∈ F.
Si E ⊂ F , on dit que E est une partie ou un
Définition 1.1.3 (Ensemble vide).
sous-ensemble de F .
On note ∅ l’ensemble vide.
112
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES
Remarque 1.2.3.
Attention à ne pas confondre. ∈ et ⊂. Ainsi Axiome 1.2.1 (Ensemble des parties de E).
1 ∈ {1, 2}, {1} ⊂ {1, 2}, mais {1} ∈
/ {1, 2}. En Pour tout ensemble E, on admet l’existence d’un
revanche on a {1, 2} ∈ {1, 2, {1, 2}} ainsi que ensemble, noté P(E) et appelé ensemble des par-
{1, 2} ⊂ {1, 2, {1, 2}}. ties de E et dont les éléments sont exactement les
sous-ensembles de E. Ainsi pour tout ensemble
En pratique pour démontrer une inclusion, on F , on a
utilise la définition et la manière usuelle de démon- F ∈ P(E) ⇔ F ⊂ E.
trer une proposition universellement quantifiée.
Exemple 1.2.4.
On note E l’ensemble des entiers relatifs pairs Exercice 1.2.8.
qui sont des multiples de 15 et F l’ensemble des Déterminer P({1, 2, 3}). Combien cet ensemble
entiers relatifs multiples de 6. Montrer E ⊂ F . admet-il d’éléments ?
Remarque 1.2.9.
Proposition 1.2.5 (Transitivité). Ne pas oublier ∅ dans l’ensemble des parties.
Soit E, F, G trois ensembles, si E ⊂ F et F ⊂ G, Exercice 1.2.10.
alors E ⊂ G. Déterminer P(∅), P({∅}) et P({∅, {∅}}).
Démonstration.
Soit x un objet. Si x ∈ E, comme E ⊂ F , on a x ∈ F . De Proposition 1.2.11.
même, comme F ⊂ G, on a x ∈ G. Si un ensemble E possède n ∈ N éléments, alors
P(E) possède 2n éléments.
113
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES
Exemple 1.3.2.
On pose E = { 0, 1, 2, 4 } et F = { 0, 1, 3, 4, 5, 6 }. l’intersection de tous les Ai . Pour tout x, on
Que vaut E ∪ F ? E ∩ F ? a les propriétés :
Ai ⇐⇒ ∃i ∈ I, x ∈ Ai ;
[
x∈
Proposition 1.3.3. i∈I
Soit A, B, C trois ensembles. \
x∈ Ai ⇐⇒ ∀i ∈ I, x ∈ Ai .
1. ∩ et ∪ sont associatives : A ∩ (B ∩ C) = i∈I
(A ∩ B) ∩ C (idem pour ∪).
2. ∩ et ∪ sont commutatives : A ∩ B = B ∩ A
(idem pour ∪).
Exercice 1.3.7. 1. Que valent [n, n + 1] et
[
3. On a toujours A ∩ B ⊂ A ⊂ A ∪ B. n∈N
4. Si A ⊂ B, on a toujours A ∩ C ⊂ B ∩ C et [n, n + 1] ?
\
A ∪ C ⊂ B ∪ C. n∈N∗
Remarque 1.3.4. [
[ε, 1]
[
]ε, 1]
\
[0, ε]
\
[0, ε[
La dernière propriété signifie que A 7→ A ∩ C et ε∈]0,1] ε∈]0,1] ε∈]0,1] ε∈]0,1]
A 7→ A ∪ C sont croissantes (au sens de l’inclu-
]0, ε] ]0, ε[ [0, ε] [0, ε[
\ \ \ \
sion).
ε∈]0,1] ε∈]0,1] ε∈]0,1]∩Q ε∈]0,1]∩Q
Définition 1.3.5.
On dit que deux ensembles sont disjoints si leur Proposition 1.3.8.
intersection est vide. Soit (Ai )i∈I une famille d’ensembles et B un en-
semble.
1. Si, pour tout i ∈ I, Ai ⊂ B, alors
[
Ai ⊂ B.
Définition 1.3.6. i∈I
On peut généraliser cette notion à une famille
2. Si, pour tout i ∈ I, B ⊂ Ai , alors B ⊂ Ai .
\
d’ensembles.
i∈I
1. Si[E est un ensemble d’ensembles, on note
3. Si j ∈ I, alors Ai .
\ [
Ai ⊂ Aj ⊂
X la réunion de tous les éléments de E
i∈I i∈I
X∈E
et, dans le cas où E est non vide,
\
X
X∈E
l’intersection de tous les éléments de E. Pour Démonstration.
Élémentaire.
tout x, on a les propriétés :
[
x∈ X ⇐⇒ ∃X ∈ E, x ∈ X;
X∈E
\
x∈ X ⇐⇒ ∀X ∈ E, x ∈ X. Théorème 1.3.9 (Distributivité).
X∈E La réunion et l’intersection sont distributives l’une
sur l’autre. Plus précisément, soit A, B et C trois
2. Plus généralement, si on considère[une fa-
ensembles. Alors on a les deux égalités suivantes :
mille d’ensemble (Ai )i∈I , on note Ai la
i∈I \
(A ∩ B) ∪ C = (A ∪ C) ∩ (B ∪ C);
réunion de tous les Ai pour i ∈ I et Ai
i∈I (A ∪ B) ∩ C = (A ∩ C) ∪ (B ∩ C).
114
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES
Plus généralement, soit (Ai )i∈I une famille d’en- Proposition 1.3.14.
sembles et B un ensemble, alors Si A et B sont deux parties de E, on a A \ B =
! A ∩ BC .
Ai ∪ B = (Ai ∪ B); (VII.1)
\ \
x ∈ A \ B ⇐⇒ x ∈ A et x ∈
/B
⇐⇒ x ∈ A et (x ∈ E et (x ∈
/ B))
Démonstration.
⇐⇒ x ∈ A et x ∈ E \ B
Faire un dessin pour les deux premières égalités.
Les résultats se montrent aisément par double inclusion. ⇐⇒ x ∈ A ∩ B C .
On donne la démonstration de l’égalité (VII.2).
Pour tout x :
! !
[ [
x∈ Ai ∩ B ⇔ x ∈ B et x ∈ Ai
i∈I i∈I
Proposition 1.3.15.
⇔ x ∈ B et ∃i0 ∈ I, x ∈ Ai0 Soit E un ensemble et A une partie de E, alors
⇔ ∃i0 ∈ I, x ∈ Ai0 ∩ B
[ A = A.
⇔x∈ (Ai ∩ B).
i∈I
Démonstration.
C’est une conséquence de la propriété de double négation :
soit x un élément de E, on a x ∈ A ⇔ ¬(¬(x ∈ A)).
Exercice 1.3.10.
Montrer les propriétés (VII.2) et (VII.1) en rai-
sonnant par double inclusion et en prenant soin de
bien revenir aux définitions des objets manipulés. Proposition 1.3.16.
Soit E un ensemble et A une partie de E, alors
A ∪ Ā = E et A ∩ Ā = ∅.
Définition 1.3.11.
On appelle A privé de B, ou différence de A et B,
Démonstration.
ou A moins B, l’ensemble noté A\B ou A−B, tel Soit x ∈ E, on a x ∈ A ou x ∈ / A (tiers exclu), donc
que pour tout objet x, x ∈ A \ B si et seulement x ∈ A ∪ Ā.
si x ∈ A et x ∈
/ B. De plus, on ne peut avoir simultanément x ∈ A et x ∈/ A,
donc A ∩ Ā = ∅.
115
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES
Démonstration. On considère
On montre le deuxième point. Les deux termes de l’égalité
sont évidemment des sous-ensembles de E. Considérons F0 = { n ∈ Z | n ≡ 0 [3] }
donc un x ∈ E quelconque et montrons que x appartient
= { n ∈ Z | ∃p ∈ Z, n = 3p }
au premier ensemble si et seulement s’il appartient au
deuxième. On a les équivalences : F1 = { n ∈ Z | n ≡ 1 [3] }
!C = { n ∈ Z | ∃p ∈ Z, n = 3p + 1 }
F2 = { n ∈ Z | n ≡ 2 [3] }
[ [
x∈ Ai ⇐⇒ x ∈
/ Ai
i∈I i∈I
= { n ∈ Z | ∃p ∈ Z, n = 3p + 2 }
⇐⇒ ¬(∃i ∈ I x ∈ Ai )
⇐⇒ ∀i ∈ I x ∈
/ Ai
Alors, {F0 , F1 , F2 } est une partition de Z (en trois
\
AC
⇐⇒ x ∈ i .
i∈I parties).
Définition 1.4.1.
On admettra qu’étant donné deux objets x et y
on peut construire un objet appelé couple (x, y)
Définition 1.3.18. et qu’on a la propriété suivante pour tous objets
Soit E un ensemble, soit F = (Fi )i∈I une famille x1 , x2 , y1 , y2 :
de parties de E.
(x1 , x2 ) = (y1 , y2 ) ⇐⇒ (x1 = y1 et x2 = y2 ).
Alors, F est un recouvrement disjoint de E si
• les éléments de F sont deux à deux dis-
joints :
Remarque 1.4.2.
∀i, j ∈ I, i ̸= j ⇒ Fi ∩ Fj = ∅ ; On peut généraliser cette notion à celle de n-
uplets.
• E est l’union des éléments de F :
Définition 1.4.3.
E=
[
Fi .
i∈I
Soient E et F deux ensembles. On admet qu’on
peut construire un ensemble noté E × F , appelé
On dit de plus que F est une partition de E si produit cartésien de E et F , dont les éléments
c’est un recouvrement disjoint de E sans aucune sont les couples avec x1 ∈ E et x2 ∈ F . On défi-
partie vide : nit de même le produit cartésien de n ensembles
E1 . . . En , noté E1 ×. . .×En , et formé des n-uplets
∀i ∈ I, Fi ̸= ∅. (x1 , . . . , xn ) avec x1 ∈ E1 , . . . , xn ∈ En . Si les Ei
sont égaux à un ensemble E, on note ce produit
En.
116
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES
0 1 2 3
−1
2 Interprétation logique
Soit E un ensemble, P et Q deux prédicats. On
pose
A = { x ∈ E | P (x) } ;
B = { x ∈ E | Q(x) } .
x ∈ A ∩ B ⇐⇒ P (x) et Q(x);
x ∈ A ∪ B ⇐⇒ P (x) ou Q(x);
/ A ⇐⇒ ¬(P (x));
x∈
A = E ⇐⇒ ∀x ∈ E, P (x);
A ̸= ∅ ⇐⇒ ∃x ∈ E, P (x);
A ⊂ B ⇐⇒ ∀x ∈ E, (P (x) ⇒ Q(x));
A = B ⇐⇒ ∀x ∈ E, (P (x) ⇐⇒ Q(x)).
117
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES
118
Chapitre VIII
Notion d’application
Sommaire
1 Vocabulaire. . . . . . . . . . . . . . . . . 120
2 Restriction, prolongement . . . . . . . . 121
3 Composition d’applications . . . . . . . 122
4 Injectivité, surjectivité, bijectivité . . . 122
4.1 Injectivité . . . . . . . . . . . . . . . . 122
4.2 Surjectivité . . . . . . . . . . . . . . . 123
4.3 Bijectivité . . . . . . . . . . . . . . . . 124
4.4 Un peu de vocabulaire anglais ... . . . 125
5 Image directe, tiré en arrière. . . . . . . 125
5.1 Image directe . . . . . . . . . . . . . . 125
5.2 Tiré en arrière . . . . . . . . . . . . . . 126
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION
1 Vocabulaire.
• En toute rigueur, une application est un objet F
différent d’une fonction, mais la différence est hors
E
programme. On emploiera donc les deux termes
indifféremment.
• Une application d’un ensemble E dans un en-
semble F est une relation qui, à tout élement de Figure VIII.2 – Cette relation n’est pas une
E associe un unique élément de F . Attention : application.
on a forcément unicité de l’image et les ensembles
de départ et d’arrivée sont une donnée de l’appli- F
cation.
y
Exemple 1.0.1.
Les applications qui à x associe x2 , partant res-
pectivement de R et de R+ , sont différentes : la E
√
seconde permet de définir la fonction ., pas la
première. Dans les deux cas, on pourra considérer
comme ensemble d’arrivée R ou R+ . Une formule
ne définit donc pas à elle seule une application. Figure VIII.3 – y a ici trois antécédents repré-
sentés.
Définition 1.0.2.
On appelle fonction (ou application) tout triplet F
120
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION
Remarque 1.0.4.
La notation Définition 1.0.12 (Familles).
Soit I un ensemble. On appelle famille d’éléments
f: E → F, de E indexée par I toute application de I dans
x 7→ f (x). E. Les familles sont notées (xi )i∈I , et rarement,
voire jamais, comme des applications.
n’est pas informative. L’ensemble des familles de E indexées par I est
Remarque 1.0.5. noté E I .
Si f, g : E → F , alors f = g équivaut à ∀x ∈ E,
f (x) = g(x). Exemple 1.0.13.
R{1,2} : on peut l’identifier à R × R, que l’on note
opportunément R2 .
Définition 1.0.6.
Soit E, F deux ensembles et f : E → F une ap- Définition 1.0.14.
plication. On appelle image de f le sous-ensemble Soit E un ensemble et A une partie de E. On
de F , noté f (E) ou Im(f ), égal à {f (x), x ∈ E}. appelle fonction indicatrice de A la fonction notée
1A telle que pour tout x ∈ A, 1A (x) = 1, et pour
tout x ∈ E\A, 1A (x) = 0.
Remarque 1.0.7.
La notation f (E) indique bien l’ensemble
Exercice 1.0.15.
de départ, contrairement à la notation
Soit A et B deux ensembles. Calculer 1A∩B , 1Ā
Im f . Cet ensemble peut aussi s’écrire
et 1A∪B en fonction de 1A et de 1B .
{y ∈ F | ∃x ∈ E, y = f (x)}.
Remarque 1.0.8.
Les ensembles de départ et d’arrivée peuvent être
2 Restriction, prolongement
n’importe quoi, pas forcément de R dans R.
Définition 2.0.1.
Notation 1.0.9. Soit E, E ′ , F , F ′ quatre ensembles, f : E → F
On note F (E, F ), ou F E , l’ensemble des applica- et f ′ : E ′ → F ′ deux applications.
tions de E dans F . (i) Pour toute partie G de E, la restriction de
f à G est l’application
Remarque 1.0.10. f|G : G → F,
Comment se souvenir de cette dernière notation ? x 7→ f (x).
Penser que pour des ensembles finis, Card(F E ) =
Card(F )Card(E) . (ii) On dit que f ′ est un prolongement de f si
En effet, il y a autant de manières de choi- E ⊂ E ′ , F ⊂ F ′ et ∀x ∈ E, f (x) = f ′ (x).
sir une fonction f : E → F que de manières
de choisir une image pour chaque élément de E.
Or, il y a Card(F ) choix pour chaque élément de
F et Card(E) éléments de E. Il y a donc bien Il y a toujours une infinité de prolonge-
Card(F )Card(E) manières de choisir une applica- ments possibles à une application.
tion f : E → F . • Une fonction est toujours le prolongement d’une
de ses restrictions.
Exemple 1.0.11.
L’ensemble des suites réelles est noté RN . Exemple 2.0.2.
Tout réel strictement positif a deux antécédents
Dans {1}N , il y a une seule suite !
par la fonction f : R → R, x 7→ x2 ; mais il n’a
qu’un antécédent par la restriction de f à R+ .
121
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION
Remarque 4.1.2.
On utilise également la contraposée de cette pro-
E F G
position : ∀(x, y) ∈ E 2 , x ̸= y ⇒ f (x) ̸= f (y).
On ne peut pas toujours composer deux Figure VIII.6 – Exemple d’application injective.
applications. Par exemple : les fonctions R∗ →
R, x 7→ 1/x et R → R, x 7→ x2 .
• Ce n’est pas une opération commutative. Par
exemple : ∃x ∈ R+ , ln(x2 ) ̸= (ln x)2 .
Définition 3.0.2.
Soit E un ensemble, on définit dessus l’application
identité sur E comme IdE : E → E, x 7→ x.
122
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION
Démonstration.
Soit (x, y)) ∈ E 2 , supposons que g ◦ f (x) = g ◦ f (y). Alors,
par injectivité de g puis de f , f (x) = f (y) puis x = y.
Exercice 4.1.8.
I Soit E, F deux ensembles, soit f : E → F . Mon-
trer que f est injective si et seulement s’il existe
g : F → E vérifiant g ◦ f = IdE .
4.2 Surjectivité
Figure VIII.8 – Graphe d’application injective
sur un segment I.
Définition 4.2.1.
Soit E et F deux ensembles, f : E → F une appli-
cation. On dit que f est surjective (ou est/réalise
une surjection) si ∀y ∈ F, ∃x ∈ E, y = f (x).
123
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION
C \ {i} → C \ {1}
f: z+i .
z 7→
z−i
I
Exercice 4.2.8.
Soit E, F deux ensembles, soit f : E → F . Mon-
I trer que f est surjective si et seulement s’il existe
g : F → E vérifiant f ◦ g = IdF .
4.3 Bijectivité
124
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION
Exercice 4.3.9.
Dans le cas d’une fonction réelle, il ne faut Trouver deux applications f et g toutes les deux
pas confondre f −1 et 1/f . Ex : f = 1 (1/f existe, non bijectives, telles que g ◦ f est bijective.
pas f −1 ), f : x 7→ x (f −1 existe, pas 1/f ).
• Le graphe de la réciproque d’une fonction est le
4.4 Un peu de vocabulaire anglais ...
symétrique par rapport à la première bissectrice
du plan du graphe de cette fonction. En effet, si on • Application : mapping ou map .
note Γ le graphe de f et Γ′ celui de sa réciproque, • Injection : injection ou one-to-one mapping .
on a par définition, pour tous x et y, (x, y) ∈ Γ si • Surjection : surjection ou onto mapping .
et seulement si (y, x) ∈ Γ′ . • « non injection » : many-to-one mapping .
• Bijection : bijection ou one-to-one correspon-
Exemple 4.3.4.
√ dance .
x 7→ x2 et x 7→ x, x 7→ ln x et x 7→ e x , tan et
arctan (sur leurs espaces de départ et d’arrivée
usuels).
Remarque 4.3.5.
5 Image directe, tiré en arrière.
Une application f : E → F est bijective si et
seulement si, pour tout y ∈ F , l’équation y = f (x)
5.1 Image directe
admet exactement une solution dans E.
• En pratique, pour montrer que f est bijective, Définition 5.1.1.
on peut au choix : Soit E et F deux ensembles, f : E → F une
application et A une partie de E. On appelle
1. montrer que f est injective et surjective ;
image directe de A par f l’ensemble des images
2. montrer que f a une réciproque en raisonnant des éléments de A (voir figure VIII.14), i.e. la
par équivalence : y = f (x) ssi x = f −1 (y), partie de F :
où f −1 est alors à donner (on résout donc
y = f (x)) ; f (A) = { f (x) | x ∈ A }
3. donner f −1 et vérifier que f ◦ f −1 = Id et = { y ∈ F | ∃x ∈ A, y = f (x) } .
f −1 ◦ f = Id.
Exemple 4.3.6.
Reprendre l’exercice 4.2.6 et déterminer l’inverse Remarque 5.1.2.
de cette application. La seconde forme de f (A) est la plus pratique à
utiliser et est à retenir en priorité.
125
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION
Remarque 5.1.3.
La notation f (E) utilisée pour l’image de f est des éléments de B (voir figure VIII.15), i.e. la
bien cohérente. partie de E :
Remarque 5.2.2.
• Le vocabulaire officiel est plutôt « image réci-
A• f
proque de B par f » et la notation officielle est :
• f (A) • f −1 (B).
•
• D’expérience, cette terminologie et cette nota-
tion sont une source de confusions désastreuses.
• • Ne l’utilisez qu’une fois cette notion solidement
•
E F acquise.
Exercice 5.1.5. • •
•
Soit c : R → R , déterminer c([2, 4]) et E F
x 7→ x2
c(] − 1, 3]).
Figure VIII.15 – Tiré en arrière d’une partie B
Exercice 5.1.6. par une application f .
Soit E et F deux ensembles, f : E → F une
application, A et B deux parties de E.
• Si A ⊂ B, est-ce que f (A) ⊂ f (B) ? • On lit aussi le tiré en arrière d’une partie sur le
• Comparer f (A∪B) et f (A)∪f (B), puis f (A∩B) graphe d’une fonction.
et f (A) ∩ f (B).
Ne pas confondre avec la réciproque d’une
fonction, qui n’existe pas si f n’est pas bijective.
Proposition 5.1.7. • Notamment, les notations f ← ({x}) et f −1 (x)
Soit E et F deux ensembles, f : E → F une ne font formellement pas référence au même type
application. Alors f est surjective si et seulement d’objet.
si f (E) = F . Exercice 5.2.3.
Soit c : R → R , déterminer c← ([1, 4[) et
x 7→ x2
5.2 Tiré en arrière c ([−3, 1]).
←
Théorème 5.2.4.
Définition 5.2.1. Soit E et F deux ensembles. Si f : E → F est
Soit E et F deux ensembles, f : E → F une une application bijective et si B ⊂ F , alors on a
application et B une partie de F . On appelle tiré f ← (B) = f −1 (B), où la deuxième écriture désigne
en arrière de B par f l’ensemble des antécédents l’image directe par f −1 .
126
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION
Démonstration.
Soit x ∈ E, alors
x ∈ f −1 (B) ⇔ ∃y ∈ B, x = f −1 (y)
⇔ ∃y ∈ B, f (x) = y
⇔ f (x) ∈ B
⇔ x ∈ f ← (B)
Exercice 5.2.5.
Soit E et F deux ensembles, f : E → F une
application, A et B deux parties de F .
• Si A ⊂ B, est-ce que f ← (A) ⊂ f ← (B) ?
• Comparer f ← (A ∪ B) et f ← (A) ∪ f ← (B), puis
f ← (A ∩ B) et f ← (A) ∩ f ← (B).
Proposition 5.2.6.
Soit E, F deux ensembles non vides, soit f : E →
F.
Alors, { f ← ({y}) | y ∈ F } est un recouvrement
disjoint de E, tandis que { f ← ({y}) | y ∈ Im(f ) }
est une partition de E.
De même, si (Fi )i∈I est une partition de Im(f ),
alors { f ← (Fi ) | i ∈ I } est une partition de E.
127
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION
128
Chapitre IX
Calcul matriciel
Sommaire
1 Définitions élémentaires . . . . . . . . . 130
1.1 Opérations sur les matrices . . . . . . 130
1.2 Matrices carrées . . . . . . . . . . . . . 132
1.3 Matrices inversibles . . . . . . . . . . . 133
1.4 Matrices et opérations élémentaires . . 134
1.5 Transposition et matrices symétriques 137
1.6 Inversion de matrices triangulaires. . . 138
2 Systèmes linéaires . . . . . . . . . . . . . 139
2.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . 139
2.2 Systèmes et matrices inversibles . . . . 140
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL
130
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL
Remarque 1.1.6.
Attention aux tailles des matrices : on Le produit de deux matrices non nulles peut valoir
ne peut additionner n’importe quoi avec n’importe la matrice nulle.
quoi. Par exemple, avec
Exemple
! 1.1.2. ! ! ! !
0 1 2 0 4 1 0 1 1 0
+2 = . A= et B = ,
−1 2 1 3 1 8 0 0 0 0
alors AA = 0, AB = 0 et BA ̸= 0.
Définition 1.1.3 (Produit matriciel). Ainsi, on ne peut pas « simplifier » dans un
Soient A ∈ Mn,p (K) et B ∈ Mp,q (K). On ap- produit. Ici : A × A = A × B mais A ̸= B.
pelle produit de A par B noté AB !
la matrice de
p
Mn,q (K) de coefficients aik bkj .
X
k=1
Proposition 1.1.7.
Gare aux dimensions, on ne peut pas Le produit matriciel est :
multiplier n’importe quelle matrices.
Associatif : si A ∈ Mn,p (K), B ∈ Mp,q (K),
C ∈ Mq,r (K), alors (AB)C et A(BC) sont
Exemple 1.1.4. • On tâchera d’organiser les dans Mn,r (K) et sont égales, notées ABC.
produits comme suit : Bilinéaire : si A, B, C, D sont des matrices de
taille convenable, et si λ ∈ K, alors (A +
B
z }| !{ λB)C = AC + λBC et A(C + λD) = AC +
1 0 2 λAD.
Dim. OK
−1 3 2 Les matrices nulles et identité jouent un rôle bien
2 1 1 3 6
particulier. Si A ∈ Mn,p (K) et q ∈ N∗ , alors
1 0 1 0 2
Neutre à gauche : In A = A
4 2 2 6 12
| {z } | {z } Neutre à droite : AIp = A
A =AB
Mult. par 0 à gauche : 0q,n A = 0q,p
• Le produit impossible : Mult. par 0 à droite : A0p,q = 0n,q
! !
1 3 0 2 3
× .
2 1 1 1 1
Démonstration.
Bien qu’un peu technique, nous donnons ici la démonstra-
tion ; nous en verrons plus tard une autre.
Ce produit comporte plein de pièges.
1. A = (aij ), B = (bij ), C = (cij ). Ainsi,
Remarque 1.1.5.
Le produit matriciel n’est pas commutatif, par
q
!
X
BC = bik ckj
exemple : k=1 1⩽i⩽p,1⩽j⩽r
! ! ! !
1 1 1 0 1 0 1 1 et
× ̸= × .
0 1 0 2 0 2 0 1 !!
p q
X X
A(BC) = aiℓ × bℓk ckj .
Et même pire, AB peut exister mais pas BA. ℓ=1 k=1 1⩽i⩽n,1⩽j⩽r
131
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL
2. idem
Remarque 1.1.10.
n
! En reprenant les notations de la remarque précé-
dente, si l’on note Ei la matrice colonne élémen-
X
3. In A = δik akj = (δii aij ) = (aij ) = A.
k=1 taire de dimension p (tous ses coefficients sont
4. Direct. nuls, sauf le ie qui vaut 1), c’est-à-dire
0
..
Remarque 1.1.8. .
Par associativité, il y a 5 manières de calculer 0
ABCD qui conduisent toutes au même résul- Ei = 1 = (δi,k )1⩽k⩽p ,
132
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL
3 0 0
Mk × Mj = M × M{z. . . × M} × M × M{z. . . × M}
A = 0 1 −2
| |
k fois j fois
= |M × M{z. . . × M} 0 4 6
1 0 0 2 0 0
(k+j) fois
= 0 1 −1 + 0 0 −1
= |M × M{z. . . × M} × M × M{z. . . × M}
| 0 1 2 0 3 4
j fois k fois
=M ×M . j k = B + C.
Démonstration (Unicité).
Lemme 1.2.6. Soit B, C ∈ Mn (K) deux « inverses » de A. Alors,
Soit A, B ∈ Mn (K) vérifiant AB = BA. Alors, B = BIn = B(AC) = (BA)C = In C = C.
pour tout p, q ∈ N, Ap B q = B q Ap .
133
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL
Remarque 1.3.2.
Une matrice inversible commute toujours avec son Proposition 1.3.8. !
inverse. Une matrice carrée d’ordre 2, notée A =
a b
,
c d
Exercice 1.3.3. ! est inversible si et seulement si son détermi-
0 1
Montrer que la matrice A = étudiée pré- nant est non nul. ! Le cas échéant, A
−1 =
0 0
1 d −b
cédemment n’est pas inversible. .
ad − bc −c a
Démonstration.
(AB) B −1 A−1 = AIn A−1 = In , de même de l’autre
côté. Définition 1.4.1 (matrice élémentaire).
Enfin, le cas particulier des matrices carrées Si 1 ⩽ i, j ⩽ n, on définit la matrice
d’ordre 2 est à connaître sur le bout des doigts.
0 ... 0
...
. ..
.. 1 .
Ei,j = . = (δi,k δj,ℓ )1⩽k,ℓ⩽n ,
. ..
Définition 1.3.7. . .
Le déterminant
! d’une matrice carrée d’ordre 2 0 ... ... 0
a b
A= est det A = ad − bc.
c d le 1 se trouvant sur la ie ligne et la j e colonne de
M.
134
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL
135
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL
Démonstration.
Le plus efficace est de réaliser le dessin du produit matri-
ciel. On peut aussi voir cela comme une traduction de la
remarque (fondamentale) 1.1.10.
Théorème 1.4.10.
On peut aussi effectuer un calcul : Soit A ∈ Mn (K), et i, j ∈ J1, nK.
M Ei,j =
X
mk,ℓ Ek,ℓ Ei,j
1. L’opération Li ↔ Lj est équivalente à la
1⩽k,ℓ⩽n
multiplication de la matrice A à sa gauche
X par la matrice εij .
= mk,ℓ δℓ,i Ek,j
1⩽k,ℓ⩽n 2. L’opération Li ← λLi est équivalente à la
n
X multiplication de la matrice A à sa gauche
= mk,i Ek,j ,
par la matrice Di (λ).
k=1
136
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL
Di (λ)−1 = Di (λ−1 ),
Tij (λ)−1 = Tij (−λ). Proposition 1.5.4.
Soient A, B ∈ Mn,p (K), λ ∈ K.
1. (A + λB)⊤ = A⊤ + λ B ⊤ , i.e. A 7→ A⊤ est
Démonstration.
Il suffit d’utiliser le résultat précédent. Par exemple, effec- linéaire.
tuer le calcul 2. Si C ∈ Mp,q (K), (AC)⊤ = C ⊤ A⊤ .
ε2ij = εij εij = In
revient à échanger deux fois les lignes i et j de In . On
3. (A⊤ )⊤ = A.
revient donc à la configuration de départ, et donc ε2ij = In . 4. Si A est inversible, alors A⊤ est inversible et
On procède de même pour les deux autres. (A−1 )⊤ = (A⊤ )−1 .
On peut aussi calculer directement, par exemple, comme
In et λEij commutent :
Tij (λ)Tij (−λ) = (In + λEij )(In − λEij ) Démonstration. 1. Élémentaire.
= In2 − λ2 Eij
2
2. A = (aij ), C = (cij ), A⊤ = (αij ), C ⊤ = (γij ), avec
= In . αij = aji , γij = cji , et on conclut par calcul direct.
137
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL
symétriques de dimension n à coefficients dans K, Considérons k ∈ [[1, n]]. Si k > j, on a bk,j = 0, car B est
et An (K) celui des matrices antisymétriques. trianglaire supérieure. Sinon, on a k ⩽ j, donc k < i, donc
on a ai,k = 0, car A est trianglaire supérieure.
n
X
Ainsi, ai,k bk,j = 0, donc AB est triangulaire supé-
Remarque 1.5.7. k=1
Ainsi, avec T ′ = T1 . . . Tp , on a
Lemme 1.6.1. T ′ T = In .
Le produit de deux matrices triangulaires de
même type est aussi une matrice triangulaire, Il suffit d’observer qu’avec les mêmes opérations sur les
colonnes, dans l’ordre inverse, on obtient
de même type.
T T ′ = In .
138
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL
139
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL
140
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL
! !
x a
x, y, a, b ∈ R, notons X = et B = .
y b
On résout le système suivant.
(
x + 2y = a
AX = B ⇔
−2x − 3y = b
(
x + 2y = a
⇔
L2 ←L2 +2L1 y = 2a + b
(
x = −3a − 2b
⇔
L1 ←L1 −2L2 y = 2a + b
!
−3 −2
⇔X = B
2 1
Exercice 2.2.7.
Pour chacune des matrices suivantes, déterminer
si elle est inversible et, le cas échéant, donner son
inverse. !
1 4
1. A =
2 3
!
4 −2
2. B =
−2 1
4 2 3
3. C = 2 2 1
−1 −1 0
−4 −3 −5
4. D = 4 2 −2
4 3 5
141
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL
142
Chapitre X
144
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.
2 Relations d’équivalence. b e
f
Définition 2.0.1.
On appelle relation d’équivalence toute relation a c d
binaire réflexive, transitive et symétrique.
Figure X.1 – À compléter (voir exercice 2.0.4).
Exemple 2.0.2.
• L’égalité sur E est l’exemple le plus classique
de relation d’équivalence.
• La relation de congruence modulo n sur Z en
Proposition 2.0.5.
est aussi une : on fixe n ∈ Z non nul, et on dit
Soit E un ensemble et R une relation d’équiva-
que deux entiers p et q sont congrus modulo n s’il
lence sur E. Soit (x, y) ∈ E 2 . Alors,
existe k ∈ Z tel que p = q + kn, ce qui se note
p = q[n] ou p ≡ q[n]. 1. x ∈ x.
• Si x ∈ R, on définit sur R la relation d’équiva- 2. xRy ⇐⇒ x ∈ y.
lence modulo x par a ≡ b [x] s’il existe k ∈ Z tel 3. xRy ⇐⇒ x = y.
que a − b = kx.
Attention, cette relation n’est pas compatible
avec la multiplication. Démonstration.
• Sur Rn , on a la relation d’équivalence : M RN Le premier point découle de la réflexivité. Le second découle
−−→ −−→ de la définition de y. Pour le troisième, il s’agit de montrer
si OM et ON sont colinéaires. C’est le point de l’équivalence. Le sens direct se fait en montrant une double
départ de la géométrie projective. inclusion, qui découle de la transitivité. Le sens indirect
• Sur Mn (K), deux matrices M et N sont dites découle du premier point et du second.
semblables si ∃P ∈ GLn (K), M = P −1 N P . Cela
définit une relation d’équivalence.
• Sur Mn (K), deux matrices M et N sont dites Définition 2.0.6.
équivalentes si ∃(P, Q) ∈ GLn (K)2 , M = Q−1 N P . Soit E un ensemble, (Ai )i∈I une famille de parties
Cela définit une relation d’équivalence. de E indexée par un ensemble I. On dit que
• Sur un intervalle I, et parmi les fonctions de (Ai )i∈I est une partition de E si les éléments de
classe C 1 sur I, on peut considérer la relation « cette famille sont tous non vides, sont disjoints et
f et g sont deux primitives d’une même fonction si leur réunion vaut E.
», i.e. f ′ = g ′ . C’est une relation d’équivalence,
qui donne son sens à la manipulation du symbole
x
Z
de primitivation générique . Proposition 2.0.7. 1. Si R est une relation
d’équivalence sur E, alors l’ensemble des
classes d’équivalences de R forme une parti-
Définition 2.0.3.
tion de E.
Soit E un ensemble et R une relation d’équiva-
lence sur E. Alors, pour tout élément x de E, 2. Réciproquement, si (Ai )i∈I est une partition
on appelle classe d’équivalence de x l’ensemble de E, alors la relation binaire définie sur E
{ y ∈ E | xRy }, que l’on note parfois x. par xRy si ∃i ∈ I, (x ∈ Ai ) ∧ (y ∈ Ai ) est
une relation d’équivalence.
Exercice 2.0.4.
Compléter le graphe suivant (voir figure X.1) avec Nous introduisons maintenant dans un but
le moins de flèches possibles de manière à obtenir culturel l’ensemble quotient (hors programme).
le graphe d’une relation d’équivalence. Identifier
les classes d’équivalences.
145
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.
b d f
Définition 3.0.1.
On appelle relation d’ordre toute relation binaire a
réflexive, transitive et antisymétrique.
c e g
Remarque 3.0.2.
L’usage est de noter ≼, parfois ⩽, les relations Figure X.2 – À compléter (voir exercice 3.0.6).
d’ordre.
Exemple 3.0.3.
Reprendre tous les exemples précédents et repérer
les relations d’ordre. 4 Majorants, minorants et com-
pagnie.
Définition 3.0.4. Dans toute cette section, ≼ est une relation
Soit ≼ une relation d’ordre sur E. d’ordre sur E et A est une partie de E.
1. On dit que x, y ∈ E sont des éléments com-
parables si x ≼ y ou y ≼ x. 4.1 Majorants, minorants.
2. On dit que ≼ est une relation d’ordre totale
(ou que cet ordre est total) si tous les éléments Définition 4.1.1. (i) On dit que A est majorée
de E sont comparables deux à deux. Sinon la (resp. minorée) pour ≼ s’il existe un élément
relation est dite partielle (ou l’ordre est dit M ∈ E tel que pour tout a ∈ A, a ≼ M
partiel). (resp. M ≼ a) ; on dit alors que M est UN
146
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.
4.2 Plus grand et plus petit éléments. Définition 4.3.1. (i) S’il existe, le plus petit
élément de l’ensemble des majorants de A
est appelé la borne supérieure de A et noté
sup A.
Définition 4.2.1.
On dit que x ∈ E est un plus grand élément ou (ii) S’il existe, le plus grand élément de l’en-
maximum (resp. plus petit élément ou minimum) semble des minorants de A est appelé la
de A si x est un majorant (resp. minorant de A) borne inférieure de A et noté inf A.
ET x ∈ A.
147
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.
148
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.
(ii) On dit que f est bornée si elle est majorée Théorème 4.4.5.
et minorée. Ceci est équivalent à : |f | est Si f admet un maximum (resp. un minimum) sur
majorée. A, alors f admet également une borne supérieure
(resp. une borne inférieure) sur A, et sup f =
A
max f (resp. inf f = min f ).
A A A
Un majorant ou minorant ne doit pas
dépendre de la variable de la fonction ! Ainsi sur
R+ , x 7→ x n’est pas un majorant de sin, bien Exercice 4.4.6.
que ∀x ∈ R+ , sin x ⩽ x. Un majorant est une Soit
CONSTANTE.
f : R → R
x 7→ max (0, Arctan(x))
Théorème 5.0.1.
Les extrema sont uniques mais peuvent Toute partie non vide de N possède un plus petit
être atteints plusieurs fois. Considérer pas élément.
exemple les fonctions continues périodiques
comme sin ou cos. On donne ici deux démonstrations de cette pro-
priété. On remarquera que l’on utilise ici des ré-
Exemple 4.4.3. currences et que l’on a montré le principe de récur-
• x 7→ x2 admet un minimum mais pas de majo- rence en utilisant cette propriété : cette dernière
rant sur R. est donc équivalente au principe de récurrence.
• Arctan est majorée et minorée sur R, mais n’ad- Démonstration.
met ni minimum ni maximum. Soit A ⊂ N, tq A ̸= ∅, et soit a0 ∈ A. On suppose que A
n’a pas de plus petit élément. Puisque a0 ∈ A, a0 ne peut
pas être un minorant de A, sinon ce serait un minimum.
Donc il existe a1 < a0 dans A. Mais de même, a1 ne peut
Définition 4.4.4. pas être un minorant, donc il existe a< a1 dans A. Par
Si l’ensemble f (A) admet une borne supérieure récurrence, on construit une suite d’éléments de A (an ) tq
pour tout n, an+1 < an , ou encore an+1 ⩽ an − 1, donc à
(resp. une borne inférieure), alors cette dernière est nouveau par récurrence on a :
appelée la borne supérieure (resp. inférieure) de
f sur A. On la note sup f ou sup f (x) (resp.inf f ∀n ∈ N an ⩽ a0 − n
A x∈A A
ou inf f (x)). Ainsi sup f (A) = sup f . Cette proposition est en particulier vraie pour l’entier a0 +1,
x∈A A c’est-à-dire : aa0 +1 ⩽ a0 − a0 − 1. Mais ceci est absurde
car aa0 +1 ∈ N.
149
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.
Corollaire 5.0.2.
Remarque 6.1.2.
Toute partie non vide minorée (resp majorée) de
Les résolutions d’inéquations sur R se résolvent
Z possède un plus petit (resp. grand) élément.
la plupart du temps par factorisation, puis par
l’établissement d’un tableau de signe. Lors d’une
Démonstration. multiplication ou d’une division, on fera particu-
Soit A ⊂ Z avec A ̸= ∅ et m un minorant de A (resp. M lièrement attention à mener une disjonction de
un majorant de A). On pose B = { n − m | n ∈ A } (resp. cas sur le signe de la quantité manipulée.
B = { M − n | n ∈ A }).
Alors B est une partie non vide de N. Exercice 6.1.3.
Donc B possède un plus petit (resp. plus grand) élément. Résoudre les inéquations suivantes.
On en déduit le résultat.
x−1 1
Exercice 5.0.3. 1. >2 3. þ(x) ⩾
x+3 2
Soit A ∈ Mn (K) une matrice nilpotente (i.e. il √
existe p ∈ N vérifiant Ap = 0). x−1 1−x
2. √ <1 4. −1 < <1
Montrer qu’il existe n0 ∈ N∗ tel que An0 −1 ̸= 0 10 − x 1+x
et An0 = 0.
Cet entier n0 s’appelle l’indice de nilpotence de Définition 6.1.4.
A. On appelle droite achevée l’ensemble R = R ∪
{−∞, +∞}, où −∞ et +∞ sont deux éléments
distincts n’appartenant pas à R. De plus, on pro-
6 Relation d’ordre naturelle sur longe l’ordre sur R, l’addition et la multiplication
R. de façon à avoir les propriétés suivantes :
(i) Prolongement de l’ordre : ∀x ∈ R −∞ <
On admettra l’existence de R et les propriétés x < +∞.
usuelles sur R.
150
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.
Démonstration.
(ii) Prolongement de l’addition : pour tout x ∈ Soit A une partie de R̄. Et posons A′ = A ∩ R.
R, on a x + +∞ = +∞, x + (−∞) = −∞, • Si +∞ ∈ A, alors A admet +∞ pour maximum.
• Dans le cas contraire, on a les possibilités suivantes :
+∞ + +∞ = +∞, −∞ + (−∞) = −∞.
— Si A′ est vide, alors A admet −∞ pour borne
(iii) Prolongement de l’opposé : −(+∞) = −∞, supérieure.
−(−∞) = +∞. — Si A′ est non vide alors on a deux possibilités :
— Si A′ est non majorée dans R, alors A admet
(iv) Prolongement de la multiplication : pour +∞ comme borne supérieure.
tout x ∈ R̄ \ { 0 }, +∞ × x = +∞ si x > 0, — Si A′ est majorée dans R, alors d’après la
+∞ × x = −∞ si x < 0 et (−∞) × x = propriété de la borne supérieure, elle ad-
met une borne supérieure M dans R. Cette
−(+∞ × x). borne supérieure est aussi une borne supé-
1 rieure de A dans R̄.
(v) Prolongement de l’inverse : = 0 et
+∞
1
=0. Remarque 6.2.4.
−∞
Dans le cas d’une fonction réelle (définie sur un
ensemble non vide), l’image de cette fonction est
forcément non vide.
Il y a des formes indéterminées : + et Ainsi, une fonction réelle majorée admet une
× ne sont pas des lois de composition interne sur borne supérieure et une fonction réelle minorée
R. admet une borne inférieure.
On a aussi une caractérisation fort utile des
6.2 Propriété de la borne supérieure. bornes supérieures et inférieures.
Cette propriété fait partie des propriétés
inhérentes à R de par sa construction. Proposition 6.2.5. 1. Soit A une partie non
vide, majorée de R. Alors, a ∈ R est la
borne supérieure de A si et seulement si
Théorème 6.2.1. ∀x ∈ A, x ⩽ a et ∀ε > 0, ∃x ∈ A∩]a − ε, a].
Toute partie non vide majorée (resp. minorée) de 2. Soit A une partie non vide, minorée de R.
R admet une borne supérieure (resp. inférieure) Alors, a ∈ R est la borne inférieure de A si et
dans R. seulement si ∀x ∈ A, x ⩾ a et ∀ε > 0, ∃x ∈
A ∩ [a, a + ε[.
Remarque 6.2.2.
C’est un résultat d’existence : il assure l’existence Démonstration.
d’un objet sans donner sa valeur. Ce théorème On ne démontre que la partie concernant les bornes supé-
est tout à fait inutile pour calculer une borne sup. rieures, l’autre en découle immédiatement.
Au mieux, il permet de montrer que la borne sup Supposons d’abord que a est la borne supérieure de
A. Alors, a majore A et donc ∀x ∈ A, x ⩽ a. Soit ε > 0,
d’un ensemble existe, et donc on peut en parler a−ε < a et a−ε n’est donc pas un majorant de A. Il existe
(ce qui est interdit sinon). donc x ∈ A vérifiant a − ε < x et, comme a majore A, on
Il est cependant fondamental dans un grand a x ⩽ a, ce qui permet de conclure pour cette implication.
nombre de résultats théoriques qui servent tous Réciproquement, si a vérifie : ∀x ∈ A, x ⩾ a et ∀ε >
0, ∃x ∈ A∩]a − ε, a]. Ainsi, a est bien un majorant de A.
les jours : TVI, théorèmes de la limite monotone, Montrons que c’en est le plus petit. Sinon, il existerait
de Rolle, TAF, construction de l’intégrale ... b ∈ R majorant A, avec b < a. Alors, ]b, a[∩A = ∅, ce qui
contredit l’hypothèse. a est donc la borne supérieure de
A.
Corollaire 6.2.3.
Toute partie de R̄ admet une borne supérieure Exercice 6.2.6.
(resp. inférieure) dans R̄. Soit (un ) une suite rélle croissante et majorée.
Montrer que ℓ = sup { un | n ∈ N } existe.
151
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.
152
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.
Exercice 6.3.13.
Corollaire 6.3.8. Soit f : R → R une fonction continue vérifiant
R \ Q est dense dans R. ∀q ∈ Q, f (q) = q.
Quelle est cette fonction f ?
Démonstration.
Soit x et y deux réels. En vertu du théorème
√ précédent, il
√ 6.4 Intervalles de R.
existe un rationnel r non√ nul entre x 2 et y 2. En effet,
si 0 ⩽ x < y, on a r > x 2 donc r ̸= 0, si x < y ⩽ 0, même Il existe neuf types d’intervalles dans R (avec
raisonnement, et si x < 0 < y, on applique le théorème
précédent à 0 et y par exemple pour obtenir r. Il suffit
a, b ∈ R) :
r
alors de prendre q = √ . q est forcément irrationnel, sinon 1. [a, b] = {x ∈ R | a ⩽ x ⩽ b} ;
√ 2
2 serait rationnel. 2. [a, b[= {x ∈ R | a ⩽ x < b} ;
3. ]a, b] = {x ∈ R | a < x ⩽ b} ;
d Approximations décimales.
4. ]a, b[= {x ∈ R | a < x < b} ;
5. [a, +∞[= {x ∈ R | a ⩽ x} ;
Définition 6.3.9. 6. ]a, +∞[= {x ∈ R | a < x} ;
Soit x un réel et ε un réel strictement positif. On 7. ] − ∞, b] = {x ∈ R | x ⩽ b} ;
appelle valeur approchée de x à la précision ε tout
réel y tel que |x − y| ⩽ ε. Si y ⩽ x on dit que y 8. ] − ∞, b[= {x ∈ R | x < b} ;
est une valeur approchée par défaut, si y ⩾ x, on 9. ] − ∞, +∞[= R.
dit que y est une valeur approchée par excès.
Les intervalles de types 1 à 4 sont dits bornés.
Ceux de types 1, 5, 7 et 9 sont dits fermés. Ceux
• Souvent on cherche des valeurs approchées qui de types 4, 6 et 8 et 9 sont dits ouverts. Ceux de
soient des décimaux. type 2 et 3 sont dits semi-ouverts ou semi-fermés.
Seuls les intervalles de type 1 sont à la fois fermés
et bornés : on dit que ce sont des segments.
Un intervalle peut être vide ou réduit à un point
Théorème 6.3.10. (dans le cas 1 si a = b). Un intervalle qui n’est ni
Soit a ∈ R. Pour tout entier n on note an = vide ni réduit à un point est dit non trivial.
⌊10n a⌋ ⌊10n a⌋ + 1 Énoncer tous ces intervalles est fastidieux : on
et a′n = . Alors an et a′n sont
10n 10n préfère une définition unifiée d’intervalle qui les
respectivement des valeurs approchées par défaut
définit tous d’un coup :
et excès de a à 10−n près, qui de plus sont des
décimaux.
153
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.
154
Chapitre XI
1.1 Définition.
Définition 1.1.6.
On dit que a est congru à b modulo n et on note
Définition 1.1.1. a ≡ b [n] (voire a = b [n]) si et seulement si n
On dit que n divise m, que n est un diviseur de divise a − b :
m ou que m est un multiple de n et on note n|m
si et seulement s’il existe k ∈ Z vérifiant m = kn. a ≡ b [n] ⇐⇒ n|a − b.
156
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z
Exemple 1.2.6.
Théorème 1.2.1. Exercice classique : calculer à la main le reste de
Soient a ∈ Z, et b ∈ N∗ . Il existe un unique couple la division euclidienne de 1142424244 par 7.
(q, r) ∈ Z × N tels que a = bq + r et 0 ⩽ r < b.
q et r sont respectivement appelés le quotient et
le reste de la division euclidienne de a par b. b 2 PGCD, PPCM.
est appelé le diviseur et a le dividende de cette
division. Soit a ∈ Z. L’ensemble des multiples de a est
noté aZ. C’est donc {ak|k ∈ Z}. Remarquons que,
si a ̸= 0, |a| est le plus petit entier strictement
Démonstration.
On montre l’existence puis l’unicité. positif de aZ.
Existence : On note A = { k ∈ Z | kb ⩽ a }. Alors :
On notera aussi D(a) l’ensemble des diviseurs
• A est non vide car si a ⩾ 0, 0 ∈ A, et si a < 0 on de a : c’est donc {k ∈ Z | ∃ℓ ∈ Z, a = kℓ}. On
a a ∈ A car b ⩾ 1. remarquera que, si a ̸= 0, D(a) est borné par |a|.
• De plus A est majoré, par 0 si a ⩽ 0 et par a si
a > 0.
A a donc un plus grand élément noté q. Alors par 2.1 PGCD de deux entiers.
construction qb ⩽ a < (q + 1)b, d’où le résultat en
posant r = a − qb. Dans cette partie, pour tout couple (a, b) ∈ Z2 ,
Unicité : Soit (q, r) et (q ′ , r′ ) deux couples vérifiant les on note D(a, b) l’ensemble des diviseurs communs
conditions considérées. à a et b. Ainsi, D(a, b) = D(a) ∩ D(b).
Alors a = qb + r = q ′ b + r′ , donc b(q − q ′ ) = r′ − r
et ainsi b|q − q ′ | = |r − r′ |. Or on a 0 ⩽ r < b et
Remarque 2.1.1.
−b < −r′ ⩽ 0, donc |r − r′ | < b, donc |q − q ′ | < 1, or Si b = 0, alors D(a, b) = D(a).
q − q ′ est un entier donc q = q ′ , donc r = r′ .
Définition 2.1.2.
Remarque 1.2.2. Soit a et b deux entiers avec (a, b) ̸= (0, 0), alors
On a donc r ≡ a[b]. on appelle plus grand diviseur commun de a et b
Exemple 1.2.3. (pgcd de a et b) et on note PGCD(a, b) ou a ∧ b
2356 = 18 × 125 + 106. le plus grand élément de D(a, b).
Exercice 1.2.4.
Poser 360 ÷ 7. Remarque 2.1.3.
L’un des deux entiers est non nul, donc D(a, b)
est majoré par la valeur absolue de cet entier. Par
Proposition 1.2.5. ailleurs, 1 ∈ D(a, b). Donc D(a, b) est un ensemble
Soit n ∈ N∗ , alors a ≡ b[n] si et seulement si a et d’entiers non vide majoré, donc il admet un plus
b ont le même reste dans la division euclidienne grand élément, ce qui justifie la définition.
par n.
Démonstration.
Lemme 2.1.4 (Lemme d’Euclide).
Si a et b ont le même reste dans la division euclidienne par Soient a ∈ Z, b ∈ N∗ , r le reste de la division
n, on écrit a = nq1 + r et b = nq2 + r, avec (q1 , q2 ) ∈ Z2 euclidienne de a par b. Alors D(a, b) = D(b, r).
et 0 ⩽ r < n. On a donc bien a − b = n(q1 − q2 ), donc
n|(a − b).
Réciproquement, si a ≡ b[n], on écrit les divisions eucli- Démonstration.
diennes de a et b par n : a = nq1 + r1 et b = nq2 + r2 , avec Soit d ∈ D(a, b). Alors a s’écrit sous la forme bq + r donc
(q1 , q2 ) ∈ Z2 et (r1 , r2 ) ∈ N2 vérifiant, pour tout i ∈ {1, 2}, r = a − bq, or d|a et d|b, donc d divise toute combinaison
0 ⩽ ri < n. On a alors a − b − n(q1 − q2 ) = r1 − r2 , donc linéaire de a et b, donc divise r. Donc D(a, b) ⊂ D(b, r).
n|(r1 − r2 ). Or, −n < r1 − r2 < n et il existe un seul entier Réciproquement, soit d ∈ D(b, r), alors a s’écrit sous
dans J−n + 1, n − 1K divisible par n (le montrer !) : c’est la forme bq + r or d|b et d|r donc d|a, donc D(b, r) ⊂
0. Ainsi, r1 = r2 . D(a, b).
157
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z
158
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z
Démonstration.
L’idée de la démonstration est de regarder ce qui se passe Le couple des coefficients de Bézout n’est
dans l’algorithme d’Euclide. On constate qu’à chaque étape, pas unique. Par exemple on a −1 × 2 + 1 × 3 = 1
les variables R0 et R1 sont des combinaisons linéaires de et 2 × 2 + (−1) × 3 = 1.
a et b. À la fin de l’algorithme, le pgcd R0 est donc une
combinaison linéaire de a et b.
Pour calculer les coefficients de Bézout, on aura recours à Exercice 2.1.9.
l’algorithme d’Euclide étendu. Celui-ci est un simple ajout Calculer un couple de Bézout pour 1750 et 644.
à l’algorithme vu précédemment ; on introduit en effet des
variables Ui et Vi pour i = 0, 1 qu’on va modifier au fur et On peut alors faire la remarque suivante :
à mesure de l’exécution de façon à garantir R0 = U0 a + V0 b
et R1 = U1 a + V1 b.
Corollaire 2.1.10.
Fonction euclide_etendu( a, b ) : Soit (a, b) ∈ Z2 \ { (0, 0) }. Alors
# Précondition : a > 0 et b > 0 n o
(R0 , R1 ) ← (a, b) aZ + bZ = au + bv (u, v) ∈ Z2 = (a ∧ b)Z
(u0 , u1 ) ← (1, 0)
(v0 , v1 ) ← (0, 1)
# Invariant : R0 = u0 a + v0 b et R1 = u1 a + v1 b Démonstration.
L’inclusion gauche-droite découle du fait que, a et b étant
TantQue R1 > 0 Faire des multiples de a ∧ b, toute combinaison linéaire de a et b
R2 ← reste de R0 ÷ R1 est également un multiple de a ∧ b.
L’inclusion droite-gauche découle du fait que a ∧ b s’écrit
q ← quotient de R0 ÷ R1 comme combinaison linéaire à coefficients entiers de a et b
(u2 , v2 ) ← (u0 − qu1 , v0 − qv1 ) (d’après le théorème de Bézout) et que tout multiple d’une
combinaison linéaire de a et b à coefficients entiers est
(R0 , u0 , v0 ) ← (R1 , u1 , v1 ) encore une combinaison linéaire à coefficients entiers.
(R1 , u1 , v1 ) ← (R2 , u2 , v2 )
Remarque 2.1.11.
FinTantQue C’est en fait une caractérisation du PGCD : pour
Renvoyer (R0 , u0 , v0 ) tout d ∈ N,
159
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z
Or d’après ce qui précède, on a successivement : récurrence (i), D divise donc d. De plus, D divise ap+1 ,
donc D|D′ .
(a ∧ b)Z = au + bv (u, v) ∈ Z 2
Par définition, D′ divise d et ap+1 , et d divise a1 , . . . , ap .
qZ = |c|(au + bv) (u, v) ∈ Z2 Par transitivité de la relation de divisibilité, D′ est donc
un diviseur de a1 , . . . , ap+1 . Par définition de D, on a donc
= cau + cbv (u, v) ∈ Z2
D′ ⩽ D : il vient donc D = D′ .
= pZ Soit k un autre diviseur de a1 , . . . , ap+1 . En particulier, k
est un diviseur de a1 , . . . , ap , donc k|d. Et comme k|ap+1 ,
alors k|D′ , et donc k|D : (Hp+1 ) est bien démontrée.
Exercice 2.1.13. Remarque 2.2.2.
Calculer le plus simplement possible 1230 ∧ 555. La proposition précédente assure que l’on peut
calculer le PGCD d’une famille a1 , . . . , ap d’en-
2.2 PGCD d’une famille finie d’entiers. tiers en plusieurs étapes : on calcule d’abord
a1 ∧ a2 puis (a1 ∧ a2 ) ∧ a3 , et ainsi de suite. Par
Les définitions et résultats de la section précé-
commutativité du PGCD, on peut aussi choisir
dente se généralisent à une famille finie d’entiers.
les entiers dans un autre ordre, et tout ceci prouve
Ainsi, si a1 , . . . , ap sont p entiers non tous nuls,
l’associativité du PGCD et assure que la notation
on note D(a1 , . . . , ap ) l’ensemble des diviseurs
a1 ∧ . . . ∧ ap est sans ambiguïté.
communs à tous les entiers a1 , . . . , ap . Cet en-
semble étant non vide (il contient 1) et fini, il Le théorème de Bézout peut alors se généraliser
admet un plus grand élément, appelé plus grand par récurrence :
commun diviseur des entiers a1 , . . . , ap et noté
p
ai , ou a1 ∧ . . . ∧ ap .
^
160
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z
Démonstration.
Démonstration. (i) On traite le cas k = 2, le cas gé-
Le cas (a, b) = (0, 0) est direct : les deux propositions
néral s’en déduit immédiatement par récurrence. Il
sont fausses, donc équivalentes. Considérons donc (a, b) ∈
existe ui et vi vérifiant aui +bi vi = 1 pour i = 1, 2. En
Z2 \ { (0, 0) }.
multipliant ces deux relations, il vient successivement
Supposons a et b premiers entre eux. Alors, d’après le
théorème de Bézout (première partie), on a le résultat. 1 = (au1 + b1 v1 )(au2 + b2 v2 )
Réciproquement, supposons qu’il existe deux entiers u
et v vérifiant au + bv = 1. Soit alors d ∈ D(a, b). On a 1 = a2 u1 u2 + au1 b2 v2 + b1 v1 au2 + b1 v1 b2 v2
d|a et d|b, donc d|(au + bv), donc d|1, donc d = ±1. Donc 1 = a(au1 u2 + u1 b2 v2 + b1 v1 u2 ) + b1 b2 (v1 v2 )
D(a, b) ⊂ { −1, +1 }.
D’où le résultat.
(ii) On applique (i) à a et b × b × b × . . . × b, puis (i) à
bn et a × a × a × . . . × a.
Corollaire 2.3.4.
On a donc a ∧ b = 1 si et seulement si a est
inversible modulo b, i.e. si et seulement s’il existe Remarque 2.3.9.
k ∈ Z vérifiant ak = 1[b]. La réciproque de ces deux points est vraie.
161
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z
162
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z
Démonstration.
Corollaire 2.4.9. Par l’absurde, supposons p ∧ q ̸= 1. Alors p ∧ q est un
Si a ∧ b = 1, alors a ∨ b = |ab|. diviseur de p et de q autre que 1. p et q étant premiers,
Notamment, dans le cas où a ∧ b = 1, si a | c ce ne peut être un diviseur strict, donc p = p ∧ q = q. Or
et b | c, alors ab | c. p ̸= q, donc c’est absurde.
Proposition 3.0.5.
Remarque 2.4.10. Soit a ∈ Z et p un nombre premier, si p ne divise
Là encore, si a1 , . . . , an est une famille finie d’en- pas a, alors a et p sont premiers entre eux.
tiers, on peut définir le PPCM de cette famille, et
démontrer des résultats similaires à ceux concer-
Démonstration.
nant les PGCD des familles d’entiers. En particu- L’ensemble des diviseurs positifs de p est {1, p}, si p ne
n n
divise pas a, l’ensemble des diviseurs positifs communs à a
lier, si c ∈ Z∗ , alors (cai ) = |c| ai .
_ _
et p est donc {1}.
i=1 i=1
Corollaire 3.0.6.
3 Nombres premiers. Soit p un nombre premier et a, b ∈ Z. Si p | ab,
alors p | a ou p | b.
163
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z
avec αk+1 = 0.
compose de manière unique (à l’ordre des fac- On suppose que n a deux décompositions en
teurs près) en un produit de nombres premiers facteurs premiers, que l’on peut donc écrire
(ce produit est éventuellement réduit à zéro ou
αk β
n = pα 1 α2
1 .p2 . . . . .pk = pβ1 1 .pβ2 2 . . . . .pkk , les deux
un terme, et peut avoir plusieurs facteurs égaux). membres étant éventuellement complétés par p0 pour
avoir les mêmes facteurs premiers dans les deux
Plus précisément, pour tout n ∈ N\{0, 1}, il existe membres. Le théorème de Gauss permet de dire que
k ∈ N∗ , des entiers premiers p1 , . . . , pk distincts 1 divise le membre de droite, mais puisqu’il est pre-
pα 1
Définition 3.0.9.
Démonstration.Existence on en donne trois démons- Pour un nombre premier p on définit l’application
trations
Principe de la descente infinie de Fermat Si
νp : Z → N ∪ { +∞ }
+∞ sinn = 0
(
n est un nombre ne se décomposant pas en
facteurs premiers, alors n n’est lui-même pas n 7→ o
max k ∈ N pk |n sinon
premier (sinon, n = n est une décomposition).
Donc, n s’écrit n = ab, avec 1 < a < n et qui à un entier n associe l’exposant de p dans
1 < b < n. n ne se décomposant pas en
facteurs premiers, nécessairement, a ou b ne se
la décomposition de n en facteurs premiers, avec
décompose pas en facteurs premiers. On trouve la convention νp (0) = +∞. Cette fonction est
donc, pour tout entier ne se décomposant pas appelée valuation p-adique sur Z.
en facteurs premiers, un entier strictement
164
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z
L’ensemble k ∈ N pk |n est non vide car il contient fini, donc la valuation de a n’est non nulle que pour
0 ; de plus pk −−−−−→ +∞, donc il existe K ∈ N tel que un nombre fini d’entiers premiers. Il en est de même
k→+∞ pour b, et donc min(νp (a), νp (b)) n’est non nulle que
pK > n, donc cet ensemble est majoré. Comme c’est une pour un nombre Y finimin(ν
d’entiers premiers p.
partie de N, il admet bien un maximum. On note d = p p (a),νp (b))
. Alors :
p∈P
Exemple 3.0.10.
ν5 (50) = 2, ν3 (50) = 0.
Y Y
d× pνp (a)−min(νp (a),νp (b)) = pνp (a) = a
p∈P p∈P
Exercice 3.0.11. Y Y
Décomposer 240 en produit de facteurs premiers et d × p νp (b)−min(νp (a),νp (b))
= pνp (b) = b
et déterminer ν2 (240), ν3 (240), ν5 (240) et ν7 (240). p∈P p∈P
165
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z
Exercice 3.0.15.
Calculer le reste de la division euclidienne de
42835 720 par 37.
Le Petit théorème de Fermat donne donc une
condition nécessaire pour qu’un nombre entier
1. Ici, nous n’avons besoin que de montrer que (ii) im-
plique (i) puisque nous allons montrer (i) par la suite.
166
Chapitre XII
1 Vocabulaire.
peut former la suite λu définie comme (λun )n∈N .
• On dit que RN muni de ces deux opérations est
un espace vectoriel.
Définition 1.0.1 (Suite réelle). • Étant donné deux suites u et v on peut former
• Une suite à valeurs réelles ou suite réelle u leur produit uv, définie comme (un vn )n∈N .
est une application de N dans R, u. On note en
• Étant donné deux suites u et v telles que v ne
général un au lieu de u(n) l’image de n par u. u
• Étant donnée une expression e contenant la s’annule pas, on peut former leur quotient ,
v
un
variable n, on note (e)n∈N la suite N → R . définie comme .
n 7→ e vn n∈N
Ainsi, la suite u est souvent notée (un )n∈N . • Étant donné une suite u , on peut former la
• La suite (un )n∈N est aussi appelée la suite de suite |u| définie comme (|un |)n∈N .
terme général un . • Étant donné deux suites u et v, on peut
• On note RN l’ensemble des suites réelles. former les suites min(u, v) et max(u, v), défi-
nie comme (min(un , vn ))n∈N et (max(un , vn ))n∈N .
si n < 735
(
n
Définition 1.0.4 (Opérations sur les suites). ∀n ∈ N un =
735 sinon
• Étant donné deux suites u et v on peut former
leur somme u + v, définie comme (un + vn )n∈N . n’est pas constante mais est constante à partir du
• Étant donné une suite u et un scalaire λ, on rang 735.
168
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES
∃n0 ∈ N ∀n ∈ N, n ⩾ n0 ⇒ un = un0 .
2 Limite d’une suite réelle.
Remarque 1.0.10.
2.1 Définition et premières propriétés.
Jusque là, toutes les définitions données sur les
suites à valeurs réelles s’étendent directement aux
suites à valeurs complexes. Ce n’est plus le cas Définition 2.1.1.
pour ce qui suit. Soit (un ) ∈ RN , soit ℓ ∈ R. On dit que (un ) tend
(ou converge) vers ℓ si
169
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES
Théorème 2.1.6.
Toute suite convergente est bornée. Démonstration.
Il convient a priori de distinguer 9 cas. Par symétrie, et
en supposant ℓ1 ̸= ℓ2 , il suffit de considérer les cas :
Démonstration. • ℓ1 ∈ R et ℓ2 ∈ R ;
Soit (un ) convergeant vers ℓ ∈ R. Alors d’après la proposi- • ℓ1 ∈ R et ℓ2 = −∞ ;
tion précédente, il existe n0 ∈ N tel que pour tout n ⩾ n0 , • ℓ1 ∈ R et ℓ2 = +∞ ;
|un − ℓ| ⩽ 1, et donc ℓ − 1 ⩽ un ⩽ ℓ + 1. Par conséquent, • ℓ1 = −∞ et ℓ2 = +∞.
(un ) est bornée à partir du rang n0 . Mais les n0 premiers Nous ne détaillerons ici que les deux premiers, les deux
termes de la suite étant en nombre fini, ils forment un derniers sont laissés au lecteur.
ensemble borné. L’ensemble des termes de la suite (un ) 1
Si ℓ1 ∈ R et ℓ2 ∈ R, posons ε = |ℓ1 − ℓ2 | > 0. Alors, il
étant la réunion de deux ensembles bornées, il est borné 3
existe n1 , n2 ∈ N tels que, pour tout n ∈ N :
également, et donc la suite (un ) est bornée.
• si n ⩾ n1 , |un − ℓ1 | ⩽ ε ;
Remarque 2.1.7. • si n ⩾ n2 , |un − ℓ2 | ⩽ ε.
Alors, pour n ⩾ max(n1 , n2 ), on a par l’inégalité triangu-
La réciproque est évidemment fausse, comme le laire
prouve la suite ((−1)n )n∈N .
|ℓ1 − ℓ2 | = |ℓ1 − un − (ℓ2 − un )|
⩽ |ℓ1 − un | + |ℓ2 − un |
Définition 2.1.8.
2
Soit (un ) ∈ RN . On dit que (un ) tend vers +∞ si ⩽ |ℓ1 − ℓ2 |.
3
Remarque 2.1.10.
Une suite qui tend vers +∞ (ou vers −∞) diverge.
On peut cependant introduire l’ensemble R = Le symbole lim ne peut s’utiliser
n→+∞
R∪{+∞, −∞}, que l’on appelle droite numérique qu’après avoir montré l’existence de ladite limite.
achevée. Dans R, une suite tendant vers +∞ (ou L’utiliser avant est une erreur grave. On préfèrera
moins −∞) converge. Le théorème 2.1.6 est tou- systématiquement utiliser l’écriture un −−−−−→ ℓ.
n→+∞
jours valable : toute suite à valeurs dans R est
bornée (par −∞ et +∞) !
170
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES
ε
• si n ⩾ N , |un | ⩽ ;
2
Proposition 2.1.13. ε
• si n ⩾ N , |vn | ⩽ .
′
Soit u ∈ RN et ℓ ∈ R. On a les propriétés sui- 2
Ainsi, si n ⩾ max(N, N ′ ), alors |un + vn | ⩽ |un | + |vn | ⩽ ε,
vantes : d’où le résultat.
un −−−−−→ ℓ ⇐⇒ un − ℓ −−−−−→ 0
n→+∞ n→+∞
2.2 Opérations sur les limites.
un −−−−−→ 0 ⇐⇒ |un | −−−−−→ 0
n→+∞ n→+∞
Soit u et v deux suites qui admettent chacune
pour limite ℓ, ℓ′ ∈ R.
+∞
Corollaire 2.1.15.
Soit u ∈ RN , ℓ ∈ R. Alors u tend vers ℓ si et −∞
seulement s’il existe v ∈ RN tendant vers 0 telle
que u = ℓ + v.
b Étude de (un vn )n∈N .
Proposition 2.1.16. vn ℓ′ ∈ R∗+ ℓ′ ∈ R∗− 0 +∞ −∞
Soit u une suite convergeant vers 0 et v une suite un
bornée. Alors uv converge vers 0. ℓ ∈ R∗+
Démonstration. ℓ ∈ R∗−
Soit M > 0 un majorant de |v|. Soit ε > 0, il existe
donc un rang N ∈ N tel que pour, tout entier naturel
n ⩾ N , |un | ⩽
ε
. Ainsi, si n ⩾ N , |un vn | ⩽ ε, d’où le
0
M
résultat.
+∞
Exemple 2.1.17.
Étudier la convergence de la suite cosn n −∞
n∈N∗
Proposition 2.1.18.
L’ensemble des suites convergeant vers 0 est stable
1
c Étude de un n∈N .
par addition et par multiplication par un scalaire.
On dit que l’ensemble des suites convergeant vers Si la suite u ne s’annule pas.
0 est un sous-espace vectoriel de l’espace vectoriel
des suites à valeur réelles. Remarque 2.2.1.
1
Si v tend vers 0, alors tend vers 1.
Démonstration. 1+v
Comme un scalaire peut-être vu comme une suite constante, un → ℓ ∈ R\ {0} 0 +∞ −∞
donc bornée, il suffit de montrer que la somme de deux
suites convergeant vers 0 converge vers 0.
Soit u et v tendant vers 0, soit ε > 0. Il existe deux 1/un →
rangs N ∈ N et N ′ ∈ N tels que, pour tout entier n,
171
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES
un
On obtient alors le comportement de Exemple 2.3.3.
vn n∈N (un+1 )n∈N , (u2n )n∈N et (u2n+1 )n∈N sont des suites
en utilisant les deux tableaux précédents. extraites de (un )n∈N .
Exercice 2.3.4.
d Étude de (|un |)n∈N .
Soit u une suite, φ et ψ deux extractrices. Quelle
un → ℓ∈R +∞ −∞ est la suite extraite de (uφ(n) )n∈N par ψ ?
Théorème 2.3.6.
Proposition 2.2.2. Soit u ∈ RN et ℓ ∈ R. Si u −−→ ℓ alors toute suite
+∞
Si un −−−−−→ ℓ ∈ R et vn −−−−−→ ℓ′ ∈ R, alors extraite de u tend aussi vers ℓ.
n→+∞ n→+∞
max(un , vn ) −−−−−→ max(ℓ, ℓ′ ).
n→+∞
Démonstration.
On traite le cas ℓ ∈ R, les deux autres cas sont laissés au
lecteur.
Démonstration.
|un − vn | + un + vn Soit φ une extractrice, soit ε > 0. Il existe donc un rang
Il suffit d’écrire max(un , vn ) = . n0 ∈ N tel que , pour tout n ⩾ n0 , |un − ℓ| ⩽ ε. Soit n ⩾ n0 ,
2
on a alors φ(n) ⩾ n ⩾ n0 et donc uφ(n) − ℓ ⩽ ε.
Remarque 2.2.3.
On a bien sûr le même résultat avec le minimum.
Corollaire 2.3.7.
Si une suite admet deux suites extraites ne conver-
f Exemples de formes indéterminées.
geant pas vers la même limite alors cette suite n’a
Exemple 2.2.4. pas de limite.
Déterminer les limites (si elles existent) des suites Si une suite admet une suite extraite n’ayant
de termes généraux suivants : pas de limite, alors cette suite n’a pas de limite.
3n2 +n+15
1. un = n2 +sin n
e n −3n Exemple 2.3.8.
2. un = n2 −2n Montrer que les suites ((−1)n )n∈N et cos nπ
3 n∈N
1
n
3. un = 1 + . ne convergent pas.
n
Théorème 2.3.9.
2.3 Limites et suites extraites. Soit u une suite à valeurs réelles et ℓ ∈ R.
Si on a u2n −−−−−→ ℓ et u2n+1 −−−−−→ ℓ,
n→+∞ n→+∞
alors un −−−−−→ ℓ.
Définition 2.3.1. n→+∞
On appelle suite extraite ou sous-suite de la suite
u toute suite (uφ(n) )n∈N où φ est une application Démonstration.
strictement croissante de N dans N. La fonction On traite le cas ℓ ∈ R, les deux autres cas sont laissés au
φ est une extraction, ou extractrice. lecteur.
Soit ε > 0. Il existe donc deux rangs N et N ′ tels que,
pour tout entier naturel n,
• si n ⩾ N , |u2n − ℓ| ⩽ ε ;
Remarque 2.3.2. • si n ⩾ N ′ , |u2n+1 − ℓ| ⩽ ε.
On ne conserve que les termes de rang φ(n) pour Ainsi, si n ⩾ max(2N, 2N ′ + 1), on a |un − ℓ| ⩽ ε (il suffit
n ∈ N, d’où la dénomination suite extraite. de distinguer selon la parité de N ), d’où le résultat.
172
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES
173
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES
un −−−−−→ sup un .
n→+∞ n∈N
3.2 Utilisation d’inégalités.
a Techniques d’encadrement. (a) Dans le cas où u est majorée par un réel,
cette limite est réelle et est le plus petit
majorant de u.
Théorème 3.2.1. (b) Dans le cas où u n’est pas majorée, cette
Soient u, v et w trois suites à valeurs réelles et limite vaut +∞.
ℓ ∈ R. 2. Même résultat, dans le cas d’une suite u dé-
(i) Th. de minoration : Si un −−−−−→ +∞ croissante mutatis mutandis (sup en inf, «ma-
n→+∞
jorée» en «minorée», +∞ en −∞).
et un ⩽ vn à partir d’un certain rang, alors
vn −−−−−→ +∞.
n→+∞
Démonstration. 1. (a) Notons ℓ = supn∈N un . Soit
(ii) Th. de majoration : Si un −−−−−→ −∞ ε > 0, il existe donc un entier naturel n0 tel
n→+∞
et vn ⩽ un à partir d’un certain rang, alors que ℓ − ε < un0 ⩽ ℓ. Par croissance de u et
majoration de u par ℓ, on a, pour tout n ⩾ n0 ,
vn −−−−−→ −∞. ℓ − ε ⩽ un ⩽ ℓ. Cela montre donc bien la
n→+∞
convergence de u vers ℓ.
(iii) Th. d’encadrement : Si un −−−−−→ ℓ et
n→+∞ (b) Soit A ∈ R, A ne majore pas u : il existe donc
wn −−−−−→ ℓ et un ⩽ vn ⩽ wn à partir d’un n0 ∈ N tel que un0 ⩾ A. Ainsi, par croissance
n→+∞
de u, on a, pour tout n ⩾ n0 , un ⩾ A. Ainsi, u
certain rang, alors vn −−−−−→ ℓ. tend vers +∞.
n→+∞
2. Idem
Corollaire 3.2.3.
Soient u et v deux suites à valeurs réelles. Une suite croissante majorée converge
vers le plus petit de tous ses majorants. Le plus
174
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES
k=0
k!
Exemple 3.2.11 (Moyenne arithmetico - géomé-
Corollaire 3.2.6. trique).
Si u est croissante et majorée par M ∈ R, alors u Soient u0 , v0 ∈ R∗+ . On définit deux suites en
converge et sa limite est inférieure ou égale à M . un + vn
posant, pour tout n ∈ N, un+1 =
√ 2
et vn+1 = un .vn . Alors ces deux suites sont
adjacentes et leur limite commune est appelée
c Suites adjacentes.
moyenne arithmetico - géométrique de u0 et v0 .
Exercice 3.2.12 (Algorithme des Babyloniens).
Définition 3.2.7. On pose v0 = 2. On définit deux suites en posant,
2 un + vn
Deux suites u et v sont dites adjacentes si l’une pour tout n ∈ N, un = et vn+1 = .
est croissante, l’autre est décroissante et leur dif- vn 2
Montrer que ces deux suites sont adjacentes.
férence tend vers 0.
Quelle est leur limite ?
Définition 3.2.13.
Théorème 3.2.8.
Étant donné I un intervalle de R, on appelle
Soit u et v deux suites adjacentes. Alors u et v
diamètre de I et on note δ(I) la valeur de b − a
convergent, et ont la même limite.
où a et b sont les extrémités gauche et droite de
I si celles-ci sont réelles et +∞ si l’une au moins
Démonstration. n’est pas réelle.
Si u et v convergent, u − v converge vers la différence de
leurs limites, soit 0 : u et v ont donc même limite.
On peut supposer, sans perte de généralité, que u est
croissante et que v est décroissante. Montrons maintenant Théorème 3.2.14 (Des segments emboîtés).
que u converge (il suffit ensuite d’écrire v = v − u + u pour Soit (In )n∈N une suite décroissante de segments
conclure à la convergence de v). Il suffit de montrer que
u est majorée par un réel, par exemple v0 . Sinon, il existe
non vides emboîtés, c’est-à-dire vérifiant I0 ⊃
n0 ∈ N vérifiant un0 > v0 et l’on aurait, par croissance de I1 ⊃ I2 ⊃ . . . (autrement dit, pour tout n ∈ N,
u et décroissance de v ainsi que pour tout entier n ⩾ n0 , In+1 ⊂ In ) et vérifiant δ(In ) −−−−−→ 0. Alors
n→+∞
un − vn > un0 − v0 , ce qui contredit la convergence de
u − v vers 0. Ainsi, u converge.
l’ensemble \
In
n∈N
La définition et le théorème des suites est un singleton. Autrement dit, il existe un unique
adjacentes sont fondamentaux. Le fait qu’ils réel appartenant à In pour tout n ∈ N.
s’écrivent de façon très concise n’en réduit pas De plus, tout suite u à valeur réelle telle que
l’importance mais rend en revanche inexcusable pour tout n ∈ N, un ∈ In converge vers ce réel.
les confusions entre ce qui relève de la définition
et ce qui relève du théorème.
Démonstration.
Remarque 3.2.9. Il suffit de noter, pour tout n ∈ N, an et bn respectivement
les extrémités gauche et droite de In . Les conditions sur les
Soient (un )n∈N et (vn )n∈N deux suites réelles ad-
segments entraînent que a et b sont deux suites adjacentes.
jacentes, avec (un )n∈N croissante. Elles ont dont une limite commune ℓ. De plus pour tout
Notons ℓ leur limite commune. Alors, ∀n ∈ n, an ⩽ ℓ ⩽ bn . Donc { ℓ } ⊂ n∈N In . Réciproquement,
T
175
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES
Tout suite u vérifiant les conditions données est alors Le principe est relativement simple : on prend u0
encadrée par a et b donc converge vers ℓ. pour premier terme de cette suite extraite. On a
u0 ∈ I0 . On prend alors pour terme suivant le premier
terme suivant de u appartenant à I1 . Un tel terme
Corollaire 3.2.15 (Méthode de la dichotomie). existe puisque u prend une infinité de fois ses valeurs
dans I1 . On prend alors pour terme suivant le premier
Soit (In )n∈N une suite de segments telle que pour
terme suivant de u appartenant à I2 . Etc.
tout n ∈ N, In+1 est soit la moitié gauche du Plus formellement, on définit par récurrence l’appli-
segment In , soit la moitié droite du segment In . cation φ comme suit :
Alors la suite (In )n∈N est une suite décroissante (a) φ(0) = 0.
de segments emboîtés, dont le diamètre tend vers (b) pour tout n ∈ N, φ(n + 1) est le plus petit
0. entier k strictement supérieur à φ(n) vérifiant
uk ∈ In+1 . La suite u prenant une infinité de
Les extrémités gauche et droite de ces segments
fois ses valeurs dans I(n + 1), un tel k existe.
constituent donc des suites adjacentes.
Posons alors, pour n ∈ N, vn = uφ(n) .
On a pour tout n ∈ N, vn ∈ In . Donc v converge.
La suite u admet donc bien une suite extraite conver-
3.3 Théorème de Bolzano-Weierstrass. gente.
Remarque 4.0.2.
Remarque 3.3.2.
On a déjà vu que l’ensemble des décimaux, Q et
On peut remplacer « bornée » par « à valeurs dans
R \ Q étaient denses dans R.
un segment ».
Démonstration (Principe de la dichotomie à connaître,
formalisation non exigible). Proposition 4.0.3.
Le cas où le segment est réduit à un point est trivial. Soit X ⊂ R. X est dense dans R si et seulement
Considérons donc un segment [a, b] de R avec a < b et une si pour tout ℓ ∈ R il existe une suite u à valeurs
suite u à valeurs dans [a, b] et montrons que u admet une
dans X convergeant vers ℓ.
suite extraite qui converge.
Définissons tout d’abord par dichotomie une suite
(In )n∈N de segments comme suit : Démonstration.
1. I0 = [a, b] Supposons que X est dense dans R, soit ℓ ∈ R. Alors, pour
1 1
2. Pour tout n, on définit In+1 comme étant la moitié tout entier naturel n, X∩]ℓ − ,ℓ + [ est non
n+1 n+1
gauche de In si u prend une infinité de fois ses va- vide et l’on peut donc construire une suite u d’éléments de
leurs dans cette moitié gauche. Sinon, on définit In+1 1
X telle que, pour tout entier naturel n, ℓ − ⩽ un ⩽
comme étant la moitié droite de In . n+1
1
Il est clair que la suite (In )n∈N est une suite de seg- ℓ+ . Par encadrement, u converge vers ℓ.
n+1
ments emboîtés de diamètre tendant vers 0, d’inter- Réciproquement, soit une telle partie X, montrons que
section réduite à un singleton l. X est dense dans R. Soit I un intervalle ouvert non vide
On peut démontrer par récurrence que pour tout de R. Si I ∩ X = ∅, il suffit de prendre ℓ comme étant
n ∈ N, u prend une infinité de fois ses valeurs dans le milieu de I : aucune suite à valeurs dans X ne peut
In . converger vers ℓ. En effet, en considérant ε le quart du
On va maintenant extraire une suite uφ(n) n∈N de diamètre de I, on a, pour tout x ∈ X, |x − ℓ| > ε. Ainsi,
u telle que pour tout n ∈ N, un ∈ In . X rencontre I.
176
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES
u0 = α,
(
(un+1 − un )n∈N = (r)n∈N .
∀n ∈ N, un+1 = r · un .
On peut voir cela comme une équation portant
sur une transformation linéaire de u.
177
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES
Remarque 5.3.2.
Démonstration.
n Il s’agit d’une généralisation des notions de suites
arithmétiques et géométriques :
X
Revenir à la formule donnant rk .
k=0 • Si a = 1, alors u est une suite arithmétique.
• Si b = 0, alors u est une suite géométrique.
Proposition 5.2.5.
Remarque 5.3.3.
Soit r ∈ R et u une suite réelle géométrique de
Ces suites interviennent fréquemment dans des
raison r, avec u0 ̸= 0.
problèmes concrets :
• Si r ∈] − ∞, −1], alors u n’a pas de limite
• évolution du capital restant à rembourser en
(ni finie, ni infinie).
fonction du temps dans le cas d’un emprunt
• Si r ∈] − 1, 1[ (i.e. |r| < 1), alors u converge
à mensualités constantes ;
vers 0.
• modélisation de l’évolution d’une popula-
• Si r = 1, alors u est la suite constante, de
tion.
valeur u0 (elle converge donc vers u0 ).
• Si r ∈]1, +∞[, alors u diverge vers +∞ si Soit a et b deux complexes. On s’intéresse main-
u0 > 0 et vers −∞ sinon. tenant à l’ensemble des suites u solutions de
• La suite u converge si et seulement si r ∈ l’équation
] − 1, 1] (c’est-à-dire |r| < 1 ou r = 1).
∀n ∈ N, un+1 = aun + b. (AG)
178
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES
∀n ∈ N un+1 = 2un + 1.
Proposition 5.3.5.
Soit v une solution de (AG) et u une suite. Alors Exemple 5.3.10.
u est solution de AG si et seulement si u − v (i.e. Votre banquier vous propose un prêt à la consom-
la suite de terme général un − vn pour n ∈ N) est mation de 10 000 € «à un taux de 18% annuel»
géométrique de raison a. sur 5 ans, à mensualités fixes (soit 60 mensuali-
tés). Après avoir signé le contrat, vous constatez
Démonstration. que le taux est de 1, 5% par mois. Quel est le
Très facile. montant des mensualités ? Quel est le coût total
du crédit ? Que pensez-vous de la manière dont
Proposition 5.3.6. le prêt est présenté ?
Si a ̸= 1, alors il existe une unique suite constante
solution de (AG). 5.4 Suites récurrentes linéaires
doubles.
Démonstration.
Très facile.
179
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES
Remarque 5.4.2.
Si r ∈ C, alors r est solution de l’équation carac- (ii) Si (C) admet une unique solution (réelle)
téristique si et seulement si (rn )n∈N est solution r0 , alors les solutions réelles de (E) sont les
de l’équation de récurrence linéaire double. suites de la forme (λr0n + µnr0n )n∈N , où λ et
µ sont des réels.
Soit (a, b) ∈ C2 , avec b =
̸ 0. On s’intéresse
maintenant à l’ensemble des suites u solution de (iii) Si (C) admet deux solutions complexes
conjuguées, re iθ et re −iθ , alors les solutions
∀n ∈ N un+2 + aun+1 + bun = 0. (E) réelles de (E) sont les suites de la forme
(rn (λ cos (nθ) + µ sin (nθ)))(n∈N) où λ et µ
On note alors l’équation caractéristique de (E) : sont des réels.
r2 + ar + b = 0. (C) Dans tous les cas, il existe une unique solution
à (E) pour u0 et u1 fixés.
180
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES
Une telle définition n’est pas nécessairement Dans toute la suite, A désigne une partie
légitime : par exemple, si a ∈ / D, alors u1 est de R, et f une application définie (au moins)
mal défini donc la suite est mal définie. Autre sur A et telle que f (A) ⊂ A et a un élément
exemple : on prend pour f l’application x 7→ de A.
√
x − 1 et pour a la valeur 4. On a bien a ∈ R+
mais u1 = 1, u2 = 0, u3 = −1 < 0 et u4 est mal 6.2 Recherche d’une limite éventuelle.
défini.
Une condition suffisante 1 pour que la suite soit
Proposition 6.2.1.
bien définie est de trouver une partie A de D (i.e.
Si la suite (un )n∈N converge vers un réel ℓ et f
une partie A de R sur laquelle f est bien définie)
est continue en ℓ, alors f (ℓ) = ℓ. On dit que ℓ est
stable par f (i.e. ∀x ∈ A, f (x) ∈ A) et contenant
un point fixe de f .
le premier terme de la suite (a ∈ A).
En notant, pour n ∈ N, P (n) la propriété «un
est bien définie et un ∈ A», on peut alors montrer Remarque 6.2.2.
par récurrence que pour tout n ∈ N, on a P (n) ; Cette proposition sert à déterminer les limites
on en déduit que pour tout n ∈ N, un est bien éventuelles de la suite (un )n∈N ou à montrer
définie, donc que u est bien définie. qu’elle n’admet pas de limite.
Exemple 6.1.1. 1. Soit a ∈ [−1, +∞[, et no- En aucun cas, elle ne permet de montrer
tons u la suite définie par que u a une limite.
181
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES
182
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES
si et seulement si
Proposition 7.0.7.
Re(un ) −−−−−→ Re(ℓ) et Im(un ) −−−−−→ Im(ℓ). Soit u, v deux suites complexes convergeant res-
n→+∞ n→+∞
pectivement vers ℓ et ℓ′ , soit λ, µ ∈ C. Alors
λu + µv converge, vers λℓ + µℓ′ .
Définition 7.0.3.
Définition 7.0.8.
On dit que u converge vers ℓ si
On dit que u est bornée si son module l’est.
|un − ℓ| −−−−−→ 0.
n→+∞
Remarque 7.0.9.
C’est équivalent au fait que Re(u) et Im(u) soient
Démonstration.
bornées.
C’est une conséquence directe de la remarque précédente.
Proposition 7.0.10.
Remarque 7.0.4. 1. Cette définition étend la Toute suite complexe convergente est bornée.
définition de la convergence pour les suites à
valeurs réelles.
2. Il n’y a pas de notion similaire à +∞ et −∞ Théorème 7.0.11 (Bolzano-Weierstrass).
sur C, donc pas de notion de limite infinie De toute suite à valeurs complexes bornée, on
pour les suites à valeurs complexes (mais on peut extraire une sous-suite convergente.
peut regarder si |u| tend vers +∞).
3. Les résultats usuels sur les suites à valeurs Démonstration (non exigible).
Considérons une suite u à valeurs complexes bornées. No-
réelles s’étendent naturellement aux suites à tons r et j respectivement les suites Re(u) et Im(u).
valeurs complexes... sauf ceux qui font appel r et j sont bornées et à valeurs réelles. D’après le théo-
à l’ordre sur R vu qu’il n’y a pas d’ordre rème de Bolzano-Weierstrass sur les suites à valeurs réelles,
«raisonnable» sur C. on peut donc extraire de chacune une sous-suite conver-
gente. Pourtant cela ne suffit pas à montrer le résultat.
La proposition suivante peut être utile. Pourquoi ?
183
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES
n=0 N ∈N
même nature.
Dans le cas de convergence, si un −−−−−→ ℓ, alors
n→+∞
N
X
un+1 − un −−−−−→ ℓ − u0 .
N →+∞
n=0
Démonstration.
Nous savons déjà que les suites (un )n∈N et (un+1 )n∈N ont
même nature.
N
X
De plus la somme (un+1 − un ) vaut uN +1 − u0 par
n=0
sommation télescopique. Elle est donc égale au terme uN +1 ,
à une constante près, et a donc la même nature que la
suite (un+1 )n∈N .
Dans le cas de convergence, il reste à passer à la limite
N
X
dans la relation (un+1 − un ) = uN +1 − u0 .
n=0
184
Chapitre XIII
186
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS
• Par contre (R3 , ∧) n’a pas de neutre. S’il y avait Remarque 1.2.9.
un neutre u, on devrait avoir u ∧ u = u, mais On utilise souvent les notations additives et mul-
u ∧ u = 0, donc u = 0. Mais pour tout v ̸= 0, on tiplicatives.
a u ∧ v = 0, et non u ∧ v = v. • En notation additive, ∗ est en général notée
+, x
|
+x+ {z
. . . + x} se note nx, et si x est
n fois
Être inversible d’un seul côté ne suffit inversible, son inverse se note −x. On l’ap-
pas pour être inversible tout court : un exemple a pelle alors plutôt l’opposé de x. De même,
été vu dans le TD du chapitre sur les applications on notera le neutre d’une telle structure 0,
(ensemble des applications de N dans N muni de ◦). ou 0E .
• En notation multiplicative, ∗ est en général
Remarque 1.2.6. remplacée par × (et ce symbole est même
Un neutre est toujours inversible et est son propre souvent omis), x|
×x× {z
. . . × x} se note xn et
inverse. n fois
si x est inversible, son inverse se note x−1 .
De même, on notera le neutre d’une telle
Proposition 1.2.7. structure 1, ou 1E .
Si ∗ admet un neutre, alors ce neutre est unique. Pour éviter toute erreur, on essaiera au maximum
de n’utiliser la notation additive que pour des lois
Démonstration. qui ont les mêmes propriétés que la loi + sur R.
Soient e et e′ deux neutres. 1 Alors e ∗ e′ = e et e ∗ e′ = e′ , Par exemple, noter + une lci non commutative
donc e = e′ . peut-être déroutant, ainsi que pour une lci pour
laquelle tous les éléments ne sont pas inversibles.
Proposition 1.2.8. La notation + est en général réservée à des lci
On suppose la loi ∗ associative, et admettant un commutatives et pour lesquelles les éléments sont
neutre e. Si un élément est inversible, alors il a tous inversibles..
un seul inverse. Ce n’est pas le cas pour la notation multiplica-
tive, qui est la plus couramment utilisée pour des
lois associatives, mais sans plus. Par exemple il
Démonstration.
Soient y et y ′ deux inverses 2 de x ∈ E. Alors y ∗ x = e et est fréquent d’utiliser × même pour une lci non
x ∗ y ′ = e. Donc y ∗ (x ∗ y ′ ) = y ∗ e = y et (y ∗ x) ∗ y ′ = commutative et pour laquelle les éléments ne sont
e ∗ y ′ = y ′ , d’où y = y ′ . pas tous inversibles. Donc faites attention, par
1. On pourra remarquer que dans cette démonstration défaut on aura xy ̸= yx, et x−1 n’existera pas
on utilise uniquement le fait que e est neutre à gauche et forcément !
e′ neutre à droite. Donc en fait tout neutre à gauche est
égal à tout neutre à droite, d’où l’on déduit d’une part que Dans toute la suite, on adoptera la notation
l’existence d’un neutre à gauche et d’un neutre à droite multiplicative, et on suppose que E a un
suffit à assurer l’existence d’un neutre et d’autre part que neutre noté 1.
ce neutre est alors le seul neutre à gauche et le seul neutre
à droite. Pour qu’un élément ait plusieurs neutres à gauche,
il est donc nécessaire (mais pas suffisant) qu’il n’ait aucun
neutre à droite et vice-versa. Proposition 1.2.10.
2. On pourra remarquer que dans cette démonstration On suppose la loi ∗ associative. Soient x, y, z ∈ E.
on utilise uniquement le fait que y est inverse à gauche et
(i) Simplification par un inversible : si x est
y ′ inverse à droite. Donc en fait tout inverse à gauche est
égal à tout inverse à droite, d’où l’on déduit d’une part que inversible, alors x ∗ y = x ∗ z ⇔ y = z.
l’existence d’un inverse à gauche et d’un inverse à droite (ii) Inverse d’un produit : si x et y sont inver-
pour x suffit à assurer l’existence d’un inverse et d’autre
part que cet inverse est alors le seul inverse à gauche et le
sibles alors x ∗ y l’est aussi et (x ∗ y)−1 =
seul inverse à droite de x. Pour qu’un élément ait plusieurs y −1 ∗ x−1 . Attention : l’inverse de x ∗ y
inverses à gauche, il est donc nécessaire qu’il n’ait aucun n’a aucune raison d’être x−1 ∗ y −1 .
inverse à droite et vice-versa
187
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS
Exemple 2.1.3.
(iii) Puissances négatives : si x est inversible, En spé, vous manipulerez le groupe (Z/nZ, +),
on pose pour n ∈ N∗ , x−n = (x−1 )n . Alors que l’on peut voir comme « l’ensemble des
x−n = (xn )−1 . congruences modulo n », avec n ∈ N∗ .
(iv) Inverse d’un inverse : si x est inversible, x−1
l’est aussi et (x−1 )−1 = x.
Définition 2.1.4.
Soit X un ensemble non vide. On appelle groupe
Démonstration. (iii) Par récurrence. Vrai si n = 0 ou 1. des permutations de X l’ensemble des bijections
Si vrai pour n, alors xn+1 ∗ x−n−1 = xn ∗ x ∗ x−1 ∗ de X dans X. Comme son nom l’indique, c’est un
x−n = xn ∗ e ∗ x−n = xn ∗ x−n = e.
groupe, si on le munit de la loi de composition ◦.
(iv) Vrai par unicité de l’inverse. On le note SX (on trouvera parfois la notation
S(X)).
Définition 1.2.11.
Démonstration.
Soit (E, ∗) un magma et F une partie de E. On L’application identité, Id : X → X, x 7→ x, est évidem-
dit que F est une partie stable (de E par ∗) si ment une bijection de X, donc SX est non vide.
pour tous x, y ∈ F , x ∗ y ∈ F . On sait déjà que la composée de deux bijections est une
bijection, donc ◦ est une lci sur SX . Il est évident que
Id en est le neutre. On sait également que cette loi est
Exemple 1.2.12. associative, et que la réciproque d’une bijection est encore
{−1, 1} est une partie stable de (R, ×), mais pas une bijection. Cela assure que (SX , ◦) est un groupe.
{−2, 2}.
2.2 Sous-groupes.
2 Structure de groupe. Dans toute la suite, (G, ∗) est un groupe de
neutre e. On adopte la notation multiplica-
2.1 Définition et exemples. tive.
188
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS
189
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS
Remarque 2.3.2.
• « Morphisme » signifie « forme » en grec. Démonstration. 1. En effet, φ(e)⊤φ(e) = φ(e ∗ e) =
φ(e) = φ(e)⊤e′ , donc en simplifiant par φ(e), on en
déduit φ(e) = e′ .
Exemple 2.3.3. 2. Soit x ∈ G. Alors φ(x−1 )⊤φ(x) = φ(x−1 ∗ x) =
• (Z, +) → (Z, +) , est un morphisme, mais φ(e) = e′ .
x 7→ 2x
pas un isomorphisme.
• (C∗ , ×) → (R∗ , ×) , est un morphisme, mais
z 7→ |z| Corollaire 2.3.6.
pas un isomorphisme. Sous les mêmes hypothèses, on a
• (R, +) → (C∗ , ×) , est un morphisme, mais
x 7→ e ix ∀x ∈ G ∀k ∈ Z φ(xk ) = φ(x)k .
pas un isomorphisme.
• (R, +) → (R∗+ , ×) est un isomorphisme de
x 7→ ex
Démonstration.
réciproque ln, qui est aussi un isomorphisme.
Soit x ∈ G. D’après le théorème ci-dessus, on a
Exemple 2.3.4.
φ(x0 ) = φ(e) = e′ = φ(x)0
On a déjà manipulé les morphismes suivants, lors
des chapitres précédents. On peut alors démontrer par récurrence que pour tout
• Si n ∈ N∗ , (C∗ , ×) → (C∗ , ×) . n ∈ N, on a φ(xn ) = φ(x)n (l’hérédité résulte directement
de la définition de morphisme).
z 7→ zn
D’après le théorème ci-dessus, pour tout n ∈ N,
• Si n ∈ N et a1 , . . . , an ∈ Kn , l’application
∗
φ(x−n ) = φ(xn )−1 , d’où φ(x−n ) = φ(x)−n .
(Kn , +) → (K, +) . On en déduit le résultat.
(x1 , . . . , xn ) 7→ a1 x1 + . . . an xn
• Si I est un intervalle de R, si Exemple 2.3.7. 1. C∗ → R∗ est un mor-
a : I → K est continue, l’application z 7→ |z|
(D(I, K), +) → (C (I, K), +) . phisme de (C∗ , ×) dans (R∗ , ×), donc pour
f 7→ f ′ + af tout z ∈ C∗ , on a
• Si a, b ∈ Z, l’application
1 1
(Z2 , +) → (Z, +) . =
(x, y) 7→ ax + by z |z|
• Si a ∈ K, l’application
(K , +) →
N (K , +)
N . 2. exp est un morphisme de (C, +) dans (C∗ , ×),
u 7→ (un+1 − aun )n∈N donc pour tout z ∈ C, e−z = e1z
3. ln est un morphisme de (R∗+ , ×) dans (R, +),
Dans toute la suite, (G, ∗) et (G′ , ⊤) sont donc pour tout x ∈ R∗+ , on a ln(1/x) =
deux groupes de neutres e et e′ , on adopte − ln x.
190
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS
191
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS
lorsque l’on veut montrer qu’un ensemble est muni Exemple 2.3.19.
d’une structure de groupe, on commence toujours U est le noyau du morphisme « module », de
par essayer de l’identifier comme image réciproque (C∗ , ×) dans (R∗ , ×).
(ou directe) d’un sous-groupe d’un groupe bien
La proposition suivante est primordiale.
connu par un morphisme.
Proposition 2.3.20.
Définition 2.3.14. (i) On appelle noyau de φ, Soit φ : G → G′ un morphisme de groupes, soit
noté Ker φ, l’image réciproque de { e′ } par x, y ∈ G. Alors φ(x) = φ(y) si et seulement si
φ, autrement dit l’ensemble des antécédents xy −1 ∈ Ker φ.
de e′ par φ : Ker φ = { x ∈ G | φ(x) = e′ }.
(ii) On appelle image de φ notée Im φ, l’image Démonstration.
directe de G par φ. Autrement dit Im φ = φ(x) = φ(y) si et seulement si φ(x)φ(y)−1 = e′ si et
{ φ(x) | x ∈ G }. seulement si φ(xy −1 ) = e′ .
Remarque 2.3.21.
Exemple 2.3.15. Avec les mêmes notations, si on a a ∈ G et y ∈ G′
Déterminer les images et noyaux des exemples de vérifiant y = φ(a), l’ensemble des solutions sur G
2.3.3. de l’équation y = φ(x) est { ax | x ∈ Ker(φ) }.
Exemple 2.3.22.
Reprendre les exemples exposés en 2.3.4.
Théorème 2.3.16. On retrouve ainsi la structure des racines nes
Les noyaux et les images sont des sous-groupes d’un nombre complexe, la structure des solutions
respectivement de G et G′ . d’un système linéaire, la structure des solutions
d’une équation différentielle linéaire, les solutions
Démonstration. d’une relation de Bézout et la structure des suites
Ceci découle directement du théorème 2.3.12. Néanmoins, vérifiant une relation de récurrence arithmético-
redémontrons-le dans le cas particulier du noyau : géométrique.
Montrons que Ker φ est un sous-groupe de G :
1. On a évidemment Ker φ ⊂ G et de plus φ(e) = e′ Théorème 2.3.23. (i) φ injectif si et seule-
donc Ker φ est un sous-ensemble non vide de G. ment si Ker φ = {e}.
2. Soit x, y ∈ Ker φ. Alors on a successivement
(ii) φ surjectif si et seulement si Im φ = G′ .
−1 −1
φ(x ∗ y ) = φ(x)⊤φ(y)
−1
= e′ ⊤e′ Démonstration. (ii) Rien de nouveau.
= e′ (i) On montre l’implication et sa réciproque :
— Supposons φ injectif. Alors e′ a au plus un
Donc x ∗ y −1 ∈ Ker φ. antécédent par φ. Or φ(e) = e′ donc il en a au
Donc Ker φ est un sous-groupe de G. moins un : e. Donc Ker φ = { e }.
— Réciproquement, supposons Ker φ = { e } et
Exemple 2.3.17. montrons que φ est injectif.
Constatation avec les Im et Ker tirés des exemples Soit (x, y) ∈ G2 vérifiant φ(x) = φ(y). Alors
on a succesivement
de 2.3.3.
φ(x ∗ y −1 ) = φ(x)⊤φ(y)−1 car φ est un
Remarque 2.3.18.
morphisme
On complète la remarque 2.3.13 comme suit :
−1
lorsque l’on veut montrer qu’un ensemble est muni = φ(x)⊤φ(x)
d’une structure de groupe, on commence toujours = e′
par essayer de l’identifier comme noyau ou image Donc x ∗ y −1 ∈ Ker φ, donc x ∗ y −1 = e, donc
d’un morphisme. x = y.
192
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS
Exemple 2.3.25.
Reprendre les exemples de exp et ln, ainsi que les Théorème 3.1.4 (Règles de calcul dans un an-
morphismes vus en 2.3.4. neau).
Soit A un anneau, a, b ∈ A et n ∈ Z.
1. a × 0 = 0 × a = 0.
3 Anneaux
2. −(a × b) = (−a) × b = a × (−b). Cas par-
3.1 Structure d’anneau. ticuliers : (−a)(−b) = ab, (−a)2 = a2 ,
(−1)2 = 1.
3. n(ab) = (na)b = a(nb).
Définition 3.1.1.
On appelle anneau tout triplet (A, +, ×) constitué
d’un ensemble A et de deux lois internes sur A, Démonstration. 1. Il suffit de remarquer a×0+a×0 =
une loi + appelée addition et une loi × appelée a × (0 + 0) = a × 0 et de simplifier par a × 0 (ce qui
est légitime car il est inversible pour la loi +).
multiplication, vérifiant :
2. On a successivement :
1. (A, +) est un groupe abélien dont l’élément
a × b + (−a) × b = (a − a) × b par distributivité
neutre est noté 0 (ou 0A si ambiguïté) ;
=0×b
2. (A, ×) est un magma associatif possédant un =0 d’après (1)
neutre noté 1 (ou 1A si ambiguïté) ;
Donc (−a) × b est l’opposé de a × b, donc (−a) × b =
3. La multiplication est distributive par rapport −(a × b).
à l’addition. On montre de même a × (−b) = −(a × b).
Si la loi × est commutative, on dit que l’anneau 3. Cas où n ∈ N : On peut s’en convaincre par récur-
A est commutatif. rence. Le cas n = 0 se déduit du (1), l’hérédité
se montre par application de la distributivité.
Cas où n < 0 : alors −n ∈ N, et on a
Exemple 3.1.2.
• C, R, Q, Z et F (R, R) avec + et × sont des n(a × b) =(−n)(−(a × b)) par définition de
anneaux. la multiplication par un entier
• (R3 , +, ∧) et (F (R, R), +, ◦) n’en sont pas. =(−n)((−a)b) d’après 2
• (Z/nZ, +, ×) en est un. =((−n)(−a))b
• (Mn (R), +, ×) est un anneau. d’après le cas précédent
• On note L (R2 ) l’ensemble des endomorphismes L’autre égalité se démontre de la même façon.
de R2 . Alors (L (R2 ), +, ◦) est un anneau.
• Si X est un ensemble, (RX , +, ×) est un anneau.
Remarque 3.1.5.
Remarque 3.1.3. On voit ainsi que si l’anneau A possède au moins
Quand il n’y a pas d’ambiguïté, on dit juste que deux éléments, alors 1A = ̸ 0A et 0A n’est pas
A est un anneau sans préciser les lois. Pour la inversible.
multiplication, on utilise les mêmes raccourcis de
Exercice 3.1.6.
notation que dans R (omission du ×, etc).
Étant donné un anneau (A, +, ×), la notation n×a
peut désigner d’une part le produit dans A de n
Tous les éléments de A ne sont pas inver- par a si n et a sont deux éléments de A, d’autre
193
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS
194
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS
Démonstration.
3.2 Sous-anneaux
Élémentaire, procéder exactement comme pour les groupes.
Un sous-anneau est à un anneau ce qu’un sous-
groupe est à un groupe, à un détail près.
3.3 Morphismes d’anneaux
Les morphismes d’anneaux sont aux anneaux ce
Définition 3.2.1. que les morphismes de groupes sont aux groupes,
Soit (A, +, ×) un anneau, soit B un ensemble. à un détail près.
Alors, B est un sous-anneau de (A, +, ×) si
• B⊂A ;
• B est un sous-groupe de (A, +) ;
Définition 3.3.1.
• B est stable par × : pour tout x, y ∈ B,
Soit (A, +, ×), (B, +, ×) deux anneaux. Un mor-
xy ∈ B ;
phisme entre ces deux anneaux est une application
• 1A ∈ B.
φ:A→B
Remarque 3.2.2. vérifiant les propriétés suivantes.
Le caractère de sous-groupe d’un sous-anneau B • ∀x, y ∈ A, φ(x + y) = φ(x) + φ(y)
implique que B ̸= ∅, la condition 1A ∈ B est • ∀x, y ∈ A, φ(xy) = φ(x)φ(y)
toutefois primordiale. • φ(1A ) = 1B
Par exemple, 2Z vérifie les trois premiers points, Si l’anneau de départ est égal à l’anneau d’arrivée,
mais n’est pas un sous-anneau de (Z, +, ×). on parle bien entendu d’endomorphisme d’anneau.
Exemple 3.2.3. Un morphisme d’anneaux bijectif est un iso-
Si (A, +, ×) est un anneau, alors A est un sous- morphisme d’anneau.
anneau de (A, +, ×). Enfin, un morphisme bijectif d’un anneau sur
Z est un sous-anneau de (R, +, ×). lui-même est un automorphisme d’anneau.
195
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS
pour un morphisme φ entre deux anneaux A et Démonstration. (i) Soit (K, +, ×) un corps. Soit
B, (a, b) ∈ K2 vérifiant ab = 0. Supposons que a est non
nul. Alors a est inversible donc a−1 × ab = a−1 × 0,
Ker(φ) = { x ∈ A | φ(x) = 0B } . donc b = 0.
Notamment, un morphisme d’anneaux est injectif On a donc a = 0 ou b = 0.
si et seulement si son noyau est réduit à l’élément (ii) Tout élément non nul est inversible pour × d’après
la définition, d’où K∗ = K \ { 0 } et on sait d’après
nul. la proposition 3.1.8 que (K∗ , ×) est un groupe.
Remarquons que par définition 1A ∈ / Ker(φ) :
ainsi, le noyau d’un morphisme d’anneaux n’est
jamais un sous-anneau de l’anneau de départ, en Remarque 4.0.4.
dehors de l’exemple dégénéré de l’anneau nul. Un corps est un anneau qui est intègre, par contre
un anneau intègre n’est pas forcément un corps !
Trouvez un exemple ...
Proposition 3.3.4 (transport par morphisme).
Soit (A, +, ×), (B, +, ×) deux anneaux, soit φ :
A → B un morphisme entre ces deux anneaux.
1. Si C est un sous-anneau de (A, +, ×), alors
φ(C) est un sous-anneau de (B, +, ×).
2. Si D est un sous-anneau de (B, +, ×), alors
φ← (D) est un sous-anneau de (A, +, ×).
Démonstration.
Élémentaire, procéder exactement comme pour les groupes.
Remarque 3.3.5.
Si φ est un morphisme entre deux anneaux A et
B, alors Im(φ) = φ(A) est un sous-anneau de B.
4 Structure de corps.
Définition 4.0.1.
On appelle corps tout anneau commutatif non nul
dans lequel tout élément non nul est inversible
pour ×.
Exemple 4.0.2.
• C, R et Q sont des corps. N et Z n’en sont pas.
• Z/pZ est un corps si et seulement si p est pre-
mier.
196
Chapitre XIV
Remarque 1.0.7.
Remarque 1.0.2. Dire qu’une propriété est vraie au voisinage de a
On pourrait (voire même devrait) donner ces dé- est vague car on ne précise pas sur quel ensemble
finitions avec des intervalles ouvert : c’est équi- elle est vraie mais très pratique car on ne précise
valent. pas sur quel ensemble elle est vraie !
Exemple 1.0.3. C’est l’exact analogue du « à partir d’un certain
• La fonction sinus est strictement positive au rang » utilisé sur les suites.
voisinage de π/2. Remarque 1.0.8.
• La fonction Arctan est supérieure à π/4 au Quand on parle de plusieurs propriétés vraies «au
voisinage de +∞. voisinage d’un point a», il faut bien comprendre
Remarque 1.0.4. que tous ces « voisinages » ne sont pas nécessaire-
Si a ∈ R, si P est un prédicat portant sur les réels, ment les mêmes.
P est vrai au voisinage de a si et seulement si Par exemple, pour tout ε > 0, la propriété
«|x| ⩽ ε» est vraie pour x au voisinage de 0 mais
∃ε > 0, ∀t ∈ [a − ε, a + ε], P (t). le « voisinage » en question dépend de ε (il s’agit
de [−ε, ε]).
Si P n’est défini que sur un ensemble I ⊂ R, la On peut remarquer d’ailleurs que, bien que pour
définition 1.0.1 doit alors être modifiée en rem- tout ε > 0, la propriété «|x| ⩽ ε» soit vraie pour
plaçant tous les intervalles par leurs intersections x au voisinage de 0, il est faux d’affirmer que la
avec I, i.e propriété «pour tout ε > 0, |x| ⩽ ε» est vraie
pour x au voisinage de 0 (elle n’est vraie qu’en
∃ε > 0, ∀t ∈ I ∩ [a − ε, a + ε], P (t), 0).
198
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION
Exercice 1.0.11.
Vérifier que pour les exemples de l’exercice 1.0.9, Définition 2.1.1 (Limite en un point réel).
cette définition donne bien la même chose. Soit a ∈ I ∩ R, soit ℓ ∈ R.
• On dit que f tend vers ℓ en a et l’on note f −
→ℓ
En pratique, on pourra essentiellement se a
ou f (x) −−−→ ℓ si
contenter de la définition suivante, en se rappelant x→a
que l’adhérence (resp. l’intérieur) de l’union d’un ∀ε > 0, ∃α > 0, ∀x ∈ I, |x−a| ⩽ α ⇒ |f (x)−ℓ| ⩽ ε.
nombre fini d’intervalles disjoints est l’union de
• On dit que f tend vers +∞ en a et l’on note
leurs adhérences (resp. leurs intérieurs).
f−→ +∞ ou f (x) −−−→ +∞ si
a x→a
Remarque 1.0.12.
∀A ∈ R, ∃α > 0, ∀x ∈ I, |x − a| ⩽ α ⇒ f (x) ⩾ A.
E est dense dans R si et seulement si E = R.
199
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION
• On dit que f tend vers −∞ en a et l’on note Définition 2.1.6 (Limite en −∞).
f−→ −∞ ou f (x) −−−→ −∞ si Supposons que inf I = −∞, soit ℓ ∈ R.
a x→a
• On dit que f tend vers ℓ en −∞ et l’on note
∀A ∈ R, ∃α > 0, ∀x ∈ I, |x − a| ⩽ α ⇒ f (x) ⩽ A. f −−→ ℓ ou f (x) −−−−→ ℓ si
−∞ x→−∞
∀ε > 0, ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x ⩽ B ⇒ |f (x) − ℓ| ⩽ ε.
Remarque 2.1.2.
• On dit que f tend vers +∞ en −∞ et l’on note
On préférera parfois écrire |x − a| ⩽ α sous la
f −−→ +∞ ou f (x) −−−−→ +∞ si
forme x ∈ [a − α, a + α]. −∞ x→−∞
Le bloc ∀x ∈ I, |x − a| ⩽ α ⇒ [...] s’écrit alors
∀x ∈ I ∩ [a − α, a + α] , [...]. ∀A ∈ R, ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x ⩽ B ⇒ f (x) ⩾ A.
On remarquera la structure commune :
• On dit que f tend vers −∞ en −∞ et l’on note
f −−→ −∞ ou f (x) −−−−→ −∞ si
∀[...], ∃α > 0, ∀x ∈ I, |x − a| ⩽ α ⇒ f (x) ∈ [...]. −∞ x→−∞
• On dit que f tend vers −∞ en +∞ et l’on note ∀ε > 0, ∃[...], ∀x ∈ I, x ∈ [...] ⇒ |f (x) − ℓ| ⩽ ε
f −−→ −∞ ou f (x) −−−−→ −∞ si
+∞ x→+∞
Exercice 2.1.9.
∀A ∈ R, ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x ⩾ B ⇒ f (x) ⩽ A. Dégager la structure commune des trois défini-
tions de « f tend vers +∞ ». Faire de même
pour −∞.
Remarque 2.1.5. Remarque 2.1.10.
On préférera parfois écrire x ⩾ B sous la forme Comme dans le cas des suites, on obtient des pro-
x ∈ [B, +∞[. positions équivalents en remplaçant les inégalités
Le bloc ∀x ∈ I, x ⩾ B ⇒ [...] s’écrit alors larges (ou certaines d’entre elles) par des inégali-
∀x ∈ I ∩ [B, +∞[, [...]. tés strictes. En revanche, attention aux inégalités
On remarquera la structure commune : ε > 0 et α > 0 qui doivent être conservées strictes.
Remarque 2.1.11.
∀[...], ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x ⩾ B ⇒ f (x) ∈ [...].
On peut également remplacer les conditions A ∈
R par A ∈ R∗+ ou A ∈ R∗− suivant les cas.
200
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION
Remarque 2.1.12.
L’ordre des quantificateurs dans ces définitions Théorème 2.1.16.
est évidemment essentiel. Soit a ∈ I, soit ℓ1 , ℓ2 ∈ R. Si f (x) −−−→ ℓ1 et
x→a
f (x) −−−→ ℓ2 , alors ℓ1 = ℓ2 .
Remarque 2.1.13. x→a
Sur les suites, le «∀n ⩾ n0 » devait être compris
comme portant sur un n entier, de façon à ce que Démonstration.
un ait un sens. Par symétrie et en supposant que ℓ1 ̸= ℓ2 , on a trois cas
possibles pour a (a ∈ R, a = +∞ et a = −∞), et pour
C’est le «∀x ∈ I» qui ici remplit ce rôle, de
chaque choix de a on a quatre cas possibles :
façon à ce que f (x) soit bien défini. • ℓ1 ∈ R et ℓ2 ∈ R ;
Attention à ne pas l’oublier ! • ℓ1 ∈ R et ℓ2 = −∞ ;
• ℓ1 ∈ R et ℓ2 = +∞ ;
Remarque 2.1.14. • ℓ1 = −∞ et ℓ2 = +∞.
Remarquez que la caractérisation de la conver- Cela donne donc douze cas à traiter. Nous ne les détaille-
rons pas tous, le lecteur saura les retrouver sans difficulté.
gence d’une suite à l’aide de «∀ε∃n0 . . .» est très
Supposons a ∈ R, ℓ1 ∈ R et ℓ2 ∈ R. Posons ε =
similaire à celle de l’existence d’une limite finie 1
|ℓ1 − ℓ2 | > 0. Il existe donc α1 , α2 > 0 tels que, pour
pour une fonction en +∞, de même la caractéri- 3
tout x ∈ I,
sation de la divergence vers +∞ d’une suite est • si |x − a| ⩽ α1 , alors |f (x) − ℓ1 | ⩽ ε ;
très similaire à celle du fait qu’une fonction tend • si |x − a| ⩽ α2 , alors |f (x) − ℓ2 | ⩽ ε.
vers +∞ en +∞. Soit α = min(α1 , α2 ) > 0. Comme a adhère à I, il existe
x ∈ I tel que |x − a| ⩽ α. Les deux conditions précédentes
Cette similarité n’est pas un hasard : regardez
sont donc vérifiées, et
ce que donne la définition de limite de fonction
(utilisant les voisinages) pour une fonction définie |ℓ1 − ℓ2 | = |ℓ1 − f (x) − (ℓ2 − f (x))|
sur N. Que constatez-vous ? ⩽ |ℓ1 − f (x)| + |(ℓ2 − f (x))|
2
Remarque 2.1.15. ⩽ |ℓ1 − ℓ2 |.
3
Pour donner la définition de limite en un point, Cela contredit le fait que ℓ1 ̸= ℓ2 .
nous avons dû traiter neuf cas différents, ce qui Supposons a = +∞, ℓ1 ∈ R et ℓ2 = −∞. Soit A = ℓ1 + 1
est assez fastidieux. Comme dans le cas des 1
et ε = . Il existe donc B1 , B2 ∈ R tels que, pour tout
suites, la notion de voisinage permet de donner 2
x ∈ I,
une définition unifiée, regroupant tous les cas en • si x ⩾ B1 , alors |f (x) − ℓ1 | ⩽ ε, notamment f (x) ⩽
une seule définition. Cette défintion unifiée est la 1
ℓ1 + < A ;
2
suivante : • si x ⩾ B2 , alors f (x) ⩾ A.
Soit B = max(B1 , B2 ). Comme sup I = +∞, il existe
Soit a ∈ I et ℓ ∈ R. On dit que f admet ℓ pour x ∈ I tel que x ⩾ B. On a alors simultanément f (x) < A
et f (x) ⩾ A, ce qui est absurde.
limite en a et on note f − → ℓ ou f (x) −−−→ ℓ si
a x→a
pour tout voisinage V ∈ V (ℓ), il existe un voisi-
nage W ∈ V (a) tel que ∀x ∈ W ∩ I f (x) ∈ V . Définition 2.1.17.
Soit a ∈ I. S’il existe ℓ ∈ R tel que f (x) −−−→ ℓ,
Cette définition étant plus abstraite et hors- x→a
alors cet élément est appelé « limite de f en a »
programme, nous ne l’utiliserons pas en priorité et est noté lim f ou lim f (t).
dans ce cours, même si elle peut systématique- a t→a
ment être employée. Cependant, certaines démons-
trations seront données sans la notion de voisi-
nage, puis une seconde fois avec la notion de voisi- Le symbole lim ne peut s’utiliser
nage. Vous pourrez voir les simplifications que ces x→a
qu’après avoir montré l’existence de ladite limite.
voisinages apportent et vous entraîner à réécrire
L’utiliser avant est une erreur grave. On préfèrera
d’autres démonstrations grâce aux voisinages.
systématiquement utiliser l’écriture f (x) −−−→ ℓ.
x→a
201
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION
ε ε
Soit ε > 0. Si x ∈ 1 − ; 1 + , alors
Théorème 2.1.18. 8 8
Toute fonction possédant une limite finie en a ∈ |x − 1| ⩽ 8ε .
ε
R est bornée au voisinage de a. Ainsi, avec α = min 1; , si |x − 1| ⩽ α, on
8
a simultanément x2 + x + 2 ⩽ 8 et |x − 1| ⩽ 8ε .
Démonstration.
Comme pour les suites. On a alors |f (x) − 2| ⩽ ε.
Donc on a bien
Remarque 2.1.19.
Si f admet une limite infinie en a ∈ R, alors f ∀ε > 0, ∃α > 0, ∀x ∈ R, |x − 1| ⩽ α ⇒ |f (x) − 2| ⩽ ε.
n’est pas bornée au voisinage de a.
Donc f (x) −−−→ 2.
x→1
Proposition 2.1.20. Remarque 2.1.23.
Si a ∈ I et si f tend vers ℓ ∈ R en a, alors Si u est une suite réelle et ℓ ∈ R̄, la définition de
ℓ = f (a). « un −−−−−→ ℓ » donnée dans le chapitre sur les
n→+∞
suites numériques correspond exactement à celle
donnée ici, quand on voit u comme une fonction
Il s’agit bien d’être certain que a appar- de N dans R.
tient à I (et pas seulement à I¯ !).
Démonstration. 2.2 Limites à gauche et à droite en un
Supposons ℓ = +∞. soit A = f (a) + 1. Il existe α > 0
tel que, pour tout x ∈ I ∩ [a − α, a + α], f (x) ⩾ A. Or,
point.
a ∈ I ∩ [a − α, a + α], donc f (a) ⩾ f (a) + 1, ce qui est
absurde. De même, ℓ = −∞ est absurde, donc ℓ ∈ R.
Soit ε > 0, soit α > 0 tel que, pour tout x ∈ I ∩[a−α, a+ Définition 2.2.1.
α], |f (x) − ℓ| ⩽ ε. Or, on a toujours a ∈ I ∩ [a − α, a + α],
Soient a ∈ R et ℓ ∈ R.
car a ∈ I. Ainsi, |f (a) − ℓ| ⩽ ε.
On a donc : pour tout ε > 0, |f (a) − ℓ| ⩽ ε. (i) Si f est définie au voisinage de a à gauche,
Cela implique bien que f (a) = ℓ (sinon, prendre ε = c’est-à-dire si a ∈ I∩] − ∞, a[, on dit que f
1
2
|f (a) − ℓ|). admet ℓ pour limite à gauche en a (ou tend
vers ℓ à gauche en a) si f |I∩]−∞,a[ admet ℓ
Remarque 2.1.21.
pour limite en a.
Pour tous a et ℓ réels, on montre facilement que
les assertions suivantes sont équivalentes. On note alors f (x) −−−−→ ℓ, f (x) −−−→ ℓ ou
x→a− x→a
x<a
(i) f −
→ℓ encore f −−→ ℓ.
a
a−
(ii) f − ℓ −
→0 Si elle existe, la limite à gauche est unique
a
(iii) |f − ℓ| −
→0 (puisque c’est une limite) et dans ce cas elle
a
est notée lim f , lim f (x) ou lim f (x).
(iv) f (a + h) −−−→ ℓ a− x→a− x→a
x<a
h→0
Exemple 2.1.22. (ii) On définit de la même manière la notion de
Pour s’entraîner à manipuler la définition (mais ce limite à droite.
n’est pas la meilleure méthode dans la pratique),
considérons la fonction f : R → R Mon-
x 7→ x3 + x Dans la définition de limite à gauche,
trons f (x) −−−→ 2. c’est la fonction f |I∩]−∞,a[ qu’il faut considérer, et
x→1
On a, pour tout x ∈ R, f (x) − 2 = (x − 1)(x2 + non la fonction f |I∩]−∞,a] (intervalle fermé en a).
x + 2). En effet, on veut que la fonction de la figure XIV.1
Si x ∈ [0, 2], alors |x| ⩽ 2 et donc (inégalité ait une limite à gauche, ce qui n’est le cas qu’avec
triangulaire) x2 + x + 2 ⩽ 8. une restriction à un intervalle ouvert en a.
202
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION
f (a)
f (a)
a
a
Figure XIV.2 – Fonction f ayant des limites à
Figure XIV.1 – Fonction f sans limite en a,
gauche et à droite en a égales, mais pas de limite
ayant des limites à droite et à gauche en a diffé-
en a.
rentes.
203
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION
De même, les notations f (x) −−−→ ℓ et chacun réel, +∞ ou −∞. Nous ne détaillerons pas tous
x→a
x⩽a ces cas, le lecteur intéressé saura les retrouver facilement.
f (x) −−−→ ℓ ne devraient pas vous faire peur. Si a ∈ R, b ∈ R et ℓ ∈ R. Soit ε > 0, posons Vℓ =
x→a
x⩾a [ℓ − ε, ℓ + ε]. Il existe α > 0 tel que, pour tout y ∈ J ∩ Vb ,
avec Vb = [b − α, b + α], on a g(y) ∈ Vℓ . Il existe donc η > 0
tel que, pour tout x ∈ I ∩ Va , avec Va = [a − η, a + η], on
3 Propriétés des limites de fonc- a f (x) ∈ Vb . Soit x ∈ I ∩ Va . On a, d’une part, f (x) ∈ Vb
et, d’autre part, f (x) ∈ J. Donc g(f (x)) ∈ Vℓ . On a bien
tions. montré g ◦ f − → ℓ.
a
Si a = +∞, b = −∞ et ℓ = +∞. Soit A ∈ R, posons
3.1 Opérations sur les limites. Vℓ = [A, +∞[. Il existe B ∈ R tel que, pour tout y ∈ J ∩ Vb ,
avec Vb =] − ∞, B], on a g(y) ∈ Vℓ . Il existe donc C ∈ R
Les résultats usuels valables pour les limites de tel que, pour tout x ∈ I ∩ Vc , avec Vc = [C, +∞[, on a
suite restent valables : f (x) ∈ Vb . Soit x ∈ I ∩ Va . On a, d’une part, f (x) ∈ Vb
et, d’autre part, f (x) ∈ J. Donc g(f (x)) ∈ Vℓ . On a bien
1. Soit f : I → R, a ∈ I et ℓ ∈ R. Alors montré g ◦ f → +∞.
+∞
f− →0
→ ℓ ⇐⇒ f − ℓ − Remarque 3.1.4.
a a
→ 0 ⇐⇒ |f (x)| −−−→ 0
f− La structure de la preuve précédente ne change
a x→a pas en fonction des natures de a, b et ℓ, mais
→ ℓ ⇐⇒ |f (x) − ℓ| −−−→ 0
f− seulement les formes des intervalles Va , Vb , Vℓ .
a x→a
204
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION
Exercice 3.1.9.
Théorème 3.1.7 (Caractérisation séquentielle La fonction f : R∗+ → R admet-elle
des limites). x 7→ sin (1/x)
Soient a ∈ I, ℓ ∈ R. On a équivalence entre : une limite en 0 ?
(i) f (x) −−−→ ℓ
x→a
3.2 Passage à la limite et relations
(ii) pour toute suite (un ) telle que un ∈ I et
d’ordre.
un −−−−−→ a, on a f (un ) −−−−−→ ℓ.
n→+∞ n→+∞
Les théorèmes suivants sont analogues à des
résultats déjà vu sur les suites.
Démonstration.
Traitons les cas a et ℓ finis (les autres cas se traitent de
manière similaire).
Théorème 3.2.1.
Soit f : I → R, a ∈ I et (m, M, ℓ) ∈ R3 .
(i)⇒(ii) C’est une conséquence immédiate du résultat de
composition d’une application et d’une suite. Supposons f − → ℓ et m < ℓ < M .
a
¬(i)⇒ ¬(ii) Supposons f ̸−
→ ℓ. Alors il existe ε > 0 véri- Alors, au voisinage de a, on a m < f (x) < M .
a
fiant
Démonstration.
∀η ∈ R∗+ ∃x ∈ I (x ∈ [a − η, a + η] et |f (x) − ℓ| > ε)
On traite le cas a ∈ R, les autres cas sont laissés au lecteur.
(XIV.1) min(ℓ − m, M − ℓ)
1 Soit ε = > 0. On a bien
Soit alors n ∈ N. Comme ∈ R+ , d’après l’as-
∗
2
n+1 [ℓ − ε; ℓ + ε] ⊂]m, M [.
sertion (XIV.1), il existe un ∈ I vérifiant
Ainsi, il existe α > 0 tel que, pour tout x ∈ [a − α, a +
(a) un ∈ [a − n+1 1
,a + 1
n+1
] α] ∩ I, on a f (x) ∈ [ℓ − ε; ℓ + ε], donc f (x) ∈]m, M [.
(b) et |f (un ) − ℓ| > ε.
Avec les voisinages :
On a donc construit une suite u d’éléments de I. Le
point (a) nous assure qu’elle converge vers a, le second Démonstration.
que f (un ) ne tend pas vers ℓ (une suite minorée par ]m, M [ est un intervalle ouvert contenant ℓ, c’est donc un
un réel strictement positif ne saurait tendre vers 0). voisinage de ℓ. Donc il existe un voisinage V de a tel que
pour tout x ∈ V ∩ I, on a f (x) ∈]m, M [.
205
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION
Démonstration. Démonstration.
On a (g − f )(x) ⩾ 0 pour x au voisinage de a et g − f −
→ On traite le cas a = −∞. Les autres cas sont laissés au
a
lecteur, la structure de la démonstration de changeant pas.
ℓ′ − ℓ. Donc d’après le corollaire 3.2.3, on a ℓ′ − ℓ ⩾ 0, donc
Soit A ∈ R, posons V+∞ = [A, +∞[. Il existe B ∈ R tel
ℓ ⩽ ℓ′ .
que, pour tout x ∈ I, avec Va =] − ∞, B], si x ∈ Va , alors
m(x) ∈ V+∞ . Soit enfin C ∈ R tel que, avec Va′ =] − ∞, C],
pour tout x ∈ I, si x ∈ Va′ , alors m(x) ⩽ f (x). Il suffit
Les inégalités strictes ne sont pas conser- de remarquer que, si x ∈ I ∩ Va ∩ Va′ , alors m(x) ⩽ f (x)
vées par passage à la limite. Par exemple, au voisi- et m(x) ∈ V+∞ , donc f (x) ∈ V+∞ . On a donc bien f − →
nage de +∞ on e −x > 0, mais on a e −x −−−−→ 0. +∞.
a
x→+∞
206
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION
207
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION
Théorème 5.0.10.
Définition 5.0.3. Si f a une limite en un point de I, cette limite
Soit a ∈ C. Une propriété P est vraie au voisinage est unique.
de a s’il existe r > 0 tel que, pour tout z ∈ C, si
|z − a| ⩽ r, alors P (z) est vraie.
Démonstration.
Deux démonstrations sont possibles : ou bien on utilise
le théorème 5.0.8, ou bien on reprend la démonstration
Remarque 5.0.4. donnée dans le cas réel (il suffit alors essentiellement de
La notion bidimensionnelle de voisinage complexe changer des R en C).
donnée ici généralise assez bien la notion unidi-
Certains autres résultats établis pour les fonc-
mensionnelle de voisinage réel, néanmoins d’autres
tions réelles sont toujours valables pour les fonc-
définitions seraient possibles : on pourrait utiliser,
tions complexes :
à la place de disques fermés, des disques ouverts
ou bien des rectangles (fermés ou ouverts). 1. toute fonction à valeurs complexes ayant une
limite en un point est bornée au voisinage de
ce point,
Définition 5.0.5. 2. les limites à gauche et à droite en un point
Soit a ∈ I et ℓ ∈ C. On dit que f admet peuvent être également définies,
ℓ pour limite en a, ou f tend vers ℓ en a, si 3. la caractérisation séquentielle de la limite est
|f (x) − ℓ| −−−→ 0. maintenue,
x→a
On note bien entendu ceci f −
→ ℓ ou encore 4. la corollaire 4.1.4 du théorème des gendarmes
a
f (x) −−−→ ℓ. se généralise aux fonctions f à valeurs com-
x→a
plexes, ce qui permet également de montrer
que le produit d’une fonction bornée au voisi-
Remarque 5.0.6. nage d’un point a par une fonction de limite
Ceci nous ramène au cas d’une limite d’une fonc- nulle en a est une fonction de limite nulle en
tion à valeurs réelles. a.
208
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION
209
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION
210
Chapitre XV
Continuité
Sommaire
1 Définitions et premières propriétés. . . 212
1.1 Définitions. . . . . . . . . . . . . . . . 212
1.2 Prolongement par continuité en un point. 213
1.3 Caractérisation séquentielle de la conti-
nuité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 214
1.4 Opérations sur la continuité. . . . . . . 214
2 Les grands théorèmes. . . . . . . . . . . 215
2.1 Théorème des valeurs intermédiaires. . 215
2.2 Image d’un segment par une fonction
continue. . . . . . . . . . . . . . . . . . 217
2.3 Rappels concernant les fonctions stric-
tement monotones. . . . . . . . . . . . 218
2.4 Monotonie stricte, bijectivité et conti-
nuité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 218
3 Extension au cas des fonctions à va-
leurs complexes. . . . . . . . . . . . . . . 219
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ
On a donc
√ √
x −−−→ x0 .
x→x0
ε
f (a) Définition 1.1.4 (Continuité à gauche et à
droite).
f On dit que f est continue à gauche (resp à droite)
η si f|I∩]−∞,a] (resp. f|I∩[a,+∞[ ) est continue en a,
a c’est-à-dire admet une limite en a, qui est alors
nécessairement f (a).
212
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ
Alors g a pour limite à droite 1 en 0, mais Or, pour tout x ∈ I \ { a }, on a f˜(x) = f (x), donc
g(0) ̸= 1, donc g n’est pas continue en 0. f (x) −−−→ f˜(a)
x→a
213
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ
Démonstration.
Exercice 1.2.4.
C’est une conséquence immédiate de la caractérisation
Quels sont les prolongements par continuité en 0 séquentielle de la limite.
de
1. R∗ → R ? 1.4 Opérations sur la continuité.
1
x 7→
x
2. R∗ → R ? Lemme 1.4.1.
sin(x) Soit g : I → R continue en a ∈ I et telle que
x 7→
x g(a) > 0. Alors g est strictement positive dans un
3. R∗ → R ? voisinage de a (idem avec < 0).
1
x 7→ sin
x
Démonstration.
Ce théorème est parfois utilisé sous la forme : Il suffit de remarquer que la limite de g en a est strictement
positive et d’utiliser les résultats connus sur les limites.
Corollaire 1.2.5.
Soient a ∈ ˚I et g : I\{a} → R une application. Si Théorème 1.4.2.
les limites de g en a, à gauche et à droite, existent, Soient λ ∈ R et f, g : I → R.
214
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ
215
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ
f ([α, β])
On a donc bien f (c) = m.
α β
f
f ([α, β])
α β
Pour tester si l’intervalle étudié est bien un inter-
valle où f (a) et f (b) sont de signes opposés, on
Figure XV.4 – Illustration du TVI pour une étudie le signe du produit f (a)f (b). On s’arrête
fonction continue, sur un intervalle. lorsque la largeur de l’intervalle est inférieure à
un pas donné.
def zeros ( f , a , b , p ) :
" " " Recherche d ’ un z e r o de f dans
l ’ i n t e r v a l l e [ a , b ] . Retourne l e
f r é s u l t a t a v e c une pr é c i s i o n p .
f ([α, β] ∪ [γ, δ])
Pr é c o n d i t i o n : f c o n t i n u e ,
a<b e t f ( a )∗ f ( b)<=0 " " "
g, d = a, b
# [ g , d ] : I n t e r v a l l e courant
while d−g > p :
α β γ δ # Invariant :
# f s ’ annule entre g e t d
# s o i t ( f ( g )∗ f ( d)<= 0)
Figure XV.5 – Contre-exemple au TVI pour # V a r i a n t : g−d e s t d i v i s é
une fonction continue, non sur un intervalle. # par deux à chaque é t a p e
m = ( g+d ) / 2 # M i l i e u de [ g , d ]
i f ( f ( g ) ∗ f ( m))<= 0 :
d = m
Corollaire 2.1.4. # On g a r d e l a m o i t i é de gauche
Soit f ∈ C (I), et a, b ∈ I tels que f (a) > 0 et else :
f (b) < 0. Alors il existe c entre a et b tel que g = m
f (c) = 0. # On g a r d e c e l l e de d r o i t e
return m
Remarque 2.1.5.
Il existe deux variantes du TVI, officiellement
Une autre démonstration de ces résultats repose
hors-programme mais très souvent utilisées.
sur le principe de dichotomie, qui donne directe-
ment un algorithme. Voici un algorithme python.
216
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ
Démonstration. Démonstration.
Donnons une première démonstration générale (il suffit de Soit f continue sur un segment [a, b]. D’après le théorème,
poser a = −∞ et b = +∞). Soit y compris strictement f ([a, b]) est un segment [c, d]. f est donc majorée par d, mi-
entre ℓ1 et ℓ2 . Comme f tend vers ℓ1 en a et vers ℓ2 en b, il norée par c. Or d ∈ f ([a, b]) donc d possède un antécédent
existe a′ , b′ dans ]a, b[ tels que f (a′ ) < y < f (b′ ). Comme dans [a, b] par f . f atteint donc ce majorant (qui est donc
f est continue sur l’intervalle ]a, b[, par le théorème des un maximum). De la même façon, f atteint son minorant
valeurs intermédiaires, il existe c ∈]a, b[ tel que f (c) = y. c, qui est donc un minimum de f sur [a, b].
Démontrons d’une autre manière le premier point dans
le cas ℓ1 , ℓ2 ∈ R, le second se montre de la même manière Exemple 2.2.3.
que la fin de la démonstration du premier point. C’est un résultat intuitif, voici des contre-
Utilisons l’astuce suivante : soit φ : ] − π/2, π/2[, exemples lorsque les hypothèses ne sont pas véri-
x 7→ f (tan(x)). Alors par composition, φ est continue, et fiées.
elle admet ℓ1 et ℓ2 comme limites en moins et plus π/2. On • Sur un intervalle fermé, non borné : R →
peut alors la prolonger en une fonction continue φ̃, avec R, x 7→ x est continue, mais n’a ni maximum
φ̃(−π/2) = ℓ1 et φ̃(π/2) = ℓ2 .
Le (vrai) TVI assure alors qu’il existe d ∈] − π/2, π/2[
ni minimum.
tel que φ(d) = y, et il suffit de poser c = tan d pour avoir • Sur un intervalle ouvert non fermé : ]0, 1] →
f (c) = y. R, x 7→ 1/x est continue mais n’a pas de
maximum.
2.2 Image d’un segment par une fonc- • Avec une fonction non continue : sur le seg-
tion continue. ment [0, 1], la fonction qui a un réel associe
0, sauf aux 1/n avec n ∈ N∗ qui leur associe
Dans le cas d’un segment, le TVI peut-être n. Cette fonction est discontinue et n’a pas
complété. de maximum.
Exemple 2.2.4.
Théorème 2.2.1. Toute fonction périodique continue et définie sur
L’image d’un segment par une fonction continue R est bornée et atteint ses bornes.
est un segment.
Démonstration.
Soit f : R → R T -périodique, et x ∈ R. Sur [0, T ], f est
Démonstration. bornée et atteint son maximum M en xM et son minimum
Notons I = [a, b], f : I → R continue, et J = f ([a, b]). m en xm .
D’après le TVI, J est un intervalle. Il suffit de montrer que Or pour tout x ∈ R, il existe x′ ∈ [0, T ] tel que x − x′
ses extrémités gauche et droite sont réelles et lui appar- soit un multiple entier de T (il est suffisant (et nécessaire)
tiennent. de prendre pour x′ la valeur T × (x/T − ⌊x/T ⌋)). On en
Notons M la borne supérieure de J dans R et montrons déduit f (x) ∈ [m, M ]. f est donc bornée sur R et atteint
M ∈ J. Tout d’abord, nous savons que l’on peut construire ses bornes en xM et xm .
217
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ
2.3 Rappels concernant les fonctions Mais f est décroissante, donc pour tout x ∈]a, c],
strictement monotones. f (x) > M . On a donc f −
→ +∞ = β.
a
• Supposons β ∈ R, alors pour tout ε > 0, β − ε ne
Dissipons d’emblée une idée populaire, mais majore pas f (I), donc il existe d ∈]β − ε, β] tel que
fausse : ce n’est pas parce qu’une fonction est d ∈ f (I), donc il existe c ∈ I tel que f (c) ∈]β − ε, β].
dérivable en un point que l’on peut dire quoi que Or f est décroissante, donc pour tout x ∈]a, c], on a
f (x) ∈]β −ε, β]. Ainsi f (I) = [f (b), ℓ′ [ (β ∈
/ f (I) car
ce soit quant au sens de variation de la fonction f est strictement décroissante). On a donc f − → β.
au voisinage de ce point. a
Dans les deux cas, on a bien f (I) = [f (b), ℓ′ [
Exemple 2.3.1.
Remarque 2.3.3.
Soit la fonction
Si la fonction f n’est supposée que monotone, f (I)
peut être fermé alors que I est ouvert (prendre f
R −→ R,
1 constante, par exemple).
x
f: x2 sin + si x ̸= 0,
x 7−→ x 2
0 si x = 0.
2.4 Monotonie stricte, bijectivité et
continuité.
Alors f est continue et dérivable sur R, f ′ (0) =
1/2, mais f n’est monotone sur aucun voisinage Explorons maintenant les liens entre ces trois
de 0. notions.
Dans la suite, nous ne parlerons pas du tout de
dérivabilité. Lemme 2.4.1 (Réciproque d’une application
strictement monotone).
Soit D et E deux parties de R et f : D → E
Théorème 2.3.2. une bijection strictement monotone. Alors l’appli-
Soit a, b ∈ R vérifiant a < b. Supposons que f est cation réciproque f −1 : E → D est strictement
continue sur I et strictement croissante sur I. monotone, de même sens de variation que f .
Soit ℓ, ℓ′ ∈ R tels que f −
→ ℓ et f →
− ℓ′ . Alors :
a b
1. si I = [a, b], alors f (I) = [f (a), f (b)] ; Démonstration.
Montrons maintenant que f −1 est strictement monotone,
2. si I =]a, b[, alors f (I) = ]ℓ, ℓ′ [ ; de même sens de variation que f .
• Supposons que f soit strictement croissante. Alors,
3. si I = [a, b[, alors f (I) = [f (a), ℓ′ [ ;
soit y1 et y2 deux éléments de f (D) vérifiant y1 <
4. si I =]a, b], alors f (I) = ]ℓ, f (b)]. y2 et soit x1 = f −1 (y1 ) et x2 = f −1 (y2 ). Si on
avait x1 ⩾ x2 alors, comme f est croissante, on
On a un résultat analogue lorsque f est stric- aurait f (x1 ) ⩾ f (x2 ), c’est-à-dire y1 ⩾ y2 , ce qui
tement décroissante sur I. serait absurde. Donc x1 < x2 , c’est-à-dire f −1 (y1 ) <
f −1 (y2 ).
f −1 est donc strictement croissante.
Démonstration.
• Supposons que f soit strictement décroissante. De la
Remarquons que f étant strictement monotone, f admet
même façon, on montre que f −1 est alors strictement
une limite à droite en a et à gauche en b.
décroissante.
On se contente de donner le cas f strictement décrois-
Dans les deux cas, f −1 est strictement monotone, de même
sante et I =]a, b]. On sait que f (I) est un intervalle. On
sens de variation que f .
note α = inf f (I) et β = sup f (I). f étant décroissante,
f (b) minore f (I), or f (b) est dans f (I), donc α = f (b). Le résultat suivant est une réciproque partielle
Par ailleurs, comme f est strictement décroissante, on ne
au théorème des valeurs intermédiaires.
peut avoir β ∈ f (I), car alors il existerait c ∈]a, b] vérifiant
f (c) = β et dans ce cas on aurait f ( a+c 2
) > β et β ne
majorerait plus f (I), ce qui serait absurde. Lemme 2.4.2.
Enfin, le théorème de limite monotone nous donne l’exis-
tence des limites manipulées. On en rappelle ici les argu-
Soit I un intervalle et f : I → R une application
ments. monotone telle que f (I) est un intervalle.
• Supposons β = +∞, alors f n’est pas majorée, donc Alors f est continue sur I.
pour tout M > 0, il existe c ∈ I tel que f (c) > M .
218
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ
Démonstration.
Pour ce qui est de la première partie du théorème :
Lemme 2.4.3. • Dans le cas où (i) et (ii) sont vraies, f (I) est un
intervalle, f est donc continue d’après le lemme 2.4.2
Soit I un intervalle et f : I → R, une applica-
• Dans le cas où (i) et (iii) sont vraies, f réalise une
tion continue et injective. Alors f est strictement bijection de I sur f (I) donc est injective, or elle
monotone. est continue, donc strictement monotone d’après le
lemme 2.4.3.
• Dans le cas où (ii) et (iii) sont vraies, f est stric-
Démonstration. tement monotone donc injective, donc réalise une
Supposons par l’absurde que f n’est pas strictement mo- bijection de I sur f (I). De plus, elle est continue
notone, c’est-à-dire qu’elle n’est ni strictement croissante, donc f (I) est un intervalle.
ni strictement décroissante. Pour ce qui est de la seconde partie, supposons donc ces
Comme f n’est pas strictement croissante, il existe conditions vérifiées.
(x, y) ∈ I 2 vérifiant x < y et f (x) ⩾ f (y). Alors on sait que la bijection d’une application stric-
De même, comme f n’est pas strictement décroissante, tement monotone est monotone, donc f −1 : J → I est
il existe (x′ , y ′ ) ∈ I 2 vérifiant x′ < y ′ et f (x′ ) ⩽ f (y ′ ). strictement monotone.
Notons De plus f −1 réalise une bijection de l’intervalle J sur
l’intervalle f −1 (J) = I.
α : [0, 1] → R
La première partie assure donc que f −1 est continue.
t 7 → (1 − t)x + tx′
β : [0, 1] → R Exemple 2.4.5.
t 7 → (1 − t)y + ty ′ Cela permet de montrer que les fonctions Arccos,
φ : [0, 1] → R Arcsin et Arctan sont continues.
t 7 → f (α(t)) − f (β(t))
I est un intervalle donc, pour tout t ∈ [0, 1], α(t) et β(t) 3 Extension au cas des fonctions
appartiennent à I, donc φ est bien définie.
Par ailleurs, on peut remarquer que, comme x < y et à valeurs complexes.
x′ < y ′ , pour tout t ∈ [0, 1], on a α(t) < β(t).
Enfin, on a : Les notions de continuité, continuité à gauche
(i) φ est continue sur [0, 1] ; et à droite se généralisent sans problème aux fonc-
(ii) φ(0) = f (x) − f (y) ⩾ 0 ; tions à valeurs complexes, puisque c’est juste une
(iii) φ(1) = f (x′ ) − f (y ′ ) ⩽ 0. histoire de limite. On a aussi le résultat suivant.
219
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ
Théorème 3.0.1.
Soit f : I → C, a ∈ I. On a équivalence entre :
1. f est continue en a (resp. sur I)
2. Im(f ) et Re(f ) sont continues en a (resp. sur
I).
220
Chapitre XVI
Polynômes
Sommaire
1 K[X] : définitions et résultats algé-
briques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 222
1.1 Premières définitions. . . . . . . . . . . 222
1.2 Somme et produit. . . . . . . . . . . . 223
1.3 Composition. . . . . . . . . . . . . . . 224
1.4 Opérations et degré. . . . . . . . . . . 224
1.5 Fonctions polynomiales. . . . . . . . . 225
1.6 Division euclidienne. . . . . . . . . . . 226
1.7 L’algorithme de Horner. . . . . . . . . 228
2 Décomposition. . . . . . . . . . . . . . . 229
2.1 Racines, ordre de multiplicité. . . . . . 229
2.2 Nombres de racines. . . . . . . . . . . 230
2.3 Polynômes scindés et relations
coefficients-racines. . . . . . . . . . . . 231
2.4 Le théorème fondamental de l’algèbre. 232
2.5 Décomposition en produit de facteurs
irréductibles. . . . . . . . . . . . . . . 234
3 Dérivation des polynômes. . . . . . . . . 235
3.1 Définition. . . . . . . . . . . . . . . . . 235
3.2 Propriétés. . . . . . . . . . . . . . . . . 235
4 Arithmétique de K[X]. . . . . . . . . . . 238
4.1 PGCD. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 238
4.2 Polynômes premiers entre eux. . . . . 240
4.3 PGCD de n polynômes. . . . . . . . . 242
4.4 PPCM. . . . . . . . . . . . . . . . . . 243
5 Formule d’interpolation de Lagrange. . 243
6 Annexe : construction de K[X] . . . . . 245
7 Annexe : fonctions polynomiales à va-
leurs dans un anneau . . . . . . . . . . . 247
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
Définition 1.1.1. +∞
X
On appelle support d’une suite u à valeurs dans ak X k
k=0
K l’ensemble des entiers n tels que un ̸= 0. Si cet
ensemble est fini, u est dite à support fini. où (ak )k∈N est une suite à support fini, ap-
pelée suite des coefficients de P (la suite des
coefficients de P est donc unique).
Remarque 1.1.2. 1. Une suite u est à support
fini si et seulement si elle est nulle à partir
d’un certain rang.
2. Toute suite à support fini converge donc vers Remarque 1.1.4. 1. Si on note φ l’application
0 mais la réciproque est évidemment fausse 1 qui à tout polynôme P associe sa suite des
(par exemple la suite (1/n)). coefficients et ψ l’application qui à toute
suite à valeurs dans K à support fini u asso-
+∞
cie le polynôme uk X k , on constate que
X
222
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
sup { k ∈ N | ak ̸= 0 } , +∞
P ×Q= ai bj X i+j =
X X
ck X k
prise dans R. (i,j)∈N2 k=0
(i) Si P est le polynôme nul, deg P = −∞. où (ck )k∈N est la suite vérifiant, pour tout k ∈ N,
(ii) Si P n’est pas le polynôme nul, le support de
k k
(ak )k∈N est un ensemble d’entiers non vide
ck = ai bj = ai bk−i =
X X X
ak−i bi .
et majoré, donc
(i,j)∈N2 i=0 i=0
i+j=k
deg P = max { k ∈ N | ak ̸= 0 } .
223
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
+∞
X
Il reste à montrer qu’on a bien P × Q = ck X k .
Proposition 1.3.2.
k=0
Posons S ′′ = { i + j | (i, j) ∈ S × S ′ }, S est l’image ′′ La composition est distributive à droite par rap-
directe de l’ensemble fini S × S ′ par l’application somme, port aux lois + et × et elle est également associa-
donc S ′′ est un ensemble fini. tive, c’est-à-dire que si P , Q et R désignent trois
Remarquons tout de suite que pour k ∈ N \ S ′′ et tout polynômes, on a :
couple (i, j) ∈ N2 vérifiant i + j = k, on a (i, j) ∈
/ S × S′,
donc ai = X 0 ou bj = 0. Donc pour tout k ∈ N \ S ′′ , la (i) (P + Q) ◦ R = (P ◦ R) + (Q ◦ R) ;
somme ai bj ne comporte que des termes nuls. (ii) (P Q) ◦ R = (P ◦ R) × (Q ◦ R) ;
(i,j)∈N2
i+j=k (iii) (P ◦ Q) ◦ R = P ◦ (Q ◦ R).
En outre
! !
X X
PQ = ai X i
bj X j
Démonstration. (i) Direct.
i∈S j∈S ′
X (ii) Traiter d’abord le cas P = X n et Q = X m , puis le
= ai bj X i+j
cas P quelconque et Q = X m , puis le cas général.
(i,j)∈S×S ′
(iii) Montrer par récurrence que Qk ◦ R = (Q ◦ R)k .
X X
= ai bj X i+j
k∈S ′′ (i,j)∈S×S ′
i+j=k Attention à la composition à gauche, qui
n’est pas distributive. Par exemple :
X X
= ai bj X k
k∈S ′′ (i,j)∈S×S ′
i+j=k
X 2 ◦ (X + 2) = (X + 2)2 ̸= X 2 + 22
(1 ◦ X) + (1 ◦ 2) = 2 ̸= 1 ◦ (X + 2)
(1 + X) ◦ (X.X) ̸= ((1 + X) ◦ X).((1 + X) ◦ X).
X X
= ai bj X k
k∈S ′′ (i,j)∈N2
i+j=k
Exemple 1.3.3.
+∞
X X Un polynôme P est dit pair si P ◦ (−X) = P ,
= ai bj X k .
impairs si P ◦ (−X) = −P . Que peut-on dire des
k=0 (i,j)∈N2
i+j=k coefficients de tels polynômes ?
d’où le résultat.
1.4 Opérations et degré.
1.3 Composition.
Théorème 1.4.1.
Définition 1.3.1. Soient P, Q ∈ K[X].
Soit P et Q deux polynômes de K[X]. P s’écrit (i) deg(P + Q) ⩽ max(deg P, deg Q) ;
sous la forme (ii) deg(P Q) = deg P + deg Q ;
+∞
X
k
ak X . (iii) si Q n’est pas constant, alors deg(P ◦ Q) =
k=0 deg P ×deg Q. Si Q est constant, deg P ◦Q =
Alors, la somme 0 ou −∞.
+∞
X
ak Qk
Remarque 1.4.2.
k=0
Méditez les exemples suivants :
est une somme finie, appelée composée de P et Q
(i) P = X − 1 et Q = 2 − X ;
(ou de Q par P ) et est notée P ◦ Q.
(iii) P = X 2 − 1 et Q = 1.
224
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
Démonstration. Démonstration.
Le théorème est évident si P ou Q est nul. On les supposera Soient P un polynôme inversible. Il existe donc un poly-
donc tous deux non nuls, et on pose n = deg P et m = nôme Q tel P Q = 1. P et Q sont non nuls, et donc deg P ⩾
deg Q. Les polynômes P , Q et P Q s’écrivent respectivement 0 et deg Q ⩾ 0. Mais 0 = deg 1 = deg P Q = deg P + deg Q.
n
X m
X +∞
X Nécessairement, deg P = deg Q = 0.
sous la forme ak X k et bk X k et ck X k . Réciproquement, tout polynôme constant non nul est
k=0 k=0 k=0 bien inversible.
(i) Facile ;
k
Il y a donc peu de polynômes inversibles. L’in-
versibilité est une propriété fort utile lorsqu’on
X
(ii) On a ck = ai bk−i .
i=0 veut simplifier une égalité de la forme P A = P B
Soit k ⩾ m + n. Si i > n, alors ai = 0, et si i < n, (on multiplie alors des deux côtés par l’inverse de
alors bm+n−i = 0.
Ainsi, si k = m+n, la somme définissant ck n’a qu’un
P ) mais heureusement, elle n’est pas nécessaire
terme non nul, et cm+n = an bm ̸= 0. pour cela, l’intégrite de K[X] suffit.
Si k > m + n, tous les termes de la somme sont nuls,
donc ck = 0. Ceci prouve bien le résultat.
(iii) Q non constant équivaut à deg Q ⩾ 1. Donc si k1 et Définition 1.4.6.
k2 sont deux entiers tels que k2 > k1 , on a deg Qk2 > Deux polynômes P et Q de K[X] sont dits associés
deg Qk1 . Ainsi deg P ◦ Q = deg an Qn = deg(Qn ). Or s’il existe λ ∈ K∗ vérifiant P = λQ.
d’après (ii), deg(Qn ) = n deg Q.
Remarque 1.4.7.
Ainsi, deux polynômes sont associés si et seule-
ment si on passe de l’un à l’autre en multipliant
Corollaire 1.4.3.
par un polynôme inversible. On pourra effectuer
K[X] est intègre.
un rapprochement avec les entiers ainsi qu’avec
l’arithmétique sur les entiers : les éléments inver-
Démonstration. sibles de Z sont 1 et −1, et les objets construits
Il suffit de montrer que pour tout (P, Q) ∈ K[X]2 , P Q = en arithmétique des entiers (PGCD, nombres pre-
0 ⇒ (P = 0 ou Q = 0). Soit donc (P, Q) ∈ K[X]2 vérifiant miers, etc.) le sont toujours « à un élément inver-
P Q = 0. Alors d’après le point (iii) du théorème 1.4.1,
−∞ = deg(P Q) = deg P +deg Q, donc on a nécessairement sible près ». Ce sera encore le cas en arithmétique
deg P = −∞ ou deg Q = −∞. des polynômes.
P A = P B ⇔ A = B.
Définition 1.5.1.
Soit P ∈ K[X] écrit sous forme développée réduite
Démonstration. +∞
P = ak X k un polynôme et x un élément de
X
P A = P B si et seulement si P (A − B) = 0 si et seulement
si (P = 0 ou A − B = 0) si et seulement si A − B = 0 si et k=0
seulement si A = B. K.
On appelle évaluation du polynôme P en x et
on note Pe (x) l’élément de K défini par
Corollaire 1.4.5. +∞
U (K[X]) = K∗ . Autrement dit, les seuls éléments Pe (x) =
X
ak · xk .
inversibles de K[X] sont les polynômes constants k=0
non nuls.
225
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
Remarque 1.5.2.
+∞ Théorème 1.5.7.
Comme précédemment, le symbole a un sens
X
Soient P et Q deux polynômes de K[X].
k=0
car la suite (ak ) est à support fini. Cette somme (i) Pe est la fonction identiquement nulle si et
est donc finie. seulement si P = 0 ;
d’anneaux ; autrement dit pour tout (P, Q) ∈ suffit donc de montrer les implications réci-
K[X]2 , on a proques.
2. Si l’on admet pour tout P l’implication Pe =
1. P^
+ Q(x) = Pe (x) + Q(x) ;
0KK ⇒ P = 0 alors, pour tout couple (P, Q),
e
3. 1]
K[X] (x) = 1K .
En effet, il suffit de remarquer que P^−Q=
De plus, on a P − Q, donc si P = Q, alors P − Q est nul
e e e e ^
donc P − Q est nul donc P = Q.
P
^ ◦ Q(x) = P̃ (Q̃(x)) Remarque 1.5.9 (à caractère culturel).
On verra que la démonstration du résultat ex-
ploite le fait que K est un ensemble infini. Même
On note Pe : K → K . si seuls les cas K = R et K = C sont au pro-
x 7→ P (x)
e gramme, il existe des corps K finis et on peut
définir K[X] pour de tels corps. Dans le cas où K
Remarque 1.5.5. est un corps fini, le théorème 1.5.7 n’est plus vrai.
D’après ce qui précède, on a donc, pour tous
polynômes P et Q :
1.6 Division euclidienne.
1. P^
+ Q = Pe + Q
e;
On peut définir une opération de division dans
2. P^
× Q = Pe × Q
e; K[X] similaire à celle de la division euclidienne
dans Z.
3. P
^ ◦ Q = Pe ◦ Q
e
Rappelons tout d’abord la définition de la divi-
Exemple 1.5.6. sion euclidienne dans Z :
Posons P = X 2 + 2X + 3.
1. Que vaut Pe . Définition 1.6.1 (Division euclidienne).
2. A t-on P = Pe ? Soit P et D deux entiers, avec D ̸= 0. Alors il
existe un unique couple (Q, R) d’entiers vérifiant
En pratique, on note en général P (x) la valeur les deux propriétés suivantes :
de Pe (x). On va même parfois jusqu’à identifier 1. P = D × Q + R
P et Pe , c’est-à-dire identifier les polynômes et
2. et 0 ⩽ R < |D|.
les fonctions polynomiales. Cela se justifie par le
résultat suivant : Q et R sont respectivement appelé le quotient et
le reste de la division euclidienne de P par D.
226
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
Exemple 1.6.3. et
La division euclidienne de 3X 4 − 5X 3 + 7X 2 + E = { deg A | A ∈ E } .
8X − 1 par X 2 − 3X + 2 s’écrit : Si 0 ∈ E, alors il existe Q ∈ K[X] tel que P = DQ, et
le couple (Q, 0) est donc celui que nous cherchons.
3X 4 − 5X 3 + 7X 2 + 8X − 1 Sinon, si 0 ∈
/ E, E est un sous-ensemble de N. Comme
il est clairement non vide, il possède un minimum, noté m.
= (X 2 − 3X + 2)(3X 2 + 4X + 13) + 39X − 27. Il existe donc Q ∈ R[X] tel que P − DQ ∈ K[X], et
On la pose comme suit. deg(P − DQ) = m ∈ N.
3X 4 −5X 3 +7X 2 +8X −1 X 2 −3X +2 La seule chose à montrer est que m < deg D.
−(3X 4 −9X 3 +6X 2 ) 3X 2 +4X +13 Par l’absurde, supposons que m ⩾ deg D. Notons aX m
et bX d les monômes dominants de R et D respectivement.
4X 3 +X 2 +8X −1 On sait alors que a et b sont non nuls car R et D sont non
−(4X 3 −12X 2 +8X) nuls, et nous avons supposé que d ⩽ m. Posons alors
13X 2 −1 A=R−
a
.D.X m−d .
b
−(13X −39X +26)
2
Alors deg A < deg R, par annulation du monôme dominant
39X −27 aX m de R. De plus
a a
A = P − DQ − .D.X m−d = P − D(Q + X m−d ),
b b
On alignera toujours les monômes de
mêmes degrés pour les additionner sans com- donc deg A ∈ E : ceci contredit la minimalité de m, donc
par l’absurde, m < d, et le couple (Q, R) est le couple
mettre d’erreur. voulu.
Remarque 1.6.4. • On peut aussi montrer ce résultat d’existence par récur-
La preuve du théorème de division euclidienne rence forte sur le degré de P . Cela a l’avantage de donner
repose sur l’idée mise en œuvre dans l’algorithme un algorithme de calcul du couple (Q, R). Nous verrons
donnant cette division. On cherche en effet chaque cette méthode sur des exemples, l’idée étant à chaque fois
la même : annuler le monôme dominant du dividende.
fois à annuler le monôme de plus haut degré du di-
vidende en multipliant le diviseur par un monôme Remarque 1.6.5.
convenable. Si P et D sont à coefficients dans R, on peut aussi
Démonstration. les considérer comme polynômes à coefficients
• Commençons d’abord par montrer l’unicité. dans C. Remarquer que dans les deux cas, le
Soit (Q1 , R1 ) et (Q2 , R2 ) deux couples convenables. quotient et le reste de la division euclidienne de
Alors
P par D sont les mêmes.
DQ2 + R2 = DQ1 + R1 ,
donc
D(Q2 − Q1 ) = R1 − R2
227
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
228
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
On en déduit :
Proposition 1.7.2.
Soit P ∈ K[X] et x0 ∈ K. Alors il existe Q ∈ K[X] bn−1 = an
vérifiant P = (X − x0 )Q + P (x0 ). bn−2 = an−1 + x0 bn−1
..
Démonstration. .
Nous donnerons deux démonstrations : b1 = a2 + x0 b2
Première méthode Posons la division euclidienne de P
par X − x0 : il existe Q, R ∈ K[X] tels que P = b0 = a1 + x0 b1
(X − x0 )Q + R, avec deg R = 0 ou −∞. R est donc
un polynôme constant, notons-le λ. On peut remarquer que les valeurs des coeffi-
Évaluons l’égalité P = (X − x0 )Q + λ en x0 : il reste cients de Q sont exactement celles calculées pour
exactement P (x0 ) = λ, d’où le résultat.
le calcul de P (x0 ) : on constate en effet qu’on a
Deuxième méthode Cette deuxième méthode ne fait
pas appel à la division euclidienne. Elle consiste à
constater, en posant n = deg P et en écrivant P sous
bn−1 = rn
bn−2 = rn−1
n
X
la forme ak X k , où ak ∈ K pour k ∈ [[0, n]], que
..
k=0
pour tout k ∈ N, X k − xk0 s’écrit (X − x0 )Qk , où
.
k−1
X b1 = r2
Qk = xk−1−i X i , donc
b0 = r1
0
i=0
n
X
P − P (x0 ) = ak X k − xk0 Exemple 1.7.3.
k=0 En reprenant l’exemple 1.7.1, on trouve P = (X −
n
X 3)(2X 3 + 2X 2 − X − 1) − 4.
= ak (X − x0 )Qk
k=0
n
= (X − x0 )
X
ak Qk 2 Décomposition.
k=0
k=0
Proposition 2.1.2.
n n−1 Soit P ∈ K[X] et a ∈ K. a est racine de P si et
ak X k = (X − x0 ) bk X k + P (x0 )
X X
seulement si X − a divise P . Autrement dit :
k=0 k=0
an = bn−1
an−1 = bn−2 − x0 bn−1 Démonstration.
.. Le sens indirect est évident.
. Le sens direct découle directement de la proposition 1.7.2
avec x0 = a.
a2 = b1 − x0 b2
a1 = b0 − x0 b1
229
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
Démonstration.
2.2 Nombres de racines.
Là encore le sens indirect est évident.
Le sens direct se fait par récurrence sur le nombre de
racines en utilisant la proposition précédente. Proposition 2.2.1.
Soit P ∈ K[X] un polynôme non nul. Alors P a
au plus deg (P ) racines distinctes.
Définition 2.1.4.
Soit P ∈ K[X] un polynôme non nul, a ∈ K
et r ∈ N. On dit que a est racine d’ordre de Démonstration.
multiplicité r de P si r est le plus grand entier k Soit P un polynôme non nul de degré n, et λ1 , . . . , λn+1
tel que (X − a)k divise P . On dit que a est racine Q+
n
n+1
1 racines distinctes de P . Alors P est divisible par
(X − λi ), qui est un polynôme de degré strictement
simple (resp. multiple) de P si r = 1 (resp. r > 1). k=1
supérieur au degré de P : c’est absurde.
Remarque 2.1.5.
Proposition 2.2.2.
L’ensemble des k tel que (X − a)k | P contient 0
Soit n ∈ N et P ∈ Kn [X]. Si P admet au moins
et est majoré par le degré de P , donc possède bien
n + 1 racines distinctes, alors P est le polynôme
un plus grand élément.
nul.
Remarque 2.1.6.
Si a est racine d’ordre r, alors pour tout k ∈ J0, rK, Démonstration.
(X − a)k |P . C’est la contraposée du résultat précédent.
Remarque 2.1.7.
a est racine de multiplicité r si et seulement si Corollaire 2.2.3.
(X − a)r | P et (X − a)r+1 ∤ P . On déduit de cette proposition les résultats sui-
Remarque 2.1.8. vants :
a est racine d’ordre au moins 1 si et seulement si 1. Soit P ∈ K[X]. Si P admet une infinité de
X − a|P , c’est-à-dire si et seulement si P (a) = 0. racines, alors P est le polynôme nul.
Remarque 2.1.9. 2. Soit n ∈ N et (P, Q) ∈ Kn [X]2 . Si P et Q
a est racine multiple si et seulement si (X − a)2 |P . coïncident sur au moins n + 1 points, alors
P = Q.
3. Soit (P, Q) ∈ K[X]2 . Si P et Q coïncident
Proposition 2.1.10.
sur une infinité de valeurs, alors P = Q.
Soit P ∈ K[X], a ∈ K et r ∈ N. a est racine
d’ordre r de P si et seulement si P s’écrit sous la
forme (X − a)r Q où Q(a) ̸= 0. Démonstration. 1. Choisir un entier n vérifiant n >
deg P et appliquer la proposition précédente.
230
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
Remarque 2.2.4. où
(à caractère culturel) Il est essentiel pour ce ré- an−1
sultat que K soit infini. Dans un corps fini K σ1 = α1 + α2 + · · · + αn = −
an
comportant n éléments k1 , . . ., kn , le polynôme an−2
(X − k1 ) × (X − k2 ) × · · · × (X − kn ) est non σ2 = α1 α2 + · · · + αn−1 αn =
an
nul (car de degré n) mais a pour racine tous les ..
éléments du corps. .
an−k
σk = αi1 . . . αik = (−1)k
X
n
P =λ (X − αi ).
Y
Définition 2.3.4.
i=1 Les scalaires σi , pour i ∈ J1, nK sont appelés fonc-
tions symétriques élémentaires des racines de P .
231
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
232
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
Proposition 2.4.9.
Corollaire 2.4.7. Soit P un polynôme à coefficients réels non
Tout polynôme non constant est scindé dans C[X]. constant n’admettant pas de racine réelle. Alors il
est divisible par un polynôme à coefficients réels
Démonstration. de degré 2.
Il suffit d’utiliser les résultats 2.4.3 et 2.4.5.
233
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
k=1 k=1
k=1 n m
P =c (X − ak ) X 2 − 2 Re(zk )X + |zk |2
Y Y
où les zk , pour k ∈ [[1, n]] sont les racines de P , k=1 k=1
éventuellement répétées.
234
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
k=0
polynôme dérivé est Exercice 3.1.4.
+∞ Soit p ∈ N, dériver successivement X p .
P′ =
X
ak kX k−1 .
k=1 3.2 Propriétés.
k=0
235
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
(i,j)∈N2
n
=
X
ai bj A′i Aj +
X
ai bj Ai A′j . P (k) (0)
P =
X
Xk.
(i,j)∈N2 (i,j)∈N2
k=0
k!
Or on a
! !
X X X
ai bj A′i Aj = ai A′i bj Aj
(i,j)∈N2 i∈N j∈N Démonstration.
′ Démontrons-la par récurrence :
=P Q pour tout n ∈ N, soit (Hn ) : pour tout P ∈ Kn [X],
n
! !
X P (k) (0) k
P = X .
X X X
et ai bj Ai A′j = ai Ai bj A′j
k!
(i,j)∈N2 i∈N j∈N k=0
′
• Pour n = 0, la propriété est évidente.
= PQ , • Soit n ∈ N tel que la propriété soit vraie, et soit
236
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
k=0
k! Comme
r−1
!
X P (k) (a)
deg (X − a) k
⩽ r − 1,
k!
k=0
on obtient
Corollaire 3.2.6. r−1
X P (k) (a)
On en déduit immédiatement (X − a)k = 0.
k!
k=0
n
P (k) (a) On écrit alors
P ◦ (a + X) =
X
k
X
k=0
k! 0 = 0 ◦ (X + a)
r−1
X P (k) (a)
= (X)k .
k!
k=0
Démonstration.
Il suffit d’effectuer une “translation” à partir du théorème Par unicité des coefficients d’un polynôme, on a alors
précédent : posons Q = P ◦ (X + a).
n P (a) = P ′ (a) = · · · = P (r−1) (a) = 0,
X Q(k) (0) k
Alors Q = X . Mais on vérifie facilement que
k! Si de plus (X − a)r+1 ∤ P , alors P (r) (a) ̸= 0.
k=0
On a donc bien (X − a)r | P et (X − a)r+1 ∤ P si et
pour tout k, Q(k) = P (k) ◦ (X + a) et donc Q(k) (0) =
seulement si P (r) (a) ̸= 0 et pour tout k ∈ [[0, r − 1]],
P (k) (a).
P (k) (a) = 0.
Finalement, on a
Exercice 3.2.8.
P = Q ◦ (X − a)
! Déterminer la multiplicité de 1 en tant que racine
n
=
X P (k) (a)
X k
◦ (X − a)
de
k=0
k! nX n+1 − (n + 1)X n + 1
n
XP (k)
(a)
= (X − a)k
k!
k=0 Corollaire 3.2.9.
Soit P ∈ K[X], r ∈ N∗ et a ∈ K.
Si a est racine d’ordre r de P , alors a est racine
d’ordre r − 1 de P ′ .
237
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
def euclide ( a , b ) :
La réciproque est fausse ! Par exemple si " " " Pr é c o n d i t i o n ( a , b ) != ( 0 , 0 ) " " "
R0 = abs ( a )
P = X 2 − 1, alors 0 est racine de multiplicité 1 R1 = abs ( b )
de P ′ , mais n’est pas racine de multiplicité 2 de while R1 > 0 :
P (ce n’est même pas une racine de P ). # I n v a r i a n t : D(R0 , R1) = D( a , b )
On peut cependant énoncer le résultat sui- # e t R0 >= 0 e t R1 >= 0
# e t (R0 , R1) != ( 0 , 0 )
vant : si a est racine d’ordre r − 1 de P ′
# V a r i a n t : R1
et si a est racine, de P , alors a est racine d’ordre ( q , R2 ) = diveuclide ( R0 , R1 )
r de P . R0 = R1
R1 = R2
# S o r t i e de b o u c l e : R1 == 0
4 Arithmétique de K[X]. return R0
Soit a et b deux polynômes non tous les deux nuls. Il
4.1 PGCD. est clair que l’appel euclide(a,b) termine. La valeur d
retournée vérifie D(a, b) = D(d, 0) et (d, 0) ̸= (0, 0). Or
Dans cette partie, pour tout a ∈ K[X], on note D(d, 0) est l’ensemble des diviseurs de d donc D(a, b) est
D(a) l’ensemble des diviseurs de a et pour tout bien l’ensemble des diviseurs d’un polynôme d.
Un autre point de vue sur cet algorithme est la suite r
couple (a, b) ∈ K[X], D(a, b) l’ensemble des di-
définie de la façon suivante :
viseurs communs à a et b. On remarquera que
r0 = a
D(a, b) = D(a) ∩ D(b).
r1 = b
diveuclide(rn , rn+1 ) si rn+1 ̸= 0
Remarque 4.1.1. 1. Soit d et d′ deux poly-
∀n ∈ N, rn+2 =
nômes. D(d) = D(d′ ) si et seulement si d 0 sinon
et d′ sont associés. À partir d’un certain rang, cette suite est nulle, sinon
2. En particulier, si on a D(d) = D(d′ )
et que la suite (deg(rn ))n∈N serait strictement décroissante (du
moins, à partir du rang 1), ce qui serait absurde. Par
d et d′ sont unitaires, alors d = d′ et pour ailleurs, pour toutes les valeurs de n pour lesquelles
tout polynôme d, il existe d′ unitaire vérifiant (rn , rn+1 ) ̸= (0, 0), on a D(rn , rn+1 ) = D(a, b). En particu-
D(d′ ) = D(d). lier, pour la dernière valeur non nulle rn , on a D(rn , 0) =
D(a, b).
L’algorithme d’Euclide n’est rien d’autre que le calcul
Lemme 4.1.2 (lemme d’Euclide). des termes successifs de la suite (rn ) : en numérotant les
Soient (a, b) ∈ K[X]2 , avec b ̸= 0. Notons r le tours de boucle (à partir de 0) dans l’algorithme précédent,
on peut d’ailleurs noter qu’au nème tour de boucle, R0
reste de la division euclidienne de a par b. Alors contient la valeur de rn , et R1 celle de rn+1 .
D(a, b) = D(b, r).
Remarque 4.1.4.
D’après la remarque 4.1.1, il existe donc un unique
Démonstration.
Soit d ∈ D(a, b). Alors a s’écrit sous la forme bq + r donc d unitaire tel que D(a, b) = D(d).
r = a − bq, or d|a et d|b, donc d divise bq, donc divise r.
Donc D(a, b) ⊂ D(b, r). Définition 4.1.5.
Réciproquement, soit d ∈ D(b, r), alors a s’écrit sous la
forme bq + r or d|b et d|r donc d divise a. Donc D(b, r) ⊂
Soit a et b deux polynômes avec (a, b) ̸= (0, 0),
D(a, b). alors on appelle plus grands diviseurs communs
de a et b (pgcd de a et b) les polynômes d véri-
fiant D(d) = D(a, b). L’unique polynôme unitaire
Théorème 4.1.3.
parmi ceux-ci est appelé le pgcd de a et b et noté
Soit (a, b) ∈ K[X]2 avec (a, b) ̸= (0, 0). Alors, il
PGCD(a, b) ou a ∧ b.
existe d ∈ K[X] tel que D(a, b) = D(d).
On convient que PGCD(0, 0) = 0.
Démonstration.
Ce résultat repose sur un algorithme, appelé algorithme
Remarque 4.1.6. 1. L’existence des pgcd as-
d’Euclide. En utilisant les objets «polynômes» fournis par surée par le théorème 4.1.3. D’après la re-
la bibliothèque python numpy, cet algorithme s’écrit : marque 4.1.1, il y en a donc un nombre infini.
238
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
239
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
240
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
Corollaire 4.2.6. (i) Soient a premier avec k Théorème 4.2.9 (Unicité de la décomposition
polynômes b1 , b2 , . . ., bk . Alors a est premier en facteurs irréductibles).
avec b1 .b2 . . . . .bk . Tout polynôme non nul se décompose de façon
(ii) Si a et b sont premiers entre eux, alors pour unique comme produit d’un scalaire par des irré-
tous m, n ∈ N∗ , am et bn sont également ductibles unitaires, à l’ordre près des facteurs.
premiers entre eux.
Démonstration.
Démonstration. (i) On traite le cas k = 2, le cas gé- On a déjà vu l’existence. Il reste donc à montrer l’unicité.
néral s’en déduit immédiatement par récurrence. Il Par l’absurde, supposons qu’il existe un polynôme admet-
existe ai et bi vérifiant aui +bi vi = 1 pour i = 1, 2. En tant deux décompositions. Alors il existe un polynôme P de
multipliant ces deux relations, il vient successivement degré
Qa minimal admettant
Qb deux décompositions distinctes
λ k=1 Ak et µ k=1 Bk , où (a, b) ∈ N2 , (λ, µ) ∈ K2 et
1 = (au1 + b1 v1 )(au2 + b2 v2 )
les Ak et les Bk sont irréductibles pour k appartenant
1 = a2 u1 u2 + au1 b2 v2 + b1 v1 au2 + b1 v1 b2 v2 respectivement à [[1, a]] et [[1, b]].
1 = a(au1 u2 + u1 b2 v2 + b1 v1 u2 ) + b1 b2 (v1 v2 ) Alors λ et µ sont le coefficient dominant de P , donc
sont égaux.
D’où le résultat. Qa Qb
Donc k=1 Ak = k=1 Bk .
(ii) On applique (i) à a et b.b.b. . . . .b, puis (i) à bn et On a a ≠ 0. En effet, sinon on aurait b = 0 et on aurait
a.a.a. . . . .a. Plus proprement, la résultat se démontre dans les deux cas à un produit vide, il aurait donc unicité.
par récurrence. De même b ̸= 0.
Remarquons que pour tout k ∈ [[1, b]], Aa est premier
avec Bk . En effet, sinon il existerait k0 ∈ [[1, b]] tel que
Proposition 4.2.7. Aa et Bk0 ne soient pas premiers entre eux. Or ils sont
irréductibles, donc ils sont égaux. Donc on a
Deux polynômes complexes sont premiers entre
eux si et seulement s’ils n’ont aucune racine com- a−1
Y Y
plexe en commun. Ak = Bk
k=1 k∈[[1,b]]
k̸=k0
241
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
Démonstration.
Remarque 4.3.3. Exactement comme pour les entiers, en remarquant que
n
On a toujours D(A1 , . . . , An , 0) = D(A1 , . . . , An ).
X
s’il existe D et U1 , . . . , Un vérifiant Ai Ui = D, alors
i=1
A1 ∧ · · · ∧ An |D.
Définition 4.3.4.
Remarque 4.3.9.
Soit (A1 , . . . , An ) ∈ K[X]n , non tous nuls. On
Si une famille finie de polynômes contient deux
note alors A1 ∧ · · · ∧ An = PGCD(A1 , . . . , An )
polynômes premiers entre eux, alors les polynômes
l’unique polynôme unitaire D vérifiant
de cette famille sont premiers entre eux dans leur
D(A1 , . . . , An ) = D(D) (un polynôme non
ensemble.
unitaire vérifiant ceci est un PGCD).
On convient que PGCD(0, . . . , 0) = 0. Exemple 4.3.10.
Comme dans le cas des entiers, des polynômes
242
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
qui ne sont pas premiers entre eux deux à deux Remarque 4.4.4. 1. Cette définition est justi-
peuvent être premiers entre eux dans leur en- fiée par la remarque 4.4.1 et le théorème 4.4.2.
semble. Exhiber une telle famille. 2. a ∨ b = 0 si et seulement si a ou b est nul.
Remarque 4.4.5.
4.4 PPCM.
Sur l’ensemble des polynômes unitaires, le ppcm
Pour tout polynôme a, b, l’ensemble des mul- de deux polynômes a et b est donc la borne supé-
tiples de a est noté aK[X]. L’ensemble des mul- rieure de a et b pour l’ordre |.
tiples communes à a et b est donc aK[X] ∩ bK[X]. On peut donner la caractérisation suivante :
Remarque 4.4.1. 1. Soit d et deux poly- d′
nômes. dK[X] = d K[X] si et seulement d
′
Proposition 4.4.6.
et d′ sont associés. Soient a, b, m ∈ K[X]. m est un ppcm de a et b si
2. En particulier, si on a dK[X] = d′ K[X] et et seulement si on a
que d et d′ sont unitaires, alors d = d′ et 1. a|m ;
pour tout polynôme d, il existe d′ unitaire
2. et b|m ;
vérifiant d′ K[X] = dK[X].
3. et pour tout n ∈ K[X], a|n et b|n ⇒ m|n.
Théorème 4.4.2.
Soit (a, b) ∈ K[X]2 . Alors il existe m ∈ K[X] tel On a également :
que aK[X] ∩ bK[X] = mK[X].
Proposition 4.4.7.
Démonstration. Soient a, b, c ∈ K[X], avec c ̸= 0.
Dans le cas où a ou b est nul, on a évidemment aK[X] ∩ (i) (ac) ∨ (bc) et c(a ∨ b) sont associés.
bK[X] = 0K[X]. On suppose donc par la suite que a et b
sont tous deux non nuls. (ii) ab et (a ∧ b).(a ∨ b) sont associés.
Posons d = a ∧ b. Alors a (resp. b) est de la forme a′ d
(resp. b′ d) et a′ et b′ sont premiers entre eux.
Posons m = a′ b′ d. m est un multiple de a et de b, donc Exemple 4.4.8.
mK[X] ⊂ aK[X] et mK[X] ⊂ bK[X]. Donc mK[X] ⊂
aK[X] ∩ bK[X]. Calculer X 2 − 4X + 3 ∨ X 2 + X − 2.
Réciproquement, soit c ∈ aK[X] ∩ bK[X]. Comme c est
multiple de a, il existe u ∈ K[X] tel que c = ua = ua′ d.
De même, c est multiple de b, il existe v ∈ K[X] tel que 5 Formule d’interpolation de La-
c = vb = vb′ d. grange.
On a donc, comme d = ̸ 0, ua′ = vb′ . Ainsi, b′ |ua′ . Or,
a et b sont premiers entre eux, donc d’après le lemme
′ ′
243
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
Il est évident également que s’il existe i et j Démonstration.Unicité sous réserve d’existence
distincts tels que xi = xj et yi ̸= yj , il n’existe Soit P et Q deux polynômes de degré au plus
n vérifiant la propriété demandée. Alors P et Q
pas de solution.
coïncident en n + 1 points distincts et sont de degré
C’est pourquoi, par la suite, on suppose que au plus n donc P et Q sont égaux.
x0 , . . ., xn sont deux à deux distincts. Existence Le polynôme donné dans l’énoncé vérifie évi-
demment l’équation (XVI.4). Par ailleurs, il s’agit
Définition 5.0.1. d’une combinaison linéaire de polynômes qui sont
tous de degré n. Il est donc de degré au plus n.
On appelle base de Lagrange associée aux points
x0 , . . ., xn le (n + 1)-uplet (L0 , . . . , Ln ) vérifiant
pour tout i ∈ [[0, n]] : Exercice 5.0.5.
Montrer que pour tout P ∈ Kn [X], il existe un
1 Y existe un unique (λ0 , . . . , λn ) ∈ Kn+1 tel que P =
Li = (X − xj ) n
αi j∈[[0,n]]
λi Li .
X
j̸=i
i=0
où Exercice 5.0.6.
αi = (xi − xj ).
Y
Déterminer l’unique polynôme P de degré au plus
j∈[[0,n]]
j̸=i 3 vérifiant P (−1) = −9, P (0) = −1, P (1) = 5 et
P (2) = 21.
Proposition 5.0.2.
Corollaire 5.0.7.
Pour tout (i, j) ∈ [[0, n]]2 , on a Li (xi ) = 1 et
L’ensemble des polynômes vérifiant l’équa-
Li (xj ) = 0 si j ̸= i.
tion (XVI.4) est
Autrement dit, dans tous les cas, on a
{ P × D + P0 | P ∈ K[X] }
Li (xj ) = δi,j .
où
n
D= (X − xi ),
Y
Corollaire 5.0.3.
i=0
Soit (λ0 , . . . , λn ) ∈ Kn+1 . Alors, en posant n
P0 =
X
n
yi Li .
i=0
P =
X
λi Li ,
i=0
244
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
6 Annexe : construction de
K[X] Remarque 6.0.6.
K[X] hérite aussi de la multiplication scalaire de
La construction de K[X] n’est pas exigible, KN . On dira plus tard que c’en est un sous-espace
cette partie est une version alternative aux par- vectoriel.
ties 1.1 et 1.2. Remarque 6.0.7.
Par l’injection K → K[X], x 7→ (x, 0, . . . ), on voit
K comme étant inclus dans K[X]. C’en est aussi
un sous-groupe (et un sous-espace vectoriel). On
Définition 6.0.1.
identifiera par exemple le réel 1 au polynôme
On appelle support d’une suite u à valeurs dans
(1, 0, . . . ).
K l’ensemble des entiers n tels que un ̸= 0. Si cet
ensemble est fini, u est dite à support fini. Démonstration.
On montre que c’est un sous-groupe de (KN , +). La suite
nulle est bien entendu à support fini. Il suffit donc de mon-
trer que la différence de deux polynômes est un polynôme.
Remarque 6.0.2. 1. Une suite u est à support Soit P et Q deux polynômes de degrés p et q respective-
fini si et seulement si elle est nulle à partir ment. Si n ⩾ max(p, q), alors Pn − Qn = 0 donc P − Q est
d’un certain rang. un polynôme.
Proposition 6.0.9.
Si P et Q sont deux polynômes, P Q est un poly-
5. Par ailleurs, dans ce chapitre, le fait que les suites à nôme de degré deg P + deg Q.
support fini convergent n’est d’aucun intérêt.
245
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
Démonstration.
Si P ou Q sont nuls, il est évident que P Q = 0. Sinon, Corollaire 6.0.14.
notons p et q les degrés respectifs de P et de Q. Soit Soit P = (Pn )n∈N un polynôme de degré d. On a
n > p + q, soit k ∈ J0, nK. Si k > p, alors Pk = 0 et
alors
si k ⩽ p, n − k ⩾ n − p > q, donc Qn−k = 0. Ainsi, d
n
P =
X
si n > p + q,
X
Pk Qn−k = 0 et P Q est donc bien un
Pn X n .
n=0
k=0
polynôme, de degré au plus p + q. Il suffit ensuite de voir De plus, pour tout entier d′ ⩾ d,
que (P Q)p+q = Pp Qq ̸= 0 pour obtenir le degré de P Q.
d′
P =
X
Pn X n .
Théorème 6.0.10. n=0
(K[X], +, ×) est un anneau.
On s’autorise donc à écrire
+∞
Remarque 6.0.11. P =
X
Pn X n
La structure multiplicative de K[X] est différente n=0
de celle de KN , K[X] n’est pas un sous-anneau
d
(notion HP) de KN .
et, pour tout polynôme Q = Pn X n , on a bien
X
Démonstration. n=0
Le caractère de groupe abélien a déjà été vu, le reste
des propriétés se montre de manière élémentaire, mais +∞
P +Q= (Pn + Qn )X n
X
fastidieuse. L’écriture canonique introduite plus bas permet
un peu d’alléger les notations. n=0
ainsi que
Définition 6.0.12. +∞ n
!
On note X la suite toujours nulle, sauf pour le P ×Q=
X X
Pk Qn−k X n .
terme de rang 1 qui vaut 1 : X = (0, 1, 0, 0, . . .). n=0 k=0
X n = (0, . . . , 0, 1
|{z} , 0, . . .).
| {z }
n fois
e
(n+1) position Définition 6.0.15.
+∞
Soit P un polynôme de la forme ak X k , non
X
Plus formellement, si k ∈ N,
k=0
( nul.
1 si k = n ;
(X n )k = Le coefficient adeg P est appelé coefficient do-
0 sinon.
minant de P et on dit que adegP X deg P est le
monôme dominant de P .
Si le coefficient dominant de P vaut 1 on dit
Démonstration. que P est unitaire.
On le montre aisément par récurrence sur n, en remarquant Pour tout entier n ∈ N, on note Kn [X] l’en-
que pour tout polynôme P le ke coefficient de P X est le
(k − 1)e coefficient de P .
semble des polynômes de degré inférieur ou égal
à n.
On obtient donc la représentation usuelle des
polynômes.
Remarque 6.0.16. 1. Kn [X] n’est pas l’en-
semble des polynômes de degré égal à n.
246
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
247
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES
248
Chapitre XVII
Dérivabilité
Sommaire
1 Définitions et premières propriétés. . . 250
1.1 Taux d’accroissement. . . . . . . . . . 250
1.2 Définitions. . . . . . . . . . . . . . . . 250
1.3 Opérations sur la dérivabilité. . . . . . 252
1.4 Dérivées successives. . . . . . . . . . . 254
2 Les grands théorèmes. . . . . . . . . . . 256
2.1 Extremums locaux. . . . . . . . . . . . 256
2.2 Le théorème de Rolle. . . . . . . . . . 257
2.3 Égalité et inégalité des accroissements
finis. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 258
2.4 Dérivabilité et sens de variation. . . . 259
2.5 Limite de la dérivée. . . . . . . . . . . 260
2.6 Théorème des accroissements finis et
suites récurrentes. . . . . . . . . . . . . 261
3 Extension au cas des fonctions com-
plexes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 262
4 Convexité. . . . . . . . . . . . . . . . . . 263
4.1 Parties convexes de R2 (HP). . . . . . 263
4.2 Fonctions convexes. . . . . . . . . . . . 264
4.3 Régularité des fonctions convexes. . . . 267
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
Sauf mention du contraire, I et J sont deux Exemple 1.2.3. 1. Si f est constante, f ′ (a) = 0
intervalles de R et f : I → R, et a ∈ I. pour tout a ∈ I.
2. Dérivée de x 7→ xn+1 en a, pour n entier na-
1 Définitions et premières pro- turel : pour tout x ∈ R, xn+1 − an+1 =
n
xn+1 − an+1
(x − a) xk an−k , donc =
X
priétés.
k=0
x−a
n
1.1 Taux d’accroissement. X
xk an−k . Il suffit alors de passer à la li-
Rappel 1.1.1. k=0
mite.
Soit x ̸= y ∈ I.
La corde à la courbe de f reliant les points
d’abscisses x et y est le segment reliant les points
de coordonnées (x, f (x)) et (y, f (y)). Définition 1.2.4.
La sécante à la courbe de f reliant les points Si f est dérivable en tout point de I, on dit qu’elle
d’abscisses x et y est la droite passant par les est dérivable sur I. On appelle alors fonction dé-
df
points de coordonnées (x, f (x)) et (y, f (y)). rivée de f et on note f ′ , voire Df ou , l’appli-
dx
cation x 7→ f (x).
′
Définition 1.1.2.
Soit x, y ∈ I avec x ̸= y, on note τf (x, y) le taux
d’accroissement de f entre x et y, défini comme Proposition 1.2.5.
f (y) − f (x)
le réel . Pour x fixé, on notera Soit ℓ un réel. Les propositions suivantes sont
y−x
toutes équivalentes.
τf,x : I \ { x } → R . (i) f est dérivable en a et f ′ (a) = ℓ ;
t 7→ τf (x, t) (ii) τf,a admet pour limite ℓ en a ;
(iii) on peut prolonger τf,a par continuité en a
et son prolongement est
Remarque 1.1.3.
On a toujours τf (x, y) = τf (y, x). τ̂f,a : I → R
τf,a (x) si x ̸= a
(
Remarque 1.1.4. x 7→
τf (x, y) est la pente de la corde de la courbe f ℓ si x = a
reliant les points d’abscisses x et y.
(iv) il existe une application φf,a : I → R conti-
1.2 Définitions. nue en a, vérifiant φf,a (a) = ℓ et
Remarque 1.2.2.
τf,a admet une limite finie en a si et seulement si Remarque 1.2.6.
f (a + h) − f (a) On traduira plus tard le point (v) comme suit :
admet une limite finie quand h « f admet, au voisinage de a, le développement
h
tend vers 0 et ces deux limites sont alors égales. limité f (x) = f (a) + (x − a) · ℓ + o(x − a) ».
250
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
Démonstration.
On a évidemment (i) ⇐⇒ (ii) d’après la définition de la Théorème 1.2.8.
dérivée. Montrons les autres équivalences par implications Si f est dérivable en a, alors f est continue en a.
successives.
(ii)⇒(iii) C’est immédiat à partir de la définition de pro-
Démonstration.
longement par continuité.
C’est une conséquence directe de la caractérisation de
(iii)⇒(iv) Supposons (iii). Posons φf,a = τ̂f,a . Alors, φf,a Carathéodory (et de celle de Hilbert).
est continue en a et on a bien φf,a (a) = ℓ.
Enfin, soit x ∈ I. Si x = a, on a clairement f (x) =
f (a) + (x − a)φf,a (x). Si x ̸= a, on a φf,a (x) = La réciproque est fausse :
f (x)−f (a)
, d’où f (x) − f (a) = (x − a)φf,a (x).
x−a
1. L’application valeur absolue n’est pas déri-
On a donc
vable en 0, son taux d’accroissement en 0
∀x ∈ I f (x) = f (a) + (x − a)φf,a (x) ayant des limites à gauche et à droite dis-
tinctes en 0.
(iv)⇒(v) Supposons (iv). φf,a est continue en a donc
tend vers φf,a (a) = ℓ en a. Il suffit alors de poser 2. L’application racine carrée n’est pas dérivable
ε = φf,a − ℓ. en 0, son taux d’accroissement tendant vers
(v)⇒(ii) Supposons (v). Alors, pour x ∈ I \ {a}, on a +∞ en 0.
successivement :
Cela nous amène à la notion de dérivabilité à
f (x) = f (a) + (x − a) · ℓ + (x − a)ε(x), gauche et à droite :
f (x) − f (a)
= ℓ + ε(x),
x−a
τf,a (x) = ℓ + ε(x).
Définition 1.2.9.
On dit que f est dérivable à gauche en a (resp.
Donc τf,a (x) −−−→ ℓ. à droite en a) si la fonction f |]−∞,a]∩I (resp
x→a
f |[a,+∞[∩I ) est dérivable en a, c’est-à-dire si le
taux d’accroissement τf,a de f en a admet une li-
Remarque 1.2.7. 1. La caractérisation (iv) est
mite finie à gauche (resp. une limite finie à droite).
parfois appelée caractérisation de Carathéo-
Dans ce cas, cette limite est appelée dérivée
dory.
à gauche (resp. à droite) de f en a et est notée
2. Lorsque f est dérivable en a, la fonction φf,a fg′ (a) (resp. fd′ (a)).
de la caractérisation de Carathéodory coïn-
cide nécessairement avec le taux d’accrois-
sement τf,a sur I \ { a } et est continue en Exemple 1.2.10.
a, c’est donc le prolongement par continuité L’application valeur absolue est dérivable à gauche
τ̂f,a du taux d’acroissement en a. en 0 (de dérivée à gauche −1), ainsi qu’à droite
(de dérivée à droite 1).
3. La caractérisation (v) est parfois appelée ca-
ractérisation de Hilbert. Remarque 1.2.11.
Si f est dérivable à droite (resp. à gauche) alors
4. Sous la forme donnée plus haut, la caractéri-
elle est continue à droite (resp. à gauche).
sation de Carathéodory et celles de Hilbert
sont utiles lorsqu’on veut utiliser une hypo-
thèse disant que f est dérivable en a. Lors- Définition 1.2.12 (Interprétation géométrique).
qu’on veut les utiliser pour montrer que f Si f est dérivable (resp. dérivable à gauche, resp.
est dérivable en a, on les utilisera plutôt sous dérivable à droite) en a, on appelle tangente à
les formes f en a (resp. demi-tangente à f à gauche en a,
resp. demi-tangente à f à droite en a) la droite
∀x ∈ I f (x) − f (a) = (x − a)φf,a (x) d’équation
f (x) − f (a) = (x − a) · ℓ + o(x − a)
y = f (a) + f ′ (a)(x − a)
251
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
252
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
Théorème 1.3.3.
La démonstration ci-dessus a l’avantage de Soit g : J → R, f : I → R vérifiant f (I) ⊂ J et
n’utiliser que la définition de la dérivée. Elle a a ∈ I.
deux inconvénients : d’une part, le cas du pro-
duit n’est pas évident à retrouver ; d’autre part 1. Si f est dérivable en a et g dérivable en f (a),
cette méthode ne marchera pas dans le cas de la alors g ◦ f est dérivable en a et
composition.
(g ◦ f )′ (a) = f ′ (a) × g ′ (f (a))
Voici une autre méthode qui n’a pas l’inconvé-
nient précédent : 2. Si g est dérivable sur J et f sur I, alors g ◦ f
Démonstration. est dérivable sur I et
Supposons f et g dérivables en a et notons φf,a et φg,a
leurs taux d’accroissements en a respectifs, prolongés en a (g ◦ f )′ = f ′ × (g ′ ◦ f )
par continuité. Soit alors x ∈ I, on a
f (x) =f (a) + (x − a)φf,a (x)
g(x) =g(a) + (x − a)φg,a (x)
Le second point est évidemment une consé-
1. On a donc quence immédiate du premier.
(f + g)(x) − (f + g)(a) = (x − a)(φf,a + φg,a )(x) Démonstration (Erronée).
Or φf,a + φg,a a pour limite f (a) + g (a) en a, donc
′ ′ f est dérivable en a donc continue en a, donc f (x) −−−→
x→a
c’est une application continue, donc d’après la carac- f (a).
térisation de Carathéodory, f + g est dérivable en a, Par composition, on a donc
de dérivée f ′ (a) + g ′ (a).
g(f (x)) − g(f (a))
2. On a −−−→ g ′ (f (a))
f (x) − f (a) x→a
=(x − a)φf,a (x)g(a) + f (a)(x − a)φg,a (x) Par produit, on obtient bien le résultat voulu.
253
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
On sait φ(f −1
1
(b))
= f ′1(a) , donc pour conclure, il suffit de
est dérivable en a (resp. sur I) et si ne s’annule
f′ montrer que y 7→ φ(f −1 1
(y))
est continue en b.
pas en a (resp. sur I), alors f −1 est dérivable Or f est une bijection continue de I sur J donc f −1 est
1 également continue sur J donc en particulier en b et vaut
en b (resp. sur J) et (f −1 )′ (b) = ′ (resp.
f (a) a en b. Par ailleurs on sait déjà que φ est continue en a.
1 On en déduit donc le résultat.
(f −1 )′ = ′ ).
f ◦ f −1
Exemple 1.3.7.
On admet que exp et sin sont dérivables. Grâce
Remarque 1.3.6. 1. Moyen mnémotechnique : aux résultats précédents, on peut montrer les
f ◦ f −1 = Id, donc est dérivable de dérivée résultats connus de dérivabilité de toutes les
1. Or on sait d’après le th. de composition, fonctions usuelles (ln, cos, tan, Arctan, Arcsin,
(f ◦ f −1 )′ = (f −1 )′ × f ′ ◦ f −1 . Arccos, ch, sh, th, Argth, Argch, Argsh)
2. Ce résultat est faux sans l’hypothèse de conti- Exercice 1.3.8.
nuité. Considérer par exemple Se faire un formulaire reprenant tout ça sur
un intervalle, ainsi notamment que les cas de
f : [0, 2[ → [−1, 1[ (f + g)′ , (f g)′ , (f n )′ , (f ◦ g)′ , (1/f )′ , (f −1 )′ ,
x 7→ x − 2 ⌊x⌋) (ln ◦f )′ , (exp ◦f )′ .
f est bijective et dérivable en 0 de dérivée 1
mais sa réciproque n’est même pas continue
en f (0). En effet il s’agit de 1.4 Dérivées successives.
f −1 : [−1, 1[ → [0, 2[
x 7→ x − 2 ⌊x⌋
Définition 1.4.1.
On peut même construire des contre- On définit les dérivées successives par récurrence.
exemples où a n’est pas une extrémité de si f : I → R, on commence par définir f (0) = f .
l’intervalle. Pour tout n ∈ N, si f (n) est définie et dérivable,
3. Le graphe de f −1 étant le symétrique de celui on pose h i′
de f par rapport à la droite d’équation y = x, f (n+1) = f (n) .
la tangente à f −1 en un point f (a), si elle
existe, est la symétrique de la tangente à Si f (n) existe, on dit que f est n-fois dérivable.
f en a par rapport à la droite d’équation
y = x. Par conséquent, si f ′ (a) = 0, f −1 a
une tangente verticale en f (a), et sa dérivée
Définition 1.4.2 (Classes de régularité).
en ce point n’existe pas.
On note pour tout n ∈ N
Démonstration.
Supposons f dérivable en a de dérivée f ′ (a) non nulle.
n o
D n (I, R) = f : I → R f (n) existe ;
Notons alors φ le prolongement par continuité en a de son
taux d’accroissement en a.
n o
C n (I, R) = f ∈ D (n) f (n) est continue ;
On a, pour tout x ∈ I, f (x) − f (a) = (x − a)φ(x).
Soit alors y ∈ J. Alors on a f (f −1 (y)) − f (a) = +∞
∞
C (I, R) = C n (I, R).
\
(f −1 (y) − a)φ(f −1 (y)), donc
n=0
y − b = f −1 (y) − f −1 (b) φ(f −1 (y))
254
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
(k) Démonstration.
Déterminer fn pour tout k ∈ N. (non exigible). La démonstration se fait là encore par récur-
rence, avec la même subtilité que dans la démonstration pré-
cédente. Pour n ∈ N, on note (Hn ) l’assertion «pour toutes
Théorème 1.4.6. f ∈ C n (I, R) et g ∈ C n (J, I), on a (f ◦ g) ∈ C n (J, R)».
Soit n ∈ N. Soient f, g ∈ C n (I, R) et λ ∈ R. • De nouveau (H0 ) est triviale.
• Soit n ∈ N. Supposons (Hn ) et montrons (Hn+1 ).
1. (f + g) ∈ C n (I, R) et (f + g)(n) = f (n) + g (n) .
Soit f ∈ C n+1 (I, R) et g ∈ C n+1 (J, I). Alors on
2. λf ∈ C n (I, R) et (λf )(n) = λf (n) . sait que f ◦ g est dérivable et que (f ◦ g)′ = g ′ .f ′ ◦ g.
Or f ′ est de classe C n , ainsi que g. En appliquant
3. (f g) ∈ C n (I, R) et (formule de Leibniz) : l’hypothèse de récurrence (Hn ) à f ′ et g, on obtient
que f ′ ◦ g est de classe C n . Or g ′ est aussi de classe
n
!
n (k) (n−k) C n , donc le produit g ′ .f ′ ◦ g est de classe C n . Ainsi
(f g) =
X
(n)
f g . (f ◦ g)′ est de classe C n , donc f ◦ g est de classe
k
k=0 C n+1 .
255
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
Théorème 2.1.3.
◦
Soit a ∈ I. Si f possède un extremum local en a
et si f est dérivable en a, alors f ′ (a) = 0.
1 2
256
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
Remarque 2.1.6.
Le théorème 2.1.3 s’énonce donc ainsi : tous les
extremums locaux d’une fonction dérivable à l’in-
térieur de son ensemble de définition sont des
points critiques de cette fonction. Ou bien : une
condition nécessaire pour qu’un point a, à l’inté-
rieur de l’ensemble de définition d’une fonction f
dérivable, soit un extremum local de f est que a
soit un point critique de f .
Remarque 2.1.7.
Cette condition nécessaire n’est pas suffisante, a c b
comme le montre le contre-exemple x 7→ x3 en 0.
L’étude des extremums (locaux ou globaux)
Figure XVII.3 – Illustration du théorème de
d’une fonction dérivable commencera donc la plu-
Rolle (existence d’une tangente horizontale, d’un
part du temps par une étude systématique de ses
point critique).
points critiques.
Remarque 2.2.2.
Toutes les hypothèses sont importantes. On
pourra considérer les applications suivantes qui
sont toutes des contre-exemples correspondant à
l’oubli d’une hypothèse :
f1 : [0, 1] → R
x 7→ x
f2 : [0, 1] → R
x 7→ x − ⌊x⌋
f3 : [−1, 1] → R
x 7→ |x|
257
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
f (b) − f (a)
f ′ (c) = .
b−a
a c b
Remarque 2.3.2. 1. Ce théorème est une gé-
néralisation du théorème de Rolle : les hy-
pothèses sont les mêmes, à l’exception de
Figure XVII.4 – Illustration du théorème des
l’hypothèse f (a) = f (b), qui n’est ici pas né-
accroissements finis (existence d’une tangente de
cessaire, et la conclusion est la même que
même pente que la corde).
celle du théorème de Rolle dans le cas où
f (a) = f (b).
2. Cependant, on va utiliser le théorème de
Rolle pour démontrer le théorème des accrois- peut remarquer que D est parallèle au graphe de
sements finis. Dans ces conditions affirmer pId, donc f (a) − pa = f (b) − pb. On peut alors
que le théorème de Rolle n’est qu’un corol- appliquer le théorème de Rolle à l’application
laire du TAF laisserait croire que l’on n’a pas f − pId.
bien saisi l’enchaînement des démonstrations.
3. Un autre énoncé de ce théorème est le sui-
vant : Soient (a, b) ∈ I 2 avec a ̸= b et Théorème 2.3.3 (Inégalité des accroissements
f continue sur l’intervalle [a, b] (ou [b, a] si finis, ou IAF).
b < a) et dérivable sur l’intérieur de ce même Soient (a, b) ∈ I 2 avec a < b et f ∈ C 0 ([a, b], R) ∩
intervalle. Alors il existe θ ∈]0, 1[ tel que D(]a, b[, R).
f (b) − f (a) 1. Si f ′ est minorée par un réel m sur ]a, b[,
f ′ (a + θ(b − a)) = .
b−a alors m(b − a) ⩽ f (b) − f (a).
Démonstration.
f (b) − f (a) 2. Si f ′ est majorée par un réel M sur ]a, b[,
Posons p = et alors f (b) − f (a) ⩽ M (b − a).
b−a
φ : [a, b] → R 3. Si |f ′ | est majorée par K > 0, alors |f (b) −
x 7 → f (x) − px f (a)| ⩽ K|b − a|.
Alors φ(b) − φ(a) = f (b) − f (a) − p(b − a) = 0, donc
φ(a) = φ(b).
De plus, φ est continue sur [a, b] et dérivable sur ]a, b[. Démonstration.
Donc d’après le théorème de Rolle, il existe c ∈]a, b[ vé- Par application du TAF à f , on sait qu’il existe c ∈]a, b[
rifiant φ′ (c) = 0. Or φ′ (c) = f ′ (c) − p, donc f ′ (c) = p = f (b) − f (a)
vérifiant f ′ (c) =
f (b) − f (a) b−a
.
b−a 1. Sous les hypothèses données, on a m ⩽ f ′ (c) =
Pour montrer le TAF, on se ramène à Rolle par f (b) − f (a)
, d’où le résultat.
b−a
une transformation géométrique (x, y) 7→ (x, y −
f (b) − f (a)
px). Où p est la pente de la droite D. passant 2. De même, on a = f ′ (c) ⩽ M , d’où le
b−a
par les points (a, f (a)) et (b, f (b)). En effet, on résultat.
258
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
Définition 2.3.4. 1 1 1
⩽ ln 1 + ⩽ .
Soit K ∈ R∗+ . On dit que f est K-lipschitzienne x+1 x x
si ∀(x, y) ∈ I 2 , |f (x) − f (y)| ⩽ K|x − y|.
En déduire une minoration et la limite lorsque
n → +∞ de
Remarque 2.3.5. n
1
f (x) − f (y) Hn =
X
.
Si x ̸= y, on a donc ⩽ K, donc les k
x−y k=1
pentes des cordes du graphe de f sont bornées
par K.
2.4 Dérivabilité et sens de variation.
Démonstration.
Direct en revenant aux définitions.
Théorème 2.4.1.
Exemple 2.3.7.
Soit I un intervalle de R et f ∈ D(I, R).
La fonction
1. f est croissante sur I si et seulement si f ′ ⩾ 0
f : [1, +∞[ → R sur I.
1
x 7→ 2. f est constante sur I si et seulement si f ′ = 0
x
sur I.
est 1-lipschitzienne. En effet, si x, y ⩾ 1, 3. f est strictement croissante sur I si et seule-
1 1 x−y ment si f ′ ⩾ 0 et l’ensemble {x ∈ I, f ′ (x) =
− = ⩽ 1 × |x − y|. 0} ne contient aucun intervalle non trivial
x y xy
(non vide et non réduit à un point).
On retrouve cela par l’inégalité des accroissements On obtient les mêmes résultats pour des fonctions
finis. décroissantes mutatis mutandis.
259
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
260
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
au point 3 de l’exemple 1.2.15. Pour n ⩾ 1, fn est De plus f est continue à gauche et dérivable à
continue sur R et dérivable sur R∗ . De plus gauche en 1, de dérivée à gauche fg′ (1) = e.
1
1
Analyse Supposons f ∈ C 1 (R, R). Alors f est
∗
∀x ∈ R , fn′ (x) = nx n−1
sin − xn−2 cos continue, donc f (x) −−−−→ f (1), donc 1 + a +
x x x→1+
b = e.
Pour n ⩾ 3, fn′ (x) −−−→ 0. Donc, d’après le théo- De plus f est dérivable. Sa dérivée à gauche
x→0
261
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
262
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
263
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
Exemple 4.1.4.
Ef
Un demi-plan est une partie convexe de R2 .
f (y)
Exercice 4.1.5.
Montrer qu’un disque est une partie convexe de (1 − λ)f (x)
R2 . +λf (y)
f (x)
4.2 Fonctions convexes.
f
Remarque 4.2.3.
Cette définition est symétrique en x, y. On pourra Définition 4.2.8.
donc toujours supposer, sans perte de généralité, On appelle épigraphe de f l’ensemble
que x < y.
{ (x, y) | x ∈ I et y ⩾ f (x) } .
Remarque 4.2.4 ( ).
« concave » n’est pas le contraire de « convexe ».
Il existe des fonctions ni concaves, ni convexes Proposition 4.2.9 (Interprétation géométrique,
(par exemple, x 7→ x3 ) ; il existe des fonctions voir figure XVII.6).
concaves et convexes (par exemple, les fonctions Une fonction est convexe si et seulement si son
constantes). épigraphe est une partie convexe de R2 .
Exercice 4.2.5.
Caractériser les fonctions à la fois concaves et Démonstration.
convexes. Soit f : I → R convexe, soit (x, y) et (x′ , y ′ ) deux points
264
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
Comme I est un intervalle, on a (1 − λ)x + λx′ ∈ I. Comme de sorte que l’on obtient bien
f est convexe, on a (1−λ)f (x)+λf (x′ ) ⩾ f ((1−λ)x+λx′ ), f (λ1 x1 + · · · + λn+1 xn+1 ) ⩽ λ1 f (x1 ) + · · · + λn+1 f (xn+1 ).
donc
(1 − λ)y + λy ′ ⩾ f ((1 − λ)x + λx′ ). Le résultat est donc bien établi par récurrence.
Ainsi, ((1−λ)x+λx , (1−λ)y+λy ) appartient à l’épigraphe
′ ′
265
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
Corollaire 4.2.12 (Théorème des trois pentes, (a − b)f (c) + (b − c)f (a) + (c − a)f (b) ⩽ 0.
voir figure XVII.7).
Soit f : I → R. Alors, f est convexe si et seule-
Corollaire 4.2.14 (voir la figure XVII.8).
ment si, pour tout a < b < c ∈ I, on a
Si f : I → R est convexe, considérons une sécante
f (a) − f (b) f (a) − f (c) f (b) − f (c) à la courbe de f :
⩽ ⩽ . • la corde ainsi construite est au dessus de la
a−b a−c b−c
courbe de f ;
• en dehors de la corde, la sécante est en des-
sous de la courbe de f .
f (c) Démonstration.
Nous savons déjà que la corde à la courbe de f est au
dessus de sa courbe. Soit a < b ∈ I, notons S la sécante à
la courbe de f passant par les points d’abscisses a et b. Soit
x ∈ I vérifiant x < a. Le point d’abscisse x se trouvant sur
f (a) S a pour ordonnée
266
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
Remarque 4.3.3.
Il existe des fonctions convexes non continues, les
discontinuités se trouvant alors au bord de l’in-
tervalle de définition. On peut démontrer qu’une
S fonction convexe admet des limites (éventuelle-
f ment infinies) à gauche ou à droite au bord son
intervalle de définition.
Il existe aussi des fonctions convexes non déri-
vables.
Exercice 4.3.4.
I Montrer que la fonction valeur absolue est
convexe.
267
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
Démonstration.
Immédiat avec la proposition 4.2.6.
I
Exemple 4.3.11.
La fonction ln est concave.
Figure XVII.9 – Position de deux tangentes
T et T ′ par rapport à la courbe d’une fonction Définition 4.3.12.
convexe f . Soit f : I → R continue, soit a ∈ I. Alors, a est un
point d’inflexion pour f si la courbe de f change
de concavité en a, c’est-à-dire s’il existe ε > 0
Démonstration. tel que f|[a−ε,a] et f[a,a+ε] soient de concavités
On démontre que f est convexe si et seulement si, pour opposées (l’une est convexe et l’autre est concave).
tout a, x ∈ I,
268
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
f (a)
269
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ
270
Chapitre XVIII
Fractions rationnelles
Sommaire
1 Corps des fractions rationnelles K(X). . 272
1.1 Définitions. . . . . . . . . . . . . . . . 272
1.2 Fonctions rationnelles. . . . . . . . . . 273
1.3 Dérivées, degrés et pôles. . . . . . . . . 273
1.4 Zéros et pôles. . . . . . . . . . . . . . . 275
2 Étude locale d’une fraction rationnelle. 275
2.1 Partie entière. . . . . . . . . . . . . . . 275
2.2 Partie polaire associée à un pôle. . . . 275
2.3 Décomposition en éléments simples dans
C(X). . . . . . . . . . . . . . . . . . . 276
2.4 Décomposition en éléments simples dans
R(X). . . . . . . . . . . . . . . . . . . 276
2.5 Quelques méthodes de calcul. . . . . . 277
a Avant même de commencer. . . . 277
b Simplification par symétrie, parité
et imparité. . . . . . . . . . . . . 277
c Simplification par conjugaison de
fractions rationnelles réelles. . . . 277
d Méthode de base. . . . . . . . . . 278
e Résidus. . . . . . . . . . . . . . . 278
f Un exemple. . . . . . . . . . . . . 279
g Évaluation en un point différent
d’un pôle. . . . . . . . . . . . . . 279
h Identification. . . . . . . . . . . . 279
i Développements limités. . . . . . 279
2.6 Décomposition de P ′ /P . . . . . . . . . 280
3 Application au calcul intégral. . . . . . 281
3.1 Si K = C . . . . . . . . . . . . . . . . . 281
3.2 Si K = R . . . . . . . . . . . . . . . . . 281
CHAPITRE XVIII. FRACTIONS RATIONNELLES
Dans ce chapitre, K = R ou C.
Nous allons étudier un nouveau corps : K(X), qui Définition 1.1.3.
est le corps des fractions rationnelles. Sa construc- Soit R ∈ K(X), un couple (A, B) ∈ K[X]2 tel
tion est hors-programme, mais on peut mention- A
que R = est appelé représentant de la fraction
ner que l’on obtient K(X) à partir de K[X] de la B
rationnelle R.
même manière que l’on obtient Q à partir de Z :
on rajoute de nouveaux éléments qui seront les
inverses pour la loi × de tous les éléments non Passons maintenant à des définitions algé-
nuls, c’est-à-dire que l’on introduit les éléments briques.
1
, où P ∈ K[X]\{0}. Ainsi, K(X) est le corps
P
contenant les fractions de polynômes. Définition 1.1.4 (Lois sur K(X)).
On définit trois lois sur K(X), les deux premières
1 Corps des fractions ration- sont des lois internes, la troisième est une loi
externe.
nelles K(X).
K(X)× K(X) −→ K(X)
Addition + : A C AD + BC
1.1 Définitions. , 7−→
B D BD
La construction de l’ensemble des fractions ra-
K(X)× K(X) −→ K(X)
tionnelles étant hors-programme, on introduit Produit × : A C AC
, 7−→
celui-ci de façon axiomatique.
B D BD
Multiplication
par un scalaire
Définition 1.1.1. K× K(X) −→ K(X)
·: A λA
Il existe un ensemble K(X) vérifiant : λ, 7−→
B B
(i) À tout couple (A, B) ∈ K[X]2 tel que B ̸= 0,
Alors (K(X), +, ×) est un corps.
on peut associer un élément de K(X) noté
A De plus, tout polynôme de K[X] s’identifie à l’élé-
; P
B ment de K(X). Cette identification permet de
1
(ii) Réciproquement, tout élément de K(X) considérer (K[X], +, ×) comme un sous-anneau
A
s’écrit , avec A, B ∈ K[X], B ̸= 0 ; de (K(X), +, ×).
B Le neutre de la loi + et 0, celui de la loi × est
(iii) Si A, B, C, D ∈ K[X] tels que B et D soient A −A B
A C 1. L’opposé de et , son inverse est .
non nuls, on a : = ⇔ AD = BC. B B A
B D
Cette définition permet de donner sans ambi-
guïté tous les éléments de K(X) : ce n’est qu’une Remarque 1.1.5.
définition ensembliste. On verra bientôt que (K(X), +, ·) est un K-espace
Cet ensemble est appelé l’ensemble des fractions vectoriel.
rationnelles à coefficients dans K. Démonstration.
272
CHAPITRE XVIII. FRACTIONS RATIONNELLES
273
CHAPITRE XVIII. FRACTIONS RATIONNELLES
Démonstration. • Montrons que R′ ne dépend pas On voit là qu’une fraction rationnelle de degré
P A A
du choix de A et B : si R = = , avec nul n’est pas forcément constante.
Q B B
irréductible. Alors P B = AQ, donc A|P B et, avec
le lemme de Gauss, A|P , d’où il existe C ∈ K[X] Proposition 1.3.7.
tel que P = AC, et par suite Q = BC. Dans ce cas, Soient R1 , R2 ∈ K(X).
′
P P ′ Q − Q′ P
= (i) deg(R1 + R2 ) ⩽ max(deg R1 , deg R2 )
Q Q2
(A′ C + AC ′ )BC − (B ′ C + BC ′ )AC (ii) deg(R1 R2 ) = deg R1 + deg R2
=
B2C 2 R1
(iii) Si R2 ̸= 0, deg = deg R1 − deg R2 .
C 2 (A′ B − AB ′ ) R2
=
C 2B2
(iv) Si deg R1 ̸= 0, alors deg R1′ = deg R1 − 1.
A′ B − AB ′
=
B2 (v) Si R1 ̸= 0, alors deg R1′ < deg R1 .
′
A
= .
B
Démonstration.
• Il suffit de remplacer les expressions par leurs défini- P A
tions et d’un simple calcul pour vérifier les propriétés On note R1 = et R2 = .
Q B
énoncées. P B + AQ
(i) On a : R1 + R2 = . Donc
QB
Remarque 1.3.2. deg(R1 + R2 )
La dérivation sur K(X) prolonge celle sur K[X]. = deg(P B + AQ) − deg(QB)
⩽ max(deg(P B), deg(AQ)) − deg Q − deg B
Définition 1.3.3 (Degré). ⩽ max(deg P + deg B, deg A + deg Q) − deg Q − deg B
A ⩽ max(deg P + deg B − deg Q − deg B,
Soit R = , avec A, B ∈ K[X], B = ̸ 0. On ap-
B deg A + deg Q − deg Q − deg B)
pelle degré de R, noté deg R, la quantité deg R =
⩽ max(deg P − deg Q, deg A − deg B)
deg A−deg B. Si A ̸= 0, il s’agit d’un entier relatif.
⩽ max(deg(P/Q), deg A/B)
Sinon, deg R = −∞. Cette définition ne dépend
⩽ max(deg(R1 ), deg(R2 )).
là encore pas du représentant choisi.
(ii) Simple calcul.
Démonstration. (iii) Idem.
A C (iv) On note d = deg P , e = deg Q, p le coefficient domi-
Si F = = , alors AD = BC, donc deg(AD) =
B D nant de P et q celui de Q.
deg(BC), soit deg(A) + deg(D) = deg(B) + deg(C). On • Si e = 0, alors R1 est un polynôme et le résultat
obtient donc deg(A) − deg(B) = deg(C) − deg(D). est alors connu.
Q′
Remarque 1.3.4. • Si d = 0 et e ̸= 0, alors deg R1 = −e et R1′ = −p 2 ,
Q
Le degré sur K(X) prolonge celui sur K[X]. dont le degré est e − 1 − 2e = −e − 1 = deg R1 − 1.
′ ′
P Q−Q P
Remarque 1.3.5. • Si d =
̸ 0 et e ̸= 0, alors on a R1′ = , donc
Q2
La fraction rationnelle nulle est la seule à ne pas deg P Q = deg P Q = deg P + deg Q − 1 = d + e − 1.
′ ′
274
CHAPITRE XVIII. FRACTIONS RATIONNELLES
Démonstration.
A
Définition 1.4.1. On note R = .
B
A Existence On effectue la division euclidienne de A par B,
Soit R = , irréductible.
B qui donne A = EB + T , avec deg T < deg B. Ainsi
1. Toute racine de A est appelée racine ou zéro EB + T T
R = = E + Q, avec Q = : on a bien
B B
de R. Si elle est de multiplicité m dans A, on deg Q < 0.
dira aussi qu’elle est de multiplicité m dans Unicité Soient (E, Q) et (D, U ) deux couples convenables.
R. Alors E + Q = D + U , soit E − D = U − Q. Si
E − D ̸= 0, on a deg(E − D) ⩾ 0. Or deg(U − Q) ⩽
2. Toute racine de B est appelée pôle de R. Si max(deg Q, deg U ) < 0. Ceci est contradictoire, donc
elle est de multiplicité m dans B, on dira E − D = 0, i.e. E = D. Il s’ensuit que Q = U .
aussi qu’elle est de multiplicité m dans R.
On utilise les expressions pôle ou racine simple Exemple 2.1.2.
ou double quand la multiplicité vaut 1 ou 2. Après division euclidienne, on obtient
X6 + X3 + X2 − 1
= X 4 − 3X 2 + X +
X2 + 3
−3X − 31
À nouveau, la multiplicité n’est bien dé- 10 + , et ainsi la partie entière de
X2 + 3
finie que si la fraction est irréductible : 1 n’a pas X +X +X −1
6 3 2
la même multiplicité dans les dénominateurs de est X 4 − 3X 2 + X + 10.
X2 + 3
X(X − 1) X
et . De plus 1 n’est pas racine
(X − 1) 2 X −1 2.2 Partie polaire associée à un pôle.
de ces fractions rationnelles, car 1 n’est pas racine
de la forme irréductible.
A
En allant encore plus loin, soit R = une frac- Définition 2.2.1.
B n
A(X − λ) Soit m ∈ N, R ∈ K(X), et λ un pôle de R de
tion rationnelle. Alors R = , et ce multiplicité m. Alors il existe une unique famille
B(X − λ)n
pour tous λ ∈ K et n ∈ N. Donc, si on oubliait a1 , . . . , am ∈ K et une unique fraction rationnelle
l’hypothèse « forme irréductible », on pourrait S n’ayant pas λ pour pôle vérifiant
montrer que tout scalaire est racine et pôle de m
ak
toute fraction rationnelle, avec n’importe quelle R= + S.
X
(X − λ)k
multiplicité. k=1
m
Remarque 1.4.2. ak
La somme est appelée partie po-
X
On pourra, si besoin, considérer la convention (X − λ)k
k=1
suivante : un scalaire est racine (resp. pôle) de laire de R associée au pôle λ.
multiplicité zéro de R = A/B s’il n’est pas racine De plus :
de A (resp. B).
275
CHAPITRE XVIII. FRACTIONS RATIONNELLES
Exemple 2.3.2.
Théorème 2.4.3 (Décomposition dans R(X)).
X5 + X2 − 3
s’écrit de manière unique sous Soit R ∈ R(X). R s’écrit sous forme irréductible
(X − 1)3 (X − 2)2
Q avec Q unitaire. Le polynôme Q s’écrit alors
P
la forme
sous la forme i=1 (X − λi )mi × pi=1 Hini , où λ1 ,
Qq Q
a1 a2 a3 . . ., λq sont les racines (deux à deux distinctes)
1+ + +
X − 1 (X − 1)2 (X − 1)3 de Q et H1 , . . ., Hp sont des polynômes de degré
b1 b2 deux sans racines réelles.
+ +
X − 2 (X − 2)2
276
CHAPITRE XVIII. FRACTIONS RATIONNELLES