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Cours de MPSI: La Martinière Monplaisir

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La Martinière Monplaisir

Cours de MPSI

2 octobre 2024
2
Table des matières

I Trigonométrie et nombres ima- V Nombres complexes 81


ginaires 7 1 L’inégalité triangulaire . . . . . 82
1 Relation de congruence modulo 2 Propriétés supplémentaires de
un réel . . . . . . . . . . . . . . 8 l’exponentielle complexe et des
2 Les fonctions sinus, cosinus et arguments . . . . . . . . . . . . 82
tangente . . . . . . . . . . . . . 8 3 Groupe U des nombres com-
3 Modes de repérage dans le plan plexes de module 1 . . . . . . . 83
et angles orientés . . . . . . . . 10 4 Équations du second degré . . . 83
4 Trigonométrie . . . . . . . . . . 14 5 Racines énièmes. . . . . . . . . . 85
5 Nombres imaginaires . . . . . . 21 6 Techniques de calcul . . . . . . . 86
7 L’exponentielle complexe . . . . 87
II Fonctions usuelles 29 8 Nombres complexes et géomé-
1 Rappels d’analyse. . . . . . . . . 30 trie plane . . . . . . . . . . . . . 87
2 Effet d’une transformation sur
le graphe. . . . . . . . . . . . . . 34 VI Équations différentielles linéaires 93
3 Composée de fonctions, réci- 1 Résultats d’analyse . . . . . . . 94
proque. . . . . . . . . . . . . . . 35
2 Généralités sur les équations dif-
4 Fonction valeur absolue . . . . . 39
férentielles linéaires. . . . . . . . 100
5 Fonctions puissances entières,
3 Équations linéaires du premier
polynomiales et rationnelles . . 40
ordre. . . . . . . . . . . . . . . . 102
6 Fonctions exponentielles, loga-
4 Équations différentielles du se-
rithmes et puissances quelconques 42
cond ordre à coefficients constants.104
7 Fonctions circulaires réciproques 45
8 Fonctions hyperboliques . . . . . 48
VII Théorie des ensembles 111
1 Définitions. . . . . . . . . . . . . 112
III Un peu de calcul 51
1 Le symbole somme : Σ . . . . . 52 2 Interprétation logique . . . . . . 117
2 Le symbole produit : Π . . . . . 56
3 Quelques formules à connaître . 56 VIII Notion d’application 119
4 Systèmes linéaires et pivot de 1 Vocabulaire. . . . . . . . . . . . 120
Gauss . . . . . . . . . . . . . . . 60 2 Restriction, prolongement . . . . 121
3 Composition d’applications . . . 122
IV Quelques fondamentaux 65 4 Injectivité, surjectivité, bijectivité122
1 Propositions. . . . . . . . . . . . 66 5 Image directe, tiré en arrière. . . 125
2 Connecteurs logiques. . . . . . . 66
3 Quantificateurs universel et exis- IX Calcul matriciel 129
tentiel. . . . . . . . . . . . . . . 69 1 Définitions élémentaires . . . . . 130
4 Raisonnements par récurrence. . 71 2 Systèmes linéaires . . . . . . . . 139
TABLES DES MATIÈRES

X Relations d’ordre et d’équiva- 3 Extension au cas des fonctions


lence. 143 à valeurs complexes. . . . . . . . 219
1 Relations binaires. . . . . . . . . 144
2 Relations d’équivalence. . . . . . 145 XVI Polynômes 221
3 Relations d’ordre. . . . . . . . . 146 1 K[X] : définitions et résultats
4 Majorants, minorants et compa- algébriques. . . . . . . . . . . . 222
gnie. . . . . . . . . . . . . . . . 146 2 Décomposition. . . . . . . . . . 229
5 Relation d’ordre naturelle sur N. 149 3 Dérivation des polynômes. . . . 235
6 Relation d’ordre naturelle sur R. 150 4 Arithmétique de K[X]. . . . . . 238
5 Formule d’interpolation de La-
XI Entiers relatifs et arithmétique grange. . . . . . . . . . . . . . . 243
de Z 155 6 Annexe : construction de K[X] 245
1 Divisibilité. . . . . . . . . . . . . 156 7 Annexe : fonctions polyno-
2 PGCD, PPCM. . . . . . . . . . 157 miales à valeurs dans un anneau 247
3 Nombres premiers. . . . . . . . . 163
XVII Dérivabilité 249
XII Suites réelles et complexes 167 1 Définitions et premières proprié-
1 Vocabulaire. . . . . . . . . . . . 168 tés. . . . . . . . . . . . . . . . . 250
2 Limite d’une suite réelle. . . . . 169 2 Les grands théorèmes. . . . . . . 256
3 Résultats de convergence. . . . . 173 3 Extension au cas des fonctions
4 Traduction séquentielle de cer- complexes. . . . . . . . . . . . . 262
taines propriétés. . . . . . . . . 176 4 Convexité. . . . . . . . . . . . . 263
5 Suites particulières. . . . . . . . 177
6 Suites définies par une relation XVIII Fractions rationnelles 271
de récurrence d’ordre 1. . . . . . 181 1 Corps des fractions rationnelles
7 Suites à valeurs complexes. . . . 182 K(X). . . . . . . . . . . . . . . . 272
8 Premiers exemples de séries nu- 2 Étude locale d’une fraction ra-
mériques. . . . . . . . . . . . . . 184 tionnelle. . . . . . . . . . . . . . 275
3 Application au calcul intégral. . 281
XIII Groupes, anneaux, corps 185
1 Lois de composition internes. . . 186 XIX Espaces vectoriels 283
2 Structure de groupe. . . . . . . 188 1 Espaces vectoriels et combinai-
3 Anneaux . . . . . . . . . . . . . 193 sons linéaires. . . . . . . . . . . 284
4 Structure de corps. . . . . . . . 196 2 Sous-espaces vectoriels. . . . . . 286
3 Translations, sous-espaces affines.293
XIV Limite d’une fonction 197
1 Préliminaires. . . . . . . . . . . 198 XX Analyse asymptotique 297
2 Définitions de la limite d’une 1 Comparaison asymptotique de
fonction. . . . . . . . . . . . . . 199 suites. . . . . . . . . . . . . . . . 298
3 Propriétés des limites de fonctions.204 2 Comparaison de fonctions. . . . 301
4 Théorèmes d’existence. . . . . . 206 3 Développements limités. . . . . 303
5 Cas des fonctions à valeurs com- 4 Théorèmes de comparaison pour
plexes. . . . . . . . . . . . . . . 208 les séries. . . . . . . . . . . . . . 311

XV Continuité 211 XXI Familles de vecteurs et espaces


1 Définitions et premières proprié- vectoriels de dimension finie 315
tés. . . . . . . . . . . . . . . . . 212 1 Familles de vecteurs. . . . . . . 316
2 Les grands théorèmes. . . . . . . 215 2 Notion de dimension. . . . . . . 322

4
TABLES DES MATIÈRES

3 Sous-espaces vectoriels en di- 3 Matrices remarquables. . . . . . 409


mension finie. . . . . . . . . . . 326 4 Rang d’une matrice. . . . . . . . 411
5 Systèmes d’équations linéaires. . 415
XXII Intégration 331 6 Matrices semblables et trace. . . 416
1 Continuité uniforme. . . . . . . 332 7 Matrices par blocs (HP). . . . . 419
2 Construction de l’intégrale. . . . 333
3 Le théorème fondamental du cal-
XXVIIDéterminants 425
cul différentiel. . . . . . . . . . . 338
1 Groupe symétrique. . . . . . . . 426
4 Méthodes de calcul. . . . . . . . 340
2 Applications multilinéaires. . . . 430
5 Formules de Taylor. . . . . . . . 340
3 Déterminant d’une famille de
6 Cas des fonctions à valeurs com-
vecteurs. . . . . . . . . . . . . . 432
plexes. . . . . . . . . . . . . . . 341
7 Approximation d’intégrales. . . 342 4 Déterminant d’un endomor-
8 Comparaison série-intégrale. . . 344 phisme. . . . . . . . . . . . . . . 436
9 Annexes. . . . . . . . . . . . . . 346 5 Déterminant d’une matrice carrée.437

XXIII Dénombrement 347 XXVIII


Séries numériques 443
1 Cardinal d’un ensemble fini. . . 348 1 Prolégomènes . . . . . . . . . . 444
2 Dénombrement. . . . . . . . . . 350 2 Séries à termes réels positifs . . 446
3 Comparaison série-intégrale . . . 448
XXIV Applications linéaires 355 4 Séries absolument convergentes . 449
1 Généralités. . . . . . . . . . . . 356 5 Familles sommables . . . . . . . 451
2 Applications linéaires en dimen- 6 Annexe : compléments . . . . . 459
sion finie. . . . . . . . . . . . . . 362
3 Endomorphismes particuliers. . 365 XXIX Espaces euclidiens et préhilber-
4 Formes linéaires et hyperplans. . 367 tiens réels 461
XXV Probabilités sur un univers fini 371 1 Produit scalaire, norme et dis-
1 Événements, probabilités. . . . . 372 tance. . . . . . . . . . . . . . . . 462
2 Variables aléatoires. . . . . . . . 382 2 Orthogonalité. . . . . . . . . . . 465

XXVI Matrices et algèbre linéaire 399 XXX Fonctions de deux variables 471
1 Structure de Mn,p (K). . . . . . 400 1 Fonctions numériques à deux va-
2 Matrices, familles de vecteurs et riables . . . . . . . . . . . . . . 472
applications linéaires. . . . . . . 401 2 Introduction au calcul différentiel474

5
TABLES DES MATIÈRES

6
Chapitre I

Trigonométrie et nombres imaginaires


Sommaire
1 Relation de congruence modulo un réel 8
2 Les fonctions sinus, cosinus et tangente 8
2.1 Définitions géométriques . . . . . . . . 8
2.2 Résultats admis . . . . . . . . . . . . . 9
3 Modes de repérage dans le plan et
angles orientés . . . . . . . . . . . . . . . 10
3.1 Coordonnées cartésiennes . . . . . . . 10
3.2 Angles orientés de vecteurs . . . . . . . 11
3.3 Angles orientés de droites . . . . . . . 12
3.4 Cercle trigonométrique . . . . . . . . . 13
3.5 Coordonnées polaires . . . . . . . . . . 13
4 Trigonométrie . . . . . . . . . . . . . . . 14
4.1 Angles remarquables . . . . . . . . . . 14
4.2 Propriétés élémentaires . . . . . . . . . 15
4.3 Équations trigonométriques . . . . . . 16
4.4 Formules trigonométriques . . . . . . . 16
4.5 Régularité des fonctions trigonomé-
triques circulaires . . . . . . . . . . . . 19
5 Nombres imaginaires . . . . . . . . . . . 21
5.1 Bref aperçu historique . . . . . . . . . 21
5.2 Une définition géométrique . . . . . . 21
5.3 Écriture trigonométrique d’un complexe 23
5.4 Multiplication de deux complexes . . . 25
5.5 Conjugué et module d’un nombre com-
plexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
5.6 Inverse d’un nombre complexe non nul 27
5.7 Technique de l’angle moitié . . . . . . 28
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Nous nous placerons dans tout ce chapitre dans 3. Soit k, ℓ ∈ Z tels que a = b + kθ et b = c + ℓθ, alors
le plan R2 , muni de son repère orthonormal cano- a = c + (k + ℓ)θ, or k + ℓ ∈ Z, donc a ≡ c [θ].
nique (O, →
−ı , →
−ȷ ). 4. Soit k, ℓ ∈ Z tels que a = b + kθ et c = d + ℓθ,
alors a + c = b + d + (k + ℓ)θ, or k + ℓ ∈ Z, donc
a + c ≡ b + d [θ].
1 Relation de congruence mo- 5. C’est un cas particulier du point suivant (avec n =
−1).
dulo un réel 6. Soit k ∈ Z tel que a = b + knθ, alors a = b + (nk)θ,
or nk ∈ Z, donc a ≡ b [θ].
7. Soit k ∈ Z tel que a = b + kθ, alors ac = bc + k(cθ),
Définition 1.0.1. or k ∈ Z, donc ac ≡ bc [cθ].
Soit θ ∈ R. On dit que deux réels a et b sont
congrus modulo θ s’il existe k ∈ Z tel que a = Exercice 1.0.5.
b + kθ. On note alors a ≡ b [θ], ou aussi a = b [θ]. Parmi la famille de réels suivants, déterminer les-
quels sont congrus entre eux modulos 2π. Même
π π 5π π 2π
Exemple 1.0.2. • , − et sont congrus question pour π, et .
2 2 2 2 3
modulo π ;
π 9π 15π • α=1 5π
• , et − sont congrus modulo 2π. • ε=
4 4 4 • β = 3π 6
28π
Remarque 1.0.3. • γ = 4π • ζ=
π 4
La relation a = b [θ] se lit aussi « a et b sont • δ=−
2
égaux à un multiple de θ près ».
Au besoin, vous placerez les points/angles cor-
respondants sur le cercle trigonométrique (voir
Proposition 1.0.4.
partie 3.4).
Soit θ ∈ R, et a, b, c, d quatre réels.
1. On a a ≡ a [θ] (on dit que la relation de Remarque 1.0.6 (Irrationnalité de π).
congruence modulo θ est réflexive). Tout au long de cette année, vous pourrez utiliser
le résultat suivant :
2. Si a ≡ b [θ], alors b ≡ a [θ] (on dit que la
relation de congruence modulo θ est symé- π∈
/ Q.
trique).
3. Si a ≡ b [θ] et b ≡ c [θ], alors a ≡ c [θ] (on Ce résultat sera démontrable en milieu d’année
dit que la relation de congruence modulo θ de MPSI.
est transitive).
4. Si a ≡ b [θ] et c ≡ d [θ], alors a+c ≡ b+d [θ]. 2 Les fonctions sinus, cosinus et
5. Si a ≡ b [θ], alors a ≡ b [−θ]. tangente
6. Si n ∈ Z et a ≡ b [nθ], alors a ≡ b [θ].
2.1 Définitions géométriques
7. Si a ≡ b [θ], alors ac ≡ bc [cθ].
Une relation vérifiant les trois premiers points de Soit (ABC) un triangle du plan, rectangle en
cette proposition est appelée une relation d’équi- B. On suppose les trois points A, B, C deux à
valence. deux distincts. On note α l’angle (non orienté)
\ Alors nous posons :
BAC.
AB
Démonstration. • cos α = ;
C’est immédiat en revenant à la définition. AC
CB
1. On a a = a + 0θ, donc a ≡ a [θ]. • sin α = ;
AC
2. Soit k ∈ Z tel que a = b + kθ, alors b = a + (−k)θ, or CB sin α
−k ∈ Z, donc b ≡ a [θ]. • tan α = = .
AB cos α

8
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

En particulier, dans le cas où AC = 1, grâce sin π 1 3π



au théorème de Pythagore nous obtenons que : −2π −π 2 0 π 2 2π
π

cos2 α + sin2 α = AB 2 + CB 2 = AC 2 = 1. − cos −1 2
2
Cette relation entre sinus et cosinus est la
Figure I.1 – Fonctions cos et sin.
première formule de trigonométrie à connaître !

Vous connaissez ces définitions depuis la fin


du collège. Elles sont bien sûr historiquement et Proposition 2.2.1. 1. Les fonctions sinus (sin)
géométriquement fondamentales, mais posent et cosinus (cos) sont définies sur R et sont
quelques problèmes théoriques : tout d’abord, 2π-périodiques ;
qu’est-ce qu’un angle ? Comment définir cette
2. La fonction cosinus est paire et la fonction
notion ?
sinus est impaire ;
Ensuite, avec cette définition, tous les sinus et
cosinus sont positifs. Pour obtenir des quantités 3. La fonction cos est strictement décroissante
algébriques, donc avec des signes, il faut orienter sur [0, π] établit une bijection de [0, π] dans
toutes les quantités en jeu : aussi bien les angles [−1, 1] ; cela signifie que pour tout x ∈
que les longueurs. Et cela oblige à quelques [−1, 1], il existe un unique réel t ∈ [0, π] tel
contorsions. que x = cos t ;
Enfin, comment définir le sinus et le cosinus d’un π
 
4. Pour tout t ∈ R, cos t = sin t + (le
angle droit ? 2
graphe de cos n’est donc que le translaté de
Dans les mathématiques « modernes », les celui de sin, et la connaissance d’une seule
choses sont introduites différemment : les fonc- de ces deux fonctions permet de connaître
tions sinus et cosinus sont introduites grâce à la l’autre) ;
notion de série entière, que vous étudierez en se- 5. Si t ∈ R,
conde année. Et c’est à partir de ces fonctions que π
l’on peut définir ce qu’est un angle, et retrouver cos t = 0 ssi t≡ [π]
2
toutes les propriétés géométriques habituelles. sin t = 0 ssi t ≡ 0 [π]
Nous allons dans la suite adopter ce point de
cos t = 1 ssi t ≡ 0 [2π]
vue : tout ce que nous admettrons, c’est qu’il
existe deux fonctions réelles sinus et cosinus, dont cos t = −1 ssi t ≡ π [2π]
nous admettrons quelques propriétés, en particu- π
sin t = 1 ssi t ≡ [2π]
lier que pour tout t ∈ R, cos2 t + sin2 t = 1. 2
π
Finalement, en MPSI peu importe le point de sin t = −1 ssi t ≡ − [2π]
2
vue, vous devrez uniquement connaître les liens
entre angles et fonctions trigonométriques (vous 6. Pour tout t ∈ R, cos2 t + sin2 t = 1.
les connaissez déjà pour la plupart).
Nous pouvons alors démontrer le lemme suivant,
2.2 Résultats admis fort utile :

Nous admettons qu’il existe deux fonctions si-


Lemme 2.2.2.
nus et cosinus, dont les graphes sont représentés
Soit a, b ∈ R tels
( que a + b = 1. Alors il existe
2 2
figure I.1, et vérifiant les propriétés suivantes :
a = cos t
t ∈ R tel que .
b = sin t

9
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Démonstration. Par parité du cosinus et imparité du sinus, la


Puisque a2 + b2 = 1, alors a2 et b2 appartiennent à l’inter- fonction tangente est impaire. Elle est aussi π-
valle [0, 1], et donc a, b ∈ [−1, 1]. Ainsi il existe un réel t tel
périodique, ce que nous allons montrer plus loin.
que a = cos t. Dans ce cas : b2 = 1−a2 = 1−cos2 t = sin2 t.
Par conséquent, |b| = | sin t|. Si b et sin t sont de même Les autres propriétés des fonctions cos, sin et tan,
signe, b = sin t et nous avons fini. qui sont appelées fonctions trigonométriques cir-
Sinon, b = − sin t = sin(−t) puisque sin est impaire. Si nous culaires, vont être démontrées plus loin également.
posons t′ = −t, alors b = sin t′ et a = cos t = cos(−t′ ) =
Elles nous permettront de tracer le graphe de la
cos t′ car cos est paire. Nous avons donc bien démontré le
résultat voulu. fonction tangente.
Nous allons d’abord effectuer quelques rappels de
Nous pouvons alors définir la fonction tan- géométrie du plan.
gente :

3 Modes de repérage dans le


Définition 2.2.3. plan et angles orientés
Notons A l’ensemble des points d’annulation de
la fonction cos, i.e. l’ensemble des réels congrus à 3.1 Coordonnées cartésiennes
π
modulo π :
2
π Définition 3.1.1 (voir figure I.2). 1. Soit u un
 
A = x ∈ R ∃k ∈ Z x = + kπ
2 vecteur du plan. Il existe un unique couple
π (a, b) ∈ R2 tel que u = a→ −ı + b→
−ȷ . Ce couple
 
= + kπ k ∈ Z .
2 est appelé couple des coordonnées de u!dans
la base (→ −ȷ ). On note alors u = a .
−ı , →
On appelle alors fonction tangente, notée tan, la b
fonction :
2. Soit M un point du plan. Soit (a, b) les coor-
−−→
tan : R\A → R . données du vecteur OM dans la base (→ −ı , →
−ȷ ).
sin t Ce couple est appelé couple des coordonnées
t 7→
cos t de M dans le repère (O, →−ı , →
−ȷ ). On note alors
M = (a, b). Le réel a est l’abscisse du point
M , le réel b est son ordonnée.
Remarque 2.2.4.
On peut définir de la même manière la fonction
Remarque 3.1.2.
cotangente :
On identifiera fréquemment le point M avec le
Posons −−→
vecteur
! OM . Notamment, on notera souvent M =
a
B = { x ∈ R | ∃k ∈ Z x = kπ } = πZ. pour donner les coordonnées de M .
b
On appelle alors fonction cotangente, notée cotan, Rappelons maintenant une série de résultats
la fonction : que vous connaissez déjà :

cotan : R\B → R .
cos t
t 7→ Théorème 3.1.3 (Règles de calcul). 1. Soient
sin t
u et u′ deux vecteurs de coordonnées respec-
tives (x, y) et (x′ , y ′ ), et λ et λ′ deux réels.
Le vecteur λu + λ′ u′ a pour coordonnées le
La fonction cotangente n’est pas égale à
1 couple (λx + λ′ x′ , λy + λ′ y ′ ).
. Pourquoi ?
tan

10
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

!
−−→ a Proposition 3.1.6 (Inégalité triangulaire).
b M = (a, b), OM =
b

1. Soit u, u′ deux vecteurs. Alors


−ȷ ∥u∥ − u′ ⩽ u ± u′ ⩽ ∥u∥ + u′ .

2. Soit A, B, C trois points du plan. Alors


−ı a |AB − BC| ⩽ AC ⩽ AB + BC.
O

3.2 Angles orientés de vecteurs


Figure I.2 – Repérage d’un point par ses coor- Dans toute la suite de ce chapitre et tout au
données cartésiennes. long de l’année, nous allons parler d’angle. Mais
qu’est-ce qu’un angle ? Observons tout d’abord
qu’il s’agit de distinguer les angles orientés et
2. Soient A et B deux points de coordonnées res- les angles non orientés, ainsi que les angles entre
−−→
pectives (xA , yA ) et (xB , yB ). Le vecteur AB droites et entre vecteurs.
a pour coordonnées le couple (xB − xA , yB − Nous n’allons considérer que des angles orientés,
yA ). et pour cela il faut orienter le plan : nous
reviendrons plus tard dans l’année sur la défi-
nition précise d’orientation. Contentons-nous
Définition 3.1.4. 1. Soit u un vecteur du plan pour!l’instant
!! de considérer la base canonique
de coordonnées (a, b). La norme√(euclidienne) 1 0
, comme étant directe, et les angles
du vecteur u est le réel ∥u∥ = a2 + b2 . 0 1
étant orientés dans le sens trigonométrique (ou
2. Soient A et B deux points de coordonnées
sens anti-horaire), comme vous en avez pris
respectives (xA , yA ) et (xB , yB ). La distance
l’habitude au lycée.
AB est le réel
−−→ q
Dans le secondaire, vous n’avez jamais vraiment
AB = AB = (xB − xA )2 + (yB − yA )2 .
défini ce qu’était un angle. Mais vous avez vu une
définition des fonctions cosinus et sinus à partir
de la notion d’angle. Comme nous l’avons dit plus
On a immédiatement le résultat suivant. haut, nous pouvons faire l’inverse : définir la no-
tion d’angle à partir des fonctions cosinus et sinus.

Proposition 3.1.5. Il existe plusieurs manières de définir un angle


Soit u un vecteur du plan, soit λ ∈ R. entre deux vecteurs. Donnons une définition pos-

− sible, qui ne figure pas au programme :
1. On a ∥u∥ = 0 ⇔ u = 0 .
2. On a ∥λu∥ = |λ| ∥u∥.
Définition 3.2.1 (voir figure I.3).
Soit u, v deux vecteurs non nuls du plan. Nous
Et pour finir, l’inégalité triangulaire, qui sera dé- u v
introduisons u′ = et v ′ = . Ces deux
montrée plus tard grâce aux nombres complexes : ∥u∥ ∥v∥

11
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

mesure de l’angle (u, v) » 1 .


• Il est important de retenir qu’un angle
(u, v)
orienté de vecteurs se donne toujours mo-

−ȷ
dulo 2π.
v u
• Géométriquement, l’angle (u, v) vaut θ si v ′
v′ est l’image de u′ par la rotation vectorielle
u′ d’angle θ.
Nous pourrons démontrer les résultats suivants

−ı plus tard dans l’année mais nous allons les ad-
O
mettre ici :

Proposition 3.2.3.
Soit u, v, w ∈ R2 .
1. (u, v) = −(v, u) [2π] ;
2. Relation de Chasles :

(u, v) + (v, w) = (u, w) [2π].


Figure I.3 – Angle entre deux vecteurs u et v.

3.3 Angles orientés de droites


vecteurs sont donc!de norme 1, ou
! unitaires. Nous
a ′ c′ Il est aussi possible de définir l’angle orienté
noterons u′ = ′ et v ′ = . entre deux droites :
b d′
On appelle mesure de l’angle (u, v) tout réel θ
tel que Définition 3.3.1.
( Soit D et D ′ deux droites. On appelle mesure de
c′ = cos θ a′ − sin θ b′
l’angle orienté(D, D ′ ) tout réel θ pour lequel il
d′ = sin θ a′ + cos θ b′
existe u un vecteur directeur de D et v un vecteur
Cette condition se note matriciellement directeur de D ′ tel que θ est une mesure de l’angle
(u, v).
Il existe une infinité de tels réels, mais si θ0 est
!
′ cos θ − sin θ ′
v = u.
sin θ cos θ l’un d’entre eux, l’ensemble des mesures de l’angle
(D, D ′ ) est l’ensemble de tous les réels congrus à
Il existe une infinité de tels réels, mais si θ0 est θ0 modulo π, i.e. {θ0 + kπ , k ∈ Z}.
l’un d’entre eux, l’ensemble des mesures de l’angle On note alors (D, D ′ ) = θ0 [π].
(u, v) est l’ensemble de tous les réels congrus à θ0
modulo 2π, i.e.
Remarque 3.3.2. • Par abus, on parle sou-
{θ0 + 2kπ , k ∈ Z} . vent de « l’angle (D, D ′ ) » plutôt que d’
« une mesure de l’angle (u, v) ».
On note alors (u, v) = θ0 [2π]. • Il est important de retenir qu’un angle
orienté de droites se donne toujours modulo
π.
1. en toute rigueur l’angle (u, v) est l’ensemble de toutes
Remarque 3.2.2. • Par abus, on parle sou- les mesures de l’angle (u, v) : il s’agit d’une classe d’équi-
vent de « l’angle (u, v) » plutôt que d’ « une valence ; nous en reparlerons plus tard dans l’année

12
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Mais réciproquement, tout point du cercle tri-



−ȷ (→
−ı , u ) = θ [2π]
θ gonométrique est de cette forme.
uθ sin(θ)
Théorème 3.4.1 (Représentation paramétrique
du cercle trigonométrique).
Une représentation
( paramétrique du cercle trigo-
cos(θ) O →
−ı x = cos t
nométrique est , t ∈ R.
y = sin t
Ou encore, U = {(cos t, sin t), t ∈ R}.
U

Démonstration.
L’inclusion U ⊂ {(cos t, sin t), t ∈ R} se démontre direct-
ment grâce au lemme 2.2.2

Remarque 3.4.2 (radians).


Figure I.4 – Cercle trigonométrique et vecteur
La longueur du cercle trigonométrique étant de
uθ .
2π, par proportionnalité, la mesure d’un angle
est la longueur de l’arc du cercle trigonométrique
Nous pourrons démontrer les résultats suivants intersecté par ledit angle (voir figure I.3).
plus tard dans l’année mais nous allons les ad- La mesure d’un angle « en radians » est le rap-
mettre ici : port entre la longueur de l’arc d’un cercle centré
en O intersecté par ledit angle et le rayon de ce
cercle, c’est donc une mesure sans dimension (du
point de vue des physiciens). Le cercle trigonomé-
trique étant de rayon 1, on obtient immédiatement
Proposition 3.3.3. que la mesure en radians d’un angle est la mesure
Soit D, D ′ , D ′′ trois droites du plan. donnée précédemment.
1. (D, D ′ ) = −(D ′ , D) [π] ;
Remarque 3.4.3.
2. Relation de Chasles : (D, D ′ ) + (D ′ , D ′′ ) = On retrouve sur ce cercle les relations « cosinus
(D, D ′′ ) [π]. = côté adjacent sur hypoténuse », « sinus = côté
opposé sur hypoténuse » et donc ensuite « tan-
gente = côté opposé sur côté adjacent », puisqu’ici
l’hypoténuse est de longueur 1.
3.4 Cercle trigonométrique
3.5 Coordonnées polaires
Le cercle dit trigonométrique, souvent noté U
(nous en reparlerons), est tout simplement le cercle Les coordonnées polaires ne sont plus au pro-
de rayon 1 et de centre O. gramme en mathématiques, mais vous pourrez
Son utilité est principalement de représenter les rencontrer en physique, et elles vous aide-
graphiquement les propriétés trigonométriques ront à comprendre l’écriture trigonométrique des
usuelles. nombres complexes, que nous verrons dans la suite
Le point de départ est le suivant : pour tout de ce chapitre.
θ ∈ R, posons Mθ le point de coordonnées
(cos θ, sin θ) : puisque cos2 θ + sin2 θ = 1, ce point Définition 3.5.1.
est sur le cercle trigonométrique.
! Si nous posons Soit M un point du plan. On appelle couple de
−−−→ cos θ coordonnées polaires de M tout couple (r, θ) ∈ R2
uθ = OMθ = , alors (→
−ı , u ) = θ [2π] (voir
θ −−→
sin θ tel que OM = ruθ et r ⩾ 0.
figure I.4).

13
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES


−ȷ (→
−ı , u ) = θ [2π]
M = (a, b) b θ
U

3/2
uθ √
|r| = OM 2/2
π/3
1/2
a →
−ı
O
π/4
U π/6
√ √
1 2 3
2 2 2

π
 
Figure I.5 – Coordonnées polaires (r, θ) de M = Figure I.6 – Angles usuels dans 0, .
2
(a, b).

Alors M a pour coordonnées cartésiennes le couple


(x, y).
Théorème 3.5.2.
Pour l’autre sens, il est nécessaire d’utiliser les
Tout point admet une infinité de couples de coor-
fonctions trigonométriques circulaires inverses
données polaires.
Arccos, Arcsin et Arctan, que nous définirons
Plus précisément :
dans le chapitre sur les fonctions usuelles.
• Les couples de coordonnées polaires de O
sont tous les couples (0, θ) quand θ ∈ R ;
• Si M ̸= O, posons θ = (→ −ı , −−→
OM ) [2π]. Alors 4 Trigonométrie
les couples de coordonnées polaires de M
sont tous les couples (OM, θ + 2kπ) quand 4.1 Angles remarquables
k ∈ Z.
Vous devez connaître par cœur les valeurs des
π
sinus, cosinus et tangentes pour les angles 0, ,
6
π π π
Remarque 3.5.3. , , , et tous leurs multiples. Ces valeurs
On rencontre parfois une définition plus générale 4 3 2
sont données dans un tableau du formulaire de
où r peut être négatif, mais nous l’éviterons. Cela trigonométrie qui vous a été distribué en début
dit, il faut remarquer que quel que soit le signe d’année, vous les retrouverez dans la figure I.6.
de r, ruθ = −ruθ+π . Il est donc toujours possible Toutes ces valeurs se retrouvent sur le cercle
de se restreindre au cas r positif. trigonométrique, et peuvent se démontrer géomé-
Exemple 3.5.4. triquement. Faisons-le pour retrouver les valeurs
π
Si M est le point de coordonnées cartésiennes des sinus et cosinus des angles (voir figure I.7)

√ 3π  √ −5π  4
π
(−1, 1), alors M admet 2, , 2, et (voir figure I.8).
4 4 3
comme couples
 de coordonnées polaires. Le couple Démonstration.

√ π π
i
π
h  
π
 
π
− 2, − est parfois accepté. Comme
4
∈ 0,
2
, on a cos
4
> 0 et sin
4
> 0.
4 Si nous notons M, N, P les points de coordonnées respec-
Remarque 3.5.5. tives (cos π4 , sin π4 ), (cos π4 , 0) et (0, sin π4 ), alors ON M P
On passe facilement des coordonnées polaires aux est un carré dont la diagonale est de longueur 1. Ainsi,
grâce au théorème √ de Pythagore, ses côtés sont √ de longueur
coordonnées cartésiennes : si M a pour coordon- 1 2 π π 2
nées polaires (r, θ), posons x = r cos θ, y = r sin θ. √ , ou encore . Donc cos = sin = .
2 2 4 4 2

14
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Vous y verrez clairement que le point du cercle


π
trigonométrique désigné par l’angle a une abs-
U 6
cisse supérieure à celle du√point correspondant à
M π π 3 π 1
P l’angle . Donc cos = et cos = . Même
3 6 2 3 2
méthode pour les sinus.

4.2 Propriétés élémentaires


Là encore, ces propriétés doivent se retrouver
rapidement sur un cercle trigonométrique (voir
O N
exercice 4.2.3).

π Proposition 4.2.1.
 
Figure I.7 – Détermination de cos . Les fonctions sin et cos sont 2π-périodiques sur
4
R.
La fonction tan est π-périodique sur son en-
semble de définition.
U
B De plus, pour tout réel α on a :

• cos(−α) = cos(α) • sin(−α) = − sin(α)


• cos(π/2 − α) = sin(α) • sin(π/2 − α) = cos(α)
• cos(π/2 + α) = − sin(α) • sin(π/2 + α) = cos(α)
• cos(π − α) = − cos(α) • sin(π − α) = sin(α)
• cos(π + α) = − cos(α) • sin(π + α) = − sin(α)

O Q A

Démonstration.
Il suffit d’utiliser les formules d’addition (voir la proposi-
π
 
tion 4.4.1).
Figure I.8 – Détermination de cos .
3
Remarque 4.2.2.
Le dernier point permet de montrer que la fonc-
Démonstration. tion tangente est π-périodique.
π π π π
i h    
Comme ∈ 0, , on a cos > 0 et sin > 0.
3 2 3 3
Si nous notons maintenant A, B les points de coordon- Exercice 4.2.3.
nées respectives (1, 0) et (cos π3 , sin π3 ), alors OAB est équi- Reproduire à main levée la figure I.9 et y placer
latéral, de côtés de longueur 1. Ainsi, la médiatrice de tous les sinus et cosinus relevés, puis retrouver
[O, A] passe par B. Si Q est le milieu de [OA], alors
graphiquement les formules données par la propo-
(QB) ⊥ (OA), donc Q a pour coordonnées (cos π3 , 0),
1 sition 4.2.1.
donc cos π3 = . De plus, avec le théorème de Pythagore,
2 √
1 3 Exercice 4.2.4.
QB = OB − OQ2 = 1 − . Ainsi sin π3 = QB =
2 2
. Ordonner les cosinus des angles suivants.
4 2

• α=
π 41π
7 • δ=
Remarque 4.1.1 ( ). 3
15π 31π
Il est fréquent d’hésiter dans les valeurs des sinus • β= • ε=
π π 6 6
et cosinus des angles et : encore une fois, au 37π 112π
3 6 • γ= • ζ=
moindre doute, tracez un cercle trigonométrique. 12 5

15
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Proposition 4.4.1 (formules d’addition).


Soit a, b ∈ R. Alors :
1. cos(a + b) = cos(a) cos(b) − sin(a) sin(b) ;
2. sin(a + b) = sin(a) cos(b) + cos(a) sin(b).

α
Démonstration.
Notons M le point de coordonnées (cos(a + b), sin(a + b))
(voir figure I.10) : cela signifie que
−−→
OM = cos(a + b)−

ı + sin(a + b)−

ȷ (I.1)

D’autre part, notons


   

→ cos(a) − sin(a)
u = et −

v = .
sin(a) cos(a)

Comme

− sin(a) = 0 × cos(a) − 1 sin(a)


Figure I.9 – Formules sur les sinus et cosinus. π
 
π
 
= cos cos(a) − sin sin(a)
2 2

4.3 Équations trigonométriques et comme

cos(a) = 0 × sin(a) + 1 cos(a)


π π
   
= cos sin(a) + sin cos(a),
2 2
Proposition 4.3.1. on a
Soient a et b deux réels. Alors : (−

u,−

v)=+
π
[2π].
2

→ −

cos(a) = cos(b) ssi (a = b [2π] ou a = −b [2π]) On peut donc voir que ( u , v ) est la base obtenue à partir
sin(a) = sin(b) ssi (a = b [2π] ou a = π − b [2π]) de (−
→ı ,−

ȷ ) par la rotation vectorielle d’angle a.
−−→
tan(a) = tan(b) ssi a = b [π] Or, comme (− →
ı ,−

u ) = a [2π] et (−
→ı , OM ) = a + b [2π],
−−→
on a alors (−
→u , OM ) = b [2π].
On peut donc écrire que
−−→
OM = cos(b)− → u + sin(b)−→v.
On retrouve ces résultats sur un cercle trigo- Nous avons aussi par définition
nométrique, et en utilisant les propriétés élémen- −

taires précédentes. Par exemple, pour résoudre u = cos(a)−
→ı + sin(a)−
→ȷ


v = − sin(a) ı + cos(a)−

→ →
sin x = sin y : on trace sur la droite d’équation ȷ
y = sin a. Elle coupe le cercle trigonométrique Ainsi, on a
en deux points (ou éventuellement un seul si −−→
OM = cos(b)[cos(a)−
→ı + sin(a)−
→ȷ]
sin a = ±1). Cela nous donne déjà deux solu-
+ sin(b)[− sin(a) ı + cos(a)−

→ →
ȷ]
tions : a et π − a. Il faut ensuite considérer tous
= (cos(a) cos(b) − sin(a) sin(b))−

ı
les réels congrus à ces deux solutions modulo 2π.
+ (sin(a) cos(b) + cos(a) sin(b))−

ȷ
Même chose pour résoudre cos a = cos b en traçant
la droite d’équation x = cos a. Grâce à l’unicité des coordonnées d’un vecteur dans une
base, il suffit d’utiliser l’expression trouvée en I.1 pour
obtenir les formules demandées.
On peut aussi obtenir ces formules par un raisonnement
4.4 Formules trigonométriques géométrique élémentaire i (voir
h figure I.11), dans le cas où
π
Les formules à partir desquelles on retrouve a, b et a + b sont dans 0, .
2
quasiment toutes les autres sont les suivantes : Notons M le point de coordonnées (cos(a+b), sin(a+b)),
qui se situe sur U (on a donc OM = 1). Notons Da la droite

16
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

passant par O et faisant un angle de mesure a avec la droite


O−→ı . Notons A le projeté orthogonal de M sur Da . Ainsi,
le triangle OAM est rectangle en A. Notons J le projeté
orthogonal de M sur la droite O− →ȷ . Ainsi, le triangle OJM →
−ȷ
est rectangle en J. Notons I le projeté orthogonal de A sur →

v
la droite O−→
ı . Ainsi, le triangle OAM est rectangle en I.
On a donc immédiatement, en utilisant OM = 1 :

OJ = sin(a + b), →

u
JM = cos(a + b),
OA = cos(b),
b
a
AM = sin(b),

−ı
AI = sin(a) cos(b), M
OI = cos(a) cos(b).

Comme les droites (O− →ı ) et (O, −



ȷ ) sont orthogonales,
les droites (M B) et (AI) sont aussi orthogonales, donc
sécantes : on note B leur point d’intersection. Ainsi, le U
triangle M AB est rectangle en B.
On admet que la somme des mesures des angles d’un
triangle est égale à π, à un multiple de 2π près. Comme
l’angle OIA
[ est droit, l’angle OAI [ a pour mesure π − a.
2
Comme A ∈ (BI), l’angle IAB [ est plat (donc de mesure
Figure I.10 – Formules d’addition : première
π), or
preuve.

→ −→ −
→ −→ −→ −−→ −−→ −→
(AI, AB) = (AI, AO) + (AO, AM ) + (AM , AB) [2π].

On en déduit que l’angle BAM


\ a pour mesure a (ainsi, les
triangles BAM et OAI sont semblables). Ainsi,

BA = cos(a) sin(b)
BM = sin(a) sin(b).
M
Remarquons que OJBI est un rectangle, donc OJ = BI
et JB = OI. On en déduit immédiatement la formule U cos(a + b) sin(a) sin(b)
demandée.
Nous verrons à la fin de ce chapitre une méthode plus J B
rapide pour retrouver ces formules, utilisant l’exponentielle
Da
complexe.
cos(a) sin(b)
En jouant sur la parité de cosinus et l’imparité
sin(a + b)

A
de sinus, nous avons bien sûr également, à partir
de ces deux premières formules : sin(a) cos(b)
b

a
Corollaire 4.4.2.
Soit a, b ∈ R. Alors :
cos(a) cos(b) I
1. cos(a − b) = cos(a) cos(b) + sin(a) sin(b) ; O
2. sin(a − b) = sin(a) cos(b) − cos(a) sin(b).

Figure I.11 – Formules d’addition : deuxième


On en tire les formules de duplication des angles, preuve.
très utilisées aussi :

17
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

suit :
Corollaire 4.4.3 (formules de duplication).
cos(a + b) = cos(a) cos(b) − sin(a) sin(b) (I.2)
Soit a ∈ R. Alors
cos(a − b) = cos(a) cos(b) + sin(a) sin(b) (I.3)
cos(2a) = cos (a) − sin (a)
2 2
Nous obtenons immédiatement les deux formules de produit
par demi-somme et demi-différence des lignes (I.2) et (I.3).
= 2 cos (a) − 1
2

= 1 − 2 sin2 (a)
Pour finir, voici les formules de trigonométrie
et sin(2a) = 2 sin(a) cos(a). concernant la fonction tangente :

Viennent ensuite les formules d’addition de co- Proposition 4.4.5.


sinus et sinus, et celles de produit : Soit a, b ∈ R. Lorsque les tangentes qui suivent
sont bien définies, nous avons les égalités sui-
vantes :
Proposition 4.4.4. tan(a) + tan(b)
1. tan(a + b) = ;
Soit a, b ∈ R. Alors : 1 − tan(a) tan(b)
a+b a−b tan(a) − tan(b)
   
1. cos(a) + cos(b) = 2 cos cos 2. tan(a − b) = ;
2 2 1 + tan(a) tan(b)
a+b a−b
   
2. sin(a) + sin(b) = 2 sin cos 2 tan(a)
2 2 3. tan(2a) = ;
1 − tan2 (a)
a+b a−b
   
3. cos(a)−cos(b) = −2 sin sin 1
2 2 4. = 1 + tan2 (a) ;
cos2 (a)
a+b a−b
   
4. sin(a) − sin(b) = 2 cos sin 1 − tan2 (a)
2 2 5. cos(2a) = ;
1 + tan2 (a)
5. cos(a) cos(b) = 2 (cos(a + b) + cos(a − b))
1
2 tan(a)
6. sin(a) sin(b) = 21 (cos(a − b) − cos(a + b)) 6. sin(2a) = .
1 + tan2 (a)
7. sin(a) cos(b) = 12 (sin(a + b) + sin(a − b)).
Démonstration. 1. On factorise :
Démonstration. sin(a + b)
tan(a + b) =
• Pour les quatre premières formules, il suffit de remarquer cos(a + b)
a+b a−b a+b a−b
que a = + et b = − , et d’appliquer sin(a) cos(b) + sin(b) cos(a)
2 2 2 2 =
les formules de base. Ainsi, pour la première formule : cos(a) cos(b) − sin(a) sin(b)
cos(a) cos(b) tan(a) + tan(b)
a+b a−b = × .
 
cos(a) + cos(b) = cos + cos(a) cos(b) 1 − tan(a) tan(b)
2 2
a+b a−b 2. Utiliser le point précédent en utilisant l’imparité de
 
+ cos −
2 2 la fonction tangente.
a+b a−b
   
= cos cos 3. Utiliser le premier point en posant b = a.
2 2
sin2 a cos2 a + sin2 a 1
a+b a−b 4. 1 + tan2 (a) = 1 + = = .
   
− sin sin cos a
2 cos2 a cos2 (a)
2 2
5.
a+b a−b
   
+ cos cos
2 2 cos(2a) = 2 cos2 a − 1
a+b a−b
   
+ sin sin 2
2 2 = −1
1 + tan2 a
a+b a−b
   
= 2 cos cos . 2 − (1 + tan2 a)
2 2 =
1 + tan2 a
Les trois formules suivantes s’obtiennent de même. 1 − tan2 (a)
• Pour les deux dernières formules, on procède comme = .
1 + tan2 (a)

18
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

6.
2 tan(a) U
= 2 tan(a) cos2 (a)
1 + tan2 (a)
= 2 sin(a) cos(a)
= sin(2a) M
T

Proposition 4.4.6 (Forme amplitude-phase).


Soit a, b ∈ R. Alors il existe A, φ ∈ R tels que
pour tout t ∈ R, a cos(t) + b sin(t) = A cos(t − φ). O C A
T
Démonstration.  
a
Il s’agit de normaliser le vecteur puis d’utiliser des
b Figure I.12 – Preuve du lemme 4.5.1.
formules de trigonométrie :
Si a = b = 0, il suffit 
de poser A = 0. a
a √ Notons T la perpendiculaire à (OA) passant par A
Sinon, posons A = = a2 + b2 . Ainsi A =
b A
b
et notons T le point d’intersection de T et (OM ), qui
1. Par conséquent il existe φ ∈ R tel que
a
= cos φ et existe bien car (OM ) et T ne sont pas parallèles, vu
A l’encadrement sur x.
b
= sin φ. Alors, pour tout réel t : Notons C le projeté orthogonal de M sur (OA) : on a
A C = (cos(x), 0).
a

b
 Par le théorème de Thalès, comme CM = sin(x), OC =
a cos(t) + b sin(t) = A cos(t) + sin(t) cos(x) et comme OA = OM = 1, on a AT = tan(x).
A A
= A(cos(φ) cos(t) + sin(φ) sin(t)) sin(x)
Ainsi, le triangle OAM a pour aire .
2
= A cos(t − φ) Le disque unité a une aire de π et un périmètre de

longueur 2π. La longueur de l’arc de cercle AM est x. Par
proportionnalité, la portion du disque unité comprise entre
x
Remarque 4.4.7. les segments OA et OM a pour aire .
2
Ce résultat sera utilisé dans le chapitre sur les tan(x)
Enfin, le triangle OAT a pour aire .
équations différentielles, pour exprimer sous une 2
Ces trois domaines sont inclus l’un dans l’autre (on
certaine forme les solutions de certaines équations. l’admet), ce qui donne

0 ⩽ sin(x) ⩽ x ⩽ tan(x),
4.5 Régularité des fonctions trigonomé-
triques circulaires ce qui donne l’encadrement demandé.

Commençons par démontrer l’inégalité fonda-


mentale suivante.
Proposition 4.5.2.
Les fonctions sinus et cosinus sont continues sur
Lemme 4.5.1. R.
π
Si 0 < x < , alors
2
Démonstration.
0 ⩽ x cos(x) ⩽ sin(x) ⩽ x. Rappelons qu’une fonction f est continue en un point a
lorsque f (x) −−−→ f (a).
x→a
Commençons par démontrer la continuité en 0.
π
Si 0 < x < , alors 0 ⩽ sin(x) ⩽ x. Par encadrement, on
2
Démonstration.
π obtient donc que sin(x) −−−−→ 0 = sin(0). Mais imparité
Soit 0 < x < , notons A = (1, 0) et M = (cos(x), sin(x)) x→0+
π
2 de sin et x 7→ x, nous avons x ⩽ sin x ⩽ 0 si − < x < 0,
(voir figure I.12). 2
Remarquons que cos(x), sin(x), tan(x) ∈ R∗+ . donc encore par encadrement, sin(x) −−−−→ 0 = sin(0). Les
x→0−

19
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

limites à gauche à droite valant sin(0), sin(x) −−−→ sin(0),


d’où la continuité de sin en 0.
x→0
Théorème 4.5.4. 1. La fonction cosinus est dé-
Pour le cosinus, il suffit d’observer que si x ∈ R, rivable sur R, est sa dérivée est cos′ = − sin ;
x x 2. La fonction sinus est dérivable sur R, est sa
   
cos(x) = cos 2 = 1 − 2 sin2 .
2 2 dérivée est sin′ = cos ;
Il suffit d’utiliser la limite précédente pour obtenir que 3. La fonction tangente est dérivable là où elle
cos(x) −−−→ 1 = cos(0). est définie, et sa dérivée est
x→0

Ainsi cos est aussi continue en 0. 1


tan′ = 1 + tan2 = .
cos2
Étudions maintenant la continuité en un point a ∈
R quelconque : si h ∈ R, sin(a + h) = sin(a) cos(h) +
cos(a) sin(h) −−−→ sin(a). Donc sin(x) −−−→ sin(a), et sin
h→0 x→a Démonstration.
est continue en a. On procède de la même manière pour
On rappelle qu’une fonction f est dérivable en un point a
cos. f (x) − f (a)
s’il existe l ∈ R tel que −−−→ l. Dans ce cas,
Donnons un dernier résultat intermédiaire, qui x−a x→a
la dérivée de f en a est f (a) = l.

sera utilisé dans la démonstration du théorème Directement avec le premier point de la proposition 4.5.3,
suivant, mais dont le premier point est un résultat nous voyons que sin est dérivable et sin′ (0) = 1.
très important que vous réutiliserez souvent : Et avec le second point de ce même lemme, cos est dérivable
en 0 et cos′ (0) = 0.
1. Soit a ∈ R, fixé. Posons f : h 7→ sin(a + h) et g
sin(x) : h 7→ sin(a) cos(h) + cos(a) sin(h). Alors f = g.
Proposition 4.5.3. 1. −−−→ 1 ; Puisque g est dérivable en 0, f l’est aussi, et f ′ (0) =
x x→0
g ′ (0) = sin(a) cos′ (0) + cos(a) sin′ (0) = cos(a).
cos(x) − 1 sin(a + h) − sin(a)
2. −−−→ 0. Donc −−−→ cos(a), ou encore
x x→0 h h→0
sin(t) − sin(a)
−−−→ cos(a).
t−a t→a
Démonstration. 1. Par la continuité du cosinus, on a
cos(x) −−−→ 1. Par le lemme 4.5.1, on a pour tout Ainsi, la fonction sinus est dérivable en a et
x→0
π
0<x< : sin′ (a) = cos(a).
2
sin(x) 2. On procède de même pour le cosinus.
cos(x) ⩽ ⩽ 1.
x 3. La fonction tangente est le quotient de deux fonctions
Par encadrement, on obtient que dérivables là où elle est définie, donc elle est dérivable,
et
sin(x)
−−−−→ 1, sin′ cos − sin cos′
x x→0+ tan′ =
cos2
Par imparité de sin, x 7→ x cos x et x 7→ x, on ob- sin + cos2
2

sin(x) =
tient de la même manière −−−−→ 1, donc cos2
x x→0− 1
sin(x) =
−−−→ 1. cos2
x x→0
= 1 + tan2 .
Par les formules de duplication, on obtient
x x
   
cos(x) = cos 2 = 1 − 2 sin2 .
2 2 Maintenant que nous voyons que la fonction
Ainsi, tangente a une dérivée strictement positive,
   2
x nous sommes en mesure d’affirmer qu’elle est
sin
cos(x) − 1 x
=−  2  −−−→ 0. strictement croissante sur chaque intervalle où elle
2 x
x x→0 est définie. Par composition de limites, pour tout
2
k ∈ Z, tan −−−−−−→ +∞ et tan −−−−−−→ −∞.
grâce au premier point. ( π2 +kπ)

( π2 +kπ)
+

Enfin, tan′ (kπ) = 1, ce qui nous permet de

20
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

donner une allure du graphe de la fonction, qui vont chercher à comprendre ces nombres. Il
est donné dans la figure I.13. faudra attendre des travaux d’Euler à la fin du
XVIIIème siècle pour que la situation s’éclaircisse
et que les mathématiciens acceptent et utilisent
tan
ces nombres.
π 3π 5π À partir du XIXème siècle, plusieurs mathé-
0 2 2 2 maticiens vont proposer des définitions plus
5π 3π π modernes et abouties de ces nombres alors
− − −
2 2 2 appelés « complexes ». Il en existe plusieurs,
ce qui fait l’intérêt et la richesse des nombres
complexes : on peut les comprendre et les
Figure I.13 – Fonction tan. utiliser de plusieurs manières, et il existe des
correspondances entre tous ces points de vue.
Les nombres complexes sont très importants.
Un dernier résultat, que la première partie de Vous les rencontrerez dans la plupart des cha-
la démonstration précédente implique déjà sur pitres de MPSI : dans les résolutions d’équations
−2, 2 : polynomiales, des équations différentielles, des
 π π

suites récurrentes linéaires, en algèbre linéaire, et


en géométrie bien sûr. Vous les utiliserez aussi
Proposition 4.5.5. énormément en physique et en SI.
Pour tout x ∈ R, | sin x| ⩽ |x|. C’est pourquoi il est essentiel de bien les
appréhender. Ne vous laissez pas influencer par
Démonstration. leur dénomination de « complexes ». Ils doivent
Introduisons les fonctions f : x 7→ x − sin(x) et g : x 7→ cet attribut à trois siècles d’assimilation difficile.
x + sin(x), définies sur R+ . Ces fonctions sont dérivables,
et f ′ (x) = 1 − cos(x) ⩾ 0. Ainsi f est croissante. Comme
Mais vous avez suivi une formation moderne,
elle s’annule en 0, elle est donc positive sur R+ . Avec un dans laquelle les nombres imaginaires (adjectif
raisonnement analogue, g est positive également. Donc, plus positif que complexes) vont trouver leur
pour tout x ∈ R+ : −x ⩽ sin x ⩽ x, ou encore −|x| ⩽ place facilement. Après tout, les nombres négatifs
sin x ⩽ |x| car x ⩾ 0. Finalement, | sin x| ⩽ |x| sur R+ .
ont aussi mis plusieurs siècles à être acceptés,
Mais par parité de x 7→ | sin x| et x 7→ |x|, ce résultat est
aussi valable sur R− , donc sur R. mais vous les maniez au moins depuis que vous
avez 12 ans, parfois même bien avant.

5 Nombres imaginaires Aucune construction des nombres complexes


n’est au programme. Mais il faut bien les intro-
5.1 Bref aperçu historique duire, et nous allons le faire en gardant un point
Au XVIème siècle, Cardan et Bombelli, de vue géométrique. Tous les résultats sur les
deux mathématiciens italiens, s’intéressent à la complexes s’interprètent géométriquement : ne
résolution de certaines équations algébriques l’oubliez pas, cela vous aidera à mieux vous les
du troisième degré. Mais ils sont confrontés représenter, mieux mémoriser les résultats et éla-
à un problème : ils ont besoin de la racine borer vos raisonnements.
carrée d’un nombre réel négatif pour exprimer
certaines solutions réelles qui existent bel et 5.2 Une définition géométrique
bien ! Ils « imaginent » alors que ces racines
carrées existent. À tout point du plan de coordonnées (a, b),
Pendant trois siècles, des mathématiciens vont nous allons associer un nouvel objet noté a + ib,
se pencher sur ces travaux, avec des points de appelé un nombre complexe. À tout point il cor-
vue divers. Pour certains, l’existence de ces respond exactement un nombre complexe. Ainsi,
« nombres imaginaires » n’a aucun sens. D’autres si a, a′ , b, b′ sont quatre réels, a + ib = a′ + ib′ ssi

21
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

(a, b) = (a′ , b′ ) ssi a = a′ et b = b′ .

b = Im(a + ib) ∈ R
La même construction peut être ! faite à partir
a
de vecteurs : à tout vecteur , on associe le −−→
b M (a + ib)), OM (a + ib),
complexe a + ib.

Introduisons maintenant un peu de vocabu-


laire :
I(i)

Définition 5.2.1 (voir figure I.14). 1. On note


C l’ensemble des nombres complexes, c’est-à- O(0) A(1) a = Re(a + ib) ∈ R
dire que C = {a + ib , a, b ∈ R}.
2. Soit M un point du plan de coordonnées
(a, b). On appelle affixe de M le complexe
a + ib. Figure I.14 – Repérage d’un point par ses coor-
3. Soit! u un vecteur du plan de coordonnées données cartésiennes.
a
. On appelle affixe de u le complexe a +
b Jusque-là, tout cela a peu d’intérêt : nous nous
ib. sommes contentés de « réécrire » les objets (a, b) et
4. Soit z un nombre complexe. Il existe donc un
!
a
unique (a, b) ∈ R2 tel que z = a + ib. Le réel sous une autre forme. Pour qu’un ensemble
b
a est appelé la partie réelle de z. On le note d’objets ait un intérêt, il faut pouvoir faire des
Re z. Le réel b est appelé la partie imaginaire opérations entre ces objets. Nous allons donc dé-
de z. On le note Im z. finir deux opérations, une addition et un produit
5. Un complexe de partie réelle nulle est dit ima- externe, sur C :
ginaire pur. Les imaginaires purs s’écrivent
donc sous la forme 0+ib, avec b ∈ R, que nous
Définition 5.2.3. 1. Soit z = a + ib et z ′ =
écrirons plus simplement ib. Un complexe de
c + id deux complexes. On définit leur somme
partie imaginaire nulle est dit réel. Les réels
z + z ′ = (a + c) + i(b + d). Ainsi Re(z + z ′ ) =
s’écrivent donc sous la forme a + i.0, avec
Re(z)+Re(z ′ ) et Im(z +z ′ ) = Im(z)+Im(z ′ ).
a ∈ R, que nous écrirons plus simplement a.
2. Soit z = a + ib un complexe et λ ∈ R. On
6. Soit z un complexe de partie réelle a et de
définit le complexe λz = (λa) + i(λb). Ainsi
partie imaginaire b. On appelle image de z
Re(λz) = λ Re(z) et Im(λz) = λ Im(z).
le point du!plan de coordonnées (a, b), ou le
a
vecteur .
b Remarque 5.2.4.
Un complexe de partie imaginaire nulle est un
réel. Mais alors pour les réels, nous disposons
Remarque 5.2.2. maintenant de deux additions : celle entre deux
L’ensemble des réels correspond donc aux points réels, que vous connaissez depuis toujours ; et celle
du plan qui se trouvent sur l’axe des abscisses. entre complexes, que nous venons d’introduire.
D’une certaine manière, cela permet de voir R Mais, si a et b sont deux réels, nous pouvons les
comme une partie de R2 . voir comme des complexes : a = a + i × 0, et
L’ensemble des imaginaires purs correspond quant b = b + i × 0. Si nous les additionnons comme des
à lui à l’axe des ordonnées. complexes, il vient : a + b = a + i × 0 + b + i × 0 =

22
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

(a + b) + i × (0 + 0) = a + b, cette dernière somme 5.3 Écriture trigonométrique d’un com-


étant celle entre a et b vus comme des réels. Pour plexe
des réels, il n’y a donc aucune différence entre
ces deux additions : on dit que l’addition des L’écriture précédente des complexes est appe-
complexes prolonge celle des réels. lée écriture algébrique. Nous pouvons remarquer
qu’elle est très liée aux coordonnées cartésiennes.
Nous pouvons alors aller plus loin dans les iden- Et si nous utilisions les coordonnées polaires ?
tifications point / complexe et vecteur / com-
plexe :
Définition 5.3.1.
Théorème 5.2.5 (Règles de calcul). Soit un nombre complexe, que l’on écrit sous
On a les propriétés suivantes : forme algébrique z = a + ib (i.e. a = Re(z) et
b = Im(z)).
(i) Soient →−
u et → −u ′ deux vecteurs d’affixes res- √
On appelle module de z le réel a2 + b2 . On le
pectifs z et z ′ , et soit λ ∈ R. Alors le vecteur note |z|.

−u + λ→−u ′ a pour affixe z + λz ′ . En particu-
lier, pour tout couple de vecteurs, l’affixe
de la somme de ces vecteurs est la somme
des affixes et pour tout scalaire λ et tout Notation 5.3.2.
vecteur →−u d’affixe z, l’affixe de λ→ −u est λz. On note U le cercle unité complexe :
(ii) Soient A et B deux points d’affixes respectifs U = { z ∈ C | |z| = 1 } ,
−−→
a et b. Alors le vecteur AB a pour affixe b−a.

Démonstration. (i) Notons a et b respectivement les Remarque 5.3.3. 1. Si x ∈ R, on peut le voir


parties réelle et imaginaire de z, et a′ et b′ celles comme un complexe. On se retrouve alors
de z ′ . Alors −

u (resp. −

u ′ ) a pour coordonnées (a, b)

→ −

(resp. (a , b )). u + λ u ′ a alors pour coordonnées
′ ′ avec deux objets notés de la même manière,
(a+λa′ , b+λb′ ), donc pour affixe (a+λa′ )+i(b+λb′ ). |x| : son module et sa valeur absolue.√ Mais
Or on a
√= x + i.0, donc son module est x + 0 =
x 2

z + λz ′ = (a + ib) + λ(a′ + ib′ )


x2 : il est donc bien égal à sa valeur absolue.
= (a + λa′ ) + i(b + λb′ )
Là encore, le module prolonge sur C la valeur
absolue réelle.
Donc − →u + λ− →
u ′ a bien pour affixe z + λz ′ .
Il suffit alors d’étudier les cas particuliers où λ = 1,
2. Si M (ou le vecteur u) est l’image de z, alors
où −→ −

u = 0 et où − → −

u = 0 et λ = −1 pour conclure. |z| n’est autre que la distance OM (ou la
−→
(ii) Il suffit d’utiliser la relation fondamentale AB = norme ∥u∥).
−−→ −→
OB − OA et le point précédent pour conclure. 3. En particulier, soit a et z deux complexes et
R ⩾ 0. Notons M et A les points du plans
Remarque 5.2.6. d’affixes respectives z et a. Alors |z − a| est
Soit b ∈ C. L’application la distance AM . Et M appartient au cercle
(resp. disque ouvert, resp. disque fermé) de
C → C centre A et de rayon R si et seulement
z 7→ z + b si |z − a| = R (resp. |z − a| < R, resp.
|z − a| ⩽ R).
s’interprète géométriquement comme la transla-
4. L’ensemble des affixes des points du cercle tri-
tion de vecteur d’affixe b.
gonométrique est donc U. Nous identifierons
Mais cela est encore peu. Pour aller plus loin, donc ces deux objets.
nous voulons pouvoir multiplier des complexes
entre eux.

23
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Démonstration.
Proposition 5.3.4. Ce résultat sera démontré dans le chapitre sur les com-
Soit z ∈ C plexes.
Mais nous allons ici montrer qu’il est équivalent à l’inéga-
1. | Re(z)| ⩽ |z| et | Im z| ⩽ |z| ; lité triangulaire vue dans le plan avec trois points ou deux
2. |z| = 0 ssi z = 0 ; vecteurs.
Soit deux vecteurs − →u et −→
v d’affixes respectifs z et z ′ .
3. Si λ ∈ R, alors |λz| = |λ||z|. −
→ −

Alors l’affixe de u ± v est z ± z ′ , et nous avons les éga-
lités ∥−→u ∥ = |z|, ∥−

v ∥ = |z ′ |,∥−

u ±−→
v ∥ = |z ± z ′ |, donc
directement
Démonstration.
∥−

u ∥ − ∥−

v ∥ ⩽ ∥−

u ±−

v ∥ ⩽ ∥−

u ∥ + ∥−

v∥
Écrivons sous forme algébrique z = a + ib.
1. On a l’encadrement fondamental ⇔ |z| − z ′ ⩽ z ± z ′ ⩽ |z| + z ′ .

0 ⩽ a2 ⩽ a2 + b2 ,

donc
√ par croissance de la √
racine carrée 0 ⩽ a2 ⩽
a2 + b2 , donc 0 ⩽ |a| ⩽ a2 + b2 , ce qui est exac-
tement le premier encadrement demandé. Définition 5.3.7.
On procède de même pour b. Soit θ ∈ R. On appelle exponentielle complexe de
2. Si z = 0 = 0 + i0, on a immédiatement |z| = 0.
iθ le complexe e iθ = cos θ + i sin θ.
Si |z| = 0, on a par l’encadrement précédent : 0 ⩽
a2 ⩽ a2 + b2 = 0, donc a2 = 0, donc a = 0. On
procède de même pour b, donc z = 0.
L’écriture e iθ n’est qu’une notation :
3. On a λz = (λa) + i(λb), or λa et λb sont des réels,
donc
en aucun cas il ne s’agit du réel e élevé à la
puissance iθ, ce qui n’a aucun sens.
|λz|2 = (λa)2 + (λb)2 = λ2 (a2 + b2 ) = λ2 |z|2 .
Remarque 5.3.8.
Comme |λz| et |z| sont positifs, on obtient bien le Pour tout θ ∈ R, e iθ = 1, donc une exponentielle
résultat demandé.
complexe, tout comme les exponentielles réelles,
ne s’annule jamais.
Remarque 5.3.9.
Grâce à la représentation paramétrique du cercle
Corollaire 5.3.5.
z trigonométrique, nous pouvons écrire que U =
Si z ∈ C \ {0}, alors = 1, i.e
n o
|z| e , θ∈R .

z
∈ U.
|z| Définition 5.3.10.
Soit z ̸= 0. Alors z/|z| ∈ U, donc il existe θ ∈ R
vérifiant z/|z| = e iθ , c’est-à-dire z = |z|e iθ .
Démonstration.
Le réel θ est alors appelé un argument de z.
Immédiat avec le dernier point de la proposition précédente. Il existe à 2π près. Il existe alors un unique
θ ∈] − π, π] vérifiant z = |z|e iθ . Ce réel est appelé
l’argument principal de z, et noté arg z.
L’écriture «z = |z|e iθ » est appelée écriture trigo-
Théorème 5.3.6 (Inégalité triangulaire). nométrique de z.
Soit z, z ′ ∈ C. Alors

|z| − z ′ ⩽ z ± z ′ ⩽ |z| + z ′ . Remarque 5.3.11. 1. Attention à la non uni-


cité de l’argument.
2. Le complexe 0 n’a pas d’argument ;

24
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES


zz ′ = rr′ e i(θ+θ )
Im(z) M (z)

′ r′ z = rr′ e iθ
z ′ e iθ = r′ e i(θ+θ )

I(i) |z| = OM
z = re iθ ′ ′
z = r′ e iθ
e iθ
−→
\ −−→ θ
θ = arg(z) = OA; OM [2π]
U θ′

O(0) Re(z) O
A(1)

Figure I.16 – Produit zz ′ .

Sinon, on écrit z et z ′ sous forme trigonomé-


Figure I.15 – Interprétation géométrique du ′
trique, z = re iθ et z ′ = r′ e iθ , et on pose
module et de l’argument de z ∈ C∗ . ′
zz ′ = rr′ e i(θ+θ ) .

3. Pour tout z non nul, (|z|, arg z) est un couple


Remarque 5.4.2.
de coordonnées polaires du point d’affixe z ;
Multiplier un complexe z par z ′ = re iθ , c’est
4. Il est simple de passer de l’écriture trigono- donc multiplier z par la constante réelle positive r
métrique à l’écriture algébrique, de même (on appelle cette transformation une homothétie
qu’il est simple de passer des coordonnées po- de rapport r), et ensuite appliquer la rotation
laires aux coordonnées cartésiennes : re iθ = d’angle θ au vecteur obtenu. On remarque que
(r cos θ) + i(r sin θ). La réciproque nécessite l’on peut aussi appliquer d’abord la rotation, puis
là aussi l’utilisation des fonctions circulaires l’homothétie : l’ordre n’importe pas, ces deux
inverses, qui seront bientôt vues. transformations commutent (voir figure I.16).
Exercice 5.3.12. Le résultat suivant nous permet d’exprimer la
Mettre sous forme trigonométrique les nombres multiplication entre deux complexes, cette fois-
complexes suivants. ci sous forme algébrique, et non pas sous forme
√ √ √ trigonométrique :
−3; −2i; 2 3 − 2i; 6 + i 2

5.4 Multiplication de deux complexes Proposition 5.4.3.


Pour tout a, b, a′ , b′ ∈ R,
Nous pouvons maintenant définir une multipli-
cation sur C : (a + ib)(a′ + ib′ ) = (aa′ − bb′ ) + i(ab′ + a′ b).

Ou encore, si z, z ′ ∈ C :
Définition 5.4.1. (
Soit z, z ′ ∈ C. On définit leur produit z × z ′ , ou Re(zz ′ ) = Re(z) Re(z ′ ) − Im(z) Im(z ′ )
.
plus simplement zz ′ , de la manière suivante : Im(zz ′ ) = Re(z) Im(z ′ ) + Im(z) Re(z ′ )
Si z ou z ′ est nul, alors zz ′ = 0 ;

25
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Démonstration.
Les deux formulations de l’énoncé sont équivalentes : dé- Proposition 5.4.7 (règles de calcul).
montrons la seconde. Soit a, b, c ∈ C, alors

Soit z, z ′ ∈ C. Notons-les z = re iθ et z ′ = r′ e iθ . Ainsi

zz ′ = rr′ e i(θ+θ ) . Nous avons donc : 1. ab = ba (commutativité de la multiplication)
;
Re(zz ′ ) = Re rr′ cos(θ + θ′ ) + i sin(θ + θ′ )
 
2. (ab)c = a(bc) (associativité de la multiplica-
= rr′ cos(θ + θ′ )
tion) ;
= rr′ cos(θ) cos(θ′ ) − sin(θ) sin(θ′ )
 
3. a(b + c) = ab + ac (distributivité de × sur
= r cos(θ)r′ cos(θ′ ) − r sin(θ)r′ sin(θ′ )
+) ;
= Re(z) Re(z ′ ) − Im(z) Im(z ′ )
4. 0 + a = a (0 est neutre pour +) ;
De même :
5. a + (−1)a = 0, i.e. (−1)a = −a ;
Im(zz ′ ) = rr′ sin(θ + θ′ ) 6. 0a = 0 (0 est absorbant pour ×) ;
= rr′ cos(θ) sin(θ′ ) + sin(θ) cos(θ′ )
 
7. 1a = a (1 est neutre pour ×) ;
= r cos(θ)r′ sin(θ′ ) + r sin(θ)r′ cos(θ′ )
8. ab = 0 ⇒ (a = 0 ou b = 0).
= Re(z) Im(z ′ ) + Im(z) Re(z ′ )

Démonstration.
Remarque 5.4.4. Il suffit d’écrire cela avec la définition 5.4.1, ou bien à partir
Nous voyons qu’additionner des complexes sous des formules obtenues à la proposition 5.4.3.
forme algébrique est très simple. Les multiplier Remarque 5.4.8.
sous forme trigonométrique l’est aussi. Multiplier Toutes ces propriétés des opérations + et × sur C,
des complexes sous forme algébrique est déjà font que C est appelé un corps : nous en reparle-
moins agréable. Quant à les additionner sous rons dans le chapitre sur les groupes, anneaux et
forme trigonométrique, nous verrons plus tard corps.
que cela n’est réalisable que si les deux complexes
sont de même module, et même dans ce cas l’opé-
ration n’est pas immédiate.
Il convient donc de choisir l’écriture des com- Théorème 5.4.9.
plexes que vous utiliserez en fonction des opéra- On a i2 = −1.
tions que vous voudrez effectuer.
Remarque 5.4.5.
Là encore, si x, y ∈ R, nous pouvons les mulitplier Remarque 5.4.10 ( ).
comme des complexes : (x + i.0)(y + i.0) = (xy − Ce dernier résultat indique que la règle des signes
0) + i(0 + 0) = xy. Nous obtenons le produit de n’est pas vraie sur C. On ne peut donc prolonger
x et y vus comme des réels : le produit sur C est la relation d’ordre ⩽ de R à C.
donc un prolongement du produit sur R. En résumé, on ne peut pas comparer deux com-
plexes (non réels). Lorsque l’on travaille dans un
Remarque 5.4.6.
′ ′
cadre complexe, on ne peut donc utiliser aucune
L’identité « e iθ .e iθ = e i(θ+θ ) » est inoubliable ! notion construite sur ⩽ (ex : monotonie).
Et à partir de cette identité, la démonstration Comparer deux nombres complexes est une
précédente permet de retrouver les formules de grave et lourde erreur !
trigonométrie de la proposition 4.4.1. Ce sera pour
vous la technique à favoriser pour retrouver ces
formules si besoin (mais insistons tout de suite : 5.5 Conjugué et module d’un nombre
vous devriez normalement connaître ces formules complexe
par coeur).

26
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Im(z) M (z) Soit (z, z ′ ) ∈ C2 , on a les identités suivantes.


z+z z−z
Re(z) = Im(z) =
|z| = OM 2 2i
I(i)
z + z′ = z + z′ z × z′ = z × z′
z=z zz = |z|2
|z| = |z| |zz ′ | = |z| × |z ′ |
O(0) A(1) Re(z)

Démonstration.
Ces identités sont élémentaires et se vérifient directement
en posant z = x + iy, avec (x, y) ∈ R2 . Celles qui ne font
pas intervenir de somme sont même encore plus simple à
− Im(z) N (z̄) démontrer sous forme trigonométrique.
Pour la dernière, remarquons aussi que, facilement,
2 2
|zz ′ | = zz ′ zz ′ = zz ′ zz ′ = zzz ′ z ′ = |z|2 |z ′ | .

Figure I.17 – Interprétation géométrique du Corollaire 5.5.5.


conjugué de z ∈ C. Soit z ∈ C, on a

z ∈ R ⇔ z̄ = z,
Définition 5.5.1. z ∈ iR ⇔ z̄ = −z.
On appelle conjugué d’un complexe z le complexe
z = Re(z) − i Im(z).

5.6 Inverse d’un nombre complexe non


nul
Proposition 5.5.2 (Interprétation géométrique).
Soit M (z) un point du plan. Alors |z| = OM et z̄
est le symétrique de M par rapport à l’axe (O→
−ı ) Proposition 5.6.1.
(voir figure I.17). Soit z ∈ C tel que z = ̸ 0. Il existe un unique
complexe z tel que zz ′ = 1 : on dit que z est

inversible pour la multiplication, et que z ′ est son


1
Démonstration. inverse. On notera ce dernier ou encore z −1 .
Immédiat z
1 z̄
De plus : = 2 .
z |z|

Remarque 5.6.2.
Attention : 0 n’est pas inversible, et comme avec
Proposition 5.5.3. 1
les réels, il est interdit d’écrire . De manière géné-
Soit z un complexe non nul, écrit z = re iθ sous 0
forme trigonométrique. Alors z̄ = re −iθ . rale, avant d’écrire une fraction (de complexes ou
d’autre chose), on s’assurera que le dénominateur
n’est pas nul.
Démonstration.
Proposition 5.5.4 (Règles de calcul). Pour l’existence, il suffit d’utiliser l’égalité z z̄ = |z 2 | vue
précédemment. Si z ̸= 0, alors |z 2 | est un réel non nul donc

27
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES


z× = 1.
|z 2 | Corollaire 5.7.2.
Pour l’unicité, si z ′′ est un autre inverse, alors z ′ zz ′′ =
(z ′ z)z ′′ = 1.z ′′ = z ′′ mais aussi z ′ zz ′′ = z ′ (zz ′′ ) = z ′ .1 = z ′ , Soit t ∈ R, alors
par associativité.
t
 
i 2t
1+e it
= 2e cos
Nous pouvons compléter les règles de calcul 2
précédentes : t
 
t
1 − e it = −2e i 2 i sin
2

Proposition 5.6.3 (Règles de calcul).


Démonstration.
Soit (z, z ′ ) ∈ C2 , tel que z ′ ̸= 0. On a les identités Il suffit de remarquer que 1 = e i0 et d’appliquer la tech-
suivantes : nique.

z |z| z z̄ Exercice 5.7.3.


= ′ et = ′.
z ′ |z | z ′
z¯ Mettre sous forme trigonométrique le nombre com-
plexe e 3iπ/5 + e 4iπ/9 .

Remarque 5.6.4.
L’inverse d’un complexe est donc

1 a − ib
= 2
a + ib a + b2

Exercice 5.6.5.
1 + 2i
Écrire sous forme algébrique.
3 − 4i

5.7 Technique de l’angle moitié


La méthode suivante est indispensable : elle
permet d’additionner deux complexes de même
module, le tout sous forme trigonométrique.

Théorème 5.7.1 (technique de l’angle moitié).


Pour tout (x, y) ∈ R2 , on a
 
(x+y) (x−y) (x−y)
e ix + e iy = e i 2 ei 2 + e −i 2

x−y
 
(x+y)
= 2e i 2 cos
2

Cette technique permet en particulier de mon-


trer

28
Chapitre II

Fonctions usuelles
Sommaire
1 Rappels d’analyse. . . . . . . . . . . . . 30
1.1 Régularité de fonctions. . . . . . . . . 30
1.2 Parité, imparité, périodicité. . . . . . . 31
1.3 Monotonie. . . . . . . . . . . . . . . . 32
1.4 Lecture de tableaux de variations. . . . 33
2 Effet d’une transformation sur le graphe. 34
3 Composée de fonctions, réciproque. . . 35
3.1 Rappels de dérivation. . . . . . . . . . 35
3.2 Composée de deux fonctions. . . . . . 36
3.3 Propriétés d’une composée. . . . . . . 37
3.4 Cas des bijections. . . . . . . . . . . . 37
4 Fonction valeur absolue . . . . . . . . . 39
5 Fonctions puissances entières, polyno-
miales et rationnelles . . . . . . . . . . . 40
5.1 Fonctions puissances entières . . . . . 40
5.2 Fonctions polynomiales et rationnelles 41
6 Fonctions exponentielles, logarithmes
et puissances quelconques . . . . . . . . 42
6.1 Exponentielle et logarithme . . . . . . 42
6.2 Exponentielle de base quelconque . . . 43
6.3 Racines énièmes. . . . . . . . . . . . . 44
6.4 Croissances comparées . . . . . . . . . 45
7 Fonctions circulaires réciproques . . . . 45
7.1 Arccos et Arcsin . . . . . . . . . . . . 45
7.2 Arctangente . . . . . . . . . . . . . . . 47
7.3 Coordonnées polaires . . . . . . . . . . 48
8 Fonctions hyperboliques . . . . . . . . . 48
8.1 ch, sh et th . . . . . . . . . . . . . . . 48
8.2 Fonctions hyperboliques inverses . . . 50
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Dans tout ce chapitre, A désigne une partie de d


bole . On pourra par exemple écrire
R et f une fonction de A dans R. d[variable]

d  42 
x = 42x41 ,
1 Rappels d’analyse. dx
ou
On rappelle dans ce chapitre les notions fonda- d 2 
3t + 1515 = 6t.
mentales d’analyse réelle vues dans le secondaire. dt

1.1 Régularité de fonctions. On s’interdira absolument d’écrire un


′ sur une expression pour signifier sa dérivation.
On rappelle succintement ici les notions de
Ainsi, (sin x)′ ou (x2 +x−1)′ sont des écritures in-
continuité et de dérivabilité. Ces notions seront d 2
correctes, et on écrira sin′ (x) ou x +x−1 .

définies et travaillées en profondeur ultérieure- dx
ment.
Remarque 1.1.5.
Lorsque l’on dérive une expression dépendant de
plusieurs variables x, y, z, t, α etc, on pourra uti-
Définition 1.1.1 (Continuité). ∂ ∂ ∂ ∂ ∂
liser les symboles , , , , etc, pour
Soit f : A → R, soit a ∈ A. La fonction f est ∂x ∂y ∂z ∂t ∂α
continue en a si f (x) −−−→ f (a). signifier que l’on dérive l’expression considérée
x→a
La fonction f est continue sur A si f est conti- par rapport à la variable notée, les autres va-
nue en tout point de A. riables étant supposées fixées (ce sont donc des
constantes). On parle alors de dérivation partielle
par rapport à une variable.
Bien entendu, il conviendra de se poser la ques-
Définition 1.1.2 (Dérivabilité). tion de la dérivabilité de ladite expression, par
Soit f : A → R, soit a ∈ A. La fonction f est rapport à la variable considérée. Ces techniques
f (x) − f (a)
dérivable en a si la quantité admet seront détaillées en fin d’année.
x−a
une limite finie en a. Cette limite est notée f ′ (a), Exemple 1.1.6.
i.e. si f est dérivable en a, Les deux dérivées partielles de l’expression x2 y −
e y−x sont
f (x) − f (a)
−−−→ f ′ (a). ∂  2
x−a x→a

x y − e y−x = 2xy + e y−x
∂x
La fonction f est dérivable sur A si f est dérivable ∂  2 
en tout point de A. La fonction f ′ est alors appelée x y − e y−x = x2 − e y−x
∂y
fonction dérivée de f .
Si f est dérivable et si f ′ est dérivable, alors f Exercice 1.1.7.
est dite deux fois dérivable, et l’on note f ′′ = (f ′ )′ , Déterminer les dérivées partielles suivantes. On se
que l’on appelle fonction dérivée seconde de f . reportera au besoin à la partie 3 pour les rappels
sur les formules de dérivation.
∂  −(x2 +y2 ) 
Remarque 1.1.3. 1. xe
∂x
f (x) − f (a)
La quantité est la pente de la corde ∂
2. 3xt2 − xyt + 2x sin(y)

x−a
à la courbe de f reliant les points d’abscisses a et ∂t
x. ∂
3. (xe y + ye z + ze x )
∂z
Remarque 1.1.4. ∂
On peut aussi dériver des expressions, avec le sym- 4. (α sin(y + z))
∂x

30
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Proposition 1.1.8. Une fonction n’est pas toujours paire


Une fonction dérivable en un point est continue en ou impaire. Le contraire de « paire » n’est pas
ce point. Une fonction dérivable est donc continue. « impaire ».
Exemple 1.2.3.
Remarque 1.1.9. Sur R, x 7→ x2 est paire, x 7→ x3 est impaire et
Comme le montrent les exemples des fonctions x 7→ x2 + x n’est ni paire ni impaire.
« valeur absolue » et « racine carrée », la réci-
Exercice 1.2.4.
proque est fausse : il existe des fonctions conti-
Déterminer toutes les fonctions à la fois paires et
nues, et non dérivables.
impaires.
Remarque 1.2.5.
Une fonction impaire définie en 0 est forcément
Proposition 1.1.10.
nulle en 0.
Soit f, g : A → R dérivables, soit λ, µ ∈ R.
1. La fonction λf + µg est dérivable et
Proposition 1.2.6.
(λf + µg)′ = λf ′ + µg ′ . Soit A ⊂ R, soit f : A → R dérivable.
1. Si f est paire, alors f ′ est impaire.
2. La fonction f g est dérivable et
2. Si f est impaire, alors f ′ est paire.
(f g)′ = f g ′ + f ′ g.
Démonstration.
Dans le cas où f est impaire, on a, pour tout x ∈ R,
f (x) = −f (−x).
Exemple 1.1.11. La fonction f est la fonction x 7→ −f (−x) sont donc
d égales, et dérivables. Leurs dérivées sont donc égales. On
(cos(x) sin(x)) = cos2 (x) − sin2 (x).
dx dérive donc de part et d’autre : pour tout x ∈ R, f ′ (x) =
−(−f ′ (−x)) = f ′ (−x).
On procède de même dans le cas où f est paire.
1.2 Parité, imparité, périodicité.

Définition 1.2.7.
Définition 1.2.1. Soit A ⊂ R, soit f : A → R, soit T > 0. On dit
Soit A ⊂ R, soit f : A → R. que f est T -périodique si, pour tout x ∈ A,
1. On dit que f est paire si, pour tout x ∈ A, x+T ∈A et f (x + T ) = f (x).
−x ∈ A et f (−x) = f (x). Dans ce cas T est appelé UNE période de f .
La fonction f est périodique s’il existe T > 0
2. On dit que f est impaire si, pour tout x ∈ A,
tel que f est T -périodique.
−x ∈ A et f (−x) = −f (x).
Remarque 1.2.8 (Réduction du domaine
d’étude).
Si f est T -périodique et si a ∈ A, il suffit d’étu-
Remarque 1.2.2 (Réduction du domaine
dier f sur A ∩ [a, a + T ] pour obtenir toutes les
d’étude).
informations sur f .
Il suffit d’étudier une fonction paire ou impaire
sur R+ ∩ A pour obtenir toutes les informations
nécessaires sur cette fonction. Il n’y a jamais unicité de la période !

31
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Exemple 1.2.9.
Les fonctions constantes, cos, sin, tan, x 7→ x − 2. On dit que f est strictement décroissante si,
⌊x⌋ , R → R sont périodiques. pour tout x, y ∈ A, :
La fonction 1Q , qui vaut 1 sur Q et 0 sur R \ Q,
x < y ⇒ f (x) > f (y).
est périodique. Tout rationnel strictement positif
est une période pour cette fonction.
3. On dit que f est strictement monotone si elle
Toute fonction constante admet tout réel stric-
strictement croissante ou strictement décrois-
tement positif comme période.
sante.

Proposition 1.2.10.
Soit A ⊂ R, T > 0 et soit f : A → R dérivable et
T -périodique. Une fonction n’est pas toujours crois-
Alors, f ′ est T -périodique. sante ou décroissante. Le contraire de croissant
n’est pas décroissant.
Démonstration. Exemple 1.3.3.
Il suffit d’écrire que, pour tout x ∈ A, f (x) = f (x + T ), La fonction carré n’est ni croissante, ni décrois-
puis de dériver de part et d’autre.
sante.
Exercice 1.2.11. Exercice 1.3.4.
Déterminer l’allure de la fonction f paire, 4- Déterminer toutes les fonctions qui sont à la fois
périodique et telle que pour tout x ∈ [0, 2], croissantes et décroissantes.
f (x) = x (cela s’écrit f |[0,2] = Id[0,2] ).
Remarque 1.3.5.
Une fonction monotone strictement l’est bien en-
1.3 Monotonie.
tendu au sens large.
À chaque fois que l’on vous demande d’étu-
Définition 1.3.1 (Monotonie au sens large). dier la monotonie d’une fonction, on attend le
Soit A ⊂ R, soit f : A → R. résultat le plus précis possible. Si la fonction est
croissante strictement mais que vous n’établissez
1. On dit que f est croissante si, pour tout
que sa croissance, votre réponse ne pourra être
x, y ∈ A, :
considérée comme complète.
x ⩾ y ⇒ f (x) ⩾ f (y).
Proposition 1.3.6 (Injectivité d’une fonction
2. On dit que f est décroissante si, pour tout strictement croissante).
x, y ∈ A, : Soit A ⊂ R, soit f : A → R strictement monotone.
Alors, pour tout x, x′ ∈ A, si x ̸= x′ , alors f (x) ̸=
x ⩾ y ⇒ f (x) ⩽ f (y). f (x′ ). Ceci est équivalent à dire que, pour tout
x, x′ ∈ A, si f (x) = f (x′ ), alors x = x′ .
3. On dit que f est monotone si elle croissante Notamment, si y ∈ R, il existe au plus un x ∈ A
ou décroissante. vérifiant y = f (x).

Démonstration.
Définition 1.3.2 (Monotonie stricte). On traite le cas strictement croissant (le cas strictement dé-
Soit A ⊂ R, soit f : A → R. croissant se traite de la même manière, ou bien en étudiant
−f ).
1. On dit que f est strictement croissante si, Soit x, x′ ∈ A tels que x ̸= x′ . On a soit x < x′ , dans
pour tout x, y ∈ A, : ce cas f (x) < f (x′ ) par croissance stricte de f , ou x > x′ ,
dans ce cas f (x) > f (x′ ). Dans les deux cas, f (x) ̸= f (x′ ).
x < y ⇒ f (x) < f (y). On peut très bien en montrer la contraposée. Soit x, x′ ∈
A tels que f (x) = f (x′ ). On ne peut pas avoir x < x′ car

32
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

sinon on aurait f (x) < f (x′ ), par croissance stricte de f , 3. Trouver une application h dérivable non dé-
ni x > x′ car sinon f (x) > f (x′ ). Ainsi x = x′ . croissante sur son ensemble de définition, de
Exemple 1.3.7. dérivée négative.
La fonction cosinus est strictement croissante sur Remarque 1.4.5.
[π, 3π/2]. Nous avons aussi : si f ′ est strictement positive
(resp. négative), alors f est strictement croissante
1.4 Lecture de tableaux de variations. (resp. décroissante).
Attention, la réciproque est fausse ! Par
exemple, la fonction x 7→ x3 est strictement crois-
Définition 1.4.1. sante sur R, bien que sa dérivée s’annule en 0.
Un intervalle est une partie « sans trou » de R
Le théorème suivant traduit les flèches conti-
(plus formellement on appelle cela une partie
nues tracées dans les tableaux de variations.
connexe), i.e. c’est une partie I qui vérifie : pour
tout x, y ∈ I, pour tout t ∈ R,

x ⩽ t ⩽ y ⇒ t ∈ I. Théorème 1.4.6 (Théorème de la bijection).


Soit a < b deux réels, soit f : [a, b] → R continue.
1. Si f est strictement croissante, pour tout
Le théorème suivant permet de relier le tableau y ∈ [f (a), f (b)], il existe un unique x ∈ [a, b]
de signes de la dérivée d’une fonction au tableau vérifiant y = f (x). On dit que f réalise une
de variations de la fonction. bijection de [a, b] sur [f (a), f (b)].
2. Si f est strictement décroissante, pour tout
y ∈ [f (b), f (a)], il existe un unique x ∈ [a, b]
Théorème 1.4.2.
vérifiant y = f (x). On dit que f réalise une
Soit I un intervalle de R, soit f : I → R déri-
bijection de [a, b] sur [f (b), f (a)].
vable.
On a des résultats analogues avec un intervalle
1. f est croissante (resp. décroissante) si et
semi-ouvert ou ouvert (de la forme ]a, b], [a, b[
seulement si f ′ ⩾ 0 (resp. f ′ ⩽ 0).
ou ]a, b[), même si a ou b valent ±∞, mais ces
2. La fonction f est constante si et seulement résultats font alors intervenir des limites.
si ∀x ∈ I, f ′ (x) = 0.
Démonstration.
L’existence d’un tel x provient directement du théorème
Remarque 1.4.3. des valeurs intermédiaires : f est continue sur l’intervalle
On déduit de ce théorème que deux primitives [a, b], y est entre f (a) et f (b), donc il existe x ∈ [a, b] tel
d’une même fonction diffèrent d’une constante. que y = f (x).
L’unicité provient de la monotonie stricte, par la propo-
sition 1.3.6.
Il est essentiel que I soit un intervalle
pour que l’implication de la droite vers la gauche Exercice 1.4.7.
soit vraie (en revanche pour l’autre implication Écrire le théorème 1.4.6 dans le cas où a ∈ R et
ce n’est pas nécessaire). b = +∞.
Justifier, sans faire intervenir la notion de dé-
Exercice 1.4.4. 1. Trouver une application f rivée, que pour tout y ⩾ 0, il existe un unique
non croissante dérivable sur son ensemble de x ⩾ 0 vérifiant y = x2 .
définition, de dérivée positive.
Exercice 1.4.8.
2. Trouver une application g non constante dé- Chercher un contre-exemple au théorème 1.4.6
rivable sur son ensemble de définition, de pour chaque hypothèse que l’on enlève.
dérivée nulle.

33
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Remarque 1.4.9.
L’étude du signe d’une expression se fera systéma- de f par rapport à l’axe O→
−ı (voir la figure
tiquement en la factorisant. Ensuite, si le signe de II.6).
l’un des facteurs n’est pas évident, il conviendra • Le graphe de la fonction x 7→ −f (−x) s’ob-
d’étudier ce facteur (par une étude de fonctions). tient en prenant le symétrique du graphe
de f par rapport au point O (voir la figure
Exercice 1.4.10.
II.7).
Déterminer l’ensemble de définition de x 7→
(x + 1)2
puis tracer son tableau de variations. Démonstration.
ex − 1
On montre le premier cas, les autres sont similaires. Notons
Γ le graphe de f , Γ′ celui de x 7→ f (x) + a. Soit (x, y) ∈ R2 ,
2 Effet d’une transformation sur alors (x, y) ∈ Γ′ ⇔ (x, y − a) ∈ Γ, ce qui est bien le résultat
demandé.
le graphe.
Remarque 2.0.2.
Soit A ⊂ R. On considère une application Le graphe de la fonction x 7→ f (a − x) s’obtient
f : A → R, dont on veut étudier les proprié- donc
tés. Notamment, on peut vouloir représenter le • soit en translatant le graphe de f du vec-
graphe de cette fonction : c’est teur a→−ı puis en prenant le symétrique par
n o rapport à O→ −ȷ ;
(x, y) ∈ R2 x ∈ A et y = f (x) , • soit en prenant le symétrique du graphe de
f par rapport à O→ −ȷ puis en le transtlatant
que l’on représente, lorsque c’est possible, par une →

par le vecteur −a ı .
« courbe ».

x 7→ f (x) + 1, 5
Proposition 2.0.1.
Soit a ∈ R∗+ , on considère des graphes tracés
dans le repère orthonormé direct (O, → −ı , →
−ȷ ).
• Le graphe de la fonction x 7→ f (x) + a s’ob-
tient en translatant le graphe de f du vec- 1
teur a→−ȷ (voir la figure II.1).
• Le graphe de la fonction x 7→ f (x + a) s’ob- f : x 7→ x2
tient en translatant le graphe de f du vec- 0 1
teur −a→ −ı (voir la figure II.2).
x 7→ f (x) − 0, 7
• Le graphe de la fonction x 7→ f (ax) s’ob-
tient en dilatant le graphe de f suivant le Figure II.1 – Translation verticale du graphe.
vecteur →−ı et par le rapport 1 (voir la figure
a
II.3).
• Le graphe de la fonction x 7→ af (x) s’ob-
Proposition 2.0.3. 1. Le graphe d’une fonc-
tient en dilatant le graphe de f suivant le
tion paire présente une symétrie par rapport
vecteur →−ȷ et par le rapport a (voir la figure
à l’axe des ordonnées.
II.4).
• Le graphe de la fonction x 7→ f (−x) s’ob- 2. Le graphe d’une fonction impaire présente
tient en prenant le symétrique du graphe une symétrie par rapport à l’origine.
de f par rapport à l’axe O→ −ȷ (voir la figure 3. Le graphe d’une fonction T -périodique pré-
II.5). sente un motif de longueur T se répétant
• Le graphe de la fonction x 7→ −f (x) s’ob- (plus formellement, il est invariant par la
tient en prenant le symétrique du graphe translation de vecteur T →
−ı ).

34
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

x 7→ 3f (x)
f : x 7→ x2

0 1
x 7→ f (x + 2.9) x 7→ f (x − 1) f : x 7→ x2 + 1
1
x 7→ −f (x)/10
Figure II.2 – Translation horizontale du graphe. 1
0

x 7→ f (5x)

f : x 7→ x2 + 1
1
Figure II.4 – Dilatation verticale du graphe.
x 7→ f (x/10)

0 1

Figure II.3 – Dilatation horizontale du graphe.

1
Exercice 2.0.4.
Quelle symétrie la courbe d’une fonction f : R →
R vérifiant, pour un a ∈ R, ∀x ∈ R f (a−x) = f (x) 0 1
présente-t-elle ? x 7→ f (−x) f : x 7→ ·x(x − 1)

Figure II.5 – Symétrie du graphe par rapport à


3 Composée de fonctions, réci- l’axe vertical.
proque.
3.1 Rappels de dérivation.
tout x ∈ A,
On rappelle les formules de dérivation usuelles
utilisées dans le secondaire. d n
(u (x)) = nu′ (x)un−1 (x).
dx
2. Soit n un entier strictement négatif. Si u
Théorème 3.1.1.
ne s’annule pas, la fonction x 7→ un (x) est
Soit A ⊂ R et u : A → R dérivable.
dérivable sur A et, pour tout x ∈ A,
1. Soit n un entier strictement positif. La fonc-
d n
tion x 7→ un (x) est dérivable sur A et, pour (u (x)) = nu′ (x)un−1 (x).
dx

35
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

f : x 7→ ·x(x − 1) x ∈ A,

d u′ (x)
1 (ln (u(x))) = .
dx u(x)

0 1
x 7→ −f (x) 3.2 Composée de deux fonctions.

Définition 3.2.1.
Soit A, B ⊂ R, soit f : A → R et g : B → R.
Si, pour tout x ∈ A, f (x) ∈ B, alors on peut
Figure II.6 – Symétrie du graphe par rapport à construire la fonction composée de f par g :
l’axe horizontal.
g◦f : A → R .
x 7→ g(f (x))
f : x 7→ x3 + x2 − x + 1 On pourra, pour s’aider, se rappeler du schéma
de la figure II.8.
1

f (x) ∈ B
0 1

f g
g◦f
x∈A g(f (x))
x 7→ −f (−x)

Figure II.7 – Symétrie du graphe par rapport à Figure II.8 – Diagramme de composition de
l’origine. fonctions.

Exemple 3.2.2.
On peut donc écrire, sous réserve de validité,
3. Si
p u est strictement positive, la fonction x 7→ u′
u(x) est dérivable sur A et, pour tout x ∈ (exp ◦u)′ = u′ × exp ◦u et (ln ◦u)′ = .
u
A,
d q u′ (x)
 
Remarque 3.2.3.
u(x) = p .
dx 2 u(x) Pour déterminer le domaine de définition d’une
4. La fonction x 7→ exp (u(x)) est dérivable sur composée g ◦ f , il convient de déterminer dans
A et, pour tout x ∈ A, l’ordre :
d 1. le domaine de définition de f , noté ici Df ;
(exp (u(x))) = u′ (x) exp (u(x)). 2. puis le domaine de définition de g, noté ici
dx
5. Si u est strictement positive, la fonction x 7→ Dg ;
ln (u(x)) est dérivable sur A et, pour tout 3. enfin, déterminer l’ensemble des x ∈ Df pour
lesquels f (x) ∈ Dg .

36
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

En particulier, il est impossible de conclure sans Si f est impaire et g paire,


avoir étudié l’ensemble d’arrivée de f !
g ◦ f (−x) = g(f (−x)) = g(−f (x)) = g(f (x)) = g ◦ f (x).
Exercice 3.2.4.
Si f et g sont impaires,
Déterminer le domaine de définition de
s g◦f (−x) = g(f (−x)) = g(−f (x)) = −g(f (x)) = −g◦f (x).
2
x 7→ x−2− .
x−3

3.3 Propriétés d’une composée.


Proposition 3.3.5.
Soit A, B ⊂ R, f : A → R et g : B → R tels que
Théorème 3.3.1. g ◦ f soit définie.
Soit A, B ⊂ R, f : A → R et g : B → R telles que 1. Si f et g sont de même monotonie, g ◦ f est
g ◦ f soit définie. croissante.
1. Si f et g sont continues, alors g ◦ f est conti- 2. Si f et g sont de monotonies opposées, g ◦ f
nue sur A. est décroissante.
2. Si f et g sont dérivables, alors g ◦ f est déri- On a les mêmes résultats dans les cas de monoto-
vable sur A et nie stricte.
(g ◦ f )′ = f ′ × g ′ ◦ f.
Démonstration.
On traite le cas où f est croissante et g décroissante. Les
autres sont semblables.
Démonstration. Soit x, y ∈ A, supposons que x ⩽ y. Par croissance
Cela sera démontré ultérieurement. de f , on a f (x) ⩽ f (y) puis, par décroissance de g, on a
g(f (x)) ⩾ g(f (y)). Ainsi, g ◦ f est décroissante.
Exercice 3.3.2.
Dériver les expressions suivantes : Exercice 3.3.6.
1. sin 3x2 + 2 ;
 Déterminer sans calculs le sens de variations de
la fonction
2. 1 + ln(cos(t)).
p
x 7→ ln(1 + e −2x ).
Remarque 3.3.3.
Sous réserve de définition, on a donc de manière
3.4 Cas des bijections.
générale
d
(f (ax + b)) = af ′ (ax + b).
dx Définition 3.4.1.
Soit E ⊂ R. On définit la fonction identité sur E
Proposition 3.3.4. comme
Soit A, B ⊂ R, f : A → R et g : B → R telles que IdE : E → R .
g ◦ f soit définie. x 7→ x
1. Si f est paire, g ◦ f est paire.
2. Si f est impaire et g est paire, g ◦ f est paire.
On définit maintenant la réciproque d’une fonc-
3. Si f et g sont impaires, g ◦ f est impaire.
tion dans le cadre restreint du théorème de la
bijection. Nous étendrons cette notion ultérieure-
Démonstration. ment.
Soit x ∈ A. Si f est paire,

g ◦ f (−x) = g(f (−x)) = g(f (x)) = g ◦ f (x).

37
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Démonstration.
Définition 3.4.2. Soit x ∈ [a, b], soit y entre f (a) et f (b). On a alors y = f (x)
Soit a < b deux réels, f : [a, b] → R continue et si et seulement si x = f −1 (y). Ainsi, le point de coordon-
nées (x, y) appartient au graphe de f si et seulement si
strictement monotone. Soit x entre f (a) et f (b),
celui de coordonnées (y, x) appartient au graphe de f −1 .
il existe donc un unique t ∈ [a, b] tel que x = f (t). Or, l’application qui échange les coordonnées est la symé-
On note ce réel t = f −1 (x). trie par rapport à la première bissectrice du plan, d’où le
La fonction f −1 est appelée réciproque de f . résultat.
On a des résultats analogues avec un intervalle Le résultat suivant permet notamment d’obte-
semi-ouvert ou ouvert (de la forme ]a, b], [a, b[ nir le tableau de variations de la réciproque d’une
ou ]a, b[), même si a ou b valent ±∞, mais ces fonction.
résultats font alors intervenir des limites.

Théorème 3.4.5.
Proposition 3.4.3. Soit I un intervalle de R et f : I → R continue et
Soit a < b deux réels, f : [a, b] → R continue et strictement monotone.
strictement croissante. On a alors 1. La fonction f −1 est strictement monotone,
de même monotonie que f .
f −1 : [f (a), f (b)] → [a, b] 2. Si f est impaire, alors f −1 est aussi impaire..
et on a les propriétés suivantes : 3. La fonction f −1 est continue.
1. f ◦ f −1 = Id[f (a),f (b)] ; 4. Si f dérivable et si f ′ ne s’annule pas, alors
1
2. f −1 ◦ f = Id[a,b] . f −1 est aussi dérivable et (f −1 )′ = ′ .
f ◦ f −1
Dans le cas où f est strictement décroissante, on
a les mêmes résultats en remplaçant [f (a), f (b)]
Démonstration.
par [f (b), f (a)].
On ne démontre que les deux premiers points.
On a des résultats analogues avec un intervalle
1. Dans le cas où f est strictement décroissante. Soit
semi-ouvert ou ouvert (de la forme ]a, b], [a, b[ x, y des images par la fonction f , posons a = f −1 (x)
ou ]a, b[), même si a ou b valent ±∞, mais ces et b = f −1 (y), de sorte que a, b ∈ I, x = f (a) et
résultats font alors intervenir des limites. y = f (b).
Supposons que x < y. Si a ⩽ b, alors, par décroissance
de f , f (a) ⩾ f (b), i.e. x ⩾ y : c’est impossible.
Démonstration. Ainsi, f −1 (x) > f −1 (y), donc f −1 est strictement
Le domaine de définition de f −1 et son image sont évidents, décroissante.
par la définition de f −1 .
2. Soit x une image par la fonction f , on a par imparité
1. Soit x ∈ [f (a), f (b)]. Posons t = f −1 (x). Par défini- de f
tion, f (t) = x, donc f (f −1 (x)) = x, d’où le résultat. f (−f −1 (x)) = −f (f −1 (x)) = −x.
2. Soit t ∈ [a, b], posons x = f (t). Par croissance stricte Ainsi, par définition, f −1 (−x) = −f −1 (x), donc f −1
de f , il y a unicité du réel u ∈ [a, b] vérifiant x = est impaire.
f (u), donc par définition t = f −1 (x). On a donc
t = f −1 (f (t)), d’où le résultat.
Remarque 3.4.6.
Une fois que l’on sait que f −1 est dérivable, la
dernière formule peut se retrouver en dérivant
Proposition 3.4.4. f ◦ f −1 = Id, ce qui donne :
Soit a < b deux réels, f : [a, b] → R continue et
strictement monotone. Alors, le graphe de f −1 est (f −1 )′ × f ′ ◦ f −1 = 1.
le symétrique du graphe de f par rapport à la
droite d’équation y = x (aussi appelée première Remarque 3.4.7.
bissectrice du plan). Avec quelques considérations de limites, le théo-
rème précédent permet de relier les tableaux de

38
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

variations d’une fonction et de sa réciproque (voir


figure II.9 dans le cas où f est strictement décrois- x 7→ x2
sante).

x a b y=x
c
f (x)
d

x d c 1 √
x 7→ x
f −1 (x) b
a

Figure II.9 – Tableaux de variations d’une fonc-


tion et de sa réciproque. 0
1

Figure II.10 – Fonctions carré et racine carrée.


Remarque 3.4.8.
Plus précisément, si f ′ (x) = 0, alors f −1 ne sera
pas dérivable en y = f (x). 4 Fonction valeur absolue
En effet, le graphe de f possède une tangente
horizontale au point de coordonnées (x, y), donc
par symétrie celui de f −1 possède une tangente
Définition 4.0.1.
verticale au point de coordonnées (y, x).
Soit x√∈ R On appelle valeur absolue de x le réel
Exemple 3.4.9. |x| = x2 . Il vaut x si x ⩾ 0 et −x sinon (voir la
On peut observer tous ces résultats sur les fonc- figure II.11).
tions carré et racine carrée (voir figure II.10).
La fonction carré est strictement croissante sur
R+ (mais pas sur R), est continue, 02 = 0 et
x2 −−−−→ +∞. Ainsi, la fonction carré réalise une
x→+∞
bijection de R+ sur R+ . On appelle sa réciproque
√ √
la fonction racine carrée, notée · : si x ⩾ 0, x
est l’unique réel t ⩾ 0 vérifiant t2 = x. La fonction
x 7→ |x|
racine carrée est donc strictement croissante et 1

x −−−−→ +∞.
x→+∞
d 2
On a, pour tout x ⩾ 0, (x ) = 2x, qui s’an- 0 1
dx
nule exactement en 0. La fonction racine carrée
est donc dérivable sur R∗+ , mais pas en 0, et pour
tout x > 0, Figure II.11 – Fonction valeur absolue.

d √  1
x = √ .
dx 2 x

39
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Démonstration. 1.
Proposition 4.0.2.
C’est une fonction paire, continue sur R et déri- (|x| + |y|)2 − |x + y|2 = (|x| + |y|)2 − (x + y)2
vable sur R∗− et R∗+ , mais pas en 0. Si x > 0, on = 2(|xy| − xy)
d d ⩾ 0,
a (|x|) = 1 et si x < 0, (|x|) = −1.
dx dx
donc |x + y|2 ⩽ (|x| + |y|)2 . On conclut par positivité
de |x + y| et de |x| + |y|.
Remarque 4.0.3. 3. Dans le raisonnement précédent, il y a égalité si et
Pour tout réel x, |x| ⩾ 0, et |x| = 0 si et seulement seulement si |xy| = xy, ce qui est équivalent à xy ⩾ 0,
si x = 0. ce qui est bien équivalent à « x et y sont de même
signe ».
Remarque 4.0.4.
2. En appliquant le premier point, |x| = |(x + y) +
Pour tout x, y ∈ R, |x · y| = |x| · |y|. (−y)| ⩽ |x + y| + |y| donc |x| − |y| ⩽ |x + y|. En
permutant les rôles de x et y, nous avons également
|y| − |x| ⩽ |x + y|, ce qui permet de conclure.
Théorème 4.0.5.
Soit x, y ∈ R. Alors, |x| ⩽ y si et seulement si
Remarque 4.0.8 (Interprétation en terme de
−y ⩽ x ⩽ y.
distance).
Si x, y ∈ R, |x − y| est la distance entre x et y. On
Démonstration. peut alors écrire, avec (x, ε) ∈ R2 , les intervalles
Il suffit de discuter selon les signes de x et de y.

[x − ε, x + ε] = { y ∈ R | |y − x| ⩽ ε } ,
Proposition 4.0.6 (Inégalité triangulaire). ]x − ε, x + ε[ = { y ∈ R | |y − x| < ε } .
Soit x, y ∈ R, alors :
1. |x + y| ⩽ |x| + |y| ;
5 Fonctions puissances entières,
2. ||x| − |y|| ⩽ |x + y| ;
polynomiales et rationnelles
3. enfin, |x + y| = |x| + |y| si et seulement si x
et y sont de même signe.
5.1 Fonctions puissances entières

Remarque 4.0.7.
L’inégalité triangulaire est celle du premier point, Définition 5.1.1.
mais on trouve souvent sous cette appellation les Soit x ∈ R, n ∈ N. On appelle x puissance n le
deux premiers points résumés dans l’encadrement réel x × . . . × x (n fois), noté xn .
||x| − |y|| ⩽ |x + y| ⩽ |x| + |y|. Le troisième point Par convention x0 = 1 pour tout x ∈ R,
est le cas d’égalité de l’inégalité triangulaire. même 0.
Le cas d’égalité du second point existe également : Si n est un entier strictement négatif, et si x ̸= 0,
||x| − |y|| = |x + y| si et seulement si x et y sont 1
on pose xn = −n .
de signe opposés. x
On retrouvera ces résultats pour les nombres com-
plexes, car la valeur absolue et le module complexe
coïncident sur R. Le premier point sera démon- Remarque 5.1.2.
tré dans le chapitre correspondant. Le second Cela peut se définir rigoureusement par récur-
point en découle facilement et peut être démon- rence.
tré dès maintenant. Nous donnons cependant une
démonstration élémentaire des points (i) et (iii),
valable uniquement pour des réels.

40
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Proposition 5.1.3.
Soit m, n ∈ Z, de manière générale :
x 7→ x2
xm+n = xm xn , x 7→ x4
xmn = (xm )n , 1
(xy)n = xn y n ,
 n
xn x
= .
y n y 0 1
De plus, x 7→ xn a la même parité que n. C’est
une fonction continue, dérivable, de dérivée x 7→
nxn−1 . x 7→ x
Les allures des courbes dans tous les cas (n x 7→ x3
pair, impair, positif, négatif) sont données dans
les figures II.12 et II.13.

Proposition 5.1.4 (Comparaisons de puis- Figure II.12 – Quelques fonctions puissance,


sances). exposants positifs.
Soit x ∈]0, 1], alors

0 < x4 ⩽ x3 ⩽ x2 ⩽ x ⩽ 1 ⩽ 1/x ⩽ 1/x2 . . .

Plus formellement, la suite (xn )n∈Z est décrois-


sante (strictement si 0 < x < 1). 1
x 7→
Soit x ∈ [1, +∞[, la suite (xn )n∈Z est croissante x2
(strictement si x > 1). 1

5.2 Fonctions polynomiales et ration- 0 1


nelles

1
Définition 5.2.1. x 7→
x
On appelle fonction polynomiale toute fonction
1
de la forme x 7→
x3
f : R → R
x 7→ a0 + a1 x + a2 x2 + . . . + an xn
Figure II.13 – Quelques fonctions puissance,
| {z }
n
exposants négatifs.
X
k
ak x
k=0

où n ∈ N, a0 , . . . , an ∈ R et où an ̸= 0.
Dans ce cas, n est appelé le degré de f , an est
le coefficient dominant (ou de plus haut degré) de Proposition 5.2.2.
f et a0 est le coefficient constant de f . Le terme Toute fonction polynomiale est continue et déri-
an xn est le monôme dominant de f . vable sur R.

41
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

De plus, avec les notations précédentes, f (x) et Proposition 6.1.2.


an xn ont même limite en ±∞. La fonction ln est continue, dérivable sur R∗+ ,
strictement croissante (donc injective) et bijective
de R∗+ dans R.
Démonstration.
On factorise an xn :
1
Si x ∈ R∗+ , on a ln′ (x) = .
x
a0 a1 an−1
 
f (x) = an xn + + ··· + +1
an xn an xn−1 an x
!
n−1 Démonstration.
X ak
= an x n
1+ . Les outils pour cela seront vus plus tard, mais il suffit
an xn−k
k=0 de dire que c’est la primitive d’une fonction continue et
positive.
Il suffit de voir que, si 0 ⩽ k ⩽ n − 1,
ak
−−−−−→ 0.
an xn−k x→±∞ Définition 6.1.3.
On appelle fonction exponentielle notée exp la
réciproque de ln. On a donc exp : R → R∗+ .

Définition 5.2.3.
On appelle fonction rationnelle toute fonction de Proposition 6.1.4.
g(x)
la forme f : x 7→ où g et h sont des fonctions La fonction exp est continue, dérivable sur R, et
h(x) égale à sa dérivée.
polynomiales. Si an xn et bm xm sont les monômes
an xn
dominants de g et h, alors f (x) et ont
bm xm Démonstration.
même limite en ±∞. Utiliser les propriétés de la réciproque.

• Graphes : voir la figure II.14.


Remarque 5.2.4.
L’ensemble de définition d’une telle fonction est au
moins inclus dans l’ensemble des réels sur lesquels
h ne s’annule pas. Nous l’étudierons précisément
dans le chapitre dédié aux fractions rationnelles.
exp y=x
Sur cet ensemble, toute fraction rationnelle est
continue et dérivable.
1

6 Fonctions exponentielles, lo-


garithmes et puissances quel- 0 1
y =x+1
conques
6.1 Exponentielle et logarithme ln

y =x−1
Définition 6.1.1.
On appelle logarithme népérien la primitive, notée
1
ln, de x 7→ sur R∗+ valant 0 en 1.
x Figure II.14 – Logarithme et exponentielle.

42
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Remarque 6.1.10.
Proposition 6.1.5. Ces inégalités s’observent aisément sur la fi-
L’exponentielle est partout strictement positive, gure II.14.
elle est strictement croissante et bijective de R Elles découlent immédiatement de la propriété
dans R∗+ . de convexité de l’exponentielle et de la propriété
de concavité du logarithme.

Démonstration. Remarque 6.1.11.


Utiliser les propriétés de la réciproque. Les dérivées de l’exponentielle en 0 et du loga-
rithme en 1 donnent les limites suivantes, fort
utiles :
Proposition 6.1.6.
Pour tout x, y ∈ R∗+ , ln(xy) = ln(x) + ln(y). exp(x) − 1
Pour tout x, y ∈ R, exp(x + y) = exp(x) exp(y). −−−→ 1,
x x→0
ln(1 + x)
−−−→ 1.
Démonstration. x x→0
Soit y ∈ R∗+ , étudions fy : R∗+ → R, x 7→ ln(xy). C’est
une fonction dérivable, comme composée
  de fonctions déri-
1 1
6.2 Exponentielle de base quelconque
vables, et si x ∈ R+ , fy (x) = y
∗ ′
= . Ainsi, fy est
xy x
1
une primitive de x 7→ , donc diffère de ln d’une constante.
x Définition 6.2.1.
Avec x = 1, on obtient cette constante : pour tout x > 0,
on a bien ln(xy) = ln x + ln y. Soient x ∈ R∗+ et a ∈ R. On appelle « x puissance
L’autre identité s’en déduit en observant que exp est la a » (ou exponentielle de base x), noté xa , le réel
réciproque de ln : xa = exp(a ln x).
ln(exp(x) exp(y)) = ln(exp(x)) + ln(exp(y))
= x + y.
Par définition de l’exponentielle, exp(x + y) = xa n’est qu’une notation pour
exp(x) exp(y). exp(a ln x).
Exemple 6.1.7.
1 xa n’est pas défini avec x ⩽ 0, avec cette
En particulier, exp(−x) = , ln(1/x) =
exp(x) définition.
− ln x et ln(xn ) = n ln x.
Remarque 6.1.8. Remarque 6.2.2.
On définit e = exp(1), dont une valeur approchée • Si a ∈ N, cette définition coïncide avec la défi-
à 10−3 près est 2, 718. nition donnée précédemment.
• On a alors pour tout x > 0, exp(x) = e x . La
Proposition 6.1.9 (inégalités fondamentales). notation e x est alors utilisée pour tout x ∈ R
Pour tout x ∈ R, pour désigner exp(x).
• Cas particuliers :
ex ⩾ 1 + x
1. a ∈ N : xa défini sur R.
et pour tout x > −1, 2. a ∈ Z : xa défini sur R∗ .
ln(1 + x) ⩽ x. 3. a ∈ R+ : prolongeable en 0 par continuité.
1
4. a = ∈ Q, q > 0 : définie sur R+ , donc
q
Démonstration.
prolongeable en zéro, comme réciproque de
Il suffit d’étudier les fonctions x 7→ e x − 1 − x et x 7→ ln(1 + la fonction x 7→ xq . Et même prolongeable
x) − x, en dressant leurs tableaux de signes/variations. sur R si q impair.

43
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

• Pour traiter un exercice avec des puissances


quelconques, il faut quasiment toujours repasser a = −0, 7
par l’écriture exponentielle.
a = 1, 5
a = 0, 7
Proposition 6.2.3.
Soit x, x′ ∈ R∗+ et y, y ′ ∈ R, on a :

1. (xx′ )y = xy .x y . a = 0, 5
′ ′
2. xy+y = xy .xy . 1
a = −0, 5
′ ′
3. x(yy )= (xy )y .
1 1
 y
4. x−y = y = .
x x
a = −1, 5

0
Démonstration. 1
Revenir à la définition via l’exponentielle.

• On peut dériver xa en utilisant directement sa Figure II.15 – Quelques fonctions de la forme


définition. On remarquera notamment que x 7→ xa .
∂ a ∂ a
(x ) ̸= (x ).
∂x ∂a
• Graphes : voir la figure II.15.

On n’utilisera jamais le symbole ′ pour


d ∂ Définition 6.2.6 (Logarithme de base a).
dériver une expression, mais plutôt ou , Soit a ∈ R∗+ \{1}. La fonction « puissance en base
d♡ ∂♡
où ♡ est la variable par rapport à laquelle on a », R → R∗+ , x 7→ ax , est bijective. Sa réciproque
dérive l’expression (les autres étant fixées). est le logarithme de base a
 ∗
Exemple 6.2.4.  R+ −→ R,
Que veut dire (xy )′ ? loga : ln(x)
x 7−→ .
ln(a)

Proposition 6.2.5.
Soit a ∈ R. On note fa : R∗+ → R∗+ .
x 7→ xa Remarque 6.2.7. 1. Cas particuliers utiles :
1. La fonction fa est continue, dérivable et ∀x ∈ log10 et log2 . Ils donnent le nombre de chiffres
R∗+ , fa′ (x) = axa−1 . dans l’écriture d’un entier en base 10 ou 2 :
si 10p−1 ⩽ n < 10p , alors n s’écrit avec p
2. Si a ̸= 0, fa est bijective de R∗+ sur R∗+ . Sa
chiffres en base 10 et ⌊log10 n⌋ = p − 1.
réciproque est f1/a .
′ 2. Propriétés fondamentales : log10 (10x ) = x et
3. Soit a < a′ : si x > 1, xa < xa , si x ∈]0, 1[, 10log10 x = x.

xa > xa
6.3 Racines énièmes.
Démonstration. 1. Il suffit de dériver dans la défini-
tion.
2. Il suffit de vérifier que (xa )1/a = (x1/a )a = x. Définition 6.3.1.
3. Il suffit de discuter suivant le signe de ln(x). Soit n ∈ N∗ . La fonction x 7→ xn est continue.

44
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Démonstration. 1. On utilise le résultat de l’exer-


• Si n est pair, x 7→ xn est strictement crois- cice 6.4.1, en factorisant
sante sur R+ et réalise une bijection de R+ a a
e bx e bx/a e bx/a
  a 
b
sur R+ . Sa réciproque sur R+ est appelée = = . .
√ xa x a bx/a
« racine ne », notée n ·.
• Si n est impair, x 7→ xn est strictement 2. En composant la limite de l’exercice 6.4.1 par ln(x),
x
croissante sur R et réalise une bijection de on a directement −−−−−→ +∞. Puis, en compo-
ln x x→+∞
R sur R. Sa réciproque sur R est appelée 1
√ sant par , on obtient et x ln x −−−→ 0.
« racine ne », notée n ·. x x→0
Ensuite, on factorise

Démonstration. xa

xa/b
b  b 
a xa/b
b
Il suffit de montrer la croissance stricte. Cela peut se faire = = .
(ln x)b ln x b ln (xa/b )
en dérivant, ou bien en factorisant xn − y n (la formule sera
vue bientôt). On obtient l’autre limite par composition.
Notamment, pour n = 2, x2 − y 2 = (x − y)(x + y) donne
directement la croissance stricte de x 7→ x2 sur R∗+ . 3. Repasser par les deux premiers points.

Exemple 6.3.2. √ √
(−2) Exercice 6.4.3.
√ 4= −8, donc −2 √= 3 −8, et ( 3)4 =
3
√ Déterminer la limite de la suite de terme général
(− 3) = 9, donc 4 9 = 3.
3n − n2 + ln2 (n)
Proposition 6.3.3. √ n
√ ne + e − 2 ln(n)
Soit n ∈ N∗ et x > 0, alors n x = x1/n .

Démonstration. 7 Fonctions circulaires réci-


On a bien x1/n > 0 et, d’après les règles de manipulation
des puissances, (x1/n )n = (xn )1/n = x. proques

6.4 Croissances comparées 7.1 Arccos et Arcsin

Exercice 6.4.1.
Montrer que ∀x ∈ R+ , exp(x) ⩾ 1 + x + x2 /2. En La fonction cosinus n’est pas bijective :
déduire la limite de exp(x)/x lorsque x → +∞. pour tout x ∈ [−1, 1], il n’existe pas un unique
t ∈ R vérifiant x = cos(t).
Proposition 6.4.2 (Croissances comparées des
exponentielles, puissances et logarithmes).
Soient a, b ∈ R∗+ . Alors : Définition 7.1.1 (Arc cosinus).
1. l’exponentielle l’emporte sur les puissances : Pour tout x ∈ [−1, 1], il existe un unique t ∈ [0, π]
tel que x = cos(t). On dit que ce t est l’arc cosinus
e bx de x (noté t = Arccos(x)).
xa e bx −−−−→ 0 et −−−−→ +∞ ;
x→−∞ xa x→+∞ Plus formellement : la fonction cosinus est bi-
jective de [0, π] sur [−1, 1]. Sa fonction réciproque
2. les puissances l’emportent sur les loga-
est appelée arc cosinus et noté Arccos.
rithmes :
xa
xa ·|ln x|b −−−→ 0 et −−−−→ +∞ ; Démonstration.
x→0 (ln x)b x→+∞ La fonction cosinus est continue, strictement décroissante
sur [0, π], cos(0) = 1 et cos(π) = −1. On conclut par le
3. l’exponentielle l’emporte sur les logarithmes théorème de la bijection.
(repasser par les deux premiers points).

45
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

π π
 
Proposition 7.1.2.
− , tel que x = sin(t). On dit que ce t est
La fonction arc cosinus est strictement décrois- 2 2
sante, continue sur [−1, 1], dérivable sur ] − 1, 1[, l’arc sinus de x (noté t = Arcsin(x)).
1 Plus formellement : la fonction sinus est bijec-
de dérivée x 7→ − √ , c’est-à-dire que pour
1 − x2 tive de [−π/2, π/2] sur [−1, 1]. Sa fonction réci-
tout x ∈] − 1, 1[, proque est appelée arc sinus et noté Arcsin.
1
Arccos′ (x) = − √ . Démonstration.
1 − x2
La fonction sinus
 est continue, strictement
  croissante sur
π π
Son graphe est représenté sur la figure II.16. [−π/2, π/2], sin −
2
= −1 et sin
2
= 1. On conclut
par le théorème de la bijection.

Démonstration.
Tout découle du tableau de variations du cosinus et des Proposition 7.1.4.
théorèmes généraux précédents.
Comme cos′ (0) = 0 et cos′ (π) = 0, Arccos n’est pas
La fonction arc sinus est strictement croissante,
dérivable en cos(0) = 1 et en cos(π) = −1. La dérivée du impaire, continue sur [−1, 1], dérivable sur ]−1, 1[,
cosinus ne s’annule pas sur ]0, π[, donc Arccos est dérivable 1
de dérivée x 7→ √ , c’est-à-dire que pour
sur ] − 1, 1[. Ensuite, si −1 < x < 1, 1 − x2
1 −1 tout x ∈] − 1, 1[,
Arccos′ (x) = = .
cos′ (Arccos x) sin(Arccos x)
1
Il suffit d’utiliser√le résultat du théorème 7.1.6 pour obtenir
Arcsin′ (x) = √ .
1 − x2
sin(Arccos x) = 1 − x2 .
Son graphe est représenté sur la figure II.17.
π
Démonstration.
Arccos C’est la même chose que pour l’arc cosinus.
Pour l’imparité, si x ∈ [−1, 1], posons t = Arcsin(x),
y=x donc t ∈ [−π/2, π/2] et sin(t) = x. Par imparité du sinus,
π
sin(−t) = −x, et −t ∈ [−π/2, π/2], donc par définition
2 −t = Arcsin(−x). On vient de montrer que Arcsin(−x) =
1 − Arcsin(x).
π
2 π Exercice 7.1.5.
−1 0 1 Déterminer les arc cosinus
√ et
√ arc sinus des valeurs
cos 1 2 3
usuelles : 0, ± , ± ,± et ±1.
−1 2 2 2

Théorème 7.1.6.
Figure II.16 – Fonctions cos et Arccos. Pour tout x ∈ [−1, 1],

sin(Arccos x) = cos(Arcsin x)
p
= 1 − x2 .
La fonction sinus n’est pas bijective :
pour tout x ∈ [−1, 1], il n’existe pas un unique
t ∈ R vérifiant x = sin(t).
Démonstration.
On a cos ◦ Arccos = Id[−1,1] , c’est-à-dire que, par définition,
Définition 7.1.3 (Arc sinus). pour tout x ∈ [−1, 1], cos(Arccos x) = x.
Ainsi, si x ∈ [−1, 1], on a
Pour tout x ∈ [−1, 1], il existe un unique t ∈
sin2 (Arccos x) = 1 − cos2 (Arccos x) = 1 − x2 .

46
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

1. f est constante sur ] − 1, 1[. En effet, f est dérivable


π Arcsin y=x sur ] − 1, 1[ et d’après ce qui précède sa dérivée est
2 nulle. Notons C sa valeur sur ] − 1, 1[.
2. f est constante sur [−1, 1]. En effet, on a ∀x ∈] −
1 1, 1[ f (x) = C, donc f admet une limite à droite en
−1 et f (x) −−−−→ C. Or f est continue en −1 car
x→−1
x>−1

π Arcsin et Arccos le sont. Donc f (x) −−−−→ f (−1).


− x→−1

2 −1 0 sin Donc f (−1) = C.


x>−1

De même f (1) = C.
1 π On a donc ∀x ∈ [−1, 1] f (x) = C.
2 3. La valeur de f sur [−1, 1] est π/2. En effet, en 0, f
vaut Arcsin 0 + Arccos 0, qui est égal à 0 + π/2.
−1

π 7.2 Arctangente

2

La fonction tangente n’est pas bijective :


Figure II.17 – Fonctions sin et Arcsin. pour tout x ∈ R, il n’existe pas un unique t ∈ R
vérifiant x = tan(t).

Pour finir, on remarque que le sinus est positif sur [0, π], Définition 7.2.1 (Arc tangente).
or la fonction Arccos prend ses valeurs dans [0, π], donc π π
 
sin(Arccos x) ⩾ 0.. Pour tout x ∈ R, il existe un unique t ∈ − ,
2 2
tel que x = tan(t). On dit que ce t est l’arc
Arccos ◦ cos ̸= IdR , on a juste que pour tangente de x (noté t = Arctan(x)).
tout x ∈ [0, π], Arccos(cos(x)) = x. Plus formellement, la fonction tangente est bi-
jective de ] − π/2, π/2[ sur R. Sa fonction réci-
Exercice 7.1.7. proque est appelée arctangente et noté Arctan
17π

Calculer Arccos cos . (parfois atan).
7
Exercice 7.1.8.
4
Résoudre l’équation Arcsin x = Arccos , d’incon-
5 Proposition 7.2.2.
nue x ∈ [−1, 1]. La fonction arc tangente est continue sur R, dé-
1
rivable sur R de dérivée x 7→ , impaire
Toujours faire attention aux signes des 1 + x2
et strictement croissante. Son graphe est donné
objets, et aux ensembles auxquels ils appar- figure II.18 (noter les asymptotes).
tiennent.
Démonstration.
Tout découle du tableau de variations de la tangente et
Proposition 7.1.9. des théorèmes généraux précédents.
Pour tout x ∈ [−1, 1], on a Arcsin x + Arccos x = On a tan′ = 1 + tan2 , donc pour tout x ∈] − π/2, π/2[,
π/2. tan′ (x) ⩾ 1. La dérivée de la tangente ne s’annule pas sur
] − π/2, π/2[, donc Arctan est dérivable sur R. Ensuite, si
x ∈ R,
Démonstration. 1 1 1
Notons f : [−1, 1] → R, x 7→ Arcsin x + Arccos x. Il suffit Arctan′ (x) = = = .
tan′ (Arctan x) 1 + tan2 (Arctan x) 1 + x2
de montrer que f est constante sur [−1, 1], de valeur π/2.
Pour cela on peut vérifier les trois points suivants : L’imparité s’obtient comme pour l’arc sinus.

47
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Premier cas y ⩾ 0. donc M appartient au demi-


plan supérieur, donc θ ∈ [0, π] et donc θ =
tan
Arccos(x/r).
π y=x
Second cas y < 0, alors θ ∈] − π, 0[, donc
2 −θ ∈]0, π[, donc −θ = Arccos(x/r), d’où
θ = − Arccos(x/r).
0
Remarque 7.3.1.
π
Arctan On aurait aussi pu utiliser Arcsin en distinguant
2 les cas x ⩾ 0 (θ = Arcsin(y/r)) et x < 0 (θ =
π − Arcsin(y/r)).
Exemple 7.3.2.
Un
 couple de coordonnées polaires de (4, −3) est
4

5, − Arccos .
5
Remarque 7.3.3.
Figure II.18 – Fonctions tan et Arctan. Trouver le module et un argument d’un nombre
complexe est le même problème que de déterminer
un couple de coordonnées polaires d’un point du
plan. Il se résout avec les mêmes méthodes.
Proposition 7.2.3.
À nouveau, remarquer que tan ◦ Arctan = IdR ,
mais pas Arctan ◦ tan : ce n’est l’identité que sur 8 Fonctions hyperboliques
] − π/2, π/2[.
8.1 ch, sh et th

Exercice 7.2.4.
Résoudre l’équation Arctan(2x) + Arctan(3x) = Définition 8.1.1.
π
. On appelle :
4
Exercice 7.2.5. 1. Sinus hyperbolique et on note sh l’application
Étudier la fonction
sh : R → R .
1
  e x − e −x
f : x 7→ Arctan(x) + Arctan . x 7→
x 2
2. Cosinus hyperbolique et on note ch l’applica-
7.3 Coordonnées polaires tion
ch : R → R .
Soit (x, y) un couple de coordonnées carté- e x + e −x
siennes d’un point M du plan. On veut un couple x 7→
2
de coordonnées polaires de M . On cherche un tel
couple souspla forme (r, θ) avec r ⩾ 0 et θ ∈]−π, π[.
On a r = x2 + y 2 . On doit avoir x = r cos θ =
et y = r sin θ, donc cos θ = x/r et sin θ = y/r (on Proposition 8.1.2. 1. La fonction ch est conti-
écarte le cas r = 0, on dit par convention que nue et dérivable sur R et sa dérivée est sh.
toutes les (0, θ) conviennent). De plus, ch est paire.
On distingue deux cas :

48
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Exercice 8.1.4.
2. La fonction sh est continue et dérivable sur R Démontrer l’inégalité précédente de deux manières
et sa dérivée est ch. De plus, sh est impaire. différentes.
3. Les graphes de ch et sh sont donnés dans la
figure II.20.
ch
4. ch + sh = exp.
5. ch2 − sh2 = 1.

Démonstration. 1. On calcule ch′ , et ch(−x).


2. Idem. 1
3. On dresse le tableau de variations de signes / va-
riations suivant (voir figure II.19) , en partant du 0
fait que, pour tout x ∈ R, ch(x) > 0. On rajoute :
1
x −∞ 0 +∞
sh
ch(x) +

+∞
sh(x) 0
−∞
Figure II.20 – Fonctions ch et sh.
sh(x) − 0 +

+∞ +∞
ch(x) Définition 8.1.5.
1 On appelle Tangente hyperbolique et on note þ =
sh
, soit l’application
ch
Figure II.19 – Variations de ch et de sh.
þ : R → R .
ch(x) − sh(x) −−−−−→ 0, donc les graphes de ch et de e x − e −x
x→+∞
sh sont asymptotiques l’un de l’autre. x 7→
e x + e −x
4. Simple calcul.
5. On factorise, en utilisant la parité de ch et l’imparité
de sh et le résultat précédent : pour tout x ∈ R,
ch2 (x) − sh2 (x) = (ch(x) + sh(x))(ch(x) − sh(x))
Proposition 8.1.6.
= (ch(x) + sh(x))(ch(−x) + sh(−x))
La fonction th est continue et dérivable sur R et
= exp(x) exp(−x)
= 1. 1
þ′ = 1 − þ2 = .
ch2

Remarque 8.1.3. De plus, th est impaire et, pour tout x ∈ R,


On a l’inégalité suivante : pour tout u ∈ R∗+ , −1 < þ(x) < 1. Voir son graphe figure II.21.

1
u+ ⩾ 2, Démonstration.
u
Par le calcul de ch − sh, on obtient que, pour tout
avec égalité si et seulement si u = 1. Cela permet x ∈ R,
de retrouver que, pour tout x ∈ R, ch(x) ⩾ 1. − ch(x) < sh(x) < ch(x)

49
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

et ch(x) > 0, donc þ est bien définie et à valeurs dans


] − 1, 1[. En tant que quotient de fonctions dérivables Définition 8.1.10.
dont le dénominateur ne s’annule pas, þ est dérivable. Soit A ⊂ R et f : A → R. Supposons que A est
On dérive þ facilement. Les limites de þ s’obtiennent
centré (∀x ∈ A, −x ∈ A). Alors, il existe deux
aisément : on notera les deux asymptotes horizon-
tales à son graphe. uniques fonctions g : A → R et h : A → R
vérifiant :
• g est paire ;
1 • h est impaire ;
• f = g + h.
þ 0 On dit que g est la partie paire de f et h sa partie
impaire.
1
Démonstration.
On raisonne par analyse-synthèse.
Analyse : On suppose que l’on a g et h qui conviennent
Figure II.21 – Fonction þ. et l’on essaie d’obtenir des informations dessus. Indice
: si x ∈ A, calculer f (x) + f (−x).
On a en fait montré l’unicité de g et de h.
Synthèse : On vérifie que les fonctions trouvées dans la
Remarque 8.1.7. phase d’analyse conviennent.
Pourquoi fonctions «hyperboliques» et «circu- On a alors montré l’existence de g et de h.
laires» ? Car x2 + y 2 = 1 est l’équation du
cercle trigonométrique C , donc (x, y) ∈ C ssi
∃t ∈ R x = cos t et y = sin t. Exemple 8.1.11.
De même, x2 − y 2 = 1 est l’équation de l’hyper- Les fonctions cosinus et sinus hyperboliques, sont
bole équilatère H d’asymptotes x = ±y. Donc les parties paires et impaires de la fonction expo-
(x, y) ∈ H ssi ∃t ∈ R x = ch t et y = sh t. nentielle.

Remarque 8.1.8. 8.2 Fonctions hyperboliques inverses


Toutes les formules de trigonométrie circulaire ont
une analogue hyperbolique. Par exemple : Elles sont hors-programme. :’(
Mais vous pouvez très bien les retrouver, ainsi
ch(a + b) = ch a ch b + sh a sh b, que leurs propriétés, en tant qu’exercice ! :)
sh(a + b) = sh a ch b + ch a sh b.

Ces formules ne sont pas à connaître.


Remarque 8.1.9.
Les dérivées du sinus et du cosinus hyperboliques
en 0 donnent les limites suivantes, fort utiles :

sh(x)
−−−→ 1,
x x→0
ch(x) − 1
−−−→ 0.
x x→0

On a remarqué que ch est paire, sh est impaire


et exp = ch + sh. Cela se généralise comme suit.

50
Chapitre III

Un peu de calcul
Sommaire
1 Le symbole somme : Σ . . . . . . . . . . 52
1.1 Définition d’une somme simple et pre-
mières propriétés . . . . . . . . . . . . 52
1.2 Sommes doubles . . . . . . . . . . . . 54
1.3 Somme d’une famille finie d’objets . . 55
2 Le symbole produit : Π . . . . . . . . . 56
3 Quelques formules à connaître . . . . . 56
3.1 Sommes classiques . . . . . . . . . . . 56
3.2 Coefficients binomiaux . . . . . . . . . 57
3.3 Binôme de Newton, identités remar-
quables et sommation géométrique . . 58
4 Systèmes linéaires et pivot de Gauss . 60
4.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . 60
4.2 Interprétation géométrique . . . . . . . 60
a Dans le plan . . . . . . . . . . . . 60
b Dans l’espace . . . . . . . . . . . 60
4.3 Opérations sur les lignes d’un système 61
4.4 Algorithme du pivot . . . . . . . . . . 61
a Cas d’un système diagonal . . . . 61
b Cas d’un système triangulaire in-
versible . . . . . . . . . . . . . . . 61
c Cas d’un système triangulaire non
inversible . . . . . . . . . . . . . . 63
d Systèmes échelonnés . . . . . . . 63
e Cas général . . . . . . . . . . . . 63
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

1 Le symbole somme : Σ
plexes, soit λ, µ ∈ C. Alors
1.1 Définition d’une somme simple et n n n
(λak + µbk ) = λ ak + µ
X X X
premières propriétés bk .
k=m k=m k=m

Définition 1.1.1.
Démonstration.
Soit m, n ∈ Z tels que m ⩽ n. Soit zm , . . . , zn des On le montre par récurrence sur n, après avoir fixé m.
nombres complexes. Leur somme est notée
n
X Proposition 1.1.5 (Relation de Chasles).
zk , Soit m, n, p ∈ Z tels que m ⩽ n ⩽ p, et am , . . . , ap
k=m
des nombres complexes. Alors
c’est le nombre complexe que l’on peut noter de p n p
manière abusive ak = ak +
X X X
ak .
k=m k=m k=n+1
zm + zm+1 + zm+2 + . . . + zn .
n
Par convention, si m > n, on posera zk = 0.
X
Démonstration.
k=m Ce résultat intuitif peut se démontrer proprement par
récurrence sur p : on fixe m ∈ Z et pour tout p ∈ Z
tel que p ⩾ m, on pose (Hp ) : « pour tout n ∈ Jm, pK,
p n p
Exemple 1.1.2.
X X X
ak = ak + ak ».
4
k=m k=m k=n+1
k 2 = 1 + 22 + 32 + 42 = 30.
X

k=1 Il est important de savoir manipuler des sommes


écrites avec le symbole Σ. Pour cela, nous utilise-
Remarque 1.1.3.
n rons principalement les deux outils suivants.
Dans une expression du type f (k), on dit que
X
Le premier consiste à observer que la somme
k=m
la variable k est muette. En effet, on peut rempla- zm+1 + zm+2 + zm+3 + · · · + zn + zn+1
cer la lettre k par un autre nom de variable non
encore utilisé, sans changer le sens de l’expression. peut s’écrire comme
n n n
Ainsi f (k), f (i) et f (Brandon) zm+1 +z(m+1)+1 +z(m+2)+1 +· · ·+z(n−1)+1 +zn+1 .
X X X

k=m i=m Brandon=m


sont synonymes. Par contre on ne peut pas écrire
n n n Proposition 1.1.6 (Décalage d’indice).
f (m), f (n) ou f (f ), qui n’ont au- Soit n, m ∈ Z, tels que m ⩽ n, soit zm , . . . , zn+1
X X X

m=m n=m f =m des nombres complexes. On a


cun sens.
On essaiera bien entendu de garder des no- n n+1
zk+1 =
X X
tations cohérentes avec le contexte ... et raison- zk .
nables. k=m k=m+1

Les règles de manipulations vues au collège sont


bien entendu valides ici. Démonstration.
On le montre par récurrence sur n, en ayant fixé un entier
m.
Si n = m, alors
Proposition 1.1.4 (Linéarité de la somme). n n+1
Soit am , . . . , an , bm , . . . , bn des nombres com-
X X
zk+1 = zm+1 = zk .
k=m k=m+1

52
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

Soit un entier n ⩾ m, supposons que l’identité soit vraie passer de la troisième à la quatrième ligne,
au rang n. Alors,
n+1 n
!
X X
zk = + zn+1
n+1 n
!
X X zk
zk+1 = zk+1 + zn+1+1 k=0 k=0
k=m k=m n
!
X
= + zn+1
n+1
!
X zn−k
= zk + zn+2 k=0
k=m+1 n
!
X
n+2
X = zn+1−(k+1) + zn+1
= zk . k=0
n+1
!
k=m+1 X
= zn+1−k + zn+1−0
Ainsi, la propriété est vraie au rang n + 1 et l’on peut k=1
conclure par récurrence. n+1
X
= zn+1−k .
Exercice 1.1.7. k=0
Soit n ∈ N, écrire comme une somme partant de
l’indice 0 : Ainsi, la propriété est vraie au rang n + 1 et l’on peut
n+1 conclure par récurrence.
La seconde identité se déduit immédiatement de celle-là
X
k2 .
avec un décalage d’indice.
k=2

Exemple 1.1.9.
Le second outil consiste à remarquer que la 6 5 3 3
somme i = (i + 1) = (i + 3) = (6 − i)2 .
X X X X
2 2 2

i=3 i=2 i=0 i=0


z0 + z1 + · · · + zn−1 + zn
Le résultat suivant est fondamental. Savoir re-
peut s’écrire pérer une somme télescopique et la simplifier (ou,
réciproquement, faire apparaître une somme téles-
zn−0 + zn−1 + · · · + zn−(n−1) + zn−n . copique à la place de la différence de deux termes)
est un savoir-faire important.

Proposition 1.1.8 (Renversement d’indices).


Soit n ∈ N, soit z0 , . . . , zn des nombres complexes.
On a n n
zk = Théorème 1.1.10 (Simplification téléscopique).
X X
zn−k
k=0 k=0 Soit zm , . . . , zn+1 des nombres complexes. Alors :
et n
n n−1
(zk+1 − zk ) = zn+1 − zm .
X
zk =
X X
zn−k .
k=m
k=1 k=0

Démonstration.
Remarque 1.1.11.
On montre la première par récurrence sur n.
Si n = 0, alors
Ceci est l’analogue discret du résultat d’intégra-
Z b
n n
tion f ′ (t) dt = f (b) − f (a), pour les fonctions
X X a
zk = z0 = zn−0 = zn−k . f éligibles.
k=0 k=0
Démonstration.
Soit un entier naturel n, supposons que l’identité soit vraie Commencer par écrire la somme « à la main »avec des
au rang n. Alors, en effectuant un décalage d’indice pour « petits points » pour voir les simplifications apparaître.

53
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

Ensuite, par changement d’indice : On essaiera toujours d’écrire des sommes par-
n
X n
X n
X tant de 0 ou de 1.
(zk+1 − zk ) = zk+1 − zk
k=m k=m k=m La plus souvent, nous sommerons des nombres
n+1
X Xn sur des tableaux carrés. Dans ce cas, nous utilise-
= zk − zk rons des notations plus légères.
k=m+1 k=m

= zn+1 − zm .

Définition 1.2.4 (Somme double sur un tableau


Remarque 1.1.12. carré).
La dernière égalité se comprend intuitivement, Soit (zk,ℓ )1⩽k,ℓ⩽n la donnée de n2 nombres com-
on peut la montrer formellement par récurrence plexes, que l’on peut représenter dans le tableau
sur n. suivant :
z1,1 . . . z1,n
 
Exemple 1.1.13.  .. ..  .
n  . . 
1
Calculer la somme en utilisant 1 =
X
zn,1 . . . zn,n
k=1
k(k + 1)
k + 1 − k. Leur somme est notée
X
zk,ℓ .
1.2 Sommes doubles 1⩽k,ℓ⩽n

La somme des éléments de ce tableau situés au


Définition 1.2.1 (Somme double). dessus de sa diagonale, diagonale comprise, est
Soit (zk,ℓ )m⩽k⩽n,p⩽ℓ⩽q la donnée de (n+1−m)(q + notée
1 − p) nombres complexes, que l’on peut représen-
X
zk,ℓ .
ter dans le tableau suivant : 1⩽k⩽ℓ⩽n

zm,p . . . zm,q La somme des éléments de ce tableau situés stric-


 
 .. ..  . tement au dessus de sa diagonale, est notée
 . . 
zn,p ... zn,q
X
zk,ℓ .
1⩽k<ℓ⩽n
Leur somme est notée
X La somme des éléments de ce tableau situés en
zkℓ . dessous de sa diagonale, diagonale comprise, est
m⩽k⩽n, p⩽ℓ⩽q
notée X
zk,ℓ .
1⩽ℓ⩽k⩽n
Exemple 1.2.2.
La somme des éléments de ce tableau situés stric-
Le nombre i2 j est la somme des élé-
X
tement en dessous de sa diagonale, est notée
1⩽i⩽3,4⩽j⩽5
ments du tableau X
zk,ℓ .
4 5
 
1⩽ℓ<k⩽n
16 20
 
36 45
et vaut donc 126. Remarque 1.2.5.
Remarque 1.2.3. Il est important de se rappeler que les coefficients
Par Xdécalage d’indice, cette somme vaut d’indice (i, j) d’un tel tableau :
i2 (3 + j). • sont sur la diagonale si et seulement si i =
1⩽i⩽3,1⩽j⩽2 j ;

54
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

• sont strictement au dessus de la diagonale


si et seulement si i < j ; Définition 1.3.1.
• sont strictement au dessous de la diagonale Soit E, I deux ensembles, une famille (ei )i∈I d’élé-
si et seulement si j < i. ments de E, indicée par I, est un étiquetage d’élé-
On pourra par exemple décomposer la somme des ments de E par les éléments de I. Formellement,
éléments d’un tel tableau sur ces trois parties : c’est une application e : I → E, et l’on note
ei = e(i).
n
zi,j = zi,j + zi,i +
X X X X
zi,j .
1⩽i,j⩽n 1⩽i<j⩽n i=1 1⩽j<i⩽n
Exemple 1.3.2.
Un n-uplet (x1 , . . . , xn ) ∈ Rn est une famille de
réels à n élements, donc indicée par J1, nK. Cela
revient à distribuer n étiquettes (portant les nu-
Théorème 1.2.6 (Sommes doubles et permuta-
méros 1 à n) parmi l’ensemble des réels. On remar-
tion des Σ).
quera qu’un même nombre peut porter plusieurs
Soit (zij )1⩽i,j⩽n une famille de nombres complexes.
étiquettes différentes.
Alors :
n X
n n X
n
Remarque 1.3.3.
1. zij = zij = zij .
X X X
L’intérêt des familles par rapport aux n-uplets
1⩽i,j⩽n i=1 j=1 j=1 i=1
est multiple. Il permet d’étiqueter des objets par
n X
n j
n X
2.
X
zij =
X
zij =
X
zij . autre chose que des J1, nK, et donc de s’affranchir
1⩽i⩽j⩽n i=1 j=i j=1 i=1 des contraintes d’ordre et de finitude.
n−1 n n j−1
3. zij = zij = zij .
X X X X X

1⩽i<j⩽n i=1 j=i+1 j=2 i=1


Définition 1.3.4.
Soient I un ensemble fini et (zi )i∈I une famille
Démonstration. indicée par I d’objets que l’on peut sommer (par
Cela revient, à chaque fois, à sommer les éléments du exemple : des nombres, des fonctions, des ma-
tableau ligne par ligne ou colonne par colonne.
trices).
Remarque 1.2.7. La somme des zi , pour i parcourant l’ensemble
Par convention, une somme vide est nulle. On I, est notée X
peut donc écrire : zi
i∈I
n X
n n j−1
Dans le cas où I = ∅, on convient que
zij = zij =
X X X X
zij .
1⩽i<j⩽n i=1 j=i+1 j=1 i=1
zi = 0,
X

i∈∅
Exercice 1.2.8.
Combien y a-t-il de cases dans un tableau de cet objet s’entendant comme le nombre zéro, la
dimension n × n ? fonction nulle, la matrice nulle (en fontion du
Retrouver cela en calculant 1.
X
contexte).
1⩽i,j⩽n
Faire de même pour un tableau triangulaire.
Remarque 1.3.5.
1.3 Somme d’une famille finie d’objets Dans le cas où I = Jm, nK, où m, n ∈ Z sont tels
n
Les définitions précédentes peuvent bien en- que m ⩽ n, on la note plus couramment
X
zk
tendu se généraliser comme suit. k=m
ou zk . Elle vaut zm + zm+1 + zm+2 . . . + zn .
X

m⩽k⩽n

55
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

Dans le cas où I = Jm, nK × Jp, qK où m, n, p Les nombres factoriels vérifient la relation de


et q ∈ Z sont tels que m ⩽ n et p ⩽ q, on la note récurrence suivante.
plus couramment zkℓ .
X

m⩽k⩽n, p⩽ℓ⩽q

Remarque 1.3.6. Proposition 2.0.5.


On pourrait formellement définir ces symboles par Pour tout n ∈ N, (n + 1)! = (n + 1) × n!.
récurrence sur le nombre d’objets sommés.
Démonstration.
Immédiat.
2 Le symbole produit : Π
Le symbole Π est au produit ce que le symbole
Σ est à la somme. Théorème 2.0.6 (Simplification téléscopique).
Soit (zk )m⩽k⩽n+1 une famille de nombres com-
n
zk+1 zn+1
plexes non nuls. Alors : = .
Y
Définition 2.0.1.
zk zm
Soient I un ensemble fini et (zi )i∈I une famille k=m
de nombres complexes indexée par I. Le produit
des zi , i parcourant l’ensemble I, est noté zi .
Y
Il y a pour les produits l’exact analogue du
i∈I
Par convention, un produit vide vaut 1 : théorème 1.2.6 pour les sommes, et la démonstra-
tion est elle aussi analogue.
zi = 1
Y

i∈∅
En général on ne peut pas permuter
3 Y
2
les Σ et les Π. Par exemple, calculer 1 et
X
Remarque 2.0.2. i=1 j=1
On restreindra l’écriture de ce symbole aux fa- 2 X
3
1.
Y
milles finies de nombres, ou éventuellement aux
fonctions à valeurs numériques. j=1 i=1
Nous verrons en effet que le produit matriciel Remarque 2.0.7.
n
n’est pas commutatif, l’écriture Ai n’a dès lors
Y

i=1
plus grand sens lorsqu’on l’applique à des matrices
A1 , . . . , An . 3 Quelques formules à connaître
3.1 Sommes classiques
Définition 2.0.3 (Factorielle).
Pour tout n ∈ N\{0} (noté aussi N× ou N∗ ), on
appelle factorielle n, notée n! le nombre
Théorème 3.1.1.
n Soit n un entier naturel. Alors
n! = k = 1 × 2 × 3 . . . × n.
Y
n
1. 1=n+1 ;
X
k=1
k=0
Par convention, 0! = 1. n
n(n + 1)
2. k= ;
X

k=0
2
Exemple 2.0.4. n
n(n + 1)(2n + 1)
Il est bon de connaître les 5 ou 6 premières fac- 3. k2 = .
X

torielles : 0! = 1, 1! = 1, 2! = 2, 3! = 6, 4! = 24, k=0


6
5! = 120 et 6! = 720.

56
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

Démonstration.
Les trois se démontrent facilement par récurrence. Par Définition 3.2.1 (Coefficients binomiaux).
curiosité et pour s’entraîner, voici deux autres démonstra- Soit (n, k) ∈ N2 tels que k ⩽ n. On appelle coeffi-
tions :
cient
! binomial, aussi lu « k parmi n », le réel noté
n

2. On note Sn =
X
k. On fait un changement d’indice : n n!
valant .
k=0 k k!(n − k)!
n n
X X On étend cette
! définition à tout (n, k) ∈ N × Z
Sn = (n − k) et on développe : Sn = n−
n
n
k=0 k=0
en posant = 0 pour k > n ou k < 0.
X k
k = n(n + 1) − Sn , d’où 2Sn = n(n + 1).
k=0
n
X
3. On note Sn′ = k2 . Pour tout k ∈ J0, nK, on a : Remarque 3.2.2.
k=0 On utilisera souvent :
(k + 1)3 − k3 = 3k + 3k + 1. On somme tout ça de 0 à
2

n, et on obtient, après simplification téléscopique du n


Y
n(n + 1) i
membre de gauche : (n + 1)3 = 3Sn′ + 3 +
n × (n − 1) × · · · × (n − k + 1)
!
2 n i=n−k+1
n + 1. Ça se simplifie pour donner le résultat voulu. = = .
k Yk k × (k − 1) × · · · × 1
j
j=1
Remarque 3.1.2.
On pourrait montrer de la même manière que si
a, b ∈ Z tels que a ⩽ b, alors Théorème 3.2.3 (Formule du triangle de Pas-
cal).
b Soit (n, k) ∈ N∗ × Z. Alors
(b − a + 1)(a + b)
k=
X

k=a
2 n
!
n−1 n−1
! !
= + .
k k−1 k
On pourra remarquer cette somme correspond
bien au nombre de termes de la somme, fois la
moyenne du plus petit et du plus grand élément.
Démonstration.
On pourrait la calculer de la manière suivante :
Se fait par un calcul direct.

b b−a Remarque 3.2.4.


k= (a + k)
X X
Cette formule permet de calculer par récurrence
k=a k=0 tous les coefficients binomiaux, en les représentant
b−a
par exemple dans le triangle de Pascal.
= a(b − a + 1) +
X
k
k=0
(b − a)(b − a + 1)
= a(b − a + 1) + Corollaire 3.2.5.
2 !
(b − a + 2a)(b − a + 1) n
= Soit (n, k) ∈ N × Z, est un entier.
2 k

Il n’est toutefois par nécessaire de retenir cette


Démonstration.
formule : vous saurez la retrouver au besoin. La démonstration se fait
 par
 récurrence sur n, avec l’hypo-
n
thèse : « ∀k ∈ J0, nK, est un entier », en utilisant la
k
3.2 Coefficients binomiaux formule de Pascal pour l’hérédité.

57
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

3.3 Binôme de Newton, identités re-


Proposition 3.2.6. ! marquables et sommation géomé-
n trique
Soit n ∈ N et k ∈ Z, alors est égal au
k
nombre de manières de choisir k éléments dans
un ensemble de n éléments.
Si E est un ensemble à n élements, alors E
possède exactement nk parties possédant chacune
 Théorème 3.3.1 (Formule du binôme de New-
exactement k éléments. ton).
Soient n ∈ N et a, b ∈ C. On a :
n
!
Démonstration. n k n−k
(a + b) =
X
n
a b .
Cela sera démontré dans le cours de dénombrement, au k
k=0
second semestre.

Démonstration.
Proposition 3.2.7. ! ! On le démontre par récurrence sur n, après avoir fixé a et
n n b.
Soit n ∈ N∗ et k ∈ J0, nK. On a = .
k n−k Pour n = 0, c’est évident :

0  
X 0
Démonstration. (a + b) = 1 =
0
a0 b0 .
0
Remarquer que k = n − (n − k) ! k=0

Remarque 3.2.8.
Sur un arbre représentant les répétitions d’une Soit n ∈ N, supposons la formule du binôme au rang n.
Alors,
même expérience aléatoire, le coefficient binomial
k parmi n compte le nombre de chemins réalisant
(a + b)n+1 = (a + b)(a + b)n
k succès pour n répétitions. En particulier, c’est
= a(a + b)n + b(a + b)n
un entier.
n   n  
X n X n
La figure 1 illustre le calcul de ces coefficients =a k n−k
a b +b ak bn−k
k k
pour 4 répétitions. k=0
n  
k=0
n  
n n
La formule suivante n’est pas exigible mais est
X X
= ak+1 bn−k + ak bn+1−k
k k
fort utile. k=0 k=0

On écrit alors, avec un décalage d’indice, la première somme

n−1  
Proposition 3.2.9.
X n
ak+1 bn+1−(k+1) + an+1
k+1−1
Soit n ∈ N∗ et 0 < k ⩽ n, alors k=0
n  
X n
n n−1 = ak bn+1−k + an+1
! !
n k−1
= . k=1
k k k−1
De même, la seconde somme s’écrit :

n  
Démonstration.
X n
bn+1 + ak bn+1−k .
Facile et laissée en exercice. k=1
k

58
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

E 0 succès et 4 échecs
E
S 1 succès et 3 échecs
E
E 1 succès et 3 échecs
S
E
S 2 succès et 2 échecs
E 1 succès et 3 échecs
E
S 2 succès et 2 échecs
S
E 2 succès et 2 échecs
S
S 3 succès et 1 échec
E 1 succès et 3 échecs
E
S 2 succès et 2 échecs
E
E 2 succès et 2 échecs
S
S
S 3 succès et 1 échec
E 2 succès et 2 échecs
E
S 3 succès et 1 échec
S
E 3 succès et 1 échec
S
S 4 succès et 0 échec

Figure III.1 – Chemins des succès et échecs pour 4 répétitions d’une expérience

On a donc, en utilisant la formule du triangle de Pascal,


n    
X n n
(a + b)n+1 = bn+1 + + ak bn+1−k
k k−1
k=1 Démonstration.
+a n+1 On développe, il apparaît une simplification téléscopique :
n
n + 1 n+1 X n + 1 k n+1−k
    n−1 n−1
= +
X X
b a b (a − b) ak bn−k−1 = (a − b)ak bn−k−1
0 k
k=1
k=0 k=0
n + 1 n+1
 
n−1
+ a X
n+1 = ak+1 bn−(k+1) − ak bn−k
n+1  k=0
n + 1 k n+1−k
X 
= a b . = an − bn
k
k=0

On peut donc conclure par récurrence.

Corollaire 3.3.2.!
n n
Corollaire 3.3.4 (HP).
!
n k n
Soit n > 0. = 2 et (−1) = 0.
X X
n
k k Soient n ∈ N et a, b ∈ C. Alors,
k=0 k=0
2n
+b = (a + b) (−1)k ak b2n−k .
X
2n+1 2n+1
a
Théorème 3.3.3. k=0
Soient n ∈ N et a, b ∈ C. Alors :
n−1
an − bn = (a − b)
X
ak bn−k−1 . Démonstration.
k=0 a2n+1 + b2n+1 = a2n+1 − (−b)2n+1 et on utilise le théorème
précédent.

59
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

Corollaire 3.3.5 (Formule de sommation géomé- Définition 4.1.1.


trique). On appelle système linéaire à n équations et p
Soient n ∈ N et z ∈ C. Alors, inconnues tout système de la forme :

 z −1
 n
+ . . . + a1p xp = b1

n−1 a11 x1
si z ̸= 1

zk =
X 
z−1 .

 . . .
k=0

n si z = 1  . . .

+ . . . + anp xp = bn


an1 x1

où les aij et les bi sont dans K, et les xi sont les


Démonstration. • Si z = 1 : on somme n fois 1.
Xn−1 inconnues.
• Sinon, z n − 1 = z n − 1n = (z − 1) z k 1n−1−k = On dit que le système est compatible s’il admet
n−1
k=0
une solution.
Le système homogène associé est le système :
X
(z − 1) zk .
k=0
+ . . . + a1p xp = 0


 a11 x1

 . . .
Remarque 3.3.6.
. . .
Si p ⩽ n sont deux entiers relatifs, et si z ∈ C\{1},


+ . . . + anp xp = 0


an1 x1
on a
n n
zk = zp
X X
z k−p
k=p k=p Dans la suite nous noterons S le premier
n−p système et SH son système homogène associé,
= zp et nous noterons Sol et SolH leurs ensembles de
X
zk
k=0 solutions respectifs.
z n−p+1 − 1
= zp ×
z−1
z n+1 − zp
= . 4.2 Interprétation géométrique
z−1
a Dans le plan
Si p = 2, chaque ligne du système s’inter-
La formule de sommation géométrique prète comme l’équation d’une droite dans le plan.
revient très souvent (c’est la formule que nous Chaque droite y est en effet représentée par une
utiliserons le plus cette année), mais rarement équation cartésienne. On « sait » de plus que l’in-
avec les mêmes indice de début et de fin. Il faut tersection de deux droites est
donc être extrêmement vigilant quant à ces deux
• soit l’ensemble vide (droites parallèles dis-
indices et bien penser à factoriser par le premier
tinctes) ;
terme pour revenir à une somme partant de l’in-
• soit une droite (droites confondues) ;
dice zéro.
• soit un point (droites non parallèles).
Ainsi, l’ensemble des solutions est soit vide, soit
un point, soit représente une droite.
4 Systèmes linéaires et pivot de
Gauss
b Dans l’espace
4.1 Définitions Si p = 3, chaque ligne du système s’interprète
comme l’équation d’un plan dans l’espace. Chaque
plan y est en effet représenté par une équation

60
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

cartésienne. On « sait » de plus que l’intersection


de deux plans est • Si λ ̸= 0, alors le système obtenu à partir de S
• soit l’ensemble vide (plans parallèles dis- après avoir effectué une opération Li ↔ λLi est
tincts) ; encore équivalent à S.
• soit un plan (plans confondus) ;
• soit une droite (plans non parallèles). Démonstration.
De plus, on « sait » que l’intersection d’un plan Si l’on a effectué Li ↔ Lj , il suffit de la réeffectuer pour
et d’une droite est revenir au système de départ.
Si l’on a effectué Li ← Li + λLj , il suffit d’effectuer
• soit l’ensemble vide (droite parallèle au plan, Li ← Li − λLj pour revenir au système de départ.
non incluse dedans) ; Si λ ̸= 0 et si l’on a effectué Li ↔ λLi , il suffit d’effectuer
• soit une droite (droite incluse dans le plan) Li ↔ λ−1 Li pour revenir au système de départ.
;
• soit un point (droite non parallèle au plan). 4.4 Algorithme du pivot
Ainsi, l’ensemble des solutions est soit vide, soit un
point, soit représente une droite, soit représente L’idée du pivot de Gauss pour résoudre un
un plan. système est de se ramener à un système simple
à résoudre, grâce à une succession d’opérations
4.3 Opérations sur les lignes d’un sys- sur les lignes. Ainsi, l’on se ramène d’abord à
un système triangulaire (processus d’élimination),
tème
puis, si cela est possible, à un système diagonal
(processus de remontée).
Pour étudier d’abord les cas les plus simples et
Définition 4.3.1.
finir par le cas général, étudions ces étapes à
On dit que deux systèmes linéaires sont équiva-
rebours.
lents s’ils ont le même ensemble de solutions.

a Cas d’un système diagonal


Si i et j sont deux indices différents compris
entre 1 et n, et λ est un scalaire, on note : On dit que le système S est diagonal si pour
• Li ↔ Lj l’opération consistant à échanger les tout i, j ∈ J1, nK, i ̸= j ⇒ aij = 0. Dans ce cas le
ième et j ème lignes du système S ; système se résout de manière immédiate.
• Li ← λLi l’opération consistant à multiplier
Exemple 4.4.1.
par λ la ième ligne du système ; 
 x = 2
• Li ← Li + λLj l’opération consistant à ajouter

Résoudre les systèmes 2y = 1 et
la j ème ligne multipliée par λ à la ième ligne du
z = −2


système. 
 x
 = 2
0 = 1 .
z = −2

Il faut effectuer ces opérations sur toute

la ligne du système sans oublier le membre de On remarque que s’il n’y a aucun zéro sur la
droite. diagonale, il y a une unique solution, sinon il n’y
Exemple 4.3.2. a aucune solution, ou une infinité de solutions.
Donner des exemples.
b Cas d’un système triangulaire inversible

Théorème 4.3.3. Un cas un peu plus compliqué est celui ou


• Le système obtenu à partir de S après avoir le système est triangulaire supérieur, c’est-à-dire
effectué une opération Li ↔ Lj ou une opération lorsque pour tout i, j ∈ J1, nK, i > j ⇒ aij = 0.
Li ← Li + λLj est encore équivalent à S. Nous ne traiterons pour l’instant que le cas où le
système n’a aucun zéro sur la diagonale : pour

61
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

tout i ∈ J1, nK, aii =


̸ 0. On dit alors que le sys- Les opérations à effectuer sont alors bien vi-
tème est inversible. sibles : dans un premier temps, nous allons faire
Le système a donc cette allure : apparaître des zéros dans toute la dernière co-
lonne de la partie de gauche du système, sauf à la
dernière ligne. Pour cela, effectuons les opérations
+a12 x2 + . . . +a1n xn = b1

a11 x1
 L1 ← L1 − L3 et L2 ← L2 + L3 , et nous obtenons
+... +a2n xn = b2

a22 x2

(sans oublier d’effectuer également ces opérations



+... = ...

 ...
sur la partie de droite du système !)

 ... +... = ...
+an−1,n xn = bn−1 1 1 0 −1
  


 an−1,n−1 xn−1
= bn

ann xn 0 −2 0 4
  

0 0 −1 3
On obtient alors facilement :
ce qui correspond au système
bn
xn = 
ann  x
 +y = −1
−2y = 4
puis
−z = 3


bn−1 − an−1,n xn
xn−1 =
an−1,n−1 équivalent au premier. Ensuite, nous effectuons
et, par récurrence (descendante), l’opération L1 ← L1 + 12 L2 . Ou plutôt,pour sim-
plifier dès à présent la deuxième ligne et obtenir la
n
X valeur de y, nous pouvons effectuer L2 ← − 12 L2 ,
bk − ak,i xi
i=k+1
et ensuite L1 ← L1 − L2 , ce qui donne
pour tout k ∈ J1, n − 1K, xk = .
ak,k 1 0 0 1
 

Ces relations permettent de calculer les xk par 0 1 0 −2


 

récurrence. 0 0 −1 2
ce qui correspond au système
Nous pouvons également appliquer une succes- 
sion d’opérations sur les lignes du système pour 
 x = 1
se ramener de manière équivalente à un système y = −2
diagonal.  −z =

3
Ce processus est parfois appelé principe de re-
qui est bien diagonal. Il vient alors directement
montée car l’on y fait apparaître des zéros dans
le haut de la matrice du système, en partant des

 x
 = 1
lignes du bas. y = −2 .
Cette méthode peut être présentée en utilisant  z = −3

une suite de systèmes équivalents.
Il existe une présentation plus visuelle et plus Exercice 4.4.2.
rapide à rédiger. Par exemple, considérons le sys- Résoudre le système
+2y +4t = 2

tème 
 x
−2y +3z = −1

+y −z = 2

 x

.

−2y +z = 1 . 
 z −2t = 3
−z = 3 −t = 1
 

Nous pouvons l’écrire Exercice 4.4.3.


Résoudre, en fonction de la valeur du paramètre
1 1 −1 2  x +2y = 2
 

0 −2 1 1 . p, le système py +3z = −1 .
 
0 0 −1 3 p(p − 1)z = 3

62
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

c Cas d’un système triangulaire non in- où 1 ⩽ i1 < i2 < . . . < ir ⩽ p et les coefficients
versible ai1 ,i1 , . . . , air ,ir sont tous non nuls.
Chacune des premières lignes s’interprète
S’il y a un zéro sur la diagonale d’un système
comme l’équation d’un « hyperplan » de dimen-
triangulaire, ce dernier est dit non inversible. On
sion p−1 dans Kp . Le système possède une unique
obtient un certain nombre de lignes de la forme
solution si et seulement si r = p et une infinité de
0 = ci , où les ci sont des constantes. Si un de
solutions si et seulement si r < p.
ces ci est non nul, le système n’admet pas de
Nous n’évoquerons ce cas que lorsque p ⩽ 3 et
solution, sinon, des lignes se simplifient.
n ⩽ 3.
Nous n’évoquerons ce cas que lorsque p ⩽ 3 et
Les solutions du système s’interprètent simple-
n ⩽ 3.
ment en termes géométriques.
Les solutions du système s’interprètent simple-
ment en termes géométriques.
• si p = 2, l’ensemble des solutions est soit vide,
soit un singleton, soit une droite du plan, soit le
• si p = 2, l’ensemble des solutions est soit vide,
plan tout entier.
soit un singleton, soit une droite du plan, soit le
plan tout entier. Exemple 4.4.6.
Résoudre les systèmes :
Exemple 4.4.4. (
Résoudre les systèmes : x + y = 2
1.
( 0 = 1
y = 2
1. 2. x + y = 1
y = 1
• si p = 3, l’ensemble des solutions est soit vide,
(
x + y = 2
2. soit un singleton, soit une droite de l’espace, soit
2y = 1
un plan de l’espace, soit l’espace tout entier.
• si p = 3, l’ensemble des solutions est soit vide,
soit un singleton, soit une droite de l’espace, soit Exemple 4.4.7.
un plan de l’espace, soit l’espace tout entier. Résoudre les systèmes :
(
x + y + z = 1
Exemple 4.4.5. 1.
y + z = 2
Résoudre les systèmes :
2. x + y + z = 1

 x + y + z = 1

1. z = 2
z = 1 e Cas général

Nous allons maintenant voir la méthode d’éli-



 x +
 y + z = 1
2. y + z = 2 mination qui permet de se ramener à un système
z = 1 échelonné.


Dans le système de départ, choisissons une ligne,
d Systèmes échelonnés et une variable. Le but est d’éliminer cette va-
riable dans les autres lignes. Il est donc souvent
Nous généralisons ici le cas précédent, quand intéressant de choisir une variable qui apparaît
la matrice du système n’est pas carrée. dans un minimum de lignes, comme cela une par-
Le système S est dit échelonné de rang r ∈ tie du travail est déjà fait.
{0, 1, . . . , min(n, p)} s’il est de la forme : Si la variable choisie est x et que la ligne conservée
L est de la forme ax + by + . . . et que l’on veuille
ai1 ,i1 xi1 + . . . . . . . . . . . . . . . = bi1 éliminer x d’une ligne L′ de la forme cx + dy + . . .,



ai2 ,i2 xi2 + . . . . . . . . . = bi2 il suffit d’effectuer l’opération L′ ← L′ − ac L. La



..
 

 . ligne L′ devient alors d − bca y + . . ..
Après avoir éliminé la variable choisie dans toutes

air ,ir xir + . . . = bir

63
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

les lignes sauf celle conservée, on ne touche plus vient successivement :


à cette dernière ligne, et on réitère le procédé
1 1 1 1
 
avec les lignes restantes, en choisissant une autre 1 −2 1 2 L ← L − L
variable. On continue jusqu’à ce que le système   2 2 1
(III.1)
2 1 −1 1 L3 ← L3 − 2L1
 
soit triangulaire ou trivialement sans solution.
0 2 1 2
1 1 1 1
 
0 −3 0 1
Exemple 4.4.8.
 
0 −1 −3 −1 L3 ← L3 + 3L4
  
x +y +z = 1
0 2 1 2


Considérons le système x −2y +z = 2
 2x (III.2)
−z = 1

1 1 1 1
 
que l’on écrira sous forme matricielle
0 −3 0 1
1 1 1 1
 
(III.3)
 
1 −2 1 2. Puisque y n’apparaît 0 5 0 5
   

2 0 −1 1 0 2 1 2
pas dans la dernière ligne, choisissons d’éliminer
y dans les deux premières lignes. Afin d’éviter Or les deuxième et troisième lignes sont contra-
de manipuler des fractions, nous choisissons de dictoires, donc le système n’a pas de solution.
conserver la première ligne, car le coefficient
devant y y est 1.
Effectuons l’opération L2 ← L2 + 2L1 : le
1 1 1 1
système est donc équivalent à 3 0 3 4.
 
2 0 −1 1
On choisit ensuite d’éliminer z de la seconde
ligne en utilisant la dernière ligne, car la variable
z y a un coefficient égal à −1. Après l’opération
1 1 1 1

L2 ← L2 + 3L3 , il vient : 9 0 0 7.


 
2 0 −1 1
Le système obtenu n’a pas l’air très tri-
angulaire ...
 enfaitill’est si on le réécrit
1 1 1 1

y
0 −1 2  z  = 1, ce qui revient à faire
    
0 0 9 x 7
des échanges de lignes et de variables dans le
dernier système obtenu.

 x =
7
9

Il vient finalement y = − 31 .
 z =
 5
9

Exemple 4.4.9.
x +y +z = 1



x −2y +z = 2


Considérons le système .

 2x +y −z = 1
2y +z = 2


Codons-le et exécutons l’algorithme du pivot. Il

64
Chapitre IV

Quelques fondamentaux
Sommaire
1 Propositions. . . . . . . . . . . . . . . . . 66 b n valeurs sont égales . . . . . . . 78
2 Connecteurs logiques. . . . . . . . . . . 66 c Toutes les puissances valent 1 . . 79
2.1 Négation. . . . . . . . . . . . . . . . . 66
2.2 Conjonction « et » et disjonction « ou ». 66
2.3 Implication. . . . . . . . . . . . . . . . 67
2.4 Équivalence. . . . . . . . . . . . . . . . 68
3 Quantificateurs universel et existentiel. 69
3.1 Définition. . . . . . . . . . . . . . . . . 69
3.2 Permutation de quantificateurs. . . . . 70
3.3 Négation d’un quantificateur. . . . . . 71
3.4 Le pseudo-quantificateur ∃!. . . . . . . 71
3.5 Quantificateurs et inégalités. . . . . . . 71
4 Raisonnements par récurrence. . . . . . 71
4.1 Principe du minimum. . . . . . . . . . 72
4.2 Principe de récurrence simple. . . . . . 72
4.3 Erreurs classiques. . . . . . . . . . . . 73
4.4 Bonne définition d’une suite définie par
récurrence. . . . . . . . . . . . . . . . . 74
4.5 Récurrence double. . . . . . . . . . . . 74
a Exemple : suite définie par récur-
rence. . . . . . . . . . . . . . . . . 74
b Énoncé du principe. . . . . . . . . 75
c Rédaction par récurrence double. 75
4.6 Récurrence triple, etc. . . . . . . . . . 75
4.7 Récurrence forte. . . . . . . . . . . . . 75
a Exemple : suite définie par récur-
rence. . . . . . . . . . . . . . . . . 75
b Énoncé du principe. . . . . . . . . 76
c Rédaction par récurrence forte. . 76
4.8 Méthodologie : choix du type de récur-
rence. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
4.9 Récurrence à partir d’un certain rang. 77
4.10 Récurrence sur un intervalle fini d’entiers 77
4.11 Récurrence descendante . . . . . . . . 77
4.12 Quelques récurrences fausses. . . . . . 78
a Suite négative minorée par un réel
positif. . . . . . . . . . . . . . . . . 78
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

1 Propositions.
p ¬p
V F
Définition 1.0.1. F V
Une proposition est un énoncé qui peut prendre
deux valeurs de vérité : « vrai » (V) ou « faux »
(F).
Théorème 2.1.2 (Loi de la double négation).
Soit p une proposition, p et « non (non p) » sont
Exemple 1.0.2.
deux propositions équivalentes, ce qui s’écrit :
•2>7
• Pour tout nombre réel x, il existe un entier n p ≡ ¬(¬p).
tel que n ⩽ x < n + 1.

2 Connecteurs logiques. Démonstration.


Avec une table de vérité :
p ¬p ¬(¬p)
Définition 2.0.1. V F V
F V F
Un connecteur logique est un outil mathéma-
tique permettant de construire une proposition à
partir d’une ou plusieurs propositions.
2.2 Conjonction « et » et disjonction
« ou ».
Définition 2.0.2.
La table de vérité d’une proposition construite à
partir de connecteurs logiques est la donnée de la Définition 2.2.1.
valeur de vérité de cette proposition pour chaque Soient p et q deux propositions.
jeu de valeur de vérité des propositions prises en • La conjonction de p et q est une proposition
argument des connecteurs. dite « p et q » et notée p ∧ q, qui est vraie
si p et q sont vraies, et qui est fausse sinon.
• La disjonction de p et q est une proposition
Définition 2.0.3. dite « p ou q » et notée p ∨ q, qui est fausse
Deux propositions sont dites équivalentes si elles si p et q sont fausses, et qui est vraie sinon.
ont la même table de vérité. On utilise alors le Les tables de vérités de ces connecteurs sont
connecteur ≡. donc :
p q p∧q p∨q
Les paragraphes suivants présentent les connec- V V V V
teurs logiques les plus utilisés en mathématiques. F V F V
F F F F
2.1 Négation. V F F V

Définition 2.1.1.
Soit p une proposition. La proposition « non p », Remarque 2.2.2.
notée ¬p, est la proposition qui est vraie quand p Il existe un autre « ou », le « ou exclusif » : si p
est fausse, et fausse quand p est vraie. Sa table et q sont deux propositions, la proposition « p ou
de vérité est : exclusif q » est vraie si et seulement si p est vraie
ou q est vraie, mais pas les deux. Autrement dit,

66
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

cette proposition est fausse si et seulement si p et 2.3 Implication.


q ont même valeur de vérité.
Dans la vie courante, on utilise intuitivement le
ou exclusif. Ex : fromage ou dessert. Définition 2.3.1.
Très classique : une logicienne, enceinte, croise Soient p et q deux propositions. On appelle p ⇒ q,
un ami. qui se dit « p implique q », ou « si p alors q », la
L’ami : « c’est un garçon ou une fille ? » proposition (¬p) ∨ q. Dans l’implication p ⇒ q, p
La logicienne : « Oui. » est l’antécédent, q le conséquent.

Proposition 2.2.3 (Tiers exclu). Exercice 2.3.2.


Pour toute proposition p, p ∨ ¬p est vraie. Construire la table de vérité de p ⇒ q.
Remarque 2.3.3.
En pratique, pour démontrer une implication, on
Proposition 2.2.4 (Non contradiction).
commence toujours, bêtement, par « supposons
Pour toute proposition p, p ∧ ¬p est fausse.
p vraie ». Il faut alors montrer que sous cette
hypothèse q est vraie.
Démonstration.
Écrire les tables de vérités de p ∨ ¬p et p ∧ ¬p.

Théorème 2.2.5 (Lois de De Morgan). • p ⇒ q peut être vraie même si p et q n’ont


Soit p et q deux propositions. rien à voir. Par exemple : si 1 ⩾ 0 alors
1. ¬(p ∧ q) ≡ (¬p) ∨ (¬q). l’eau mouille.
• p ⇒ q est toujours vraie si p est fausse (le
2. ¬(p ∨ q) ≡ (¬p) ∧ (¬q).
faux implique n’importe quoi) ou q est vraie.
Ainsi, si « 0 ̸= 0 » alors « 0 = 0 »(cela peut
Démonstration. 1. Construire les tables de vérité de paraître étonnant, on reviendra dessus à la
ces deux propositions et constater que ce sont les fin du paragraphe « équivalence ») .
mêmes.
• p ⇒ q n’implique ni que p est vraie ni que
2. Par le premier point et la loi de double négation,
q est vraie. Par exemple : Si les pommes
¬(p ∨ q) ≡ ¬([¬¬p] ∨ [¬¬q]) étaient des citrouilles, Newton serait mort
≡ ¬(¬[(¬p) ∧ (¬q)]) assommé. Ou bien : si je mesurais 2 m 20,
≡ (¬p) ∧ (¬q). je serais entraîneur de basket.

Exemple 2.2.6. Proposition 2.3.4 (Modus Ponens).


• Nier « je n’aime ni le chocolat ni la vanille ». Soit p et q deux propositions. Si p ⇒ q est vraie
• Dans R2 , dessiner l’ensemble {(x, y) ∈ R2 | x < et si p est vraie, alors q est vraie.
2 et y ⩽ 3}, dessiner et décrire son complémen- Autrement dit, [p ∧ (p ⇒ q)] ⇒ q est toujours
taire. vraie.
Exercice 2.2.7.
Soit x ∈ R. Nier 1 ⩽ x < 2. Quel est le complé- Démonstration.
Consulter la table de vérité de p ⇒ q ou de [p ∧ (p ⇒ q)] ⇒
mentaire dans R de [1, 2[ ?
q.
Remarque 2.2.8.
Le ∧ et le ∨ sont commutatifs et associatifs.
Théorème 2.3.5 (Négation d’une implication).
Exercice 2.2.9. Soit p et q deux propositions, alors ¬(p ⇒ q) ≡
Soit p, q et r trois propositions. À quoi sont logi- (p ∧ (¬q)).
quement équivalentes p ∧ (q ∨ r) et p ∨ (q ∧ r) ?

67
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

Démonstration.
C’est une conséquence simple de la loi de De Morgan. Définition 2.4.1.
Soient p et q deux propositions. La proposition
Exemple 2.3.6.
p ⇔ q, qui se lit « p équivaut à q », est la propo-
En pratique, pour montrer p ⇒ q est fausse on
sition qui est vraie si et seulement si p et q ont la
peut trouver un exemple où p est vraie mais où q
même valeur de vérité.
est fausse.
Ainsi, avoir 18 ans n’implique pas d’avoir droit
Exercice 2.4.2.
de vote (ex : si on a casier judiciaire). De même,
Construire la table de vérité de p ⇔ q.
mesurer 2 m 20 n’implique pas d’être un joueur
de basket.
Théorème 2.4.3 (Équivalence et double impli-
Exercice 2.3.7.
cation).
Soit x, y deux réels et f : R → R une fonction.
Soit p et q deux propositions, alors
Nier la proposition «x ⩽ y ⇒ f (x) ⩾ f (y)».
(p ⇔ q) ≡ ([p ⇒ q] ∧ [q ⇒ p])

Théorème 2.3.8 (Contraposition).


Soit p et q deux propositions, alors (p ⇒ q) ≡ Démonstration.
Il suffit d’écrire les tables de vérités de ces propositions.
(¬q ⇒ ¬p).

Définition 2.4.4.
Démonstration. q ⇒ p est appelée la réciproque de p ⇒ q.
C’est une conséquence simple de la loi de double négation.

Remarque 2.4.5.
Remarque 2.3.9. Le ⇔ est commutatif (si P ⇔ Q, alors Q ⇔ P ),
On peut formaliser ainsi le principe de « démons- transitif (si P ⇔ Q et Q ⇔ R, alors P ⇔ R) et
tration par l’absurde » : on veut montrer que p réflexif (on a toujours P ⇔ P ).
est vraie, sachant qu’une certaine proposition q
est fausse. Remarque 2.4.6.
On suppose alors que p est fausse et si l’on En pratique, pour montrer p ⇔ q, il y a 2 mé-
arrive à montrer que q est vraie : on a obtenu thodes :
une contradiction ! En fait on a montré ¬p ⇒ q, 1. Montrer q ⇒ p puis p ⇒ q ;
et donc ¬q ⇒ p. Comme ¬q est vraie, on a p qui 2. Montrer p ⇒ q puis la contraposée de sa
est vraie. réciproque, i.e. ¬p ⇒ ¬q
Exemple 2.3.10. On peut bien entendu montrer un schéma du
Un entier ne peut pas être pair et impair. type p ⇔ p1 ⇔ p2 . . . ⇔ q, où les pi sont des
propositions intermédiaires.
Démonstration.
Soit n pair et impair. Alors il existe k, k′ ∈ Z tels que
n = 2k = 2k′ + 1, donc k − k′ = 1/2 est un entier, ce qui Définition 2.4.7.
est absurde. Soient p et q deux propositions.
Remarque 2.3.11 (Transitivité). On dit que la proposition p est nécessaire pour
Pour toutes propositions P, Q, R, si P ⇒ Q et avoir la proposition q si q ⇒ p est vraie.
Q ⇒ R, alors P ⇒ R. On dit que la proposition p est suffisante pour
avoir la proposition q si p ⇒ q est vraie.
On dit que la proposition p est nécessaire et suf-
2.4 Équivalence. fisante pour avoir la proposition q si q ⇔ p est
vraie.

68
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

Remarque 2.4.8. 3 Quantificateurs universel et


Revenons sur la table de vérité de l’implication.
existentiel.
Intuitivement, si p est vraie et q fausse, p ⇒ q
est fausse. De même, si p et q sont vraies, on 3.1 Définition.
conçoit que p ⇒ q le soit.

Dans les deux autres cas, l’intuition se perd. Définition 3.1.1.


Constatons que si p ⇒ q était fausse si p était On appelle prédicat toute proposition dépendant
fausse et q vraie, ou si p ⇒ q était fausse si d’une ou plusieurs variables, et qui, pour chaque
p et q étaient fausses, la table de l’implication jeu de valeurs de ces variables, prend la valeur V
serait la même que celle d’une autre connecteur ou F.
logique déjà connu (construire et identifier les
tables de tous les connecteurs possibles de deux Exemple 3.1.2.
propositions pour s’en convaincre). P (x, y) ≡ x + y = 2.

Exemple 2.4.9.
√ Définition 3.1.3.
Montrons que 2 ∈
/ Q. Si P est un prédicat qui dépend de la variable x et
éventuellement d’autres variables, alors ∀x, P (x)
Démonstration. et ∃x, P (x) sont deux prédicats qui ne dépendent
On montre d’abord que, si n est un entier, alors « n est
pair » si et seulement si « n2 est pair ». pas de x et :
• ∀x, P (x) est vrai si, pour toutes les valeurs
Si n est pair, son reste dans la division euclidienne par 2 de x, P (x) est vrai ;
est nul : il existe k ∈ Z tel que n = 2k. Donc n2 = 2 × 2k2 • ∃x, P (x) est vrai s’il existe une valeur de x
est pair.
pour laquelle P (x) est vrai.
Si n est impair, son reste dans la division euclidienne ∀ est appelé quantificateur universel et ∃ est le
par 2 n’est pas nul, donc vaut 1 : il existe k ∈ Z tel que quantificateur existentiel.
n = 2k + 1. Donc n2 = 2 × (2k2 + 2k) + 1 est impair.

On vient bien de montrer l’équivalence annoncée. Remarque 3.1.4.


√ √ On spécifiera tout le temps dans les quantifica-
Puis, on suppose que 2 ∈ Q et l’on écrit 2 sous forme
fractionnelle irréductible : il existe p ∈ Z et q ∈ N∗ sans
teurs les ensembles sur lesquels sont considérées
√ p les variables. On écrira par exemple
diviseurs communs autres que 1 ou −1, tels que 2 = .
q
∀x ∈ R, x2 ⩾ 0
On élève au carré : p2 = 2q 2 , donc p2 est pair, donc p
aussi. Il existe donc p′ ∈ Z tel que p = 2p′ , et l’on a alors
q 2 = 2p′2 , donc q 2 est pair et q est pair aussi. et
∀a ∈ R, ∃n ∈ Z, a ⩾ n.
Ainsi, p et q√ont bien un diviseur non trivial, 2, c’est
absurde, donc 2 ∈ / Q. Remarque 3.1.5.
Si P est un prédicat d’une variable, ∀x, P (x) est
un prédicat de zéro variables, c’est-à-dire une
Remarque 2.4.10.
proposition.
Vous remarquerez que les symboles ⇒ et ⇔ n’ont
pas été utilisés dans la démonstration précédente. Exemple 3.1.6.
C’est normal : ils servent à construire des phrases • Soit P (x, y) ≡ xy = 0. Alors ∀x ∈ R, ∀y ∈
formelles, pas à les démontrer. On ne les utilise R, P (x, y) est fausse, mais ∃x ∈ R, ∀y ∈
donc jamais dans une démonstration : à la place, R, P (x, y) est vraie.
on rédige en français, en utilisant par exemple • Soit P ′ (x) ≡ x.0 = 0 : alors ∀x ∈ C, P ′ (x) est
la conjonction de coordination « donc ». vraie.

69
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

Pour cela, on raisonne souvent par analyse-


Les quantificateurs sont des sym- synthèse.
boles mathématiques utilisés pour construire des Analyse On commence par prendre un x ∈ E
phrases mathématiques. Ils ne sont en aucun cas quelconque, puis on suppose P (x). On « tra-
à utiliser au cours d’une démonstration. En pra- vaille » ensuite pour obtenir un ensemble F ′
tique : le plus petit possible pour lequel x ∈ F ′ .
• Pour montrer que ∀x ∈ E, P (x) est vraie, on
Synthèse On prend x ∈ F ′ , et l’on vérifie si
commencera (presque) toujours par écrire
P (x). On procède souvent ici par disjonction
« Soit x un élément de E » : x est main-
de cas.
tenant fixé (et pris quelconque), on peut
maintenant montrer P (x). La phase d’analyse est parfois appelée « raison-
• Pour montrer que ∃x ∈ E, P (x) est vraie, il nement par condition nécessaire », et celle de
« suffira » d’exhiber une valeur de x dans E synthèse « raisonnement par condition suffisante
telle que P (x) soit vraie. ».
Il arrivera souvent, mais pas toujours, que l’on
Remarque 3.1.7.
obtienne F ′ = F à la fin de la phase d’analyse.
Dans les propositions ∀x, P (x) et ∃x, P (x), la
variable x est muette. On peut donc remplacer la Exercice 3.1.12.
lettre x par n’importe quelle autre lettre. Résoudre sur R l’équation
Par exemple, ∃x ∈ R, x2 = −1 est la même √
proposition que ∃ξ ∈ R, ξ 2 = −1 et que ∃♡ ∈ x − 1 = x − |x − 3|.
R, ♡2 = −1
3.2 Permutation de quantificateurs.
Proposition 3.1.8 (Disjonction de cas).
Soit E un ensemble, E1 , . . . , En des parties de E Proposition 3.2.1.
vérifiant E = E1 ∪ · · · ∪ En . On peut permuter les ∀ entre eux et les ∃ entre
Soit P un prédicat défini sur E. Alors eux.
n
∀x ∈ E, P (x) ≡ (∀x ∈ Ei , P (x)).
^
Démonstration.
i=1 Admis.

Remarque 3.2.2.
On abrégera parfois ∀x ∈ E, ∀y ∈ E, P (x, y)
Démonstration.
Admis. en ∀x, y ∈ E, P (x, y). C’est aussi équivalent à
∀(x, y) ∈ E 2 , P (x, y).
Remarque 3.1.9.
On peut aussi retrouver le raisonnement par dis- Exemple 3.2.3.
jonction de cas dans d’autres situations. ∀x ∈ N, ∀y ∈ N, x.y ⩾ 0 ≡ ∀y ∈ N, ∀x ∈ N, x.y ⩾
0
Exercice 3.1.10. ∃x ∈ R, ∃y ∈ R, x + y ⩽ 0 ≡ ∃y ∈ R, ∃x ∈
Montrer que pour tout n ∈ Z, n2 − 3n + 2 est R, x + y ⩽ 0
pair.
Remarque 3.1.11 (Analyse-synthèse). On ne peut en général pas permuter un
Soit E un ensemble et P un prédicat défini sur ∀ et un ∃.
E. On demande parfois de résoudre ce problème,
c’est-à-dire de déterminer { x ∈ E | P (x) }, i.e. de Exemple 3.2.4.
déterminer la partie F de E telle que Comparer les propositions : « pour toute poule
il existe un oeuf d’où est sortie la poule » et « il
∀x ∈ E, P (x) ⇔ x ∈ F. existe un oeuf d’où sont sorties toutes les poules ».

70
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

Exercice 3.2.5. • f = g + h.
Donner un exemple formel du dernier point.
3.5 Quantificateurs et inégalités.
3.3 Négation d’un quantificateur.
On commet souvent un abus d’écriture, notam-
ment en analyse, en raccourcissant la phrase
Proposition 3.3.1. ∀x ∈ R, [x ⩾ M ⇒ P (x)]
Soit P un prédicat. en
1. La négation de ∀xP (x) est ∃x, ¬P (x). ∀x ⩾ M, P (x).
2. La négation de ∃x, P (x) est ∀x, ¬P (x). Dans la deuxième écriture, la quantification
porte implicitement sur x et non sur M (qui doit
avoir été fixé ou quantifié auparavant). De plus,
Démonstration.
Admis. le domaine de P n’est plus explicitement défini.

• En pratique, il faut savoir nier une phrase avec Exemple 3.5.1.


des ∀ et ∃. Soit (un )n∈N une suite de nombres réels, la propo-
sition « un −−−−−→ +∞ » (qui se lit « (un ) tend
Exemple 3.3.2. n→+∞
vers +∞ ») s’écrit formellement
∀x ∈ R, ∃y ∈ Z tq x ⩽ y se nie en ∃x ∈ R tq
∀y ∈ Z, x > y. ∀A ∈ R, ∃n0 ∈ N, ∀n ∈ N, n ⩾ n0 ⇒ un ⩾ A,
Exercice 3.3.3. mais on l’écrira plutôt
Soit f : R → R. Écrire de manière quantifiée la ∀A ∈ R, ∃n0 ∈ N, ∀n ⩾ n0 , un ⩾ A.
phrase «f est monotone» puis la nier.

3.4 Le pseudo-quantificateur ∃!. 4 Raisonnements par récur-


Pour simplifier la rédaction, il existe le pseudo-
rence.
quantificateur ∃!. La proposition ∃!x, P (x) signi- L’objectif de cette partie est de montrer com-
fie : il existe un unique x tel que P (x). Pour ment rédiger une récurrence, à partir d’exemples,
démontrer une telle proposition, il faut montrer en présentant en particulier quelques erreurs cou-
d’un côté la partie existence, et d’un autre côté rantes, mais aussi de présenter une autre tech-
la partie unicité. nique de démonstration, extrêmement puissante,
Exercice 3.4.1. appelée principe du minimum.
Écrire ∃!x, P (x) en n’utilisant que les symboles ∀ Il y a plusieurs façons possibles de rédiger une
et ∃. récurrence. Néanmoins l’expérience montre que les
étudiants qui essaient de l’écrire de façon originale
Remarque 3.4.2.
l’écrivent rarement correctement.
On vous pose souvent des questions du type «
En d’autres termes : nous vous conseillons très
montrer qu’il existe un unique objet vérifiant une
fortement de suivre les modèles donnés ici, mais
propriété ». Pour cela, il convient souvent de rai-
vous êtes absolument libres de ne pas suivre les
sonner par analyse-synthèse. La phase d’analyse
conseils ci-dessous. Pour mémoire, dans 9 cas sur
montre l’unicité, la phase de synthèse l’existence.
dix, ceux qui n’ont pas suivi le modèle donné ici
Exercice 3.4.3. rédigent mal leurs raisonnements par récurrence et
Soit f : R → R. Montrer qu’il existe un unique perdent en conséquence les points correspondants
couple (g, h) tel que : dans leurs DS.
• g : R → R vérifie g(42) = 1515 ; Pour fixer les idées, nous travaillerons essen-
• h est une fonction linéaire (il existe λ ∈ R tiellement sur des exemples, et parfois sur des
vérifiant h : x 7→ λx) ; exemples très simples.

71
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

4.1 Principe du minimum. Exercice 4.1.7.


Soit N un entier non nul et a0 , a1 , . . ., aN des
réels. On pose
Définition 4.1.1.
f: R → R .
Soit E un ensemble de réels. On appelle mi- N
nimum de E, tout réel x vérifiant x ∈ E et
X
x 7→ ak xk
∀y ∈ E x ⩽ y. k=0

On suppose ∀x ∈ R f (x) = 0.
Remarque 4.1.2. 1. Certains ensembles Montrer que les coefficients a0 , a1 , . . ., aN sont
de réels n’admettent pas de minimum. tous nuls.
Exemples : ]0, 1], R, R∗+ , R− . Indication : si ces coefficients ne sont pas tous
nuls, on pourra s’intéresser au plus dernier coeffi-
2. Tout ensemble de réels admet au plus un
cient ak non nul et regarder la limite de f en +∞.
minimum.
On pourra aussi considérer le premier coefficient
Lorsqu’il existe, le minimum d’un ensemble E ak non nul et s’intéresser à une limite en zéro.
est noté min(E).
L’ensemble des entiers naturels possède la pro- 4.2 Principe de récurrence simple.
priété fondamentale suivante que l’on admettra :

Définition 4.2.1.
Soit P un prédicat sur les entiers naturels. Pour
n ∈ N, on dit que P est héréditaire au rang n si
Proposition 4.1.3.
on a P (n) ⇒ P (n + 1) (autrement dit, P n’est
Tout ensemble E d’entiers naturels non vide ad-
pas héréditaire au rang n si et seulement si on a
met un minimum.
P (n) et ¬P (n + 1))
On dit que P est héréditaire sur N si P est
Remarque 4.1.4. héréditaire à tout rang, c’est-à-dire si et seulement
Pour tout ensemble d’entiers naturels E, on a si on a :

∀x ∈ [[0, min(E)[[ x∈
/ E. ∀n ∈ N (P (n) ⇒ P (n + 1))

Corollaire 4.1.5. Exemple 4.2.2.


Tout sous-ensemble de Z minoré (resp. majoré) n
Le prédicat : P (n) : k = n2 est-il hérédi-
X
non vide admet un minimum (resp. maximum).
k=0
taire ? n
n(n + 1)
Et le prédicat Q(n) : k= ?
X
Proposition 4.1.6 (Principe du minimum). k=0
2
Soit P un prédicat sur les entiers naturels. Sup- n
n(n + 1)
Et le prédicat R(n) : k =2+ ?
X
posons qu’il existe au moins un entier rendant 2
k=0
faux le prédicat P . Alors l’ensemble des entiers
naturels sur lesquels P est faux admet un plus
petit élément n0 et on a
Théorème 4.2.3 (Principe de récurrence simple).
1. non (P (n0 )),
Soit P un prédicat sur les entiers naturels. Suppo-
2. et ∀n ∈ [[0, n0 [[ P (n). sons qu’on a P (0) et que P est héréditaire. Alors
P est vraie pour tout entier naturel n.

72
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

Démonstration. Mauvaise définition de l’assertion Forme


Il suffit d’appliquer le principe du minimum à ¬P : s’il classique de cette erreur :
existe un entier naturel n tel que P (n) est fausse, on
peut alors considérer le plus petit de ces entiers, noté n0 . Notons P (n) l’assertion
Comme P (0) est vraie, n0 > 0 et donc n0 − 1 ∈ N. Ainsi, n
n(n + 1)
«∀n ∈ N k= »
X
P (n0 − 1) est vraie et, comme P est héréditaire, P (n0 ) est
aussi vraie, ce qui est absurde. On obtient donc bien que k=0
2
∀n ∈ N, P (n). Explications : cette définition, mathématique-
Exemple 4.2.4. ment, signifie exactement la même chose que :
n
Notons P (n) l’assertion
Soit n un entier naturel. Montrons que k=
X
p
k=0 p(p + 1)
«∀p ∈ N k= »
X
n(n + 1) 2
.
2 k=0
Pour tout n ∈ N, notons P (n) l’assertion Autrement dit, P (n) ne dépend pas de n. In-
n utile alors de tenter une démonstration par ré-
n(n + 1)
« k= ». currence. . .
X
2
k=0 Variante 1 :
Montrons ∀n ∈ N P (n) par récurrence. Notons P (n) l’assertion
• Montrons P (0). p
n(n + 1)
«pour tout n ∈ N, k= ».
X
On a
k=0
2
0
0(0 + 1) Variante 2 :
k=0=
X
,
2 n
Notons P (n) l’assertion « =
X
k=0
k
donc on a P (0). k=0
• Soit n ∈ N. Supposons P (n) et montrons n(n + 1)
pour tout n ∈ N».
P (n + 1). 2
En revanche, la formulation suivante est accep-
Alors, on a
table, bien qu’à éviter :
n
n(n + 1) n
k=
X
Notons P (n) l’assertion « =
X
k
k=0
2
k=0
n(n + 1)
Ainsi, » pour tout n ∈ N.
2
n+1 n
!
k= k +n+1
X X
Mauvaise énonciation de l’objectif Forme
k=0 k=0 classique de cette erreur :
n(n + 1) Pour n ∈ N, notons P (n) l’assertion
= +n+1
2 n
n(n + 1) + 2(n + 1) n(n + 1)
« k= ».
X
= 2
2 k=0
(n + 2)(n + 1) Montrons P (n) par récurrence.
= ,
2 Explications : on ne précise pas ici ce qu’est
donc on a P (n + 1). n. De plus, le principe de récurrence ne montre
On a donc pas P (n) pour un n donné mais pour tout n. Il
∀n ∈ N P (n). convient donc d’écrire
Montrons ∀n ∈ N P (n) par récurrence
4.3 Erreurs classiques. ou une variante, comme
Nous listons ici des erreurs fréquemment trou- Montrons par récurrence que pour tout
vées dans les copies. entier naturel n on a P (n).

73
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

Mauvaise démonstration de l’hérédité préalable de s’assurer que un est bien défini.


Forme classique de cette erreur :
Supposons ∀n ∈ N P (n). Autrement dit : on va avoir besoin de démon-
trer simultanément ces deux propriétés.
Montrons ∀n ∈ N P (n + 1).
Pour n ∈ N, notons P (n) l’assertion
Explications : une fois que l’on a supposé ∀n ∈
N P (n), il n’y a pas beaucoup de travail à fournir «un est bien défini et un ⩾ 1»
pour montrer ∀n ∈ N P (n) ...
Variante 1 : Montrons ∀n ∈ N P (n) par récurrence :
Supposons ∀n ∈ N P (n). • On a clairement P (0).
Montrons P (n + 1). • Soit n ∈ N. Supposons P (n) et montrons
P (n + 1).
Variante 2 : un est bien défini et un ⩾ 1.
Supposons, pour tout entier naturel n, Donc u√n − 1 ⩾ 0.
P (n) et montrons P (n + 1) Donc un − 1 est bien défini.
Variante 3 : Donc un+1 est bien défini, et de plus
Supposons, pour tout entier naturel n, √
un+1 ⩾ 2 + un − 1 ⩾ 2 ⩾ 1
P (n) et montrons pour tout entier natu-
rel n, P (n + 1). Donc on a P (n + 1).
On a donc
4.4 Bonne définition d’une suite définie ∀n ∈ N P (n)
par récurrence.
La suite u est donc bien définie (et de plus pour
Notons (un )n∈N la suite définie par
tout entier naturel n, un ⩾ 1).
u0 = 5
(
√ Problème de définition non étudié On
et ∀n ∈ N un+1 = 2 + un − 1
trouve parfois la réponse erronée suivante :
Montrer que la suite u est bien définie. Pour tout entier naturel n, n = 0 ou n
est de la forme k + 1. On a donné une
Ici, le terme «bien définie» signifie non définition à un dans chacun de ces deux
seulement que pour tout n, on a bien donné cas, donc u est bien définie.
une expression pour définir un mais aussi que
cette expression est définie, c’est-à-dire qu’elle a Manifestement, l’auteur du texte ci-dessus
√ n’a
mathématiquement un sens. pas compris que la définition un+1 = 2 + un − 1
pouvait poser problème.
Pour n donné, montrer que un est bien définie
est un préalable à la démonstration de toute 4.5 Récurrence double.
propriété de un .
a Exemple : suite définie par récurrence.
Ici, il s’agit
√ de montrer que pour tout n l’ex- Notons u la suite définie par :
pression 2 + un − 1 est bien définie, c’est-à-dire
que un −1 est positif ou nul, autrement dit un ⩾ 1.
u0 = 2




Pour n donné, on voit alors que d’une part, u1 = 3

pour montrer que un+1 est bien défini, il va n+2 = 1 + un + un+1 − 2

∀n ∈ N, u p

falloir montrer tout d’abord un ⩾ 1 et d’autre


part, pour montrer un ⩾ 1, on va avoir besoin au Montrer que u est bien définie.

74
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

On s’aperçoit vite qu’il va falloir montrer si- Donc un + un+1 − 2 ⩾ 0.


multanément que un est bien défini et qu’on a Donc un+2 est bien défini et de plus,

un ⩾ 1. un+2 = 1 + un + un+1 − 2 ⩾ 1.
On va donc, pour tout n ∈ N, définir P (n) Donc on a P (n + 2).
comme l’assertion On a donc
«un est bien défini et un ⩾ 1» ∀n ∈ N P (n)

De plus, pour montrer cette P à un rang donné, En particulier la suite u est bien définie.
il va falloir supposer qu’elle est vérifiée au deux Exercice 4.5.2.
rangs précédents. Soit (un )n∈N une suité vérifiant u0 = 2, u1 = 3 et
Il ne suffit donc pas de chercher à démontrer P ∀n ∈ N, un+2 = 3un+1 − 2un .
par récurrence. Pour répondre à cette question on
Montrer que ∀n ∈ N, un = 2n + 1.
va utiliser un principe de récurrence double, dans
lequel l’initialisation consiste à montrer P (0) et
P (1) et la démonstration de l’hérédité consiste à 4.6 Récurrence triple, etc.
montrer
  On peut, de la même façon, avoir besoin de
P (n) et P (n + 1) ⇒ P (n + 2) principes de récurrence triple, quadruple, . . .

∀n ∈ N
Si cela s’avère nécessaire, on pourra les utiliser
sans démonstration.
b Énoncé du principe.
Ainsi, appliquer le principe de récurrence triple
pour démontrer ∀n ∈ N P (n) consistera à démon-
Théorème 4.5.1 (Principe de récurrence trer d’une part P (0), P (1) et P (2), et d’autre part
double). à démontrer que pour tout n ∈ N, si on a P (n) et
Soit P un prédicat portant sur N. Si : P (n + 1) et P (n + 2) alors on a P (n + 3).
• P (0) et P (1) sont vrais, Là encore, si l’on préfère, on pourra se passer
• pour tout n ∈ N, si P (n) et P (n + 1) sont d’une récurrence triple et utiliser simplement la
vrais alors P (n + 2) est vrai, récurrence ordinaire. Il suffira pour cela de définir,
alors ∀n ∈ N, P (n). pour tout n ∈ N, Q(n) comme

«P (n) et P (n + 1) et P (n + 2)»
Démonstration.
On peut montrer par récurrence simple que pour tout
n ∈ N, Q(n) : « P (n) et P (n + 1) ». et de montrer ∀n ∈ N Q(n) par récurrence simple.
Ou bien on peut utiliser le principe du minimum : si Enfin, on peut évidemment là aussi se passer de
P n’est pas toujours vrai, on considère le plus petit entier tout principe de récurrence en utilisant le principe
pour lequel P est faux etc.
du minimum.

c Rédaction par récurrence double.


4.7 Récurrence forte.
Pour tout n ∈ N, notons P (n) la propriété
Enfin, il existe des cas où ni une récurrence
«un est bien défini et un ⩾ 1» simple, ni une récurrence double, ni une récur-
Montrons ∀n ∈ N P (n) par récurrence double. rence triple ne semblent suffire.
• On a clairement P (0). Dans ces cas, on pourra utiliser le principe de
• On a clairement P (1). récurrence forte.
• Soit n ∈ N. Supposons P (n) et P (n + 1) et
montrons P (n + 2). a Exemple : suite définie par récurrence.
un et un+1 sont bien définis et de plus
un ⩾ 1 et un+1 ⩾ 1. Notons u la suite définie par

75
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

 √ Théorème 4.7.3 (Principe de récurrence forte).


2 Soit P un prédicat portant sur N. Si :
u0 = −1


• P (0) est vrai,

2 v



u3
u n • pour tout n ∈ N, si P (0), P (1), ..., P (n)
et = + t +n+
X
sont vrais, alors P (n + 1) est vrai,


∀n ∈ N un+1 −1 uk
2



alors ∀n ∈ N, P (n).

k=0

Montrez que u est bien définie.


Démonstration.
On peut montrer par récurrence simple que pour tout
On s’aperçoit assez vite qu’on peut espérer mon-
n ∈ N, R(n) : « P (0) et P (1) et ... et P (n) ».
trer que pour tout n ∈ N, on a un ⩾ −1. Mais Ou bien on peut utiliser le principe du minimum : si
pour montrer la propriété pour n donné, il va P n’est pas toujours vrai, on considère le plus petit entier
falloir supposer qu’elle est vraie pour toutes les pour lequel P est faux etc.
entiers naturels strictement inférieurs.
On va donc utiliser le principe de récurrence c Rédaction par récurrence forte.
forte.
Pour tout n ∈ N, notons P (n) la propriété
Celui-ci peut s’énoncer comme suit :
«un est bien défini et un ⩾ −1»
1. Étant donné un entier naturel n, on dit
qu’une propriété P est fortement héréditaire Montrons par récurrence forte que pour tout
au rang n si n ∈ N, on a P (n).
• On a clairement P (0).
• Soit n ∈ N. Supposons que pour tout m ∈ N
 
∀m ∈ [[0, n]] P (m) ⇒ P (n + 1)
vérifiant m ⩽ n, on a P (m).
(ou de façon équivalente, si P (0) et P (1) et Montrons P (n + 1).
. . . et P (n) implique P (n + 1)) Pour tout k ∈ {0, . . . , n}, uk est bien dé-
n
fini, donc la somme uk est bien définie.
X
2. On dit qu’une propriété P est fortement hé-
réditaire si pour tout entier naturel n, P est k=0
En outre, pour tout k ∈ {0, . . . , n}, uk ⩾
fortement héréditaire au rang n.
−1, donc
3. Le principe de récurrence forte dit simple- n n
ment qu’une propriété P vraie en 0 et forte- −1 = −n − 1
X X
uk ⩾
ment héréditaire est vraie pour tout entier k=0 k=0
naturel.
Donc
Remarque 4.7.1. n
Dire que P est fortement héréditaire au rang n 1/2 + n + 1 + uk ⩾ 0
X

est équivalent à dire que n + 1 ne peut pas être k=0


l’entier minimum pour lequel P est faux.
Donc un+1 est bien défini, et de plus, on a
Exemple 4.7.2. v
u3 n
On peut montrer que tout prédicat héréditaire
u
un+1 = −1 + +n+
X
t uk ⩾ −1
est fortement héréditaire. La réciproque est fausse 2 k=0
comme le montre le prédicat P défini comme suit :
pour n ∈ N, P (n) est l’assertion «n(n − 2) ̸= 0». Donc on a P (n + 1)
Par le principe de récurrence forte, on a donc
b Énoncé du principe. ∀n ∈ N P (n)

Donc u est bien définie.

76
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

Exercice 4.7.4. Modèle de rédaction proposé. Pour tout


Montrer que n ⩾ n0 , notons P (n) la propriété |un | ⩽ αn−n0 .
Montrons par récurrence que pour tout n ⩾ n0 ,
∀n ∈ N∗ , ∃p, q ∈ N, n = 2p (2q + 1). P (n) est vraie.
• On a |un0 | = αn0 −n0 |un0 |. Donc on a P (n0 ).
• Soit n ⩾ n0 . Supposons P (n).
4.8 Méthodologie : choix du type de Montrons P (n + 1).
récurrence. On a |un+1 | ⩽ α|un | car n ⩾ n0 .
Par ailleurs |un | ⩽ αn−n0 |un0 |.
Le plus difficile dans la démonstration par ré-
Donc α|un | ⩽ αn+1−n0 |un0 |.
currence d’un prédicat (Pn )n∈N est souvent d’iden-
Donc |un+1 | ⩽ αn+1−n0 |un0 |.
tifier le type de raisonnement à appliquer.
On a donc P (n + 1)
Pour cela, il convient de commencer à travailler
On a donc
au brouillon et de chercher à montrer la propriété
∀n ⩾ n0 P (n)
Pn , n étant fixé. Quatre cas de figures peuvent
alors survenir.
4.10 Récurrence sur un intervalle fini
• Si vous arrivez à montrer Pn directement,
d’entiers
c’est qu’il n’y a pas de récurrence en jeu !
• Si, pour montrer Pn , vous observez que vous Il s’agit de démontrer un résultat valable pour
devez utiliser Pn−1 , alors vous pouvez rédi- un ensemble fini d’entiers seulement, de la forme
ger une récurrence simple. Ja, bK, où a, b ∈ Z tels que a < b. Il faudra faire
• Si, pour montrer Pn , vous observez que vous attention à initialiser la propriété pour n = a,
devez utiliser Pn−1 et Pn−2 , alors vous pou- et lors de l’hérédité, il faudra supposer que cette
vez rédiger une récurrence double (idem propriété est vraie pour un certain n ∈ Ja, b − 1K
pour triple, quadrupe etc.). et montrer qu’elle est vraie au rang n + 1.
• Si, pour montrer Pn , vous observez que vous
Exemple 4.10.1.
devez utiliser Pn−1 ,..., P0 , alors vous pouvez
Soit n ∈ N∗ et fn : x 7→ xn . Montrer que pour
rédiger une récurrence forte. (k)
tout k ∈ J0, nK, et pour tout x ∈ R, fn (x) =
Après ce travail, vous pouvez rédiger proprement n!
votre récurrence. xn−k .
(n − k)!

4.9 Récurrence à partir d’un certain 4.11 Récurrence descendante


rang. On cherche à montrer un résultat valable sur
Il s’agit maintenant de faire démarrer une ré- un intervalle Ja, bK comme précédemment, mais
currence (simple, multiple ou forte) à un autre cette fois-ci on initialise pour n = b, et on montre
rang que le rang 0. que la propriété P à un rang n implique cette
même propriété au rang n − 1. Cela se démontre
en posant Q(n) = P (b − n). On montre alors
Exemple. Soit u une suite, n0 un entier et α par récurrence que Q(0) est vraie et que Q(n)
un réel strictement positif. implique Q(n + 1).
On suppose que pour tout n ⩾ n0 , on a Exemple 4.11.1.
Soit N un entier naturel supérieur ou égal
|un+1 | ⩽ α|un | à
v 2. Montrer que pour tout k ∈ J2, N K,
u v s
u u

r q
Montrer u u
tk (k + 1) (k + 2) . . . (N − 1) N < k +
t

∀n ⩾ n0 |un | ⩽ αn−n0 |un0 | 1.

77
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

4.12 Quelques récurrences fausses. On obtient les valeurs suivantes :


Exercice : chercher l’erreur dans les pseudo-
u0 ≈ 0.7853982
démonstrations ci-dessous.
u1 ≈ 0.7123890
a Suite négative minorée par un réel po- u2 ≈ 0.2743339
sitif. . . u3 ≈ −2, 3539967

Notons u la suite définie par u4 ≈ −18.12398


u5 ≈ −112.74388
 π
 u0 =
4
Autrement dit, u5 est négatif et devrait être
∀n ∈ N un+1 = 6un − 4

supérieur à 45 . . .
(il est clair que u est bien définie)
Montrons que pour tout n ∈ N, un ⩾ 45 .
b n valeurs sont égales
Pour tout n ∈ N, notons P (n) la propriété
4 Montrons que pour tout entier n non nul, et
«un ⩾ » tout n-uplet (x1 , . . . , xn ), on a
5
Montrons ∀n ∈ N P (n) par récurrence. x1 = x2 = . . . = xn
• On a P (0).
• Soit n ∈ N. Supposons P (n). Montrons
Autrement dit : toutes les composantes d’un
P (n + 1).
n-uplet sont égales.
On a :
Pour tout n ⩾ 1, notons P (n) la propriété
4
un ⩾
5 «pour tout n-uplet (x1 , . . . , xn ), on a
24 x1 = x2 = . . . = xn .»
donc 6un ⩾
5
24 − 5 × 4
donc 6un − 4 ⩾ Montrons ∀n ⩾ 1 P (n) par récurrence.
5
4 • On a clairement P (1).
donc un+1 ⩾ . • Soit n ⩾ 1.
5
Supposons P (n) et montrons P (n + 1).
Ainsi, on a P (n + 1). Soit (x1 , . . . , xn+1 ) un n + 1-uplet.
Donc on a ∀n ∈ N P (n) (x1 , . . . , xn ) est un n-uplet donc on a
Calculons les valeurs approchées des premiers
termes de la suite avec Python : x1 = x2 = . . . = xn

def f(x) :
(x2 , . . . , xn+1 ) est un n-uplet donc on a
"""Calcule 6*x-4, précondition : x réel"""
return 6 * x - 4
x2 = . . . = xn+1
from math import pi
x = pi / 4 # u_0 Donc on a
u = [x] # Contient u_0
for i in range(5) : x1 = x2 = . . . = xn+1
x = f(x) # Calcule le terme suivant de u
u.append(x) # Ajoute le nouveau terme Donc on a P (n + 1).
print(u) # Affiche les valeurs calculées On a donc ∀n ⩾ 1 P (n).

78
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

c Toutes les puissances valent 1


Soit a ∈ R∗ . Montrons que pour tout entier
naturel non nul n, on a an−1 = 1.
Notons P (n) la propriété «an−1 = 1».
Montrons ∀n ⩾ 1 P (n) par récurrence forte.
• On a clairement P (1).
• Soit n ⩾ 1.
Supposons ∀m ∈ [[1, n]] P (m).
Montrons P (n + 1).
On a

an+1−1 = an
an−1 × an−1
=
a(n−1)−1

Or par hypothèse de récurrence, P (m)


est vraie pour tout m ⩽ n, donc P (n) et
P (n − 1) sont vraies.
Donc an−1 = 1 et a(n−1)−1 = 1.
D’où :
1×1
an+1−1 =
1
Donc on a P (n + 1).
On a donc

∀n ⩾ 1 P (n)

79
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

80
Chapitre V

Nombres complexes
Sommaire
1 L’inégalité triangulaire . . . . . . . . . . 82
2 Propriétés supplémentaires de l’expo-
nentielle complexe et des arguments . . 82
3 Groupe U des nombres complexes de
module 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
4 Équations du second degré . . . . . . . 83
4.1 Calcul des racines carrées d’un complexe
sous forme algébrique . . . . . . . . . . 83
4.2 Résolution des équations du second degré 84
5 Racines énièmes. . . . . . . . . . . . . . 85
6 Techniques de calcul . . . . . . . . . . . 86
6.1 Formules trigonométriques . . . . . . . 86
6.2 Technique de l’angle moitié . . . . . . 86
6.3 Factorisation . . . . . . . . . . . . . . 86
6.4 Linéarisation . . . . . . . . . . . . . . 86
7 L’exponentielle complexe . . . . . . . . 87
8 Nombres complexes et géométrie plane 87
8.1 Colinéarité et orthogonalité . . . . . . 87
a Interprétation géométrique du rap-
port . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
8.2 Transformations usuelles . . . . . . . . 88
8.3 Similitudes et isométries . . . . . . . . 90
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

1 L’inégalité triangulaire une même demi-droite d’origine O.


• Le bloc « il existe (λ, λ′ ) ∈ (R+ )2 tel que
Commençons par démontrer l’inégalité triangu- (λ, λ′ ) ̸= (0, 0) » s’écrit aussi « ∃(λ, λ′ ) ∈ (R+ )2 \
laire, déjà évoquée en début d’année : {(0, 0)} » et se lit « il existe deux complexes λ et
λ′ non tous nuls ».
Théorème 1.0.1 (Inégalité triangulaire).
Soit z, z ′ ∈ C, on a 2 Propriétés supplémentaires de
|z| − |z ′ | ⩽ |z ± z ′ | ⩽ |z| + |z ′ |.
 
l’exponentielle complexe et
des arguments
De plus, |z + z ′ | = |z| + |z ′ | si et seulement s’il
existe (λ, λ′ ) ∈ (R+ )2 tel que (λ, λ′ ) ̸= (0, 0) et
λz = λ′ z ′ .
Théorème 2.0.1 (Formules d’Euler).
Soit θ ∈ R, alors
Démonstration.
On montre l’encadrement pour |z + z ′ |. Pour |z − z ′ | il
suffit de remplacer z ′ par −z ′ .
e iθ + e −iθ
cos θ = ,
Pour montrer |z + z ′ | ⩽ |z| + |z ′ |, il suffit de montrer 2
e iθ − e −iθ
2 2 2 2
|z + z ′ | ⩽ (|z| + |z ′ |) . Posons d = (|z| + |z ′ |) − |z + z ′ |
et calculons d. On obtient successivement sin θ = .
2i
2
d = |z|2 + z ′ + 2|z| z ′ − z + z ′ z + z′
 

= 2|z| z ′ − zz ′ − z ′ z
Démonstration.
zz ′ + z ′ z
 

= 2 |z| z − Direct.
2
!
zz ′ + zz ′
= 2 |z| z ′ −
2 Proposition 2.0.2.
=2 zz ′ − Re zz ′

Soit θ ∈ R :
⩾0 1. e iθ × e −iθ = e i0 = 1 ;
On a donc |z + z ′ | ⩽ |z| + |z ′ |. 2. e iθ ̸= 0 ;
Pour la seconde inégalité : |z| = |(z + z ′ ) + (−z ′ )| ⩽ 1
|z + z ′ | + | − z ′ |, d’où |z| − |z ′ | ⩽ |z + z ′ |. On permute les 3. iθ = e −iθ = e iθ .
e
rôles de z et z ′ et on a |z ′ | − |z| ⩽ |z + z ′ |, ce qui permet
de conclure, car
|z| − |z ′ | = max |z| − |z ′ |; |z ′ | − |z| . Démonstration.
  
Direct.
Montrons maintenant le cas d’égalité. Dans le cas où
z = z ′ = 0, le résultat est immédiat.
Sinon, d’après la démonstration de l’inégalité triangu-
laire, l’égalité est vérifiée si et seulement si zz ′ = Re zz ′ ,
 Proposition 2.0.3 (Formule de De Moivre).
i.e. si et seulement si zz ′ est un réel positif. Soit θ ∈ R et n ∈ N. On a
z zz ′ n
Dans le cas où z ′ ̸= 0, on remarque que ′ = ,

z |z ′ |2 e inθ = e iθ ,
z
donc l’égalité est vérifiée si et seulement si ′ ∈ R+ si et cos(nθ) + i sin(nθ) = (cos θ + i sin θ)n .
z
seulement si il existe λ ∈ R+ tel que z = λz ′ .
En inversant les rôles de z et z ′ dans le cas où z ′ = 0
on obtient le résultat voulu.
Démonstration.
Remarque 1.0.2. Se démontre par une récurrence immédiate sur n.
• Géométriquement, il y a égalité dans l’inégalité
triangulaire lorsque les images de z et z ′ sont sur

82
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

Le groupe U, qui est l’ensemble des affixes des


Proposition 2.0.4. points du cercle trigonométrique, est intimement
Soient z, z ′ ∈ C∗ . On a : lié à l’exponentielle complexe, comme nous l’avons
déjà vu :
arg z = − arg z[2π]
arg zz ′ = arg z + arg z ′ [2π]
Théorème 3.0.5 (Paramétrisation de U).
et arg(1/z) = − arg z[2π].
L’application

R → C
Démonstration. θ 7→ e iθ
Utiliser l’écriture trigonométrique.
est un paramétrage de U, autrement dit, pour tout
Remarque 2.0.5.
nombre complexe z on a
L’écriture a = b [2π] signifie que a et b sont égaux
à un multiple de 2π près, i.e. ∃k ∈ Z, a = b + 2kπ. z ∈ U ⇔ ∃θ ∈ R z = e iθ (V.1)
Les manipulations d’arguments doivent tou-
jours s’effectuer en indiquant à quel angle près De plus, pour tout complexe z ∈ U donné, le
cela s’entend ([π], [2π] le plus souvent). paramètre correspondant est unique à 2π près,
autrement dit, on a
Exercice 2.0.6.
a b
Si a = b [2π], a-t-on = [2π] ? A-t-on 2a = ∀(θ, θ′ ) ∈ R2

e iθ = e iθ ⇔ θ = θ′ [2π] (V.2)
2 2
2b [2π] ?

3 Groupe U des nombres com- Remarque 3.0.6.


Ce résultat a une interprétation géométrique in-
plexes de module 1 tuitive.
Démonstration.
Soit z ∈ C. Montrons l’équivalence (V.1). L’implication de
Définition 3.0.1. droite à gauche est évidente : s’il existe θ tel que z s’écrive
On note U l’ensemble des nombres complexes de cos θ + i sin θ, alors |z|2 = sin2 θ + cos2 θ = 1, donc z ∈ U.
Réciproquement, soit z ∈ U, alors (Re z)2 + (Im z)2 = 1
module 1 : U = {z ∈ C | |z| = 1}. donc il existe θ ∈ R vérifiant Re z = cos θ et Im z = sin θ.
Pour l’équivalence (V.2), il suffit de remarquer que pour

tout couple (θ, θ′ ) de réels, l’égalité e iθ = e iθ implique
Remarque 3.0.2. l’égalité des cosinus ainsi que des sinus de θ et θ′ , donc
U est l’ensemble des affixes des points du cercle l’égalité de θ et θ′ à 2π près. L’autre sens est immédiat
trigonométrique par 2π-périodicité des fonctions sinus et cosinus.

Proposition 3.0.3. 4 Équations du second degré


Soit z, z ′ ∈ U. Alors :
4.1 Calcul des racines carrées d’un
1. 1 ∈ U ;
complexe sous forme algébrique
2. zz ′ ∈ U ;
1 Soit z et t deux complexes. On veut résoudre
3. ∈ U. explicitement l’équation t2 = z, d’inconnue z,
z
que nous noterons (E), en n’utilisant que des
complexes écrits sous forme algébrique.
Remarque 3.0.4. On peut écrire z sous la forme x + iy avec
Grâce aux propriétés précédentes, on dit que U (x, y) ∈ R2 et t sous la forme a + ib, où (a, b) ∈ R2 .
est un groupe. Pour résoudre (E), il y a une astuce très utile.

83
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

Astuce. Théorème 4.2.4.


Soit t et z deux complexes. Alors Soient a, b, c ∈ C avec a ̸= 0. Les solutions de
l’équation az 2 + bz + c = 0 d’inconnue z ∈ C
t2 = z
(
−b ± δ
t = z ⇐⇒
2 sont , où δ est l’une quelconque des deux
|t|2 = |z| 2a
racines carrées du discriminant ∆ = b2 − 4ac.
b
La somme de ces solutions vaut − et leur
a
c
On en déduit successivement : produit .
a
a2 − b2 + i2ab = x + iy

(E) ⇐⇒ q Démonstration.
 a2 + b2 = x2 + y 2 Pour tout z ∈ C, on a

a − b = x
 2 2
b c
 
 az 2 + bz + c = a z 2 +
z+
a a
2ab = y

(E) ⇐⇒ 
b 2

b2 c

=a z+ − 2 +
 q
a + b2 = x2 + y 2
 2
2a 4a

a
b2 − 4ac
 2 
b

+ x2 + y 2
p
x =a z+ −
a =
2

2a 4a2


2



  2 2 
b δ

(E) ⇐⇒ −x + x2 + y 2
p
=a z+ −
b2 = 2a 2a
2



b δ b δ

 h ih i
2ab = y =a z+ − z+ +

2a 2a 2a 2a
−b − δ −b + δ
  
=a z− z−
2a 2a
Exercice 4.1.1. On calcule finalement :
Trouver les racines carrées de z = 3 − 4i. −b − δ −b + δ b
+ =− ,
2a 2a a
−b − δ −b + δ b2 − δ 2 c
4.2 Résolution des équations du second × = = .
2a 2a 4a2 a
degré

Remarque 4.2.5.
Proposition 4.2.1. • N’importe quelle racine carrée du discriminant
Soit A un polynôme en z à coefficients complexes, convient, puisqu’elles sont égales au signe près.
admettant un complexe λ comme racine. Alors • Si le discriminant est nul, il n’y a qu’une racine,
il existe un polynôme B en z à coefficients com- qui est alors dite double.
plexes tel que A(z) = (z − λ)B(z). • Si a, b, c ∈ R, alors le discriminant est réel. S’il
est strictement positif, il y a deux racines réelles
distinctes ; s’il est nul, il y a une racine réelle
Remarque 4.2.2.
double ; s’il est strictement négatif, il y a deux
Nous admettons pour l’instant ce résultat, il sera
racines complexes non réelles conjuguées.
démontré dans le chapitre sur les polynômes.
• Avec α, β ∈ C, on a la relation suivante :
Exercice 4.2.3.
Soit A(z) = z 3 − iz 2 − (3 + i)z + 2 + 2i. (X − α)(X − β) = X 2 − (α + β)X + αβ.
1. Trouver un polynôme B tel que A(z) = (z − • On peut donc connaître la somme et le produit
1)B(z). des deux racines sans connaître les racines. Réci-
2. Trouver un polynôme C tel que A(z) = (z − proquement, si l’on connaît la somme et le produit
1)(z − 1 − i)C(z). de deux nombres complexes, alors on connaît une

84
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

équation polynomiale du second degré dont ils • 2nd cas : z est quelconque non nul donc s’écrit

sont exactement les racines. sous la forme re iθ où r > 0. On pose α = n r ×
e iθ/n
, donc α 
n
= z. Alors, si t = ρ.e , t = z si
iφ n

Exercice 4.2.6. t n
et seulement si = 1 et on utilise le premier
Trouver a et b tels que ab = 2 et a + b = i. α
cas.

5 Racines énièmes. Remarque 5.0.4 (Interprétation géométrique).


Soit n ⩾ 3. Posons zk = 2ikπ n et notons Ak le point
d’affixe zk pour k ∈ [[0, n − 1]]. Alors A0 A1 . . . An
Définition 5.0.1. est un polygone régulier à n côtés, inscrit dans le
Soient z ∈ C et n ∈ N∗ . On appelle racine ne de cercle unité.
z tout complexe t tel que tn = z. Les racines deuxièmes de 1 sont −1 et 1 (racines
Les racines de 1 sont appelées racines nes de carrées de 1).
l’unité. En posant j = e 2iπ/3 , les racines troisièmes de
L’ensemble des racines nes de l’unité est noté l’unité sont 1, j et j 2 (et on a j 2 = j). Ce sont les
Un . sommets d’un triangle équilatéral inscrits dans le
cercle unité.
Les racines quatrièmes de l’unité sont 1, i, −1
Remarque 5.0.2.
√ et −i : ce sont les sommets d’un carré inscrit
La notation n . est interdite sur les complexes
dans le cercle unité.
quelconques. En effet, elle désigne l’application ré-
Les racines cinquièmes de l’unité sont 1, e 2iπ/5 ,
ciproque de la fonction x 7→ xn qui n’est bijective
e 4iπ/5 , e −4iπ/5 et e −2iπ/5 : ce sont les sommets
que considérée comme application de R+ dans R+
d’un pentagone régulier inscrit dans le cercle
si n est pair et de R dans R si n est impair.
unité.
Les racines sixièmes de l’unité sont 1, e iπ/3 ,
Théorème 5.0.3. 1. La seule racine ne de zéro j, −1, j 2 et e −iπ/3 : ce sont les sommets d’un
est zéro. hexagone régulier inscrit dans le cercle unité.
2. Soit z ∈ C non nul, donné sous une forme Tout cela est représenté dans la figure V.1.
trigonométrique z = re iθ , avec r > 0. Alors
z possède exactement n racines nes, qui sont
les nombres complexes
Proposition 5.0.5.

r × e(n+ n )
iθ 2ikπ
n
Soit n ∈ N, n ⩾ 2. Pour tout z ∈ C on a les
égalités suivantes :
pour k décrivant l’ensemble J0, n − 1K (ou
n−1
J1, nK). 2ikπ
(z − ω) = (z − e ) = zn − 1
Y Y
n
3. En particulier ω∈Un k=0
n 2ikπ
o n−1 n−1
Un = e k ∈ [[0, n − 1]] .
Y 2ikπ

(z − ω) = z−e =
Y X
n n zk .
ω∈Un \{1} k=1 k=0

La somme des racines ne de l’unité est nulle, i.e. :


Démonstration. 1. Soit t ∈ C. Alors t ̸= 0 ⇒ tn ≠ 0
donc tn = 0 ⇒ t = 0. On vérifie enfin que t = 0 ⇒ n−1
tn = 0, pour n > 0. ω= e
2ikπ
= 0.
X X
n
2. Soit (z, t) ∈ C , z ̸= 0.
2
ω∈Un k=0
• 1er cas : z = 1 : on note ρ = |t| et φ ∈ R un
argument de t. On a : tn = 1 si et seulement En particulier 1 + j + j = 1 + j + j 2 = 0.
si ρn .e inφ = 1.e i0 si et seulement si ρn = 1 et
2kπ
nφ = 0[2π] si et seulement si ρ = 1 et φ = .
n

85
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

i e 2iπ/5iπ/3 Néanmoins, les propriétés de l’exponentielle


j e « de iθ » permettent de retrouver ces formules,
dans le cas inenvisageable où vous les auriez ou-
e 4iπ/5 bliées.
Par exemple : développer e i(a+b) de deux ma-
nières différentes, identifier les expressions obte-
1 nues et retrouver les formules donnant sin(a + b)
et cos(a + b).
−1 0
6.2 Technique de l’angle moitié
Déjà vu. Elles permet aussi de retrouver les
e −4iπ/5 formules de factorisation du type cos(a) + cos(b).
j2 e −iπ/3
−i e −2iπ/5 6.3 Factorisation
Utilise la technique de l’angle moitié, souvent
après avoir identifié la somme en question comme
Figure V.1 – Racines nes de l’unité pour 1 ⩽
la partie réelle ou imaginaire d’un type de somme
n ⩽ 6.
bien connue. On utilise très souvent les formules
suivantes.
Démonstration.
Pour démontrer ce résultat, on utilisera une version géné- Sommation géométrique : Pour tout z ∈ C
ralisée de la proposition 4.2.1 : pour tout entier n et tout et n ∈ N,
polynôme P un polynôme de degré n admettant n racines
n+1 si z = 1,

distinctes z1 , . . ., zn , de coefficient dominant α, on a n 
zk =
X
P (z) = α(z − z1 ) . . . (z − zn ).
z n+1 − 1
∀z ∈ C si z ̸= 1.
z−1

k=0
On rappelle aussi la formule de sommation géométrique :
pour tout z ∈ C et n ∈ N∗ ,
Binôme de Newton : Pour tout (a, b) ∈ C2
z − 1 = (z − 1)(1 + z + · · · + z
n n−1
). et n ∈ N,
La première égalité est une application directe du ré- n
!
sultat admis, en posant P : z 7→ z n − 1 ; P est alors un n k n−k
(a + b) =
X
n
polynôme de degré n et de coefficient dominant 1.
a b .
k=0
k
La seconde est une application directe du même résultat
n−1

en considérant P : z 7→
X
z k . De plus n =
̸ 1 donc
On peut calculer les coefficients binomiaux
n
k=0 k avec le triangle de Pascal.
2iπ
e n ̸= 1 donc
 n Exemple 6.3.1.
2iπ
n−1
X 2ikπ
n−1
X 2iπ
k 1− e n 
e n = e n = 2iπ = 0. n  sin(2(n+1)x) cos(2nx) si x ∈
/ π2 Z
1−e cos(4kx) =
X
n sin(2x)
k=0 k=0
n + 1 si x ∈ π2 Z
k=0

6.4 Linéarisation
6 Techniques de calcul
Méthode pour supprimer les produits et puis-
6.1 Formules trigonométriques sances dans une expression en cosinus et sinus :
Nous avons utilisé les formules de trigonométrie 1- Utiliser la formule d’Euler et développer par
(cf. formulaire de trigonométrie) dans la démons- la formule du binôme.
tration de la forme algébrique du produit de deux 2- Regrouper les puissances pour réutiliser les
nombres complexes. formules d’Euler, mais dans l’autre sens.

86
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

Exemple 6.4.1. Remarque 7.0.5.


L’exponentielle n’est ni surjective, ni injective, et
il n’existe pas de « logarithme complexe ».
1 3
cos3 x =
cos(3x) + cos x
4 4
1 1 8 Nombres complexes et géomé-
sin (x) cos (x) = − sin(5x) + sin(x)
3 2
16 8 trie plane
1
+ sin(3x)
16 Dans toute cette partie, on considère un plan,
muni d’un repère orthonormé (O, →
−ı , →
−ȷ ).
7 L’exponentielle complexe
8.1 Colinéarité et orthogonalité
a Interprétation géométrique du rapport
Définition 7.0.1.
Soit z ∈ C, donné sous forme algébrique z = x+iy.
On appelle exponentielle de z notée e z le nombre Théorème 8.1.1.
complexe e z = e x e iy . Soit z et z ′ deux complexes non nuls. On note


u et →−
u ′ les vecteurs d’affixes respectives z et z ′ .
Remarque 7.0.2. Alors
e z n’est toujours pas une puissance : ce n’est z′ ∥→
−u ′∥
qu’une notation. = → −
z ∥u∥
 ′
Exemple 7.0.3. z
arg = (→

u,→

u ′) [2π]
e 2+iπ/2 = ie 2 . z

Théorème 7.0.4. 1. L’exponentielle complexe Démonstration.


est 2iπ-périodique. Le premier point est immédiat, le second découle de
′ ′ l’interprétation géométrique de l’argument. En notant
2. Pour tout z, z ′ ∈ C, e z+z = e z e z : on dit −

i le vecteur d’affixe 1, et en posant θ = arg z, on a
que l’exponentielle transforme les sommes en −
→ →
z = |z|(cos θ + i sin θ), donc ( i , − u ) = arg z [2π]. De
produits. −
→ −
même ( i , →u ′ ) = arg z ′ [2π]. D’où
3. L’exponentielle complexe ne s’annule pas. −
→ →′ −
→ →
(−

u,−

u ′) = ( i , −
u ) − ( i ,−
u) [2π]
4. Pour tout z ∈ C et t ∈ C∗ , on a ′
= arg z − arg z [2π]
 ′
z
e z = t ⇐⇒ ∃k ∈ Z, z = ln |t|+i arg t+2ikπ. = arg
z
[2π]


5. Pour tout z, z ′ ∈ C, e z = e z ssi (z − z ′ ) ∈
2iπZ.
Corollaire 8.1.2.
Démonstration. 1. Immédiat. Soit A, B et M trois points deux à deux distincts
2. Séparer parties réelle et imaginaire. d’affixes respectives a, b et z. Alors
3. L’exponentielle ne s’annule pas sur R, et e iθ non plus (i) A, B et M sont alignés si et seulement si
(déjà vu). z−a
∈ R;
4. e z = t si et seulement si e Re z = |t| et Im z = z−b
arg t[2π]. z−a
′ ′ (ii) (AM )⊥(BM ) si et seulement si ∈
5. e z = e z ssi e z−z = 1, et on utilise le point précé- z−b
dent. iR .

87
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

Exemple 8.1.3.
i, 1 et 2 − i sont alignés, et 1 + i, 2 et −2i forment
un angle droit en 2.
Exercice 8.1.4. M ′ = τ−
u (M )

Soit A(a), B(b) et C(c) trois points du plan.
On rappelle que le centre de gravité du triangle A
1
ABC est le point d’affixe (a + b + c).
3
Montrer que ce centre de gravité est le point
d’intersection des médianes de ABC.
−→ →
OA = −
u
Exercice 8.1.5.
Soit A(a), B(b) et C(c) trois points du plan. On
M
suppose que le cercle circonscrit au triangle ABC
a pour centre O(0).
Montrer que l’orthocentre de ABC a pour affixe O(0)
a + b + c.

8.2 Transformations usuelles


Définition 8.2.1 (Translation). Figure V.2 – Translation de vecteur u , OM M ′ A
Soit →

u un vecteur est un parallélogramme.
La translation de vecteur → −
u est l’application
qui envoie un point M sur le point M ′ vérifiant
−−−→′ →
MM = − u (voir figure V.2). On la note souvent
τ−

u .

Remarque 8.2.2. ρΩ,θ (M )


La translation de vecteur nul est l’identité. Si →

u


n’est pas nul, la translation de vecteur u n’a pas
de point fixe.
θ
Définition 8.2.3 (Rotation).
Ω M
Soit Ω un point du plan, θ ∈ R .
La rotation de centre Ω et d’angle θ est l’appli-
cation qui et
• fixe Ω ;
• envoie tout point M différent de Ω sur
O(0)
le point M ′ vérifiant ΩM = ΩM ′ et
−−→ −−→
(ΩM , ΩM ′ ) = θ[2π].
On la note souvent ρΩ,θ (voir figure V.3).

Remarque 8.2.4. Figure V.3 – Rotation de centre Ω, d’angle θ.


Si θ est un multiple de 2π, toute rotation d’angle
θ est l’identité.

88
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

hΩ,λ (M ), λ > 1
Théorème 8.2.7.
Soit M un point d’affixe z, et Ω un point d’affixe
M = hΩ,1 (M )
ω.
hΩ,λ (M ), 0 < λ < 1 1. Soit →−u un vecteur d’affixe u. L’image de M
par la translation de vecteur →

u a pour affixe
le nombre complexe z + u ;

2. Soit λ ∈ R. L’image de M par l’homothétie
hΩ,λ (M ), −1 < λ < 0 de centre Ω et de rapport λ a pour affixe le
nombre complexe ω + λ(z − ω) ;
sym. central : hΩ,−1 (M ) 3. Soit θ ∈ R. L’image de M par la rotation
de centre Ω et d’angle de mesure θ a pour
affixe le nombre complexe ω + e iθ (z − ω). En
O(0) hΩ,λ (M ), λ < −1 particulier, iz est l’affixe de l’image de M par
la rotation de centre O et d’angle de mesure
2 ;
π

4. L’image de M par la symétrie centrale de


centre O a pour affixe le nombre complexe
−z ;
Figure V.4 – Quelques homothéties de centre
Ω. 5. L’image de M par la symétrie par rapport
à l’axe des abscisses (Ox) a pour affixe le
nombre complexe z ;
Sinon, une rotation d’angle θ n’a qu’un point
fixe : son centre. 6. L’image de M par la symétrie par rapport
Enfin, si θ = π [2π], la rotation d’angle θ et de à l’axe des ordonnées (Oy) a pour affixe le
centre Ω est la symétrie (centrale) par rapport à nombre complexe −z.
Ω.
Démonstration. 1. L’image M ′ de M est telle que
−−−→′ −−→ −
OM = OM + → u . On traduit cela en termes d’affixes.
Définition 8.2.5 (Homothétie). −−→′ −−→
2. ΩM = λΩM , donc z ′ − ω = λ(z − ω).
Soit Ω un point du plan, λ ∈ R∗ . −−→ −−→
L’homothétie de centre Ω et de rapport λ est 3. ΩM ′ = ΩM et (ΩM ′ , ΩM ) = θ[2π], donc |z − ω| =
|z − ω| et arg(z ′ − ω) − arg(z − ω) = θ[2π], d’où

l’application qui envoie tout point M sur la point z ′ − ω = e iθ (z − ω).
−−→ −−→
M ′ vérifiant ΩM ′ = λΩM (voir figure V.4). On 4. C’est une homothétie de centre O et de rapport −1.
la note souvent hΩ,λ .
5. Déjà vu.
6. On compose.

Remarque 8.2.6.
Si λ = 1, toute homothétie de rapport λ est l’iden- Exemple 8.2.8. 1. L’homothétie de centre (2−
tité. i) et de rapport 3 s’écrit : z 7→ 3(z − 2 + i) +
Sinon, une homothétie de rapport λ n’a qu’un 2 − i = 3z − 4 + 2i.
π
point fixe : son centre. 2. La rotation de centre 0 et d’angle s’écrit
Si λ = 0, l’homothétie de rapport λ et de centre 2
z 7→ iz.
Ω envoie tout point sur Ω. Enfin, l’homothétie 2π
de rapport −1 et de centre Ω est la symétrie 3. La rotation de centre (1 + i) et d’angle
3
(centrale) par rapport à Ω. s’écrit z 7→ j(z − 1 − i) + 1 + i.

89
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

Exercice 8.2.9.
Soit quatre points du plan A(a), B(b), C(c) et Théorème 8.3.4. 1. Les applications de C
D(d). dans C de la forme z 7→ az + b, où (a, b) ∈ C2
avec a =
̸ 0, sont des similitudes de rapport
1. On suppose que ABCD est un carré et que |a|.
a et b ont des parties imaginaires et réelles
entières. Montrer qu’il en est de même pour 2. De plus, une telle application préserve les
c et d. angles orientés : on dit que c’est une simili-
tude directe.
2. On suppose que ABC est un triangle équila-
tétal et que a et b ont des parties imaginaires
et réelles entières. Peut-il en être de même Démonstration. 1. Soit f une application de la forme
z 7→ az + b, où (a, b) ∈ C2 avec a non nul.
pour c ?
Alors, soit (z, z ′ ) ∈ C2 . On a |f (z ′ ) − f (z)| =
|a||z ′ − z|. Donc f est une similitude de rapport |a|.
8.3 Similitudes et isométries 2. Soient a, b ∈ C tels que a ̸= 0 et soit f la similitude
z 7→ az + b. Soient en outre u, v et w trois points
distincts. Leurs images respectives par f sont notées
u′ , v ′ et w′ . Alors
Définition 8.3.1.
Soit λ > 0. On appelle similitude (plane) de rap- u′ − w ′ (au + b) − (aw + b) a(u − w) u−w
= = =
port λ toute application f du plan dans lui-même u′ − v ′ (au + b) − (av + b) a(u − v) u−v
telle que pour tous points M , N on ait :
d’où égalité des arguments de ces expressions, et
l’égalité des angles recherchée.
f (M )f (N ) = λM N.

On appelle isométrie (plane) toute application Remarque 8.3.5.


f du plan dans lui-même telle que pour tous points On pourrait montrer que réciproquement toutes
M , N on ait : les similitudes planes directes sont de cette forme.

f (M )f (N ) = M N. Exemple 8.3.6.
Translations, rotations et homothéties vs. symé-
tries axiales.

Remarque 8.3.2. 1. Comme le nom l’indique


(racines grecques), les isométries préservent
les distances.
Théorème 8.3.7 (Caractérisation géométrique).
2. Les isométries sont les similitudes de rap- Soit a, b ∈ C tel que a ̸= 0 et f : C → C, z 7→
port 1. az + b.
3. La composée de deux isométries est une iso- 1. Si a = 1, f est la translation de vecteur b.
métrie. b
2. Si a ̸= 1, notons θ = arg(a) et ω = .
4. La composée de deux similitudes est une si- 1−a
militude de rapport le produit des rapports Alors f est la composée de l’homothétie de
de celles-ci. rapport |a| et de la rotation d’angle θ, toutes
deux de centre ω. De plus cette homothétie et
5. Il est clair que toute similitude est injective.
cette rotation commutent. On dit que f est
On pourrait montrer que toute similitude est
la similitude directe de centre ω, de rapport
en fait bijective.
|a| et d’angle θ.
Exemple 8.3.3.
Les translations, les rotations, les symétries et les
homothéties sont des similitudes. Démonstration. 1. Direct.

90
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

2. Supposons donc que a ≠ 1. L’équation f (z) = z n’a


b
qu’une solution : ω = . On a alors :
1−a
f (z) − ω = f (z) − f (ω)
= (az + b) − (aω + b)
= a(z − ω)
= |a| × e i arg a (z − ω)

| {z }
rotation de centre ω et d’angle de mesure arg a
| {z }
homothétie de centre ω et de rapport |a| > 0

= e i arg a × (|a|(z − ω))


| {z }
homothétie de centre ω et de rapport |a| > 0
| {z }
rotation de centre ω et d’angle de mesure arg a

Exemple 8.3.8.
L’application f z 7→ (1 + i)z + 2√est la similitude
directe de centre 2i, de rapport 2 et d’angle de
π
mesure .
4

91
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

92
Chapitre VI

Équations différentielles linéaires


Sommaire
1 Résultats d’analyse . . . . . . . . . . . . 94
1.1 Continuité et dérivabilité d’une fonction
à valeurs complexes. . . . . . . . . . . 94
1.2 Primitives. . . . . . . . . . . . . . . . . 95
1.3 Intégration de fonctions complexes. . . 96
1.4 Méthodes de calcul. . . . . . . . . . . . 97
a Intégration par parties. . . . . . . 97
b Changement de variables. . . . . 97
1.5 Primitives de fonctions de la forme x 7→
1
. . . . . . . . . . . . . . 99
ax + bx + c
2
a ∆>0 . . . . . . . . . . . . . . . 99
b ∆=0 . . . . . . . . . . . . . . . 99
c ∆<0 . . . . . . . . . . . . . . . 100
2 Généralités sur les équations différen-
tielles linéaires. . . . . . . . . . . . . . . 100
2.1 Cadre. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
2.2 Structure de l’ensemble des solutions. . 101
3 Équations linéaires du premier ordre. . 102
3.1 Résolution de l’équation homogène. . . 102
3.2 Résolution d’une équation avec second
membre. . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
3.3 Résolution pratique. . . . . . . . . . . 104
a Schéma de résolution (à connaître
!). . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
4 Équations différentielles du second
ordre à coefficients constants. . . . . . . 104
4.1 Définitions. . . . . . . . . . . . . . . . 104
4.2 Résolution d’une équation homogène. . 104
4.3 Résolution d’une équation avec second
membre. . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
4.4 Seconds membres particuliers . . . . . 107
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

K désigne R ou C.
Définition 1.1.4. 1. On dit que f est continue
(resp. dérivable) en a si Re(f ) et Im(f ) le sont.
1 Résultats d’analyse Dans le cas où f est dérivable, on appelle
dérivée de f en a notée f ′ (a) le complexe
On utilise ici les notions d’analyse vues en ter-
minale : continuité, dérivabilité, intégrales. Elles f ′ (a) = (Re(f ))′ (a) + i(Im(f ))′ (a).
seront définies et travaillées ultérieurement.
2. On dit que f est continue (resp. dérivable)
1.1 Continuité et dérivabilité d’une sur un intervalle si elle l’est en tout point de
fonction à valeurs complexes. cet intervalle.
3. On note (notations non officielles) C (I, K)
Si on ne le précise pas, I est toujours un inter-
et D(I, K) l’ensemble des fonctions respec-
valle de R et f : I → C.
tivement continues et dérivables de I dans
K.
Définition 1.1.1.
On appelle partie réelle de f la fonction Remarque 1.1.5.
Le premier point de la définition précédente assure
Re(f ) : I → R . que, si f : I → C est dérivable, alors
x 7→ Re(f (x))
(Re f )′ = Re(f ′ ) et (Im f )′ = Im(f ′ ).
De même on appelle partie imaginaire de f la
fonction Les propriétés usuelles de la dérivée sont vraies
du point de vue complexe.
Im(f ) : I → R .
x 7→ Im(f (x)) Proposition 1.1.6.
Soit A ⊂ R, f, g : I → C.
On peut alors décomposer : f = Re(f ) +
i Im(f ). 1. Si λ, µ ∈ C, alors λf + µg est dérivable et

(λf + µg)′ = λf ′ + µg ′ .
Remarque 1.1.2.
Cette définition assure que, de manière générale, 2. La fonction f g est dérivable et

Re(f (x)) = Re(f )(x) et Im(f (x)) = Im(f )(x). (f g)′ = f ′ g + f g ′ .

Exemple 1.1.3. f
3. Si g ne s’annule pas, la fonction est déri-
Avec g
vable et
f : R → C ,  ′
f f ′g − f g′
x 7→ (2 + i)e (1+i)x = .
g g2
on a

Re(f ) : R → R Démonstration.
x 7→ e x (2 cos(x) − sin(x)) À chaque fois, décomposer tous les objets selon leurs par-
ties réelles et imaginaires, puis revenir aux définitions en
utilisant les propriétés de la dérivation réelle.
et
Pour la composition, on se gardera de dériver
Im(f ) : R → R . deux fonctions à variable complexe (c’est bien plus
x 7→ e (cos(x) + 2 sin(x))
x
compliqué que de dériver des fonctions à variable
réelle). On dispose cependant du résultat suivant.

94
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

Théorème 1.1.7. Définition 1.1.11. 1. On note C 1 (I, K) l’en-


Soit φ ∈ D(I, K). L’application x 7→ e φ(x) est semble des fonctions continuement dérivables
dérivable sur I de dérivée l’application x 7→ sur I, i.e. l’ensemble des fonctions dérivables,
φ′ (x)e φ(x) . dont la dérivée est continue :

C 1 (I, K) = f ∈ D(I, K) f ′ ∈ C (I, K) .



Démonstration.
Soit x ∈ I, on a
e φ(x) = e Re(φ(x)) (cos(Im(φ(x)) + i sin(Im(φ(x))). 2. Si n ∈ N, on note D n (I, K) l’ensemble des
fonctions n fois dérivables sur I : ce sont les
On a donc
fonctions f telles que f (n) est définie.
Re e φ(x) = e Re(φ(x)) cos(Im(φ(x)),

3. Si n ∈ N, on note aussi C n (I, K) l’ensemble
Im e φ(x) = e Re(φ(x)) sin(Im(φ(x)).

des fonctions n fois continuement dérivables
Ces deux expressions sont bien dérivables, par opérations sur I, i.e. l’ensemble des fonctions n fois
sur les fonctions dérivables, donc e φ est bien dérivable.
De plus,
dérivables, dont la dérivée ne est continue :
d Re(φ)(x)  n o
dx
e = Re(φ′ (x)) × e Re(φ(x)) . C n (I, K) = f ∈ D n (I, K) f (n) ∈ C (I, K) .
Il suffit ensuite de dériver les produits :
4. On note C ∞ (I, K) l’ensemble des fonctions
d
Re e φ(x) = Re(φ′ (x))e Re(φ(x)) cos(Im(φ(x)) infiniment dérivables : c’est l’intersection

dx
− Im(φ′ (x))e Re(φ(x)) sin(Im(φ(x))).
C n (I, K).
\
et n∈N
d
Im e φ(x) = Re(φ′ (x))e Re(φ(x)) sin(Im(φ(x))

dx
+ Im(φ′ (x))e Re(φ(x)) cos(Im(φ(x))).
Il suffit enfin de vérifier que On ne dérive ici que des fonctions d’une
d d variable réelle.
Re e φ(x)
+i Im e φ(x)
= φ′ (x)e φ(x) .
 
dx dx
Remarque 1.1.12.
Si f est dans C n (I, K), on dit que f est de classe
Exemple 1.1.8. C n sur I.
Dériver la fonction de l’exemple 1.1.3.
1.2 Primitives.
Définition 1.1.9 (Dérivées successives.).
Si on ne le précise pas, I est toujours un inter-
On définit par récurrence les dérivées successives
valle de R et f : I → K.
d’une fonction f : I → C.
• f (0) = f .
• Si f est dérivable, f (1) = f ′ . Définition 1.2.1.
• Pour tout entier naturel n, si f (n) est définie Soit A ⊂ R, soit f : A → K et F : A → K. On dit
et est dérivable, alors on définit f (n+1) = que F est UNE primitive de f si F est dérivable
(f (n) )′ . sur A et si F ′ = f .

Remarque 1.1.10. Théorème 1.2.2.


On notera souvent f ′′ au lieu de f (2) , un peu plus Soit I un intervalle de R, soit f : I → K dérivable.
rarement f ′′′ au lieu de f (3) . La fonction f est constante si et seulement si
Les...physiciens utilisent souvent les notations f˙,
f¨ et f pour indiquer des dérivées successives par ∀x ∈ I, f ′ (x) = 0.
rapport à la variable temps.

95
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

Z b Z b
L’hypothèse fondamentale est ici que I noté f (t) dt ou f.
est un intervalle. a a

Exercice 1.2.3.
Proposer un contre-exemple au théorème précé- Z b
dent dans le cas où I n’est pas un intervalle. Pour pouvoir calculer f , f doit être
a
définie au moins sur [a, b]. C’est assuré si f : I →
Corollaire 1.2.4. C, avec I un intervalle et a, b ∈ I.
Toutes les primitives d’une même fonction sur
un intervalle diffèrent d’une constante, et quand Remarque 1.3.2.
cette constante parcourt K, on obtient toutes les Cette définition assure que, si f : I → C et si
primitives. a, b ∈ I, ! Z b Z b
Autrement dit, I est un intervalle de R et si Re f = Re(f )
F : I → K est une primitive de f : I → K, a a
l’ensemble de toutes les primitives de f est
et
Z b ! Z b
{ F + λ | λ ∈ K }. Im f = Im(f ).
a a

Exemple 1.3.3.
Z 2π
L’hypothèse fondamentale est ici que (1 + i)e ix dx = 0.
0
l’on se place sur un intervalle.
Démonstration.
Soit F et G deux primitives d’une même application sur Proposition 1.3.4.
un intervalle. Soit I un intervalle de R, a, b ∈ I, f, g : I → C
Alors, F ′ = G′ , donc (F − G)′ est nulle sur cet inter-
continues et λ, µ ∈ C. Alors,
valle, donc F − G est constante sur cet intervalle. Donc
toutes les primitives d’une même application diffèrent d’une Z b Z b Z b
constante. (λf + µg) = λ f +µ g.
Réciproquement, si F est une primitive de f , il est a a a
aisé de voir que F + λ est une primitive de f pour tout
λ ∈ K.

Exercice 1.2.5. Démonstration.


Déterminer l’ensemble des primitives de la fonc- C’est connu quand f, g, λ, µ sont réels. Il suffit de décompo-
tion inverse, définie sur R∗ . ser selon les parties réelles et imaginaires, puis de calculer.
Pour alléger le calcul, on pourra traiter séparément le cas
de la somme de celui du produit par un complexe.
Il convient de connaître toutes les pri-
mitives du formulaire. L’interprétation en terme d’aire ne veut
rien dire pour une fonction à valeurs complexes.
1.3 Intégration de fonctions complexes. Cela dit, comme pour les fonctions réelles, on peut
calculer des intégrales par primitivation, ce qui
est exprimé dans le théorème suivant.
Définition 1.3.1.
Soit I un intervalle de R, a, b ∈ I et f ∈ C (I, C).
On appelle intégrale de f sur [a, b] le complexe
Théorème 1.3.5 (Théorème fondamental du cal-
cul intégral).
Z b Z b
Re(f )(t) dt + i Im(f )(t) dt,
a a Soit I un intervalle de R, f ∈ C (I, K) et a ∈ I.

96
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

 1.4 Méthodes de calcul.


 I → K
1. La fonction
Z x est une On donne ici les deux outils permettant de
 x 7→ f (t) dt calculer l’immense majorité des intégrales que
a
primitive de f . vous rencontrerez dans vos deux années de prépa.
2. Soit A ∈ K. La fonction Ils sont à maîtriser parfaitement.

F : I → K Z x a Intégration par parties.


x 7→ A + f (t) dt
a
Théorème 1.4.1.
est la seule primitive de f telle que F (a) = A.
Soit I un intervalle de R, u, v ∈ C 1 (I, K) et a, b ∈
I. Alors,
Z b Z b
Corollaire 1.3.6. ′
uv= [uv]ba − uv ′ .
Soit I un intervalle de R, f ∈ C (I, K), a, b ∈ I et a a
F une primitive de f sur I. Alors,
Z b
Démonstration.
f = F (b) − F (a).
a Puisque u, v sont de classe C 1 , (uv)′ = u′ v + uv ′ est conti-
nue, donc par le théorème fondamental du calcul intégral
:
Z b Z b Z b Z b
Exemple 1.3.7. [uv]ba = (uv)′ = u′ v + uv ′ = u′ v + uv ′ .
Refaire le calcul de l’exemple 1.3.3 en primitivant a a a a

directement.
Exemple 1.4.2 (Grands classiques).
NotationZ 1.3.8.
x Toutes ces exemples se résolvent par intégration
On note f (t) dt une primitive « générique » par parties.
de la fonction f , c’est-à-dire faisant abstraction • Trouver une primitive de ln.
d’une quelconque constante d’intégration. • Trouver une primitive de Arctan.
• Trouver une primitive du produit d’un polynôme
et d’une exponentielle.
Exemple 1.3.9.
• Trouver une primitive du produit d’une fonction
On pourra écrire
trigonométrique et d’une exponentielle.
• Trouver une primitive du produit d’un polynôme
Z x
cos(t) dt = sin(x).
et d’une fonction trigonométrique.
On remarquera que le « = » n’a ici pas le rôle Exercice 1.4.3.
qu’on lui attribue habituellement : on aurait pu Déterminer des primitives des fonctions sui-
tout aussi bien écrire vantes : x 7→ (x2 + 1)e x , x 7→ cos(x)e 2x , x 7→
Z x
x2 cos x.
cos(t) dt = sin(x) + 42,

sans pour autant signifier que 42 = 0. Pour plus de b Changement de variables.


détails, on se référera au chapitre sur les relations
d’équivalences.
Théorème 1.4.4.
Exercice 1.3.10. Soit I, J deux intervalles de R, a, b ∈ I, φ ∈
Soient a et b deux réels. Calculer les primitives C 1 (I, R) et f ∈ C 0 (J, R)
de x 7→ e ax cos(bx) et celles de x 7→ e ax sin(bx).

97
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

s
x2 y 2 x2
On suppose que φ(I) ⊂ J. Alors, + 2 =1 y =b 1−
a2 b a2
Z φ(b) Z b
f (x) dx = φ′ (t) · (f ◦ φ)(t) dt. πab
b
φ(a) a 4
On dit que l’on a effectué le changement de va- a
riable « x = φ(t) ».

Remarque 1.4.5. Figure VI.1 – Ellipse de demi-axes a et b.


Moyen mnémotechnique : on écrit « x = φ(t) »
(au brouillon
Z seulement
Z !). Alors dx = φ′ (t) dt,
donc f (x) dx = f (φ(t))φ′ (t) dt. Reste le pro- • la fonction φ : [0, π/2], θ 7→ a cos θ est de
blème des bornes. Quand t va de a à b, x = φ(t) classe C 1 et à valeurs dans [0, a],
va de φ(a) à φ(b). Et voilà ... • on a φ′ : θ 7→ −a sin θ,
• φ(0) = a et φ(π/2) = 0.
Démonstration.
f est continue sur I, donc y admet une primitive F . Ainsi, Remarquons que le sinus est positif sur [0, π/2],
F est C 1 , comme φ ∈ C 1 . On voit que F ◦ φ est C 1 , et et si θ ∈ [0, π/2], f (φ(θ)) = |sin θ|. On obtient :
(F ◦ φ)′ = φ′ · f ◦ φ est continue. Z 0
On déduit alors le résultat du théorème fondamental
(utilisé deux fois) :
I = −ab |sin θ| sin θ dθ
π/2
Z φ(b)
Z 0
f (t) dt = [F ]φ(a)
φ(b)
= −ab sin2 θ dθ
φ(a) π/2
= F (φ(b)) − F (φ(a))
Z π/2 1
− cos(2θ)
= ab dθ
= [F ◦ φ]ba 0 2
1 ab 1
Z b  π/2
= f (φ(t))φ′ (t) dt. = πab − sin(2θ)
a 4 2 2 0
1
= πab.
4
Remarque 1.4.6.
Les seuls changements de variables que l’on se L’aire de l’ellipse est donc πab.
permettra de ne pas justifier sont ceux affines (on
Exemple 1.4.8.
les signalera quand même !). √
En posant x = t, on a
Exemple 1.4.7.
dt 1 1
Z 3 Z 3
x2 y 2 √ √ =2 √ 2 × √ dt
Calculons l’aire de l’ellipse d’équation 2 + 2 = 1 1 t + t3 1 1+ t 2 t
a b
(voir figure VI.1). Z √3
1
Le quart supérieur  droit
s de cette
 ellipse peut =2 √ dx
1 1+x
2
x2 √
être paramétré par x, b 1 − 2 , x allant de 3
= 2 [Arctan(x)]x=1
a
π π
 
=2 −
s
x2
Z a
0 à a. On calcule donc I = dx. b 1− 3 4
a2 π
0
On effectue le changement de variable x = = .
6
a cos θ : s
x2 Proposition 1.4.9.
• la fonction f : [0, a] → R, x 7→ 1 − 2 est
a Soit f : R → R une application continue.
continue,

98
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

On en déduit que
1. Si f est paire et a ∈ R alors Z a+T Z T Z a+T
Z a Z 0 Z a f (t) dt = f (t) dt + f (t) dt
f (t) dt = 2 f (t) dt = 2 f (t) dt. a a+T 0
−a −a 0
ZT
= f (t) dt.
2. Si f est impaire et a ∈ R alors 0

Z a On peut remarquer que l’hypothèse −T < a < 0 qui


f (t) dt = 0 a nourri notre intuition ne joue en fait aucun rôle :
−a elle n’est utilisée nulle part dans la démonstration.
Nous avons donc le résultat attendu.
et Z 0 Z a
f (t) dt = − f (t) dt.
−a 0

3. Soit a ∈ R et T > 0, si f est T -périodique, 1.5 Primitives de fonctions de la forme


alors 1
x 7→ 2
Z T Z a+T ax + bx + c
f (t) dt = f (t) dt.
0 a 1
Soit a, b, c ∈ R, a =
̸ 0, et f : x 7→ .
+ bx + c ax2
Le programme demande de savoir calculer une
Z a primitive de f à ce stade de l’année. Mais nous
Démonstration. 1. On considère f (t) dt et on pose reverrons cela dans le chapitre sur les fractions
x = −t.
0
rationnelles.
Ainsi, Pour simplifier, quitte à diviser par a, on peut
toujours se ramener au cas où a = 1. Ainsi on
a −a
1
Z Z
f (t) dt = −f (−x) dx considère f : x 7→ 2 . Posons ∆ = b2 −
0 0 x + bx + c
Z −a 4c.
=− f (x) dx Il s’agit de distinguer trois cas :
0
Z 0
= f (x) dx.
−a
a ∆>0
2. Comme le point précédent avec
Le polynôme X 2 + bX + c a donc deux
a −a
racines réelles distinctes α et β, et f (x) =
Z Z
f (t) dt = −f (−x) dx 1
0 0 . Il s’agit alors de remarquer
Z −a (x − α)(x − β)
= f (x) dx 1 1 1
 
0 que f (x) = − . Et donc
Z 0 α−β x−α x−β
=− f (x) dx. directement, une primitive de f est x 7→
−a 1 x−α
ln .
α−β x−β
3. On peut commencer à regarder à partir d’un dessin,
dans le cas où −T < a < 0.
On a :
b ∆=0
Z a+T Z 0 Z a+T
f (t) dt = f (t) dt + f (t) dt Le polynôme X 2 + bX + c a donc une racine
a a 0
1
double réelle α et β, et f (x) = . Encore
Or par changement de variable x = t + T , on obtient (x − α)2
plus directement, une primitive de f est x 7→
0 T
1
Z Z
f (t) dt = f (x) dx. − .
a a+T x−α

99
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

c ∆<0
• L’équation (E ) est dite homogène si b est la
C’est le cas le plus compliqué. Ici, b2 − 4c < 0. fonction nulle (b = 0KI ).
1
On écrit alors f (x) = = • L’équation homogène associée à (E ) est
x2 + bx + c
1
. y (n) + an−1 (t)y (n−1) + . . .
(x + b/2)2 + 14 (4c − b2 )
+ a1 (t)y ′ + a0 (t)y = 0. (H )
q
On pose alors δ = − b2 ), qui existe bien
4 (4c
1

1
car ∆ < 0. Donc f (x) = , dont
(x +b/2)2 + δ 2
1 x + b/2 Remarque 2.1.2.
une primitive est x 7→ arctan .
δ δ Nous ne nous intéresserons pas dans le reste de
Remarque 1.5.1. ce chapitre au cas plus général d’une équation
Ces formules ne sont en aucun cas à apprendre
an (t)y (n) + an−1 (t)y (n−1) + . . .
par cœur, mais il convient de savoir mener ces
calculs sur des exemples concrets. +a1 (t)y ′ + a0 (t)y = b(t) (E )

où on a également affecté y (n) d’un coefficient


2 Généralités sur les équations an (t).
En effet :
différentielles linéaires.
• Si an ne s’annule pas, il suffit de diviser
cette équation par an (t) pour se ramener au
2.1 Cadre.
cas étudié ici.
• On s’intéressera à des équations différen- • Si an s’annule, il est difficile de donner des
tielles dont les solutions sont à valeurs dans résultats généraux. En pratique, si on ren-
K, avec K = R ou K = C. contre une telle équation où an s’annule, on
• On considérera I un intervalle ouvert de R. cherchera en général les solutions sur les
• On s’intéressera uniquement à des équations intervalles où an ne s’annule pas et on re-
différentielles linéaires. gardera au cas par cas comment recoller les
solutions aux points où an s’annule.

Définition 2.1.1 (Équation différentielle li- Définition 2.1.3 (Problème de Cauchy).


néaire). Soit
Soit n un entier naturel non nul, et a0 ,. . .,an−1 et • t0 ∈ I
b des applications continues de I dans K, alors • y0 ,. . .,yn−1 des éléments de K
• On appelle équation différentielle linéaire La recherche des solutions f de (E ) vérifiant les
d’ordre n l’équation de variable y conditions initiales suivantes :

y (n) + an−1 (t)y (n−1) + . . . f (t0 ) = y0


+ a1 (t)y ′ + a0 (t)y = b(t). (E ) et f ′ (t0 ) = y1
...
• Une solution de cette équation est une ap-
et f (n−1) (t0 ) = yn−1
plication f : I → K n fois dérivable sur I
vérifiant : pour tout t ∈ I, est appelé problème de Cauchy linéaire d’ordre n

f (n) (t) + an−1 (t)f (n−1) (t) + . . .


+ a1 (t)f ′ (t) + a0 (t)f (t) = b(t). Exemple 2.1.4.
En physique les déplacement d’un mobile sont

100
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

régis par l’équation de la dynamique reliant la Pour toute application f n fois dérivable et tout t ∈ I,
dérivée seconde de la position et les forces qui notons ψf (t) le scalaire
s’appliquent au mobile, qui dépendent en général f (n) (t) + an−1 (t)f (n−1) (t) + . . .
de sa position et ou de sa vitesse. Il s’agit donc + a1 (t)f ′ (t) + a0 (t)f (t).
d’une équation différentielle d’ordre 2. 1 Il est rai-
On a alors f ∈ SH ⇐⇒ ∀t ∈ I ψf (t) = 0 (ou, de
sonnable de penser que le problème de Cauchy a
façon plus concise : f ∈ SH ⇐⇒ ψf = 0KI ).
alors une unique solution : une position initiale Soit alors f et g deux applications n fois dérivables de
et une vitesse initiale étant données, une seule I dans K et λ et µ deux éléments de K. Alors λf + µg
trajectoire est possible. est évidemment n fois dérivable. Et pour tout t ∈ I,
on a ψλf +µg (t) = λψf (t) + µψg (t) (autrement dit
ψλf +µg = λψf + µψg ).
2.2 Structure de l’ensemble des solu- En particulier, si f et g sont solutions de l’équation
homogène, on a ψf = 0 et ψg = 0, donc ψλf +µg = 0
tions. donc λf + µg ∈ SH .
3. Soit y0 ∈ SE fixé. On a donc, pour tout t ∈ I,
ψy0 (t) = b(t)
Théorème 2.2.1 (Structure des solutions). Soit alors f : I → K une application n fois dérivable.
On a
Soit
• n∈N f ∈ SE ⇐⇒ ψf = b
• (E ) une équation différentielle linéaire ⇐⇒ ψf = ψy0
d’ordre n, d’ensemble de solutions SE ⇐⇒ ψf −y0 = 0
• (H ) l’équation homogène associée, d’en- ⇐⇒ f − y0 ∈ SH
semble de solutions SH Donc pour tout f ∈ SE , f s’écrit sous la forme y0 + y
Alors où y ∈ SH . Donc SE ⊂ { y0 + y | y ∈ SH }.
Réciproquement, pour tout y ∈ ScH , l’application f
1. SE ⊂ C n (I, K) définie par f = y0 + y est n fois dérivable et f − y0 ∈
2. 0I ∈ SH et SH est stable par combinaisons SH , donc f ∈ SE . Donc { y0 + y | y ∈ SH } ⊂ SE .
linéaires. On a donc bien SE = { y0 + y | y ∈ SH }.
4. On sait que SH n’est pas vide puisqu’il contient au
3. Pour tout y0 ∈ SE fixé, on a moins l’application nulle. Supposons qu’il contienne
au moins une autre application f . Alors pour tout
SE = { y0 + y | y ∈ SH } . λ ∈ K, λf appartient également à SH . Donc ou bien
SH est réduit à un élément, ou bien il est infini.
4. En particulier, SE est l’ensemble vide ou un D’après le point précédent, si SE possède au moins
singleton ou un ensemble infini. un élément y0 , on a SE = { y0 + y | y ∈ SH }. Donc
y 7→ y0 + y est une bijection de SH sur SE , donc
SE est ou bien réduit à un élément (y0 ) ou bien est
infini.
Démonstration. Donc ou bien SE est vide, ou il est réduit à un élément,
Sous les hypothèses de l’énoncé : ou il est infini.
1. Toute solution f est nécessairement n fois dérivable
et pour tout t ∈ I,
Remarque 2.2.2.
f (n) (t) = b(t) − an−1 (t)f (n−1) (t) − . . .
Nous retrouvons ici le même type de structure
de l’ensemble des solutions que dans le cas des
− a1 (t)f ′ (t) − a0 (t)f (t).
systèmes linéaires. Ce n’est pas une coïncidence :
Or b, an−1 , f (n−1) , . . ., a0 , f sont des applications un même type de structure algébrique se cache
continues. Donc f (n) est continue, donc f ∈ C n (I, K). derrière (les espaces vectoriels et affines) !
2. L’application nulle est une solution triviale de SH ,
Exemple 2.2.3.
donc SH est non vide.
Il a été vu en terminale (et nous redémontrerons
1. En général linéaire dans les problèmes de prépa mais bientôt) qu’il existe une seule fonction y : R → R
dans la vraie vie c’est parfois plus compliqué. solution de y ′ − y = 0 et vérifiant y(0) = 1.

101
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

On en déduit que l’ensemble des solutions de


l’équation y ′ − y = 0 est
8
( )
R → R
C∈R .
x 7→ Ce x 6

Exercice 2.2.4.
Déterminer toutes les solutions du problème de 4

Cauchy y ′ − y = 0 et y(0) = 42.


2

Théorème 2.2.5 (Principe de superposition).


0
Soit n un entier, a0 ,. . .,an−1 , b1 , b2 des applica-
tions continues de I dans K et (λ1 , λ2 ) ∈ K2 . 0.0 0.5 1.0 1.5 2.0

Notons an la fonction constante égale à 1. On


considère les équations
Figure VI.2 – Courbes solutions de l’équation
n 1
X
ai y (i) = b1 , (E1 ) y ′ + y = , représentées sur ]0, 2] × [−1, 9].
x
i=0
n
ai y (i) = b2 , (E2 )
X
Remarque 2.2.8.
i=0 Le théorème précédent implique que par chaque
n
point de I × R, il passe une et une seule courbe
ai y (i) = λ1 b1 + λ2 b2 . (E )
X
solution. Les courbes solutions partitionnent donc
i=0
I × R. Un exemple est donné dans la figure VI.2.
Alors pour toute solution y1 de E1 et toute solution
y2 de E2 , λ1 y1 + λ2 y2 est une solution de E .
3 Équations linéaires du pre-
Démonstration. mier ordre.
On reprend les notations de la démonstration de la proposi-
tion 2.2.1. Soit y1 et y2 des solutions respectives de E1 et E2 .
3.1 Résolution de l’équation homo-
On a ψy1 = b1 et ψy2 = b2 . Or ψλ1 y1 +λ2 y2 = λ1 ψy1 +λ2 ψy2 .
Donc ψλ1 y1 +λ2 y2 = λ1 b1 + λ2 b2 . gène.

Théorème 2.2.6 (Solutions du problème de Cau- Théorème 3.1.1.


chy linéaire). Soit A une primitive de a sur I. Soit a ∈ C 0 (I, K).
Soit n un entier naturel et E une équation diffé- Alors, l’ensemble des solutions de l’équation ho-
rentielle linéaire d’ordre n. Alors, pour tout choix mogène y ′ + ay = 0 est
des conditions initiales, le problème de Cauchy ( )
linéaire d’ordre n admet une unique solution. I → K
SH = K∈K .
t 7→ Ke −A(t)

Remarque 2.2.7. Si de plus une condition initiale est fixée, alors


Ce théorème est hors-programme dans le cas géné- la solution est unique. En particulier si y s’annule
ral. Sa démonstration dans le cas général requiert en un point, elle est identiquement nulle.
en effet des outils d’analyse que nous n’avons pas
encore à notre disposition. Démonstration.
En revanche, dans les cas n = 1 et n = 2, le Toute fonction de la forme t 7→ Ke −A(t) est une solution
résultat est au programme et sera démontré. (c’est évident, il n’y a qu’à dériver).

102
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

Réciproquement, soit y une solution. On pose z(t) =


y(t)e A(t) pour t ∈ I. z est dérivable sur I et pour Théorème 3.2.2.
tout t, z ′ (t) = y ′ (t)e A(t) + y(t)A′ (t)e A(t) = (y ′ (t) + Soit a et b deux applications continues de I dans
a(t)y(t))e A(t) = 0, donc z est une constante K.
C, et A une primitive de a.
Une condition initiale y(t0 ) = y0 étant donnée, elle est
vérifiée si et seulement si Ke −A(t0 ) = y0 , c’est-à-dire si et Alors le problème de Cauchy y ′ + ay = b et
seulement si K = y0 e A(t0 ) . Il y a alors une et une seule y(t0 ) = y0 admet une unique solution.
solution : t 7→ y0 e A(t0 )−A(t) .

Remarque 3.1.2. Remarque 3.2.3.


On dit que l’ensemble des solutions a une struc- L’unicité est aisée à démontrer : si on dispose de
ture de droite vectorielle, de vecteur directeur deux solutions de ce problème, leur différence est
t 7→ e −A(t) . une solution de l’équation homogène du problème
Remarque 3.1.3. s’annulant en t0 , c’est donc l’application nulle.
Dans le cas où a est une constante, l’ensemble On peut également assez directement montrer
des
( solutions est donc tout)simplement SH =
que l’application donnée est solution par calcul.
I → K Nous donnons cependant ci-dessous une autre
K∈K . démonstration qui a l’avantage de permettre de re-
t 7→ Ke −at
trouver la formule. Cette méthode est à connaître
Exercice 3.1.4. et s’appelle la méthode de la variation de la
Déterminer les intervalles de résolution puis ré- constante.
soudre les équations différentielles suivantes.
1. y ′ + y = 0
1 Lemme 3.2.4.
2. y ′ + √ y = 0 avec y(1/2) = 1.
1 − x2 Soit h : I → C ne s’annulant pas. Alors, pour tout
y : I → C, il existe une unique fonction C : I → C
telle que y = Ch.
Corollaire 3.1.5.
De plus, si h est dérivable, alors y est dérivable
Une solution qui s’annule en un point ne peut
si et seulement si C l’est.
être que la fonction nulle.

Démonstration.
Démonstration. y
C’est élémentaire : y = Ch si et seulement si C = .
En effet elle est solution d’un problème de Cauchy de la h
On obtient la dérivabilité de C ou de y par opérations
forme y(t0 ) = 0. Or il existe une unique solution à ce
usuelles sur les fonctions dérivables.
problème et la fonction nulle est manifestement solution.
Démonstration (Théorème 3.2.2).
Notons E l’équation y ′ + ay = b, (H ) l’équation homogène
associée, SE et SH les ensembles de solutions respectifs
3.2 Résolution d’une équation avec se- de ces deux équations et S l’ensemble des solutions du
cond membre. problème de Cauchy y ′ + ay = b et y(t0 ) = y0 .
On sait que yH : t 7→ e −A(t) est une solution de H qui
Remarque 3.2.1. ne s’annule jamais.
On a déjà vu que si l’on connaissait une solution D’après le lemme 3.2.4, toute fonction y : I → K déri-
ỹ de l’équation avec second membre, alors on pou- vable est de la forme CyH , avec C : I → K dérivable..
vait construire toutes les solutions de l’équation Soit donc une fonction C : I → K est une application
dérivable, posons y = CyH . La fonction y est dérivable
avec second membre à partir de l’ensemble des comme produit de fonctions dérivables.
solutions de l’équation homogène. Soit alors t ∈ I. On a
Dans le cas d’une équation d’ordre un, on dit
y ′ + ay = C ′ yH + CyH

+ aCyH
que l’ensemble des solutions a une structure de
= C ′ yH + C yH

+ ayH .

droite affine, car l’ensemble des solutions est l’en-
semble des ỹ + y pour y parcourant une droite Or yH est solution de (H ), donc yH ′
+ ayH = 0. Donc y
vectorielle. est solution de E si et seulement si C ′ yH = b, c’est-à-dire

103
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

si et seulement si C ′ est l’application t 7→ e A(t) b(t), c’est-à- Exercice 3.3.3.


dire si et seulement si C est une primitive de t 7→ e A(t) b(t), Résoudre le problème de Cauchy :
i.e. si et seulement s’il existe λ ∈ K tel que
y
Z t y ′ − = x ln(x), y(1) = 2.
C : t 7→ λ + e A(u) b(u) du. x
t0

Soit λ ∈ K et
Z t
4 Équations différentielles du
−A(t) −A(t)
y : t 7→ λe +e e A(u)
b(u) du. second ordre à coefficients
t0

Remarque : On vient donc de prendre une solution quel- constants.


conque de (H ).
Alors, y est solution du problème de Cauchy (y ′ +ay = b 4.1 Définitions.
et y(t0 ) = y0 ) si et seulement si y(t0 ) = y0 , donc si et
seulement si λ = y0 e A(t0 ) , c’est-à-dire si et seulement si y Une équation différentielle linéaire du second
est l’application ordre est une équation de la forme y ′′ +αy ′ +βy =
t
d où α, β et d sont des applications continues,
Z
t 7→ e A(t0 )−A(t) y0 + e −A(t) e A(u) b(u) du.
t0 d’inconnue y : I → K deux fois dérivable sur I.
Dans la suite de ce chapitre, on ne s’intéressera
qu’au cas où α et β sont des constantes. Plus
3.3 Résolution pratique. généralement, on s’intéressera aux équations de
la forme ay ′′ + by ′ + cy = d, où a, b, c sont des
a Schéma de résolution (à connaître !). constantes de K avec a = ̸ 0 et d ∈ C (I, K), d’in-
On effectuera toujours les actions suivantes, connue y : I → K deux fois dérivable sur I. d est
dans l’ordre. appelé le second membre de cette équation. On
dit qu’elle est homogène si son second membre
1. Déterminer I.
est nul. On appelle équation homogène associée à
2. Résoudre (EH ). ay ′′ + by ′ + cy = d l’équation ay ′′ + by ′ + cy = 0.
3. Trouver une solution dite particulière (solu-
tion évidente, second membre d’une forme 4.2 Résolution d’une équation homo-
particulière ou méthode de variation de la gène.
constante).
On considère ici l’équation homogène définie
4. S’occuper éventuellement des conditions ini-
sur R
tiales.
ay ′′ + by ′ + cy = 0. (H )
5. Donner la solution, ou l’ensemble des solu-
tions.
Lemme 4.2.1.
Remarque 3.3.1. Soit r ∈ K, la fonction yr : t 7→ e rt est solution
On ne vous demande jamais que de trouver une de (H ) si et seulement si ar2 + br + c = 0.
solution particulière : faites le plus simplement
possible ! Si vous ne voyez pas de solution évi- Démonstration.
dente, la méthode de la variation de la constante yr est dérivable et yr′ = ryr . Donc yr est deux fois dérivable
est assez efficace et vous permet de retrouver la et yr′′ = r2 yr . On a donc ayr′′ + byr′ + cyr = (ar2 + br + c)yr .
formule générale (une erreur est vite arrivée !). Il On conclut en remarquant que yr ne s’annule jamais.
est permis de chercher une solution particulière
au brouillon puis de l’exhiber sur sa copie, en jus- Définition 4.2.2 (Équation et polynôme carac-
tifiant qu’elle vérifie bien les conditions imposées. téristique).
Exemple 3.3.2. L’équation caractéristique de (H ) est l’équation
On résout l’équation y ′ + y = e 2x sur R. Ses
1 ar2 + br + c = 0. (EC)
solutions sont les x 7→ e 2x + Ke −x , avec K ∈ K.
3

104
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

b
Remarquons que 2ar + b = 0 si et seulement si r = − ,
Le polynôme caractéristique de (H ) est 2a
i.e. si et seulement si (EC) possède une unique solution
complexe : r.
aX 2 + bX + c. • Si (EC) possède une unique solution complexe, alors y est
solution de (H ) si et seulement si K ′′ = 0. En primitivant
deux fois, on obtient directement que c’est équivalent à
« K est une fonction affine », d’où le résultat dans ce cas
là.
Théorème 4.2.3 (Solutions complexes de (H )). • Supposons maintenant que (EC) possède deux solutions
Soit a, b, c ∈ C, avec a ̸= 0. complexes distinctes, notons r′ la seconde solution. On peut
b
1. Si (EC) a deux solutions complexes distinctes tout de suite remarquer que r + r′ = − . Remarquons
a
r1 , r2 , alors les solutions complexes de (H ) aussi que l’équation aK ′′ + (2ar + b)K ′ = 0 équivaut à
sont les applications de la forme l’équation différentielle linéaire d’ordre 1 portant sur K ′ :

b
 
(K ′ )′ + 2r + K ′ = 0.
(
R → C a
t 7→ λe r1 t + µe r2 t
Ainsi, y est solution de (H ) si et seulement s’il existe
α ∈ C tel que
pour (λ, µ) ∈ C2 .
b
h  i
2. Si (EC) a une unique solution complexe r, K ′ : t 7→ α exp − 2r + t .
a
alors les solutions complexes de (H ) sont les
applications de la forme En primitivant ceci, y est solution de (H ) si et seulement
s’il existe β, γ ∈ C tel que
(
R → C h 
b
i
K : t 7→ β exp − 2r + t + γ.
t 7→ (λt + µ)e rt a

Ainsi, y est solution de (H ) si et seulement s’il existe


pour (λ, µ) ∈ C2 . β, γ ∈ C tel que

b
 h  i 
y : t 7→ β exp − 2r + t + γ × e rt .
Démonstration. a
Soit r une solution complexe de (EC), on sait d’après le
Après simplification, y est solution de (H ) si et seulement
lemme 4.2.1 que yr : t 7→ e rt est une solution de (H ). De
s’il existe β, γ ∈ C tel que
plus, yr ne s’annule jamais.
On peut donc mettre en œuvre la méthode de la varia- ′

tion de la constante. En effet, pour toute fonction y : R → C y : t 7→ βe r t + γe rt .


deux fois dérivable, il existe K : R → C deux fois dérivable
telle que y = Kyr (poser K = y/yr ).
Soit donc K : R → C deux fois dérivable, posons y = Exemple 4.2.4.
Kyr . La fonction y est deux fois dérivable, par produit.
On a alors, comme yr′ = ryr .
L’ensemble des solutions complexes de y ′′ + y = 0
est
y ′ = K ′ yr + Kyr′ = (K ′ + rK)yr .
( )
Le même type de calcul donne R → C
λ, µ ∈ C .
y ′′ = (K ′′ + 2rK ′ + r2 K)yr . x 7→ λe ix + µe −ix
On a alors
Par les formules d’Euler, c’est aussi
ay ′′ +by ′ +cy = aK ′′ + (2ar + b)K ′ + (ar2 + br + c)K yr .
 
( )
Ainsi, comme r est solution de (EC), on a ar2 + br + c = 0, R → C
λ, µ ∈ C .
donc x 7→ λ sin (x) + µ cos (x)
ay ′′ + by ′ + cy = (aK ′′ + (2ar + b)K ′ )yr .
Comme yr ne s’annule jamais, ay ′′ + by ′ + cy = 0 si et Théorème 4.2.5 (Solutions réelles de (H )).
seulement si
Soit a, b, c ∈ R, avec a ̸= 0.
aK ′′ + (2ar + b)K ′ = 0.

105
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

Réciproquement, soit λ, µ ∈ R. Si λ = µ = 0, il suffit


1. Si (EC) a deux solutions réelles distinctes de prendre A = 0 et φ quelconque. Sinon, posons A =
λ
r1 , r2 , alors les solutions réelles de (H ) sont
p
λ2 + µ2 et φ ∈] − π, π] tel que cos φ = p et
les applications de la forme λ2 + µ 2
µ
sin φ = − p . Alors,
( λ + µ2
2
R → R
t 7→ λe r1 t + µe r2 t λ cos(ωt) + µ sin(ωt)
!
p λ µ
pour (λ, µ) ∈ R2 . = λ 2 + µ2 p cos(ωt) + p sin(ωt)
λ2 + µ2 λ 2 + µ2
2. Si (EC) a une unique solution réelle r, alors =A(cos(ωt) cos(φ) − sin(ωt) sin(φ))
les solutions réelles de (H ) sont les applica- =A cos(ωt + φ).
tions de la forme
(
R → R Démonstration (Théorème 4.2.5).
t 7→ (λt + µ)e rt • Les cas où (EC) admet une ou deux solutions réelles se
traitent exactement comme le cas complexe.
• Supposons donc que (EC) admette deux solutions com-
pour (λ, µ) ∈ R2 .
plexes conjuguées distinctes α±iω. On raisonne par analyse-
3. Si (EC) a deux solutions complexes conju- synthèse.
guées distinctes, que l’on note α ± iω avec Analyse : Soit y : R → R solution de (H ). Alors y est
solution complexe de (H ), donc il existe λ, µ ∈ C tels que
α, ω ∈ R, alors les solutions réelles de (H )
sont les applications de la forme y : t 7→ λe (α+iω)t + µe (α−iω)t
( Or y(0) = λ + µ est réel donc λ + µ ∈ R, donc Im(λ) =
R → R − Im(µ).
t 7→ λ cos(ωt)e αt + µ sin(ωt)e αt De même y(π/(2ω)) ∈ R, donc
π απ
   
pour (λ, µ) ∈ R2 . y = i(λ − µ) exp ∈ R,
2ω 2ω
Ce sont aussi exactement les applications de donc Re(λ) = Re(µ).
la forme Ainsi, µ = λ.
( Soit ρ ∈ R+ et φ ∈] − π, π] tels que λ = ρe iφ . Si t ∈ R,
R → R alors
t 7→ A cos(ωt + φ)e αt y(t) = 2ρ cos(ωt + φ)e αt .
Ainsi, y est de la forme demandée.
pour A ∈ R+ et φ ∈] − π, π]. Synthèse : Soit λ, µ ∈ R et

R −→ R
y:
t 7−→ λ cos(ωt)e αt + µ sin(ωt)e αt

Lemme 4.2.6. D’après le théorème de structure des solutions homogène


(2.2.1 – une combinaison linéaire de solutions homogènes
Soit α, ω ∈ R, avec ω ̸= 0. Les deux ensembles de
est solution homogène), il suffit de montrer que
fonctions exposés au point 3. du théorème 4.2.5 
sont égaux. s1 :
R −→ R
t 7−→ cos(ωt)e αt
et
Démonstration. 
R −→ R
Soit A ∈ R+ et φ ∈] − π, π], soit s2 :
t 7−→ sin(ωt)e αt

f:
R −→ R
. sont solution de (H ). Or, si t ∈ R, par les formules d’Euler,
t 7−→ A cos(ωt + φ)e αt
1 (α+iω)t 1 (α−iω)t
s1 (t) = e + e .
Par les formules d’addition, si t ∈ R, 2 2

f (t) = A cos(φ) cos(ωt)e αt − A sin(φ) sin(ωt)e αt , D’après le théorème 4.2.3, t 7→ e (α+iω)t et t 7→ e (α−iω)t
sont solutions de (H ), donc s1 aussi. On effectue le même
donc f est bien de la première forme. raisonnement pour s2 .

106
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

Remarque 4.2.7. 4.3 Résolution d’une équation avec se-


Dans tous les cas, les solutions sont les combi- cond membre.
naisons linéaires de deux solutions linéairement
indépendantes. On dit que cet ensemble a une
structure de plan vectoriel. Théorème 4.3.1.
Si l’on connaît une solution ỹ de l’équation
Exemple 4.2.8. 1. Les solutions complexes de
avec second membre alors on en connaît toutes
y ′′ + y ′ + 2y = 0 sont les fonctions de la forme
les solutions : l’ensemble S des solutions
√ √
−1−i 7 −1+i 7 de l’équation avec second membre est S =
t 7→λe 2
t
+ µe 2
t
 √ √  { yH + ỹ | yH ∈ SH }.
1 −i 7 i 7
= e − 2 t λe 2
t
+ µe 2
t

Remarque 4.3.2.
avec λ, µ ∈ C. On a déjà vu que si l’on connaissait une solution
2. La solution du problème de Cauchy y ′′ +2y ′ + de l’équation ỹ avec second membre, alors on pou-
y = 0, avec y(1) = 1, y ′ (1) = 0 est la fonction vait construire toutes les solutions de l’équation
t 7→ te 1−t . avec second membre à partir de l’ensemble des
solutions de l’équation homogène.
Dans le cas d’une équation d’ordre deux à coef-
Théorème 4.2.9.
ficients constants, on dit que l’ensemble des solu-
Le problème de Cauchy ay ′′ + by ′ + cy = 0 et
tions a une structure de plan affine, car l’ensemble
y(t0 ) = y0 et y ′ (t0 ) = y0′ , admet une unique solu-
des solutions est l’ensemble des ỹ + y pour y par-
tion.
courant un plan vectoriel.

Démonstration.
(hors programme) Nous traitons ici le cas où on cherche 4.4 Seconds membres particuliers
une solution à valeurs complexes et où le polynôme ca-
ractéristique a deux racines distinctes r1 et r2 . Alors les
Nous avons déjà vu comment trouver une
solutions de l’équation différentielle considérées sont les solution particulière à une équation différentielle
applications y de la forme t 7→ λe r1 t + µe r2 t où λ et µ linéaire d’ordre 1.
sont deux complexes. On a y(t0 ) = λe r1 t0 + µe r2 t0 et Cependant, quand le second membre est
y ′ (t0 ) = λr1 e r1 0 + µr2 e r2 t0 .
d’une certaine forme et que l’équation est
Pour montrer que le problème de Cauchy admet une
unique solution, il suffit de montrer que le système à coefficients constants, il existe une autre
méthode. Notons que cette seconde méthode
λe r1 t0 + µe r2 t0 = y0

n’est pas plus rapide ni plus efficace que la
λr1 e r1 t0 + µr2 e r2 t0 = y0′ méthode de variation de la constante. Elle a
d’inconnues λ et µ admet une unique solution. par contre le mérite de pouvoir être utilisée
On peut s’en assurer par le calcul, ou on peut simplement pour des équations d’ordre 2 présentant les
remarquer que pour que ce système admette une unique mêmes caractéristiques : coefficients constants et
solution, il suffit que l’équation
     
second membre de ces mêmes formes particulières.
e r1 t0 e r2 t0 y0
λ +µ =
r1 e r1 t0 r2 e r2 t0 y0′ On considère une équation (E ) de la forme
admette une unique solution. y ′ + ay = c ou y ′′ + ay ′ + by = c, où a, b ∈ K. Nous
supposons que l’une des conditions suivantes est
 
e r1 t0
Pour cela, il suffit de montrer que les vecteurs
 
r1 e r1 t0 remplie :
e r2 t0
et
r2 e r2 t0
forment une base de R2 . Il suffit de vérifier 1. il existe un polynôme P à coefficients dans
qu’ils sont linéairement indépendants, ce qui est le cas K tel que c = P ;
puisque leur déterminant vaut e r1 t0 r2 e r2 t0 − r1 e r1 t0 e r2 t0 , 2. il existe A, α ∈ K tels que c(x) = Ae αx ;
qui est égal à (r2 − r1 )e (r1 +r2 )t0 , qui est non nul puisque
r1 ̸= r2 . 3. il existe A, ω ∈ R tels que c(x) = A cos(ωx) ;

107
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

4. il existe A, ω ∈ R tels que c(x) = A sin(ωx). Alors :

Ces quatre cas sont ceux au programme, mais Q est solution de (E )


la méthode que nous allons développer peut ⇔ ∀x ∈ R, e + (d + ex) = 1 + 2x
également s’adapter lorsque dans les conditions ⇔ ∀x ∈ R, (e + d) + ex = 1 + 2x
précédentes la constante A est remplacée par un
⇔ [e + d = 1] et [e = 2]
polynôme, et lorsque les sin et cos circulaires sont
remplacés par des ch et sh hyperboliques. ⇔ e = 2 et d = −1

Ainsi x 7→ −1 + 2x est une solution particulière


Dans les quatre conditions au programme, il est de (E ).
possible de montrer qu’il existe à chaque fois une
solution particulière d’une forme assez simple : Exemple 4.4.2.
Soit (E ) : y ′′ − 2y ′ + y = 2e x , définie sur R.
1. il existe un polynôme Q à coefficients dans Soit Q un polynôme et soit y : x 7→ Q(x)e x .
K solution de (E ) ; Ainsi y ′ : x 7→ (Q′ (x) + Q(x))e x et y ′′ : x 7→
(Q′′ (x) + 2Q′ (x) + Q(x))e x . Alors :
2. il existe un polynôme Q à coefficients dans
K tel que x 7→ Q(x)e αx est solution de (E ) ; y est solution de (E )
3. il existe un polynôme Q à coefficients dans ⇔ ∀x ∈ R, (Q (x) + 2Q′ (x) + Q(x))e x
′′

C tel que x 7→ Q(x)e iωx est solution de y ′ + −2(Q′ (x) + Q(x))e x + Q(x)e x = 2e x
ay = Ae iωx ou y ′′ +ay ′ +by = Ae iωx . On peut ⇔ ∀x ∈ R, Q′′ (x)e x = 2e x
alors montrer, grâce au principe de superposi- ⇔ ∀x ∈ R, Q′′ (x) = 2
tion notamment, que x 7→ Re Q(x)e iωx est


solution de (E ). Ainsi en développant, on re- Un polynôme Q vérifiant cette relation est par
marque qu’il existe deux polynômes réels R et exemple Q = X 2 . Ainsi, x 7→ x2 e x est une solu-
S tels que c(x) = R(x) cos(ωx)+S(x) sin(ωx) tion particulière de (E ).
;
Par curiosité, démontrons le troisième point en
4. suivant le même principe que dans le cas utilisant le second, dans le cas d’une équation du
précédent, il existe un polynôme Q à coef- premier ordre (la méthode serait la même pour le
ficients dans C tel que x 7→ Im Q(x)e iωx second ordre) :


est solution de (E ), et donc en développant, Démonstration.


on remarque qu’il existe deux polynômes Soit (E ) : y ′ + ay = B cos(ωx), où a, B, ω ∈ R. Considé-
réels R et S tels que c(x) = R(x) cos(ωx) + rons (E ′ ) : y ′ + ay = Be iωx . Il existe alors un polynôme
complexe Q tel que y0 : x 7→ Q(x)e iωx est solution de
S(x) sin(ωx).
(E ′ ). Ainsi y0′ + ay0 = Be iωx . En passant au conjugué, on
observe, puisque a, B, ω sont réels, que y¯0 ′ + ay¯0 = Be −iωx .
Le degré du poynôme Q se devine en injectant 1
Par principe de superposition, (y0 + y¯0 ) est solution de
dans (E ) une fonction de la forme voulue. On 1  2
détermine ensuite les coefficients du polynôme. y ′ +ay = B e iωx + e −iωx . Une solution de (E ) est donc
2
Voyons cela sur les exemples suivants : bien Re(y0 ).

Finissons par un ultime exemple :


Exemple 4.4.1.
Soit (E ) : y ′ + y = 1 + 2x, définie sur R. Soit Q Exemple 4.4.3.
un polynôme. Alors Q est solution de (E ) si et Soit (E ) : y ′′ + y = 2 cos(x). Résolvons tout
seulement si pour tout x ∈ R, Q′ (x) + Q(x) = d’abord l’équation (E ′ ) : y ′′ + y = 2e ix . Soit
1 + 2x. En particulier, pour que Q soit solution, Q un polynôme et y0 : x 7→ Q(x)e ix . Alors
il faut que Q′ + Q soit de degré 1 : cela n’est y0′ : (Q′ (x) + iQ(x))e ix et y0′′ : x 7→ (Q′′ (x) +
possible que si Q est de degré 1, car si Q n’est pas 2iQ′ (x) − Q(x))e ix . Donc y0 est solution de (E ′ )
nul, deg Q′ < deg Q. Posons alors Q = d + eX. ssi pour tout x ∈ R, Q′′ (x) + 2iQ′ (x) = 2. On

108
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

cherche donc Q de degré 1, donc de la forme


Q(x) = d + ex. Alors Q′′ (x) + 2iQ′ (x) = 2ie,
donc Q vérifie Q′′ (x) + 2iQ′ (x) = 2 ssi e = −i.
Ainsi une solution particulière de (E ′ ) est y0 :
x 7→ −ixe ix . Donc pour tout x ∈ R, Re(y0 )(x) =
Re (−ix(cos(x) + i sin(x))) = x sin(x). Finale-
ment, une solution particulière de (E ) est x 7→
x sin(x).

109
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

110
Chapitre VII

Théorie des ensembles


Sommaire
1 Définitions. . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
1.1 Appartenance, égalité. . . . . . . . . . 112
1.2 Inclusion, ensemble des parties. . . . . 112
1.3 Réunion, intersection, complémentaire. 113
1.4 Produit cartésien. . . . . . . . . . . . . 116
2 Interprétation logique . . . . . . . . . . 117
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES

1 Définitions.
Pour tout ensemble E et tout prédicat P , on
Nous développons ici la notion d’ensemble, en note { x ∈ E | P (x) } l’ensemble dont les éléments
partant d’une définition intuitive et peu formelle : sont exactement les éléments de E vérifiant P .
un ensemble est une collection d’objets mathéma- Pour tout ensemble E et toute expres-
tiques. Si un objet x est dans cette collection- sion e[x] contenant une variable x, on note
ensemble E, on note alors x ∈ E la phrase « x { e[x] | x ∈ E } l’ensemble des objets mathéma-
appartient à E ». Sa négation, « x n’appartient tiques qui s’écrivent sous la forme e[x] pour au
pas à E », s’écrit x ∈
/ E. moins un x ∈ E.

Remarque 1.0.1.
Traditionnellement, on essaie de noter les en- Remarque 1.1.5. 1. Pour le premier point,
sembles avec des lettres majuscules et leurs élé- l’ordre des éléments n’importe pas, ni le
ments avec des lettres minuscules. nombre de fois où ils apparaissent dans la liste
des éléments. { 1, 2 } = { 2, 1 } = { 1, 2, 1 }.
On parle de définition de l’ensemble en ex-
1.1 Appartenance, égalité.
tension.
2. Pour le second point, on parle de définition
Définition 1.1.1 (Extentionnalité). en compréhension.
Deux ensembles E et F sont égaux si et seulement Exemple 1.1.6.
s’ils ont les mêmes éléments : Un même ensemble peut parfois être défini en
extension ou en compréhension :
E = F ⇐⇒ ∀x (x ∈ E ⇐⇒ x ∈ F ).
E = {0; 1; 4; 9}
n o
= n∈N n ⩽ 15 et ∃p ∈ N, n = p2 .
Remarque 1.1.2.
Intuitivement, cette proposition dit que la carac-
Dans toute la suite, E et F désignent deux
téristique qui définit un ensemble, ce sont ses
ensembles.
éléments. Autrement dit, si on voit les ensembles
comme des sacs contenant des objets, le sac n’a au-
cune caractéristique qui puisse le distinguer d’un 1.2 Inclusion, ensemble des parties.
autre. Cette caractéristique est très particulière
au monde idéalisé des ensembles mathématiques.
En informatique on verra par exemple qu’on peut Définition 1.2.1 (Inclusion).
avoir deux tableaux contenant les mêmes éléments On dit que E est inclus dans F , ce que l’on note
dans le même ordre et qui ne sont pas le même E ⊂ F si tout élément de E est aussi un élément
objet. de F , i.e.
∀x ∈ E x ∈ F.
Si E ⊂ F , on dit que E est une partie ou un
Définition 1.1.3 (Ensemble vide).
sous-ensemble de F .
On note ∅ l’ensemble vide.

Exemple 1.2.2. 1. Pour tout ensemble E, on a


Définition 1.1.4. ∅ ⊂ E et E ⊂ E.
Étant donnés des objets x1 , x2 , . . ., xn , on note 2. N ⊂ Z.
{ x1 , . . . , xn } l’ensemble contenant exactement
3. {1, {1; 2}, R} ⊂ {Z, π, 1, {1; 2}, R}.
x1 , . . ., xn .
4. {{1; 2}} ̸⊂ {1; 2}.

112
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES

Remarque 1.2.3.
Attention à ne pas confondre. ∈ et ⊂. Ainsi Axiome 1.2.1 (Ensemble des parties de E).
1 ∈ {1, 2}, {1} ⊂ {1, 2}, mais {1} ∈
/ {1, 2}. En Pour tout ensemble E, on admet l’existence d’un
revanche on a {1, 2} ∈ {1, 2, {1, 2}} ainsi que ensemble, noté P(E) et appelé ensemble des par-
{1, 2} ⊂ {1, 2, {1, 2}}. ties de E et dont les éléments sont exactement les
sous-ensembles de E. Ainsi pour tout ensemble
En pratique pour démontrer une inclusion, on F , on a
utilise la définition et la manière usuelle de démon- F ∈ P(E) ⇔ F ⊂ E.
trer une proposition universellement quantifiée.
Exemple 1.2.4.
On note E l’ensemble des entiers relatifs pairs Exercice 1.2.8.
qui sont des multiples de 15 et F l’ensemble des Déterminer P({1, 2, 3}). Combien cet ensemble
entiers relatifs multiples de 6. Montrer E ⊂ F . admet-il d’éléments ?
Remarque 1.2.9.
Proposition 1.2.5 (Transitivité). Ne pas oublier ∅ dans l’ensemble des parties.
Soit E, F, G trois ensembles, si E ⊂ F et F ⊂ G, Exercice 1.2.10.
alors E ⊂ G. Déterminer P(∅), P({∅}) et P({∅, {∅}}).

Démonstration.
Soit x un objet. Si x ∈ E, comme E ⊂ F , on a x ∈ F . De Proposition 1.2.11.
même, comme F ⊂ G, on a x ∈ G. Si un ensemble E possède n ∈ N éléments, alors
P(E) possède 2n éléments.

Théorème 1.2.6 (Double inclusion).


Soit E, F deux ensembles, alors Démonstration.
Cela sera démontré au second semestre, dans le cours de
dénombrement.
(E = F ) ⇔ (E ⊂ F et F ⊂ E).

1.3 Réunion, intersection, complémen-


Démonstration.
taire.
Il est clair que pour tout ensemble A, on a ∀x ∈ A x ∈ A, Dans cette partie A et B désignent deux en-
donc A ⊂ A. Le sens direct est donc évident.
Montrons l’implication réciproque. Supposons E ⊂ F sembles.
et F ⊂ E. Alors soit x un objet mathématique quelconque.
Montrons x ∈ E ⇐⇒ x ∈ F :
• Supposons x ∈ E, alors comme E ⊂ F , on a x ∈ F . Définition 1.3.1. 1. On appelle réunion de A
• Supposons x ∈ F , alors comme F ⊂ E, on a x ∈ E. et B notée A∪B, l’ensemble dont les éléments
donc x ∈ E ⇐⇒ x ∈ F .
sont exactement ceux qui sont dans A ou dans
Donc ∀x x ∈ E ⇐⇒ x ∈ F .
Donc E = F . B, autrement dit, pour tout objet x,

Remarque 1.2.7. x ∈ A ∪ B ⇐⇒ (x ∈ A ou x ∈ B).


En pratique, on a deux méthodes pour démontrer
l’égalité de deux ensembles E et F : 2. On appelle intersection de A et B notée A∩B
• ou bien on utilise ce théorème ; dont les éléments sont exactement ceux qui
• ou bien on utilise directement la propriété sont dans A et dans B à la fois, autrement
d’extentionnalité, en montrant que pour dit, pour tout objet x,
tout x, x ∈ E ⇐⇒ x ∈ F par équiva-
lences successives. x ∈ A ∩ B ⇐⇒ (x ∈ A et x ∈ B).

113
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES

Exemple 1.3.2.
On pose E = { 0, 1, 2, 4 } et F = { 0, 1, 3, 4, 5, 6 }. l’intersection de tous les Ai . Pour tout x, on
Que vaut E ∪ F ? E ∩ F ? a les propriétés :

Ai ⇐⇒ ∃i ∈ I, x ∈ Ai ;
[
x∈
Proposition 1.3.3. i∈I
Soit A, B, C trois ensembles. \
x∈ Ai ⇐⇒ ∀i ∈ I, x ∈ Ai .
1. ∩ et ∪ sont associatives : A ∩ (B ∩ C) = i∈I
(A ∩ B) ∩ C (idem pour ∪).
2. ∩ et ∪ sont commutatives : A ∩ B = B ∩ A
(idem pour ∪).
Exercice 1.3.7. 1. Que valent [n, n + 1] et
[
3. On a toujours A ∩ B ⊂ A ⊂ A ∪ B. n∈N
4. Si A ⊂ B, on a toujours A ∩ C ⊂ B ∩ C et [n, n + 1] ?
\

A ∪ C ⊂ B ∪ C. n∈N∗

2. Quel est l’ensemble de définition de tan ?


Démonstration.
Élémentaire, revenir aux définitions.
3. Que vaut chacun des ensembles ci-dessous ?

Remarque 1.3.4. [
[ε, 1]
[
]ε, 1]
\
[0, ε]
\
[0, ε[
La dernière propriété signifie que A 7→ A ∩ C et ε∈]0,1] ε∈]0,1] ε∈]0,1] ε∈]0,1]
A 7→ A ∪ C sont croissantes (au sens de l’inclu-
]0, ε] ]0, ε[ [0, ε] [0, ε[
\ \ \ \
sion).
ε∈]0,1] ε∈]0,1] ε∈]0,1]∩Q ε∈]0,1]∩Q

Définition 1.3.5.
On dit que deux ensembles sont disjoints si leur Proposition 1.3.8.
intersection est vide. Soit (Ai )i∈I une famille d’ensembles et B un en-
semble.
1. Si, pour tout i ∈ I, Ai ⊂ B, alors
[
Ai ⊂ B.
Définition 1.3.6. i∈I
On peut généraliser cette notion à une famille
2. Si, pour tout i ∈ I, B ⊂ Ai , alors B ⊂ Ai .
\
d’ensembles.
i∈I
1. Si[E est un ensemble d’ensembles, on note
3. Si j ∈ I, alors Ai .
\ [
Ai ⊂ Aj ⊂
X la réunion de tous les éléments de E
i∈I i∈I
X∈E
et, dans le cas où E est non vide,
\
X
X∈E
l’intersection de tous les éléments de E. Pour Démonstration.
Élémentaire.
tout x, on a les propriétés :
[
x∈ X ⇐⇒ ∃X ∈ E, x ∈ X;
X∈E
\
x∈ X ⇐⇒ ∀X ∈ E, x ∈ X. Théorème 1.3.9 (Distributivité).
X∈E La réunion et l’intersection sont distributives l’une
sur l’autre. Plus précisément, soit A, B et C trois
2. Plus généralement, si on considère[une fa-
ensembles. Alors on a les deux égalités suivantes :
mille d’ensemble (Ai )i∈I , on note Ai la
i∈I \
(A ∩ B) ∪ C = (A ∪ C) ∩ (B ∪ C);
réunion de tous les Ai pour i ∈ I et Ai
i∈I (A ∪ B) ∩ C = (A ∩ C) ∪ (B ∩ C).

114
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES

Plus généralement, soit (Ai )i∈I une famille d’en- Proposition 1.3.14.
sembles et B un ensemble, alors Si A et B sont deux parties de E, on a A \ B =
! A ∩ BC .
Ai ∪ B = (Ai ∪ B); (VII.1)
\ \

i∈I i∈I Démonstration.


Faire un dessin.
!
Ai ∩ B = (Ai ∩ B). (VII.2)
[ [
Soit x quelconque. On a A ⊂ E donc x ∈ A ⇐⇒ (x ∈
i∈I i∈I A et x ∈ E). On a donc :

x ∈ A \ B ⇐⇒ x ∈ A et x ∈
/B
⇐⇒ x ∈ A et (x ∈ E et (x ∈
/ B))
Démonstration.
⇐⇒ x ∈ A et x ∈ E \ B
Faire un dessin pour les deux premières égalités.
Les résultats se montrent aisément par double inclusion. ⇐⇒ x ∈ A ∩ B C .
On donne la démonstration de l’égalité (VII.2).
Pour tout x :
! !
[ [
x∈ Ai ∩ B ⇔ x ∈ B et x ∈ Ai
i∈I i∈I
Proposition 1.3.15.
⇔ x ∈ B et ∃i0 ∈ I, x ∈ Ai0 Soit E un ensemble et A une partie de E, alors
⇔ ∃i0 ∈ I, x ∈ Ai0 ∩ B
[ A = A.
⇔x∈ (Ai ∩ B).
i∈I
Démonstration.
C’est une conséquence de la propriété de double négation :
soit x un élément de E, on a x ∈ A ⇔ ¬(¬(x ∈ A)).
Exercice 1.3.10.
Montrer les propriétés (VII.2) et (VII.1) en rai-
sonnant par double inclusion et en prenant soin de
bien revenir aux définitions des objets manipulés. Proposition 1.3.16.
Soit E un ensemble et A une partie de E, alors
A ∪ Ā = E et A ∩ Ā = ∅.
Définition 1.3.11.
On appelle A privé de B, ou différence de A et B,
Démonstration.
ou A moins B, l’ensemble noté A\B ou A−B, tel Soit x ∈ E, on a x ∈ A ou x ∈ / A (tiers exclu), donc
que pour tout objet x, x ∈ A \ B si et seulement x ∈ A ∪ Ā.
si x ∈ A et x ∈
/ B. De plus, on ne peut avoir simultanément x ∈ A et x ∈/ A,
donc A ∩ Ā = ∅.

Cet ensemble est bien défini d’après le schéma


de compréhension.
Théorème 1.3.17 (Relations de De Morgan).
Exercice 1.3.12. Soit (Ai )i∈I une famille de parties d’un ensemble
Montrer que A \ B = A \ (A ∩ B). E. Alors on a
!C
[ 
= i ;
\
Définition 1.3.13. Ai AC
Si A ⊂ E, on appelle complémentaire de A dans i∈I
!C
i∈I

E noté ∁E A ou AC ou A quand il n’y a pas de \ 


=
[
confusion, l’ensemble E \ A. Ai AC
i .
i∈I i∈I

115
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES

Démonstration. On considère
On montre le deuxième point. Les deux termes de l’égalité
sont évidemment des sous-ensembles de E. Considérons F0 = { n ∈ Z | n ≡ 0 [3] }
donc un x ∈ E quelconque et montrons que x appartient
= { n ∈ Z | ∃p ∈ Z, n = 3p }
au premier ensemble si et seulement s’il appartient au
deuxième. On a les équivalences : F1 = { n ∈ Z | n ≡ 1 [3] }
!C = { n ∈ Z | ∃p ∈ Z, n = 3p + 1 }
F2 = { n ∈ Z | n ≡ 2 [3] }
[ [
x∈ Ai ⇐⇒ x ∈
/ Ai
i∈I i∈I
= { n ∈ Z | ∃p ∈ Z, n = 3p + 2 }
⇐⇒ ¬(∃i ∈ I x ∈ Ai )
⇐⇒ ∀i ∈ I x ∈
/ Ai
Alors, {F0 , F1 , F2 } est une partition de Z (en trois
\
AC

⇐⇒ x ∈ i .
i∈I parties).

Le premier se déduit de la seconde en passant au complé-


mentaire pour la famille (AC
1.4 Produit cartésien.
i )i∈I .

Définition 1.4.1.
On admettra qu’étant donné deux objets x et y
on peut construire un objet appelé couple (x, y)
Définition 1.3.18. et qu’on a la propriété suivante pour tous objets
Soit E un ensemble, soit F = (Fi )i∈I une famille x1 , x2 , y1 , y2 :
de parties de E.
(x1 , x2 ) = (y1 , y2 ) ⇐⇒ (x1 = y1 et x2 = y2 ).
Alors, F est un recouvrement disjoint de E si
• les éléments de F sont deux à deux dis-
joints :
Remarque 1.4.2.
∀i, j ∈ I, i ̸= j ⇒ Fi ∩ Fj = ∅ ; On peut généraliser cette notion à celle de n-
uplets.
• E est l’union des éléments de F :
Définition 1.4.3.
E=
[
Fi .
i∈I
Soient E et F deux ensembles. On admet qu’on
peut construire un ensemble noté E × F , appelé
On dit de plus que F est une partition de E si produit cartésien de E et F , dont les éléments
c’est un recouvrement disjoint de E sans aucune sont les couples avec x1 ∈ E et x2 ∈ F . On défi-
partie vide : nit de même le produit cartésien de n ensembles
E1 . . . En , noté E1 ×. . .×En , et formé des n-uplets
∀i ∈ I, Fi ̸= ∅. (x1 , . . . , xn ) avec x1 ∈ E1 , . . . , xn ∈ En . Si les Ei
sont égaux à un ensemble E, on note ce produit
En.

Remarque 1.3.19. Remarque 1.4.4.


On pourrait bien entendu parler de recouvrement, Attention à ne pas confondre l’ensemble {x, y}
mais nous n’aurons pas l’occasion d’utiliser ce avec le couple (x, y).
vocabulaire cette année.
Nous utiliserons davantage les partitions que Exemple 1.4.5.
les recouvrements disjoints. L’ensemble R2 , le rectangle [1, 3]×[−1, 4], la partie
[1, 3[×] − 1, 4] (voir figure VII.1), la bande [0, 1] ×
(x, y) ∈ R2 y = 0 (le représenter).

Exemple 1.3.20.

116
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES

0 1 2 3

−1

Figure VII.1 – Représentation de [1, 3[×] − 1, 4].

2 Interprétation logique
Soit E un ensemble, P et Q deux prédicats. On
pose

A = { x ∈ E | P (x) } ;
B = { x ∈ E | Q(x) } .

Soit x ∈ E. On a alors les équivalences logiques


suivantes :

x ∈ A ∩ B ⇐⇒ P (x) et Q(x);
x ∈ A ∪ B ⇐⇒ P (x) ou Q(x);
/ A ⇐⇒ ¬(P (x));
x∈
A = E ⇐⇒ ∀x ∈ E, P (x);
A ̸= ∅ ⇐⇒ ∃x ∈ E, P (x);
A ⊂ B ⇐⇒ ∀x ∈ E, (P (x) ⇒ Q(x));
A = B ⇐⇒ ∀x ∈ E, (P (x) ⇐⇒ Q(x)).

117
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES

118
Chapitre VIII

Notion d’application
Sommaire
1 Vocabulaire. . . . . . . . . . . . . . . . . 120
2 Restriction, prolongement . . . . . . . . 121
3 Composition d’applications . . . . . . . 122
4 Injectivité, surjectivité, bijectivité . . . 122
4.1 Injectivité . . . . . . . . . . . . . . . . 122
4.2 Surjectivité . . . . . . . . . . . . . . . 123
4.3 Bijectivité . . . . . . . . . . . . . . . . 124
4.4 Un peu de vocabulaire anglais ... . . . 125
5 Image directe, tiré en arrière. . . . . . . 125
5.1 Image directe . . . . . . . . . . . . . . 125
5.2 Tiré en arrière . . . . . . . . . . . . . . 126
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

1 Vocabulaire.
• En toute rigueur, une application est un objet F
différent d’une fonction, mais la différence est hors
E
programme. On emploiera donc les deux termes
indifféremment.
• Une application d’un ensemble E dans un en-
semble F est une relation qui, à tout élement de Figure VIII.2 – Cette relation n’est pas une
E associe un unique élément de F . Attention : application.
on a forcément unicité de l’image et les ensembles
de départ et d’arrivée sont une donnée de l’appli- F
cation.
y
Exemple 1.0.1.
Les applications qui à x associe x2 , partant res-
pectivement de R et de R+ , sont différentes : la E

seconde permet de définir la fonction ., pas la
première. Dans les deux cas, on pourra considérer
comme ensemble d’arrivée R ou R+ . Une formule
ne définit donc pas à elle seule une application. Figure VIII.3 – y a ici trois antécédents repré-
sentés.
Définition 1.0.2.
On appelle fonction (ou application) tout triplet F

f = (E, F, Γ) où E est un ensemble appelé en-


semble de départ ou domaine de définition, F est f (x) ?
un ensemble appelé ensemble d’arrivée, et Γ est
une partie de E × F appelée graphe de f telle
que ∀x ∈ E, ∃!y ∈ F , (x, y) ∈ Γ. Si (x, y) ∈ Γ, on x

note plus simplement y = f (x). On dit que x est E


alors un antécédent de y, et y l’image de x.
f (x) ?
Remarque 1.0.3.
Il peut y avoir plusieurs antécédents d’un élément
dans l’espace d’arrivée, mais une seule image d’un
élément de l’espace de départ : cela se voit sur le Figure VIII.4 – Cette courbe ne représente pas
graphe, que l’on représente comme suit. une application.

• On note une application f allant d’un ensemble


F E dans un ensemble F de la manière suivante :
E
f : E → F.
• Si l’application est de plus définie par une for-
mule, on écrit alors :
Figure VIII.1 – Exemple d’application – on f: E → F,
remarque qu’une image a deux antécédents. x 7→ Formule dépendant de x.

120
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

Remarque 1.0.4.
La notation Définition 1.0.12 (Familles).
Soit I un ensemble. On appelle famille d’éléments
f: E → F, de E indexée par I toute application de I dans
x 7→ f (x). E. Les familles sont notées (xi )i∈I , et rarement,
voire jamais, comme des applications.
n’est pas informative. L’ensemble des familles de E indexées par I est
Remarque 1.0.5. noté E I .
Si f, g : E → F , alors f = g équivaut à ∀x ∈ E,
f (x) = g(x). Exemple 1.0.13.
R{1,2} : on peut l’identifier à R × R, que l’on note
opportunément R2 .
Définition 1.0.6.
Soit E, F deux ensembles et f : E → F une ap- Définition 1.0.14.
plication. On appelle image de f le sous-ensemble Soit E un ensemble et A une partie de E. On
de F , noté f (E) ou Im(f ), égal à {f (x), x ∈ E}. appelle fonction indicatrice de A la fonction notée
1A telle que pour tout x ∈ A, 1A (x) = 1, et pour
tout x ∈ E\A, 1A (x) = 0.
Remarque 1.0.7.
La notation f (E) indique bien l’ensemble
Exercice 1.0.15.
de départ, contrairement à la notation
Soit A et B deux ensembles. Calculer 1A∩B , 1Ā
Im f . Cet ensemble peut aussi s’écrire
et 1A∪B en fonction de 1A et de 1B .
{y ∈ F | ∃x ∈ E, y = f (x)}.
Remarque 1.0.8.
Les ensembles de départ et d’arrivée peuvent être
2 Restriction, prolongement
n’importe quoi, pas forcément de R dans R.
Définition 2.0.1.
Notation 1.0.9. Soit E, E ′ , F , F ′ quatre ensembles, f : E → F
On note F (E, F ), ou F E , l’ensemble des applica- et f ′ : E ′ → F ′ deux applications.
tions de E dans F . (i) Pour toute partie G de E, la restriction de
f à G est l’application
Remarque 1.0.10. f|G : G → F,
Comment se souvenir de cette dernière notation ? x 7→ f (x).
Penser que pour des ensembles finis, Card(F E ) =
Card(F )Card(E) . (ii) On dit que f ′ est un prolongement de f si
En effet, il y a autant de manières de choi- E ⊂ E ′ , F ⊂ F ′ et ∀x ∈ E, f (x) = f ′ (x).
sir une fonction f : E → F que de manières
de choisir une image pour chaque élément de E.
Or, il y a Card(F ) choix pour chaque élément de
F et Card(E) éléments de E. Il y a donc bien Il y a toujours une infinité de prolonge-
Card(F )Card(E) manières de choisir une applica- ments possibles à une application.
tion f : E → F . • Une fonction est toujours le prolongement d’une
de ses restrictions.
Exemple 1.0.11.
L’ensemble des suites réelles est noté RN . Exemple 2.0.2.
Tout réel strictement positif a deux antécédents
Dans {1}N , il y a une seule suite !
par la fonction f : R → R, x 7→ x2 ; mais il n’a
qu’un antécédent par la restriction de f à R+ .

121
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

3 Composition d’applications • Si un élément de E n’a pas d’antécédent par


f , on ne pourra pas construire g vérifiant
f ◦ g = IdE .
Définition 3.0.1.
Soit E, F , G trois ensembles, f : E → F et 4.1 Injectivité
g : F → G deux applications. On définit alors la
composée de f par g comme l’application
Définition 4.1.1.
g◦f : E → G, Soit E, F deux ensembles, f : E → F une ap-
x 7→ g(f (x)). plication. On dit que f est injective (ou est une
injection) si ∀(x, y) ∈ E 2 , f (x) = f (y) ⇒ x = y.

Remarque 4.1.2.
On utilise également la contraposée de cette pro-
E F G
position : ∀(x, y) ∈ E 2 , x ̸= y ⇒ f (x) ̸= f (y).

Figure VIII.5 – Exemple de composée.

On ne peut pas toujours composer deux Figure VIII.6 – Exemple d’application injective.
applications. Par exemple : les fonctions R∗ →
R, x 7→ 1/x et R → R, x 7→ x2 .
• Ce n’est pas une opération commutative. Par
exemple : ∃x ∈ R+ , ln(x2 ) ̸= (ln x)2 .

Définition 3.0.2.
Soit E un ensemble, on définit dessus l’application
identité sur E comme IdE : E → E, x 7→ x.

4 Injectivité, surjectivité, bijec- Figure VIII.7 – Exemple d’application non in-


tivité jective : une image a deux antécédents ou plus.

On comprend vite, en considérant quelques


exemples, quelles sont les propriétés qui peuvent Remarque 4.1.3.
empêcher une fonction f : E → E d’être inver- La donnée de l’ensemble de départ est primordiale.
sible pour ◦. Exemple : l’application [−π/2, π/2] → R, x 7→
• Si deux éléments de E ont même image par sin(x) est injective alors que R → R, x 7→ sin(x)
f , on ne pourra pas « revenir en arrière » et ne l’est pas (le montrer et tracer les courbes re-
construire g vérifiant g ◦ f = IdE . présentatives de ces deux applications ). On peut

122
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

Démonstration.
Soit (x, y)) ∈ E 2 , supposons que g ◦ f (x) = g ◦ f (y). Alors,
par injectivité de g puis de f , f (x) = f (y) puis x = y.

Exercice 4.1.8.
I Soit E, F deux ensembles, soit f : E → F . Mon-
trer que f est injective si et seulement s’il existe
g : F → E vérifiant g ◦ f = IdE .

4.2 Surjectivité
Figure VIII.8 – Graphe d’application injective
sur un segment I.
Définition 4.2.1.
Soit E et F deux ensembles, f : E → F une appli-
cation. On dit que f est surjective (ou est/réalise
une surjection) si ∀y ∈ F, ∃x ∈ E, y = f (x).

Figure VIII.9 – Graphe d’application non injec-


tive : une image a deux antécédents ou plus.

Figure VIII.10 – Exemple d’application surjec-


tive.
aussi se demander ce qu’il adviendrait de la figure
VIII.8 si l’on ne précise pas que l’espace de départ
est le segment I ici représenté.
Remarque 4.1.4.
Une application f : E → F est injective si et
seulement si, pour tout y ∈ F , l’équation y = f (x)
admet au plus une solution dans E.
Remarque 4.1.5.
Une restriction d’une fonction injective est tou-
jours injective.
Remarque 4.1.6. Figure VIII.11 – Exemple d’application non
On a montré dans le premier chapitre que toute surjective.
fonction réelle strictement monotone est injective.

• La donnée de l’espace de départ et de l’espace


Théorème 4.1.7 (Composée d’injections.). d’arrivée est, là encore, primordiale.
Soit E, F et G trois ensembles, f : E → F et
g : F → G deux applications injectives. Alors Exemple 4.2.2.
g ◦ f est injective. La fonction définie par x → 7 sin x est surjective
de [0, 2π] sur [−1, 1], mais pas de [0, 2π] sur R ni

123
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

J Étudier la surjectivité de la fonction

C \ {i} → C \ {1}
f: z+i .
z 7→
z−i
I

Théorème 4.2.7 (Composée de surjections.).


Soit E, F et G trois ensembles, f : E → F et
g : F → G deux applications surjectives. Alors
g ◦ f est surjective.
Figure VIII.12 – Graphe d’une application sur-
jective d’un segment I dans un segment J.
Démonstration.
Soit z ∈ G, g est surjective : il existe y ∈ F vérifiant
J z = g(y). Comme f est surjective, il existe x ∈ E vérifiant
y = f (x) et on a donc z = g ◦ f (x).

Exercice 4.2.8.
Soit E, F deux ensembles, soit f : E → F . Mon-
I trer que f est surjective si et seulement s’il existe
g : F → E vérifiant f ◦ g = IdF .

4.3 Bijectivité

Figure VIII.13 – Graphe d’une application non


surjective d’un segment I dans un segment J. Définition 4.3.1.
Une application bijective (ou qui réalise une bijec-
tion) est une application injective et surjective.
Soit E et F deux ensembles. Une application
de [0, π] sur [−1, 1]. Revenir aussi sur les figures f : E → F est donc bijective si et seulement si
VIII.12 et VIII.13. ∀y ∈ F, ∃! x ∈ E, y = f (x).
Exercice 4.2.3.
Dans chaque cas, dire si cette application est sur-
1 Exemple 4.3.2.
jective ou non : (R∗ ou R∗+ ) → (R ou R∗ ), x 7→ Application identité, fonctions affines de la forme
x
R → R, x 7→ ax + b, avec a ̸= 0, les similitudes ...
Remarque 4.2.4.
Une fonction est toujours surjective sur son image
(formellement : la corestriction d’une application
à son image est toujours surjective). Théorème 4.3.3 (Fonction réciproque).
Soit f : E → F une application.
1. f est bijective si et seulement s’il existe g :
Une fonction non surjective n’est pas
F → E telle que g ◦ f = IdE et f ◦ g = IdF .
nécessairement injective, et vice-versa.
2. Dans ce cas, g est unique et notée f −1 , ap-
Remarque 4.2.5. pelée fonction réciproque de f , et on a, pour
Une application f : E → F est surjective si et tout (x, y) ∈ E × F , f (x) = y si et seulement
seulement si, pour tout y ∈ F , l’équation y = f (x) si x = f −1 (y).
admet au moins une solution dans E.
3. f −1 est bijective et (f −1 )−1 = f .
Exercice 4.2.6.

124
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

Démonstration. 1. Si f bijective, on construit g. Soit Remarque 4.3.7.


y ∈ F . On note g(y) l’unique antécédent de y par f : Une injection réalise toujours une bijection sur
donc g est une fonction bien définie (tout point a une
son image.
et une seule image). On vérifie bien que f ◦ g = IF et
que g ◦ f = IdE .
Si g existe, on montre que f est injective et que f est
surjective. Théorème 4.3.8 (Composée de bijections.).
Soit E, F et G trois ensembles, f : E → F et
2. Unicité : on utilise l’injectivité de f .
Équivalence : facile par double implication. g : F → G deux bijections. Alors g ◦ f est une
bijection et (g ◦ f )−1 = f −1 ◦ g −1 .
3. On utilise le point (i) pour la bijectivité et le point
(ii) pour l’unicité.
Démonstration.
Utilise les résultats analogues sur injectivité et surjectivité.
Ou encore : on donne l’inverse (formule à connaître !)
Ne JAMAIS parler de f −1 avant d’avoir (g◦f )−1 = f −1 ◦g −1 , et surtout ne pas inverser les membres
montré qu’elle existe. !

Exercice 4.3.9.
Dans le cas d’une fonction réelle, il ne faut Trouver deux applications f et g toutes les deux
pas confondre f −1 et 1/f . Ex : f = 1 (1/f existe, non bijectives, telles que g ◦ f est bijective.
pas f −1 ), f : x 7→ x (f −1 existe, pas 1/f ).
• Le graphe de la réciproque d’une fonction est le
4.4 Un peu de vocabulaire anglais ...
symétrique par rapport à la première bissectrice
du plan du graphe de cette fonction. En effet, si on • Application : mapping ou map .
note Γ le graphe de f et Γ′ celui de sa réciproque, • Injection : injection ou one-to-one mapping .
on a par définition, pour tous x et y, (x, y) ∈ Γ si • Surjection : surjection ou onto mapping .
et seulement si (y, x) ∈ Γ′ . • « non injection » : many-to-one mapping .
• Bijection : bijection ou one-to-one correspon-
Exemple 4.3.4.
√ dance .
x 7→ x2 et x 7→ x, x 7→ ln x et x 7→ e x , tan et
arctan (sur leurs espaces de départ et d’arrivée
usuels).
Remarque 4.3.5.
5 Image directe, tiré en arrière.
Une application f : E → F est bijective si et
seulement si, pour tout y ∈ F , l’équation y = f (x)
5.1 Image directe
admet exactement une solution dans E.
• En pratique, pour montrer que f est bijective, Définition 5.1.1.
on peut au choix : Soit E et F deux ensembles, f : E → F une
application et A une partie de E. On appelle
1. montrer que f est injective et surjective ;
image directe de A par f l’ensemble des images
2. montrer que f a une réciproque en raisonnant des éléments de A (voir figure VIII.14), i.e. la
par équivalence : y = f (x) ssi x = f −1 (y), partie de F :
où f −1 est alors à donner (on résout donc
y = f (x)) ; f (A) = { f (x) | x ∈ A }
3. donner f −1 et vérifier que f ◦ f −1 = Id et = { y ∈ F | ∃x ∈ A, y = f (x) } .
f −1 ◦ f = Id.
Exemple 4.3.6.
Reprendre l’exercice 4.2.6 et déterminer l’inverse Remarque 5.1.2.
de cette application. La seconde forme de f (A) est la plus pratique à
utiliser et est à retenir en priorité.

125
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

Remarque 5.1.3.
La notation f (E) utilisée pour l’image de f est des éléments de B (voir figure VIII.15), i.e. la
bien cohérente. partie de E :

Remarque 5.1.4. f ← (B) = { x ∈ E | f (x) ∈ B } .


On a toujours f (A) ⊂ Im(f ).

Remarque 5.2.2.
• Le vocabulaire officiel est plutôt « image réci-
A• f
proque de B par f » et la notation officielle est :
• f (A) • f −1 (B).

• D’expérience, cette terminologie et cette nota-
tion sont une source de confusions désastreuses.
• • Ne l’utilisez qu’une fois cette notion solidement

E F acquise.

Figure VIII.14 – Image directe d’une partie A


par une application f . •
• f
• •
f ← (B) B

• Cela se lit aisément sur un graphe. •

Exercice 5.1.5. • •

Soit c : R → R , déterminer c([2, 4]) et E F
x 7→ x2
c(] − 1, 3]).
Figure VIII.15 – Tiré en arrière d’une partie B
Exercice 5.1.6. par une application f .
Soit E et F deux ensembles, f : E → F une
application, A et B deux parties de E.
• Si A ⊂ B, est-ce que f (A) ⊂ f (B) ? • On lit aussi le tiré en arrière d’une partie sur le
• Comparer f (A∪B) et f (A)∪f (B), puis f (A∩B) graphe d’une fonction.
et f (A) ∩ f (B).
Ne pas confondre avec la réciproque d’une
fonction, qui n’existe pas si f n’est pas bijective.
Proposition 5.1.7. • Notamment, les notations f ← ({x}) et f −1 (x)
Soit E et F deux ensembles, f : E → F une ne font formellement pas référence au même type
application. Alors f est surjective si et seulement d’objet.
si f (E) = F . Exercice 5.2.3.
Soit c : R → R , déterminer c← ([1, 4[) et
x 7→ x2
5.2 Tiré en arrière c ([−3, 1]).

Théorème 5.2.4.
Définition 5.2.1. Soit E et F deux ensembles. Si f : E → F est
Soit E et F deux ensembles, f : E → F une une application bijective et si B ⊂ F , alors on a
application et B une partie de F . On appelle tiré f ← (B) = f −1 (B), où la deuxième écriture désigne
en arrière de B par f l’ensemble des antécédents l’image directe par f −1 .

126
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

Démonstration.
Soit x ∈ E, alors

x ∈ f −1 (B) ⇔ ∃y ∈ B, x = f −1 (y)
⇔ ∃y ∈ B, f (x) = y
⇔ f (x) ∈ B
⇔ x ∈ f ← (B)

Exercice 5.2.5.
Soit E et F deux ensembles, f : E → F une
application, A et B deux parties de F .
• Si A ⊂ B, est-ce que f ← (A) ⊂ f ← (B) ?
• Comparer f ← (A ∪ B) et f ← (A) ∪ f ← (B), puis
f ← (A ∩ B) et f ← (A) ∩ f ← (B).

Proposition 5.2.6.
Soit E, F deux ensembles non vides, soit f : E →
F.
Alors, { f ← ({y}) | y ∈ F } est un recouvrement
disjoint de E, tandis que { f ← ({y}) | y ∈ Im(f ) }
est une partition de E.
De même, si (Fi )i∈I est une partition de Im(f ),
alors { f ← (Fi ) | i ∈ I } est une partition de E.

127
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

128
Chapitre IX

Calcul matriciel
Sommaire
1 Définitions élémentaires . . . . . . . . . 130
1.1 Opérations sur les matrices . . . . . . 130
1.2 Matrices carrées . . . . . . . . . . . . . 132
1.3 Matrices inversibles . . . . . . . . . . . 133
1.4 Matrices et opérations élémentaires . . 134
1.5 Transposition et matrices symétriques 137
1.6 Inversion de matrices triangulaires. . . 138
2 Systèmes linéaires . . . . . . . . . . . . . 139
2.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . 139
2.2 Systèmes et matrices inversibles . . . . 140
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

n, m, p, q et r désignent des entiers naturels


non nuls, et K désigne R ou C. • On appelle matrice nulle d’ordre n la ma-
trice carrée d’ordre n dont tous les coeffi-
cients sont nuls. On la note simplement 0n ,
1 Définitions élémentaires ou 0 sans référence à sa taille s’il n’y a pas
d’ambiguïté.
• On appelle matrice identité d’ordre n la
Définition 1.0.1. matrice
On appelle matrice de taille n × p (ou à n lignes
1 0 0
 
et p colonnes), à valeurs (ou coefficients) dans K, ...
toute famille de np éléments de K, ces éléments . .. .. .. 
.

0 . 
étant notés (aij )1⩽i⩽n,1⩽j⩽p , et présentés sous la In = (δi,j )1⩽i,j⩽n = . . .
 
. .. ..
. . 0 

forme d’un tableau de la manière suivante :
0 ... 0 1
a1,1 ... a1,p
 
 .. ..  . • On appelle matrice diagonale toute matrice
A= . .  carrée (aij )1⩽i,j⩽n telle que pour tous i, j ∈
an,1 . . . an,p J1, nK, i ̸= j ⇒ ai,j = 0.
On note A = (aij )1⩽i⩽n,1⩽j⩽p , les (ai,j ) étant les • On appelle matrice triangulaire supérieure
coefficients de la matrice A, ai,j étant le coefficient (resp. inférieure) toute matrice carrée
de la ie ligne et de la j e colonne. (aij )1⩽i,j⩽n telle que pour tous i, j ∈ J1, nK
La matrice (ai,j )1⩽j⩽p est la ie ligne de A, par- tells que i > j (resp. i < j), aij = 0.
fois notée ai,∗ .
La matrice (ai,j )1⩽i⩽n est la j e colonne de A,
Remarque 1.0.6. 1. On note généralement les
parfois notée a∗,j .
matrices par des lettres majuscules, et la
famille des coefficients par la lettre minuscule
Remarque 1.0.2. correspondante.
Le premier indice indique toujours la ligne et
2. On identifie les matrices colonnes de Mn,1 (K)
le second indice indique toujours la colonne. En
avec les éléments de Kn .
général (mais attention quand même), on les note
respectivement i et j. 3. On se gardera d’identifier les matrices lignes
avec les éléments de Kn car on préfère les
Exemple 1.0.3.
identifier avec d’autres objets mathématiques
Donner la matrice (i × j)1⩽i⩽3,1⩽j⩽5 .
(on verra cela plus tard).

Définition 1.0.4 (symbole de Kronecker).


Si i, j sont deux objets, on note 1.1 Opérations sur les matrices
(
1 si i=j
δi,j = .
0 si i ̸= j Définition 1.1.1.
Soient A = (aij )1⩽i⩽n,1⩽j⩽p et B =
(bij )1⩽i⩽n,1⩽j⩽p deux matrices de même
taille, et λ ∈ K un scalaire.
Définition 1.0.5. • L’ensemble des matrices
Addition On appelle somme de A et B la ma-
de taille n × p est noté Mn,p (K).
trice (aij + bij )1⩽i⩽n,1⩽j⩽p , notée A + B.
• On appelle matrice carrée d’ordre n toute
matrice de taille n × n. L’ensemble des ma- Produit par un scalaire On note λA la ma-
trices carrées d’ordre n est noté Mn (K). trice (λaij )1⩽i⩽n,1⩽j⩽p .

130
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

Remarque 1.1.6.
Attention aux tailles des matrices : on Le produit de deux matrices non nulles peut valoir
ne peut additionner n’importe quoi avec n’importe la matrice nulle.
quoi. Par exemple, avec
Exemple
! 1.1.2. ! ! ! !
0 1 2 0 4 1 0 1 1 0
+2 = . A= et B = ,
−1 2 1 3 1 8 0 0 0 0

alors AA = 0, AB = 0 et BA ̸= 0.
Définition 1.1.3 (Produit matriciel). Ainsi, on ne peut pas « simplifier » dans un
Soient A ∈ Mn,p (K) et B ∈ Mp,q (K). On ap- produit. Ici : A × A = A × B mais A ̸= B.
pelle produit de A par B noté AB !
la matrice de
p
Mn,q (K) de coefficients aik bkj .
X

k=1

Proposition 1.1.7.
Gare aux dimensions, on ne peut pas Le produit matriciel est :
multiplier n’importe quelle matrices.
Associatif : si A ∈ Mn,p (K), B ∈ Mp,q (K),
C ∈ Mq,r (K), alors (AB)C et A(BC) sont
Exemple 1.1.4. • On tâchera d’organiser les dans Mn,r (K) et sont égales, notées ABC.
produits comme suit : Bilinéaire : si A, B, C, D sont des matrices de
taille convenable, et si λ ∈ K, alors (A +
B
z }| !{ λB)C = AC + λBC et A(C + λD) = AC +
1 0 2 λAD.
Dim. OK
−1 3 2 Les matrices nulles et identité jouent un rôle bien
2 1 1 3 6
   
particulier. Si A ∈ Mn,p (K) et q ∈ N∗ , alors
1 0  1 0 2 
   
Neutre à gauche : In A = A
4 2 2 6 12
| {z } | {z } Neutre à droite : AIp = A
A =AB
Mult. par 0 à gauche : 0q,n A = 0q,p
• Le produit impossible : Mult. par 0 à droite : A0p,q = 0n,q
! !
1 3 0 2 3
× .
2 1 1 1 1
Démonstration.
Bien qu’un peu technique, nous donnons ici la démonstra-
tion ; nous en verrons plus tard une autre.
Ce produit comporte plein de pièges.
1. A = (aij ), B = (bij ), C = (cij ). Ainsi,
Remarque 1.1.5.
Le produit matriciel n’est pas commutatif, par
q
!
X
BC = bik ckj
exemple : k=1 1⩽i⩽p,1⩽j⩽r
! ! ! !
1 1 1 0 1 0 1 1 et
× ̸= × .
0 1 0 2 0 2 0 1 !!
p q
X X
A(BC) = aiℓ × bℓk ckj .
Et même pire, AB peut exister mais pas BA. ℓ=1 k=1 1⩽i⩽n,1⩽j⩽r

131
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

Or, si 1 ⩽ i ⩽ n et 1 ⩽ j ⩽ r, Soit M ∈ Mn,p (K) et


p q
! p q
x1
X X X X  
aiℓ × bℓk ckj = aiℓ × bℓk ckj
 .. 
ℓ=1 k=1 ℓ=1 k=1 X =  . .
p q
X X xp
= aiℓ bℓk ckj
ℓ=1 k=1
q
XX p Alors, en notant C1 ,. . .,Cp les colonnes de M , on a
= aiℓ bℓk ckj
k=1 ℓ=1 p
MX =
X
q
X X p
!
x k Ck .
= aiℓ bℓk × ckj , k=1
k=1 ℓ=1

En particulier, la matrice M X est une combinai-


qui est le coefficient i, j de (AB)C. D’où l’égalité son linéaire de la famille (C1 , . . . , Cn ).
voulue.

2. idem
Remarque 1.1.10.
n
! En reprenant les notations de la remarque précé-
dente, si l’on note Ei la matrice colonne élémen-
X
3. In A = δik akj = (δii aij ) = (aij ) = A.
k=1 taire de dimension p (tous ses coefficients sont
4. Direct. nuls, sauf le ie qui vaut 1), c’est-à-dire

0
 
 .. 
Remarque 1.1.8. .
 
Par associativité, il y a 5 manières de calculer 0
 
ABCD qui conduisent toutes au même résul- Ei = 1 = (δi,k )1⩽k⩽p ,
 

tat : ((AB)C)D = (A(BC))D = A((BC)D) = 0


 

A(B(CD)) = (AB)(CD). Mais le temps de calcul  .. 


 
.
est-il le même dans les 5 cas ? C’est le problème 0
de la multiplication matricielle enchaînée (Matrix
chain multiplication ou Matrix Chain Ordering le 1 se trouvant en ie position.
Problem (MCOP) en anglais). Plus généralement, On a alors
le problème est de savoir dans quel ordre effec-
tuer les produits pour calculer le plus efficacement δ1i
 
p
possible un produit de matrices M1 .M2 . · · · .Mn .  .. 
M Ei = M  .  = δki Ck = Ci .
X
Ce problème peut se résoudre par programmation k=1
δpi
dynamique, ce qui est au programme en option
informatique, mais même si ce n’est pas toujours
la solution optimale, il vaut mieux commencer 1.2 Matrices carrées
par les produits qui font apparaître des « petites »
matrices. Remarque 1.2.1.
Si A et B sont deux matrices carrées d’ordre n,
Précisément, le produit d’une matrice n × p par
alors AB et BA sont définies et également de
une matrice p × q nécessite de l’ordre de n × p × q
taille n. On dit que le produit matriciel est une
opérations. Ainsi, si A ∈ M10,100 (K), B ∈ M100,5
loi de composition interne de Mn (K).
et C ∈ M5,50 , le calcul de (AB)C demande de
De plus, In .A = A.In = A. On dit que In est le
l’ordre de (10 × 100 × 5) + 10 × 5 × 50 = 7 500
neutre de Mn (K) pour le produit matriciel.
opérations, alors que celui de A(BC) en demande
de l’ordre de 100 × 5 × 50 + 10 × 100 × 50 = 75 000. Enfin, la propriété de bilinéarité montrée précé-
demment montre que (Mn (K), +, ×) a une struc-
Remarque 1.1.9. ture d’anneau, non commutatif.

132
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

Remarque 1.2.2. Démonstration.


Soit a1 , . . . , an et b1 , . . . , bn des nombres com- On fixe q = 1 et on montre par récurrence que, pour tout
p ∈ N, Ap B = BAp .
plexes. Alors,
On fixe alors p ∈ N et on utilise ce que l’on vient de
montrer avec Ap à la place de B et B à la place de A.
a1 0 b1 0 a1 b1 0
    
.. .. .. Démonstration (Formule du binôme de Newton).
. . = .
    
   Reprendre la démonstration du binôme de Newton pour
0 an 0 bn 0 an bn des complexes, en repérant bien à quel endroit le fait que
les deux matrices commutent intervient, on utilise alors le
lemme 1.2.6.
Définition 1.2.3 (Puissances d’une matrice car- Exemple 1.2.7.
rée). Calculer A2 avec
On les définit par récurrence : si M ∈ Mn (K),
alors, M 0 = In , M 1 = M , et pour tout k ∈ N, 1 1 1
 

M k+1 = M × M k (on a donc, pour tout k ∈ N∗ , A = 2 0 0


 
Mk = M |
× M{z. . . × M}. Ainsi pour tout k ∈ N, 1 0 0
k fois
1 0 1 0 1 0
   
on a Mn ∈ Mn (K).
= 2 −1 0 + 0 1 0
   
0 −2 0 1 2 0
Remarque 1.2.4. = B + C.
On remarque que les puissances d’une même ma-
trice commutent entre elles : Calculer A3 avec

3 0 0
 
Mk × Mj = M × M{z. . . × M} × M × M{z. . . × M}
A = 0 1 −2
| |  
k fois j fois

= |M × M{z. . . × M} 0 4 6
1 0 0 2 0 0
   
(k+j) fois
= 0 1 −1 + 0 0 −1
   
= |M × M{z. . . × M} × M × M{z. . . × M}
| 0 1 2 0 3 4
j fois k fois

=M ×M . j k = B + C.

1.3 Matrices inversibles


Théorème 1.2.5 (Formule du binôme de New-
ton).
Elle est valable pour les matrices carrées qui com- Définition 1.3.1.
mutent. Soit A ∈ Mn (K). On dit que A est inversible s’il
Soit n ∈ N∗ et p ∈ N, soit A, B ∈ Mn (K) existe une matrice B ∈ Mn (K) telle que AB =
vérifiant AB = BA. Alors, BA = In .
p ! Dans ce cas B est unique, est appelée l’inverse
p k p−k
(A + B) = de A et est notée A−1 .
X
p
A B .
k=0
k On note GLn (K) l’ensemble des matrices car-
rées d’ordre n à coefficients dans K inversibles.

Démonstration (Unicité).
Lemme 1.2.6. Soit B, C ∈ Mn (K) deux « inverses » de A. Alors,
Soit A, B ∈ Mn (K) vérifiant AB = BA. Alors, B = BIn = B(AC) = (BA)C = In C = C.
pour tout p, q ∈ N, Ap B q = B q Ap .

133
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

Remarque 1.3.2.
Une matrice inversible commute toujours avec son Proposition 1.3.8. !
inverse. Une matrice carrée d’ordre 2, notée A =
a b
,
c d
Exercice 1.3.3. ! est inversible si et seulement si son détermi-
0 1
Montrer que la matrice A = étudiée pré- nant est non nul. ! Le cas échéant, A
−1 =
0 0
1 d −b
cédemment n’est pas inversible. .
ad − bc −c a

Définition 1.3.4 (Puissances négatives d’une Démonstration.


 
matrice inversible.). Soit A =
a b
, on a toujours (le vérifier par le calcul)
c d
Soit A ∈ GLn (K), soit p ∈ Z. On définit :
A2 − (a + d)A + (ad − bc)I2 = 0.
A−p = (A−1 )p
1
Alors, si det A =
̸ 0, avec B = ((a + d)I2 − A), on a
det A
AB = BA = I2 donc A est inversible, d’inverse B.
Réciproquement, si det A = 0, alors A(A−(a+d)I2 ) = 0.
Si A est inversible, en multipliant par cet inverse on obtient
Proposition 1.3.5.
que A est diagonale, puis que a = 0 ou que d = 0 ... Dans
Soit A ∈ GLn (K). Alors, pour tout p ∈ N, Ap est les deux cas, A2 = 0 donc A ne peut être inversible (à vous
inversible et de réfléchir pourquoi !).
(Ap )−1 = A−p .
1.4 Matrices et opérations élémen-
Démonstration.
taires
Soit p ∈ N. Comme A et A−1 commutent, Ap (A−1 )p =
(AA−1 )p = Inp = In , de même de l’autre côté.
Dans toute cette partie, on considère des ma-
trices carrées de dimension n. Nous allons définir
pour les matrices des opérations sur les lignes
similaires à celles déjà vues pour les systèmes
Proposition 1.3.6. linéaires. En ce qui concerne les matrices, nous
Soit A, B ∈ GLn (K). Alors AB est inversible et pourrons aussi définir des opératinos analogues
sur les colonnes. Nous verrons à la fin de ce cha-
(AB)−1 = B −1 A−1 .
pitre en quoi ces opérations sont importantes pour
la résolution des systèmes linéaires.

Démonstration.
(AB) B −1 A−1 = AIn A−1 = In , de même de l’autre

côté. Définition 1.4.1 (matrice élémentaire).
Enfin, le cas particulier des matrices carrées Si 1 ⩽ i, j ⩽ n, on définit la matrice
d’ordre 2 est à connaître sur le bout des doigts.
0 ... 0
 
...
. .. 
 .. 1 .
Ei,j = . = (δi,k δj,ℓ )1⩽k,ℓ⩽n ,
 
. .. 
Définition 1.3.7. . .

Le déterminant
! d’une matrice carrée d’ordre 2 0 ... ... 0
a b
A= est det A = ad − bc.
c d le 1 se trouvant sur la ie ligne et la j e colonne de
M.

134
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

Remarque 1.4.2. Donnons maintenant deux résultats techniques,


Si M = (mi,j ) ∈ Mn (K), alors dont la maîtrise se révélera être importante : vous
devrez savoir les retrouver efficacement.
M=
X
mi,j Ei,j .
1⩽i,j⩽n

Remarque 1.4.3. Proposition 1.4.6 (produit de deux matrices


On pourrait très bien considérer des matrices élé- élémentaires).
mentaires qui ne soient pas carrées. Les résultats On a
suivants sont alors valides, sous réserve de com- (
Ei,ℓ si j=k
patibilité des dimensions lors des produits, mais Ei,j Ek,ℓ = δj,k Ei,ℓ = .
0 si j ̸= k
les notations deviennent alors plus lourdes.
Commençons par voir qu’une telle matrice élé-
mentaire peut simplement s’écrire comme le pro-
Nous pouvons donner trois démonstrations (ou
duit d’une colonne élémentaire par une ligne élé-
plutôt, trois versions d’une même démonstration)
mentaire.
de ce résultat. Le plus important est toutefois
de savoir tracer le dessin du produit de ces deux
Lemme 1.4.4. matrices : le produit s’y lit immédiatement.
Si 1 ⩽ i, j ⩽ n, notons Γi la matrice colonne de Tout d’abord, utilisons la remarque 1.1.10.
dimension n dont tous les coefficients sont nuls,
Démonstration.
sauf le ie qui vaut 1, et Λj la matrice ligne de Soit α ∈ [[1, n]]. La αe colonne de Eij ×Ek,ℓ est Eij Cα où Cα
dimension n dont tous les coefficients sont nuls, est la αe colonne de Ek,ℓ (c’est une colonne élémentaire).
sauf le j e qui vaut 1 : Si α =
̸ ℓ, Cα = 0n1 , donc toutes les colonnes de Ei,j ×
Ek,ℓ sont nulles sauf peut-être la ℓe.
0 Cette ℓe colonne de Ek,ℓ est égale à Γk (colonne élé-
 
 ..  mentaire introduite dans le lemme 1.4.4). Par la re-
. marque 1.1.10, Eij Γk est la ke colonne de Eij . Celle-ci
 
0 est nulle si j =
̸ k. Sinon, il s’agit de la colonne élémentaire
Γi .
 
Γi = 1 = (δi,k )1⩽k⩽n ,
 
On en déduit le résultat.
0
 
 ..  On peut également adopter une démonstration
 
.
purement calculatoire.
0
Démonstration.
le 1 se trouvant en ie position, et Notons (mab )(a,b)∈[[1,n]]×∈[[1,q]] les coefficients du produit
Eij Ekh . Alors, soit (a, b) ∈ [[1, n]] × [[1, q]]. On a
 
Λj = 0 · · · 0 1 0 ··· 0 = (δj,ℓ )1⩽ℓ⩽n , p
X
mab = (δai δcj )(δck δbh )
le 1 se trouvant en j position.
e c=1

Alors, Ei,j = Γi Λj . = (δai δjj )(δjk δbh )


= δjk (δai δbh )

Remarque 1.4.5. mab est donc le coefficient de la ligne a, colonne b de


δjk Eih .
Cela signifie que la ie ligne de Ei,j est Λj , la j e
colonne de Ei,j est Γi , les autres lignes et colonnes Utilisons maintenant le résultat du lemme 1.4.4
étant nulles. pour obtenir une forme différente de cette démons-
Démonstration. tration.
Cela peut s’observer en dessinant le produit Γi Λj . Démonstration.
On peut aussi l’observer sur la formule définissant Ei,j . Reprenons les notations du lemme 1.4.4. On a
Comme Γi = (δi,k )1⩽k⩽n et comme Λj = (δj,ℓ )1⩽ℓ⩽n ,
alors par la formule du produit matricielle on a Γi Λj = Ei,j Ek,ℓ = Ci Lj Ck Lℓ = (Lj Ck )Ci Lℓ = (Lj Ck )Ei,ℓ .
(δi,k δj,ℓ )1⩽k,ℓ⩽n = Ei,j . | {z }
∈K

135
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

Il suffit alors de considérer le produit


n 2. Li ← λLi avec λ =
̸ 0 (idem avec des co-
lonnes) ;
X
Lj Ck = δj,a δa,k .
a=1
3. Li ← Li + λLj , avec i ̸= j (idem avec des
Remarquons que si a ̸= j ou si a ̸= k, on a δj,a δa,k = 0. colonnes).
Si j ̸= k, on ne peut jamais avoir simultanément a = j
et a = k, donc on a toujours δj,a δa,k = 0, donc Lk Ck = 0.
Si j = k, on a Lj Ck = δj,j δk,k = 1.
En résumé, on a Lj Ck = δj,k , donc Ei,j Ek,ℓ = δj,k Ei,ℓ .
Définition 1.4.9 (matrices d’opérations élémen-
taires).
Soit 1 ⩽ i ̸= j ⩽ n, soit λ ∈ K.
Lemme 1.4.7 (produit matrice - matrice élémen-
taire). 1. On appelle matrice d’échange de coefficients
Soit M ∈ Mn (K), dont on note les colonnes i, j la matrice εij = In − Eii − Ejj + Eij + Eji
C1 , . . . , Cn et dont on note les lignes L1 , . . . , Ln . (la dessiner).
Soit 1 ⩽ i, j ⩽ n. 2. On appelle matrice de dilatation de coeffi-
1. M Ei,j est la matrice dont toutes les colonnes cient i et de rapport λ la matrice Di (λ) =
sont nulles, sauf la j e qui vaut Ci . In + (λ − 1)Eii (la dessiner).
2. Ei,j M est la matrice dont toutes les lignes 3. On appelle matrice de transvection de co-
sont nulles, sauf la ie qui vaut Lj . efficients i, j et de rapport λ la matrice
Tij (λ) = In + λEij (la dessiner).

Démonstration.
Le plus efficace est de réaliser le dessin du produit matri-
ciel. On peut aussi voir cela comme une traduction de la
remarque (fondamentale) 1.1.10.
Théorème 1.4.10.
On peut aussi effectuer un calcul : Soit A ∈ Mn (K), et i, j ∈ J1, nK.

M Ei,j =
X
mk,ℓ Ek,ℓ Ei,j
1. L’opération Li ↔ Lj est équivalente à la
1⩽k,ℓ⩽n
multiplication de la matrice A à sa gauche
X par la matrice εij .
= mk,ℓ δℓ,i Ek,j
1⩽k,ℓ⩽n 2. L’opération Li ← λLi est équivalente à la
n
X multiplication de la matrice A à sa gauche
= mk,i Ek,j ,
par la matrice Di (λ).
k=1

ce qui est exactement le résultat annoncé.


3. L’opération Li ← Li + λLj est équivalente à
On procède de même pour l’autre produit. la multiplication de la matrice A à sa gauche
par la matrice Tij (λ).
Définition 1.4.8. 4. L’opération Ci ↔ Cj est équivalente à la
Il existe trois types d’opérations élémentaires sur multiplication de la matrice A à sa droite par
les lignes et colonnes d’une matrice : la matrice εij .
1. l’échange de deux lignes ou deux colonnes ; 5. L’opération Ci ← λCi est équivalente à la
multiplication de la matrice A à sa droite par
2. la multiplication d’une ligne/colonne par un
la matrice Di (λ).
scalaire non nul ;
6. L’opération Cj ← Cj + λCi est équivalente à
3. l’addition à une ligne/colonne d’une autre
la multiplication de la matrice A à sa droite
ligne/colonne multipliée par un scalaire.
par la matrice Tij (λ) (attention aux coeffi-
Ces opérations sont notées respectivement : cients !).
1. Li ↔ Lj et Ci ↔ Cj ;

136
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

Démonstration. élémentaires sur les lignes et/ou les colonnes de


On appelle L1 , . . . , Ln les lignes de A et C1 , . . . , Cp ses A.
colonnes.
Tout est fondé sur le lemme 1.4.7.
Ei,j A est la matrice nulle, sauf pour sa ie ligne qui vaut 1.5 Transposition et matrices symé-
Lj . On a alors immédiatement les effets demandés. triques
Exemple 1.4.11.
Calculer
Définition 1.5.1.
1 0 0 1 2 3 1 0 0 1 0 0
    
Soit A ∈ Mn,p (K), A = (aij ). On appelle transpo-
0 2 0 4 5 6 0 0 1 2 1 0
    
sée de A la matrice de dimension p × n notée A⊤
0 0 1 7 8 9 0 1 0 0 0 1
et définie par
7 3 2
 

On trouve 32 12 10.


  ∀i ∈ J1, pK, ∀j ∈ J1, nK, (A⊤ )i,j = aj,i .
25 9 8

Théorème 1.4.12 (inversion des matrices d’opé- Remarque 1.5.2.


rations élémentaires). On trouvera parfois aussi la notation t A.
Soit 1 ⩽ i ̸= j ⩽ n, soit λ ∈ K. Alors, les trois
Exemple 1.5.3.
matrices d’opérations élémentaires introduites ci- ! !⊤ !
dessus sont inversibles et
 ⊤ 4 1 0 1 2
4 2 = et = .
2 2 3 0 3
ε−1
ij = εij , On a aussi In = In .

Di (λ)−1 = Di (λ−1 ),
Tij (λ)−1 = Tij (−λ). Proposition 1.5.4.
Soient A, B ∈ Mn,p (K), λ ∈ K.
1. (A + λB)⊤ = A⊤ + λ B ⊤ , i.e. A 7→ A⊤ est
Démonstration.
Il suffit d’utiliser le résultat précédent. Par exemple, effec- linéaire.
tuer le calcul 2. Si C ∈ Mp,q (K), (AC)⊤ = C ⊤ A⊤ .
ε2ij = εij εij = In
revient à échanger deux fois les lignes i et j de In . On
3. (A⊤ )⊤ = A.
revient donc à la configuration de départ, et donc ε2ij = In . 4. Si A est inversible, alors A⊤ est inversible et
On procède de même pour les deux autres. (A−1 )⊤ = (A⊤ )−1 .
On peut aussi calculer directement, par exemple, comme
In et λEij commutent :
Tij (λ)Tij (−λ) = (In + λEij )(In − λEij ) Démonstration. 1. Élémentaire.
= In2 − λ2 Eij
2
2. A = (aij ), C = (cij ), A⊤ = (αij ), C ⊤ = (γij ), avec
= In . αij = aji , γij = cji , et on conclut par calcul direct.

En effet, comme i ̸= j, alors Eij


2
= δij Eij = 0. 3. Élémentaire.
4. On a AA−1 = In , donc en transposant (A−1 )⊤ ×
Remarque 1.4.13. A⊤ = In⊤ = In .
Si par opérations élémentaires sur les lignes ou les
colonnes d’une matrice on arrive à In , on obtient
Remarque 1.5.5.
donc rapidement l’inverse de cette matrice.
La transposition permet de transformer des résul-
Exercice 1.4.14. ! tats sur les colonnes en résultats sur les lignes, et
1 3 inversement. Par exemple, une matrice est inver-
Avec A = , montrer que A est inver-
−2 2 sible si et seulement si ses lignes sont linéairement
sible et calculer A−1 en procédant par opérations indépendantes.

137
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

Soit A, B ∈ Mn (R) deux matrices triangulaires supé-


Définition 1.5.6. rieures, soit 1 ⩽ j < i ⩽ n. Le coefficient d’indice (i, j) de
A ∈ Mn (K) est dite symétrique (resp. antisymé- AB est
n
trique) si A = A⊤ (resp. A = −A⊤ ).
X
ai,k bk,j
On note souvent Sn (K) l’ensemble des matrices k=1

symétriques de dimension n à coefficients dans K, Considérons k ∈ [[1, n]]. Si k > j, on a bk,j = 0, car B est
et An (K) celui des matrices antisymétriques. trianglaire supérieure. Sinon, on a k ⩽ j, donc k < i, donc
on a ai,k = 0, car A est trianglaire supérieure.
n
X
Ainsi, ai,k bk,j = 0, donc AB est triangulaire supé-
Remarque 1.5.7. k=1

Une matrice symétrique ou antisymétrique est rieure.


toujours carrée.
Exemple
! 1.5.8. ! Théorème 1.6.2.
0 2 1 0 Une matrice triangulaire est inversible si et seule-
est symétrique, pas .
2 1 2 1 ment si aucun de ses coefficients diagonaux n’est
nul.
Exemple
! 1.5.9. ! Le cas échéant, l’inverse d’une matrice triangu-
0 −2 1 0
est anti-symétrique, pas . laire est triangulaire, de même type.
2 0 0 1

On donne ici une preuve élémentaire de ce ré-


Proposition 1.5.10. sultat, nous en donnerons une plus abstraite (et
Les coefficients diagonaux d’une matrice antisy- plus efficace) au second semestre.
métrique sont nuls. Démonstration.
Quitte à transposer, il suffit de considérer une matrice
T = (ti,j ) triangulaire supérieure.
Démonstration. Supposons que pour tout 1 ⩽ j ⩽ n, tj,j ̸= 0. On effectue
Soit i ∈ [[1, n]], on a aii = −aii donc aii = 0. pour tout j allant de n à 1 et pour chaque 1 ⩽ i ⩽ j − 1
l’opération
Exercice 1.5.11. ti,j
Li ← Li − Lj ,
Soit M ∈ Mn (R). Montrer qu’il existe un unique tj,j
couple (A, S) tel que puis l’opération
1
• M =A+S ; Lj ←
tj,j
Lj ,
• A ∈ An (R) ; on obtient la matrice identité. Or, toutes les matrices
• S ∈ Sn (R). d’opérations élémentaires utilisées sont triangulaires supé-
rieures. Il existe donc des matrices triangulaires supérieures
T1 . . . Tp telles que
1.6 Inversion de matrices triangulaires.
T1 . . . Tp T = In .

Ainsi, avec T ′ = T1 . . . Tp , on a
Lemme 1.6.1. T ′ T = In .
Le produit de deux matrices triangulaires de
même type est aussi une matrice triangulaire, Il suffit d’observer qu’avec les mêmes opérations sur les
colonnes, dans l’ordre inverse, on obtient
de même type.
T T ′ = In .

Démonstration. Comme produit de matrices triangulaires supérieures, T ′


On réalisera bien entendu un dessin. est triangulaire supérieure. Ainsi, T est inversible et T ′ =
On le démontre pour deux matrices triangulaires supé- T −1 est triangulaire supérieure.
rieures, on obtient par transposition le résultat désiré sur Réciproquement, supposons qu’il existe 1 ⩽ i ⩽ n tel
les matrices triangulaires inférieures. que ti,i = 0. Notons k le plus grand tel indice i. Alors,

138
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

en effectuant les mêmes opérations que précédemment, il SH s’écrit alors AX = 0.


existe une matrice T ′ inversible telle que
 
∗ ... ∗ ∗
 .. .. ..
. . . Définition 2.1.3.


∗ ∗ ∗ Cette matrice A est appelée matrice du système
 
... 
T ′T =  0 ,
 
S.

 1 

 .. 
 . 
1
Théorème 2.1.4. 1. SolH contient toujours
les coefficients non inscrits étant nuls. Or, une matrice
possédant une ligne nulle ou une colonne nulle n’est pas l’élément (0, . . . , 0) et est stable par com-
inversible : si une matrice A a sa ie ligne nulle, alors pour binaison linéaire.
toute matrice B la ie ligne de AB sera nulle, donc AB ̸= In .
2. L’ensemble Sol est :
Ainsi, T ′ T n’est pas inversible, donc T ′ étant inversible,
T ne l’est pas. • soit vide ;
• soit non vide, et dans ce cas, si X0 =
(x1 , . . . , xp ) est un élément de Sol, alors
2 Systèmes linéaires Sol= {X0 + XH , XH ∈ SolH }, ce que l’on
note SolH + (x1 , . . . , xp ).
2.1 Généralités Par conséquent, Sol contient 0, 1 ou une infi-
Rappel 2.1.1. nité d’éléments.
On appelle système linéaire à n équations et p
inconnues tout système de la forme : Démonstration.
On utilise les notations matricielles, le système S s’écrivant
+ . . . + a1p xp = b1


 a11 x1 S : AX = B, avec A ∈ Mn,p (K) et B ∈ Mn,1 (K). Le

 . . . système homogène associé à S est SH : AX = 0. Soit

 . . . X, Y ∈ Mp,1 (K) et λ, µ ∈ K. On a bien
+ . . . + anp xp = bn


an1 x1    
0 0
où les aij et les bi sont dans K, et les xi sont les  ..   .. 
A × . = . ,
inconnues. 0 0
On dit que le système est compatible s’il admet
une solution. donc le vecteur nul est solution du système homogène. De
plus, si X et Y sont solutions de SH , alors
Le système homogène associé est le système :
 
0
+ . . . + a1p xp = 0

a11 x1
A(λX + µY ) = λAX + µAY =  ...  .



 .  
. .
 . . . 0

+ . . . + anp xp = 0


an1 x1 Notamment, si X est une solution de SH , tous les vecteurs
Dans la suite nous noterons S le premier colinéaires à X seront aussi solution de SH , donc SH est
infini.
système et SH son système homogène associé,
Ensuite, soit X0 ∈ Mn,1 (K) solution de S. On a
et nous noterons Sol et SolH leurs ensembles de
solutions respectifs. X ∈ Sol ⇔ AX = B
⇔ AX = AX0
⇔ A(X − X0 ) = 0
Remarque 2.1.2.
⇔ X − X0 ∈ SolH ,
Le système S peut aussi s’écrire sous forme ma-
tricielle AX = B, avec A = (aij )1⩽i⩽n, 1⩽j⩽p , ce qui montre bien que Sol = { X0 + XH | XH ∈ SolH }.
x1 b1
   
 ..   .. 
X =  .  et B =  . . Remarque 2.1.5.
xp bn Si SolH ̸= {(0, . . . , 0)}, alors SolH est infini.

139
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

Exemple 2.1.6. Démonstration.


On considère le système Il suffit de multiplier par M ou par M −1 , dans un sens ou
dans l’autre.
(
x + 3y = 2
2y + z = 1
Proposition 2.2.2.
Le système homogène associé est Effectuer une opération élémentaire sur les lignes
d’un système linéaire donne un système équi-
valent.
(
x + 3y = 0
2y + z = 0
Démonstration.
Si (x, y, z) ∈ R3 , on a Effectuer une opération élémentaire sur les lignes d’un
système linéaire revient à multiplier à gauche la matrice
    de ce système ainsi que le membre de droite par une ma-
( x −3
x + 3y = 0 trice d’opération élémentaire, qui est inversible. Par le
⇔ y  = y  1  .
   
2y + z = 0 lemme 2.2.1, les deux systèmes sont équivalents.
z −2
Le cas particulier où la matrice du système
Ainsi, l’ensemble des solutions homogènes est une est carrée et inversible (on parle de système de
droite vectorielle dirigée par le vecteur de coor- Cramer) est simple.
données (−3, 1, −2).
De même, si (x, y, z) ∈ R3 , on a
Proposition 2.2.3.
( Soit A ∈ GLn (K), soit X, B ∈ Mn,1 (K). Alors,
x + 3y = 2
2y + z = 1 AX = B ⇔ X = A−1 B.
2
     
x −3
⇔ y  = 0 + y  1  .
     
z 1 −2 Démonstration.
Il suffit de multiplier par A ou par A−1 , dans un sens ou
dans l’autre. On peut aussi voir cela comme une consé-
Ainsi, l’ensemble des solutions du système est
quence du lemme 2.2.1.
une droite passant par le point de coordonnées
(2, 0, 1) et dirigée par le vecteur de coordonnées Ce point est toutefois le départ de la méthode
(−3, 1, −2). efficace d’inversion de matrices. Anticipons un peu
un résultat que nous étudierons ultérieurement.
2.2 Systèmes et matrices inversibles
L’inversibilité des matrices d’opérations élémen- Théorème 2.2.4.
taires est la raison pour laquelle le pivot de Gauss Soit A ∈ Mn (K). La matrice A est inversible si et
est bien une méthode de résolution des systèmes seulement si pour tout B ∈ Mn,1 (K), le système
linéaires. AX = B admet une unique solution.
On a en effet le résultat élémentaire suivant.
Démonstration.
Cela sera démontré au second semestre.
Lemme 2.2.1.
Soit A ∈ Mn,p (K), soit X ∈ Mp,1 (K), soit B ∈ Remarque 2.2.5.
Mn,1 (K). Considérons une matrice M ∈ GLn (K). Le cas échéant, on utilise la proposition 2.2.3 pour
Alors, lire l’expression de A−1 .

AX = B ⇔ (M A)X = M B. Exemple 2.2.6. !


1 2
Considérons la matrice A = . Soit
−2 −3

140
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

! !
x a
x, y, a, b ∈ R, notons X = et B = .
y b
On résout le système suivant.
(
x + 2y = a
AX = B ⇔
−2x − 3y = b
(
x + 2y = a

L2 ←L2 +2L1 y = 2a + b
(
x = −3a − 2b

L1 ←L1 −2L2 y = 2a + b
!
−3 −2
⇔X = B
2 1

Ainsi, A est inversible, et on lit


!
−3 −2
A−1 = .
2 1

Exercice 2.2.7.
Pour chacune des matrices suivantes, déterminer
si elle est inversible et, le cas échéant, donner son
inverse. !
1 4
1. A =
2 3
!
4 −2
2. B =
−2 1
4 2 3
 

3. C =  2 2 1
 
−1 −1 0
 
−4 −3 −5
4. D =  4 2 −2
 
4 3 5

141
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

142
Chapitre X

Relations d’ordre et d’équivalence.


Sommaire
1 Relations binaires. . . . . . . . . . . . . 144
2 Relations d’équivalence. . . . . . . . . . 145
3 Relations d’ordre. . . . . . . . . . . . . . 146
4 Majorants, minorants et compagnie. . . 146
4.1 Majorants, minorants. . . . . . . . . . 146
4.2 Plus grand et plus petit éléments. . . . 147
4.3 Bornes supérieure et inférieure. . . . . 147
4.4 Application aux fonctions réelles. . . . 148
5 Relation d’ordre naturelle sur N. . . . . 149
6 Relation d’ordre naturelle sur R. . . . . 150
6.1 Opérations usuelles. . . . . . . . . . . 150
6.2 Propriété de la borne supérieure. . . . 151
6.3 Caractère archimédien de R et partie
entière. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
a Propriété d’Archimède. . . . . . . 152
b Partie entière. . . . . . . . . . . . 152
c Densité de Q dans R. . . . . . . . 152
d Approximations décimales. . . . . 153
6.4 Intervalles de R. . . . . . . . . . . . . . 153
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

Dans tout ce chapitre, E est un ensemble.


(ii) transitive si ∀x, y, z ∈ E, (xRy et yRz) ⇒
xRz.
1 Relations binaires. (iii) symétrique si ∀x, y ∈ E, xRy ⇒ yRx.
(iv) antisymétrique si ∀x, y ∈ E, (xRy et yRx)
⇒ x = y.
Définition 1.0.1.
On appelle relation binaire tout triplet R =
(E, F, Γ) où E et F sont des ensembles et où Γ est
une partie de E × F . Au lieu de noter (x, y) ∈ Γ, Remarque 1.0.7.
on note xRy ce qui se lit : x est en relation avec Ces propriétés peuvent être décelées sur un graphe
y. de la relation binaire, défini en 1.0.4.

Exemple 1.0.8. • « Aimer » ne vérifie au-


Remarque 1.0.2. cune de ces propriétés.
On considèrera uniquement des relations binaires • L’égalité est réflexive, symétrique, antisy-
sur un seul ensemble E, i.e. avec E = F . métrique et transitive.
• Soit f : R → R et xRy ssi y = f (x) :
Exemple 1.0.3. • « Aimer » est une relation les propriétés de cette relation dépendent
binaire : Brandon aime Sue Ellen mais Sue du choix de f mais ne vérifie aucune de
Ellen n’aime pas Brandon. On voit sur cet ces propriétés en général (considérer par
exemple qu’en général xRy n’implique pas exemple f : x 7→ x + 1 et f : x 7→ x).
yRx. • ⩽ est réflexive, transitive et antisymétrique
• L’égalité est l’exemple le plus courant de sur R.
relation binaire. • < est transitive et antisymétrique sur R.
• Soit f : R → R. On peut définir pour tous • ⊂ est réflexive, transitive et antisymétrique
x, y ∈ R, xRy ssi y = f (x) (on a en fait sur P(E).
défini ainsi une application via son graphe). • la divisibilité sur N est réflexive, transitive
• Sur R, ⩽ et < (autre exemple où xRy est et antisymétrique.
vrai mais yRx est faux). • la divisibilité sur Z est réflexive et transitive
• ⊂ est une relation binaire sur P(E). mais pas antisymétrique.
• les divisibilités sur N et Z.
Démonstration. • Montrons le résultat pour ⊂ :
Remarque 1.0.4. Soient A, B, C ∈ P(E).
Une relation binaire sur un ensemble E fini peut • On a bien entendu A ⊂ A, donc ⊂ est réflexive.
être représentée au moyen d’un graphe dont les • On suppose A ⊂ B et B ⊂ C. Alors A ⊂ C et
donc ⊂ est transitive.
sommets sont les éléments de E et dont les arêtes • On suppose A ⊂ B et B ⊂ A. Alors A = B, et ⊂
sont orientées d’un sommet à l’autre : une flèche est antisymétrique.
allant de x à y signifie xRy. • Montrons le résultat pour la divisibilité sur N :
soient n, p, q ∈ N.
Exercice 1.0.5. • On a n = 1 × n donc n|n.
Déterminer le graphe de la relation ⩽ sur • Si n|p et p|q, alors il existe k, ℓ ∈ N tels que p = kn
{0, 1, 2, 3}. Faire de même pour la relation |. et q = ℓp, donc q = (ℓk)n et ainsi n|q.
• Si n|p et p|n, alors il existe k, ℓ ∈ N tels que p = kn
et n = ℓp, donc n = (ℓk)n et ainsi ℓk = 1. Mais ℓ et
k sont deux entiers naturels et sont donc égaux à 1,
Définition 1.0.6. donc n = p.
Soit R une relation binaire sur E. On dit que R Dans le cas de la divisibilité dans Z, on aurait pour
ce point k, ℓ ∈ Z, et donc ℓk = 1 serait aussi vérifié
est : si k = ℓ = −1, et en effet si n = −p on a bien n|p
(i) réflexive si ∀x ∈ E, xRx. et p|n, mais n ̸= p !

144
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

2 Relations d’équivalence. b e

f
Définition 2.0.1.
On appelle relation d’équivalence toute relation a c d
binaire réflexive, transitive et symétrique.
Figure X.1 – À compléter (voir exercice 2.0.4).
Exemple 2.0.2.
• L’égalité sur E est l’exemple le plus classique
de relation d’équivalence.
• La relation de congruence modulo n sur Z en
Proposition 2.0.5.
est aussi une : on fixe n ∈ Z non nul, et on dit
Soit E un ensemble et R une relation d’équiva-
que deux entiers p et q sont congrus modulo n s’il
lence sur E. Soit (x, y) ∈ E 2 . Alors,
existe k ∈ Z tel que p = q + kn, ce qui se note
p = q[n] ou p ≡ q[n]. 1. x ∈ x.
• Si x ∈ R, on définit sur R la relation d’équiva- 2. xRy ⇐⇒ x ∈ y.
lence modulo x par a ≡ b [x] s’il existe k ∈ Z tel 3. xRy ⇐⇒ x = y.
que a − b = kx.
Attention, cette relation n’est pas compatible
avec la multiplication. Démonstration.
• Sur Rn , on a la relation d’équivalence : M RN Le premier point découle de la réflexivité. Le second découle
−−→ −−→ de la définition de y. Pour le troisième, il s’agit de montrer
si OM et ON sont colinéaires. C’est le point de l’équivalence. Le sens direct se fait en montrant une double
départ de la géométrie projective. inclusion, qui découle de la transitivité. Le sens indirect
• Sur Mn (K), deux matrices M et N sont dites découle du premier point et du second.
semblables si ∃P ∈ GLn (K), M = P −1 N P . Cela
définit une relation d’équivalence.
• Sur Mn (K), deux matrices M et N sont dites Définition 2.0.6.
équivalentes si ∃(P, Q) ∈ GLn (K)2 , M = Q−1 N P . Soit E un ensemble, (Ai )i∈I une famille de parties
Cela définit une relation d’équivalence. de E indexée par un ensemble I. On dit que
• Sur un intervalle I, et parmi les fonctions de (Ai )i∈I est une partition de E si les éléments de
classe C 1 sur I, on peut considérer la relation « cette famille sont tous non vides, sont disjoints et
f et g sont deux primitives d’une même fonction si leur réunion vaut E.
», i.e. f ′ = g ′ . C’est une relation d’équivalence,
qui donne son sens à la manipulation du symbole
x
Z
de primitivation générique . Proposition 2.0.7. 1. Si R est une relation
d’équivalence sur E, alors l’ensemble des
classes d’équivalences de R forme une parti-
Définition 2.0.3.
tion de E.
Soit E un ensemble et R une relation d’équiva-
lence sur E. Alors, pour tout élément x de E, 2. Réciproquement, si (Ai )i∈I est une partition
on appelle classe d’équivalence de x l’ensemble de E, alors la relation binaire définie sur E
{ y ∈ E | xRy }, que l’on note parfois x. par xRy si ∃i ∈ I, (x ∈ Ai ) ∧ (y ∈ Ai ) est
une relation d’équivalence.
Exercice 2.0.4.
Compléter le graphe suivant (voir figure X.1) avec Nous introduisons maintenant dans un but
le moins de flèches possibles de manière à obtenir culturel l’ensemble quotient (hors programme).
le graphe d’une relation d’équivalence. Identifier
les classes d’équivalences.

145
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

Exemple 3.0.5. • On définit la relation


Définition 2.0.8. d’ordre usuelle sur N, notée ⩽ par : a ⩽ b si
Si R est une relation d’équivalence sur E, on ∃k ∈ N, b = a+k. C’est une relation d’ordre
appelle ensemble quotient de E par R l’ensemble totale.
des classes d’équivalences, noté E/R. • La relation d’ordre usuelle ⩽ sur R est totale
: quand on choisit deux réels, il y en a
toujours un des deux qui est inférieur ou
Exemple 2.0.9.
égal à l’autre.
Si f : E → F est une application, la relation
• La relation d’ordre ⊂ sur P(E) est partielle
binaire sur E définie par xRy si f (x) = f (y)
(si Card E ⩾ 2) : en effet, quand on choisit
est une relation d’équivalence. Quelle est alors la
deux parties de E, il n’y a aucune raison
partition qui lui est naturellement associée ? On
pour que l’une soit incluse dans l’autre.
pourra alors se poser la question suivante : y a-
• La relation de divisibilité sur N est une re-
t-il un moyen naturel de construire une injection
lation d’ordre partielle : quand on choisit
f˜ : E/R → F ?
deux entiers positifs, l’un n’est pas forcé-
Exemple 2.0.10. ment multiple ou diviseur de l’autre.
On manipule naturellement certains ensembles
Exercice 3.0.6.
quotients : les vecteurs de Rn et les fractions, par
Compléter le graphe suivant (voir figure X.2)
exemple.
avec le moins de flèches possibles de manière à
obtenir le graphe d’une relation d’ordre ⪯ sur
3 Relations d’ordre. E = {a, b, c, d, e, f, g} : la flèche x ← y signifie
x ⪯ y. Continuer ensuite avec l’exercice 4.3.3.

b d f
Définition 3.0.1.
On appelle relation d’ordre toute relation binaire a
réflexive, transitive et antisymétrique.
c e g
Remarque 3.0.2.
L’usage est de noter ≼, parfois ⩽, les relations Figure X.2 – À compléter (voir exercice 3.0.6).
d’ordre.
Exemple 3.0.3.
Reprendre tous les exemples précédents et repérer
les relations d’ordre. 4 Majorants, minorants et com-
pagnie.
Définition 3.0.4. Dans toute cette section, ≼ est une relation
Soit ≼ une relation d’ordre sur E. d’ordre sur E et A est une partie de E.
1. On dit que x, y ∈ E sont des éléments com-
parables si x ≼ y ou y ≼ x. 4.1 Majorants, minorants.
2. On dit que ≼ est une relation d’ordre totale
(ou que cet ordre est total) si tous les éléments Définition 4.1.1. (i) On dit que A est majorée
de E sont comparables deux à deux. Sinon la (resp. minorée) pour ≼ s’il existe un élément
relation est dite partielle (ou l’ordre est dit M ∈ E tel que pour tout a ∈ A, a ≼ M
partiel). (resp. M ≼ a) ; on dit alors que M est UN

146
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

majorant (resp. minorant) de A ou que M Théorème 4.2.3.


majore (resp. minore) A. Si A a un plus grand élément, ce dernier est unique.
(ii) on dit que A est bornée si elle est à la fois Il en est de même pour un petit élément, s’il existe.
majorée et minorée. Dans le cas d’existence, le plus grand élément de
A est alors noté max A, et le plus petit élément
de A est noté min A.

En général, une partie majorée a plu- Démonstration.


sieurs majorants, et peut même en avoir une infi- On suppose que A a deux maxima : ils sont alors récipro-
nité ! quement plus grand l’un que l’autre, et par antisymétrie
ils sont égaux.

Exemple 4.1.2. Exemple 4.2.4.


• [1, 2] dans R est majoré par tout réel x tel que Dans N muni de la relation d’ordre | : 0 est le
2 ⩽ x, et minoré par tout réel y tel que y ⩽ 1. plus grand élément et 1 est le plus petit. En effet
• ] − ∞, 2[ est majoré mais non minoré. tout entier divise 0, et 1 divise tout entier.
• Pour la relation ⊂, P(E) est minorée par ∅ et Exercice 4.2.5.
majorée par E. En reprenant les notations de l’exercice 4.1.3, dé-
Exercice 4.1.3. terminer si A possède un maximum, ainsi qu’un
On considère dans P(Z) muni de ⊂ la partie minimum.
A = { J0, nK | n ∈ N }.
Déterminer l’ensemble des minorants et celui 4.3 Bornes supérieure et inférieure.
des majorants de A.

4.2 Plus grand et plus petit éléments. Définition 4.3.1. (i) S’il existe, le plus petit
élément de l’ensemble des majorants de A
est appelé la borne supérieure de A et noté
sup A.
Définition 4.2.1.
On dit que x ∈ E est un plus grand élément ou (ii) S’il existe, le plus grand élément de l’en-
maximum (resp. plus petit élément ou minimum) semble des minorants de A est appelé la
de A si x est un majorant (resp. minorant de A) borne inférieure de A et noté inf A.
ET x ∈ A.

Il y a une grosse différence entre max


Exemple 4.2.2.
et sup : le premier doit appartenir à A, pas le
• I = [−1, 2[ a un plus petit élément, mais pas de
deuxième.
plus grand élément. En effet, −1 est un minorant
de I et −1 ∈ I. Mais supposons par l’absurde
que I ait un plus grand élément M . Alors M ∈ I, Exemple 4.3.2.
donc M < 2. Ainsi il existe a ∈]M, 2[, donc a ∈ I I = [−1, 2[ a une borne inférieure et une borne
et M < a, ce qui est en contradiction avec le fait supérieure : l’ensemble des minorants de I est
que M majore I. ] − ∞, −1], qui admet −1 comme maximum, et
• R n’est ni majoré ni minoré, donc n’a ni plus donc −1 est la borne inférieure de I. De même
grand ni plus petit élément. [2, +∞[ est l’ensemble des majorants de I, et il
admet 2 comme minimum, donc 2 est la borne
supérieure de I.

147
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

Exercice 4.3.3. Démonstration. 1. ⇒ : car sup A est un majorant de


On reprend l’exercice 3.0.6. Répondre aux ques- A.
⇐ : car sup A est le plus petit majorant de A.
tions suivantes.
2. Remarquons qu’ici, x ≺ y signifie x ≼ y et x ̸= y.
1. Cet ordre est-il total ? Si ce n’est pas le cas, Par définition d’une borne supérieure, il suffit pour
donner deux éléments non comparables. montrer cette équivalence de démontrer que le point
(ii) équivaut à : M est le plus petit majorant de A.
2. E est-il majoré ? Possède-t-il un plus grand Supposons que nous avons (ii). Soit alors N un ma-
élément ? Une borne supérieure ? jorant de A, tel que N ≺ M . Alors avec (ii), il existe
a ∈ A tel que N ≺ a. Ceci est absurde car N majore
3. Même question avec {c, d}.
A, donc M ≼ N : M est bien inférieur à tout majo-
4. Même question avec {d, e}. rant de A.
Suposons réciproquement que M est le plus petit
5. Même question avec {b, d, e}. majorant de A. Soit x ∈ E tel que x ≺ M . Alors, x
6. Même question avec {a, c, f }. étant plus petit que M , x n’est pas un majorant de
A. En prenant la négation de la phrase « x majore
Exercice 4.3.4. A », nous obtenons : il existe a ∈ A tel que x ≺ a.
En reprenant les notations de l’exercice 4.1.3, dé- Mais si de plus M majore A, alors a ≼ M et nous
avons fini.
terminer si A possède une borne supérieure, ainsi
Ce dernier raisonnement sera très souvent utilisé dans
qu’une borne inférieure. les exercices.
Exercice 4.3.5.
On considère la relation d’ordre | sur N. Déter-
miner les ensembles des minorants et majorants Théorème 4.3.8.
des parties suivantes, puis dire si ces parties sont Si A possède un maximum (resp. minimum), alors
majorées, minorées, admettent un maximum, un A a une borne supérieure (resp. inférieure) et
minimum, une borne supérieure ou inférieure (que cette borne est justement le maximum (resp. le
l’on déterminera le cas échéant). minimum) de A : sup A = max A (resp. inf A =
1. A = {1} min A).
2. B = {2, 3}
Démonstration.
3. C = { 2p + 1 | p ∈ N } On ne donne la démonstration que pour la borne supérieure
4. D = { 2p | p ∈ N } (c’est la même pour la borne inférieure) : soit E l’ensemble
des majorants de A. Il faut montrer que E a un plus petit
élément. Par définition max A est un majorant de A, donc
max A ∈ E . Soit M ∈ E . M est plus grand que tout
Proposition 4.3.6.
élément de A, or max A appartient à A donc max A ≼ M ,
Soit A ⊂ E et M ∈ E. et ce pour tout M de E : max A est donc un minorant
1. Si A admet une borne supérieure, alors de E . De ces deux points on tire max A = min E , et donc
max A = sup A.
sup A ≼ M ⇔ ∀x ∈ A x ≼ M .
2. (M = sup A) si et seulement si M vérifie deux
4.4 Application aux fonctions réelles.
points :
(i) M majore A
(ii) si x ∈ E et x ≺ M , alors il existe a ∈ A Définition 4.4.1.
tel que x ≺ a ≼ M . Soient A une partie de R et f : A → R.
(i) On dit que f est majorée (resp. minorée)
Remarque 4.3.7. sur A si f (A) l’est pour la relation naturelle
L’idée est la suivante : si on peut « caser » un sur R, i.e. : ∃M ∈ R ∀x ∈ A f (x) ⩽ M
élément de E entre M et A, ce qui revient en fait (resp. M ⩽ f (x)). Dans ce cas on dit que M
à trouver un majorant de A plus petit que M , est un majorant (resp. minorant) de f , ou
alors M n’est pas la borne supérieure de A : la que M majore (resp. minore) f .
borne supérieure « colle » à A.

148
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

(ii) On dit que f est bornée si elle est majorée Théorème 4.4.5.
et minorée. Ceci est équivalent à : |f | est Si f admet un maximum (resp. un minimum) sur
majorée. A, alors f admet également une borne supérieure
(resp. une borne inférieure) sur A, et sup f =
A
max f (resp. inf f = min f ).
A A A
Un majorant ou minorant ne doit pas
dépendre de la variable de la fonction ! Ainsi sur
R+ , x 7→ x n’est pas un majorant de sin, bien Exercice 4.4.6.
que ∀x ∈ R+ , sin x ⩽ x. Un majorant est une Soit
CONSTANTE.
f : R → R
x 7→ max (0, Arctan(x))

Déterminer les ensembles de majorants et de mi-


Définition 4.4.2. norants de f , puis si f admet un maximum, un
Si l’ensemble f (A) a un maximum (resp. un minimum, une borne supérieure ou inférieure (que
minimum), alors ce dernier est appelé le maxi- l’on déterminera le cas échéant). Tracer l’allure
mum (resp. minimum) de f sur A, et noté max f de la fonction
A
ou max f (x) (resp. min f ou min f (x)). Ainsi
x∈A A x∈A
max f (A) = max f . Un maximum ou minimum 5 Relation d’ordre naturelle sur
A
d’une fonction est donc un majorant ou minorant
ATTEINT.
N.
On appelle extremum de f tout minimum ou La relation naturelle est la relation usuelle ⩽.
maximum de f .

Théorème 5.0.1.
Les extrema sont uniques mais peuvent Toute partie non vide de N possède un plus petit
être atteints plusieurs fois. Considérer pas élément.
exemple les fonctions continues périodiques
comme sin ou cos. On donne ici deux démonstrations de cette pro-
priété. On remarquera que l’on utilise ici des ré-
Exemple 4.4.3. currences et que l’on a montré le principe de récur-
• x 7→ x2 admet un minimum mais pas de majo- rence en utilisant cette propriété : cette dernière
rant sur R. est donc équivalente au principe de récurrence.
• Arctan est majorée et minorée sur R, mais n’ad- Démonstration.
met ni minimum ni maximum. Soit A ⊂ N, tq A ̸= ∅, et soit a0 ∈ A. On suppose que A
n’a pas de plus petit élément. Puisque a0 ∈ A, a0 ne peut
pas être un minorant de A, sinon ce serait un minimum.
Donc il existe a1 < a0 dans A. Mais de même, a1 ne peut
Définition 4.4.4. pas être un minorant, donc il existe a< a1 dans A. Par
Si l’ensemble f (A) admet une borne supérieure récurrence, on construit une suite d’éléments de A (an ) tq
pour tout n, an+1 < an , ou encore an+1 ⩽ an − 1, donc à
(resp. une borne inférieure), alors cette dernière est nouveau par récurrence on a :
appelée la borne supérieure (resp. inférieure) de
f sur A. On la note sup f ou sup f (x) (resp.inf f ∀n ∈ N an ⩽ a0 − n
A x∈A A
ou inf f (x)). Ainsi sup f (A) = sup f . Cette proposition est en particulier vraie pour l’entier a0 +1,
x∈A A c’est-à-dire : aa0 +1 ⩽ a0 − a0 − 1. Mais ceci est absurde
car aa0 +1 ∈ N.

149
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

Démonstration. 6.1 Opérations usuelles.


Notons, pour n ∈ N, P (n) l’assertion «toute partie de
N contenant l’entier n possède un plus petit élément».
Montrons ∀n ∈ N P (n) par récurrence forte.
• Toute partie de N contenant l’entier 0 possède 0 Théorème 6.1.1 (Compatibilité de la relation
pour plus petit élément. Donc on a clairement P (0). d’ordre avec l’addition et la multiplication).
• Soit n ∈ N. Supposons que pour tout k ⩽ n, on a On a, ∀x, y, z ∈ R,
P (k) et montrons P (n + 1).
Soit A une partie de N contenant l’entier n + 1.
x⩽y ⇒x+z ⩽y+z
Alors ou bien A contient un entier k strictement
inférieur à n + 1, ou bien elle n’en contient pas.
— Dans le premier cas, on sait qu’on a P (k), donc et
A admet un plus petit élément. (x ⩽ y et 0 ⩽ z) ⇒ xz ⩽ yz.
— Dans le second, cela signifie que n + 1 est le
plus petit élément de A. A admet donc un plus On en déduit les règles usuelles de manipulation
petit élément. des inégalités, pour tous x, y, x′ , y ′ ∈ R :
On a donc P (n + 1).
Donc P est héréditaire. (x ⩽ y et x′ ⩽ y ′ ) ⇒ x + x′ ⩽ y + y ′
On a donc
∀n ∈ N P (n) (0 ⩽ x ⩽ y et 0 ⩽ x′ ⩽ y ′ ) ⇒ xx′ ⩽ yy ′
On en déduit le résultat :
x ⩽ y ⇒ −y ⩽ −x
Soit A une partie non vide de N. Alors A possède un
élément n, or on a P (n), donc A possède un plus petit 1 1
élément n. 0<x⩽y⇒0< ⩽ .
y x
Tout cela reste vrai avec des inégalités strictes.

Corollaire 5.0.2.
Remarque 6.1.2.
Toute partie non vide minorée (resp majorée) de
Les résolutions d’inéquations sur R se résolvent
Z possède un plus petit (resp. grand) élément.
la plupart du temps par factorisation, puis par
l’établissement d’un tableau de signe. Lors d’une
Démonstration. multiplication ou d’une division, on fera particu-
Soit A ⊂ Z avec A ̸= ∅ et m un minorant de A (resp. M lièrement attention à mener une disjonction de
un majorant de A). On pose B = { n − m | n ∈ A } (resp. cas sur le signe de la quantité manipulée.
B = { M − n | n ∈ A }).
Alors B est une partie non vide de N. Exercice 6.1.3.
Donc B possède un plus petit (resp. plus grand) élément. Résoudre les inéquations suivantes.
On en déduit le résultat.
x−1 1
Exercice 5.0.3. 1. >2 3. þ(x) ⩾
x+3 2
Soit A ∈ Mn (K) une matrice nilpotente (i.e. il √
existe p ∈ N vérifiant Ap = 0). x−1 1−x
2. √ <1 4. −1 < <1
Montrer qu’il existe n0 ∈ N∗ tel que An0 −1 ̸= 0 10 − x 1+x
et An0 = 0.
Cet entier n0 s’appelle l’indice de nilpotence de Définition 6.1.4.
A. On appelle droite achevée l’ensemble R = R ∪
{−∞, +∞}, où −∞ et +∞ sont deux éléments
distincts n’appartenant pas à R. De plus, on pro-
6 Relation d’ordre naturelle sur longe l’ordre sur R, l’addition et la multiplication
R. de façon à avoir les propriétés suivantes :
(i) Prolongement de l’ordre : ∀x ∈ R −∞ <
On admettra l’existence de R et les propriétés x < +∞.
usuelles sur R.

150
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

Démonstration.
(ii) Prolongement de l’addition : pour tout x ∈ Soit A une partie de R̄. Et posons A′ = A ∩ R.
R, on a x + +∞ = +∞, x + (−∞) = −∞, • Si +∞ ∈ A, alors A admet +∞ pour maximum.
• Dans le cas contraire, on a les possibilités suivantes :
+∞ + +∞ = +∞, −∞ + (−∞) = −∞.
— Si A′ est vide, alors A admet −∞ pour borne
(iii) Prolongement de l’opposé : −(+∞) = −∞, supérieure.
−(−∞) = +∞. — Si A′ est non vide alors on a deux possibilités :
— Si A′ est non majorée dans R, alors A admet
(iv) Prolongement de la multiplication : pour +∞ comme borne supérieure.
tout x ∈ R̄ \ { 0 }, +∞ × x = +∞ si x > 0, — Si A′ est majorée dans R, alors d’après la
+∞ × x = −∞ si x < 0 et (−∞) × x = propriété de la borne supérieure, elle ad-
met une borne supérieure M dans R. Cette
−(+∞ × x). borne supérieure est aussi une borne supé-
1 rieure de A dans R̄.
(v) Prolongement de l’inverse : = 0 et
+∞
1
=0. Remarque 6.2.4.
−∞
Dans le cas d’une fonction réelle (définie sur un
ensemble non vide), l’image de cette fonction est
forcément non vide.
Il y a des formes indéterminées : + et Ainsi, une fonction réelle majorée admet une
× ne sont pas des lois de composition interne sur borne supérieure et une fonction réelle minorée
R. admet une borne inférieure.
On a aussi une caractérisation fort utile des
6.2 Propriété de la borne supérieure. bornes supérieures et inférieures.
Cette propriété fait partie des propriétés
inhérentes à R de par sa construction. Proposition 6.2.5. 1. Soit A une partie non
vide, majorée de R. Alors, a ∈ R est la
borne supérieure de A si et seulement si
Théorème 6.2.1. ∀x ∈ A, x ⩽ a et ∀ε > 0, ∃x ∈ A∩]a − ε, a].
Toute partie non vide majorée (resp. minorée) de 2. Soit A une partie non vide, minorée de R.
R admet une borne supérieure (resp. inférieure) Alors, a ∈ R est la borne inférieure de A si et
dans R. seulement si ∀x ∈ A, x ⩾ a et ∀ε > 0, ∃x ∈
A ∩ [a, a + ε[.
Remarque 6.2.2.
C’est un résultat d’existence : il assure l’existence Démonstration.
d’un objet sans donner sa valeur. Ce théorème On ne démontre que la partie concernant les bornes supé-
est tout à fait inutile pour calculer une borne sup. rieures, l’autre en découle immédiatement.
Au mieux, il permet de montrer que la borne sup Supposons d’abord que a est la borne supérieure de
A. Alors, a majore A et donc ∀x ∈ A, x ⩽ a. Soit ε > 0,
d’un ensemble existe, et donc on peut en parler a−ε < a et a−ε n’est donc pas un majorant de A. Il existe
(ce qui est interdit sinon). donc x ∈ A vérifiant a − ε < x et, comme a majore A, on
Il est cependant fondamental dans un grand a x ⩽ a, ce qui permet de conclure pour cette implication.
nombre de résultats théoriques qui servent tous Réciproquement, si a vérifie : ∀x ∈ A, x ⩾ a et ∀ε >
0, ∃x ∈ A∩]a − ε, a]. Ainsi, a est bien un majorant de A.
les jours : TVI, théorèmes de la limite monotone, Montrons que c’en est le plus petit. Sinon, il existerait
de Rolle, TAF, construction de l’intégrale ... b ∈ R majorant A, avec b < a. Alors, ]b, a[∩A = ∅, ce qui
contredit l’hypothèse. a est donc la borne supérieure de
A.
Corollaire 6.2.3.
Toute partie de R̄ admet une borne supérieure Exercice 6.2.6.
(resp. inférieure) dans R̄. Soit (un ) une suite rélle croissante et majorée.
Montrer que ℓ = sup { un | n ∈ N } existe.

151
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

En utilisant la définition de limite vue en ter- Démonstration.


minale, montrer que un −−−−−→ ℓ. Soit A = {k ∈ Z | k ⩽ x}.
n→+∞ La propriété d’Archimède implique qu’il existe k ∈ N
Est-ce toujours le cas si (un ) n’est pas bornée ? tel que k × 1 ⩾ −x, donc −k ⩽ x, donc −k ∈ A. Ainsi, A
est non vide.
Remarque 6.2.7 (passage à la borne supérieure). Une seconde fois, la propriété d’Archimède implique
Soit A une partie non vide de R, soit M ∈ R qu’il existe ℓ ∈ N tel que ℓ × 1 ⩾ x. Ainsi, si k ∈ A, alors
vérifiant k ⩽ x ⩽ ℓ, donc A est majorée par ℓ.
∀a ∈ A, a ⩽ M. Ainsi, A est une partie non vide et majorée de Z, donc
A possède un plus grand élément, noté n. On a alors n ⩽ x
Alors, M est un majorant de A, donc sup(A) ⩽ et comme n + 1 > n, n + 1 ∈ / A donc n + 1 > x, d’où
l’existence.
M.
Soit N un entier vérifiant N ⩽ x < N + 1. Alors N ∈ A.
Cet enchaînement est souvent couvert par la De plus, si k ∈ A, alors k ⩽ x < N + 1 donc k < N + 1
locution « par passage à la borne supérieure ». donc k ⩽ N . N est donc bien le plus grand élément de A,
d’où l’unicité.

6.3 Caractère archimédien de R et par- Remarque 6.3.4.


tie entière. On vient de montrer que ⌊x⌋ est le plus grand
entier relatif inférieur ou égal à x. On peut très
a Propriété d’Archimède. bien définir ⌊x⌋ de cette manière, et voir la défi-
nition 6.3.3 comme une caractérisation de ⌊x⌋.

Proposition 6.3.1. Remarque 6.3.5.


Soient deux réels x et y tels que x > 0. Alors il Ce résultat permet de montrer que si deux réels x
existe un entier N tel que N x ⩾ y. et y vérifient y −x > 1, il existe un entier n tel que
x < n < y : il suffit de prendre n = ⌊x⌋ + 1. On a
alors x < n et aussi n ⩽ x + 1 < x + (y − x) = y.
• Slogan : « quelle que soit la taille de nos en-
jambées, on peut aller au bout du monde si on
fait assez de pas ». Ne pas confondre la partie entière
avec la troncature. Ainsi ⌊−3, 2⌋ = −4 et non −3 !
Démonstration.
Soit A = {nx|n ∈ N}. On souhaite montrer que A n’est
pas majoré et l’on raisonne par l’absurde. Si A est majoré,
comme 0 = 0x ∈ A, A est aussi non vide et par la propriété
de la borne supérieure, A admet une borne supérieure, que c Densité de Q dans R.
nous noterons α. Remarquons que α − x < α, donc α − x
ne majore pas A, donc il existe n ∈ N tel que α − x < nx.
On a alors α < (n + 1)x, ce qui contredit le fait que α
majore A. Ainsi, A n’est pas majoré.
Définition 6.3.6.
Une partie A de R est dense dans R si pour tout
Exercice 6.3.2. x, y ∈ R vérifiant x < y, il existe a ∈ A vérifiant
En revenant aux définitions vues en terminale, x < a < y.
1
montrer que −−−−−→ 0.
n n→+∞

b Partie entière. Théorème 6.3.7.


Q est dense dans R.

Définition 6.3.3. Démonstration.


Soit x ∈ R, il existe un unique entier, noté ⌊x⌋ D’après la propriété d’Archimède, on peut trouver un entier
naturel non nul r tel que r(y − x) > 1. D’après la remarque
(parfois E(x) ou E(x)) et que l’on appelle partie
précédente, il existe un entier p ∈ Z tel que rx < p < ry.
entière de x, vérifiant : ⌊x⌋ ⩽ x < ⌊x⌋ + 1. En posant q = p/r on a le résultat.

152
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

Exercice 6.3.13.
Corollaire 6.3.8. Soit f : R → R une fonction continue vérifiant
R \ Q est dense dans R. ∀q ∈ Q, f (q) = q.
Quelle est cette fonction f ?
Démonstration.
Soit x et y deux réels. En vertu du théorème
√ précédent, il
√ 6.4 Intervalles de R.
existe un rationnel r non√ nul entre x 2 et y 2. En effet,
si 0 ⩽ x < y, on a r > x 2 donc r ̸= 0, si x < y ⩽ 0, même Il existe neuf types d’intervalles dans R (avec
raisonnement, et si x < 0 < y, on applique le théorème
précédent à 0 et y par exemple pour obtenir r. Il suffit
a, b ∈ R) :
r
alors de prendre q = √ . q est forcément irrationnel, sinon 1. [a, b] = {x ∈ R | a ⩽ x ⩽ b} ;
√ 2
2 serait rationnel. 2. [a, b[= {x ∈ R | a ⩽ x < b} ;
3. ]a, b] = {x ∈ R | a < x ⩽ b} ;
d Approximations décimales.
4. ]a, b[= {x ∈ R | a < x < b} ;
5. [a, +∞[= {x ∈ R | a ⩽ x} ;
Définition 6.3.9. 6. ]a, +∞[= {x ∈ R | a < x} ;
Soit x un réel et ε un réel strictement positif. On 7. ] − ∞, b] = {x ∈ R | x ⩽ b} ;
appelle valeur approchée de x à la précision ε tout
réel y tel que |x − y| ⩽ ε. Si y ⩽ x on dit que y 8. ] − ∞, b[= {x ∈ R | x < b} ;
est une valeur approchée par défaut, si y ⩾ x, on 9. ] − ∞, +∞[= R.
dit que y est une valeur approchée par excès.
Les intervalles de types 1 à 4 sont dits bornés.
Ceux de types 1, 5, 7 et 9 sont dits fermés. Ceux
• Souvent on cherche des valeurs approchées qui de types 4, 6 et 8 et 9 sont dits ouverts. Ceux de
soient des décimaux. type 2 et 3 sont dits semi-ouverts ou semi-fermés.
Seuls les intervalles de type 1 sont à la fois fermés
et bornés : on dit que ce sont des segments.
Un intervalle peut être vide ou réduit à un point
Théorème 6.3.10. (dans le cas 1 si a = b). Un intervalle qui n’est ni
Soit a ∈ R. Pour tout entier n on note an = vide ni réduit à un point est dit non trivial.
⌊10n a⌋ ⌊10n a⌋ + 1 Énoncer tous ces intervalles est fastidieux : on
et a′n = . Alors an et a′n sont
10n 10n préfère une définition unifiée d’intervalle qui les
respectivement des valeurs approchées par défaut
définit tous d’un coup :
et excès de a à 10−n près, qui de plus sont des
décimaux.

Démonstration. Théorème 6.4.1.


Évident par propriété de la partie entière. Soit I une partie de R. Alors les deux propositions
Exercice 6.3.11. suivantes sont équivalentes :
Calculer une approximation décimale de 1/7 à (i) I est un intervalle de R ;
10−5 près. (ii) Pour tous u, v ∈ I et pour tout t ∈ R, on a :
Ce dernier résultat a pour corollaire le résultat u ⩽ t ⩽ v ⇒ t ∈ I.
fondamental suivant :
Démonstration.
C’est trivial si I = ∅ (on a alors (ii) et (i) car I = [0, −1]).
Corollaire 6.3.12.
(i)⇒(ii) Facile et connu.
Tout réel est limite d’une suite de rationnels.
(ii)⇒(i) On distingue plusieurs cas :

153
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

• Supposons d’abord que I majoré et minoré. On


pose a = inf I et b = sup I. Alors pour tout
x ∈ I, on a x ⩽ b et x ⩾ a, donc x ∈ [a, b], et
donc I ⊂ [a, b] (1).
• Si a = b, alors I = {a} = [a, a] (car I non
vide).
• Si a < b, alors soit x ∈]a, b[. Par définition de
la borne inf il existe u ∈ I tel que a ⩽ u < x. De
même il existe v ∈ I tel que x < v ⩽ b. Alors
x ∈ [u, v] et donc x ∈ I. Donc ]a, b[⊂ I (2)
Ainsi on a la chaîne d’inégalité : ]a, b[⊂ I ⊂ [a, b],
donc I est de de l’un des types précédents. On
détermine précisément lequel en regardant juste
si a et b appartiennent ou pas à I.

• Si I n’est pas majoré mais est minoré, alors I


n’a pas de sup, donc I ⊂ [a, +∞[, et comme
toute à l’heure, ]a, +∞[⊂ I. On finit comme
précédemment.

• Si I n’est pas minoré mais majoré : idem avec


] − ∞, b[.

• Si I n’est ni majoré ni minoré, alors I = R.

154
Chapitre XI

Entiers relatifs et arithmétique de Z


Sommaire
1 Divisibilité. . . . . . . . . . . . . . . . . . 156
1.1 Définition. . . . . . . . . . . . . . . . . 156
1.2 Division euclidienne. . . . . . . . . . . 156
2 PGCD, PPCM. . . . . . . . . . . . . . . 157
2.1 PGCD de deux entiers. . . . . . . . . . 157
2.2 PGCD d’une famille finie d’entiers. . . 160
2.3 Nombres premiers entre eux. . . . . . . 161
2.4 PPCM. . . . . . . . . . . . . . . . . . 162
3 Nombres premiers. . . . . . . . . . . . . 163
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

Dans tout ce chapitre, a, b, c, d, m, n, p, q et r Remarque 1.1.4.


sont des entiers relatifs, sauf mention contraire. Pour tout a ∈ Z et b ∈ Z∗ , si a | b, alors |a| ⩽ |b|.
Exercice 1.1.5.
1 Divisibilité. Montrer que si a ∈ Z vérifie a|1, alors a = ±1.

1.1 Définition.
Définition 1.1.6.
On dit que a est congru à b modulo n et on note
Définition 1.1.1. a ≡ b [n] (voire a = b [n]) si et seulement si n
On dit que n divise m, que n est un diviseur de divise a − b :
m ou que m est un multiple de n et on note n|m
si et seulement s’il existe k ∈ Z vérifiant m = kn. a ≡ b [n] ⇐⇒ n|a − b.

Proposition 1.1.2. 1. La relation | est ré-


Remarque 1.1.7.
flexive, transitive, mais pas symétrique (sur Z
Pour tout entier n, la relation de congruence mo-
comme sur N). Elle n’est pas antisymétrique
dulo n est une relation d’équivalence.
sur Z mais l’est sur N : plus précisément on
a sur Z :

a|b et b|a ⇐⇒ |a| = |b| ⇐⇒ a = ±b Proposition 1.1.8.


La relation de congruence modulo n est com-
2. Si a divise b et c, il divise toute combinaison patible avec l’addition et la multiplication : si
linéaire à coefficients entiers de b et c : a ≡ b[n] et c ≡ d[n], alors a + c ≡ b + d[n] et
ac ≡ bd[n].
a|b et a|c ⇒ a|bn + cm
Démonstration.
3. La relation | est compatible avec le produit : On sait qu’il existe (k, ℓ) ∈ Z2 vérifiant a = b + nk et
c = d + nℓ. On a alors a + c = b + d + n(k + ℓ), donc
a|b et c|d ⇒ ac|bd a + c ≡ b + d[n], et ac = bd + n(bℓ + dk + nkℓ), donc
ac ≡ bd[n].
En particulier, pour tout k ∈ N, a|b implique
Remarque 1.1.9.
ak |bk ;
Attention, ce n’est pas le cas de la relation usuelle
4. Si c ̸= 0, a|b ⇔ ac|bc. de congruence modulo 2π. Ainsi, 2π ≡ 0 [2π]
mais 4π 2 ̸≡ 0 [2π].
Démonstration. 1. on ne montre que la dernière partie
(le reste a déjà été fait dans le chapitre VIII). Soient Remarque 1.1.10.
a, b ∈ Z tels que a|b et b|a. Alors il existe k, ℓ ∈ Z tels On a n|a si et seulement si a ≡ 0[n].
que a = kb et b = aℓ, donc b = bkℓ. Si b = 0, alors
a = 0 également, car b|a. Si b ̸= 0, alors kℓ = 1, et Exercice 1.1.11.
donc k ̸= 0, ℓ ̸= 0, et |k| ⩽ 1, ainsi que |ℓ| ⩽ 1. Par Retrouver les critères de divisibilité énoncés au
conséquent k = ℓ = 1 ou k = ℓ = −1, et donc a = b collège.
ou a = −b.
2. Élémentaire. Exercice 1.1.12.
3. Élémentaire. Soit a ∈ Z. Montrer que a est pair si et seulement
4. Élémentaire. si a2 est pair.

Remarque 1.1.3. 1.2 Division euclidienne.


Pour tout n ∈ Z, on a n | 0, 1 | n et, si 0 | n, alors
n = 0.

156
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

Exemple 1.2.6.
Théorème 1.2.1. Exercice classique : calculer à la main le reste de
Soient a ∈ Z, et b ∈ N∗ . Il existe un unique couple la division euclidienne de 1142424244 par 7.
(q, r) ∈ Z × N tels que a = bq + r et 0 ⩽ r < b.
q et r sont respectivement appelés le quotient et
le reste de la division euclidienne de a par b. b 2 PGCD, PPCM.
est appelé le diviseur et a le dividende de cette
division. Soit a ∈ Z. L’ensemble des multiples de a est
noté aZ. C’est donc {ak|k ∈ Z}. Remarquons que,
si a ̸= 0, |a| est le plus petit entier strictement
Démonstration.
On montre l’existence puis l’unicité. positif de aZ.
Existence : On note A = { k ∈ Z | kb ⩽ a }. Alors :
On notera aussi D(a) l’ensemble des diviseurs
• A est non vide car si a ⩾ 0, 0 ∈ A, et si a < 0 on de a : c’est donc {k ∈ Z | ∃ℓ ∈ Z, a = kℓ}. On
a a ∈ A car b ⩾ 1. remarquera que, si a ̸= 0, D(a) est borné par |a|.
• De plus A est majoré, par 0 si a ⩽ 0 et par a si
a > 0.
A a donc un plus grand élément noté q. Alors par 2.1 PGCD de deux entiers.
construction qb ⩽ a < (q + 1)b, d’où le résultat en
posant r = a − qb. Dans cette partie, pour tout couple (a, b) ∈ Z2 ,
Unicité : Soit (q, r) et (q ′ , r′ ) deux couples vérifiant les on note D(a, b) l’ensemble des diviseurs communs
conditions considérées. à a et b. Ainsi, D(a, b) = D(a) ∩ D(b).
Alors a = qb + r = q ′ b + r′ , donc b(q − q ′ ) = r′ − r
et ainsi b|q − q ′ | = |r − r′ |. Or on a 0 ⩽ r < b et
Remarque 2.1.1.
−b < −r′ ⩽ 0, donc |r − r′ | < b, donc |q − q ′ | < 1, or Si b = 0, alors D(a, b) = D(a).
q − q ′ est un entier donc q = q ′ , donc r = r′ .

Définition 2.1.2.
Remarque 1.2.2. Soit a et b deux entiers avec (a, b) ̸= (0, 0), alors
On a donc r ≡ a[b]. on appelle plus grand diviseur commun de a et b
Exemple 1.2.3. (pgcd de a et b) et on note PGCD(a, b) ou a ∧ b
2356 = 18 × 125 + 106. le plus grand élément de D(a, b).

Exercice 1.2.4.
Poser 360 ÷ 7. Remarque 2.1.3.
L’un des deux entiers est non nul, donc D(a, b)
est majoré par la valeur absolue de cet entier. Par
Proposition 1.2.5. ailleurs, 1 ∈ D(a, b). Donc D(a, b) est un ensemble
Soit n ∈ N∗ , alors a ≡ b[n] si et seulement si a et d’entiers non vide majoré, donc il admet un plus
b ont le même reste dans la division euclidienne grand élément, ce qui justifie la définition.
par n.

Démonstration.
Lemme 2.1.4 (Lemme d’Euclide).
Si a et b ont le même reste dans la division euclidienne par Soient a ∈ Z, b ∈ N∗ , r le reste de la division
n, on écrit a = nq1 + r et b = nq2 + r, avec (q1 , q2 ) ∈ Z2 euclidienne de a par b. Alors D(a, b) = D(b, r).
et 0 ⩽ r < n. On a donc bien a − b = n(q1 − q2 ), donc
n|(a − b).
Réciproquement, si a ≡ b[n], on écrit les divisions eucli- Démonstration.
diennes de a et b par n : a = nq1 + r1 et b = nq2 + r2 , avec Soit d ∈ D(a, b). Alors a s’écrit sous la forme bq + r donc
(q1 , q2 ) ∈ Z2 et (r1 , r2 ) ∈ N2 vérifiant, pour tout i ∈ {1, 2}, r = a − bq, or d|a et d|b, donc d divise toute combinaison
0 ⩽ ri < n. On a alors a − b − n(q1 − q2 ) = r1 − r2 , donc linéaire de a et b, donc divise r. Donc D(a, b) ⊂ D(b, r).
n|(r1 − r2 ). Or, −n < r1 − r2 < n et il existe un seul entier Réciproquement, soit d ∈ D(b, r), alors a s’écrit sous
dans J−n + 1, n − 1K divisible par n (le montrer !) : c’est la forme bq + r or d|b et d|r donc d|a, donc D(b, r) ⊂
0. Ainsi, r1 = r2 . D(a, b).

157
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

• Sur Z∗ , la relation | n’est pas un ordre car


Théorème 2.1.5. elle n’est pas antisymétrique : on a à la fois
Soit (a, b) ∈ Z2 avec (a, b) ̸= (0, 0). Alors il existe 1| − 1 et −1|1 (on dit qu’on à affaire à un
un unique entier d > 0 tel que D(a, b) soit l’en- préordre). L’ensemble des diviseurs de a et
semble des diviseurs de d. Cet entier est a ∧ b. b a alors deux «plus grands» éléments pour
la relation de divisibilité : a ∧ b et −(a ∧ b).
Démonstration. On peut donc en fait considérer que a et b
Montrons tout d’abord l’unicité sous réserve d’existence. ont deux pgcd : a ∧ b et −(a ∧ b) ; lorsqu’on
Soit d et d′ deux entiers strictement positifs tels que D(a, b)
soit l’ensemble des diviseurs de d et soit également l’en-
parle du pgcd, on considère alors qu’il s’agit
semble des diviseurs de d′ . Alors on a d ∈ D(a, b). Or du pgcd positif.
D(a, b) est l’ensemble des diviseurs de d′ , donc d|d′ . De
même d′ |d. Or d > 0 et d′ > 0 donc d = d′ . On peut donner la caractérisation suivante : le
L’existence repose sur un algorithme, appelé algorithme
d’Euclide. En pseudo-code, il s’écrit : PGCD de deux nombres est bien le plus grand
diviseur commun, au sens de la relation de divisi-
Fonction euclide( a, b ) : bilité (sur N).
# Précondition : a > 0 et b > 0
(R0 , R1 ) ← (a, b)
TantQue R1 > 0 Faire
R2 ← reste de R0 ÷ R1
(R0 , R1 ) ← (R1 , R2 )
FinTantQue
Renvoyer R0

Soit a et b deux entiers relatifs non tous les deux nuls.


Il est clair que l’appel euclide(a,b) termine. La valeur d
retournée vérifie D(a, b) = D(d, 0), d ⩾ 0 et (d, 0) ̸= (0, 0).
Or D(d, 0) est l’ensemble des diviseurs de d donc D(a, b)
est bien l’ensemble des diviseurs d’un entier d > 0.
Un autre point de vue sur cet algorithme est la suite r
Proposition 2.1.7.
définie de la façon suivante : r0 = |a|, r1 = |b| et pour tout Soient a, b, d ∈ Z, avec (a, b) ̸= (0, 0). On a l’équi-
n ∈ N, si rn+1 ̸= 0, alors rn+2 est le reste de rn ÷ rn+1 (on valence :
peut poser rn+2 = 0 sinon, ou considérer que l’on arrête la  
suite). d est le PGCD de a et b
Il est clair que cette suite est à valeurs positives ou
nulles. À partir d’un certain rang, cette suite est nulle,

⇔ d|a, d|b, d ⩾ 0
sinon r serait strictement décroissante et infini (du moins à
partir du rang 1), ce qui serait absurde. Par ailleurs, pour

toutes les valeurs de n pour lesquelles (rn , rn+1 ) ̸= (0, 0),
et ∀n ∈ Z, (n|a et n|b) ⇒ n|d .
on a D(rn , rn+1 ) = D(a, b). En particulier, pour la dernière
valeur non nulle rn , on a D(rn , 0) = D(a, b).
L’algorithme d’Euclide n’est rien d’autre que le calcul
des termes successifs de la suite (rn ) : en numérotant les
tours de boucle (à partir de 0) dans l’algorithme précédent,
on peut d’ailleurs noter qu’au ne tour de boucle, R0 contient
la valeur de rn , et R1 celle de rn+1 . Démonstration.
Le sens ⇒ découle du théorème précédent.
Remarque 2.1.6. • Sur (N∗ )2 ,
le pgcd de
deux nombres a et b est donc la borne in- Réciproquement, si d ∈ N vérifie d|a, d|b et ∀n ∈ N, n|a
férieure de {a, b} pour l’ordre |. C’est donc et n|b ⇒ n|d. Alors d’après les deux premiers points d|a ∧ b
et d’après le dernier, a ∧ b|d. On conclut avec d ⩾ 0 et
aussi le maximum de D(a, b) ∩ N∗ pour
a ∧ b ⩾ 0.
l’ordre | et pour l’ordre ⩽.

158
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

alors en notant q le quotient de rn ÷ rn+1 , on a


Théorème 2.1.8 (Théorème de Bézout, première
rn+2 = rn − qrn+1
partie).
Soient a, b ∈ Z2 \ { (0, 0) }. Il existe deux entiers = a(un − qun+1 ) + b(vn − qvn+1 ).
u, v tels que au + bv = a ∧ b. Un tel couple est Avec un+2 = un − qun+1 et vn+2 = vn − qvn+1 , on a bien
appelé un couple de Bézout de a et b. rn+2 = aun+2 + bvn+2 , et l’on peut conclure par récurrence
double.

Démonstration.
L’idée de la démonstration est de regarder ce qui se passe Le couple des coefficients de Bézout n’est
dans l’algorithme d’Euclide. On constate qu’à chaque étape, pas unique. Par exemple on a −1 × 2 + 1 × 3 = 1
les variables R0 et R1 sont des combinaisons linéaires de et 2 × 2 + (−1) × 3 = 1.
a et b. À la fin de l’algorithme, le pgcd R0 est donc une
combinaison linéaire de a et b.
Pour calculer les coefficients de Bézout, on aura recours à Exercice 2.1.9.
l’algorithme d’Euclide étendu. Celui-ci est un simple ajout Calculer un couple de Bézout pour 1750 et 644.
à l’algorithme vu précédemment ; on introduit en effet des
variables Ui et Vi pour i = 0, 1 qu’on va modifier au fur et On peut alors faire la remarque suivante :
à mesure de l’exécution de façon à garantir R0 = U0 a + V0 b
et R1 = U1 a + V1 b.

Corollaire 2.1.10.
Fonction euclide_etendu( a, b ) : Soit (a, b) ∈ Z2 \ { (0, 0) }. Alors
# Précondition : a > 0 et b > 0 n o
(R0 , R1 ) ← (a, b) aZ + bZ = au + bv (u, v) ∈ Z2 = (a ∧ b)Z
(u0 , u1 ) ← (1, 0)
(v0 , v1 ) ← (0, 1)
# Invariant : R0 = u0 a + v0 b et R1 = u1 a + v1 b Démonstration.
L’inclusion gauche-droite découle du fait que, a et b étant
TantQue R1 > 0 Faire des multiples de a ∧ b, toute combinaison linéaire de a et b
R2 ← reste de R0 ÷ R1 est également un multiple de a ∧ b.
L’inclusion droite-gauche découle du fait que a ∧ b s’écrit
q ← quotient de R0 ÷ R1 comme combinaison linéaire à coefficients entiers de a et b
(u2 , v2 ) ← (u0 − qu1 , v0 − qv1 ) (d’après le théorème de Bézout) et que tout multiple d’une
combinaison linéaire de a et b à coefficients entiers est
(R0 , u0 , v0 ) ← (R1 , u1 , v1 ) encore une combinaison linéaire à coefficients entiers.
(R1 , u1 , v1 ) ← (R2 , u2 , v2 )
Remarque 2.1.11.
FinTantQue C’est en fait une caractérisation du PGCD : pour
Renvoyer (R0 , u0 , v0 ) tout d ∈ N,

Là encore, une autre façon de considérer cet algorithme aZ + bZ = dZ ⇔ d = a ∧ b.


est de regarder les suites r, u et v, où r est la suite consi-
dérée précédemment, et où u et v sont construites par
récurrence double comme suit. Corollaire 2.1.12.
On a a = 1 × a + 0 × v, on pose donc u0 = 1 et v0 = 0
Soient a, b, c ∈ Z avec c ̸= 0. Alors (ac) ∧ (bc) =
et r0 = au0 + bv0 .
On a b = 0 × a + 1 × v, on pose donc u1 = 0 et v1 = 1
|c|(a ∧ b).
et r1 = au1 + bv1 .
En supposant (par récurrence double) qu’il existe
Démonstration.
un , vn , un+1 , vn+1 ∈ Z tels que
Posons p = (ac) ∧ (bc) et q = |c|(a ∧ b). On a p > 0 et q > 0
donc p et q sont respectivement les plus petits éléments
rn = aun + bvn
strictement positifs de pZ et qZ.
rn+1 = aun+1 + bvn+1 , Il suffit donc de montrer pZ = qZ.

159
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

Or d’après ce qui précède, on a successivement : récurrence (i), D divise donc d. De plus, D divise ap+1 ,
donc D|D′ .
(a ∧ b)Z = au + bv (u, v) ∈ Z 2

Par définition, D′ divise d et ap+1 , et d divise a1 , . . . , ap .
qZ = |c|(au + bv) (u, v) ∈ Z2 Par transitivité de la relation de divisibilité, D′ est donc

un diviseur de a1 , . . . , ap+1 . Par définition de D, on a donc
= cau + cbv (u, v) ∈ Z2

D′ ⩽ D : il vient donc D = D′ .
= pZ Soit k un autre diviseur de a1 , . . . , ap+1 . En particulier, k
est un diviseur de a1 , . . . , ap , donc k|d. Et comme k|ap+1 ,
alors k|D′ , et donc k|D : (Hp+1 ) est bien démontrée.
Exercice 2.1.13. Remarque 2.2.2.
Calculer le plus simplement possible 1230 ∧ 555. La proposition précédente assure que l’on peut
calculer le PGCD d’une famille a1 , . . . , ap d’en-
2.2 PGCD d’une famille finie d’entiers. tiers en plusieurs étapes : on calcule d’abord
a1 ∧ a2 puis (a1 ∧ a2 ) ∧ a3 , et ainsi de suite. Par
Les définitions et résultats de la section précé-
commutativité du PGCD, on peut aussi choisir
dente se généralisent à une famille finie d’entiers.
les entiers dans un autre ordre, et tout ceci prouve
Ainsi, si a1 , . . . , ap sont p entiers non tous nuls,
l’associativité du PGCD et assure que la notation
on note D(a1 , . . . , ap ) l’ensemble des diviseurs
a1 ∧ . . . ∧ ap est sans ambiguïté.
communs à tous les entiers a1 , . . . , ap . Cet en-
semble étant non vide (il contient 1) et fini, il Le théorème de Bézout peut alors se généraliser
admet un plus grand élément, appelé plus grand par récurrence :
commun diviseur des entiers a1 , . . . , ap et noté
p
ai , ou a1 ∧ . . . ∧ ap .
^

i=1 Théorème 2.2.3.


De plus, on remarque que D(0) = Z, donc si l’un Soient a1 , . . . , ap des entiers tous non nuls. Alors
des entiers de la famille (a1 , . . . , ap ) est nul, on il existe des entiers u1 , . . . , up tels que
peut l’enlever de cette famille sans changer l’en-
semble des diviseurs de ces entiers. Par exemple, u1 a1 + . . . + up ap = a1 ∧ . . . ∧ ap .
D(a1 , a2 , 0, a3 ) = D(a1 , a2 , a3 ). Dans la suite nous
pourrons donc ne considérer que des familles d’en-
tiers tous non nuls.
Démonstration.
Montrons-le par récurrence sur p.
On sait déjà que la propriété est vraie pour p = 2.
Proposition 2.2.1. Soit p ⩾ 2 tel que la propriété soit vraie, et soient
Soient (a1 , . . . , ap ) ∈ (Z∗ )p une famille d’entiers a1 , . . . , ap , ap+1 des entiers.
tous non nuls, avec p ∈ N∗ . Par hypothèse de récurrence, il existe des entiers
u1 , . . . , up tels que u1 a1 + . . . + up ap = a1 ∧ . . . ∧ ap . Mais
(i) Soit k ∈ D(a1 , . . . , ap ), alors k|a1 ∧ . . . ∧ ap . a1 ∧ . . . ∧ ap ∧ ap+1 = (a1 ∧ . . . ∧ ap ) ∧ ap+1 et d’après le
(ii) a1 ∧ . . . ∧ ap = (a1 ∧ . . . ∧ ap−1 ) ∧ ap . théorème de Bézout pour deux entiers, il existe b, c ∈ Z
tels que b.a1 ∧ . . . ∧ ap + c.ap+1 = a1 ∧ . . . ∧ ap+1 . D’où
a1 ∧ . . . ∧ ap+1 = bu1 a1 + . . . + bup ap + cap+1 , et l’hérédité
est démontrée.
Démonstration.
Démontrons les deux résultats en une récurrence, en posant Exemple 2.2.4.
pour chaque p ∈ N∗ :
Trouver trois entiers a, b, c tels que 72a + 180b +
(Hp ) : pour tout (a1 , . . . , ap ) ∈ (Z∗ )p , on a (i) et (ii). 120c = 12.
Le résultat est connu pour p = 1 et p = 2. Remarque 2.2.5.
Soit p ∈ N∗ tel (Hp ) soit vraie. Le corollaire 2.1.12 se généralise : soient
Soient a1 , . . . , ap+1 ∈ Z∗ .
a1 , . . . , an une famille finie d’entiers et c ∈ Z∗ .
Notons d = a1 ∧ . . . ∧ ap , D = a1 ∧ . . . ∧ ap ∧ ap+1 et n n
D′ = d ∧ ap+1 . Alors (cai ) = |c| ai .
^ ^
Par définition, D divise a1 , . . . , ap : par hypothèse de i=1 i=1

160
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

2.3 Nombres premiers entre eux.


Corollaire 2.3.6.
Soit (a, b) ∈ Z2 \ { (0, 0) }. Alors en posant d =
Définition 2.3.1. a ∧ b, a′ = a/d et b′ = b/d, on a
Deux entiers relatifs a et b sont dit premiers entre
a′ ∧ b′ = 1
eux si et seulement si (a, b) ̸= (0, 0) et a ∧ b = 1.

Remarque 2.3.2. Démonstration.


On utilise les deux versions du théorème de Bézout :
Deux entiers a et b sont premiers entre eux si
On sait qu’il existe u et v vérifiant d = au + bv, d’où
et seulement si leurs seuls diviseurs communs 1 = a′ u + b′ v, d’où a′ et b′ sont premiers entre eux.
sont 1 et −1, en d’autres termes si et seulement
si D(a, b) ⊂ { −1, 1 } (ce qui est équivalent à Remarque 2.3.7.
D(a, b) = { −1, 1 }). Ce corollaire est très fréquemment utilisé.

Corollaire 2.3.8. (i) Soient a premier avec k


Théorème 2.3.3 (Théorème de Bézout, seconde entiers relatifs b1 , b2 , . . ., bk . Alors a est
partie). premier avec b1 × b2 × . . . × bk .
Soient a, b ∈ Z. Alors, a et b sont premiers entre
(ii) Si a et b sont premiers entre eux, alors pour
eux si et seulement s’il existe deux entiers u et v
tous m, n ∈ N, am et bn sont également
tels que au + bv = 1.
premiers entre eux.

Démonstration.
Démonstration. (i) On traite le cas k = 2, le cas gé-
Le cas (a, b) = (0, 0) est direct : les deux propositions
néral s’en déduit immédiatement par récurrence. Il
sont fausses, donc équivalentes. Considérons donc (a, b) ∈
existe ui et vi vérifiant aui +bi vi = 1 pour i = 1, 2. En
Z2 \ { (0, 0) }.
multipliant ces deux relations, il vient successivement
Supposons a et b premiers entre eux. Alors, d’après le
théorème de Bézout (première partie), on a le résultat. 1 = (au1 + b1 v1 )(au2 + b2 v2 )
Réciproquement, supposons qu’il existe deux entiers u
et v vérifiant au + bv = 1. Soit alors d ∈ D(a, b). On a 1 = a2 u1 u2 + au1 b2 v2 + b1 v1 au2 + b1 v1 b2 v2
d|a et d|b, donc d|(au + bv), donc d|1, donc d = ±1. Donc 1 = a(au1 u2 + u1 b2 v2 + b1 v1 u2 ) + b1 b2 (v1 v2 )
D(a, b) ⊂ { −1, +1 }.
D’où le résultat.
(ii) On applique (i) à a et b × b × b × . . . × b, puis (i) à
bn et a × a × a × . . . × a.
Corollaire 2.3.4.
On a donc a ∧ b = 1 si et seulement si a est
inversible modulo b, i.e. si et seulement s’il existe Remarque 2.3.9.
k ∈ Z vérifiant ak = 1[b]. La réciproque de ces deux points est vraie.

Théorème 2.3.10 (Lemme de Gauss).


Exercice 2.3.5.
Soient a, b, c ∈ Z. On suppose a|bc et a ∧ b = 1.
Résoudre sur Z l’équation
Alors a|c.
5x ≡ 8 [17].
Démonstration.
Ce résultat est une généralisation d’un lemme d’Euclide .
On a a ∧ b = 1 donc 1 s’écrit comme combinaison linéaire
au+bv = 1 implique a∧b = 1, mais au+ au + bv de a et b. Donc c = c × 1 = a(cu) + (bc)v. Donc c
bv = d n’implique pas a ∧ b = d, mais simplement est combinaison linéaire de a et bc. Or bc est un multiple
(a ∧ b)|d. de a donc c est un multiple de a.
On peut aussi le voir d’un point de vue plus algébrique :
le théorème de Bézout (2e partie) nous indique que a∧b = 1

161
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

si et seulement si b est inversible modulo a (i.e, il existe Remarque 2.4.2.


k ∈ Z tel que kb = 1[a]). On a alors bc = 0[a], donc |ab| est un multiple commun à a et b. De plus,
kbc = c = 0[a].
comme a et b sont non nuls, c’est un nombre stric-
tement positif. L’ensemble des multiples communs
Corollaire 2.3.11 (Forme irréductible d’un ra- de a et de b strictement positifs est donc non vide.
tionnel). Il est évidemment minoré (par 0), donc il admet
Soit r ∈ Q. Il existe un unique couple (p, q) ∈ un plus petit élément.
p
Z × N∗ tel que r = et p ∧ q = 1. Ce couple est
q
appelé la forme irréductible de r. Théorème 2.4.3.
Soit a et b deux entiers relatifs. Alors il existe un
Démonstration.Existence C’est une conséquence di- unique m ⩾ 0 vérifiant aZ ∩ bZ = mZ. Dans le
recte du corollaire 4.2.4. cas où a et b sont non tous nuls, cet entier m est
Unicité Soit (p, q) et (p′ , q ′ ) deux formes irréductibles |ab|
le ppcm de a et b et vaut a∧b
d’un même rationnel r. Alors p/q = p′ /q ′ donc pq ′ =
p′ q. Donc q|pq ′ et p ∧ q = 1. Donc d’après le théorème
de Gauss, on a q|q ′ . De même q ′ |q. Donc q = q ′ ou
Démonstration.
q = −q ′ . Or q et q ′ sont tous deux positifs, donc
Le cas ou a ou b est nul est trivial : on a alors aZ ∩
q = q ′ , donc p = p′ .
bZ = { 0 } = 0Z. On suppose donc dans la suite de cette
démonstration que a et b sont non nuls. Posons d = a ∧ b,
a′ = a/d et b′ = b/d. a′ et b′ sont premiers entre eux.
Posons m = |ab/d| = |a′ b′ d|. m est un multiple de a et
Définition 2.3.12. de b, donc tout multiple de m est un multiple commun de
On dit que des entiers a1 , . . . , ap sont premiers a et b : mZ ⊂ aZ ∩ bZ.
entre eux dans leur ensemble si leur PGCD vaut Soit alors p un multiple de a et de b. Alors p s’écrit à
la fois sous la forme au et sous la forme bv. On a donc
1.
p = au = bv, donc a′ du = b′ dv, donc a′ u = b′ v. Donc
a′ |b′ v, or a′ ∧ b′ = 1 donc a′ |v. Donc il existe k vérifiant
v = ka′ . On a alors p = bv = bka′ = ka′ b′ d, donc p est un
Remarque 2.3.13.
multiple de m. Donc aZ ∩ bZ ⊂ mZ.
Ne pas confondre « premiers entre eux dans leur On a donc aZ ∩ bZ = mZ. De plus, m est le plus petit
ensemble » et « premiers deux à deux ». élément strictement positif de aZ ∩ bZ et pour tout m′ ⩾ 0
vérifiant m′ Z = aZ ∩ bZ, m′ est également le plus petit
Remarque 2.3.14. élément strictement positif de aZ ∩ bZ, donc m′ = m.
La deuxième partie du théorème de Bézout se
généralise sans problème à une famille finie d’en- Remarque 2.4.4. • Sur (N∗ )2 , le ppcm de
tiers : soient a1 , . . . , ap des entiers. Ces entiers deux nombres a et b est donc la borne su-
sont premiers entre eux dans leur ensemble si et périeure de {a, b} pour l’ordre |. C’est donc
seulement si il existe des entiers u1 , . . . , up tels aussi le minimum de aN ∩ bN pour l’ordre |
que u1 a1 + . . . + up ap = 1. et le minimum de aN∗ ∩ bN∗ pour l’ordre ⩽.
• De même que pour le pgcd, sur Z∗ , l’en-
semble des diviseurs de a et b a deux «plus
2.4 PPCM.
petits» éléments pour la relation de divisibi-
lité : a ∨ b et −(a ∨ b). On peut donc en fait
considérer que a et b ont deux ppcm : a ∨ b
Définition 2.4.1.
et −(a ∨ b) ; lorsqu’on parle du ppcm, on
Soit a et b deux entiers relatifs. L’ensemble de
considère alors qu’il s’agit du ppcm positif.
leurs multiples communs est aZ∩bZ. Si a et b sont
tous deux non nuls, alors cet ensemble possède On peut donner la caractérisation suivante : le
un plus petit élément strictement positif. Celui-ci PPCM de deux nombres est bien le plus petit
est appelé ppcm de a et b et est noté PPCM(a, b) multiple commun à ces deux nombres, au sens de
ou a ∨ b. la relation de divisibilité (sur N).

162
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

Proposition 2.4.5. Définition 3.0.1.


Soient a, b, m ∈ Z. On a l’équivalence : Soit p ∈ N∗ . On dit que p est premier si p ̸= 1 et
  si ses seuls diviseurs positifs sont 1 et p. On dit
m est le PPCM de a et b que p est composé si p ̸= 1 et p est non premier.

⇔ a|m, b|m, m ⩾ 0
Exemple 3.0.2.
Le crible d’Eratosthène est un procédé permettant

et : ∀n ∈ Z, (a|n et b|n) ⇒ m|n
de trouver tous les nombres entiers inférieurs à
un entier naturel N en se basant sur la remarque
suivante : tout entier composé n ∈ N∗ possède

Et également (le point (ii) a d’ailleurs été dé- un diviseur premier inférieur ou égal à n.
montré au cours de la démonstration du théorème Par conséquent, les nombres premiers inférieurs
2.4.3) : ou égaux à 100 sont les entiers naturels inférieurs
à 100 n’ayant aucun diviseur inférieur ou égal à
10.
Proposition 2.4.6. Les premiers nombres premiers : 2, 3, 5, 7, 11,
Soient a, b, c ∈ Z. Alors : 13, 17, 19, 23, 29, 31, 37. . .
2 est le seul nombre premier pair.
(i) (ac) ∨ (bc) = |c|(a ∨ b).
(ii) si (a, b) ̸= (0, 0), alors |ab| = (a ∧ b).(a ∨ b). Remarque 3.0.3.
On appelle diviseur strict de n tout entier naturel
diviseur de n différent de n. Un nombre premier
Remarque 2.4.7. est donc un entier autre que 1 sans diviseur strict
Avant de calculer un PPCM, on factorisera au autre que 1.
maximum les nombres manipulés.
Proposition 3.0.4.
Exercice 2.4.8.
Soit p et q sont deux nombres premiers distincts.
Calculer 1750 ∨ 644.
Alors p et q sont premiers entre eux.

Démonstration.
Corollaire 2.4.9. Par l’absurde, supposons p ∧ q ̸= 1. Alors p ∧ q est un
Si a ∧ b = 1, alors a ∨ b = |ab|. diviseur de p et de q autre que 1. p et q étant premiers,
Notamment, dans le cas où a ∧ b = 1, si a | c ce ne peut être un diviseur strict, donc p = p ∧ q = q. Or
et b | c, alors ab | c. p ̸= q, donc c’est absurde.

Proposition 3.0.5.
Remarque 2.4.10. Soit a ∈ Z et p un nombre premier, si p ne divise
Là encore, si a1 , . . . , an est une famille finie d’en- pas a, alors a et p sont premiers entre eux.
tiers, on peut définir le PPCM de cette famille, et
démontrer des résultats similaires à ceux concer-
Démonstration.
nant les PGCD des familles d’entiers. En particu- L’ensemble des diviseurs positifs de p est {1, p}, si p ne
n n
divise pas a, l’ensemble des diviseurs positifs communs à a
lier, si c ∈ Z∗ , alors (cai ) = |c| ai .
_ _
et p est donc {1}.
i=1 i=1

Corollaire 3.0.6.
3 Nombres premiers. Soit p un nombre premier et a, b ∈ Z. Si p | ab,
alors p | a ou p | b.

163
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

Démonstration. plus petit ne se décomposant pas en facteurs


C’est une simple application du lemme de Gauss et de la premiers. Ce qui est impossible, car en
proposition précédente. itérant le procédé, on construirait une suite
strictement décroissante d’entiers.
Le résultat suivant, fondamental, ainsi que la Principe du bon ordre Soit A l’ensemble des en-
démonstration donnée, sont connus depuis Eu- tiers n’admettant pas de décomposition. Nous
clide. voulons montrer que A est vide. S’il était non
vide, il y aurait un plus petit élément a. Si a
n’admet pour diviseur que 1 et lui-même, a
Théorème 3.0.7. est premier. a = a est une décomposition de
a en facteurs premiers, ce qui est contraire à
L’ensemble des nombres premiers est infini.
l’hypothèse. Donc a s’écrit b × c où b et c sont
des entiers différents de a et de 1. a étant le
Démonstration. minimum de A, b et c ne sont pas éléments
En effet, soient p1 , . . . , pn n nombres premiers, avec n ⩾ 1. de A et se décomposent donc en produit de
Montrons qu’il en existe nécessairement un autre. facteurs premiers. Il en est donc de même de a.
On considère la quantité p1 p2 . . . pn + 1. Cette quantité Principe de récurrence On suppose que tout en-
est un entier strictement supérieur à 1. L’ensemble de tier inférieur ou égal à n se décompose en pro-
ses diviseurs (positifs) différents de 1 est donc non vide et duits de facteurs premiers (ce qui est vrai pour
possède donc un plus petit élément q, strictement supérieur n ⩽ 2). Considérons n + 1 :
à 1. Or, q ne peut posséder aucun diviseur strict autre que • Si n + 1 est premier, alors n + 1 = n + 1
1 : q est donc premier. est une décomposition.
Alors q est nécessairement différent de tous les pi . Car si • Sinon, n + 1 = ab, avec 1 < a < n + 1, et
q = pi pour un certain i ∈ J1, nK, q divise p1 p2 . . . pn d’une 1 < b < n + 1. L’hypothèse de récurrence
part, et divise p1 p2 . . . pn + 1 d’autre part, donc divise la s’applique sur a et b, qui se décomposent
différence qui vaut 1, ce qui est impossible. donc en produits de facteurs premiers. Il
q est donc un (n + 1)e nombre premier. en est donc de même de n + 1.
Unicité Commençons par remarquer que pour tout entier
αk
non nul p, p0 = 1. Ainsi si n = pα 1 α2
1 .p2 . . . . .pk et
Théorème 3.0.8. si pk+1 est un nombre premier distinct des k pré-
αk αk+1
Tout entier naturel supérieur ou égal à 1 se dé- cédents, on peut écrire n = pα 1 .p2 . . . . .pk .pk+1 ,
1 α2

avec αk+1 = 0.
compose de manière unique (à l’ordre des fac- On suppose que n a deux décompositions en
teurs près) en un produit de nombres premiers facteurs premiers, que l’on peut donc écrire
(ce produit est éventuellement réduit à zéro ou
αk β
n = pα 1 α2
1 .p2 . . . . .pk = pβ1 1 .pβ2 2 . . . . .pkk , les deux
un terme, et peut avoir plusieurs facteurs égaux). membres étant éventuellement complétés par p0 pour
avoir les mêmes facteurs premiers dans les deux
Plus précisément, pour tout n ∈ N\{0, 1}, il existe membres. Le théorème de Gauss permet de dire que
k ∈ N∗ , des entiers premiers p1 , . . . , pk distincts 1 divise le membre de droite, mais puisqu’il est pre-
pα 1

et α1 , . . . , αk ∈ N∗ tels que mier avec p2 , . . . , pk car tous ces nombres premiers


sont distincts, il divise pβ1 1 , et donc α1 ⩽ β1 . Symé-
k triquement, α1 ⩾ β1 , et ainsi α1 = β1 . Il en est de
n= pαi i = pα1 1 .pα2 2 . . . . .pαk k .
Y
même pour les autres puissances.
i=1

Définition 3.0.9.
Démonstration.Existence on en donne trois démons- Pour un nombre premier p on définit l’application
trations
Principe de la descente infinie de Fermat Si
νp : Z → N ∪ { +∞ }
+∞ sinn = 0
(
n est un nombre ne se décomposant pas en
facteurs premiers, alors n n’est lui-même pas n 7→ o
max k ∈ N pk |n sinon
premier (sinon, n = n est une décomposition).
Donc, n s’écrit n = ab, avec 1 < a < n et qui à un entier n associe l’exposant de p dans
1 < b < n. n ne se décomposant pas en
facteurs premiers, nécessairement, a ou b ne se
la décomposition de n en facteurs premiers, avec
décompose pas en facteurs premiers. On trouve la convention νp (0) = +∞. Cette fonction est
donc, pour tout entier ne se décomposant pas appelée valuation p-adique sur Z.
en facteurs premiers, un entier strictement

164
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

Démonstration. seul un nombre fini de ces termes sont différents de 1.


Il faut démontrer que max k ∈ N pk |n existe bien. En effet, les diviseurs premiers de a sont en nombre


L’ensemble k ∈ N pk |n est non vide car il contient fini, donc la valuation de a n’est non nulle que pour


0 ; de plus pk −−−−−→ +∞, donc il existe K ∈ N tel que un nombre fini d’entiers premiers. Il en est de même
k→+∞ pour b, et donc min(νp (a), νp (b)) n’est non nulle que
pK > n, donc cet ensemble est majoré. Comme c’est une pour un nombre Y finimin(ν
d’entiers premiers p.
partie de N, il admet bien un maximum. On note d = p p (a),νp (b))
. Alors :
p∈P
Exemple 3.0.10.
ν5 (50) = 2, ν3 (50) = 0.
Y Y
d× pνp (a)−min(νp (a),νp (b)) = pνp (a) = a
p∈P p∈P
Exercice 3.0.11. Y Y
Décomposer 240 en produit de facteurs premiers et d × p νp (b)−min(νp (a),νp (b))
= pνp (b) = b
et déterminer ν2 (240), ν3 (240), ν5 (240) et ν7 (240). p∈P p∈P

donc d est un diviseur commun à a et b.


Proposition 3.0.12. Soit d′ un autre diviseur commun Y àδ(p)
a et b. Alors
Soient a, b ∈ Z. On note P l’ensemble des d′ s’écrit nécessairement : d′ = p , avec pour
nombres premiers. p∈P
tout p, δ(p) ∈ N, et il n’y a qu’un nombre fini d’entiers
(i) Pour tout entier p premier, p divise a si et premiers p tels que δ(p) > 0. Mais si d′ |a, on doit
seulement si νp (a) > 0. avoir pour tout p ∈ P, δ(p) ⩽ νp (a). De même, d′ |b
donc pour tout p ∈ P, δ(p) ⩽ νp (b). On a donc
(ii) Si a ̸= 0, |a| = pνp (a) .
Y
pour tout p ∈ P, δ(p) ⩽ min(νp (a), νp (b)), et par
p∈P conséquent d′ |d, et d est bien le pgcd de a et b.
(iii) Si a, b ∈ Z et p ∈ P, alors νp (ab) = νp (a) + (vi) S’inspirer de la démonstration du point précédent.
νp (b). (vii) a et b sont premiers entre eux
⇔ a∧b=1
(iv) On a a|b si et seulement si, pour tout p ∈ P,
⇔ pour tout entier premier p,
νp (a) ⩽ νp (b). νp (a ∧ b) = 0
(v) Si (a, b) ̸= (0, 0), a ∧ b = pmin(νp (a),νp (b)) . ⇔ pour tout entier premier p,
Y
min(νp (a), νp (b)) = 0
p∈P
⇔ pour tout entier premier p,
(vi) si a =
̸ 0 et b ̸= 0, a ∨ b = νp (a) = 0 ou νp (b) = 0
Y
pmax(νp (a),νp (b))
p∈P ⇔ pour tout entier premier p, p ne
divise pas a ou p ne divise pas b
(vii) Les entiers a et b sont premiers entre eux si et ⇔ ils n’ont aucun facteur premier
seulement si ils n’ont aucun facteur premier en commun.
en commun (i.e. pour tout p, νp (a) = 0 ou
νp (b) = 0). Exercice 3.0.13.
Calculer simplement 240 ∧ 42 et 240 ∨ 42.
Démonstration. (i) Évident. Finissons par un dernier résultat classique, le
(ii) C’est une simple réécriture de la décomposition de a petit théorème de Fermat (Pierre de, Beaumont-
en facteurs premiers. de-Lomagne, première décennie du XVIIe siècle -
(iii) Il suffit de multiplier les écritures précédentes pour Castres, 1665) (le grand n’est malheureusement
a et b. pas à notre portée), qui a deux formulations équi-
(iv) Si a|b, soit p ∈ P. Alors, pνp (a) divise a donc b, donc valentes :
νp (b) ⩾ νp (a).
Réciproquement, supposons que pour tout p ∈ P,
νp (a) ⩽ νp (b). On voit alors dans la décomposition Théorème 3.0.14 (Petit théorème de Fermat,
en facteurs premiers de b que l’on peut factoriser a
1640).
dans b, donc a|b.
Soit p un nombre premier. Alors on a :
(v) Commençons par remarquer que le produit considéré
est bien défini : c’est un produit faisant intervenir (i) pour tout a ∈ Z, p divise ap − a.
une infinité de termes car P est infini, mais en fait

165
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

soit premier. Il est d’ailleurs très largement uti-


(ii) pour tout a ∈ Z qui n’est pas un multiple lisé dans les tests de primalité, comme celui de
de p, p divise ap−1 − 1. Rabin-Miller. Mais, sa réciproque étant fausse, il
n’est pas possible de savoir de manière certaine
Démonstration. qu’un nombre est premier en n’utilisant que ce
Ce théorème admet plus de 100 démonstrations. Fermat théorème. Ainsi, on appelle nombres de Carmi-
disait en connaître une mais ne l’a jamais publiée et elle chael ou menteurs de Fermat les nombres entiers
n’est pas parvenue jusqu’à nous. La première démonstra-
qui ne sont pas premiers mais vérifient tout de
tion est dûe à Leibniz en 1683, dans un manuscrit qui lui
non plus n’a pas été publié. Il faut attendre 1736 pour même le Petit théorème de Fermat. Le plus petit
qu’Euler donne la première démonstration publique, qui nombre de Carmichael est 561, et a été découvert
est essentiellement la même que celle de Leibniz. par Carmichael en 1910, bien que les propriétés de
Un petit nombre de ces démonstrations ainsi qu’une in- tels nombres aient déjà été énoncées en 1899 par
troduction historique peuvent être lus à l’adresse suivante,
sur le site de l’ENS : Korselt. Les nombres de Carmichael étant relati-
vement rares par rapport aux nombres premiers,
http ://preview.tinyurl.com/pm49tb4
un test de primalité basé sur le petit théorème de
Donnons-en encore une autre : Fermat aura peu de chances de donner un résul-
tat erroné, mais il n’est cependant pas considéré
Commençons par montrer l’équivalence des deux
énoncés 1 :
comme un test suffisament fiable. C’est pourquoi
Si (i) est vrai et que a n’est pas un multiple de p, alors on le combine avec d’autres tests pour obtenir des
puisque p est premier, a et p sont premiers entre eux. Par tests de primalité probabilistes plus fiables.
conséquent, grâce au théorème de Gauss, p|a(ap−1 − 1)
donc p|ap−1 − 1.
Si (ii) est vrai, soit a ∈ Z. Si a est un multiple de p, p|a
donc p|a(ap−1 − 1). Et si a n’est pas un multiple de p,
alors avec (ii) p|ap−1 − 1 donc p|a(ap−1 − 1). Dans tous
les cas, (i) est vrai.

Montrons maintenant le point (ii).


Soit a un entier non multiple de p. Posons N =
a(2a)(3a)...((p − 1)a). Nous allons calculer N modulo p de
deux manières.
Tout d’abord, réécrivons N = ap−1 × (p − 1)!.
Ensuite, pour tout i ∈ J1, p−1K, appelons ri le reste de la
division euclidienne de ia par p. Alors N ≡ r1 r2 . . . rp−1 [p].
Supposons qu’il existe i, j ∈ J1, p − 1K tels que ri = rj .
Alors ia ≡ ja [p] donc p|(i − j)a. Or a ∧ p = 1 donc avec
le théorème de Gauss, p|(i − j). Mais |i − j| < p donc
nécessairement i − j = 0, donc i = j. Ainsi les r1 , . . . , rp−1
sont deux à deux distincts. Mais comme ils sont tous dans
l’intervalle J1, p−1K, qui contient exactement p−1 éléments,
{r1 , . . . , rp−1 } = J1, p − 1K, et donc r1 r2 . . . rp−1 = (p − 1)!.
Finalement, N = ap−1 × (p − 1)! ≡ (p − 1)! [p], donc
p|(p − 1)!(ap−1 − 1). Or p est premier avec tous les entiers
de 1 à p − 1, donc il est premier avec (p − 1)!, et à nouveau
avec le théorème de Gauss, il vient bien p|ap−1 − 1.

Exercice 3.0.15.
Calculer le reste de la division euclidienne de
42835 720 par 37.
Le Petit théorème de Fermat donne donc une
condition nécessaire pour qu’un nombre entier
1. Ici, nous n’avons besoin que de montrer que (ii) im-
plique (i) puisque nous allons montrer (i) par la suite.

166
Chapitre XII

Suites réelles et complexes


Sommaire
1 Vocabulaire. . . . . . . . . . . . . . . . . 168
2 Limite d’une suite réelle. . . . . . . . . . 169
2.1 Définition et premières propriétés. . . 169
2.2 Opérations sur les limites. . . . . . . . 171
a Étude de (un + vn )n∈N . . . . . . . 171
b Étude de (un vn )n∈N . . . . . . . . 171
 
c Étude de u1n . . . . . . . . . 171
n∈N
d Étude de (|un |)n∈N . . . . . . . . . 172
e Étude de (max(un , vn ))n∈N . . . . 172
f Exemples de formes indéterminées. 172
2.3 Limites et suites extraites. . . . . . . . 172
2.4 Limites et inégalités. . . . . . . . . . . 173
3 Résultats de convergence. . . . . . . . . 173
3.1 Composition. . . . . . . . . . . . . . . 173
3.2 Utilisation d’inégalités. . . . . . . . . . 174
a Techniques d’encadrement. . . . . 174
b Suites monotones. . . . . . . . . . 174
c Suites adjacentes. . . . . . . . . . 175
3.3 Théorème de Bolzano-Weierstrass. . . 176
4 Traduction séquentielle de certaines
propriétés. . . . . . . . . . . . . . . . . . 176
5 Suites particulières. . . . . . . . . . . . . 177
5.1 Suites arithmétiques. . . . . . . . . . . 177
5.2 Suites géométriques. . . . . . . . . . . 177
5.3 Suites arithmético-géométriques. . . . 178
5.4 Suites récurrentes linéaires doubles. . . 179
6 Suites définies par une relation de ré-
currence d’ordre 1. . . . . . . . . . . . . 181
6.1 Définition de la suite. . . . . . . . . . . 181
6.2 Recherche d’une limite éventuelle. . . . 181
6.3 Cas où f est croissante sur A. . . . . . 182
6.4 Cas où f est décroissante sur A. . . . . 182
7 Suites à valeurs complexes. . . . . . . . 182
8 Premiers exemples de séries numériques.184
8.1 Séries télescopiques. . . . . . . . . . . 184
8.2 Séries géométriques. . . . . . . . . . . 184
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

1 Vocabulaire.
peut former la suite λu définie comme (λun )n∈N .
• On dit que RN muni de ces deux opérations est
un espace vectoriel.
Définition 1.0.1 (Suite réelle). • Étant donné deux suites u et v on peut former
• Une suite à valeurs réelles ou suite réelle u leur produit uv, définie comme (un vn )n∈N .
est une application de N dans R, u. On note en
• Étant donné deux suites u et v telles que v ne
général un au lieu de u(n) l’image de n par u. u
• Étant donnée une expression e contenant la s’annule pas, on peut former leur quotient ,
v
un
 
variable n, on note (e)n∈N la suite N → R . définie comme .
n 7→ e vn n∈N
Ainsi, la suite u est souvent notée (un )n∈N . • Étant donné une suite u , on peut former la
• La suite (un )n∈N est aussi appelée la suite de suite |u| définie comme (|un |)n∈N .
terme général un . • Étant donné deux suites u et v, on peut
• On note RN l’ensemble des suites réelles. former les suites min(u, v) et max(u, v), défi-
nie comme (min(un , vn ))n∈N et (max(un , vn ))n∈N .

Remarque 1.0.2 (Représentation graphique des


termes d’une suite).
Cela peut se faire en plaçant les termes sur la Définition 1.0.5.
droite des réels (représentation unidimensionnelle) • Étant donné une propriété P sur les suites réelles
ou en traçant le “graphe” de la suite (représen- et un entier n0 et une suite réelle u, on dit que P
tation bidimensionnelle). Chacune présente des est vraie à partir du rang n0 si la propriété P est
avantages et des inconvénients. vraie pour la suite des termes un0 , un0 +1 , un0 +2 ,
. . . autrement dit pour la suite v où v est définie
Remarque 1.0.3 (Modes de définition). par ∀n ∈ N vn = un0 +n .
Il existe plusieurs manières de définir une suite. • On dit que P est vraie à partir d’un certain
Définition explicite : on donne le terme géné- rang s’il existe un entier n0 tel que la propriété P
ral. On peut par exemple étudier la suite de est vraie à partir du rang n0 .
1 n
 
terme général un = 1 + .
n
Définition par récurrence : on définit le pre- Remarque 1.0.6.
mier terme, ainsi qu’une relation de récur- En général, seul le comportement des suites quand
rence vérifiée par la suite. On peut par n tend vers l’infini nous intéresse, et non les pre-
exemple étudier la suite définie par u0 = 1 miers termes de la suite, d’où l’intérêt de la notion
et ∀n ∈ N, un+1 = sin(un ). Ces suites feront de propriété vraie à partir d’un certain rang.
l’objet d’une première étude dans la partie 6. Exemple 1.0.7.
Définition implicite : on étudie souvent des • La suite (n(n − 5))n∈N n’est pas à valeurs po-
suites dont le terme général est solution d’une sitives ou nulles mais elle est à valeurs positives
équation. On peut par exemple étudier la ou nulles à partir du rang 5 (ainsi d’ailleurs qu’à
suite dont le terme général est l’unique réel partir du rang 10, du rang 2389, . . .).
solution sur R+ de l’équation x2 + x = n. • La suite u définie par

si n < 735
(
n
Définition 1.0.4 (Opérations sur les suites). ∀n ∈ N un =
735 sinon
• Étant donné deux suites u et v on peut former
leur somme u + v, définie comme (un + vn )n∈N . n’est pas constante mais est constante à partir du
• Étant donné une suite u et un scalaire λ, on rang 735.

168
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Exemple 1.0.8. Cependant, une suite est majorée à partir d’un


Dire qu’une suite est positive ou nulle à partir certain rang si et seulement si cette suite est ma-
d’un certain rang est équivalent à jorée (idem pour minorée et bornée).
• « (un ) est bornée » s’écrit aussi : ∃M ∈ R,
∃n0 ∈ N, ∀n ∈ N, un+n0 ⩾ 0, ∀n ∈ N, |un | ⩽ M .
Cela permet d’ailleurs dé définir la notion de suite
autrement dit :
complexe bornée, alors même qu’une suite com-
∃n0 ∈ N, ∀k ∈ N, k ⩾ n0 ⇒ uk ⩾ 0. plexe ne peut être ni minorée ni majorée.
• Pour montrer qu’une suite est croissante, on
peut utiliser plusieurs méthodes : la plus clas-
Définition 1.0.9. sique consiste à étudier le signe de un+1 − un . On
Une suite réelle u est dite : un+1
peut aussi comparer à 1, à condition de
(i) constante si ∀n ∈ N, un = u0 ; un
connaître le signe de un .
(ii) stationnaire si elle est constante à partir • Une suite u est croissante si et seulement si pour
d’un certain rang, c’est-à-dire si tout p ∈ N et tout n ⩾ p, un ⩾ up .

∃n0 ∈ N ∀n ∈ N, n ⩾ n0 ⇒ un = un0 .
2 Limite d’une suite réelle.

Remarque 1.0.10.
2.1 Définition et premières propriétés.
Jusque là, toutes les définitions données sur les
suites à valeurs réelles s’étendent directement aux
suites à valeurs complexes. Ce n’est plus le cas Définition 2.1.1.
pour ce qui suit. Soit (un ) ∈ RN , soit ℓ ∈ R. On dit que (un ) tend
(ou converge) vers ℓ si

Définition 1.0.11. ∀ε ∈ R∗+ , ∃n0 ∈ N, ∀n ∈ N, n ⩾ n0 ⇒ |un − ℓ| ⩽ ε.


Une suite réelle u est dite :
On note ceci un −−−−−→ ℓ, ou plus simplement
(i) croissante (resp. stric. croissante) si pour n→+∞
tout n ∈ N, un ⩽ un+1 (resp. un < un+1 ) ; u → ℓ.
(ii) décroissante (resp. stric. décroissante) si
pour tout n ∈ N, un ⩾ un+1 (resp. un > Remarque 2.1.2.
un+1 ) ; Ceci est équivalent à
(iii) monotone si la suite est croissante ou dé-
∀ε ∈ R∗+ , ∃n0 ∈ N, ∀n ∈ N, n ⩾ n0 ⇒ |un − ℓ| < ε.
croissante ;
(iv) strictement monotone si la suite est stric- En pratique, on préférera souvent (mais pas tou-
tement croissante ou strictement décrois- jours) utiliser des inégalités larges.
sante ;
Remarque 2.1.3.
(v) majorée (resp. minorée) s’il existe M ∈ R On utilise souvent les abus de notation suivant :
tel que pour tout n ∈ N, un ⩽ M (resp.
un ⩾ M ) ; ∀ε > 0, ∃n0 ∈ N, ∀n ⩾ n0 , |un − ℓ| ⩽ ε.
(vi) bornée si elle est majorée et minorée.
Exemple 2.1.4.
n−1
Montrer que la suite de terme général un =
Remarque 1.0.12. n+1
converge vers 1.
• Toutes ces propriétés peuvent s’énoncer « à par-
tir d’un certain rang ».

169
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Par défaut, la notion de convergence s’entendra


Définition 2.1.5. dans R.
Soit (un ) ∈ RN . On dit que (un ) est convergente
s’il existe ℓ ∈ R tel que un −−−−−→ ℓ. Si (un ) n’est
n→+∞
pas convergente, on dit qu’elle est divergente (ou Théorème 2.1.11 (Unicité de la limite).
diverge). Soit (un ) une suite réelle, soit ℓ1 , ℓ2 ∈ R tels que
un −−−−−→ ℓ1 et un −−−−−→ ℓ2 . Alors, ℓ1 = ℓ2 .
n→+∞ n→+∞

Théorème 2.1.6.
Toute suite convergente est bornée. Démonstration.
Il convient a priori de distinguer 9 cas. Par symétrie, et
en supposant ℓ1 ̸= ℓ2 , il suffit de considérer les cas :
Démonstration. • ℓ1 ∈ R et ℓ2 ∈ R ;
Soit (un ) convergeant vers ℓ ∈ R. Alors d’après la proposi- • ℓ1 ∈ R et ℓ2 = −∞ ;
tion précédente, il existe n0 ∈ N tel que pour tout n ⩾ n0 , • ℓ1 ∈ R et ℓ2 = +∞ ;
|un − ℓ| ⩽ 1, et donc ℓ − 1 ⩽ un ⩽ ℓ + 1. Par conséquent, • ℓ1 = −∞ et ℓ2 = +∞.
(un ) est bornée à partir du rang n0 . Mais les n0 premiers Nous ne détaillerons ici que les deux premiers, les deux
termes de la suite étant en nombre fini, ils forment un derniers sont laissés au lecteur.
ensemble borné. L’ensemble des termes de la suite (un ) 1
Si ℓ1 ∈ R et ℓ2 ∈ R, posons ε = |ℓ1 − ℓ2 | > 0. Alors, il
étant la réunion de deux ensembles bornées, il est borné 3
existe n1 , n2 ∈ N tels que, pour tout n ∈ N :
également, et donc la suite (un ) est bornée.
• si n ⩾ n1 , |un − ℓ1 | ⩽ ε ;
Remarque 2.1.7. • si n ⩾ n2 , |un − ℓ2 | ⩽ ε.
Alors, pour n ⩾ max(n1 , n2 ), on a par l’inégalité triangu-
La réciproque est évidemment fausse, comme le laire
prouve la suite ((−1)n )n∈N .
|ℓ1 − ℓ2 | = |ℓ1 − un − (ℓ2 − un )|
⩽ |ℓ1 − un | + |ℓ2 − un |
Définition 2.1.8.
2
Soit (un ) ∈ RN . On dit que (un ) tend vers +∞ si ⩽ |ℓ1 − ℓ2 |.
3

∀A ∈ R, ∃n0 ∈ N, ∀n ∈ N, n ⩾ n0 ⇒ un ⩾ A. C’est impossible !


1
Si ℓ1 ∈ R et ℓ2 = −∞, posons A = ℓ1 − 1 et ε = .
2
On note ceci un −−−−−→ +∞, ou plus simplement Alors, il existe n1 , n2 ∈ N tels que, pour tout n ∈ N :
n→+∞
u → +∞. • si n ⩾ n1 , |un − ℓ1 | ⩽ ε ;
• si n ⩾ n2 , un ⩽ A.
1
Alors, pour n ⩾ max(n1 , n2 ), on a un ⩽ A < ℓ1 − ⩽ un .
2
C’est impossible !
Définition 2.1.9.
Soit (un ) ∈ RN . On dit que (un ) tend vers −∞ si

∀A ∈ R, ∃n0 ∈ N, ∀n ∈ N, n ⩾ n0 ⇒ un ⩽ A. Définition 2.1.12 (Limite).


Soit u ∈ RN . Lorsqu’il existe un élément ℓ ∈ R
On note ceci un −−−−−→ −∞, ou plus simplement vérifiant un −−−−−→ ℓ, on l’appelle la limite de u,
n→+∞ n→+∞
u → −∞. et on le note lim u ou lim un .
n→+∞

Remarque 2.1.10.
Une suite qui tend vers +∞ (ou vers −∞) diverge.
On peut cependant introduire l’ensemble R = Le symbole lim ne peut s’utiliser
n→+∞
R∪{+∞, −∞}, que l’on appelle droite numérique qu’après avoir montré l’existence de ladite limite.
achevée. Dans R, une suite tendant vers +∞ (ou L’utiliser avant est une erreur grave. On préfèrera
moins −∞) converge. Le théorème 2.1.6 est tou- systématiquement utiliser l’écriture un −−−−−→ ℓ.
n→+∞
jours valable : toute suite à valeurs dans R est
bornée (par −∞ et +∞) !

170
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

ε
• si n ⩾ N , |un | ⩽ ;
2
Proposition 2.1.13. ε
• si n ⩾ N , |vn | ⩽ .

Soit u ∈ RN et ℓ ∈ R. On a les propriétés sui- 2
Ainsi, si n ⩾ max(N, N ′ ), alors |un + vn | ⩽ |un | + |vn | ⩽ ε,
vantes : d’où le résultat.

un −−−−−→ ℓ ⇐⇒ un − ℓ −−−−−→ 0
n→+∞ n→+∞
2.2 Opérations sur les limites.
un −−−−−→ 0 ⇐⇒ |un | −−−−−→ 0
n→+∞ n→+∞
Soit u et v deux suites qui admettent chacune
pour limite ℓ, ℓ′ ∈ R.

Corollaire 2.1.14. a Étude de (un + vn )n∈N .


Soit u ∈ RN et ℓ ∈ R.
vn ℓ′ ∈ R +∞ −∞
un −−−−−→ ℓ ⇐⇒ |un − ℓ| −−−−−→ 0 un
n→+∞ n→+∞
ℓ∈R

+∞
Corollaire 2.1.15.
Soit u ∈ RN , ℓ ∈ R. Alors u tend vers ℓ si et −∞
seulement s’il existe v ∈ RN tendant vers 0 telle
que u = ℓ + v.
b Étude de (un vn )n∈N .
Proposition 2.1.16. vn ℓ′ ∈ R∗+ ℓ′ ∈ R∗− 0 +∞ −∞
Soit u une suite convergeant vers 0 et v une suite un
bornée. Alors uv converge vers 0. ℓ ∈ R∗+

Démonstration. ℓ ∈ R∗−
Soit M > 0 un majorant de |v|. Soit ε > 0, il existe
donc un rang N ∈ N tel que pour, tout entier naturel
n ⩾ N , |un | ⩽
ε
. Ainsi, si n ⩾ N , |un vn | ⩽ ε, d’où le
0
M
résultat.
+∞
Exemple 2.1.17.  
Étudier la convergence de la suite cosn n −∞
n∈N∗

Proposition 2.1.18.
L’ensemble des suites convergeant vers 0 est stable 
1

c Étude de un n∈N .
par addition et par multiplication par un scalaire.
On dit que l’ensemble des suites convergeant vers Si la suite u ne s’annule pas.
0 est un sous-espace vectoriel de l’espace vectoriel
des suites à valeur réelles. Remarque 2.2.1.
1
Si v tend vers 0, alors tend vers 1.
Démonstration. 1+v
Comme un scalaire peut-être vu comme une suite constante, un → ℓ ∈ R\ {0} 0 +∞ −∞
donc bornée, il suffit de montrer que la somme de deux
suites convergeant vers 0 converge vers 0.
Soit u et v tendant vers 0, soit ε > 0. Il existe deux 1/un →
rangs N ∈ N et N ′ ∈ N tels que, pour tout entier n,

171
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

un
 
On obtient alors le comportement de Exemple 2.3.3.
vn n∈N (un+1 )n∈N , (u2n )n∈N et (u2n+1 )n∈N sont des suites
en utilisant les deux tableaux précédents. extraites de (un )n∈N .
Exercice 2.3.4.
d Étude de (|un |)n∈N .
Soit u une suite, φ et ψ deux extractrices. Quelle
un → ℓ∈R +∞ −∞ est la suite extraite de (uφ(n) )n∈N par ψ ?

|un | → Lemme 2.3.5.


Soit φ une fonction strictement croissante de N
dans N. Alors pour tout n ∈ N, φ(n) ⩾ n.
e Étude de (max(un , vn ))n∈N .

Théorème 2.3.6.
Proposition 2.2.2. Soit u ∈ RN et ℓ ∈ R. Si u −−→ ℓ alors toute suite
+∞
Si un −−−−−→ ℓ ∈ R et vn −−−−−→ ℓ′ ∈ R, alors extraite de u tend aussi vers ℓ.
n→+∞ n→+∞
max(un , vn ) −−−−−→ max(ℓ, ℓ′ ).
n→+∞
Démonstration.
On traite le cas ℓ ∈ R, les deux autres cas sont laissés au
lecteur.
Démonstration.
|un − vn | + un + vn Soit φ une extractrice, soit ε > 0. Il existe donc un rang
Il suffit d’écrire max(un , vn ) = . n0 ∈ N tel que , pour tout n ⩾ n0 , |un − ℓ| ⩽ ε. Soit n ⩾ n0 ,
2
on a alors φ(n) ⩾ n ⩾ n0 et donc uφ(n) − ℓ ⩽ ε.
Remarque 2.2.3.
On a bien sûr le même résultat avec le minimum.
Corollaire 2.3.7.
Si une suite admet deux suites extraites ne conver-
f Exemples de formes indéterminées.
geant pas vers la même limite alors cette suite n’a
Exemple 2.2.4. pas de limite.
Déterminer les limites (si elles existent) des suites Si une suite admet une suite extraite n’ayant
de termes généraux suivants : pas de limite, alors cette suite n’a pas de limite.
3n2 +n+15
1. un = n2 +sin n
e n −3n Exemple 2.3.8.
2. un = n2 −2n Montrer que les suites ((−1)n )n∈N et cos nπ

3 n∈N
1
 n
3. un = 1 + . ne convergent pas.
n
Théorème 2.3.9.
2.3 Limites et suites extraites. Soit u une suite à valeurs réelles et ℓ ∈ R.
Si on a u2n −−−−−→ ℓ et u2n+1 −−−−−→ ℓ,
n→+∞ n→+∞
alors un −−−−−→ ℓ.
Définition 2.3.1. n→+∞
On appelle suite extraite ou sous-suite de la suite
u toute suite (uφ(n) )n∈N où φ est une application Démonstration.
strictement croissante de N dans N. La fonction On traite le cas ℓ ∈ R, les deux autres cas sont laissés au
φ est une extraction, ou extractrice. lecteur.
Soit ε > 0. Il existe donc deux rangs N et N ′ tels que,
pour tout entier naturel n,
• si n ⩾ N , |u2n − ℓ| ⩽ ε ;
Remarque 2.3.2. • si n ⩾ N ′ , |u2n+1 − ℓ| ⩽ ε.
On ne conserve que les termes de rang φ(n) pour Ainsi, si n ⩾ max(2N, 2N ′ + 1), on a |un − ℓ| ⩽ ε (il suffit
n ∈ N, d’où la dénomination suite extraite. de distinguer selon la parité de N ), d’où le résultat.

172
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

2.4 Limites et inégalités.


Là encore, même si à partir d’un certain
rang, un < vn , il se peut que ℓ = ℓ′ .
Proposition 2.4.1.
Exemple 2.4.5.
Soit u ∈ RN et (a, b, ℓ) ∈ R3 . Supposons u −−→ ℓ
+∞ ∀n ∈ N∗ , 1 − n1 < 1 + n1 , pourtant 1 − n1 −−−−−→ 1
et a < ℓ < b. Alors à partir d’un certain rang, les n→+∞
et 1 + 1
n −
−−−−→ 1.
valeurs de u sont comprises strictement entre a et n→+∞
b. Autrement dit : Exercice 2.4.6.
n
1
!
Montrer que la suite (Hn ) = ne
X
∃n0 ∈ N ∀n ∈ N n ⩾ n0 ⇒ a < un < b
k k=1
n∈N∗
converge pas. On pourra commencer par montrer
1
que pour tout n ⩾ 1, H2n − Hn ⩾ .
Démonstration.
1 2
On pose ε = min (ℓ − a; b − ℓ) > 0. Soit n0 ∈ N tel que,
2
pour tout n ⩾ n0 , |un − ℓ| ⩽ ε. On a a < ℓ − ε < ℓ + ε < b, Proposition 2.4.7.
Alors, si n ⩾ n0 , on a ℓ−ε ⩽ un ⩽ ℓ+ε, donc a < un < b. Si une suite (un )n∈N est croissante (resp. décrois-
sante) et converge vers un réel ℓ, alors ∀n ∈
N, un ⩽ ℓ (resp. ∀n ∈ N, un ⩾ ℓ).
Si une suite (un )n∈N est strict. croissante (resp.
Corollaire 2.4.2.
strict. décroissante) et converge vers un réel ℓ
En particulier toute suite convergeant vers une
alors ∀n ∈ N, un < ℓ (resp. ∀n ∈ N, un > ℓ).
limite strictement positive (resp. strictement né-
gative) est strictement positive (resp. strictement
Démonstration.
négative) à partir d’un certain rang. On ne traite que le premier cas. S’il existe N ∈ N tel que
uN > ℓ alors, si n ⩾ N , un − ℓ ⩾ uN − ℓ > 0, ce qui est
impossible.

Corollaire 2.4.3. Remarque 2.4.8.


Soit u ∈ RN et (a, ℓ) ∈ R2 . Supposons u −−−−−→ ℓ. Ces propriétés ne permettent pas de montrer la
n→+∞
convergence d’une suite. Elles se contentent de
1. Si à partir d’un certain rang un ⩽ a, alors
donner des renseignements sur la suite ou sa limite,
ℓ ⩽ a.
en cas de convergence.
2. Si à partir d’un certain rang a ⩽ un , alors
a ⩽ ℓ.
3 Résultats de convergence.
3.1 Composition.
Ne pas croire que si à partir d’un cer-
tain rang un < a, alors ℓ < a. En passant à la
limite dans une inégalité, les inégalités strictes Théorème 3.1.1.
deviennent Soient a ∈ D̄ et b ∈ R et f une fonction à valeurs
  des inégalités larges. (Par exemple :
réelles définie sur une partie D de R vérifiant
la suite n1 ∗
converge vers 0, et pourtant tous
n∈N
les termes sont strictement positifs). f (x) −−−→ b
x→a

et u une suite réelle telle que la suite (f (un ))n∈N


Corollaire 2.4.4. soit bien définie (c’est-à-dire vérifiant ∀n ∈ N un ∈
Soient u et v deux suites réelles telles que, à partir D) et vérifiant
d’un certain rang, un ⩽ vn . Si les suites u et v
un −−−−−→ a.
convergent respectivement vers ℓ et ℓ′ , alors ℓ ⩽ ℓ′ . n→+∞

173
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Alors, Si vn −−−−−→ 0 et |un | ⩽ vn à partir d’un certain


n→+∞
f (un ) −−−−−→ b. rang, alors un −−−−−→ 0.
n→+∞
n→+∞

Remarque 3.1.2. b Suites monotones.


Ce théorème est temporairement admis, la défi-
nition de convergence pour les fonctions n’ayant
pas encore été donnée. Théorème 3.2.4 (de la limite monotone).
Soit u une suite réelle.
Exemple 3.1.3.
Si u est une suite qui converge vers 0, alors la 1. Si u est croissante, elle admet une limite
suite (e un )n∈N est une suite convergeant vers 1. (dans R) et

un −−−−−→ sup un .
n→+∞ n∈N
3.2 Utilisation d’inégalités.
a Techniques d’encadrement. (a) Dans le cas où u est majorée par un réel,
cette limite est réelle et est le plus petit
majorant de u.
Théorème 3.2.1. (b) Dans le cas où u n’est pas majorée, cette
Soient u, v et w trois suites à valeurs réelles et limite vaut +∞.
ℓ ∈ R. 2. Même résultat, dans le cas d’une suite u dé-
(i) Th. de minoration : Si un −−−−−→ +∞ croissante mutatis mutandis (sup en inf, «ma-
n→+∞
jorée» en «minorée», +∞ en −∞).
et un ⩽ vn à partir d’un certain rang, alors
vn −−−−−→ +∞.
n→+∞
Démonstration. 1. (a) Notons ℓ = supn∈N un . Soit
(ii) Th. de majoration : Si un −−−−−→ −∞ ε > 0, il existe donc un entier naturel n0 tel
n→+∞
et vn ⩽ un à partir d’un certain rang, alors que ℓ − ε < un0 ⩽ ℓ. Par croissance de u et
majoration de u par ℓ, on a, pour tout n ⩾ n0 ,
vn −−−−−→ −∞. ℓ − ε ⩽ un ⩽ ℓ. Cela montre donc bien la
n→+∞
convergence de u vers ℓ.
(iii) Th. d’encadrement : Si un −−−−−→ ℓ et
n→+∞ (b) Soit A ∈ R, A ne majore pas u : il existe donc
wn −−−−−→ ℓ et un ⩽ vn ⩽ wn à partir d’un n0 ∈ N tel que un0 ⩾ A. Ainsi, par croissance
n→+∞
de u, on a, pour tout n ⩾ n0 , un ⩾ A. Ainsi, u
certain rang, alors vn −−−−−→ ℓ. tend vers +∞.
n→+∞
2. Idem

Remarque 3.2.2. Exemple 3.2.5.


Le troisième résultat est souvent appelé « Théo- On exprime souvent le premier point du théo-
rème des gendarmes » dans le secondaire. Vous rème en disant que «toute suite croissante majorée
pouvez utiliser cette dénomination, ou tout sim- converge». Soit u et v les suites définies par
plement dire « par encadrement » quand vous
l’utilisez. ∀n ∈ N un = n et vn = n + n2
Démonstration. La suite u est croissante, majorée par la suite v :
Ces trois résultats se démontrent aisément. c’est donc une suite croissante majorée. Donc u
converge ?

Corollaire 3.2.3.
Soient u et v deux suites à valeurs réelles. Une suite croissante majorée converge
vers le plus petit de tous ses majorants. Le plus

174
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

petit de ses majorants n’est pas nécessairement Exemple 3.2.10.


le plus petit de ceux que vous avez déjà trouvés ! Les suites (un )n∈N∗ et (vn )n∈N∗ définies par un =
n
Retenir : 1
et vn = un + n.n! sont adjacentes.
X
1

k=0
k!
Exemple 3.2.11 (Moyenne arithmetico - géomé-
Corollaire 3.2.6. trique).
Si u est croissante et majorée par M ∈ R, alors u Soient u0 , v0 ∈ R∗+ . On définit deux suites en
converge et sa limite est inférieure ou égale à M . un + vn
posant, pour tout n ∈ N, un+1 =
√ 2
et vn+1 = un .vn . Alors ces deux suites sont
adjacentes et leur limite commune est appelée
c Suites adjacentes.
moyenne arithmetico - géométrique de u0 et v0 .
Exercice 3.2.12 (Algorithme des Babyloniens).
Définition 3.2.7. On pose v0 = 2. On définit deux suites en posant,
2 un + vn
Deux suites u et v sont dites adjacentes si l’une pour tout n ∈ N, un = et vn+1 = .
est croissante, l’autre est décroissante et leur dif- vn 2
Montrer que ces deux suites sont adjacentes.
férence tend vers 0.
Quelle est leur limite ?

Définition 3.2.13.
Théorème 3.2.8.
Étant donné I un intervalle de R, on appelle
Soit u et v deux suites adjacentes. Alors u et v
diamètre de I et on note δ(I) la valeur de b − a
convergent, et ont la même limite.
où a et b sont les extrémités gauche et droite de
I si celles-ci sont réelles et +∞ si l’une au moins
Démonstration. n’est pas réelle.
Si u et v convergent, u − v converge vers la différence de
leurs limites, soit 0 : u et v ont donc même limite.
On peut supposer, sans perte de généralité, que u est
croissante et que v est décroissante. Montrons maintenant Théorème 3.2.14 (Des segments emboîtés).
que u converge (il suffit ensuite d’écrire v = v − u + u pour Soit (In )n∈N une suite décroissante de segments
conclure à la convergence de v). Il suffit de montrer que
u est majorée par un réel, par exemple v0 . Sinon, il existe
non vides emboîtés, c’est-à-dire vérifiant I0 ⊃
n0 ∈ N vérifiant un0 > v0 et l’on aurait, par croissance de I1 ⊃ I2 ⊃ . . . (autrement dit, pour tout n ∈ N,
u et décroissance de v ainsi que pour tout entier n ⩾ n0 , In+1 ⊂ In ) et vérifiant δ(In ) −−−−−→ 0. Alors
n→+∞
un − vn > un0 − v0 , ce qui contredit la convergence de
u − v vers 0. Ainsi, u converge.
l’ensemble \
In
n∈N
La définition et le théorème des suites est un singleton. Autrement dit, il existe un unique
adjacentes sont fondamentaux. Le fait qu’ils réel appartenant à In pour tout n ∈ N.
s’écrivent de façon très concise n’en réduit pas De plus, tout suite u à valeur réelle telle que
l’importance mais rend en revanche inexcusable pour tout n ∈ N, un ∈ In converge vers ce réel.
les confusions entre ce qui relève de la définition
et ce qui relève du théorème.
Démonstration.
Remarque 3.2.9. Il suffit de noter, pour tout n ∈ N, an et bn respectivement
les extrémités gauche et droite de In . Les conditions sur les
Soient (un )n∈N et (vn )n∈N deux suites réelles ad-
segments entraînent que a et b sont deux suites adjacentes.
jacentes, avec (un )n∈N croissante. Elles ont dont une limite commune ℓ. De plus pour tout
Notons ℓ leur limite commune. Alors, ∀n ∈ n, an ⩽ ℓ ⩽ bn . Donc { ℓ } ⊂ n∈N In . Réciproquement,
T

N, un ⩽ ℓ ⩽ vn et ∀(p, q) ∈ N2 , up ⩽ ℓ ⩽ vq . si x ∈ n∈N In , alors pour tout n ∈ N, an ⩽ x ⩽ bn donc,


T
par encadrement, x = ℓ.

175
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Tout suite u vérifiant les conditions données est alors Le principe est relativement simple : on prend u0
encadrée par a et b donc converge vers ℓ. pour premier terme de cette suite extraite. On a
u0 ∈ I0 . On prend alors pour terme suivant le premier
terme suivant de u appartenant à I1 . Un tel terme
Corollaire 3.2.15 (Méthode de la dichotomie). existe puisque u prend une infinité de fois ses valeurs
dans I1 . On prend alors pour terme suivant le premier
Soit (In )n∈N une suite de segments telle que pour
terme suivant de u appartenant à I2 . Etc.
tout n ∈ N, In+1 est soit la moitié gauche du Plus formellement, on définit par récurrence l’appli-
segment In , soit la moitié droite du segment In . cation φ comme suit :
Alors la suite (In )n∈N est une suite décroissante (a) φ(0) = 0.
de segments emboîtés, dont le diamètre tend vers (b) pour tout n ∈ N, φ(n + 1) est le plus petit
0. entier k strictement supérieur à φ(n) vérifiant
uk ∈ In+1 . La suite u prenant une infinité de
Les extrémités gauche et droite de ces segments
fois ses valeurs dans I(n + 1), un tel k existe.
constituent donc des suites adjacentes.
Posons alors, pour n ∈ N, vn = uφ(n) .
On a pour tout n ∈ N, vn ∈ In . Donc v converge.
La suite u admet donc bien une suite extraite conver-
3.3 Théorème de Bolzano-Weierstrass. gente.

Nous avons déjà vu que toute suite convergente


est bornée. La réciproque est évidemment fausse,
par exemple la suite ((−1)n )n∈N est bornée et 4 Traduction séquentielle de cer-
divergente. Mais une version plus faible est vraie taines propriétés.
: c’est l’objet du théorème suivant.

Théorème 3.3.1 (Bolzano-Weierstrass). Définition 4.0.1.


On peut extraire de toute suite réelle bornée une On dit qu’une partie de R est dense dans R si elle
suite convergente. rencontre tout intervalle ouvert non vide de R.

Remarque 4.0.2.
Remarque 3.3.2.
On a déjà vu que l’ensemble des décimaux, Q et
On peut remplacer « bornée » par « à valeurs dans
R \ Q étaient denses dans R.
un segment ».
Démonstration (Principe de la dichotomie à connaître,
formalisation non exigible). Proposition 4.0.3.
Le cas où le segment est réduit à un point est trivial. Soit X ⊂ R. X est dense dans R si et seulement
Considérons donc un segment [a, b] de R avec a < b et une si pour tout ℓ ∈ R il existe une suite u à valeurs
suite u à valeurs dans [a, b] et montrons que u admet une
dans X convergeant vers ℓ.
suite extraite qui converge.
Définissons tout d’abord par dichotomie une suite
(In )n∈N de segments comme suit : Démonstration.
1. I0 = [a, b] Supposons que X est dense dans R, soit ℓ ∈ R. Alors, pour
1 1
2. Pour tout n, on définit In+1 comme étant la moitié tout entier naturel n, X∩]ℓ − ,ℓ + [ est non
n+1 n+1
gauche de In si u prend une infinité de fois ses va- vide et l’on peut donc construire une suite u d’éléments de
leurs dans cette moitié gauche. Sinon, on définit In+1 1
X telle que, pour tout entier naturel n, ℓ − ⩽ un ⩽
comme étant la moitié droite de In . n+1
1
Il est clair que la suite (In )n∈N est une suite de seg- ℓ+ . Par encadrement, u converge vers ℓ.
n+1
ments emboîtés de diamètre tendant vers 0, d’inter- Réciproquement, soit une telle partie X, montrons que
section réduite à un singleton l. X est dense dans R. Soit I un intervalle ouvert non vide
On peut démontrer par récurrence que pour tout de R. Si I ∩ X = ∅, il suffit de prendre ℓ comme étant
n ∈ N, u prend une infinité de fois ses valeurs dans le milieu de I : aucune suite à valeurs dans X ne peut
In . converger vers ℓ. En effet, en considérant ε le quart du
On va maintenant extraire une suite uφ(n) n∈N de diamètre de I, on a, pour tout x ∈ X, |x − ℓ| > ε. Ainsi,

u telle que pour tout n ∈ N, un ∈ In . X rencontre I.

176
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Ce que l’on pourrait appeler « l’équation homo-


Proposition 4.0.4. gène associée » a pour solution toutes les suites
Soit X une partie non vide de R. Alors il existe constantes.
une suite u à valeurs dans X de limite sup X. Le résultat suivant montre d’ailleurs que l’en-
1. Si X est majorée, sup X ∈ R et u converge. semble des suites arithmétiques de raison r est
2. Si X n’est pas majorée, alors sup X = +∞ de la forme « solution particulière + solutions
et u tend vers +∞. homogènes ».

Démonstration. Proposition 5.1.4.


Si X n’est pas majorée, c’est facile : pour tout n ∈ N, il
Soit r ∈ C et u une suite arithmétique de raison r.
existe x ∈ X vérifiant x ⩾ n. On construit donc une suite
u à valeurs dans X vérifiant ∀n ∈ N, un ⩾ n. Alors ∀n ∈ N, un = nr + u0 . De plus
Si X est majorée, revenir à la caractérisation de la borne n
supérieure dans le cas réel donnée dans le chapitre VIII. u0 + un
uk = (n + 1)
X
∀n ∈ N .
2
Remarque 4.0.5. k=0
Un résultat analogue existe concernant la borne
inférieure.
Démonstration.
Exercice 4.0.6. n
X
Soit X une partie non vide de R majorée par un Revenir à la formule donnant k.
réel a tel qu’il existe une suite u à valeurs dans k=0

X de limite a. Montrer que a = sup X. Remarque 5.1.5.


Cette dernière formule est assez peu utile, il vaut
n
souvent mieux revenir à la formule donnant
X
5 Suites particulières. k.
k=0

5.1 Suites arithmétiques.


Proposition 5.1.6.
Soit r ∈ R et u une suite arithmétique à valeurs
Définition 5.1.1. réelles de raison r. Alors,
Soit α et r deux complexes. On appelle suite • si r > 0, un −−−−−→ +∞ ;
arithmétique de premier terme α et de raison r la n→+∞
suite u définie par • si r = 0, u est la suite constante de valeur
u0 donc un −−−−−→ u0 ;
n→+∞
u0 = α,
(
• si r < 0, un −−−−−→ −∞.
n→+∞
∀n ∈ N, un+1 = r + un .

5.2 Suites géométriques.


Remarque 5.1.2.
Une suite arithmétique est à valeurs réelles si et
seulement si son premier terme et sa raison sont Définition 5.2.1.
réels. Soit α et r deux complexes. On appelle suite
Remarque 5.1.3. géométrique de premier terme α et de raison r la
u est arithmétique de raison r si et seulement si suite u définie par

u0 = α,
(
(un+1 − un )n∈N = (r)n∈N .
∀n ∈ N, un+1 = r · un .
On peut voir cela comme une équation portant
sur une transformation linéaire de u.

177
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Remarque 5.2.2. Démonstration.


Une suite géométrique est à valeurs réelles si et Direct d’après la proposition précédente.
seulement si son premier terme est nul ou son On peut aussi énoncer les résultats de conver-
premier terme et sa raison sont réels. gence dans C (voir la partie 7 pour une définition
Remarque 5.2.3. précise de la notion de limite de suite de com-
u est géométrique de raison r si et seulement si plexes).

(un+1 − run )n∈N = (0)n∈N .


Proposition 5.2.6.
On peut voir cela comme une équation homogène Soit r ∈ C et u une suite complexe géométrique
portant sur une transformation linéaire de u. de raison r, avec u0 ̸= 0.
Le résultat suivant montre d’ailleurs que l’en- • La suite u converge si et seulement si |r| < 1
semble des suites géométriques de raison q a la ou r = 1.
structure habituelle d’un ensemble de solutions • Si |r| < 1, alors u tend vers 0.
homogènes.
Démonstration.
Proposition 5.2.4. Il suffit de voir que |u| est géométrique de raison |r|. Le
Soit r ∈ C et u une suite géométrique de raison r. cas où r ∈ U \ {−1, 1} sera traité en TD.
Alors ∀n ∈ N, un = rn u0 . De plus
• si r ̸= 1, alors 5.3 Suites arithmético-géométriques.
n n
1 − rn+1
uk = u0 rk = u0 ;
X X
∀n ∈ N,
k=0 k=0
1−r Définition 5.3.1.
Une suite u est dite suite arithmético-géométrique
• si r = 1, alors s’il existe deux nombres complexes a et b véri-
n fiant :
uk = (n + 1)u0 . ∀n ∈ N, un+1 = aun + b.
X
∀n ∈ N
k=0

Remarque 5.3.2.
Démonstration.
n Il s’agit d’une généralisation des notions de suites
arithmétiques et géométriques :
X
Revenir à la formule donnant rk .
k=0 • Si a = 1, alors u est une suite arithmétique.
• Si b = 0, alors u est une suite géométrique.
Proposition 5.2.5.
Remarque 5.3.3.
Soit r ∈ R et u une suite réelle géométrique de
Ces suites interviennent fréquemment dans des
raison r, avec u0 ̸= 0.
problèmes concrets :
• Si r ∈] − ∞, −1], alors u n’a pas de limite
• évolution du capital restant à rembourser en
(ni finie, ni infinie).
fonction du temps dans le cas d’un emprunt
• Si r ∈] − 1, 1[ (i.e. |r| < 1), alors u converge
à mensualités constantes ;
vers 0.
• modélisation de l’évolution d’une popula-
• Si r = 1, alors u est la suite constante, de
tion.
valeur u0 (elle converge donc vers u0 ).
• Si r ∈]1, +∞[, alors u diverge vers +∞ si Soit a et b deux complexes. On s’intéresse main-
u0 > 0 et vers −∞ sinon. tenant à l’ensemble des suites u solutions de
• La suite u converge si et seulement si r ∈ l’équation
] − 1, 1] (c’est-à-dire |r| < 1 ou r = 1).
∀n ∈ N, un+1 = aun + b. (AG)

178
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Remarque 5.3.4. Remarque 5.3.8.


On peut écrire cela L’ensemble des solutions de (AG) a ici la même
structure que dans les cas des systèmes linéaires
(un+1 − aun )n∈N = (b)n∈N . et des équations différentielles linéaires (espace
affine). Ce n’est pas une coïncidence ! Cela vient
Ce que l’on pourrait appeler « l’équation homo-
du fait que l’on résout (un+1 − aun )n∈N = (b)n∈N
gène associée » a pour solution toutes les suites
et que (un+1 − un )n∈N dépend linéairement de u.
géométriques de raison a.
Le résultat suivant montre d’ailleurs que l’en- Exemple 5.3.9.
semble des suites solutions de AG est de la forme Donner le terme général de la suite u définie par :
« solution particulière + solutions homogènes ».
u0 = 0,
(

∀n ∈ N un+1 = 2un + 1.
Proposition 5.3.5.
Soit v une solution de (AG) et u une suite. Alors Exemple 5.3.10.
u est solution de AG si et seulement si u − v (i.e. Votre banquier vous propose un prêt à la consom-
la suite de terme général un − vn pour n ∈ N) est mation de 10 000 € «à un taux de 18% annuel»
géométrique de raison a. sur 5 ans, à mensualités fixes (soit 60 mensuali-
tés). Après avoir signé le contrat, vous constatez
Démonstration. que le taux est de 1, 5% par mois. Quel est le
Très facile. montant des mensualités ? Quel est le coût total
du crédit ? Que pensez-vous de la manière dont
Proposition 5.3.6. le prêt est présenté ?
Si a ̸= 1, alors il existe une unique suite constante
solution de (AG). 5.4 Suites récurrentes linéaires
doubles.
Démonstration.
Très facile.

Remarque 5.3.7. Définition 5.4.1.


Si a = 1, on étudie une suite arithmétique ... On appelle équation de récurrence linéaire double
ou équation de récurrence linéaire d’ordre deux
Méthode de résolution de (AG) toute équation de la forme

1. Si a = 1, les solutions de (AG) sont les suites ∀n ∈ N un+2 + aun+1 + bun = 0.


arithmétiques de raison b (i.e. pour tout u ∈
CN , u est solution de E si et seulement si où a et b sont des complexes fixés et où la suite u
∀n ∈ N, un = u0 + nb). (réelle ou complexe) est l’inconnue.
2. Si a ̸= 1, on cherche une solution constante. Toute solution de cette équation est appelée
Pour cela, on détermine l’unique α vérifiant suite récurrente linéaire double (ou d’ordre deux).
On appelle équation caractéristique de cette
α = aα + b. équation de récurrence linéaire double, l’équation

3. Les solutions de (AG) sont alors les suites r2 + ar + b = 0.


u ∈ CN telles que la suite u − α (c’est-à-dire
On appelle polynôme caractéristique de cette
(un −α)n∈N ) soit une suite géométrique de rai-
équation de récurrence linéaire double, le poly-
son a. Autrement dit, les solutions de (AG)
nôme
sont les suites u ∈ CN vérifiant :
X 2 + aX + b.
∀n ∈ N un = α + an (u0 − α).

179
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Remarque 5.4.2.
Si r ∈ C, alors r est solution de l’équation carac- (ii) Si (C) admet une unique solution (réelle)
téristique si et seulement si (rn )n∈N est solution r0 , alors les solutions réelles de (E) sont les
de l’équation de récurrence linéaire double. suites de la forme (λr0n + µnr0n )n∈N , où λ et
µ sont des réels.
Soit (a, b) ∈ C2 , avec b =
̸ 0. On s’intéresse
maintenant à l’ensemble des suites u solution de (iii) Si (C) admet deux solutions complexes
conjuguées, re iθ et re −iθ , alors les solutions
∀n ∈ N un+2 + aun+1 + bun = 0. (E) réelles de (E) sont les suites de la forme
(rn (λ cos (nθ) + µ sin (nθ)))(n∈N) où λ et µ
On note alors l’équation caractéristique de (E) : sont des réels.
r2 + ar + b = 0. (C) Dans tous les cas, il existe une unique solution
à (E) pour u0 et u1 fixés.

Théorème 5.4.3 (Solutions complexes de (E)).


On considère l’équation (E). Remarque 5.4.5.
(i) Si (C) admet deux solutions distinctes r1 et En pratique, on rencontrera des suites définies par
r2 , les solutions de (E) sont les suites de la la valeur de u0 et u1 et une équation linéaire de
forme (λr1n + µr2n )n∈N , où λ et µ sont des récurrence d’ordre deux. On détermine alors les so-
complexes. lutions générales de l’équation en utilisant le théo-
(ii) Si (C) admet une unique solution, r0 , alors rème ci-dessus, puis on détermine les constantes
les solutions de (E) sont les suites de la λ et µ avec les valeurs de u0 et u1 .
forme (λr0n + µnr0n )n∈N , où λ et µ sont des Démonstration.
complexes. La preuve n’est pas exigible, en voici un schéma.
Dans les deux cas, il existe une unique solution 1. Montrer, en étudiant les différents cas que les suites
à (E) pour u0 et u1 fixés. données ci-dessus sont effectivement des solutions.
2. Montrer en étudiant les différents cas, que toute so-
Démonstration. lution est une suite donnée ci-dessus (astuce bien
La preuve n’est pas exigible, en voici un schéma. pratique : si u est une solution à valeurs réelles
de (E), alors, pour tout n ∈ N, un = Re (un )) et u
1. Montrer que s’il existe une solution, elle est entière- est aussi une solution complexe de (E)).
ment déterminée par la donnée de u0 et u1 .
2. Montrer selon les cas que les suites données dans 3. En déduire que les suites données dans l’énoncé du
l’énoncé du théorème sont effectivement des solutions. théorème sont effectivement les solutions.
3. Montrer, selon les cas, que pour tout choix de u0 et
u1 , une de ces suites est solution.
4. En déduire selon les cas que les suites données dans Exemple 5.4.6 (Application pratique).
l’énoncé du théorème sont effectivement les solutions. On considère la suite (un )n∈N définie par
(
Dans tout ce qui suit, on ne s’intéressera qu’au u0 = 0 et u1 = 1
cas où les coefficients a et b sont réels. ∀n ∈ N, un+2 = un+1 + un

Théorème 5.4.4 (Solutions réelles de (E)). Déterminer une expression de un en fonction de


On considère l’équation (E), avec (a, b) ∈ R × R∗ . n.

(i) Si (C) admet deux solutions (réelles) Remarque 5.4.7.


distinctes r1 et r2 , alors les solutions La méthode vue ici est très proche de celle utilisée
réelles de (E) sont les suites de la forme pour résoudre les équations différentielles linéaires
(λr1n + µr2n )n∈N , où λ et µ sont des réels. de degré deux à coefficients constants. Ce n’est
d’ailleurs pas une coïncidence ...

180
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

6 Suites définies par une rela- 2. Notons v la suite définie par


v0 = 5

tion de récurrence d’ordre 1. 
3
et ∀n ∈ N v
n+1 = vn − 1
2
On étudie dans cette partie les suites (réelles)
récurrentes d’ordre 1, c’est-à-dire les suites réelles Posons
u vérifiant une relation du type : ∀n ∈ N, un+1 =
f : R+ → R
f (un ), où f est une fonction définie sur une partie 3
D de R et à valeur dans R. x 7→ x 2 − 1
L’ensemble de définition de f est R+ , qui
6.1 Définition de la suite. n’est pas stable par f puisque f (0) ∈
/ R+ . En
revanche, en posant A = [4, +∞[, on peut
On se donne donc une partie D de R, f : D → remarquer que A est une partie de l’ensemble
R, et a ∈ R. On veut définir la suite u par récur- de définition de f stable par f : en effet, f
rence de la façon suivante est croissante sur R+ et f (4) = 7 ⩾ 4 donc
pour tout x ∈ A, on a f (x) ⩾ f (4) ⩾ 4 donc
u0 = a
(
f (x) ∈ A. Or 5 appartient à A donc on peut
et ∀n ∈ N, un+1 = f (un ) montrer que v est bien définie.

Une telle définition n’est pas nécessairement Dans toute la suite, A désigne une partie
légitime : par exemple, si a ∈ / D, alors u1 est de R, et f une application définie (au moins)
mal défini donc la suite est mal définie. Autre sur A et telle que f (A) ⊂ A et a un élément
exemple : on prend pour f l’application x 7→ de A.

x − 1 et pour a la valeur 4. On a bien a ∈ R+
mais u1 = 1, u2 = 0, u3 = −1 < 0 et u4 est mal 6.2 Recherche d’une limite éventuelle.
défini.
Une condition suffisante 1 pour que la suite soit
Proposition 6.2.1.
bien définie est de trouver une partie A de D (i.e.
Si la suite (un )n∈N converge vers un réel ℓ et f
une partie A de R sur laquelle f est bien définie)
est continue en ℓ, alors f (ℓ) = ℓ. On dit que ℓ est
stable par f (i.e. ∀x ∈ A, f (x) ∈ A) et contenant
un point fixe de f .
le premier terme de la suite (a ∈ A).
En notant, pour n ∈ N, P (n) la propriété «un
est bien définie et un ∈ A», on peut alors montrer Remarque 6.2.2.
par récurrence que pour tout n ∈ N, on a P (n) ; Cette proposition sert à déterminer les limites
on en déduit que pour tout n ∈ N, un est bien éventuelles de la suite (un )n∈N ou à montrer
définie, donc que u est bien définie. qu’elle n’admet pas de limite.

Exemple 6.1.1. 1. Soit a ∈ [−1, +∞[, et no- En aucun cas, elle ne permet de montrer
tons u la suite définie par que u a une limite.

u0 = a Exemple 6.2.3. • Étudier la convergence de


(
√ la suite (un )n∈N définie par
et ∀n ∈ N un+1 = 1 + un (
√ u0 = 1
Notons f la fonction x 7→ 1 + x. Alors l’en- ∀n ∈ N, un+1 = u2n + 1
semble de définition [−1, +∞[ est stable par
f . Donc la suite (un )n∈N est bien définie. • Étudier la convergence de la suite (un )n∈N
définie par
1. Cette condition est aussi nécessaire (pourquoi ?) (
mais en pratique, c’est le fait qu’elle soit suffisante qui u0 = 1
nous intéressera. ∀n ∈ N, un+1 = u2n + 1
4

181
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

6.3 Cas où f est croissante sur A.


• si u0 ⩽ u2 , alors (u2n )n∈N est croissante et
(u2n+1 )n∈N est décroissante ;
Proposition 6.3.1. • si u0 ⩾ u2 , alors (u2n )n∈N est décroissante
Si f est une fonction croissante sur A : alors la et (u2n+1 )n∈N est croissante.
suite u est monotone. Plus précisément :
• si u0 ⩽ u1 , alors u est croissante ;
Démonstration.
• si u0 ⩾ u1 , alors u est décroissante. Montrons le premier point (le second se montre de la même
façon).
Démonstration. Supposons f décroissante. Alors f ◦ f est croissante.
Montrons le premier point (le second est similaire). Sup- Supposons de plus u0 ⩽ u2 .
posons f croissante sur A et u0 ⩽ u1 . Alors, pour n ∈ N, Montrons alors que (u2n )n∈N est croissante et
notons P (n) l’assertion «un ⩽ un+1 ». (u2n+1 )n∈N est décroissante.
• On a u0 ⩽ u1 donc on a P (0). En posant v = (u2n )n∈N , on a ∀n ∈ N, vn+1 = (f ◦f )(vn )
• Soit n ∈ N, supposons P (n). Alors on a un ⩽ un+1 . et v0 ⩽ v1 .
Or f est croissante sur A, donc f (un ) ⩽ f (un+1 ), Donc v est croissante, d’après la proposition 6.3.1.
donc un+1 ⩽ un+2 , donc on a P (n + 1). On a donc ∀n ∈ N, u2n ⩽ u2n+2 .
On a donc, d’après le principe de récurrence, ∀n ∈ N un ⩽ f étant décroissante, on en déduit ∀n ∈ N, f (u2n ) ⩾
un+1 . f (u2n+2 ).
Donc ∀n ∈ N, u2n+1 ⩾ u2n+3 .
Remarque 6.3.2.
Vous n’avez pas besoin de retenir cette proposition. Remarque 6.4.2.
En revanche, vous devez retenir la technique de Même remarque que pour la proposition 6.4.1.
démonstration pour être en mesure de l’adapter Exemple 6.4.3.
à un cas concret. Étudier la suite u définie par
Exemple 6.3.3. (
Étudier, pour a = 0 et pour a = 2, la suite u u0 = 2,

définie par ∀n ∈ N, un+1 = 2 − un .
(
u0 = a, √ Remarque 6.4.4.
∀n ∈ N, un+1 = 1 + un . On remarquera que, quelle que soit la situation, la
Exemple 6.3.4. plupart des informations pertinentes pour l’étude
Étudier la suite u définie par d’une suite définie par un+1 = f (un ) sont données
( par le signe de f − Id. Dans tout exercice sur les
u0 = 0, suites définies par récurrence, il est fondamental
∀n ∈ N, un+1 = u2n + 2un + 1. de déterminer le tableau des signes de f − Id.
La suite u admet-elle une limite ? laquelle ?
Exercice 6.3.5. 7 Suites à valeurs complexes.
Montrer qu’une fonction croissante et continue
Nous allons définir la notion de convergence de
f : I → I, où I est un segment, possède un point
suites à valeurs complexes en s’appuyant sur les
fixe.
convergences des suites (réelles) des parties réelles
et imaginaires associées.
6.4 Cas où f est décroissante sur A.
On pourrait définir de manière intrinsèque cette
convergence, le lecteur intéressé se rapportera à
Proposition 6.4.1. la partie ? ?.
Si f est une fonction décroissante sur A, alors les Soit u ∈ CN une suite à valeurs complexes.
suites (u2n )n∈N et (u2n+1 )n∈N sont monotones et Notons Re(u) la suite Re(un )n∈N , Im(u) la suite
de sens contraire. Plus précisément : Im(un )n∈N et |u| la suite |un |n∈N .
Soit alors ℓ un complexe.

182
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Remarque 7.0.1. 1. On rappelle que pour tout


complexe z, on a Proposition 7.0.5.

|z| ⩽ |Re(z)| + |Im(z)| u −−→ ℓ ⇒ |un | −−−−−→ |ℓ|


+∞ n→+∞
|Re(z)| ⩽ |z|
|Im(z)| ⩽ |z|
Démonstration.
De la définition 7.0.3 et de l’inégalité triangulaire :
2. En particulier, pour tout n ∈ N :
∀n ∈ N ||un | − |ℓ|| ⩽ |un − ℓ|
|un − ℓ| ⩽ |Re(un ) − Re(ℓ)|
on déduit immédiatement |un | −−−−−→ |ℓ|, d’où le résultat.
+ |Im(un ) − Im(ℓ)| n→+∞

|Re(un ) − Re(ℓ)| ⩽ |un − ℓ|


Remarque 7.0.6. 1. La réciproque est évidem-
|Im(un ) − Im(ℓ)| ⩽ |un − ℓ|
ment fausse
2. Cette proposition permet notamment d’as-
Proposition 7.0.2. surer que si u a une limite ℓ non nulle alors,
On a à partir d’un certain rang, |u| est compris
|un − ℓ| −−−−−→ 0 entre 12 |ℓ| et 32 |ℓ|.
n→+∞

si et seulement si
Proposition 7.0.7.
Re(un ) −−−−−→ Re(ℓ) et Im(un ) −−−−−→ Im(ℓ). Soit u, v deux suites complexes convergeant res-
n→+∞ n→+∞
pectivement vers ℓ et ℓ′ , soit λ, µ ∈ C. Alors
λu + µv converge, vers λℓ + µℓ′ .

Définition 7.0.3.
Définition 7.0.8.
On dit que u converge vers ℓ si
On dit que u est bornée si son module l’est.
|un − ℓ| −−−−−→ 0.
n→+∞
Remarque 7.0.9.
C’est équivalent au fait que Re(u) et Im(u) soient
Démonstration.
bornées.
C’est une conséquence directe de la remarque précédente.
Proposition 7.0.10.
Remarque 7.0.4. 1. Cette définition étend la Toute suite complexe convergente est bornée.
définition de la convergence pour les suites à
valeurs réelles.
2. Il n’y a pas de notion similaire à +∞ et −∞ Théorème 7.0.11 (Bolzano-Weierstrass).
sur C, donc pas de notion de limite infinie De toute suite à valeurs complexes bornée, on
pour les suites à valeurs complexes (mais on peut extraire une sous-suite convergente.
peut regarder si |u| tend vers +∞).
3. Les résultats usuels sur les suites à valeurs Démonstration (non exigible).
Considérons une suite u à valeurs complexes bornées. No-
réelles s’étendent naturellement aux suites à tons r et j respectivement les suites Re(u) et Im(u).
valeurs complexes... sauf ceux qui font appel r et j sont bornées et à valeurs réelles. D’après le théo-
à l’ordre sur R vu qu’il n’y a pas d’ordre rème de Bolzano-Weierstrass sur les suites à valeurs réelles,
«raisonnable» sur C. on peut donc extraire de chacune une sous-suite conver-
gente. Pourtant cela ne suffit pas à montrer le résultat.
La proposition suivante peut être utile. Pourquoi ?

183
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Considérons φ une extraction de r telle que r ◦ φ


converge. Proposition 8.2.1.
Alors j ◦ φ est bornée. On peut donc en trouver une N
!
La suite converge si et seulement si
X
extraction ψ telle que j ◦ φ ◦ ψ converge. zn
r ◦ φ converge donc r ◦ φ ◦ ψ converge vers la même n=p N ∈N
valeur. |z| < 1. Le cas échéant,
Or r ◦ φ ◦ ψ = Re(u ◦ φ ◦ ψ) et j ◦ φ ◦ ψ = Im(u ◦ φ ◦ ψ).
Donc u ◦ φ ◦ ψ converge. N
X zp
z n −−−−−→ .
n=p
N →+∞ 1−z
8 Premiers exemples de séries
numériques.
Démonstration.
Les séries numériques sont des cas particuliers C’est une conséquence directe de la formule de sommation
géométrique :
de suites, que nous étudierons en fin d’année. Nous
pouvons cependant commencer à étudier quelques N
X zp z N +1
exemples significatifs. zn = − si z ̸= 1 et N + 1 − p sinon.
1−z 1−z
n=p

Il suffit donc de voir que si z ̸= 1, (z N +1 ) converge si et


8.1 Séries télescopiques.
seulement si |z| < 1 et, dans le cas de convergence, converge
Soit (un )n∈N une suite à valeurs complexes. vers 0.
Le cas |z| ̸= 1 s’obtient aisément en considérant le
module. Le cas |z| = 1 est un exercice classique et sera
traité en TD.
Proposition 8.1.1.
N
!
Les suites (un )n∈N et (un+1 − un ) ont
X

n=0 N ∈N
même nature.
Dans le cas de convergence, si un −−−−−→ ℓ, alors
n→+∞

N
X
un+1 − un −−−−−→ ℓ − u0 .
N →+∞
n=0

Démonstration.
Nous savons déjà que les suites (un )n∈N et (un+1 )n∈N ont
même nature.
N
X
De plus la somme (un+1 − un ) vaut uN +1 − u0 par
n=0
sommation télescopique. Elle est donc égale au terme uN +1 ,
à une constante près, et a donc la même nature que la
suite (un+1 )n∈N .
Dans le cas de convergence, il reste à passer à la limite
N
X
dans la relation (un+1 − un ) = uN +1 − u0 .
n=0

8.2 Séries géométriques.


Soit z un nombre complexe, p un entier naturel.

184
Chapitre XIII

Groupes, anneaux, corps


Sommaire
1 Lois de composition internes. . . . . . . 186
1.1 Définition. . . . . . . . . . . . . . . . . 186
1.2 Propriétés usuelles des lci. . . . . . . . 186
2 Structure de groupe. . . . . . . . . . . . 188
2.1 Définition et exemples. . . . . . . . . . 188
2.2 Sous-groupes. . . . . . . . . . . . . . . 188
2.3 Morphismes de groupes. . . . . . . . . 189
3 Anneaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . 193
3.1 Structure d’anneau. . . . . . . . . . . . 193
3.2 Sous-anneaux . . . . . . . . . . . . . . 195
3.3 Morphismes d’anneaux . . . . . . . . . 195
4 Structure de corps. . . . . . . . . . . . . 196
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

On remarque que dans des domaines a priori


distincts, des similitudes apparaissent, notamment 3. Soit ⊤ une seconde lci sur E. On dit que dans
concernant les structures. Pour avoir une théo- E ∗ est distributive par rapport à ⊤ si pour
rie générale, on définit des structures algébriques tout x, y, z ∈ E, on a :
abstraites, on en démontre les propriétés, puis on • x ∗ (y⊤z) = (x ∗ y)⊤(x ∗ z) ;
les applique dans les exemples mathématiques qui • (y⊤z) ∗ x = (y ∗ x)⊤(z ∗ x).
vérifient ces structures.
Dans ce chapitre on s’intéresse aux structures algé-
briques de base : groupes, anneaux et corps. Plus Remarque 1.2.2.
tard, nous étudierons une structure fondamentale On dit que dans E ∗ est distributive à gauche
: celle d’espace vectoriel. par rapport à ⊤ si pour tout x, y, z ∈ E, on a :
x ∗ (y⊤z) = (x ∗ y)⊤(x ∗ z).
De même, on a la notion de distributivié à
1 Lois de composition internes. droite.
Exemple 1.2.3.
Dans tout ce chapitre, E est un ensemble.
• C, R, Q, Z, N avec + ou × sont associatifs, mais
pas (Z, −) car 1 − (2 − 3) ̸= (1 − 2) − 3, ni (R3 , ∧).
1.1 Définition. • C, R, Q, Z, N avec + ou × sont commutatifs,
mais pas (Z, −) ni (R3 , ∧), ni (F (R, R), ◦).
• Sur C, R, Q, Z, N × est distributive par rapport
Définition 1.1.1. à +, et sur P(E), ∩ et ∪ sont distributives l’une
On appelle loi de composition interne sur E (lci) par rapport à l’autre.
toute application de E × E dans E.

Définition 1.2.4. 1. Soit e ∈ E. on dit que


• Cette définition a déjà été vue, ainsi que des e est un élément neutre à gauche (resp. à
exemples, dans le chapitre IV sur les complexes. droite) pour ∗ si pour tout x ∈ E on a
e ∗ x = x (resp. x ∗ e = x). On dit que e
Remarque 1.1.2. est un élément neutre pour ∗ si c’est un élé-
On appelle magma tout couple constitué d’un ment neutre à gauche et à droite, i.e. pour
ensemble et d’une lci. tout x ∈ E, e ∗ x = x ∗ e = x.
Exemple 1.1.3. 2. Soit e un neutre pour ∗ et soit x ∈ E. On dit
(Z, −) est un magma, mais pas (N, −), car −4 ̸∈ N. que x est inversible à gauche (resp. à droite)
s’il existe un élément y ∈ E tel que y ∗ x = e
Dans toute la suite, ∗ est une lci sur E. (resp. x ∗ y = e). Un tel élément y s’appelle
UN inverse à gauche (resp. à droite) de x.
1.2 Propriétés usuelles des lci. On dit que x est inversible s’il est inversible
à gauche et à droite, i.e. il existe y ∈ E tel
que y ∗ x = x ∗ y = e. Dans ce cas y est UN
Définition 1.2.1. inverse de x.
Soit (E, ∗) un magma.
1. On dit que E est associatif si pour tout Exemple 1.2.5.
x, y, z ∈ E, on a : x ∗ (y ∗ z) = (x ∗ y) ∗ z. • 0 est un élément neutre pour + dans R, C, Q,
L’élément x ∗ (y ∗ z) = (x ∗ y) ∗ z est alors Z, N.
noté x ∗ y ∗ z. • 1 est un élément neutre pour × dans R, C, Q.
2. On dit que E est commutatif si pour tout • Id est un élément neutre pour ◦ dans F (E, E),
x, y ∈ E, on a : x ∗ y = y ∗ x. et les bijections sont tous les éléments inversibles
de cet ensemble.

186
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

• Par contre (R3 , ∧) n’a pas de neutre. S’il y avait Remarque 1.2.9.
un neutre u, on devrait avoir u ∧ u = u, mais On utilise souvent les notations additives et mul-
u ∧ u = 0, donc u = 0. Mais pour tout v ̸= 0, on tiplicatives.
a u ∧ v = 0, et non u ∧ v = v. • En notation additive, ∗ est en général notée
+, x
|
+x+ {z
. . . + x} se note nx, et si x est
n fois
Être inversible d’un seul côté ne suffit inversible, son inverse se note −x. On l’ap-
pas pour être inversible tout court : un exemple a pelle alors plutôt l’opposé de x. De même,
été vu dans le TD du chapitre sur les applications on notera le neutre d’une telle structure 0,
(ensemble des applications de N dans N muni de ◦). ou 0E .
• En notation multiplicative, ∗ est en général
Remarque 1.2.6. remplacée par × (et ce symbole est même
Un neutre est toujours inversible et est son propre souvent omis), x|
×x× {z
. . . × x} se note xn et
inverse. n fois
si x est inversible, son inverse se note x−1 .
De même, on notera le neutre d’une telle
Proposition 1.2.7. structure 1, ou 1E .
Si ∗ admet un neutre, alors ce neutre est unique. Pour éviter toute erreur, on essaiera au maximum
de n’utiliser la notation additive que pour des lois
Démonstration. qui ont les mêmes propriétés que la loi + sur R.
Soient e et e′ deux neutres. 1 Alors e ∗ e′ = e et e ∗ e′ = e′ , Par exemple, noter + une lci non commutative
donc e = e′ . peut-être déroutant, ainsi que pour une lci pour
laquelle tous les éléments ne sont pas inversibles.
Proposition 1.2.8. La notation + est en général réservée à des lci
On suppose la loi ∗ associative, et admettant un commutatives et pour lesquelles les éléments sont
neutre e. Si un élément est inversible, alors il a tous inversibles..
un seul inverse. Ce n’est pas le cas pour la notation multiplica-
tive, qui est la plus couramment utilisée pour des
lois associatives, mais sans plus. Par exemple il
Démonstration.
Soient y et y ′ deux inverses 2 de x ∈ E. Alors y ∗ x = e et est fréquent d’utiliser × même pour une lci non
x ∗ y ′ = e. Donc y ∗ (x ∗ y ′ ) = y ∗ e = y et (y ∗ x) ∗ y ′ = commutative et pour laquelle les éléments ne sont
e ∗ y ′ = y ′ , d’où y = y ′ . pas tous inversibles. Donc faites attention, par
1. On pourra remarquer que dans cette démonstration défaut on aura xy ̸= yx, et x−1 n’existera pas
on utilise uniquement le fait que e est neutre à gauche et forcément !
e′ neutre à droite. Donc en fait tout neutre à gauche est
égal à tout neutre à droite, d’où l’on déduit d’une part que Dans toute la suite, on adoptera la notation
l’existence d’un neutre à gauche et d’un neutre à droite multiplicative, et on suppose que E a un
suffit à assurer l’existence d’un neutre et d’autre part que neutre noté 1.
ce neutre est alors le seul neutre à gauche et le seul neutre
à droite. Pour qu’un élément ait plusieurs neutres à gauche,
il est donc nécessaire (mais pas suffisant) qu’il n’ait aucun
neutre à droite et vice-versa. Proposition 1.2.10.
2. On pourra remarquer que dans cette démonstration On suppose la loi ∗ associative. Soient x, y, z ∈ E.
on utilise uniquement le fait que y est inverse à gauche et
(i) Simplification par un inversible : si x est
y ′ inverse à droite. Donc en fait tout inverse à gauche est
égal à tout inverse à droite, d’où l’on déduit d’une part que inversible, alors x ∗ y = x ∗ z ⇔ y = z.
l’existence d’un inverse à gauche et d’un inverse à droite (ii) Inverse d’un produit : si x et y sont inver-
pour x suffit à assurer l’existence d’un inverse et d’autre
part que cet inverse est alors le seul inverse à gauche et le
sibles alors x ∗ y l’est aussi et (x ∗ y)−1 =
seul inverse à droite de x. Pour qu’un élément ait plusieurs y −1 ∗ x−1 . Attention : l’inverse de x ∗ y
inverses à gauche, il est donc nécessaire qu’il n’ait aucun n’a aucune raison d’être x−1 ∗ y −1 .
inverse à droite et vice-versa

187
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

Exemple 2.1.3.
(iii) Puissances négatives : si x est inversible, En spé, vous manipulerez le groupe (Z/nZ, +),
on pose pour n ∈ N∗ , x−n = (x−1 )n . Alors que l’on peut voir comme « l’ensemble des
x−n = (xn )−1 . congruences modulo n », avec n ∈ N∗ .
(iv) Inverse d’un inverse : si x est inversible, x−1
l’est aussi et (x−1 )−1 = x.
Définition 2.1.4.
Soit X un ensemble non vide. On appelle groupe
Démonstration. (iii) Par récurrence. Vrai si n = 0 ou 1. des permutations de X l’ensemble des bijections
Si vrai pour n, alors xn+1 ∗ x−n−1 = xn ∗ x ∗ x−1 ∗ de X dans X. Comme son nom l’indique, c’est un
x−n = xn ∗ e ∗ x−n = xn ∗ x−n = e.
groupe, si on le munit de la loi de composition ◦.
(iv) Vrai par unicité de l’inverse. On le note SX (on trouvera parfois la notation
S(X)).

Définition 1.2.11.
Démonstration.
Soit (E, ∗) un magma et F une partie de E. On L’application identité, Id : X → X, x 7→ x, est évidem-
dit que F est une partie stable (de E par ∗) si ment une bijection de X, donc SX est non vide.
pour tous x, y ∈ F , x ∗ y ∈ F . On sait déjà que la composée de deux bijections est une
bijection, donc ◦ est une lci sur SX . Il est évident que
Id en est le neutre. On sait également que cette loi est
Exemple 1.2.12. associative, et que la réciproque d’une bijection est encore
{−1, 1} est une partie stable de (R, ×), mais pas une bijection. Cela assure que (SX , ◦) est un groupe.
{−2, 2}.
2.2 Sous-groupes.
2 Structure de groupe. Dans toute la suite, (G, ∗) est un groupe de
neutre e. On adopte la notation multiplica-
2.1 Définition et exemples. tive.

Définition 2.1.1. Définition 2.2.1.


On appelle groupe tout ensemble muni d’une loi de On appelle sous-groupe de G tout ensemble H
composition interne associative, ayant un élément vérifiant les propriétés suivantes :
neutre, et dont tout élément est inversible. (i) H ⊂ G ;
Si un groupe est commutatif (ce qui signifie en (ii) e ∈ H ;
fait que sa loi est commutative), il est dit abélien.
(iii) Stabilité par produit : ∀x, y ∈ H, x∗y ∈ H ;
(iv) Stabilité par passage à l’inverse : ∀x ∈ H,
Par défaut on utilise la notation multiplicative on a x−1 ∈ H.
pour un groupe, sauf pour les groupes abéliens
pour lesquels on utilise la notation additive.
Remarque 2.2.2 (peu utile, mais traditionnelle).
Exemple 2.1.2.
En vertu des points (iii) et (iv), le point (ii) peut
• C, R, Q, Z sont des groupes avec la loi +, mais
être remplacé par H ̸= ∅.
pas avec la loi ×.
• Pour n ∈ N∗ , Cn , Rn , Qn , Zn sont des groupes Exemple 2.2.3.
avec la loi +. Sont des sous-groupes :
• C\ {0}, R\ {0}, Q\ {0}, sont des groupes avec • {e} et G dans (G, ∗).
la loi ×. • U dans (C∗ , ×).
• N n’est un groupe ni avec la loi + ni avec la • nZ dans (Z, +).
loi ×. • H = {f ∈ SR | f (0) = 0} dans (SR , ◦).

188
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

3. e est neutre pour la loi induite par ∗ sur H. En effet,


Proposition 2.2.4. e est le neutre de ∗, donc
Un ensemble H est un sous groupe de G si et ∀x ∈ G e∗x=x∗e=x
seulement si H est un sous-ensemble non vide de
Or H ⊂ G donc
G et pour tout (x, y) ∈ H 2 , on a x−1 ∗ y ∈ H.
∀x ∈ H e∗x=x∗e=x
Démonstration. D’où le résultat.
Montrons l’implication et sa réciproque :
4. Tout élément de H admet un inverse pour la loi
• Supposons que H est un sous-groupe de G. Alors
induite par ∗. En effet tout élément x de H admet un
H contient e et n’est donc pas vide. De plus, soit
inverse x−1 dans G pour la loi ∗ et par stabilité de
(x, y) ∈ H. H étant stable par passage à l’inverse,
l’inverse sur le sous-groupe H, on a x−1 ∈ H. Donc
on a alors x−1 ∈ H et par stabilité par produit, on
tout élément de H admet un inverse dans H pour la
a donc x−1 ∗ y ∈ H.
loi induite par ∗.
• Réciproquement, supposons que H est non vide et
que pour tout (x, y) ∈ H 2 , on a x−1 ∗ y ∈ H. Mon- 5. On déduit des points précédents que H muni de la
trons que H possède les trois propriétés énumérées loi induite par ∗ est un groupe.
dans sa définition :
(i) H étant non vide, il possède au moins un élé-
ment x0 . On a alors e = x−1
Remarque 2.2.7.
0 x0 ∈ H.
(iii) Soit x ∈ H. On a alors (x, e) ∈ H 2 , donc x−1 ∗
Il est plus facile de montrer qu’un ensemble est un
e ∈ H. sous-groupe que de montrer que c’est un groupe
(ii) Soit (x, y) ∈ H. D’après ce qui précède, on (pas besoin de redémontrer l’associativité, etc.).
a alors x−1 ∈ H, donc (x−1 , y) ∈ H 2 , donc
−1 Par exemple (U, ×) est un groupe, vu comme sous-
x ∗ y = x−1 ∗ y ∈ H. groupe de (C∗ , ×).
À chaque fois que l’on essaiera de montrer qu’un
Remarque 2.2.5. ensemble est muni d’une structure de groupe, on
On obtient une proposition vraie également en tentera de le voir comme un sous-groupe d’un
remplaçant ci-dessus la condition x−1 y ∈ H par groupe bien connu.
xy −1 ∈ H. Remarque 2.2.8.
La réciproque de ce théorème est également vraie
Théorème 2.2.6. (bien que moins utilisée) : si H est un sous-
Un sous-groupe muni de la loi induite du groupe ensemble de G tel que, muni de la loi induite
est lui-même un groupe. par celle de G, H soit un groupe, alors H est un
sous-groupe de G.
Démonstration.
Soit (G, ∗) un groupe de neutre e et H un sous-groupe de
Exemple 2.2.9.
G. Si n ∈ N∗ , Un est un sous-groupe de (U, ×), donc
1. Montrons qu’on peut restreindre ∗ : G × G → G au (Un , ×) est un groupe.
départ à H × H et à l’arrivée à H. On appellera alors
loi induite par ∗ sur H cette restriction de ∗. On a
2.3 Morphismes de groupes.
H × H ⊂ G × G, donc la restriction au départ est
légitime, pour effectuer la restriction à l’arrivée, il
suffit de montrer que pour tout (x, y) ∈ H 2 , on a
x ∗ y ∈ H, c’est-à-dire que H est stable par ∗. Or H Définition 2.3.1.
est un sous-groupe de G donc c’est évident. Soient (G, ∗) et (G′ , ⊤) deux groupes et φ : G →
2. H muni de la loi induite par ∗ est un magma associatif. G′ .
En effet (G, ∗) est un magma associatif, on a donc
1. On dit que φ est un morphisme du groupe
∀(x, y, z) ∈ G3 (x ∗ y) ∗ z = x ∗ (y ∗ z)
(G, ∗) dans le groupe (G′ , ⊤) ou, par abus de
Or H ⊂ G donc langage, un morphisme du groupe G dans le
∀(x, y, z) ∈ H 3 (x ∗ y) ∗ z = x ∗ (y ∗ z) groupe G′ , si pour tous x, y ∈ G, φ(x ∗ y) =
Donc la restriction de ∗ à H est associative, d’où le φ(x)⊤φ(y).
résultat.

189
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

une notation muliplicative, et φ : G → G′


2. Tout morphisme d’un groupe dans lui-même est un morphisme.
est appelé endomorphisme.
3. Tout morphisme de G dans G′ qui est une
bijection est appelé isomorphisme de G sur Théorème 2.3.5.
G′ . Dans ce cas on dit que G et G′ sont Soit φ un morphisme de G sur G′ , on a, e et e′
isomorphes. Un morphisme qui est à la fois désignant les neutres de G et G′ :
un isomorphisme et un endomorphisme est
1. φ(e) = e′ ;
appelé automorphisme.
2. ∀x ∈ G φ(x−1 ) = (φ(x))−1 .

Remarque 2.3.2.
• « Morphisme » signifie « forme » en grec. Démonstration. 1. En effet, φ(e)⊤φ(e) = φ(e ∗ e) =
φ(e) = φ(e)⊤e′ , donc en simplifiant par φ(e), on en
déduit φ(e) = e′ .
Exemple 2.3.3. 2. Soit x ∈ G. Alors φ(x−1 )⊤φ(x) = φ(x−1 ∗ x) =
• (Z, +) → (Z, +) , est un morphisme, mais φ(e) = e′ .
x 7→ 2x
pas un isomorphisme.
• (C∗ , ×) → (R∗ , ×) , est un morphisme, mais
z 7→ |z| Corollaire 2.3.6.
pas un isomorphisme. Sous les mêmes hypothèses, on a
• (R, +) → (C∗ , ×) , est un morphisme, mais
x 7→ e ix ∀x ∈ G ∀k ∈ Z φ(xk ) = φ(x)k .
pas un isomorphisme.
• (R, +) → (R∗+ , ×) est un isomorphisme de
x 7→ ex
Démonstration.
réciproque ln, qui est aussi un isomorphisme.
Soit x ∈ G. D’après le théorème ci-dessus, on a
Exemple 2.3.4.
φ(x0 ) = φ(e) = e′ = φ(x)0
On a déjà manipulé les morphismes suivants, lors
des chapitres précédents. On peut alors démontrer par récurrence que pour tout
• Si n ∈ N∗ , (C∗ , ×) → (C∗ , ×) . n ∈ N, on a φ(xn ) = φ(x)n (l’hérédité résulte directement
de la définition de morphisme).
z 7→ zn
D’après le théorème ci-dessus, pour tout n ∈ N,
• Si n ∈ N et a1 , . . . , an ∈ Kn , l’application

φ(x−n ) = φ(xn )−1 , d’où φ(x−n ) = φ(x)−n .
(Kn , +) → (K, +) . On en déduit le résultat.
(x1 , . . . , xn ) 7→ a1 x1 + . . . an xn
• Si I est un intervalle de R, si Exemple 2.3.7. 1. C∗ → R∗ est un mor-
a : I → K est continue, l’application z 7→ |z|
(D(I, K), +) → (C (I, K), +) . phisme de (C∗ , ×) dans (R∗ , ×), donc pour
f 7→ f ′ + af tout z ∈ C∗ , on a
• Si a, b ∈ Z, l’application
1 1
(Z2 , +) → (Z, +) . =
(x, y) 7→ ax + by z |z|
• Si a ∈ K, l’application
(K , +) →
N (K , +)
N . 2. exp est un morphisme de (C, +) dans (C∗ , ×),
u 7→ (un+1 − aun )n∈N donc pour tout z ∈ C, e−z = e1z
3. ln est un morphisme de (R∗+ , ×) dans (R, +),
Dans toute la suite, (G, ∗) et (G′ , ⊤) sont donc pour tout x ∈ R∗+ , on a ln(1/x) =
deux groupes de neutres e et e′ , on adopte − ln x.

190
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

Remarque 2.3.8. Remarque 2.3.10.


On peut adapter le théorème 2.3.5 dans le cas où L’ensemble des automorphismes d’un groupe G
on sait seulement que (G, ∗) est un groupe, G′ est est donc un sous-groupe de (SG , ◦).
un ensemble muni d’une loi de composition interne
Exemple 2.3.11.
⊤ et où φ est une application G → G′ vérifiant
On a vu que exp et ln sont des isomorphismes
∀(x, y) ∈ G2 φ(x ∗ y) = φ(x)⊤φ(y). Dans ce cas,
réciproques.
on ne peut pas déduire que (G′ , ⊤) est un groupe
mais seulement que (φ(G), ⊤) est un groupe. Voir
aussi le théorème disant que «l’image d’un sous- Théorème 2.3.12. (i) L’image d’un sous-
groupe par un morphisme est un sous-groupe». groupe par un morphisme de groupes est
un sous-groupe (du groupe d’arrivée).
(ii) Le tiré en arrière d’un sous-groupe par un
Théorème 2.3.9. (i) La composée de deux morphisme est un sous-groupe (du groupe
morphismes de groupes est un morphisme de départ).
de groupe. Plus précisément, soit (G1 , ∗1 ),
(G2 , ∗2 ) et (G3 , ∗3 ) trois groupes, φ un mor- Démonstration.
phisme de G1 dans G2 et ψ un morphisme Les démonstrations pour montrer qu’un ensemble est un
de G2 dans G3 . Alors ψ◦φ est un morphisme sous-groupe ont TOUJOURS la même structure.
de G1 dans G3 . (i) Soient (G, ∗) et (G′ , ⊤) deux groupes de neutres
respectifs e et e′ , et φ : G → G′ un morphisme de
(ii) La fonction réciproque d’un isomorphisme groupes. Soit H un sous-groupe de G. Montrons que
(en tant qu’application bijective) est un iso- φ(H) est un sous-groupe de G′ .
morphisme. Plus précisément, soit (G1 , ∗1 )
et (G2 , ∗2 ) deux groupes et φ un isomor- 1. On a évidemment φ(H) ⊂ G′ et de plus e ∈ H et
phisme de G1 sur G2 . Alors φ−1 est un iso- e′ = φ(e) ∈ φ(H).
2. Soit x, y ∈ φ(H). Alors x possède un antécédent
morphisme de G2 sur G1 .
x′ ∈ H et y un antécédent y ′ ∈ H par φ. On a
alors successivement
Démonstration. x⊤y −1 = φ(x′ )⊤φ(y ′ )−1 par définition
Les démonstrations pour montrer qu’une application est
de x′ et y ′
un morphisme ont TOUJOURS la même structure.
= φ(x′ )⊤φ(y ′−1 ) car φ est un
1. ψ ◦ φ est clairement une application de G1 dans G3 .
Soit (x, y) ∈ G21 , montrons qu’on a ψ ◦ φ(x ∗1 y) = morphisme
(ψ ◦ φ)(x) ∗3 (ψ ◦ φ)(y). ′
= φ(x ∗ y ′−1
) car φ est un
φ est un morphisme de groupes donc on a φ(x ∗1 y) = morphisme
φ(x) ∗2 φ(y). Or ψ est un morphisme de groupes donc
on a ψ(φ(x) ∗2 φ(y)) = (ψ(φ(x)) ∗3 ψ(φ(y)).
D’où (ψ ◦ φ)(x ∗1 y) = (ψ ◦ φ)(x) ∗3 (ψ ◦ φ)(y). Donc x⊤y −1 ∈ φ(H).
2. φ−1 est évidemment une bijection de G2 sur G1 . Il φ(H) est donc un sous-groupe de G′ .
suffit donc de montrer que φ−1 est un morphisme de (ii) Gardons les même notations que dans le premier
G2 dans G1 . point, et notons H ′ un sous-groupe de G′ .
Soit (x, y)2 ∈ G2 . Montrons φ−1 (x ∗2 y) = φ−1 (x) ∗1 1. On a évidemment φ← (H ′ ) ⊂ G et de plus e′ ∈ H ′
φ−1 (y). et e′ = φ(e) ∈ H ′ donc e ∈ φ← (H ′ ).
On a d’une part φ(φ−1 (x∗2 y)) = x∗2 y et d’autre part, 2. Soit x, y ∈ φ← (H ′ ). Alors φ(x), φ(y) ∈ H ′ et
comme φ est un morphisme, φ(φ−1 (x) ∗1 φ−1 (y)) = donc φ(x ∗ y −1 ) = φ(x)⊤(φ(y))−1 ∈ H ′ donc
φ(φ−1 (x)) ∗2 φ(φ−1 )(y), d’où φ(φ−1 (x ∗2 y)) = x ∗ y −1 ∈ φ← (H ′ ).
φ(φ−1 (x) ∗1 φ−1 (y)).
φ← (H ′ ) est donc un sous-groupe de G.
Or φ est injective donc φ−1 (x ∗2 y) = φ−1 (x) ∗1
φ−1 (y).
Donc φ−1 est un morphisme, donc un isomorphisme. Remarque 2.3.13.
On complète la remarque 2.2.7 comme suit :

191
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

lorsque l’on veut montrer qu’un ensemble est muni Exemple 2.3.19.
d’une structure de groupe, on commence toujours U est le noyau du morphisme « module », de
par essayer de l’identifier comme image réciproque (C∗ , ×) dans (R∗ , ×).
(ou directe) d’un sous-groupe d’un groupe bien
La proposition suivante est primordiale.
connu par un morphisme.

Proposition 2.3.20.
Définition 2.3.14. (i) On appelle noyau de φ, Soit φ : G → G′ un morphisme de groupes, soit
noté Ker φ, l’image réciproque de { e′ } par x, y ∈ G. Alors φ(x) = φ(y) si et seulement si
φ, autrement dit l’ensemble des antécédents xy −1 ∈ Ker φ.
de e′ par φ : Ker φ = { x ∈ G | φ(x) = e′ }.
(ii) On appelle image de φ notée Im φ, l’image Démonstration.
directe de G par φ. Autrement dit Im φ = φ(x) = φ(y) si et seulement si φ(x)φ(y)−1 = e′ si et
{ φ(x) | x ∈ G }. seulement si φ(xy −1 ) = e′ .

Remarque 2.3.21.
Exemple 2.3.15. Avec les mêmes notations, si on a a ∈ G et y ∈ G′
Déterminer les images et noyaux des exemples de vérifiant y = φ(a), l’ensemble des solutions sur G
2.3.3. de l’équation y = φ(x) est { ax | x ∈ Ker(φ) }.
Exemple 2.3.22.
Reprendre les exemples exposés en 2.3.4.
Théorème 2.3.16. On retrouve ainsi la structure des racines nes
Les noyaux et les images sont des sous-groupes d’un nombre complexe, la structure des solutions
respectivement de G et G′ . d’un système linéaire, la structure des solutions
d’une équation différentielle linéaire, les solutions
Démonstration. d’une relation de Bézout et la structure des suites
Ceci découle directement du théorème 2.3.12. Néanmoins, vérifiant une relation de récurrence arithmético-
redémontrons-le dans le cas particulier du noyau : géométrique.
Montrons que Ker φ est un sous-groupe de G :
1. On a évidemment Ker φ ⊂ G et de plus φ(e) = e′ Théorème 2.3.23. (i) φ injectif si et seule-
donc Ker φ est un sous-ensemble non vide de G. ment si Ker φ = {e}.
2. Soit x, y ∈ Ker φ. Alors on a successivement
(ii) φ surjectif si et seulement si Im φ = G′ .
−1 −1
φ(x ∗ y ) = φ(x)⊤φ(y)
−1
= e′ ⊤e′ Démonstration. (ii) Rien de nouveau.
= e′ (i) On montre l’implication et sa réciproque :
— Supposons φ injectif. Alors e′ a au plus un
Donc x ∗ y −1 ∈ Ker φ. antécédent par φ. Or φ(e) = e′ donc il en a au
Donc Ker φ est un sous-groupe de G. moins un : e. Donc Ker φ = { e }.
— Réciproquement, supposons Ker φ = { e } et
Exemple 2.3.17. montrons que φ est injectif.
Constatation avec les Im et Ker tirés des exemples Soit (x, y) ∈ G2 vérifiant φ(x) = φ(y). Alors
on a succesivement
de 2.3.3.
φ(x ∗ y −1 ) = φ(x)⊤φ(y)−1 car φ est un
Remarque 2.3.18.
morphisme
On complète la remarque 2.3.13 comme suit :
−1
lorsque l’on veut montrer qu’un ensemble est muni = φ(x)⊤φ(x)
d’une structure de groupe, on commence toujours = e′
par essayer de l’identifier comme noyau ou image Donc x ∗ y −1 ∈ Ker φ, donc x ∗ y −1 = e, donc
d’un morphisme. x = y.

192
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

sibles pour ×. Les éléments inversibles sont parfois


appelés éléments unités de A et leur ensemble est
Remarque 2.3.24.
noté U (A), A× , A∗ , voire E(A) (Einheit).
Pour montrer qu’un morphisme est injectif, on
utilisera TOUJOURS le noyau et JAMAIS (ou
presque) la méthode classique pour des fonctions Avec cette notation, A∗ n’est pas néces-
quelconques : c’est beaucoup plus rapide ! sairement A \ { 0 }.

Exemple 2.3.25.
Reprendre les exemples de exp et ln, ainsi que les Théorème 3.1.4 (Règles de calcul dans un an-
morphismes vus en 2.3.4. neau).
Soit A un anneau, a, b ∈ A et n ∈ Z.
1. a × 0 = 0 × a = 0.
3 Anneaux
2. −(a × b) = (−a) × b = a × (−b). Cas par-
3.1 Structure d’anneau. ticuliers : (−a)(−b) = ab, (−a)2 = a2 ,
(−1)2 = 1.
3. n(ab) = (na)b = a(nb).
Définition 3.1.1.
On appelle anneau tout triplet (A, +, ×) constitué
d’un ensemble A et de deux lois internes sur A, Démonstration. 1. Il suffit de remarquer a×0+a×0 =
une loi + appelée addition et une loi × appelée a × (0 + 0) = a × 0 et de simplifier par a × 0 (ce qui
est légitime car il est inversible pour la loi +).
multiplication, vérifiant :
2. On a successivement :
1. (A, +) est un groupe abélien dont l’élément
a × b + (−a) × b = (a − a) × b par distributivité
neutre est noté 0 (ou 0A si ambiguïté) ;
=0×b
2. (A, ×) est un magma associatif possédant un =0 d’après (1)
neutre noté 1 (ou 1A si ambiguïté) ;
Donc (−a) × b est l’opposé de a × b, donc (−a) × b =
3. La multiplication est distributive par rapport −(a × b).
à l’addition. On montre de même a × (−b) = −(a × b).
Si la loi × est commutative, on dit que l’anneau 3. Cas où n ∈ N : On peut s’en convaincre par récur-
A est commutatif. rence. Le cas n = 0 se déduit du (1), l’hérédité
se montre par application de la distributivité.
Cas où n < 0 : alors −n ∈ N, et on a
Exemple 3.1.2.
• C, R, Q, Z et F (R, R) avec + et × sont des n(a × b) =(−n)(−(a × b)) par définition de
anneaux. la multiplication par un entier
• (R3 , +, ∧) et (F (R, R), +, ◦) n’en sont pas. =(−n)((−a)b) d’après 2
• (Z/nZ, +, ×) en est un. =((−n)(−a))b
• (Mn (R), +, ×) est un anneau. d’après le cas précédent
• On note L (R2 ) l’ensemble des endomorphismes L’autre égalité se démontre de la même façon.
de R2 . Alors (L (R2 ), +, ◦) est un anneau.
• Si X est un ensemble, (RX , +, ×) est un anneau.
Remarque 3.1.5.
Remarque 3.1.3. On voit ainsi que si l’anneau A possède au moins
Quand il n’y a pas d’ambiguïté, on dit juste que deux éléments, alors 1A = ̸ 0A et 0A n’est pas
A est un anneau sans préciser les lois. Pour la inversible.
multiplication, on utilise les mêmes raccourcis de
Exercice 3.1.6.
notation que dans R (omission du ×, etc).
Étant donné un anneau (A, +, ×), la notation n×a
peut désigner d’une part le produit dans A de n
Tous les éléments de A ne sont pas inver- par a si n et a sont deux éléments de A, d’autre

193
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

part si a ∈ A et n ∈ Z, la valeur a + . . . + a où a Exemple 3.1.9.


est répété n fois dans le cas où n ⩾ 0 et l’opposé Quel est le groupe des inversibles des anneaux
de a + . . . + a où a est répété −n fois si n < 0. (Z, +, ×), (Q, +, ×), (R, +, ×) et (C, +, ×) ?
Dans le cas où A et Z sont disjoints, cette
ambiguïté n’est évidemment pas gênante si on Définition 3.1.10. 1. On appelle anneau nul
sait auquel des deux ensembles A et n appartient. tout anneau ({0}, +, ×) (0 est alors le neutre
Dans le cas contraire, cette ambiguïté n’est pas pour les deux lois !).
gênante non plus. Pourquoi ?
2. Dans un anneau A, on appelle diviseur de 0
tout élément a non nul, tel qu’il existe b non
Théorème 3.1.7. nul vérifiant a × b = 0A ou b × a = 0A .
Soient n ∈ N, (A, +, ×) un anneau et a, b ∈ A tels 3. On appelle anneau intègre tout anneau com-
que a et b commutent (i.e. a × b = b × a). Alors : mutatif non nul ne possédant aucun diviseur
(i) Formule du binôme de Newton : de 0, c’est-à-dire vérifiant
n
ab = 0 ⇒ (a = 0 ou b = 0).
!
n k n−k ∀(a, b) ∈ A2
(a + b) =
X
n
a b .
k
k=0

n−1 Remarque 3.1.11.


(ii) an − bn = (a − b) ak bn−k−1 .
X
Pour tout anneau A, on a 0A = 1A si et seulement
k=0
si A est un anneau nul. En effet, supposons 0A =
1A , alors pour tout x ∈ A, on a x = 1A × x =
Démonstration. 0A × x = 0A , donc tout élément de A est nul,
On remarque d’abord que si a, b commutent, alors toutes les donc A est l’anneau nul. Réciproquement si A est
puissances de a et de b commutent (le faire par récurrence). un anneau nul, tous les éléments de A sont égaux
Recopier la démonstration concernant des complexes
ou des matrices carrées, à nouveau en étant conscient de
(puisqu’il n’y en a qu’un !) donc 0A = 1A .
l’importance de l’hypothèse “a et b commutent”. Remarque 3.1.12.
Un élément inversible a n’est jamais un diviseur
de 0. En effet, pour tout b vérifiant ab = 0, on a
Proposition 3.1.8 (Groupe des inversibles).
nécessairement a−1 ab = 0, donc b = 0.
Soit (A, +, ×) un anneau. Alors (A∗ , ×) est un
groupe, autrement dit l’ensemble des éléments Exemple 3.1.13.
inversibles de A, muni de (la loi induite par) la • Les anneaux usuels C, R, Q, Z sont intègres.
multiplication de A est un groupe. • (F (R, R), +, ×) n’est pas intègre : ex : consi-
dérer f, g : R → R, f (x) = 0 si x ⩾ 0 et g(x) = 0
Démonstration. • Remarquons tout d’abord que × si x ⩽ 1.
induit une lci sur A∗ . Soit x et y deux éléments de • Z/6Z n’est pas intègre : 2̄ × 3̄ = 0̄. De manière
A∗ . x et y sont donc deux éléments inversibles du générale, Z/nZ n’est pas intègre quand n est com-
magma (A, ×) donc, d’après la proposition 1.2.10, posé.
x × y est inversible.
• × étant une loi associative sur A, elle l’est aussi sur
• (L (R2 ), +, ◦) n’est pas intègre. Par exemple
A∗ . avec f (x, y) = (x, 0) et g(x, y) = (0, y) nous avons
• 1A est inversible car 1A × 1A = 1A . Donc 1A ∈ A∗ . f ◦ g = 0.
De plus 1A est élément neutre pour la multiplication • Mn (K) n’est pas intègre non plus, comme nous
sur A, donc est élément neutre pour la multiplication
sur A∗ .
l’avons déjà vu en début d’année. En effet, Mn (K)
• Pour tout x ∈ A∗ , x possède un inverse y dans A. n’est pas un anneau commutatif, et de plus cet
On remarque immédiatement que y est lui-même anneau possède des diviseurs de zéro non nuls.
inversible (d’inverse x), donc y ∈ A∗ . Tout élément
du magma (A∗ , ×) est donc inversible dans A∗ . Remarque 3.1.14.
(A , ×) est donc un groupe, de neutre 1A .

Attention donc aux simplifications de produits

194
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

dans les anneaux : si l’anneau est intègre, tout


fonctionne comme dans R : ab = ac ⇒ a(b − c) = Proposition 3.2.6.
0 ⇒ (a = 0 ou b = c). Soit (A, +, ×) un anneau, soit B une partie de A.
Sinon, on sait qu’on peut simplifier par des Alors, B est un sous-anneau de (A, +, ×) si
éléments inversibles mais on a du mal à en dire et seulement si, muni des lois + et × induites
plus (quand un élément est non inversible, il se sur B, (B, +, ×) est un anneau de même neutre
peut qu’il soit simplifiable ou non 3 ). multiplicatif que A.

Démonstration.
3.2 Sous-anneaux
Élémentaire, procéder exactement comme pour les groupes.
Un sous-anneau est à un anneau ce qu’un sous-
groupe est à un groupe, à un détail près.
3.3 Morphismes d’anneaux
Les morphismes d’anneaux sont aux anneaux ce
Définition 3.2.1. que les morphismes de groupes sont aux groupes,
Soit (A, +, ×) un anneau, soit B un ensemble. à un détail près.
Alors, B est un sous-anneau de (A, +, ×) si
• B⊂A ;
• B est un sous-groupe de (A, +) ;
Définition 3.3.1.
• B est stable par × : pour tout x, y ∈ B,
Soit (A, +, ×), (B, +, ×) deux anneaux. Un mor-
xy ∈ B ;
phisme entre ces deux anneaux est une application
• 1A ∈ B.
φ:A→B
Remarque 3.2.2. vérifiant les propriétés suivantes.
Le caractère de sous-groupe d’un sous-anneau B • ∀x, y ∈ A, φ(x + y) = φ(x) + φ(y)
implique que B ̸= ∅, la condition 1A ∈ B est • ∀x, y ∈ A, φ(xy) = φ(x)φ(y)
toutefois primordiale. • φ(1A ) = 1B
Par exemple, 2Z vérifie les trois premiers points, Si l’anneau de départ est égal à l’anneau d’arrivée,
mais n’est pas un sous-anneau de (Z, +, ×). on parle bien entendu d’endomorphisme d’anneau.
Exemple 3.2.3. Un morphisme d’anneaux bijectif est un iso-
Si (A, +, ×) est un anneau, alors A est un sous- morphisme d’anneau.
anneau de (A, +, ×). Enfin, un morphisme bijectif d’un anneau sur
Z est un sous-anneau de (R, +, ×). lui-même est un automorphisme d’anneau.

Exercice 3.2.4 (anneau des entiers de Gauss).


On note Z[i] = { a + ib | a, b ∈ Z }. Exemple 3.3.2.
Montrer que Z[i] est un sous-anneau de Dans l’anneau (C, +, ×), on a les automorphismes
(C, +, ×). Id et z 7→ z̄.
Sur l’anneau des fonctions réelles, si a ∈ R, l’ap-
Exercice 3.2.5. plication d’évaluation f 7→ f (a) est un morphisme
Quel est le plus petit sous-anneau d’un anneau à valeurs dans l’anneau R.
(A, +, ×) ? L’application nulle n’est pas un morphisme
d’anneaux !
Remarque 3.3.3.
3. Regarder l’ensemble des suites à valeurs entières muni Un morphisme d’anneau est un morphisme de
de l’addition et de la multiplication terme à terme groupes. La notion de noyau ne change pas :

195
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

pour un morphisme φ entre deux anneaux A et Démonstration. (i) Soit (K, +, ×) un corps. Soit
B, (a, b) ∈ K2 vérifiant ab = 0. Supposons que a est non
nul. Alors a est inversible donc a−1 × ab = a−1 × 0,
Ker(φ) = { x ∈ A | φ(x) = 0B } . donc b = 0.
Notamment, un morphisme d’anneaux est injectif On a donc a = 0 ou b = 0.
si et seulement si son noyau est réduit à l’élément (ii) Tout élément non nul est inversible pour × d’après
la définition, d’où K∗ = K \ { 0 } et on sait d’après
nul. la proposition 3.1.8 que (K∗ , ×) est un groupe.
Remarquons que par définition 1A ∈ / Ker(φ) :
ainsi, le noyau d’un morphisme d’anneaux n’est
jamais un sous-anneau de l’anneau de départ, en Remarque 4.0.4.
dehors de l’exemple dégénéré de l’anneau nul. Un corps est un anneau qui est intègre, par contre
un anneau intègre n’est pas forcément un corps !
Trouvez un exemple ...
Proposition 3.3.4 (transport par morphisme).
Soit (A, +, ×), (B, +, ×) deux anneaux, soit φ :
A → B un morphisme entre ces deux anneaux.
1. Si C est un sous-anneau de (A, +, ×), alors
φ(C) est un sous-anneau de (B, +, ×).
2. Si D est un sous-anneau de (B, +, ×), alors
φ← (D) est un sous-anneau de (A, +, ×).

Démonstration.
Élémentaire, procéder exactement comme pour les groupes.

Remarque 3.3.5.
Si φ est un morphisme entre deux anneaux A et
B, alors Im(φ) = φ(A) est un sous-anneau de B.

4 Structure de corps.

Définition 4.0.1.
On appelle corps tout anneau commutatif non nul
dans lequel tout élément non nul est inversible
pour ×.

Exemple 4.0.2.
• C, R et Q sont des corps. N et Z n’en sont pas.
• Z/pZ est un corps si et seulement si p est pre-
mier.

Proposition 4.0.3. (i) Un corps est intègre.


(ii) Si K est un corps, on a K∗ = K\{0} (qui est
un groupe pour la loi induite par ×).

196
Chapitre XIV

Limite d’une fonction


Sommaire
1 Préliminaires. . . . . . . . . . . . . . . . 198
2 Définitions de la limite d’une fonction. 199
2.1 Limite en un point. . . . . . . . . . . . 199
2.2 Limites à gauche et à droite en un point. 202
3 Propriétés des limites de fonctions. . . 204
3.1 Opérations sur les limites. . . . . . . . 204
3.2 Passage à la limite et relations d’ordre. 205
4 Théorèmes d’existence. . . . . . . . . . . 206
4.1 Théorèmes des gendarmes et de minora-
tion/majoration. . . . . . . . . . . . . 206
4.2 Théorème de la limite monotone. . . . 207
5 Cas des fonctions à valeurs complexes. 208
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

Dans tout ce chapitre, sauf mention expresse ou encore


du contraire, I et J sont des intervalles de R, et
f : I → R. ∃ε > 0, ∀t ∈ I, t ∈ [a − ε, a + ε] ⇒ P (t),

On a les mêmes écritures au voisinage de ±∞.


1 Préliminaires. Exemple 1.0.5.
Si on s’intéresse à la propriété « x12 − 1 ⩾ 0», celle-
Comme pour la notion de limite d’une suite, ci n’a de sens que sur D = R∗ .
nous allons définir la notion de limite de fonc- Dire que « x12 −1 ⩾ 0 au voisinage de 0 » signifie
tion de manière naïve. Cela va nous amener à qu’il existe ε > 0 tel que
répéter de nombreuses fois certains énoncés. Vous
unifierez cela en spé, avec la notion de voisinage. 1
∀t ∈ [−ε, ε] ∩ R∗ , − 1 ⩾ 0.
Nous nous permettons cependant de définir t2
quelques raccourcis de langages qui simplifieront
les énoncés. Proposition 1.0.6.
Si P et Q sont vraies au voisinage de a, alors « P
et Q » est vraie au voisinage de a.
Définition 1.0.1.
On dit qu’une propriété est vraie au voisinage Démonstration.
d’un point a ∈ R s’il existe un intervalle ouvert Montrons le dans le cas a ∈ R (les autres sont laissés au
contenant a sur lequel la propriété est vérifiée. lecteur).
Soit α, β > 0 tels que, pour tout x ∈ R :
On dit qu’une propriété est vraie au voisinage • si |x − a| ⩽ α, alors P (x) ;
de +∞ (resp. de −∞) s’il existe un intervalle de • si |x − a| ⩽ β, alors Q(x).
la forme [A, +∞[ (resp. ] − ∞, A]) sur lequel la Alors, avec γ = min(α, β) > 0, pour tout x ∈ R, si
propriété est vérifiée. |x − a| ⩽ γ, on a bien simultanément |x − a| ⩽ α et
|x − a| ⩽ β, donc P (x) et Q(x) sont vraies.

Remarque 1.0.7.
Remarque 1.0.2. Dire qu’une propriété est vraie au voisinage de a
On pourrait (voire même devrait) donner ces dé- est vague car on ne précise pas sur quel ensemble
finitions avec des intervalles ouvert : c’est équi- elle est vraie mais très pratique car on ne précise
valent. pas sur quel ensemble elle est vraie !
Exemple 1.0.3. C’est l’exact analogue du « à partir d’un certain
• La fonction sinus est strictement positive au rang » utilisé sur les suites.
voisinage de π/2. Remarque 1.0.8.
• La fonction Arctan est supérieure à π/4 au Quand on parle de plusieurs propriétés vraies «au
voisinage de +∞. voisinage d’un point a», il faut bien comprendre
Remarque 1.0.4. que tous ces « voisinages » ne sont pas nécessaire-
Si a ∈ R, si P est un prédicat portant sur les réels, ment les mêmes.
P est vrai au voisinage de a si et seulement si Par exemple, pour tout ε > 0, la propriété
«|x| ⩽ ε» est vraie pour x au voisinage de 0 mais
∃ε > 0, ∀t ∈ [a − ε, a + ε], P (t). le « voisinage » en question dépend de ε (il s’agit
de [−ε, ε]).
Si P n’est défini que sur un ensemble I ⊂ R, la On peut remarquer d’ailleurs que, bien que pour
définition 1.0.1 doit alors être modifiée en rem- tout ε > 0, la propriété «|x| ⩽ ε» soit vraie pour
plaçant tous les intervalles par leurs intersections x au voisinage de 0, il est faux d’affirmer que la
avec I, i.e propriété «pour tout ε > 0, |x| ⩽ ε» est vraie
pour x au voisinage de 0 (elle n’est vraie qu’en
∃ε > 0, ∀t ∈ I ∩ [a − ε, a + ε], P (t), 0).

198
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

On va s’intéresser dans la suite à la notion de


limite de fonction. Étant donné une partie E de Définition 1.0.13.
R, une fonction f définie sur E et a ∈ R, sans Soit I un intervalle de la forme (a, b), avec a, b ∈ R,
même connaître f , il est intuitivement clair que la tels que a ⩽ b, et où les symboles ( et ) peuvent
notion de limite de f n’a pas de sens dans certains prendre la valeurs [ ou ].
cas. Par exemple si E = R− , se questionner sur 1. On appelle intérieur de I, noté Int(I) ou
la limite de f en +∞ ou en 1 n’a aucun sens. ˚
I, l’intervalle ]a, b[, c’est-à-dire I privé de
La définition ci-dessous va nous permettre, étant ses extrémités. C’est le plus grand intervalle
donné E, de définir précisément en quels points ouvert contenu dans I.
chercher si f admet une limite a un sens. Cet 2. On appelle fermeture ou adhérence de I, noté
ensemble de points est appelé l’adhérence de E. I, l’intervalle [a, b], c’est-à-dire I augmenté
Exercice 1.0.9. de ses extrémités. C’est le plus petit intervalle
Pour les ensembles E suivants, quelles sont les fermé de R̄ contenant I.
valeurs sur lesquelles chercher si f admet une
limite a un sens ?
Définition 1.0.14.
1. R 5. ]π, 42] Soit I un intervalle de R, soit a ∈ R. Si a ∈ I, on
2. [0, +∞[ 6. R∗ dit que a adhère à I.

3. ]0, +∞[ 7. ]−∞, −7]∪]6, 42]


4. ]π, 42[ 8. {0}
2 Définitions de la limite d’une
fonction.
Définition 1.0.10 (HP – sera vu en MP).
Soit E un sous-ensemble de R. Comme pour les suites, nous allons donner diffé-
rentes définitions naïves de limites de fonctions :
1. On appelle intérieur de E et l’on note E̊
on peut considérer la limite d’une fonction en un
l’ensemble des x ∈ R tels que E soit un
point réel, en +∞ et en −∞ ; on peut considé-
voisinage de x, c’est-à-dire l’ensemble des
rer une limite réelle ou infinie. On traite donc
x appartenant à E tels que E contienne un
séparément neuf cas différents.
intervalle ouvert centré en x.
La notion topologique de voisinage, que vous
2. On appelle adhérence de E et l’on note E verrez l’année prochaine, permet d’unifier tout
l’ensemble des éléments de R limites de suites cela en un seul vocabulaire : quel gain en efficacité
d’éléments de E. et en élégance !
3. On appelle frontière de E l’ensemble E \ E̊
2.1 Limite en un point.

Exercice 1.0.11.
Vérifier que pour les exemples de l’exercice 1.0.9, Définition 2.1.1 (Limite en un point réel).
cette définition donne bien la même chose. Soit a ∈ I ∩ R, soit ℓ ∈ R.
• On dit que f tend vers ℓ en a et l’on note f −
→ℓ
En pratique, on pourra essentiellement se a
ou f (x) −−−→ ℓ si
contenter de la définition suivante, en se rappelant x→a
que l’adhérence (resp. l’intérieur) de l’union d’un ∀ε > 0, ∃α > 0, ∀x ∈ I, |x−a| ⩽ α ⇒ |f (x)−ℓ| ⩽ ε.
nombre fini d’intervalles disjoints est l’union de
• On dit que f tend vers +∞ en a et l’on note
leurs adhérences (resp. leurs intérieurs).
f−→ +∞ ou f (x) −−−→ +∞ si
a x→a
Remarque 1.0.12.
∀A ∈ R, ∃α > 0, ∀x ∈ I, |x − a| ⩽ α ⇒ f (x) ⩾ A.
E est dense dans R si et seulement si E = R.

199
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

• On dit que f tend vers −∞ en a et l’on note Définition 2.1.6 (Limite en −∞).
f−→ −∞ ou f (x) −−−→ −∞ si Supposons que inf I = −∞, soit ℓ ∈ R.
a x→a
• On dit que f tend vers ℓ en −∞ et l’on note
∀A ∈ R, ∃α > 0, ∀x ∈ I, |x − a| ⩽ α ⇒ f (x) ⩽ A. f −−→ ℓ ou f (x) −−−−→ ℓ si
−∞ x→−∞

∀ε > 0, ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x ⩽ B ⇒ |f (x) − ℓ| ⩽ ε.
Remarque 2.1.2.
• On dit que f tend vers +∞ en −∞ et l’on note
On préférera parfois écrire |x − a| ⩽ α sous la
f −−→ +∞ ou f (x) −−−−→ +∞ si
forme x ∈ [a − α, a + α]. −∞ x→−∞
Le bloc ∀x ∈ I, |x − a| ⩽ α ⇒ [...] s’écrit alors
∀x ∈ I ∩ [a − α, a + α] , [...]. ∀A ∈ R, ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x ⩽ B ⇒ f (x) ⩾ A.
On remarquera la structure commune :
• On dit que f tend vers −∞ en −∞ et l’on note
f −−→ −∞ ou f (x) −−−−→ −∞ si
∀[...], ∃α > 0, ∀x ∈ I, |x − a| ⩽ α ⇒ f (x) ∈ [...]. −∞ x→−∞

Remarque 2.1.3. ∀A ∈ R, ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x ⩽ B ⇒ f (x) ⩽ A.


On voit facilement que, si f tend vers +∞ ou
−∞ en a, alors f n’est pas définie en a.
Remarque 2.1.7.
On préférera parfois écrire x ⩽ B sous la forme
Définition 2.1.4 (Limite en +∞).
x ∈] − ∞, B].
Supposons que sup I = +∞, soit ℓ ∈ R.
Le bloc ∀x ∈ I, x ⩽ B ⇒ [...] s’écrit alors
• On dit que f tend vers ℓ en +∞ et l’on note
∀x ∈ I∩] − ∞, B], [...].
f −−→ ℓ ou f (x) −−−−→ ℓ si
+∞ x→+∞ On remarquera la structure commune :

∀ε > 0, ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x ⩾ B ⇒ |f (x) − ℓ| ⩽ ε. ∀[...], ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x ⩽ B ⇒ f (x) ∈ [...].

• On dit que f tend vers +∞ en +∞ et l’on note Remarque 2.1.8.


f −−→ +∞ ou f (x) −−−−→ +∞ si On peut aussi remarquer que les trois définitions
+∞ x→+∞
de « f tend vers ℓ ∈ R » ont en commun la struc-
∀A ∈ R, ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x ⩾ B ⇒ f (x) ⩾ A. ture suivante.

• On dit que f tend vers −∞ en +∞ et l’on note ∀ε > 0, ∃[...], ∀x ∈ I, x ∈ [...] ⇒ |f (x) − ℓ| ⩽ ε
f −−→ −∞ ou f (x) −−−−→ −∞ si
+∞ x→+∞
Exercice 2.1.9.
∀A ∈ R, ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x ⩾ B ⇒ f (x) ⩽ A. Dégager la structure commune des trois défini-
tions de « f tend vers +∞ ». Faire de même
pour −∞.
Remarque 2.1.5. Remarque 2.1.10.
On préférera parfois écrire x ⩾ B sous la forme Comme dans le cas des suites, on obtient des pro-
x ∈ [B, +∞[. positions équivalents en remplaçant les inégalités
Le bloc ∀x ∈ I, x ⩾ B ⇒ [...] s’écrit alors larges (ou certaines d’entre elles) par des inégali-
∀x ∈ I ∩ [B, +∞[, [...]. tés strictes. En revanche, attention aux inégalités
On remarquera la structure commune : ε > 0 et α > 0 qui doivent être conservées strictes.
Remarque 2.1.11.
∀[...], ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x ⩾ B ⇒ f (x) ∈ [...].
On peut également remplacer les conditions A ∈
R par A ∈ R∗+ ou A ∈ R∗− suivant les cas.

200
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

Remarque 2.1.12.
L’ordre des quantificateurs dans ces définitions Théorème 2.1.16.
est évidemment essentiel. Soit a ∈ I, soit ℓ1 , ℓ2 ∈ R. Si f (x) −−−→ ℓ1 et
x→a
f (x) −−−→ ℓ2 , alors ℓ1 = ℓ2 .
Remarque 2.1.13. x→a
Sur les suites, le «∀n ⩾ n0 » devait être compris
comme portant sur un n entier, de façon à ce que Démonstration.
un ait un sens. Par symétrie et en supposant que ℓ1 ̸= ℓ2 , on a trois cas
possibles pour a (a ∈ R, a = +∞ et a = −∞), et pour
C’est le «∀x ∈ I» qui ici remplit ce rôle, de
chaque choix de a on a quatre cas possibles :
façon à ce que f (x) soit bien défini. • ℓ1 ∈ R et ℓ2 ∈ R ;
Attention à ne pas l’oublier ! • ℓ1 ∈ R et ℓ2 = −∞ ;
• ℓ1 ∈ R et ℓ2 = +∞ ;
Remarque 2.1.14. • ℓ1 = −∞ et ℓ2 = +∞.
Remarquez que la caractérisation de la conver- Cela donne donc douze cas à traiter. Nous ne les détaille-
rons pas tous, le lecteur saura les retrouver sans difficulté.
gence d’une suite à l’aide de «∀ε∃n0 . . .» est très
Supposons a ∈ R, ℓ1 ∈ R et ℓ2 ∈ R. Posons ε =
similaire à celle de l’existence d’une limite finie 1
|ℓ1 − ℓ2 | > 0. Il existe donc α1 , α2 > 0 tels que, pour
pour une fonction en +∞, de même la caractéri- 3
tout x ∈ I,
sation de la divergence vers +∞ d’une suite est • si |x − a| ⩽ α1 , alors |f (x) − ℓ1 | ⩽ ε ;
très similaire à celle du fait qu’une fonction tend • si |x − a| ⩽ α2 , alors |f (x) − ℓ2 | ⩽ ε.
vers +∞ en +∞. Soit α = min(α1 , α2 ) > 0. Comme a adhère à I, il existe
x ∈ I tel que |x − a| ⩽ α. Les deux conditions précédentes
Cette similarité n’est pas un hasard : regardez
sont donc vérifiées, et
ce que donne la définition de limite de fonction
(utilisant les voisinages) pour une fonction définie |ℓ1 − ℓ2 | = |ℓ1 − f (x) − (ℓ2 − f (x))|
sur N. Que constatez-vous ? ⩽ |ℓ1 − f (x)| + |(ℓ2 − f (x))|
2
Remarque 2.1.15. ⩽ |ℓ1 − ℓ2 |.
3
Pour donner la définition de limite en un point, Cela contredit le fait que ℓ1 ̸= ℓ2 .
nous avons dû traiter neuf cas différents, ce qui Supposons a = +∞, ℓ1 ∈ R et ℓ2 = −∞. Soit A = ℓ1 + 1
est assez fastidieux. Comme dans le cas des 1
et ε = . Il existe donc B1 , B2 ∈ R tels que, pour tout
suites, la notion de voisinage permet de donner 2
x ∈ I,
une définition unifiée, regroupant tous les cas en • si x ⩾ B1 , alors |f (x) − ℓ1 | ⩽ ε, notamment f (x) ⩽
une seule définition. Cette défintion unifiée est la 1
ℓ1 + < A ;
2
suivante : • si x ⩾ B2 , alors f (x) ⩾ A.
Soit B = max(B1 , B2 ). Comme sup I = +∞, il existe
Soit a ∈ I et ℓ ∈ R. On dit que f admet ℓ pour x ∈ I tel que x ⩾ B. On a alors simultanément f (x) < A
et f (x) ⩾ A, ce qui est absurde.
limite en a et on note f − → ℓ ou f (x) −−−→ ℓ si
a x→a
pour tout voisinage V ∈ V (ℓ), il existe un voisi-
nage W ∈ V (a) tel que ∀x ∈ W ∩ I f (x) ∈ V . Définition 2.1.17.
Soit a ∈ I. S’il existe ℓ ∈ R tel que f (x) −−−→ ℓ,
Cette définition étant plus abstraite et hors- x→a
alors cet élément est appelé « limite de f en a »
programme, nous ne l’utiliserons pas en priorité et est noté lim f ou lim f (t).
dans ce cours, même si elle peut systématique- a t→a
ment être employée. Cependant, certaines démons-
trations seront données sans la notion de voisi-
nage, puis une seconde fois avec la notion de voisi- Le symbole lim ne peut s’utiliser
nage. Vous pourrez voir les simplifications que ces x→a
qu’après avoir montré l’existence de ladite limite.
voisinages apportent et vous entraîner à réécrire
L’utiliser avant est une erreur grave. On préfèrera
d’autres démonstrations grâce aux voisinages.
systématiquement utiliser l’écriture f (x) −−−→ ℓ.
x→a

201
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

ε ε
 
Soit ε > 0. Si x ∈ 1 − ; 1 + , alors
Théorème 2.1.18. 8 8
Toute fonction possédant une limite finie en a ∈ |x − 1| ⩽ 8ε .
ε
 
R est bornée au voisinage de a. Ainsi, avec α = min 1; , si |x − 1| ⩽ α, on
8
a simultanément x2 + x + 2 ⩽ 8 et |x − 1| ⩽ 8ε .
Démonstration.
Comme pour les suites. On a alors |f (x) − 2| ⩽ ε.
Donc on a bien
Remarque 2.1.19.
Si f admet une limite infinie en a ∈ R, alors f ∀ε > 0, ∃α > 0, ∀x ∈ R, |x − 1| ⩽ α ⇒ |f (x) − 2| ⩽ ε.
n’est pas bornée au voisinage de a.
Donc f (x) −−−→ 2.
x→1
Proposition 2.1.20. Remarque 2.1.23.
Si a ∈ I et si f tend vers ℓ ∈ R en a, alors Si u est une suite réelle et ℓ ∈ R̄, la définition de
ℓ = f (a). « un −−−−−→ ℓ » donnée dans le chapitre sur les
n→+∞
suites numériques correspond exactement à celle
donnée ici, quand on voit u comme une fonction
Il s’agit bien d’être certain que a appar- de N dans R.
tient à I (et pas seulement à I¯ !).
Démonstration. 2.2 Limites à gauche et à droite en un
Supposons ℓ = +∞. soit A = f (a) + 1. Il existe α > 0
tel que, pour tout x ∈ I ∩ [a − α, a + α], f (x) ⩾ A. Or,
point.
a ∈ I ∩ [a − α, a + α], donc f (a) ⩾ f (a) + 1, ce qui est
absurde. De même, ℓ = −∞ est absurde, donc ℓ ∈ R.
Soit ε > 0, soit α > 0 tel que, pour tout x ∈ I ∩[a−α, a+ Définition 2.2.1.
α], |f (x) − ℓ| ⩽ ε. Or, on a toujours a ∈ I ∩ [a − α, a + α],
Soient a ∈ R et ℓ ∈ R.
car a ∈ I. Ainsi, |f (a) − ℓ| ⩽ ε.
On a donc : pour tout ε > 0, |f (a) − ℓ| ⩽ ε. (i) Si f est définie au voisinage de a à gauche,
Cela implique bien que f (a) = ℓ (sinon, prendre ε = c’est-à-dire si a ∈ I∩] − ∞, a[, on dit que f
1
2
|f (a) − ℓ|). admet ℓ pour limite à gauche en a (ou tend
vers ℓ à gauche en a) si f |I∩]−∞,a[ admet ℓ
Remarque 2.1.21.
pour limite en a.
Pour tous a et ℓ réels, on montre facilement que
les assertions suivantes sont équivalentes. On note alors f (x) −−−−→ ℓ, f (x) −−−→ ℓ ou
x→a− x→a
x<a
(i) f −
→ℓ encore f −−→ ℓ.
a
a−
(ii) f − ℓ −
→0 Si elle existe, la limite à gauche est unique
a
(iii) |f − ℓ| −
→0 (puisque c’est une limite) et dans ce cas elle
a
est notée lim f , lim f (x) ou lim f (x).
(iv) f (a + h) −−−→ ℓ a− x→a− x→a
x<a
h→0
Exemple 2.1.22. (ii) On définit de la même manière la notion de
Pour s’entraîner à manipuler la définition (mais ce limite à droite.
n’est pas la meilleure méthode dans la pratique),
considérons la fonction f : R → R Mon-
x 7→ x3 + x Dans la définition de limite à gauche,
trons f (x) −−−→ 2. c’est la fonction f |I∩]−∞,a[ qu’il faut considérer, et
x→1
On a, pour tout x ∈ R, f (x) − 2 = (x − 1)(x2 + non la fonction f |I∩]−∞,a] (intervalle fermé en a).
x + 2). En effet, on veut que la fonction de la figure XIV.1
Si x ∈ [0, 2], alors |x| ⩽ 2 et donc (inégalité ait une limite à gauche, ce qui n’est le cas qu’avec
triangulaire) x2 + x + 2 ⩽ 8. une restriction à un intervalle ouvert en a.

202
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

f (a)
f (a)

a
a
Figure XIV.2 – Fonction f ayant des limites à
Figure XIV.1 – Fonction f sans limite en a,
gauche et à droite en a égales, mais pas de limite
ayant des limites à droite et à gauche en a diffé-
en a.
rentes.

(⇐) Réciproquement, supposons qu’on ait les trois


Remarque 2.2.2. conditions (i), (ii) et (iii). On a f (a) = ℓ, donc ℓ ∈ R.
Comme pour les limites, l’existence d’une limite Soit ε > 0. Il existe α− , α+ ∈ R∗+ vérifiant
à gauche / droite s’écrit avec des ε. Par exemple, 
∀x ∈ I a − α− ⩽ x < a ⇒ |f (x) − ℓ| ⩽ ε
dans le cas où a, ℓ ∈ R, f admet ℓ pour limite à ∀x ∈ I a < x ⩽ a + α+ ⇒ |f (x) − ℓ| ⩽ ε
gauche en a si et seulement si on a
Posons alors α = min{α− , α+ } et montrons ∀x ∈
I |x − a| ⩽ α ⇒ |f (x) − ℓ| ⩽ ε.
∀ε > 0 ∃α > 0 ∀x ∈ I Soit x ∈ I tel que |x − a| ⩽ α, c’est-à-dire a − α ⩽
a − α ⩽ x < a ⇒ |f (x) − ℓ| ⩽ ε x ⩽ a + α. Alors
1. si a − α ⩽ x < a, on a en fait a − α− ⩽ x < a
On a le même genre de proposition pour les 5 et donc |f (x) − ℓ| ⩽ ε ;
autres cas (il y a au total 6 cas suivant qu’il s’agit 2. si x = a, f (x) = f (a) = ℓ et donc |f (x) − ℓ| ⩽ ε ;
d’une limite à gauche ou à droite d’une part et 3. si a < x ⩽ a + α, on a en fait a < x ⩽ a + α+
que la limite est réelle, égale à +∞ ou −∞ d’autre et donc |f (x) − ℓ| ⩽ ε.
part). Dans tous les cas on a bien |f (x) − ℓ| ⩽ ε.
On a donc f − → ℓ.
a
Exemple 2.2.3.
1 1
On a −−−→ +∞ et −−−→ −∞.
x x→0 x x→0 Exemple 2.2.5.
x>0 x<0
Le théorème précédent permet de montrer que,
l’application f : R → R
Théorème 2.2.4. (
ex si x ⩾ 0
Soit a un réel appartenant à I, et qui n’est pas x 7→
1 − x si x < 0
une borne de I. Soit ℓ ∈ R. Alors f − → ℓ si et
a tend vers 1 en 0.
seulement si on a simultanément
Remarque 2.2.6.
(i) f −−→ ℓ
a− On n’utilisera la caractérisation d’une limite par
(ii) f −−→ ℓ le théorème 2.2.4 que quand la fonction n’est pas
a+
définie de la même manière à gauche et à droite
(iii) f (a) = ℓ. du point considéré. Sinon, cela n’a aucun intérêt
et l’on travaillera directement avec la définition
générale de limite, ou ses caractérisations.
Le point (iii) est indispensable, sinon la Remarque 2.2.7.
fonction de la figure XIV.2 aurait une limite en a. On pourrait aussi définir, mais le besoin s’en
Démonstration. (⇒) Supposons d’abord f −
→ ℓ. fera rarement sentir, la notion de « limite époin-
tée », que l’on noterait f (x) −−−→ ℓ, qui signifie
a
Nous avons déjà observé que f (a) = ℓ est néces- x→a
saire. Il est alors immédiat d’après les définitions x̸=a
que f −−→ ℓ et f −−→ ℓ. f|I\{a} −
→ ℓ.
a− a+ a

203
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

De même, les notations f (x) −−−→ ℓ et chacun réel, +∞ ou −∞. Nous ne détaillerons pas tous
x→a
x⩽a ces cas, le lecteur intéressé saura les retrouver facilement.
f (x) −−−→ ℓ ne devraient pas vous faire peur. Si a ∈ R, b ∈ R et ℓ ∈ R. Soit ε > 0, posons Vℓ =
x→a
x⩾a [ℓ − ε, ℓ + ε]. Il existe α > 0 tel que, pour tout y ∈ J ∩ Vb ,
avec Vb = [b − α, b + α], on a g(y) ∈ Vℓ . Il existe donc η > 0
tel que, pour tout x ∈ I ∩ Va , avec Va = [a − η, a + η], on
3 Propriétés des limites de fonc- a f (x) ∈ Vb . Soit x ∈ I ∩ Va . On a, d’une part, f (x) ∈ Vb
et, d’autre part, f (x) ∈ J. Donc g(f (x)) ∈ Vℓ . On a bien
tions. montré g ◦ f − → ℓ.
a
Si a = +∞, b = −∞ et ℓ = +∞. Soit A ∈ R, posons
3.1 Opérations sur les limites. Vℓ = [A, +∞[. Il existe B ∈ R tel que, pour tout y ∈ J ∩ Vb ,
avec Vb =] − ∞, B], on a g(y) ∈ Vℓ . Il existe donc C ∈ R
Les résultats usuels valables pour les limites de tel que, pour tout x ∈ I ∩ Vc , avec Vc = [C, +∞[, on a
suite restent valables : f (x) ∈ Vb . Soit x ∈ I ∩ Va . On a, d’une part, f (x) ∈ Vb
et, d’autre part, f (x) ∈ J. Donc g(f (x)) ∈ Vℓ . On a bien
1. Soit f : I → R, a ∈ I et ℓ ∈ R. Alors montré g ◦ f → +∞.
+∞

f− →0
→ ℓ ⇐⇒ f − ℓ − Remarque 3.1.4.
a a
→ 0 ⇐⇒ |f (x)| −−−→ 0
f− La structure de la preuve précédente ne change
a x→a pas en fonction des natures de a, b et ℓ, mais
→ ℓ ⇐⇒ |f (x) − ℓ| −−−→ 0
f− seulement les formes des intervalles Va , Vb , Vℓ .
a x→a

À cause des vingt-sept cas à distinguer, cette


démonstration est un exemple typique de démons-
2. Soit f, g : I → R et a ∈ I. Si f est bornée au tration où la notion de voisinage fait gagner du
voisinage de a et g −→ 0, alors f × g −→ 0. temps. Redémontrons donc ce résultat :
a a
Exemple 3.1.1. Démonstration.
Le deuxième point permet de montrer Soit V ∈ V (ℓ). Montrons qu’il existe un voisinage W de a
sin x vérifiant (g ◦ f )(W ∩ I) ⊂ V .
−−−−→ 0.
x x→+∞ On a g −
→ ℓ, donc il existe un voisinage W ′ de b vérifiant
b
Pour les opérations usuelles (somme, produit g(W ′ ∩ J) ⊂ V .
et inverse), les résultats valables pour les limites Or f −
→ b, donc il existe un voisinage W de a vérifiant
a
de suites sont toujours valables pour les fonctions, f (W ∩ I) ⊂ W ′ .
et les démonstrations sont tout à fait similaires. Or f (I) ⊂ J, donc f (W ∩ I) ⊂ J, donc f (W ∩ I) ⊂
Nous ne les redémontrerons donc pas, mais vous W ′ ∩ J.
devez savoir les faire sans problème. Donc (g ◦ f )(W ∩ I) ⊂ g(W ′ ∩ J) ⊂ V .
Voyons le théorème sur la composition de deux On a donc bien g ◦ f −
→ ℓ.
a
fonctions ayant une limite :
Remarque 3.1.5.
On a vu (remarque 2.1.10) que la définition de la
Théorème 3.1.2. limite d’une suite n’est qu’un cas particulier de
Soient f : I → R et g : J → R deux applications celle de fonction. Ce théorème de composition sur
vérifiant f (I) ⊂ J et soit a ∈ I, b ∈ J et ℓ ∈ R. les fonctions a donc pour corollaire celui qu’on
Si f −→ b et g →
− ℓ, alors g ◦ f −
→ ℓ. a énoncé au chapitre concernant les limites de
a b a
suites sur la composition d’une fonction et d’une
suite.
Remarque 3.1.3.
Exemple 3.1.6.
L’hypothèse b ∈ J est superflue : si f : I → J a
Ce théorème permet de montrer par exemple que
une limite b en a, alors automatiquement, b ∈ J.
ln tan x −−−−
2
√→ 0.

π
Démonstration. x→ 2
On a vingt-sept cas à distinguer, selon si a, b et ℓ sont

204
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

Exercice 3.1.9.
Théorème 3.1.7 (Caractérisation séquentielle La fonction f : R∗+ → R admet-elle
des limites). x 7→ sin (1/x)
Soient a ∈ I, ℓ ∈ R. On a équivalence entre : une limite en 0 ?
(i) f (x) −−−→ ℓ
x→a
3.2 Passage à la limite et relations
(ii) pour toute suite (un ) telle que un ∈ I et
d’ordre.
un −−−−−→ a, on a f (un ) −−−−−→ ℓ.
n→+∞ n→+∞
Les théorèmes suivants sont analogues à des
résultats déjà vu sur les suites.
Démonstration.
Traitons les cas a et ℓ finis (les autres cas se traitent de
manière similaire).
Théorème 3.2.1.
Soit f : I → R, a ∈ I et (m, M, ℓ) ∈ R3 .
(i)⇒(ii) C’est une conséquence immédiate du résultat de
composition d’une application et d’une suite. Supposons f − → ℓ et m < ℓ < M .
a
¬(i)⇒ ¬(ii) Supposons f ̸−
→ ℓ. Alors il existe ε > 0 véri- Alors, au voisinage de a, on a m < f (x) < M .
a
fiant
Démonstration.
∀η ∈ R∗+ ∃x ∈ I (x ∈ [a − η, a + η] et |f (x) − ℓ| > ε)
On traite le cas a ∈ R, les autres cas sont laissés au lecteur.
(XIV.1) min(ℓ − m, M − ℓ)
1 Soit ε = > 0. On a bien
Soit alors n ∈ N. Comme ∈ R+ , d’après l’as-

2
n+1 [ℓ − ε; ℓ + ε] ⊂]m, M [.
sertion (XIV.1), il existe un ∈ I vérifiant
Ainsi, il existe α > 0 tel que, pour tout x ∈ [a − α, a +
(a) un ∈ [a − n+1 1
,a + 1
n+1
] α] ∩ I, on a f (x) ∈ [ℓ − ε; ℓ + ε], donc f (x) ∈]m, M [.
(b) et |f (un ) − ℓ| > ε.
Avec les voisinages :
On a donc construit une suite u d’éléments de I. Le
point (a) nous assure qu’elle converge vers a, le second Démonstration.
que f (un ) ne tend pas vers ℓ (une suite minorée par ]m, M [ est un intervalle ouvert contenant ℓ, c’est donc un
un réel strictement positif ne saurait tendre vers 0). voisinage de ℓ. Donc il existe un voisinage V de a tel que
pour tout x ∈ V ∩ I, on a f (x) ∈]m, M [.

Ce théorème peut être vu comme l’analogue Remarque 3.2.2.


pour les fonctions du théorème suivant sur les Le plus souvent, ce résultat s’applique sous la
suites : si une suite a une limite, toutes ses sous- forme suivante :
suites tendent aussi vers cette limite. Soit f : I → R, a ∈ I vérifiant f −
→ ℓ. Alors
a
Ainsi, il est particulièrement intéressant de contra- (i) Soit M ∈ R vérifiant ℓ < M . Alors au voisi-
poser ce résultat, ce qui nous donne des méthodes nage de a, f (x) < M .
pour montrer qu’une fonction n’a pas de limite (ii) Soit m ∈ R vérifiant m < ℓ. Alors au voisi-
en un point : nage de a, f (x) > m.

Corollaire 3.1.8. Ce résultat est faux avec des inégalités


¯
Soit a ∈ I. larges : ainsi x2 −−−→ 0 et donc sa limite est
x→0
(i) S’il existe une suite (un ) ∈ I N telle que négative. Mais dire que pour x au voisinage de 0
un −−−−−→ a et (f (un )) n’a pas de limite, on a x2 ⩽ 0 est faux.
n→+∞
alors f n’a pas de limite en a.
(ii) S’il existe deux suites (un ), (vn ) ∈ I N ten- Corollaire 3.2.3 (Passage à la limite dans une
dant toutes deux vers a, et telles que (f (un )) inégalité).
et (f (vn )) ont des limites différentes, alors Soit a ∈ I et f : I → R vérifiant f −→ ℓ. Soit
a
f n’a pas de limite en a. (m, M ) ∈ R2 .

205
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

(i) Si M majore f au voisinage de a, alors ℓ ⩽ Théorème 4.1.1 (Théorème d’encadrement, ou


M. théorème des gendarmes).
(ii) Si m minore f au voisinage de a, alors m ⩽ Soit f, m, M : I → R trois applications, a ∈ I
ℓ. et ℓ ∈ R.
Supposons qu’on a m − → ℓ et M −→ ℓ et qu’au
a a
voisinage de a on a m(x) ⩽ f (x) ⩽ M (x).
Démonstration.
Alors, f tend vers ℓ en a.
On traite le cas a ∈ R, les autres cas sont laissés au lecteur.
(i) Supposons que M majore f sur l’intersection de I et
d’un intervalle V1 = [a − α, a + α], avec α > 0. Démonstration.
On traite le cas a ∈ R. Les autres cas sont laissés au lecteur,
Par l’absurde, supposons ℓ > M . D’après le théo-
la structure de la démonstration de changeant pas.
rème 3.2.1, il existe η > 0 tel que, avec V2 =
Soit ε > 0, posons Vℓ = [ℓ − ε, ℓ + ε]. Il existe α, β > 0
[a − η, a + η], pour tout x ∈ V2 ∩ I, on a f (x) > M .
tels que, pour tout x ∈ I,
Pour tout x ∈ V1 ∩ V2 ∩ I, on a alors f (x) > M et • si x ∈ Va , alors m(x) ∈ Vℓ ;
f (x) ⩽ M . • si x ∈ Va′ , alors M (x) ∈ Vℓ ;
Or V1 ∩ V2 ∩ I est non vide, c’est donc absurde. avec Va = [a − α, a + α] et Va′ = [a − β, a + β]. Soit
On a donc ℓ ⩽ M . enfin η > 0 tel que, pour tout x ∈ I, si x ∈ I ∩ Va′′ ,
(ii) On constate qu’au voisinage de a, −m majore −f et avec Va′′ = [a − η, a + η], alors m(x) ⩽ f (x) ⩽ M (x). Il
l’on applique le résultat du (i) à −f , −ℓ et −m. suffit de remarquer que, si x ∈ I ∩ Va ∩ Va′ ∩ Va′′ , alors
m(x) ⩽ f (x) ⩽ M (x) et m(x), M (x) ∈ Vℓ , donc f (x) ∈ Vℓ ,
car Vℓ est un intervalle. On a donc bien f − → ℓ.
a

Théorème 4.1.2 (Théorème de minoration).


Corollaire 3.2.4 (Passage à la limite dans une Soit f, m : I → R deux applications, soit a ∈ I.
inégalité, deuxième version). Supposons qu’on a m − → +∞ et qu’ au voisi-
Soit f, g : I → R, a ∈ I et (ℓ, ℓ′ ) ∈ R2 . a
nage de a, on a m(x) ⩽ f (x).
Supposons f − → ℓ, g −→ ℓ′ et f (x) ⩽ g(x) au
a a Alors, f admet une limite en a et cette limite
voisinage de a. Alors ℓ ⩽ ℓ′ . vaut +∞.

Démonstration. Démonstration.
On a (g − f )(x) ⩾ 0 pour x au voisinage de a et g − f −
→ On traite le cas a = −∞. Les autres cas sont laissés au
a
lecteur, la structure de la démonstration de changeant pas.
ℓ′ − ℓ. Donc d’après le corollaire 3.2.3, on a ℓ′ − ℓ ⩾ 0, donc
Soit A ∈ R, posons V+∞ = [A, +∞[. Il existe B ∈ R tel
ℓ ⩽ ℓ′ .
que, pour tout x ∈ I, avec Va =] − ∞, B], si x ∈ Va , alors
m(x) ∈ V+∞ . Soit enfin C ∈ R tel que, avec Va′ =] − ∞, C],
pour tout x ∈ I, si x ∈ Va′ , alors m(x) ⩽ f (x). Il suffit
Les inégalités strictes ne sont pas conser- de remarquer que, si x ∈ I ∩ Va ∩ Va′ , alors m(x) ⩽ f (x)
vées par passage à la limite. Par exemple, au voisi- et m(x) ∈ V+∞ , donc f (x) ∈ V+∞ . On a donc bien f − →
nage de +∞ on e −x > 0, mais on a e −x −−−−→ 0. +∞.
a
x→+∞

Théorème 4.1.3 (Théorème de majoration).


4 Théorèmes d’existence. Soit f, M : I → R deux applications, a ∈ I et
ℓ ∈ R.
4.1 Théorèmes des gendarmes et de
Supposons qu’on a M − → −∞ et qu’au voisi-
minoration/majoration. a
nage de a, on a f (x) ⩽ M (x).
On retrouve sur les limites de fonctions les Alors, f admet une limite en a et cette limite
mêmes théorèmes d’encadrement que pour les vaut −∞.
suites.
Démonstration.
Il suffit d’appliquer le théorème de minoration à −f .

206
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

Corollaire 4.1.4. (iv) Dans R, f admet une limite à gauche en


Soient f, g : I → R deux applications et a ∈ I. β. Si f est majorée, cette limite est finie,
Si au voisinage de a on a |f | ⩽ g et si g −
→ 0, alors sinon elle vaut +∞.
a
f−→ 0. Si f est décroissante, on a bien sûr des résultats
a
analogues.
Démonstration.
Il suffit de remarquer qu’au voisinage de a, on a −g ⩽ f ⩽
g. Démonstration. (i) On ne montre le résultat que pour
la limite à gauche.
Soit a ∈]α, β]. On pose V = f (I∩] − ∞, a[) =
4.2 Théorème de la limite monotone. { f (x) | x < a }. L’ensemble V est non vide puisque
I∩] − ∞, a[ est non vide. Posons ℓ = supx∈I f (x),
x<a

cette borne supérieure étant prise dans R̄. On a


f (b)
ℓ = +∞ ou ℓ ∈ R. Distinguons ces deux cas :
f (a) (a) ℓ = +∞. Alors soit M un réel fixé, il existe
y ∈ I∩] − ∞, a[ tel que f (y) ⩾ M .
Alors, puisque f est croissante, pour tout x ∈
]y, a[∩I, on a f (x) ⩾ M .
a b Donc f prend ses valeurs dans [M, +∞[ sur
au voisinage de a, à gauche.
Figure XIV.3 – Illustration de limite monotone On a donc bien f −−→ +∞.
a−
: à retenir ! (b) ℓ ∈ R. Alors, soit ε > 0. Il existe y ∈ I∩] −
∞, a[ tel que f (y) ⩾ ℓ − ε.
Alors, pour tout x ∈]y, a[∩I, on a f (x) ⩾ ℓ − ε,
f étant croissante, et f (x) ⩽ ℓ par définition
Théorème 4.2.1. de ℓ.
Soit f : I → R une application croissante. On On en déduit qu’au voisinage à gauche de a,
f prend ses valeurs dans [ℓ − ε, ℓ + ε].
note α et β les bornes inférieures et supérieures
f admet donc pour limite ℓ en a à gauche.
de I dans R. Alors :
(ii) Remarquons tout d’abord que, f étant croissante
(i) f possède une limite à gauche (resp. à { f (x) | x ∈ I∩] − ∞, a[ } est majoré par f (a), donc
droite) en tout point a de ]α, β] (resp. [α, β[) d’après le point (i), on a lima− f ⩽ f (a).
et l’on a, pour chaque a où ces limites ont De la même façon, on a f (a) ⩽ lima+ f , limb− f ⩽
un sens, f (b) et f (b) ⩽ limb+ f .
Par ailleurs, limb− f majore f (]a, b[) et lima+ minore
f (x) −−−→ sup f ce même ensemble, qui est non vide. Donc lima+ f ⩽
x→a
x<a I∩]−∞,a[ limb− f .
On a donc le résultat.
ainsi que
(iii) (iii) (resp. (iv)) sont des conséquences immédiates de
(i), l’existence d’un minorant (resp. majorant) étant
f (x) −−−→ inf f . équivalente au fait que la borne inférieure (resp.
x→a I∩]a,+∞[
x>a supérieure) soit finie.
Pour le cas d’une fonction décroissante, il suffit d’appli-
(ii) Soient a, b ∈ ˚
I tels que a < b. Alors, quer le résultat sur les fonctions croissantes à −f .

lim f ⩽ f (a) ⩽ lim f ⩽ lim f ⩽ f (b) ⩽ lim f. Exercice 4.2.2.


a− a+ b− b+
Soit f un endomorphisme croissant du groupe
(R, +).
(iii) Dans R, f admet une limite à droite en α.
Si f est minorée, cette limite est finie, sinon Déterminer f (x) pour chaque x ∈ N, puis x ∈ Z
elle vaut −∞. et x ∈ Q.
Déterminer enfin f sur R.

207
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

5 Cas des fonctions à valeurs Remarque 5.0.7.


La définition quantifiée de « f tend vers ℓ en a »
complexes.
s’écrit comme pour une fonction réelle :
Dans cette partie, on considère une application ∀ε > 0, ∃α > 0, ∀x ∈ I, |x − a| ⩽ α ⇒ |f (x) − ℓ| ⩽ ε.
complexe f : I → C.
Notons tout de suite que les notions de fonction
complexe majorée, minorée ou monotone n’ont Théorème 5.0.8.
aucun sens, car il n’y a pas de relation d’ordre Soit a ∈ I et ℓ ∈ C. Les deux assertions suivantes
naturelle sur C. Cependant, on peut définir la sont équivalentes :
notion de fonction complexe bornée. (i) f −
→ℓ ;
a
(ii) Re(f ) −
→ Re(ℓ) et Im(f ) −
→ Im(ℓ).
a a
Définition 5.0.1.
On dit que f est bornée s’il existe K ∈ R∗ tel que Démonstration.
pour tout x ∈ I on ait |f (x)| ⩽ K. Cette démonstration s’effectue comme celle du théorème
équivalent concernant les suites complexes.

Remarque 5.0.2. Exemple 5.0.9.


f est bornée si et seulement si Re f et Im f sont e ix
bornées. −−−−→ 0
1 + x2 x→+∞

Théorème 5.0.10.
Définition 5.0.3. Si f a une limite en un point de I, cette limite
Soit a ∈ C. Une propriété P est vraie au voisinage est unique.
de a s’il existe r > 0 tel que, pour tout z ∈ C, si
|z − a| ⩽ r, alors P (z) est vraie.
Démonstration.
Deux démonstrations sont possibles : ou bien on utilise
le théorème 5.0.8, ou bien on reprend la démonstration
Remarque 5.0.4. donnée dans le cas réel (il suffit alors essentiellement de
La notion bidimensionnelle de voisinage complexe changer des R en C).
donnée ici généralise assez bien la notion unidi-
Certains autres résultats établis pour les fonc-
mensionnelle de voisinage réel, néanmoins d’autres
tions réelles sont toujours valables pour les fonc-
définitions seraient possibles : on pourrait utiliser,
tions complexes :
à la place de disques fermés, des disques ouverts
ou bien des rectangles (fermés ou ouverts). 1. toute fonction à valeurs complexes ayant une
limite en un point est bornée au voisinage de
ce point,
Définition 5.0.5. 2. les limites à gauche et à droite en un point
Soit a ∈ I et ℓ ∈ C. On dit que f admet peuvent être également définies,
ℓ pour limite en a, ou f tend vers ℓ en a, si 3. la caractérisation séquentielle de la limite est
|f (x) − ℓ| −−−→ 0. maintenue,
x→a
On note bien entendu ceci f −
→ ℓ ou encore 4. la corollaire 4.1.4 du théorème des gendarmes
a
f (x) −−−→ ℓ. se généralise aux fonctions f à valeurs com-
x→a
plexes, ce qui permet également de montrer
que le produit d’une fonction bornée au voisi-
Remarque 5.0.6. nage d’un point a par une fonction de limite
Ceci nous ramène au cas d’une limite d’une fonc- nulle en a est une fonction de limite nulle en
tion à valeurs réelles. a.

208
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

5. les opérations sur les limites ne faisant pas


intervenir de limite infinie demeurent.
Les grands théorèmes ne se généralisent pas, de
nouveau à cause du manque de relation d’ordre
naturelle sur C.

209
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

210
Chapitre XV

Continuité
Sommaire
1 Définitions et premières propriétés. . . 212
1.1 Définitions. . . . . . . . . . . . . . . . 212
1.2 Prolongement par continuité en un point. 213
1.3 Caractérisation séquentielle de la conti-
nuité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 214
1.4 Opérations sur la continuité. . . . . . . 214
2 Les grands théorèmes. . . . . . . . . . . 215
2.1 Théorème des valeurs intermédiaires. . 215
2.2 Image d’un segment par une fonction
continue. . . . . . . . . . . . . . . . . . 217
2.3 Rappels concernant les fonctions stric-
tement monotones. . . . . . . . . . . . 218
2.4 Monotonie stricte, bijectivité et conti-
nuité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 218
3 Extension au cas des fonctions à va-
leurs complexes. . . . . . . . . . . . . . . 219
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ

Dans tout ce chapitre, I et J sont des intervalles Exemple 1.1.3.


de R, f : I → R et a ∈ I, sauf mention expresse Quasiment toutes les fonctions usuelles sont conti-
du contraire. nues.
• La fonction cos : pour tous réels x et x0 ,
on a en effet
1 Définitions et premières pro-
x + x0 x − x0
priétés. | cos x − cos x0 | = −2 sin sin
2 2
x − x0
1.1 Définitions. ⩽ 2 sin ⩽ |x − x0 |.
2

• La fonction . : En effet, d’une part elle
Définition 1.1.1. est continue en 0, car on a
On dit que f est continue en a si f admet une h i √
limite finie en a. Puisque a ∈ I, on sait que dans ∀ε > 0 ∀x ∈ 0, ε2 x ⩽ ε.
ce cas f − → f (a), et donc f est continue en a
a
s’écrit : D’autre part, soit x0 > 0. Alors soit x ∈ R+ ,
√ √ |x − x0 | |x − x0 |
on a x − x0 = √ √ ⩽ √ .
∀ε > 0, ∃α > 0, ∀x ∈ I, |x−a| ⩽ α ⇒ |f (x)−f (a)| ⩽ ε x + x0 x0
1
En notant C = √ (qui ne dépend pas de
On dit que f est continue sur I si f est continue x0
en tout point de I. x), on a donc
On note C (I, R) l’ensemble des fonctions conti-
nues de I dans R. x0 3x0 √ √
 
∀x ∈ , x− x0 ⩽ C |x − x0 | .
2 2

On a donc
√ √
x −−−→ x0 .
x→x0
ε
f (a) Définition 1.1.4 (Continuité à gauche et à
droite).
f On dit que f est continue à gauche (resp à droite)
η si f|I∩]−∞,a] (resp. f|I∩[a,+∞[ ) est continue en a,
a c’est-à-dire admet une limite en a, qui est alors
nécessairement f (a).

Figure XV.1 – Illustration de la définition d’une Remarque 1.1.5.


fonction continue en a, ε et η étant fixés. Cette fois, on ferme les intervalles en a dans les
restrictions de f , à l’inverse de ce que l’on faisait
pour les limites à gauche et à droite.
Remarque 1.1.2. • On verra que cette défi-
nition est cohérente avec l’idée qu’une fonc-
tion est continue si et seulement si on peut
en tracer le graphe sans lever le crayon. Théorème 1.1.6.
• Attention à l’ordre des quantificateurs ∀ f est continue en a si et seulement si f est continue
et ∃. à gauche et à droite en a.

212
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ

1.2 Prolongement par continuité en un


point.

f (a) f Définition 1.2.1.


Soit a ∈ I et f : I \ { a } → R. On dit que f est
prolongeable par continuité en a s’il existe une
application f˜ : I → R qui coïncide avec f sur
a I \ { a } (c’est-à-dire vérifiant f˜|I\{ a } = f ), et qui
est continue en a.

Figure XV.2 – Illustration d’une fonction conti- Remarque 1.2.2.


nue à gauche en a, mais pas à droite. Quand on prolonge en v une application f définie
sur un intervalle [u, v[ ou ]u, v[ (resp. ]v, u] et
]v, u[) et qu’on prolonge f en v par continuité,
on parle de prolongement par continuité à droite
Démonstration. (resp à gauche).
D’une part f continue en a si et seulement si la limite de
f en a existe, ce qui est vrai si et seulement si les limites
de f en à, gauche et à droite, existent et valent f (a). Théorème 1.2.3.
D’autre part, f est continue à gauche (resp. à droite) Avec les mêmes hypothèses que dans la définition
si et seulement si la limite de f en a, à gauche (resp. à 1.2.1 : f est prolongeable par continuité en a si
droite) existe et vaut f (a). et seulement si la limite de f en a existe et est
finie. Dans ce cas le prolongement est unique,
Exemple 1.1.7. • On reprend l’exemple du noté f˜ et défini par
chapitre précédent :
f˜ : I → R,
f (x) si x ̸= a,
(
f: R → R x 7→
ex si x ⩾ 0 si x = a,
(

x 7→
1−x sinon
où ℓ est la limite de f en a.
Très souvent, par abus de notation, on notera
Alors f est continue en 0. f la fonction f˜.
• Posons
Démonstration.
g: R → R Démontrons implication et réciproque :
( ln (1+|x|) • Soit f˜ un prolongement par continuité de f en a. f˜
x si x ̸= 0 est définie et continue en a, on a donc
x 7→
0 sinon
f˜(x) −−−→ f˜(a)
x→a
x̸=a

Alors g a pour limite à droite 1 en 0, mais Or, pour tout x ∈ I \ { a }, on a f˜(x) = f (x), donc
g(0) ̸= 1, donc g n’est pas continue en 0. f (x) −−−→ f˜(a)
x→a

Remarque 1.1.8. Donc f˜(a) est nécessairement la limite de f en a.


On n’utilisera cette caractérisation de la conti- Cette limite est donc finie. Donc f˜ est nécessaire-
nuité par les continuités à gauche et à droite que ment l’application
lorsque la fonction que l’on étudie est définie diffé- I → R
remment à gauche et à droite du point considéré. f (x) si x ̸= a

x 7→
Sinon, on reviendra à la définition générale. ℓ si x = a

213
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ

sont égales et sont finies, alors, en notant ℓ


cette limite, il existe un unique prolongement par
continuité ge de g obtenu en posant ge(a) = ℓ.
1
Démonstration.
1 1 C’est immédiat, puisqu’on sait que la limite de g en a
 
x 7→ + exp − existe si et seulement si les limites de g en a, à gauche et
2 x
à droite, existent et sont égales.
0
1 Exemple 1.2.6.
Peut-on prolonger par continuité en 0 l’application
Figure XV.3 – Illustration d’une fonction pro- f : ] − 1, +∞[\ {0} → R
longeable par continuité en 0.
si x > 0
(
sin x
x 7→ x
ln(1+x)
x si x < 0

Donc si f admet un prolongement par continuité Même question en −1.


alors la limite de f en a existe et est finie ; le
prolongement par continuité est alors bien celui
donné dans l’énoncé. 1.3 Caractérisation séquentielle de la
• Réciproquement, supposons que la limite de f en a continuité.
existe et est finie, notons la ℓ. Alors, définissons f˜
comme donné dans l’énoncé. f˜ coïncide alors avec
f sur I \ { a } et on a donc
Théorème 1.3.1.
f˜(x) −−−→ ℓ Les assertions suivantes sont équivalentes :
x→a
x̸=a
(i) f est continue en a ;
Donc
f˜(x) −−−→ f˜(a) (ii) pour toute suite (un ) à valeurs dans I véri-
fiant un −−−−−→ a, on a f (un ) −−−−−→ f (a).
x→a
x̸=a
n→+∞ n→+∞
f˜ est donc continue en a.

Démonstration.
Exercice 1.2.4.
C’est une conséquence immédiate de la caractérisation
Quels sont les prolongements par continuité en 0 séquentielle de la limite.
de
1. R∗ → R ? 1.4 Opérations sur la continuité.
1
x 7→
x
2. R∗ → R ? Lemme 1.4.1.
sin(x) Soit g : I → R continue en a ∈ I et telle que
x 7→
x g(a) > 0. Alors g est strictement positive dans un
3. R∗ → R ? voisinage de a (idem avec < 0).
1
x 7→ sin
x
Démonstration.
Ce théorème est parfois utilisé sous la forme : Il suffit de remarquer que la limite de g en a est strictement
positive et d’utiliser les résultats connus sur les limites.

Corollaire 1.2.5.
Soient a ∈ ˚I et g : I\{a} → R une application. Si Théorème 1.4.2.
les limites de g en a, à gauche et à droite, existent, Soient λ ∈ R et f, g : I → R.

214
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ

2 Les grands théorèmes.


(i) Si f est continue en a alors |f | et λf aussi.
(ii) Si f et g continues en a alors f + g, f g, 2.1 Théorème des valeurs intermé-
max(f, g) et min(f, g) aussi et si g(a) ̸= 0 diaires.
f
alors aussi.
g
Proposition 2.1.1 (Rappel).
Les intervalles de R sont les parties convexes de R,
Démonstration. c’est-à-dire les parties I de R telles que tout réel
Le théorème est une conséquence immédiate des résultats compris entre deux éléments de I appartient à I.
sur les limites et des remarques suivantes : Autrement dit, une partie I de R est un intervalle
1. Pour tout x ∈ I, si et seulement si

f (x) + g(x) + |f (x) − g(x)| ∀(x, y) ∈ I 2 ∀t ∈ [0, 1] x + t(y − x) ∈ I


max(f (x), g(x)) =
2
f (x) + g(x) − |f (x) − g(x)|
min(f (x), g(x)) =
2
Théorème 2.1.2 (TVI).
L’image d’un intervalle par une fonction continue
2. Si g(a) ̸= 0 et g continue en a, alors au voisinage de
f est un intervalle.
a, g ne s’annule pas, donc est bien définie.
g
Remarque 2.1.3. 1. Soit f : I → R, une appli-
cation telle que f (I) soit un intervalle Alors
Remarque 1.4.3. pour tout (a, b) ∈ I 2 , vérifiant a < b, f (a) et
Un corollaire immédiat de ce théorème est obtenu f (b) sont dans cet intervalle, donc tout élé-
en remplaçant dans son énoncé «continue en a» ment compris entre f (a) et f (b) s’écrit sous
par «continue sur I» et «g(a) ̸= 0» par «g ne la forme f (c) avec c ∈ [a, b].
s’annule pas sur I». 2. Attention : le TVI assure l’existence de ce c
Exemple 1.4.4. mais absolument pas son unicité.
La fonction tan et les fonctions polynomiales sont 3. Réciproquement, le fait que pour tout a et
continues sur leur ensemble de définition. tout b vérifiant a < b et tout m compris
entre f (a) et f (b) il existe c ∈ [a, b] vérifiant
f (c) = m implique que f (I) est un intervalle.
Démonstration.
Soit f : I → R une application continue. D’après les
Théorème 1.4.5. remarques précédentes, il suffit de montrer que pour tout
(a, b) ∈ I 2 , vérifiant a < b, tout élément compris entre f (a)
Soient g : I → R et h : J → R deux applica-
et f (b) s’écrit sous la forme f (c) avec c ∈ [a, b].
tions, avec g(I) ⊂ J. Si g est continue en a et h Soit donc (a, b) ∈ I 2 vérifiant a < b, et soit m compris
est continue en g(a), alors h ◦ g est continue en a. entre f (a) et f (b).
Supposons, sans perte de généralité, que f (a) ⩽ f (b) (si
f (b) ⩽ f (a), il suffit de considérer −f ). Soit m ∈]f (a), f (b)[
(si m = f (a) ou m = f (b), c’est immédiat).
Démonstration.
Notons alors E = { x ∈ [a, b] | f (x) ⩽ m }. On a évidem-
Immédiat avec les résultats avec les limites.
ment a ∈ E et E est majoré par b. Donc E admet une borne
supérieure.
Remarque 1.4.6.
Notons c = sup E . Comme b majore E , c ⩽ b et comme
On obtient un corollaire immédiat en remplaçant a ∈ E , a ⩽ c, donc c ∈ [a, b].
«continue en a» et «continue en h(a)» respecti- Ensuite, il existe une suite u à valeurs dans E telle que
vement par «continue sur I» et «continue sur un −−−−−→ c. Pour tout n ∈ N, on a donc f (un ) ⩽ m. Par
n→+∞
J». continuité et par passage à la limite, f (c) ⩽ m.

215
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ

Si c = b, alors m < f (b) = f (c) ⩽ m, ce qui est absurde.


Donc c < b.
Ainsi, il existe une suite (vn ) à valeurs dans ]c, b[ telle
que vn −−−−−→ c. Pour tout n ∈ N, on a donc f (vn ) > m.
n→+∞
• • f
Par continuité et par passage à la limite, f (c) ⩾ m.

f ([α, β])
On a donc bien f (c) = m.

α β
f
f ([α, β])

Figure XV.6 – Contre-exemple au TVI pour


une fonction non continue, sur un intervalle.

α β
Pour tester si l’intervalle étudié est bien un inter-
valle où f (a) et f (b) sont de signes opposés, on
Figure XV.4 – Illustration du TVI pour une étudie le signe du produit f (a)f (b). On s’arrête
fonction continue, sur un intervalle. lorsque la largeur de l’intervalle est inférieure à
un pas donné.

def zeros ( f , a , b , p ) :
" " " Recherche d ’ un z e r o de f dans
l ’ i n t e r v a l l e [ a , b ] . Retourne l e
f r é s u l t a t a v e c une pr é c i s i o n p .
f ([α, β] ∪ [γ, δ])

Pr é c o n d i t i o n : f c o n t i n u e ,
a<b e t f ( a )∗ f ( b)<=0 " " "
g, d = a, b
# [ g , d ] : I n t e r v a l l e courant
while d−g > p :
α β γ δ # Invariant :
# f s ’ annule entre g e t d
# s o i t ( f ( g )∗ f ( d)<= 0)
Figure XV.5 – Contre-exemple au TVI pour # V a r i a n t : g−d e s t d i v i s é
une fonction continue, non sur un intervalle. # par deux à chaque é t a p e
m = ( g+d ) / 2 # M i l i e u de [ g , d ]
i f ( f ( g ) ∗ f ( m))<= 0 :
d = m
Corollaire 2.1.4. # On g a r d e l a m o i t i é de gauche
Soit f ∈ C (I), et a, b ∈ I tels que f (a) > 0 et else :
f (b) < 0. Alors il existe c entre a et b tel que g = m
f (c) = 0. # On g a r d e c e l l e de d r o i t e
return m

Remarque 2.1.5.
Il existe deux variantes du TVI, officiellement
Une autre démonstration de ces résultats repose
hors-programme mais très souvent utilisées.
sur le principe de dichotomie, qui donne directe-
ment un algorithme. Voici un algorithme python.

216
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ

une suite u de points de I vérifiant f (un ) −−−−−→ M .


Proposition 2.1.6 (TVI à l’infini). n→+∞
Ensuite, u est à valeurs dans [a, b] or [a, b] est un segment
Soit f : R → R, continue, telle que f admette donc d’après le théorème de Bolzano-Weierstrass, on peut
une limite ℓ1 ∈ R̄ en −∞ et une limite ℓ2 ∈ R̄ extraire de u une suite v convergeant vers une valeur c ∈
en +∞. Soit y compris strictement entre ℓ1 et ℓ2 . [a, b]. Comme f est continue sur [a, b], on en déduit que
(f (vn ))n∈N converge vers f (c).
Alors il existe c ∈ R tel que f (c) = y. Or (f (vn ))n∈N est une suite extraite de (f (un ))n∈N , donc
elle tend vers M .
On a donc M = f (c), donc M ∈ f ([a, b]) = J.
De la même manière, on montre inf(J) ∈ J.
Proposition 2.1.7 (TVI aux limites).
Soit a, b ∈ R tels que a < b, et f : ]a, b[→ R
continue, telle que f admette une limite ℓ1 ∈ R̄ Corollaire 2.2.2 (Théorème des bornes at-
en a et une limite ℓ2 ∈ R̄ en b. Soit y compris teintes).
strictement entre ℓ1 et ℓ2 . Alors il existe c ∈]a, b[ Toute fonction continue sur un segment est bornée
tel que f (c) = y. et atteint ses bornes.

Démonstration. Démonstration.
Donnons une première démonstration générale (il suffit de Soit f continue sur un segment [a, b]. D’après le théorème,
poser a = −∞ et b = +∞). Soit y compris strictement f ([a, b]) est un segment [c, d]. f est donc majorée par d, mi-
entre ℓ1 et ℓ2 . Comme f tend vers ℓ1 en a et vers ℓ2 en b, il norée par c. Or d ∈ f ([a, b]) donc d possède un antécédent
existe a′ , b′ dans ]a, b[ tels que f (a′ ) < y < f (b′ ). Comme dans [a, b] par f . f atteint donc ce majorant (qui est donc
f est continue sur l’intervalle ]a, b[, par le théorème des un maximum). De la même façon, f atteint son minorant
valeurs intermédiaires, il existe c ∈]a, b[ tel que f (c) = y. c, qui est donc un minimum de f sur [a, b].
Démontrons d’une autre manière le premier point dans
le cas ℓ1 , ℓ2 ∈ R, le second se montre de la même manière Exemple 2.2.3.
que la fin de la démonstration du premier point. C’est un résultat intuitif, voici des contre-
Utilisons l’astuce suivante : soit φ : ] − π/2, π/2[, exemples lorsque les hypothèses ne sont pas véri-
x 7→ f (tan(x)). Alors par composition, φ est continue, et fiées.
elle admet ℓ1 et ℓ2 comme limites en moins et plus π/2. On • Sur un intervalle fermé, non borné : R →
peut alors la prolonger en une fonction continue φ̃, avec R, x 7→ x est continue, mais n’a ni maximum
φ̃(−π/2) = ℓ1 et φ̃(π/2) = ℓ2 .
Le (vrai) TVI assure alors qu’il existe d ∈] − π/2, π/2[
ni minimum.
tel que φ(d) = y, et il suffit de poser c = tan d pour avoir • Sur un intervalle ouvert non fermé : ]0, 1] →
f (c) = y. R, x 7→ 1/x est continue mais n’a pas de
maximum.
2.2 Image d’un segment par une fonc- • Avec une fonction non continue : sur le seg-
tion continue. ment [0, 1], la fonction qui a un réel associe
0, sauf aux 1/n avec n ∈ N∗ qui leur associe
Dans le cas d’un segment, le TVI peut-être n. Cette fonction est discontinue et n’a pas
complété. de maximum.
Exemple 2.2.4.
Théorème 2.2.1. Toute fonction périodique continue et définie sur
L’image d’un segment par une fonction continue R est bornée et atteint ses bornes.
est un segment.
Démonstration.
Soit f : R → R T -périodique, et x ∈ R. Sur [0, T ], f est
Démonstration. bornée et atteint son maximum M en xM et son minimum
Notons I = [a, b], f : I → R continue, et J = f ([a, b]). m en xm .
D’après le TVI, J est un intervalle. Il suffit de montrer que Or pour tout x ∈ R, il existe x′ ∈ [0, T ] tel que x − x′
ses extrémités gauche et droite sont réelles et lui appar- soit un multiple entier de T (il est suffisant (et nécessaire)
tiennent. de prendre pour x′ la valeur T × (x/T − ⌊x/T ⌋)). On en
Notons M la borne supérieure de J dans R et montrons déduit f (x) ∈ [m, M ]. f est donc bornée sur R et atteint
M ∈ J. Tout d’abord, nous savons que l’on peut construire ses bornes en xM et xm .

217
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ

2.3 Rappels concernant les fonctions Mais f est décroissante, donc pour tout x ∈]a, c],
strictement monotones. f (x) > M . On a donc f −
→ +∞ = β.
a
• Supposons β ∈ R, alors pour tout ε > 0, β − ε ne
Dissipons d’emblée une idée populaire, mais majore pas f (I), donc il existe d ∈]β − ε, β] tel que
fausse : ce n’est pas parce qu’une fonction est d ∈ f (I), donc il existe c ∈ I tel que f (c) ∈]β − ε, β].
dérivable en un point que l’on peut dire quoi que Or f est décroissante, donc pour tout x ∈]a, c], on a
f (x) ∈]β −ε, β]. Ainsi f (I) = [f (b), ℓ′ [ (β ∈
/ f (I) car
ce soit quant au sens de variation de la fonction f est strictement décroissante). On a donc f − → β.
au voisinage de ce point. a
Dans les deux cas, on a bien f (I) = [f (b), ℓ′ [
Exemple 2.3.1.
Remarque 2.3.3.
Soit la fonction
Si la fonction f n’est supposée que monotone, f (I)
peut être fermé alors que I est ouvert (prendre f

 R −→ R,
1 constante, par exemple).

x
   
f:  x2 sin + si x ̸= 0,
 x 7−→ x 2
0 si x = 0.

 
2.4 Monotonie stricte, bijectivité et
continuité.
Alors f est continue et dérivable sur R, f ′ (0) =
1/2, mais f n’est monotone sur aucun voisinage Explorons maintenant les liens entre ces trois
de 0. notions.
Dans la suite, nous ne parlerons pas du tout de
dérivabilité. Lemme 2.4.1 (Réciproque d’une application
strictement monotone).
Soit D et E deux parties de R et f : D → E
Théorème 2.3.2. une bijection strictement monotone. Alors l’appli-
Soit a, b ∈ R vérifiant a < b. Supposons que f est cation réciproque f −1 : E → D est strictement
continue sur I et strictement croissante sur I. monotone, de même sens de variation que f .
Soit ℓ, ℓ′ ∈ R tels que f −
→ ℓ et f →
− ℓ′ . Alors :
a b
1. si I = [a, b], alors f (I) = [f (a), f (b)] ; Démonstration.
Montrons maintenant que f −1 est strictement monotone,
2. si I =]a, b[, alors f (I) = ]ℓ, ℓ′ [ ; de même sens de variation que f .
• Supposons que f soit strictement croissante. Alors,
3. si I = [a, b[, alors f (I) = [f (a), ℓ′ [ ;
soit y1 et y2 deux éléments de f (D) vérifiant y1 <
4. si I =]a, b], alors f (I) = ]ℓ, f (b)]. y2 et soit x1 = f −1 (y1 ) et x2 = f −1 (y2 ). Si on
avait x1 ⩾ x2 alors, comme f est croissante, on
On a un résultat analogue lorsque f est stric- aurait f (x1 ) ⩾ f (x2 ), c’est-à-dire y1 ⩾ y2 , ce qui
tement décroissante sur I. serait absurde. Donc x1 < x2 , c’est-à-dire f −1 (y1 ) <
f −1 (y2 ).
f −1 est donc strictement croissante.
Démonstration.
• Supposons que f soit strictement décroissante. De la
Remarquons que f étant strictement monotone, f admet
même façon, on montre que f −1 est alors strictement
une limite à droite en a et à gauche en b.
décroissante.
On se contente de donner le cas f strictement décrois-
Dans les deux cas, f −1 est strictement monotone, de même
sante et I =]a, b]. On sait que f (I) est un intervalle. On
sens de variation que f .
note α = inf f (I) et β = sup f (I). f étant décroissante,
f (b) minore f (I), or f (b) est dans f (I), donc α = f (b). Le résultat suivant est une réciproque partielle
Par ailleurs, comme f est strictement décroissante, on ne
au théorème des valeurs intermédiaires.
peut avoir β ∈ f (I), car alors il existerait c ∈]a, b] vérifiant
f (c) = β et dans ce cas on aurait f ( a+c 2
) > β et β ne
majorerait plus f (I), ce qui serait absurde. Lemme 2.4.2.
Enfin, le théorème de limite monotone nous donne l’exis-
tence des limites manipulées. On en rappelle ici les argu-
Soit I un intervalle et f : I → R une application
ments. monotone telle que f (I) est un intervalle.
• Supposons β = +∞, alors f n’est pas majorée, donc Alors f est continue sur I.
pour tout M > 0, il existe c ∈ I tel que f (c) > M .

218
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ

Démonstration. Donc φ s’annule en une valeur t ∈ [0, 1]. On a alors


Le cas où I est un intervalle vide ou réduit à un point est f (α(t)) = f (β(t)).
trivial. Nous supposons donc par la suite que I n’est ni Or f est injective, donc α(t) = β(t). Or α(t) < β(t),
vide, ni réduit à un point. donc c’est absurde.
Nous étudions seulement ici le cas où f est croissante.
Si f est décroissante, il suffit d’appliquer ce qui suit à −f .
Il suffit de montrer que d’une part que pour tout point Théorème 2.4.4 (Théorème de la bijection stric-
a ∈ I qui n’est pas l’extrémité gauche de I, on a f −−→ f (a) tement monotone).
a−
et d’autre part que pour tout point a ∈ I qui n’est pas Soit I un intervalle de R et f : I → R une applica-
l’extrémité droite de I, on a f −−→ f (a).
a+
tion. Posons J = f (I). Alors si deux quelconques
Par l’absurde, supposons que ce n’est pas le cas. Pour des trois propriétés suivantes sont vraies, la troi-
fixer les idées, supposons qu’il existe a ∈ I qui n’est pas sième l’est également :
l’extrémité gauche de I vérifiant f ̸−−→ f (a) (l’autre cas
a− (i) J est un intervalle et f réalise une bijection
est similaire). Notons alors α un point de I vérifiant α < a.
Alors, f étant croissante, on sait que la limite de f en de l’intervalle I sur l’intervalle f (I).
a, à gauche, existe. Notons la ℓ. Alors, f (α) ⩽ ℓ ⩽ f (a). (ii) f est strictement monotone sur I.
Puisque f ̸−−→ f (a), on a ℓ < f (a). L’intervalle ]ℓ, f (a)[
a− (iii) f est continue sur I.
n’est donc pas vide, on peut donc y choisir un point y. On
a alors f (α) ⩽ ℓ < y < f (a). De plus, lorsque ces conditions sont vérifiées, l’ap-
Or f (I) est un intervalle, donc y ∈ f (I). Donc il existe plication réciproque f −1 : J → I est aussi une
c ∈ I vérifiant f (c) = y. On a f (c) < f (a) et f croissante,
bijection continue strictement monotone.
donc c < a. Donc f (c) ⩽ ℓ, donc y ⩽ ℓ ce qui est absurde.

Démonstration.
Pour ce qui est de la première partie du théorème :
Lemme 2.4.3. • Dans le cas où (i) et (ii) sont vraies, f (I) est un
intervalle, f est donc continue d’après le lemme 2.4.2
Soit I un intervalle et f : I → R, une applica-
• Dans le cas où (i) et (iii) sont vraies, f réalise une
tion continue et injective. Alors f est strictement bijection de I sur f (I) donc est injective, or elle
monotone. est continue, donc strictement monotone d’après le
lemme 2.4.3.
• Dans le cas où (ii) et (iii) sont vraies, f est stric-
Démonstration. tement monotone donc injective, donc réalise une
Supposons par l’absurde que f n’est pas strictement mo- bijection de I sur f (I). De plus, elle est continue
notone, c’est-à-dire qu’elle n’est ni strictement croissante, donc f (I) est un intervalle.
ni strictement décroissante. Pour ce qui est de la seconde partie, supposons donc ces
Comme f n’est pas strictement croissante, il existe conditions vérifiées.
(x, y) ∈ I 2 vérifiant x < y et f (x) ⩾ f (y). Alors on sait que la bijection d’une application stric-
De même, comme f n’est pas strictement décroissante, tement monotone est monotone, donc f −1 : J → I est
il existe (x′ , y ′ ) ∈ I 2 vérifiant x′ < y ′ et f (x′ ) ⩽ f (y ′ ). strictement monotone.
Notons De plus f −1 réalise une bijection de l’intervalle J sur
l’intervalle f −1 (J) = I.
α : [0, 1] → R
La première partie assure donc que f −1 est continue.
t 7 → (1 − t)x + tx′
β : [0, 1] → R Exemple 2.4.5.
t 7 → (1 − t)y + ty ′ Cela permet de montrer que les fonctions Arccos,
φ : [0, 1] → R Arcsin et Arctan sont continues.
t 7 → f (α(t)) − f (β(t))

I est un intervalle donc, pour tout t ∈ [0, 1], α(t) et β(t) 3 Extension au cas des fonctions
appartiennent à I, donc φ est bien définie.
Par ailleurs, on peut remarquer que, comme x < y et à valeurs complexes.
x′ < y ′ , pour tout t ∈ [0, 1], on a α(t) < β(t).
Enfin, on a : Les notions de continuité, continuité à gauche
(i) φ est continue sur [0, 1] ; et à droite se généralisent sans problème aux fonc-
(ii) φ(0) = f (x) − f (y) ⩾ 0 ; tions à valeurs complexes, puisque c’est juste une
(iii) φ(1) = f (x′ ) − f (y ′ ) ⩽ 0. histoire de limite. On a aussi le résultat suivant.

219
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ

Théorème 3.0.1.
Soit f : I → C, a ∈ I. On a équivalence entre :
1. f est continue en a (resp. sur I)
2. Im(f ) et Re(f ) sont continues en a (resp. sur
I).

La caractérisation séquentielle de la continuité


est vraie comme pour les applications à valeurs
dans R, de même que toutes les résultats sur
les opérations usuelles. En revanche, les grands
théorèmes liés au TVI ne peuvent pas être étendus
à C : ils font appel à l’ordre ⩽ sur R.
Exemple 3.0.2.
Notons f : [0, π] → C . Alors f est continue
t 7→ e it
sur [0, π], vaut 1 en 0, −1 en π mais ne s’annule
pas.
Quant à l’image du segment [0, π], il s’agit d’un
demi-cercle et non d’un intervalle !

220
Chapitre XVI

Polynômes
Sommaire
1 K[X] : définitions et résultats algé-
briques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 222
1.1 Premières définitions. . . . . . . . . . . 222
1.2 Somme et produit. . . . . . . . . . . . 223
1.3 Composition. . . . . . . . . . . . . . . 224
1.4 Opérations et degré. . . . . . . . . . . 224
1.5 Fonctions polynomiales. . . . . . . . . 225
1.6 Division euclidienne. . . . . . . . . . . 226
1.7 L’algorithme de Horner. . . . . . . . . 228
2 Décomposition. . . . . . . . . . . . . . . 229
2.1 Racines, ordre de multiplicité. . . . . . 229
2.2 Nombres de racines. . . . . . . . . . . 230
2.3 Polynômes scindés et relations
coefficients-racines. . . . . . . . . . . . 231
2.4 Le théorème fondamental de l’algèbre. 232
2.5 Décomposition en produit de facteurs
irréductibles. . . . . . . . . . . . . . . 234
3 Dérivation des polynômes. . . . . . . . . 235
3.1 Définition. . . . . . . . . . . . . . . . . 235
3.2 Propriétés. . . . . . . . . . . . . . . . . 235
4 Arithmétique de K[X]. . . . . . . . . . . 238
4.1 PGCD. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 238
4.2 Polynômes premiers entre eux. . . . . 240
4.3 PGCD de n polynômes. . . . . . . . . 242
4.4 PPCM. . . . . . . . . . . . . . . . . . 243
5 Formule d’interpolation de Lagrange. . 243
6 Annexe : construction de K[X] . . . . . 245
7 Annexe : fonctions polynomiales à va-
leurs dans un anneau . . . . . . . . . . . 247
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

Dans tout ce chapitre K = R ou C.


3. Il existe un polynôme, noté X (appelé
l’indéterminée de K[X]).
1 K[X] : définitions et résultats 4. Les polynômes de la forme αX k pour k ∈ N
algébriques. et α ∈ K sont appelés monômes.
5. Tout polynôme P peut s’écrire de façon
1.1 Premières définitions. unique sous forme normale 2 (appelée aussi
forme développée réduite) :

Définition 1.1.1. +∞
X
On appelle support d’une suite u à valeurs dans ak X k
k=0
K l’ensemble des entiers n tels que un ̸= 0. Si cet
ensemble est fini, u est dite à support fini. où (ak )k∈N est une suite à support fini, ap-
pelée suite des coefficients de P (la suite des
coefficients de P est donc unique).
Remarque 1.1.2. 1. Une suite u est à support
fini si et seulement si elle est nulle à partir
d’un certain rang.
2. Toute suite à support fini converge donc vers Remarque 1.1.4. 1. Si on note φ l’application
0 mais la réciproque est évidemment fausse 1 qui à tout polynôme P associe sa suite des
(par exemple la suite (1/n)). coefficients et ψ l’application qui à toute
suite à valeurs dans K à support fini u asso-
+∞
cie le polynôme uk X k , on constate que
X

Définition 1.1.3 (Anneau des polynômes sur le k=0


corps K). pour tout polynôme P , (ψ ◦ φ)(P ) = P et
On admet qu’on peut construire un anneau com- que pour toute suite à support fini u, on a
mutatif (K[X], +, ×) appelé anneau des poly- (φ ◦ ψ)(u) = u. Ces deux applications sont
nômes à une indéterminée à coefficients dans K. donc des bijections réciproques : il y a donc
Vérifiant les propriétés suivantes : une bijection (canonique) entre les suites à
1. K[X] étend l’anneau K, c’est-à-dire : support fini et les polynômes.

(a) K ⊂ K[X] 2. Il est important


√ de ne pas confondre X et x :
2X 3 + 2X + 7 est un polynôme, x 7→ 2x3 +
(b) l’addition et la multiplication de K[X] √
2x + 7 désigne une fonction polynomiale
coïncident avec celles de K sur l’en-
(allant de R dans R ou de R dans C ou de
semble K. Autrement dit : les opéra-
C dans √ C selon le contexte). L’expression
tions +K[X] et ×K[X] restreintes au sous-
«x3 + 2x + 7» est une erreur si x n’a pas
ensemble K sont exactement les opéra-
été introduit ou si c’est une matrice carrée
tions +K et ×K .
de taille 42. C’est un réel si x est un réel et
(c) le neutre pour l’addition sur K, noté 0,
un complexe si x est un complexe.
est aussi le neutre pour l’addition sur
K[X] et le neutre pour la multiplication Le polynôme 0 a pour suite de coefficients la suite
sur K, noté 1, est aussi le neutre pour la nulle.
multiplication sur K[X]. Le polynôme 0 2. La somme est une somme finie, prise X
pour les valeurs
est appelé le polynôme nul. de k telle que ak =
̸ 0. On a donc P = ak X k mais
2. C[X] étend R[X]. k∈N
ak ̸=0
n
X
aussi P = ak X k si la suite (ak ) est nulle à partir du
1. Par ailleurs, dans ce chapitre, le fait que les suites à k=0
support fini convergent n’est d’aucun intérêt. rang n + 1.

222
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

Pour tout λ ∈ K, le polynôme λ a pour suite de


coefficients la suite nulle partout sauf au rang 0, +∞ +∞
la forme ak X k et bk X k . Alors on a :
X X
où elle a pour valeur λ. Les éléments de K sont
k=0 k=0
appelés les polynômes constants.
+∞
P +Q= (ak + bk )X k .
X

Définition 1.1.5 (Degré). k=0


+∞
Soit P un polynôme de la forme
X
ak X k . On Autrement dit, la suite des coefficients de P +Q est
k=0 la somme de leurs suites de coefficients respectives.
appelle degré de P , et note deg P la valeur En ce qui concerne le produit, on a

sup { k ∈ N | ak ̸= 0 } , +∞
P ×Q= ai bj X i+j =
X X
ck X k
prise dans R. (i,j)∈N2 k=0

(i) Si P est le polynôme nul, deg P = −∞. où (ck )k∈N est la suite vérifiant, pour tout k ∈ N,
(ii) Si P n’est pas le polynôme nul, le support de
k k
(ak )k∈N est un ensemble d’entiers non vide
ck = ai bj = ai bk−i =
X X X
ak−i bi .
et majoré, donc
(i,j)∈N2 i=0 i=0
i+j=k

deg P = max { k ∈ N | ak ̸= 0 } .

(iii) Si P est non nul, le coefficient adeg P est Démonstration.


appelé coefficient dominant de P et on dit Il s’agit essentiellement de constater que les sommes sont
que adegP X deg P est le monôme dominant en fait finies. En notant S et S ′ les supports respectifs des
suites de coefficients de P et Q, on a
de P .
X X
(iv) Si le coefficient dominant de P vaut 1 on dit P = ak X k = ak X k ,
que P est unitaire. k∈S
X
k∈S∪S ′
X
Q= bk X k = bk X k ,
Pour tout entier n ∈ N, on note Kn [X] l’ensemble
k∈S ′ k∈S∪S ′
des polynômes de degré inférieur ou égal à n.
d’où
X
P +Q= (ak X k + bk X k )
Remarque 1.1.6. 1. Kn [X] n’est pas l’en- k∈S∪S ′

semble des polynômes de degré égal à n.


X
= (ak + bk )X k .
2. K = K0 [X] ⊂ K1 [X] ⊂ K2 [X] ⊂ · · · ⊂ K[X]. k∈S∪S ′

Or ak et bk sont nuls pour tout k ∈ N \ (S ∪ S ′ ), donc la


3. Kn [X] est un sous-groupe de (K[X], +). somme
+∞
4. Soit P un polynôme de degré d et n ∈ N X
(ak + bk )X k
vérifiant n ⩾ d (P est de degré au plus n), k=0
n
est finie et vaut la même chose.
alors P peut s’écrire sous la forme ak X .
X
k
Pour le produit, notons, pour tout k ∈ N,
k=0
X
ck = ai bj .
(i,j)∈N2
1.2 Somme et produit. i+j=k

Il est clair que ck est une somme finie (elle comporte k + 1


termes) et de plus, on a
Proposition 1.2.1. k k
Soit P et Q deux polynômes respectivement de ck =
X
ai bk−i =
X
ak−i bi .
i=0 i=0

223
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

+∞
X
Il reste à montrer qu’on a bien P × Q = ck X k .
Proposition 1.3.2.
k=0
Posons S ′′ = { i + j | (i, j) ∈ S × S ′ }, S est l’image ′′ La composition est distributive à droite par rap-
directe de l’ensemble fini S × S ′ par l’application somme, port aux lois + et × et elle est également associa-
donc S ′′ est un ensemble fini. tive, c’est-à-dire que si P , Q et R désignent trois
Remarquons tout de suite que pour k ∈ N \ S ′′ et tout polynômes, on a :
couple (i, j) ∈ N2 vérifiant i + j = k, on a (i, j) ∈
/ S × S′,
donc ai = X 0 ou bj = 0. Donc pour tout k ∈ N \ S ′′ , la (i) (P + Q) ◦ R = (P ◦ R) + (Q ◦ R) ;
somme ai bj ne comporte que des termes nuls. (ii) (P Q) ◦ R = (P ◦ R) × (Q ◦ R) ;
(i,j)∈N2
i+j=k (iii) (P ◦ Q) ◦ R = P ◦ (Q ◦ R).
En outre
! !
X X
PQ = ai X i
bj X j
Démonstration. (i) Direct.
i∈S j∈S ′
X (ii) Traiter d’abord le cas P = X n et Q = X m , puis le
= ai bj X i+j
cas P quelconque et Q = X m , puis le cas général.
(i,j)∈S×S ′
  (iii) Montrer par récurrence que Qk ◦ R = (Q ◦ R)k .
X X
= ai bj X i+j 


k∈S ′′ (i,j)∈S×S ′
i+j=k Attention à la composition à gauche, qui
n’est pas distributive. Par exemple :
 
X X
= ai bj X k


k∈S ′′ (i,j)∈S×S ′
i+j=k
X 2 ◦ (X + 2) = (X + 2)2 ̸= X 2 + 22
  (1 ◦ X) + (1 ◦ 2) = 2 ̸= 1 ◦ (X + 2)
(1 + X) ◦ (X.X) ̸= ((1 + X) ◦ X).((1 + X) ◦ X).
X X
= ai bj X k


k∈S ′′ (i,j)∈N2
i+j=k
  Exemple 1.3.3.
+∞
X X Un polynôme P est dit pair si P ◦ (−X) = P ,
= ai bj X k .
 

impairs si P ◦ (−X) = −P . Que peut-on dire des
k=0 (i,j)∈N2
i+j=k coefficients de tels polynômes ?
d’où le résultat.
1.4 Opérations et degré.
1.3 Composition.

Théorème 1.4.1.
Définition 1.3.1. Soient P, Q ∈ K[X].
Soit P et Q deux polynômes de K[X]. P s’écrit (i) deg(P + Q) ⩽ max(deg P, deg Q) ;
sous la forme (ii) deg(P Q) = deg P + deg Q ;
+∞
X
k
ak X . (iii) si Q n’est pas constant, alors deg(P ◦ Q) =
k=0 deg P ×deg Q. Si Q est constant, deg P ◦Q =
Alors, la somme 0 ou −∞.
+∞
X
ak Qk
Remarque 1.4.2.
k=0
Méditez les exemples suivants :
est une somme finie, appelée composée de P et Q
(i) P = X − 1 et Q = 2 − X ;
(ou de Q par P ) et est notée P ◦ Q.
(iii) P = X 2 − 1 et Q = 1.

224
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

Démonstration. Démonstration.
Le théorème est évident si P ou Q est nul. On les supposera Soient P un polynôme inversible. Il existe donc un poly-
donc tous deux non nuls, et on pose n = deg P et m = nôme Q tel P Q = 1. P et Q sont non nuls, et donc deg P ⩾
deg Q. Les polynômes P , Q et P Q s’écrivent respectivement 0 et deg Q ⩾ 0. Mais 0 = deg 1 = deg P Q = deg P + deg Q.
n
X m
X +∞
X Nécessairement, deg P = deg Q = 0.
sous la forme ak X k et bk X k et ck X k . Réciproquement, tout polynôme constant non nul est
k=0 k=0 k=0 bien inversible.
(i) Facile ;
k
Il y a donc peu de polynômes inversibles. L’in-
versibilité est une propriété fort utile lorsqu’on
X
(ii) On a ck = ai bk−i .
i=0 veut simplifier une égalité de la forme P A = P B
Soit k ⩾ m + n. Si i > n, alors ai = 0, et si i < n, (on multiplie alors des deux côtés par l’inverse de
alors bm+n−i = 0.
Ainsi, si k = m+n, la somme définissant ck n’a qu’un
P ) mais heureusement, elle n’est pas nécessaire
terme non nul, et cm+n = an bm ̸= 0. pour cela, l’intégrite de K[X] suffit.
Si k > m + n, tous les termes de la somme sont nuls,
donc ck = 0. Ceci prouve bien le résultat.
(iii) Q non constant équivaut à deg Q ⩾ 1. Donc si k1 et Définition 1.4.6.
k2 sont deux entiers tels que k2 > k1 , on a deg Qk2 > Deux polynômes P et Q de K[X] sont dits associés
deg Qk1 . Ainsi deg P ◦ Q = deg an Qn = deg(Qn ). Or s’il existe λ ∈ K∗ vérifiant P = λQ.
d’après (ii), deg(Qn ) = n deg Q.

Remarque 1.4.7.
Ainsi, deux polynômes sont associés si et seule-
ment si on passe de l’un à l’autre en multipliant
Corollaire 1.4.3.
par un polynôme inversible. On pourra effectuer
K[X] est intègre.
un rapprochement avec les entiers ainsi qu’avec
l’arithmétique sur les entiers : les éléments inver-
Démonstration. sibles de Z sont 1 et −1, et les objets construits
Il suffit de montrer que pour tout (P, Q) ∈ K[X]2 , P Q = en arithmétique des entiers (PGCD, nombres pre-
0 ⇒ (P = 0 ou Q = 0). Soit donc (P, Q) ∈ K[X]2 vérifiant miers, etc.) le sont toujours « à un élément inver-
P Q = 0. Alors d’après le point (iii) du théorème 1.4.1,
−∞ = deg(P Q) = deg P +deg Q, donc on a nécessairement sible près ». Ce sera encore le cas en arithmétique
deg P = −∞ ou deg Q = −∞. des polynômes.

1.5 Fonctions polynomiales.


Corollaire 1.4.4. Dans cette section, on considère un entier na-
Soient P, A, B ∈ K[X] tel que P ̸= 0. Alors : turel n fixé

P A = P B ⇔ A = B.
Définition 1.5.1.
Soit P ∈ K[X] écrit sous forme développée réduite
Démonstration. +∞
P = ak X k un polynôme et x un élément de
X
P A = P B si et seulement si P (A − B) = 0 si et seulement
si (P = 0 ou A − B = 0) si et seulement si A − B = 0 si et k=0
seulement si A = B. K.
On appelle évaluation du polynôme P en x et
on note Pe (x) l’élément de K défini par
Corollaire 1.4.5. +∞
U (K[X]) = K∗ . Autrement dit, les seuls éléments Pe (x) =
X
ak · xk .
inversibles de K[X] sont les polynômes constants k=0
non nuls.

225
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

Remarque 1.5.2.
+∞ Théorème 1.5.7.
Comme précédemment, le symbole a un sens
X
Soient P et Q deux polynômes de K[X].
k=0
car la suite (ak ) est à support fini. Cette somme (i) Pe est la fonction identiquement nulle si et
est donc finie. seulement si P = 0 ;

Exemple 1.5.3. (ii) Pe = Q


e si et seulement si P = Q.

On pose P = X 2 + 2X + 3, que vaut l’évaluation


de P en −2 ? Cependant, nous ne sommes pas en mesure
de montrer tout de suite cette propriété. Nous
nous contenterons donc pour l’instant de faire les
Proposition 1.5.4. remarques suivantes :
Soit x ∈ K fixé. Alors, l’application d’évaluation
en x, evalx : K[X] → K est un morphisme Remarque 1.5.8. 1. Les implications P = 0 ⇒
P 7→ P (x)e Pe = 0 et P = Q ⇒ Pe = Q e sont évidentes. Il

d’anneaux ; autrement dit pour tout (P, Q) ∈ suffit donc de montrer les implications réci-
K[X]2 , on a proques.
2. Si l’on admet pour tout P l’implication Pe =
1. P^
+ Q(x) = Pe (x) + Q(x) ;
0KK ⇒ P = 0 alors, pour tout couple (P, Q),
e

2. P^× Q(x) = Pe (x) × Q(x)


e ; l’implication Pe = Q e ⇒ P = Q s’en déduit.

3. 1]
K[X] (x) = 1K .
En effet, il suffit de remarquer que P^−Q=
De plus, on a P − Q, donc si P = Q, alors P − Q est nul
e e e e ^
donc P − Q est nul donc P = Q.
P
^ ◦ Q(x) = P̃ (Q̃(x)) Remarque 1.5.9 (à caractère culturel).
On verra que la démonstration du résultat ex-
ploite le fait que K est un ensemble infini. Même
On note Pe : K → K . si seuls les cas K = R et K = C sont au pro-
x 7→ P (x)
e gramme, il existe des corps K finis et on peut
définir K[X] pour de tels corps. Dans le cas où K
Remarque 1.5.5. est un corps fini, le théorème 1.5.7 n’est plus vrai.
D’après ce qui précède, on a donc, pour tous
polynômes P et Q :
1.6 Division euclidienne.
1. P^
+ Q = Pe + Q
e;
On peut définir une opération de division dans
2. P^
× Q = Pe × Q
e; K[X] similaire à celle de la division euclidienne
dans Z.
3. P
^ ◦ Q = Pe ◦ Q
e
Rappelons tout d’abord la définition de la divi-
Exemple 1.5.6. sion euclidienne dans Z :
Posons P = X 2 + 2X + 3.
1. Que vaut Pe . Définition 1.6.1 (Division euclidienne).
2. A t-on P = Pe ? Soit P et D deux entiers, avec D ̸= 0. Alors il
existe un unique couple (Q, R) d’entiers vérifiant
En pratique, on note en général P (x) la valeur les deux propriétés suivantes :
de Pe (x). On va même parfois jusqu’à identifier 1. P = D × Q + R
P et Pe , c’est-à-dire identifier les polynômes et
2. et 0 ⩽ R < |D|.
les fonctions polynomiales. Cela se justifie par le
résultat suivant : Q et R sont respectivement appelé le quotient et
le reste de la division euclidienne de P par D.

226
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

et donc D|(R1 − R2 ). Si R1 − R2 ̸= 0, alors nécessairement


Définition 1.6.2 (Division euclidienne des poly-
nômes). deg D ⩽ deg(R1 − R2 ).
Soit P et D deux polynômes à coefficients dans Or deg R1 < deg D et deg R2 < deg D, donc par somme
K, avec D ̸= 0. Alors il existe un unique couple
(Q, R) de polynômes à coefficients dans K vérifiant deg(R1 − R2 ) < deg D.
les deux propriétés suivantes : Par conséquent R1 −R2 = 0, donc R1 = R2 . Il vient ensuite
1. P = D × Q + R D(Q1 − Q2 ) = 0 : puisque D ̸= 0 et que K[X] est intègre,
alors Q1 − Q2 = 0, soit finalement (Q1 , R1 ) = (Q2 , R2 ).
2. et deg R < deg D.
• Montrons maintenant l’existence d’un tel couple, par le
Q et R sont respectivement appelé le quotient et principe du minimum. Soit les ensembles
le reste de la division euclidienne de P par D.
E = { P − DS | S ∈ K[X] }

Exemple 1.6.3. et
La division euclidienne de 3X 4 − 5X 3 + 7X 2 + E = { deg A | A ∈ E } .
8X − 1 par X 2 − 3X + 2 s’écrit : Si 0 ∈ E, alors il existe Q ∈ K[X] tel que P = DQ, et
le couple (Q, 0) est donc celui que nous cherchons.
3X 4 − 5X 3 + 7X 2 + 8X − 1 Sinon, si 0 ∈
/ E, E est un sous-ensemble de N. Comme
il est clairement non vide, il possède un minimum, noté m.
= (X 2 − 3X + 2)(3X 2 + 4X + 13) + 39X − 27. Il existe donc Q ∈ R[X] tel que P − DQ ∈ K[X], et
On la pose comme suit. deg(P − DQ) = m ∈ N.

3X 4 −5X 3 +7X 2 +8X −1 X 2 −3X +2 La seule chose à montrer est que m < deg D.
−(3X 4 −9X 3 +6X 2 ) 3X 2 +4X +13 Par l’absurde, supposons que m ⩾ deg D. Notons aX m
et bX d les monômes dominants de R et D respectivement.
4X 3 +X 2 +8X −1 On sait alors que a et b sont non nuls car R et D sont non
−(4X 3 −12X 2 +8X) nuls, et nous avons supposé que d ⩽ m. Posons alors

13X 2 −1 A=R−
a
.D.X m−d .
b
−(13X −39X +26)
2
Alors deg A < deg R, par annulation du monôme dominant
39X −27 aX m de R. De plus
a a
A = P − DQ − .D.X m−d = P − D(Q + X m−d ),
b b
On alignera toujours les monômes de
mêmes degrés pour les additionner sans com- donc deg A ∈ E : ceci contredit la minimalité de m, donc
par l’absurde, m < d, et le couple (Q, R) est le couple
mettre d’erreur. voulu.
Remarque 1.6.4. • On peut aussi montrer ce résultat d’existence par récur-
La preuve du théorème de division euclidienne rence forte sur le degré de P . Cela a l’avantage de donner
repose sur l’idée mise en œuvre dans l’algorithme un algorithme de calcul du couple (Q, R). Nous verrons
donnant cette division. On cherche en effet chaque cette méthode sur des exemples, l’idée étant à chaque fois
la même : annuler le monôme dominant du dividende.
fois à annuler le monôme de plus haut degré du di-
vidende en multipliant le diviseur par un monôme Remarque 1.6.5.
convenable. Si P et D sont à coefficients dans R, on peut aussi
Démonstration. les considérer comme polynômes à coefficients
• Commençons d’abord par montrer l’unicité. dans C. Remarquer que dans les deux cas, le
Soit (Q1 , R1 ) et (Q2 , R2 ) deux couples convenables. quotient et le reste de la division euclidienne de
Alors
P par D sont les mêmes.
DQ2 + R2 = DQ1 + R1 ,
donc
D(Q2 − Q1 ) = R1 − R2

227
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

deg Q. Ainsi deg P = deg Q. Puisque P |Q, il existe un


Définition 1.6.6. polynôme R tel que P R = Q, et comme deg P = deg Q, R
Soit P et D deux polynômes à coefficients dans K. est un polynôme constant : P et Q sont bien associés.
Le sens réciproque est évident.
On dit que D divise P ou que P est un multiple
de D ou que P est factorisable par D et on note
D|P si et seulement s’il existe un polynôme Q à 1.7 L’algorithme de Horner.
coefficients dans K vérifiant P = D × Q. n
Soit n ∈ N et P = ak X k un polynôme de
X

Remarque 1.6.7. k=0


degré au plus n à coefficients dans K et x0 ∈ K.
Le polynôme nul est divisible par tout polynôme.
XP
deg

Remarque 1.6.8. On a Pe (x0 ) = ak xk0 . Connaissant x0 et les


k=0
Le quotient Q, s’il existe, est unique.
ak pour k ∈ [[0, n]], comment calculer Pe (x0 ) de
Remarque 1.6.9. façon aussi efficace que possible ?
P est divisible par D si et seulement si le reste On peut évidemment calculer toutes les valeurs
de la division euclidienne de P par D est nul. xk0 pour k ∈ [[0, n]] (cela demande n − 1 multi-
Remarque 1.6.10. plications) puis les produits ak xk0 (n multiplica-
En vertu de la remarque sur la division eucli- tions supplémentaires), puis calculer la somme (n
dienne, lorsque P et D sont deux polynômes à additions). Total : 2n − 1 multiplications et n
coefficients dans R, P est divisible par D en tant additions.
qu’éléments de R[X] si et seulement si il l’est en On peut cependant faire mieux.
tant qu’éléments de C[X]. L’algorithme de Horner consiste à remarquer
qu’on peut écrire P (x0 ) sous la forme
Exemple 1.6.11.
Pour tout n ∈ N et tout a ∈ K, on a ((. . . ((an x0 + an−1 )x0 + an−2 ) . . .)x0 + a1 )x0 +a0
X − a|X n − an . Autrement dit, en posant rn = an , puis, pour k
allant de n − 1 à 0, rk = rk+1 x0 + ak , la valeur de
Proposition 1.6.12. P (x0 ) est celle de r0 .
Soit P, Q ∈ K[X], si P | Q et si Q ̸= 0, alors Ainsi on a calculé P (x0 ) en seulement n multi-
deg(P ) ⩽ deg(Q). plications et n additions.
Exemple 1.7.1.
Démonstration. Posons P = 2X 4 − 4X 3 − 7X 2 + 2X − 1 par
Immédiat à partir de la définition. X − x0 et x0 = 3. On exécute parfois l’algorithme
de Horner en traçant un tableau. Dans le cas
Proposition 1.6.13. présent, cela donne :
Soit P et Q deux polynômes. P |Q et Q|P si et
seulement s’il existe λ ∈ K∗ vérifiant P = λQ. On k 4 3 2 1 0
dit alors que P et Q sont associés. ak 2 −4 −7 2 −1
Tout polynôme P non nul est associé à un rk 2 2 −1 −1 −4
1
unique polynôme unitaire : P , où c est le coef- On a donc P (x0 ) = −4.
c
ficient dominant de P .
Associé à la proposition suivante, l’algorithme
de Horner permet également d’effectuer la division
Démonstration.
Le résultat est évident si P ou Q est nul (et dans ce cas euclidienne d’un polynôme P par un polynôme
P = Q = 0). de degré 1.
Soient donc P et Q deux polynômes non nuls tels que
P |Q et Q|P . Alors on a à la fois deg P ⩽ deg Q et deg P ⩾

228
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

On en déduit :
Proposition 1.7.2.
Soit P ∈ K[X] et x0 ∈ K. Alors il existe Q ∈ K[X] bn−1 = an
vérifiant P = (X − x0 )Q + P (x0 ). bn−2 = an−1 + x0 bn−1
..
Démonstration. .
Nous donnerons deux démonstrations : b1 = a2 + x0 b2
Première méthode Posons la division euclidienne de P
par X − x0 : il existe Q, R ∈ K[X] tels que P = b0 = a1 + x0 b1
(X − x0 )Q + R, avec deg R = 0 ou −∞. R est donc
un polynôme constant, notons-le λ. On peut remarquer que les valeurs des coeffi-
Évaluons l’égalité P = (X − x0 )Q + λ en x0 : il reste cients de Q sont exactement celles calculées pour
exactement P (x0 ) = λ, d’où le résultat.
le calcul de P (x0 ) : on constate en effet qu’on a
Deuxième méthode Cette deuxième méthode ne fait
pas appel à la division euclidienne. Elle consiste à
constater, en posant n = deg P et en écrivant P sous
bn−1 = rn
bn−2 = rn−1
n
X
la forme ak X k , où ak ∈ K pour k ∈ [[0, n]], que
..
k=0
pour tout k ∈ N, X k − xk0 s’écrit (X − x0 )Qk , où
.
k−1
X b1 = r2
Qk = xk−1−i X i , donc
b0 = r1
0
i=0

n
X
P − P (x0 ) = ak X k − xk0 Exemple 1.7.3.

k=0 En reprenant l’exemple 1.7.1, on trouve P = (X −
n
X 3)(2X 3 + 2X 2 − X − 1) − 4.
= ak (X − x0 )Qk
k=0
n

= (X − x0 )
X
ak Qk 2 Décomposition.
k=0

Xn 2.1 Racines, ordre de multiplicité.


Donc en posant Q = ak Qk , on a P = (X −x0 )Q+
k=0
P (x0 ).
Définition 2.1.1.
Soit P ∈ K[X] et a ∈ K. On dit que a est racine
Calculer le reste de la division est facile par la
de P si P (a) = 0.
méthode de Horner. Comment calculer le quotient
n−1
Q ? Q est de la forme bk X k . On a alors :
X

k=0
Proposition 2.1.2.
n n−1 Soit P ∈ K[X] et a ∈ K. a est racine de P si et
ak X k = (X − x0 ) bk X k + P (x0 )
X X
seulement si X − a divise P . Autrement dit :
k=0 k=0

En identifiant les termes de même degré, il vient : P (a) = 0 ⇐⇒ X − a|P.

an = bn−1
an−1 = bn−2 − x0 bn−1 Démonstration.
.. Le sens indirect est évident.
. Le sens direct découle directement de la proposition 1.7.2
avec x0 = a.
a2 = b1 − x0 b2
a1 = b0 − x0 b1

229
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

Supposons que P s’écrit sous la forme (X − a)r Q où


Corollaire 2.1.3. Q(a) ̸= 0. Alors l’ordre de multiplicité de a dans P est
Soit P ∈ K[X], n ∈ N et a1 , . . ., an n éléments au moins r. Supposons par l’absurde que cet ordre soit
strictement supérieur. Alors (X − a)r+1 divise P , donc P
de K distincts. Alors a1 , . . ., an sont des racines
n s’écrit sous la forme (X − a)r+1 R, donc (X − a)r+1 R =
de P si et seulement si (X − ak ) divise P . (X − a)r Q, donc (X − a)R = Q. Donc Q(a) = 0, ce qui
Y
est absurde.
k=1

Démonstration.
2.2 Nombres de racines.
Là encore le sens indirect est évident.
Le sens direct se fait par récurrence sur le nombre de
racines en utilisant la proposition précédente. Proposition 2.2.1.
Soit P ∈ K[X] un polynôme non nul. Alors P a
au plus deg (P ) racines distinctes.
Définition 2.1.4.
Soit P ∈ K[X] un polynôme non nul, a ∈ K
et r ∈ N. On dit que a est racine d’ordre de Démonstration.
multiplicité r de P si r est le plus grand entier k Soit P un polynôme non nul de degré n, et λ1 , . . . , λn+1
tel que (X − a)k divise P . On dit que a est racine Q+
n
n+1
1 racines distinctes de P . Alors P est divisible par
(X − λi ), qui est un polynôme de degré strictement
simple (resp. multiple) de P si r = 1 (resp. r > 1). k=1
supérieur au degré de P : c’est absurde.

Remarque 2.1.5.
Proposition 2.2.2.
L’ensemble des k tel que (X − a)k | P contient 0
Soit n ∈ N et P ∈ Kn [X]. Si P admet au moins
et est majoré par le degré de P , donc possède bien
n + 1 racines distinctes, alors P est le polynôme
un plus grand élément.
nul.
Remarque 2.1.6.
Si a est racine d’ordre r, alors pour tout k ∈ J0, rK, Démonstration.
(X − a)k |P . C’est la contraposée du résultat précédent.

Remarque 2.1.7.
a est racine de multiplicité r si et seulement si Corollaire 2.2.3.
(X − a)r | P et (X − a)r+1 ∤ P . On déduit de cette proposition les résultats sui-
Remarque 2.1.8. vants :
a est racine d’ordre au moins 1 si et seulement si 1. Soit P ∈ K[X]. Si P admet une infinité de
X − a|P , c’est-à-dire si et seulement si P (a) = 0. racines, alors P est le polynôme nul.
Remarque 2.1.9. 2. Soit n ∈ N et (P, Q) ∈ Kn [X]2 . Si P et Q
a est racine multiple si et seulement si (X − a)2 |P . coïncident sur au moins n + 1 points, alors
P = Q.
3. Soit (P, Q) ∈ K[X]2 . Si P et Q coïncident
Proposition 2.1.10.
sur une infinité de valeurs, alors P = Q.
Soit P ∈ K[X], a ∈ K et r ∈ N. a est racine
d’ordre r de P si et seulement si P s’écrit sous la
forme (X − a)r Q où Q(a) ̸= 0. Démonstration. 1. Choisir un entier n vérifiant n >
deg P et appliquer la proposition précédente.

Démonstration. 2. Appliquer la proposition précédente au polynôme


Supposons que a est racine d’ordre r de P . Alors P est P − Q.
divisible par (X −a)r , donc s’écrit sous la forme (X − a)r Q. 3. Appliquer le premier point à un n ∈ N vérifiant
Par l’absurde, supposons Q(a) = 0, alors X − a|Q, donc n ⩾ max(deg P, deg Q) ou le second à P − Q.
(X − a)r+1 |P , ce qui est absurde. Donc Q(a) ̸= 0.

230
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

En particulier, K étant infini, un polynôme P


tel que Pe est l’application nulle sur K est néces- avec λ = an . Alors P s’écrit
sairement nul et deux polynômes P et Q tels que n
!
Pe = Qe sont nécessairement égaux, ce qui permet λ X + (−1) σk X
X
n k n−k
,
de conclure la démonstration du théorème 1.5.7. k=1

Remarque 2.2.4. où
(à caractère culturel) Il est essentiel pour ce ré- an−1
sultat que K soit infini. Dans un corps fini K σ1 = α1 + α2 + · · · + αn = −
an
comportant n éléments k1 , . . ., kn , le polynôme an−2
(X − k1 ) × (X − k2 ) × · · · × (X − kn ) est non σ2 = α1 α2 + · · · + αn−1 αn =
an
nul (car de degré n) mais a pour racine tous les ..
éléments du corps. .
an−k
σk = αi1 . . . αik = (−1)k
X

2.3 Polynômes scindés et relations 1⩽i1 <...<ik ⩽n


an
coefficients-racines. ..
.
a0
σn = α1 . . . αn = (−1)n .
Définition 2.3.1. an
Soit P ∈ K[X].
On dit que P est scindé si P est nul ou peut
s’écrire comme produit de polynômes de de- Démonstration.
n n
gré 1, c’est-à-dire s’il existe n ∈ N, λ ∈ K et
X Y
Il suffit d’identifier ai X i et λ (X − αk ).
(α1 , . . . , αn ) ∈ Kn vérifiant i=0 k=1

n
P =λ (X − αi ).
Y
Définition 2.3.4.
i=1 Les scalaires σi , pour i ∈ J1, nK sont appelés fonc-
tions symétriques élémentaires des racines de P .

Remarque 2.3.2. 1. Dans cette écriture, si P


Toute expression polynomiale dépendant de
est non nul :
variables α1 , . . ., αn , symétrique en α1 , . . ., αn
• n est le degré de P
(c’est-à-dire telle que l’échange de deux de ces
• λ est son coefficent dominant.
variables ne change pas sa valeur) est appelée
• (α1 , . . . αn ) sont les racines de P comptées
fonction symétrique de α1 , . . ., αn .
avec ordre de multiplicité.
2. Un polynôme à coefficients réels peut être Remarque 2.3.5 (à caractère culturel).
scindé dans C sans l’être dans R : P = X 2 + Toute fonction symétrique de α1 , . . ., αn peut
1. s’écrire à partir des seules fonctions symétriques
élémentaires de α1 , . . ., αn .

Proposition 2.3.3 (Relations coefficients-ra- Exemple 2.3.6.


cines.). Soit (x1 , x2 ) ∈ C. On pose v = x21 + 2x1 x2 +
n 14x21 x2 + x22 + 14x1 x22 + 49x21 x22 .
Soit n un entier et P = ai X i un polynôme
X
v est fonction symétrique de x1 et x2 . Comment
i=0
scindé de degré n sur K. Alors P est de la forme l’exprimer à partir des fonctions symétriques élé-
mentaires σ1 = x1 + x2 et σ2 = x1 x2 ?
n
Une méthode systématique est la suivante 3 :
(X − αk ),
Y
λ
k=1 3. Source : article Elementary symmetric polynomial
sur Wikipedia (en.wikipedia.org).

231
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

1. On repère tout d’abord le monôme «domi-


nant». Parmi tous les monômes, le monôme 2. et deg R ⩾ 1
dominant fait partie de ceux dont la puis- 3. et P = Q × R.
sance de la dernière variable est maximale, On dit que P est irréductible dans K[X] dans le
et parmi ceux-ci, c’est celui dont la puissance cas contraire.
de l’avant-dernière variable est maximale, etc.
Ici, la puissance maximale pour x2 est 2, et
parmi les monômes x22 , 14x1 x22 et 49x21 x22 , ce- Remarque 2.4.2. 1. La notion de polynôme ir-
lui dont la puissance de x1 est maximale est réductible est comparable à celle de primalité
49x21 x22 . dans Z : un polynôme est irréductible si et
seulement s’il est de degré au moins 1 et que
2. Pour éliminer un monôme αxk11 . . . xknn ,
kn −k ses seuls diviseurs sont les éléments de K et
k2 −k1 k1
on soustrait ασ1 n−1 . . . σn−1 σn . Autre- ses associés.
ment dit, ici on soustrait 49σ12−2 σ22 . On ob-
2. Attention : un polynôme peut être irréduc-
tient donc v − 49σ22 = x21 + 2x1 x2 + 14x21 x2 +
tible dans R[X] sans l’être dans C[X]. Par
x22 + 14x1 x22 .
exemple X 2 + 1 est irréductible dans R[X],
3. On itére. Ici il convient donc d’éliminer le mais se factorise en (X − i)(X + i) dans C[X].
monôme 14x1 x22 et pour cela de soustraire
3. Tout polynôme à coefficients réels irréduc-
14σ12−1 σ2 , ce qui donne v − 49σ22 − 14σ1 σ2 =
tible dans C[X] est irréductible dans R[X].
x21 + 2x1 x2 + x22 .
Le plus grand monôme est alors x22 ; on 4. Tout polynôme de degré 1 est irréductible.
soustrait donc σ12 , ce qui donne v − 49σ22 − 5. Tout polynôme de K[X] de degré supérieur
14σ1 σ2 − σ12 = 0. ou égal à 2 admettant une racine dans K est
On a donc v = 49σ22 + 14σ1 σ2 + σ12 . réductible dans K[X].
On remarque cependant qu’on pouvait aller 6. Il existe des polynômes sans racines qui ne
beaucoup plus vite en remarquant dès le début sont pas irréductibles. Par exemple X 4 +
v = (x1 + 7x1 x2 + x2 )2 = (σ1 + 7σ2 )2 . 2X 2 + 1 n’admet pas de racines réelles alors
qu’il se décompose comme produit de deux
NB : selon le programme officiel «Aucune
polynômes de degré 2.
connaissance spécifique sur le calcul des fonctions
symétriques des racines n’est exigible».
Exercice 2.3.7. Proposition 2.4.3.
Résoudre le système d’inconnues (x, y, z) Tout polynôme non constant se décompose comme
produit de polynômes irréductibles.

 x
 + y + z = 3
x2 + y 2 + z 2 = 11 Démonstration.
x + y 3 + z 3 = 27
 3
 Par récurrence forte sur le degré du polynôme.

Reste au moins deux questions :


2.4 Le théorème fondamental de l’al-
1. Cette décomposition est-elle unique ?
gèbre.
2. Quels sont les polynômes irréductibles de
R[X] et de C[X] ?
Définition 2.4.1 (Polynômes irréductibles). On verra plus loin comment répondre au pre-
Soit P ∈ K[X], avec deg P ⩾ 1. On dit que P est mier point. Pour le second, la réponse nous est
réductible dans K[X] s’il existe deux polynômes fournie par le théorème de d’Alembert-Gauss,
Q et R dans K[X] vérifiant aussi appelé théorème fondamental de l’algèbre :
1. deg Q ⩾ 1 comme ce dernier nom l’indique, ce résultat est ef-
fectivement d’une importance capitale en algèbre.

232
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

Pour les polynômes à coefficients réels, il est


Théorème 2.4.4 (d’Alembert-Gauss). intéressant de noter le résultat suivant :
Tout polynôme non constant à coefficients dans
C admet au moins une racine dans C.
Proposition 2.4.8.
Démonstration. Soit P un polynôme à coefficients réels et z ∈ C.
Ce résultat est admis. Pour mémoire, une démonstration
possible est de considérer un polynôme P et de montrer
Alors z et z sont des racines de P de même
successivement : multiplicité.
1. Il existe R > 0 tel que pour tout z vérifiant |z| > R, En particulier, z est racine de P si et seulement
|P (z)| ⩾ |P (0)| ; si z est racine de P .
2. z 7→ |P (z)| admet un minimum sur le pavé des com- Les racines de P non réelles sont donc deux à
plexes de parties réelles et imaginaires appartenant deux conjuguées.
à [−R, R] en un point a (montrer que la borne infé-
rieure de |P (z)| est un minimimun en exploitant la
compacité de ce pavé). Démonstration.
3. z 7→ |P (z)| admet donc un minimum sur C au point On note P le polynôme conjugué de P , c’est-à-dire le
a. polynôme dont les coefficients sont les conjugués de ceux
de P . On peut alors démontrer plusieurs résultats simples :
4. Par l’absurde, on suppose P (a) ̸= 0 et on pose Q =
(P ◦ (X + a)). Alors Q(0) vaut 1 et z 7→ |Q(z)| 1. Si P ∈ K[X] et λ ∈ K, alors P (λ) = P λ ;
1

P (a)
admet un minimum (global) en 0.
2. Si P, Q ∈ K[X], P Q = P Q ;
5. En explicitant Q, on constate que son coefficient
3. P est à coefficients réels si et seulement si P = P .
constant est égal à 1 et on montre qu’il existe z
vérifiant |Q(z)| < 1, ce qui est absurde, donc P (a) = Soit donc P un polynôme à coefficients réels, et z une
0. racine complexe de P , de multiplicité exactement r. Alors
il existe Q ∈ C[X] tel que P = (X − z)r Q, avec Q(z) ̸= 0.
Mais alors P = P = (X − z)r Q = (X − z)r Q. Donc z est
racine de P multiplicité au moins r. Mais Q(z) = Q(z) ̸= 0,
donc z est racine de P multiplicité exactement r.
Corollaire 2.4.5. On peut également démontrer ce résultat de la manière
Les polynômes irréductibles dans C[X] sont les suivante, en utilisant le résultat 3.2.7 qui vient un peu plus
polynômes de degré 1. loin.
Soit z ∈ C. On sait quez est racine d’ordre r de P
si et seulement si r = min k ∈ N P (k) (z) ̸= 0 si et
Démonstration.
n o
seulement si r = min k∈N P (k) (z) ̸= 0 .
On sait déjà que tous les polynômes de degré 1 sont irré-
ductibles. De plus, pour tout n ⩾ 2, tout polynôme P de Or pour tout k, P (k) (z) = P (k) (z̄) et pour P à coeffi-
degré n admet une racine complexe a, donc est le produit cients réels, P (k) = P (k) , donc
de X − a par un polynôme de degré n − 1. Or n − 1 ⩾ 1,
donc P est réductible.
n o
P (k) (z) ̸= 0 = P (k) (z̄) ̸= 0

k∈N k∈N
Remarque 2.4.6.
Par conséquent z est racine d’ordre r de P si et seulement
Ce corollaire est en fait équivalent au théorème si r = min k ∈ N

P (k) (z̄) ̸= 0 si et seulement si z est
de d’Alembert-Gauss. En effet, si l’on admet racine d’ordre r de P .
ce corollaire, on peut démontrer le théorème de
d’Alembert-Gauss par une récurrence forte sur le On en déduit la proposition suivante
degré du polynôme.

Proposition 2.4.9.
Corollaire 2.4.7. Soit P un polynôme à coefficients réels non
Tout polynôme non constant est scindé dans C[X]. constant n’admettant pas de racine réelle. Alors il
est divisible par un polynôme à coefficients réels
Démonstration. de degré 2.
Il suffit d’utiliser les résultats 2.4.3 et 2.4.5.

233
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

Démonstration. Remarque 2.5.2.


Notons a une racine complexe de P . D’après ce qui précède Dans une telle écriture, c est forcément le coeffi-
a est également une racine de P .
cient dominant de P , n est le degré de P et les zi
/ R donc a ̸= a, donc (X − a)(X − a) | P .
Or, a ∈
On voit alors que
sont les racines de P , répétées autant de fois que
leurs multiplicités.
(X − a)(X − a) = X 2 − 2 Re(a)X + |a|2 ∈ R[X]. Une telle écriture est donc unique. On retrou-
vera l’unicité de cette décomposition ultérieure-
ment, et de manière plus abstraite (et semblable
On obtient alors le résultat suivant. à la démonstration donnée sur les entiers).

Proposition 2.4.10. Corollaire 2.5.3.


Les polynômes irréductibles dans R[X] sont les Soit n ∈ N, P ∈ C[X] de degré n et de coeffi-
polynômes de degré 1 et les polynômes de degré cient dominant c. Alors, en notant p le nombre
2 sans racine réelle. de racines distinctes de P , z1 , . . ., zp les racines
distinctes de P , et n1 , . . ., np leurs multiplicités
Démonstration. respectives, on a :
Montrons déjà que les polynômes réels de degré deux sans p
racine réelle sont irréductibles. Soit P un tel polynôme, et
P =c (X − zk )nk ,
Y
Q, R deux polynômes réels tels que P = QR. Supposons
que deg Q = 1. Alors Q est de la forme aX + b, où a et b k=1
b p
sont des réels, avec a ≠ 0. Il admet donc − comme récine
n=
X
a nk .
réelle, et donc P a une récine réelle, ce qui est absurde. k=1
Ainsi deg Q = 0 ou 2, et P est irréductible.
Soit P un polynôme réel irréductible, de degré strictement
supérieur à 1. S’il admet une racine réelle a, il est divisible
par X − a et n’est donc pas irréductible. S’il n’admet pas Démonstration.
de racine réelle, il est divisible par un polynôme réel de La première égalité découle directement du corollaire pré-
degré 2. Donc si P est de degré strictement supérieur à 2, cédent, et la seconde est l’égalité des degrés dans l’égalité
il est réductible. S’il est de degré 2, il est bien de la forme polynomiale précédente.
annoncée.

2.5 Décomposition en produit de fac- Théorème 2.5.4.


teurs irréductibles. Soit P un polynôme à coefficients réels, alors on
peut écrire P sous la forme
Le théorème de d’Alembert-Gauss a pour co-
rollaires immédiats les résultats suivants. n m
P =c (X − ak ) (X − zk )(X − z k )
Y Y

k=1 k=1

Corollaire 2.5.1. où a1 , . . ., an sont les racines réelles de P (répétées


Soit n ∈ N, P un polynôme de degré n et de avec leur multiplicité), z1 , . . ., zm , z 1 , . . ., z m les
coefficient dominant c. Alors il existe z1 ,. . ., zn racines complexes non réelles (répétées avec leur
des complexes vérifiant : multiplicité), c le coefficient dominant de P , et
n
n + 2m = deg (P ).
P =c (X − zk ), On a donc
Y

k=1 n m  
P =c (X − ak ) X 2 − 2 Re(zk )X + |zk |2
Y Y
où les zk , pour k ∈ [[1, n]] sont les racines de P , k=1 k=1
éventuellement répétées.

234
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

Remarque 2.5.5. Cette formule est intéressante lorsqu’il s’agit de


On obtiendrait une décomposition semblable à manipuler plusieurs polynômes, tous exprimés
celle obtenue au corollaire 2.5.3 en faisant appa- comme sommes commençant à l’indice 0.
raître des multiplicités. • Sur R[X], cette opération coïncide avec la déri-
vation des applications à valeurs réelles :
 ′
Corollaire 2.5.6.
∀P ∈ R[X] (P
g′ ) = Pe .
Tout polynôme à coefficients réels de degré impair
a au moins une racine réelle. • Si P est de degré 0 ou −∞, alors P ′ = 0. Sinon
deg (P ′ ) = deg (P ) − 1.
Démonstration. • Dans tous les cas, deg P ′ ⩽ deg P − 1, et cela
Par contraposition : un polynôme à coefficients réels
est suffisant dans beaucoup de cas.
n’ayant pas de racine réelle s’écrit sous la forme
m
Y Par exemple, soit φ : Rn [X] → Rn [X], P 7→
X 2 − 2 Re(zk )X + |zk |2 et est donc de degré

c X 2 P ′′ − (2X + 1)P ′ + 2P . Montrer que l’ensemble
k=1
pair. d’arrivée de φ est bien Rn [X].
+∞
• P est un polynôme vérifiant P ′ = ak X k si
X
Exercice 2.5.7.
Factoriser sur R les polynômes X 5 + 1 et X 4 + 1. k=0
et seulement s’il existe C ∈ K vérifiant
+∞
ak
P =C+
X
3 Dérivation des polynômes. X k+1
k=0
k + 1
On introduit maintenant la notion de dériva- (donner un nom aux coefficients de P , calculer
tion formelle de polynômes. Le mot « formel » P ′ et utiliser l’unicité de la forme développée
est à prendre au sens suivant : on effectue des réduite).
opérations algébriques, qui n’ont pas forcément de • Si P ′ = 0, alors P est constant.
sens analytique (même si la dérivation formelle de
polynômes coïncide avec la dérivation de fonctions
Définition 3.1.3.
polynomiales).
Soit P ∈ K[X]. On définit, pour n ∈ N, le n-ième
dérivé de P , noté P (n) par
3.1 Définition.
P (0) = P
 ′
Définition 3.1.1. et ∀n ∈ N P (n+1) = P (n)
+∞
Soit P ∈ K[X], que l’on écrit P = ak X k . Son
X

k=0
polynôme dérivé est Exercice 3.1.4.
+∞ Soit p ∈ N, dériver successivement X p .
P′ =
X
ak kX k−1 .
k=1 3.2 Propriétés.

Remarque 3.1.2. Proposition 3.2.1.


• La somme ne commence qu’à l’indice 1 : Soit (P, Q) ∈ K[X]2 et (λ, µ) ∈ K2 . Alors

(λP + µQ)′ = λP ′ + µQ′ , (XVI.1)


en effet, pour k = 0, X k−1 n’existe pas. ′ ′ ′
• On a également, après changement d’indice : (P Q) = P Q + P Q , (XVI.2)
′ ′ ′
+∞ (P ◦ Q) = Q × (P ◦ Q). (XVI.3)

P = ak+1 (k + 1)X .
X
k

k=0

235
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

Démonstration. donc (P Q)′ = P ′ Q + P Q′ .


+∞
X On en déduit par récurrence que pour tout entier k ∈ N∗ ,
Écrivons P sous la forme ak X k et Q sous la forme ′
on a Qk = kQ′ × Qk−1 . En outre, on a évidemment
k=0 ′ ′
+∞ Q0 = 1K[X] = 0.
On a alors successivement
X
bk X k .
k=0 +∞
!′
Alors on a ′
X
!′ (P ◦ Q) = ak Q k
+∞
k=0
X
(λP + µQ)′ = (λak + µbk )X k +∞
X
k=0
= ak kQ′ × Qk−1
+∞
k=1
X
= k(λak + µbk )X k−1 +∞
X
k=1
! ! = Q′ × ak kQk−1
+∞ +∞
k=1
X X
=λ kak X k−1 +µ kbk X k−1 +∞
! !

X
k=1 k=1
=Q × kak X k−1
◦Q
= λP ′ + µQ′ . k=1
Le premier point est donc assuré. Il se généralise évidem- = Q′ × P ′ ◦ Q .

ment par récurrence à toute combinaison linéaire finie de
polynômes.
Montrons alors le second. Notons, pour tout i ∈ N, Ai
le monôme X i et remarquons que pour tout (i, j) ∈ N2 , on Remarque 3.2.2.
a (Ai Aj )′ = A′i Aj + Ai A′j . Notamment, P ′ = Q′ si et seulement si il existe
En effet, c’est évidemment vrai si i = 0 (auquel cas C ∈ K tel que P = Q + C.
Ai = 1 et A′i = 0) ou symétriquement si j = 0. Si ni i ni j
n’est nul, on a i ⩾ 1 et j ⩾ 1, d’où
(Ai Aj )′ = (X i+j )′ Proposition 3.2.3 (Formule de Leibniz).
= (i + j)X i+j−1 Soit (P, Q) ∈ K[X]2 et n ∈ N. Alors
= iX i−1 X j + X i × jX j−1 n
!
(n) n
(P Q) =
X
= A′i Aj + Ai A′j . P (k) Q(n−k) .
k
On a alors successivement : k=0
! !!′
X X
(P Q)′ = ai Ai bj Aj
i∈N j∈N
′ Démonstration.
Elle se démontre par récurrence et est laissée en exercice

X
= ai bj Ai Aj  au lecteur, qui remarquera une très très forte ressemblance
(i,j)∈N2 avec la démonstration d’une formule de début d’année.
X
= ai bj (Ai Aj )′
(i,j)∈N2
Lemme 3.2.4 (Formule de Taylor Mac-Laurin).
Soit n ∈ N et P ∈ Kn [X]. Alors
X
= ai bj A′i Aj + Ai A′j


(i,j)∈N2
n
=
X
ai bj A′i Aj +
X
ai bj Ai A′j . P (k) (0)
P =
X
Xk.
(i,j)∈N2 (i,j)∈N2
k=0
k!
Or on a
! !
X X X
ai bj A′i Aj = ai A′i bj Aj
(i,j)∈N2 i∈N j∈N Démonstration.
′ Démontrons-la par récurrence :
=P Q pour tout n ∈ N, soit (Hn ) : pour tout P ∈ Kn [X],
n
! !
X P (k) (0) k
P = X .
X X X
et ai bj Ai A′j = ai Ai bj A′j
k!
(i,j)∈N2 i∈N j∈N k=0

• Pour n = 0, la propriété est évidente.
= PQ , • Soit n ∈ N tel que la propriété soit vraie, et soit

236
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

P ∈ Kn+1 [X]. Puisque P ′ ∈ Kn [X], on peut lui appli-


n
X (P ′ )(k) (0) k Proposition 3.2.7.
quer l’hypothèse de récurrence : P ′ = X =
k! Soit P ∈ K[X] non nul, r ∈ N et a ∈ K.
k=0
n
X P (k+1) (0)
a est racine d’ordre r de P si et seulement si
X k . Il existe donc une constante C ∈ K telle P (a) ̸= 0 et pour tout k ∈ [[0, r−1]], P (k) (a) = 0
(r)
k!
k=0
n n+1
X P (k+1) (0) X P (k) (0)
que P = X k+1
+C = Xk + C
(k + 1)! k! Démonstration.
k=0 k=1
On écrit
après un changement d’indice. Pour calculer C, on peut
étudier les fonctions polynomiales associés aux polynômes r−1 n
X P (k) (a) X P (k) (a)
de l’égalité précédente, et les évaluer en 0 : on trouve alors P = (X − a)k + (X − a)k .
k! k!
P (k) (0) k k=0 k=r
C = P (0) = X avec k = 0, et donc Hn+1 est bien
k!
vérifiée. Si

P (a) = P ′ (a) = · · · = P (r−1) (a) = 0, P (r) (a) ̸= 0

alors directement (X − a)r | P et (X − a)r+1 ∤ P .


Proposition 3.2.5 (Formule de Taylor). Réciproquement, si (X − a)r | P , alors
Soit n ∈ N, P ∈ Kn [X] et a ∈ K. Alors r−1
X P (k) (a)
(X − a)r | (X − a)k .
n k!
P (k) (a) k=0
P = (X − a)k
X

k=0
k! Comme
r−1
!
X P (k) (a)
deg (X − a) k
⩽ r − 1,
k!
k=0

on obtient
Corollaire 3.2.6. r−1
X P (k) (a)
On en déduit immédiatement (X − a)k = 0.
k!
k=0
n
P (k) (a) On écrit alors
P ◦ (a + X) =
X
k
X
k=0
k! 0 = 0 ◦ (X + a)
r−1
X P (k) (a)
= (X)k .
k!
k=0
Démonstration.
Il suffit d’effectuer une “translation” à partir du théorème Par unicité des coefficients d’un polynôme, on a alors
précédent : posons Q = P ◦ (X + a).
n P (a) = P ′ (a) = · · · = P (r−1) (a) = 0,
X Q(k) (0) k
Alors Q = X . Mais on vérifie facilement que
k! Si de plus (X − a)r+1 ∤ P , alors P (r) (a) ̸= 0.
k=0
On a donc bien (X − a)r | P et (X − a)r+1 ∤ P si et
pour tout k, Q(k) = P (k) ◦ (X + a) et donc Q(k) (0) =
seulement si P (r) (a) ̸= 0 et pour tout k ∈ [[0, r − 1]],
P (k) (a).
P (k) (a) = 0.
Finalement, on a
Exercice 3.2.8.
P = Q ◦ (X − a)
! Déterminer la multiplicité de 1 en tant que racine
n

=
X P (k) (a)
X k
◦ (X − a)
de
k=0
k! nX n+1 − (n + 1)X n + 1
n
XP (k)
(a)
= (X − a)k
k!
k=0 Corollaire 3.2.9.
Soit P ∈ K[X], r ∈ N∗ et a ∈ K.
Si a est racine d’ordre r de P , alors a est racine
d’ordre r − 1 de P ′ .

237
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

def euclide ( a , b ) :
La réciproque est fausse ! Par exemple si " " " Pr é c o n d i t i o n ( a , b ) != ( 0 , 0 ) " " "
R0 = abs ( a )
P = X 2 − 1, alors 0 est racine de multiplicité 1 R1 = abs ( b )
de P ′ , mais n’est pas racine de multiplicité 2 de while R1 > 0 :
P (ce n’est même pas une racine de P ). # I n v a r i a n t : D(R0 , R1) = D( a , b )
On peut cependant énoncer le résultat sui- # e t R0 >= 0 e t R1 >= 0
# e t (R0 , R1) != ( 0 , 0 )
vant : si a est racine d’ordre r − 1 de P ′
# V a r i a n t : R1
et si a est racine, de P , alors a est racine d’ordre ( q , R2 ) = diveuclide ( R0 , R1 )
r de P . R0 = R1
R1 = R2
# S o r t i e de b o u c l e : R1 == 0
4 Arithmétique de K[X]. return R0
Soit a et b deux polynômes non tous les deux nuls. Il
4.1 PGCD. est clair que l’appel euclide(a,b) termine. La valeur d
retournée vérifie D(a, b) = D(d, 0) et (d, 0) ̸= (0, 0). Or
Dans cette partie, pour tout a ∈ K[X], on note D(d, 0) est l’ensemble des diviseurs de d donc D(a, b) est
D(a) l’ensemble des diviseurs de a et pour tout bien l’ensemble des diviseurs d’un polynôme d.
Un autre point de vue sur cet algorithme est la suite r
couple (a, b) ∈ K[X], D(a, b) l’ensemble des di-
définie de la façon suivante :
viseurs communs à a et b. On remarquera que
r0 = a

D(a, b) = D(a) ∩ D(b). 

 r1 = b
diveuclide(rn , rn+1 ) si rn+1 ̸= 0

Remarque 4.1.1. 1. Soit d et d′ deux poly-
 ∀n ∈ N, rn+2 =


nômes. D(d) = D(d′ ) si et seulement si d 0 sinon
et d′ sont associés. À partir d’un certain rang, cette suite est nulle, sinon
2. En particulier, si on a D(d) = D(d′ )
et que la suite (deg(rn ))n∈N serait strictement décroissante (du
moins, à partir du rang 1), ce qui serait absurde. Par
d et d′ sont unitaires, alors d = d′ et pour ailleurs, pour toutes les valeurs de n pour lesquelles
tout polynôme d, il existe d′ unitaire vérifiant (rn , rn+1 ) ̸= (0, 0), on a D(rn , rn+1 ) = D(a, b). En particu-
D(d′ ) = D(d). lier, pour la dernière valeur non nulle rn , on a D(rn , 0) =
D(a, b).
L’algorithme d’Euclide n’est rien d’autre que le calcul
Lemme 4.1.2 (lemme d’Euclide). des termes successifs de la suite (rn ) : en numérotant les
Soient (a, b) ∈ K[X]2 , avec b ̸= 0. Notons r le tours de boucle (à partir de 0) dans l’algorithme précédent,
on peut d’ailleurs noter qu’au nème tour de boucle, R0
reste de la division euclidienne de a par b. Alors contient la valeur de rn , et R1 celle de rn+1 .
D(a, b) = D(b, r).
Remarque 4.1.4.
D’après la remarque 4.1.1, il existe donc un unique
Démonstration.
Soit d ∈ D(a, b). Alors a s’écrit sous la forme bq + r donc d unitaire tel que D(a, b) = D(d).
r = a − bq, or d|a et d|b, donc d divise bq, donc divise r.
Donc D(a, b) ⊂ D(b, r). Définition 4.1.5.
Réciproquement, soit d ∈ D(b, r), alors a s’écrit sous la
forme bq + r or d|b et d|r donc d divise a. Donc D(b, r) ⊂
Soit a et b deux polynômes avec (a, b) ̸= (0, 0),
D(a, b). alors on appelle plus grands diviseurs communs
de a et b (pgcd de a et b) les polynômes d véri-
fiant D(d) = D(a, b). L’unique polynôme unitaire
Théorème 4.1.3.
parmi ceux-ci est appelé le pgcd de a et b et noté
Soit (a, b) ∈ K[X]2 avec (a, b) ̸= (0, 0). Alors, il
PGCD(a, b) ou a ∧ b.
existe d ∈ K[X] tel que D(a, b) = D(d).
On convient que PGCD(0, 0) = 0.

Démonstration.
Ce résultat repose sur un algorithme, appelé algorithme
Remarque 4.1.6. 1. L’existence des pgcd as-
d’Euclide. En utilisant les objets «polynômes» fournis par surée par le théorème 4.1.3. D’après la re-
la bibliothèque python numpy, cet algorithme s’écrit : marque 4.1.1, il y en a donc un nombre infini.

238
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

2. L’existence et l’unicité du pgcd unitaire est Démonstration.


assurée par la remarque 4.1.4. Soit δ = a ∧ b et ∆ = (ac) ∧ (bc). Il suffit de montrer que
cδ et ∆ sont associés, et pour cela nous allons montrer que
3. Les pgcd de a et b sont les polynômes de cδ|∆ et ∆|cδ.
degré maximum de D(a, b). 1. δ|a et δ|b, donc cδ|ac et cδ|bc. Par suite cδ|∆.
4. Si a et b sont deux polynômes de R[X], 2. c|ac et c|bc, donc c|∆. Ainsi il existe p ∈ R[X] tel que
∆ = pc. Donc pc = ∆|ac et pc = ∆|bc. Le polynôme
nous avons déjà vu que leurs divisoions eucli-
c étant non nul, on en déduit p|a et p|b, et donc p|δ.
diennes dans C[X] et R[X] sont les mêmes. Le Finalement ∆ = pc|δc.
lemme d’Euclide assure donc que le PGCD On a donc le résultat.
de a et b dans C[X] est le même que leur
PGCD dans R[X]. L’unicité du PGCD per-
met également de s’en assurer. Théorème 4.1.9 (Théorème de Bézout, première
5. La relation de divisibilité | n’est pas une re- partie).
lation d’ordre sur K[X], mais induit une re- Soient (a, b) ∈ K[X]2 . Il existe deux polynômes u
lation d’ordre sur l’ensemble des polynômes et v tels que au + bv = a ∧ b. Un tel couple est
unitaires. Le pgcd de deux polynômes uni- appelé un couple de Bézout de a et b.
taire a et b est alors le maximum des poly-
nômes unitaires de D(a, b) pour | et est donc Démonstration.
la borne inférieure de a et b pour |. L’idée de la démonstration est de regarder ce qui se passe
dans l’algorithme d’Euclide. On constate qu’à chaque étape,
On peut donner la caractérisation suivante : les variables R0 et R1 sont des combinaisons linéaires (à
coefficients polynomiaux) de a et b. À la fin de l’algorithme,
le pgcd R0 est donc une combinaison linéaire de a et b.
Pour calculer les coefficients de Bézout, on aura recours
Proposition 4.1.7. à l’algorithme d’Euclide étendu. Celui-ci est un simple
Soient (a, b, d) ∈ K[X]3 . d est un pgcd de a et b si ajout à l’algorithme vu précédemment ; on introduit en
et seulement si d|a et d|b et pour tout n ∈ K[X] effet des variables Ui et Vi pour i = 0, 1 qu’on va modifier
au fur et à mesure de l’exécution de façon à garantir R0 =
vérifiant n|a et n|b, on a n|d. U0 a + V0 b et R1 = U1 a + V1 b. En python, en supposant 4
que l’existence d’un type des polynômes, et à condition
que les notation + et * soient autorisées pour la somme et
Démonstration. le produit de polynômes (et pour le produit d’un polynôme
Remarquons successivement : par un scalaire), cet algorithme s’écrit :
1. d|a et d|b ⇔ d ∈ D(a, b) ⇔ D(d) ⊂ D(a, b). La
def euclide_etendu ( a , b ) :
dernière équivalence peut se démontrer comme suit :
" " " Pr é c o n d i t i o n ( a , b ) != ( 0 , 0 ) " " "
le sens direct provient de la transitivité de la relation
R0 = abs ( a )
de divisibilité (si d est un diviseur de a, tout diviseur
if a < 0 :
de d est un diviseur de a ; idem avec b) ; le sens
U0 = −1
indirect vient du fait que D(d) contient d.
else :
2. ∀n ∈ K[X], (n|a et n|b)⇒ n|d ⇔ D(d) ⊃ D(a, b) dé-
 
U0 = 1
coule directement de la définition de D(d) et D(a, b). V0 = 0
3. Par conséquent, on a d|a et d|b et ∀n ∈ K[X], (n|a # I n v a r i a n t : R0 == U0∗a + V0∗ b


et n|b)⇒ n|d si et seulement si D(d) = D(a, b), si et


 R1 = abs ( b )
seulement si d est un pgcd de a et b. U1 = 0
if b < 0 :
V1 = −1
else :
On a également : V1 = 1
# I n v a r i a n t : R1 == U1∗a + V1∗ b
# I n v a r i a n t : D(R0 , R1) == D( a , b )
Proposition 4.1.8. while R1 > 0 :
# Invariants :
Soient (a, b, c) ∈ K[X]3 . Alors (ac)∧(bc) = λ1 c(a∧ # D(R0 , R1) == D( a , b )
b), où λ est le coefficient dominant de c.
4. Il existe des bibliothèques pour cela (numpy par ex.) !

239
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

# R1>=0 e t R2>=0 2. a et b sont premiers entre eux si et seule-


# (R1 , R2) != ( 0 , 0 ) ment si leurs seuls diviseurs communs sont
# R0 == U0∗a + V0∗ b
les éléments inversibles de K[X], en d’autres
# R1 == U1∗a + V1∗ b
# V a r i a n t : R1 termes si et seulement si D(a, b) ⊂ K∗ (ce
( q , R2 ) = diveuclide ( R0 , R1 ) qui est équivalent à D(a, b) = K∗ ).
# donc R2 = R0 − q ∗R1
U2 = U0−q∗ U1 3. si a et b sont irréductibles, alors ils sont soit
V2 = V0−q∗ V1 premiers entre eux, soit associés. En particu-
# R2 = U2∗a + V2∗ b lier, si a et b sont irréductibles et unitaires,
R0 , U0 , V0 = R1 , U1 , V1 alors ils sont soit premiers entre eux, soit
R1 , U1 , V1 = R2 , U2 , V2
# R1 == 0
égaux.
return ( R0 , U0 , V0 )
(attention cependant, l’algorithme ci-dessus ne retourne
pas le pgcd mais un pgcd avec les coefficients de Bézout Théorème 4.2.3 (Théorème de Bézout, seconde
associés). partie).
Là encore, une autre façon de considérer cet algorithme Soient a, b ∈ K[X]. a et b sont premiers entre eux
est de regarder les suites r, u et v, où r est la suite consi-
si et seulement s’il existe deux polynômes u et v
dérée précédemment, où u et v vérifient ri = ui a + vi b
pour i = 0, 1 et pour n tel que rn+1 soit non nul, tels que au + bv = 1.
un+2 = un − aqn+1 et vn+2 = vn − qvn+1 , où q est le
quotient de la division euclidienne de rn par rn+1 . Là en-
core, il n’est pas difficile de montrer par récurrence double Démonstration.
que tant que (rn , rn+1 ) ̸= (0, 0), on a rn = un a + vn b. Le cas (a, b) = (0, 0) est trivial (dans ce cas, a et b ne
sont pas premiers entre eux et il n’existe pas de couple de
Bézout).
Considérons donc (a, b) ∈ K[X]2 \ { (0, 0) }.
Le couple des coefficients de Bézout n’est
Supposons a et b premiers entre eux. Alors, d’après le
pas unique. Par exemple on a théorème de Bézout première partie, on a le résultat.
Réciproquement, supposons qu’il existe deux polynômes
1× (2X 2 + X) −2X× X = X u et v vérifiant au + bv = 1. Soit alors d ∈ D(a, b). On a
(X + 1)× (2X + X) −(2X + 3X)× X = X
2 2
d|a et d|b, donc d|(au + bv), donc d|1, donc d ∈ K∗ . Donc
D(a, b) ⊂ K∗ .
Exemple 4.1.10.
Calcul d’un couple de Bézout pour
au+bv = 1 implique a∧b = 1, mais au+
P = 2X 6 − 5X 5 + 8X 4 − 6X 3 + 3X − 2 bv = d n’implique pas a ∧ b = d, mais simplement
(a ∧ b)|d.
et

Q = 2X 5 − 7X 4 + 14X 3 − 17X 2 + 12X − 4


Corollaire 4.2.4.
Soit a, b ∈ K[X]\ { (0, 0) }. Alors en posant d =
4.2 Polynômes premiers entre eux.
a∧b, a et b s’écrivent respectivement sous la forme
a′ × d et b′ × d où (a′ , b′ ) ∈ K[X]2 . On a alors
a′ ∧ b′ = 1
Définition 4.2.1.
Deux polynômes a et b sont dit premiers entre
eux si et seulement si (a, b) ̸= (0, 0) et a ∧ b = 1. Démonstration.
On utilise les deux versions du théorème de Bézout :
On sait qu’il existe u et v vérifiant d = au + bv, d’où
Remarque 4.2.2. 1. Le PGCD de deux poly- 1 = a′ u + b′ v, d’où a′ et b′ sont premiers entre eux.
nômes réels étant le même dans C[X] et R[X], Remarque 4.2.5.
alors deux polynômes réeles sont premiers Ce corollaire est très fréquemment utilisé.
dans R[X] si et seulement si ils le sont dans
C[X].

240
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

Corollaire 4.2.6. (i) Soient a premier avec k Théorème 4.2.9 (Unicité de la décomposition
polynômes b1 , b2 , . . ., bk . Alors a est premier en facteurs irréductibles).
avec b1 .b2 . . . . .bk . Tout polynôme non nul se décompose de façon
(ii) Si a et b sont premiers entre eux, alors pour unique comme produit d’un scalaire par des irré-
tous m, n ∈ N∗ , am et bn sont également ductibles unitaires, à l’ordre près des facteurs.
premiers entre eux.
Démonstration.
Démonstration. (i) On traite le cas k = 2, le cas gé- On a déjà vu l’existence. Il reste donc à montrer l’unicité.
néral s’en déduit immédiatement par récurrence. Il Par l’absurde, supposons qu’il existe un polynôme admet-
existe ai et bi vérifiant aui +bi vi = 1 pour i = 1, 2. En tant deux décompositions. Alors il existe un polynôme P de
multipliant ces deux relations, il vient successivement degré
Qa minimal admettant
Qb deux décompositions distinctes
λ k=1 Ak et µ k=1 Bk , où (a, b) ∈ N2 , (λ, µ) ∈ K2 et
1 = (au1 + b1 v1 )(au2 + b2 v2 )
les Ak et les Bk sont irréductibles pour k appartenant
1 = a2 u1 u2 + au1 b2 v2 + b1 v1 au2 + b1 v1 b2 v2 respectivement à [[1, a]] et [[1, b]].
1 = a(au1 u2 + u1 b2 v2 + b1 v1 u2 ) + b1 b2 (v1 v2 ) Alors λ et µ sont le coefficient dominant de P , donc
sont égaux.
D’où le résultat. Qa Qb
Donc k=1 Ak = k=1 Bk .
(ii) On applique (i) à a et b.b.b. . . . .b, puis (i) à bn et On a a ≠ 0. En effet, sinon on aurait b = 0 et on aurait
a.a.a. . . . .a. Plus proprement, la résultat se démontre dans les deux cas à un produit vide, il aurait donc unicité.
par récurrence. De même b ̸= 0.
Remarquons que pour tout k ∈ [[1, b]], Aa est premier
avec Bk . En effet, sinon il existerait k0 ∈ [[1, b]] tel que
Proposition 4.2.7. Aa et Bk0 ne soient pas premiers entre eux. Or ils sont
irréductibles, donc ils sont égaux. Donc on a
Deux polynômes complexes sont premiers entre
eux si et seulement s’ils n’ont aucune racine com- a−1
Y Y
plexe en commun. Ak = Bk
k=1 k∈[[1,b]]
k̸=k0

Démonstration. Il existe donc un polynôme de degré strictement plus petit


Soit A, B ∈ C[X]. que deg P , admettant deux décompositions distinctes, ce
Supposons que A ∧ B = 1, par le théorème de Bézout il qui est absurde.
existe U, V ∈ C[X] tels que AU + BV = 1. Si A et B ont Qb
Donc Aa est donc premier avec k=1 Bk , donc avec P .
une racine en commun, il suffit d’évaluer en cette racine
Or Aa divise P et n’est pas un polynôme constant.
pour obtenir 0 = 1, ce qui est absurde. Ainsi, A et B n’ont
C’est donc absurde.
pas de racine complexe en commun.
Réciproquement, supposons que A et B n’ont pas de
Remarque 4.2.10.
racine complexe en commun. Remarquons que si α ̸= β,
alors X − α et X − β sont premiers entre eux (il suffit de Comme pour les entiers, nous pouvons donner les
trouver une combinaison linéaire donnant 1). En utilisant résultats suivants :
les décompositions de A et de B en produits de facteurs • Deux polynômes sont premiers entre eux si
irréductibles complexes, il suffit d’utiliser le résultat du
et seulement s’ils n’ont aucun facteur irré-
corollaire 4.2.6 pour obtenir que A et B sont premiers entre
eux. ductible en commun ;
• la notion de valuation d’un polynôme irré-
ductible dans un polynôme peut se définir,
Théorème 4.2.8 (Théorème de Gauss).
et permet de calculer le PGCD de deux
Soient (a, b, c) ∈ K[X]3 . On suppose a|bc et a∧b =
polynômes A et B, en considérant le mi-
1. Alors a|c.
nimum des valuations d’un même facteur
irréductible dans A et B. En anticipant sur
Démonstration. les paragraphes qui suivent, la valuation est
On a a ∧ b = 1 donc 1 s’écrit sous la forme au + bv avec
(u, v) ∈ K[X]2 . Donc c = c × 1 = a(cu) + (bc)v. Donc c est
également utilisée pour le PPCM de deux
combinaison linéaire à coefficients dans K[X] de a et bc. polynômes, mais aussi les PGCD et PPCM
Or bc est un multiple de a donc c est un multiple de a. d’une famille de polynômes.

241
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

4.3 PGCD de n polynômes.


Corollaire 4.3.5.
Comme dans le cas de l’arithmétique sur les Soit A1 , . . . , An ∈ K[X], tels que les A1 , . . . , An−1
entiers, on introduit la notion de PGCD de plu- soient non tous nuls. On a alors A1 ∧ · · · ∧ An =
sieurs polynômes et de polynômes premiers entre (A1 ∧ · · · ∧ An−1 ) ∧ An .
eux dans leur ensemble.

Définition 4.3.1. Corollaire 4.3.6.


Soit (A1 , . . . , An ) ∈ K[X]n , on note Soit (A1 , . . . , An ) ∈ K[X]n , non tous nuls, soit
n D ∈ K[X] unitaire. Alors D = A1 ∧ · · · ∧ An si et
D(A1 , . . . , An ) = D(Ai ) l’ensemble des
\
seulement si
i=1
diviseurs communs à tous ces polynômes. 1. ∀i ∈ {1, . . . , n} , D|Ai ;
2. ∀P ∈ K[X], (∀i ∈ {1, . . . , n} , P |Ai ) ⇒
P |D.
Proposition 4.3.2.
Soit (A1 , . . . , An ) ∈ K[X]n , il existe un po-
lynôme D unique à association près tel que Définition 4.3.7.
D(A1 , . . . , An ) = D(D). Des polynômes A1 , . . . , An sont dits premiers
entre eux dans leur ensemble si A1 ∧ · · · ∧ An = 1,
Démonstration. c’est-à-dire si D(A1 , . . . , An ) = K∗ .
L’unicité à association près est évidente. On montre par ré-
currence que ∀n ∈ N∗ , Hn : ∀(A1 , . . . , An ) ∈ K[X]n , ∃D ∈
K[X], D(A1 , . . . , An ) = D(D).
Théorème 4.3.8 (Théorème de Bézout.).
Initialisation : OK.
Soit (A1 , . . . , An ) ∈ K[X]n , non tous nuls.
Hérédité : Soit n ∈ N∗ , supposons Hn et montrons
Hn+1 . Soit (A1 , . . . , An+1 ) ∈ K[X]n+1 . D’après Hn , 1. Il existe (U1 , . . . , Un ) ∈ K[X]n tel que
il existe D1 tel que D(A1 , . . . , An ) = D(D1 ). On a
alors n
Ai U i = A1 ∧ · · · ∧ An .
X
n+1
i=1
\
D(A1 , . . . , An+1 ) = D(Ai )
i=1
2. S’il existe (U1 , . . . , Un ) ∈ K[X]n tel que
= D(A1 , . . . , An ) ∩ D(An+1 ) n
Ai Ui = 1, alors les (Ai )ni=1 sont premiers
X
= D(D1 ) ∩ D(An+1 )
= D(D1 ∧ An+1 ), i=1
entre eux dans leur ensemble.
d’où Hn+1 .

Démonstration.
Remarque 4.3.3. Exactement comme pour les entiers, en remarquant que
n
On a toujours D(A1 , . . . , An , 0) = D(A1 , . . . , An ).
X
s’il existe D et U1 , . . . , Un vérifiant Ai Ui = D, alors
i=1
A1 ∧ · · · ∧ An |D.
Définition 4.3.4.
Remarque 4.3.9.
Soit (A1 , . . . , An ) ∈ K[X]n , non tous nuls. On
Si une famille finie de polynômes contient deux
note alors A1 ∧ · · · ∧ An = PGCD(A1 , . . . , An )
polynômes premiers entre eux, alors les polynômes
l’unique polynôme unitaire D vérifiant
de cette famille sont premiers entre eux dans leur
D(A1 , . . . , An ) = D(D) (un polynôme non
ensemble.
unitaire vérifiant ceci est un PGCD).
On convient que PGCD(0, . . . , 0) = 0. Exemple 4.3.10.
Comme dans le cas des entiers, des polynômes

242
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

qui ne sont pas premiers entre eux deux à deux Remarque 4.4.4. 1. Cette définition est justi-
peuvent être premiers entre eux dans leur en- fiée par la remarque 4.4.1 et le théorème 4.4.2.
semble. Exhiber une telle famille. 2. a ∨ b = 0 si et seulement si a ou b est nul.
Remarque 4.4.5.
4.4 PPCM.
Sur l’ensemble des polynômes unitaires, le ppcm
Pour tout polynôme a, b, l’ensemble des mul- de deux polynômes a et b est donc la borne supé-
tiples de a est noté aK[X]. L’ensemble des mul- rieure de a et b pour l’ordre |.
tiples communes à a et b est donc aK[X] ∩ bK[X]. On peut donner la caractérisation suivante :
Remarque 4.4.1. 1. Soit d et deux poly- d′
nômes. dK[X] = d K[X] si et seulement d

Proposition 4.4.6.
et d′ sont associés. Soient a, b, m ∈ K[X]. m est un ppcm de a et b si
2. En particulier, si on a dK[X] = d′ K[X] et et seulement si on a
que d et d′ sont unitaires, alors d = d′ et 1. a|m ;
pour tout polynôme d, il existe d′ unitaire
2. et b|m ;
vérifiant d′ K[X] = dK[X].
3. et pour tout n ∈ K[X], a|n et b|n ⇒ m|n.

Théorème 4.4.2.
Soit (a, b) ∈ K[X]2 . Alors il existe m ∈ K[X] tel On a également :
que aK[X] ∩ bK[X] = mK[X].
Proposition 4.4.7.
Démonstration. Soient a, b, c ∈ K[X], avec c ̸= 0.
Dans le cas où a ou b est nul, on a évidemment aK[X] ∩ (i) (ac) ∨ (bc) et c(a ∨ b) sont associés.
bK[X] = 0K[X]. On suppose donc par la suite que a et b
sont tous deux non nuls. (ii) ab et (a ∧ b).(a ∨ b) sont associés.
Posons d = a ∧ b. Alors a (resp. b) est de la forme a′ d
(resp. b′ d) et a′ et b′ sont premiers entre eux.
Posons m = a′ b′ d. m est un multiple de a et de b, donc Exemple 4.4.8.
mK[X] ⊂ aK[X] et mK[X] ⊂ bK[X]. Donc mK[X] ⊂
aK[X] ∩ bK[X]. Calculer X 2 − 4X + 3 ∨ X 2 + X − 2.
Réciproquement, soit c ∈ aK[X] ∩ bK[X]. Comme c est
multiple de a, il existe u ∈ K[X] tel que c = ua = ua′ d.
De même, c est multiple de b, il existe v ∈ K[X] tel que 5 Formule d’interpolation de La-
c = vb = vb′ d. grange.
On a donc, comme d = ̸ 0, ua′ = vb′ . Ainsi, b′ |ua′ . Or,
a et b sont premiers entre eux, donc d’après le lemme
′ ′

de Gauss b′ |u. Ainsi, b′ a′ d|ua′ d, or m = b′ a′ d et c = ua′ d.


Dans cette partie, on considère un entier n et
donc c ∈ mK[X]. (x0 , y0 ), . . ., (xn , yn ) des couples d’éléments de K.
On aimerait savoir s’il existe un polynôme P
vérifiant
Définition 4.4.3.
Soit a et b deux polynômes. Alors on appelle ∀i ∈ [[0, n]] P (xi ) = yi , (XVI.4)
plus petits communs multiples de a et b (ppcm
de a et b) les polynômes d tels que l’ensemble dit autrement, on cherche s’il existe une fonction
aK[X] ∩ bK[X] des multiples communs à a et b polynomiale dont le graphe passe par tous les
soit l’ensemble dK[X] des multiples de d. points (xi , yi ) pour i ∈ [[0, n]].
On appelle le ppcm de a et b le seul de ces ppcm Il est bien évident que s’il existe i et j distincts
qui soit unitaire ou nul. Il est noté PPCM(a, b) tels que xi = xj et yi = yj , on peut supprimer le
ou a ∨ b. couple (xj , yj ) de la liste des couples considérés
sans changer le problème.

243
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

Il est évident également que s’il existe i et j Démonstration.Unicité sous réserve d’existence
distincts tels que xi = xj et yi ̸= yj , il n’existe Soit P et Q deux polynômes de degré au plus
n vérifiant la propriété demandée. Alors P et Q
pas de solution.
coïncident en n + 1 points distincts et sont de degré
C’est pourquoi, par la suite, on suppose que au plus n donc P et Q sont égaux.
x0 , . . ., xn sont deux à deux distincts. Existence Le polynôme donné dans l’énoncé vérifie évi-
demment l’équation (XVI.4). Par ailleurs, il s’agit
Définition 5.0.1. d’une combinaison linéaire de polynômes qui sont
tous de degré n. Il est donc de degré au plus n.
On appelle base de Lagrange associée aux points
x0 , . . ., xn le (n + 1)-uplet (L0 , . . . , Ln ) vérifiant
pour tout i ∈ [[0, n]] : Exercice 5.0.5.
Montrer que pour tout P ∈ Kn [X], il existe un
1 Y existe un unique (λ0 , . . . , λn ) ∈ Kn+1 tel que P =
Li = (X − xj ) n
αi j∈[[0,n]]
λi Li .
X
j̸=i
i=0
où Exercice 5.0.6.
αi = (xi − xj ).
Y
Déterminer l’unique polynôme P de degré au plus
j∈[[0,n]]
j̸=i 3 vérifiant P (−1) = −9, P (0) = −1, P (1) = 5 et
P (2) = 21.

Proposition 5.0.2.
Corollaire 5.0.7.
Pour tout (i, j) ∈ [[0, n]]2 , on a Li (xi ) = 1 et
L’ensemble des polynômes vérifiant l’équa-
Li (xj ) = 0 si j ̸= i.
tion (XVI.4) est
Autrement dit, dans tous les cas, on a
{ P × D + P0 | P ∈ K[X] }
Li (xj ) = δi,j .

n
D= (X − xi ),
Y
Corollaire 5.0.3.
i=0
Soit (λ0 , . . . , λn ) ∈ Kn+1 . Alors, en posant n
P0 =
X
n
yi Li .
i=0
P =
X
λi Li ,
i=0

on a pour tout i ∈ [[0, n]] : Démonstration.


Remarquons tout d’abord que pour tout i ∈ [[0, n]], on a
P (xi ) = λi . D(xi ) = 0.
Analyse Soit Q un polynôme vérifiant l’équation (XVI.4).
En effectuant la division euclidienne de Q par D, on
peut écrire Q sous la forme P ×D +R où P ∈ K[X] et
Théorème 5.0.4. R ∈ K[X] avec deg R < n + 1. On a donc deg R ⩽ n.
Il existe un unique polynôme P de degré au plus n De plus, pour tout i ∈ [[0, n]], on a R(xi ) = Q(xi ) −
P (xi )D(xi ) = yi − P (xi ) × 0 = yi . Donc R est néces-
vérifiant l’équation (XVI.4). Il s’agit du polynôme
sairement le polynôme P0 et P s’écrit sous la forme
n P × D + P0 .
X
yi Li . Synthèse Réciproquement, soit P un polynôme. Posons
i=0 Q = P × D + P0 . Alors pour tout i ∈ [[0, n]], on a
Q(xi ) = P (xi ) × 0 + P0 (xi ) = yi . Donc Q vérifie
l’équation (XVI.4).

244
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

Conclusion L’ensemble des polynômes vérifiant l’équa-


tion (XVI.4) est Définition 6.0.4.
Soit P = (Pn )n∈N un polynôme. Si P n’est pas la
{ P × D + P0 | P ∈ K[X] } .
suite nulle, le degré de P est le plus grand rang
d pour lequel Pd ̸= 0. Si P est la suite nulle, on
considère que c’est −∞.
Remarque 5.0.8. Dans tous les cas, on peut écrire :
En exprimant l’équation (XVI.4) sous la forme
deg P = sup {d ∈ N, Pd ̸= 0} .
(P (x0 ), . . . , P (xn )) = (y0 , . . . , yn ),

cet ensemble de solutions est encore un ensemble


de la forme solution particulière plus l’ensemble Définition 6.0.5.
des solutions de l’équation homogène associée. L’addition sur K[X] est celle de KN , on la notera
+. (K[X], +) est alors un groupe abélien.

6 Annexe : construction de
K[X] Remarque 6.0.6.
K[X] hérite aussi de la multiplication scalaire de
La construction de K[X] n’est pas exigible, KN . On dira plus tard que c’en est un sous-espace
cette partie est une version alternative aux par- vectoriel.
ties 1.1 et 1.2. Remarque 6.0.7.
Par l’injection K → K[X], x 7→ (x, 0, . . . ), on voit
K comme étant inclus dans K[X]. C’en est aussi
un sous-groupe (et un sous-espace vectoriel). On
Définition 6.0.1.
identifiera par exemple le réel 1 au polynôme
On appelle support d’une suite u à valeurs dans
(1, 0, . . . ).
K l’ensemble des entiers n tels que un ̸= 0. Si cet
ensemble est fini, u est dite à support fini. Démonstration.
On montre que c’est un sous-groupe de (KN , +). La suite
nulle est bien entendu à support fini. Il suffit donc de mon-
trer que la différence de deux polynômes est un polynôme.
Remarque 6.0.2. 1. Une suite u est à support Soit P et Q deux polynômes de degrés p et q respective-
fini si et seulement si elle est nulle à partir ment. Si n ⩾ max(p, q), alors Pn − Qn = 0 donc P − Q est
d’un certain rang. un polynôme.

2. Toute suite à support fini converge donc vers


0 mais la réciproque est évidemment fausse 5 . Définition 6.0.8.
On peut alors construire l’anneau des poly- Soit P = (Pn ) et Q = (Qn ) deux polynômes, on
nômes à coefficients dans K comme suit. définit le polynôme P × Q par :
n
!
PQ =
X
Pk Qn−k .
k=0 n∈N
Définition 6.0.3.
On note K[X] l’ensemble des suites à support fini
à valeurs dans K.

Proposition 6.0.9.
Si P et Q sont deux polynômes, P Q est un poly-
5. Par ailleurs, dans ce chapitre, le fait que les suites à nôme de degré deg P + deg Q.
support fini convergent n’est d’aucun intérêt.

245
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

Démonstration.
Si P ou Q sont nuls, il est évident que P Q = 0. Sinon, Corollaire 6.0.14.
notons p et q les degrés respectifs de P et de Q. Soit Soit P = (Pn )n∈N un polynôme de degré d. On a
n > p + q, soit k ∈ J0, nK. Si k > p, alors Pk = 0 et
alors
si k ⩽ p, n − k ⩾ n − p > q, donc Qn−k = 0. Ainsi, d
n
P =
X
si n > p + q,
X
Pk Qn−k = 0 et P Q est donc bien un
Pn X n .
n=0
k=0
polynôme, de degré au plus p + q. Il suffit ensuite de voir De plus, pour tout entier d′ ⩾ d,
que (P Q)p+q = Pp Qq ̸= 0 pour obtenir le degré de P Q.
d′

P =
X
Pn X n .
Théorème 6.0.10. n=0
(K[X], +, ×) est un anneau.
On s’autorise donc à écrire
+∞
Remarque 6.0.11. P =
X
Pn X n
La structure multiplicative de K[X] est différente n=0
de celle de KN , K[X] n’est pas un sous-anneau
d
(notion HP) de KN .
et, pour tout polynôme Q = Pn X n , on a bien
X
Démonstration. n=0
Le caractère de groupe abélien a déjà été vu, le reste
des propriétés se montre de manière élémentaire, mais +∞
P +Q= (Pn + Qn )X n
X
fastidieuse. L’écriture canonique introduite plus bas permet
un peu d’alléger les notations. n=0

ainsi que
Définition 6.0.12. +∞ n
!
On note X la suite toujours nulle, sauf pour le P ×Q=
X X
Pk Qn−k X n .
terme de rang 1 qui vaut 1 : X = (0, 1, 0, 0, . . .). n=0 k=0

Proposition 6.0.13. Enfin, on retrouve les mêmes notations que


Par convention, X 0 = 1. De plus, si n ⩾ 1, classiquement.

X n = (0, . . . , 0, 1
|{z} , 0, . . .).
| {z }
n fois
e
(n+1) position Définition 6.0.15.
+∞
Soit P un polynôme de la forme ak X k , non
X
Plus formellement, si k ∈ N,
k=0
( nul.
1 si k = n ;
(X n )k = Le coefficient adeg P est appelé coefficient do-
0 sinon.
minant de P et on dit que adegP X deg P est le
monôme dominant de P .
Si le coefficient dominant de P vaut 1 on dit
Démonstration. que P est unitaire.
On le montre aisément par récurrence sur n, en remarquant Pour tout entier n ∈ N, on note Kn [X] l’en-
que pour tout polynôme P le ke coefficient de P X est le
(k − 1)e coefficient de P .
semble des polynômes de degré inférieur ou égal
à n.
On obtient donc la représentation usuelle des
polynômes.
Remarque 6.0.16. 1. Kn [X] n’est pas l’en-
semble des polynômes de degré égal à n.

246
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

2. K = K0 [X] ⊂ K1 [X] ⊂ K2 [X] ⊂ · · · ⊂ K[X]. on a :


3. Kn [X] est un sous-groupe de (K[X], +). (λ · x) ×A (µ · y) = (λ ×K µ) · (x ×A y)
4. Soit P un polynôme de degré d et n ∈ N
vérifiant n ⩾ d alors P peut s’écrire sous la Si on met l’accent sur ces seules propriétés, c’est
n parce qu’elles sont suffisantes pour montrer tout
forme ak X k .
X
ce dont nous aurons besoin dans cette partie, sans
k=0 plus avoir besoin de distinguer le cas A = K du
cas A = Mn (K). Par exemple, le fait que pour
7 Annexe : fonctions polyno- élément x de A on a 0 · x peut se montrer en
remarquant qu’on a 0 · x = (0 + 0) · x = 0 · x + 0 · x.
miales à valeurs dans un an-
neau
Définition 7.0.1.
+∞
Dans cette section, on considère un entier na- Soit P = ak X k un polynôme et x un élément
X

turel n fixé et on pose A = K ou A = Mn (K). k=0


Dans tous les cas, A, muni de l’addition et de la de K.
multiplication usuelle est un anneau. Notons 0A On appelle évaluation du polynôme P en x et
et 1A les neutres respectifs pour l’addition et la on note Pe (x) l’élément de A défini par
multiplication dans A. Il s’agit de 0 et 1 si A = K +∞
et de 0Mn (K) et In si A = Mn (K). Pe (x) =
X
ak · xk
Dans les deux cas, on dispose d’une loi de com- k=0
position externe, que nous noterons · : K×A → A.
C’est la multiplication usuelle dans K si A = K
et la multiplication d’une matrice par un scalaire Exemple 7.0.2.
si A = Mn (K). On pose P = X 2 + 2X + 3
Dans les deux cas, on a d’une part les propriétés 1. Que vaut l’évaluation de P en −2 ?
suivantes 6 : !
1 1
1. La loi · est distributive à gauche par rapport 2. Que vaut l’évaluation de P en ?
0 1
à l’addition dans A et à droite par rapport à
l’addition dans K.
Proposition 7.0.3.
2. Elle vérifie la propriété d’associativité mixte Soit x ∈ A fixé. Alors l’application d’évalua-
par rapport à la multiplication dans K. tion en x, evalx : K[X] → A est un
3. l’élément neutre de K est neutre à gauche P 7→ P (x)
e
pour ·. morphisme d’anneau ; autrement dit pour tout
Autrement dit, pour tout (λ, µ) ∈ K2 et tout (P, Q) ∈ K[X]2 , on a
(x, y) ∈ A2 : 1. P^
+ Q(x) = Pe (x) + Q(x)
e ;
1. λ · (x +A y) = λ · x +A λ · y et (λ +K µ) · x = 2. P^× Q(x) = Pe (x) × Q(x)
e ;
λ · x +A µ · x.
3. 1]
K[X] (x) = 1A .
2. (λ ×K µ) · x = λ · (µ · x).
De plus, on a
3. 1 · x = x.
Dans les deux cas, on a de plus la propriété P
^ ◦ Q(x) = P (Q(x))
additionnelle 7 que pour tout (λ, µ) et tout (x, y),
6. On dit que (A, +, ·) est un K-espace vectoriel.
7. Un anneau (A, +, ×) tel que (A, +, ·) est un K-espace
La suite du cours considère uniquement le cas
vectoriel et qui vérifie cette propriété est appelé une K- A = K, le cas A = Mn (K) fera l’objet d’une étude
algèbre. plus approfondie en spé.

247
CHAPITRE XVI. POLYNÔMES

248
Chapitre XVII

Dérivabilité
Sommaire
1 Définitions et premières propriétés. . . 250
1.1 Taux d’accroissement. . . . . . . . . . 250
1.2 Définitions. . . . . . . . . . . . . . . . 250
1.3 Opérations sur la dérivabilité. . . . . . 252
1.4 Dérivées successives. . . . . . . . . . . 254
2 Les grands théorèmes. . . . . . . . . . . 256
2.1 Extremums locaux. . . . . . . . . . . . 256
2.2 Le théorème de Rolle. . . . . . . . . . 257
2.3 Égalité et inégalité des accroissements
finis. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 258
2.4 Dérivabilité et sens de variation. . . . 259
2.5 Limite de la dérivée. . . . . . . . . . . 260
2.6 Théorème des accroissements finis et
suites récurrentes. . . . . . . . . . . . . 261
3 Extension au cas des fonctions com-
plexes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 262
4 Convexité. . . . . . . . . . . . . . . . . . 263
4.1 Parties convexes de R2 (HP). . . . . . 263
4.2 Fonctions convexes. . . . . . . . . . . . 264
4.3 Régularité des fonctions convexes. . . . 267
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

Sauf mention du contraire, I et J sont deux Exemple 1.2.3. 1. Si f est constante, f ′ (a) = 0
intervalles de R et f : I → R, et a ∈ I. pour tout a ∈ I.
2. Dérivée de x 7→ xn+1 en a, pour n entier na-
1 Définitions et premières pro- turel : pour tout x ∈ R, xn+1 − an+1 =
n
xn+1 − an+1
(x − a) xk an−k , donc =
X
priétés.
k=0
x−a
n
1.1 Taux d’accroissement. X
xk an−k . Il suffit alors de passer à la li-
Rappel 1.1.1. k=0
mite.
Soit x ̸= y ∈ I.
La corde à la courbe de f reliant les points
d’abscisses x et y est le segment reliant les points
de coordonnées (x, f (x)) et (y, f (y)). Définition 1.2.4.
La sécante à la courbe de f reliant les points Si f est dérivable en tout point de I, on dit qu’elle
d’abscisses x et y est la droite passant par les est dérivable sur I. On appelle alors fonction dé-
df
points de coordonnées (x, f (x)) et (y, f (y)). rivée de f et on note f ′ , voire Df ou , l’appli-
dx
cation x 7→ f (x).

Définition 1.1.2.
Soit x, y ∈ I avec x ̸= y, on note τf (x, y) le taux
d’accroissement de f entre x et y, défini comme Proposition 1.2.5.
f (y) − f (x)
le réel . Pour x fixé, on notera Soit ℓ un réel. Les propositions suivantes sont
y−x
toutes équivalentes.
τf,x : I \ { x } → R . (i) f est dérivable en a et f ′ (a) = ℓ ;
t 7→ τf (x, t) (ii) τf,a admet pour limite ℓ en a ;
(iii) on peut prolonger τf,a par continuité en a
et son prolongement est
Remarque 1.1.3.
On a toujours τf (x, y) = τf (y, x). τ̂f,a : I → R
τf,a (x) si x ̸= a
(
Remarque 1.1.4. x 7→
τf (x, y) est la pente de la corde de la courbe f ℓ si x = a
reliant les points d’abscisses x et y.
(iv) il existe une application φf,a : I → R conti-
1.2 Définitions. nue en a, vérifiant φf,a (a) = ℓ et

∀x ∈ I f (x) = f (a) + (x − a)φf,a (x)


Définition 1.2.1.
Soit a ∈ I. On dit que f est dérivable en a si (v) il existe une fonction ε : I → R, de limite
τf,a admet une limite finie en a. On appelle alors nulle en a, telle que pour tout x ∈ I,
dérivée de f en a ou nombre dérivé de f en a
f (x) = f (a) + (x − a) · ℓ + (x − a)ε(x).
cette limite, que l’on note f ′ (a).

Remarque 1.2.2.
τf,a admet une limite finie en a si et seulement si Remarque 1.2.6.
f (a + h) − f (a) On traduira plus tard le point (v) comme suit :
admet une limite finie quand h « f admet, au voisinage de a, le développement
h
tend vers 0 et ces deux limites sont alors égales. limité f (x) = f (a) + (x − a) · ℓ + o(x − a) ».

250
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

Démonstration.
On a évidemment (i) ⇐⇒ (ii) d’après la définition de la Théorème 1.2.8.
dérivée. Montrons les autres équivalences par implications Si f est dérivable en a, alors f est continue en a.
successives.
(ii)⇒(iii) C’est immédiat à partir de la définition de pro-
Démonstration.
longement par continuité.
C’est une conséquence directe de la caractérisation de
(iii)⇒(iv) Supposons (iii). Posons φf,a = τ̂f,a . Alors, φf,a Carathéodory (et de celle de Hilbert).
est continue en a et on a bien φf,a (a) = ℓ.
Enfin, soit x ∈ I. Si x = a, on a clairement f (x) =
f (a) + (x − a)φf,a (x). Si x ̸= a, on a φf,a (x) = La réciproque est fausse :
f (x)−f (a)
, d’où f (x) − f (a) = (x − a)φf,a (x).
x−a
1. L’application valeur absolue n’est pas déri-
On a donc
vable en 0, son taux d’accroissement en 0
∀x ∈ I f (x) = f (a) + (x − a)φf,a (x) ayant des limites à gauche et à droite dis-
tinctes en 0.
(iv)⇒(v) Supposons (iv). φf,a est continue en a donc
tend vers φf,a (a) = ℓ en a. Il suffit alors de poser 2. L’application racine carrée n’est pas dérivable
ε = φf,a − ℓ. en 0, son taux d’accroissement tendant vers
(v)⇒(ii) Supposons (v). Alors, pour x ∈ I \ {a}, on a +∞ en 0.
successivement :
Cela nous amène à la notion de dérivabilité à
f (x) = f (a) + (x − a) · ℓ + (x − a)ε(x), gauche et à droite :
f (x) − f (a)
= ℓ + ε(x),
x−a
τf,a (x) = ℓ + ε(x).
Définition 1.2.9.
On dit que f est dérivable à gauche en a (resp.
Donc τf,a (x) −−−→ ℓ. à droite en a) si la fonction f |]−∞,a]∩I (resp
x→a
f |[a,+∞[∩I ) est dérivable en a, c’est-à-dire si le
taux d’accroissement τf,a de f en a admet une li-
Remarque 1.2.7. 1. La caractérisation (iv) est
mite finie à gauche (resp. une limite finie à droite).
parfois appelée caractérisation de Carathéo-
Dans ce cas, cette limite est appelée dérivée
dory.
à gauche (resp. à droite) de f en a et est notée
2. Lorsque f est dérivable en a, la fonction φf,a fg′ (a) (resp. fd′ (a)).
de la caractérisation de Carathéodory coïn-
cide nécessairement avec le taux d’accrois-
sement τf,a sur I \ { a } et est continue en Exemple 1.2.10.
a, c’est donc le prolongement par continuité L’application valeur absolue est dérivable à gauche
τ̂f,a du taux d’acroissement en a. en 0 (de dérivée à gauche −1), ainsi qu’à droite
(de dérivée à droite 1).
3. La caractérisation (v) est parfois appelée ca-
ractérisation de Hilbert. Remarque 1.2.11.
Si f est dérivable à droite (resp. à gauche) alors
4. Sous la forme donnée plus haut, la caractéri-
elle est continue à droite (resp. à gauche).
sation de Carathéodory et celles de Hilbert
sont utiles lorsqu’on veut utiliser une hypo-
thèse disant que f est dérivable en a. Lors- Définition 1.2.12 (Interprétation géométrique).
qu’on veut les utiliser pour montrer que f Si f est dérivable (resp. dérivable à gauche, resp.
est dérivable en a, on les utilisera plutôt sous dérivable à droite) en a, on appelle tangente à
les formes f en a (resp. demi-tangente à f à gauche en a,
resp. demi-tangente à f à droite en a) la droite
∀x ∈ I f (x) − f (a) = (x − a)φf,a (x) d’équation
f (x) − f (a) = (x − a) · ℓ + o(x − a)
y = f (a) + f ′ (a)(x − a)

251
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

(resp. la demi-droite d’équation y = f (a) + Théorème 1.3.1.


fg′ (a)(x − a) et x ⩽ a, resp. la demi-droite d’équa- si f, g : I → R sont dérivables en a, alors :
tion y = f (a) + fd′ (a)(x − a) et x ⩾ a). 1. f + g aussi, et (f + g)′ (a) = f ′ (a) + g ′ (a) ;
2. f × g aussi, et (f × g)′ (a) = f ′ (a) × g(a) +
Remarque 1.2.13. f (a) × g ′ (a) ;
Le membre droit de cette équation n’est autre que 3. λf aussi et (λf )′ (a) = λf ′ (a) ;
la partie linéaire du développement limité donné 4. si g ne s’annule pas au voisinage de a,
par la caractérisation de Hilbert. alors 1/g est dérivable au voisinage de a et
  ′ g (a) ′
1
g (a) = − g(a) 2

Théorème 1.2.14. 5. si g ne s’annule pas au voisinage de a, alors


f est dérivable en a si et seulement si f est déri- f /g est aussi dérivable en a et
vable à gauche et à droite en a et fg′ (a) = fd′ (a).
f ′ (a)g(a) − g ′ (a)f (a)
(f /g)′ (a) =
(g(a))2
Démonstration.
C’est une conséquence directe des résultat sur les limites
de fonction : le taux d’accroissement τf,a de f en a, qui
n’est pas défini en a admet une limite en a si et seulement Démonstration.
s’il admet des limites à gauche et à droite en a et que ces On donne une première démonstration en utilisant directe-
limites sont égales. ment la définition de la dérivée. Supposons f et g dérivable
en a.
Exemple 1.2.15. 1. Valeur absolue en 0. (f + g)(x) − (f + g)(a)
1. Soit x ∈ I \ { a }, Alors =
x−a
2. La fonction f (x) − f (a) g(x) − g(a)
+ , d’où le résultat par pas-
 x−a x−a
 R −→
 R
( sage à la limite en a.
f: ln(1 + 2x) si x⩾0 2. Soit x ∈ I \ { a }, Alors
 x 7−→

2e x − 2 si x<0 (f × g)(x) − (f × g)(a)
x−a
est-elle dérivable en 0 ? 
g(x) − g(a)
 
f (x) − f (a)

= f (x) + g(a)
On calcule les dérivées à gauche et à droite x−a x−a
en revenant à la définition : à gauche, d’où le résultat par passage à la limite en a.
2(e x − 1) 3. Ce cas est une conséquence directe du précédent (en
on constate −−−−→ 2, à droite, considérant le réel λ comme la fonction constante de
x x→0−
ln(1 + 2x) valeur λ).
−−−−→ 2, donc f est dérivable 4. Supposons que g ne s’annule pas au voisinage de a,
x x→0+
en 0 et f (0) = 2.
′ alors pour x au voisinage épointé de a, on a
1/g(x) − 1/g(a) 1 g(x) − g(a)
3. Les fonctions =− ×
x−a g(x)g(a) x−a

fn : R → R Lorsque x tend vers a, le membre droit de cette égalité


tend vers −g ′ (a)/g(a)2 , d’où le résultat.
xn sin 1

si x ̸= 0 5. Ce résultat se déduit cas du produit appliqué à f et
x 7→ x 1/g : En effet, supposons que g ne s’annule pas au

0 si x = 0 voisinage de a. Alors 1/g est dérivable en a d’après
le point précédent, donc f × 1/g est dérivable en a.
pour n ∈ N, sont-elles dérivables en 0 ? De plus
g ′ (a)
 
′ ′
(f × 1/g) (a) = f (a) × 1/g(a) + f (a) × −
1.3 Opérations sur la dérivabilité. g(a)2
f ′ (a)g(a) − g ′ (a)f (a)
=
g(a)2

252
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

Théorème 1.3.3.
La démonstration ci-dessus a l’avantage de Soit g : J → R, f : I → R vérifiant f (I) ⊂ J et
n’utiliser que la définition de la dérivée. Elle a a ∈ I.
deux inconvénients : d’une part, le cas du pro-
duit n’est pas évident à retrouver ; d’autre part 1. Si f est dérivable en a et g dérivable en f (a),
cette méthode ne marchera pas dans le cas de la alors g ◦ f est dérivable en a et
composition.
(g ◦ f )′ (a) = f ′ (a) × g ′ (f (a))
Voici une autre méthode qui n’a pas l’inconvé-
nient précédent : 2. Si g est dérivable sur J et f sur I, alors g ◦ f
Démonstration. est dérivable sur I et
Supposons f et g dérivables en a et notons φf,a et φg,a
leurs taux d’accroissements en a respectifs, prolongés en a (g ◦ f )′ = f ′ × (g ′ ◦ f )
par continuité. Soit alors x ∈ I, on a
f (x) =f (a) + (x − a)φf,a (x)
g(x) =g(a) + (x − a)φg,a (x)
Le second point est évidemment une consé-
1. On a donc quence immédiate du premier.
(f + g)(x) − (f + g)(a) = (x − a)(φf,a + φg,a )(x) Démonstration (Erronée).
Or φf,a + φg,a a pour limite f (a) + g (a) en a, donc
′ ′ f est dérivable en a donc continue en a, donc f (x) −−−→
x→a
c’est une application continue, donc d’après la carac- f (a).
térisation de Carathéodory, f + g est dérivable en a, Par composition, on a donc
de dérivée f ′ (a) + g ′ (a).
g(f (x)) − g(f (a))
2. On a −−−→ g ′ (f (a))
f (x) − f (a) x→a

(f × g)(x) − (f × g)(a) De plus


=(f (a) + (x − a)φf,a (x)) × (g(a) + (x − a)φg,a (x)) f (x) − f (a)
−−−→ f ′ (a)
− f (a)g(a) x−a x→a

=(x − a)φf,a (x)g(a) + f (a)(x − a)φg,a (x) Par produit, on obtient bien le résultat voulu.

+ (x − a)2 φf,a (x)φg,a (x) Remarque 1.3.4.


La démonstration précédente est erronée, car elle

=(x − a) φf,a (x)g(a) + f (a)φg,a (x)
 utilise une hypothèse implicite sur f qui n’est pas
+ (x − a)φf,a (x)φg,a (x) nécessairement vérifiée. Laquelle ?
Or, lorsque x tend vers a, φf,a (x)g(a) + f (a)φg,a (x) + Démonstration.
(x − a)φf,a (x)φg,a (x) tend vers f ′ (a)g(a) + f (a)g ′ (a). Supposons f (resp. g) étant dérivable en a (resp. en f (a)) ;
Donc f × g est dérivable en a, de dérivée f ′ (a)g(a) + on note alors φ (resp. ψ) son taux d’accroissement en a
f (a)g ′ (a). (resp. en f (a)) prolongé par continuité en a (resp. en f (a)).
On a alors, pour tout x ∈ I
3. On a
(g ◦ f )(x) − (g ◦ f )(a) = (f (x) − f (a))ψ(f (x))
(λf )(x) − (λf )(a) = (x − a)(λφf,a )(x)
= (x − a)φ(x)ψ(f (x))
4.
f étant dérivable en a, elle est nécessairement continue en
1 1 g(a) − g(x) (x − a)ψg,a (x) a ; on en déduit
On a − = =−
g(x) g(a) g(a)g(x) g(a)g(x)
ψf,a (x) g (a)
′ φ(x)ψ(f (x)) −−−→ f ′ (a) × g ′ (f (a))
et − −−−→ − x→a
g(a)g(x) x→a g(a)2
D’où le résultat.

Remarque 1.3.2. Théorème 1.3.5.


On peut également effectuer cette démonstration Soit f : I → J bijective continue (de réciproque
en utilisant la caractérisation de Hilbert plutôt f −1 : J → I). Soit a ∈ I, on note f (a) = b. Si f
que celle de Carathéodory.

253
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

On sait φ(f −1
1
(b))
= f ′1(a) , donc pour conclure, il suffit de
est dérivable en a (resp. sur I) et si ne s’annule
f′ montrer que y 7→ φ(f −1 1
(y))
est continue en b.
pas en a (resp. sur I), alors f −1 est dérivable Or f est une bijection continue de I sur J donc f −1 est
1 également continue sur J donc en particulier en b et vaut
en b (resp. sur J) et (f −1 )′ (b) = ′ (resp.
f (a) a en b. Par ailleurs on sait déjà que φ est continue en a.
1 On en déduit donc le résultat.
(f −1 )′ = ′ ).
f ◦ f −1
Exemple 1.3.7.
On admet que exp et sin sont dérivables. Grâce
Remarque 1.3.6. 1. Moyen mnémotechnique : aux résultats précédents, on peut montrer les
f ◦ f −1 = Id, donc est dérivable de dérivée résultats connus de dérivabilité de toutes les
1. Or on sait d’après le th. de composition, fonctions usuelles (ln, cos, tan, Arctan, Arcsin,
(f ◦ f −1 )′ = (f −1 )′ × f ′ ◦ f −1 . Arccos, ch, sh, th, Argth, Argch, Argsh)
2. Ce résultat est faux sans l’hypothèse de conti- Exercice 1.3.8.
nuité. Considérer par exemple Se faire un formulaire reprenant tout ça sur
un intervalle, ainsi notamment que les cas de
f : [0, 2[ → [−1, 1[ (f + g)′ , (f g)′ , (f n )′ , (f ◦ g)′ , (1/f )′ , (f −1 )′ ,
x 7→ x − 2 ⌊x⌋) (ln ◦f )′ , (exp ◦f )′ .
f est bijective et dérivable en 0 de dérivée 1
mais sa réciproque n’est même pas continue
en f (0). En effet il s’agit de 1.4 Dérivées successives.
f −1 : [−1, 1[ → [0, 2[
x 7→ x − 2 ⌊x⌋
Définition 1.4.1.
On peut même construire des contre- On définit les dérivées successives par récurrence.
exemples où a n’est pas une extrémité de si f : I → R, on commence par définir f (0) = f .
l’intervalle. Pour tout n ∈ N, si f (n) est définie et dérivable,
3. Le graphe de f −1 étant le symétrique de celui on pose h i′
de f par rapport à la droite d’équation y = x, f (n+1) = f (n) .
la tangente à f −1 en un point f (a), si elle
existe, est la symétrique de la tangente à Si f (n) existe, on dit que f est n-fois dérivable.
f en a par rapport à la droite d’équation
y = x. Par conséquent, si f ′ (a) = 0, f −1 a
une tangente verticale en f (a), et sa dérivée
Définition 1.4.2 (Classes de régularité).
en ce point n’existe pas.
On note pour tout n ∈ N
Démonstration.
Supposons f dérivable en a de dérivée f ′ (a) non nulle.
n o
D n (I, R) = f : I → R f (n) existe ;
Notons alors φ le prolongement par continuité en a de son
taux d’accroissement en a.
n o
C n (I, R) = f ∈ D (n) f (n) est continue ;
On a, pour tout x ∈ I, f (x) − f (a) = (x − a)φ(x).
Soit alors y ∈ J. Alors on a f (f −1 (y)) − f (a) = +∞

C (I, R) = C n (I, R).
\
(f −1 (y) − a)φ(f −1 (y)), donc
n=0
y − b = f −1 (y) − f −1 (b) φ(f −1 (y))


Si f ∈ C n (I, R), on dit que f est n-fois continu-


Si y ̸= b, on a y − b ̸= 0, donc φ(f −1 (y)) ̸= 0, et si y = b,
on sait déjà que φ(f −1 (y)) ̸= 0. Donc dans les deux cas, ment dérivable (ou de classe C n ) sur I.
on a : Si f ∈ C ∞ (I, R), on dit que f est infiniment
1 dérivable (ou de classe C ∞ ) sur I.
(f −1 (y) − f −1 (b)) = (y − b)
φ(f −1 (y))

254
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

• L’hérédité se démontre à l’aide de la formule 2 du


Proposition 1.4.3. théorème 1.3.1, et se conduit de la même manière
Soit I un intervalle non vide, non réduit à un que la démonstration de la formule du binôme
de Newton.
point. Pour tout n ∈ N,
4. Encore une récurrence, mais plus subtile car cette
C n+1 (I, R) ⊊ D n+1 (I, R) ⊊ C n (I, R). fois on ne fixe pas f et g. Pour n ∈ N, on note (Hn )
l’assertion «pour toutes f, g ∈ C n (I, R) telles que g
ne s’annule pas, on a f /g ∈ C n ».
• De nouveau (H0 ) se démontre aisément.
Démonstration. • Soit n ∈ N. Supposons (Hn ) et montrons (Hn+1 ).
Les inclusions sont immédiates. On obtient le caractère Soit f, g ∈ C n+1 (I, R), g ne s’annulant pas.
strict en primitivant n fois l’exemple suivant, ainsi que la Alors on sait que f /g est dérivable et (f /g)′ =
fonction valeur absolue, après avoir opéré une translation f ′ g − f g′
pour se ramener de 0 en un point à l’intérieur de I. . Mais f ′ g − f g ′ est de classe C n , ainsi
g2
que g 2 , et g 2 ne s’annule pas. On peut donc appli-
Exemple 1.4.4 (Exemple fondamental). quer l’hypothèse de récurrence (Hn ) à f ′ g − f g ′
1
 
Soit f : x 7→ x sin
2 , prolongée par continuité et g 2 et en déduire que (f /g)′ est de classe C n ,
x donc que f /g est de classe C n+1 .
en 0 en posant f (0) = 0. Alors f est dérivable
en 0 (ainsi que sur R), mais sa dérivée n’est pas
continue en 0.
Exercice 1.4.5.
Théorème 1.4.7.
Soit n ∈ Z, soit
Soit n ∈ N∗ . Soient f ∈ C n (I, R) et g ∈ C n (J, I).
fn : R∗+ → R∗+ . Alors (f ◦ g) ∈ C n (J, R).
x 7→ xn

(k) Démonstration.
Déterminer fn pour tout k ∈ N. (non exigible). La démonstration se fait là encore par récur-
rence, avec la même subtilité que dans la démonstration pré-
cédente. Pour n ∈ N, on note (Hn ) l’assertion «pour toutes
Théorème 1.4.6. f ∈ C n (I, R) et g ∈ C n (J, I), on a (f ◦ g) ∈ C n (J, R)».
Soit n ∈ N. Soient f, g ∈ C n (I, R) et λ ∈ R. • De nouveau (H0 ) est triviale.
• Soit n ∈ N. Supposons (Hn ) et montrons (Hn+1 ).
1. (f + g) ∈ C n (I, R) et (f + g)(n) = f (n) + g (n) .
Soit f ∈ C n+1 (I, R) et g ∈ C n+1 (J, I). Alors on
2. λf ∈ C n (I, R) et (λf )(n) = λf (n) . sait que f ◦ g est dérivable et que (f ◦ g)′ = g ′ .f ′ ◦ g.
Or f ′ est de classe C n , ainsi que g. En appliquant
3. (f g) ∈ C n (I, R) et (formule de Leibniz) : l’hypothèse de récurrence (Hn ) à f ′ et g, on obtient
que f ′ ◦ g est de classe C n . Or g ′ est aussi de classe
n
!
n (k) (n−k) C n , donc le produit g ′ .f ′ ◦ g est de classe C n . Ainsi
(f g) =
X
(n)
f g . (f ◦ g)′ est de classe C n , donc f ◦ g est de classe
k
k=0 C n+1 .

4. Si g ne s’annule pas, (f /g) ∈ C n (I, R).

Démonstration. 1. Facile par récurrence, en notant


pour f et g fixées et pour tout n ∈ N, (Hn ) l’as- Théorème 1.4.8.
sertion «si f et g appartiennent à C n (I, R) alors Soit n ∈ N∗ . Soit f ∈ C n (I, J). Si f est bijective
(f + g) ∈ C n (I, R) et (f + g)(n) = f (n) + g (n) ».
et f ′ ne s’annule pas alors f −1 ∈ C n (J, I).
3. On fait encore une démonstration par récurrence,
en notant (Hn ) l’assertion «si f et g appartiennent
à C n (I, R) alors (f g) ∈ C n (I, R) et (f g)(n) =
n   Démonstration.
X n (non exigible). La démonstration se fait par récurrence de
f (k) .g (n−k) » :
k la même manière que les deux démonstrations précédentes.
k=0
• (H0 ) est évidemment vraie.

255
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

2 Les grands théorèmes. Remarque 2.1.2. 1. La condition ∀x ∈ V ∩


I f (a) ⩾ f (x) est équivalente à chacune
2.1 Extremums locaux. des assertions suivantes :
(i) f|V ∩I admet un maximum global en a ;
Définition 2.1.1. (ii) f est majorée par f (a) sur V ∩ I ;
On dit que f a un minimum (resp. maximum) (iii) f (V ∩ I) est majoré par f (a) ;
local en a s’il existe un voisinage V de a tel que (iv) f (a) = supx∈V ∩I f (x) ;
pour tout x ∈ V ∩ I, f (x) ⩾ f (a) (resp. f (x) ⩽ (v) f (a) = maxx∈V ∩I f (x).
f (a)). On dit que f a un extremum local en a si
2. Une fonction peut avoir un minimum en un
f a un minimum ou un maximum local en a.
point a sans qu’elle ne soit croissante sur
un voisinage à droite ni décroissante sur un
voisinage à gauche. Considérer par exemple
l’application
2
x 7→ x3 − 3x2 + 4x − 1
3 f: R → R
0 si x = 0
(
x 7→
x2 [sin(1/x) + 1] sinon

Théorème 2.1.3.

Soit a ∈ I. Si f possède un extremum local en a
et si f est dérivable en a, alors f ′ (a) = 0.
1 2

Remarque 2.1.4. 1. Il est essentiel que a ap-


Figure XVII.1 – Exemple de fonction possédant partiennent à l’intérieur de I. Si a est une
des extremums locaux, mais non globaux. extrémité de I, on peut considérer le contre-
exemple Id[0,1] , qui possède un minimum glo-
bal en 0 et un maximum global en 1 et est
dérivable sur [0, 1] mais dont la dérivée ne
s’annule ni en 0 ni en 1.
1 1
 
x 7→ 2 min x+ , x− 2. La réciproque est fausse. Ainsi x 7→ x3 a une
2 2
dérivée nulle en 0 sans avoir d’extremum.
Démonstration.
Sans perte de généralité, on suppose que f admet un
maximum local en a. Il existe donc un voisinage V1 de a
tel que f soit majorée par f (a) sur V1 ∩ I.
a étant intérieur à I, il existe un voisinage V2 de a inclus
dans I.
On a alors V1 ∩ V2 ⊂ V1 ∩ I, f est donc majorée par
f (a) sur V1 ∩ V2 .
1 1 De plus, V1 ∩ V2 est un voisinage donc contient un
- segment [a − ε, a + ε] où ε > 0.
2 2
On a alors, pour tout x ∈ [a − ε, a + ε], f (x) − f (a) ⩽ 0.
Donc d’une part
Figure XVII.2 – Exemple de fonction possédant
f (x) − f (a)
des minimums globaux non uniques. ∀x ∈ [a − ε, a[ ⩾0
x−a
donc par passage à la limite f ′ (a) ⩾ 0.

256
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

Et d’autre part, Démonstration.


f (x) − f (a) f est continue sur [a, b], donc elle est bornée et atteint ses
∀x ∈]a, a + ε] ⩽0 bornes. On note m son mininmum et M son maximum.
x−a
• Si f (a) = f (b) ̸= m, alors m < f (a) et m < f (b), et
donc par passage à la limite f ′ (a) ⩽ 0. donc m est atteint sur ]a, b[, donc f ′ s’annule en ce
Donc f ′ (a) = 0. point.
• Même raisonnement si f (a) = f (b) ̸= M .
• Sinon, cela signifie que f (a) = f (b) = m = M , et
Définition 2.1.5.
donc f est nécessairement constante sur ]a, b[. f ′ y
Supposons f dérivable, un point a ∈ I est un est donc identiquement nulle.
point critique de f si f ′ (a) = 0.

Remarque 2.1.6.
Le théorème 2.1.3 s’énonce donc ainsi : tous les
extremums locaux d’une fonction dérivable à l’in-
térieur de son ensemble de définition sont des
points critiques de cette fonction. Ou bien : une
condition nécessaire pour qu’un point a, à l’inté-
rieur de l’ensemble de définition d’une fonction f
dérivable, soit un extremum local de f est que a
soit un point critique de f .
Remarque 2.1.7.
Cette condition nécessaire n’est pas suffisante, a c b
comme le montre le contre-exemple x 7→ x3 en 0.
L’étude des extremums (locaux ou globaux)
Figure XVII.3 – Illustration du théorème de
d’une fonction dérivable commencera donc la plu-
Rolle (existence d’une tangente horizontale, d’un
part du temps par une étude systématique de ses
point critique).
points critiques.

2.2 Le théorème de Rolle.

Théorème 2.2.1 (Théorème de Rolle).


Soient a, b ∈ I avec a < b et f ∈ C 0 ([a, b], R) ∩
D(]a, b[, R) vérifiant f (a) = f (b), alors il existe
c ∈]a, b[ tel que f ′ (c) = 0.

Remarque 2.2.2.
Toutes les hypothèses sont importantes. On
pourra considérer les applications suivantes qui
sont toutes des contre-exemples correspondant à
l’oubli d’une hypothèse :
f1 : [0, 1] → R
x 7→ x
f2 : [0, 1] → R
x 7→ x − ⌊x⌋
f3 : [−1, 1] → R
x 7→ |x|

257
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

2.3 Égalité et inégalité des accroisse-


ments finis.

Théorème 2.3.1 (Égalité des accroissements fi-


nis, ou TAF).
Soient (a, b) ∈ I 2 avec a < b et f ∈ C 0 ([a, b], R) ∩
D(]a, b[, R). Alors il existe c ∈]a, b[ tel que

f (b) − f (a)
f ′ (c) = .
b−a

a c b
Remarque 2.3.2. 1. Ce théorème est une gé-
néralisation du théorème de Rolle : les hy-
pothèses sont les mêmes, à l’exception de
Figure XVII.4 – Illustration du théorème des
l’hypothèse f (a) = f (b), qui n’est ici pas né-
accroissements finis (existence d’une tangente de
cessaire, et la conclusion est la même que
même pente que la corde).
celle du théorème de Rolle dans le cas où
f (a) = f (b).
2. Cependant, on va utiliser le théorème de
Rolle pour démontrer le théorème des accrois- peut remarquer que D est parallèle au graphe de
sements finis. Dans ces conditions affirmer pId, donc f (a) − pa = f (b) − pb. On peut alors
que le théorème de Rolle n’est qu’un corol- appliquer le théorème de Rolle à l’application
laire du TAF laisserait croire que l’on n’a pas f − pId.
bien saisi l’enchaînement des démonstrations.
3. Un autre énoncé de ce théorème est le sui-
vant : Soient (a, b) ∈ I 2 avec a ̸= b et Théorème 2.3.3 (Inégalité des accroissements
f continue sur l’intervalle [a, b] (ou [b, a] si finis, ou IAF).
b < a) et dérivable sur l’intérieur de ce même Soient (a, b) ∈ I 2 avec a < b et f ∈ C 0 ([a, b], R) ∩
intervalle. Alors il existe θ ∈]0, 1[ tel que D(]a, b[, R).
f (b) − f (a) 1. Si f ′ est minorée par un réel m sur ]a, b[,
f ′ (a + θ(b − a)) = .
b−a alors m(b − a) ⩽ f (b) − f (a).
Démonstration.
f (b) − f (a) 2. Si f ′ est majorée par un réel M sur ]a, b[,
Posons p = et alors f (b) − f (a) ⩽ M (b − a).
b−a
φ : [a, b] → R 3. Si |f ′ | est majorée par K > 0, alors |f (b) −
x 7 → f (x) − px f (a)| ⩽ K|b − a|.
Alors φ(b) − φ(a) = f (b) − f (a) − p(b − a) = 0, donc
φ(a) = φ(b).
De plus, φ est continue sur [a, b] et dérivable sur ]a, b[. Démonstration.
Donc d’après le théorème de Rolle, il existe c ∈]a, b[ vé- Par application du TAF à f , on sait qu’il existe c ∈]a, b[
rifiant φ′ (c) = 0. Or φ′ (c) = f ′ (c) − p, donc f ′ (c) = p = f (b) − f (a)
vérifiant f ′ (c) =
f (b) − f (a) b−a
.
b−a 1. Sous les hypothèses données, on a m ⩽ f ′ (c) =
Pour montrer le TAF, on se ramène à Rolle par f (b) − f (a)
, d’où le résultat.
b−a
une transformation géométrique (x, y) 7→ (x, y −
f (b) − f (a)
px). Où p est la pente de la droite D. passant 2. De même, on a = f ′ (c) ⩽ M , d’où le
b−a
par les points (a, f (a)) et (b, f (b)). En effet, on résultat.

258
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

|f (b) − f (a)| Exemple 2.3.9.


3. De même, = |f ′ (c)| ⩽ K, d’où le résul-
|b − a|
tat. Utiliser l’IAF permet de montrer aisément que
Notez que l’hypothèse a < b n’est ici pas nécessaire : pour tout x ∈ R, | sin x| ⩽ |x|.
dans le cas où a = b le résultat est évident ; dans le
cas où a > b, il suffit d’échanger les rôles de a et b. Exercice 2.3.10.
En utilisant l’inégalité des accroissements finis,
montrer que pour tout x > 0 :

Définition 2.3.4. 1 1 1
 
⩽ ln 1 + ⩽ .
Soit K ∈ R∗+ . On dit que f est K-lipschitzienne x+1 x x
si ∀(x, y) ∈ I 2 , |f (x) − f (y)| ⩽ K|x − y|.
En déduire une minoration et la limite lorsque
n → +∞ de
Remarque 2.3.5. n
1
f (x) − f (y) Hn =
X
.
Si x ̸= y, on a donc ⩽ K, donc les k
x−y k=1
pentes des cordes du graphe de f sont bornées
par K.
2.4 Dérivabilité et sens de variation.

Proposition 2.3.6. Résultats déjà connus, que l’on précise et dé-


Toute fonction lipschitzienne est continue. montre. On rappelle l’hypothèse primordiale : I
est un intervalle de R.

Démonstration.
Direct en revenant aux définitions.
Théorème 2.4.1.
Exemple 2.3.7.
Soit I un intervalle de R et f ∈ D(I, R).
La fonction
1. f est croissante sur I si et seulement si f ′ ⩾ 0
f : [1, +∞[ → R sur I.
1
x 7→ 2. f est constante sur I si et seulement si f ′ = 0
x
sur I.
est 1-lipschitzienne. En effet, si x, y ⩾ 1, 3. f est strictement croissante sur I si et seule-
1 1 x−y ment si f ′ ⩾ 0 et l’ensemble {x ∈ I, f ′ (x) =
− = ⩽ 1 × |x − y|. 0} ne contient aucun intervalle non trivial
x y xy
(non vide et non réduit à un point).
On retrouve cela par l’inégalité des accroissements On obtient les mêmes résultats pour des fonctions
finis. décroissantes mutatis mutandis.

Corollaire 2.3.8. 1. Soit f ∈ D(I, R). Si |f ′ | Démonstration.


est bornée par K sur I, alors f est K- On ne traite que les cas où f est croissante.
lipschitzienne sur I 1. (⇒) On suppose f croissante sur I, alors son taux
2. Si f ∈ C 1 ([a, b], R), alors f est lipschitzienne d’accroissement en tout point fixé a ∈ I est posi-
tif. Par passage à la limite, on obtient f ′ (a) ⩾ 0.
sur [a, b].
(⇐) On suppose f ′ ⩾ 0. Soit alors (x, y) ∈ I 2 avec
x < y. Par application de l’IAF à f entre x et
Démonstration. 1. Immédiat avec le second point de y, nous avons directement f (y) − f (x) ⩾ 0.
l’IAF. Donc f est croissante.
2. f ′ est continue sur un segment, donc bornée sur ce 2. f est constante si et seulement si f est croissante
segment, et on peut donc appliquer le premier point. et décroissante. On conclut par utilisation du point
précédent.

259
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

3. (⇒) On suppose f strictement croissante. On 2.5 Limite de la dérivée.


sait déjà que f ′ ⩾ 0. On pose E =
{ x ∈ I | f ′ (x) = 0 }. Soit (a, b) ∈ I 2 , a ⩽ b,
tel que [a, b] ⊂ E . Il suffit de montrer que a = b.
On a f ′ |[a,b] = 0 donc f |[a,b] est constante. En Théorème 2.5.1 (de la limite de la dérivée).
particulier f (a) = f (b). Or f est strictement Soit a < b, f : I → R et ℓ ∈ R. On suppose
croissante, donc on ne peut pas avoir a < b,
1. f continue sur [a, b]
donc a = b.
(⇐) Supposons que l’ensemble des points où f ′ s’an- 2. et f dérivable sur ]a, b]
nule ne contient aucun intervalle non trivial.
3. et f ′ (x) −−−−→ ℓ.
Alors f est croissante. Par l’absurde, supposons x→a+
que f n’est pas strictement croissante. Alors
f (x) − f (a)
il existe (x, y) ∈ I 2 avec x < y et f (x) = f (y). Alors −−−−→ ℓ. En particulier
Alors puisque f est croissante, f est constante x−a x→a+
sur [x, y], et donc f ′ |[x,y] = 0. Mais alors par • dans le cas où ℓ = +∞ (resp. ℓ = −∞), f
hypothèse, x = y, ce qui est absurde. Donc f n’admet pas de dérivée à droite en a et son
est strictement croissante. graphe admet une demi-tangente verticale
en (a, f (a) dirigée vers le haut (resp. vers le
bas) ;
Remarque 2.4.2. 1. On a f ′ > 0 ⇒ f stric-
• dans le cas où ℓ est réel, on a
tement croissante, mais pas la réciproque :
une fonction strictement croissante peut avoir 1. f est dérivable (à droite) en a
une dérivée qui s’annule (mais pas n’importe 2. et f ′ (a) = ℓ = limx→a+ f ′ (x)
comment), ex : x 7→ x3 (il s’agit souvent 3. et f ′ est continue (à droite) en a.
d’un point d’inflexion).
On a le même résultat à gauche en un point (in-
2. I doit être un intervalle. Le théorème est faux verser haut et bas dans le cas des limite infinies)
dans le cas où I est une réunion d’intervalles et des deux côtés (limite globale) en un même
disjoints (considérer par exemple l’applica- point.
tion x 7→ 1/x, de ] − ∞, 0[∪]0, +∞[ dans R).
3. Si on suppose seulement f ′ (a) > 0, alors f Démonstration.
f (x) − f (a)
n’est pas nécessairement strictement crois- La difficulté est de montrer −−−−→ ℓ, le reste
x−a x→a+
sante au voisinage de a. Exemple : s’en déduisant immédiatement.
Pour tout x ∈]a, b], f est dérivable sur ]a, x[ et conti-
f: R → R nue sur [a, x] donc il existe c ∈]a, x[ vérifiant f ′ (c) =
f (x) − f (a)
0 si x = 0 .
(
x−a
x 7→ On peut ainsi définir une application g :]a, b] →]a, b],
x sin 1/x + (x/2) sinon
2
vérifiant pour tout x ∈]a, b], g(x) ∈]a, x[ et f ′ (g(x)) =
f (x) − f (a)
.
En calculant la limite du taux d’accroisse- x−a
ment de f en zéro, on obtient f ′ (0) = 1/2, Donc g(x) −−−−→ a. Or f ′ −−→ ℓ donc f ′ (g(x)) −−−−→ ℓ.
x→a+ a+ x→a+
mais pour x ̸= 0, f ′ (x) = 1/2 + 2x sin 1/x − Donc
f (x) − f (a)
−−−−→ ℓ.
cos 1/x, et cette expression prend des valeurs x−a x→a+

négatives dans tout voisinage de 0. Remarque 2.5.2.


Ce théorème permet de conclure sur la dérivabilité
4. En général, pour étudier les variations de f
ou non-dérivabilité de f en a dans le cas où la
sur I avec ce théorème, il suffit que f soit
dérivée au voisinage épointé de a admet une limite
dérivable sur l’intérieur de I et continue sur
(finie ou infinie) en a. En revanche il ne permet
I tout entier. En effet, si une application
pas de dire quoi que ce soit dans le cas où la
f continue sur I est croissante (resp. stric-
dérivée n’admet pas de limite.
tement croissante, resp. décroissante, resp.
strictement décroissante) sur ˚I alors elle l’est Exemple 2.5.3.
aussi sur I. On considère les fonctions fn pour n ∈ N définies

260
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

au point 3 de l’exemple 1.2.15. Pour n ⩾ 1, fn est De plus f est continue à gauche et dérivable à
continue sur R et dérivable sur R∗ . De plus gauche en 1, de dérivée à gauche fg′ (1) = e.

1
 
1
  Analyse Supposons f ∈ C 1 (R, R). Alors f est

∀x ∈ R , fn′ (x) = nx n−1
sin − xn−2 cos continue, donc f (x) −−−−→ f (1), donc 1 + a +
x x x→1+
b = e.
Pour n ⩾ 3, fn′ (x) −−−→ 0. Donc, d’après le théo- De plus f est dérivable. Sa dérivée à gauche
x→0

en 1 est e . Pour x > 1, on a f ′ (x) = 2x + a,


x̸=0
rème ci-dessus, pour tout n ⩾ 3, fn est déri-
vable en 0, de dérivée égale à 0 et on a même donc f ′ (x) −−−−→ 2 + a, donc f ′ est dérivable
x→1+
fn ∈ C 1 (R, R). à droite en 1, de dérivée 2 + a.
Pour n ∈ { 1, 2 }, fn′ n’a pas de limite en 0. Le f étant dérivable en 1, on a e = fg′ (1) =
théorème précédent ne permet alors de conclure ni fd′ (1) = 2 + a.
à la dérivabilité, ni à la non-dérivabilité de fn en Donc a = e − 2 et b = 1.
0. Et pour cause : f2 est bien dérivable en 0, de
Synthèse Supposons a = e − 2 et b = 1. Par les
dérivée nulle tandis que f1 ne l’est pas. En effet, le
calculs précédents, f est continue à droite en
taux d’accroissement de fn en 0 est l’application
  1, donc f est continue en 1.
x 7→ xn−1 sin x1 , qui tend vers 0 en 0 si n = 2
De plus, f est dérivable en tout x ∈]1, +∞[,
et n’a pas de limite en 0 si n = 1.
et f ′ (x) = 2x + a, donc f ′ (x) −−−−→ 2 +
x→1+
Exemple 2.5.4. a, donc grâce au théorème de la limite de
Notons f l’application racine carrée de R+ dans la dérivée, f est dérivable à droite en 1 et
R. f est dérivable sur R∗+ et pour tout x ∈ R∗+ , fd′ (1) = 2 + a = e .
f ′ (x) = 2√1 x . Ainsi, f est dérivable en 1, de dérivée e. f
f (x)−f (0)
Donc f ′ (x) −−−−→ +∞, donc x−0 −−−−→ est donc dérivable sur R.
x→0+ x→0+
+∞, donc f n’est pas dérivable en 0. De plus f ′ est continue à droite et à gauche
Remarquez cependant qu’il était ici tout aussi en 1, donc f ′ est continue en 1, donc sur R.
aisé de calculer directement le taux d’accroisse- Donc f ∈ C 1 (R, R).
ment de f en 0 et de vérifier qu’il ne convergeait Conclusion f ∈ C 1 (R, R) si et seulement si a =
pas. e − 2 et b = 1.
Remarque 2.5.5.
On voit sur ces exemples qu’il est erroné de croire 2.6 Théorème des accroissements finis
que la non-dérivabilité de f en a implique que f ′ et suites récurrentes.
n’a pas de limite en a (cas de la racine carrée).
Le TAF fournit un outil supplémentaire pour
Il est tout aussi erroné de croire que l’absence
étudier les suites récurrentes. Si une telle suite
de limite pour f ′ en a implique que f n’est pas
converge, elle converge vers un point fixe de f ,
dérivable en a (cas de f2 ).
et se prête à une approximation des points fixes
Exercice 2.5.6. de f .
Soient
 a, b ∈ R, et f : Le TAF, dans certaines conditions, assure qu’une

 R → R
( telle suite converge (1er résultat) sans avoir à
ex si x ⩽ 1 . Trou- étudier la monotonie de f ni celle de (un ), et as-
 x 7→ x2 + ax + b si x > 1 sure que la convergence est rapide (2eme résultat).

ver les valeurs de a et b pour lesquelles f est de


classe C 1 .
Exemple 2.6.1.
Correction. f : I → R, I stable par f , et ℓ ∈ I un point fixe
Remarquons que f est dérivable sur R \ { 1 } et de f . Soit u0 ∈ I. On considère la suite un+1 =
que sa dérivée est continue sur R \ { 1 }. f (un ).

261
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

Si |f ′ | est majorée par M tel que 0 ⩽ M < 1, n ∈ N,


alors pour tout n, |un −ℓ| ⩽ M n |u0 −ℓ| (le montrer
n−1
par récurrence). Et donc |un − ℓ| → 0. De plus, la
|un − u0 | =
X
uk+1 − uk
convergence est géométrique ce qui est rapide. Par
1 k=0
exemple, si M = , alors on gagne une décimale n−1
10
X
de précision à chaque étape. ⩽ |uk+1 − uk |
k=0
Exemple 2.6.2. n−1
X
Trouver une approximation du point fixe de f : ⩽ |u1 − u0 | Kk
1 k=0
R+ → R, x 7→ à 10−2 . R+ est stable par f , 1
1+x ⩽ |u1 − u0 |.
1 1−K
f est dérivable sur R+ , de dérivée x 7→ −
(1 + x)2
bornée par 1. Ainsi, (un ) est bornée.
Malheureusement cette borne est insuffisante
pour appliquer les idées vues ci-dessus : on aime- 3 Extension au cas des fonctions
rait avoir une borne K strictement inférieure à complexes.
1.
Pour cela, on va chercher un intervalle stable Soit f : I → C, où I est un intervalle de R.
par f sur lequel f ′ est bornée par un K < 1. f ′
étant strictement croissante et à valeurs négatives, • La définition de dérivée en a est exactement
il suffit de trouver un invervalle de la forme [a, b] la même que pour les fonctions réelles, mais la
avec a < b et a > −1. dérivée est à valeurs dans C. On a aussi le résultat

−1 + 5 (simple) suivant.
Le point fixe de f est par calcul α = .
2
On peut constater que f (1) = 1/2, et comme
α ⩽ 1, en déduire que 1/2 ⩽ f (α) = α. Proposition 3.0.1.
La fonction f est dérivable (en un point ou sur
On peut alors constater aisément que [1/2, 1]
I) si et seulement si Re(f ) et Im(f ) le sont aussi.
est stable par f . On peut choisir une valeur arbi-
Dans ce cas, on a f ′ = Re(f )′ + i Im(f )′ .
traire dans [1/2, 1]. En itérant f sur cette valeur
on obtient des approximations successives de α
convergeant vers α. • Les résultats concernant les opérations sur la
dérivabilité se généralisent : +, ×, /.
Exercice 2.6.3.
On considère une suite u définie par • Par contre, attention à la composition : dériver
f ◦ g n’a de sens (dans notre cadre) que si g est à
√ valeurs réelles, et f peut être à valeurs complexes
u0 ∈ [−1, 1] et ∀n ∈ N, un+1 = 2 − un .
! Dans ce cas, on a le même résultat que dans le
cas réel.
Déterminer un segment I sur lequel appliquer
l’IAF permet de montrer que si u0 ∈ I, alors • Pour démontrer tout cela, on utilise la proposi-
un −−−−−→ 1. tion 3.0.1.
n→+∞

Remarque 2.6.4. • Les grands théorèmes :


Supposons maintenant que f : I → I est dérivable
et que sa dérivée est bornée par K < 1. - le théorème de Rolle ne se généralise pas.
Par récurrence, on montre facilement que pour Ex : R → C, x 7→ e ix .
tout n ∈ N, |un+1 − un | ⩽ K n |u1 − u0 |. Alors, si

262
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

- TAF : faux aussi (normal, cela impliquerait 4 Convexité.


le théorème de Rolle).
4.1 Parties convexes de R2 (HP).
- IAF : On peut le formuler comme suit.
Cette partie est hors du programme de MPSI
(mais au programme en MP), et est présente ici à
but d’illustration.
Théorème 3.0.2 (IAF version complexe).
Rappel 4.1.1.
Soit (a, b) ∈ R2 avec a < b et f ∈ C ([a, b], C)0 ∩
Soit A, B des points du plan de R2 d’affixes res-
D(]a, b[, C) tel qu’il existe K > 0 vérifiant ∀x ∈
pectives a, b, soit M un autre point du plan. On
]a, b[ |f ′ (x)| ⩽ K. Alors |f (b)−f (a)| ⩽ K(b−a).
note [A, B] le segment reliant les points A et B.
On a alors
Démonstration. 1. On va d’abord s’intéresser au cas −−→ −−→
particulier où f (b) − f (a) est un réel. Dans ce cas, M ∈ [A, B] ⇔ ∃λ ∈ [0, 1], AM = λAB
on considérons l’application Re(f ) : [a, b] → R. Elle −−→ −→ −−→
est continue sur [a, b] et dérivable sur ]a, b[. De plus, ⇔ ∃λ ∈ [0, 1], OM = (1 − λ)OA + λOB
pour tout x ∈]a, b[, on a |Re(f )′ (x)| = |Re(f ′ (x))| ⩽
|f ′ (x)| ⩽ K. Donc on peut appliquer l’IAF à Re(f ) Notamment, ce segment a pour paramétrisation
et en déduire : |Re(f )(b) − Re(f )(a)| ⩽ K(b − a). Or complexe
Re(f )(b) − Re(f )(a) = Re(f (b) − f (a)) = f (b) − f (a).
On a donc le résultat. { (1 − λ)a + bλ | λ ∈ [0, 1] } .
2. Montrons maintenant le cas général. f (b) − f (a) est
de la forme e iθ |f (b) − f (a)|. Notons alors
Définition 4.1.2.
φ : [a, b] → C
x 7 → e −iθ f (x)
Une partie C ⊂ R2 est dite convexe si pour tout
A, B ∈ C , [A, B] ⊂ C , c’est-à-dire si cette partie
φ est clairement dérivable sur ]a, b[ et continue sur contient tous les segments reliant ses points (voir
[a, b]. De plus pour tout x ∈]a, b[, φ′ (x) = e −iθ f ′ (x), figure XVII.5).
donc |φ′ (x)| = |f ′ (x)| ⩽ K.
De plus φ(b) − φ(a) = e −iθ (f (b) − f (a)) =
|f (b) − f (a)|.
φ(b) − φ(a) est donc réel, donc on peut appliquer le
point ci-dessus à φ : |φ(b) − φ(a)| ⩽ K|b − a|.
Or |φ(b) − φ(a)| = |f (b) − f (a)|, d’où le résultat.
E C
Les notions de monotonie d’une fonction f ou
de signe de f ′ n’ont évidemment pas de sens dans
le cas des fonctions à valeurs complexes, mais on
a cependant le résultat suivant.

Figure XVII.5 – E est convexe, C ne l’est pas.


Théorème 3.0.3.
Soit f ∈ D(I, C). Alors f est constante si et
seulement si f ′ = 0. Remarque 4.1.3.
On peut donner la même définition dans R. Les
Démonstration.
parties convexes de R sont alors les intervalles de
La fonction f est constante si et seulement si Re(f ) et Im(f ) R.
sont constantes, ce qui équivaut à (Re(f ))′ = (Im(f ))′ = 0, Si a < b < c ∈ R, on écrit b = (1 − λ)a + λc,
ce qui équivaut à (Re(f ))′ + i(Im(f ))′ = 0, c’est-à-dire à b−a
f ′ = 0. avec λ = ∈]0, 1[.
c−a

263
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

Exemple 4.1.4.
Ef
Un demi-plan est une partie convexe de R2 .
f (y)
Exercice 4.1.5.
Montrer qu’un disque est une partie convexe de (1 − λ)f (x)
R2 . +λf (y)
f (x)
4.2 Fonctions convexes.
f

Définition 4.2.1. 1. On dit que f : I → R est x (1 − λ)x + λy y


convexe si

∀x, y ∈ I, ∀λ ∈ [0, 1],


Figure XVII.6 – Exemple de fonction f convexe,
f (λx + (1 − λ)y) ⩽ λf (x) + (1 − λ)f (y). une de ses cordes et son épigraphe Ef .

2. On dit que f est concave si

∀x, y ∈ I, ∀λ ∈ [0, 1],


Proposition 4.2.6.
f (λx + (1 − λ)y) ⩾ λf (x) + (1 − λ)f (y) Soit f : I → R, alors f est convexe si et seulement
si −f est concave.

Remarque 4.2.2 (voir figure XVII.6). Démonstration.


Nous avons vu que (λx + (1 − λ)y, λf (x) + (1 − Élémentaire.
λ)f (y)) est une paramétrisation de la corde à la
Remarque 4.2.7.
courbe de f reliant les points d’abscisses x et y.
Tous les résultats sur les fonctions concaves s’ob-
Ainsi, f est convexe si et seulement si ses cordes tiennent donc par symétrie à partir de ceux obte-
sont toutes au dessus des arcs de courbes corres- nus sur les fonctions convexes. Nous nous intéresse-
pondants, et concave si et seulement si ses cordes rons donc principalement aux fonctions convexes
sont toutes au dessous des arcs de courbes corres- par la suite.
pondants.

Remarque 4.2.3.
Cette définition est symétrique en x, y. On pourra Définition 4.2.8.
donc toujours supposer, sans perte de généralité, On appelle épigraphe de f l’ensemble
que x < y.
{ (x, y) | x ∈ I et y ⩾ f (x) } .

Remarque 4.2.4 ( ).
« concave » n’est pas le contraire de « convexe ».
Il existe des fonctions ni concaves, ni convexes Proposition 4.2.9 (Interprétation géométrique,
(par exemple, x 7→ x3 ) ; il existe des fonctions voir figure XVII.6).
concaves et convexes (par exemple, les fonctions Une fonction est convexe si et seulement si son
constantes). épigraphe est une partie convexe de R2 .
Exercice 4.2.5.
Caractériser les fonctions à la fois concaves et Démonstration.
convexes. Soit f : I → R convexe, soit (x, y) et (x′ , y ′ ) deux points

264
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

de l’épigraphe de f : x, x′ ∈ I, y ⩾ f (x) et y ′ ⩾ f (x′ ). Par hypothèse de récurrence, on a


Soit λ ∈ [0, 1]. Comme 1 − λ ⩾ 0 et λ ⩾ 0, on a
λ1 λn
f (S) ⩽ f (x1 ) + · · · + . . . f (xn ),
(1 − λ)y + λy ′ ⩾ (1 − λ)f (x) + λf (x′ ). µ µ

Comme I est un intervalle, on a (1 − λ)x + λx′ ∈ I. Comme de sorte que l’on obtient bien
f est convexe, on a (1−λ)f (x)+λf (x′ ) ⩾ f ((1−λ)x+λx′ ), f (λ1 x1 + · · · + λn+1 xn+1 ) ⩽ λ1 f (x1 ) + · · · + λn+1 f (xn+1 ).
donc
(1 − λ)y + λy ′ ⩾ f ((1 − λ)x + λx′ ). Le résultat est donc bien établi par récurrence.
Ainsi, ((1−λ)x+λx , (1−λ)y+λy ) appartient à l’épigraphe
′ ′

de f , donc cet épigraphe est bien convexe.


Réciproquement, supposons que l’épigraphe de f est Théorème 4.2.11.
convexe. Si x, y ∈ I, on a bien entendu f (x) ⩾ f (x) (idem Soit f : I → R. Alors, f est convexe si et seule-
pour y), donc (x, f (x)) et (y, f (y)) sont deux points de ment si, pour tout a ∈ I, la fonction
l’épigraphe de f . Ainsi, si λ ∈ [0, 1], alors ((1 − λ)x +
λy, (1 − λ)f (x) + λf (y)) est dans l’épigraphe de f , ce qui

 I \ {a} −→ R
signifie exactement que τf,a : f (x) − f (a)
 x 7−→
f ((1 − λ)x + λy) ⩽ (1 − λ)f (x) + λf (y). x−a
Ainsi, f est convexe. est croissante.

Proposition 4.2.10 (Inégalité de Jensen). Démonstration.


Supposons que f est convexe, soit a ∈ I, montrons que
Soit f : I → R convexe. Alors pour tout τf,a est croissante.
x1 , . . . , xn ∈ I et pour tout λ1 , . . . , λn ⩾ 0 vé- Soit x, y ∈ I \ {a} vérifiant x < y, montrons que
rifiant λ1 + · · · + λn = 1, on a τf,a (x) ⩽ τf,a (y).
On procède par disjonction de cas, suivant la position
f (λ1 x1 + · · · + λn xn ) ⩽ λ1 f (x1 ) + · · · + λn f (xn ). de a.
• Si a < x < y, il existe λ ∈]0, 1[ tel que x = (1 − λ)a + λy
x−a
:λ= . On a alors par convexité de f :
y−a
Démonstration. f (x) ⩽ (1 − λ)f (a) + λf (y),
On le montre par récurrence.
Pour n = 1, il n’y a rien à faire. donc
Pour n = 2, c’est la définition de la convexité. En effet, f (x) − f (a) ⩽ λ(f (y) − f (a))
si λ1 + λ2 = 1, on a alors λ2 = 1 − λ1 . Avec la valeur de λ trouvée précédemment, on obtient
Soit n ⩾ 1, supposons l’inégalité de Jensen vérifiée pour
n points et paramètres quelconques. Soit x1 , . . . , xn+1 ∈ I f (x) − f (a) f (y) − f (a)
⩽ ,
et λ1 , . . . , λn+1 ⩾ 0 vérifiant λ1 + · · · + λn+1 = 1. x−a y−a
Remarquons que si λn+1 = 0, le résultat est assuré par
soit exactement τf,a (x) ⩽ τf,a (y).
hypothèse de récurrence, et si λn+1 = 1, on a λ1 = · · · =
On pourrait procéder de même dans les deux autres cas,
λn = 0, et le résultat est immédiat.
mais ces derniers sont équivalents (voir la remarque 4.2.13
On peut donc supposer que 0 < λn+1 < 1.
pour plus de détails).
On pose µ = λ1 + · · · + λn = 1 − λn+1 ∈]0, 1[. Posons
• Si x < a < y, on a par ce qui précède :
aussi
λ1 λn f (a) − f (x) f (y) − f (x)
S= x1 + · · · + . . . xn , ⩽ .
µ µ a−x y−x
de sorte que
Après avoir multiplié par (a − x)(y − x) ⩾ 0 et réordonné
λ1 x1 + · · · + λn+1 xn+1 = µS + λn+1 xn+1 , cela, on retrouve τf,a (x) ⩽ τf,a (y).
• Si x < y < a, on a de même
où µ + λn+1 = 1.
λ1 λn µ f (y) − f (x) f (a) − f (x)
Comme +· · ·+. . . = = 1 et comme ces nombres ⩽
µ µ µ y−x a−x
sont tous positifs, par convexité de I on a S ∈ I (cela se
montre aisément par une récurrence similaire à celle-ci, et l’on retrouve de la même manière (après des manipula-
laissée au lecteur – ou à la lectrice). tions élémentaires) : τf,a (x) ⩽ τf,a (y).
On a alors par convexité de f : Ainsi, par disjonction de cas, τf,a est croissante.
Réciproquement, supposons que, pour tout a ∈ I, τf,a
f (λ1 x1 + · · · + λn+1 xn+1 ) ⩽ µf (S) + λn+1 f (xn+1 ). est croissante sur I \ {a}.

265
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

Soit x, y ∈ I, supposons sans perte de généralité que Démonstration.


x < y. Soit λ ∈]0, 1[, montrons que f ((1 − λ)x + λy) ⩽ Si f est convexe, cela se lit τf,a (b) ⩽ τf,a (c) et τf,c (a) ⩽
(1 − λ)f (x) + λf (y). Posons a = (1 − λ)x + λy ∈]x, y[. τf,c (b), ce qui est vrai par les croissances de τf,a et de τf,b .
a−x y−a Réciproquement, si l’inégalité des trois pentes est tou-
Notamment, λ = et 1 − λ = . On a par
y−x y−x jours vraie, on lit que la fonction τf,a est croissante
croissance de τf,a : sur I∩]a, +∞[ et que la fonction τf,c est croissante sur
I∩] − ∞, c[.
τf,a (x) ⩽ τf,a (y),
Comme a et c sont quelconques, τf,b est croissante
soit sur I∩] − ∞, b[ et sur I∩]b, +∞[. Or si a < b < c, on
f (a) − f (x) f (y) − f (a) lit τf,b (a) ⩽ τf,b (c), donc τf,b est croissante, donc f est
⩽ ,
a−x y−a convexe.
ou l’on a prit soin de n’écrire que des membres positifs. On
Remarque 4.2.13.
a donc
Les trois inégalités
(y − a)(f (a) − f (x)) ⩽ (a − x)(f (y) − f (a)),
f (a) − f (b) f (a) − f (c)
soit ⩽
a−b a−c
(y − x)f (a) ⩽ (a − x)f (y) + (y − a)f (x),
f (a) − f (c) f (b) − f (c)
soit exactement ⩽
a−c b−c
f ((1 − λ)x + λy) ⩽ (1 − λ)f (x) + λf (y). f (a) − f (b) f (b) − f (c)

a−b b−c
Ainsi, f est convexe.
sont toutes les trois équivalentes à l’inégalité

Corollaire 4.2.12 (Théorème des trois pentes, (a − b)f (c) + (b − c)f (a) + (c − a)f (b) ⩽ 0.
voir figure XVII.7).
Soit f : I → R. Alors, f est convexe si et seule-
Corollaire 4.2.14 (voir la figure XVII.8).
ment si, pour tout a < b < c ∈ I, on a
Si f : I → R est convexe, considérons une sécante
f (a) − f (b) f (a) − f (c) f (b) − f (c) à la courbe de f :
⩽ ⩽ . • la corde ainsi construite est au dessus de la
a−b a−c b−c
courbe de f ;
• en dehors de la corde, la sécante est en des-
sous de la courbe de f .

f (c) Démonstration.
Nous savons déjà que la corde à la courbe de f est au
dessus de sa courbe. Soit a < b ∈ I, notons S la sécante à
la courbe de f passant par les points d’abscisses a et b. Soit
x ∈ I vérifiant x < a. Le point d’abscisse x se trouvant sur
f (a) S a pour ordonnée

f (a) + τf,a (b)(x − a)


f (b)
f et le point d’abscisse x de trouvant sur la courbe de f a
pour ordonnée
a b c f (x) = f (a) + τf,a (x)(x − a).

Par croissance de τf,a , on a τf,a (b) ⩾ τf,a (x). Comme


x − a < 0, on obtient bien
Figure XVII.7 – Les trois cordes du théorème
des trois pentes. f (a) + τf,a (b)(x − a) ⩽ f (x),

ce qui permet de conclure.


Le cas x > b est strictement identique.

266
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

Remarque 4.3.3.
Il existe des fonctions convexes non continues, les
discontinuités se trouvant alors au bord de l’in-
tervalle de définition. On peut démontrer qu’une
S fonction convexe admet des limites (éventuelle-
f ment infinies) à gauche ou à droite au bord son
intervalle de définition.
Il existe aussi des fonctions convexes non déri-
vables.
Exercice 4.3.4.
I Montrer que la fonction valeur absolue est
convexe.

Figure XVII.8 – Position d’une sécante S par Théorème 4.3.5.


rapport à la courbe d’une fonction convexe f . Soit f : I → R dérivable. Alors, f est convexe si
et seulement si f ′ est croissante.

4.3 Régularité des fonctions convexes. Démonstration.


Supposons que f est convexe. Soit a < b ∈ I, soit x ∈]a, b[.
Rappel 4.3.1.
Par le théorème des trois pentes (corollaire 4.2.12) :
Soit I ⊂ R un intervalle, de bornes inférieures et
supérieures a, b ∈ R̄. τf (a, x) ⩽ τf (a, b) ⩽ τf (b, x).

L’intérieur de I est l’intervalle ouvert I =]a, b[. Par passage à la limite lorsque x tend vers a, puis vers b,
on obtient
Pour x ∈ R, on a la caractérisation
f ′ (a) ⩽ τf (a, b) ⩽ f ′ (b),

donc f ′ est croissante.
x ∈ I ⇔ ∃ε > 0, [x − ε, x + ε] ⊂ I.
Réciproquement, supposons que f ′ est croissante. Soit
a < b < c ∈ I. Par l’égalité des accroissements finis ap-
pliqués sur [a, b] et [b, c], il existe x ∈]a, b[ et y ∈]b, c[ tels
Théorème 4.3.2 (HP, mais important). f (b) − f (a) f (c) − f (b)
Soit f : I → R convexe. que = f ′ (x) et = f ′ (y). Comme
b−a c−b
◦ x < y, on a donc
Pour tout a ∈ I, f est dérivable à gauche et à
droite en a et fg′ (a) ⩽ fd′ (a). f (b) − f (a) f (c) − f (b)
⩽ ,
◦ b−a c−b
De plus, f est continue sur I.
ce qui s’écrit en mulpliant par (b − a)(c − b) > 0 et en
simplifiant :
Démonstration.
(c − a)f (b) + (b − c)f (a) + (a − b)f (c) ⩽ 0.
La clef de ce théorème est le résultat de croissance des

pentes démontré précédemment. Soit x < a < y ∈ I. Alors, On en déduit immédiatement la condition du théorème des
par croissance de τf,a : trois pentes, donc f est convexe.
τf (x, a) ⩽ τf (a, y). Remarque 4.3.6.
Par limite monotone, τf,a admet donc une limite finie à On démontre de même que, si f est convexe, fg′
gauche en a, donc f est dérivable à gauche en a et ◦
et fd′ sont croissantes sur I, et ce sans hypothèse
fg′ (a) ⩽ τf (a, y). de dérivabilité.
De même, τf,a admet une limite finie à droite en a, donc
f est dérivable à droite en a et
Corollaire 4.3.7.
fg′ (a) ⩽ fd′ (a). Soit f : I → R deux fois dérivable. Alors, f est
Comme f est dérivable à gauche et à droite en a, f est convexe si et seulement si f ′′ est positive.
continue à gauche et à droite en a, donc continue en a.

267
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

Démonstration. On pose a = λx+(1−λ)y ∈ I. Le graphe de f est au-dessus


Immédiat. de sa tangente en (a, f (a)), donc on a les deux inégalités

Exemple 4.3.8. f (x) ⩾ f (a) + f ′ (a)(x − a),


La fonction exponentielle est convexe. Si α ⩾ 1, f (y) ⩾ f (a) + f ′ (a)(y − a).
x 7→ xα est convexe sur R∗+ . En effectuant leur combinaison linéaire avec les coefficients
λ ⩾ 0 et (1 − λ) ⩾ 0, on obtient

λf (x) + (1 − λ)f (y) ⩾ f (a) + f ′ (a)(λx + (1 − λ)y − a),


Théorème 4.3.9 (voir la figure XVII.9).
Soit f : I → R dérivable. Alors, f est convexe si ce qui donne exactement
et seulement si la courbe de f est au dessus de λf (x) + (1 − λ)f (y) ⩾ f (a).
toutes ses tangentes.
Ainsi, f est convexe.

Corollaire 4.3.10 (Caractérisations de la conca-


T′
vité).
Soit f : I → R.
Si f est dérivable, alors f est concave si et
T seulement si f ′ est décroissante, et si et seulement
si la courbe de f est en dessous de toutes ses
f tangentes.
Si f est deux fois dérivable, alors f est concave
si et seulement si f ′′ est négative.

Démonstration.
Immédiat avec la proposition 4.2.6.
I
Exemple 4.3.11.
La fonction ln est concave.
Figure XVII.9 – Position de deux tangentes
T et T ′ par rapport à la courbe d’une fonction Définition 4.3.12.
convexe f . Soit f : I → R continue, soit a ∈ I. Alors, a est un
point d’inflexion pour f si la courbe de f change
de concavité en a, c’est-à-dire s’il existe ε > 0
Démonstration. tel que f|[a−ε,a] et f[a,a+ε] soient de concavités
On démontre que f est convexe si et seulement si, pour opposées (l’une est convexe et l’autre est concave).
tout a, x ∈ I,

f (x) ⩾ f (a) + (x − a)f ′ (a).

Supposons f convexe. Soit x, a ∈ I. Si x = a, on a f (x) = Proposition 4.3.13.


f (a) + (x − a)f ′ (a). Si x ̸= a, on peut appliquer l’égalité Soit f : I → R deux fois dérivable. Alors tout
des accroissements finis : il existe c entre a et x tel que point d’annulation de f ′′ où f ′′ change de signe
f (x) − f (a) est un point d’inflexion de f .
= f ′ (c).
x−a Si a est un point d’inflexion de f , la tangente à
• Si x > a, on a x − a > 0 et par croissance de f ′ , on
la courbe de f en a traverse la courbe de f , en a.
a f ′ (c) ⩾ f ′ (a).
• Si x < a, on a x − a < 0 et par croissance de f ′ , on
a f ′ (c) ⩽ f ′ (a). Exemple 4.3.14.
Dans les deux cas, on a bien f (x) ⩾ f (a) + (x − a)f ′ (a). Les fonction tan, sin et sh ont chacune un point
Réciproquement, supposons que la courbe de f est au
d’inflexion en 0.
dessus de toutes ses tangentes. Soit x, y ∈ I 2 , soit λ ∈ [0, 1].

268
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

f (a)

Figure XVII.10 – Exemple de point d’inflexion


a pour une fonction f . La tangente T traverse la
courbe de f .

269
CHAPITRE XVII. DÉRIVABILITÉ

270
Chapitre XVIII

Fractions rationnelles
Sommaire
1 Corps des fractions rationnelles K(X). . 272
1.1 Définitions. . . . . . . . . . . . . . . . 272
1.2 Fonctions rationnelles. . . . . . . . . . 273
1.3 Dérivées, degrés et pôles. . . . . . . . . 273
1.4 Zéros et pôles. . . . . . . . . . . . . . . 275
2 Étude locale d’une fraction rationnelle. 275
2.1 Partie entière. . . . . . . . . . . . . . . 275
2.2 Partie polaire associée à un pôle. . . . 275
2.3 Décomposition en éléments simples dans
C(X). . . . . . . . . . . . . . . . . . . 276
2.4 Décomposition en éléments simples dans
R(X). . . . . . . . . . . . . . . . . . . 276
2.5 Quelques méthodes de calcul. . . . . . 277
a Avant même de commencer. . . . 277
b Simplification par symétrie, parité
et imparité. . . . . . . . . . . . . 277
c Simplification par conjugaison de
fractions rationnelles réelles. . . . 277
d Méthode de base. . . . . . . . . . 278
e Résidus. . . . . . . . . . . . . . . 278
f Un exemple. . . . . . . . . . . . . 279
g Évaluation en un point différent
d’un pôle. . . . . . . . . . . . . . 279
h Identification. . . . . . . . . . . . 279
i Développements limités. . . . . . 279
2.6 Décomposition de P ′ /P . . . . . . . . . 280
3 Application au calcul intégral. . . . . . 281
3.1 Si K = C . . . . . . . . . . . . . . . . . 281
3.2 Si K = R . . . . . . . . . . . . . . . . . 281
CHAPITRE XVIII. FRACTIONS RATIONNELLES

Dans ce chapitre, K = R ou C.
Nous allons étudier un nouveau corps : K(X), qui Définition 1.1.3.
est le corps des fractions rationnelles. Sa construc- Soit R ∈ K(X), un couple (A, B) ∈ K[X]2 tel
tion est hors-programme, mais on peut mention- A
que R = est appelé représentant de la fraction
ner que l’on obtient K(X) à partir de K[X] de la B
rationnelle R.
même manière que l’on obtient Q à partir de Z :
on rajoute de nouveaux éléments qui seront les
inverses pour la loi × de tous les éléments non Passons maintenant à des définitions algé-
nuls, c’est-à-dire que l’on introduit les éléments briques.
1
, où P ∈ K[X]\{0}. Ainsi, K(X) est le corps
P
contenant les fractions de polynômes. Définition 1.1.4 (Lois sur K(X)).
On définit trois lois sur K(X), les deux premières
1 Corps des fractions ration- sont des lois internes, la troisième est une loi
externe.
nelles K(X). 
 K(X)× K(X)  −→ K(X)
Addition + : A C AD + BC
1.1 Définitions.  , 7−→
B D BD
La construction de l’ensemble des fractions ra-

 K(X)× K(X)  −→ K(X)
tionnelles étant hors-programme, on introduit Produit × : A C AC
, 7−→
celui-ci de façon axiomatique.

B D BD
Multiplication
 par un scalaire
Définition 1.1.1.  K× K(X)  −→ K(X)
·: A λA

Il existe un ensemble K(X) vérifiant :  λ, 7−→
B B
(i) À tout couple (A, B) ∈ K[X]2 tel que B ̸= 0,
Alors (K(X), +, ×) est un corps.
on peut associer un élément de K(X) noté
A De plus, tout polynôme de K[X] s’identifie à l’élé-
; P
B ment de K(X). Cette identification permet de
1
(ii) Réciproquement, tout élément de K(X) considérer (K[X], +, ×) comme un sous-anneau
A
s’écrit , avec A, B ∈ K[X], B ̸= 0 ; de (K(X), +, ×).
B Le neutre de la loi + et 0, celui de la loi × est
(iii) Si A, B, C, D ∈ K[X] tels que B et D soient A −A B
A C 1. L’opposé de et , son inverse est .
non nuls, on a : = ⇔ AD = BC. B B A
B D
Cette définition permet de donner sans ambi-
guïté tous les éléments de K(X) : ce n’est qu’une Remarque 1.1.5.
définition ensembliste. On verra bientôt que (K(X), +, ·) est un K-espace
Cet ensemble est appelé l’ensemble des fractions vectoriel.
rationnelles à coefficients dans K. Démonstration.

Les définitions ci-dessus sont a priori ambiguës :


L’écriture (ii) n’est pas unique ! par exemple lorsqu’on veut additionner deux fractions ra-
tionnelles R1 et R2 , on dispose de plusieurs représentants
Remarque 1.1.2. pour R1 et de plusieurs représentants pour R2 (il y en a
Remarquons que cette définition dit notamment même une infinité). Lesquels choisir pour appliquer la défi-
A nition ? On peut en fait montrer que le résultat ne dépend
que pour toute fraction rationnelle et tout pas du choix des représentants. En effet, considérons deux
B A1 C1
polynôme non nul C, les fractions rationnelles représentants
B1
et
D1
pour R1 et deux représentants
AC A2 C2
sont égales (en effet AC × B = A × BC). et pour R2 .
BC B2 D2

272
CHAPITRE XVIII. FRACTIONS RATIONNELLES

On a Ai Di = Bi Ci pour i = 1, 2. Montrons alors qu’on Remarque 1.2.5. 1. Ce problème du domaine


A1 B2 + A2 B1 C1 D2 + C2 D1
a = . de définition explique pourquoi l’on travaille
B1 B2 D1 D2
Il suffit de remarquer qu’on a successivement : avec des formes irréductibles : avec une
(A1 B2 + A2 B1 )D1 D2 = (A1 D1 )B2 D2 + (A2 D2 )B1 D1
forme réductible, le domaine de définition
= (B1 C1 )B2 D2 + (B2 C2 )B1 D1
serait encore plus restreint (et en tout cas
différent, donc pas très pratique), car le déno-
= (C1 D2 + C2 D1 )B1 B2
minateur aurait encore plus de racines. Par
A1 A2 C1 C2 λA1 λC1 X
On a aisément de même = et = . exemple, pour R = 1 si l’on écrit R = ,
B1 B2 D1 D2 B1 D1
On procède de même (mais plus simplement) pour le X
la fonction rationnelle associée ne serait pas
produit et la multiplication scalaire.
définie en 0, ce qui est idiot pour une fonction
constante.
1.2 Fonctions rationnelles.
2. La remarque 1.2.3 permet de conclure que
R̃ ne dépend pas de la forme irréductible
Définition 1.2.1. choisie.
Soit R ∈ K(X). On appelle forme irréductible de
P
R toute écriture de R de la forme R = avec Proposition 1.2.6.
Q
P, Q ∈ K[X] tels que P ∧ Q = 1. Soient R1 , R2 deux fractions rationnelles. Alors
R1 = R2 ⇔ R̃1 = R̃2 .
Exemple 1.2.2.
X2 − 1 X +1 Démonstration.
n’est pas irréductible, mais Le sens direct découle des propriétés de l’égalité en mathé-
X(X − 1) X
l’est. matiques.
P A
Étudions le sens indirect : on note R1 = et R2 = ,
Remarque 1.2.3. Q B
P̃ Ã
deux formes irréductibles. Alors les fonctions et
Q̃ B̃
Il existe une infinité de formes irréduc- coïncident sur leur ensemble de définition D, d’où P̃ B̃ et
1 2 3
tibles : ainsi , et sont trois formes ÃQ̃, qui sont deux fonctions polynomiales, coïncident sur
X 2X 3X D, qui est infini. Donc les polynômes sous-jacents sont
irréductibles d’une même fraction rationnelle. égaux, i.e. P B = AQ. Donc on a R1 = R2 .
A C
Cependant, si et sont deux formes irré-
B D
ductibles d’une même fraction rationelle, alors il 1.3 Dérivées, degrés et pôles.
existe λ ∈ K∗ vérifiant C = λA et D = λB. (en
effet, on a alors AD = BC donc D|BC or D et
C sont premiers entre eux, donc D divise B ; de Définition 1.3.1.
même B|AD donc B|D, B et D sont donc asso- A
Soit R = . On appelle dérivée de R la fraction
ciés, il existe donc λ non nul vérifiant D = λB, B ′
donc λAB = BC, or B ̸= 0 donc C = λA). A B − B′A
rationnelle . Cette fraction rationnelle
B2
ne dépend pas du choix de A et de B, et est donc
Définition 1.2.4. bien définie.
A
Soient R ∈ K(X) et une forme irréductible de On a alors les propriétés suivantes, pour R1 , R2 ∈
B
R. Alors si à et B̃ sont les fonctions polynômiales K(X) et λ ∈ K :
associées à A et B, on appelle fonction rationnelle (i) (R1 + λR2 )′ = R1′ + λR2′
associée à R la fonction R̃ : K\A → K , (ii) (R1 × R2 )′ = R1′ R2 + R1 R2′
Ã(x) 
R1 ′ R1′ R2 − R1 R2′

x 7→ (iii) si R2 ̸= 0, = .
B̃(x) R2 R22
où A est l’ensemble des racines de B.

273
CHAPITRE XVIII. FRACTIONS RATIONNELLES

Démonstration. • Montrons que R′ ne dépend pas On voit là qu’une fraction rationnelle de degré
P A A
du choix de A et B : si R = = , avec nul n’est pas forcément constante.
Q B B
irréductible. Alors P B = AQ, donc A|P B et, avec
le lemme de Gauss, A|P , d’où il existe C ∈ K[X] Proposition 1.3.7.
tel que P = AC, et par suite Q = BC. Dans ce cas, Soient R1 , R2 ∈ K(X).
 ′
P P ′ Q − Q′ P
= (i) deg(R1 + R2 ) ⩽ max(deg R1 , deg R2 )
Q Q2
(A′ C + AC ′ )BC − (B ′ C + BC ′ )AC (ii) deg(R1 R2 ) = deg R1 + deg R2
=
B2C 2 R1
(iii) Si R2 ̸= 0, deg = deg R1 − deg R2 .
C 2 (A′ B − AB ′ ) R2
=
C 2B2
(iv) Si deg R1 ̸= 0, alors deg R1′ = deg R1 − 1.
A′ B − AB ′
=
B2 (v) Si R1 ̸= 0, alors deg R1′ < deg R1 .
 ′
A
= .
B
Démonstration.
• Il suffit de remplacer les expressions par leurs défini- P A
tions et d’un simple calcul pour vérifier les propriétés On note R1 = et R2 = .
Q B
énoncées. P B + AQ
(i) On a : R1 + R2 = . Donc
QB
Remarque 1.3.2. deg(R1 + R2 )
La dérivation sur K(X) prolonge celle sur K[X]. = deg(P B + AQ) − deg(QB)
⩽ max(deg(P B), deg(AQ)) − deg Q − deg B
Définition 1.3.3 (Degré). ⩽ max(deg P + deg B, deg A + deg Q) − deg Q − deg B
A ⩽ max(deg P + deg B − deg Q − deg B,
Soit R = , avec A, B ∈ K[X], B = ̸ 0. On ap-
B deg A + deg Q − deg Q − deg B)
pelle degré de R, noté deg R, la quantité deg R =
⩽ max(deg P − deg Q, deg A − deg B)
deg A−deg B. Si A ̸= 0, il s’agit d’un entier relatif.
⩽ max(deg(P/Q), deg A/B)
Sinon, deg R = −∞. Cette définition ne dépend
⩽ max(deg(R1 ), deg(R2 )).
là encore pas du représentant choisi.
(ii) Simple calcul.
Démonstration. (iii) Idem.
A C (iv) On note d = deg P , e = deg Q, p le coefficient domi-
Si F = = , alors AD = BC, donc deg(AD) =
B D nant de P et q celui de Q.
deg(BC), soit deg(A) + deg(D) = deg(B) + deg(C). On • Si e = 0, alors R1 est un polynôme et le résultat
obtient donc deg(A) − deg(B) = deg(C) − deg(D). est alors connu.
Q′
Remarque 1.3.4. • Si d = 0 et e ̸= 0, alors deg R1 = −e et R1′ = −p 2 ,
Q
Le degré sur K(X) prolonge celui sur K[X]. dont le degré est e − 1 − 2e = −e − 1 = deg R1 − 1.
′ ′
P Q−Q P
Remarque 1.3.5. • Si d =
̸ 0 et e ̸= 0, alors on a R1′ = , donc
Q2
La fraction rationnelle nulle est la seule à ne pas deg P Q = deg P Q = deg P + deg Q − 1 = d + e − 1.
′ ′

Le coefficient de degré d + e − 1 de P ′ Q − Q′ P est


avoir pour degré un entier.
dpq − epq = (d − e)pq = ̸ 0 car d − e = deg R1 ̸= 0,
Exemple 1.3.6. donc deg R1′ = d + e − 1 − deg(Q2 ) = d + e − 1 − 2e =
d − e − 1 = deg R1 − 1.
! (v) En reprenant le calcul précédent : deg(R1′ ) ⩽
X4 max(deg(P ′ Q), deg(P Q′ )) − 2 deg(Q) < d + e − 2d.
deg =4−2=2
X(X − 1)
X(X 2 + 5)
!
deg = 3 − 5 = −2 si deg R = 0, on peut juste dire deg R′ <
X 3 (X 2 + X − 2)
deg R − 1, car avec les notations de la démonstra-
X 2 (X + 1)
!
deg =3−3=0 tion on a e = d.
X 3 − 2X + 3

274
CHAPITRE XVIII. FRACTIONS RATIONNELLES

Exemple 1.3.8. 2 Étude locale d’une fraction ra-


• si R = 1, deg R′ = −∞.
1 1 tionnelle.
• si R = , R′ = − 2 donc deg R′ = deg R − 1.
X X
X 1 1 2.1 Partie entière.
• si R = = 1− , R′ = ,
X +1 X +1 (X + 1)2
donc deg R′ = deg R − 2.
Xn Théorème 2.1.1.
• De manière générale, si n ∈ N∗ et R = n , Soit R ∈ K(X) Alors il existe un unique couple
X +1
alors deg R = deg R − (n + 1).

(E, Q) ∈ K[X] × K(X) tel que deg Q < 0 et R =
E + Q. Le polynôme E est appelé la partie entière
1.4 Zéros et pôles. de R.

Démonstration.
A
Définition 1.4.1. On note R = .
B
A Existence On effectue la division euclidienne de A par B,
Soit R = , irréductible.
B qui donne A = EB + T , avec deg T < deg B. Ainsi
1. Toute racine de A est appelée racine ou zéro EB + T T
R = = E + Q, avec Q = : on a bien
B B
de R. Si elle est de multiplicité m dans A, on deg Q < 0.
dira aussi qu’elle est de multiplicité m dans Unicité Soient (E, Q) et (D, U ) deux couples convenables.
R. Alors E + Q = D + U , soit E − D = U − Q. Si
E − D ̸= 0, on a deg(E − D) ⩾ 0. Or deg(U − Q) ⩽
2. Toute racine de B est appelée pôle de R. Si max(deg Q, deg U ) < 0. Ceci est contradictoire, donc
elle est de multiplicité m dans B, on dira E − D = 0, i.e. E = D. Il s’ensuit que Q = U .
aussi qu’elle est de multiplicité m dans R.
On utilise les expressions pôle ou racine simple Exemple 2.1.2.
ou double quand la multiplicité vaut 1 ou 2. Après division euclidienne, on obtient
X6 + X3 + X2 − 1
= X 4 − 3X 2 + X +
X2 + 3
−3X − 31
À nouveau, la multiplicité n’est bien dé- 10 + , et ainsi la partie entière de
X2 + 3
finie que si la fraction est irréductible : 1 n’a pas X +X +X −1
6 3 2
la même multiplicité dans les dénominateurs de est X 4 − 3X 2 + X + 10.
X2 + 3
X(X − 1) X
et . De plus 1 n’est pas racine
(X − 1) 2 X −1 2.2 Partie polaire associée à un pôle.
de ces fractions rationnelles, car 1 n’est pas racine
de la forme irréductible.
A
En allant encore plus loin, soit R = une frac- Définition 2.2.1.
B n
A(X − λ) Soit m ∈ N, R ∈ K(X), et λ un pôle de R de
tion rationnelle. Alors R = , et ce multiplicité m. Alors il existe une unique famille
B(X − λ)n
pour tous λ ∈ K et n ∈ N. Donc, si on oubliait a1 , . . . , am ∈ K et une unique fraction rationnelle
l’hypothèse « forme irréductible », on pourrait S n’ayant pas λ pour pôle vérifiant
montrer que tout scalaire est racine et pôle de m
ak
toute fraction rationnelle, avec n’importe quelle R= + S.
X
(X − λ)k
multiplicité. k=1
m
Remarque 1.4.2. ak
La somme est appelée partie po-
X
On pourra, si besoin, considérer la convention (X − λ)k
k=1
suivante : un scalaire est racine (resp. pôle) de laire de R associée au pôle λ.
multiplicité zéro de R = A/B s’il n’est pas racine De plus :
de A (resp. B).

275
CHAPITRE XVIII. FRACTIONS RATIONNELLES

2.4 Décomposition en éléments simples


1. le coefficient am est non nul ; dans R(X).
2. les autres pôles de R sont exactement les
Dans R(X), le dénominateur d’une fraction
pôles de S, avec la même multiplicité.
rationnelle n’est pas nécessairement scindé ce qui
complique la décomposition en éléments simples
Démonstration. des fractions rationnelles. Nous commençons par
Hors-programme. donner un énoncé valable à la fois dans C(X) et
Exemple 2.2.2. R(X) et nous verrons ensuite ce qu’il donne dans
Par exemple, il existe a, b, c ∈ R et P ∈ K[X] le cas particulier de C(X).
uniques tels que

X +1 a b Théorème 2.4.1 (Décomposition dans K(X)).


= +
(X − 1) (X − 2)
3 2 X − 1 (X − 1)2 Soit R ∈ K(X). R s’écrit sous forme irréductible
Q avec Q unitaire. Le polynôme Q s’écrit alors
c P P
+ + .
(X − 1)3 (X − 2)2 n
sous la forme H1n1 . . . Hp p où H1 , . . ., Hp sont des
polynômes irréductibles unitaires distincts et n1 ,
2.3 Décomposition en éléments simples . . ., np des naturels non nuls.
dans C(X). Alors R se décompose de façon unique sous la
forme
R = E + F1 + . . . Fp
Théorème 2.3.1 (Décomposition dans C(X)).
Soit R ∈ C(X). Alors R est la somme de sa partie où E est un polynôme et pour tout k ∈ [[1, p]],
P k Jk,j
entière et de ses parties polaires. Cette décom- Fk s’écrit sous la forme nj=1 j , où pour tout
Hk
position s’appelle la décomposition en éléments j ∈ [[1, nk ]], on a deg Jk,j < deg Hk . Cette décom-
simples de R. position s’appelle la décomposition en éléments
Plus précisément : si λ1 , . . . , λn sont les pôles simples de R dans K(X).
de R, de multiplicités respectives m1 , . . . , mn , De plus E est nécessairement la partie entière
alors il existe une unique famille d’éléments de C de R.
a1,1 , . . . , a1,m1 , . . . , an,1 , . . . , an,mn (le premier in-
dice représentant le pôle et le second indice allant Démonstration.
de 1 à la multiplicité de ce pôle), vérifiant Hors programme.

Remarque 2.4.2. 1. Dans C(X), les irréduc-


 
n mk
ak,j
R=E+
X X
tibles sont de degré 1 et les Jk,j sont donc
(X − λk )j
 
k=1 j=1 tous des polynômes constants : on retrouve
l’énoncé donné spécifiquement pour C(X).
où E est la partie entière de R.
2. Dans R(X), les irréductibles sont de degré 1
Démonstration.
ou 2, d’où l’énoncé qui suit.
Hors programme.

Exemple 2.3.2.
Théorème 2.4.3 (Décomposition dans R(X)).
X5 + X2 − 3
s’écrit de manière unique sous Soit R ∈ R(X). R s’écrit sous forme irréductible
(X − 1)3 (X − 2)2
Q avec Q unitaire. Le polynôme Q s’écrit alors
P
la forme
sous la forme i=1 (X − λi )mi × pi=1 Hini , où λ1 ,
Qq Q
a1 a2 a3 . . ., λq sont les racines (deux à deux distinctes)
1+ + +
X − 1 (X − 1)2 (X − 1)3 de Q et H1 , . . ., Hp sont des polynômes de degré
b1 b2 deux sans racines réelles.
+ +
X − 2 (X − 2)2

276
CHAPITRE XVIII. FRACTIONS RATIONNELLES

est paire, car R(−X) = R(X). Mais on sait qu’il


Alors R se décompose de façon unique sous la existe a, b, c, d ∈ R tels que
forme a b c d
R= + + + .
q X
mk
ak,j X − 1 (X − 1) 2 X + 1 (X + 1)2
R=E+
X
(X − λk )j Et donc
k=1 j=1
a b
p X
nk
bk,j X + ck,j R(−X) = − +
+ X + 1 (X + 1)2
X

k=1 j=1 Hkj c d


− + .
X − 1 (X − 1)2
où E est un polynôme et tous les ak,j , les bk,j et
les ck,j sont des réels. Par unicité des coefficients de la décomposition
Cette décomposition s’appelle la décomposition en éléments simples, on en déduit que a = −c
en éléments simples de R dans R(X). et b = d : le calcul de a et b suffit donc (deux
De plus E est nécessairement la partie entière coefficients au lieu de quatre !).
de R. On a la même chose avec les fractions ration-
nelles impaires.
On pourra aussi exploiter d’autres types de
2.5 Quelques méthodes de calcul. 1
symétries. En voici un exemple : F = .
X(X − 1)
L’objectif est d’obtenir le plus rapidement pos- Les pôles (0 et 1) sont « symétriques » par rapport
sible la décomposition en éléments simples d’une 1
à , ce qui se voit par F (X) = F (1 − X). Si l’on
fraction rationnelle, bien entendu sans faire d’er- 2
reurs de calculs. Il est donc fortement conseillé de α β
écrit F = + , on obtient alors F (1−X) =
suivre les méthodes suivantes, en essayant d’uti- X X −1
−β −α
liser les méthodes les plus appropriées dans le + , ce qui donne α = −β.
X X −1
contexte.
Enfin, si vous en avez le temps, pensez bien à
c Simplification par conjugaison de frac-
vérifier vos calculs, par exemple en recomposant
tions rationnelles réelles.
la fraction rationnelle.
Soit R ∈ R(X), et soit λ ∈ C \ R un pôle
a Avant même de commencer. complexe non réel de R, de multiplicité m. Alors
λ est aussi un pôle de R de multiplicité m. On a
Pour décomposer une fraction ra