Syllabus Droit Penal Special
Syllabus Droit Penal Special
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Notes de cours de droit pénal spécial
Pris par rapport au droit pénal général1, le droit pénal spécial se charge de l’étude des
infractions avec leurs peines et leurs mesures de sûreté en particulier.
Au point de vue chronologique, les pénalistes de la République démocratique du Congo
admettent dans leur ensemble l’antériorité du droit pénal spécial sur le droit pénal général.
Aussi, le Professeur Raphaël NYABIRUNGU Mwene SONGA pouvait-il écrire :
« Historiquement, le droit pénal spécial précède le droit pénal général, le législateur
s’empressant à prendre position d’abord sur les infractions, à dresser la liste des actes qui
portent atteinte à l’ordre public »2. Cette opinion a également été partagée par le Professeur
Victor KALOMBO MBANGA WA MANSHIMBA3.
Actuellement, le droit pénal spécial se révèle comme une discipline au sein de laquelle
s’assemblent plusieurs autres branches du droit pénal. Il en est ainsi du droit pénal des
affaires, du droit pénal économique, du droit pénal de la consommation, du droit pénal
financier, du droit pénal du travail, du droit pénal pharmaceutique, du droit pénal des sociétés,
du droit pénal aérien, du droit pénal de l’environnement…
Ces différentes branches, relevant au départ du droit pénal particulier, rentrent dans le droit
pénal spécial à l’intérieur duquel elles forment chacune un droit pénal très spécialisé. On peut
dès lors soutenir, avec raison en compagnie du Professeur Raphaël NYABIRUNGU mwene
SONGA que :
« Partout et dans tous les secteurs où se développe une activité humaine, le droit pénal est
appelé à intervenir, et des nouvelles disciplines pénales, à naître et à croître. Aussi, ne
devrons-nous pas être surpris par l’existence ou l’avènement prochain d’un droit pénal de
l’espace, d’un droit pénal de la mer, d’un droit pénal des naissances médicalement assistées,
d’un droit pénal du clonage humain4, d’un droit pénal monétaire …»5.
A ce titre, il serait plus correct de parler aujourd’hui de l’existence, non pas d’un droit pénal
spécial, mais plutôt des droits pénaux spéciaux6.
1
Le droit pénal général montre la philosophie du législateur quant à la répression des infractions ; ce qui
signifie que le droit pénal général étudie les conditions auxquelles sera d’application le droit pénal spécial. Il
pose des idées générales essentielles, des principes de base pour bien appliquer le droit pénal spécial.
2
Raphaël NYABIRUNGU mwene SONGA, Traité de droit pénal général congolais, 2ème édition, Kinshasa,
E.U.A.,2007, p.36.
3
Victor KALOMBO MBANGA wa MANSHIMBA, Notes des étudiants au cours de droit pénal spécial, troisième
graduat droit, Université de Mbujimayi, 1998-1999, (inédites).
4
Le clonage humain peut s’entendre comme une obtention, par des manipulations biologiques, d’une série de
molécules identiques, (acides nucléiques) ou d’êtres unicellulaires (bactéries) ou pluricellulaires (amphibiens,
mammifères…), dotés d’un patrimoine génétique identique. En ce sens, le clonage de gènes est l’ensemble de
méthodes du génie génétique permettant l’isolement et la multiplication des gènes. (Voir cette définition dans
le Petit Larousse illustré, Paris, 2011, p. 214).
5
Raphaël NYABIRUNGU Mwene SONGA, op.cit., p.37.
6
Cette appellation répond le mieux à l’existence d’une diversité de branches de nature pénale, consistant
chacune dans l’étude des infractions et de leur répression en particulier dans tel ou tel autre domaine de
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Notes de cours de droit pénal spécial
l’activité humaine, branches adoptant parfois une philosophie répressive appropriée audit domaine. Tel est le
cas du droit pénal de la famille et du droit pénal pharmaceutique qui, bien qu’étant tous des branches du droit
pénal particulier, n’ont pas forcément une même philosophie répressive.
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Notes de cours de droit pénal spécial
Le droit pénal spécial fait jusqu’à ce jour l’objet de plusieurs définitions dont les unes ont un
caractère essentiellement objectif et les autres un caractère subjectif en ce que ces dernières
mettent spécifiquement un accent sur le jus puniendi (droit de punir) de l’Etat dont le droit
pénal spécial est l’instrument ; l’infraction étant l’une des conditions d’exercice de ce droit de
punir et la peine en constituant la conséquence.
En effet, se ralliant à la tendance objective, Jean CONSTANT définit le droit pénal spécial
comme l’ensemble de dispositions énumérant les faits qualifiés d’infractions 7.
De son côté, le Professeur Raphaël NYABIRUNGU Mwene SONGA, mettant un accent sur
le contenu du droit pénal spécial, le définit comme l’une des branches du droit pénal qui
comporte la nomenclature des infractions, l’étude des éléments constitutifs et des régimes
juridiques de chaque infraction8.
Abonde dans le même sens, le Professeur LIKULIA BOLONGO qui soutient que : « Le droit
pénal spécial peut donc se définir comme une discipline des sciences criminelles consacrée à
l’étude concrète et particulière de chaque incrimination, précisant ses éléments constitutifs
spéciaux, les modalités de sa répression ainsi que son régime juridique propre »9.
7
Jean CONSTANT, Traité élémentaire de droit pénal, principes généraux du droit pénal positif belge, tome I, la loi
pénale - l’infraction - le délinquant ; imprimerie nationale, Liège, 1965, p.56.
8
Raphaël NYABIRUNGU Mwene SONGA, op.cit., p.36.
9
LIKULIA BOLONGO, Droit pénal spécial zaïrois, tome I, 2ème édition, L.G.D. J., Paris, 1985, p.11.
10
Pierre AKELE ADAU, Méthodes du droit pénal spécial, cours de D.E.S., Tome I, droit : science sans méthode ?
Les bases théoriques de la méthodologie du droit pénal spécial, département de droit pénal et criminologie,
Faculté de droit, Université de Kinshasa, 2005-2006, p.20.
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Notes de cours de droit pénal spécial
Plus simpliste encore est la définition que donne au droit pénal spécial le Professeur Victor
KALOMBO MBANGA en termes d’étude des comportements érigés en infractions par un
Etat à un moment donné de son histoire. C’est une branche, ajoute-t-il, qui comprend un
ensemble de normes de droit relatives aux comportements qui ont été jugés dommageables à
l’endroit de l’intérêt général. Il s’agit de l’une des branches traditionnelles du droit pénal 11.
De son côté, le Professeur NGOTO Ngoie NGALINGI soutient que le droit pénal spécial
renvoie à l’étude particulière de chaque infraction pénale 12 et qu’en ce sens, il s’oppose au
droit pénal général qui regroupe l’étude des principes du droit applicables à toute infraction
pénale quelle qu’elle soit13.
Par ailleurs, Patrick CANIN définit le droit pénal spécial comme étant un catalogue des
diverses incriminations qui protègent la personne, les biens, la nation, l’Etat ou la paix
publique. Il étudie, ajoute-t-il, chaque infraction dans ses divers éléments14.
Pour notre part, le droit pénal spécial peut être défini comme l’une des branches du droit
criminel qui constitue l’application concrète du droit pénal général en listant les
incriminations, les peines et les mesures de sûreté retenues à une période précise de l’histoire
juridique d’une entité juridique déterminée.
Il importe de ne pas confondre les peines aux mesures de sûreté. En effet, les peines sont
basées sur les concepts traditionnels de faute et de responsabilité morale, elles tendent plus à
la prévention générale qu’à la prévention spéciale ; alors que les mesures de sûreté sont
dépourvues de toute coloration morale. Ces dernières se proposent seulement d’assurer, dans
certains cas où elles apparaissent nécessaires, la défense de la société par la prévention
spéciale. Cette distinction entre peine et mesure de sûreté a été pour une grande part l’œuvre
de l’Union internationale de droit pénal, en sigle U.I.D.P15.
Ainsi défini, le droit pénal spécial, à l’instar de toute autre discipline scientifique, a
indubitablement ses sources. La question y relative se formule en termes de savoir qui, dans
un pays comme la République démocratique du Congo, est habilité à prohiber un
11
Victor KALOMBO MBANGA, Op. cit.
12
Il y a lieu de souligner ici notre désaccord face au vocable « infraction pénale » que nous estimons impropre
pour cette raison que toute infraction est par nature pénale ; il n’y en a pas une qui soit civile. De surcroit,
même dans le cas où il s’agit d’une infraction sociale, fiscale, douanière, pharmaceutique, économique,
sanitaire… chacune de ces infractions spécifiques est tout d’abord pénale. Il est dès lors superfétatoire
d’ajouter le qualificatif « pénale » au mot « infraction » qui sous-entend déjà un comportement prohibé et
réprimé par une loi pénale.
13
NGOTO Ngoie NGALINGI, L’essentiel du droit pénal congolais, Presses universitaires du Congo, 2018, p.241.
14
Patrick CANIN, Droit pénal général, les fondamentaux, Hachette, 2000, p.10.
15
Pierre BOUZAT, Etat de droit et mesures de sûreté, Padova-Cedam, 1962, p.6.
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Notes de cours de droit pénal spécial
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Notes de cours de droit pénal spécial
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Notes de cours de droit pénal spécial
confirme, dans son article 12 alinéas 1 et 2, ses articles 20 et 21 que la coutume est devenue la
seconde source du droit pénal spécial. Cependant, ce ne sont pas toutes les coutumes
congolaises qui devenaient seconde source du droit pénal spécial ; il y en a qui, après triage
du législateur colonial, ont été purement et simplement érigées en infractions. Tel est le cas de
l’épreuve superstitieuse, notamment celle de m’bondo connue dans la tradition luba du Kasaï
sous le nom de tshihaha, le cas de l’anthropophagie vécue chez le peuple tetela au Sankuru et
le cas de la polyandrie vécue notamment à Kisangani.
Le législateur colonial avait instauré des restrictions ou conditions pour qu’une coutume soit
élevée au rang de source du droit pénal spécial et le critère d’appréciation a été résumé dans la
notion d’« ordre public » entendu lui-même comme l’ensemble des manières de vivre ou de
se comporter dans une nation civilisée, les nations occidentales étant considérées comme
modèle à suivre. On dira dès lors que toute coutume pouvait s’appliquer, c’est-à-dire être
considérée comme source du droit pénal spécial, pourvu que d’une part : « elle n’ait pas été
érigée en infraction par la loi » et que d’autre part, « elle ne soit pas contraire à l’ordre
public »16.
Pour le droit romain, toutes les coutumes des colonies romaines contraires au pax romana,
(paix romaine) étaient abrogées d’office.
Dans la même optique, en R.D.C., on s’est référé à l’ordre public colonial d’abord, (car
l’ordre public était compris comme la manière d’être et de se comporter, le modèle étant la
civilisation belge). Par la suite, on a parlé, comme de nos jours, de l’ordre public universel,
c’est-à-dire de l’ordre public tout cours.
En dehors de ces deux principales restrictions 17érigées à l’application de la coutume comme
source secondaire certes du droit pénal spécial, quatre autres restrictions sont à signaler ici :
La coutume ne pouvait s’appliquer qu’aux rapports entre congolais ou entre eux et les
personnes des contrées limitrophes telles le Rwanda, l’Angola, le Congo-Brazzaville,
la Zambie, la République centrafricaine, le Burundi et la Tanzanie ;
L’application d’une coutume requiert que le fait en cause ait été commis sur le
territoire de ladite coutume et que le prévenu se trouve sur ce même territoire, au point
que si, après avoir commis son infraction l’auteur fouillait, cette coutume ne pouvait
lui être d’application en dehors du territoire ;
En cas de double incrimination, la coutume cède compétence au droit écrit. En effet,
certaines coutumes, en vertu de cette restriction, ne vont pas s’appliquer lorsque les
16
Victor KALOMBO MBANGA, Op. cit.
17
Il s’agit pour une coutume de n’avoir pas été érigée en infraction par la loi d’une part, et de ne pas être
contraire à l’ordre public, d’autre part.
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Notes de cours de droit pénal spécial
faits qu’elles érigent en infraction l’étaient également par la loi écrite, laquelle
sanctionnait cette infraction d’une peine supérieure à cinq ans de servitude pénale
principale. Autrement dit, pour certaines infractions très graves, la coutume cédait
compétence au tribunal de droit écrit toutes les fois que les deux ordres juridiques
prévoyaient cette infraction ;
La sixième et dernière restriction était que les peines prévues par les coutumes sont
abrogées et ne peuvent être d’application ; seules les peines prévues par le droit écrit
devaient s’appliquer même aux infractions érigées par les coutumes. En fait, le
législateur avait estimé barbares les peines instituées par le droit coutumier ; aussi les
a-t-il supprimées toutes. Citons ici le cas de la mise au pilori qui consistait à explorer
nue, attachée au tronc d’arbre, une personne reconnue coupable d’adultère.
En substance, il y a lieu de remarquer que l’avenir de la coutume comme seconde source du
droit pénal spécial est sombre depuis la réforme de 1968 par l’ordonnance-loi du 10 Juillet
1968, instituant le code d’organisation et de compétence judiciaires. Ce texte a subi des
modifications profondes par l’ordonnance-loi n°82-020 du 31 Mars 1982 portant code de
l’organisation et de la compétence judiciaires et plus récemment par la loi organique
n°13/011-B du 11 Avril 2013 portant organisation, fonctionnement et compétences des
juridictions de l’ordre judiciaire18. Avec cette dernière réforme, la survivance de la coutume
comme seconde source du droit pénal spécial repose non plus sur la disposition transitoire qui
confiait aux tribunaux coutumiers la compétence des tribunaux de paix partout où ils ne sont
pas encore installés19, mais plutôt sur les articles 95 et 96 de ladite loi. Ces deux dispositions
énoncent respectivement ce qui suit :
« La Cour de cassation connait des pourvois pour violation des traités internationaux dûment
ratifiés, de la loi ou de la coutume formés contre les arrêts et jugements rendus en dernier
ressort par les cours et tribunaux civils et militaires de l’ordre judiciaire »
Et que,
« La violation de la loi ou de la coutume comprend notamment :
1. L’incompétence ;
2. L’excès de pouvoirs des cours et tribunaux ;
3. La fausse application ou la fausse interprétation ;
18
Voir le J.O.R.D.C., 54ème année, première partie, numéro spécial, Kinshasa, 4-Mai 2013
19
Ceci parce que le législateur de 2013 confère plutôt cette compétence au tribunal de grande instance, à
considérer l’article 151 disposant ainsi : « Là où ne sont pas encore installés les tribunaux de paix, les tribunaux
de commerce et les tribunaux du travail, les tribunaux de grande instance sont compétents pour connaitre en
premier ressort des matières qui relèvent normalement de la compétence de ces juridictions ».
9
Notes de cours de droit pénal spécial
Pour mieux approfondir la connaissance du droit pénal spécial comme branche autonome des
sciences criminelles, il importe de maitriser au préalable la distinction de ce dernier avec le
droit pénal général.
En effet, le droit pénal général, première branche des sciences criminelles juridiques, organise
et étudie les règles communes applicables à toutes les infractions, en définissant les grands
principes généraux de l’intervention de la réaction étatique,(responsabilité pénale,
20
Cette position se fonde sur l’article 151 que dessus.
21
LIKULIA BOLONGO, Op.cit., p.18.
10
Notes de cours de droit pénal spécial
imputabilité, participation criminelle) ; tandis que le droit pénal spécial, deuxième branche
des mêmes sciences, décrit concrètement et spécifiquement chacune des infractions listées par
le législateur dans ses éléments constitutifs spéciaux, ses modalités de répression ainsi que
son régime juridique propre.
Ainsi, le droit pénal spécial se définit par contraste au droit pénal général, mais il est
certainement stérilisant pour la pensée pénale de s’arrêter à cette distinction basée sur
l’opposition de la généralité et de la spécialité du droit pénal ; car bien que commode sur le
plan didactique, cette distinction aboutit à une vue statique et peu enrichissante de la réalité
juridique réglée par ces disciplines de droit criminel. Il faut bien réaliser que le droit pénal
général marque le caractère abstrait nécessaire à toute construction juridique, tandis que le
droit pénal spécial en constitue l’expression concrète et particularisée à travers des cas
d’espèce précis. Ce faisant, il s’établit indubitablement entre ces eux disciplines une relation
interactive, traduisant ce qu’un auteur a appelé « l’idéalité et la réalité du droit »22.
Il existe une dialectique entre le droit pénal spécial et celui général, ils s’inter-influencent. Il y
a beaucoup d’idées du second que l’on puise du premier. Il s’agit notamment de l’idée que
dans toutes les infractions, les actes matériels sont érigés en éléments indispensables
constitutifs. De même, la doctrine a dégagé des infractions listées par le droit pénal spécial
cette idée dont se prévaut aujourd’hui le droit pénal général que l’élément matériel doit exister
dans toute infraction ; mieux il n’y a pas d’infraction sans élément matériel. De plus, il est
impossible que la loi pénale ne tienne pas compte des faiblesses naturelles à l’espèce humaine
ou à l’organisation sociale ; si non, cette loi sera utopique. Ainsi, l’erreur est une faiblesse
humaine qui peut entrainer diverses infractions comme l’escroquerie, bien qu’en principe la
loi pénale exige un minimum de vigilance. De même, la peur est à la base des infractions du
droit pénal spécial telles l’extorsion ; et ceci fonde l’idée d’admettre la contrainte irrésistible
comme cause de non-imputabilité en droit pénal général. Par ailleurs, l’absence de l’autorité
publique compétente pour venir au secours d’une personne injustement agressée fait admettre
la légitime défense en droit pénal général comme cause de justification pour couvrir
l’infraction éventuelle dans le chef de cette personne offensée. Cette admission de la légitime
défense, au terme de l’article 23 bis litera 3 du code pénal congolais mis à jour au 31
Décembre 2015, en tant que cause justificative d’une infraction se fonde sur la prise en
22
Pierre AKELE ADAU, Op. cit., p.63.
11
Notes de cours de droit pénal spécial
compte de la faiblesse de l’organisation sociale qui n’a pas pu assurer la protection nécessaire
à l’offensé.
En effet, la distinction entre la généralité et la spécialité qui permet de caractériser ces deux
branches du droit pénal ne les rend pas totalement autonomes l’une de l’autre ; car il existe
une interaction constante entre elles. La spécialité doit être considérée ici comme une
concrétisation du droit pénal commun, et il serait plus juste et plus heureux, à en croire le
Professeur LIKULIA BOLONGO23, de l’appeler « droit pénal concret » ou encore « droit
pénal appliqué » pour souligner son importance et mettre ainsi fin à la confusion entretenue
par certains juristes tendant à considérer le droit pénal spécial comme une discipline
accessoire, secondaire.
Mais malheureusement, cette interaction entre le droit pénal général et le droit pénal spécial
est souvent occultée par certains juristes qui pensent pouvoir vider l’étude de tout le droit
pénal sanctionnateur en considérant principalement la première de ces deux disciplines, la
seconde étant regardée comme une discipline accessoire destinée simplement à servir
d’illustration à celle-là. Il faut d’ailleurs dire que cette vision était et est encore quelques fois
favorisée par les programmes d’enseignement qui, dans certaines Facultés de droit, ignorent le
droit pénal spécial ou lui accordent un crédit horaire qui contraste le phénomène actuel de
l’invasion des règles spéciales du droit pénal. Il est à ce jour déplorable que nombre de
juristes ne suivent pas l’évolution du droit pénal spécial, cette branche importante et
fondamentale du droit pénal.
Des études récentes ont mis en évidence l’existence d’une véritable théorie juridique propre
au droit pénal spécial. Qu’il nous suffise d’évoquer les remarquables thèses de doctorat de
Jean BERNARD DENIS sur la distinction du droit pénal général et du droit pénal spécial, de
Yves MAYAUD sur le mensonge en droit pénal, de BONGAMBO KASONGO sur la
structure de l’infraction en droit pénal congolais, de Angélique SITA MUILA AKELE sur le
droit pénal et la famille ; essai d’analyse systématique et axiologique.
Il y a aussi d’importants traités de droit pénal spécial, tels celui de VOUIN, LEVASSEUR et
LEAUTE, celui de LIKULIA BOLONGO, celui de Ance MARCEL et Jean Paul JASPAR,
lesquels sont des monographies particulièrement fouillées et documentées. Ces traités
théoriques et pratiques contiennent des créations doctrinales participant au progrès de la
science juridique en général et de la science pénale en particulier. La méprise scientifique que
nous venons d’évoquer est d’autant plus grave qu’elle va à contre-courant par rapport à
l’étude de l’évolution historique ou la préexistence du droit pénal spécial sur les autres
disciplines du droit pénal auxquelles d’ailleurs il a donné naissance24.
23
LIKULIA BOLONGO, Op.cit., p.11
24
Pierre AKELE ADAU, Op.cit., pp.65-66.
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Notes de cours de droit pénal spécial
Le droit pénal spécial et le droit pénal général en tant que branches distinctes du droit pénal ne
sont pas venus à l’existence simultanément ; sûrement que l’un a précédé l’autre et/ou l’a
inspiré si pas créé. A ce sujet, le Professeur Pierre AKELE expose un raisonnement très
intéressant que nous reproduisons intégralement ci-dessous25 :
Dans l’approche moderne unitaire du procès pénal, on définit celui-ci comme ce processus de
réaction sociale à la délinquance qui commence avec la première intervention des organes de
contrôle social répressif à la suite de la violation d’une norme pénale spécifique et qui
s’achève avec l’application d’une thérapeutique pénitentiaire, voire des mesures d’assistance
postpénale en vue d’assurer la réinsertion sociale du délinquant.
En fait, au début de tout processus de réaction sociale répressive, il y a mobilisation du droit
pénal spécial énervé par l’acte que le délinquant a posé en violation aux prescriptions qu’il
porte. Ceci semble indiquer la préexistence du droit pénal spécial par rapport au droit pénal
général. Mais cette thèse est en réalité loin de s’imposer. Il n’est pas en effet évident de
répondre à la question de savoir si, fondamentalement, le processus de la réaction sociale ou
de la criminalisation va du général au particulier ou de l’abstrait au concret.
25
Pierre AKELE ADAU, Op.cit., pp.66-67.
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Notes de cours de droit pénal spécial
« Le droit pénal spécial est né depuis que les hommes ont cherché à vivre ensemble. En effet,
le besoin de cohabitation, de groupement ou d’organisation a conduit les hommes à édicter
pour la survie de la collectivité ce qui est défendu et ce qui ne l’est pas. La sanction exprime
ainsi la désapprobation de la société sur la violation de ce qui est interdit, c’est-à-dire sur un
certain nombre de comportements perçus par cette dernière comme nuisibles ou dangereux
pour l’ordre social ou moral ; sauvegardant ainsi ce qu’elle considère comme valeurs
fondamentales nécessaires à la bonne organisation, à la parfaite cohésion, au bon
fonctionnement et au développement harmonieux de la communauté. Les plus anciennes lois
pénales ne prévoient que les règles de droit pénal spécial. On peut donc affirmer que celui-ci
est aussi vieux que tout groupement humain »26.
Le droit pénal général qui n’est vieux que de deux siècles doit son existence et sa richesse,
comme l’a très pertinemment souligné le Professeur LEVASSEUR, « au foisonnement des
incriminations particulières et des pénalités »contenues dans le droit pénal spécial. C’est plus
précisément vers la fin du XVIIIème siècle qu’une doctrine criminaliste caractérisée par un
double effort d’abstraction et de généralisation des règles particulières a élaboré une théorie
générale du droit pénal donnant ainsi naissance au droit pénal général.
L’apparition postérieure du droit pénal général par rapport au droit pénal spécial se comprend
aisément. C’est que l’application du droit pénal spécial a fait apparaitre un certain nombre de
questions qui ne pouvaient trouver solution dans le cadre étroit de cette matière au caractère
discontinu et casuel. Une approche généralisante et abstractive s’avérait nécessaire pour
maitriser ces problèmes qui étaient en réalité les pierres d’achoppement révélées par la mise
en œuvre de la norme pénale spéciale.
La thèse de la primauté du droit pénal spécial se fonde sur l’idée de l’existence d’un rapport
de création ou de filiation entre la factualité et la normativité : la norme nait des faits. Or, le
droit pénal spécial s’inscrit dans l’ordre de l’étude des faits pénaux ; c’est donc lui qui suscite
le besoin de la normativité qui est l’objet d’étude du droit pénal général.
b) Thèse de la primauté conceptuelle du droit pénal général sur le droit pénal spécial
Si le droit pénal général définit le cadre général et le champ juridique de l’intervention pénale
et si le droit pénal spécial ne peut évoluer que dans l’espace ainsi déterminé où foisonnent
toute la multitude d’incriminations dont il dresse pour chacune la monographie, il est par
conséquent évident que le droit pénal spécial ne peut préexister au droit pénal général.
Autrement dit, la norme pénale doit d’abord prescrire abstraitement et objectivement les
critères généraux de production et de reconnaissance de l’infraction, de détermination de la
sanction, de fixation et d’évaluation de la responsabilité pénale des personnes qui, à des titres
définis, ont participé à la perpétration des actes interdits… avant de qualifier particulièrement
tel acte précis et d’en désigner les responsables dans une espèce concrète.
La primauté conceptuelle ou théorique du droit pénal général s’impose donc à la pratique du
droit pénal spécial. Elle se fonde sur la considération d’un triple rapport :
Rapport d’application entre celui-ci et celui-là : le droit pénal spécial est le lieu
d’application des normes générales et abstraites définies par le droit pénal général ;
Rapport de nécessité indiquant le caractère indispensable du cadre préparatoire que
doit apprêter le droit pénal général comme pour prescrire au préalable au droit pénal
spécial les conditions de son intervention ;
26
LIKULIA BOLONGO, cité par Pierre AKELE ADAU, Op.cit., p.66.
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Notes de cours de droit pénal spécial
e) Vers un compromis
Si nous construisons à partir du concret, du « fait », notamment des
catégories « préexistantes » et prénommées, on ne peut éviter de considérer la qualification
comme le résultat d’un effort d’abstraction, autrement dit, un effort de formulation générale
conçue pour être ex hypothesi une manière de rendre le concret dans ce qui lui est essentiel. Il
en découle que dans le contexte du droit pénal général et du droit pénal spécial, la perspective
15
Notes de cours de droit pénal spécial
généralisante de l’un et celle concrétisante de l’autre sont en réalité des positions relatives, des
degrés différents d’une même donnée première et inéluctable : le crime.
Mais cela ne rend pas sans objet une préférence éventuelle pour la technique qui consiste à
observer les choses en accordant, lors du mouvement initial, un rôle plus significatif à
l’observation du concret,(perspective du droit pénal spécial) et à son pouvoir de susciter des
règles et des principes abstraits,(perspective du droit pénal général).
Cette option présente l’avantage d’inciter à la prudence en matière de généralisation, en ce
qu’elle s’oppose à la fâcheuse tendance de vouloir faire plier les « faits » à la « règle ». Elle
ne souligne cependant pas assez le mouvement dialectique qui s’établit entre le droit pénal
général et le droit pénal spécial. Celui-ci fournit à celui-là sa matière première, sa substance,
son objet, à travers les problèmes que « dépose » son activité. Celui-là, par les constructions
théoriques, générales et abstraites qu’il élabore, éclaire l’application concrète du droit pénal
spécial.
Jean BERNARD DENIS marque ce mouvement dialectique et cette interaction en démontrant
dans sa remarquable thèse déjà citée ci-dessus que :
« La spécialité, considérée d’abord comme concrétisation du droit commun ou comme une
dérogation, devient une règle générale et peut même annexer d’autres lois spéciales pour
former un corps de droit pénal général. Dans ce cas, dit-il, une nouvelle discipline peut se
créer et devenir autonome ou, tout au moins, revendiquer son autonomie »27.
Ainsi, l’activité dialectique entre le droit pénal général et le droit pénal spécial est non
seulement enrichissante pour ces deux branches mais aussi vitalisante pour l’ensemble du
droit criminel, voire du droit tout court, car c’est grâce à elle que l’on peut parler aujourd’hui
d’un droit pénal fiscal, d’un droit pénal des sociétés commerciales, d’un droit pénal des
affaires, d’un droit pénal douanier ou d’un droit pénal économique…Toutes ces disciplines se
sont consolidées autour d’un noyau pénal spécifique.
L’étude réalisée par le Professeur LIKULIA BOLONGO sur les méthodes d’approche de la
qualification des faits en droit pénal constitue la preuve de vitalité de cet échange dialectique.
Cette recherche est l’aboutissement des questions qui se sont cristallisées chez l’auteur
pendant de longues années de réflexion sur le droit pénal spécial. Et, quiconque prend
connaissance de cette étude hésite à la placer en droit pénal spécial ou en droit pénal général.
A vrai dire, dans l’un et dans l’autre, elle se localise parfaitement ; au point que, disputée par
l’une et par l’autre, elle peut, plus ou moins facilement, dans cette situation conflictuelle
incertaine, réveiller en elle des velléités d’autonomie avec d’autant plus de chances de réussir
qu’elle parait pouvoir s’intégrer harmonieusement dans une architecture méthodologique
adaptée au droit criminel. On peut dire que la matière relève d’une discipline spécifique et
autonome du droit pénal ; la méthodologie pénale ou la méthodologie du droit pénal spécial.
Quoiqu’il en soit, le droit pénal n’échappe pas à cette loi inhérente à toute science qui veut
que les solutions nouvelles dégagées soient elles-mêmes autant de problèmes nouveaux qui
restent à élucider et qui se posent en véritables impasses, défiant à la fois le droit pénal
général et le droit pénal spécial, mieux l’ensemble des sciences criminelles.
Dès lors, si l’on peut argumenter dans le sens de la thèse de la primauté ou de la préexistence
du droit pénal spécial ou dans le sens de la thèse contraire, la pertinence de l’une ou de l’autre
ne s’impose pas comme une évidence. En revanche, si l’on admet le principe de la capacité
autoréférentielle minimale du droit pénal spécial, on devrait reconnaitre que dès l’origine ce
27
Jean BERNARD DENIS, cité par Pierre AKELE ADAU, Op.cit., p.66.
16
Notes de cours de droit pénal spécial
dernier comporte une certaine dose de principes abstraits établissant ainsi la thèse de la
concomitance de l’existence du droit pénal spécial et du droit pénal général.
Autrement dit, toute expression d’un acte infractionnel comporte en elle-même la limitation
de son champ, c’est-à-dire s’inscrit foncièrement dans les limites fixées par des principes
généraux inhérents à la pensée du législateur et portées par le droit pénal spécial. Ceci nous
amène à dire qu’il existe une sorte de magma juridique, un tassement normatif d’où se sont
progressivement détachées les deux branches du droit pénal, sans cependant rompre leur
imbrication l’une dans l’autre. D’où, l’impertinence de la sempiternelle question de la
primauté du droit pénal spécial sur le droit pénal général et vice-versa. Ce qui est pertinent,
c’est que les liens d’échange, de compénétration, de communication permanente entre les
principes du droit pénal général et leur concrétisation par le droit pénal spécial.
En définitive donc, il y a lieu de considérer que dans leurs rapports mutuels, le droit pénal
général édicte les principes, le droit pénal spécial les applique de façon concrète, particulière.
Mais la généralité ou la spécialité de l’un et de l’autre ne leur sont pas tout à fait exclusives.
Plus la société se développe, plus apparait le besoin de la spécialisation du droit pénal général
et de la généralisation même partielle ou catégorielle du droit pénal spécial. Nous pouvons
donc dire que le débat sur la primauté du droit pénal général ou du droit pénal spécial n’est
pas pertinent. En réalité, les deux droits coexistent tout au long de leur vie. Au début, le
nombre réduit d’infractions donne lieu à un droit pénal spécial qui semble se suffire à lui-
même et dont les besoins de concrétisation ne nécessitent pas un soubassement et un
encadrement théorique fort élaboré, ni de multiples constructions abstraites. Ensuite, au fur et
à mesure du développement et de la complexification de la vie sociale, l’inflation pénale va
renforcer la pression pénale et nécessiter, autant pour des raisons de sûreté que d’efficacité,
une prise en charge théorique et donc abstraite de plus en plus puissante. C’est le droit pénal
général qui joue ce rôle.
A vrai dire, ce débat sur la généralité et la spécialité du droit pénal s’inscrit dans la question
dialectique de l’idéalité et de la réalité du droit, et plus exactement celle de l’opposition entre
le fait et le droit, entre le fait pénal et la règle pénale. Le droit pénal général serait-il le seul
cadre scientifique de l’étude de la règle pénale, tandis que le droit pénal spécial aurait pour
objet l’étude du fait pénal in specie en vue de l’application de la règle posée par le droit pénal
général ? La question invite à considérer le traitement en droit, puis en droit pénal du rapport
entre le fait et le droit.
Après cet établissement doctrinal du rapport chronologique entre le droit pénal général et le
droit pénal spécial, passons à présent à l’exposé systématique des éléments que peut
comporter une infraction, ce qui fait l’objet du point suivant du présent chapitre.
5. Les éléments du schéma analytique des infractions
La composition de l’infraction est présentée différemment par les pénalistes tant congolais
qu’étrangers. Nous allons présenter dans la suite la configuration de l’infraction de l’avis de
chacun des auteurs que nous avons pu consulter. En effet, le Professeur Raphael
NYABIRUNGU mwene SONGA28 parlant des éléments de l’infraction, cite directement
l’élément légal qui est, en fait, la loi violée, et l’élément matériel qu’il définit comme le fait
extérieur par lequel l’infraction se révèle et, pour ainsi dire, prend corps. C’est le corpus
delicti, c’est –à-dire le corps du délit. Le Professeur argue à bon droit qu’une législation
pénale s’engagerait sur une mauvaise voie si elle se mettait à pénétrer les consciences
28
Raphaël NYABIRUNGU mwene SONGA, Op.cit., pp.148, 201, 255, 305,332.
17
Notes de cours de droit pénal spécial
18
Notes de cours de droit pénal spécial
éléments qui doivent composer l’infraction, la loi pénale que d’aucuns appellent l’élément
légal, étant donné qu’il est inadmissible que la loi qui incrimine et réprime un comportement
soit considérée comme un des éléments constitutifs de ladite infraction. Nous partageons
également l’opinion de professeur en ce qui concerne l’admission des éléments humains
comme faisant partie des constituants de chaque infraction tant il est vrai que non seulement il
ne se conçoit une infraction sans auteur identifié ou identifiable, mais également que toute
infraction a toujours au moins une victime, à tout le moins l’Etat congolais dont la loi est
violée par la commission de l’infraction38. Cette façon de présenter les éléments constitutifs de
l’infraction est partagée également par le belge André PRINS pour qui l’infraction se
compose des éléments ci-après : l’acte matériel, l’élément moral, la présence de l’auteur t la
présence de la victime39.
A côté de cette typologie de présentation de l’infraction en quatre éléments, typologie au sein
de laquelle une deuxième école tenue par Ph. SALVAGE, Georges LEVASSEUR et Bernard
BOULOC énumère plutôt dans l’infraction l’élément matériel, l’élément moral, l’élément
légal et celui injuste ; il existe deux autres formes de présentations de l’infraction ; c’est soit
en trois, soit en deux éléments40.
a) Présentation de l’infraction en trois éléments
De deux choses l’une, ou bien c’est l’élément injuste qui disparait ou bien c’est l’élément
légal.
A.1. Disparition de l’élément injuste :
Sur cette question également, la doctrine est partagée. Pour les uns, l’étude des faits
justificatifs41 se fond dans celle plus générale de l’élément moral ; car lorsqu’un fait
justificatif tel que la légitime défense est établi, ce fait justificatif supprime l’élément moral de
l’infraction ; d’où toutes les causes de non-responsabilité sont étudiées sous couvert de
l’élément moral.
Pour les autres, l’étude des faits justificatifs se confond avec celle de l’élément légal. Ces
auteurs soulignent que les causes objectives d’irresponsabilité pénale 42 neutralisent l’élément
légal tandis que les causes subjectives d’irresponsabilité pénale43 agissent sur l’élément moral.
A.2. Disparition de l’élément légal :
Selon cette présentation de Michèle Laure RASSAT, l’élément légal ne peut et ne doit faire
partie de l’infraction. Celle-ci est donc formée par l’élément moral, l’élément matériel et
l’élément injuste. Si non, ce serait prétendre qu’une loi pénale puisse s’intégrer à un fait,
c’est-à-dire à une infraction, et la chose est par nature impossible, a fortiori si le fait en
question est illicite mieux infractionnel comme dans le cas d’espèce.
Il sied de noter que ces deux avis rencontrent, chacun à son tour, notre position en ce qui
concerne la disparition tant de l’élément légal que de l’élément injuste parmi les composantes
réelles d’une infraction. Seulement, ces deux éléments doivent disparaitre à la fois pour céder
place aux éléments matériel et moral ainsi qu’aux éléments humains ci-haut indiqués.
b) Présentation de l’infraction en deux éléments
Deux tendances sont encore observées ici, l’une classique et l’autre néo-classique.
B.1. La version classique :
38
Victor KALOMBO MBANGA wa MANSHIMBA, Op.cit.
39
André PRINS, cité par Patrick KOLB et Laurence LETURMY, Op.cit., p.165.
40
Patrick KOLB et Laurence LETURMY, Op.cit., pp.165-167.
41
Ces faits se cachent derrière l’élément injuste.
42
Ces causes s’appellent autrement les causes de justification.
43
Il s’agit ici des causes de non-imputabilité.
19
Notes de cours de droit pénal spécial
Pour les partisans de cette version 44, les deux seuls éléments constitutifs de toute infraction
sont : l’élément matériel45 et l’élément moral nommé parfois élément psychologique ou
élément intellectuel46.
Il sied de noter que cette version classique n’échappe pas à notre critique quant à la
méconnaissance de la place des éléments humains parmi ceux constitutifs de chaque
infraction. En effet, l’élément matériel suppose toujours un sujet de droit qui ne peut être que
la personne physique ou morale qui réalise l’action ou l’inaction prohibée. De plus, l’élément
psychologique sous-entend dans tous les cas la mens rea, une disposition psychique qui anime
l’être physique ou moral, sujet d’une infraction au moment où il s’y adonne, c’est-à-dire
pendant qu’il perpètre ladite infraction.
Par ailleurs, même si l’infraction ne comptait que deux éléments, (matériel et moral), il reste
indéniable pour tout juriste moyen que toute infraction préjudicie au moins une victime, à tout
le moins l’Etat dont la loi pénale est violée par la commission de l’infraction.
b.2. L’école néoclassique
Cette école formule une nouvelle version sur la composition des éléments infractionnels.
Certains auteurs, compte tenu des faiblesses de la version de l’école classique ont imaginé un
palliatif où la notion d’élément légal est abandonnée au profit de celle de préalable légal.
Toute la subtilité est là car la loi existait avant l’infraction, elle lui est concomitante et au
surplus, elle lui survivra. Jean PRADEL note à ce sujet que : « Au vrai, dans la théorie de
l’infraction, la grande distinction est celle de l’acte et de la personne, (du délinquant). Les
divers aspects de l’acte sont autant de composantes de l’infraction, mais les aspects
psychologiques, intéressant l’agent, doivent être rattachés non au prétendu « élément moral »
de l’infraction, mais au délinquant, à sa responsabilité … Si l’on parle de l’élément moral de
l’infraction … c’est par simple commodité pédagogique… »47.
Il sied de remarquer avec Patrick KOLB et Laurence LETURMY que de par le nouveau code
pénal français, ces auteurs font la bonne route et leur position mérite d’être suivie car, ils se
sont conformés à la philosophie conceptuelle du nouveau code précité.
De leur côté, Jean PRADEL et Philippe CONTE distinguent dans l’infraction des éléments
constitutifs généraux d’une part, et des éléments propres d’autre part. Les éléments
constitutifs généraux sont, en effet, ceux que comporte toute infraction et qui en conditionnent
l’existence au point que l’absence de l’un de ces éléments généraux fait disparaitre le
caractère infractionnel aux faits, lesquels peuvent alors constituer un délit ou un quasi délit
civils. Ces éléments constitutifs généraux de l’infraction sont : l’élément légal, l’élément
matériel, l’élément moral et l’élément injuste48.
A côté de ces éléments constitutifs généraux de toute infraction, chacune revêt ses éléments
propres, lesquels permettent de la différencier des autres infractions à telle enseigne que
44
Cette école est tenue notamment par Patrick CANIN, NGOTO Ngoie NGALINGI, Patrick KOLB et Laurence
LETURMY, Frédéric DESPORTES et Francis LE GUNEHEC, Bernard BOULOC, Claude LOMBOIS, Roger
BERNARDINI…
45
C’est le fait considéré en soi, lequel fait est soit une action, soit une omission.
46
Il s’agit ici de la culpabilité de l’auteur.
47
Jean PRADEL, cité par Patrick KOLB et Laurence LETURMY, Op.cit., pp.167-168.
48
L’élément injuste équivaut, à en croire le Professeur Raphaël NYABIRUNGU mwene SONGA, à une cause de
justification.
20
Notes de cours de droit pénal spécial
l’absence d’un élément spécial, si elle fait disparaitre l’infraction envisagée, n’empêche pas
qu’une autre soit constituée. Ce faisant, l’absence d’une intention de tuer, si elle fait
disparaitre l’infraction de meurtre dont elle constitue un élément propre, laisse notamment
subsister l’homicide involontaire. De même, faute de l’élément « soustraction frauduleuse»,le
vol disparait notamment au profit soit de l’escroquerie, soit de l’extorsion selon le cas
d’espèce49.
Par ailleurs, Bernard BOULOC, abordant l’analyse de l’infraction, soutient que dans toute
infraction on ne relève que trois éléments que voici : l’élément matériel, l’élémentmoral et
l’élément légal qui, absorbe l’élément injuste50.
Certes, explique le Professeur Bernard BOULOC, toute infraction est en soi un fait anti
juridique, amis comme un fait n’est anti juridique que s’il est prohibé par la loi ou s’il est non
justifié par elle, en définitive l’élément injuste se ramène à l’élément légal et se confond avec
lui. Aussi, l’élément d’anti juridicité n’aboutit finalement qu’à la négation de l’existence de
l’élément légal dans un cas d’espèce déterminé51.
Pour sa part, la Professeure Michèle Laure RASSAT relève dans l’infraction les éléments
préalables et ceux constitutifs. En effet, rentrent dans la catégorie des éléments constitutifs,
l’élément matériel, lequel peut consister en un comportement positif ou négatif et l’élément
moral, lequel peut constituer l’une des quatre formes ci-dessous : la préméditation, la faute
intentionnelle, la faute non intentionnelle52 et la faute présumée53.
Il importe de relever que la présentation des éléments de l’infraction tant par Bernard
BOULOC, Jean LARGUIER et Philippe CONTE que par Michèle-Laure RASSAT n’échappe
pas non plus à notre critique ci-haut faite en rapport avec la méconnaissance des éléments
humains dans la composition de l’infraction. Toutefois, Jean LARGUIER, Philippe CONTE
te Michèle-Laure RASSAT rencontrent notre suffrage quant à l’admission de l’élément
préalable dans la composition de l’infraction. A ce sujet, la Professeure Michèle-Laure
RASSAT rapporte avec explication claire la question relative aux éléments préalables en ces
termes :
« On avait, jusqu’à Robert VOUIN, coutume de présenter de la même façon tous les éléments
constitutifs des infractions. Celui-ci fit observer que tous ne sont pas, cependant, sur le même
plan ; certains de ces éléments devant apparaitre en bonne analyse comme la définition du
domaine dans lequel l’infraction peut se commettre. Il appliquait essentiellement cette
nouvelle présentation à l’analyse de l’abus de confiance, de l’abandon de famille ou de la
non-représentation d’enfants.
Dans ces hypothèses, en effet, l’infraction proprement dite, (le détournement de l’abus de
confiance, le non-paiement de la pension alimentaire ou la non-représentation de l’enfant au
titulaire du droit de garde ou de visite) n’existe(ou n’existait, à l’époque) que parce que
l’avait précédée un élément de nature non-délictuelle et par conséquent extérieur( en
49
Jean LARGUIER et Philippe CONTE, Droit pénal des affaires, 9ème édition, Armand Colin, Paris, 1998, p.18.
50
Bernard BOULOC, Droit pénal général, 20ème édition, Dalloz, Paris, 2007, pp.205-206.
51
Idem. Voir aussi Raphaël NYABIRUNGU mwene SONGA, Op.cit., p.167.
52
Il s’agit entre autres de l’incurie, la maladresse, l’imprudence, le manquement aux obligations posées par la
loi et le règlement.
53
Michèle-Laure RASSAT, Droit pénal spécial, infractions des et contre les particuliers, 5ème édition, Dalloz, Paris,
2006, p.23.
21
Notes de cours de droit pénal spécial
54
Michèle-Laure RASSAT, Op.cit., p.25.
55
Idem.
56
Raphaël NYABIRUNGU mwene SONGA, Op. cit., pp.148, 201, 255, 305, 332.
57
LIKULIA BOLONGO, Droit pénal spécial zaïrois, T.I, 2ème édition, L.G.D.J., 1985, p.37.
58
Jean LARGUIER et Philippe CONTE, Op.cit., pp.18-28.
59
Bernard BOULOC, Op.cit., pp.205-206.
22
Notes de cours de droit pénal spécial
posées par la loi et le règlement) ou encore par la faute présumée ; ainsi que l’élément légal ;
étant entendu que l’élément injuste est compris ou bien dans l’élément moral, ou bien dans
l’élément légal. Autrement dit, sont constitutifs dans l’infraction, soit les éléments moral,
matériel et légal ; soit les éléments injuste, moral et matériel60.
Pour leur part, Patrick KOLB et Laurence LETURMY 61ont eu à mener une étude
systématique, laquelle a abouti au regroupement des modes de présentation des éléments
d’une infraction par différents criminalistes et ce, en se référant au nombre d’éléments retenus
par chaque auteur ou groupe d’auteurs. Ils rapportent d’abord le mode de présentation de
l’infraction en quatre éléments par l’école belge d’André PRINS,(acte matériel, élément
moral, présence de l’auteur et de la victime) et par l’école de Philippe SALVAGE, Georges
LEVASSEUR et Bernard BOULOC,(élément légal, élément matériel, élément moral et
élément injuste).
Vient ensuite la présentation de l’infraction en trois éléments, principalement avec Michèle-
Laure RASSAT pour qui il y a dans l’infraction soit les éléments moral, légal et matériel,
étant entendu que l’élément injuste est englobé par l’élément moral ou par celui légal ; soit
encore les éléments moral, matériel et injuste.
Enfin, les auteurs exposent sur la présentation de l’infraction en deux éléments, les points de
vue de plusieurs auteurs en version classique et version néoclassique ou nouvelle. En effet,
font partie de la version classique selon laquelle l’infraction comporte seulement l’élément
matériel et l’élément psychologique, moral, intellectuel, les pénalistes ci-après : Patrick
CANIN, NGOTO Ngoie NGALINGI, Frédéric DESPORTES et Francis LE GUNEHEC,
Bernard BOULOC, Claude LOMBOIS, Roger BERNARDINI, Patrick KOLB et Laurence
LETURMY.
La nouvelle version, quant à elle, regorge DECOQ et Jean PRADEL, de l’avis desquels
l’infraction est composée d’un préalable légal (élément légal) et d’un élément matériel.
Le Professeur Victor KALOMBO MBANGA wa MANSHIMBA présente, en ce qui le
concerne, les éléments de l’infraction d’une manière qui a le plus rencontré notre suffrage.
Pour lui en effet, au sein de m’infraction s’assemblent d’une part, les éléments accessoires et
d’autre part les éléments indispensables (éléments ontologiques). Ces derniers se scindent en
éléments indispensables préalables et en ceux constitutifs. Rentrent dans la catégorie des
éléments indispensables constitutifs : les éléments humains de l’infraction, (l’auteur et la ou
les victimes), l’élément matériel explicité par le comportement prohibé, (action ou omission),
le résultat réprimé dans l’infraction, lequel peut être un résultat potentiel ou effectif et le lien
de causalité entre le comportement et le résultat ainsi que l’élément moral. Ce dernier peut
consister en un dol(spécial, éventuel, plus spécial ou réfléchi), en une connaissance, soit de
droit soit de fait, ou encore en une imprudence avec ou sans prévoyance62.
Nous ne partageons pas le point de vue des auteurs qui admettent dans l’infraction l’élément
légal pour la simple et bonne raison que cet élément signifiant, toujours selon les mêmes
auteurs, le texte de loi qui incrimine un comportement et en institue une peine, il nous est
inconcevable qu’une loi, out en érigeant en infraction une action ou une omission et en
60
Michèle-Laure RASSAT, Op.cit., pp.23-25.
61
Patrick KOLB et Laurence LETURMY, Op.cit., pp.163-168.
62
Victor KALOMBO MBANGA wa MANSHIMBA, Notes des étudiants au cours de droit pénal spécial, G2 Droit,
Université de Mbujimayi, 1997-1998, (inédites).
23
Notes de cours de droit pénal spécial
l’assortissant d’une sanction pénale, fasse partie des éléments qui composent cette même
infraction ; sous peine de devenir elle-même « une loi infractionnelle ».
De même, l’élément injuste signifiant, à en croire les auteurs qui l’alignent parmi les
composantes d’une infraction, l’absence de fait justificatif ; c’est-à-dire, d’une cause de
justification63, nous estimons que quand un fait n’est pas couvert par l’une des causes de
justification citées ci-après, il y a culpabilité ; ce qui implique la présence de l’élément moral
dans le chef de l’auteur dudit fait infractionnel. Il nous parait donc superfétatoire d’admettre
dans une infraction l’élément injuste en plus de l’élément moral.
L’article 13 susdit dispose :
« A l’intérieur des réserves de faune, il est interdit, sauf autorisation de l’autoritélocale :
1. d’introduire des animaux domestiques ou exotiques, des armes à feu, pièges ou tout
engin de chasse, d’y détenir, transporter des animaux sauvages vivants, leur peau ou
trophée, leur viande ou tout autre sous-produit de la faune ;
2. de poursuivre, chasser, capturer, détruire, effrayer ou troubler, de quelque manière
que ce soit, toute espèce d’animal sauvage, même les animaux réputés nuisibles, sauf
en cas de légitime défense ou de force majeure.
Dans ce dernier cas, si l’animal a été blessé ou tué, l’auteur doit en faire la déclaration
auprès du commissaire d’Etat (lire Ministre) ayant la chasse dans ses attributions ou de son
délégué le plus proche dans les 48 heures. Il devra en outre établir la preuve qu’il s’est
réellement trouvé dans un état de légitime défense et n’a provoqué ni directement ni
indirectement l’agression dont il prétend avoir été victime. Faute de preuves suffisantes, il
sera passible des peines prévues par la présente loi ;
3. de détériorer d’une manière irrégulière l’habitat de la faune sauvage ;
4. de faire évoluer un aéronef à une hauteur inférieure à 500 mètres ».
Ce faisant, pour des besoins essentiellement pédagogiques, lesquels nous amènent notamment
à assouplir la « chirurgie pénale » dans l’analyse des infractions, nous allons, dans le cadre du
présent enseignement, les éléments présentés comme suit :
1) L’auteur ;
2) La victime ;
3) L’élément indispensable préalable ;
4) L’élément matériel(le comportement prohibé, le résultat réprimé et le lien de
causalité) ;
5) Les éléments accessoires,(les circonstances atténuantes, les circonstances aggravantes,
les causes d’excuse absolutoire ou atténuante de la responsabilité pénale) ;
6) Les autres éléments indispensables, (les circonstances de temps et de lieu, le procédé
utilisé, l’objet sur lequel porte l’infraction …) ;
7) L’élément moral ;
8) La ratio legis et ;
63
Nous citons l’état de nécessité, l’ordre de la loi ou le commandement de l’autorité et la légitime défense qui,
en R.D.C., est prévue notamment par une loi pénale particulière portant réglementation de la chasse, à savoir :
la loi n°82-002 du 28 Mai 1982 modifiant le décret 21/04/1937 sur la chasse, spécialement l’article 13.
24
Notes de cours de droit pénal spécial
9) La peine, étant donné qu’elle crée l’infraction, même si elle n’en fait pas partie en tant
qu’élément de la composition.
Il sied de noter par ailleurs que par arrêté interministériel du 22 Août 2012 portant fixation de
taux des amendes à percevoir à l’initiative de la Police nationale congolaise 64, les montants
minima et maxima des amendes figurant à ce jour dans la plupart de versions du code pénal
congolais ont été réajustés et fixés en dollars américains. Nous recourons ainsi à cet arrêté en
attendant la modification classique par la voie législative notamment du code pénal
aujourd’hui en vigueur en République démocratique.
Le présent titre est consacré aux atteintes portées aux différentes valeurs juridiques
directement liées à la personne humaine. La protection de ces valeurs humaines juridiquement
s’opère au travers des mécanismes d’incrimination et de répression des actions et omissions
prohibées. Il s’agit entre autres des atteintes à la vie, à l’intégrité corporelle 65, à la liberté
individuelle et à l’inviolabilité du domicile, des lettres postées, la révélation du secret
professionnel, les imputations dommageables, les injures, les dénonciations et imputations
calomnieuses ainsi que le tribalisme et racisme.
Il peut être porté atteinte à la vie soit volontairement, soit par imprudence. Aussi le présent
chapitre analysera-t-il séparément les atteintes volontaires et celles involontaires à la vie des
personnes.
§1er. Le meurtre
On entend par meurtre, toute atteinte volontaire non préméditée à la vie d’une personne. Cette
infraction repose sur les articles 43, 44 alinéa premier et 45 du code pénal congolais livre
deux.
64
Cet arrêté a été contresigné par le Ministre délégué auprès du premier Ministre et Ministre en charge des
finances, monsieur Patrice KITEBI ainsi que par le Ministre de l’intérieur, sécurité, décentralisation et affaires
coutumières, monsieur Richard MUYEJ.
65
Ces atteintes s’effectuent notamment par des coups et blessures volontaires ou involontaires, des épreuves
superstitieuses, des pratiques barbares, le duel et la non-assistance à personne en danger.
25
Notes de cours de droit pénal spécial
« Sont qualifiés volontaires, l’homicide commis et les lésions causées avec le dessein
d’attenter à la personne d’un individu déterminé ou de celui qui sera trouvé ou rencontré,
quand même ce dessein serait dépendant de quelque circonstance ou de quelque condition et
lors même que l’auteur se serait trompé dans la personne de celui qui a été victime de
l’attentat »66.
Et,
« L’homicide commis avec l’intention de donner la mort est qualifié meurtre. Le meurtre
commis avec l’intention est qualifié d’assassinat. Ils sont punis de mort »67.
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et les particuliers. En effet, l’Etat reste la première victime du
meurtre parce que ce dernier constitue non seulement une violation de sa loi pénale, en
l’occurrence les articles 44 et 45 du code pénal, mais également parce que la personne
physique tuée est l’un des citoyens qui constituent la ressource humaine de l’Etat et
envers lesquels ce dernier a le devoir de protection. La deuxième victime est bel et
bien la personne physique qui se fait amputer la vie à travers le meurtre. On peut avoir
une troisième et une quatrième victime parmi les personnes directement liées à la
personne physique tuée68.
3. Eléments indispensables préalables
L’individu tué volontairement doit être une personne différente de l’auteur du
meurtre ; si non, il s’agira non pas d’un meurtre mais d’un suicide qui, en principe,
n’est pas puni en droit pénal congolais faute de base légale pour une pareille
répression.
Toutefois,
« L’incitation d’un enfant au suicide est punie de un à cinq ans de servitude pénale
principale et d’une amende de quatre cents mille à un million de francs congolais.
Si l’incitation aboutit au suicide, la peine est portée à la servitude pénale à perpétuité.
Si l’auteur de l’infraction est une personne exerçant l’autorité parentale sur l’enfant,
le juge peut, en outre, prononcer la déchéance de cette autorité »69.
A ce sujet, il sied de remarquer avec le Professeur NGOTO Ngoie NGALINGI que
lorsque la provocation par l’un des parents de l’enfant abouti au suicide de ce dernier,
le juge ne devra prononcer qu’une seule peine : la servitude pénale à perpétuité. La
déchéance de l’autorité parentale deviendra superfétatoire étant donné que la parenté
aura pris fin du fait de la mort de l’enfant70.
66
Tel est le contenu de l’article 43 du code pénal congolais, livre deux.
67
Il s’agit ici, exceptionnellement de l’économie combinée des articles 44 et 45 du même code que dessus.
68
Son époux ou épouse si elle était mariée, ses parents, ses enfants…
69
C’est l’énoncé de l’article 158 de la loi n°09/001 du 10 Janvier 2009 portant protection de l’enfant,
J.O.R.D.C.,50ème Année, numéro spécial, 25 Mai 2009.
70
NGOTO Ngoie NGALINGI, L’essentiel du droit pénal congolais, P.U.C., Kinshasa, 2018, p.266.
26
Notes de cours de droit pénal spécial
Cet individu doit avoir été, avant ce meurtre, une personne née ; car s’il est tué après
sa conception mais avant sa naissance, on se trouve là en face non pas d’un meurtre
mais bien d’un avortement. Il sied de noter que le meurtre existe, que la personne tuée
soit étrangère à la République démocratique du Congo, en sigle R.D.C. 71 ou qu’elle ait
un lien de parenté avec l’auteur du meurtre ; l’excuse de parenté n’opère pas en pareil
cas. Aussi, une fille-mère qui donne la mort à son nouveau-né pour s’en débarrasser ne
peut-elle avec succès invoquer le lien de parenté pour échapper à la répression72.
4. Elément matériel
a) Comportement prohibé : Pour le meurtre, la loi n’indique pas un comportement
spécifiquement prohibé, elle ne s’intéresse qu’au résultat. La loi se montre indifférente
au moyen qui aura été utilisé par l’agent pour causer volontairement la mort à autrui.
S’il peut en effet s’agir d’une action, le meurtre peut également se perpétrer par inaction
dans les cas où l’auteur qui a refusé d’agir avait le devoir légal ou conventionnel
d’intervenir en faveur de son parasite. C’est la théorie subjectiviste de la répression que
nous partageons ici. Ainsi, dans le cas de celui qui laisse mourir de faim une personne
incapable de pourvoir elle-même à son entretien, dont il a l’obligation légale ou
conventionnelle, on trouve la cause de l’infraction d’une part dans le devoir d’agir qui
résulte d’une obligation légale ou d’un devoir accepté et, d’autre part dans le bon sens
tant il est vrai que cette inaction est suffisamment révélatrice de l’expression d’une
intention criminelle dangereuse. Aussi, n’y a-t-il aucune différence criminologique entre
celui qui donne des instructions précises pour tuer et celui qui laisse mourir
volontairement son enfant faute des soins73. Il va sans dire qu’en dehors des cas où
l’intention de donner la mort s’est manifestée chez une personne qui a envers sa victime
une obligation légale, conventionnelle ou coutumière d’agir, l’inaction ne peut être
réprimée que sous la qualification de non-assistance à personne en danger.
Ainsi effleuré, le comportement constitutif de l’élément matériel du meurtre peut être un
coup porté avec le bâton, la main ou le pied, une arme ou tout autre instrument qui cause
la mort ou tente de le faire.
b) Le résultat réprimé : Quand le meurtre est consommé, le résultat c’est la mort d’homme.
C’est donc un résultat effectif, mais la tentative punissable est envisageable dans ce cas.
c) Le lien de causalité : Ce rapport de cause à effet devra être établi entre l’action ou
l’omission formant le comportement prohibé et la mort de la victime qui en constitue le
résultat réprimé.
5. L’élément moral : Dans l’infraction de meurtre, l’élément moral est l’intention de donner
la mort. Cet élément consiste dans le dol spécial ou éventuel.
Le meurtre perpétré sur les ascendants, le parricide donc, n’est pas spécialement réglementé
en droit pénal congolais ; il rentre dans la qualification de meurtre en dépit du fait que le
congolais est un peuple majoritairement acquis au christianisme où recommandation est faite
à chacun d’honorer ses père et mère74, et de ne point tuer75 et qu’en droit civil, l’honneur et le
71
Ceci est conforme à l’article 32 de la Constitution de la R.D.C. telle que modifiée par la loi n°11/002 du 20
Janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution de la R.D.C. du 18 Février 2006, J.O.R.D.C.,
52ème Année, n° spécial, 5 Février 2011, p.5.
72
Lubumbashi, 17 Septembre 1969, R.J.C., 1970, p.142.
73
LIKULIA BOLONGO, Op.cit., p. 61.
74
Bible, version Louis second, Exode 20 : 12.
75
Idem, Exode 20 : 13.
27
Notes de cours de droit pénal spécial
respect sont requis de l’enfant à tout âge en faveur de ses père et mère 76. Dès lors, il ne peut y
avoir dans les relations parents et enfants, d’infractions plus inexpiables que le parricide. Ceci
explique la grande sévérité avec laquelle l’enfant auteur du parricide est généralement traité.
Cependant, cet acte inexplicable et contraire aux sentiments naturels n’est pas spécialement
réprimé en droit congolais. Ceci est d’autant plus troublant qu’on se trouve dans une société
fortement marquée par le culte du respect dû aux ascendants, aux parents et aux ainés. Certes
dans l’ancien droit coutumier, le parricide était sanctionné très sévèrement, sauf lorsqu’il
apparaissait comme une obligation rituelle, susceptible éventuellement de déboucher sur les
pratiques anthropophagiques. Mais la gravité de l’infraction ne permet plus aujourd’hui de se
référer pour sa répression au droit coutumier ; encore que l’avènement de la loi de 2013
portant OFCJOJ vient sceller la disparition des juridictions coutumières, l’absence des
tribunaux de paix étant désormais comblée par les tribunaux de grande instance 77. Le droit
pénal législatif devrait intervenir pour marquer la désapprobation particulière de la société
vis-à-vis de cet acte78.
Le meurtre commis sur sa propre personne s’appelle suicide et n’est pas réprimé en droit
congolais. Dans l’ancien droit français, le coupable était puni de peines infligées aux cadavres
et de la confiscation des biens. Ayant remarqué que ces peines n’avaient aucune valeur
préventive et atteignaient injustement la famille du suicidé, le législateur français les a
supprimées dans son système répressif depuis la révolution 79. Il sied de noter que la tentative
de suicide n’est pas punissable étant donné qu’aucun texte pénal n’incrimine ou réprime le
suicide lui-même. Le respect du principe de légalité des incriminations, des peines et de
procédure doublée de l’observance du principe général de droit selon lequel l’accessoire suit
le principal commandent cette solution. Pour la deuxième raison seule, la complicité de
suicide, cette criminalité d’emprunt, n’est pas punissable en droit congolais.
Cependant, cette impunissabilité du suicide, de sa tentative tout comme de sa complicité ne
rend pas non punissable le refus d’assister un candidat au suicide car la non-assistance à
personne en danger constitue une infraction réprimée par les articles 66 bis à 66 quinquies du
code pénal congolais livre deux.
Ce faisant, celui qui s’abstiendrait d’assister la personne qui tentait de se suicider lorsqu’il a
eu connaissance d’un tel projet ou s’est trouvé en présence d’un tel événement, serait
poursuivi sur base de l’ordonnance-loi n°78-015 du 04 Juillet 1978 et du code pénal militaire
congolais, lequel dispose : « Tout militaire ou tout individu embarqué ou au service des forces
armées, qui se rend coupable de non-assistance à personne en danger est puni de dix ans au
maximum de servitude pénale »80.
Pour établir cette intention homicide, animus necandi, il suffit notamment de se référer à la
performance du moyen utilisé, à la partie du corps visée. Sous cette optique, il a été jugé que
l’intention homicide est établie par l’emploi d’un couteau et le fait de porter le coup à une
76
Voir l’article 316 du code congolais de la famille.
77
Lire à ce sujet l’article 151 déjà évoqué de cette loi organique n°13/011-B du 11 Avril 2013 portant
organisation, fonctionnement et compétences des juridictions de l’ordre judiciaire.
78
Angélique SITA MUILA AKELE, La protection pénale de la famille et de ses membres, Imprimerie Saint-Paul de
Limete, Kinshasa, pp.40-41. Voir aussi LIKULIA BOLONGO, Op.cit.,p.48.
79
Robert VOUIN, cité par LIKULIA BOLONGO, Op.cit.
80
C’est l’économie de l’article 188 de la loi n°024-2002 du 18 Novembre 2002 portant code pénal militaire,
JORDC, 20 Mars 2003, n° spécial, telle que révisée par la loi n°15/023 du 31 Décembre 2015 portant sa
modification, JORDC, 29 Février 2016, première partie, n° spécial.
28
Notes de cours de droit pénal spécial
partie vitale de la victime81. De même, le fait, étant chasseur, d’avoir tiré avec son arme à bout
portant sur une partie du corps des plus délicates établit l’animus ne candi,(l’intention
homicide)82.
De plus, en mettant en œuvre le moyen de donner la mort, à savoir l’usage d’un revolver
chargé et atteignant avec celui-ci une partie délicate du corps de la victime pouvant entrainer
des risques graves de mort, en l’occurrence la région de l’abdomen, l’intention de donner la
mort, requise pour l’existence de meurtre, est établie83.
Il sied de noter que pour l’existence de l’infraction de meurtre, le mobile de l’acte criminel ne
doit pas nécessairement être déterminé ou connu par le juge. Aussi le mobile qui a déterminé
l’acte du meurtrier est-il en principe indifférent, quand bien même il serait louable et
charitable. C’est ainsi que sera poursuivi pour meurtre, celui qui tue par pitié pour mettre fin à
une agonie accompagnée d’intolérables souffrances, fût-ce à la demande de la victime elle-
même et même si la mort est prévisible, prochaine et certaine, (euthanasie). Il en est de même
de celui qui tue dans le prétendu intérêt de la famille pour soustraire au déshonneur. Ainsi, ont
été condamnées, une fille-mère et sa grand-mère, pour avoir laissé dépérir une fille naturelle
de trois mois, en l’étouffant et jetant à l’eau.
En l’espèce, une fille-mère, sous la pression de sa grand-mère, avait tué l’enfant qu’elle venait
de mettre au monde au motif que cet enfant était mal accueilli puisqu’il était un enfant naturel.
La grand-mère qui avait été condamnée en qualité de coauteur se donna d’ailleurs la mort à la
prison où elle était détenue, si non par peur d’un long emprisonnement, du moins par honte de
cet acte macabre et sinistre dont elle s’était rendue coupable84.
Par ailleurs, la passion ou la jalousie ne supprime pas l’intention homicide. Le crime
passionnel tombe ainsi sous le coup de la loi pénale car il n’est ni excusé ni justifié. Tel est le
cas du mari qui tue volontairement son épouse ou le complice d’adultère de cette dernière
surpris en flagrant délit. Ce mari doit être poursuivi pour meurtre. Seules peuvent être admises
en sa faveur, des larges circonstances atténuantes. Sous cette optique, dans l’affaire Auditeur
militaire de garnison et partie civile C/ le Militaire KATALAYI et l’apôtre Amos, complice
d’adultère de son épouse que ce Militaire tua à bout portant en 1999. Le Tribunal militaire de
garnison condamna le prévenu KATALAYI du chef de meurtre, avec admission des larges
circonstances atténuantes.
6. La ratio legis : La raison d’être de l’infraction de meurtre c’est d’empêcher des atteintes
volontaires à la vie d’une personne ; aussi devons-nous retenir la protection de la vie
humaine, une des valeurs juridiques suprêmes, comme ratio legis de la prévention de
meurtre.
7. La peine : Le meurtre est puni de mort en R.D.C. et ce, conformément aux articles 44 et 45
combinés du C.P.L. II. in fine.
§2. L’assassinat
L’assassinat est défini comme tout perpétré avec préméditation. Ceci ressort de l’article 1 er de
l’ordonnance-loi n°68-193 du 03 Mai 1968, lequel reproduit l’ancienne formulation de
81
C.A. de Kinshasa, 1er Février 1968, in RJC, 1967, p.33.
82
C.A. de Lubumbashi, 26/06/1969, M.P. c/Alphonse, in R.J.C., 1969, p.296.
83
CSJ, R.P : 2 du 10/06/1972, B.A., 1973, p.88, R.J.Z., 1972, p.135.
84
C.S.J., 08/08/1969, affaire BONGOLA, R.D.C., 1970, II, p.15, R.J.C., 1970, p.4.
29
Notes de cours de droit pénal spécial
85
Moniteur congolais, n°14, du 15 Juillet 1968, p.1324.
86
Ruffin LUKOO MUSUBAO, La jurisprudence congolaise en droit pénal, volume I, Editions On s’en sortira,
Kinshasa, 2006, p.35.
87
Elis.25 Mai 1963, R.J.C., 1963, p.120.
88
Kis. 19 Février 1970, RJC, 1970, p.158.
89
C.S.J., 10 Juin 1972, R.J.Z., 1972, p.135. Voir aussi Haute Cour militaire, R.P : 001/2004 du 05 Octobre 2004,
en cause Auditeur militaire contre colonel ALAMBA et consort.
90
C.A. L’shi, 14/11/1968, R.J.C., 1968, p.268.
91
C.A. Kin. 19/02/1970, R.J.C., 1970, n°2, p.158.
92
L’shi, 1er /02/1969, R.J.C., 1969, p.33.
93
C.S.J., R.P. 2 du 10/06/1972, in B.A. 1972, p.88.
30
Notes de cours de droit pénal spécial
de réflexion varie d’un individu à l’autre et selon les circonstances, mais assez long pour
permettre à l’auteur de mieux réfléchir, et de se rétracter le cas échéant 94.
La C.S.J. a tenté, dans son arrêt du 10 Juin 1972 précité, de fixer à 24 heures la durée
minimale pour qu’il y ait préméditation, mais cette jurisprudence ne peut guère échapper à la
critique de tout pénaliste averti tant il est vrai que non seulement la loi est muette sur la
précision de cette durée, mais aussi que cette durée ne peut être identique pour toute personne.
Elle varie d’une personne à l’autre ; elle peut être très courte pour un individu déterminé et
assez longue pour un autre. En ce sens, la Cour d’appel de Kisangani a considéré la durée de
cinq heures comme étant suffisante pour constituer la préméditation95.
Par ailleurs, le guet-apens assimilé à la préméditation par la jurisprudence et la doctrine
consiste à attendre dans un lieu un individu pour lui donner la mort ou exercer sur lui des
actes de violence. Il constitue un des actes extérieurs qui peuvent révéler la préméditation 96.
§3. L’empoisonnement
Aux termes de l’article 49 du C.P.L.II :
« Est qualifié empoisonnement, le meurtre commis par le moyen de substances qui peuvent
donner la mort plus ou moins promptement, de quelque manière que ces substances aient été
employées ou administrées. Il sera puni de mort ».
L’analyse de cette disposition relève les éléments ci-après :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément matériel :
a) Les comportements prohibés : Administrer ou employer du poison. Il s’agit entre
autres du fait de faire consommer, d’injecter, de faire manger, de faire boire ou de
faire absorber des substances qui peuvent procurer la mort plus ou moins
promptement à la victime personne physique97.
b) Le résultat réprimé : Pour que l’empoisonnement soit retenu comme infraction, il
faut qu’il y ait eu mort d’homme, tant il est vrai que l’empoisonnement n’est en
fait qu’un homicide volontaire par l’utilisation que les médecins et pharmaciens
qualifient de poison. Le résultat réprimé par l’article 49 précité doit donc être
effectif. S’il n’y a pas eu mort d’homme malgré les comportements sus évoqués,
on est devant la tentative d’empoisonnement. Ainsi notamment, le fait de verser du
poison dans les aliments, de présenter ou de mettre à la disposition de la victime
des aliments ou boissons empoisonnés ne peut constituer que la tentative
d’empoisonnement. Ici, le résultat n’est que potentiel ou probable. Par contre, la
recherche, l’achat, la préparation ou la fabrication ne sont que des actes
préparatoires non punissables98.Le fait de préparer du poison, même avec une
intention doleuse, ne tombe pas sous l’application de la loi pénale 99. Il a été
94
Haute Cour militaire, R.P : 001/2004 du 05 Octobre 2004, en cause : l’Auditeur militaire contre colonel
ALAMBA et consort.
95
R.J.C., 1970, p.158 citée par LIKULIA BOLONGO, Op.cit., p. 64.
96
LIKULIA BOLONGO, Op.cit., pp.64-65.
97
C.A. Kis., 20/07/1974, in RJZ, 1977, p.74.
98
LIKULIA BOLONGO, Op.cit., p.80.
99
Boma, 16/09/1902, Jur. Etat, I, p.213.
31
Notes de cours de droit pénal spécial
également jugé que l’achat du poison, sa préparation, s’il en est besoin, sa remise à
un tiers qui doit ultérieurement s’en servir pour commettre le crime ne sont
considérés en eux-mêmes que comme des actes préparatoires ; mais si
l’administration par un tiers s’en est suivie, ils constituent alors des actes de
coopération au crime de ce tiers100.
c) Le lien de causalité : Un rapport de cause à effet doit être prouvé entre les
comportements (administrer ou employer) et le résultat (mort d’homme) ci-dessus.
d) Le moyen utilisé : Il n’y a empoisonnement que si l’auteur a utilisé du poison pour
tuer.
4. L’élément préalable : Les substances utilisées ou employées doivent nécessairement
être susceptibles de causer la mort de manière plus ou moins prompte. En cas
d’impossibilité matérielle de prouver le caractère toxique de la substance administrée
ou employée, l’acquittement du prévenu au regard de l’article 49 du C.P.L.II.
s’impose101.
5. L’élément moral : L’élément moral dans l’empoisonnement c’est l’intention de
donner la mort. Cette intention constitue le dol spécial et s’appelle en latin animus
nacandi.
En effet, la volonté de tuer par le poison doit donc être établie pour que l’empoisonnement
soit punissable ; à défaut, l’infraction d’empoisonnement n’existe pas. Ainsi, ne commet pas
un empoisonnement ni sa tentative, celui qui administre un poison par erreur 102, par
maladresse, imprudence, négligence, inattention ou distraction ou dans l’intention de guérir
ou encore par inobservance des règlements. Si la mort survient, l’agent pourra être poursuivi
pour homicide involontaire103. On peut administrer un poison par erreur ou distraction ou dans
l’intention de guérir un tiers ; il est évident que si dans ces cas la mort survient, il n’y a pas
d’infraction à l’article 49, mais simplement un homicide par imprudence. Par ailleurs, le fait
d’administrer à une personne, dans l’intention, même préméditée, de lui donner la mort, une
nourriture contenant du verre grossièrement pilé. La doctrine et la jurisprudence écartent
l’administration du verre pilé et l’absorption de l’alcool même en grande quantité puisque ces
substances ne sont pas des poisons. Dans pareils cas, on pourrait retenir soit le meurtre, soit
l’assassinat suivant que dans la première hypothèse la préméditation avérée dans la seconde,
fait défaut104.
6. La ratio legis : La raison d’être de l’infraction prévue à l’article 49 du C.P. L.II. c’est
bien la protection de la vie humaine.
7. La peine : Aux termes de l’article 49 précité, l’homicide volontaire commis par l’usage
du poison est puni de mort en dépit du fait qu’au regard d’une part, de sa ratification du
Traité de Rome de la C.P.I., un texte dont la lettre et l’esprit relèvent du courant
abolitionniste de la peine capitale et d’autre part, du rejet par le Parlement congolais du
projet de loi portant abolition de la peine de mort en R.D.C., notre pays chancèle
dangereusement entre abolitionnisme et retentionnisme de la peine capitale.
§4. Le meurtre par incendie criminelle
100
Cass. belge, 6/05/1845, Pas., 1846, I, 21.
101
C.A. Kis., 26/10/1972, R.J.Z., 1974, n°1 et 2, p.45.
102
Il s’agit ici d’une erreur de fait comme cause de non imputabilité.
103
Boma, 2/10/1915, Jur. Col., 1926, p.161.
104
Jean LESSUEUR, cité par LIKULIA BOLONGO, Op. cit., p.81.
32
Notes de cours de droit pénal spécial
La base légale de cette infraction est l’article 108 alinéa1er du C.P.L.II ainsi formulée :
« Lorsque l’incendie a causé la mort d’une ou de plusieurs personnes qui à la connaissance
de l’auteur se trouvaient dans les lieux incendiés au moment de l’infraction et si la mort
devait être considérée comme une conséquence nécessaire ou probable de celle-ci, le
coupable sera puni de la peine de mort ou de la servitude pénale à perpétuité.
Si l’incendie a causé une blessure, la peine de servitude pénale sera toujours prononcée ».
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et les particuliers ;
3. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Incendier ;
b) Résultat réprimé : La mort de la victime, personne physique. C’est un résultat que la loi
veut effectif car, si non on aura affaire à la blessure causée par le moyen de l’incendie
selon l’alinéa 2 de l’article 108 ci-dessus. La tentative punissable est dès lors exclue en
ce qui concerne l’infraction de meurtre par incendie criminelle105.
c) Le lien de causalité : Ce rapport devra être établi entre le comportement et le résultat.
d) Le moyen utilisé : Le meurtre de l’article 108, alinéa 1er du C.P.L.II. ne peut être réalisé
que par recours au feu comme d’action pour le prévenu.
4. L’élément moral : Le meurtre par incendie criminelle constitue l’une des rares infractions
dont la constitution requiert plus d’un élément moral. En effet, il ressort de l’alinéa 1 er de
l’article 108 que si au niveau du comportement prohibé, l’élément moral est l’intention
criminelle caractérisée par un dol spécial ou éventuel, il reste également vrai qu’au niveau du
résultat réprimé, l’élément moral exigé par la loi est la connaissance de fait, étant donné que
l’auteur doit s’être rendu compte qu’une ou plusieurs personnes se trouvent aux lieux de
l’incendie, de façon que leur mort par cette incendie était si pas fatale ou nécessaire, du moins
probable. Autrement dit, l’auteur doit avoir su qu’il y avait des personnes dans les lieux
incendiés et avoir envisagé que la mort de ces personnes était inévitable ou possible. Ainsi,
quand la mort s’annonce fatale, notamment en cas de mise de feu à une maison d’habitation
pendant les heures de sommeil ou à une maison où se trouve un bébé, on retiendra à charge du
prévenu le dol spécial. Par contre, si la mort ne se présente que comme résultat probable, tel
en cas du feu mis à une maison où l’on entend une personne chanter ; on reprochera au
prévenu le dol éventuel comme élément moral.
5. La Ratio legis : Le meurtre par incendie criminelle a pour ratio legis la protection de la vie
humaine, ainsi qu’il en est aux articles 43-45 et 49 du C.P.L.II.
6. La peine : L’alinéa 1er de l’article 108 punit l’auteur du meurtre par incendie commis par
incendie criminelle soit de mort, soit de la servitude pénale à perpétuité. Il appartiendra
aux juges de choisir selon que la mort de la victime était perceptible comme une
conséquence nécessaire ou qu’elle n’était qu’une conséquence probable.
Section II. Les homicides involontaires
Le droit pénal protège la vie humaine contre les atteintes tant volontaires qu’involontaires.
Les homicides involontaires relèvent de ces dernières atteintes et reposent sur les articles 48,
52 et 53 du C.P.L.II.
§1er. Les coups et blessures volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner
105
Victor KALOMBO MBANGA wa MANSHIMBA, Op.cit.
33
Notes de cours de droit pénal spécial
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : l’Etat et le particulier ;
3. Elément matériel : blessures
a) Comportements prohibés: Porter des coups, faire des blessures106;
b) Résultat réprimé : Mort de la victime. Ce résultat ne peut être qu’effectif et s’agissant
d’une infraction non intentionnelle, la tentative punissable n’est pas démise.
c) Lien de causalité : Il devra être démontré que le décès de la victime personne
physique est provoqué par les coups et/ou les blessures volontaires de l’auteur.
A ce sujet, il a été jugé qu’il y a relation de cause à effet suffisante entre les coups portés
volontairement et la mort de la victime, même lorsque cette mort est causée par l’état morbide
antérieur de la victime ou encore lorsque la mort est due à des causes mises en activité par les
coups ou que les coups n’ont fait que hâter la mort de la victime. En l’espèce, la mort de la
victime, qui résulte d’une rupture utérine sur cicatrice de césarienne, doit être considérée
comme étant en relation causale suffisante avec la gifle donnée par la prévenue, gifle qui
provoque l’accouchement par suite du choc émotif qu’elle occasionna 107. Doivent être
considérés comme coups : le fait de donner une gifle, un coup de poing, un coup de bâton ; le
fait de heurter quelqu’un pour le faire tomber, le fait d’administrer une peine corporelle
prévue par un règlement disciplinaire sans se conformer aux dispositions de ce règlement 108.
Et l’écorchure ou l’éraflure sont indépendamment de toute gravité, une blessure109.
Jugé que pousser une personne à l’eau, dans un mouvement d’emportement, c’est lui porter
un coup. Et que si ce coup a entrainé la mort de la victime, sans que le prévenu ait eu
l’intention de la lui donner, celui-ci s’est rendu coupable de l’infraction prévue par l’article 48
du C.P.L.II110.
Par ailleurs, les coups doivent être considérés comme étant la cause de la mort, dans le sens de
la loi, même lorsque les lésions qu’ils ont produites n’étaient pas mortelles par elles-mêmes,
mais seulement, à raison de la constitution débile pathologique de la victime 111, ou lorsque la
victime de coups et blessures est décédée du tétanos directement provoqué par la blessure 112,
la relation de cause à effet entre les coups et la mort doit être tenue pour établie, même si des
106
On appelle coups, ce que l’on frappe ou le fait de pousser quelqu’un contre un objet et, blesser signifie
causer une plaie, une déchirure qui peut être externe ou interne. Sont également considérées comme
blessures, les morsures et les piqures.
107
Trib. Distr. Lualaba, 28/12/1963, in R.J.C., 1966, n°3, p. 266.
108
Boma, 4/03/1902, Jur. Etat, II, p.257.
109
Cass.28/11/1949, Revue de droit pénal, p.455.
110
Boma, 30/09/1902, Jur. Etat, p.216 ; Boma, 10/10/1911, Jur. Congo, 1913, p.9.
111
Léo, 23/05/1941, Revue jur., p.187.
112
Léo, 20/02/1934, Revue Jur., 109.
34
Notes de cours de droit pénal spécial
soins plus appropriés auraient pu empêcher le décès de la victime, du moment qu’il n’est pas
établi que la mort est due à une cause d’infection provenant de ces soins113.
En substance, la relation de cause à effet doit exister entre les coups ou les blessures et la mort
de la victime de telle sorte qu’en l’absence de ces comportements, le résultat qui est le décès
ne se serait pas produit.
4. L’élément moral : L’élément moral au niveau des comportements est l’intention de
frapper ou de blesser, donc le dol spécial, mais au niveau du résultat, les termes de la loi
excluent la présence d’un dol lorsqu’ils parlent de l’auteur comme ayant causé la mort sans
intention de la donner, donc l’imprudence ; ce qui reste vrai car, s’il y avait dol, on se serait
retrouvé dans l’hypothèse des homicides volontaires.
Mais sur la question de savoir si à ce niveau du résultat de décès non voulu, mais dû à des
coups et blessures volontaires il n’y a aucun élément moral, une controverse doctrinale et
jurisprudentielle est à signaler.
En effet, la jurisprudence et la doctrine majoritaires soutiennent qu’il n’y a pas d’élément
moral au niveau du résultat qu’est la mort de la victime parce que le législateur ne le prévoit
pas. C’est donc un argument de texte fondé sur le principe de légalité. Pour ce courant, il
suffit d’établir un lien de causalité entre les coups, les blessures et la mort ; une fois que ce
lien est établi, l’article 48 du C.P.L.II. doit s’appliquer. Soutiennent cette théorie notamment
les Professeurs Robert LEGROS, Antoine SOHIER et Victor KALOMBO MBANGA wa
MANSHIMBA.
Le Professeur Robert LEGROS tire la conséquence de cette théorie en ces termes : un coup
même léger peut avoir des conséquences incalculables, tant pis pour celui qui l’ignore. Par
cette assertion, il donne au droit pénal une fonction d’éducation et de responsabilisation des
citoyens. De son coté, Antoine SOHIER soutient cette position de Robert LEGROS.
Pour le Professeur Victor KALOMBO MBANGA wa MANSHIMBA, Jean Jacques qui est le
ténor de la thèse contraire avait commis une erreur regrettable, celle de n’avoir pas coulé sa
théorie sous forme législative pendant qu’il était l’un des rédacteurs du code pénal belge de
1866. C’est parce qu’il ne l’avait pas fait, ajoute le professeur, que la jurisprudence s’est
établie dans le sens contraire à sa pensée et la doctrine de Jean Jacques HAUS est donc non
légale.
La seconde théorie vient de Jean Jacques HAUS, elle est minoritairement représentée et
soutient que la mort ne peut être mise au compte de l’auteur des coups et blessures que si
celui-ci l’a prévue effectivement ou s’il a pu le prévoir. Ainsi, soutient Jean Jacques HAUS, si
l’auteur a prévu la mort, on lui reprochera que l’ayant prévue, il ne se soit pas abstenu de
coups et blessures. Et s’il ne l’a pas prévu, là où un homme moyen aurait pu prévoir, on lui
reprochera une faute, celle de n’avoir pas fait usage de ses facultés intellectuelles. Mais si la
mort était imprévisible même pour un homme moyen, Jean Jacques HAUS dit que cette mort
devient une conséquence purement casuelle et l’agent ne devrait pas en répondre. Il ne
pourrait lui être imputé que l’infraction de coups et blessures simples. Il faut donc, ajoute Jean
Jacques HAUS, pour que l’auteur réponde de l’homicide involontaire, qu’au niveau du
résultat, cet auteur soit coupable. Cette théorie de Jean Jacques HAUS a été reprise par les
codes pénaux modernes des pays tels que la Suisse, l’Allemagne, la Grèce …
113
Léo, 13/04/1944, Revue Jur., 1945, p.66.
35
Notes de cours de droit pénal spécial
Pour notre part, la théorie de Jean Jacques HAUS, lorsqu’elle soutient que pour mettre la
mort au compte de l’auteur des coups et blessures, il faut que cet auteur ait prévu
effectivement ou ait pu prévoir cette conséquence de son comportement, s’écarte
partiellement de la raison dans la mesure où, il ne sera pas correct de parler d’une infraction
d’imprudence dès lors que l’auteur agissant volontairement, avait en vue le résultat prohibé
par la loi ; ce serait inévitablement l’hypothèse d’un dol spécial ou à tout le moins d’un dol
éventuel qui ne rentrent pas dans l’esprit de l’article 48 du C.P.L.II.
D’autre part, le reproche formulé contre Jean Jacques HAUS pour avoir manqué de faire
intégrer sa doctrine dans le code pénal belge de 1866 ne peut suffire pour faire invalider toute
sa théorie ; car il n’existe aucun principe en droit pénal qu’une doctrine ne doit, pour être
valable, qu’être conforme à la loi. Il est d’ailleurs des cas où, pour des raisons données, le
législateur lui-même s’écarte des principes légaux et généraux, c’est-à-dire qu’il arrive parfois
au législateur d’adopter un point de vue différent de celui de la doctrine légale. Il en est ainsi
de l’article 58 alinéa 2 du C.P.L.II. où l’on a vu le législateur congolais déroger à la doctrine
légale fondée sur les articles 21 et 22 du C.P.L.I er pour considérer comme auteurs ou
complices de l’épreuve superstitieuse visée à l’article 57 du même code, les personnes qui, de
quelque façon que ce soit, ont à dessein fait naitre la résolution de la réclamer, de l’ordonner
ou de la pratiquer.
Troisièmement, la théorie de Robert LEGROS ne se justifie pas actuellement face aux besoins
modernes de rénovation du droit pénal. En effet, renier la présence d’un élément moral par
rapport au résultat de mort prévu à l’article 48 précité tendrait à dire qu’il s’agit quant à ce
d’une infraction matérielle. Pourtant, il est de plus en plus admis de nos jours en droit pénal
que, même les infractions dites matérielles exigent la faute au point qu’on ne devrait pas
condamner quelqu’un s’il prouve ou allègue de manière vraisemblable l’absence de faute.
Autrement, l’exigence de l’élément moral pour toute infraction, même celle dite matérielle,
participe de la rénovation du droit pénal qui consacre désormais et de manière absolue le
principe de la responsabilité personnelle. Ce principe qui régit la matière de responsabilité en
droit pénal signifie que l’on ne peut en principe être puni au pénal qu’individuellement, pour
son propre fait et parce qu’on est en faute ; ce qui exclut une responsabilité pénale collective,
pour fait d’autrui et celle sans faute.
Pour l’essentiel, toute infraction suppose à notre avis un élément moral, une faute
intentionnelle ou non intentionnelle. Cette faute se caractérise au moins par la culpa la plus
légère et au plus, par la préméditation, en passant par les divers degrés de l’élément moral que
sont, en ordre croissant en gravité, la faute consciente, le dol éventuel, le dol nécessaire et
l’intention proprement dite, c’est-à-dire la recherche du résultat.
Ainsi donc, l’article 48 du C.P.L.II constitue l’une des rares dispositions légales qui, pour une
infraction, exigent l’intention criminelle dans le comportement mais, l’imprudence, tout au
moins, quant au résultat. Les coups portés et les blessures faites de manière intentionnelle
occasionnent un décès non intentionnel de la victime ; c’est-à-dire que la victime meurt contre
le gré de l’auteur des coups et blessures bien que volontaires.
5. La ratio legis : La loi vise à protéger la vie humaine contre les coups portés
volontairement et les blessures faites avec intention, qui puissent ôter involontairement à la
victime cette vie.
36
Notes de cours de droit pénal spécial
6. Les peines : C’est la servitude pénale de cinq à vingt ans et l’amende inférieure ou égale à
deux mille francs congolais. Notons ici que dans l’application de ces peines, le juge est
tenu de prononcer cumulativement les deux car la loi ne lui laisse pas, de par sa
formulation, la latitude de prononcer l’une et laisser l’autre des deux sanctions pénales.
C’est le sens qu’il importe de donner à la conjonction « et » usitée dans l’article 48 susdit.
§2. La torture mortelle
Cette infraction est instituée par l’article 48 ter, alinéa 2 du C.P.L.II, lui-même inséré au code
pénal par la loi n°11/010 du 13 Juillet 2011 portant criminalisation de la torture en R.D.C.
En effet, cet article dispose :
« Il sera puni de servitude pénale à perpétuité lorsque les mêmes faits auront causé la mort de
la victime ».
Notons que le législateur renvoie ici aux faits incriminés déjà à l’article 48 bis, lequel est ainsi
formulé :
« Tout fonctionnaire ou officier public, toute personne chargée d’un service public ou toute
personne agissant sur son ordre ou son instigation, ou avec son consentement exprès ou
tacite, qui aura intentionnellement infligé à une personne une douleur ou des souffrances
aiguës, physiques ou mentales, aux fins d’obtenir d’elle ou d’une tierce personne des
renseignements ou des aveux, de la punir d’un acte qu’elle ou une tierce personne a commis
ou est soupçonnée d’avoir commis, de l’intimider ou de faire pression sur elle ou d’intimider
ou de faire pression sur une tierce personne ou pour tout autre motif fondé sur une forme de
discrimination quelle qu’elle soit, sera puni de cinq à dix ans de servitude pénale principale
et d’une amende de cinquante mille francs congolais à cent mille francs congolais »
Comme on peut bien le remarquer, l’article 48 bis ne concerne pas les atteintes à la vie dont il
est question dans cette section mais il fournit, sur renvoi exprès du législateur, les éléments
matériel et moral à l’infraction d’homicide par torture que nous avons ci-dessus appelée
torture mortelle ; aussi y avons-nous fait recours pour extraire ces éléments indispensables
constitutifs.
Ce faisant, la torture mortelle comporte les éléments ci-après :
1. Auteur : Le fonctionnaire, l’officier public, toute personne chargée d’un service public ou
toute personne agissant sur son ordre, sur son instigation, ou avec son consentement exprès
ou tacite ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Avoir infligé à une personne une douleur ou des souffrances
aiguës, physiques ou mentales ;
b) Résultat réprimé : La mort de la victime des tortures ;
c) Lien de causalité : Un rapport de cause à effet est requis entre le comportement et le
résultat que dessus en ce sens que l’auteur de la torture ne peut être tenu responsable du
décès de sa victime que s’il est avéré que cette mort est provoquée par la torture subie
de son fait.
4. Elément moral : Cette infraction contient un élément moral au niveau du comportement
prohibé, à savoir le dol plus spécial tiré de l’adverbe intentionnellement combiné au
37
Notes de cours de droit pénal spécial
mobile du comportement, lequel mobile est spécifié dans cet article, c’est-à-dire aux fins
d’obtenir des renseignements ou des aveux, de punir, d’intimider ou de faire pression sur la
victime ou sur un tiers, ou encore pour tout autre motif fondé sur une forme de
discrimination quelle qu’elle soit.
Le second élément moral de cette infraction est l’imprudence étant donné que la mort de la
victime est une conséquence non recherchée par l’auteur de la torture, lequel n’a
légalement visé que le mobile ci-dessus.
5. Ratio legis: La protection de la vie humaine ;
6. Peine : Servitude pénale à perpétuité.
114
La peine d’amende est puisée ici de l’arrêté interministériel sus évoqué et non du code pénal.
38
Notes de cours de droit pénal spécial
« Quiconque aura involontairement causé la mort d’une personne sera puni d’une servitude
pénale de trois mois à deux ans et d’une amende de cinquante à mille francs ».
Au départ, il importe de noter que l’article 52 constitue une disposition de portée générale en
ce qu’il se rapporte aussi bien à l’homicide qu’à des lésions corporelles involontaires qui
n’ont pas entrainé la mort de leur victime. Aussi allons-nous nous limiter à l’analyse de
l’article 53 ci-haut, en ce qui concerne l’homicide involontaire.
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : l’Etat et le particulier ;
3. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Causer involontairement la mort d’une personne ;
b) Résultat réprimé : La mort de la victime ;
c) Lien de causalité : La preuve doit être fournie que le décès de la victime résulte du
comportement passif ou actif de l’auteur. A ce propos, il a été admis qu’il y a un lien
de causalité entrainant la responsabilité pénale de l’agent dans le fait pour un
conducteur d’accepter sur un véhicule non aménagé pour le transport des passagers,
des personnes auxquelles ce mode de transport est étranger sans veiller à ce qu’elles
prennent les précautions indispensables115. Il a également été jugé que l’omission,
après arrêt prolongé de son véhicule dans une cour d’usine, de vérifier au démarrage
s’il n’y a aucun obstacle à l’arrière, constitue un acte d’imprudence punissable
nonobstant le fait totalement inadmissible de la mère de la victime, bébé d’un an,
mortellement atteinte, de ne pas la surveiller116.
4. Elément moral : l’imprudence tiré de l’adverbe involontairement utilisé dans l’article 53.
Cet adverbe a poussé la doctrine et la jurisprudence à estimer qu’il n’est pas nécessaire
que la faute soit la cause unique, exclusive, directe et immédiate de la mort pour que
l’incrimination de l’article 53 C.P.L.II soit coupablement établie et pénalement imputable à
son auteur117.
A ce sujet, il a été jugé que l’homicide ne peut être considéré comme involontaire que dans le
cas où il a été commis par défaut de précaution ou de prévoyance et que, commet un homicide
involontaire, le féticheur qui, dans le but de guérir un malade, emploie comme remède une
substance vénéneuse, sans la prévoyance et la précaution requises, et ainsi cause la mort du
malade. De même, le fait de laisser trainer un récipient contenant un liquide empoisonné est
une faute grave qui, en raison de la mort qui en est résulté, constitue l’infraction d’homicide
par défaut de prévoyance. Les mots défaut de prévoyance ou de précaution comprennent toute
faute, quelque légère qu’elle soit, qui a causé un homicide ou des blessures.
Ainsi, lorsque deux jeunes filles âgées de 18 et de 15 ans décident de se baigner dans la
rivière en compagnie de leur sœur ainée et se noient, on ne peut imputer une faute d’omission
fautive à un tiers qui n’avait à leur égard aucune obligation positive de surveillance ; mais
qu’est coupable d’homicide involontaire, le propriétaire d’un chien enragé qui a causé la mort
de la victime des morsures, s’il est établi que ce chien n’était pas vacciné et qu’il a profité de
la liberté lui accordée par son maitre qui n’avait pas pris les précautions d’enfermer son chien
dans sa maison ni de le tenir en laisse118.
115
Distr. Maniema, 24/04/1949, Revue juridique, p.220.
116
Boma, 21/03/1911, Jur. Congo, 1912, p.106.
117 ère
I inst. L’shi, 13/04/1967, R.J.C., 1969, p.216.
118
C.S.J., R.P : 290 du 20/12/1978, B.A. 1978, pp110 et 150.
39
Notes de cours de droit pénal spécial
5. Ratio legis : C’est la protection de la vie humaine contre des atteintes involontaires ;
6. Peines : La loi prévoit ici le cumul de sanctions pénales, dépouillant ainsi les juges de
la possibilité de choisir entre les deux, une seule peine et la prononcer contre l’auteur
de l’homicide involontaire. Les peines sont la servitude pénale principale de 3 mois à
2 ans et l’amende de cinquante à mille francs congolais.
§4. Coups et blessures volontaires comme cause d’un avortement involontaire
Cette infraction repose sur l’article 145 de la loi portant protection de l’enfant. L’article cité
dispose ce qui suit : « Si les coups portés et les blessures faites volontairement, mais sans
intention de provoquer l’avortement, l’ont pourtant causé, l’auteur est passible de deux à cinq
ans de servitude pénale principale et d’une amende de trois cent cinquante mille à cinq cent
mille francs congolais ».
Rentrent dans la composition de cette infraction, les éléments ci-après :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat, la femme enceinte, l’embryon ou le fœtus ;
3. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : porté des coups et/ou faire des blessures ;
b) Résultats réprimés : coups et /ou blessures ;
c) Circonstance aggravante : cette circonstance forme l’élément accessoire de cette
infraction et notre préférence de la placer ici tient au rattachement de cette
circonstance aux comportements prohibés.
d) Lien de causalité : Un rapport causal est requis entre les actions de l’auteur et les
résultats aggravés par l’avortement.
4. Eléments moraux : Deux éléments moraux caractérisent cette infraction. Il s’agit du
dol spécial en ce qui concerne les comportements et de l’imprudence en ce qui
concerne la circonstance aggravante étant donné que l’auteur n’a pas eu la volonté de
provoquer l’avortement, sa volonté n’est que de frapper ou blesser.
5. Ratio legis : Protection de la vie de l’embryon ou du fœtus et de l’intégrité corporelle
de la femme enceinte ;
6. Peines : Servitude pénale principale de deux à cinq ans et amende de trois cent
cinquante mille à cinq cent mille francs congolais.
§5. L’épreuve superstitieuse mortelle
Cette infraction est prévue à l’alinéa 3 de l’article 57 du C.P.L.II et consiste pour l’auteur dans le fait
de causer la mort de sa victime par la voie d’une épreuve superstitieuse. L’auteur ne vise pas la mort
de la victime, il est plutôt à la recherche de la preuve de l’imputabilité d’un malheur mystérieux. Pour
besoin de clarté, cet alinéa 3 doit être combiné à l’alinéa 1er du même article 57.
En effet,
« Seront punis d’une servitude pénale d’un mois à deux ans et d’une amende de vingt-cinq à
deux cent francs ou d’une de ces peines seulement, les auteurs de toute épreuve superstitieuse
consistant à soumettre, de gré ou de force, une personne à un mal physique réel ou supposé,
en vue de déduire des effets produits l’imputabilité d’un acte ou d’un événement ou toute
autre conclusion …
Ils seront punis de mort si l’épreuve a causé la mort ».
40
Notes de cours de droit pénal spécial
La base légale de cette infraction se trouve à l’article 46 alinéa 1erdu C.P.L.II et à l’article 143
de la loi portant protection de l’enfant ainsi formulés :
« Quiconque a volontairement fait des blessures ou porté des coups est puni d’une servitude
pénale de huit jours à six mois et d’une amende de vingt-cinq à deux cent francs congolais ou
d’une de ces peines seulement ».
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et particulier personne physique ;
3. Elément préalable : La victime personne physique doit être vivante au moment des faits ;
si non on se rapproche plus de la mutilation méchante de cadavre ;
4. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : Frapper, blesser ;
b) Résultats réprimés : Coups, blessures. Ces résultats peuvent être effectifs, dans ce cas
l’infraction est consommée. Ils peuvent n’être que potentiels, cas où on parle de
tentative punissable.
41
Notes de cours de droit pénal spécial
c) Lien de causalité : ce lien doit exister entre les comportements de frapper ou de blesser
et les résultats de coups et de blessures ;
5. Elément moral : C’est le dol spécial ou éventuel tiré de l‘intention de frapper ou de blesser
sa victime. Cette intention est traduite par la recherche des comportements et/ou des
résultats ou bien leur acceptation ; on a donc à faire à un dol spécial ou éventuel ;
6. Ratio legis : C’est la protection de l’intégrité corporelle contre les atteintes intentionnelles ;
7. Peines : Servitude pénale principale de 8 jours à 6 mois et/ou amende de 25 à 200 francs
congolais. En fait, le législateur laisse la latitude au juge soit de condamner
cumulativement l’auteur à la servitude pénale principale et à l’amende, soit de prononcer
l’une de ces deux peines seulement ; voilà ce qui justifie notre recours à la formule
« et/ou ».
Pour sa part, l’article 143 susdit119 dispose :
« Quiconque porte volontairement des coups ou fait des blessures à une femme enceinte est
passible de six mois à un an de servitude pénale principale et d’une amende de cent mille à
deux cent cinquante mille francs congolais ».
Les éléments qui composent cette infraction sont les suivants :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat, la femme enceinte et le fœtus ;
3. Elément matériel :
a) Comportements : porté des coups et/ou faire des blessures ;
b) Résultats : coups et/ou blessures ;
c) Lien de causalité : Un rapport causal doit être établi rattachant les résultats aux
actions de l’auteur ;
4. Elément moral : dol spécial tiré de l’adverbe volontairement utilisé dans cette
disposition ;
5. Ratio legis : Protection de l’intégrité corporelle de la femme enceinte et du fœtus ;
6. Peines : Servitude pénale de six mois à un an et amende de cent mille à deux cent
cinquante mille francs congolais.
B. Les coups et blessures volontaires graves
Les circonstances aggravantes de l’infraction de coups et blessures volontaires reposent sur
l’article 46 alinéa 2 et sur l’article 47 du C.P.L. II ainsi que sur l’article 144 de la loi portant
protection de l’enfant.
En effet, l’alinéa 2 de l’article 46 dispose : « En cas de préméditation, le coupable sera
condamné à une servitude pénale d’un mois à deux ans et à une amende de cinquante à cinq
cent francs ».
La préméditation est ici la première circonstance aggravante des coups et blessures
volontaires, elle est une circonstance aggravante subjective par nature, autrement appelée
circonstance aggravante personnelle tant il est vrai qu’elle est liée à la personne de leur auteur
plutôt qu’aux faits de la cause. En cas de participation criminelle, la préméditation consiste en
un concert préalable entre les participants criminels.
119
Cet article est tiré de la loi n°09/001 du 10 Janvier 2009 portant protection de l’enfant, J.O.R.D.C., 50 ème
année, numéro spécial, 25 Mai 2009, pp.5-47.
42
Notes de cours de droit pénal spécial
La préméditation, autrement appelée dol réfléchi, puise sa racine du latin : « prae meditare »,
qui signifie, méditer avant. A ce propos, il a été jugé que le fait qu’un délit a été réitéré
n’implique nullement qu’il a été prémédité120 et que pour qu’il y ait préméditation, il ne suffit
pas que la résolution criminelle ait précédé l’action, et que l’agent ait eu le temps de
réfléchir ; il faut encore que l’action ait été la conséquence directe de cette résolution ou
réflexion, et non pas le produit d’un événement imprévu 121. Par ailleurs, à défaut d’établir un
élément matériel de la volonté commune de participer à une infraction de coups et blessures
subséquente à une arrestation arbitraire, la participation criminelle, à titre de complicité, n’est
pas établie122.
La preuve du concert préalable prévu à l’article 21 du C.P.L. I er comme mode de participation
criminelle résulte de la remise et de l’acceptation d’un chèque tiré sur un compte de dépôt de
fonds publics en paiement de travaux privés ou d’une convention préalable de partage de
deniers détournés, pour ce qui est de la participation au détournement de deniers publics123.
Pour sa part, l’article 47 du C.P.L.II dispose :
« Si les coups et blessures ont causé une maladie ou une incapacité de travail personnel ou
s’il en est résulté la perte de l’usage absolu d’un organe ou une mutilation grave, les peines
seront une servitude pénale de deux ans à cinq ans et une amende qui ne pourra excéder deux
mille francs ».
De cet article, nous retenons quatre circonstances aggravantes des coups et blessures
volontaires, lesquelles sont objectives ou réelles étant donné que toutes sont attachées plutôt
aux faits qu’à la personne de leur auteur. Il s’agit d’une maladie, d’une incapacité de travail
personnel, d’une perte de l’usage absolu d’un organe du corps de la victime et d’une
mutilation grave de cette dernière.
En effet, la maladie sous-entend toute altération de la santé de la victime suite aux coups et
blessures lui administrés par l’auteur, alors que l’incapacité de travail personnel signifie une
inaptitude provoquée par ces coups et blessures sur la victime. Par contre, la perte de l’usage
absolu d’un organe veut dire une perte d’un sens psychologique comme la vue, l’ouïe, la
parole124.
Notons que l’intérêt de la distinction entre les circonstances aggravantes objectives ou réelles
et celles subjectives ou personnelles est qu’en cas de participation criminelle, la circonstance
aggravante subjective telle la préméditation, le statut de fonctionnaire que porte l’auteur d’une
infraction … ne concernera que l’auteur ; elle ne nuit qu’à celui dans le chef de qui elle se
trouve tandis que les circonstances aggravantes objectives s’appliquent sur tous les
participants à une infraction. Il en est ainsi notamment de la maladie, de l’incapacité de travail
personnel, de la perte de l’usage absolu d’un organe du corps de la victime dus aux coups et
blessures volontaires.
Cependant, lorsque ces circonstances aggravantes ont été provoquées par des coups et
blessures involontaires, il n’est pas indiqué d’appliquer l’article 47, encore moins l’article 54
120
Boma, 4/01/1909, Jur. Etat, II, p.244.
121
Elis.30/12/1913, Jur.col., 1924, p.252.
122
C.S.J., R.P : 144, 10/04/1976, Bull. 1977, p. 93.
123
C.S.J., R.P : 20/ Chambres réunies, 15/08/1979, R.J.Z., 1979, p.59, Bull.1984, p.194.
124
Georges MINEUR, Commentaire du code pénal congolais, Larcier, Bruxelles, 1955, p.133.
43
Notes de cours de droit pénal spécial
du C.P.L.II, tant il est vrai que l’article 47 concerne les coups et blessures volontaires et non
ceux involontaire, et que l’article 54 ne prévoit pas des circonstances aggravantes qui, pour
s’appliquer, obéissent à la légalité des infractions, des peines et de procédure.
Les peines applicables aux coups et blessures graves sont la servitude pénale d’un mois à
deux ans et l’amende de cinquante à cinq cents francs congolais en cas de coups et blessures
prémédités. En cas de maladie, incapacité de travail personnel, perte de l’usage absolu d’un
organe ou de mutilation grave, les peines seront la servitude pénale de deux ans à cinq ans et
l’amende inférieure ou égale à deux mille francs congolais.
Pour sa part, l’article 144 de la loi portant protection de l’enfant dispose ce qui suit :
« Si les coups portés et les blessures faites volontairement, sans détruire l’embryon ou le
fœtus, entrainent pourtant une altération grave de la santé de la femme, de l’embryon, du
fœtus ou la perte d’un organe, l’auteur est passible de deux à cinq ans de servitude pénale
principale et d’une amende de deux cent mille à trois cent cinquante mille francs
congolais »125.
Cette infraction comporte à l’analyse les éléments que voici :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat, la femme enceinte, l’embryon ou le fœtus ;
3. Eléments matériels :
a) Comportements prohibés : porter des coups et/ou faire des blessures ;
b) Résultats réprimés :- coups et / ou blessures ;
c) Lien de causalité : Il faut que soit établi un rapport attestant que les résultats en
présence sont produits par les comportements prohibés ;
d) Circonstances aggravantes : Elles constituent des éléments accessoires de l’infraction
de coups et blessures volontaires. Il s’agit de :
- l’altération grave de la santé de la femme enceinte, de l’embryon ou du fœtus ;
- la perte d’un organe corporel de la femme enceinte, de l’embryon ou du fœtus ;
4. Elément moral : Dol spécial.
5. Ratio legis : Protection de l’intégrité corporelle ;
6. Peines : Servitude pénale principale de deux à cinq ans et amende de deux cents mille à
trois cent cinquante mille francs congolais.
§2. La torture
Cette infraction existe en R.D.C. depuis l’année 2011en vertu de la loi n°11/010 du 13 Juillet
2011 portant criminalisation de la torture. Et l’article 48 bis de ladite loi est ainsi formulé :
« Tout fonctionnaire ou officier public, toute personne chargée d’un service public ou toute
personne agissant sur son ordre ou son instigation, ou avec son consentement exprès ou
tacite, qui aura intentionnellement infligé à une personne une douleur ou des souffrances
aiguës, physiques ou mentales, aux fins d’obtenir d’elle ou d’une tierce personne des
renseignements ou des aveux, de la punir d’un acte qu’elle ou une tierce personne a commis
ou est soupçonnée d’avoir commis, de l’intimider ou de faire pression sur elle ou d’intimider
44
Notes de cours de droit pénal spécial
ou de faire pression sur une tierce personne ou pour tout autre motif fondé sur une forme de
discrimination quelle qu’elle soit, sera puni de cinq à dix ans de servitude pénale principale
et d’une amende de cinquante mille francs congolais à cent mille francs congolais ».
A l’analyse, l’infraction de torture comporte les éléments suivants :
1. Auteur : Le fonctionnaire, l’officier public, toute personne chargée d’un service public ou
toute personne agissant sur son ordre, sur son instigation, ou avec son consentement exprès
ou tacite ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Avoir infligé à une personne une douleur ou des
souffrances aiguës, physiques ou mentales ;
b) Résultat réprimé : torture consistant en une douleur ou en des souffrances aiguës,
physiques ou mentales ;
c) Lien de causalité : Un rapport de cause à effet doit être démontré entre le
comportement prohibé et le résultat sanctionné par la loi.
4. Elément moral : Dol plus spécial. Ce dol est tiré de l’adverbe intentionnellement
combiné au mobile du comportement, lequel mobile est spécifié dans cet article, c’est-à-dire
aux fins d’obtenir des renseignements ou des aveux, de punir, d’intimider ou de faire pression
sur la victime ou sur un tiers, ou encore pour tout autre motif fondé sur une forme de
discrimination quelle qu’elle soit.
5. Ratio legis : C’est la protection de l’intégrité corporelle contre les atteintes intentionnelles ;
6. Peines : Servitude pénale principale de cinq à dix ans et amende de cinquante mille à cent
mille francs congolais.
§3. L’administration volontaire des substances nocives
Cette infraction est instituée par l’article 50 du C.P.L.II, équivalent de l’article 402 du code
pénal belge. Cet article dispose :
« Sera puni d’une servitude pénale de un à vingt ans et d’une amende de cent à deux mille
francs, quiconque aura administré volontairement des substances qui peuvent donner la mort
ou des substances qui, sans être de nature à donner la mort, peuvent cependant gravement
altérer la santé ».
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : administrer, c’est-à-dire donner, injecter, introduire, inoculer
ou prescrire les substances déterminées par la loi ;
b) Résultat réprimé : L’administration subie par la victime. Ce résultat peut être effectif
ou potentiel.
c) Lien de causalité : Ce lien doit être prouvé entre le comportement et le résultat de
l’infraction ;
d) Moyen utilisé : On ne parle de l’infraction de l’article 50 du C.P.L.II que lorsque
l’auteur a fait usage des moyens spécifiquement déterminés par la loi, à savoir : les
substances susceptibles de tuer ou d’altérer plus ou moins gravement la santé de la
victime personne physique.
45
Notes de cours de droit pénal spécial
Les substances visées à l’article 50 du C.P.L.II sont un terme assez large, pouvant englober
l’alcool nocif comme certains types de whisky, (zododo, supu na tolo…), le sang contaminé
du V.I.H/ sida …
Dès lors, nous estimons que toutes les fois que pareilles substances seront administrées
volontairement à la victime, l’auteur devra être poursuivi sur base de l’article 50 du
C.P.L.II.ci-dessus.
4. Elément moral : C’est le dol spécial ou éventuel consistant dans l’intention d’administrer
les substances visées à l’article 50 sous analyse.
Au regard de cet élément, on note que celui qui, dans le but de guérir la victime, lui aura
administré des substances ayant provoqué sa mort sera poursuivi sur pied des articles 52 et 53
et non de l’article 50 du C.P.L.II. Il a été jugé que celui qui a administré des médicaments
indigènes pour guérir mais qui arrive plutôt à tuer, n’a pas eu d’intention de nuire ; il n’est
donc pas coupable d’administration volontaire des substances nocives 126. Par contre, le fait
d’administrer par plaisanterie des substances nocives constitue l’infraction d’administration
intentionnelle de ces substances ; le mobile étant en principe indifférent en droit pénal. Cette
infraction sera coupablement retenue en dépit du fait que la victime a consenti ou demandé
cette administration ; le consentement de la victime n’est donc pas dans ce cas élusif
d’infraction.
5. Ratio legis : C’est la protection de l’intégrité corporelle.
6. Peines : Servitude pénale principale de 1 à 20 ans et amende de cent à deux mille francs
congolais.
Les voies de fait et les violences légères sont incriminées et réprimées à l’article 51 du
C.P.L.II en ces termes :
« Sont punissables au maximum d’une servitude pénale de sept jours et d’une amende de cent
francs ou d’une de ces peines seulement, les auteurs de voies de fait ou violences légères
exercées volontairement, pourvu qu’ils n’aient blessé ni frappé personne, particulièrement,
ceux qui auraient volontairement, mais sans intention d’injurier, lancé sur une personne un
objet quelconque de nature à l’incommoder ou à la souiller ».
L’analyse de cette disposition révèle dans la composition de cette infraction, les éléments ci-
après :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Exercer des voies de fait ou des violences légères sur une
personne. Il faut tout de suite avouer la difficile différence pratique entre les voies
de fait et les violences légères, ce sont des expressions presque synonymes qui
sous-entendent des offenses moins graves que les coups ou les blessures et
distinctes d’eux. Nous pensons notamment au fait intentionnel : d’agripper
quelqu’un par le col de sa chemise, de jeter les eaux de vaisselle ménagère sur un
passant, de jeter avec un véhicule de la boue sur un passant, pour un homme de
126
Boma, 2/10/1915, Jur. Congo, 1926, p.163.
46
Notes de cours de droit pénal spécial
secouer une femme, de la saisir par le bras, de l’embrasser de force ou à son insu,
d’arracher des cheveux à quelqu’un, de pousser quelqu’un contre un mur ou de le
jeter à terre, le fait pour le receveur d’un véhicule ou pour le conducteur d’une
mototaxi d’arracher une chemise ou un mouchoir de tête, un téléphone ou des
chaussures à un passager en défaut de paiement de ticket.
b) Résultat réprimé : Une douleur, une humiliation, une incommodité, une souillure ou un
déplaisir. Ce résultat doit être effectivement atteint pour parler de l’infraction de l’article
51 ; n’est donc pas punissable la tentative des voies de fait et des violences légères.
c) Lien de causalité : Il faut que soit prouver un rapport de cause à effet entre ces
deux premières composantes de l’élément matériel des voies de fait et des
violences légères.
4. Eléments préalables : Trois conditions préalables doivent être réunies pour donner
lieu à l’infraction de l’article 51 sous analyse. En effet, il faut que :
- les agressions exercées ne soient pas constitutives de coups et blessures ;
- l’auteur n’ait pas eu l’intention d’injurier la victime de son acte ;
- l’objet lancé sur la victime soit susceptible de la souiller ou de l‘incommoder127.
5. Elément moral : C’est le dol spécial ou éventuel tiré de l’adverbe volontaire usité à
l’article 51 par le législateur.
6. Ratio legis : La protection de l’intégrité corporelle ;
7. Peines : Servitude pénale de 7 jours et/ou amende de vingt à cent dollars américains128.
47
Notes de cours de droit pénal spécial
« Seront punis d’une servitude pénale d’un mois à deux ans et d’une amende de vingt-cinq à
deux cent francs ou d’une de ces peines seulement, les auteurs de toute épreuve superstitieuse
consistant à soumettre, de gré ou de force, une personne à un mal physique réel ou supposé,
en vue de déduire des effets produits l’imputabilité d’un acte ou d’un événement ou toute
autre conclusion ».
Comme atteinte à l’intégrité corporelle, l’épreuve superstitieuse présente la structure ci-
dessous :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : l’Etat et le particulier ;
3. Elément préalable : Il faut qu’il y ait eu survenance d’un événement malheureux
mais mystérieux ;
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Soumettre une personne à un mal physique réel ou
supposé. Il s’agit notamment du fait de faire boire à quelqu’un de l’eau dans une
bèche, du poison ou du piment cérémonial ; le fait de procéder à la pratique de
tshiala ;
b) Résultat réprimé : Un mal physique réel ou supposé ;
c) Lien de causalité : Il est requis la preuve que sans le comportement de l’auteur, le
résultat réprimé ne se serait pas produit comme tel ;
Il sied de noter ici que le consentement de la victime n’enlève pas à l’épreuve superstitieuse
tout comme à la pratique barbare que nous allons aborder sous peu, le caractère infractionnel ;
car le comportement de l’auteur demeure répréhensible, qu’il se soit réalisé de gré ou de
force.
5. Elément moral : C’est le dol plus spécial tiré de ce que l’auteur soumet la victime à ce mal
physique réel ou supposé,(dol spécial) dans un mobile intégré par le législateur dans la loi,
à savoir,(en vue de déduire des effets produits, l’imputabilité de l’acte ou de l’événement)
à la victime ;
6. Ratio legis : Ici la loi protège l’intégrité corporelle ;
7. Peines : Servitude pénale d’un mois à deux ans et/ou amende de50 à 500 $U.S.
Signalons que l’alinéa 2 de l’article 57 du C.P.L.II institue quatre circonstances aggravantes
objectives que sont : la maladie, l’incapacité de travail personnel, la perte de l’usage absolu
d’un organe et la mutilation grave. La survenance de chacune de ces circonstances expose
l’auteur de l’épreuve superstitieuse aggravée aux peines de servitude pénale de deux mois à
vingt ans et/ ou amende de cent à deux mille francs congolais. Et l’alinéa 3 des mêmes
articles, code et livre se rapportant à la circonstance aggravante certes mais du décès de la
victime suite à l’épreuve superstitieuse, il concerne non pas une atteinte à l’intégrité
corporelle pure mais bien une atteinte à la vie de la victime ; aussi a-t-il été évoqué et analysé
ci-dessus dans le cadre des atteintes à la vie.
Les articles 58 alinéa2 et 78 du C.P.L.II forment des dispositions spéciales en matière de
participation criminelle à l’épreuve superstitieuse. Par ces articles, le législateur déroge en fait
aux dispositions classiques des articles 21 à 22 bis du même code en faisant une extension
considérable de la qualité de participant criminel.
En effet, l’article 58 dispose :
48
Notes de cours de droit pénal spécial
« Sont auteurs ou complices de l’épreuve superstitieuse visée à l’article 57, ceux qui y ont
participé selon les modes prévus aux articles 21 et 22 du livre premier du code pénal.
Sont considérés également comme auteurs ou complices de l’épreuve superstitieuse visée à
l’article 57, ceux qui, de quelque façon que ce soit, ont à dessein fait naitre la résolution de la
réclamer, de l’ordonner ou de la pratiquer.
N’est considéré ni comme auteur ni comme complice, la personne qui a consenti à subir le
mal physique constitutif de l’épreuve ».
De son côté, l’article 78 dispose :
« Quiconque, abusant des croyances superstitieuses de la population, aura, sans fondement
réel, imputé à une personne un acte ou un événement vrai ou imaginaire, sachant que cette
imputation inciterait autrui à commettre une infraction, sera considéré comme complice de
l’infraction ainsi provoquée ».
A ce propos, il a été jugé que tombe sous le coup de l’article 58, le fait de traiter publiquement
des personnes de sorcières, lorsque les auteurs de l’accusation savent qu’ils feront naitre ainsi
dans le chef du capita du village, la résolution de réclamer et d’ordonner une épreuve
superstitieuse130.
Par ailleurs, l’article 59 du C.P.L.II effectue aussi l’extension de la qualité de participant
criminel lorsqu’il énonce :
« Quand une épreuve superstitieuse, qu’elle soit ou non constitutive d’infraction, est la cause
directe d’une infraction, ceux qui ont participé à l’épreuve seront punis comme complices de
l’infraction consécutive, à moins qu’ils n’aient pas pu prévoir qu’elle serait commise.
Il n’y a pas lieu à poursuite lorsque l’infraction consécutive à l’épreuve est un vol ou une
détention non accompagnée de sévices sur les personnes ou une autre infraction moins
grave ».
Fait encore l’extension du cadre de participation criminelle, l’article 60 des mêmes codes et
livre, lorsqu’il dispose ce qui suit :
« Sont considérés comme ayant participé à l’épreuve superstitieuse non constitutive
d’infraction visée à l’article 59, ceux qui y ont prêté leur concours selon les modes prévus aux
articles 21 et 22 livre premier du code pénal et ceux sui, de quelque façon que ce soit, ont à
dessein fait naitre la résolution de réclamer, d’ordonner ou de pratiquer l’épreuve ».
L’article 59 ci-haut considère, en effet, deux hypothèses dans lesquelles une épreuve
superstitieuse est à la base d’une autre infraction. Il s’agit, dans la 1 ère hypothèse, de l’épreuve
superstitieuse constitutive d’infraction, (article 57) et dans la seconde hypothèse, d’une
épreuve superstitieuse non constitutive d’infraction, les deux étant la cause d’une infraction.
Ainsi, ceux qui auront participé à ces épreuves n°1 et n°2 seront punis comme complices de
l’infraction consécutive. C’est en fait l’extension de la participation criminelle parce que cette
consécutive peut ne pas avoir été commise par ceux qui ont participé à l’épreuve
superstitieuse. Le législateur institue une présomption réfragable en ce sens que ces présumés
130 ère
I inst., appel,R.P.A : 1969, Kasaï, 27/11/1951.
49
Notes de cours de droit pénal spécial
complices peuvent prouver qu’ils ne pouvaient pas prévoir qu’une infraction serait commise
du fait de leur épreuve.
Par ailleurs, l’alinéa 2 de cet article 59 insère au code pénal une cause de non poursuite
lorsqu’il exempte des poursuites judiciaires les participants à une épreuve superstitieuse qui
entraine avec elle à titre d’infraction consécutive, l’une des trois infractions ci-après : le vol,
la détention arbitraire simple et toute autre infraction moins grave que les deux premières,
c’est-à-dire celle dont la peine est inférieure ou égale à cinq ans de servitude pénale. Il le fait à
travers l’expression « Il n’y a pas lieu à poursuite » qui enlève en fait l’action publique à
l’officier du ministère public. En pareil cas, des poursuites éventuelles de l’officier du
ministère public devront rencontrer l’irrecevabilité décrétée par le tribunal.
Au point de vue procédural, la présomption légale de participation criminelle dans le chef des
participants à une épreuve superstitieuse est une dispense de l’obligation de prouver comment
le participant à l’épreuve superstitieuse a participé également à l’infraction consécutive ; il
doit seulement prouver qu’il a participé à l’épreuve superstitieuse et que celle-ci a eu une
infraction subséquente. La conséquence juridique à l’égard du participant superstitieux est
qu’il sera puni et pour l’épreuve superstitieuse, si elle est constitutive d’infraction, et pour
l’infraction subséquente.
Il sied de relever que l’extension des modes de participation criminelle opérée par les articles
58, 59, 60 et 78 du C.P.L.II par rapport à l’article 57 du même code connait cependant
quelques limites que voici :
1. En ce qui concerne l’article 58, le législateur ne punit pas certaines personnes bien
qu’elles aient pris part à l’épreuve superstitieuse ; il s’agit des personnes qui auront
consenti à subir le mal physique ; ce qui constitue en même temps une exception au
principe selon lequel aucun tort n’est causé à celui qui consent131 ;
2. Si les participants à l’épreuve superstitieuse n’ont pas pu prévoir la commission de
l’infraction consécutive, l’article 59 alinéa1er in fine les écarte de la liste des
participants à ladite infraction. Ici, la connaissance de fait est érigée par la loi en
élément indispensable constitutif de l’infraction consécutive ; si cette connaissance
venait à manquer, le participant criminel ne sera sanctionné que pour l’épreuve
superstitieuse si elle est infractionnelle et pour la 2ème infraction, celle consécutive ;
3. Le troisième cas de limite de la répression des participants à l’épreuve superstitieuse
est celui de l’article 59 alinéa 2. En fait, lorsque l’infraction superstitieuse est un vol,
une détention simple ou une autre infraction moins grave, la loi dit qu’il n’y a pas lieu
à poursuite.
Pour terminer, disons que la répression de la participation criminelle connait également si pas
une extension, du moins une particularité en droit pénal coutumier. En effet, le droit pénal
coutumier prévoit, outre les modes de participation à l’infraction des articles 21 et 22 du
C.P.L.I, d’autres mécanismes instituant une participation élargie. Ainsi notamment, pour la
provocation, il n’est pas nécessaire en droit coutumier que le provocateur recoure aux dons,
promesses … il suffit qu’il ait fait naitre l’intention criminelle chez autrui pour qu’il soit
punissable. Aussi, le conseil, l’approbation, l’encouragement sont-ils considérés comme
modes de participation criminelle en droit coutumier.
131
Volenti non fit injuria.
50
Notes de cours de droit pénal spécial
132
C’est-à-dire celui qui réalise un forfait n’y est pour rien, il faut s’en prendre à celui qui a crié au secours ou qui
a instigué l’auteur à commettre l’infraction.
133
Cette explication est puisée des débats parlementaires sur cette loi dont le projet gouvernemental portait la
formulation : « Sera puni … quiconque aura mutilé, meurtri, frappé, blessé … un cadavre humain ». Et que les
enrichissements au cours des débats ont fait maintenir l’unique verbe mutiler, compris comme signifiant tous les
autres verbes repris dans le projet, lesquels devenaient pour ainsi superfétatoires. Ce faisant, même l’incinération
d’un cadavre rentre sous le champ d’application de l’article 61 du C.P.L.II et ce, grâce au concours du
raisonnement a fortiori.
51
Notes de cours de droit pénal spécial
ses auteurs ont entendu tirer de leur « trophée ». Il résulte aussi de la volonté affichée de faire
disparaitre par le feu le corps de l’infortuné et d’effacer ainsi toute trace de leur forfait. La
méchanceté de l’acte se trouve plus nettement encore mise en évidence par sa conception
préméditée. En prélevant sur le cadavre les organes génitaux, les prévenus ont agi sans respect
dû aux morts134. Il a aussi été jugé que faire un prélèvement sur un cadavre en vue de prouver
l’homicide n’est pas une justification de la mutilation135.
De même, agit méchamment aux termes de l’article 61 alinéa 2 du C.P.L.II celui qui mutile
un cadavre dans un but qui, d’après les mœurs civilisées, ne justifient pas cette pratique ;
l’introduction du mot « méchamment » dans cet article n’a eu d’autre portée que d’écarter
l’infraction si la mutilation résulte d’un accident ou si elle est justifiée par la poursuite d’un
but médico-légal. Tombent donc sous l’application de la loi des indigènes qui ouvrent le
cadavre d’une parenté pour rechercher si de son vivant la défunte avait jeté des mauvais
sorts136.
Il sied de noter que la tentative punissable de mutilation méchante de cadavre est possible et
que les expériences chirurgicales faites des étudiants médecins sur un cadavre revêtant un
mobile scientifique, ne tombent pas sous le coup de l’article 61ci-haut ; l’élément moral fait
défaut.
B.2. L’anthropophagie ou le cannibalisme
Le texte de base est à l’article 62 du C.P.L.II, lequel dispose :
« Sans préjudice à l’application des peines frappant l’assassinat ou le meurtre, sera puni
d’une servitude pénale de six mois à trois ans et d’une amende de cent à mille francs ou d’une
de ces peines seulement, quiconque aura provoqué ou préparé des actes d’anthropophagie, y
aura participé, ou aura été trouvé en possession de chair destinée à des actes
d’anthropophagie ».
Cette infraction comporte les éléments suivants :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : - Provoquer137 ou préparer138 les actes
d’anthropophagie, participer139 ou être trouvé en possession de la chair destinée à
des actes d’anthropophagie ;
b) Résultats réprimés : - consommation, possession, préparation de la chair humaine
ou provocation en anthropophagie ;
134
Haute Cour militaire, R.P : 001/2004 du 05/10.2004, en cause OMP c/ colonel ALAMBA et csrt, inédit.
135 ère
I instance Léo, 04/08/1965, in RJC, 1966, p.256.
136 ère
I instance BUTA, 10/12/1924, Jur. Kat., p.181.
137
La provocation visée dans cet article peut être publique ou privée. En fait, ici, le législateur punit tout celui
qui fait naitre l’idée de consommer de la chair humaine, peu importent les moyens utilisés. Il s’agit encore ici
de l’élargissement du champ d’application de la participation criminelle par rapport aux articles 21 et 22 du
C.P.L.Ier.
138
Préparer les actes d’anthropophagie signifie entre autres dépecer, chercher de l’eau, du bois, des ingrédients
en vue de cuire la chair destinée à l’anthropophagie.
139
Participer aux actes d’anthropophagie c’est en fait manger de la chair humaine, du sang ou en brouter les os.
52
Notes de cours de droit pénal spécial
c) Lien de causalité :Il doit être établi entre les comportements et les résultats ci-
dessus ;
En rapport avec l’élément matériel de l’anthropophagie, il a été jugé que :
« Le seul fait de préparer un acte d’anthropophagie ou d’être trouvé en possession de chair
humaine destinée à ces actes est punissable, et tombe sous l’application de l’article 62 du
C.P.L.II »140. De même, « Recevoir une partie d’un cadavre avec l’intention de la transmettre
à une autre personne pour qu’elle la mange, constitue un acte préparatoire
d’anthropophagie »141. Par ailleurs, « Le fait de découper des cadavres pour les manger ne
constitue pas le délit spécial de mutilation méchante de cadavre, mais un acte préparatoire
indispensable du délit plus grave de cannibalisme »142.Enfin, « Constitue un acte préparatoire
d’anthropophagie punissable, le fait pour le prévenu de remettre à d’autres indigènes des
cadavres destinés à être mangés, sans prendre part lui-même au repas »143.
4. Elément moral : Dol plus spécial tiré de la combinaison du dol spécial puisé de la
volonté de provoquer, de préparer, de participer à l’anthropophagie ou de posséder la
chair humaine avec l’expression « destinée à des actes … » utilisée à l’article 62 du
C.P.L. II.
En plus du dol plus spécial, il est requis un second élément moral dans cette infraction,
spécialement en ce qui concerne les deux premiers comportements prohibés, à savoir :
provoquer et préparer. Cet élément moral est la connaissance de fait tant il est vrai que pour
être établies, la provocation et la préparation de l’anthropophagie supposent que l’auteur ait
eu connaissance du fait que son action vise l’anthropophagie.
Il est à noter que la tentative punissable d’anthropophagie est possible en droit pénal
congolais.
5. Ratio legis : Enrayer la pratique barbare consistant à se nourrir de la chair humaine ;
6. Peines : Servitude pénale principale de six mois à trois ans et/ou amende de cent à
mille francs congolais.
Le duel est une infraction qui concerne les personnes qui se battent selon des règles
convenues à l’avance entre elles. Remontant à la tradition chevaleresque que l’Europe a
connue jusque à la fin du 19ème siècle, le duel est une infraction rarement commise en R.D.C.
La jurisprudence considère que le duel est un combat entre deux personnes dont les conditions
ont été déterminées à l’avance et qui a pour but de vider un différend 144. Le socle de
l’incrimination de duel en R.D.C. s’établit aux articles 63 à 66 du C.P.L. II ; pendant que sa
répression repose sur l’arrêté interministériel du 22 Août 2012 ci-dessus.
C.1. La provocation en duel,(articles 63-64 du C.P.L.II)
L’article 63 dispose : « La provocation en duel sera punie d’une amende de cinquante à trois
cent francs ».
140
Tribunal de district de Kivu, 21 Mars 1950, Revue juridique, p. 198.
141
Boma, 19 Avril 1904, Jur. Etat, I, p.342.
142
Boma, 18 Novembre 1908, Jur. Etat, I et II, pp. 275 et 281.
143
Boma, 3 Mars 1903, Jur. Etat, I, p.256.
144 ère
I instance, app. Coq., 7 Décembre 1950, J.T.O.M., 1951, p.21.
53
Notes de cours de droit pénal spécial
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : provoquer le duel par tout autre comportement que
l’injure.
b) Résultat réprimé : la provocation en duel ; que le duel s’en suive ou non, le fait
reste punissable.
c) Lien de causalité : Il doit être démontré que la provocation en duel reprochée à
l’auteur est l’œuvre de son action.
5. Elément moral : C’est le dol spécial tiré du fait que provoquer un duel ne peut être
qu’intentionnel ;
6. Ratio legis : protection de l’intégrité corporelle ;
7. Peine : Amende de cinquante à cinq cent dollars américains.
Et l’article 64 énonce que : « Celui qui, par une injure quelconque, aura donné lieu à la
provocation sera puni d’une amende de cent à cinq cent francs congolais ».
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Les éléments préalables et l’élément matériel sont les mêmes que ceux de l’article 63
pré analysé ; sauf le moyen utilisé, lequel est, à l’article 64, l’injure ;
4. Elément moral : dol spécial ;
5. Ratio legis : protection de l’intégrité corporelle ;
6. Amende : De cinquante à cinq cent dollars américains
C.2 Le duel proprement dit
Il est prévu à l’article 65 du C.P.L.II en ces termes : « Celui qui se sera battu en duel sera
puni d’une servitude pénale d’un mois à trois ans et d’une amende de cinquante à mille
francs congolais ou d’une de ces peines seulement ».
1. Auteur : Les duellistes, deux au moins ;
2. Victime : L’Etat ;
3. Eléments préalables : il faut que :
- les duellistes conviennent à l’avance des règles du jeu, et
- qu’un arbitre soit établi pour faire respecter ces règles.
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : se battre en duel par coups, épées ou par tout autre mode
convenu ;
b) Résultat réprimé : le duel ;
c) Lien de causalité : Ce lien est sous-entendu en ce sens que le comportement prohibé
est en lui-même déjà pris en compte par le législateur comme répréhensible de par sa nature ;
54
Notes de cours de droit pénal spécial
5. Elément moral : dol spécial consistant dans la volonté pour les auteurs, s’agissant
d’une infraction plurale par nature, de se battre en duel. Et s’agissant d’une infraction
intentionnelle de résultat, la tentative punissable reste admissible.
6. Ratio legis : protection de l’intégrité corporelle ;
7. Peines : Servitude pénale d’un mois à trois ans et/ ou amende de cinquante à cinq cent
dollars américains.
55
Notes de cours de droit pénal spécial
4. Elément préalable : Il faut que les substances administrées 145 soient de nature à donner la
mort ou à altérer gravement la santé de la victime ;
Au sujet de la gravité de l’altération de la santé, il a été jugé que si l’administration des
substances nocives n’a causé qu’une légère intoxication momentanée, qui ne peut être
considérée comme une maladie, l’article 55 du C.P.L.II ne s’applique pas 146. La jurisprudence
soutient en fait que constitue l’infraction de l’article 55 du C.P.L.II, le fait pour un médecin
indigène de communiquer une maladie à ses patients par un traitement dangereux147.
5. Elément moral : Ici, une particularité est à signaler en ce que, par rapport au
comportement prohibé qui est d’administrer, c’est le dol spécial caractérisé par l’intention
d’administrer, mais par rapport au résultat réprimé qui est la maladie ou l’incapacité de
travail personnel, l’élément moral est l’imprudence. Tel dst le cas des auteurs d’une
intoxication qui en Belgique, avaient enivré en enfant de 9 ans, ce qui avait provoqué une
tumeur au cerveau, tumeur qui avait entrainé l’imbécilité de l’enfant. Cette administration
de l’alcool, bien que volontaire, (élément moral quant au comportement)n’a entrainé
qu’involontairement l’incapacité mentale de la victime, c’est-à-dire l’imbécilité de
l’enfant ; car ces auteurs n’avaient pas eu, en administrant, l’intention de le rendre
imbécile ; c’est donc par imprudence,(élément moral par rapport au résultat).
6. Ratio legis : C’est la protection de l’intégrité corporelle ;
7. Peines : C’est la servitude pénale de 8 jours à un an et/ ou l’amende de cinquante à cinq
cent francs.
§3. Le jet imprudent
Il s’agit ici des voies de fait ou violences légères involontaires prévues à l’article 56 du
C.P.L.II en ces termes :
« Sont punissables au maximum d’une servitude pénale de deux jours ou d’une amende de
vingt-cinq francs ceux qui, imprudemment, auront jeté sur une personne, une chose
quelconque pouvant l’incommoder ou la souiller ». Cette infraction présente à l’analyse la
structure suivante :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Eléments préalables :
- La victime doit être une personne humaine au point que si c’est la voiture ou la moto
qui ont été exclusivement touchées par les substances jetées imprudemment, on ne
devra pas appliquer l’article 56 ;
- Les substances jetées doivent être susceptibles d’incommoder ou de souiller la
victime. Ainsi, celui qui jette bien qu’imprudemment du parfum de bonne odeur
échappera à l’application de cette disposition.
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Avoir jeté ;
b) Résultat réprimé : Souillure ou incommodité ; un résultat voulu effectif par la loi.
145
Les substances de nature à altérer gravement la santé signifient non seulement les substances qui ont
toujours cet effet nocif quel que soit leur état de conservation, mais aussi celles qui, gâtées ou corrompues,
sont devenues nocives.
146 ère
I instance, Léo, 15 Avril 1940, p. 104.
147
Trib. d’appel de Buta, 30 Juillet 1931, Revue jur., 1932, p.26.
56
Notes de cours de droit pénal spécial
c) Lien de causalité : S’agissant d’une infraction formelle 148, on n’a pas le devoir de
vérifier si a personne a été effectivement incommodée ou souillée mais plutôt, si elle a
effectivement fait l’objet d’un jet imprudent des substances qui, de par leur nature,
peuvent l’incommoder ou la souiller.
5. Elément moral : L’imprudence. Cet élément se réalise notamment lorsqu’une personne
transportant un pot glisse sur une peau de banane et que le contenu du pot se renverse
sur un passant. De même, lorsqu’un peintre tenant un récipient de peinture sur un
immeuble à étage notamment et que ce récipient s’étant renversé, le contenu de vide sur
la tête d’un visiteur de passage au chantier.
6. Ratio legis : La loi protège ici l’intégrité corporelle contre des voies de fait ou des
violences légères involontaires ;
7. Peine : Servitude pénale de deux jours au maximum ou amende de vingt-cinq francs
congolais.
148
L’infraction formelle est celle où la loi intègre déjà dans le comportement prohibé le résultat infractionnel.
57
Notes de cours de droit pénal spécial
149
Bible, version Louis second, Jacques 4 :17.
150
LOYSEL, cité par Victor KALOMBO MBANGA wa MANSHIMBA, Op.cit.
58
Notes de cours de droit pénal spécial
- Une infraction contre l’intégrité corporelle soit en train de se commettre ou soit sur le
point de l’être ;
- L’auteur de la non-assistance en ait reçu l’information ;
- Cet auteur soit capable d’empêcher par son action immédiate cette atteinte ;
- Il n’y ait de risque ni pour lui ni pour les tiers.
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : S’abstenir d’intervenir ;
b) Résultat réprimé : Abstention coupable ;
c) Lien de causalité : Il est requis entre le comportement et le résultat infractionnel.
5. Elément moral : C’est le dol spécial ou éventuel tiré de l’adverbe volontairement
utilisé à l’article 66 bis ci-dessus.
6. Ratio legis : C’est la protection de la solidarité ;
7. Peines : Servitude pénale principale de trois mois à un an et/ou amende de cinquante à
cinq cent dollars américains.
Il importe de noter que dans la foule qui assiste à la circonstance de l’article 66 bis, chacun est
individuellement tenu d’empêcher l’infraction. Toutefois, lorsque dans cette foule se trouvent
des agents de l’ordre tels que les policiers ou les militaires, le civil s’y trouvant peut
victorieusement évoquer pour se faire acquitter l’erreur de fait invincible comme cause de
non-imputabilité. Cette erreur sera fondée sur la croyance populaire des civils que les
policiers ou les militaires, quand ils se trouvent à un endroit où il y a des troubles ou des
menaces infractionnels, ils ont spécialement le devoir professionnel d’intervenir dans ce cas.
A ce sujet, il a été arrêté que :
« La loi sur la non-assistance à personne en danger n’oblige pas à des actes d’héroïsme, mais
combat l’indifférence, l’abstention de secours que, dans une situation et des circonstances
concrètes, on aurait pu apporter avec une certaine efficacité, sans se mettre soi-même en
danger. Le risque contractuellement assumé par les sociétés de gardiennage n’est pas
spécialement différent de celui que pourrait prendre toute autre personne astreinte à
l’obligation de porter secours »151.
De son côté, la C.S.J. décida que :
« L’infraction de non-assistance à personne en danger est établie à l’égard d’un gardien de
prison lorsqu’il s’avère que ce dernier, bien que conscient de la situation périlleuse dans
laquelle il avait laissé des détenus décédés à la suite de malnutrition, s’est illustré dans son
comportement par une indifférence et une légèreté inqualifiable quant au sort de ces détenus
durant sa mission auprès des autorités compétentes en vue de provoquer l’assistance
requise »152.
59
Notes de cours de droit pénal spécial
vis d’eux avec indifférence et légèreté inqualifiable d’où résultent des présomptions graves et
concordantes de son intention de leur nuire »153.
§2.La non-assistance à personne en péril
Le siège de cette infraction se trouve à l’article 66 ter ainsi formulé :
« Sera puni d’une servitude pénale de trois mois à deux ans et d’une amende de cinq à
cinquante francs ou de l’une de ces peines seulement, quiconque s’abstient volontairement de
porter à une personne en péril 154 l’assistance que, sans risque pour lui ni pour les tiers, il
pouvait lui prêter, soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours ».
Font partie de la structure de cette infraction, les éléments suivants :
1. Auteur : quiconque ;
2. Victimes : l’Etat et le particulier ;
3. Eléments préalables : Quatre préalables ci-dessous doivent avoir été réunis pour
donner lieu à un terrain favorable à la cristallisation de cette infraction :
- Un péril menaçant la vie ou l’intégrité corporelle d’une personne existe ;
- L’auteur doit avoir eu connaissance de ce péril ;
- Cet auteur doit avoir été capable de prêter l’aide nécessaire pour sauver la victime ;
- Il ne doit y avoir de risque ni pour l’auteur, ni pour les tiers du fait de cette
intervention.
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : S’abstenir de porter assistance ;
b) Résultat réprimé : Abstention coupable ;
c) Lien de causalité : Il doit être démontré que ce résultat ne se serait pas produit n’eut
été le comportement de l’auteur ;
5. Elément moral : Dol spécial ou éventuel tiré de l’adverbe volontairement employé dans
la disposition sous analyse par le législateur. A ce sujet, notons que l’abstention ne peut être
considérée comme volontaire que si elle se manifeste en connaissance de cause, de façon
consciente et délibérée, levant ainsi tout doute dans l’esprit du coupable sur l’impérieuse
nécessité de son assistance155. Il en est ainsi du mari qui, informé de l’intention de sa femme
de se donner la mort pour avoir été tabassée et injuriée par lui, n’a pu l’en dissuader. Il en est
de même pour l’étudiant qui, au courant de la volonté de son camarade de se suicider à la
suite d’un échec à l’examen, ne le dissuade pas ou ne provoque pas le secours nécessaire ; car
le secours requis peut être soit moral, soit matériel. Il importe peu que ce péril ait été
provoqué par l’agent lui-même qui doit intervenir ou encore qu’il ait été le fait de la victime
elle-même.
Il n’y a, par contre, pas de dol nécessaire à la constitution de l’infraction de l’article 66 ter
chez une mère qui, compte tenu de son niveau nul d’instruction, n’a pu dénicher la gravité de
l’état de santé de son enfant et n’a de ce fait provoqué que tardivement le secours d’un
médecin ou même a provoqué à temps le secours mais auprès d’un guérisseur incompétent
plutôt que de consulter un médecin spécialiste ; ce qui a mené à la mort dudit enfant.
153
C.S.J., in B.A., 2001, p.367.
154
Par le mot péril on entend une circonstance qui porte atteinte à la vie ou à l’intégrité corporelle de la
victime. Il s’agit notamment de la maladie grave, de la noyade.
155
Georges LEVASSEUR, cité par LIKULIA BOLONGO, Op.cit., p.145.
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La base légale de cette infraction se trouve à l’article 146 de la loi portant protection de
l’enfant mieux référencée ci-dessus. Cet article dispose : « Est puni des peines prévues pour
non-assistance à personne en danger, le personnel soignant qui s’abstient de porter
assistance à une femme en instance d’accouchement ».
Les éléments contenus dans cette infraction sont :
1. Auteur : Le personnel soignant ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément préalable : Il faut que la victime-femme enceinte soit en instance
d’accouchement ;
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : S’abstenir de porter secours ;
b) Résultat réprimé : Abstention coupable ;
c) Lien de causalité : Il faut démontrer que sans l’action passive de l’auteur, le résultat
déploré ne se serait pas produit ;
5. Elément moral : Dol spécial ;
6. Ratio legis : La protection de l’enfant avant sa naissance et de sa mère ;
7. Peines : Servitude pénale principale de trois mois à un an et/ ou amende de cinquante
à cinq cent dollars américains161.
§2. Des abstentions coupables prévues au code pénal militaire
Nous retenons ici à titre purement indicatif les abstentions des articles 93, 94, 105 et 106 de la
loi n° 024-2002 du 18 Novembre 2002 portant code pénal militaire 162telle que modifiée par la
loi n° 15/023 du 31 Décembre 2015 portant sa modification.
161
La base légale de ce taux de l’amende est à trouver dans l’arrêté interministériel de 2012 ci-haut cité.
162
J.O.R.D.C., 20 Mars 2003, numéro spécial, p. 110.
65
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67
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3. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Refuser d’aller présider les audiences d’une juridiction
militaire ;
b) Résultat réprimé : Refus ;
c) Lien de causalité : Ce rapport est requis entre le comportement et le résultat ci-
dessus ;
4. Elément moral : Dol spécial ou éventuel ;
5. Ratio legis : Sauvegarde de la discipline militaire ;
6. Peines : Servitude pénale principale de six mois à deux ans et éventuellement la
destitution ou la privation de grade.
§3. Des abstentions mettant en danger les droits de l’enfant
Nous exploitons ici les articles 185 à 194 de la loi n°09/001 du 10 Janvier 2009 portant
protection de l’enfant.
En effet, l’article 185 dispose :
« Tout acte discriminatoire à l’égard de l’enfant expose son auteur à une peine de trois à six
mois de servitude pénale principale et à une amende de cent mille à deux cents mille francs
congolais ».
A l’analyse, cette infraction présente la structure suivante :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et l’enfant ;
3. Elément matériel : a) Comportement prohibé : Discriminer un enfant ;
b) Résultat réprimé : Discrimination ;
c) Lien de causalité : Il faut établir le rapport de cause à effet entre les deux sous-ensembles de
l’élément matériel ci-dessus.
4. Elément moral : Dol spécial ;
5. Ratio legis : Protection du droit de l’enfant à la non-discrimination ;
6. Peines : Servitude pénale principale de trois à six mois et amende de cent mille à deux
cents mille francs congolais.
De son côté, l’article 186 dispose :
« Est puni de un à trois ans de servitude pénale principale et d’une amende de deux cents
mille à un million de francs congolais, tout déplacement ou rétention illicites de l’enfant à
l’étranger par un parent ou un tiers ».
La structure de cette infraction se présente comme suit :
1. Auteur : Un parent ou un tiers ;
2. Victimes : L’Etat et l’enfant ;
3. Elément préalable : Il faut que le déplacement ou la rétention soient illicites ;
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Déplacer ou retenir l’enfant à l’étranger ;
b) Résultat réprimé : Le déplacement ou la détention illicites de l’enfant ;
c) Lien de causalité : Un rapport de cause à effet est requis entre les comportements et résultat
ci-dessus ;
5. Elément moral : Dol spécial ;
6. Ratio legis : Protection du droit de l’enfant à la non-discrimination ;
7. Peines : Servitude pénale principale de un à trois ans et amende de deux cents mille à
un million de francs congolais.
68
Notes de cours de droit pénal spécial
6. Peines : Servitude pénale principale de cinq à dix ans et amende de deux cents mille à
un million de francs congolais.
Par ailleurs, l’article 189 énonce :
« Toute personne qui exerce l’autorité parentale ou tutélaire sur un enfant, le donne en
mariage ou en vue de celui-ci, ou le contraint à se marier est puni d’une peine de cinq à
douze ans de servitude pénale principale et d’une amende de huit cents mille à un million de
francs congolais ».
A l’analyse, cette disposition ressort les éléments infractionnels qui suivent :
1. Auteur : Toute autorité parentale ou tutélaire ;
2. Victimes : L’Etat et l’enfant ;
3. Elément matériel :
a) Comportements prohibés: - Donner un enfant en mariage ou en vue du mariage ;
- Contraindre l’enfant à se marier.
b) Résultats réprimés : - Donation d’un enfant en mariage ou en vue du mariage ;
- Contrainte d’un enfant au mariage ;
c) Lien de causalité : Il est important que soit prouvé un rapport de cause à effet entre
les comportements et les résultats de cette infraction.
4. Elément moral : Dol spécial ;
5. Ratio legis : Protection de l’intérêt supérieur de l’enfant ;
6. Peines : La servitude pénale principale de cinq à douze ans et l’amende de huit cents
mille à un million de francs congolais.
Et l’article 190 de disposer :
« Le délaissement d’un enfant en un lieu quelconque est puni de un à cinq ans de servitude
pénale principale et d’une amende de cent mille à deux cents mille francs congolais.
Lorsqu’il entraine une mutilation ou une infirmité permanente, il est puni de cinq à dix ans de
servitude pénale principale et d’une amende de deux cents mille à cinq cents mille francs
congolais.
S’il entraine la mort de l’enfant, il est puni de la servitude pénale à perpétuité et d’une
amende de cinq cents mille à un million de francs congolais.
Par délaissement d’enfant, il faut entendre le fait, pour le père ou la mère, le parâtre ou la
marâtre, ou le tuteur, d’abandonner et ou de rejeter un enfant sans s’être assuré qu’il sera en
sécurité et protégé dans ses droits ».
Cet article institue l’infraction de délaissement d‘enfant, tant à l’état simple qu’à l’état
aggravé.
En effet, le délaissement simple d’enfant comporte les éléments ci-après :
1. Auteur : Le père ou la mère, le parâtre ou la marâtre ou encore le tuteur ;
2. Victimes : L’Etat et l’enfant ;
3. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Délaisser un enfant ;c’est-à-dire le fait, pour l’un ou
l’autre des auteurs ci-dessus, d’abandonner et/ou de rejeter un enfant sans s’être
assuré qu’il sera en sécurité et protégé dans ses droits ;
b) Résultat réprimé : délaissement d’enfant ;
c) Lien de causalité : Il est requis un rapport causal entre le comportement et le
résultat infractionnels que dessus.
4. Elément moral : Dol spécial ou éventuel ;
70
Notes de cours de droit pénal spécial
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : S’abstenir d’accomplir un acte de sa fonction ou son
emploi requis pour la circonstance ;
b) Résultat réprimé : Abstention coupable ;
c) Lien de causalité : Il importe de démontrer que c’est ce comportement qui a
provoqué le résultat déploré ;
5. Elément moral : Dol spécial ;
6. Ratio legis : Sauvegarde de la solidarité en faveur de l’enfant ;
7. Peine : Une amende de cent mille à deux cents cinquante mille francs congolais.
Pour clore la série, l’article 194 de la loi susdite dispose ce quisuit :
72
Notes de cours de droit pénal spécial
« Quiconque utilise un enfant aux fins de mendicité est puni d’une amende de cinquante mille
à cent mille francs congolais ».
73
Notes de cours de droit pénal spécial
163
Telle est l’économie de l’article 67 de ce code.
164
C’est l’énoncé de l’article 68 du même code.
74
Notes de cours de droit pénal spécial
Ces atteintes sont incriminées et réprimées par l’alinéa premier de l’article 67 ci-dessus. Leur
structure présente les éléments ci-après :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Eléments matériels : S’agissant ici de trois infractions distinctes et pouvant se
commettre séparément, nous en présentons non pas l’élément matériel mais plusieurs
éléments matériels ; chacune de ces trois infraction en ayant un.
a) Comportements prohibés : enlever165 ou faire enlever, arrêter166 ou faire arrêter,
détenir167 ou faire détenir ;
b) Résultats réprimés : Enlèvement, arrestation ou détention ;
c) Lien de causalité : Il faut un rapport de cause à effet entre les comportements et les
résultats ci-haut cités ;
d) Moyens utilisés : Violences168, ruses169 ou menaces170 ;
4. Eléments moraux : Dol spécial ou éventuel et connaissance de droit ;
5. Ratio legis : Protection de la liberté individuelle d’aller et de venir ;
6. Peine : Servitude pénale d’un à cinq ans.
Signalons que dans le cas de cet article, la victime doit avoir été non consentante à
l’enlèvement, à l’arrestation ou à la détention. Notre position est justifiée par le fait que la
valeur juridiquement protégée dans cette disposition, à savoir la liberté individuelle est un
droit subjectif dont le titulaire peut disposer ; il peut alors y renoncer. Ainsi, ne se rend pas
coupable d’enlèvement, le fiancé repoussé par la famille de sa fiancée qui, sur proposition et
avec le consentement de celle-ci, majeure d’âge, se déplace avec elle d’une ville à une autre à
l’insu des parents de ladite fiancée.
Les éléments moraux des infractions prévues à l’article 67 du C.P.L.II sont contenus dans
l’adverbe arbitrairement, lequel se rapporte à tous les six comportements prohibés ; le
législateur a fait de la symétrie dans cette disposition. Et comme la connaissance de droit est
l’un des éléments moraux, il va sans dire qu’en cas d’erreur de droit, invincible ou non,
l’auteur peut bénéficier de l’erreur comme cause de non-imputabilité.
En effet, si par principe, seule une erreur invincible vaut cause de non-imputabilité, il est
exceptionnellement admis qu’une erreur de droit fautive puisse valoir en faveur de son auteur
une cause de non-imputabilité, chaque fois que la loi fait de la connaissance de droit un
élément indispensable de l’infraction. Toutefois, une erreur de droit grossière ne devra
165
Enlever c’est déplacer une personne d’un endroit à un autre sans son consentement.
166
Arrêter signifie dépouiller quelqu’un de son droit d’aller et de venir. C’est une infraction instantanée,
contrairement à l’enlèvement qui, lui se veut une infraction continue étant donné que l’enlèvement implique
une certaine durée dans le temps.
167
On entend par détenir l’action de garder quelqu’un dans un endroit en l’empêchant d’aller et de venir. Elle
est, à l’instar de l’enlèvement, une infraction continue. Elle est plus vaste que la séquestration connue ne droit
français et signifie la détention de la victime dans un bâtiment seulement ; en R.D.C., la détention arbitraire est
punissable, qu’elle ait eu lieu dans un bâtiment ou à l’air libre.
168
La violence signifie le fait d’exercer une force physique sur quelqu’un pour vaincre sa volonté. Il doit s’agir
d’une violence qui déborde les limites d’une résistance minimale de la victime.
169
Par ruse on entend une manœuvre frauduleuse, une astuce, un artifice ou un stratagème en vue de
surprendre l’intelligence, mieux la bonne foi de la victime.
170
Une menace est violence morale consistant à faire comprendre à la victime que si elle s’oppose aux velléités
de l’auteur, elle va subir un mal dans sa personne, dans ses biens ou dans la personne ou les biens des êtres qui
lui sont particulièrement chers.
75
Notes de cours de droit pénal spécial
171
C.A. de L’shi, 1er Septembre 1966, in R.G.C 1969, p.355.
172
C.S.J., R.P.A. 106 – 110, du 22 Novembre 1985, in B.A. 2002, p.98.
173
C.S.J., R.P.A. 112 du 20 Novembre 1985, in B.A. 2002, p.84.
174
Trib. du district de Kasaï, 30 Mars 1968, in R.J.C., 1968, p.228.
175
C.S.J., R.P. 290, du 20 Décembre 1978, in B.A. 1979, p.150.
176
C.S.J., R.P.A. 112 du 20 Novembre 1985 précité.
76
Notes de cours de droit pénal spécial
A ce propos, il a été jugé qu’on ne peut considérer comme tortures corporelles que des sévices
graves et les actes de cruauté ou de barbarie exercés principalement dans le but de causer une
souffrance177. Ainsi, les tortures corporelles constituant une circonstance inhérente au fait
criminel ; le coauteur en répond même s’il les avait ignorées 178. Jugé également que les
coauteurs ou complices d’une arrestation arbitraire avec tortures corporelles ayant entrainé la
mort doivent tomber sous la disposition de l’article 67 alinéa deux, comminant la peine de
mort ou sous celle comminant la servitude pénale à perpétuité179.
L’article 68 ci-dessus énonce ce qui suit : « Est puni des peines prévues par et selon les
distinctions de l’article précédent, celui qui a enlevé ou fait enlever, arrêté ou fait arrêter,
détenu ou fait détenir des personnes quelconques pour les vendre comme esclaves ou qui a
disposé de personnes placées sous son autorité dans le même but ».
Les infractions concernées ici sont l’enlèvement, l’arrestation ou la détention arbitraire opérée
pour vendre la victime d’une part, et le fait pour un supérieur hiérarchique de disposer de ses
subalternes pour les vendre comme esclaves, d’autre part.
177
Boma, 4 Décembre 1900, et 22 Juillet 1902, Jur. Etat, I, pp. 108-205.
178
Idem, 8 Février 1916, Jur. col., 1927, p.62.
179
Ibidem, 23 Mai 1911, Jur. Congo 1912, p.174.
77
Notes de cours de droit pénal spécial
Une différence notable est à souligner entre les articles 67alinéa 1 er et 68 du C.P.L.II étant
donné que dans le premier, l’auteur a seulement voulu dépouiller la victime de sa liberté
d’aller et de venir ; alors que dans l’article 68, il s’agit de quelqu’un qui enlève ou fait
enlever, arrête ou fait arrêter, détient ou fait détenir dans un mobile précis : vendre la victime
comme esclave.
Une autre différence entre ces deux dispositions se situe au niveau des comportements
prohibés dans leurs éléments matériels respectifs. En effet, alors que dans l’article 67 alinéa il
s’agit seulement d’enlever ou faire enlever, d’arrêter ou faire arrêter et de détenir ou
faire détenir ; dans l’article 68 le législateur ajoute à ces six comportements prohibés de
l’article 67 alinéa premier, un autre non cité à l’article 67 ; à savoir : le fait pour le supérieur
hiérarchique d’avoir disposé de ses subalternes comme esclaves.
Il va sans dire, à notre avis, que l’article 68 du C.P.L.II, loin d’instituer des simples
circonstances aggravantes des infractions à l’état simple prévues et punies à l’article 67 alinéa
1erdes mêmes code et livre ; incrimine et réprime des infractions différentes. Le recours aux
mêmes peines que l’article 67 et la prise en compte les distinctions pénitentiaires qui en sont
prévues ne suffisent pas pour ôter à l’article 68 sa vocation de consacrer indépendamment à
l’article 67 auquel il se réfère des infractions à part entière. Il suffit, pour s’en convaincre, de
remarquer que l’infraction prévue et réprimée à l’article 68 in fine ne nécessite pas qu’il y ait
eu un enlèvement, une arrestation ou une détention de la victime ; le supérieur hiérarchique
ayant disposé de personnes placées sous son autorité sans forcément les avoir au préalable
enlevées, arrêtées ou détenues.
L’analyse de cette dernière disposition nous amène à en ressortir les éléments ci-après :
1. Auteur : Quiconque, auteur des infractions de l’article 67 ou ascendant par rapport à la
victime ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : - Enlever, arrêter, détenir ou les faire accomplir pour vendre
la victime comme esclave ;
- Disposer d’un subalterne pour le vendre comme esclave ;
b) Résultats : Vente envisagée ou réalisée de la victime comme esclave ;
c) Lien de causalité : Il devra être établi un rapport de cause à effet entre les
comportements prohibés et les résultats réprimés dans cette disposition.
4. Elément moral : Dol plus spécial puisé de l’addition de ces deux sous-éléments :
l’intention d’attenter à la liberté de mouvement d’une part, et le but de vendre comme
esclave la victime de l’atteinte d’autre part.
5. Ratio legis : Protection de la liberté individuelle ;
6. Peines : - Servitude pénale de cinq à vingt ans, si la victime destinée à la vente ou vendue
effectivement a subi des tortures pendant l’enlèvement, l’arrestation ou la détention ;
- Servitude pénale perpétuelle ou peine capitale, en cas de décès de la victime
susvisée.
78
Notes de cours de droit pénal spécial
Il sied de noter que le fait pour le législateur de l’article 68 sous analyse de n’avoir pas
expressément cité les moyens d’action de l’auteur que sont la rue, la violence et la menace
divise la doctrine pénale congolaise.
Pour le premier camp, tenu notamment par les professeur Georges MINEUR et LIKULIA
BOLONGO, les infractions de l’article 68 ne requièrent pas, pour être dites établies, le
recours de l’auteur aux ruses, menaces ou violences ; le législateur ne les ayant pas citées dans
cet article.
Pour notre part, il est inconcevable que l’on agisse conformément à l’article du C.P.L. II. sans
recours à l’un de ces moyens ; sinon il y aurait consentement de la victime et par voie de
conséquence, l’infraction ne serait pas établie ; car l’article 67 du C.P.L.II lui-même ne sera
pas applicable ; alors qu’il constitue un préalable légal de la grande part d’infractions de
l’article 68 du C.P.L.II.
Notre position se fonde sur le fait qu’à l’article 68 du C.P.L.II, le législateur ayant utilisé
l’expression « selon les distinctions de l’article 67 … », distinctions que nous attachons aux
différents alinéas de l’article 67 précité ; il n’a nullement exclu l’usage de ces moyens par
l’auteur qui commet l’infraction de l’article 68 du C.P.L. II.
Cependant, cette position ne se justifie qu’en rapport avec la première hypothèse prévue par
ledit article 68 ; car dans la deuxième hypothèse, comme l’auteur n’a pas à arrêter, enlever ou
détenir la victime pour la vendre comme esclave, ceci de par leur rapport d’autorité à
subalterne ; il suffit ainsi de vendre comme esclave son subalterne pour heurter l’esprit et la
lettre de la deuxième hypothèse de cet article. C’est cette relation préalable d’autorité à
subalterne qui lie l’auteur de l’infraction à sa victime qui peut le dispenser du recours aux
moyens énumérés à l’article 67 du C.P.L.II.
Section II. Des atteintes à l’inviolabilité du domicile
L’inviolabilité du domicile est un principe consacré par toutes nos Constitutions depuis la loi
fondamentale. Nous reprenons ici à titre purement indicatif l’article 29 de la Constitution du
18 Février 2006 telle que revue en 2011 et mieux identifiée ci-dessus, lequel article
dispose : « Le domicile est inviolable. Il ne peut y être effectué de visite ou de perquisition que
dans les formes et conditions prévues par la loi ».
Le législateur estime en fait que chaque personne a droit à une intimité qui ne peut être violée
si ce n’est dans l’intérêt et dans les formes légales. L’une des formes de cette intimité c’est
l’inviolabilité c’est l’inviolabilité du domicile, ce dernier entendu comme là où la personne a
son havre de paix. Au sens du Droit pénal donc, le domicile englobe, outre la résidence et le
domicile entendu au sens du Droit civil, le cabinet professionnel et le siège social des
personnes morales.
Il a été jugé que le mot domicile employé à cet article doit être compris dans son sens large. Il
comprend non seulement le domicile défini au sens du code civil, mais aussi tout lieu, maison,
appartement ou chambre où un individu, soit seul, soit entouré de sa famille, a établi sa
demeure ou sa résidence, même momentanée 180. Par contre, ne constitue pas un domicile au
sens que lui confère la loi pénale, un bar qui, par sa destination, est ouvert et accessible à
180
Cass. Fr. 24 Juin 1893, D.P., 1895, I,p.407.
79
Notes de cours de droit pénal spécial
181
C.S.J., R.P. 144, 10 Avril 1976, in B.A. 1977, p. 93.
182
Cet élément préalable est tiré de l’expression « pénètre contre la volonté de l’occupant » utilisée par l’article
70 sous analyse. Il s’ensuit que l’infraction de violation de domicile suppose que la victime n’ait pas autorisé
expressément ou tacitement l’entrée de l’auteur. Dans la pratique, on considère que la victime n’est pas
consentante si l’activité ultérieure de l’agent porte atteinte aux intérêts de la victime qui était absente au
moment de la pénétration de l’auteur.
183
C.S.J., R.P.A : 16 du 12 Mai 1972, B.A.C.S.J., p.64. Voir aussi R.J.Z., 1973, p.38.
184
C.S.J., R.P.A : 4 du 22 Juin 1972, in B.A.C.S.J., 1972, p.95.
80
Notes de cours de droit pénal spécial
Par ailleurs, la violation de domicile est une infraction instantanée qui punie indépendamment
des infractions consécutivement commises.
185
Ce résultat doit être effectivement réalisé pour que soit établie cette infraction de l’article 69 du C.P.L.II ; tel
est le sens qui se dégage du mode auquel est conjugué le verbe comportemental de cette disposition.
186
Par effraction nous entendons le fait de casser ou de briser un dispositif de sécurité placé à un édifice ; c’est
une rupture, une démolition ou une destruction d’une clôture ou d’un autre dispositif de fermeture. Il serait
toutefois excessif de qualifier d’effraction le fait de déplacer au moyen d’une simple poussée un coffre en bois
que l’occupant avait placé contre sa porte pour la tenir fermée, à en croire le tribunal de Ière instance, 9
Octobre 1919, Jur. Congo, 1914, p. 348.
187
Au sens que lui donne le droit pénal, une escalade signifie le fait pour l’auteur de s’introduire dans un édifice
par-dessus le mur, par le toit, par la fenêtre, par le couloir souterrain ou par tout autre voie inhabituelle. En ce
sens, la jurisprudence assimile à l’escalade toute manière inhabituelle de s’introduire dans un domicile d’autrui.
188
L’expression fausse clef signifie toute clef utilisée en l’absence et sans l’accord de l’occupant, notamment la
clef passe-partout et la jurisprudence y assimile toute vraie clef perdue par son propriétaire.
81
Notes de cours de droit pénal spécial
Ces peines démontrent à suffisance que les faits réprimés à l’article 69 du C.P.L.II sont plus
graves que ceux de l’article 70 du même code. Cela est dû à l’existence dans l’article 69 des
circonstances aggravantes objectives. Nous les qualifions d’objectives parce qu’elles se
rattachent non pas à la personne de l’auteur, mais aux faits, spécialement aux moyens utilisés
par l’auteur pour réaliser son infraction.
En rapport avec la violation aggravée de domicile, il a été jugé qu’un agent administratif
d’une université chargé de la police de cette institution et qui n’a pas qualité d’officier de
police judiciaire commet une violation de domicile punissable en vertu de l’article 69 du
C.P.L.II, lorsqu’il entre dans le domicile d’un employé de l’université contre son gré et à
l’aide de menaces189. De même, la violation de domicile ne constitue une infraction que si elle
a lieu à l’aide d’un des moyens spécialement déterminés par la loi190.
En outre, constitue l’infraction de violation de domicile avec violence et effraction, le fait de
pénétrer chez autrui contre le gré de l’occupant en bousculant le gardien et en enfonçant la
prote de l’habitation191.
Section III. Des atteintes à l’inviolabilité des lettres postées
Ces atteintes sont incriminées et réprimées aux termes des articles 71 et 72 du C.P.L. II.
§1er. L’infraction à l’état simple
Elle est instituée par l’alinéa 1erin limine de l’article 71 lorsqu’il dispose :
« Toute personne qui, hors les cas prévus par la loi, aura ouvert ou supprimé des lettres, des
cartes postales ou autres objets confiés à la poste, ou ordonné ou facilité l’ouverture ou la
suppression de ces lettres, cartes et objets, sera punie d’une amende qui ne dépassera pas
deux mille francs pour chaque cas ».
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le destinataire des lettres, cartes postales ou d’autres objets ;
3. Eléments préalables : - Il faut que ce soit hors les cas prévus par la loi ;
- Et que les objets précités aient été confiés à la poste.
4. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : Ouvrir192 ou supprimer193, ordonner194 ou faciliter195
l’ouverture ou la suppression.
b) Résultat réprimé : Violation du secret des lettres, des cartes postales ou des autres
objets postés ;
c) Lien de causalité : Il est requis entre les comportements et le résultat de cette
infraction.
5. Elément moral : C’est le dol spécial ou éventuel ;
189
Tribunal de district du Haut Katanga, 23 Février 1967, in R.J.C., p.224.
190
Boma, 10 Juillet 1906, Jur.Etat, II, p.126.
191
Boma, 9 Décembre 1913, Jur. Col., 1924, p.168.
192
Le verbe ouvrir signifie enlever l’obstacle de façon à découvrir le contenu des objets postés.
193
Supprimer une lettre c’est la détruire, la détourner à destination. Tout comme l’ouverture, la suppression est
un comportement de l’auteur matériel de cette infraction.
194
Ordonner c’est le fait pour un supérieur d’enjoindre à l’auteur matériel d’ouvrir ou de supprimer ces objets ;
ce supérieur est aux yeux du droit pénal un provocateur.
195
Faciliter l’ouverture ou la suppression c’est le fait d’un coauteur ou d’un complice qui apporte son aide
essentielle ou non essentielle à l’auteur matériel.
82
Notes de cours de droit pénal spécial
6. Ratio legis : La loi protège l’intimité garantie par l’inviolabilité des courriers postés ;
7. Peine : Une amende qui ne dépassera pas deux mille francs pour chaque cas.
Il importe de noter que le mode de répression institué par le législateur dans cette infraction
déroge à l’article 23 du C.P.L.I er en ce sens qu’il punit tous les participants à la violation du
secret des lettres, cartes postales et autres objets confiés à la poste de la même peine ; plutôt
que de punir les complices de la moitié de la peine.
§2. L’infraction aggravée de violation du secret des correspondances
L’article 71, alinéa 1erin fine et alinéa 2 institue quatre circonstances aggravantes dont les trois
premières sont objectives et la dernière, celle émanant de l’alinéa deux, est une circonstance
aggravante subjective.
En effet, dans ses alinéas premier in fine et deux, l’article 71 du C.P.L.II dispose :
« L’amende pourra être portée à cinq mille francs si la lettre ou l’envoi était recommandé ou
assuré, ou s’il renfermait des valeurs réalisables.
Indépendamment de l’amende, le délinquant pourra être puni d’une servitude pénale de trois
mois au plus s’il est agent des postes ou officiellement commissionné comme tel ».
Sont objectives, les circonstances aggravantes ci-après :
- Le fait que l’envoi soit recommandé, c’est-à-dire, lorsque l’expéditeur voudrait
s’assurer que le courrier arrivera au destinataire en payant une taxe supplémentaire à
l’Etat. Il peut s’agir d’un envoi recommandé simple ou d’un envoi recommandé avec
accusé de réception ;
- Le fait pour l’envoi d’avoir été assuré, c’est-à-dire le destinataire a voulu couvrir les
risques de sa lettre en payant une taxe supplémentaire pour qu’au cas où le destinataire
ne recevait pas le courrier, qu’il soit indemnisé ;
- La 3ème circonstance aggravante objective est constituée par le fait pour ledit envoi
d’avoir renfermé des valeurs réalisables ; c’est-à-dire des titres valant espèces tels que
le chèque ou le billet à ordre.
Ces trois circonstances sont dites objectives parce qu’elles sont liées à l’objet de l’infraction.
La peine en est aggravée en ce qu’elle devient l’amende de plus ou moins cinq mille francs
congolais contre deux mille francs d’amende. Par ailleurs, la circonstance aggravante
découlant de l’alinéa 2, laquelle consiste dans la qualité d’agent postal ou de commissionnaire
officiel du service postal dont se trouve revêtu le délinquant. C’est une circonstance
aggravante qui est donc subjective parce que liée à la personne du délinquant. Cette
circonstance expose l’auteur à une servitude pénale inférieure ou égale à trois mois alors qu’à
l’alinéa 1er, il n’y a que l’amende.
§3. De la révélation de l’existence ou du contenu des courriers postés
L’article 72 du C.P.L.II dispose :
« Tout agent des postes ou toute personne officiellement commissionnée pour assurer le
service postal qui, hors le cas où la loi l’y obligerait, aura révélé l’existence ou le contenu
d’une lettre, d’une carte postale ou de tout autre envoi confié à la poste sera puni d’une
servitude pénale d’un mois au plus et d’une amende qui ne dépassera pas deux mille francs
ou d’une de ces peines seulement ». Cet article est la reproduction servile de l’article 23 de
l’ordonnance-loi n°68-045 du 20 Janvier 1968.
83
Notes de cours de droit pénal spécial
L’analyse de cette disposition nous amène à en décortiquer les éléments accessoires et ceux
indispensables comme suit :
1. Auteur : Tout agent de poste ou toute personne officiellement commissionnée pour le
service postal ;
2. Victimes : L’Etat, l’expéditeur et/ou le destinataire ;
3. Eléments préalables : Il faut :
- Qu’il s’agisse d’un agent des postes ou d’un commissionnaire postal ;
- Qu’il s’agisse d’un courrier posté et non pas confié à d’autres agences de fret ;
- Qu’il n’y ait pas autorisation de la loi.
4. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : - Révéler l’existence ou la présence d’une lettre, d’une carte
postale ou de tout autre envoi confié à la poste ;
- Révéler le contenu desdits courriers.
A noter que dans le cadre de la participation criminelle, un particulier qui notamment finance
l’agent ou le commissionnaire officiel du service postal pour qu’il lui dévoile ou révèle
l’existence ou le contenu des courriers précités reste punissable.
b) Résultat réprimé : Révélation du secret sur l’existence ou le contenu des courriers
susvisés ;
c) Lien de causalité : Il est présumé de par le mode de verbe utilisé par le législateur
dans cette disposition.
5. Elément moral : le dol spécial ;
6. Ratio legis : La loi protège l’intimité ;
7. Peines : Servitude pénale d’au plus un mois et/ou amende de deux mille francs congolais
au maximum.
Section IV. De la révélation du secret professionnel
Il est une évidence que l’être humain éprouve, dans toutes les sociétés humaines et à tous les
âges, le besoin de confier à certaines personnes ce qui lui est intime, soit pour savoir comment
se guider devant une situation donnée, soit en vue de l’atteinte d’un idéal qu’il se propose,
mais l’idéal qui passe par l’intermédiaire d’une autre personne. On évite que ces faits intimes
soient révélés aux tiers soit pour ne pas être déconsidéré dans la société où l’on vit parce
qu’on a confié un petit défaut à quelqu’un, soit par amour propre.
Conscient de cette réalité sociale, le législateur interdit sous la menace d’une sanction pénale
à ces intermédiaires de divulguer, en dehors des cas de commandement légal, ce qu’on leur
confie à ce titre.
84
Notes de cours de droit pénal spécial
faire connaitre ces secrets, les auront révélés, seront punies d’une servitude pénale de un à
six mois et d’une amende196 de mille à cinq mille francs, ou d’une de ces peines seulement ».
L’analyse de cette infraction nous fait ressortir la structure ci-après :
1. Auteur : Les personnes dépositaires des secrets ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier qui se sera confié à l’un ou l’autre de ces
dépositaires ;
3. Eléments préalables : - Il faut que :
- L’auteur n’ait pas été invité à témoigner en justice ;
- Il n’y ait pas eu un ordre légal de révéler ce secret ;
- Le secret professionnel ait été à la portée de l’auteur.
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Révéler le secret professionnel ;
b) Résultat réprimé : divulgation ou violation du secret professionnel ;
c) Lien de causalité : Il est présumé entre le fait d’avoir révélé le secret professionnel
et la violation effective de ce secret.
Il sied de noter que pour la jurisprudence, les personnes dépositaires par état ou par profession
des secrets professionnels197 sont tenues de garder non seulement les secrets leur déposés,
mais aussi ceux qu’ils surprennent dans ou à l’occasion de l’exercice de leurs professions.
5. Elément moral : C’est le dol spécial car, la révélation du secret professionnel ne peut
être coupablement retenue que si l’agent a agi intentionnellement.
A ce propos, il a été jugé que tombe sous le coup des dispositions qui punissent la violation du
secret professionnel, le commis greffier assermenté au cabinet du juge d’instruction qui tient
un prévenu au courant de la procédure contre lui, celui-ci est considéré comme coauteur pour
avoir provoqué l’infraction par dons198. De même, à défaut d’autorisation expresse, le silence
s’impose au médecin, dans le cas de maladies secrètes ou de grossesse illégitime199.
Toutefois, les officiers du ministère public, dans une enquête civile, ne sont pas tenus de
répondre sur les circonstances d’une instruction puisque celle-ci est secrète 200. Et les
personnes dépositaires par état des secrets d’autrui ne peuvent refuser de répondre à des
questions qui portent sur des faits dont elles n’ont pas eu connaissance à titre confidentiel 201.
Par ailleurs, si l’on doit considérer comme nulle la preuve obtenue par témoignage d’un
dépositaire de secret professionnel, cela ne peut s’entendre que dans l’hypothèse où le
196
Notons que le taux applicable pour la peine d’amende ici n’est celui issu de l’article 73 du code pénal, mais
bien celui issu de l’arrêté interministériel de 2012 mieux identifié ci-dessus ; à savoir une amende de cinquante
à deux cent dollars américains.
197
Le secret professionnel est non seulement ce que le déposant ne veut pas voir être divulgué, mais aussi tout
ce que la déontologie d’une profession donnée répute comme tel. Ce secret ne lie cependant pas le
professionnel, (médecin, avocat, pasteur, prêtre…) à l’égard de son client. On parle également en cette matière
de la notion de secret professionnel partagé pour signifier l’obligation qu’ont les travailleurs directs des
professionnels accédant aux secrets professionnels de ne pas eux aussi les divulguer. Tel est le cas des
secrétaires, des huissiers, dactylographes, stagiaires de l’avocat ou du médecin, du pasteur ou du prêtre,
intercesseurs, anciens et diacres … qui sont également tenus au secret professionnel.
198
Cass. Fr., 09 Juillet 1886, D.P.I., 475.
199
Civ. Liège, 16 Février 1949, Jur. Liège, 1948-1949, p.300.
200
Léo. 30 Juin 1940, Rev. jur., p. 141.
201
Cass. Belge, 15 Octobre 1888, Pas., I, 339.
85
Notes de cours de droit pénal spécial
dépositaire du secret étant sous serment et refusant de fournir des renseignements qu’il estime
avoir appris sous le sceau du secret, se voit néanmoins contraint de les livrer. Tel n’est pas le
cas des juges entendus hors serment au sujet du secret du délibéré, ceux-ci restant ainsi en
droit libres dans leurs dépositions faites à titre de renseignements qui sont appréciés
souverainement par le tribunal202.
En rapport avec la révélation du secret professionnel, la doctrine rapporte un récit concernant
le roi de la Crète du nom de MIDAS qui, de par sa nature, avait des oreilles d’âne. Etant une
fois malade et ayant fait venir son médecin chez lui, celui-ci a dû découvrir ce défaut
congénital du roi MIDAS de porter des oreilles d’âne en lieu et place des oreilles humaines.
Ce secret du roi était finalement dévoilé par le médecin en le confiant à un puit par lui creusé,
cela par le biais du vent qui en emporta l’écho jusqu‘à le répandre à tout le pays203.
6. Ratio legis : La loi, à travers l’article 73 du CPLII, vise la protection de l’intimité ;
7. Peines : Servitude pénale de un à six mois et/ou amende de cinquante à deux cent
dollars américains.
Il importe de noter que l’obligation au secret professionnel n’est pas absolue, elle est relative
tant il est vrai que les professionnels susvisés peuvent, dans certains cas, se délier du secret
sans en courir une responsabilité pénale, civile ou disciplinaire. Ceci justifie les quelques cas
dérogatoires au principe de non-divulgation du secret professionnel :
1) La loi elle-même commande dans certains cas de dévoiler le secret professionnel, souvent
quand l’intérêt général est en danger. Il en est ainsi de l’article 3 du décret du 19 Juillet
1926 qui énonce que le médecin doit déclarer aux autorités politico-administratives les cas
des maladies quarantenaires afin que des mesures adéquates soient prises. De même,
l’article 215 du C.P.L.II oblige tout le monde à révéler le secret de tout complot contre la
sureté intérieure de l’Etat ou de nature à nuire à la défense nationale. Il en est de même de
celui qui connait les projets ou les actes de trahison ou d’espionnage ; il est obligé de
révéler aussitôt ce secret aux autorités militaires, administratives ou judiciaires, sous peine
de sanctions pénales.
2) En cas d’invitation pour témoigner en justice, l’agent a deux attitudes possibles :
Soit parler pour témoigner ;
Soit s’interdire de témoigner et se ranger derrière le secret professionnel en vertu de
l’article 73 du C.P.L.II, étant donné que la loi permet dans ce cas et non oblige qu’on
révèle. C’est à l’agent de juger de l’opportunité de sa révélation. S’il opte pour la
divulgation, il ne commet aucune infraction car ce comportement est conforme à la loi.
Si par contre l’agent décide de ne pas témoigner, il reste couvert en principe par l’article
73 en rapport avec l’infraction que prévoit et punit cette disposition, même si, faute de
ce témoignage, le tribunal risque de commettre une erreur judiciaire. Cependant, cette
dernière attitude entraine une disharmonie les articles 73 et 66 quinquies, étant
antinomiques. Face à cette situation, il est souhaitable de privilégier l’article 66
quinquies parce qu’il protège l’intérêt général de la justice contrairement à l’intérêt
particulier de l’intimité que protège l’article 73. En somme, quand on est invité en
justice pour témoigner ou quand on se retrouve dans les conditions d’applicabilité de
l’article 66 quinquies, il faut témoigner et comme le tribunal ne sait pas que telle
202
C.S.J., 19 Mai 1977, B.A., 1978, p.40.
203
Victor KALOMBO MBANGA wa MANSHIMBA, Notes des étudiants au cours de droit pénal spécial, G3 Droit,
U.M.,1999-2000,(inédites).
86
Notes de cours de droit pénal spécial
204
L’article 458 du code pénal belge est l’équivalant de l’article 73 du code pénal congolais, livre deux.
87
Notes de cours de droit pénal spécial
Il s’agit d’examiner ici les infractions qui convergent à lutter pour la protection de l’honneur,
de la dignité humaine et pour la sauvegarde de la solidarité interpersonnelle. Ces infractions
reposent les unes sur les dispositions des articles 74 à 76 du C.P.L.II, les autres sur une loi
pénale particulière portant ordonnance-loi n°66-342 du 07 Juin 1966 relative à la répression
du racisme et du tribalisme.
Section Ière. Des imputations dommageables et des injures
§1er. Des imputations dommageables
L’article 74 du C.P.L.II dispose :
« Celui qui a méchamment et publiquement imputé à une personne un fait précis qui est de
nature à porter atteinte à l’honneur ou à la considération de cette personne, ou à l’exposer au
mépris public, sera puni d’une servitude pénale de huit jours à un an et d’une amende de
vingt-cinq à mille francs ou d’une de ces peines seulement ».
Pour être établie, l’infraction d’imputation dommageable requiert la réunion de plusieurs
éléments que nous analysons et commentons ci-dessous :
1. Auteur : Toute personne ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Eléments préalables : Il faut que : - Le fait imputé soit précis205 ;
- Le même fait soit susceptible d’attenter à l’honneur
ou à la considération de la victime ou encore d’exposer cette victime au mépris
public 206;
- L’imputation ait été faite en public.
Un fait est réputé précis lorsque sa véracité ou sa fausseté peut faire l’objet d’une preuve
directe ou d’une preuve contraire207.
A cet effet, n’établit pas l’infraction d’imputation dommageable et doit être cassé, le jugement
qui constate, sans plus, que le prévenu a porté plainte contre son adversaire et n’a pu rapporter
la moindre preuve sur ses accusations, pareille constatation étant trop vague et imprécise au
regard de l’article 74 du C.P.L. II. qui requiert l’articulation des faits précis208.
Par ailleurs, l’élément de publicité requis dans la réalisation de l’infraction d’imputation
dommageable est établi dès lors que le juge constate dans la motivation du jugement que le
prévenu a déclaré en présence des témoins des faits précis de nature à constituer une
imputation dommageable209.
Il sied de noter cependant que la publicité est avant tout une question de fait qui relève de
l’appréciation souveraine du juge de fond210. La publicité suppose que le lieu de l’imputation
205
Par fait précis, nous entendons une imputation positive ou négative d’un fait déterminé, même conditionnel
ou hypothétique, mis à charge d’une personne désignée d’une façon suffisamment claire pour qu’on puisse la
reconnaitre, même si elle est décédée. Le caractère précis du fait imputé nous conduit à écarter du champ
d’application de l’article 74 les propos tels que : un vaut rien, un voleur, un assassin, un ignorant, un faussaire.
206
Il s’agit ici de tout fait qui humilie la personne, ternit son image ou noircit sa réputation envers le public
témoin de l’imputation.
207
C.S.J., R.P : 47, du 4 Avril 1973, B.A : 1974, p.90.
208
Idem.
209
C.S.J., 4 Juillet 1975, R.P : 93, B.A : 1976, p.167.
210
Georges MINEUR, Commentaire du code pénal congolais, Larcier, Bruxelles, 1953, p.177.
88
Notes de cours de droit pénal spécial
est un endroit public soit par sa nature, (route, marché, …) soit par sa destination, (temple,
stade, auditoire, salle des réunions ou de fête …). Un lieu public peut également être entendu
comme tout endroit privé mais où le public se retrouve circonstanciellement. Il renvoie
également au nombre de personnes présentes au moment des imputations.
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Imputer211 à une personne un fait précis ;
b) Résultat réprimé : Atteinte à l’honneur ou à la considération ; c’est un résultat
potentiel.
c) Lien de causalité : Il est présumé exister entre le comportement prohibé et le
résultat réprimé.
5. Elément moral : C’est le dol spécial, contenu dans l’adverbe méchamment, lequel
signifie : dans l’intention de nuire ;
6. Ratio legis : La protection de ‘honneur et de la considération des personnes ;
7. Peines : Une servitude pénale principale de huit jours à un an et/ou une amende de
cinquante à deux cent dollars américains212.
Par ailleurs, le fait précis visé par l’article 74 peut être vrai ou faux, il reste tout de même
répréhensible car, contrairement à la diffamation qui, en droit franco-belge, est une infraction
qui suppose que le fait imputé soit nécessairement faux ; l’article 74 sous examen est plus
large en ce qu’il punit et le fait qui est vrai, et celui qui est faux en droit pénal congolais. Et la
diffamation équivaut ainsi à l’imputation calomnieuse prévue et punie par l’article 76 alinéa 2
du C.P.L. II.
Notons qu’il n’est pas nécessaire que la victime de l’imputation dommageable soit présente.et
que celui qui répète méchamment et publiquement une imputation dommageable faite par
l’auteur est punissable, dans le cadre de la participation criminelle, sous le coup des articles
21-23 du C.P. L. Ier combinés à l’article 74 susdit.
Dans des imputations dommageables, l’auteur ne peut pas offrir de prouver que le fait précis
imputé n’est pas faux ; ce qui importe c’est l’attentat public et méchant à l’honneur ou à la
considération de la victime et ce, contrairement à l’infraction de dénonciation calomnieuse.
§2. Des injures
Injurier quelqu’un c’est le minimiser, dire de lui des choses blessant son amour propre et qui
sont de nature à en faire la risée du public. Ce qui distingue essentiellement l’injure de
l’imputation c’est l’absence de précision au point qu’injurier signifie simplement offenser une
personne par des actes ou des expressions plus ou moins vagues qui, dans l’opinion
commune, portent atteinte à l’honneur ou à la considération. L’injure existe par le seul fait
qu’on emploie à l’égard d’un tiers une expression en elle-même outrageante, sans qu’elle se
réfère à un fait déterminé213. De même, constituent une injure, les propos qui sont une
imputation méchante susceptible de porter atteinte à l’honneur ou à la considération de la
victime de cette infraction214.
211
Imputer signifie attribuer, mettre à charge ou au compte d’une personne une allégation déterminée et
claire.
212
Le taux de cette amende est tiré de l’arrêté interministériel de 2012 susdit.
213
Tribunal de paix de la Gombe, R.P : 9845/III du 12 Avril 1988, in R.J.Z., 1988, p.25.
214
C.S.J., R.P.A : 61, 1er Avril 1980, citée par Ruffin LUKOO MUSUBAO, Op.cit., p.173.
89
Notes de cours de droit pénal spécial
Le code pénal congolais incrimine et réprime deux types d’injures : l’injure simple et non
publique à l’article 77 et l’injure publique à l’article 75. Techniquement, l’article 75 institue
l’infraction aggravée vis-à-vis de l’article 77 qui, lui prévoit l’injure à l’état simple.
A. Des injures simples ou non publiques
L’article 77 du C.P.L.II dispose :
« Sera puni d’une servitude pénale de huit jours et d’une amende de deux cent francs au
maximum ou d’une de ces peines seulement, celui qui aura dirigé contre une personne des
injures autres que celles prévues dans les dispositions précédentes de la présente section ».
Cette infraction comporte la structure ci-dessus :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément préalable : Le manque de publicité rendue par les expressions « … injures
autres que celles prévues dans les dispositions précédentes … ».
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Diriger215 contre une personne des injures visées par
l’article 77 du C.P.L.II. A ce propos, il a été jugé que l’injure non publique
réprimée par l’article 77 du code pénal livre deux peut se réaliser par téléphone 216.
b) Résultat réprimé : Injure, offense dans l’amour propre de la victime ; c’est un
résultat effectif ;
c) Lien de causalité : Il doit être démontré entre le comportement prohibé et le résultat
réprimé.
5. Elément moral : C’est le dol spécial caractérisé par l’intention de blesser moralement
la victime, (l’animus injuriandi).
C’est une infraction intentionnelle mais qui n’admet pas de tentative punissable ; ce qui
ressort du mode verbal auquel le comportement réprimé a été exprimé par le législateur dans
cette disposition. Si le propos injurieux est dirigé avec notamment l’intention de blaguer entre
amis, alliés, parents … il n’y a pas d’infraction faute d’intention d’injurier, l’élément moral
fait défaut pour la constitution de cette infraction. Il est en fait requis que l’animus injuriandi
soit prouvé217. A noter que s’agissant d’une injure non publique, il est nécessaire que la
victime l’ait entendue personnellement.
6. Ratio legis : Protection de l’honneur et de la considération qu’à une personne se soi-
même ;
7. Peines : Servitude pénale principale de 8 jours et/ou amende de cinquante à cent
dollars américains218.
B. De l’injure publique
Cette espèce d’injure repose en R.D.C. sur l’article 75 du C.P.L.II ainsi formulé :
215
Diriger des injures contre quelqu’un c’est lui adresser par n’importe quel moyen des injures ; le législateur se
montrant indifférent quant aux moyens qui seront utilisés par l’auteur. L’injure est fonction du milieu culturel,
elle varie d’une société à l’autre.
216
C.S.J., 12 Mai 1972, R.P.A : 16, B.A : 1973, p.63.
217
C.S.J., 4 Avril 1973, B.A de 1974, p.92 et 26 Février 1977, B.A de la C.S.J, 1978, p.20.
218
Voir, pour ce qui est de la base légale du taux de cette amende, l’arrêté interministériel de 2012 précité.
90
Notes de cours de droit pénal spécial
« Quiconque aura publiquement injurié une personne sera puni d’une servitude pénale de
huit jours à deux mois et d’une amende 219(n’excédant pas cinq cents francs ou d’une de ces
peines seulement)de cinquante à cent dollars américains».
L’injure est dite publique lorsqu’elle est proférée dans un lieu ouvert à tout venant ou bien
lorsque l’injure a été proférée devant au moins une personne220.
C’est seulement la publicité, outre le régime répressif 221, qui fait la différence entre l’injure
publique et celle privée ou simple. Cependant, pour faciliter la preuve, il faut au moins trois
témoins qui soient présents au moment de l’injure. L’injure est publique si elle a été proférée
en présence de plusieurs témoins devant un bar222.
Par ailleurs, une injure peut être dite publique de par le seul caractère public du lieu, sans qu’il
existe même un seul tiers. Tous les autres éléments de l’analyse restent les mêmes que pour
l’injure privée.
A ce propos, il a été jugé que pour qu’il y ait injures publiques, il suffit que les injures aient
été proférées dans un endroit ouvert au public, en l’occurrence un bar, et qu’elles aient été
entendues par une seule personne présente sur les lieux et par la victime de ces injures 223.
Cependant, la demande en dommages-intérêts pour injure publique et imputation
dommageable sera rejetée si c’est le citant qui a provoqué la colère du prévenu qui s’en est
pris à lui, étant donné que le prévenu n’aurait pas commis les infractions ci-dessus s’il n’y
avait pas été conduit par le citant224.
Par ailleurs, l’injure par lettre confiée à la poste est commise au lieu d’où cette lettre a été
envoyée et au lieu où elle a été reçue ; les tribunaux de ces deux endroits sont compétents
pour connaitre de l’infraction225. Et la loi ne subordonne pas les poursuites du chef d’injure à
la plainte de la victime226.
219
Il sied de préciser que ce n’est pas ce taux d’amende indiqué à l’article 75 qui s’applique, mais plutôt celui
prévu par l’arrêté interministériel que dessus, à savoir : une amende de cinquante à cent dollars américains.
220
C.S.J., 28 Mars 1973, B.I. du P.G.R., 1973, n°1, p.144.
221
L’injure publique est punie d’une servitude pénale principale de huit jours à deux mois et/ou d’une amende
inférieure ou égale à cinq cents francs congolais.
222
District de Kinshasa, 11 Mai 1970, R.J.C., 1971, p. 265.
223
C.S.J., R.P.A : 8, du 28 Mars 1973, in B.A : 1974, p.81.
224
Tribunal de paix de la Gombe, R.P : 9845/III du 12 Avril 1988, n°1, p.25.
225
Cass. belge, 15 Juin 1937, Pasicrisie I, 190.
226
C.S.J., R.P.A : 61, le 1er Avril 1980.
91
Notes de cours de droit pénal spécial
« Sera puni d’une servitude pénale de cinq ans au maximum et d’une amende de vingt –cinq
à mille francs227ou d’une de ces peines seulement : celui qui aura fait par écrit ou
verbalement à une autorité judiciaire ou à un fonctionnaire public, qui a le devoir d’en saisir
ladite autorité, une dénonciation calomnieuse ».
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Eléments préalables : Il faut :
- Que la dénonciation faite soit fausse ;
- Qu’elle soit adressée à l’autorité judiciaire ou au fonctionnaire public chargé de sa
saisine ;
- Que cette dénonciation soit faite spontanément ; c’est-à-dire en dehors de toute
invitation de la justice pour faire une déposition.
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Avoir fait une dénonciation calomnieuse ;
b) Résultat réprimé : Exposition du particulier-victime à des ennuis judiciaires
injustement ;
c) Lien de causalité : Il est présumé de par le comportement, mieux le mode verbal
usité par le législateur dans cette disposition ;
d) Moyens utilisés : C’est soit un écrit, soit une parole.
5. Eléments moraux228 : - Connaissance de fait portant sur la fausseté de la dénonciation
faite ;
- Dol plus spécial induit de l’envie de causer des ennuis qui anime
l’auteur au préjudice de sa victime.
6. Ratio legis : C’est la protection de l’honneur et de la considération des personnes ;
7. Peines : Une servitude pénale principale de cinq ans au maximum et/ou une amende
de cinquante à cinq cent dollars américains.
En effet, faire une dénonciation calomnieuse c’est porter à la connaissance de l’une des
autorités des faits attribués à une personne en la présentant comme ayant commis des faits
répréhensibles mais qui sont faux. Ces faits, la doctrine pénale les veut précis étant donné que
la loi exige la fausseté des dénonciations. Et comme dans la pratique, ne peut être faux que ce
qui est précis, on s’accorde à admettre que le fait dénoncé calomnieusement doit être précis.
On retient à la fois la connaissance de fait et le dol plus spécial comme éléments moraux de
l’infraction de dénonciation parce que l’agent doit savoir que les faits qu’il dénonce sont faux
et vouloir néanmoins les porter à la connaissance de l’autorité. Cette dénonciation doit être
spontanée, c’est-à-dire elle doit venir de l’initiative de l’auteur qui, ne doit avoir été ni invité,
ni contraint de faire des déclarations devant une autorité donnée.
Ce faisant, n’est pas considérée comme infractionnelle, une déclaration qui demande une
enquête ou qui est faite sur un mode dubitatif du genre il serait vrai que c’est lui …, il semble
que …
227
Il faut appliquer l’amende de cinquante à cinq cent dollars américains en lieu et place de celle prévue à cet
article 76 du code pénal ordinaire.
228
Ces deux éléments moraux sont exprimés par le législateur à travers l’adverbe calomnieusement utilisé à
l’article 76 alinéa 1er sous analyse.
92
Notes de cours de droit pénal spécial
En ce sens, il a été jugé que ne tombe pas sous le coup de la loi, la dénonciation d’un fait
faux, lorsque dans l’esprit du prévenu, cette dénonciation n’est pas calomnieuse229.
Ne peut être considérée comme ayant fait une dénonciation, celui qui, après avoir prêté
serment, est interrogé par un magistrat instructeur et articule au cours de cet interrogatoire des
faits mensongers230.
Par ailleurs, la dénonciation, premier élément constitutif de l’infraction de dénonciation
calomnieuse, consiste à charger d’un fait répréhensible une personne et partant, susceptible
d’une sanction231. Et le fait de demander de vérifier, d’une manière discrète, une information
rédigée sous forme conditionnelle et sans que le fait à vérifier ne soit directement dirigé
contre une personne ne revêt pas le caractère d’imputation positive et punissable requis pour
la dénonciation calomnieuse232.
L’infraction de dénonciation calomnieuse suppose que soit établie préalablement la fausseté
des faits dénoncés. Dès lors, n’établit pas cet élément, la motivation du jugement qui se borne
à apprécier les faits par un raisonnement à caractère hypothétique233.
§2. De l’imputation calomnieuse
Cette infraction est prévue et punie par l’article 76 alinéa 2 du C.P.L.II lorsqu’il dispose :
« Sera puni d’une servitude pénale de cinq ans au maximum et d’une amende de vingt –cinq à
mille francs ou d’une de ces peines seulement : celui qui aura fait par écrit ou verbalement à
une personne des imputations calomnieuses contre son subordonné ».
Toutes les fois que la dénonciation ou l’imputation fausse n’est faite ni devant une autorité
judiciaire ni devant un fonctionnaire public chargé de saisir l’autorité judiciaire, on doit parler
d’une imputation calomnieuse, si les autres éléments ci-dessous relevés sont réunis. Cette
infraction requiert la réunion des éléments suivants :
1. Auteur : Toute personne ;
2. Victimes : L’Etat et le subordonné ;
3. Eléments préalables : - Le fait imputé doit être faux234 ;
- Ce fait doit avoir été dirigé contre le subordonné.
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Faire une imputation calomnieuse ;
b) Résultat réprimé : Exposition injuste de la victime aux ennuis judiciaires ;
c) Lien de causalité : Il est présumé entre le comportement et le résultat que dessus.
d) Moyens utilisés : C’est soit un écrit, soit une parole.
5. Eléments moraux235 : - Connaissance de fait portant sur la fausseté de l’imputation ;
229
Parquet du Haut Katanga, 23 Décembre 1950, J.T.O.M, 1951, p.163.
230
Boma, 4 Décembre 1908, Jur. Etat, I, p.282.
231
C.S.J., 19 Décembre 1973, R.P : 76 et R.P : 81, B.A : 1974, p.166.
232
Idem.
233
C.S.J., 4 Juillet 1975, R.P : 93, B.A : 1976, p.67.
234
En fait, les faits imputés ne doivent pas être nécessairement des faits infractionnels ; il suffit qu’ils soient
précis et faux.
235
Ces deux éléments moraux sont exprimés par le législateur à travers l’adverbe calomnieusement utilisé à
l’article 76 alinéa 1er sous analyse.
93
Notes de cours de droit pénal spécial
236
Voir l’arrêté interministériel de 2012 susdit.
237
Idem.
94
Notes de cours de droit pénal spécial
minimum de la servitude pénale à six mois et de l’amende à 5000 Fc, tout en imposant leur
cumule par le juge.
De son côté, l’alinéa trois du même article consacre une circonstance aggravante objective ;
ce qui a motivé le législateur à ramener la sanction du racisme ou du tribalisme à l’unique
peine de servitude pénale perpétuelle.
95
Notes de cours de droit pénal spécial
238
C’est l’idée tirée de l’énoncé de l’article 14 alinéa 1 er de la loi n°73-021 du 20 Juillet 1973 portant régime
général des biens, régime foncier et immobilier et régime des suretés telle que modifiée et complétée par la loi
n°80 -008 du 08 Juillet 1980.
96
Notes de cours de droit pénal spécial
Le vol est une infraction prévue et punie par les articles 79 à 82 et 85 du C.P.L.II alors que
l’extorsion repose en droit congolais sur l’article 84 du même code. Si dans la réalisation de
chacune de ces deux infractions l’auteur réussit son forfait arrive à déposséder la victime d’un
bien à sa disposition, soit à titre de propriété, soit à titre de possession, soit encore à titre de
détention précaire ; une différence majeure éloigne l’une de l’autre : l’action prohibée chez le
voleur c’est de soustraire une chose à l’insu de la victime tandis que chez l’extorqueur, la loi
prohibe l’action d’arracher de force et sous l’œil impuissant de la victime un bien à sa
disposition. Il va sans dire que la fraude est au vol ce que la violence est à l’extorsion.
§1er. Des vols
A. L’infraction de vol à l’état simple
L’article 79 du C.P.L.II précité dispose : « Quiconque a soustrait frauduleusement une chose
qui ne lui appartient pas est coupable de vol ».
Et l’article 80 du même texte énonce : « Les vols commis sans violences ni menaces sont
punis d’une servitude pénale de cinq ans au maximum et d’une amende 239 de vingt-cinq à
mille francs, ou d’une de ces peines seulement ».
Comme on peut s’en rendre compte, tous ces deux articles précédents instituent l’infraction de
vol à l’état simple ; l’article 79 se limitant à incriminer le comportement du voleur, auquel
l’article 80 apporte les peines.
L’analyse de ces dispositions combinées fait ressortir la structure ci-dessus :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Eléments préalables : Il faut que : - La victime dispose d’un bien mobilier240 ;
- Ce bien n’appartienne pas à l’auteur 241;
- La victime de consente pas à soustraction dudit
bien par l’auteur242. Notons que même quand la victime est consentante, il faut que son
consentement soit valable ; c’est-à-dire qu’il se conforme aux conditions de capacité et
d’absence de vices de consentement tels que la violence ou la ruse. En ce sens, se rend
coupable de vol celui qui emporte un bien qui lui, est remis par un troublé mental ou par un
mineur.
239
L’amende applicable au vol simple varie plutôt entre cinquante et trois cent dollars américains, en vertu de
l’arrêté interministériel ci-dessus cité.
240
Ce bien susceptible de vol doit être un meuble parce qu’on voit le législateur utiliser le verbe soustraire,
lequel ne peut se concevoir que pour un bien meuble. Ceci implique que l’infraction de vol est exclue pour les
biens immobiliers. Il doit s’agir d’un bien corporel certain. Et, en droit pénal, les immeubles par destination sont
considérés comme des biens mobiliers et donc, susceptibles d’être volés. En fait, sur pied de son autonomie, le
droit pénal ne peut se fier aux fictions du droit civil.
241
Les biens meubles concernés aux articles 79 et 80 sous analyse peuvent consister en des titres représentant
des droits tels que les documents parcellaires. Ces biens doivent appartenir totalement ou partiellement à
autrui ; d’où on peut voler un bien dont on est copropriétaire.
242
L’absence du consentement de la victime est un élément préalable qu’on rencontre dans la quasi-totalité
des infractions contre la propriété au point que lorsque la victime sera consentante, un élément viendra à
manquer dans l’infraction concernée.
97
Notes de cours de droit pénal spécial
4. Elément matériel :
a)Comportement prohibé : Soustraire, c’est-à-dire à la fois appréhender et déplacer un
bien mobilier appartenant à autrui ;
b) Résultat réprimé : La désappropriation ;
c) Lien de causalité : Il est requis entre l’action de soustraire et la désappropriation.
5. Elément moral : Le dol spécial ou éventuel tiré de l’adverbe frauduleusement utilisé par
le législateur à l’article 79, lequel suppose que l’auteur a cherché à se procurer à soi-même un
avantage illégitime ou illicite en se comportant à l’égard de l’objet comme s’il en était le
véritable propriétaire. Il agit animo domini.
6. Ratio legis : C’est la protection de la propriété ;
7. Peines : Une servitude pénale de cinq ans au maximum et/ou amende de 50 à 300 $.
U.S.
A ce propos, il a été jugé que le dol spécial de toutes les infractions contre la propriété est
constitué par l’intention de s’approprier injustement le bien d’autrui 243.De même, constitue
une soustraction frauduleuse, le fait d’enlever un objet mobilier pour le détruire et par là,
porter préjudice à son propriétaire244.
En outre, il n’est pas nécessaire pour qu’il y ait soustraction frauduleuse, que l’auteur du vol
se soit éloigné avec la chose volée, en l’occurrence les documents, le fait de s’être emparé de
la chose avec l’intention de nuire constitue le vol245.
L’appréhension qui constitue un des éléments du délit de vol peut être réalisée alors même
que l’auteur de l’infraction a obtenu du consentement du propriétaire la détention matérielle
de l’objet246.
Par ailleurs, le vol existe même si l’identité du propriétaire de la chose soustraire n’est pas
connue247. Le vol peut exister quand bien même le propriétaire n’aurait subi aucun
préjudice248.L’électricité, comme l’eau, est susceptible d’être frauduleusement soustraire 249car,
l’électricité est une chose dans le sens du code pénal tout comme l’eau, le gaz, la vapeur. La
circonstance que le voleur était copropriétaire de la chose frauduleusement soustraite n’exclut
pas l’existence du délit de vol250. Cependant, l’assentiment du propriétaire enlève
automatiquement à la soustraction son caractère frauduleux ; il en est de même si le prévenu a
pu vraisemblablement supposer que le propriétaire, le détenteur ou le gardien, consentait à
l’avènement251.
Il sied de noter que dans les coutumes congolaises, il arrive qu’un créancier décide de
s’emparer des biens appartenant à son débiteur face à des promesses non tenues de celui-ci,
c’est ce qu’on appelle la prise de gage forcé. On s’est demandé si un tel créancier ne
243
Boma, 14 Mars et 08 Avril 1911, Jur. col. 1912 et 1913, pp.1 et 43.
244
Elis., 07 Mars 1916, Jur. col. 1926, p.323.
245
Bux., 11 Juillet 1928, Pas., II, 254.
246
Cass., 09 Janvier 1950, J.T., 1950, p.206.
247
Cass., 29 Mai 1943, Pas., I, 218.
248
Cour d’appel de Léopoldville, 17 Septembre 1940, Revue juridique, 1941, p.102.
249
App. Brux., 31 Janvier 1931, 1933, II, 87.
250
Cass., 11 Avril 1938, Pas., I, 142.
251
Boma, 04 Décembre 1900 et 26 Mars 1901, Jur. Etat, I, pp.109 et 120.
98
Notes de cours de droit pénal spécial
commettait pas un vol ? Dans la mentalité congolaise, la prise de gage forcé n’est pas
considérée comme un vol mais bien comme le début de la procédure qui doit voir le créancier
rentrer en possession de son bien après le procès tenu en bonne et due forme devant le tribunal
coutumier. Mais l’appréhension du bien du débiteur doit se faire en pleine journée en prenant
les gens à témoins et en leur expliquant que la victime de l’acte a une dette qu’elle ne veut pas
honorer et en introduisant l’action devant le tribunal compétent. Quand ces conditions de fond
et de forme sont remplies, les juridictions de droit écrit tout comme celles coutumières
considèrent qu’il n’y a pas vol. Mais lorsque l’une de ces conditions n’a pas été respectée, ces
juridictions concluent au vol252.
B. Vol aggravé
Le législateur congolais considère que le voleur est plus dangereux et mérite une peine plus
sévère lorsque le vol est accompagné des circonstances subjectives et objectives prévues aux
articles 81, 81 bis, 82 et 85 du C.P.L. II.
Ce sont ces circonstances aggravantes qui constituent des éléments accessoires de l’infraction
de vol. Il s’agit de ces circonstances toutes les fois que :
1. Le vol a été commis à l’aide d’effraction, d’escalade ou de fausses clefs ;
2. Le vol a été commis la nuit dans une maison habitée ou ses dépendances ;
3. Le vol a été commis par un fonctionnaire public à l’aide de ses fonctions ; c’est –à-
dire le fonctionnaire doit avoir agi in qualitate qua253 ;
4. Les coupables ou l’un d’eux ont pris le titre ou les insignes d’un fonctionnaire public
ou ont allégué un faux ordre de l’autorité publique. Ces circonstances aggravantes de
l’article de l’article 81 du C.P.L.II n’étant pas cumulatives, il suffit de l’existence de
l’une d’elles pour déclencher l’application des peines aggravées de cette disposition, à
savoir : une servitude pénale principale de dix ans au maximum ;
5. Le vol a été perpétré à mains armées. C’est une autre espèce de vols aggravés. On en
parle lorsque les voleurs ou l’un d’eux est en possession d’une arme. En effet, c’est
l’article 81 bis du C.P.L. II. qui érige en circonstance aggravante la détention d’une
arme lors du vol en ces termes : « Le vol à mains armées est puni de mort ». On
présume que celui qui a une arme pourrait s’en servir le cas échéant pour vaincre la
volonté du maitre de céans ou pour mieux assurer son retrait une fois le forfait
accompli. Il n’est pas exigé, de par cette loi, que l’arme ait nécessairement été utilisée
ou qu’elle ait été apparente lors du vol. En outre, le mot arme doit être considérée de la
manière objective où il signifie tout instrument contondant, tranchant ;
6. Le vol a été commis à l’aide de violences ou de menaces.
Nous visons ici l’article 82 du C.P.L.II lorsqu’il dispose :
« Quiconque a commis un vol à l’aide de violences ou de menaces est puni d’une servitude
pénale de cinq à vingt ans et d’une amende qui peut être portée à deux mille francs, ou de la
première de ces peines seulement ».
Il s’agit là des circonstances aggravantes objectives que la loi punit parce qu’à l’occasion du
vol, il y a péril pour la vie et l’intégrité corporelle. Ces violences et menaces doivent être
252
Victor KALOMBO MBANGA WA MANSHIMBA, Notes des étudiants au cours de droit pénal spécial, G3 Droit,
Université de Mbujimayi, 1999-2000, (inédites).
253
Cette expression latine signifie que le fonctionnaire a agi en abusant de ses fonctions ou grâce à elles, en
s’en servant.
99
Notes de cours de droit pénal spécial
concomitantes ou antérieures au vol. A noter que le fait de bander les yeux à la victime pour
voler ses biens est considéré comme une violence dans la jurisprudence congolaise. Par
ailleurs, la menace peut s’exercer sur la victime du vol, sur ses proches ou sur ses biens,
tandis que la violence ne peut porter que sur la victime elle-même.
Le vol aggravé a fait l’objet d’une abondante jurisprudence dans notre pays. En effet, il a été
jugé que constitue, en cas de vol, la circonstance aggravante légale d’effraction, le fait de
briser le cadenas d’une male254 et que l’effraction d’un meuble, même facile à emporter,
constitue la circonstance aggravante du vol. Il importe peu que l’enlèvement de ce meuble,
même fermé, ne puisse constituer, s’il n’est pas fracturé, qu’un vol simple255.
En outre, la circonstance que le voleur était copropriétaire de la clôture, de l’armoire ou du
meuble forcé pour commettre le vol, n’exclut pas l’existence de l’effraction 256. Et que,
constitue une effraction, le fait de forcer une serrure, une porte, une fenêtre, un volet ; de
briser un carreau pour entrer dans une maison, mais non celui d’ouvrir une porte au moyen
d’un verrou qu’il suffit de tirer. Le fait d’éventrer un sac au moyen d’un couteau, pour
s’emparer de son contenu ne constitue pas un vol avec effraction, pas plus que le fait
d’enlever un plomb à la porte d’un wagon de chemin de fer qui ne possède aucune autre
fermeture257.
Par ailleurs, le fait de retirer de sa cachette une clé qui a servi à commettre le vol confère à
l’infraction le caractère de vol qualifié, la circonstance retenue étant assimilée à celle d’usage
de fausse clef258 ; mais que la circonstance aggravante ne peut cependant être retenue contre
celui qui a utilisé la clef que le propriétaire avait laissée trainer par négligence 259. De même, le
fait de pénétrer par escalade dans le domicile d’un particulier pour y commettre un vol ne
constitue qu’une seule infraction de vol ; la violation de domicile n’est que le moyen
d’exécuter le vol et est absorbée par cette dernière infraction. Elle ne forme avec elle qu’un
seul et même fait, résultant d’une seule solution criminelle260.
De son côté, la circonstance aggravante de menaces ou de violences, pour être retenue par le
tribunal, il faut que les deux faits(menaces ou violences et vol), soient rattachés par un rapport
de cause à effet, que les violences aient eu pour objet et pour cause le vol 261. Toutefois, un vol
la nuit dans un cabinet d’avocats, de médecins, de pharmaciens … ou dans un bureau de
service n’est constitutif que de vol simple punissable par les articles 79 et 80 et non de celle
de vol qualifié punissable par les articles 79 et 81 alinéa 2. Cette position tient au fait qu’un
bureau de service ou un cabinet de travail, professionnel soit-il, ne peut être considéré comme
une maison habitée ou ses dépendances262.
254 ère
I instance en appel/ Stanley ville, 17 Décembre 1930, Revue juridique, 1930, p.38.
255 ère
I instance en appel de Stanley ville, 14 Mars 1935, Revue juridique, 1935, p.195.
256
Cassation belge, Avril 1938, Pasicrisie, I, p.142.
257 ère
I instance en appel/Stanley ville, 02 Décembre 1924 ; Ière instance en appel, Elisabeth ville, 25 Janvier 1943 ;
ère
I instance en appel, Kasaï, 2 Mai 1951, Revue juridique, 1951, p.183.
258 ère
I instance, Kasaï, 22 Avril 1953, J.T.O., 1954, p.74 ; Tribunal du District de Lualaba, 21 Septembre 1964, in
R.J.C., 1964, n°4, p.287.
259 ère
I instance/ Equateur, 25 Octobre 1956, in R.J.C.B., 1957, p.183.
260
Boma, 1er Septembre 1908, Jur. Etat, II, p.262.
261
Boma, 3 Novembre 1908, Jur. Etat, II, p.274.
262
Tribunal de District du Sankuru, 26 Septembre 1968, in R.J.C., 1968, p.230.
100
Notes de cours de droit pénal spécial
7. Le meurtre commis soit pour faciliter le vol ou l’extorsion, soit pour en assurer
l’impunité. Le meurtre sert ici de moyen pour commettre notamment le vol et c’est ce
meurtre qui est puni comme élément matériel dans cet article. Il peut se réaliser avant,
pendant ou après le vol. En effet, avant et pendant le vol, il est un moyen pour assurer
l’impunité. Il n’est pas nécessaire que le vol ait reçu un début d’exécution, il suffit que
dans la mens de l’auteur, ce meurtre soit destiné à faciliter le vol. Au fond, l’infraction
à l’état simple doit exister soit matériellement, soit dans l’esprit de l’agent.
Cette infraction de l’article 85 du C.P.L.II peut être tentée et son libellé est en ces termes :
« Le meurtre commis, soit pour faciliter le vol ou l’extorsion, soit pour en assurer l’impunité,
est puni de mort ». L’analyse de cette disposition nous permet d’en dégager la structure ci-
après :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément préalable : Il faut que le vol soit en train de se commettre ou qu’il soit sur le
point de se commettre ;
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Commettre le meurtre ;
b) Résultat réprimé : Mort d’homme et /ou désappropriation ;
c) Lien de causalité : Il faut un rapport de cause à effet entre le meurtre et le vol ou
l’extorsion que l’auteur veut faciliter ou faire échapper à la sanction pénale ;
5. Elément moral : C’est le dol plus spécial tiré de l’intention de tuer pour un mobile
précis cité par la loi : faciliter le vol ou l’extorsion ou pour en assurer l’impunité ;
6. Ratio legis : Protection de la vie humaine et de la propriété ;
7. Peine : La mise à mort ou peine capitale.
Sous cette optique, il a été jugé que l’intention homicide caractéristique du meurtre peut
résulter soit de l’arme employée lorsque celle-ci a une puissance mortelle en elle-même telle
qu’une arme à feu263, un revolver264, un fusil mauser265, une flèche266, un gros morceau de
bois267, un couteau pointu solide à double tranchant268 ou une machette269.
§2. Le détournement et vol d’usage des biens saisis
A. Le détournement des biens saisis
Le siège de la matière se situe à l’article 83 du C.P.L.II ainsi formulé :« Le saisi ou les tiers
qui auront détourné des objets saisis seront passibles des peines de vol ». En effet, il y a
détournement d’objets saisis lorsque le saisi, le tiers saisi ou quiconque distrait, c’est-à-dire
donne une autre destination, les biens saisis. Ces derniers sont de meubles placés sous-main
de la justice. Il importe peu que la saisie ait été opérée par le juge, par l’officier du ministère
public ou par l’officier de police judiciaire270.
263
C.S.J., 03 Août 1969, in R.J.C., 1970, p.4.
264
C.S.J., 10 Juin 1972, in R.J.Z., 1972, p.125.
265
Kisangani, 31 Octobre 1974, in R.J.Z., 1977, p.77.
266
Tribunal de Ière instance de Kisangani, 23 Juillet 1972, in R.J.Z., 1973, p. 194.
267
Kisangani, 28 Mars 1974 in R.J.Z., 1977, p.73.
268
Kisangani, 19 Février 1970 in R.J.C., 1970, p.150.
269
Kisangani, 13 Août 1970, R.J.C., 1970, p.282.
101
Notes de cours de droit pénal spécial
102
Notes de cours de droit pénal spécial
ne relève pas de l’infraction de l’article 129 du code de procédure civile sous analyse car, la connaissance de
fait, un des éléments moraux de cette infraction fait défaut.
276
Cour d’appel du Kasaï-oriental, R.P.A : 1411 du 12 Octobre 1995 in R.J.Z., 1996, p.59.
277
Idem.
278
Ibidem.
279
C.S.J., R.P.A : 4 du 22 Juin 1972, in Bulletin des arrêts, 1972, p.95.
280
Mikaël BENILLOUCHE et Jean –Yves MARECHAL, Leçons de droit pénal spécial, Ellipses, Paris, 2011, p.122.
103
Notes de cours de droit pénal spécial
282
Cette infraction est prévue et punie à l’article 67 du C.P.L.II
283
Voir l’article 170 du C.P.L.II
284
Lire l’article 168 des mêmes code et livre.
285
Cette incrimination trouve sa base légale à l’article 82 des code et livre que dessus.
286
Georges MINEUR, Op.cit., p. 204.
287
C.S.J., R.P.A : 4 du 22 Juin 1972, p.95.
288
C.S.J., R.P.A : 62 du 09 Juillet 1980, (Inédit).
104
Notes de cours de droit pénal spécial
« Quiconque a frauduleusement, soit détourné, soit dissipé au préjudice d’autrui des effets,
deniers, marchandises, billets, quittances, écrits de toute nature contenant ou opérant
obligation ou décharge et qui lui avaient été remis à la condition de les rendre ou d’en faire
un usage ou un emploi déterminé, est puni d’une servitude pénale de trois mois à cinq ans et
d’une amende dont le montant ne dépasse pas mille francs ou d’une de ces peines
seulement ».
L’infraction d’abus de confiance, à l’instar de celle de détournement d’objets saisis, se
consomment par un détournement de la destination des choses concernées. Un abus de
confiance est alors l’action commise par quiconque garde pour soi ou dissipe une chose qui
lui a été remise volontairement par le propriétaire, mais à titre précaire, c’est-à-dire à charge
de la restituer ou d’en faire un usage déterminé. Ce détenteur précaire se comporte, pour
reprendre les termes de Georges MINEUR, comme propriétaire de la chose289.
Rentrent dans la composition de l’abus de confiance, les éléments suivants :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Eléments préalables :
- L’existence, dans le contexte de l’auteur, des objets énumérés dans cette loi ;
- Que ces objets aient été remis au prévenu à la condition de les rendre ou d’en faire
un usage ou un emploi déterminé ; c’est –à-dire que l’auteur en soit, au moment des
faits, le détenteur précaire. Cette remise repose sur un contrat civil 290 translatif non pas
d’un droit de propriété mais de celui de détention précaire à l’auteur.
4. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : - Détourner291 ;
- Dissiper292 au préjudice d’autrui.
b) Résultat réprimé : La désappropriation ;
c) Lien de causalité : Ce rapport doit exister entre les comportements et le résultat.
Il y a lieu de signaler que la restitution tardive d’un objet détenu à titre précaire n’est pas
suffisante pour constituer l’abus de confiance. Il peut se faire, en effet, que le créancier ne
manifeste pas d’empressement à recouvrer son bien293.
4. Elément moral : Dol spécial caractérisé par l’intention frauduleuse de détourner ou de
dissiper au préjudice d’autrui. Sur le plan pratique, il est préférable de procéder par
une mise en demeure préalable ; ce qui facilitera la preuve de la disposition ou du
détournement ; sauf si on peut apporter cette preuve par d’autres moyens.
289
Georges MINEUR, Op.cit., p.222.
290
Ce contrat civil peut être un nantissement,(gage), un mandat, un commodat,(prêt à usage), une remise d’un
outil pour un travail donné, un louage d’une chose ou un dépôt.
291
On conclut au détournement constitutif d’acte matériel de l’abus de confiance lorsque l’auteur accomplit
l’un des actes d’appropriation de la chose détenue à titre précaire. Il s’agit notamment de la vente ou de la
donation de la chose à un tiers, de sa mise en gage pour garantir une créance d’autrui ou du refus de la
restituer sur mise en demeure.
292
La dissipation est le fait d’anéantir la chose par l’usage que l’on en fait, au point qu’il suffit de prouver que
l’auteur se trouve dans l’impossibilité de rendre l’objet pendant que le propriétaire la réclame, pour établir la
matérialité de cette infraction.
293
Patrice GATTEGNO, Droit pénal spécial, 7ème édition, Dalloz, Paris, 2007, n°478.
105
Notes de cours de droit pénal spécial
Pour qu’il y ait abus de confiance, il faut que l’auteur ait eu l’intention frauduleuse de
s’enrichir injustement, ou encore de nuire à autrui, en s’appropriant ou en dissipant
quelque chose qui ne lui appartenait pas et qui ne lui a été remis qu’à titre précaire. La non
restitution de la chose n’est donc pas suffisante pour constituer l’abus de confiance.
Encore faudra-t-il prouver qu’elle a été motivée par une intention délictueuse. Ainsi en cas
de force majeure, (perte, vol, incendie …) ou d’une remise effectuée dans des conditions
telles que le bénéficiaire a pu croire qu’il s’agissait d’un don, on ne retiendra pas l’abus de
confiance294.
6. Ratio legis : La protection de la propriété ;
7. Peines : Une servitude pénale de trois mois à cinq ans et/ou une amende dont le
montant ne dépasse pas mille francs.
A ce sujet, il a été jugé qu’a suffisamment démontré l’existence de l’intention frauduleuse de
l’abus de confiance, la motivation fondée sur le fait que le demandeur qui avait en vertu d’un
contrat d’entreprise, la détention précaire du bois et de l’argent en vue d’un usage bien
déterminé les a utilisés à ses fins295. Ensuite, par la réunion de l’élément matériel de
dissipation ou d’appropriation avec l’élément moral qu’est l’intention frauduleuse, l’infraction
d’abus de confiance est consommée296.
Il sied de noter que l’abus de confiance commis au préjudice d’un mineur est puni plus
sévèrement que celui perpétré envers un majeur ; aussi la minorité d’âge constitue –t-elle une
circonstance aggravante légale en droit pénal congolais.
En effet, l’article 168 de la loi portant protection de l’enfant dispose :
« Est puni de deux à cinq ans de servitude pénale principale et d’une amende de cent mille
à deux cents cinquante mille francs congolais quiconque détourné frauduleusement ou
dissipe au préjudice d’un enfant des effets, propriétés, deniers, marchandises, billets,
quittances, écrits de toute nature contenant ou opérant obligations ou décharges qui lui
avaient été remis à la condition de les rendre ou d’en faire un usage ou un emploi
déterminé »297.
Il va sans dire que la minorité d’âge de la victime est considérée en droit pénal congolais
comme une circonstance aggravante légale de l’infraction d’abus de confiance ; aussi le
législateur congolais en a –t-il tenu compte pour remonter de trois mois à deux ans le
minimum de la peine contre l’auteur d’un abus de confiance commis contre un mineur. Le
législateur institue, en outre, un cumul obligatoire des peines de servitude pénale et d’amende
contre cet abuseur de confiance envers le mineur ; pendant que pour l’auteur de la même
infraction au préjudice d’un majeur, le législateur laisse au juge la possibilité de condamner le
coupable à l’une ou à l’autre des deux peines prévues.
§2. Du stellionat
C’est une infraction qui repose sur l’article 96 du C.P.L. II formulé comme suit :
« Sera puni des peines portées à l’article précédent quiconque aura vendu ou donné en gage
un immeuble qui ne lui appartient pas ».
Au départ, précisons que s’agissant dans cette infraction d’un bien immobilier, l’expression
légale « aura donné en gage » nous parait peu heureuse. Nous proposons de lege ferenda cette
294
NGOTO Ngoie NGALINGI, Op.cit., p.317.
295
C.S.J., R. P : 124, du 1er Décembre 1976, Bulletin des arrêts de 1977, p.194.
296
Cour d’appel de Kinshasa, R.P : 9141 du 13 Mars 1977, in R.J.Z., 1979, n°1,2, 3, p.108.
297
Loi n°09/001 du 10 Janvier 2009 portant protection de l’enfant, J.O.R.D.C., 50ème année, numéro spécial, 25
Mai 2009.
106
Notes de cours de droit pénal spécial
expression « aura donné en hypothèque ». En fait, il nous semble plus indiqué de parler, en
droit pénal congolais, de donner en hypothèque plutôt que de donner en gage un immeuble.
La structure de cette infraction se présente comme suit :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le propriétaire ou concessionnaire de l’immeuble ;
3. Eléments préalables : - Existence d’un immeuble appartenant à autrui. En ce sens, la
Cour d’appel de Bandundu avait décidé que l’immeuble doit appartenir à autrui. Ne
sera pas punissable celui qui vend ou qui donne en [gage ¿ son propre immeuble. Par
contre, répondra du stellionat, le copropriétaire qui vend une copropriété sans
l’assentiment de tous les copropriétaires298.
- Absence de consentement du propriétaire ou concessionnaire
de cet immeuble à cette aliénation.
4. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : - Vendre ;
- Hypothéquer.
b) Résultat réprimé : La désappropriation effective ou potentielle ;
c) Lien de causalité : Le rapport est ici présumé de par le mode verbal d’action usité
par le législateur ;
5. Elément moral : Le dol spécial.
6. Ratio legis : La protection de la propriété ;
7. Peines : Une servitude pénale de trois mois à cinq ans et/ou une amende dont le
montant ne dépasse pas mille francs.
A ce sujet, il a été jugé que la vente d’une maison appartenant à autrui faite sciemment est
qualifiée de stellionat299. Et que l’article 96 du C.P.L.II réprimant le stellionat a une portée
générale et intéresse tous les biens réellement immeubles, peu importe le régime foncier et
immobilier les réglementant en droit privé, que ce soit le régime de l’enregistrement, ou bien
celui du droit spécial et urbain constaté par le titre d’occupation qualifié livret du logeur ou
bien enfin le régime foncier coutumier rural300.
Par ailleurs, l’autonomie d’interprétation du droit pénal implique que ce dernier n’est pas tenu
à prendre en considération les fictions de droit privé comme s’imposant à lui301.
§3. De l’usure
L’incrimination de l’infraction d’usure, autrement appelée infraction de prêt à intérêt excessif,
est prévue et punie par l’article 96 bis du C.P.L.II lorsqu’il dispose :
« Est puni d’une servitude pénale d’un mois à un an et d’une amende de mille à dix mille
francs ou d’une de ces peines seulement, celui qui, abusant des faiblesses, des passions, des
besoins ou de l’ignorance du débiteur, se fait, en raison d’une opération de crédit, d’un
contrat de prêt ou de tout autre contrat indiquant une remise de valeur mobilière, quelle que
soit la forme apparente du contrat, promettre pour lui-même ou pour autrui un intérêt ou
d’autres avantages excédant manifestement l’intérêt normal.
298
Cour d’appel de Bandundu, R.P.A : 1287, du 24 Novembre 2010, en cause Ministère public et partie civile
Victorine MBOBE contre la prévenue Béatrice TEMPWO.
299
C.S.J., R.P :130, du 15 Avril 1975, Bulletin des arrêts, 1976, p.119, R.J.Z., 1979, p.53.
300
Idem, p.120.
301
Ibidem.
107
Notes de cours de droit pénal spécial
Dans le cas prévu au présent article le juge, à la demande de toute partie lésée, réduit ses
obligations conformément à l’article 131 bis du livre troisième du code civil congolais ».
Quant à sa répression, l’usure se réfère à l’arrêté interministériel de 2012 déjà cité ci-dessus ;
il s’agit d’une amende de vingt à cent dollars américains.
Il s’agit de réprimer les excès des prêteurs usuriers. Et cette infraction se compose des
éléments ci-après :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Eléments préalables :
- Il faut qu’existe un contrat de prêt ou tout autre contrat indiquant la remise de
valeur mobilière ;
- Que l’auteur connaisse le taux d’intérêt normal et les faiblesses, passions, besoins
ou ignorance de la victime personne physique puis veuille en tirer profit excessif ;
- Que la victime accuse les faiblesses, passions, besoins ou ignorance du taux
d’intérêt normal.
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Se faire promettre ;
b) Résultat réprimé : Désappropriation ;
c) Lien de causalité : Il est requis entre le comportement et le résultat ci-dessus ;
d) Moyens utilisés : En abusant des faiblesses, passions, besoins ou ignorance du
débiteur.
5. Eléments moraux : - Dol spécial, consistant dans l’intention de s’arroger un profit
illicite auprès de sa victime personne physique ;
- Connaissance de droit portant sur le taux d’intérêt normal,
légal dans le chef de l’auteur ;
- Connaissance de fait en rapport avec la situation de fait dans
laquelle se trouve la victime personne physique, à savoir les besoins, passions,
faiblesses ou ignorance.
6. Ratio legis : La protection de la propriété ;
7. Peines : Une servitude pénale principale d’un mois à un an et/ou une amende de 20 à
100$.U.S.
Il a été jugé que n’est pas fondé, le moyen pris de la violation de l’article 131 bis du code
civil congolais des obligations et des contrats en ce que, le juge d’appel a ajouté à la loi en
exigeant, pour établir l’usure, la preuve que le prêteur ait exercé sur son débiteur une
influence qui a eu l’effet d’annihiler son discernement parce qu’en déclarant qu’il n’est pas
prouvé que le prêteur ait exercé sur le débiteur une quelconque influence qui a pour effet
d’annihiler son discernement, la décision attaquée n’a pas ajouté à la loi302.
302
C.S.J., R.C : 509 du 10 Décembre 1986 in Bulletin des arrêts 2002, p.202.
108
Notes de cours de droit pénal spécial
109
Notes de cours de droit pénal spécial
« Quiconque, dans le but de s’approprier une chose appartenant à autrui, s’est fait remettre
ou délivrer des fonds, meubles, obligations, quittances, décharges, soit en faisant usage de
faux noms ou de fausses qualités, soit en employant des manœuvres frauduleuses pour
persuader l’existence de fausses entreprises, d’un pouvoir ou d’un crédit imaginaire, pour
faire naitre l’espérance ou la crainte d’un succès, d’un accident ou de tout autre événement
chimérique, pour abuser autrement de la confiance ou de la crédulité, est puni d’une
servitude pénale de trois mois à cinq ans et d’une amende 303 dont le montant ne dépasse pas
mille francs, ou d’une de ces peines seulement ».
A l’analyse cette infraction présente la structure suivante :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Eléments préalables :
- L’existence des objets cités dans cet article dans le contexte de l’auteur ;
- Le consentement de la victime doit avoir été vicié ; c’est-à-dire affecté par l’atteinte
à la lucidité de consentement.
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Se faire remettre ou délivrer l’un des objets cités ci-dessus ;
b) Résultat réprimé : C’est la désappropriation ;
c) Lien de causalité : Il doit être prouvé entre le comportement et le résultat que dessus ;
d) Moyens utilisés : - L’usage de faux noms ou de fausses qualités ;
- L’emploi des manœuvres frauduleuses.
5. Elément moral : C’est le dol plus spécial fondé sur le fait que l’auteur se fait remettre
intentionnellement, (dol spécial) les valeurs visées à l’article 98 sous analyse dans le but de
s’en approprier (mobile élevé au rang d’élément indispensable par le législateur en l’intégrant
dans la loi).
6. Ratio legis : La protection de la propriété ;
7. Peines : Une servitude pénale de trois mois à cinq ans et/ou une amende de 100 à 1000
$.U.S.
Il a été jugé, en rapport avec l’escroquerie, que commet l’infraction d’escroquerie punissable
en vertu de l’article 98 du C.P.L.II et non celle de concussion, le greffier qui fait usage de la
fausse qualité en se présentant comme envoyé du procureur de la République et qui utilise des
manœuvres consistant à faire croire à son pouvoir d’obtenir la libération imminente d’un
prévenu auprès du procureur, en vue d’obtenir la remise d’une somme d’argent304.
L’escroquerie est une infraction instantanée ; elle est consommée dès que le coupable a reçu,
grâce à ses manœuvres frauduleuses, le bien d’autrui305.
Par ailleurs, constitue une escroquerie le fait pour un collecteur d’impôts, de se faire remettre
gratuitement des vivres par les indigènes en échange des carnets d’identité détenus en vertu de
sa charge306.
De même, est établie à charge du prévenu l’infraction d’escroquerie dont les dénégations sont
contredites par la réalité et la logique des faits notamment l’usage des manœuvres
303
Le taux de cette amende a été réajusté et varie, en vertu de l’arrêté interministériel sus évoqué, entre cent
et mil dollars américains.
304
Cour d’appel de Kisangani, arrêt du 20 Aout 1970 paru dans la R.J.C., n° 3, 1970, p.285.
305
Tribunal du District d’Uélé, 31 Mars 1942, Revue juridique, 1943, p.76.
306
Tribunal de police de Kazumba, dans l’actuel Kongo central., 12 Décembre 1952, in Bulletin des tribunaux de
police du Congo, n°4, p.73.
110
Notes de cours de droit pénal spécial
frauduleuses qui ont pour but de persuader de l’existence d’un pouvoir ou d’un crédit
imaginaire telles de fabuleuses sommes d’argent contenues dans des malles qu’on n’ouvrait
jamais. Les faits constitutifs des infractions distinctes d’escroquerie étant en concours
matériel et une peine de servitude pénale principale sera prononcée pour chaque infraction 307.
Par ailleurs, il importe de noter que tout comme pour l’abus de confiance, la minorité d’âge de
la victime est considérée en droit pénal congolais comme une circonstance aggravante
légale de l’escroquerie ; aussi le législateur congolais en a –t-il tenu compte pour remonter de
trois mois à deux ans le minimum de la peine contre l’escroc opérant au préjudice d’un
mineur. Le législateur institue, en outre, un cumul obligatoire des peines de servitude pénale
et d’amende contre l’escroc du mineur ; pendant que pour l’auteur de l’escroquerie au
préjudice d’un majeur d’âge, le législateur laisse au juge la possibilité de condamner le
coupable à l’une ou à l’autre des deux peines prévues. C’est ce qui ressort de l’article 167 de
la loi portant protection de l’enfant lorsqu’elle dispose :
« Est puni de deux à cinq ans de servitude pénale principale et d’une amende de cent mille à
deux cents cinquante mille francs congolais, quiconque se rend coupable d’escroquerie au
préjudice d’un enfant »308.
Il sied de relever ici qu’en comparant la volonté du législateur sur la répression de l’infraction
d’escroquerie, l’âge de la victime est un élément considérable. En effet, le législateur aggrave
la peine à l’égard de l’escroc qui a pour victime un mineur essentiellement parce que l’escroc
a profité sûrement du manque de discernement lié à la minorité d’âge chez la victime ; aussi le
législateur a-t-il ramené à deux ans la servitude pénale minimale quand la victime de
l’escroquerie est un mineur ; tandis qu’il maintient le minimum de cette servitude pénale à
trois mois si la victime de l’escroquerie est un majeur.
§2. De la tromperie
La tromperie est le fait de tromper un contractant, par quelque moyen ou procédé que ce soit,
même par l’intermédiaire d’un tiers. Ledit délit s’applique aux contrats souscrits à titre
onéreux, qu’ils aient été exécutés ou non, la tentative de tromperie étant également
sanctionnée.
Le contrat de vente de marchandises, c’est-à-dire de tout objet mobilier, est le plus souvent
concerné. Depuis 1978, la tromperie s’applique également aux prestations de services309.
L’infraction de tromperie est une incrimination intentionnelle qui suppose que l’auteur est de
mauvaise foi. Elle se déduit de toute action, allégation ou présentation susceptible de masquer
la réalité, voire du fait de garder le silence sur certains défauts ou caractéristiques du produit.
Elle est l’une des formes de fraudes.
307
C.S.J., R.P.A :94 du 31 Août 1984, Bulletin des arrêts de la Cour suprême de justice, années 1980-1984,
Kinshasa, Editions du Service de documentation et d’études du Ministère de la justice et des affaires
parlementaires, 2001, p.509.
308
Loi n°09/001 du 10 Janvier 2009 portant protection de l’enfant, J.O.R.D.C., 50ème année, numéro spécial, 25
Mai 2009.
309
http:// www.economie.gouv.fr/dgccrf/Publications/Vie-pratique/fiches-pratiques/ Tromperie ; consulté le
25 Juin 2020 à 13h15’.
111
Notes de cours de droit pénal spécial
La tromperie peut se définir par le fait, pour un professionnel, de tromper ou tenter de tromper
un consommateur sur un de ces éléments :
- soit sur la nature, l’espèce, l’origine, les qualités substantielles, la composition ou la
teneur en principes utiles de toutes marchandises ;
- Soit sur la quantité des choses livrées ou sur leur identité par la livraison d’une
marchandise autre que la chose déterminée qui a fait l’objet du contrat ;
- Soit sur l’aptitude à l’emploi, les risques inhérents à l’utilisation du produit, les
contrôles effectués, les modes d’emploi ou les précautions à prendre310.
On distingue la tromperie sur l’identité, la nature ou l’origine de la chose vendue d’une part,
(article 99 du C.P.L.II) et celle sur la quantité des choses vendues ou sur les éléments qui
doivent servir à calculer le salaire d’autre part,(article 100 du C.P.L.II). Dans le premier cas,
nous avons affaire à l’infraction de tromperie sur la qualité pendant que dans le deuxième cas,
il s’agit de la tromperie sur la quantité et sur les éléments qui doivent servir à calculer le
salaire dans le cadre d’un contrat de travail. Il y a lieu de noter que la répression de la
tromperie incriminée aux articles 99 et 100 du code pénal ordinaire repose sur l’arrêté
interministériel de 2012 ci-dessus cité ; plutôt que sur les termes desdits articles.
En effet, l’article 99 dispose :
« Est puni d’un an au plus de servitude pénale et d’une amende dont le montant ne dépasse
pas mille francs, ou d’une de ces peines seulement, celui qui a trompé l’acheteur :
Sur l’identité de la chose vendue, en livrant frauduleusement une chose autre que
l’objet déterminé sur lequel a porté la transaction ;
Sur la nature ou l’origine de la chose vendue, en vendant ou en livrant
frauduleusement une chose qui, semblable en apparence à celle qu’il a achetée ou qu’il a cru
acheter, déçoit l’acheteur dans ce qu’il a principalement recherché ».
La structure analytique de cette infraction est la suivante :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et l’acheteur ;
3. Elément préalable : L’existence d’un contrat de vente ou d’échange portant sur une
chose déterminée ;
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Tromper, c’est-à-dire duper, leurrer ;
b) Résultat réprimé : Désappropriation ;
c) Lien de causalité : Il est requis entre le comportement et le résultat que dessus ;
310
www.google.cours- de-droit.net, site consulté Jeudi 25 Juin 2020 à 12 h 50’.
112
Notes de cours de droit pénal spécial
d) Moyens utilisés : C’est d’une part la livraison et d’autre part la vente, moyens tirés
de l’expression « en livrant frauduleusement ou en vendant frauduleusement ».
5. Elément moral : C’est le dol spécial tiré de l’adverbe « frauduleusement » usité dans
cette disposition de l’article 99.
6. Ratio legis : La protection de la propriété ;
7. Peines : Un an au plus de servitude pénale et/ou une amende de 50 à 200 $. U.S.
De son côté, l’article 100 énonce :
« Est puni des peines prévues à l’article précédent, celui qui, par des manœuvres, a trompé :
L’acheteur ou le vendeur sur la quantité des choses vendues ;
Les parties engagées dans un contrat de louage d’ouvrage ou l’une d’elles, sur les
éléments qui doivent servir à calculer le salaire ».
Les éléments qui composent cette infraction sont les suivants :
1. Auteur : Toute personne ;
2. Victimes : L’Etat, l’acheteur, le vendeur ou les parties au contrat de travail ;
3. Elément préalable : Existence d’un contrat de vente ou de travail ;
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Tromper ;
b) Résultat réprimé : Désappropriation ;
c) Lien de causalité : Il est requis entre le comportement et le résultat ci-dessus ;
d) Moyen utilisé : Les manœuvres frauduleuses ;
5. Elément moral : Dol spécial ;
6. Ratio legis : Protection de la propriété ;
7. Peines : Elles sont les mêmes qu’à l’article 99 sus examiné, c’est-à-dire un an au plus
de servitude pénale et/ou une amende de 50 à 200 $. U.S.
A ce propos, il a été jugé que le fait de vendre en sachet, au prix légal d’un kilo de sucre, une
quantité de sucre nettement à celle annoncée, constitue l’infraction de tromperie, l’emploi de
manœuvre consistant en l’apparence que le sachet contenait un kilogramme 311. Par ailleurs, il
y a tromperie sur la quantité de choses vendues au sens de l’article 100, quand une des parties
use de procédés frauduleux propres à augmenter artificiellement le poids ou le volume de la
marchandise, faisant l’objet de la transaction. Cette infraction exige l’intention frauduleuse, ce
qui exclut la faute, l’oubli, l’erreur312.
Section II. Du recèlement d’objets obtenus à l’aide d’une infraction et du cel frauduleux
311
Tribunal de Police de Jadot-Ville, 2 Avril 1963, in RJC.,1964, n°4, p.290.
312
Elisabethville, 25 Janvier 1944, Revue juridique, p.168.
113
Notes de cours de droit pénal spécial
Il est important d’éviter de confondre ces deux infractions presque sœurs par consonance en
prenant en compte la composition de chacune d’elles au regard de la loi. Le recèlement
d’objets obtenus à l’aide d’une infraction est également appelé le recel d’objets ; appellation
qui ne doit pour autant pas justifier une confusion entre le cel frauduleux et lui. En effet, le
recèlement d’objets est une infraction qui consiste à dissimuler, détenir, transmettre
directement ou indirectement une chose en sachant qu’elle provient d’une autre infraction. Il
consiste aussi à bénéficier en connaissance de cause du produit d’une infraction 313. Par contre,
le cel frauduleux, institué par l’article 102 du même code, signifie le fait de s’approprier une
somme reçue indûment et par pure hasard.
§1er. Du recèlement d’objets
Cette infraction repose sur l’article 101 du C.P.L.II, lequel dispose : « Celui qui a recelé en
tout ou en partie les choses enlevées, détournées ou obtenues à l’aide d’une infraction est
puni d’une servitude pénale de cinq ans au maximum et d’une amende 314 qui ne dépasse pas
mille francs ou d’une de ces peines seulement ».
Au sens de la loi pénale que dessus, receler une chose c’est soustraire aux recherches de son
propriétaire, une chose qui provient d’une infraction. Le recel suppose un acte distinct quant
au temps et au lieu de l’infraction, qui a fait obtenir les choses recélées. Le recel ne constitue
pas une participation dans les infractions dont le produit est recélé. Il est réalisé, non
seulement lorsque l’auteur conserve une chose enlevée, détournée ou obtenue à l’aide d’une
autre infraction, mais également lorsqu’il détient des choses qui proviennent de toute
infraction, comme l’argent formant le prix d’une chose volée.
Les éléments que comporte l’infraction de recèlement d’objets obtenus à l’aide d’une
infraction sont les suivants :
1. Auteur : Toute personne. En ce sens, le Tribunal de Boma a jugé que ne peut être
considéré comme complice ou coauteur du détournement, mais comme receleur, celui qui
reçoit à bord d’un navire des choses qu’il sait avoir été frauduleusement détourné, si au
moment de l’embarquement le détournement a déjà été consommé 315. De même, le Conseil
militaire de guerre, siégeant en matière répressive au degré d’appel avait jugé que se rend
coupable de recel celui qui, par complaisance et sans intérêt personnel, cache un objet dont
il connait la provenance délictueuse 316.Il n’y a pas recel dans le chef d’un mari qui se borne
à tolérer que sa femme porte un pagne de provenance infractionnelle, alors qu’il n’a
coopéré en rien à la réception du pagne par sa femme 317. Par ailleurs, si l’auteur unique
d’un détournement ou d’un vol ne peut être son propre receleur, une personne qui a
participé à un détournement ou à un vol commis par une autre peut, en outre, être receleur
313
Serge GUINCHARD et Thierry DEBARD, (sous la direction de), Lexique des termes juridiques, 19ème édition,
2012, p.718.
314
L’amende applicable au recel d’objets est celle de l’arrêté interministériel et non celle fixée à l’article 101 du
code pénal ordinaire, lequel reste la base de l’incrimination.
315
Ruffin LUKOO MUSUBAO, La jurisprudence congolaise en droit pénal, Volume I, Editions On s’sen sortira,
Kinshasa, R.D.C., 2006, p.232.
316
Voir Ruffin LUKOO MUSUBAO, Op.cit.
317
Idem.
114
Notes de cours de droit pénal spécial
d’une partie de la somme que celle-ci s’est frauduleusement appropriée 318. Commet
l’infraction de recel, la concubine du voleur qui reçoit et cache sciemment le produit du
vol, dans l’intention frauduleuse de le soustraire aux recherches de la justice et d’en avoir
sa part. Par contre, cette concubine ne commet pas de recel quand elle se borne à tolérer
que son amant cache le produit du vol dans la maison où elle vit avec lui ou encore
lorsque, sans intention frauduleuse, elle reçoit des objets achetés au moyen de l’argent
volé. Est coupable de recel prévu à l’article 101 du C.P.L.II mais non de participation au
détournement de deniers publics un fonctionnaire public qui a reçu des sommes d’argent
provenant des bulletins de paie des agents fictifs dont la falsification ne peut lui être
reprochée319. Celui qui achète un objet volé en connaissance de cause, même au juste prix,
celui qui bénéficie d’un chèque tiré sur un compte alimenté par l’activité d’un escroc, le
créancier qui accepte ce qui lui est dû, des sommes, qu’il sait provenir d’escroquerie ou de
vol, celui qui prête son concours au voleur, pour réaliser la valeur des objets volés, la
femme qui a recelé des objets volés par son mari et celui qui a mangé avec le voleur le
produit du vol ; commettent un recel d’objets au sens de l’article 101 du C.P.L.II
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément préalable : Il faut que les valeurs mobilières reçues et gardées par l’auteur
proviennent d’une infraction ;
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Receler, c’est-à-dire recevoir et garder des biens ou valeurs
visés à cet article 101. En ce sens, le Tribunal de Boma a jugé que l’infraction de recel
implique l’idée de la détention pendant un temps plus ou moins long entre les mains
d’un tiers de choses enlevées ou obtenues à l’aide d’une infraction. Qu’elle suppose un
acte distinct, quant au temps et au lieu, de l’infraction qui a fait obtenir les choses
recélées. Ni le fait d’avoir aidé au transport des objets volés, ni celui que ceux-ci ont
été cachés dans la maison que le prévenu habite avec le voleur, ne suffisent à constituer
l’infraction de recel320. Le recel consiste à recevoir une chose provenant d’une
infraction.
b) Résultat réprimé : La dépossession effective des biens susdits ; aussi la tentative
punissable reste-t-elle inadmissible dans l’infraction sous analyse ;
c) Lien de causalité : Un rapport de cause à effet devra être prouvé entre le comportement
prohibé et le résultat réprimé que dessus ;
5. Eléments moraux : Dol spécial et connaissance de fait. A ce propos, il a été arrêté que
l’infraction de recel d’objets est établie lorsque le prévenu connaissait l’origine délictuelle
de la somme d’argent par lui utilisée et que la preuve de son intention frauduleuse se
dégage du fait par lui d’utiliser cette somme d’argent pour son propre intérêt. Le recel ne
requérant pas comme élément constitutif la volonté du receleur de cacher ou de soustraire
la chose obtenue illicitement mais celle de la soustraire aux recherches de son propriétaire,
le fait pour le prévenu d’offrir de la restituer n’est pas élusive de son imputabilité 321.Il n’y a
pas recel dans le fait de celui qui, ayant reçu un objet sans connaitre sa provenance
délictueuse le conserve après qu’il l’a apprise 322. Le recel est une infraction distincte de
celle à l’aide de laquelle la chose recelée a été obtenue ; la prescription de cette dernière
318
Tribunal de Boma, 13 Octobre 1914, Jur. col., 1925, p.131.
319
C.S.J., R.P : 21/ CR, 5/10/1979, in Bulletin des arrêts, 1984, p.276.
320
Ruffin LUKOO MUSUBAO, Op.cit.
321
C.S.J., R.P.A : 102 du 14 Décembre 1984, in Bulletin des arrêts 2001, p. 532.
322
Cour d’appel d’Elisabeth Ville, 28 Juin 1921, Jur. Kat., I, p.271.
115
Notes de cours de droit pénal spécial
infraction est sans effet sur la prescription du recel. Le recel est généralement considéré
comme une infraction momentanée dont la prescription commence du jour que le prévenu
est entré en possession de la chose recelée sachant qu’elle provient d’une infraction.
Au sujet de la connaissance de l’origine délictueuse, il a été décidé que l’infraction de recel
requiert la connaissance de l’origine délictueuse de l’objet obtenu. A défaut d’établir celle-ci,
l’infraction de recel n’est pas légalement établie 323. Le recel n’exige pas seulement la
réception matérielle des choses obtenues au moyen d’une infraction, mais aussi la
connaissance par l’agent de l’origine délictueuse de ces choses 324. L’infraction de recel
requiert la reconnaissance de l’origine délictueuse de l’objet obtenu. A défaut d’établir celle-
ci, l’infraction de recel n’est pas légalement établie325.
6. Ratio legis : Protection de la propriété ;
7. Peines: Servitude pénale principale de cinq ans au maximum et/ou amende de 50 à 200
$.U.S.
Notons que si le prévenu du recel s’était concerté avec les auteurs de l’infraction originaire, il
y aurait, non pas recel, mais participation criminelle à cette première infraction, soit comme
coauteur, soit comme complice.
§2. Du cel ou recel frauduleux
Le cel frauduleux, couramment appelé le recel frauduleux, a sa base légale à l’article 102 du
C.P.L.II ainsi formulé :
« Seront punis d’une servitude pénale de huit jours à deux ans et d’une amende de vingt-cinq
à mille francs, ou d’un de ces peines seulement, ceux qui ayant trouvé une chose mobilière
appartenant à autrui, ou en ayant obtenu par hasard la possession, l’auront frauduleusement
celée ou livrée à des tiers ».
Cette infraction comporte les éléments ci-après :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Eléments préalables : Il faut que ce soit dans l’une ou l’autre de ces hypothèses :
- Que l’auteur ait trouvé une chose mobilière appartenant à autrui ou ;
- Que cet auteur ait obtenu par hasard la possession de cette chose mobilière d’autrui.
4. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : - Celer, c’est-à-dire prendre pour soi-même326 ou ;
- Livrer à des tiers. A ce propos, il a été jugé que le cel
frauduleux existe dès le moment où l’auteur, même sans dissimuler sa détention,
conserve la chose d’autrui nonobstant la réclamation du propriétaire et que ce cel
frauduleux, infraction instantanée, est établie dès qu’on est en présence d’un paiement
323
C.S.J., R.P.A : 28, arrêt du 20 Août 1974, in Bulletin des arrêts de 1975, p.253.
324
Cour d’appel de Lubumbashi, du 21/11/1969, in R.J.C., 1971, p.142.
325
C.S.J., citée par la Haute Cour militaire, R.P : 001/2004 du 05 Octobre 2004, M.P. C/ Colonel ALAMBA et
consort, inédit.
326
Cette action de l’auteur traduit sa volonté de devenir maitre de cette chose d’autrui ; ce qu’on appelle
animusdomini.
116
Notes de cours de droit pénal spécial
indu ou d’un enrichissement sans cause, l’intention délictuelle étant manifestée par
l’utilisation immédiate des fonds indûment perçus et causant ainsi préjudice327.
b) Résultat réprimé : La désappropriation ;
c) Lien de causalité : Il est requis entre les comportements et le résultat que dessus ;
5. Elément moral : Cette infraction requiert, pour être constituée au plan intellectuel, un
dol spécial dans le chef de l’auteur ; aussi le législateur parle-t-il de l’adverbe
frauduleusement ;
6. Ratio legis : La protection de la propriété ;
7. Peines : Une servitude pénale principale de huit jours à deux ans et/ ou une amende de
25 à 1000 Fc.
Section III. De la filouterie d’hôtel et de la grivèlerie d’aliments
Ces deux infractions souvent confondues dans la pratique au regard de leur ressemblance et
du fait que toutes reposent sur un même alinéa de la même disposition légale, se
démarquent en réalité par les comportements prohibés par la loi dans l’un ou l’autre cas. Il y
a de dire tout de même que la filouterie concerne l’obtention des services d’autrui,
notamment se faire loger dans un hôtel, en se sachant dans l’impossibilité absolue de les
honorer ou en s’étant déterminée de ne pas en payer le prix. Par contre, dans la grivèlerie,
l’auteur qui se reconnait faucher ou qui a pris la décision de ne pas payer le prix, obtient des
biens mobiliers de consommation tels les boissons, des aliments offerts à la vente, des
carburants ou lubrifiants auprès du vendeur328.
La base légale de ces infractions se trouve à l’alinéa premier de l’article 102 bis lorsqu’il
dispose ce qui suit :
« Sera puni d’une servitude pénale de huit jours à six mois et d’une amende 329 de deux cents à
trois mille francs, ou d’une de ces peines seulement, celui qui sachant qu’il est dans
l’impossibilité de payer, se sera fait servir, dans un établissement à ce destiné, des boissons
ou des aliments qu’il y aura consommés en tout ou en partie 330, se sera fait donner un
logement dans un hôtel où il s’est présenté comme voyageur, ou aura pris en location une
voiture de louage331 ».
Rentrent dans la formation des infractions de grivèlerie ou de filouterie, les éléments
suivants :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat, l’hôtelier, le restaurateur, le tenancier d’un bar ou le bailleur de
véhicule ;
3. Eléments préalables :
327
Revue juridique du Zaïre, 8 Octobre 1973, Septembre –Décembre, n° 3, p.274.
328
Voir plus de détails Serge GUINCHARD et Thierry DEBARD, Op.cit., pp. 402, 433.
329
Le taux de cette amende a été réajusté et se chiffre dès entre 20 et 100 $. U.S. et ce, en vertu de l’arrêté
interministériel de 2012 que dessus.
330
Ce sont des comportements constitutifs de grivèlerie d’aliments.
331
Les comportements que dessus se rapportent à l’infraction de filouterie.
117
Notes de cours de droit pénal spécial
332
Cet alinéa dispose ce qui suit : « Les infractions prévues à l’alinéa précédent ne pourront être poursuivies que
sur plainte de la partie lésée. Le paiement du prix et des frais de justice avancés par la partie plaignante ou le
désistement de celle-ci éteindra l’action publique ».
118
Notes de cours de droit pénal spécial
119
Notes de cours de droit pénal spécial
333
Haute Cour militaire, R.P : 001/2004 du 05 Octobre 2004, M.P. C/Colonel ALAMBA et consort ; citée par
Ruffin LUKOO MUSUBAO, Op.cit., p.169.
334
Idem.
335 ère
1 inst. app. Elisabeth ville, 30 Août 1944, Revue juridique, 1945, p.74.
120
Notes de cours de droit pénal spécial
Les éléments ci-après rentrent dans la formation de cette infraction, à l’alinéa premier de
l’article 104 susdit :
1. Auteur : Toute personne ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Eléments préalables :
- Existence des édifices ou des bâtiments cités à l’article 104 sous examen ;
- Appartenance de ces édifices ou bâtiments à autrui. En ce sens, il a été jugé que dans
le système du code pénal congolais, l’incendie constitue une infraction contre la
propriété. Une condition essentielle pour son existence est donc que la chose incendiée
appartienne à autrui336.
- Que ces édifices ou bâtiments, (lieux incendiés) soient construits ne matériaux
durables ;
- Que ces lieux incendiés aient été inhabités au moment de l’incendie.
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Avoir mis le feu ;
b) Résultat réprimé : Destruction des édifices ou bâtiments incendiés ;
c) Lien de causalité : Il est présumé un rapport de cause à effet entre ces comportement
et résultat ; ce qui dispense en pratique la partie poursuivante de prouver cette
causalité et ce, pour la même raison qu’à l’article 103 ci-dessus analysé.
5. Elément moral : Le dol spécial. En ce sens, il a été décidé que l’intention criminelle
étant requise, l’agent doit avoir agi volontairement c’est-à-dire en connaissance de
cause. Le feu ayant été mis volontairement, l’incendiaire est responsable de toutes les
conséquences qui en résultent337.
6. Ratio legis : La protection de la propriété d’autrui ;
7. Peine : Une servitude pénale de cinq à quinze ans.
Il sied de noter que l’alinéa deux de l’article 104 sous analyse institue une cause d’excuse
atténuante objective consistant dans le fait que les lieux incendiés, à savoir les édifices ou les
bâtiments, n’ont pas été construits en matériaux durables. Cette cause légale de réduction de
la peine justifie que l’auteur de l’incendie prévu et puni à l’alinéa deux n’encourra, par
rapport à l’auteur de l’incendie de l’alinéa premier, que les peines moins sévères ci-après :
une servitude pénale de trois mois à cinq ans et/ou une amende de cent à deux mille francs.
§3. De l’incendie volontaire des forêts, bois et récoltes
Cette infraction repose sur l’article 105 du C.P.L.II, lequel dispose :
« Seront punis des peines portées au deuxième alinéa de l’article précédent ceux qui, en
dehors des cas visés par la réglementation sur l’incendie des herbes et végétaux sur pied,
auront mis le feu à des forêts, bois, récoltes sur pied, bois abattus ou récoltes coupées ».
Font partie de la formation de cette infraction, les éléments ci-après :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
336
Elisabeth ville, 19 Octobre 1943, Revue juridique, 1944, p. 84.
337
Haute Cour militaire, R.P : 001/2004 du 05 Octobre 2004, M.P. C/Colonel ALAMBA et consort, inédit.
121
Notes de cours de droit pénal spécial
338
Bruxelles, 7 Janvier 1910, Revue de droit pénal, 1910, p.250.
339
Haute Cour militaire, R.P : 001/2004 du 05 Octobre 2004, M.P. C/Colonel ALAMBA et consort, inédit.
122
Notes de cours de droit pénal spécial
met le feu à sa maison pour se procurer le moyen de porter plainte contre des policiers
qui l’ont arrêté, l’accusation mensongère de l’avoir incendiée eux-mêmes340.
- Le dol spécial consistant dans l’intention de fraude qui aura caractérisé
l’incendiaire au moment de la commission de son forfait.
6. Ratio legis : La protection de la propriété ;
7. Peines : Une servitude pénale de trois mois à cinq ans et/ou une amende de cent à
deux mille francs.
§5. De l’incendie volontaire par communication
Cette infraction repose sur l’article 107 du C.P.L.II ainsi formulé :
« Celui qui, dans l’intention de commettre l’un des faits prévus aux articles 103, 104, 105 et
106, aura mis le feu à des objets quelconques placés de manière à le communiquer à la chose
qu’il voulait détruire sera puni comme s’il avait directement mis le feu à cette dernière
chose ».
Rentrent dans la formation de cette infraction, les éléments suivants :
1. Auteur : Toute personne ;
2. Victimes : L’Etat et/ou le particulier ;
3. Elément préalable : Il faut que les objets devant servir de transits soient placés de
manière à communiquer le feu mis à la chose visée en définitive par l’incendiaire.
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Avoir mis le feu ;
b) Résultat réprimé : Destruction de la propriété au moyen du feu ;
c) Lien de causalité : A l’instar de celui des infractions des articles 104 à 106, ce lien
de causalité est présumé.
5. Elément moral : C’est le dol plus spécial, déduit de la combinaison des expressions
légales de l’article 107 ci-après : « … dans l’intention de … »341 et « ... aura mis le
feu… »342.
6. Ratio legis : La protection de la propriété ;
7. Peines : Ici le législateur ne détermine ni directement ni par renvoi les sanctions
pénales applicables ; la tache revient donc au juge d’appliquer selon qu’il s’agit de
l’incendie volontaire de sa propriété ou de celle d’autrui et en tenant compte de la
nature des choses faisant l’objet de l’incendie. Aussi, le juge condamnera-t-il
l’incendiaire par communication, c’est-à-dire celui de l’article 107 sous analyse des
peines puisées soit à l’article 103, 104, 105, soit à l’article 106 ci-dessus analysés.
§6. De l’incendie involontaire des propriétés d’autrui
Nous nous basons ici sur l’article 109 du C.P.L.II qui énonce ce qui suit :
« Sera puni d’une servitude pénale de sept jours à trois mois et d’une amende de vingt-cinq à
cinq cents francs ou d’une de ces peines seulement, l’incendie de propriétés mobilières ou
immobilières d’autrui qui aura été causé par défaut de prévoyance ou de précaution ».
340 ère
I inst. app. Cost., R.P.A : 759 du 24 Février 1943 citée par Ruffin LUKOO MUSUBAO, Op. cit., p.169.
341
Cette expression renseigne le mobile de l’action de l’incendiaire, que le législateur a élevé au rang des
éléments indispensables constitutifs de cette infraction.
342
C’est l’expression qui fait allusion à la volonté criminelle constitutive du dol spécial.
123
Notes de cours de droit pénal spécial
124
Notes de cours de droit pénal spécial
7. Peines :Une servitude pénale de cinq ans au maximum et/ou une amende de cent à
cinq cent dollars américains.
Pour sa part, l’article 111 du même code dispose :
« Sera puni d’une servitude pénale d’un mois à un an et d’une amende de (vingt-cinq à cinq
cents francs)cent à cinq cent dollars américains, quiconque aura détruit, abattu, mutilé ou
dégradé : des tombeaux, signes commémoratifs ou pierres sépulcrales ; des monuments, des
statues ou autres objets destinés à l’utilité ou à la décoration publique ».
Font partie de la composition de cette infraction, les éléments qui suivent :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément préalable : Il faut qu’existent dans le contexte de l’auteur les choses citées
dans cet article, lesquelles constituent seules l’objet de la destruction méchante, à
savoir : des tombeaux, signes commémoratifs ou pierres sépulcrales ; des monuments,
des statues ou autres objets destinés à l’utilité ou à la décoration publique.
4. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : Avoir détruit, avoir abattu, avoir mutilé ou avoir
dégradé ;
b) Résultats réprimés : Destruction, abattement, mutilation ou dégradation des objets
cités par la loi ;
c) Lien de causalité : Ce lien est présumé ;
5. Elément moral : Le dol spécial ;
6. Ratio legis : La protection de la propriété ;
7. Peines : Une servitude pénale principale d’un mois à un an et une amende decent à
cinq cent dollars américains.
§2. De la destruction et de la dégradation d’arbres, récoltes ou autres propriétés
La base textuelle de ces deux infractions se situe aux articles 112 et 113 du C.P.L.II ci-dessus
repris et analysés :
En effet, l’article 112 dispose :
« Sont punis des peines portées à l’article précédent ceux qui, dans des endroits clôturés ou
non clôturés, auront méchamment détruit ou dégradé des arbres, des récoltes, des instruments
d’agriculture ou d’autres biens meubles ou immeubles appartenant à autrui ».
Les éléments qui rentrent dans la formation de cette infraction sont les suivants :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément préalable : - Il faut que les biens cités dans cet article existent dans le
contexte infractionnel de l’auteur, lesquels biens forment l’objet de cette infraction, à
savoir : des arbres, des récoltes, des instruments d’agriculture ou d’autres biens
meubles ou immeubles appartenant à autrui ;
- Et que ces biens meubles ou immeubles appartiennent à autrui ;
4. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : Avoir détruit ou avoir dégradé ;
125
Notes de cours de droit pénal spécial
126
Notes de cours de droit pénal spécial
3. Eléments préalables : - Les comportements de l’auteur doivent porter sur les animaux
domestiques ou sur des bestiaux appartenant à autrui ;
- Que l’auteur ait agi sans que cela soit nécessaire, c’est-à-dire
sans motif valable ou raison plausible.
4. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : Avoir tué ou avoir gravement blessé les animaux
précités ;
b) Résultat réprimé : La destruction des animaux par la mort ou la blessure grave ;
c) Lien de causalité : Il est présumé entre les comportements de l’auteur et le résultat
que dessus.
5. Elément moral : C’est le dol plus spécial puisé de l’adverbe méchamment qui, en fait,
signifie l’intention de tuer ou blesser en vue de nuire au propriétaire de l’animal
concerné ;
6. Ratio legis : Protection de la propriété animale ;
7. Peines : Une servitude pénale principale d’un mois à deux ans et/ou une amende de
cent à cinq cent dollars américains.
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Notes de cours de droit pénal spécial
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Notes de cours de droit pénal spécial
connaissance, des monnaies métalliques ou des billets au porteur visés aux articles 116 et 117
et les ont mis ou ont tenté de les mettre en circulation.
Sont punis d’une servitude pénale de huit jours à un an et d’une amende de cent à mille
francs, ceux qui dans le but de les mettre en circulation, ont reçu ou se sont procuré des
monnaies métalliques ou des billets au porteur visés aux articles 116 et 117 ».
A l’analyse, chacun des deux alinéas de l’article 118 présente sa structure composée des
éléments différents comme suit :
A. A l’alinéa premier, les éléments suivants sont à relever :
1. Auteur : Toute personne ;
2. Victimes : L’Etat et/ou343 le particulier ;
3. Elément préalable : Il faut que l’auteur n’ait pas pris part à la contrefaçon ou à la
falsification des monnaies qu’il se procure et qu’il met en circulation ou tente de le
faire ;
4. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : Se procurer des monnaies métalliques ou des billets au
porteur et les mettre en circulation ou tenter de les mettre en circulation. Il sied de
noter qu’au sens du texte légal, les deux comportements prohibés que dessus sont
cumulatifs, l’auteur devant les avoir accomplis tous deux pour que soit retenu à sa
charge ce premier sous-ensemble de l’élément matériel ;
b) Résultats réprimés : L’acquisition et la mise en circulation des monnaies précitées ;
c) Lien de causalité : Il est requis entre les comportements et les résultats que dessus.
5. Eléments moraux : Il y a la connaissance de fait d’une part et le dol spécial d’autre
part ;
6. Ratio legis : La protection de la foi publique ;
7. Peines : Une servitude pénale principale d’un mois à trois ans et une amende de cent à
cinq mille francs.
B. Quant à l’alinéa deux, les éléments ci-après forment sa substance :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat congolais ;
3. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : - Avoir reçu ou s’être procuré les monnaies susvisées ;
b) Résultats réprimés : Réception ou procuration desdites monnaies ;
c) Lien de causalité : Il est présumé entre les comportements et les résultats ci-dessus.
4. Elément moral : C’est le dol plus spécial ;
5. Ratio legis : La protection de la foi publique ;
6. Peines : Une servitude pénale principale de huit jours à un an et une amende de cent à
mille francs.
L’article 118 bis du même code dispose :
« Sont punis d’une servitude pénale de huit jours à un an et d’une amende de cent à mille
francs ou d’une de ces peines seulement, ceux qui ayant reçu pour bons des monnaies
métalliques ou des billets au porteur ayant cours légal en République démocratique du Congo
343
Notre emploi de l’expression « et/ou » se justifie par le fait que dans certains cas, le faux monnayage peut
n’avoir que l’Etat comme victime, sans qu’un particulier, personne physique ou morale, ait subi un préjudice
suite à cette infraction.
131
Notes de cours de droit pénal spécial
132
Notes de cours de droit pénal spécial
5. Elément moral : C’est le dol plus spécial tiré de l’intention frauduleuse de faire l’une ou
l’autre des actions infractionnelles précitées dans le but de faciliter l’acceptation de ces
objets en lieu et place des monnaies imitées ;
6. Ratio legis : La protection de la foi publique ;
7. Peines : Une servitude pénale principale d’un an au plus et/ou une amende ne dépassant
pas mille francs.
En ce qui le concerne, l’article 120 du même code énonce que :
« Sont punis comme coupables de tromperie, ceux qui ont donné ou offert en paiement des
jetons, médailles, pièces métalliques, imprimés ou formules obtenus par un procédé
quelconque et présentant par leur forme extérieure, avec les monnaies ou billets au porteur
ayant cours légal en République démocratique du Congo ou à l’étranger, une ressemblance
de nature à en faciliter l’acceptation en lieu et place des valeurs imitées ».
Il ressort après analyse que les éléments de cette infraction sont les suivants :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Eléments préalables : - L’objet sur lequel porte l’infraction doit consister en l’un ou
l’autre des biens cités dans cette disposition, à savoir : des jetons, médailles ou pièces
métalliques, imprimés ou formulés ;
- Il faut que ces objets aient par leur forme extérieure une
ressemblance avec des monnaies ou billets au porteur légalement en circulation ;
4. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : Avoir donné ou avoir offert en paiement les objets
précités ;
b) Résultats réprimés : La donation ou l’offre en paiement d’une fausse monnaie ;
c) Lien de causalité : Il est présumé entre ces comportements et résultats de
l’infraction ;
5. Elément moral : Dol plus spécial ;
6. Ratio legis : Protection de la foi publique ;
7. Peines : Une servitude pénale principale d’un an au plus et/ou une amende ne
dépassant pas mille francs.
§2. Contrefaçon ou falsification des sceaux, timbres, poinçons et marques
Nous retiendrons pour analyse dans ce paragraphe, deux dispositions du livre deux du code
pénal congolais, lesquelles disposent comme ci-dessous repris, étant entendu que le taux de
l’amende applicable dans l’un et l’autre cas est celui actualisé en 2012 par l’arrêté
interministériel de la même année mieux identifié ci-dessus :
Article 121 : « Seront punis d’une servitude pénale d’un à quinze ans et d’une amende
de(cinq mille à vingt-cinq mille zaïres), cent à mil dollars américains :
1°. Ceux qui auront contrefait ou falsifié les sceaux, timbres, poinçons ou marques de la
République démocratique du Congo et des administrations publiques ;
2°. Ceux qui auront fait usage de ces objets contrefaits ou falsifiés ;
133
Notes de cours de droit pénal spécial
3°. Ceux qui auront sciemment exposé en vente les produits de ces contrefaçons ou
falsifications ».
L’analyse de cette disposition nous conduit à admettre les éléments que voici comme formant
l’infraction de contrefaçon.
1. Auteur : Toute personne ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Eléments préalables : - L’existence des biens cités à l’article 121 sous analyse dans le
contexte de l’auteur, à savoir : les sceaux, timbres, poinçons, marques ou des produits
de leur falsification ;
- Appartenance desdits biens à la R.D.C. ou à des
administrations publiques.
4. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : - Avoir contrefait ou avoir falsifié les objets cités,
- Avoir fait usage des objets issus de la contrefaçon ou
de la falsification ;
- Avoir exposé en vente les produits contrefaits ou
falsifiés.
b) Résultats réprimés : - La contrefaçon ou la falsification ;
- L’usage d’objets contrefaits ou falsifiés ;
- L’exposition en vente desdits produits.
c) Lien de causalité : Il est présumé entre les comportements et résultats infractionnels
précédents.
5. Eléments intellectuels : Cette infraction requiert un dol spécial en ce qui concerne les
trois premiers comportements prohibés, lequel dol consiste dans la volonté de
contrefaire, de falsifier les objets énumérés dans cette disposition ou dans cette
intention de faire usage des biens contrefaits ou falsifiés. Par contre, en ce qui
concerne l’exposition en vente, le législateur requiert, à notre avis, un dol spécial et
une connaissance de fait étant donné que l’auteur doit avoir, en plus de l’intention
d’exposer les objets susdits en vente, la connaissance de ce que les objets qu’il expose
en vente sont issus de la contrefaçon ou de la falsification ;
6. Ratio legis : Protection de la foi publique ;
7. Peines : Une servitude pénale d’un à quinze ans et une amende de 100 à 1000 $. U. S.
Et l’article 122 dispose : « Ceux qui dans un but de fraude, auront fait subir aux timbres-poste
ou cartes postales de la République démocratique du Congo ou des Etats étrangers une
altération ou une préparation quelconque, ou qui auront, avec ou sans intention frauduleuse,
contrefait ces timbres ou ces cartes, seront punis d’une amende (qui ne dépassera pas cinq
mille francs) de cent à mil dollars américains pour chaque cas ».
A l’analyse, cette disposition revêt les éléments infractionnels suivants :
1. Auteur : Toute personne ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément préalable : Existence dans le contexte de l’auteur des timbres ou cartes de la
Poste congolaise ou étrangère ;
4. Elément matériel :
134
Notes de cours de droit pénal spécial
344
C’est le taux actualisé de l’amende au regard de l’arrêté interministériel cité ci-dessus qui s’applique à cette
infraction.
345
Idem.
135
Notes de cours de droit pénal spécial
7. Peines : Une servitude pénale d’un mois à deux ans et/ou une amende de 100 à 500
$.U.S.
B. Analyse de l’alinéa deux
1. Auteur : Toute personne ;
2. Victimes : L’Etat et/ ou le particulier ;
3. Elément préalable : Il faut que l’insigne ou l’emblème, bien que non destiné, mais
soit simplement de nature à faire croire à l’existence d’un mandat public ;
-Que l’auteur ait porté publiquement l’insigne ou l’emblème ;
4. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : Avoir porté ou avoir laissé ou fait porter par une
personne à son service ou sous son autorité ;
b) Résultat réprimé : L’usurpation d’une fonction publique ;
c) Lien de causalité : Il est présumé entre ces comportements et résultats de
l’infraction ;
5. Elément moral : C’est le dol spécial tiré de l’intention de porter ou de faire porter
illégalement l’insigne ou l’emblème susdit ;
6. Ratio legis : Protection de la foi publique ;
7. Peines :Une servitude pénale de sept jours au maximum et/ou une amende de 100 à
500 $. U.S.
L’article 123 bis, quant à lui, énonce ce qui suit :
« Toute personne qui aura publiquement porté une décoration, un ruban ou autres insignes
d’un ordre qui ne lui appartient pas, sera puni d’une servitude pénale de sept jours au
maximum et d’une amende de 50 à 500 francs ou d’une de ces peines seulement ».
Les éléments contenus dans cette infraction sont les suivants :
1. Auteur : Toute personne ;
2. Victimes : L’Etat et/ou le particulier ;
3. Eléments préalables : - Il faut qu’il s’agisse de décoration, ruban ou autres insignes
d’un ordre professionnel ;
- Que l’auteur n’appartienne pas ou plus à cet ordre
professionnel ;
- Que l’élément publicité soit réuni en ce que l’auteur doit avoir
porté publiquement pour se rendre coupable de cette infraction ;
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Avoir porté ;
b) Résultat réprimé : Le port illégal de décoration, ruban ou d’autres insignes ;
c) Lien de causalité : Il est présumé ;
5. Elément moral : Dol spécial ;
6. Ratio legis : La protection de la foi publique ;
7. Peines :Une servitude pénale de sept jours au maximum et/ou une amende de 50 à 500
francs congolais.
Section 3. Les faux en écriture, en témoignage et en serment
§1er. Des faux commis en écriture
Ce paragraphe retient pour analyse les articles 124 à 127 du C.P.L. II.
136
Notes de cours de droit pénal spécial
Article 124 : « Le faux commis en écritures avec une intention frauduleuse ou à dessein de
nuire sera puni d’une servitude pénale de six mois à cinq ans et d’une amende de (vingt –cinq
à deux mille francs)346, ou d’une de ces peines seulement ».
Font partie de la formation de cette infraction, les éléments qui suivent :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément préalable : Il faut qu’existe un écrit dans lequel sera altérée la vérité ;
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Commettre un faux, c’est-à-dire altérer la vérité dans un
écrit ;
b) Résultat réprimé : L’altération de la vérité ;
c) Lien de causalité : Ce lien devra être prouvé entre le comportement et résultat que
dessus.
5. Elément moral : Dol spécial ou dol plus spécial suivant que l’auteur a altéré la vérité
dans une simple intention de fraude347 ou dans le but de causer du tort à autrui348.
6. Ratio legis :La protection de la foi due aux écrits ;
7. Peines : Une servitude pénale principale de six mois à cinq ans et/ou une amende de
100 à 1000 $. U.S.
Article 125 : « Si le faux a été commis par un fonctionnaire ou agent de l’Etat, dans
l’exercice de ses fonctions, la servitude pénale pourra être portée à dix ans et l’amende à
(cinq mille francs) ».
1. Auteur : Un fonctionnaire ou un agent public349 ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Eléments préalables : - Il faut l’existence d’un écrit ;
-L’auteur doit avoir agi dans l’exercice de ses fonctions.
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Commettre un faux dans un écrit ;
b) Résultat réprimé : L’altération de la vérité ;
c) Lien de causalité : Il est à démontrer entre le comportement et résultat précédents.
5. Elément moral : Dol spécial ;
6. Ratio legis : La protection de la foi due aux écrits ;
7. Peines :Une servitude pénale principale de dix ans au maximum et une amende maximale
1000$.U.S.
Article 126 : « Celui qui, dans une intention frauduleuse ou à dessein de nuire, aura fait
usage de l’acte faux ou de la pièce fausse, sera puni comme s’il était l’auteur du faux ».
346
En vertu de l’arrêté interministériel de 2012 précité, l’amende infligeable à l’auteur du faux en écriture varie
entre 100 et 1000 $.U.S.
347
Dans ce cas, on a affaire à un dol spécial.
348
Nous avons dans ce cas affaire à un dol plus spécial.
349
Notons que la qualité de fonctionnaire ou d’agent public dont est revêtu l’auteur constitue une circonstance
aggravante légale ; aussi le législateur prévoit-il une servitude pénale de dix ans au maximum alors que pour le
même comportement commis par un non fonctionnaire ou non agent public, à l’article 124 du C.P.L.II, le
maximum de la servitude pénale est de cinq ans.
137
Notes de cours de droit pénal spécial
Il s’agit dans cette disposition de l’infraction d’usage de faux, laquelle comporte les éléments
suivants :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément préalable : Il faut que l’acte utilisé soit un faux ou que la pièce soit fausse,
par opposition à un acte vrai ou une pièce vraie qui existe.
4. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Avoir fait usage d’un acte faux ou d’une pièce fausse ;
b) Résultat réprimé : L’usage d’un écrit faux ;
c) Lien de causalité : Il est présumé entre le comportement et résultat que dessus.
5. Elément moral : Dol spécial ou dol plus spécial pour les mêmes raisons qu’à l’article
124 ci-dessus analysé.
6. Ratio legis : La protection de la foi due aux écrits ;
7. Peines : Une servitude pénale principale de six mois à cinq ans et/ou une amende de
100 à 1000 $.U.S.
Article 127 : « Tout fonctionnaire ou officier public qui, dans l’exercice de ses fonctions, aura
délivré un faux certificat, falsifié un certificat, fait usage d’un certificat faux ou falsifié, sera
puni d’une servitude pénale de trois mois à cinq ans et d’une amende de (cent à mille francs),
100 à 1000 $.U.S. ou d’une de ces peines seulement ».
1. Auteur : Un fonctionnaire ou officier public ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Eléments préalables : -Il faut que l’auteur ait agi dans l’exercice de ses fonctions ;
- Et que le certificat délivré ou utilisé soit faux ou falsifié.
4. Elément matériel :
a) Comportements prohibés : - Avoir délivré un faux certificat ou avoir falsifié un
certificat ou encore avoir fait usage d’un certificat faux ou falsifié ;
b) Résultats réprimés : L’altération de la vérité dans un certificat ou l’usage d’un
certificat faux ou falsifié ;
c) Lien de causalité : Il est présumé entre ces comportements et résultats ;
5. Elément moral : Dol spécial ;
6. Ratio legis : La protection de la foi due aux actes publics ;
7. Peines : Une servitude pénale principale de trois mois à cinq ans et une amende de
cent à mil dollars américains.
§2. Du faux témoignage et du faux serment
Nous allons nous appesantir dans ce paragraphe sur les articles 128 à 132 du C.P.L. II.
Article 128 : « Le faux témoignage devant les tribunaux est puni de servitude pénale. La peine
peut s’élever à cinq ans.
Si l’accusé a été condamné soit à la servitude pénale à perpétuité, soit à la peine de mort, le
faux témoin qui a déposé contre lui peut être condamné à la peine de servitude pénale à
perpétuité ».
Les éléments que comporte l’infraction de faux témoignage au regard de l’article 128 sous
analyse sont les suivants :
138
Notes de cours de droit pénal spécial
350
Voir à cet effet l’alinéa deux de l’article 128 du C.P.L.II sous analyse.
351
Tribunal de Boma et Tribunal de première instance de Coq., cités par Ruffin LUKOO MUSUBAO, Op.cit.,
p.156.
352
Ces fausses déclarations constituent plutôt respectivement, à charge des renseignant, expert et interprète,
l’infraction de l’article 130 et 131 du C.P.L. II.
353
Elis., 8 Mars 1921, Jur. Kat., I, p.207.
354
Cour de cassation belge, 19 Février 1923, Pasicrisie, I, 198.
355
Boma, 3 Juillet 1906, cité par Ruffin LUKOO MUSUBAO, Op.cit., p.156.
356
Idem, p. 155.
139
Notes de cours de droit pénal spécial
7. Peines : Une servitude pénale principale de cinq ans ou bien une servitude pénale
perpétuelle selon que le particulier-victime du faux témoignage n’a pas subi une servitude
pénale à perpétuité ou une peine de mort, ou que par contre il a subi l’une de ces deux peines.
Article 129 : « Le coupable de subornation de témoin est passible de la même peine que le
faux témoin, selon la distinction de l’article précédent ».
L’infraction consacrée par l’article 129 est bel et bien la subornation de témoin, laquelle
consiste à chapitrer le témoin potentiel ou effectif pour faire pencher ses dépositions dans l’un
ou l’autre sens. L’auteur de la subornation de témoin incite ou prépare ce dernier à faire des
dépositions inexactes, intéressées.
Contrairement à une certaine opinion des scientifiques357 qui, à l’occasion de l’invalidation de
Jean Pierre BEMBA par la Cour constitutionnelle de la République démocratique du Congo, a
estimé que la subornation de témoin ne relève pas de l’arsenal des infractions en vigueur en
R.D.C., nous soutenons en nous basant principalement sur l’article 129 sous analyse
l’existence en droit pénal congolais de l’infraction de subornation de témoin.
Surabondamment, le Professeur Raphaël NYABIRUNGU mwene SONGA prend position
dans son point de presse sur la question de savoir : la subornation de témoins : de quoi s’agit-
il exactement ? Est-ce une partie de la corruption ? Un acte de corruption ? Une infraction de
corruption ? Subornation et corruption, est-ce deux synonymes ? En effet, « il ressort du droit
pénal positif congolais, dans ses sources de droit interne et de droit international, que les
atteintes à l’administration de la justice sous forme de subornation des témoins constituent
une entrave à la justice et une forme de corruption »358.
Pour notre part, la subornation de témoin constitue au regard du code pénal congolais, article
129, une infraction autonome et différente de la corruption qui, elle, est prévue et punie aux
articles 145 à 149 du même code. Cette qualification n’est nullement incompatible avec
l’esprit des traités internationaux relatifs359 à la corruption, à la concussion et à la subornation
de témoin.
L’analyse de l’article 129 nous permet de dégager les éléments ci-dessous :
1. Auteur : Quiconque ;
2. Victimes : L’Etat et le particulier ;
3. Elément matériel :
a) Comportement prohibé : Suborner le témoin, c’est-à-dire inciter, chapitrer, pousser
le témoin à faire une déposition fausse. Il consiste en des pressions, conseils,
intimidations, dons, promesses de nature à orienter les propos d’une personne
appelée à témoigner en justice ou susceptible de l’être 360. Il s’agit, en d’autres
termes, de pousser un témoin ou un potentiel témoin à donner un faux témoignage
en justice361. ;
357
L’un des ténors de cette opinion est le professeur José Marie TASOKI MANZELE, alors Avocat de Jean Pierre
BEMBA.
358
Raphaël NYABIRUNGU mwene SONGA, Point de presse du Jeudi 02 août 2018 sur la subornation des
témoins face à la corruption l’Hôtel Invest de Kinshasa.
359
Il s’agit notamment de la Convention des Nations unies de 2003 relative à la corruption, de la Convention de
l’Union africaine du 11 Juillet 2003 sur la prévention et la lutte contre la corruption ainsi que du Traité de Rome
portant création de la Cour pénale internationale.
360
Bony CIZUNGU, Les infractions de A à Z, Edition Laurent NYANGEZI, Kinshasa, 2011, p.704.
361
NGOTO Ngoie NGALINGI, Op.cit., p.388.
140
Notes de cours de droit pénal spécial
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