L’histoire de Alioune Fall
Alioune était un homme d’une quarantaine d’années. Il était très riche, mais aussi très
méchant. Son enfance avait été marquée par de grandes difficultés.
Lorsqu’il était petit, son père, Tahir Fall, le maltraitait sans cesse. Il le privait de nourriture et
ne faisait que le frapper chaque jour. Malgré ce calvaire, Alioune ne se laissait pas abattre et
obtenait d’excellentes notes à l’école.
Cette routine infernale se poursuivit pendant des années. À l’âge de 17 ans, Alioune était
devenu un jeune homme élancé, et son teint noir resplendissait d’une beauté éclatante.
Brillant élève, il était le premier de sa classe et excellait particulièrement dans les matières
scientifiques.
Les filles lui couraient après, mais il n’avait d’yeux que pour Maïmouna Ndiaye. Ce n’était
pas sa beauté qui l’attirait, mais plutôt son intelligence, son humour et sa joie de vivre.
Maïmouna était la deuxième de la classe et représentait une véritable rivale pour Alioune.
Pourtant, cette concurrence n’avait pas empêché leur amitié de se développer. Ils étaient
plus ou moins de bons amis, partageant souvent des moments complices.
Quand Alioune voulait parler avec elle, il lui disait en plaisantant :
— *Ma bestie numéro 1, la seule et l’unique !*
Maïmouna, amusée mais faussement vexée, répliquait aussitôt :
— *Laisse-moi, va ! Tu as trop de "besties" : Astou, Mamy, Anta, Seynabou... Change, tchip
! Tu dois être fidèle à moi !*
Hélas, Alioune était loin de se douter qu’au-delà de la joie de vivre qu’affichait Maïmouna, un
terrible secret se cachait : elle était atteinte d’un cancer du poumon. À cette époque,
elle-même n’en avait pas encore conscience.
Maïmouna grandissait dans une famille stricte. Ses parents lui interdisaient d’avoir un petit
ami, et elle partageait leur point de vue. Sérieuse et studieuse, elle avait toujours été une
excellente élève. Dès son plus jeune âge, elle ramassait de vieux journaux et les lisait avec
passion.
Lorsqu’elle regardait un film, sa curiosité la poussait à poser mille et une questions à ses
sœurs :
— Qu’est-ce que ça signifie ? Pourquoi ils disent ça ?
Agacées, celles-ci répondaient souvent :
— Oh, tais-toi ! Laisse-nous nous concentrer !
Déçue et frustrée, Maïmouna s’éloignait en silence.
Elle avait un ami particulier : un homme d’environ cinquante ans, qui vivait dans la rue et
souffrait de troubles psychologiques. Autrefois, il avait eu une vie stable, mais son divorce,
suivi de la perte de son travail, l’avait plongé dans une profonde détresse. Malgré cela, il
conservait une intelligence remarquable et maîtrisait le français avec une aisance
impressionnante.
Maïmouna était fascinée par lui. Elle lui disait souvent avec admiration :
— Tonton Modou, comment fais-tu pour parler un aussi bon français ? Tu es vraiment très
intelligent !
Et il répondit:« oh quand j’étais petit comme toi, je lisais trop, j’aimais découvrir de nouvelles
choses comme toi , et c’était mon passe temps , quand j’étais triste j’étudiais, quand je
m’ennuyais j’étudiais »Et Maimouna dit :« oh donc pourquoi t’es pas devenu riche ? Comme
Elon Musk?»
Tonton Modou, le cœur meurtri et les yeux rouges, dit d’une voix émue :
— *Maïmouna, la vie n’est pas toujours rose, tu sais...*
Il prit une profonde inspiration avant de poursuivre :
— *À l’école, je brillais. J’étais un bon élève. À cette époque, on ne parlait pas de série S1
ou S2, mais de série C et D. Le baccalauréat était divisé en deux : une partie en fin de
première et l’autre en terminale. Et je peux te garantir que c’était extrêmement difficile. Mais
quand j’ai obtenu la première partie, j’ai pris une décision qui a changé ma vie : j’ai arrêté
l’école.*
Il marqua une pause, fixant un point lointain comme s’il revivait son passé.
— *Mes parents étaient pauvres. On mangeait toujours le même repas. Nous vivions à
Niakhar, un village sérère. Chaque jour, matin, midi et soir, nous mangions du “thiérré”. Le
“soce”, c’était un luxe, on n’en mangeait que très rarement. Et puis, il n’y avait pas
d’électricité. Le soir, on utilisait une lampe à pétrole, mais quand il n’y avait plus de
kérosène, j’étais obligé de marcher seul dehors avec mes cahiers pour étudier sous les
lampadaires du quartier.*
Il soupira et ajouta :
— *J’en avais marre de voir mes parents souffrir. Je voulais gagner ma vie, leur venir en
aide. À 19 ans, j’ai décidé d’arrêter définitivement l’école. Mon rêve, c’était de rejoindre
l’armée en ville. J’en ai parlé à mon père, mais il a refusé. Il voulait que je continue mes
études. Pourtant, j’ai fini par le convaincre.*
Son regard se perdit un instant dans le vide avant qu’il ne reprenne :
— *L’armée… C’était dur. Très dur. Dès le réveil, on devait faire notre lit à la perfection,
sinon on se faisait frapper. Mais j’ai tenu bon. Après des mois d’efforts, j’ai réussi. J’ai
commencé à gagner ma vie. Mon premier salaire était de 25 000 francs par mois. Au bout
de six mois, j’avais économisé 150 000 francs. Avec cet argent, j’ai acheté des provisions
pour mes parents et je suis retourné au village.*
Un léger sourire nostalgique se dessina sur son visage.
— *Quand ma mère m’a vu, elle m’a serré fort dans ses bras en pleurant. Mon père, lui, était
fier, même s’il ne l’a pas dit. Il avait les larmes aux yeux, mais c’était un homme, et un
homme ne pleure pas. Il me répétait souvent : “Mon fils, un homme doit rester fort, peu
importe la situation.” Ces paroles sont devenues ma devise.*
Il laissa échapper un petit rire en se souvenant de ce moment.
— *Ce soir-là, ma mère a cuisiné du “sauce guinaar”. J’étais fier de moi. Nous, qui ne
mangions un tel festin qu’une fois par an... Après une semaine au village, je suis retourné en
ville, le cœur léger, mais la tête pleine de nouveaux défis à relever.
Tonton Modou jeta un coup d’œil au ciel qui s’assombrissait et dit d’une voix douce :
— *Allez, Maïna, il est 19 h. Rentre chez toi et va prier.*
Maïna fit une petite moue et répondit avec insistance :
— *Non, Tonton Modou, je veux connaître la suite de ton histoire. Je prierai plus tard.*
Tonton Modou fronça légèrement les sourcils et, d’un ton ferme mais bienveillant, répliqua :
— *Non, il ne faut jamais reporter la prière. Demain, in sha’هللا
, je te raconterai la suite.*
Maïna, un peu déçue mais respectueuse, hocha la tête.
— *Ok, Tonton Modou... Bye-bye.*
Elle s’éloigna, le cœur rempli de curiosité et la tête pleine de questions.
Une fois chez elle, elle fit sa prière du Maghreb, puis mangea de la purée avant d’aller se
coucher.
***
Le lendemain, à 9 h, Maïmouna se rendit à l’école accompagnée de sa mère. Comme
toujours, elle était studieuse et attentive en classe.
À 13 h, à peine la cloche retentit-elle qu’elle se précipita chez Tonton Modou. Elle tenait
dans ses mains deux bonbons *Tempo* et deux jus d’orange.
Essoufflée mais souriante, elle s’assit à côté de lui et lui tendit une part de son goûter.
— *Tonton Modou, tiens, c’est pour toi.*
Il prit les sucreries avec un sourire reconnaissant.
— *Merci, ma fille.*
Maïmouna mordit dans son bonbon et s’exclama, impatiente :
— *Bon, maintenant, raconte-moi la suite de ton histoire !*
Tonton Modou acquiesça, avala une gorgée de jus et réfléchit un instant.
— *Hmmm… Où en étais-je déjà ?*
Puis, avec un air faussement dramatique, il s’écria :
— *Faaté na lepp !* (*J’ai tout oublié !*)
Maïmouna ouvrit grand les yeux, choquée.
— *Non, non, non ! Je n’accepte pas !* dit-elle en secouant la tête, les bras croisés sur sa
poitrine. *Mon cœur est fermé jusqu’à ce que tu continues !*
Tonton Modou éclata de rire.
— *Ohh, “damalay togn”( je rigole !)
Maïmouna sourit en croquant son biscuit, des miettes collées sur ses joues.
Tonton Modou la regarda avec tendresse avant de reprendre son récit :
— *Après mon retour en ville, j’étais encore plus motivé. Je voulais être la fierté de mon
père. Je travaillais dur, très dur. Je me privais de tout plaisir pour économiser plus d’argent
et acheter des ravitaillements pour mes parents. C’était mon objectif, ma seule raison de
vivre à ce moment-là.*
Il marqua une pause, puis soupira.
— *Six mois plus tard, j’ai suivi la même routine. J’ai acheté des provisions et je suis
retourné au village. Mais cette fois, en arrivant, j’ai ressenti un vide étrange. Quelque chose
n’allait pas. Mon cœur battait vite, sans que je sache pourquoi.*
Il baissa les yeux, comme s’il revivait ce moment douloureux.
— *Avant d’entrer dans la maison, j’ai aperçu ma mère. Elle était vêtue de blanc et faisait
son Wird. Quand elle a terminé, elle a levé les yeux vers moi et m’a dit d’une voix douce :
“Oh, mon fils, tu es rentré.”*
Tonton Modou prit une profonde inspiration.
— *J’ai répondu oui, mais d’une voix légère… comme si quelque chose m’étouffait. Je
sentais que quelque chose clochait, mais je ne m’attendais pas au pire.*
Il marqua un silence, puis reprit :
— *Finalement, j’ai demandé où était mon père…*
Ses yeux se perdirent dans le vide.
— *Ma mère a baissé la tête et a commencé à pleurer… C’est là que j’ai compris.*
Maïmouna, le souffle coupé, s’exclama d’une voix tremblante :
— *Il s’est passé quoi, Tonton ?*
Tonton Modou déglutit difficilement avant de lâcher, d’une voix brisée :
— *Mon père est mort… d’un cancer du poumon. Il souffrait en silence. Il avait un chagrin
qu’il ne montrait pas. Et moi, je n’ai rien vu venir…*
Maïmouna resta figée. Aucun mot ne lui vint.
Tonton Modou leva les yeux vers le ciel, les larmes au bord des paupières.
— *Tu sais, Maïna, mon père était mon meilleur ami. Je l’aimais plus que tout. Ce jour-là, je
suis allé dans la forêt… et j’ai pleuré.*
Il marqua une pause, puis ajouta d’une voix tremblante :
— *Moi, dont la devise était “Peu importe la situation, un homme ne doit pas pleurer”, j’ai
pleuré ce jour-là…*
Il posa une main sur sa poitrine.
— *J’avais mal, mal au cœur comme jamais.*
Les yeux embués, Maïmouna ne put retenir ses larmes.
Tonton Modou posa doucement sa main sur son épaule et murmura avec tendresse :
— *Ne pleure pas, Maïna…*
Tonton Modou se leva en tapotant doucement la tête de Maïmouna.
— *Bon, rentre et fais tes devoirs. Je dois aller quelque part. Et merci pour le goûter, ma
fille.*
Maïmouna essuya ses larmes du revers de la main et hocha la tête.
— *D’accord… bye, à demain, in sha’Allah.*
Elle tourna les talons et rentra chez elle, le cœur encore serré par l’histoire de Tonton
Modou.
### **Cinq ans plus tard**
Maïmouna rejoignit le collège Amadou Fara Mbodj de Saint-Louis. Elle était nouvelle dans
l’établissement et ne connaissait personne. Ce matin-là, elle se sentait seule.
Le premier cours de mathématiques, de 8 h à 10 h, lui parut interminable. Elle avait du mal à
se concentrer et jetait parfois des regards autour d’elle, espérant trouver un visage familier.
Lors de la récréation, alors qu’elle était assise seule sur un banc, une fille s’approcha d’elle
avec un sourire chaleureux.
— *Salut, tu vas bien ?*
Maïmouna leva les yeux, surprise, avant de répondre timidement :
— *Oui, ça va… et toi ?*
— *Oh, ça va aussi. Je suis nouvelle ici,* répondit la fille avec enthousiasme.
Maïmouna esquissa un léger sourire.
— *Oh, moi aussi ! C’est quoi ton nom ?*
— *Je m’appelle Ouleymatou Seye Diop.*
— *Oh, enchantée ! Moi, c’est Maïmouna Ndiaye.*
Ouleymatou lui tendit la main avec un sourire complice.
— *Enchantée, Maïmouna ! Comme on est toutes les deux nouvelles ici, on pourrait être
amies ?*
Maïmouna toute contente
— *Oh oui, pourquoi pas !*
C’est ainsi que naquit une nouvelle amitié, une amitié qui, sans qu’elles ne le sachent
encore, allait marquer leur parcours.
Les deux amies traînaient ensemble chaque jour à l’école, travaillaient côte à côte,
mangeaient ensemble et avaient toutes les deux d’excellentes notes.
Un jour, alors qu’elles étaient assises sous un arbre après les cours, Ouleymatou fixa
Maïmouna avec un sourire malicieux.
— *Hmm, domou ndeye, je te vois regarder Sylla en cours... Ishhh, ne me dis pas que tu
l’aimes ?*
Maïmouna laissa échapper un petit rire avant de soupirer.
— *Il est beau ahh, je fonds… En plus, il est intelligent, et tu me connais bien, j’aime les
garçons futés.*
Ouleymatou leva les yeux au ciel.
— *Ohh bakhna rek, ioe mi ! Mais attends… tu n’aimais pas Lamine Ndiaye de base ?*
Maïmouna haussa les épaules.
— *Oui, mais je ne sais pas qui choisir. Ils sont tous les deux beaux et intelligents. Juste que
Sylla est d’une noirceur d’ébène, alors que Lamine est clair de peau. Et puis, Lamine est
très gentil, il m’accompagne chez moi chaque jour.*
Tout à coup, une voix les interrompit.
— *Ohh, vous parlez de quoi les filles ? Des garçons ?*
C’était Jeyna, une camarade de classe qui venait de les rejoindre.
— *Oui,* répondit Ouleymatou sans hésitation.
Jeyna sourit timidement.
— *Hmm… Moi, j’aime beaucoup Sylla, vous savez. Je veux lui déclarer mes sentiments,
mais j’ai peur…*
Maïmouna resta figée, surprise par cette révélation.
— *Ohh… ahh… bon…*
Ouleymatou ouvrit grand la bouche, choquée.
— *Quoi ?? Sylla ? Mais Maïmouna…*
Avant qu’elle ne puisse finir sa phrase, Maïmouna lui plaqua la main sur la bouche.
— *Ohh, domou ndeye, t’es trop bavarde ! Allez, on part acheter à manger.*
Sur le chemin, Ouleymatou croisa les bras et lança d’un ton faussement vexé :
— *Mais t’aurais pu me laisser lui dire de ne pas s’approcher de notre gendre !*
Maïmouna rit et secoua la tête.
— *Oh, t’inquiète, ce n’est rien. Elle a le droit de l’aimer. Et puis, je ne déclarerai jamais ma
flamme à Sylla de toute façon… J’aime pas trop m’approcher des garçons.*
Ouleymatou la fixa un instant avant d’éclater de rire.
— *Ahh Maïna, toi aussi ! T’es indécise .
Mais bref, allons acheter du pain thon chez Mame Daba.
Les filles achetèrent deux pains thon.
Sur le chemin du retour, elles croisèrent Sylla. Celui-ci s’approcha de Maïna avec un sourire
en coin :
— *Ohh, t’as quoi là ? Du pain thon ? Je peux croquer ?*
Maïna, le sourire aux lèvres, hocha la tête et tendit son sandwich. Sylla croqua un gros
morceau sans hésiter.
Ouleymatou s'exclama en riant :
— Toi mom, "danga titt" ! Lek rek gay deff !! (Toi, tu es trop gourmand ! Tu fais que manger
!!)
Maïna lança un regard froid à Ouleymatou pour qu’elle se taise.
Sylla, amusé, haussa les épaules :
— Toi, tu ne partages pas, c’est pour ça que je ne t’ai pas demandé de me donner du pain.
Heureusement que Maïna est là !
Puis, avec un petit signe de la main, il ajouta :
— Allez, bye !
Il s’éloigna tranquillement, laissant Maïna complètement figée. Son cœur battait à toute
vitesse, ses joues étaient brûlantes. Elle était tellement heureuse qu’elle ne pouvait plus
parler ni bouger.
Ouleymatou la regarda, perplexe, avant d’éclater de rire et de lui donner une tape sur
l’épaule :
— *Eh Maïna ! Ne me dis pas que tu es en train de fondre juste parce qu’il a croqué dans
ton pain thon ?*
Maïna secoua la tête, tentant de cacher son trouble, mais Ouleymatou continua :
— *Ahhh, je vais raconter ça à tout le monde !*
Maïna, paniquée, lui lança un regard noir et lui serra le bras :
— *Si tu oses dire ça à quelqu’un, je te jure que…*
Ouleymatou leva les mains en signe de reddition, riant toujours :
— D'accord, d'accord, je ne dirai rien… mais avoue que tu es contente !
Maïna détourna le regard et accéléra le pas.
Sur le chemin du retour, une seule pensée tournait en boucle dans sa tête : *Il a croqué
dans mon pain…
Le lendemain, Maïna ne cessait de penser à la veille. Elle était heureuse, un sourire discret
aux lèvres toute la matinée.
Lors de la récréation, Sylla s’approcha d’elle et lui demanda :
— *Pourquoi tu ne sors pas ?*
Maïna, concentrée sur son cahier, répondit sans lever la tête :
— *Je fais mes exercices de mathématiques. Les fractions sont difficiles.*
Sylla éclata de rire :
— *Haha, j’hallucine ! Arrête de faire genre, tu fais partie des premiers de la classe ?*
Maïna leva un sourcil, mi-amusée, mi-offensée :
— *Miroir ! Mort de rire, tu t’oublies ou quoi ?*
Sylla haussa les épaules et sourit :
— *Ok, ok, viens, je t’explique.*
Il s’assit à côté d’elle et pointa son cahier :
— *Alors, si c’est une addition, tu dois additionner les fractions qui ont le même
dénominateur. Si ce n’est pas le cas, tu les mets au même dénominateur avant de…*
Avant qu’il ne termine sa phrase, des rires éclatèrent derrière eux.
Maïna et Sylla levèrent la tête. C’était Jeyna et son groupe d’amies qui s’approchaient en
criant et en riant bruyamment.
— *Allez, dis-le !* s’exclamèrent-elles en chœur.
Jeyna, visiblement gênée mais excitée, prit une grande inspiration :
— *Ohh oui, les filles, attendez…*
Puis, se tournant vers Sylla, elle déclara d’une voix forte :
— *Ok, Sylla… je… je t’aime ! Je t’apprécie beaucoup !*
Après ces mots, elle s’enfuit en courant, sous les éclats de rire de ses amies.
Sylla, surpris, se frotta la nuque, un peu gêné. Mais à la grande surprise de Maïna, il
répondit calmement :
— *C’est vrai que je l’aime aussi. Je suis ravi qu’elle m’aime aussi.*
Puis, il tourna la tête vers Maïna et lui demanda :
— *T’en penses quoi ?*
Le cœur de Maïna se serra brusquement. Elle sentit une boule se former dans sa gorge,
mais elle força un sourire.
— *Oh… oui. C’est bien…*
Elle se leva précipitamment et ajouta :
— Bye, je dois voir Ouleymatou.
Puis, sans attendre sa réponse, elle tourna les talons et s’éloigna, sentant son cœur se
serrer un peu plus à chaque pas.
— *Ouleymatou ! Ouleymatou !*
Maïna arriva en courant, les yeux remplis de larmes. Elle se jeta dans les bras de son amie,
en sanglots.
Ouleymatou, paniquée, la regarda avec inquiétude :
— *T’as quoi, Maïna ?*
Maïna essuya ses joues d’un revers de main et lâcha d’une voix tremblante :
— *C’est fini… Je n’aimerai plus jamais un garçon. Sylla et Jeyna sont amoureux…*
Ouleymatou ouvrit grand les yeux, choquée :
— *Seigneur !! Je vais le tuer !*
Maïna, malgré sa tristesse, esquissa un sourire amusé et renifla :
— Oh, ça va, ça va, tu abuses là…
Elle prit une grande inspiration, puis déclara, tentant de se convaincre elle-même :
— Bon, je tourne la page.
Mais au fond d’elle, elle savait que ce ne serait pas si facile.
Les compositions arrivèrent, et à la grande surprise de tous, Maïna était première de sa
classe. Ouleymatou fut émerveillée par la détermination de son amie et s’exclama, les yeux
brillants d’admiration :
— *Oh ma chère ! Je croyais que cette période allait t’affaiblir, mais à ce que je vois, tu en
es sortie avec la tête haute. Je suis fière de toi !*
Maïna baissa un instant les yeux, puis, après un soupir, annonça d’une voix triste :
— *Oui… mais j’ai une mauvaise nouvelle. On déménage à Dakar…*
Ouleymatou écarquilla les yeux, sous le choc :
— *Quoi ? T’es sérieuse ?*
Un silence s’installa, puis elle reprit, la voix tremblante :
— *J’ai que toi, Maïna… Si tu veux, je vais parler à tes parents, mais reste avec moi…*