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Convergence Faible

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Convergence faible et faible*

Jean-François Babadjian
Université Paris-Saclay, Laboratoire de mathématiques d’Orsay
[Link]@[Link]

Nous introduisons ici un autre mode de convergence, appelée convergence faible* dans le dual E 0
d’un espace de Banach (E, k · kE ). Ce mode de convergence s’appliquera notamment aux espaces
de Lebesgue Lp (Ω) pour 1 < p ≤ ∞ qui sont le dual de Lq (Ω) (avec q = p/(p − 1) si p < ∞ et
q = 1 si p = ∞) ou encore de l’espace des mesures de Radon bornées M(Ω) qui est le dual de
C0 (Ω).

1 Convergence faible*
1.1 Définitions et premières propriétés
Définition 1.1. Une suite (fn )n∈N d’éléments de E 0 converge faible* vers f dans E 0 , et on note

fn −
* f , si
hfn , xi → hf, xi pour tout x ∈ E.
La limite faible* est toujours unique car si f et g sont deux limites faible* de (fn )n∈N , alors
hf − g, xi = 0 pour tout x ∈ E, puis par passage au sup en x, il vient d’après la définition de la
norme dans E 0 que kf − gkE 0 = 0, soit f = g.

Exemple 1.2. 1. Si (H, h·, ·i), d’après le Théorème de Riesz, la convergence faible* xn −
*x
dans H signifie que
hxn , yi → hx, yi pour tout y ∈ H.

2. Si (X, A, µ) est un espace mesuré σ-fini et 1 < p ≤ ∞, la convergence faible* fn −
* f dans
Lp (X) s’écrit Z Z
fn g dµ → f g dµ, pour tout g ∈ Lq (X)
X X

où q = p/(p − 1) si p < ∞ et q = 1 si p = ∞.



3. Si Ω est un ouvert de RN , la converge faible* vers λn −
* λ dans M(Ω) signifie que
Z Z
f dλn → f dλ pour tout f ∈ C0 (Ω).
Ω Ω

Le résultat suivant montre que la convergence faible* fournit effectivement une notion plus faible
de convergence que celle pour la topologie de la norme.
Proposition 1.3. Si (fn )n∈N est une suite de E 0 qui converge (fortement) vers f , i.e., kfn −

* f faible* dans E 0 .
f kE 0 → 0, alors fn −

1
Démonstration. Si x ∈ E, par définition de la norme dans E 0 ,

|hfn , xi − hf, xi| = |hfn − f, xi| ≤ kfn − f kE 0 kxkE → 0,

ce qui établit le résultat.


Comme le montre le résultat suivant, la réciproque est en général fausse.
Définition 1.4. Soit H un espace de Hilbert. On dit que la famille {en }n∈N est une base Hilber-
tienne de H si elle est
i) orthornormée : pour tout i 6= j, hei , ej i = δij ;
ii) totale : Vect({en }n∈N ) est dense dans H, i.e., tout élément de H est la limite d’une suite de
combinaisons linéaires d’éléments de Vect({en }n∈N ).
Notons que le principe d’orthogonalisation de Gram-Schmidt montre que tout espace de Hilbert
séparable admet une base Hilbertienne.
Proposition 1.5. Soit (H, h·, ·i) un espace de Hilbert séparable et (en )n∈N une base Hilbertienne

de H. Alors ken kH = 1 pour tout n ∈ N et xn −* 0 faible* dans H.
Démonstration. Le fait que ken kH = 1 pour tout n ∈ N résulte du fait que la base est orthonormée.
Notons Fn := Vect(e0 , . . . , en ) qui est un sous espace fermé (car de dimension fini) de E. Par
conséquent, la projection orthogonale Pn (x) d’un élément x ∈ H sur Fn est bien définie. Par
ailleurs, on a
n
X
Pn (x) = hx, ei iei .
i=0

En effet, Pn (x) ∈ Fn et pour tout 0 ≤ j ≤ n, on a


n
X
hx − Pn (x), ej i = hx, ej i + hx, ei ihei , ej i = 0
i=0
Pn
car hei , ej i = δij . Ceci montre que hx−Pn (x), yi = 0 pour tout y ∈ Fn et que Pn (x) = i=0 hx, ei iei .
Par ailleurs, le fait que la base {e0 , . . . , en } est orthonormée montre que
n
X
2
kPn (x)k = |hx, ei i|2 .
i=0

Comme x = Pn (x) + x − Pn (x) avec Pn (x) ∈ Fn et x − Pn (x) ∈ Fn⊥ et, d’après Pythagore, on a
que
Xn
kxk2 = kPn (x)k2 + kx − Pn (x)k2 ≥ |hx, ei i|2 .
i=0

Par passage à la limite quand n → ∞, on obtient l’inégalité de Bessel



X
kxk2 ≥ |hx, en i|2 .
n=0

La série précédente étant convergente, son terme général tend vers zéro, soit hx, en i → 0, ce qui

montre bien que en − * 0 faible* dans H.
Le résultat précédent nous fournit un cas de suite faiblement convergente qui ne converge pas
fortement. Toutefois, en dimension finie, les deux notions de convergence coı̈ncident.

2

Proposition 1.6. Soient E un espace de dimension finie et (fn )n∈N une suite de E 0 . Si fn −
*f
faible* dans E 0 , alors fn → f fortement dans E 0 .
Démonstration. Soit d = dim(E) = dim(E 0 ), B = (e1 , . . . , ed ) une base de E et (e∗1 , . . . , e∗d ) la base
de E 0 duale de B (i.e. he∗i , ej i = δij pour tout 1 ≤ i, j ≤ d). Toutes les normes étant équivalentes
en dimension finie, on considère la norme suivante sur E 0 :
d
X d
X
kf k2 := fi2 , où f = fi e∗i .
i=1 i=1


Comme fn − * f faible* dans E 0 , on a en particulier que (fn )i = hfn , ei i → hf, ei i = fi pour tout
i = 1, . . . , d, et donc
Xd
kfn − f k2 = |(fn )i − fi |2 → 0
i=1

car la somme est finie.

1.2 Propriétés de compacité


Nous nous intéressons à présent aux propriétés de bornitude et compacité. Rappelons un résultat
classique des espaces métriques complets.
Théorème 1.7 (Baire). Soit (X, d) un espace métrique complet.
T
(i) Pour toute suite d’ouverts (Un )n∈N denses dans X, n∈N Un est S dense dans X ;
(ii) Pour toute suite de fermés (Fn )n∈N d’intérieurs vide dans X, n∈N Fn est d’intérieur vide
dans X.
Démonstration.
T L’énoncé (ii) suit de (i) par passage au complémentaire. On montre donc (i).
Notons G := n∈N Un , il s’agit de montrer que G = X, i.e., pour tout x0 ∈ X et tout r0 > 0,

B(x0 , r0 ) ∩ G 6= ∅. (1.1)

Puisque U0 est un ouvert dense, il existe un x1 ∈ B(x0 , r0 ) ∩ U0 et, ce dernier ensemble étant
ouvert, il existe un 0 < r1 < r0 /2 tel que B(x1 , r1 ) ⊂ B(x0 , r0 ) ∩ U0 . Par récurrence, on construit
deux suites (xn )n∈N dans X et (rn )n∈N dans ]0, +∞[ ayant les propriétés
rn
B(xn+1 , rn+1 ) ⊂ B(xn , rn ) ∩ Un , 0 < rn+1 < , pour tout n ∈ N.
2
En particulier, si n ≥ m, alors xn ∈ B(xm , rm ) et donc d(xn , xm ) < rm < r0 /2m . Par conséquent
(xn )n∈N est une suite de Cauchy dans (X, d) complet, et donc il existe un x ∈ X tel que xn → x.
Or xn ∈ B(xm , rm )Tpour tout n ≥ m et donc x ∈ B(xm , rm ) ⊂ Um par construction. Finalement,
on obtient que x ∈ n∈N Un = G et donc (1.1) est vérifié.
Les résultat suivant permet de passer d’une majoration ponctuelle à une majoration uniforme.
Théorème 1.8 (Banach-Steinhaus). Soit E un espace de Banach et F un espace vectoriel
normé. Si (Ti )i∈I est une famille dans L(E, F ) telle que

sup kTi (x)kF < ∞ pour tout x ∈ E,


i∈I

alors
sup kTi kL(E,F ) < ∞.
i∈I

3
Démonstration. Pour tout n ∈ N, on pose Xn := {x ∈ E : supi∈I kTi (x)kF ≤ n}. Comme Ti est
continue, x 7→ kTi (x)kFT l’est également et donc {x ∈ E : kTi (x)kF ≤ n} est fermé pour tout i ∈ I.
En écrivant que Xn = i∈I {x ∈ E : kTi (x)kF ≤ n}, on obtient ainsi que Xn est fermé. Par ailleurs,
par hypothèse, on a [
E= Xn .
n∈N

L’ensemble E étant complet, le théorème de Baire assure l’existence d’un indice n0 ∈ N tel que
Xn0 n’est pas d’intérieur vide. Il existe donc un x0 ∈ E et r0 > 0 tels que B(x0 , r0 ) ⊂ Xn0 , soit
kTi (x)kF ≤ n0 pour tout x ∈ B(x0 , r0 ) et tout i ∈ I. Si x ∈ B(0, 1), alors x0 + r0 x ∈ B(x0 , r0 ) et
donc  
1 1
kTi (x)kF ≤ (n0 + kTi (x0 )kF ) ≤ n0 + sup kTi (x0 )kF .
r0 r0 i∈I

Par passage au sup en x dans le membre de gauche, il vient


 
1
kTi kL(E,F ) ≤ n0 + sup kTi (x0 )kF ,
r0 i∈I

d’où le résultat.

Proposition 1.9. Si (fn )n∈N est une suite de E 0 telle que fn −
* f faible* dans E 0 , alors
0
i) la suite (fn )n∈N est bornée dans E ;
ii) kf kE 0 ≤ lim inf n kfn kE 0 ;
iii) si xn → x fortement dans E, alors hfn , xn i → hf, xi.

Démonstration. Si fn −* f faible* dans E 0 , alors pour tout x ∈ E, hfn , xi → hf, xi et donc la suite
numérique (hfn , xi)n∈N est bornée dans R :

sup |hfn , xi| < ∞ pour tout x ∈ E.


n∈N

Le Théorème de Banach-Steinhaus montre alors que

sup kfn kE 0 < +∞,


n∈N

ce qui établit i). En ce qui concerne ii), on écrit que pour tout x ∈ E,

hf, xi = lim hfn , xi ≤ lim inf kfn kE 0 kxkE .


n→+∞ n→+∞

On divise ensuite par kxkE puis on passe au sup en x ∈ E,


hf, xi
kf kE 0 = sup ≤ lim inf kfn kE 0 .
x∈E,x6=0 kxkE n→+∞

Enfin, si xn → x fortement dans E, alors

|hfn , xn i − hf, xi| ≤ |hfn , xn − xi| + |hfn − f, xi


≤ kfn kE 0 kxn − xkE + |hfn − f, xi|.

D’après i), la suite (fn )n∈N est bornée dans E 0 par une constante M > 0 (indépendante de n),
donc
|hfn , xn i − hf, xi| ≤ M kxn − xkE + |hfn − f, xi| → 0,
ce qui montre iii) et conclut la preuve de la Proposition.

4
Le résultat suivant est l’un des résultats fondamentaux sur la convergence faible*. Il assure,
dans le dual d’un espace séparable, que toute suite bornée est faible* séquentiellement relativement
compacte.
Théorème 1.10. Soit (E, k · kE ) un espace de Banach séparable. Si (fn )n∈N est une suite bornée
de E 0 , i.e.,
sup kfn kE 0 < ∞,
n∈N

alors on peut en extraire une sous-suite (fσ(n) )n∈N qui converge faible* vers un élément f ∈ E 0 .
Démonstration. Soit D = {xk }k∈N un sous-ensemble dénombrable dense dans E. Nous allons
appliquer un principe d’extraction diagonale. Comme la suite numérique (hfn , x0 i)n∈N est bornée,
le Théorème de Bolzano-Weierstrass assure l’existence d’une extraction σ0 : N → N strictement
croissante et d’un réel L(x0 ) ∈ R, tels que
hfσ0 (n) , x0 i → L(x0 ).
Par récurrence, on suppose avoir à notre disposition des extractions σ0 , . . . , σk : N → N strictement
croissantes et des réels L(x0 ), . . . , L(xk ) ∈ R, tels que pour tout 0 ≤ j ≤ k,
hfσ0 ◦···◦σj (n) , xj i → L(xj ).
Comme la suite (hfσ0 ◦···◦σk (n) , xk+1 i)n∈N est bornée, une nouvelle application du Théorème de
Bolzano-Weierstrass assure l’existence d’une extraction σk+1 : N → N strictement croissante et
d’un réel L(xk+1 ) ∈ R, tels que
hfσ0 ◦···◦σk ◦σk+1 (n) , xk+1 i → L(xk+1 ).
On définit σ : N → N par σ(n) := σ0 ◦ · · · ◦ σn (n) de sorte que la sous-suite diagonale (xσ(n) )n≥k
est une sous-suite de (xσ0 ◦···◦σk (n) )n≥k . Par conséquent, pour tout k ∈ N, on a
hfσ(n) , xk i → L(xk ).
Montrons que, pour tout x ∈ E et pour la sous-suite sélectionnée précedemment, il existe un
n(x) ∈ N tel que la suite (hfσ(n) , xi)n≥n(x) converge. Soit donc x ∈ E, pour tout ε > 0, il existe un
xk tel que kx − xk kE ≤ ε. Par conséquent, pour tout m, n ≥ k,

|hfσ(n) , xi − hfσ(m) , xi| ≤ |hfσ(n) , x − xk i| + |hfσ(n) , xk i − hfσ(m) , xk i| + |hfσ(m) , x − xk i|


≤ (kfσ(m) kE 0 + kfσ(n) kE 0 )kx − xk kE + |hfσ(n) , xk i − hfσ(m) , xk i|.
Comme la suite (fn )n∈N est uniformément bornée par une constante M > 0,
|hfσ(n) , xi − hfσ(m) , xi| ≤ 2M ε + |hfσ(n) , xk i − hfσ(m) , xk i|.
Comme la suite (hfσ(n) , xk i)n∈N étant convergente, elle est de Cauchy et donc il existe un Nk ∈ N
tel que pour tout m, n ≥ Nk , |hfσ(n) , xk i − hfσ(m) , xk i| ≤ ε. On en déduit donc que pour tout m,
n ≥ n(x) := max(Nk , k),
|hfσ(n) , xi − hfσ(m) , xi| ≤ (2M + 1)ε,
ce qui prouve que la suite (hfσ(n) , xi)n≥n(x) est de Cauchy dans R et donc qu’elle converge vers un
réel noté L(x).
On montre enfin que l’application x 7→ L(x) est linéaire et comme
|L(x)| = lim |hfσ(n) , xi| ≤ M kxkE ,
n→∞

elle est continue et donc L ∈ E 0 , ce qui montre que fσ(n) −
* L faible* dans E 0 .

5
Si Ω est un ouvert de RN , le résultat précédent s’applique en particulier aux espaces de Lebesgue
L (Ω) pour tout 1 < p ≤ ∞ car il s’agit de l’espace dual de Lq (Ω) pour un certain 1 ≤ q < ∞ qui
p

est séparable. Il en est de même de l’espace des mesures de Radon bornées M(Ω) qui est le dual
de l’espace séparable C0 (Ω).

2 Le théorème de Hahn-Banach
2.1 Forme analytique
Le théorème de Hahn-Banach, sous sa forme analytique, concerne le prolongement d’une forme
linéaire.
Théorème 2.1 (Hahn-Banach, forme analytique). Soient E un espace vectoriel et p : E → R
une application
i) positivement homogène de degré 1 : p(λx) = λp(x) pour tout λ ≥ 0 et tout x ∈ E ;
ii) sous-additive : p(x + y) ≤ p(x) + p(y) pour tout x, y ∈ E.
Soient, d’autre part, G un sous-espace vectoriel de E et g : G → R une application linéaire majorée
par p :
g(x) ≤ p(x), pour tout x ∈ G.
Alors, il existe une forme linéaire f : E → R qui prolonge g :

f (x) = g(x) pour tout x ∈ G

et majorée par p
f (x) ≤ p(x), pour tout x ∈ E.
Démonstration. Nous présentons pour simplifier une démonstration dans le cas où E est un espace
vectoriel topologique séparable et p est continue. Dans sa version générale la démonstration de ce
résulltat repose sur des arguments subtils de théorie des ensembles (en particulier l’axiome du
choix et le Lemme de Zorn).
Etape 1. Soient W un sous-espace vectoriel de E tel que W 6= E et h : W → R une forme
linéaire telle que h(x) ≤ p(x) pour tout x ∈ W . Montrons que pour tout x0 6∈ W , il existe une
forme linéaire h̃ sur W̃ := W + Rx0 telle que

h̃(x) = h(x) pour tout x ∈ W

et
f˜(x) ≤ p(x), pour tout x ∈ W̃ .
On définit h̃(x + tx0 ) = h(x) + αt pour tout x ∈ W et t ∈ R, où α ∈ R est une constante qui
sera fixée ultérieurement. Par définition, h̃ est une forme linéaire sur W̃ et h̃(x) = h(x) si x ∈ W .
Montrons maintenant que, pour un choix opportun de α, on a h̃(x + tx0 ) ≤ p(x + tx0 ) pour tout
x ∈ W et t ∈ R. D’après l’hypothèse d’homogénéité de p et la linéarité de h̃, il suffit de vérifier
que cette inégalité est satisfaite pour t = ±1. Or d’aprè’s la linéarité de h et la sous-additivité de
p, on a pour tout x, y ∈ W ,

h(x) + h(y) = h(x + y) ≤ p(x + y) ≤ p(x + x0 ) + p(y − x0 ),

ce qui montre que

p(x + x0 ) − h(x) ≥ h(y) − p(y − x0 ), pour tout x, y ∈ W.

6
Soit donc α ∈ R tel que
inf {p(x + x0 ) − h(x)} ≥ α ≥ sup {h(y) − p(y − x0 )},
x∈W y∈W

il vient alors que pour tout x ∈ W ,


h̃(x + x0 ) = h(x) + α ≤ p(x + x0 ) et h̃(x − x0 ) = h(x) − α ≤ p(x − x0 ),
ce qui montre bien l’inégalité annoncée.
Etape 2. Soit {an }n≥1 une suite dénombrable dense dans E. On pose G0 = G et, pour tout
n ≥ 1, Gn := Gn−1 + Ran . Grâce à l’étape 1 et une récurrence, on montre que, pour tout n ≥ 1, il
existe une application linéaire gn : Gn → R telle que
gn (x) = gn−1 (x) pour tout x ∈ Gn−1
et
gn (x) ≤ p(x),
pour tout x ∈ Gn .
En particulier, gn = g sur G pour tout n ∈ N. Pour tout x ∈ Y := n≥1 Gn , il existe un n(x) ∈ N∗
S
tel que x ∈ Gn pour tout n ≥ n(x). On pose alors pour tout x ∈ Y ,,
g̃(x) := gn (x), n ≥ n(x)
et on vérifie que g̃ est linéaire, g̃ = g sur G et g̃ ≤ p sur Y .
Etape 3. Par densité de {an }n≥1 dans E, on a que Y = E. Soit x ∈ E, alors il existe une suite
(xn )n∈N d’éléments de Y telle que xn → x. Par conséquent, pour tout n, m ∈ N, on a que
g̃(xn ) − g̃(xm ) = g̃(xn − xm ) ≤ p(xn − xm )
et
g̃(xm ) − g̃(xn ) = −g̃(xn − xm ) ≥ −p(xm − xn ),
ce qui montre que la suite numérique (g̃(xn ))n∈N est de Cauchy dans R et donc qu’elle converge
vers un élément f (x) ∈ R. Notons que la limite ne dépend pas de la suite (xn )n∈N car si (yn )n∈N
est une autre suite d’éléments de Y qui converge vers x, alors pour tout n ∈ N,
−p(yn − xn ) ≤ g̃(xn ) − g̃(yn )| ≤ p(xn − yn ).
On définit ainsi une application f : E → R qui est linéaire. Comme f = g̃ sur Y et g̃ = g sur G,
on obtient que f = g sur G et si (xn )n∈N est une suite d’éléments de Y telle que xn → x, alors
comme g̃ ≤ p sur Y , on a
f (x) = lim g̃(xn ) ≤ lim p(xn ) = p(x),
n→+∞ n→+∞

ce qui conclut la preuve du théorème.


Le théorème de Hahn-Banach permet de montrer que toute forme linéaire continue sur un sous-
espace vectoriel normé peut se prolonger à tout l’espace sans augmenter la norme.
Corollaire 2.2. Soit (E, k · k) un espace vectoriel normé et G un sous-espace vectoriel de E. Soit
g ∈ G0 de norme
kgkG0 := sup hg, xi.
x∈G,kxk≤1
0
Alors, il existe f ∈ E tel que f (x) = g(x) pour tout x ∈ G et
kf kE 0 := sup hf, xi = kgkG0 .
x∈E,kxk≤1

7
Démonstration. Il suffit d’appliquer le théorème de Hahn-Banach avec p(x) := kgkG0 kxk pour tout
x ∈ E. On obtient alors une application linéaire f : E → R qui prolonge g et telle que

hf, xi ≤ kgkG0 kxk, pour tout x ∈ E.

Par conséquent, f ∈ E 0 et kf kE 0 ≤ kgkG0 . L’autre inégalité est évidente puisque

kf kE 0 = sup hf, xi ≥ sup hf, xi = sup hg, xi = kgkG0 ,


x∈E,kxk≤1 x∈G,kxk≤1 x∈G,kxk≤1

ce qui conclut la preuve du corollaire.


Le corollaire suivant permet de calculer la norme d’un élément d’un espace vectoriel normé par
dualité.
Corollaire 2.3. Soit (E, k · k) un espace vectoriel normé. Pour tout x ∈ E,

kxk = max hf, xi. (2.1)


f ∈E 0 ,kf kE 0 ≤1

Démonstration. Par définition de la norme dans E 0 , on a que pour tout f ∈ E 0 et tout x ∈ E,


hf, xi ≤ kf kE 0 kxk et donc par passage au sup

kxk ≥ sup hf, xi.


f ∈E 0 ,kf kE 0 ≤1

Pour montrer l’inégalité, on applique le corollaire 2.2 avec G = Rx et g(tx) = tkxk2 , en observant
que kgkG0 = kxk. On trouve alors un f ∈ E 0 tel que kf kE 0 = kgkG0 = kxk et f (x) = g(x) = kxk2 =
kf kE 0 kxk.
Remarque 2.4. Notons que si E = F 0 est le dual d’un espace vectoriel normé (F, k · kF ), on a
par définition de la norme d’une application linéaire

kf kF 0 = sup hf, xi pour tout f ∈ F 0 .


x∈F,kxkF ≤1

En parculier, le sup n’est en général pas atteint. La formule 2.1 nous fournit une formule similaire
dans le cas où E n’est pas forcément un espace dual. Il convient toutefois de noter qu’elle est loin
d’être triviale puisqu’elle résulte du théorème de Hahn-Banach, alors que dans le cas où F 0 , il s’agit
d’une définition.

2.2 Formes géométriques


On se donne à présent un espace vectoriel normé E. Si f : E → R est une forme linéaire non
nulle et α ∈ R, l’ensemble H := {x ∈ E : hf, xi = α} est un hyperplan.

Proposition 2.5. L’hyperplan H est fermé si et seulement si f est continue.


Démonstration. Si f ∈ E 0 , alors clairement H est fermé. Réciproquement, supposons que H est
fermé et considérons un élément x0 ∈ E \ H. Le complémentaire de H étant ouvert, il existe un
r > 0 tel que B(x0 , r) ⊂ E \ H. Supposons que hf, x0 i < α (le cas hf, x0 i > α pouvant être traité
de façon similaire) et montrons que hf, xi < α pour tout x ∈ B(x0 , r). Supposons par l’absurde
l’existence d’un x1 ∈ B(x0 , r) tel que hf, x1 i > α. Comme le segment

[x0 , x1 ] = {(1 − t)x0 + tx1 : t ∈ [0, 1]} ⊂ B(x0 , r),

8
α−hf,x0 i
on en déduit que hf, (1 − t)x0 + tx1 i =
6 α pour tout t ∈ [0, 1]. Or le choix t = hf,x1 i−hf,x0 i aboutit à
une contradiction ce qui montre bien que hf, xi < α pour tout x ∈ B(x0 , r). Par conséquent, pour
tout z ∈ B(0, 1), x0 + rz ∈ B(x0 , r) et donc

hf, x0 + rzi < α, pour tout z ∈ B(0, 1),

d’où kf kE 0 ≤ 1r (α − hf, x0 i).


Définition 2.6. Soient A et B deux parties de E.
i) L’hyperplan H sépare A et B si hf, ai ≤ α ≤ hf, bi pour tout a ∈ A et b ∈ B ;
ii) L’hyperplan H sépare strictement A et B s’il existe un ε > 0, hf, ai ≤ α − ε < α + ε ≤ hf, bi
pour tout a ∈ A et b ∈ B.

2.2.1 Ensembles convexes et jauge


Définition 2.7. Soit C une partie d’un espace vectoriel E. On dit que C est convexe si pour tout
x, y ∈ C, le segment [x, y] := {ty + (1 − t)x : t ∈ [0, 1]} est inclus dans C.
En guise d’exemple, tout sous-espace vectoriel de E est convexe. Toute boule d’un espace vec-
toriel normé est convexe.

Lemme 2.8. Soit (E, k · k) un espace vectoriel normé et C un ensemble convexe et ouvert tel que
0 ∈ C ⊂ E. On définit la jauge de C par

j(x) := inf{α > 0 : α−1 x ∈ C}, pour tout x ∈ E.

Alors
i) j est positivement homogène de degré 1 ;
ii) j est sous-additive ;
iii) il existe M > 0 telle que 0 ≤ j(x) ≤ M kxk pour tout x ∈ E ;
iv) C = {x ∈ E : j(x) < 1}.
Démonstration. Si x ∈ E et λ ≥ 0,

j(λx) := inf{α > 0 : α−1 λx ∈ C} = λ inf{α/λ > 0 : (α/λ)−1 x ∈ C} = λj(x),

ce qui montre i).


Pour ii), soient x et y ∈ E et ε > 0, alors x/(j(x) + ε) ∈ C et y/(j(y) + ε) ∈ C. Par convexité
de C,
x y
t + (1 − t) ∈ C, pour tout t ∈ [0, 1].
j(x) + ε j(y) + ε
j(x)+ε x+y
En choisissant t = j(x)+j(y)+2ε , il vient j(x)+j(y)+2ε ∈ C, soit j(x + y) ≤ j(x) + j(y) + 2ε. On
obtient alors ii) par passage à la limite quand ε → 0.
Comme 0 ∈ C et C est ouvert, il existe un r > 0 tel que B(0, r) ⊂ C. Donc pour tout x ∈ E, on
a rx/kxk ∈ B(0, r) et donc j(x) ≤ kxk/r, ce qui montre iii) avec M = 1/r.
Enfin, si x ∈ C, comme C est ouvert, il existe un r0 > 0 tel que B(x, r0 ) ⊂ C. Soit ε < r0 /kxk,
alors k(1 + ε)x − xk = εkxk < r0 ce qui montre que (1 + ε)x ∈ B(x, r0 ) ⊂ C. Par conséquent,
1
j(x) ≤ 1+ε < 1. Réciproquement, si j(x) < 1, alors il existe un j(x) < α < 1 tel que x/α ∈ C.
Comme 0 ∈ C, on en déduit que x = α(x/α) + (1 − α)0 ∈ C, ce qui montre iv).
Proposition 2.9. Soient (E, k · k) un espace vectoriel normé et C un ensemble convexe, ouvert
et non vide. Si x 6∈ C, il existe f ∈ E 0 \ {0} tel que f (y) < f (x) pour tout y ∈ C. En particulier,
l’hyperplan {y ∈ E : f (y) = f (x)} sépare {x} et C.

9
Démonstration. Par translation, on se ramène au cas 0 ∈ C. On considère la forme linéaire g sur
G = Rx définie par g(tx) = t pour tout t ∈ R. Montrons que g(tx) ≤ j(tx) pour tout t ∈ R, où
j est la jauge de C. Si t ≤ 0, l’inégalité est évidente. Si t = 1, alors g(x) = 1 ≤ j(x) car x 6∈ C
d’après le lemme 2.8. Enfin si t > 0 alors, j(tx) = t ≤ tj(x) = j(tx) toujours d’après le lemme
2.8. Le théorème de Hahn-Banach sous forme analytique (théorème 2.1) implique alors l’existence
d’une forme linéaire f : E → R telle que f (tx) = t pour tout t ∈ R et f (y) ≤ j(y) pour tout y ∈ E.
En particulier, f (y) ≤ M kyk pour tout y ∈ E ce qui montre que f ∈ E 0 , et f (y) ≤ j(y) < 1 = f (x)
pour tout y ∈ C d’après le lemme 2.8.

2.2.2 Séparation d’ensembles convexes


On montre à présent une première version géométrique du théorème de Hahn-Banach qui
concerne la séparation large de deux ensembles convexes disjoints.
Théorème 2.10 (Hahn-Banach, première forme géométrique). Soient (E, k · k) un espace
vectoriel normé et A et B deux ensembles convexes non vides disjoints de E. On suppose A ouvert.
Alors, il existe un hyperplan fermé qui sépare A et B.
Démonstration. Soit C = A S − B = {a − b : a ∈ A, b ∈ B}. Alors
— C est ouvert car C = b∈B (A − b) ;
— C est convexe car si x, y ∈ C et t ∈ [0, 1], on peut trouver a1 , a2 ∈ A et b1 , b2 ∈ B tels que
x = a1 − b1 et y = a2 − b2 . Par conséquent, tx + (1 − t)y = ta1 + (1 − t)a2 − tb1 − (1 − t)b2 .
Par convexité de A et B, on a que ta1 + (1 − t)a2 ∈ A et tb1 + (1 − t)b2 ∈ B, ce qui montre
que tx + (1 − t)y ∈ C ;
— 0 6∈ C car sinon, il existerait a ∈ A et b ∈ B tels que 0 = a − b, soit a = b, ce qui est
impossible puisque A et B sont disjoints.
La proposition 2.9 montre alors l’existence d’un f ∈ E 0 \ {0} tel que f (y) < f (0) = 0 pour tout
y ∈ C. Par conséquent, f (a) < f (b) pour tout a ∈ A et tout b ∈ B. Soit donc α ∈ R tel que
supa∈A f (a) ≤ α ≤ inf b∈B f (b), alors l’hyperplan H = {x ∈ E : f (x) = α} sépare effectivement A
et B.
On peut améliorer le résultat précédent et montrant un résultat de séparation stricte quand l’un
des ensembles est fermé et l’autre compact
Théorème 2.11 (Hahn-Banach, seconde forme géométrique). Soient (E, k · k) un espace
vectoriel normé et A et B deux ensembles convexes non vides disjoints de E. On suppose A fermé
et B compact. Alors, il existe un hyperplan fermé qui sépare strictement A et B.
Démonstration. Pour ε > 0, on pose Aε = A + B(0, ε) et Bε = B + B(0, ε). Les ensembles Aε et
Bε sont ouverts, convexes et non vide. De plus, il existe un ε0 > 0 tel que Aε ∩ Bε = ∅ pour tout
ε < ε0 . En effet, dans le cas contraire, il existerait une suite εn → 0 telle que Aεn ∩ Bεn 6= ∅ pour
tout n ∈ N. Autrement dit, on pourrait trouver deux suites (an )n∈N ⊂ A et (bn )n∈N ⊂ B telles
que kan − bn k ≤ 2εn . L’ensemble B étant compact, on peut extraire une sous-suite (bσ(n) )n∈N de
(bn )n∈N qui converge vers un certain b ∈ B. Par conséquent, on a aussi que aσ(n) → b et comme
A est fermé, il vient que b ∈ A ce qui est absurde puisque A et B sont disjoints. Le théorème 2.10
montre alors l’existence d’un fε ∈ E 0 \ {0} et d’un αε ∈ R tels que

fε (a + εx) ≤ αε ≤ fε (b + εx), pour tout a ∈ A, b ∈ B et x ∈ B(0, 1).

D’où
fε (a) + εkfε kE 0 ≤ αε ≤ fε (b) − εkfε kE 0 ,
ce qui termine la preuve du théorème puisque kfε kE 0 > 0.

10
Une application directe du théorème précédent concerne un critère de densité.
Corollaire 2.12. Soient (E, k · k) un espace vectoriel normé et F un sous-espace vectoriel de E.
Alors F = E si et seulement si

f ∈ E 0 et hf, xi = 0 pour tout x ∈ F =⇒ f = 0.

Démonstration. Si F = E et f ∈ E 0 est tel que hf, xi = 0 pour tout x ∈ F , alors hf, xi = 0 pour
tout x ∈ E. Par passage au sup en x, il vient kf kE 0 = 0 ce qui montre que f = 0.
Réciproquement, si F 6= E, alors il existe un x0 ∈ E \ F . D’après le théorème de Hahn-Banach,
seconde forme géométrique (théorème 2.11), on peut séparer le compact convexe {x0 } du fermé
convexe F . Il existe donc un f ∈ E 0 \ {0} et α ∈ R tels que f (x0 ) < α < f (y) pour tout y ∈ F .
En particulier f (y) > α pour tout y ∈ F , ce qui implique que f = 0 sur F car c’est un sous-espace
vectoriel.

2.2.3 Applications
Les différentes versions du théorème de Hahn-Banach s’appliquent typiquement pour montrer
certaines propriétés des ensembles séparables ou des espaces réflexifs.
Proposition 2.13. Soit (E, k · k) un espace Banach. Si E 0 est séparable, alors E l’est aussi.
Démonstration. Soit D := {fn }n∈N une partie dénombrable dense dans E 0 . Par définition de la
norme sur E 0 , pour tout n ∈ N, il existe un xn ∈ E avec kxn k = 1 et hfn , xn i ≥ 12 kfn kE 0 .
Notons F l’ensemble formé de toutes les combinaisons linéaires d’éléments de {xn }n∈N à coefficients
rationnels. Il s’agit d’un ensemble dénombrable. Montrons qu’il est dense dans E. Pour ce faire, on
considère f ∈ E 0 tel que hf, xi = 0 pour tout x ∈ F . Par densité de D dans E 0 , pour tout ε > 0, il
existe un fn ∈ D tel que kf − fn kE 0 ≤ ε. Par conséquent,

kf kE 0 ≤ ε + kfn kE 0 ≤ ε + 2hfn , xn i = ε + 2hfn − f, xn i + 2hf, xn i.

Comme f s’annule sur F et que fn ∈ F , il vient

kf kE 0 ≤ ε + 2kfn − f kE 0 kxn k ≤ 3ε,

ce qui montre que f = 0. Le Corollaire 2.12 permet donc de conclure que F est dense dans E et
donc que E est séprable.
L’espace E s’identifie naturellement à une partie de E 00 via l’application J : E → E 00 définie par

hJ(x), LiE 00 ,E 0 = hL, xiE 0 ,E , pour tout x ∈ E.

Proposition 2.14. Soit (E, k · k) un espace de Banach. Alors J réalise une isométrie de E sur
son image J(E) ⊂ E 00 , i.e. kJ(x)kE 00 = kxk pour tout x ∈ E. En particulier, J est injective et
J(E) est fermé dans E 00 .
Démonstration. Notons tout d’abord que J est un application linéaire. Par définition de la norme
et de J,

kJ(x)kE 00 = sup |hJ(x), LiE 00 ,E 0 | = sup |hL, xiE 0 ,E | = kxk,


L∈E 0 ,kLkE 0 ≤1 L∈E 0 ,kLkE 0 ≤1

où la dernière égalité résulte du corollaire 2.3. Ceci montre que J est une isométrie et donc qu’elle
est injective. Montrons à présent que sont image J(E) est fermée dans E 00 . Pour ce faire, on

11
considère une suite (Tn )n∈N dans J(E) qui converge dans E 00 vers un élément T ∈ E 00 . Pour tout
n ∈ N, il existe un xn ∈ E tel que Tn = J(xn ) et J étant une isométrie, on a que kxn − xm k =
kJ(xn ) − J(xm )kE 00 = kTn − Tm kE 00 pour tout m, n ∈ N. Il en résulte que (xn )n∈N est une suite
de Cauchy dans E qui converge donc vers un élément x ∈ E. Par continuité de J, il vient que
T = J(x), ce qui montre que J(E) est fermé dans E 00 .
Définition 2.15. Un espace de Banach E est réflexif si l’application J est une bijection, i.e.,
J(E) = E 00 .
Lorsque E est réflexif, on identifie implicitement E et E 00 via l’isomorphisme J. Par exemple,
tout espace de Hilbert H est réflexif puisque, par le théorème de Riesz H s’identifie à son dual.
Par ailleurs, les espaces Lp (E) sont réflexfis pour 1 < p < ∞. En revanche ni L1 (E) ni L∞ (E) ne
le sont.

Lemme 2.16. Si E est réflexif, alors E 0 l’est aussi.


Démonstration. Notons d’abord que la proposition 2.14 appliquée à l’espace de Banach réflexif
E 0 montre que J˜ : E 0 → (E 0 )00 , définie par hJ(L),
˜ T i(E 00 )0 ,E 00 = hT, LiE 00 ,E 0 pour tout L ∈ E 0 et
T ∈ E , est injective et isométrique à image fermée dans (E 0 )00 . Montrons maintenant qu’elle est
00

sujective. Soit R ∈ (E 0 )00 = (E 00 )0 une forme linéaire continue sur E 00 , on pose L := R ◦ J ∈ E 0 .


Pour tout T ∈ E 00 , par réflexibilité de E, il existe un x ∈ E tel que T = J(x). Par conséquent,

hR, T i(E 00 )0 ,E 00 = hR, J(x)i(E 00 )0 ,E 00 = hL, xiE 0 ,E = hJ(x), LiE 00 ,E 0 = hT, LiE 00 ,E 0 ,

ce qui montre que l’application J˜ est surjective. Ceci prouve que (E 0 )00 est isométriquement iso-
morphe à E 0 , et donc que E 0 est réflexif.
Proposition 2.17. Soit (E, k·k) un espace de Banach réflexif et F un sous-espace vectoriel fermé.
Alors F est également réflexif.
Démonstration. Montrons tout d’abord que F 00 est isométriquement isomorphe à une partie de E 00
par l’application I : F 00 → E 00 définie par

hI(T ), LiE 00 ,E 0 = hT, L|F iF 00 ,F 0 , pour tout T ∈ F 00 et L ∈ E 0 .

Par définition, I est linéaire et

|hI(T ), LiE 00 ,E | ≤ kT kF 00 kL|F kF 0 ≤ kT kF 00 kLkE 0 ,

ce qui montre que I est continue de norme kIkL(F 00 ,E 00 ) ≤ 1. Pour montrer l’inégalité opposée, pour
tout ε > 0, il existe un L̃ ∈ F 0 tel que

hT, L̃iF 00 ,F 0
+ ε ≥ kT kF 00 .
kL̃kF 0

D’après le corollaire 2.2, il existe une extension L ∈ E 0 telle que L|F = L̃ et kLkE 0 = kL̃kF 0 . Par
conséquent,
hI(T ), LiE 00 ,E 0 hT, L̃iF 00 ,F 0
= ≥ kT kF 00 − ε,
kLkE 0 kL̃kF 0
ce qui montre que kI(T )kE 00 ≥ kT kF 00 et donc kIkL(F 00 ,E 00 ) ≥ 1. Par conséquent, I réalise une
isométrie de F 00 sur sont image I(F 00 ) ⊂ E 00 ce qui prouve que F 00 et I(F 00 ) sont isométriquement
isomorphes.

12
Il s’agit à présent de montrer que pour tout T ∈ F 00 , il existe un v ∈ F tel que

hT, LiF 00 ,F 0 = hL, viF 0 ,F , pour tout L ∈ F 0 . (2.2)

D’après ce qui vient d’être fait, il existe un I(T ) ∈ E 00 tel que hI(T ), LiE 00 ,E 0 = hT, L|F iF 00 ,F 0 pour
tout L ∈ E 0 . Or E étant réflexif, il existe un v ∈ E tel que hL, viE 0 ,E = hI(T ), LiE 00 ,E 0 et par
conséquent
hT, L|F iF 00 ,F 0 = hL, viE 0 ,E . (2.3)
Montrons à présent que v ∈ F . Pour ce faire, supposons par l’absurde que v 6∈ F . Le théorème
de Hahn-Banach, deuxième forme géoémétrique (théorème 2.11) permet de séparer strictement le
compact {v} du fermé convexe F . Il existe donc L0 ∈ E 0 \ {0} et α ∈ R tels que

hL0 , viE 0 ,E < α < hL0 , wiE 0 ,E , pour tout w ∈ F.

Il vient alors que L0 est minorée sur le sous-espace vectoriel F , et donc L0 = 0 sur F , puis
que hL0 , viE 0 ,E < α < 0 ce qui est absurde d’après (2.3). Enfin si L ∈ F 0 , le corollaire 2.2
permet de prolonger L en un élément L ∈ E 0 avec L|F = L de sorte que, v appartenant à F ,
hL, viF 0 ,F = hL, viE 0 ,E , ce qui conclut la preuve de (2.2).

3 Convergence faible
Dans un espace de Banach qui n’est pas un espace dual, comme c’est typiquement le cas de
l’espace de Lebesgue L1 , la notion de convergence faible* ne s’applique pas. On lui préférera la
notion de convergence faible dont voici la définition dans un espace de Banach général E.
Définition 3.1. Une suite (xn )n∈N d’éléments de E converge faiblement vers x ∈ E, et on note
xn * x, si
hf, xn i → hf, xi pour tout f ∈ E 0 .
Une limite faible, quand elle existe, est toujours unique comme conséquence du théorème de
Hahn-Banach sous forme analytique. En effet, si x et y ∈ E satisfont hf, xi == hf, yi, alors

kx − ykE = max hf, x − yi = 0,


f ∈E 0 ,kf kE 0 ≤1

ce qui montre effectivement que x = y. Par ailleurs, nous avons des propriétés similaires à la
convergence faible* résumées dans la proposition suivante dont la démontration est similaire à
celle de la proposition 1.9.
Proposition 3.2. Si (xn )n∈N est une suite de E telle que xn * x faiblement dans E, alors :
i) la suite (xn )n∈N est bornée dans E ;
ii) kxkE ≤ lim inf n kxn kE ;
iii) si fn → f fortement dans E 0 , alors hfn , xn i → hf, xi.
Démonstration. Si xn * x faiblement dans E, alors pour tout f ∈ E 0 , hf, xn iE 0 ,E → hf, xiE 0 ,E et
donc la suite numérique (hf, xn iE 0 ,E )n∈N est bornée dans R :

sup |hf, xn iE 0 ,E | < ∞ pour tout f ∈ E 0 .


n∈N

Le théorème de Banach-Steinhaus montre alors que

sup sup |hf, xn iE 0 ,E | < ∞.


n∈N f ∈E 0 ,kf kE 0 ≤1

13
Or d’après le corollaire 2.3, on a supf ∈E 0 ,kf kE0 ≤1 |hf, xn iE 0 ,E | = kxn k, ce qui montre que

sup kxn k < ∞,


n∈N

ce qui établit i). En ce qui concerne ii), on écrit que pour tout f ∈ E 0 ,

hf, xn iE 0 ,E = lim hf, xiE 0 ,E ≤ lim inf kf kE 0 kxn k.


n→+∞ n→+∞

On divise ensuite par kf kE 0 puis on passe au sup en f ∈ E 0 , le corollaire 2.3 implique alors que

hf, xn iE 0 ,E
kxk = sup ≤ lim inf kxn k.
f ∈E 0 ,f 6=0 kf kE 0 n→+∞

Enfin, si fn → f fortement dans E 0 , alors

|hfn , xn iE 0 ,E − hf, xiE 0 ,E | ≤ |hfn − f, xn iE 0 ,E | + |hf, xn − xiE 0 ,E


≤ kfn − f kE 0 kxn k + |hf, xn − xiE 0 ,E |.

D’après i), la suite (xn )n∈N est bornée dans E par une constante M > 0 (indépendante de n), donc

|hfn , xn iE 0 ,E − hf, xiE 0 ,E | ≤ M kfn − f kE 0 + |hf, xn − xiE 0 ,E | → 0,

ce qui conclut la preuve de la proposition.


Le résultat suivant est l’un des résultats fondamentaux sur la convergence faible. Il assure, dans
les espaces réflexifs, que toute suite bornée est faiblement séquentiellement relativement compacte.
Théorème 3.3. Soit (E, k · k) un espace de Banach réflexif. Si (xn )n∈N est une suite bornée de
E, i.e.,
sup kxn k < ∞,
n∈N

alors on peut en extraire une sous-suite (xσ(n) )n∈N qui converge faiblement vers un élément x ∈ E.

Démonstration. On définit F = Vect{xn }n∈N qui est un sous-espace vectoriel fermé de E. En


vertu de la proposition 2.17, F est réflexif. Il est également séparable puisque l’ensemble D formé
de toutes les combinaisons linéaires d’éléments de {xn }n∈N à coefficients rationnels est dénombrable
et dense dans F . Comme F 00 peut être identifié à F via un isomorphisme isométrique J : F → F 00 ,
on en déduit que l’ensemble J(D) est dénombrable et dense dans F 00 , ce qui assure que F 00 est
séparable. Par suite, F 0 est également séparable d’après la proposition 2.13.
Notons {fk }k∈N un sous-ensemble dénombrable dense dans F . Nous allons appliquer un prin-
cipe d’extraction diagonale de sous-suite. Comme la suite numérique (hf0 , xn iF 0 ,F )n∈N est bornée,
le théorème de Bolzano-Weierstrass assure l’existence d’une extraction σ0 : N → N strictement
croissante et d’un réel L(f0 ) ∈ R, tels que

hf0 , xσ0 (n) iF 0 ,F → L(f0 ).

Par récurrence, on suppose avoir à notre disposition des extractions σ0 , . . . , σk : N → N strictement


croissantes et des réels L(f0 ), . . . , L(fk ) ∈ R, tels que pour tout 0 ≤ j ≤ k,

hfj , xσj ◦···◦σ0 (n) iF 0 ,F → L(fj ).

14
Comme la suite (hfk+1 , xσk ◦···◦σ0 (n) iF 0 ,F )n∈N est bornée, une nouvelle application du théorème de
Bolzano-Weierstrass assure l’existence d’une extraction σk+1 : N → N strictement croissante et
d’un réel L(fk+1 ) ∈ R, tels que

hfk+1 , xσk+1 ◦σk ◦···◦σ0 (n) iF 0 ,F → L(fk+1 ).

On définit σ : N → N par σ(n) := σn ◦ · · · ◦ σ0 (n) de sorte que la sous-suite diagonale (xσ(n) )n≥k
est une sous-suite de (xσk ◦···◦σ0 (n) )n∈N . Par conséquent, pour tout k ∈ N, on a

hfk , xσ(n) iF 0 ,F → L(fk ).

Montrons à présent que, pour tout f ∈ F et pour la sous-suite sélectionnée précedemment, il


existe un n(f ) ∈ N tel que la suite (hf, xσ(n) iF 0 ,F )n≥n(f ) converge. Soit donc f ∈ F , pour tout
ε > 0, il existe un fk tel que kf − fk kF 0 ≤ ε. Par conséquent, pour tout m, n ≥ k,

|hf, xσ(n) iF 0 ,F − hf, xσ(m) iF 0 ,F | ≤ |hf − fk , xσ(n) iF 0 ,F |


+ |hfk , xσ(n) iF 0 ,F − hfk , xσ(m) iF 0 ,F | + |hfk − f, xσ(m) iF 0 ,F |
≤ (kxσ(n) k + kxσ(m) k)kf − fk kF 0 + |hfk , xσ(n) iF 0 ,F − hfk , xσ(m) iF 0 ,F |.

D’après le théorème 3.3, la suite (xn )n∈N est uniformément bornée par une constante M > 0 et
donc
|hf, xσ(n) iF 0 ,F − hf, xσ(m) iF 0 ,F | ≤ 2M ε + |hfk , xσ(n) iF 0 ,F − hfk , xσ(m) iF 0 ,F |.
Comme la suite (hfk , xσ(n) iF 0 ,F )n∈N est convergente, elle est de Cauchy et donc il existe un Nk ∈ N
tel que pour tout m, n ≥ Nk , |hfk , xσ(n) iF 0 ,F − hfk , xσ(m) iF 0 ,F | ≤ ε. On en déduit donc que pour
tout m, n ≥ max(Nk , k),

|hf, xσ(n) iF 0 ,F − hf, xσ(m) iF 0 ,F | ≤ (2M + 1)ε,

ce qui prouve que la suite (hf, xσ(n) iF 0 ,F )n≥k est de Cauchy dans R et donc qu’elle converge vers
un réel noté L(f ).
On montre facilement que l’application f 7→ L(f ) est linéaire et comme

|L(f )| = lim |hf, xσ(n) iF 0 ,F | ≤ M kf kF 0 ,


n→+∞

elle est continue et donc L ∈ F 00 . Par réflexibilité de F 00 , il existe un x ∈ F tel que L(f ) = hf, xiF 0 ,F .
Finalement on a montré l’existence d’une sous-suite (xσ(n) )n∈N et d’un élément x ∈ F tels que
hf, xσ(n) iF 0 ,F → hf, xiF 0 ,F . Ceci implique que xσ(n) * x faiblement dans E. En effet, si f ∈ E,
alors comme x ∈ F et xσ(n) ∈ F ,

hf, xσ(n) iE 0 ,E = hf |F , xσ(n) iF 0 ,F → hf |F , xiF 0 ,F = hf, xiE 0 ,E ,

ce qui conclut la preuve du théorème.


Le cas qui nous intéressera particulièment ici est celui de E = L1 (X) (dont le dual peut être
identifié à L∞ (X)), une suite (fn )n∈N d’éléments de L1 (X) converge faiblement vers f ∈ L1 (X) si
Z Z
fn g dµ → f g dµ pour tout g ∈ L∞ (X).
X X

Il est immédiat de voir ici que la limite faible est unique car si f1 et f2 ∈ L1 (X) sont deux limites
faibles, on a pour tout g ∈ L∞ (X) que
Z
(f1 − f2 )g dµ = 0,
X

15
f1 −f2
puis en prenant g = |f1 −f2 | 1{f1 6=f2 } ∈ L∞ (X) que kf1 − f2 kL1 (X) = 0, soit f1 = f2 .

Dans l’espace L1 , il n’y a pas d’espoir d’avoir un résultat général de compacité faible, similaire
aux théorèmes 1.10 et 3.3, comme cela peut être le cas dans Lp pour p > 1.
Exemple 3.4. Soit (fn )n∈N la suite de L1 ([0, 1]) définie par
(
n si 0 ≤ x ≤ n1 ,
fn (x) =
0 si n1 < x ≤ 1

alors on a kfn k1 = 1. Supposons, par l’absurde, que pour une sous-suite toujours notée (fn )n∈N ,
fn * f faiblement dans L1 ([0, 1]). Comme en particulier, 1 ∈ L∞ ([0, 1]), il vient que
Z 1 Z 1
1= fn dx → f dx,
0 0
R1
ce qui montre que 0 f dx = 1. Par ailleurs, si I est un intervalle fermé contenu dans ]0, 1], alors il
existe un n0 ∈ N tel que fn = 0 p.p. sur I, pour tout n ≥ n0 . En choisissant g = χI ∈ L∞ ([0, 1])
comme fonction test, il vient Z Z
0= fn dx → f dx.
I I
R1
En choisissant I = [1/k, 1], on obtient que f dx = 0 pour tout k ≥ 1, puis par passage à la
1/k
R1
limite quand k → ∞ et par convergence dominée, 0 f dx = 0, ce qui est impossible.
L’obstruction typique à la convergence faible dans L1 est le fait que les suites ont tendance à se
concentrer pour former à la limite une mesure à la place d’une fonction intégrable. Pour éviter de
type de phénomène, on introduit la notion suivante d’équi-intégrabilité qui assure que la suite ne
se concentre pas sur des ensembles de mesure arbitrairement petite.
Définition 3.5. Soit Ω un ouvert de RN de mesure finie et (fn )n∈N une suite d’élements de L1 (Ω).
On dit que (fn )n∈N est équi-intégrable si pour tout ε > 0 il existe un δ > 0 tel que
Z
N
A ∈ A, L (A) ≤ δ =⇒ sup |fn | dx ≤ ε.
n∈N A

Pour simplifier, nous nous plaçons dans le cadre d’un ouvert de mesure finie. Si LN (Ω) = +∞
(ce qui est par exemple le cas si Ω = RN ), il faut de plus s’assurer que la masse de la suite de
fonctions ne s’échappe pas à l’infini, i.e., pour tout ε > 0 il existe un ensemble A ⊂ Ω tel que
LN (A) < ∞ et Z
sup |fn | dx ≤ ε.
n∈N Ω\A

Le résultat suivant caractérise les suites faiblement convergentes dans L1 .


Théorème 3.6 (Dunford-Pettis). Soit Ω un ouvert de RN tel que LN (Ω) < ∞ et (fn )n∈N une
suite bornée d’élements de L1 (Ω).
(i) Si fn * f faiblement dans L1 (Ω) pour une fonction f ∈ L1 (Ω), alors la suite (fn )n∈N est
équi-intégrable.
(ii) Si (fn )n∈N est équi-intégrable, alors il existe une sous-suite (fσ(n) )n∈N et une fonction f ∈
L1 (Ω) telle que fσ(n) * f faiblement dans L1 (Ω).

16
Démonstration. Etape 1. Montrons d’abord la condition suffisante. On remarque tout d’abord que
pour tout A ∈ A, la limite Z
lim fn dx
n→∞ A
existe. On désigne par L la tribu des ensembles Lebesgue mesurable
Soit E := {1A : A ∈ L}. Montrons que E est un sous ensemble fermé de L1 (Ω). Soit (1Aj )j∈N
une suite d’éléments de E telle que 1Aj → f dans L1 (Ω). Pour une sous-suite, on a 1Aj → f p.p.
dans Ω, ce qui implique que f (x) ∈ {0, 1} pour presque tout x ∈ Ω. On en déduit que f ∈ E et
donc que E est fermé de L1 (Ω), ce qui confère à cet espace une structure d’espace métrique.
Pour tout k ∈ N, on pose
( Z )
ε
Ek := 1A ∈ E : sup (fn − fl )1A dx ≤ .
n,l≥k Ω 8
S
Montrons que les Ek sont fermés dans E et que E = k∈N Ek . Pour ce faire, on écrit que Ek =
T
n,l≥k Ek,n,l où  Z 
ε
Ek,n,l := 1A ∈ E : (fn − fl )1A dx ≤ .
Ω 8
Soit (1Aj )j∈N une suite d’éléments de Ek,n,l telle que 1Aj → 1A dans E. Pour une sous-suite on
a 1Aj → 1A p.p. dans Ω et donc (fn − fl )1Aj → (fn − fl )1A p.p. dans Ω. Comme par ailleurs
|(fn − fl )1Aj | ≤ |fn − fl | ∈ L1 (Ω), le Théorème de la convergence dominée montre que
Z Z
ε
(fn − fl )1A dx = lim (fn − fl )1Aj dx ≤ ,
Ω j→+∞ Ω 8

ce qui montre que 1A ∈ Ek,n,l et donc que Ek,n,l est fermé. Par suite, Ek est fermé comme
intersection de fermés. R
Soit A ∈ L (donc 1A ∈R E). Comme par hypothèse la limite limn A fn dx existe, on en déduit
que la suite numérique ( A fn dx)n∈N est de Cauchy. Il existe donc k ∈ N tel que pour tout n,
l ≥ k, Z Z
ε
fn dx − fl dx ≤ ,
A A 8
S
ce qui montre que 1A ∈ Ek et donc que E = k∈N Ek . Si E̊k = ∅ pour tout k ∈ N, le Théorème de
Baire impliquerait que E̊ = ∅ ce qui est absurde. Par conséquent, il existe k0 ∈ N tel que E̊k0 6= ∅.
On peut donc trouver 1A0 ∈ Ek0 (avec A0 ∈ L) et δ 0 > 0 tels que BE (1A0 , δ 0 ) ⊂ Ek0 . Autrement
dit, si A ∈ L, on a Z
|1A − 1A0 | dx < δ 0 =⇒ 1A ∈ Ek0 .

Par absolue continuité de l’intégrale de Lebesgue, pour tout ε > 0 et tout 0 ≤ n ≤ k0 , il existe
δn > 0 tel que si A ∈ L, Z
ε
LN (A) < δn =⇒ |fn | dx ≤ .
A 4
Posons δ := min{δ 0 , δ0 , . . . , δk0 } ≤ δ 0 qui satisfait
Z
ε
LN (A) < δ =⇒ |fn | dx ≤ pour tout 0 ≤ n ≤ k0 .
A 4

17
Soit A ∈ L tel que LN (A) < δ. Comme
Z
|1A∪A0 − χA0 | dx = LN ((A ∪ A0 ) \ A0 ) ≤ LN (A) < δ 0 ≤ δ

et Z
|1A0 \A − 1A0 | dx = LN (A0 \ (A0 \ A)) ≤ LN (A) < δ 0 ≤ δ,

on en déduit que 1A∪A0 ∈ BE (1A0 , δ 0 ) et 1A0 \A ∈ BE (1A0 , δ 0 ), ce qui montre que 1A∪A0 et
1A0 \A ∈ Ek0 . Pour tout n ≥ k0 , on a donc
Z Z
ε ε
(fn − fk0 ) dx ≤ , (fn − fk0 ) dx ≤ .
A∪A0 8 A0 \A 8

Par ailleurs, comme A = (A0 ∪ A) \ (A0 \ A), on en déduit que


Z Z Z
fn dx ≤ fk0 dx + (fn − fk0 ) dx
A A A
Z Z Z
ε ε ε ε
≤ |fk0 | dx + (fn − fk0 ) dx + (fn − fk0 ) dx ≤ + + = .
A A∪A0 A0 \A 4 8 8 2

Enfin en décomposant fn = fn+ − fn− avec fn+ = max{fn , 0} et fn− = − min{fn , 0} et en appliquant
l’inégalité précécente en remplaçant A par A ∩ {fn ≥ 0} et A ∩ {fn < 0}, on obtient que
Z Z Z Z
+ ε − ε
fn dx = fn dx ≤ , fn dx = − fn dx ≤ .
A A∩{fn ≥0} 2 A A∩{fn <0} 2

Par conséquent, Z Z
|fn | dx = (fn+ + fn− ) dx ≤ ε
A A

ce qui établit l’équi-intégrabilité de (fn )n∈N .


Etape 2. On montre à présent la condition suffisante. En décomposant fn = fn+ − fn− avec
fn+ = max{fn , 0} et fn− = − min{fn , 0}, on constate que si (fn )n∈N est équi-intégrable alors
(fn± )n∈N le sont également.
Par conséquent, on ne restreint pas la généralité en supposant que
fn ≥ 0 pour tout n ∈ N. Comme (fn )n∈N est bornée dans L1 (Ω), d’après l’inégalité de Markov, il
existe une constante C > 0 indépendante de n et k telle que
1 C
LN ({fn > k}) ≤ kfn k1 ≤ pour tout n, k ∈ N.
k k
Soient ε et δ donnés par la définition de l’équi-intégrabilité de (fn )n∈N . Il existe k0 qui ne dépend
que de δ (et donc ε) tel que C/k ≤ δ pour tout k ≥ k0 . On a alors LN ({fn > k}) ≤ δ et donc, par
équi-intégrabilité, Z
sup |fn | dx ≤ ε pour tout k ≥ k0 ,
n∈N {fn >k}

ce qui montre que Z


sup |fn | dx → 0
n∈N {fn >k}

18
quand k → +∞. Si gnk = fn 1{fn ≤k} , on a donc
Z Z
sup |fn − gnk | dx = sup |fn | dx → 0
n∈N Ω n∈N {fn >k}

quand k → +∞.
Comme, pour chaque k ∈ N, la suite (gnk )n∈N est bornée dans L∞ (Ω), elle admet une sous-suite
qui converge faible* dans L∞ (Ω). En utilisant un procédé d’extraction diagonale, on peut trouver
une extraction σ : N → N (indépendante de k) et une fonction g k ∈ L∞ (Ω) telles que gσ(n)
k
* gk
∞ 1
faible* dans L (Ω), i.e., pour tout ϕ ∈ L (Ω),
Z Z
k
gσ(n) ϕ dx → g k ϕ dx.
Ω Ω

En particulier, comme Ω est borné, pour tout ψ ∈ L (Ω) ⊂ L1 (Ω), on a
Z Z
k
gσ(n) ψ dx → g k ψ dx,
Ω Ω

ce qui montre que k


gσ(n) * g faiblement dans L (Ω). En prenant ψ = 1 ∈ L∞ (Ω) comme fonction
k 1

test, il vient Z Z Z
k k
g dx = lim gσ(n) dx ≤ lim inf fσ(n) dx ≤ C,
Ω n→+∞ Ω n→+∞ Ω
k k+1
où C > 0 est une constante indépendante de k. Par ailleurs, comme gσ(n) ≤ gσ(n) pour tout k,
n ∈ N, on en déduit que pour tout ψ ∈ L∞ (Ω) avec ψ ≥ 0,
Z Z
k k+1
gσ(n) ψ dx ≤ gσ(n) ψ dx,
Ω Ω

puis par passage à la limite quand n → ∞


Z Z
k
g ψ dx ≤ g k+1 ψ dx,
Ω Ω
k k+1
ce qui montre que g ≤ g p.p. dans Ω. Par convergence monotone, on en déduit que f =
supk g k ∈ L1 (Ω) et g k → f fortement dans L1 (Ω).
Soit ψ ∈ L∞ (Ω),
Z Z Z
k k
(fσ(n) − f )ψ dx ≤ (fσ(n) − gσ(n) )ψ dx + (f − gσ(n) )ψ dx
Ω Ω Ω
Z
≤ kψk∞ sup kfp − gpk k1 + k
(f − gσ(n) )ψ dx
p∈N Ω

d’où
Z Z
lim sup (fσ(n) − f )ψ dx ≤ kψk∞ sup kfp − gpk k1 + (f − g k )ψ dx
n→∞ Ω p∈N Ω
 
≤ kψk∞ sup kfp − gpk k1 + kg k − f k1 ,
p∈N

puis par passage à la limite quand k → ∞,


Z
lim (fσ(n) − f )ψ dx = 0
n→∞ Ω

ce qui montre que fσ(n) * f faiblement dans L1 (Ω).

19
Remarquons toutefois que l’espace L1 (Ω) s’identifie à un sous-espace de M(Ω) en identifiant
f ∈ L1 (Ω) avec la mesure µ = f LN . Par conséquent, si (fn )n∈N est une suite bornée de fonctions
dans L1 (Ω), alors il existe une sous-suite extraite (fσ(n) )n∈N ⊂ (fn )n∈N et une mesure de Radon
bornée µ ∈ M(Ω) telle que pour tout g ∈ C0 (Ω),
Z Z
fσ(n) g dx → g dµ.
Ω Ω

Notons si Ω est borné et la suite (fn )n∈N est équi-intégrable, la mesure µ est absolument continue
par rapport à la mesure de Lebesgue, et le Théorème de Radon-Nikodým assure l’existence et
l’unicité d’une fonction f ∈ L1 (Ω) telle que µ = f LN . Dans ce cas, on en déduit que pour tout
g ∈ C0 (Ω), Z Z
fσ(n) g dx → f g dx.
Ω Ω

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