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Projeter l'avenir de la gouvernance climatique mondiale d'ici 2035 exige de s'impliquer dans
une démarche intellectuelle complexe de prévision stratégique, où l'étude ne se base pas sur la
prédiction linéaire des événements, mais sur l'élaboration de scénarios envisageables, basés sur des
tendances significatives, des incertitudes majeures et des éléments disruptifs. Cette méthode facilite
la détection des scénarios alternatifs viables concernant le climat mondial, dans un cadre de
multipolarité, d'accélération de la transition écologique et d'intensification de la rivalité géopolitique.
Le concept de gouvernance climatique, qui englobe toutes les normes, institutions, coalitions et
dispositifs régissant la gestion commune du dérèglement climatique à l'échelle mondiale, est
actuellement à un point de décision crucial. Alors que les années 2010 ont été caractérisées par une
mise en place graduelle de la gouvernance climatique (COP, Accord de Paris, fonds climatiques), les
années 2020 mettent en évidence les contraintes de ce cadre devant les vérités stratégiques,
économiques et écologiques : stagnation des diminutions d'émissions à l'échelle mondiale,
augmentation des événements climatiques extrêmes, intensification des tensions Nord-Sud, retour
au souverainisme dans certains pays, utilisation politique de la transition énergétique. Il est donc
crucial de déterminer les variables principales qui influencent le développement de la gouvernance
climatique dans ce cadre : Les rapports de force entre les acteurs clés (comme les États-Unis, la Chine,
l'Union Européenne, l'Inde et la Russie) et particulièrement les tensions entre la Chine et les États-
Unis, ont un impact sur la collaboration ou la bipolarisation des institutions. L'importance
grandissante des acteurs non gouvernementaux (tels que les villes, les ONG, les entreprises
multinationales, et les fonds d'investissement écologiques), qui ont la capacité de diriger les
dynamiques de bas en haut. Des technologies écologiques, comme l'hydrogène, la capture du
carbone ou la géo-ingénierie, qui pourraient réorganiser les dynamiques de pouvoir à l'échelle
mondiale. Le développement des mouvements sociaux liés au climat, allant des communautés
autochtones aux jeunes activistes, qui remettent en question les normes actuelles de
développement. Les dispositifs financiers climatiques, qui témoignent de rapports de force
déséquilibrés (par exemple, l'influence grandissante de l'Initiative verte Ceinture et Route chinoise ou
des fonds souverains du Golfe). En réponse à ces variables, il faut prendre en compte deux genres de
dynamiques :
-Les éléments de continuité, comme la persistance des forums multilatéraux (COP), l'approche des
engagements différenciés ou le discours autour du « développement durable », qui confère une
certaine cohérence au système.
-Des éléments de rupture, fréquemment difficilement prévisibles, tels que la formation de nouvelles
alliances régionales (par exemple : l'Afrique unie contre la dette écologique), un événement
climatique d’envergure (déluge glaciaire, incendies massifs à l’échelle mondiale), ou des changements
politiques significatifs (conflit, montée du populisme climatique, effondrement d’un intervenant
majeur).
Sur un plan théorique, cette réflexion prospective fait appel à :
Le réalisme souligne que les États demeurent dirigés par leurs intérêts nationaux, en particulier dans
les domaines de l'énergie, de la technologie et de la géostratégie.
Le constructivisme facilite l'étude de l'évolution des identités normatives, telles que la « civilisation
écologique » encouragée par la Chine ou la « neutralité carbone » occidentale.
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Les théories critiques telles que l'écoféminisme, la décolonisation et la théorie queer, encouragent
une réflexion sur les futurs climatiques à travers une analyse intersectionnelle des inégalités
historiques, des discriminations systémiques ainsi que des relations de domination entre le Nord et le
Sud, entre les hommes et les femmes, entre le centre et la périphérie. En définitive, les perspectives
du Sud global mettent l'accent sur l'importance des parcours postcoloniaux, des connaissances
autochtones et de la souveraineté environnementale en tant que fondements alternatifs de
gouvernance.
Pour appréhender rigoureusement les trajectoires futures de la gouvernance climatique mondiale, il
convient d’en décrypter les dynamiques profondes, au croisement des rapports de force
géopolitiques, des mutations normatives et des enjeux de justice globale. L’analyse s’organisera dès
lors en quatre temps : d’abord par l’examen des variables déterminantes et de leurs interactions, puis
par l’identification des continuités structurelles et ruptures émergentes. Sur cette base, seront
évalués les scénarios prospectifs plausibles à l’horizon 2035, avant d’en dégager les implications pour
la structuration d’un ordre international multipolaire en recomposition.
I-Dynamiques de transformation : variables clés, continuités et ruptures de la gouvernance
climatique mondiale
L’avenir de la gouvernance climatique mondiale semble aujourd’hui incertain, partagé entre des
forces de continuité très puissantes et des dynamiques de rupture qui commencent à se faire
entendre. Pour mieux comprendre ce qui nous attend à l’horizon 2035, il faut d’abord analyser ce qui
se maintient, ce qui évolue lentement, et ce qui pourrait soudainement basculer. Grâce à plusieurs
outils théoriques, comme la théorie des transitions sociotechniques, le changement institutionnel
incrémental ou encore les perspectives critiques, on peut imaginer plusieurs chemins possibles pour
le futur. Ce travail propose donc trois scénarios d’évolution, en s’appuyant sur des exemples simples,
des comparaisons, et quelques calculs utiles.
Ce qui continue... et ce qui pourrait changer
Ce qui reste (continuités) Ce qui pourrait changer (ruptures)
Le rôle dominant des pays du Nord dans les Montée du Sud global et de ses
COP revendications propres
Une gouvernance technocratique centrée sur Arrivée des mouvements sociaux dans les
les experts décisions
Un financement inégal, concentré dans les Création de nouveaux financements Sud-Sud,
pays riches plus équitables
Des institutions internationales lentes à se Appels à des réformes profondes ou à
transformer d’autres modèles
Une solution basée sur la technologie verte Réflexion sur les modes de vie, la
consommation, la justice
Pour mieux analyser les enjeux liés à la gouvernance climatique mondiale, il est essentiel de
s’appuyer sur certains outils théoriques. Voici six grandes théories, expliquées simplement, qui
permettent de mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre :
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La première est la théorie de la transition sociotechnique, développée notamment par Geels. Elle
décrit comment un système entier peut changer lentement, comme lorsqu’on passe progressivement
des voitures à essence aux voitures électriques. Ce changement prend du temps, mais il finit par
transformer profondément nos modes de vie, nos infrastructures et nos habitudes. Ensuite, le
changement institutionnel incrémental renvoie à l’idée que de petites réformes, des ajustements
discrets dans les lois ou les pratiques, peuvent s’additionner et provoquer à terme une
transformation majeure du système. Le changement ne vient pas toujours d’une révolution brutale,
mais souvent d’un empilement de réformes apparemment modestes.
Le path dependency, ou dépendance au sentier, montre que certaines décisions prises dans le passé
peuvent enfermer un système dans une trajectoire difficile à modifier. Par exemple, une société qui a
longtemps investi dans le pétrole aura du mal à s’en détacher, même si des alternatives existent, car
tout le système économique et politique est structuré autour de cette ressource.
Avec Foucault et la théorie de la sécuritisation, on comprend comment un enjeu, comme le
changement climatique, peut être présenté comme une menace urgente. Cela permet de prendre
des décisions rapides, parfois autoritaires, mais cela peut aussi justifier des mesures injustes, au nom
de la sécurité.
L’écoféminisme, quant à lui, établit un lien entre la domination de la nature et celle des femmes. Il
critique un système de pouvoir basé sur la force, le contrôle et l’exploitation, et propose au contraire
une approche plus douce, plus respectueuse, centrée sur le soin, la coopération et l’interconnexion
entre les êtres. Enfin, la lecture décoloniale remet en question le rôle dominant que l’Occident
continue de jouer dans les décisions climatiques mondiales. Elle invite à écouter les peuples du Sud, à
reconnaître la valeur de leurs savoirs, de leurs traditions, et à repenser la gouvernance du climat
d’une manière plus juste, plus inclusive et véritablement mondiale.
Le taux de variation des émissions régionales permet de voir si les émissions de gaz à effet de serre
ont augmenté ou diminué :
Taux = (Valeur finale - Valeur initiale) / Valeur initiale × 100
Exemple : Taux = (12 - 8) / 8 × 100 = 50%
Si les émissions d’un pays passent de 8 à 12 milliards de tonnes, alors :
L’indice d’asymétrie climatique mesure les inégalités entre pays :
IAC = Écart d’émissions × Écart de capacité d’adaptation
Exemple :
Si un pays pollue trois fois plus qu’un autre et qu’il s’adapte deux fois mieux, alors :
IAC = 3 × 2 = 6
Plus l’indice est élevé, plus l’injustice est forte.
Les scénarios pour 2035 :
Pour envisager l’avenir de la gouvernance climatique mondiale, trois scénarios prospectifs permettent
d’imaginer différentes trajectoires possibles d’ici 2035.
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Le premier scénario, celui de la continuité : correspond à un monde où peu de choses changent
réellement. Les grandes puissances économiques et politiques conservent leur position dominante,
les décisions restent largement techniques, pilotées par des experts et des institutions
internationales, et les pays du Sud continuent d’attendre les promesses d’aide qui tardent à se
concrétiser. La gouvernance reste centralisée et peu inclusive.
Dans le deuxième scénario, appelé la transition lente : on commence à entrevoir une évolution. Les
pays du Sud gagnent progressivement en visibilité et en influence dans les négociations climatiques.
Des ONG, des scientifiques, des jeunes issus de ces pays commencent à participer davantage, à faire
entendre leur voix. Toutefois, le système global reste encore marqué par les anciennes hiérarchies, et
même si le changement est amorcé, il ne s’agit pas encore d’une véritable transformation en
profondeur.
Le troisième scénario propose une rupture critique : Ici, le monde opère un changement radical. Le
modèle occidental de développement et de gouvernance est remis en question, et de nouvelles voix
émergent : celles des peuples autochtones, des femmes, des jeunes, longtemps marginalisés dans les
discussions internationales. Ces acteurs participent activement à la construction d’une gouvernance
climatique plus équitable, plus participative et plus respectueuse des diversités culturelles et
écologiques. C’est une transformation profonde, à la fois politique, sociale et épistémologique.
Explication théorique :
Il est essentiel de souligner que ces outils théoriques ne sont pas concurrents, mais bien
complémentaires. Par exemple, la théorie des transitions sociotechniques éclaire les dynamiques
d'innovation et de rupture à travers les technologies et les réseaux d'acteurs, tandis que le
changement institutionnel incrémental décrit comment les normes, les règles et les pratiques
évoluent lentement au sein des institutions. Cette lente évolution n’est pas synonyme d’inaction : elle
témoigne d’un certain équilibre recherché par les acteurs gouvernementaux et non-
gouvernementaux dans un monde en perpétuel changement. Les perspectives critiques, comme
celles de Foucault ou la théorie de la sécuritisation, apportent un éclairage nécessaire sur la manière
dont les discours façonnent les politiques. La sécuritisation du climat, par exemple, permet de faire
passer des mesures d’exception au nom de l’urgence, mais elle risque aussi de renforcer des
inégalités sociales si elle n’est pas accompagnée de réflexions éthiques. L’écoféminisme, lui, insiste
sur la dimension relationnelle entre les humains et la nature. Il dénonce une double domination :
celle exercée sur les femmes et celle exercée sur l’environnement. De même, la lecture décoloniale
remet en question les rapports de pouvoir hérités de l’histoire coloniale. Elle propose une
gouvernance du climat qui ne serait plus centrée sur l’Occident, mais bien plurielle, dialogique,
respectueuse des savoirs autochtones et communautaires. Les enjeux climatiques à l’horizon 2035
iront bien au-delà des simples négociations diplomatiques. Ils toucheront à l’économie, à la culture,
aux rapports Nord-Sud, aux équilibres géopolitiques, et surtout aux modèles de développement. Les
choix que feront les gouvernements, les entreprises et les citoyens détermineront la forme que
prendra la gouvernance climatique. Des efforts accrus d’éducation, de coopération régionale, et de
renforcement des capacités d’adaptation dans les pays du Sud seront nécessaires pour garantir une
transition équitable et durable. La clé résidera dans la capacité des acteurs à dialoguer, à écouter les
voix autrefois marginalisées, et à inventer ensemble une nouvelle manière de vivre sur cette planète.
Contexte géopolitique et ses répercussions sur la gouvernance climatique
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L’analyse prospective de la gouvernance climatique mondiale ne peut ignorer le contexte
géopolitique actuel. En 2025, les tensions entre l’Iran et Israël, exacerbées par des frappes militaires
et des représailles croissantes, ont profondément modifié les priorités internationales. L’implication
des États-Unis dans ce conflit a aussi ravivé les lignes de fracture entre grandes puissances,
détournant l’attention et les ressources d’un engagement climatique international pourtant urgent.
Dans ce climat d’instabilité, la coopération multilatérale est affaiblie. Les négociations climatiques,
comme les COP, pâtissent de cette polarisation, car les pays du Nord privilégient leur sécurité
nationale et énergétique. De leur côté, les pays du Sud dénoncent une fois de plus l’hypocrisie des
pays riches qui promettent d’agir pour le climat tout en finançant indirectement des guerres ou en
renforçant leur dépendance aux énergies fossiles en période de crise.
Ainsi, ces conflits actuels renforcent l’idée d’une rupture potentielle dans la gouvernance climatique :
soit le système international reste bloqué par les intérêts géostratégiques classiques, soit une prise de
conscience globale émerge, imposant une nouvelle logique de coopération basée sur la paix, la
durabilité, et la justice environnementale. Une transition vers un modèle de gouvernance post-
occidental pourrait alors s'accélérer, favorisant des alternatives venues du Sud global.
III – Evaluation de la probabilité de chaque scénario :
Pour le premier scénario, la trajectoire de faible rupture, caractérisée par une stabilité relative des
rapports de force internationaux, constitue un scénario réaliste si l’on considère la résilience des
institutions climatiques existantes et l’inertie des dynamiques géopolitiques dominantes. En
mobilisant la méthode des scénarios contrastés, ce modèle sert de contrepoint aux alternatives plus
transformatrices : il postule que les accords multilatéraux sont préservés, que le leadership reste
concentré au sein des puissances occidentales, et que les voix critiques du Sud global demeurent en
position subalterne.
Les données issues des documents permettent d’alimenter ce raisonnement. L’analyse PESTEL révèle
plusieurs facteurs favorables à cette continuité : sur le plan politique, la préservation du Groupe
Pragmatique (États-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande) et de la Coalition pour l’Ambition Climatique
(doc. 4) indique une centralisation durable des normes. Économiquement, les fonds multilatéraux
occidentaux atteignent 12,3 milliards USD en 2024 (doc. 5), soit plus du double de l’ensemble
combiné des financements Sud-Sud (AIIB, Route de la Soie verte, Golfe). Cette asymétrie financière
reconduit des dynamiques de dépendance Nord-Sud. Socialement, le document 6 révèle le caractère
encore marginal des représentations intersectionnelles (moins de 0,5 % de délégué·e·s LGBTQ+), ce
qui traduit une résistance des structures à l’élargissement des cadres délibératifs. L’arbre décisionnel
probabiliste appliqué à cette trajectoire permet de simuler les bifurcations potentielles : tant que les
grandes puissances restent investies dans l’agenda climatique sans remettre en cause leur position
dominante, les institutions multilatérales sont confortées. En revanche, en l’absence de pression
systémique externe (crises climatiques massives, ruptures économiques, événements géopolitiques),
l’émergence de normes alternatives reste improbable. Cette hypothèse se consolide par la logique
contrefactuelle : si les rapports Nord-Sud étaient véritablement reconfigurés, on en observerait dès
2024 les prémices — or les données indiquent une reproduction, non un renversement.
À partir de ces éléments, la matrice de vraisemblance situe ce scénario dans une zone de forte
cohérence systémique mais de faible innovation normative. En appliquant la formule pondérée :
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Score = Probabilité éstimée x Impact stratégique
…et en considérant une probabilité de 0,75 (inertie diplomatique + continuité des financements) et
un impact stratégique modéré (5) — puisque ce scénario maintient l’ordre plutôt qu’il ne le
transforme — on obtient :
Score pondéré = 0,75×5 = 3,75
Ce score indique un modèle hautement plausible, mais faiblement restructurant. Il renvoie à un
horizon d’ajustement superficiel, où la gouvernance climatique poursuit sa trajectoire actuelle en
excluant toujours les innovations épistémiques et les revendications périphériques. Dans la grille
d’évaluation comparée, ce scénario se distingue par sa faible intensité de rupture, une centralité des
acteurs du Nord (UE, États-Unis, Japon), et un indice de perturbation institutionnelle projetée
inférieur à 0,3. Autrement dit, il ne fragilise pas le système : il en perpétue les déséquilibres
fondateurs.
Pour le deuxième scénario, ce scénario s’ancre dans une logique d’évolution contenue, où les
institutions existantes subsistent mais s’adaptent progressivement à la montée en puissance des
acteurs du Sud. La méthode des scénarios contrastés permet ici de positionner cette trajectoire entre
la stabilité hégémonique d’un côté et la rupture paradigmatique de l’autre. Elle repose sur une
redistribution partielle des capacités d’influence, sans modification radicale du cadre multilatéral.
L’analyse PESTEL de cette configuration révèle une série de déplacements internes : politiquement,
des coalitions comme le Bloc du Sud Global (doc. 4) renforcent leur visibilité dans les négociations.
Économiquement, l’expansion du financement climatique Sud-Sud est manifeste : la Banque
Asiatique d’Investissement dans les Infrastructures passe de 0,5 Mds USD en 2015 à 5,9 Mds en 2024,
tandis que les contributions des pays du Golfe atteignent 6,8 Mds (doc. 5). Socialement, bien que la
représentation intersectionnelle reste marginale (doc. 6), on note une augmentation de la
participation féminine (36,8 % de femmes en 2022) et l’émergence de revendications épistémiques
depuis la périphérie. Ce scénario s’explique par l’arbre décisionnel probabiliste, qui montre que
l’ouverture du système peut survenir sans renversement, dès lors que certains seuils d’influence
financière et de coalition sont atteints. Toutefois, en croisant ces variables avec la logique
contrefactuelle, on voit que cette montée du Sud reste conditionnée par l’absence de blocage
structurel : si les grandes puissances décidaient de verrouiller les mécanismes de financement ou les
indicateurs d’évaluation, cette dynamique serait fragilisée. Le changement reste donc partiel,
réversible. Dans la matrice de vraisemblance, cette trajectoire présente un haut niveau de cohérence
avec les tendances observées, sans franchir les seuils d’innovation critique. Elle combine ainsi deux
tendances : élargissement du cercle d’influence, mais maintien du cœur décisionnel.
Son évaluation quantitative, à travers la même formule pondérée donne :
0,8 x 6 = 4,8
Un score élevé, révélateur d’une trajectoire hautement plausible, même si son impact reste contenu
par les cadres multilatéraux existants. L’indice de perturbation institutionnelle projetée oscille ici
entre 0,4 et 0,5, traduisant un réagencement progressif, sans effondrement du système en place.
Dimensions analysées Indications extraites des documents
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Acteurs émergents Bloc Sud Global, ONG locales, AIIB, fonds souverains du Golfe
Nature du changement Incrémental, par rééquilibrage partiel
Institutions en place Maintenues, mais reformées de l’intérieur
Inclusion épistémique En progression mais encore sélective
Probabilité estimée 0,8
Impact stratégique 6
Score pondéré 4,8
Ce scénario, situé dans l’entre-deux, reflète les tensions propres à un ordre en transition : les
anciennes hiérarchies sont bousculées mais non dissoutes, les revendications critiques sont intégrées
à la marge, et la transformation prend la forme d’un équilibre instable entre réforme et
préservation.
Pour le troisième scénario, cette trajectoire repose sur l’hypothèse d’un basculement systémique de
la gouvernance climatique mondiale, à la fois dans ses structures institutionnelles et dans ses
référentiels cognitifs. Elle mobilise ce que les perspectives post-occidentales et la théorie critique du
système-monde appellent une rupture de “second ordre” : non pas une adaptation superficielle,
mais une reconfiguration des centres de légitimité, des outils d’évaluation, et des sujets politiques
eux-mêmes.
L’élément déclencheur ici ne relève pas tant d’un sommet diplomatique que de l’accumulation
conjointe de crises sociales, climatiques et politiques : dérèglements irréversibles dans plusieurs
régions (doc. 1 & 3), épuisement du cycle COP comme instance effective, montée globale des
mouvements écologistes décoloniaux, comme ceux analysés par la professeure Rodriguez (doc. 6).
Son étude suggère que les approches “masculinistes et anthropocentriques” de la gouvernance ont
atteint leurs limites, et que les subjectivités marginalisées (femmes, LGBTQ+, peuples autochtones)
deviennent des vecteurs de redéfinition normative.
Contrairement aux deux précédents scénarios, celui-ci repose sur une logique de rupture endogène,
éclairée ici par la théorie de la transformation radicale (Escobar, Mignolo), selon laquelle les
systèmes globaux se recomposent lorsque les savoirs alternatifs obtiennent une reconnaissance
institutionnelle. En 2035, ce pourrait être le cas à travers la création d’instances parallèles de
délibération climatique non pilotées par les États mais par des coalitions transnationales,
territorialisées et ancrées dans des visions “pluriverselles” de la soutenabilité. L’analyse PESTEL,
adaptée à ce scénario, montre des ruptures sur plusieurs fronts : écologiquement (inégalités
climatiques devenues politiquement explosives), technologiquement (remise en cause du
solutionnisme numérique), socialement (mobilisations citoyennes massives), et juridiquement
(émergence de chartes climatiques régionales autonomes). Mais dans quelle mesure cette trajectoire
est-elle probable ? La logique contrefactuelle oblige à interroger ce qui aurait dû déjà se produire —
reconnaissance formelle des savoirs autochtones dans les COP, inclusion massive des actrices
minorisées, transformation des outils de mesure. Or, aucun document ne signale une inflexion nette à
court terme : les femmes restent minoritaires, les normes de marché dominent encore, et les États du
Nord gardent la main sur les indicateurs.
On modélise dès lors cette probabilité à 0,35, mais avec un impact stratégique très fort (9), car cette
refondation redéfinirait les acteurs, les rapports de force et les finalités même de la gouvernance :
Score pondéré = 0,35 x 9 = 3,15
10
Cette trajectoire repose sur l’hypothèse d’un basculement systémique de la gouvernance climatique
mondiale, à la fois dans ses structures institutionnelles et dans ses référentiels cognitifs. Elle mobilise
ce que les perspectives post-occidentales et la théorie critique du système-monde appellent une
rupture de “second ordre” : non pas une adaptation superficielle, mais une reconfiguration des
centres de légitimité, des outils d’évaluation, et des sujets politiques eux-mêmes.
L’élément déclencheur ici ne relève pas tant d’un sommet diplomatique que de l’accumulation
conjointe de crises sociales, climatiques et politiques : dérèglements irréversibles dans plusieurs
régions (doc. 1 & 3), épuisement du cycle COP comme instance effective, montée globale des
mouvements écologistes décoloniaux, comme ceux analysés par la professeure Rodriguez (doc. 6).
Son étude suggère que les approches “masculinistes et anthropocentriques” de la gouvernance ont
atteint leurs limites, et que les subjectivités marginalisées (femmes, LGBTQ+, peuples autochtones)
deviennent des vecteurs de redéfinition normative.
Contrairement aux deux précédents scénarios, celui-ci repose sur une logique de rupture endogène,
éclairée ici par la théorie de la transformation radicale (Escobar, Mignolo), selon laquelle les
systèmes globaux se recomposent lorsque les savoirs alternatifs obtiennent une reconnaissance
institutionnelle. En 2035, ce pourrait être le cas à travers la création d’instances parallèles de
délibération climatique non pilotées par les États mais par des coalitions transnationales,
territorialisées et ancrées dans des visions “pluriverselles” de la soutenabilité.
L’analyse PESTEL, adaptée à ce scénario, montre des ruptures sur plusieurs fronts : écologiquement
(inégalités climatiques devenues politiquement explosives), technologiquement (remise en cause du
solutionnisme numérique), socialement (mobilisations citoyennes massives), et juridiquement
(émergence de chartes climatiques régionales autonomes).
Mais dans quelle mesure cette trajectoire est-elle probable ? La logique contrefactuelle oblige à
interroger ce qui aurait dû déjà se produire — reconnaissance formelle des savoirs autochtones dans
les COP, inclusion massive des actrices minorisées, transformation des outils de mesure. Or, aucun
document ne signale une inflexion nette à court terme : les femmes restent minoritaires, les normes
de marché dominent encore, et les États du Nord gardent la main sur les indicateurs.
On modélise dès lors cette probabilité à 0,35, mais avec un impact stratégique très fort (9), car cette
refondation redéfinirait les acteurs, les rapports de force et les finalités même de la gouvernance :
Score pondéré = 0,35 x 9 = 3,15
L’indice de perturbation institutionnelle projetée serait ici le plus élevé des trois scénarios (> 0,75),
puisqu’il implique une décentralisation des instances de légitimation, une dé-hiérarchisation des
savoirs et un dépassement des structures multilatérales traditionnelles.
Paramètres analysés Indications extraites des documents
Type de rupture Normative, institutionnelle, épistémologique
Nouveaux acteurs Mouvements intersectionnels, coalitions décoloniales, ONG autonomes
Institutions Fragilisées ou contournées
dominantes
Forme de gouvernance Pluricentrique, horizontale, démocratisée
Probabilité estimée 0,35
Impact stratégique 9
Score pondéré 3,15
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Ce scénario ne décrit pas une utopie mais un point de bascule situé à la croisée des tensions
actuelles. Il matérialise ce que la pensée de la dissidence climatique conçoit comme une alternative
systémique : un système où la gouvernance n’est plus définie uniquement par les États, mais
coproduite depuis les marges, les luttes et les imaginaires.
IV-Les implications pour l’ordre mondial multipolaire émergent face aux scénarios de
transformation de la gouvernance climatique
L’émergence d’un ordre mondial multipolaire repose sur la redistribution des puissances
géopolitiques et la diversification des acteurs influents sur le plan international. La gouvernance
climatique, en tant qu’enjeu structurante, joue un rôle clé dans cette recomposition. Selon les trois
scénarios proposés – faible rupture, transformation incrémentale et refondation normative – les
implications pour l’ordre mondial seront profondément différentes, notamment en termes de
leadership, de rapports de force, et de régulation normative.
Implications générales pour l’ordre mondial multipolaire
– Le scénario de faible rupture tend à consolider et stabiliser un ordre hiérarchique, où le leadership
normatif et stratégique reste concentré entre quelques grandes puissances, principalement
occidentales et émergentes, avec une fragilité face aux crises climatiques.
– La transformation incrémentale propulse une redistribution progressive des rôles, favorisant une
gouvernance plus pluripolaire, où des acteurs comme la Chine ou le Sud global jouent un rôle
croissant, ce qui pourrait à terme légitimer une gouvernance plus équilibrée mais encore ancrée dans
la cooperation consensuelle.
– La refondation normative pourrait révolutionner le paysage géopolitique, en provoquant une
déstabilisation du statu quo, une redistribution radicale du pouvoir, et une ouverture vers des
normativités alternatives ; néanmoins, cette trajectoire reste hautement hypothétique et
potentiellement conflictuelle.
Tableau synthétique : acteurs gagnants/perdants selon chaque scénario
Transformation
Acteurs Faible rupture Refondation normative
incrémentale
Acteurs Gagnants,maintien du Gagnants mais Risque de perte de
occidentaux pouvoir concurrencés légitimité
Chine Gagnante progressive Gagnante renforcée Gagnante potentielle
Gagnant, influence Potentiellement gagnant
Sud global Perdant, influence marginale
accrue si succès
Acteurs Gagnants, en position de Gagnants, influence
Gagnants, rôle moteur
périphériques négociation croissante
Comparatif des modèles de gouvernance climatique
Transformation
Modèle Faible rupture Refondation normative
incrémentale
Multilatéral Dominant, stabilisé Partagé, inclusif Contesté, décentralisé
Régional Faible influence ou Croissance régionale En mutation, émergence de
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Transformation
Modèle Faible rupture Refondation normative
incrémentale
conservateur nouvelles formes
Prégnant dans ce Moins centralisé, plus
Sécuritaire Espéré, mais peu probable
scénario coopératif
Les implications géopolitiques des scénarios envisagés pour l’ordre mondial multipolaire sont
considérables. Tandis qu’un maintien du statu quo favorise une stabilité fragile, la trajectoire de la
transformation incrémentale cristallise une mutation progressive vers une gouvernance plus
équilibrée et inclusive, apportant une nouvelle repartition du leadership en matière climatique. La
dernière option, la refondation normative, en revanche, pourrait ouvrir une ère de bouleversements,
où la hiérarchie des acteurs et les contenus normatifs seraient profondément redéfinis, mais à un
horizon incertain. La littérature et les approches théoriques telles que le réalisme, le constructivisme,
et les théories critiques illustrent bien ces dynamiques, soulignant la complexité et la multiplicité des
enjeux dans cette recomposition mondiale.
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