MATHÉMATIQUES 2025 – 2026 1
2 Déterminants
« M. Fourier avait l’opinion que le but principal des mathématiques était l’utilité
publique et l’explication des phénomènes naturels ; mais un philosophe comme lui aurait
dû savoir que le but unique de la science, c’est l’honneur de l’esprit humain, et que sous ce
titre, une question de nombres vaut autant qu’une question du système du monde »
Charles Gustave Jacobi (1830)
Plan de cours
I Définition géométrique du déterminant en dimension 2 et 3 . . . . . . . . . . . . . 1
II Généralisation de la notion de déterminant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
Les déterminants ayant été étudiés en première année, nous nous contenterons ici de rappeler les définitions
et propriétés essentielles sans nous étendre sur la démonstration de certains résultats. Ce chapitre a une visée
pratique, un de ses objectifs étant d’apprendre à calculer des déterminants – sans excès de technicité – à l’aide
d’opérations élémentaires ou au moyen de développements par rapport à une ligne ou une colonne.
I | Définition géométrique du déterminant en dimension 2 et 3
A – Déterminant dans le plan
Le plan euclidien est supposé muni d’une base orthonormée directe notée (⃗ı , ȷ⃗).
On rappelle que le déterminant de deux vecteurs u⃗ et v⃗ est défini par :
det(u⃗ , v⃗) = ||u||
⃗ × ||v⃗|| × sin(u⃗ , v⃗) si u⃗ et v⃗ sont non nuls, det(u⃗ , v⃗) = 0 sinon.
⃗ v⃗) n’est rien d’autre que l’aire algébrique du paral-
det(u,
v⃗
lélogramme engendré par u⃗ et v⃗. Ainsi, det(u, ⃗ v⃗) = 0 si et
seulement si u⃗ et v⃗ sont colinéaires. Le parallélogramme
engendré est alors « aplati », son aire est nulle.
u⃗
Parallélogramme engendré par deux vecteurs
Théorème 2.1
Le déterminant vérifie les propriétés suivantes :
(i) Pour tous u⃗ , v⃗, w⃗ ∈ R2 et λ ∈ R,
• det(λu⃗ + v⃗, w⃗ ) = λdet(u⃗ , w⃗ )+det(v⃗, w⃗ ) et det(u⃗ , λv⃗ + w⃗ ) = λdet(u⃗ , v⃗)+det(u⃗ , w⃗ ) (bilinéarité)
• det(u⃗ , v⃗) = −det(v⃗, u)
⃗ (antisymétrie)
(ii) (u⃗ , v⃗) est une base de R2 si, et seulement si, det(u⃗ , v⃗) ̸= 0.
Théorème 2.2 : Expression du déterminant dans une base orthonormale directe
Si on note (x , y ) et (x ′ , y ′ ) les coordonnées des vecteurs u⃗ et v⃗ dans la base orthonormale directe (⃗
ı , ȷ⃗),
x x′
det(u⃗ , v⃗) = = x y ′ − y x′
y y′
2 Chap. 2 Déterminants
Démonstration
Si u⃗ = x ı⃗ + y ȷ⃗ et v⃗ = x ′ ı⃗ + y ′ ȷ⃗, alors :
det(u⃗ , v⃗) = det(x ı⃗ + y ȷ⃗, x ′ ı⃗ + y ′ ȷ⃗) = x det(⃗ ȷ , x ′ ı⃗ + y ′ ȷ⃗)
ı , x ′ ı⃗ + y ′ ȷ⃗) + y det(⃗
= x x ′ det(⃗
ı , ı⃗) + x y ′ det(⃗
ı , ȷ⃗) + y x ′ det(⃗
ȷ , ı⃗) + y y ′ det(⃗
ȷ , ȷ⃗) = (x y ′ − y x ′ )det(⃗
ı , ȷ⃗) = x y ′ − y x ′
■
B – Déterminant dans l’espace
L’espace euclidien est supposé muni d’une base orthonormée directe notée ⃗ı , ⃗ȷ , k⃗ .
On rappelle que le déterminant de trois vecteurs u⃗ , v⃗ et w⃗ , également appelé produit mixte, est défini par :
det(u⃗ , v⃗, w⃗ ) = (u⃗ ∧ v⃗) · w⃗
det(u⃗ , v⃗, w⃗ ) n’est rien d’autre que le volume algébrique
du parallélépipède engendré par u, ⃗ v⃗ et w⃗ . De plus,
w⃗ det(u⃗ , v⃗, w⃗ ) = 0 si et seulement si u⃗ , v⃗ et w⃗ sont copla-
naires. Le parallélépipède engendré est alors « aplati », son
v⃗ volume est nul.
u⃗
Parallélépipède engendré par trois vecteurs
Théorème 2.3
Le déterminant vérifie les propriétés suivantes :
(i) det est trilinéaire : l’application est linéaire par rapport à chacune de ses variables ;
(ii) det est antisymétrique : permuter deux vecteurs revient à multiplier le déterminant par −1.
(iii) (u⃗ , v⃗, w⃗ ) est une base de R3 si, et seulement si, det(u⃗ , v⃗, w⃗ ) ̸= 0.
Théorème 2.4 : Expression du déterminant dans une base orthonormale directe
⃗ v⃗ et w⃗ dans la base orthonor-
Si on note (x , y , z ), (x ′ , y ′ , z ′ ) et (x ′′ , y ′′ , z ′′ ) les coordonnées des vecteurs u,
male directe ⃗ı , ⃗ȷ , k⃗ ,
x x′ x ′′
⃗ v⃗, w⃗ ) = y
det(u, y′ y ′′ = x y ′ z ′′ + x ′ y ′′ z + x ′′ y z ′ − x ′′ y ′ z − y ′′ z ′ x − z ′′ x ′ y
z z′ z ′′
II | Généralisation de la notion de déterminant
A – Déterminant d’une famille de vecteurs dans une base
E désignera dorénavant un K-espace vectoriel de dimension finie n , avec n ∈ N∗ .
On rappelle que toute permutation σ de ⟦1, n⟧ peut s’écrire comme composée de transpositions. Cette décom-
position n’est pas unique, mais la parité du nombre de transpositions est, quant à elle, invariante.
Exemple
1 2 3 4 5
= 1 2 1 4 4 3 3 5 = 1 2 1 2 4 3 3 1 2 5 3 2
4 1 5 3 2
On appelle signature l’application ϵ : Sn → {−1, 1} définie par ϵ(σ) = 1 si le nombre de transpositions dans une
décomposition de σ est paire, ϵ(σ) = −1 sinon. La signature est un morphisme de groupes.
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Partie II – Généralisation de la notion de déterminant 3
Définition 2.5
Pour toute famille F de n vecteurs de E de matrice A dans une base B de E , on appelle déterminant
de F dans la base B le scalaire :
X n
Y
detB (F ) = ϵ(σ) a σ(i ),i
σ∈Sn i =1
Théorème 2.6
Pour une base B de E , detB est l’unique forme n -linéaire alternée sur E vérifiant de plus detB (B) = 1.
On montre en fait que les formes n-linéaires alternées sont toutes proportionnelles et qu’une seule d’entre
elles prend la valeur 1 en B : c’est l’application « déterminant dans la base B ».
Théorème 2.7 : Bases et déterminant
Soient F = (u 1 , . . . , u n ) une famille de n vecteurs de E et B, B ′ deux bases de E .
• Formule de changement de base : detB (•) = detB (B ′ ) × detB ′ (•)
• Caractérisation d’une base :
(u 1 , . . . , u n ) libre ⇐⇒ (u 1 , . . . , u n ) base de E ⇐⇒ detB (u 1 , . . . , u n ) ̸= 0
1
Dans ce cas, detF (B) = .
detB (F )
On notera la proportionnalité des deux applications detB et detB ′ : elles sont identiques, à une constante
multiplicative près.
On dit que les bases B et B ′ définissent la même orientation si, et seulement si, detB (B ′ ) > 0. On définit de la
sorte une relation d’équivalence (elle est en particulier bien symétrique).
B – Déterminant d’une matrice carrée
1 – Définition et premières propriétés
Définition 2.8
Soit A ∈ Mn (K). On appelle déterminant de A le scalaire :
X n
Y
det(A) = ϵ(σ) a σ(i ),i
σ∈Sn i =1
Le déterminant de A est le déterminant dans la base canonique de Kn de la famille de ses vecteurs colonnes.
On remarquera que det(A) est un « polynôme en les coefficients de la matrice », cette observation sera par la
suite riche de conséquences.
Théorème 2.9
Soient A, B ∈ Mn (K) et λ ∈ K.
(i) le déterminant est n-linéaire par rapport aux colonnes. En particulier, det(λA) = λn det(A).
(ii) det(AB ) = det(A) × det(B ).
1
(iii) A ∈ GLn (K) si, et seulement si, det(A) ̸= 0. Dans ce cas, det(A −1 ) = .
det(A)
(iv) det(A ⊤ ) = det(A).
(v) deux matrices semblables ont même déterminant.
La propriété (iv) indique que les propriétés du déterminant relatives aux colonnes sont valables pour les lignes.
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4 Chap. 2 Déterminants
2 – Calcul pratique d’un déterminant
Commençons par le plus simple, le cas des matrices triangulaires (et donc, parmi elles, les matrices diagonales).
Proposition 2.10 : Déterminant triangulaire
Si A ∈ Mn (K) est triangulaire alors det(A) = a 1,1 × a 2,2 × · · · × a n,n .
Démonstration
X n
Y
Supposons A triangulaire, mettons triangulaire supérieure. Par définition, det(A) = ϵ(σ) a σ(i ),i .
σ∈Sn i =1
Le produit est nul dès lors qu’il existe i 0 tel que σ(i 0 ) > i 0 . On montre par récurrence que :
∀i ∈ ⟦1, n ⟧, σ(i ) ⩽ i =⇒ ∀i ∈ ⟦1, n⟧, σ(i ) = i c’est-à-dire σ = id
n
Y
Ainsi, det(A) = ϵ(id) a id(i ),i = a 1,1 × a 2,2 × · · · × a n,n . ■
i =1
On généralise ce résultat aux déterminants triangulaires par blocs. Ce résultat est utilisé à tour de bras dès lors
qu’il est question de sous-espaces stables.
Théorème 2.11 : Déterminant triangulaire par blocs
Soit A une matrice triangulaire par blocs, c’est-à-dire de la forme :
A1 ⋆ ⋆
A= .. avec A 1 ∈ Mp1 (K), . . . , A r ∈ Mpr (K)
. ⋆
Ar
Alors, det(A) = det(A 1 ) × · · · × det(A r ).
A B
Attention, en général, det ̸ det(A)det(D ) − det(B )det(C ) (même pour des blocs carrés).
=
C D
Démonstration
On se contente de montrer le résultat pour deux blocs, la propriété se généralise par récurrence. On pose :
A B
M= ∈ Mp +q (K) avec A ∈ Mp (K), B ∈ Mp ,q (K), C ∈ Mq (K)
0 C
A B I 0p q A B
On exploite l’égalité M = = p et la multiplicativité du déterminant. ■
0q p C 0q p C 0q p Iq
Exemple
1 2 5 6 9
3 4 7 8 10
1 2 2 6
D’après le théorème précédent, 0 0 2 6 5 = × × 8.
0 0 3 −1 7
3 4 3 −1
0 0 0 0 8
Pour calculer certains déterminants, on pourra opérer sur les lignes et les colonnes pour faire apparaître des
déterminants de matrices diagonales ou triangulaires (éventuellement par blocs).
Attention, les opérations du pivot de Gauss modifient le déterminant ! (valable pour les lignes et les colonnes)
• Ci ↔ C j : on multiplie le déterminant par −1.
• Ci ← λCi : on multiplie le déterminant par λ.
X
• Ci ← Ci + λ j C j : le déterminant reste identique.
j ̸=i
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Partie II – Généralisation de la notion de déterminant 5
Exercice 1
2 −8 6 8
3 −9 5 10
Calculer le déterminant de .
−3 0 1 −2
1 −4 0 6
Par opérations successives, on trouve −36. La famille des vecteurs colonnes de cette matrice est une base de R4 .
Une autre possibilité pour calculer un déterminant consiste à le développer par rapport à une de ses lignes ou
une de ses colonnes.
Définition 2.12 : Mineurs et cofacteurs
Soit A = (a i , j ) ∈ Mn (K). On note A i , j la matrice obtenue en ôtant la i ème ligne et la j ème colonne de A.
On appelle alors :
• mineur relatif à a i , j le scalaire det(A i , j ).
• cofacteur de a i , j le scalaire (−1)i + j det(A i , j ).
• comatrice de A la matrice des cofacteurs de A.
La comatrice est, en général, notée Com(A) ou A.
e
Exemple
1 2 3
On considère la matrice A = 4 5 6.
7 8 9
1 2 1 2 1 2
• A 2,3 = , le mineur relatif à a 2,3 vaut = −6 et le cofacteur associé (−1)2+3 = 6.
7 8 7 8 7 8
1 −2 1
• La comatrice 1 de A est Com(A) = −3−2 4 −2.
1 −2 1
Théorème 2.13 : Développement par rapport à une ligne / à une colonne
En conservant les mêmes notations,
n
X
• ∀i ∈ ⟦1, n ⟧, det(A) = (−1)i + j det(A i , j )a i , j (développement / ligne i )
j =1
n
X
• ∀ j ∈ ⟦1, n ⟧, det(A) = (−1)i + j det(A i , j ) a i , j (développement / colonne j )
i =1
| {z }
cofacteur
On retrouve immédiatement le déterminant d’une matrice triangulaire :
a 1,1 a 1,2 . . . a 1,n
.. .. a 2,2 . . . a 2,n
0 a 2,2 . . .. ..
.. = a 1,1 × 0 . . = · · · = a 1,1 × a 2,2 × · · · × a n,n
.. ..
. . . a n−1,n 0 0 a n,n
0 ... 0 a n,n
Exemples
1 2 5 −3
x 4 2x + 1
0 8 0 0
On pose A = et B = 2 x 3 .
5 1 3 4
−3x 0 5
0 0 −2 2
• En développant par rapport à L 2 , on trouve det(A) = −48.
• Sans calcul, det(B ) est un polynôme en x de degré au plus 3.
1. essayez de la calculer de tête.
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6 Chap. 2 Déterminants
Exercice 2 – Polynôme caractéristique de la matrice compagnon (♥)
Calculer det(x Ip − M ) où p ⩾ 2, (a 0 , . . . , a p −1 ) ∈ Kp , et :
0 0 ··· 0 −a 0
.. .. ..
1
. . . −a 1
.. .. ..
M = 0
. . 0 .
.. .. .. ..
. . . 0 .
0 ··· 0 1 −a p −1
La formule de développement par les lignes/colonnes nous permet de démontrer le résultat suivant.
Théorème 2.14 : Formule d’inversion
Soit A ∈ Mn (K). Alors, A × Com(A)⊤ = Com(A)⊤ × A = det(A)In .
1
En particulier, si A est inversible, A −1 = Com(A)⊤ .
det(A)
Ce résultat joue davantage un rôle théorique que pratique dans le calcul de l’inverse d’une matrice.
−1
a b a b 1 d −b
Mais, très utile : si a d − b c ̸= 0, alors est inversible et = .
c d c d a d − b c −c a
C – Déterminant d’un endomorphisme
Théorème / Définition 2.15 : Déterminant d’un endomorphisme
Soit f ∈ L (E ) avec E un K-e.v. de dimension n ∈ N∗ . det(MatB (f )) ne dépend pas de la base B choisie.
On l’appelle déterminant de l’endomorphisme f et on le note det(f ).
Théorème 2.16
Soient f , g ∈ L (E ) et λ ∈ K.
(i) det(idE ) = 1 et det(λf ) = λn det(f ).
(ii) det(f ◦ g ) = det(f ) × det(g ).
1
(iii) f ∈ GL(E ) si, et seulement si, det(f ) ̸= 0. Dans ce cas, det(f −1 ) = .
det(f )
Pour calculer le déterminant d’un endomorphisme, on se ramènera de façon quasi-systématique à un calcul
de déterminant matriciel.
D – Synthèse
Théorème 2.17
Soient B(e1 , . . . , en ), une base de E , f ∈ L (E ) et A sa matrice représentative dans la base B.
f bijective ⇐⇒ A inversible ⇐⇒ rg(A) = n
⇐⇒ det(A) = det(f ) ̸= 0
⇐⇒ (f (e1 ), . . . , f (en )) est une base de E
⇐⇒ detB (f (e1 ), . . . , f (en )) ̸= 0
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