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L'Exportation de Mangues D'afrique de L' Ouest

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L'exportation de mangues d'Afrique de l'Ouest

un enjeu pour la recherche

JY REY L'exportation de Export o f West African La exportaci6n de


Cirad- Flhor mang ues d ' Afrique mangas : a research mangas de Africa del
BP 856 de l ' Ouest : u n enjeu challenge. Oeste : u n envite para
Korhogo pour la recherche. la i nvestigaci6n.
Côte-d' Ivoire
RÉSUMÉ ABSTRACT RESUMEN
T GoGUEY
Le Mali, premier pays à Mali was the first country to begin El Mali, primer pais por
Cirad- Flhor
BP 5035 s'intéresser à l'exportation de exporting mangos (around 1 970), interesarse a la exportaciôn de
34032 Montpellier cedex 0 1 mangues vers 1970, fut suivi de followecl by Côte d'Ivoire (early mangas en los ai\os 1970, fue
France la Côte-d'Ivoire à partir des 1 980s). Manga production struc­ seguiclo por la Côte d'Ivoire a
années 1980. Les structures tures have developed to address partir de los ai\os 1980. Las
de production ont évolué en European market expectations estructuras de producciôn
fonction des exigences du marché and price fluctuations. The quality evoluaron con arreglo a las
européen et des variations de concept was gradually developed exigencias del mercado europeo
prix ; la notion de qualité s'est on the basis of criteria such as y a las variaciones de los precios ;
peu à peu précisée autour de manga shape, color and size. This la nociôn de calidacl se precis6
critères tels que la forme des led to the creation of new poco a poco alrededor de
mangues, leur couleur et leur varieties, with cv Kent at the criterios tales como la forma de
calibre. Cela a conduit à forefront, and the set-up of large los mangas, su color y su calibre.
développer de nouvelles variétés, monoclonal manga orchards. Esto concluci6 a clesarrollar
parmi lesquelles la mangue Kent However, increased manga nuevas varieclades, entre las
a la meilleure place, et à mettre production caused a drop in cuales el manga Kent ocupa el
en place de grands vergers selling prices, while raising fruit mejor puesto, y a montar grandes
monoclonaux. Cependant, quality requirements based on huertas monoclonales. Sin
la croissance de la production a ever more stricter standards. embargo, el crecimiento de la
entraîné une baisse des cours et Moreover, it is now essential to producciôn caus6 una baja de las
une augmentation des exigences spread out the production period cotaziones y un aumento de las
qualitatives qui s'appuient sur des in order to provide a regular exigencias cualitativas que se
normes de plus en plus strictes. supply. Research scientists are apoyan sobre normas cacla dia
De plus, l'étalement de dealing with these problems by mas estrictas. Ademas, el
la production apparaît de plus en developing better adaptecl escalonamiento de la producciôn
plus nécessaire pour réguler agricultural practices, assessing aparece cada dia mas necesario
l'offre. Face à ces problèmes, les new varieties and improving crop para regular la oferta. Frente a
recherches se cristallisent autour protection, harvesting and storage estas problemas, las
de la mise au point de pratiques techniques. investigaciones se cristalizan
agronomiques mieux adaptées, alredeclor de la elaboraciôn de
Reçu le 2 octobre 1996
Accepté le 18 décembre 1996 de la recherche de nouvelles practicas agronômicas mejor
variétés et de l'amélioration des aclaptaclas, de la investigaciôn de
étapes de protection des cultures, nuevas varieclades y ciel
récolte et conservation. mejoramiento de las etapas de
protecciôn de los cultivas,
cosecha y conservaciôn.
Fruits, 1 996, vol 5 1 , p 333-339
© Elsevier, Paris MOTS CLÉS KEYWORDS PALABRAS CLAVES
Afrique occidentale, West Africa, mangoes, Africa occidental , mango,
mangue, qualité, variété , quality, varieties, calidad, variedades,
caractère agronomique, agronomie characters, caracteristicas agronômicas,
marché . markets. marcados.

Fruits, vol 51 (5) 333


REY, GOGUEY

le manguier en Afrique représente actuellement plus de 80 % des


exportations de l'Afrique de l'Ouest vers
de l'Ouest : une l'Europe, la majorité des arbres donnant des
mangues rouges ont moins de 20 ans et
introduction récente même, pour la plupart d'entre eux, moins de
15 ans.
En 1828, Richard indiquait que le manguier
était déjà cultivé au jardin Richarcl-Toll en
1824 (DE CANDOLLE, 1883) De là, il se serait
répandu au Sénégal en 1825 , d'où l'Algérie l'exportation de
aurait importé des noyaux de mangots en
1833. En 1873, Berenger-Feraucl mentionnait
mangues d'Afrique
la présence de manguiers en Gambie (DE
CANDOLLE, 1883). L'introduction de cet arbre
de l'Ouest :
sur le continent africain daterait clone du une activité récente
début du xixe siècle et sa diffusion, faite à la
faveur de la pénétration européenne en Les exportations de mangues débutèrent
Afrique, du milieu de ce siècle. vraiment au Mali vers 1970, sous l'égide
d'une société d'État, l'Opam (Office de pro­
Le manguier se serait répandu en Afrique de motion de l'agriculture malienne), qui en
l'Ouest au cours de la deuxième moitié du avait le monopole. La production commer­
x1x e siècle. Tout d'abord, ce furent les man­ cialisée était alors exclusivement constituée
gots à fibres qui se répandirent largement, et de la variété Amélie transportée par avion.
plus particulièrement deux d'entre eux, qui, Des envois de variétés rouges, effectués
sous des noms différents, représentent la clans un premier temps à titre expérimental,
quasi-totalité des mangots, du Sénégal au rencontrant un vif succès, l'Opam proposa
Congo. un prix plus élevé pour ces mangues ; cela
encouragea les producteurs à choisir de
Bien qu'introduire à Kita, il y a plus d'un telles variétés pour créer de nouvelles plan­
siècle, la variété Amélie n'a commencé son tations.
extension que beaucoup plus tard, essentiel­
lement après la Seconde Guerre mondiale, Au Burkina Faso, sous l'impulsion d'un pro­
tandis qu'Incli Bisinara, introduite au Came­ gramme de développement nommé " Projet
roun par les Allemands, se développait pro­ fruitier ", les exportations de mangues burki­
gressivement à partir de Douala, au point nabées se développèrent à leur tour (variété
d'être rebaptisée Améliorée du Cameroun. Amélie) .

D'autres variétés greffées restèrent confinées Les exportations ivoiriennes débutèrent à


sur les lieux d'introduction. Cependant, la partir de 1982 et augmentèrent progressive­
collection de Foulaya en Guinée, mise en ment. Jusqu'en 1989, elles se firent par voie
place vers 1950, comprenait de nombreux aérienne, comme dans les pays voisins.
cultivars floridiens introduits par Py à partir
des États-Unis. Ces nouvelles variétés, vulga­ Si quelques tentatives d'exportations furent
risées tout d'abord autour de Kindia (Gui­ entreprises ponctuellement, par le Congo,
née), furent ensuite diffusées largement à par exemple, la plupart de ces initiatives
partir des sites où cette collection avait été sont restées, jusqu'à présent, sans lende­
dupliquée [Bamako (Mali), Azaguié (Côte­ main.
d'Ivoire) , Dakar/Cambérène (Sénégal),
Maroua (Cameroun)]. Deux événements marquants ont bouleversé
l'équilibre des filières d'exportation ouest
Au Mali, dans les régions de Bamako et africaines (REY, 1994) •
Sikasso, la plupart des arbres greffés avec les - le transport maritime au départ d'Abidjan a
variétés américaines ont été plantés après connu un grand essor à partir de 1989 et
1970. Dans la région de Korhogo-Ferkésse­ s'est substitué, alors, en grande partie, au
clougou (Côte-d'Ivoire), dont la production transport aérien,

334 Fruits, vol 51 (5)


L'EXPORTATION DE MANGUES D'AFRIQUE DE L ' O UEST

- provoquée par la dévaluation du franc Depuis 2 ou 3 ans, en Côte-d'Ivoire, un phé­


CFA, l'augmentation des exportations ivoi­ nomène nouveau se développe : de grands
riennes, qui sont passées de 3 000 t en 1993 vergers sont progressivement implantés, au
à plus de 8 000 t en 1995, a entraîné une rythme de 10 à 30 ha/an, sur l'initiative de
importante chute des prix de vente. cadres nationaux dont la profession princi­
pale n'est pas, à l'origine, du domaine agri­
cole.
évolution Ainsi, en 1995 , la pépinière de l'Idefor (Insti­
de la production tut ivoirien des forêts) a vendu, à ces nou­
veaux planteurs, suffisamment de plants
Les organismes de recherche ou de dévelop­ pour couvrir 160 ha de vergers (les proprié­
pement peuvent proposer de nouvelles spé­ taires de vergers traditionnels produisent,
culations aux agriculteurs, mais, si cette quant à eux, leurs propres plants). Par suite,
production ne trouve pas de débouchés les nouvelles plantations, qu'elles soient le
rémunérateurs , la culture s'arrête. Inverse­ fait de nouveaux planteurs ou d'anciens,
ment, un prix d'achat intéressant entraîne correspondraient à 300 ou 400 ha/an de
une augmentation de la production, même manguiers, ce qui devrait se traduire, après
si, avec les cultures pérennes, le délai de entrée en production des nouveaux arbres,
réponse n'est pas aussi rapide qu'avec les par une augmentation de la production
plantes annuelles. nationale de l'ordre de 1200 à 2000 tian.
L'historique de la culture du manguier au La structure de production évolue en consé­
nord de la Côte-d'Ivoire illustre bien une quence : les vergers non clôturés, mal entre­
telle adéquation de l'offre et de la demande. tenus et hétérogènes quant aux espèces et
variétés représentées, laissent peu à peu la
Mis en place, au départ, sur les conseils place à de grands vergers monovariétaux de
d'organismes de développement, les vergers plusieurs dizaines, voire centaines, d'hec­
de manguiers ivoiriens fournissaient, à l'ori­ tares, bien que tous les cas intermédiaires
gine, une production écoulée sur les mar­ soient présents entre ces deux situations.
chés urbains nationaux. Toutefois, les prix,

évolution de la filière
qui s'échelonnaient de 10 à 15 FCFNkg,
n'étaient guère attractifs pour le producteur,
et une partie importante de la récolte n'était
pas commercialisable. Il s'ensuivit une stag­ d'exportation et
nation des plantations et une négligence vis­
à-vis de l'entretien des vergers.
des exigences des
Au fur et à mesure du développement des
marchés européens
exportations qui entraîna la hausse des prix Depuis 1970, les exigences des marchés
d'achat, les pratiques culturales se virent d'importation ont évolué (LOEILLET, 1991). La
intensifiées par l'utilisation de labours, la notion de qualité se caractérise :
lutte contre les adventices, l'élagage et - soit par des caractères objectifs tels que
l'éclaircissage des arbres, la protection des l'état sanitaire, la qualité du conditionnement
vergers contre les animaux et le feu ou la ou la durée de conservation des mangues,
lutte contre les fourmis . - soit par des critères subjectifs tels que la
forme des fruits, leur couleur ou leur poids
Parallèlement, le choix des variétés s'adapta moyen.
à l'évolution de la demande des importa­
teurs . Les cultivars les moins recherchés C'est sur ce dernier aspect que l'évolution a
furent éliminés progressivement, en les sur­ été la plus marquée. En France, par exemple :
greffant avec des greffons de Kent et, à un - le calibre du fruit le plus prisé est ainsi
degré moindre, de Keitt, tandis que, simulta­ passé de 350 g à plus de 600 g,
nément, de nouveaux vergers de Kent - les fruits globuleux colorés ont la préfé­
étaient implantés. rence,

Fruits, vol 51 (5) 335


REY, GOGUEY

- de nombreux cultivars tels que Ruby, • Les cours ont baissé sur les marchés de
Valencia, Bewerly ont été peu à peu élimi­ destination : suivant les exportateurs, le prix
nés de la palette des variétés commerciali­ de revient des mangues transportées par
sées pour être remplacés par Kent ou, à bateau peut être estimé entre 4,5 et 5 F/kg
défaut, Keitt, Amélie, Palmer ou Zill qui per­ Les marchandises, vendues entre 8 et
mettent d'alimenter le marché avant ou 11 F/kg en 1993, se sont commercialisées
après la période de production de Kent. entre 4,5 et 7 F/kg en 1995. Il s'ensuit que la
marge bénéficiaire des exportateurs est pas­
Les différentiels de prix, répercutés par les sée de 4,5 F/kg en 1993 à moins de 1 F en
exportateurs, ont servi à transmettre les nou­ 1995
velles exigences du négoce européen aux
producteurs ouest africains. Mais, parallèle­ • Les exigences qualitatives se sont accrues
ment, les cours ont chuté inexorablement, dans tous les domaines : état sanitaire, cali­
au fur et à mesure de l'augmentation des brage, conditionnement, présentation, matu­
tonnages importés . rité.

En fait, si, à partir de 1989, la possibilité du • L'échelle des normes admises pour les prin­
transport des mangues par voie maritime cipaux critères commerciaux a été rétrécie :
avait permis aux exportateurs de gagner pour une variété donnée, le calibre recherché
environ 6 F/kg par rapport au fret aérien est de plus en plus déterminé. Les écarts par
utilisé à l'origine, et si la dévaluation du rappo1t à ce standard sont de plus en plus
franc CFA, survenue en 1994, avait conduit sanctionnés sur le plan financier. Comme le
à diminuer légèrement les coùts locaux (0,8 prix du standard n'a cessé de baisser, les pro­
F/kg), l'augmentation des quantités expor­ duits présentant des caractéristiques diffé­
tées, et la chute des cours de l'ordre de 2 à rentes se vendent à des cours qui deviennent
3 F/kg qui l'a accompagnée, ont provoqué inférieurs aux prix de revient.
une forte diminution des marges bénéfi­ • La production tend à être regroupée au
ciaires. moment où l'étalement de la production
pourrait être un palliatif permettant de régu­
En 1995, ce mouvement s'est accentué sous ler l'offre, la concentration de la demande
l'impulsion de négociants européens qui ont sur une seule variété, la Kent, conduit à
amplement préfinancé les exportateurs, d'où l'effet inverse.
une légère hausse des coùts de production,
mais, surtout, une nouvelle baisse des prix • La structure de production évolue progres­
de vente en Europe qui se rapprochent dan­ sivement vers la mise en place de vergers
gereusement des prix de revient. monovariétaux constitués essentiellement de
manguiers Kent.
Temporairement, les producteurs ont été les
principaux gagnants de la dévaluation, grâce Les producteurs et exportateurs de mangues
à la hausse des prix d'achat et à l'augmenta­ se trouvent donc confrontés à une série de
tion de la proportion de fruits exportés due dilemmes :
à la concurrence entre exportateurs. - améliorer la qualité des fruits tandis que
les prix baissent,
En raison de la lourdeur du marché, la - étaler la production alors que le nombre
moindre avarie, ou supposée telle, constatée de variétés se restreint,
sur les cargaisons, est susceptible de faire - présenter des innovations commerciales à un
chuter le prix de vente très en dessous du négoce frileux qui ne rémunère correctement
coùt. Dans de telles conditions, des caracté­ qu'un calibre précis d'une variété donnée,
ristiques considérées jusqu'alors comme des - exporter des fruits de bonne maturité, mais
qualités, tels les fruits " mùrs à point ", dont la durée de conse1vation ne cesse
deviennent des défauts rédhibitoires. d'augmenter.
L'augmentation des quantités de mangues Pour résoudre ces problèmes contradictoires,
mises en marché peut donc avoir différents les professionnels doivent rechercher de
types de conséquences : nouveaux débouchés et surtout maîtriser

336 Fruits, vol 51 (5)


L'EX PORTATION DE MANGUES D'AFRIQUE DE L' OUEST

parfaitement l'ensemble des opérations, de D'autre part, des pratiques, comme la


la production à la mise en marché. Cela sup­ fumure, devront être conçues de manière à
pose notamment d'intervenir dès le verger améliorer, outre la productivité des arbres,
pour assurer la protection des fruits au les qualités des fruits.
champ et d'améliorer réellement les tech­
niques de récolte et de conditionnement.
amélioration variétale
Les exportateurs devront donc poursuivre des En 1961, MULAT avait implanté un essai a
investissements dans ce sens, mais, afin de les Bamako composé des variétés de la collec­
rentabiliser, il leur sera nécessaire de tion de Guinée qu'il estimait les plus perfor­
s'appuyer sur des données précises que devra mantes. Il s'agissait de Zill, Palmer, Ruby,
apporter la recherche. Une telle démarche Itwin, Kent, Keitt, Valencia et Smith qui
conduisant à l'intensification des études agro­ étaient à comparer à Amélie, le variété locale
nomiques sur manguier est, par ailleurs, choisie comme témoin. Toutes les grandes
d'autant plus justifiée que la majeure pattie variétés d'exportation cultivées depuis en
du verger ivoirien permet, grâce à son évolu­ Afrique de l'Ouest figuraient donc, déjà,
tion récente, de faciliter les interventions sur dans cette sélection. Si des introductions
le terrain, (traitements phytosanitaires, par ultérieures, comme Tommy Atkins en parti­
exemple). Par ailleurs, le volume des produc­ culier, ont été tentées par la suite, elles se
tions exportées en 1995, le développement sont montrées moins intéressantes, en rai­
concomitant des plantations et leurs retom­ son, notamment, de la médiocrité des quali­
bées sur les revenus de milliers de personnes tés de leurs fruits.
permettent de considérer désormais le man­
guier comme une culture fruitière d'exporta­ Au sein de cette zone géographique, chaque
tion à impo1tance économique majeure. pays a fait un choix à l'intérieur de collec­
tions composées des mêmes grandes varié­
tés. Ces sélections, effectuées au sein d'une
pnnc1paux axes même zone climatique, se sont basées sur

de recherche les mêmes critères imposés par des marchés


de destination identiques ; il aurait donc été
surprenant que les variétés retenues se diffé­
Les données techniques attendues de la
rencient réellement d'un pays à l'autre. Les
recherche par la profession devront concer­
cultivars écartés par un pays donné ne pour­
ner l'ensemble de la filière, de la production
raient pas logiquement, dans un tel contexte,
à la mise en marché. Toutes les interventions
être choisis par un autre de la même zone.
devront concourir à améliorer et à maintenir
Or, de fait, au cours du siècle, les collections
la qualité du produit final . Pour cela, quatre
des différents pays ouest africains ont sur­
thèmes généraux sont retenus.
tout été enrichies par des échanges mutuels
avec les nations frontalières.
pratiques agronomiques
En 1993, au cours de rencontres régionales
Beaucoup reste encore à faire dans ce tenues à Korhogo, les responsables natio­
domaine, car le manguier se caractérise par naux de la recherche fruitière des principaux
un comportement souvent imprévisible, ren­ pays exportateurs de mangues (Burkina
dant difficile la compréhension de certains Faso, Côte-d'Ivoire, Mali, Guinée) avaient
résultats trouvés aléatoires, voire contradic­ estimé, de façon unanime, qu'un programme
toires. Une meilleure connaissance de la bio­ de création variétale serait difficile à mettre
logie de la plante apparaissait nécessaire en place, compte tenu des moyens et des
pour interpréter de telles observations. Les délais nécessaires pour le conduire à son
études de base menées par GoGUEY (1995) terme. En revanche, il s'avérait indispensable
devrait permettre d'aborder la mise au point d'enrichir les collections par de nouvelles
de certaines techniques, comme celles visant variétés pouvant présenter un intérêt majeur
l'étalement de la production par la maîtrise par rapport aux cultivars alors exploités en
de la floraison. Afrique de l'Ouest. Une prospection, à

Fruits, vol 51 (5) 337


REY, G oGUEY

l'échelle mondiale, des grandes régions pro­ présent, les exportateurs ont évité de
ductrices de mangues devait donc être entre­ s'approvisionner dans les zones où ce risque
prise pour pouvoir, ultérieurement, procéder est important, à l'exception de la région de
à des échanges de matériel végétal, tout en Kindia, en Guinée, où il existe des dégâts
veillant à éviter l'introduction des graves notables.
maladies identifiées dans chacune de ces
zones. À partir de telles orientations, un Des traitements en pré- et post-récolte doi­
risque se dessine, celui d'une introduction vent être envisagés et mis au point pour les
non contrôlée, clans l'un des pays soucla­ cieux affections majeures que représentent
niens, de matériel éventuellement conta­ l'anthracnose et, surtout, les mouches des
miné , à la suite d'initiatives ponctuelles fruits.
s'impatientant des tergiversations des ser­
vices de recherche. Une telle crainte pour­
rait, par exemple, se concretiser par physiologie post-récolte
l'introduction de la bactériose endémique de La saturation des marchés entraîne des exi­
l'Afrique australe (PRuvosT et al, 1995), qui gences qualitatives accrues et un allonge­
se trouverait facilitée par la récente normali­ ment de la durée de conservation.
sation des relations politiques entre les pays
africains et l'Afrique du Sud. Or, les différents fruits présents sur un
même arbre à une date de récolte donnée

défense des cultures peuvent correspondre à des floraisons éta­


lées sur plus d'un mois ; ils ont clone des
Cette discipline est particulièrement impor­ degrés cle maturité différents. Une première
tante clans le Gts cle la culture du manguier, action, destinée à mieux contrôler la conser­
en raison cle son influence directe sur la vation des mangues à l'intérieur des embal­
qualité des fruits. Introduite depuis une date lages, devra porter sur la recherche de
relativement récente en Afrique de l'Ouest, critères objectifs permettant de récolter les
cette espèce avait encore peu d'ennemis fruits et de les trier pour en faire des lots à
lorsque les exportations ont débuté. Cepen­ maturité plus homogène.
dant, au fu r et à mesure que les plantations
Par ailleurs, la récolte doit porter sur des
se sont développées , les parasites se sont
fruits ayant une maturité suffisante, mais la
multipliés ; ils ont atteint, aujourd'hui, le
phase climactérique ne doit pas être déclen­
seuil de nocivité.
chée trop tôt. Une telle action n'est possible
Si les manguiers sont attaqués par divers que par la maîtrise de la chaîne du froid. Se
insectes polyphages (criquets et punaises) , posent alors un certain nombre de questions
les principaux ravageurs des fruits destinés à liées au circuit de commercialisation des
l'exportation sont des mouches dont les mangues :
larves se développent clans la pulpe au - Comment éviter les fluctuations de tempé­
cours de la période de maturation ratures et les interruptions de la chaîne, au
(N'GUETTA, 1994a et b ). Une lutte biologique moment du chargement sur les bateaux, par
serait alors vivement souhaitée, mais celle-ci exemple ?
n'étant pas encore au point, la lutte intégrée - Combien de temps les fruits mettent-ils
représente, d'ores et déjà, un progrès impor­ pour se refroidir ou pour se réchauffer à
tant (QUILICI , 1994) l'intérieur de la palette, en cas de telles rup­
tures ?
La cochenille farineuse, Rastrococcus inva­ - Quelle durée de réchauffement et quelles
dens, est elle-même un sérieux parasite qu'il variations peuvent supporter les mangues
s'avère indispensable de maîtriser grâce à la avant leur remise en froid ?
lutte biologique. - Peut-on utiliser l'atmosphère contrôlée au
cours du transport ?
Cependant, en matière cle pathologie, la
principale maladie du manguier est C'est seulement en répondant à cet
l'anthracnose QEFFRIES et al, 1990). Jusqu'à ensemble de questions que la recherche

338 Fruits, vol 51 (5)


L'EXPORTATION DE MANGUES D'AFRIQUE DE L'OUEST

pourra fournir, aux différents opérateurs de Goguey T ( 1 995) Approche architecturale des
la filière mangue, les données indispen­ mécanismes de la croissance aérienne et de
la floraison du manguier. Montpellier,
sables permettant d'adapter la commerciali­ France, USTL Montpel lier I l , mémoire de
sation de cette production à son nouveau th èse, 263 p
contexte socioéconomique.
Jeffries P, Dodd JC, Jeger MJ, Plumbley RA
( 1 990) The biology and control of Colletotri­

conclusion chum species on tropical fruit crops. Plant


Pathology 39, 343-366

Les professionnels de la filière mangue sont, Loeil let D (1 991 ) Les importations de fruits tropi­
aujourd'hui, confrontés à de nombreux pro­ caux et d'agrumes en France en 1 99 1 .
blèmes liés à l'évolution de la demande vers Fruits 47, 349-373
un produit de qualité, de plus en plus ciblé
Mulat B (1 96 1 ) Le manguier au centre guinéen
et présent le plus longtemps possible sur le de recherches fruitières. Fruits 1 6, 461 -464
marché européen. Un certain nombre d'obs­
tacles ont pu être identifiés, dont le contour­ N'Guetta K ( 1 994) l nven tory of insect fauna spe­
nement conditionne l'avenir des exportations cific to cultivated fruit trees of Northern Côte­
de mangues en provenance d'Afrique de d' I voire . Fruits 49, 428-429
l'Ouest.
N'Guetta K ( 1 994) l nventory of insect fruit pests
Seule une stratégie de recherche agrono­ in Northern Côte-d' I voire . Fruits 49, 430-43 1
mique dynamique, responsable et concertée
Pruvost 0, Couteau A, Luisetti J, Vernière C
entre les pays concernés permettrait de (1 995) Biologie et épidémiologie de l 'agent
dégager des résultats aptes à dépasser les des taches noires de la mangue. Fruits 50,
limites dégagées de l'analyse de la situation 1 83-1 89
effectuée. L'enjeu pour les opérations de
recherches en cours ou à venir est donc Quilici S ( 1 994) Research and control pro­
lourd, mais le défi mérite d'être relevé. gram mes against fruit !lies in Réunion. Fruits
49, 41 7-420

Rey JY ( 1 994) Campagne de mangues 1994 en


références Nord Côte-d'Ivoire. Bilan et analyses. Mont­
pellier, France, Cirad- Fl hor, document
Candolle de A ( 1 883) Origine des plantes culti­ interne, 39 p
vées. Paris, France, librairie Germer Baill ère
et Cie, 1 59- 1 6 1

Fruits, vol 51 (5) 339

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