Comparaison d’œuvres littéraires Professeure : Sophie Prévost
602-UF2-MQ - Automne 2025
Littérature transculturelle québécoise
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Table des matières
La Québécoite, Régine Robin (extrait de 3 pages) ............................................................... 2
Soigne ta chute, Flora Balzano (extrait de 2 pages) ............................................................. 5
Speak White, Michèle Lalonde .................................................................................................. 7
Speak What, Marco Micone ..................................................................................................... 10
« Gris et blanc », Monique Proulx1 .......................................................................................... 12
« Jaune et blanc », Monique Proulx........................................................................................ 15
Pays sans chapeau (extrait de 8 pages), Dany Laferrière .................................................... 18
Ru (extrait de 7 pages), Kim Thuy .......................................................................................... 26
Bibliographie ............................................................................................................................. 30
1
Les nouvelles de Monique Proulx sont tirées du recueil Les Aurores Montréales.
« Speak white » de Michèle Lalonde (1968)
Speak white
il est si beau de vous entendre
parler de Paradise Lost
ou du profil gracieux et anonyme qui tremble
dans les sonnets de Shakespeare
nous sommes un peuple inculte et bègue
mais ne sommes pas sourds au génie d'une langue
parlez avec l'accent de Milton
et Byron et Shelley et Keats
speak white
et pardonnez-nous de n'avoir pour réponse
que les chants rauques de nos ancêtres
et le chagrin de Nelligan
speak white
parlez de choses et d'autres
parlez-nous de la Grande Charte
ou du monument à Lincoln
du charme gris de la Tamise
de l'eau rose du Potomac
parlez-nous de vos traditions
nous sommes un peuple peu brillant
mais fort capable d'apprécier
toute l'importance des crumpets
ou du Boston Tea Party
mais quand vous really speak white
quand vous get down to brass tacks
pour parler du gracious living
et parler du standard de vie
et de la Grande Société
un peu plus fort alors speak white
haussez vos voix de contremaîtres
nous sommes un peu durs d'oreille
nous vivons trop près des machines
et n'entendons que notre souffle au-dessus des outils
speak white and loud
qu'on vous entende
de Saint-Henri à Saint-Domingue
1
oui quelle admirable langue
pour embaucher
donner des ordres
fixer l'heure de la mort à l'ouvrage
et de la pause qui rafraîchit
et ravigote le dollar
speak white
tell us that God is a great big shot
and that we're paid to trust him
speak white
parlez-nous production profits et pourcentages
speak white
c'est une langue riche
pour acheter
mais pour se vendre
mais pour se vendre à perte d'âme
mais pour se vendre
ah !
speak white
big deal
mais pour vous dire
l'éternité d'un jour de grève
pour raconter
une vie de peuple-concierge
mais pour rentrer chez nous le soir
à l'heure où le soleil s'en vient crever au-dessus des ruelles
mais pour vous dire oui que le soleil se couche oui
chaque jour de nos vies à l'est de vos empires
rien ne vaut une langue à jurons
notre parlure pas très propre
tachée de cambouis et d'huile
speak white
soyez à l'aise dans vos mots
nous sommes un peuple rancunier
mais ne reprochons à personne
d'avoir le monopole
de la correction de langage
dans la langue douce de Shakespeare
avec l'accent de Longfellow
parlez un français pur et atrocement blanc
comme au Viêt-Nam au Congo
parlez un allemand impeccable
une étoile jaune entre les dents
parlez russe parlez rappel à l'ordre parlez répression
2
speak white
c'est une langue universelle
nous sommes nés pour la comprendre
avec ses mots lacrymogènes
avec ses mots matraques
speak white
tell us again about Freedom and Democracy
nous savons que liberté est un mot noir
comme la misère est nègre
et comme le sang se mêle à la poussière des rues d'Alger ou de Little Rock
speak white
de Westminster à Washington relayez-vous
speak white comme à Wall Street
white comme à Watts
be civilized
et comprenez notre parler de circonstance
quand vous nous demandez poliment
how do you do
et nous entendez vous répondre
we're doing all right
we're doing fine
we
are not alone
nous savons
que nous ne sommes pas seuls.
« Speak white » de Michèle Lalonde (1968)
3
« Speak What » de Marco Micone (1989)
Il est si beau de vous entendre parler
de La Romance du vin
et de L'homme rapaillé
d'imaginer vos coureurs des bois
des poèmes dans leurs carquois
nous sommes cent peuples venu de loin
partager vos rêves et vos
hivers nous avions les mots
de Montale et de Neruda
le souffle de l'Oural
le rythme des haïkus
speak what now
nos parents ne comprennent déjà plus nos enfants
nous sommes étrangers
à la colère de Félix
et au spleen de Nelligan
parlez-nous de votre charte
de la beauté vermeille de vos automnes
du funeste octobre
et aussi du Noblet
nous sommes sensibles
aux pas cadencés
aux esprits cadenassés
speak what
comment parlez-vous
dans vos salons huppés
vous souvenez-vous du vacarme des usines
and of the voice des contremaîtres
you sound like them more and more
speak what que personne ne vous comprend
ni à Saint-Henri ni à Montréal-Nord
nous y parlons
la langue du silence
et de l'impuissance
speak what
« productions, profits et pourcentages »
parlez-nous d'autres choses
1
des enfants que nous aurons ensemble
du jardin que nous leur ferons
délestez-vous des maîtres et du cilice
imposez-nous votre langue
nous vous raconterons
la guerre, la torture et la misère
nous dirons notre trépas avec vos mots
pour que vous ne mouriez pas
et vous parlerons
avec notre verbe bâtard
et nos accents fêlés
du Cambodge et du Salvador
du Chili et de la Roumanie
de la Molise et du Péloponnèse
jusqu'à notre dernier regard
speak what
nous sommes cent peuples venus de loin
pour vous dire que vous n'êtes pas seuls.
2
Document généré le 15 août 2022 08:54
XYZ. La revue de la nouvelle
Inédits
Gris et blanc
Monique Proulx
Numéro 15, août–automne 1988
La laideur
URI : [Link]
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Éditeur(s)
Publications Gaëtan Lévesque
ISSN
0828-5608 (imprimé)
1923-0907 (numérique)
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Citer cet article
Proulx, M. (1988). Gris et blanc. XYZ. La revue de la nouvelle, (15), 39–40.
Tous droits réservés © Publications Gaëtan Lévesque, 1988 Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des
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Gris et blanc
Monique Prourx
Je t'écris. Manu, même si tu ne sais pas lire. J'espère que ta vie se
porte à merveille et que les rochers de Puerto Quepos t'accompagnent
fièrement quand tu nages dans la mer. Nous sommes installés, mainte-
nant, nous avons un sofa, un matelas neuf, deux tables et quatre chaises
droites presque de la même couleur, et un réfrigérateur merveilleux qui
pourrait contenir des tortillas en grand nombre. Je dors sur le sofa, à côté
du réfrigérateur merveilleux. Tout va bien, je me réveille souvent parce
que le réfrigérateur ronfle, mais le chemin vers la richesse est rempli de
graviers qui n'effraient pas le pied du brave. De l'autre côté de la fenêtre, il
y a beaucoup d'asphalte et de maisons grises. On voit des autos qui
passent sans arrêt et ce ne sont jamais les mêmes, Manu, je te le dis sans
me vanter.
Ça s'appelle Montréal. C'est un endroit nordique et extrêmement
civilisé. Toutes les autos s'arrêtent à tous les feux rouges et les bruits
sont interdits passé certaines heures, ainsi que les rires trop forts et autres
sons humains. Il y a très peu de guardias et très peu de chiens. Le mot
nordique veut dire qu'il fait froid comme tu ne peux pas imaginer, même
si c'est seulement novembre. En ce moment, j'ai trois chandails en laine
de Montréal sur le dos, et mamâ se tient assise devant la porte ouverte du
four qui appartient au poêle qui est grand et merveilleux, lui aussi. Mais
on s'habituera, c'est sûr, le chemin vers la richesse est un chemin froid.
Ce ne sera pas encore ce mois-ci que tu pourras venir, mais ne déses-
père pas. Je fais tous les soirs le geste de te caresser la tête avant de m'en-
dormir, ça m'aide à rêver à toi. Je rêve qu'on attrape des lézards ensemble
et que tu cours plus vite que moi sur la grève de Tarmentas et que la mer
fait un grondement terrible qui me réveille, mais c'est le réfrigérateur.
Il y a une mer aussi ici, j'y suis allé une fois en compagnie de mon
ami Jorge et c'est très différent. La mer de Montréal est grise et extrême-
ment moderne et ne sent pas les choses vivantes. J'ai parlé de toi à Jorge,
je t'ai grossi d'une dizaine de kilos pour qu'il se montre plus admiratif.
Les chiens, ici, Manu, ne sont pas tellement aimés dans les appartements,
essaie de comprendre un peu.
Voici comment se passent mes journées ordinaires. Il y a des mo-
ments comme se lever, manger et dormir, qui reviennent souvent et qui
partent vite. Il y a les deux épiceries de la rue Mont-Royal, Monsieur
39
Dromann et Monsieur Paloz, qui m'engagent pour faire des livraisons. Je
sais déjà plein de mots anglais, comme/a.«,/asi. Le reste du temps, je
suis à l'école, c'est une grande école grise avec une cour en asphalte et un
seul arbre que j'ai à moitié cassé quand je suis grimpé dedans. Les mo-
ments d'école sont les pires, bien entendu, j'essaie de retenir seulement les
choses qui vont servir plus tard.
Le dimanche, avec Jorge, on fume des cigarettes et on marche, on
marche. On peut marcher extrêmement longtemps, à Montréal, sans ja-
mais voir d'horizon. Une fois, comme ça, en cherchant l'horizon, on s'est
perdu et la guardia civile nous a ramenés très gentiment à la maison dans
une auto neuve et j'ai pensé à toi, mon vieux Manu, qui aime tellement
courir après les autos neuves pour faire peur aux touristes.
Je ne veux pas que tu croies que la vie n'est pas bonne ici, ce ne
serait pas vrai complètement, il y a des tas de choses que je mange et que
je regarde pour la première fois de ma vie, et l'odeur de la richesse
commence même à s'infiltrer dans notre pièce et demie. Hier, nous avons
mangé des morceaux de bœuf énormes, Manu, et d'une tendreté comme il
n'y en a pas à Puerto Quepos, je t'en envoie un échantillon bien
enveloppé. Ce qui me dérange le plus, car je ne veux pas te mentir, c'est
le gris qui est la couleur nationale, et le côté nordique de la ville qui abolit
extrêmement le soleil, les arbres, et d'autres choses secondaires auxquelles
je suis habitué. Marna, elle, est surtout dérangée par les toilettes des
magasins, c'est là qu'elle travaille et qu'on la paye pour nettoyer. Si tu
voyais ces magasins, Manu, ils ont des magasins que tu dirais des villages
en plus civilisé et plus garni, tu peux marcher des heures dedans sans
avoir le temps de regarder à fond tous les objets merveilleux que nous
nous achèterons une fois rendus plus loin dans le chemin vers la richesse.
Mais la chose de ce soir, la chose dont il faut que je te parle. Marna
nettoyait le réfrigérateur et par hasard elle s'est tournée vers la fenêtre.
C'est elle qui l'a aperçue la première, elle a poussé un petit cri qui m'a
fait m'approcher tout de suite. Nous sommes restés tous les deux à
regarder dehors par la fenêtre en riant comme des êtres sans cervelle. La
beauté, Manu. La beauté blanche qui tombait à plein ciel comme tu n'as
pas idée, absolument blanche partout où c'était gris. Ah dure assez
longtemps, Manu, fais durer ta vie de chien jusqu'à ce que je puisse te
faire venir ici, avec moi, jouer dans la neige.
Monique Proulx est née à Québec en 19S2. Elle a écrit pour la télévision,
la radio, le cinéma, et a publié deux livres chez Québec/Amérique: Sans
cœur et sans reproche (Prix Adrienne-Choquette, Grand Prix littéraire du
Journal de Montréal) et Le Sexe des étoiles.
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Pays sans chapeau, Dany Laferrière
Pays sans chapeau, Dany Laferrière
EXTRAIT 1 (p. 11 à 19)
Pays sans chapeau, Dany Laferrière
Pays sans chapeau, Dany Laferrière
14
15
Pays sans chapeau, Dany Laferrière
Pays sans chapeau, Dany Laferrière
19
Pays sans chapeau, Dany Laferrière
Extrait 2 (p. 28-29)
Pays sans chapeau, Dany Laferrière
Extrait 3 : p. 36 à 39
Pays sans chapeau, Dany Laferrière
38 39
Extraits tirés du roman Ru de Kim Thuy paru en 2009
THUY, Kim (2009). Ru, Montréal, Éditions Libre Expression, 145 p.
Extrait 1
Extrait 2
Extrait 3
Extrait 4
Bibliographie
BALZANO, Flora (1991). Soigne ta chute, Montréal, XYZ, 108 p.
LAFERRIÈRE, Dany (1996). Pays sans chapeau. Montréal, Éditions du Boréal, 281 p.
MICONE, Marco (2001). Speak What, Montréal, VLB, 30 p.
PROULX, Monique (1997). Les Aurores montréales, Montréal, Éditions du Boréal, 239 p.
ROBIN, Régine (1993). La Québécoite, Montréal, XYZ, 232 p.
THUY, Kim (2009). Ru, Éditions Libre Expression, 145 p.