Espacesprehilbertiens
Espacesprehilbertiens
ϕ: E×E → R
(x, y) 7→ ϕ (x, y)
telle que pour tout x dans E l’application y 7→ ϕ (x, y) est linéaire et pour tout y dans E
l’application x 7→ ϕ (x, y) est linéaire.
On dit que ϕ est :
– symétrique si ϕ (x, y) = ϕ (y, x) pour tous x, y dans E ;
– positive si ϕ (x, x) ≥ 0 pour tout x dans E ;
– définie si pour x dans E l’égalité ϕ (x, x) = 0 équivaut à x = 0.
Définition 32.1 Un produit scalaire sur un espace vectoriel réel E est une forme bilinéaire
symétrique définie positive.
On note en général
(x, y) 7−→ hx | yi
un tel produit scalaire.
Définition 32.2 Un espace préhilbertien est un espace vectoriel réel muni d’un produit scalaire.
Exercice 32.1 Soient E un espace vectoriel réel de dimension n, (ei )1≤i≤n une base de E et
P
n
ω= ωk ek fixé dans E. À tout couple (x, y) de vecteurs de E, on associe le réel :
k=1
n
X
hx | yi = ωk xk yk .
k=1
843
844 Espaces préhilbertiens, projection orthogonale
Montrer que l’application h· | ·i est un produit scalaire sur E si, et seulement si, toutes les
composantes de ω sont strictement positives.
Pour E = Rn et ωk = 1 pour tout k compris entre 1 et n, le produit scalaire obtenu est le
produit scalaire canonique de Rn .
Solution 32.1 L’application h· | ·i définit une forme bilinéaire symétrique sur E pour tout
ω ∈ E.
Si h· | ·i est un produit scalaire, on a alors ωk = hek | ek i > 0 pour tout k compris entre 1 et n.
Pn
Réciproquement si tous les ωk sont strictement positifs, on a hx | xi = ωk x2k ≥ 0 pour tout
k=1
x ∈ E et hx | xi = 0 équivaut à ωk x2k = 0 pour tout k compris entre 1 et n, ce qui équivaut à
xk = 0 pour tout k, soit à x = 0.
En conclusion, h· | ·i définit un produit scalaire sur E si, et seulement si, tous les ωk sont
strictement positifs.
Exercice 32.2 Donner une condition nécessaire et suffisante sur les réels a, b, c, d pour que
l’application :
(x, y) 7→ hx | yi = ax1 y1 + bx1 y2 + cx2 y1 + dx2 y2
définisse un produit scalaire sur E = R2 .
µ ¶
a b
Solution 32.2 Pour tous réels a, b, c, d, cette application est bilinéaire de matrice A =
c d
dans la base canonique de R2 .
Elle est symétrique si, et seulement si, cette matrice A est symétrique, ce qui équivaut à b = c.
Pour b = c, h· | ·i est bilinéaire symétrique et pour tout x ∈ R2 , on a :
Si on a un produit scalaire, alors a = he1 | e1 i > 0, d = he2 | e2 i > 0 et pour tout vecteur
x = e1 + te2 , où t est un réel quelconque, on a hx | xi = a + 2bt + dt2 > 0, ce qui équivaut à
δ = b2 − ad < 0.
Réciproquement si b = c, a > 0, d > 0 et b2 − ad < 0 alors h· | ·i est bilinéaire symétrique et
pour tout x ∈ E, on a :
b
avec hx | xi = 0 si, et seulement si, x1 + x2 = 0 et x2 = 0, ce qui équivaut à x = 0.
a
Donc h· | ·i est un produit scalaire si, et seulement si, b = c, a > 0, d > 0 et b2 − ad < 0.
Exercice 32.3 Soient n un entier naturel non nul, x0 , · · · , xn des réels deux à deux distincts
et ω ∈ Rn+1 . À quelle condition, nécessaire et suffisante, sur ω l’application :
n
X
ϕ : (P, Q) 7→ ωi P (xi ) Q (xi )
i=0
Solution 32.3 L’application ϕ définit une forme bilinéaire symétrique sur Rn [x] pour tout
ω ∈ Rn .
Si ϕ est un produit scalaire, en désignant par (Li )0≤i≤n la base de Lagrange de Rn [x] définie
par :
Yn
x − xk
Li (x) = (0 ≤ i ≤ n)
k=0
x i − xk
k6=i
Exercice 32.4 n étant un entier naturel non nul, on note Pn l’ensemble des polynômes trigo-
nométriques de degré inférieur ou égal à n, c’est-à-dire l’ensemble des fonctions de R dans R
la forme :
Xn
P : x 7→ P (x) = a0 + (ak cos (kx) + bk sin (kx)) .
k=1
1. Montrer que Pn est un espace vectoriel et préciser sa dimension.
2. Montrer que si P ∈ Pn s’annule en 2n + 1 points deux à deux distincts dans [−π, π[ , alors
P = 0 (utiliser les expressions complexes des fonctions cos et sin).
3. Montrer que si x0 , · · · , x2n sont des réels deux à deux distincts dans [−π, π[ , alors l’ap-
plication :
2n
X
ϕ : (P, Q) 7→ P (xi ) Q (xi )
i=0
définit un produit scalaire sur l’espace vectoriel Pn .
Solution 32.4
1. Il est clair que Pn est un sous-espace vectoriel de l’espace vectoriel des applications de
R dans R. En notant respectivement ck et sk les fonctions x 7→ cos (kx) pour k ≥ 0
et x 7→ sin (kx) pour k ≥ 1, Pn est engendré par la famille Bn = {ck | 0 ≤ k ≤ n} ∪
{sk | 1 ≤ k ≤ n} , c’est donc un espace vectoriel de dimension au plus égale à 2n + 1.
Montrons que cette famille de fonctions est libre. Pour ce faire, on procède par récurrence
sur n ≥ 1.
π
Pour n = 1, si a0 + a1 cos (x) + b1 sin (x) = 0, en évaluant cette fonction en 0, et π
2
successivement, on aboutit au système linéaire :
a0 + a1 = 0
a0 + b1 = 0
a0 − a1 = 0
Il en résulte que :
n−1
X
2 00 2
¡ ¢
n P + P = n a0 + n2 − k 2 (ak ck + bk sk ) = 0
k=1
ou encore :
n
1 X¡ ¢
z n P (x) = a0 z 2n + (ak − ibk ) z n+k + (ak + ibk ) z n−k = Q (z)
2 k=1
Plus généralement, on se donne une fonction α définie sur un intervalle réel ouvert I = ]a, b[ ,
avec −∞ ≤ a < b ≤ +∞, continue à valeurs réelles strictement positives, et on note :
½ Z b ¾
0 2
E = f ∈ C (I) | f (x) α (x) dx < +∞
a
En utilisant l’inégalité :
1¡ 2 ¢
|f g| ≤ f + g2 ,
2
on vérifie que E est un espace vectoriel et que l’application
Z b
(f, g) 7→ f (x) g (x) α (x) dx
a
définit un produit scalaire sur l’espace vectoriel F des fonctions définies sur R à valeurs réelles,
continues et périodiques de période 2π.
Solution 32.6 Ce sont les mêmes arguments qu’à l’exercice précédent compte tenu qu’une
fonction de F est nulle si, et seulement si, elle est nulle sur [−π, π] .
est alors à valeurs strictement positives, le coefficient de t2 étant non nul, il en résulte que son
discriminant est strictement négatif, soit :
kx + yk ≤ kxk + kyk
l’égalité étant réalisée si, et seulement si, x = 0 ou x 6= 0 et y = λx avec λ ≥ 0 (on dit que x
et y sont positivement liés).
l’égalité étant réalisée pour λ ≥ 0. Pour λ < 0, l’inégalité est stricte puisque dans ce cas
|1 + λ| < 1 + |λ| = 1 − λ.
On suppose que x est non nul et y non lié à x. On a :
La deuxième identité est l’égalité du parallélogramme. Elle est caractéristique des normes
déduites d’un produit scalaire (voir le théorème 35.3).
Exercice 32.7 Montrer que pour tout entier n ≥ 2 et tout n-uplet (x1 , · · · , xn ) de vecteurs de
E, on a : X ¡ ¢
kε1 x1 + · · · + εn xn k2 = 2n kx1 k2 + · · · + kxn k2
ε∈{−1,1}n
donc :
° n+1 °2 ° n+1 °2
X °X ° X °X °
° ° ° °
° ε k xk ° = ° ε k xk °
° ° ° °
ε∈{−1,1} n+1 k=1 (ε,εn+1 )∈{−1,1}n ×{−1,1} k=1
° °2 ° °2
X °X n ° °X n °
° ° ° °
= ° εk xk + xn+1 ° + ° εk xk − xn+1 °
° ° ° °
ε∈{−1,1}n k=1 k=1
° °2
X °X n °
=2 °°
°
εk xk ° + kxn+1 k2
° °
ε∈{−1,1}n k=1
° n °2
X ° °X
°
°
=2 ° εk xk ° + 2 · 2n kxn+1 k2
n
° °
ε∈{−1,1} k=1
n+1
X
= 2n+1 kxk k2
k=1
32.3 Orthogonalité
L’inégalité de Cauchy-Schwarz nous dit que pour tous vecteurs x et y non nuls dans E, on
a:
hx | yi
−1 ≤ ≤1
kxk kyk
ce qui implique qu’il existe un unique réel θ dans [0, π] tel que :
Le réel θ est la mesure dans [0, π] de l’angle géométrique que font les vecteurs x et y dans
E − {0} .
Pour θ ∈ {0, π} , on a |hx | yi| = kxk kyk , ce qui équivaut à dire que les vecteurs x et y sont
liés.
π
Pour θ = , on a hx | yi = 0.
2
Définition 32.3 On dit que deux vecteurs x et y appartenant à E sont orthogonaux si hx | yi =
0.
Théorème 32.4 (Pythagore) Les vecteurs x et y sont orthogonaux dans E si, et seulement
si :
kx + yk2 = kxk2 + kyk2
850 Espaces préhilbertiens, projection orthogonale
De manière générale, on a :
On vérifie facilement par récurrence sur p ≥ 2, que si x1 , · · · , xp sont deux à deux orthogo-
naux, on a alors : ° p °
°X °2 X p
° °
° xk ° = kxk k2
° °
k=1 k=1
X ⊥ = {y ∈ E | ∀x ∈ X, hx | yi = 0} .
Définition 32.5 On appelle famille orthogonale dans E toute famille (ei )i∈I de vecteurs de E
telle que hei | ej i = 0 pour tous i 6= j dans I. Si de plus kei k = 1 pour tout i ∈ I, on dit alors
que cette famille est orthonormée ou orthonormale.
Théorème 32.5 Une famille orthogonale de vecteurs non nuls de E est libre.
P
Démonstration. Si (ei )i∈I est une telle famille et si λj ej = 0 où J est une partie finie
j∈J
de I on a alors pour tout k ∈ J :
* +
X
0= λj ej | ek = λk kek k2 ,
j∈J
où (xk )0≤k≤n est une suite de réels deux à deux distincts, la base de Lagrange correspondante
est orthonormée (voir l’exercice 32.3).
Exercice 32.8 Montrer que, sur l’espace vectoriel F des fonctions réelles, continues et 2π-
périodiques muni du produit scalaire :
Z π
(f, g) 7→ f (x) g (x) dx,
−π
½ ¾
1 1 1
la famille √ , √ cos (nt) , √ sin (mt) | (n, m) ∈ N∗ × N∗ est orthonormée.
2π π π
Le procédé d’orthogonalisation de Gram-Schmidt 851
∀j ∈ {1, · · · , p − 1} , hep | ej i = 0
on déduit que :
λj + λp hxp | ej i = 0 (1 ≤ j ≤ p − 1)
et : Ã !
p−1
X
ep = λp xp − hxp | ej i ej = λp yp
j=1
Du fait que xp ∈
/ Vect {x1 , · · · , xp−1 } = Vect {e1 , · · · , ep−1 } on déduit que yp 6= 0 et la condition
kep k = 1 donne :
1
|λp | =
kyp k
La condition supplémentaire :
* Ã p−1
! +
1 X 1
0 < hxp | ep i = ep − λj e j | ep =
λp j=1
λp
(fk est orthogonal à ej pour 1 ≤ j ≤ k − 1). Les hxk | ej i étant déjà calculés (pour obtenir fk ),
il suffit donc de calculer kxk k2 . En fait le calcul de hfk | xk i est souvent plus rapide.
Pk 1
Dans la base (xi )1≤i≤p chaque vecteur ek s’écrit ek = µj xj , avec µk = > 0.
j=1 kfk k
et : n n
2
X 2
X
kxk = hx | ek i = x2k .
k=1 k=1
Ces égalités sont des cas particuliers des égalités de Parseval valables de manière plus générale
dans les espaces de Hilbert.
Exercice 32.9 Montrer que l’application :
Z 2
(P, Q) 7→ hP | Qi = (2 − t) P (t) Q (t) dt
0
Solution 32.11
1. Pour tout entier naturel n, on note :
Z 1
t2n
Tn = √ dt
0 1 − t2
1
La fonction à intégrer est positive et équivalente au voisinage de 1 à la fonction √ √ ,
2 1−t
elle est donc intégrable sur [0, 1] .
On a : Z 1
1 π
T0 = √ dt = arcsin (1) =
0 1−t 2 2
et pour n ≥ 1, une intégration par parties donne :
Z 1 Z 1 √
2n−1 t
Tn = t √ dt = (2n − 1) x2n−2 1 − t2 dt
0 1 − t2 0
Z 1 2(n−1)
t ¡ ¢
= (2n − 1) √ 1 − t2 dx = (2n − 1) (Tn−1 − Tn )
1−t 2
0
2. On pose Q0 = 1 et on a
Z 1 Z 1
2 1 1
kQ0 k = √ dt = 2 √ dt = π
2 1 − t2
−1 1 − t 0
Donc :
1 1
P0 = Q0 = √
kQ0 k π
Puis Q1 (X) = X − λP0 où λ est tel que hP0 | Q0 i = 0, ce qui donne :
Z 1
t
λ = hP0 | Xi = √ dt = 0
2
−1 1 − t
n (n)
Exercice 32.12 Pour tout entier n positif ou nul, on note π2n (x) = (x2 − 1) et Rn = π2n .
On munit E = R [x] du produit scalaire défini par :
Z 1
2
∀ (P, Q) ∈ E , hP | Qi = P (x) Q (x) dx
−1
856 Espaces préhilbertiens, projection orthogonale
Solution 32.12
Et utilisant le fait que −1 et 1 sont racines d’ordre n du polynôme π2n (x) = (x − 1)n (x + 1)n ,
(k−1)
on a π2n (±1) = 0, de sorte que :
Z 1 Z 1
(k) (k−1)
π2n (t) P (t) dt = − π2n (t) P 0 (t) dt
−1 −1
où : Z Z
1 1 ¡2 ¢n
In = π2n (t) dt = t − 1 dt
−1 −1
Pour n ≥ 1, on a :
Z 1 Z 1
¡ 2
¢n−1 ¡ 2 ¢ ¡2 ¢n−1
In = t −1 t − 1 dt = t −1 t · tdt − In−1
−1 −1
et on a : n
2 2 2 2
X
kx − yk = kxk − kyk = kxk − hx | ek i2 (32.1)
k=1
Démonstration. Soit (ei )1≤i≤n une base orthonormée de F (le théorème de Gram–Schmidt
nous assure l’existence d’une telle base). Pour x dans E, on définit le vecteur y ∈ F par :
n
X
y= hx | ek i ek
k=1
et on a bien kx − yk = d (x, F ) .
S’il existe un autre vecteur u ∈ F tel que kx − uk = d (x, F ) = δ, de :
Remarque 32.1 Il est parfois commode d’exprimer le résultat précédent sous la forme :
° °2
° n
X ° n
X
° °
∀x ∈ E, inf n °x − yk ek ° = kxk2 − hx | ek i2 ,
(y1 ,··· ,yn )∈R ° °
k=1 k=1
Si x est un vecteur de E, alors le vecteur y de F qui lui est associé dans le théorème précédent
est la meilleure approximation de x dans F. En considérant la caractérisation géométrique
x − y ∈ F ⊥ , on dit aussi que y est la projection orthogonale de x sur F .
On note y = pF (x) et on dit que l’application pF est la projection orthogonale de E sur F.
On a donc :
¡ ¢
(y = pF (x)) ⇔ y ∈ F et x − y ∈ F ⊥ ⇔ (y ∈ F et kx − yk = d (x, F ))
Meilleure approximation dans un espace préhilbertien 859
Exemple 32.3 Sur l’espace vectoriel F des fonctions continues et 2π-périodiques muni du
produit scalaire : Z π
(f, g) 7→ hf | gi = f (x) g (x) dx
−π
Si (ei )1≤i≤n est une base (non nécessairement orthonormée) de F, alors la projection ortho-
P
n
gonale d’un vecteur x de E sur F est le vecteur y = yj ej , où les composantes yj , pour j
j=1
compris entre 1 et n, sont solutions du système linéaire :
hx − y | ei i = 0 (1 ≤ i ≤ n) ,
soit : n
X
hei | ej i yj = hx | ei i (1 ≤ i ≤ n) .
j=1
Remarque 32.2 Pour F de dimension infinie, on a toujours F ∩ F ⊥ = {0} mais pas néces-
sairement E = F ⊕ F ⊥ . On Zconsidère par exemple l’espace vectoriel E = C 0 ([0, 1] , R) muni
1
du produit scalaire hf | gi = f (t) g (t) dt. Pour F = R [x] , du théorème de Weierstrass on
0
déduit que F ⊥ = {0} et pourtant on a E 6= F ⊕ F ⊥ .
1. Justifier la convergence des intégrales hP | Qi pour tous P, Q dans R [x] et le fait qu’on a
bien un produit scalaire.
2. Construire une base orthonormée de R3 [x] .
3. Soit P = 1 + x + x3 . Déterminer Q ∈ R2 [x] tel que kP − Qk soit minimal.
Solution 32.13
1. On vérifie par récurrence que :
Z +∞
∀k ∈ N, tk e−t dt = k!
0
et de ce résultat on déduit que l’application h· | ·i est bien définie sur R [x] . On vérifie
ensuite facilement que c’est un produit scalaire.
Meilleure approximation dans un espace préhilbertien 861
Le calcul des hP | Pk i peut être évité en remarquant que dans la base orthonormée (P0 , P1 , P2 , P3 )
de E = R3 [x] , on a :
3
X
P = hP | Pk i Pk = Q + hP | P3 i P3
k=0
on a : Z 1 ¡ ¢2
M= inf x2 − ax − b dx = inf kf − Qk2
(a,b)∈R2 −1 Q∈R1 [x]
2
où f (x) = x . Le théorème de projection orthogonale donne :
M = kf − P k2 = kf k2 − kP k2
862 Espaces préhilbertiens, projection orthogonale
soit :
2y1 = 2
3
2
y2 = 0
3
1 1 8
ce qui donne y1 = et y2 = 0, soit P = et M = kf k2 − kP k2 = .
3 3 45
Z 1
Exercice 32.15 Calculer inf 2 x2 (ln (x) − ax − b)2 dx.
(a,b)∈R 0
où F = Vect {x, x2 } . On sait que si (P1 , P2 ) est une base orthonormée de F, alors :
δ 2 = kf − hf | P1 i P1 − hf | P2 i P2 k2
= kf k2 − hf | P1 i2 − hf | P2 i2
Meilleure approximation dans un espace préhilbertien 863
Puis avec : Z 1
n 1
∀n ∈ N, hf | x i = xn+1 ln (x) dx = −
Z 1 0 (n + 2)2
2
kf k2 = x2 ln2 (x) dx = ,
0 27
on obtient : √
3
hf | P1 i = −
9
√
hf | P2 i = 5
12
et :
1 1
δ2 = =
24 33
432
La projection orthogonale de f sur F étant donnée par :
5 19
P = hf | P i P1 + hf | P2 i P2 = x2 − x
3 12
On peut aussi déterminer cette projection orthogonale P = ax2 + bx en utilisant le système
d’équations normales : ½
hf − P | xi = 0,
hf − P | x2 i = 0,
soit :
4
3a + 4b = − ,
3
4a + 5b = − 5 ,
4
5 19
ce qui donne a = et b = − . Le minimum cherché est alors :
3 12
2 31 1
δ 2 = kf k2 − kP k2 = − = .
27 432 432
Théorème 32.8 Si F est un sous espace vectoriel de dimension finie de E, alors la projection
orthogonale pF de E sur F est linéaire et continue avec kpF k = 1.
∀z ∈ E, J (z) = kz − xk2
si, et seulement si : ½
y∈F
(32.3)
∀h ∈ F, J 0 (y) (h) = 0
où J 0 (y) désigne la différentielle de J en y.
soit :
J (y + t (z − y)) − J (y)
∀t ∈ ]0, 1] , ≤ J (z) − J (y)
t
et :
J (y + t (z − y)) − J (y)
0 = J 0 (y) (z − y) = lim ≤ J (z) − J (y) ,
t→0 t
c’est-à-dire que J (y) ≤ J (z) pour tout z ∈ F et y est solution de (32.2) .
Déterminants de Gram 865
Théorème 32.10 Si n est un entier naturel non nul, alors pour toute famille (xi )1≤i≤n de
vecteurs de E, on a :
rg (G (x1 , · · · , xn )) = rg (x1 , · · · , xn ) .
Démonstration. Si tous les vecteurs xi sont nuls, alors la matrice de Gram correspondante
est la matrice nulle et le résultat est évident.
On suppose donc que les xi ne sont pas tous nuls et on désigne par F le sous-espace vectoriel
de E engendré par {x1 , · · · , xn } . Le procédé de Gram-Schmidt nous permet de construire une
base orthonormée (ei )1≤i≤p de F, avec 1 ≤ p ≤ n, et dans cette base on écrit :
p
X
xi = aki ek (1 ≤ i ≤ n)
k=1
soit en notant :
a11 a12 · · · a1n
a21 a22 · · · a2n
A= .. .. . . .. ∈ Mp,n (R)
. . . .
ap1 ap2 · · · apn
G (x1 , · · · , xn ) = t AA
En munissant Rn et Rp de leurs structures euclidiennes canoniques, on a pour tout X ∈ Rn ,
h AAX | XiRn = hAX | AXiRp = kAXk2Rp et on en déduit que ker ( t AA) = ker (A) , puis avec
t
puisque A est la matrice du système de vecteurs (xi )1≤i≤n dans la base (ei )1≤i≤p .
866 Espaces préhilbertiens, projection orthogonale
Corollaire 32.3 Si n est un entier naturel non nul, alors pour toute famille (xi )1≤i≤n de vec-
teurs de E, on a g (x1 , · · · , xn ) ≥ 0 et ce système est libre si, et seulement si, g (x1 , · · · , xn ) > 0.
et la matrice G (x1 , · · · , xn ) est non inversible dans Mn (R) , son déterminant est donc nul.
Si le système (xi )1≤i≤n est libre, on a alors :
rg (G (x1 , · · · , xn )) = rg (A) = n
et la matrice G (x1 , · · · , xn ) est inversible dans Mn (R) , son déterminant est donc non nul. En
considérant que la matrice G (x1 , · · · , xn ) = t AA est symétrique positive (h t AAX | XiRn =
kAXk2Rn ≥ 0 pour tout X ∈ Rn ), on déduit que ce déterminant est strictement positif.
et la condition g (x, y) ≥ 0 avec égalité si, et seulement si, les vecteurs x et y sont liés est tout
simplement le théorème de Cauchy-Schwarz.
Si x et y sont non nul, en notant θ la mesure dans [0, π] de l’angle que font ces vecteurs, on a :
¡ ¢
g (x, y) = kxk2 kyk2 1 − cos2 (θ) = kxk2 kyk2 sin2 (θ)
et il en résulte que g (x, y) ≤ kxk2 kyk2 , l’égalité étant réalisée si, et seulement si, ces deux
vecteurs sont orthogonaux.
Le théorème qui suit généralise cette remarque en donnant une interprétation géométrique
du déterminant de Gram.
Si x, y sont deux vecteurs non nuls dans E, on note (x, y) la mesure dans [0, π] de l’angle
que font ces vecteurs.
Théorème 32.11 Soient n un entier naturel supérieur ou égal à 2, (xi )1≤i≤n une famille libre
de vecteurs dans E et (ei )1≤i≤n la base orthonormée de F = Vect {x1 , · · · , xn } déduite par le
procédé de Gram-Schmidt avec la condition hxk | ek i > 0 pour tout k compris entre 1 et n. On
a alors :
n
Y n
Y
g (x1 , · · · , xn ) = cos2 (xk , ek ) kxk k2
k=2 k=1
n
Y n
Y
2
= sin (x1 , x2 ) 2
cos (xk , ek ) kxk k2 si n ≥ 3
k=3 k=1
P
k−1
où y1 = x1 et yk = xk − hxk | ej i ej pour k compris entre 2 et n. La matrice de passage de
j=1
(ei )1≤i≤n à (xi )1≤i≤n est alors donnée par :
ky1 k 0 ··· 0
... ..
a ky2 k .
A = .21 ... ...
.. 0
an1 ··· an,n−1 kyn k
et : n
2
Y
g (x1 , · · · , xn ) = det (A) = kyk k2
k=1
P
k−1
De xk = kyk k ek + hxk | ej i ej , pour k compris entre 2 et n, et de l’orthogonalité des ej , on
j=1
déduit que :
kyk k = hxk | ek i = kxk k cos (xk , ek )
ce qui donne en tenant compte de ky1 k = kx1 k :
n
Y n
Y
g (x1 , · · · , xn ) = 2
cos (xk , ek ) kxk k2
k=2 k=1
avec :
hx2 | e1 i = kx2 k cos (x2 , e1 ) = kx2 k cos (x2 , x1 )
on obtient : ¡ ¢
ky2 k2 = kx2 k2 1 − cos2 (x2 , x1 ) = kx2 k2 sin2 (x1 , x2 )
et : n n
Y Y
g (x1 , · · · , xn ) = sin2 (x1 , x2 ) cos2 (xk , ek ) kxk k2
k=3 k=1
Corollaire 32.4 Si n est un entier naturel supérieur ou égal à 2, alors pour toute famille
(xi )1≤i≤n de vecteurs non nuls de E, on a :
n
Y
0 ≤ g (x1 , · · · , xn ) ≤ kxk k2 .
k=1
La borne inférieure est atteinte si, et seulement si, la famille (xi )1≤i≤n est liée et la borne
supérieure est atteinte si, et seulement si, la famille (xi )1≤i≤n est orthogonale.
On suppose donc cette famille libre et dans ce cas, on a g (x1 , · · · , xn ) > 0 et le théorème
Q
n
précédent nous dit que g (x1 , · · · , xn ) ≤ kxk k2 , l’égalité étant réalisée si, et seulement si, on
k=1
a cos2 (xk , ek ) = 1 pour tout k compris entre 2 et n, ce qui compte tenu de :
k−1
X
2 2 2
2
kyk k = cos (xk , ek ) kxk k = kxk k − hxk | ej i2
j=1
Théorème 32.12 Soient F un sous-espace vectoriel de dimension finie de E et (xi )1≤i≤n une
base de F. Pour tout x dans E, on a :
s
g (x1 , · · · , xn , x)
d (x, F ) =
g (x1 , · · · , xn )
donc : p
d (x, F ) = g (x1 , · · · , xn , x)
et pour les coefficients aj , on retrouve aj = hxj | xi .
Exemple 32.4 On se place sur E = C ([0, 1]) muni du produit scalaire :
Z 1
(f, g) 7→ f (x) g (x) dx.
0
on note k·k2 la norme déduite de ce produit scalaire et k·k∞ la norme de la convergence uniforme
sur l’intervalle [0, 1] .
On rappelle que pour tout entier naturel non nul n, on note en la fonction x 7→ xn .
Le théorème de Weierstrass nous dit que R [x] = Vect {en | n ∈ N} est dense dans (E, k·k∞ )
et avec kf k2 ≤ kf k∞ pour toute fonction f ∈ E, on déduit que R [x] est également dense dans
(E, k·k2 ) . Les théorèmes de Müntz permettent de caractériser
© λ les suites
ª strictement croissantes
de réels positifs pour lesquelles l’espace vectoriel Vect x | n ∈ N est dense dans E, muni
n
Théorème 32.13 Soit {θn | n ∈ N} un système libre dans E. L’espace vectoriel F = Vect {θn | n ∈ N}
est dense dans (E, k·k2 ) si, et seulement si, pour tout entier naturel p, on a :
g (θ0 , · · · , θn , ep )
lim = 0.
n→+∞ g (θ0 , · · · , θn )
Fn = Vect {θk | 0 ≤ k ≤ n}
on a g (θ0 , · · · , θn ) > 0 puisque le système {θk | 0 ≤ k ≤ n} est libre et pour tout entier naturel
p:
g (θ0 , · · · , θn , ep )
= d (ep , Fn )
g (θ0 , · · · , θn )
Supposons que F soit dense dans (E, k·k2 ) et soit p un entier naturel. Pour tout réel ε stricte-
ment positif on peut alors trouver un entier n0 et une fonction P ∈ Fn0 tels que kep − P k2 < ε.
On a alors :
d (ep , Fn0 ) = inf kep − Qk2 ≤ kep − P k2 < ε
Q∈Fn0
De plus pour tout entier n ≥ n0 , on a Fn0 ⊂ Fn et donc d (ep , Fn ) ≤ d (ep , Fn0 ) , ce qui permet
de déduire que :
∀n ≥ n0 , d (ep , Fn ) < ε
On a donc ainsi montré que pour tout entier naturel p, on a :
lim d (ep , Fn ) = 0
n→+∞
Avec la densité de R [x] dans (E, k·k2 ) , on déduit que pour toute fonction f ∈ E et pour
tout réel ε strictement positif il existe une fonction polynomiale P telle que kf − P k2 < ε. En
Les théorèmes de Müntz 871
désignant par n0 un entier naturel tel que d (P, Fn0 ) < ε et en notant P0 ∈ Fn0 la projection
orthogonale de P sur Fn0 , on a :
et :
d (f, Fn0 ) ≤ kf − P0 k2 < 2ε
En écrivant que d (f, Fn0 ) = kf − Q0 k2 , où Q0 ∈ Fn0 est la projection orthogonale de f sur
Fn0 , on a donc kf − Q0 k2 < 2ε. Ce qui montre bien la densité de F dans (E, k·k2 ) .
Lemme 32.1 Si p est un entier naturel non nul, λ0 , λ1 , · · · , λp et x0 , x1 , · · · , xp sont des réels
tels que xj + λi 6= 0 pour tous i, j compris entre 1 et p, on a alors :
Q
µµ ¶¶ (xj − xi ) (λj − λi )
1 0≤i<j≤p
det = Q
xj + λ i 0≤i,j≤p (xj + λi )
0≤i,j≤p
(déterminant de Cauchy ).
Démonstration.
µµ S’il
¶¶existe deux indices i 6= j tels que xj = xi [resp. λj = λi ], la ma-
1
trice Ap = a alors deux colonnes [resp. deux lignes] identiques et sont
xj + λ i 0≤i,j≤p
déterminant est nul. L’égalité annoncée est donc vérifiée.
On suppose que les xi , ainsi que les λi sont deux à deux distincts et on désigne par Fp la
fonction rationnelle définie sur R \ {−λ0 , · · · , −λp } par :
Q
p−1
(x − xj )
j=0
Fp (x) = .
Q
p
(x + λi )
i=0
En développant le déterminant :
¯ ¯
¯ x +λ
1 1 1 ¯
¯ 0 0 ··· xp−1 +λ0 xp +λ0 ¯
¯ .. ... .. .. ¯
¯ . . . ¯
Dp = ¯ ¯,
¯ x +λ1 . . . 1 1 ¯
¯ 0 p−1 xp−1 +λp−1 xp +λp−1 ¯
¯ Fp (x0 ) · · · Fp (xp−1 ) Fp (xp ) ¯
872 Espaces préhilbertiens, projection orthogonale
suivant la dernière ligne, en tenant compte de Fp (xj ) = 0 pour tout j compris entre 0 et p − 1,
on obtient :
Dp = Fp (xp ) det (Ap−1 )
Pp αi
D’autre part, en écrivant que Fp (xj ) = et en utilisant le fait que le déterminant
i=0 xj + λi
est une forme multilinéaire alternée, on a aussi :
Dp = αp det (Ap )
On a donc Fp (xp ) det (Ap−1 ) = αp det (Ap ) et :
Q
p−1
(xp − xj ) (λp − λj )
Fp (xp ) j=0
det (Ap ) = det (Ap−1 ) = p det (Ap−1 )
αp Q Q
p−1
(xp + λi ) (xj + λp )
i=0 j=0
Dans ce qui suit, on se donne une suite strictement croissante de réels positif :
0 ≤ λ0 < λ1 < · · · < λn < λn+1 < · · ·
et pour tout entier naturel n, on note θn la fonction définie par :
∀x ∈ [0, 1] , θn (x) = xλn .
Lemme 32.2 Pour tout entier naturel non nul n, on a :
µj−1 ¶
Q
n Q 2
(λj − λi )
j=0 i=0
g (θ0 , · · · , θn ) = n µ n ¶
Q Q
(λj + λi + 1)
j=0 i=0
On a aussi :
µj−1 ¶
Q
n Q 2 Q
n
(λj − λi ) (λi − p)2
j=0 i=0 i=0
g (θ0 , · · · , θn , ep ) = µ ¶
Q
n Q
n Q
n
(λj + λi + 1) (λj + p + 1) (λi + p + 1) (2p + 1)
j=0 i=0 i=0
soit : µj−1 ¶
Q
n Q Qn
2
(λj − λi ) (λi − p)2
j=0 i=0 i=0
g (θ0 , · · · , θn , ep ) = n µ n ¶ n
Q Q Q
(λj + λi + 1) (λi + p + 1)2 (2p + 1)
j=0 i=0 i=0
De ces calculs on déduit, avec les notations qui précèdent, le premier résultat de densité
suivant.
Théorème 32.14 L’espace vectoriel F = Vect {θn | n ∈ N} est dense dans (E, k·k2 ) si, et
seulement si : n
Y λi − p
∀p ∈ N, lim =0
n→+∞ λ +p+1
i=0 i
Théorème 32.15 (Müntz) L’espace vectoriel F = Vect {θn | n ∈ N} est dense dans (E, k·k2 )
si, et seulement si :
+∞
X 1
= +∞.
n=1
λ n
1
Démonstration. On a λn > λ0 ≥ 0 pour tout entier naturel non nul, donc est bien
λn
défini pour n ≥ 1.
Supposons F dense dans (E, k·k2 ) , on a alors :
n
Y λi − p
∀p ∈ N, lim =0
n→+∞
i=0
λi + p + 1
Si la suite (λn )n∈N est bornée, étant croissante positive, elle converge vers un réel λ > 0 et la
P 1
+∞
série est divergente. Si cette suite n’est pas bornée, étant croissante, elle diverge vers
n=1 λn
l’infini. Si N ⊂ {λk | k ∈ N} , on a alors :
+∞
X +∞
X
1 1
≥ = +∞
λ
n=1 n n=1
n
Dans le cas contraire il existe un entier naturel p tel que p 6= λk pour tout k ∈ N et avec
lim λn = +∞ on déduit qu’il existe un entier i0 tel que λi > p pour tout i > i0 . De :
n→+∞
n
Y Yi0 Yn
λi − p λi + p + 1 λi − p
lim = lim =0
n→+∞
i=i0 +1
λi + p + 1 i=0
λ i − p n→+∞
i=0
λi + p + 1
on déduit que :
+∞
X µ ¶
λi − p
ln = −∞
i=i0 +1
λi + p + 1
et du fait que :
µ ¶ µ ¶
λi − p 2p + 1 2p + 1 2p + 1
ln = ln 1 − v − v −
λi + p + 1 λi + p + 1 i→+∞ λi + p + 1 i→+∞ λi
cela équivaut à :
+∞
X 1
=∞
λ
i=i +1 i
0
1 P
+∞ Qn λi − p
Réciproquement supposons que = +∞. Pour p, n dans N, on note un,p = .
n=1 λn i=0 λi + p + 1
Si p ∈ {λk | k ∈ N} , on a alors un,p = 0 à partir d’un certain rang. Si p ∈ / {λk | k ∈ N} , on
distingue deux cas. Si la suite (λn )n∈N est bornée, alors elle converge vers un réel λ > 0 et :
¯ ¯ ¯ ¯
¯ λi − p ¯ ¯ λ − p ¯
lim ¯ ¯=¯ ¯
¯λ + p + 1¯ = µ < 1
i→+∞ ¯ λi + p + 1 ¯
et :
∀n > i0 , |un,p | ≤ |ui0 ,p | (µ + ε)n−i0
ce qui entraîne lim un,p = 0. Si la suite (λn )n∈N n’est pas bornée, elle diverge alors vers l’infini
n→+∞
et λi − p est strictement positif à partir d’un rang i0 avec :
µ ¶ µ ¶
λi − p 2p + 1 2p + 1
ln = ln 1 − v −
λi + p + 1 λi + p + 1 i→+∞ λi
µ ¶
P
+∞ λi − p
ce qui entraîne ln = −∞, équivalent à lim un,p = 0. Dans tous les cas, on
i=i0 +1 λi + p + 1 n→+∞
a lim un,p = 0 pour tout entier naturel p, ce qui équivaut à la densité de F dans (E, k·k2 ) .
n→+∞
De ce théorème on déduit le résultat de densité suivant dans E muni de la norme de la
convergence uniforme.
Théorème 32.16 (Müntz) Si avec les notations qui précèdent, on suppose de plus que λ0 =
0 et λ1 ≥ 1, alors l’espace vectoriel F = Vect {θn | n ∈ N} est dense dans (E, k·k∞ ) si, et
seulement si :
+∞
X 1
= +∞.
λ
n=1 n
Démonstration. Si F est dense dans (E, k·k∞ ) , il est alors dense dans (E, k·k2 ) et le
P 1
+∞
théorème précédent nous dit que = +∞.
n=1 λn
P 1
+∞
Réciproquement, on suppose que = +∞. Pour tout entier n ≥ 2 on a λn − 1 > 0 et
n=1 λn
P
+∞ 1 © ª
donc = +∞, ce qui équivaut à la densité de G = Vect xλn −1 | n ≥ 1 dans (E, k·k2 )
n=2 λn − 1
(on note xλ la fonction x 7→ xλ ). Pour toute fonction polynomiale P et pour tout réel ε > 0,
Pn
on peut trouver une fonction ϕ = ak xλk −1 dans G telle que kP 0 − ϕk2 < ε, où P 0 désigne le
k=1
polynôme dérivé de P. On désigne alors par θ la primitive sur [0, 1] de la fonction ϕ telle que
ϕ (0) = P (0) , soit :
Xn
ak λk
θ = P (0) + x ∈F
k=1
λk
(l’hypothèse λ0 = 0 nous dit que 1 ∈ F ) et pour tout réel x ∈ [0, 1] avec l’inégalité de Cauchy-
Schwarz, on a :
¯Z x ¯
¯ ¯ √
|P (x) − θ (x)| = ¯¯ (P (t) − ϕ (t)) dt¯¯ ≤ kP 0 − ϕk2 x ≤ kP 0 − ϕk2 < ε
0
0
soit kP − θk∞ < ε. On a donc ainsi montré que toute fonction polynomiale peut être uniformé-
ment approchée sur [0, 1] par des éléments de F. Avec le théorème de Weierstrass on en déduit
alors que F est dense dans (E, k·k∞ ) .
Exemple 32.5 Si (pn )n≥1 est la suite des nombres premiers positifs rangée dans l’ordre crois-
P 1
+∞
sant, on sait que = +∞ et on en déduit que l’espace vectoriel Vect {1, xpn | n ≥ 1} est
n=1 pn
dense dans (E, k·k∞ ) .
876 Espaces préhilbertiens, projection orthogonale
Démonstration. Pour tout entier naturel n, Sn (x) est la projection orthogonale de x sur
Fn = Vect {ek | 0 ≤ k ≤ n} , donc :
n
X
hx | ek i2 = kxk2 − kx − sn (x)k2 ≤ kxk2
k=0
P
ce qui entraîne la convergence de la série à termes positifs hx | en i2 avec l’inégalité :
n∈N
+∞
X
hx | en i2 ≤ kxk2 .
n=0
En utilisant le fait que le terme général d’une série convergente tend vers 0, on déduit le
résultat suivant.
Corollaire 32.5 (Riemann-Lebesgue) Pour tout x ∈ E on a :
lim hx | en i = 0.
n→+∞
Exemple 32.6 Dans le cas des séries de Fourier trigonométriques, l’inégalité de Bessel s’écrit
sous la forme :
+∞ Z
a0 (f )2 X ¡ 2 2¢ 1 π 2
+ an (f ) + bn (f ) ≤ f (t) dt,
2 n=1
π −π
Définition 32.8 On dit qu’une famille orthonormée B = {en | n ∈ N} est totale dans E si le
sous espace vectoriel de E engendré par B est dense dans (E, k·k) .
Dire que la famille orthonormée B est totale dans E équivaut à dire que pour tout x dans
E et pour tout réel ε > 0 il existe un entier n ∈ N et un (n + 1)-uplet (c0 , c1 , · · · , cn ) ∈ Rn+1
tels que : ° °
° Xn °
° °
°x − ck ek ° < ε.
° °
k=0
Ce qui équivaut encore à dire que tout x dans E est limite d’une suite d’éléments de Vect (B) .
Théorème 32.18 Avec les notations qui précédent, les propriétés suivantes sont équivalentes.
(i) La famille orthonormée B est totale.
(ii) Pour tout x dans E, on a :
+∞
X
x= hx | en i en
n=0
(série convergente dans (E, k·k)).
(iii) Pour tous x, y dans E, on a :
X
hx | en i hy | en i = hx | yi
n∈N
(égalité de Parseval).
(iv) Pour tout x dans E, on a : X
hx | en i2 = kxk2
n∈N
(égalité de Parseval).
Démonstration. Pour tout entier naturel n, on note :
Fn = Vect {ek | 0 ≤ k ≤ n}
(i) =⇒ (ii) On suppose que la famille B est totale. Pour x ∈ E et tout réel ε > 0, il existe
P
n0
alors un entier naturel n0 et un vecteur y = ck ek ∈ Fn0 tel que kx − yk < ε. Pour tout entier
k=0
P
n
n ≥ n0 , le vecteur Sn (x) = hx | ek i ek est la projection orthogonale de x sur Fn et en tenant
k=0
compte de Fn0 ⊂ Fn , on déduit que :
kx − Sn (x)k = d (x, Fn ) ≤ kx − yk < ε
On a donc ainsi prouvé que lim kx − Sn (x)k = 0, c’est à dire que dans (E, k·k) on a l’égalité
n→+∞
P
+∞
x= hx | en i en .
n=0
P
+∞
(ii) =⇒ (iii) On suppose que, pour tout x ∈ E, on a x = hx | en i en dans (E, k·k) . En
n=0
P
n
utilisant le fait que pour tout x ∈ E on a x − hx | ek i ek ∈ Fn⊥ , on déduit que pour tout
k=0
y ∈ E on a :
* n n
+ n
X X X
x− hx | ek i ek | y − hy | ek i ek = hx | yi − hx | ek i hy | ek i
k=0 k=0 k=0
878 Espaces préhilbertiens, projection orthogonale
ce qui entraîne : ¯ ¯
¯ n
X ¯
¯ ¯
lim ¯hx | yi − hx | ek i hy | ek i¯ = 0
n→+∞ ¯ ¯
k=0
P
+∞
c’est-à-dire que hx | yi = hx | en i hy | en i .
n=0
(iii) =⇒ (iv) Il suffit de faire y = x dans ce qui précède.
P
+∞
(iv) =⇒ (i) Si kxk2 = hx | en i2 , pour tout x ∈ E, en écrivant que :
n=0
° °2
° X n ° Xn
° ° 2
0 ≤ °x − hx | ek i ek ° = kxk − hx | ek i2
° °
k=0 k=0
µ n ¶
P
on déduit que x = lim hx | ek i ek et la densité de Vect (B) dans E.
n→+∞ k=0
Exemple 32.7 Dans le cas des séries de Fourier trigonométriques, la densité de l’espace vecto-
riel P des polynômes trigonométriques dans (F, k·k∞ ) entraîne la densité de P dans (F, k·k2 ) ,
c’est-à-dire que la famille orthonormée :
½ ¾
1 1 1 ∗ ∗
B = √ , √ cos (nt) , √ sin (mt) | (n, m) ∈ N × N
2π π π
est totale et on a l’égalité de Parseval :
+∞ Z
a0 (f )2 X ¡ ¢ 1 π
+ an (f )2 + bn (f )2 = f 2 (t) dt.
2 n=1
π −π
L’égalité :
+∞
a0 (f ) X
f= + (an (f ) cn + bn (f ) sn )
2 n=1
(cn (x) = cos (nx) et sn (x) = sin (nx)) dans (F, k·k2 ) s’exprime en disant que la série de
Fourier de la fonction f ∈ F converge en moyenne quadratique.
Définition 32.9 On dit qu’une famille orthonormée B est maximale dans E s’il n’est pas
possible de trouver un vecteur unitaire e ∈ E tel que B∪{e} soit encore une famille orthonormée
dans E.
Théorème 32.19 Si B = {en | n ∈ N} est une famille orthonormée maximale dans E, alors
pour tout x ∈ E la condition hx | en i = 0 pour tout n ∈ N équivaut à x = 0.
Démonstration.
½ ¾Si x 6= 0 dans E est tel que hx | en i = 0 pour tout n ∈ N, alors le
1
système B ∪ x est orthonormé ce qui contredit le caractère maximal de B. On a donc
kxk
nécessairement x = 0.
Ce théorème peut s’exprimer en disant que si B est une famille orthonormée maximale
dans E, alors tout vecteur x ∈ E est uniquement déterminé par ses coefficients de Fourier
relativement à B.
Inégalité de Bessel et égalité de Parseval 879
et nécessairement kek = 0 ce qui est contradictoire avec kek = 1. On déduit donc que la famille
orthonormée B est maximale.
Théorème 32.21 Si l’espace préhilbertien E est de dimension infinie et, complet alors une
famille orthonormée est totale si, et seulement si, elle est maximale.
Démonstration. On sait déjà qu’une famille orthonormée totale est maximale. Supposons
P
n
que la famille orthonormée B soit maximale. Pour x ∈ E on note toujours Sn (x) = hx | ek i ek
k=0
sa n-ème somme partielle de Fourier. Pour m > n on a :
m
X +∞
X
2 2
kSn (x) − Sm (x)k = hx | ek i ≤ hx | ek i2
k=n+1 k=n+1
et ce reste tend vers 0 quand n tend vers l’infini (Bessel). La suite (Sn (x))n∈N est donc de
Cauchy dans E et elle converge si E est complet. On note y sa limite. Pour m > n on a :
hy − sm (x) | en i = hy | en i − hx | en i