Mali
Mali
République du Mali
Capitale: Bamako
Population: 17,9 millions (est. 2017)
Langue officielle: français
Groupe majoritaire: aucun
Groupes minoritaires: bambara (25,1%), sénoufo (12,2%), songaï (8,0%), peul (8,5%),
maninka (7,9%), soninké (7,9%), dogon (5,5%), arabe hassanya (5%), bozo (4,6%), tamasheq
(2,8%), tamajaq (2,1%), poular (2%), bomu (1,5%), khasonké (1,3%), tadaksahak (0,8%), dioula
(0,5%), wolof (0,3%), marka (0,2 %), mossi (0,2%), kagoro (0,2%), siamou (0,1%), etc.
Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue): articles 1, 9 et 10 de la Constitution du 26 mars 2012
Lois linguistiques: Décret n° 159 PG-RM fixant l'alphabet pour la transcription des langues
nationales (1982); Loi n° 84-26 AN RM sur le régime de la propriété littéraire et artistique
(1984); Décret n° 92 - 073 / P-CTSP portant promulgation de la Constitution (1991); Code du
travail (1992); Loi n° 92-001 du 23 juillet 1992 portant règlement intérieur de l'Assemblée
nationale (1992); Décret n° 96-044/P-RM fixant les avantages accordés au personnel
diplomatique, administratif et technique dans les missions diplomatiques et consulaires du Mali
(1996); Loi n° 97-021 du 14 mars 1997 relative aux instruments de paiement chèque, carte de
paiement, lettre de change, billet à ordre (1997); Loi n° 98-012 AN RM sur les relations entre
l’administration et les usagers des services publics (1998); Loi n° 99-046 AN RM portant loi
d'orientation sur l’éducation (1999); Code de procédure pénale (2001); Décret n° 03 - 580 / P-
RM du 30 décembre 2003 fixant les modalités d’application de la loi régissant les relations entre
l’administration et les usagers des services publics (2003); Code des personnes et de la famille
(2011); Ordonnance n° 2013-027/P-RM du 31 décembre 2013 portant statut des notaires
(2013); Décret n° 2015-0604/P-RM du 25 septembre 2015 portant Code des marchés publics et
des délégations de service public (2015); Loi n° 2016-012 du 6 mai 2016 relative aux
transactions, échanges et services électroniques (2016).
1 Situation générale
La république du Mali est limitée au nord par l’Algérie, le Niger et le Burkina à l’est, la Côte
d’Ivoire et la Guinée au sud, le Sénégal et la Mauritanie à l’ouest (voir la carte). Le Mali est
un pays relativement grand, puisque sa superficie (1,2 million km²) correspond à peu près à
30 fois la Suisse, soit la superficie réunie de l’Allemagne (357 021 km²), de la France (547
030 km²), du Royaume-Uni (244 820 km²), de la Belgique (32 545 km²) et des Pays-Bas (41
526 km²). La distance entre le nord et le sud du Mali est de 1600 kilomètres. Le pays est
divisé en huit régions administratives (voir la carte détaillée): Tombouctou, Kidal, Gao, Mopti,
Kayes, Koulikoro, Sikasso et Ségou, auxquelles s’ajoute le district de la capitale, Bamako.
Le Mali est un État enclavé dont 65 % du territoire est occupé par le désert et demeure l'un
des pays les plus pauvres du monde.
2 Données démolinguistiques
Rang Région Capitale Surface/km2 Population est. 2011
1 Sikasso (sud) Sikasso 70 280 2 259 769
District
Les régions du Nord demeurent toutes peu peuplées: 6) Tombouctou; 7) Gao; 8) Kidal.
Seule la ville de Bamako (1 926 748), la capitale du pays, dépasse le million d'habitants. Les autres villes
importantes sont Kayes (148 000), Mopti (105 600), Nioro (100 230), Ségou (104 992) et Sikasso (213 977). En
outre, le Mali a perdu beaucoup de ses citoyens au profit de la Côte d'Ivoire, du Sénégal, de l'Afrique centrale
et de la France.
Le Mali compte deux grands groupes ethniques très différents: les Arabo-
Berbères au nord et les Subsahariens au sud.
Les Subsahariens du Sud sont de race noire; ils sont en général soutenus par
l’Union africaine majoritairement composée des États de l'Afrique noire. Ce
sont des Peuls, des Sénoufos, des Soninkés, des Dogons, des Songaïs, des
Malinkés, des Dioulas, etc. Depuis longtemps, il existe des rivalités profondes
entre les Arabo-Berbères du Nord, appelés les «peaux pâles», et les
Subsahariens du Sud, les Noirs.
On compte une soixantaine
d'ethnies au Mali. Près de
40 % des habitants du pays
(38,7 %) appartiennent à la
grande ethnie mandingue;
ce sont majoritairement des
Bambara (23,9 %) vivant
principalement dans le
district de Bamako. Ils sont
suivis par les Sénoufos
(12,2 %), les Songaï (8,9
%), les Soninkés (8,8 %),
les Bozos (4,6 %), les
Khasonkés (1,3 %), les
Ganadougous (0,8 %), les
Duungoma (0,7 %), les Jula
(0,5 %), etc.
- Groupe
mandingue
: bambara,
soninké,
khasongué,
duungooma,
dioula,
kagoro, etc.
- Groupe
gur :
sénoufo,
bommossi,
siamou, etc.
- Groupe
ouest-
atlantique:
peul,
fulfudé,
poular,
wolof, etc.
- Isolat :
dogon
Les langues de la
famille afro-asiatique
sont peu nombreuses:
l'arabe hassanya parlé
par les Maures, le
tamajaq et le tamasheq
parlÉs par les
Touaregs.
Le songaï, le
tadaksahak et le
zarmaci sont des
langues appartenant à
la famille nilo-
saharienne.
Le tableau qui suit présente les ethnies et leurs langues du Mali ayant une population de plus de 15 000
individus.
Fulani du
1 315 000 peul du Maasina (fulfuldé) 8,0 % groupe ouest-atlantique
Maasina
Maninka 1 294 000 maninka (maninkakan) 7,9 % groupe mandingue
Touaregs
462 000 tamasheq 2,8 % famille afro-asiatique (berbère)
tamasheq
Maures blancs 460 000 arabe hassanya 2,8 % famille afro-asiatique (sémitique)
Touaregs
351 000 tamajaq 2,1 % famille afro-asiatique (berbère)
tamajaq
Bobo (Bomu) 248 000 bomu 1,5 % groupe gour
Toucouleurs
231 000 poular 1,4 % groupe ouest-atlantique
(Poulars)
Arabes
222 000 arabe hassanya 1,3 % famille afro-asiatique (sémitique)
sahariens
Khasonkés 222 000 xaasongaxango (khasonké) 1,3 % groupe mandingue
Bédouin du
158 000 arabe hassanya 0,9 % famille afro-asiatique (sémitique)
Bérabiche
Ganadougous 139 000 bambara (bamanankan) 0,8 % groupe mandingue
Une vingtaine de langues maliennes sont parlées par plus de 100 000 personnes. Elles sont en général dotées
d’une écriture alphabétique depuis 1967. De toutes les langues nationales, le bambara (près de quatre millions
de locuteurs comme langue maternelle) demeure manifestement la langue la plus importante d'autant plus
qu'elle est comprise par au moins cinq millions de personnes: elle sert de langue véhiculaire aux Maliens à
Bamako et sur la quasi-totalité du territoire, à l'exception du Nord. Les autres noms possibles pour désigner la
langue sont le suivants: julakan, bamanankan, bamanakan. Les principaux dialectes du bambara sont le
somono, le ségou, le san, le beledougou, le ganadouguu, le wasouluu et le sikasso. Le bambara est également
parlé dans d'autres pays d'Afrique de l'Ouest, notamment dans les pays voisins, soit au Burkina Faso, en Côte
d'Ivoire et en Guinée. Le bambara, le malinké et le dioula sont incompréhensibles entre eux.
Le sénoufo est une autre langue importante au Mali, car il est parlé par près de deux millions de locuteurs au
sud-est du Mali, ainsi que par les autres Sénoufos de la Côte d'Ivoire (le sénari), du Burkina Faso (le karaboro)
et du Ghana (le nafaanra). Le sénoufo est fragmenté en de nombreuses variétés dont le sénoufo de Mamara
(minyanka et mianka), le sénoufo de Supyire (suppire), le sénoufo de Nanerige (nanergé), le sénoufo de Sucite
(sicite et sìcìté), le sénoufo de Shempire (syempire), le Sénoufo central (lui-même extrêmement diversifié), etc.
La troisième langue nationale importante est le songaï (songhaï) de la famille nilo-saharienne. On distingue le
songaï méridional (plusieurs dialectes) et le songaï septentrional (plusieurs dialectes). Près de un million et
demi de locuteurs parlent l'une des variétés du songaï.
Vient ensuite le peul, parlé au Mali par 1,5 million de locuteurs. Comme le peul est une langue parlée dans une
vingtaine d’États d'Afrique occidentale et d'Afrique centrale — Mauritanie, Sénégal, Mali, Guinée, Burkina Faso,
Niger, Nigeria, Gambie, Tchad, Sierra Leone, Bénin, Guinée-Bissau, Soudan, Centrafrique, Côte d'Ivoire,
Ghana, Togo, Cameroun —, il porte différents noms: peulh, peul, pulaar, pular, pulli, pullo, fulfuldé, fulani, foula,
fulah, fulanké, bulbé, etc. Alors que les Français emploient le terme «peul» ou «poular», les Anglais utilisent
«fula», «fulfulde» ou «fulfudé». Les Peuls du Mali habitent principalement dans la région de Mopti, région
frontalière entre le Nord et le Sud. La plupart des Peuls en milieu rural sont des éleveurs de bovins. La langue
peule est apparentée aux langues des Wolofs et des Toucouleurs.
La cinquième langue du Mali est le maninka ou le maninkanan, une langue nilo-saharienne, utilisé par 1,2
million de locuteurs. Il est parlé au Mali par les Maninka (appelés par les Français «Malinkés»), mais aussi au
Sénégal et en Guinée. Le pays Maninkala, la zone de peuplement des Maninka, est situé à l'extrémité ouest du
Mali. Les Maninka sont des éleveurs, des chasseurs et des artisans.
Les locuteurs du soninké (groupe mandingue) compte pour 7,6 % de la population malienne; les Soninkés sont
établis au Mali principalement le long de la frontière mauritanienne entre Nara et Nioro du Sahel, ainsi qu'au
Sénégal et en Mauritanie, mais aussi au nord de Bamako, la capitale. Le soninké compte quelques dialectes:
l'azer, le kinbakka et le xenqenna.
Le dogon, appelé dogosso en langue dogon constitue une autre langue numérique importante avec plus de
900 000 locuteurs. Bien qu'un effort de normalisation soit en cours, le dogon une langue fragmentée en une
quinzaine de dialectes souvent non aisément compréhensibles entre eux, avec en plus de nombreuses
variantes dialectales selon les villages. Les Dogons occupent une région nommée «le Pays dogon», la
première région touristique du Mali, située le long de la frontière avec le Burkina Faso. Les Dogons sont avant
tout des cultivateurs, des forgerons et de petits éleveurs. Les Dogons utilisent aussi une langue rituelle secrète,
le sigi so, qui est réservée aux hommes dogons initiés et utilisée lors des cérémonies religieuses associées aux
masques.
Le bozo est une autre langue mandingue parlée par plus de 700 000 locuteurs. Le bozo est une langue proche
du soninké. Il existe plusieurs variantes du bozo: le bozo-hainyaxo, le bozo-sorogama (ou jenaama), le bozo-
tiema ciewe et le bozo-tigemaxo (ou bozo-tiéyaxo). La variante, le bozo-tiéyaxo, a acquis le statut de langue
nationale au Mali.
Bien que traditionnellement nomades, beaucoup de Touaregs ont abandonné le nomadisme du désert pour se
fixer dans les grandes villes en bordure du Sahara, comme Tamanrasset en Algérie ou Agadez au Niger, ou
dans les les capitales de Bamako au Mali et de Niamey au Niger. Tout en étant répartis sur d'immenses
territoires, les Touaregs n'en ont pas moins conservé un fort sentiment identitaire reposant à la fois sur la
langue, le tamasheq ou le tamajq, transcrite normalement en alphabet tifinagh, et sur la religion, l'islam qu'ils
pratiquent de façon particulière. La décolonisation survenue lors de l'indépendance des États africains s'est
traduite pour les Touaregs du Mali et du Niger par des rapports de domination du fait que le contrôle de l'État a
été exercé par des ethnies négro-africaines sédentaires. Pour les Noirs, les Touaregs sont considérés comme
des Arabes, alors que ce sont des Berbères. S'estimant marginalisés tant politiquement que économiquement,
les Touaregs du Mali et du Niger se sont réfugiés dans la lutte armée pour soutenir leurs revendications.
Toutefois, soucieuses de préserver leur intégrité territoriale et souhaitant assimiler leurs citoyens d'origine
touarègue au sein de leur communauté nationale, les autorités du Mali et du Niger ont pratiquement toujours
réprimé les désirs d'autonomie des Touaregs.
Il faut mentionner également l'arabe hassanya parlé par les Maures blancs
(460 000), les Arabes sahariens (222 000) et les Bédouins du Bérabiche
(158 000), tous peuples du désert comme les Touaregs. Alors que les
Touaregs sont tournés vers l'est (l'Algérie), les Arabes sont tournés vers
l'ouest (la Mauritanie). Ainsi, la plupart de ces arabophones sont installés
dans le nord-ouest du Mali, près de la frontière mauritanienne.
Les Maures blancs parlent l'arabe hassanya, mais en empruntant de nombreux mots au wolof, au français, au
soninké, etc. Les Maures sont issus du métissage entre les Arabo-Berbères et les Noirs, d'où la distinction
entre les «Maures blancs» à peau pâle, appelés aussi Bidanes, et les «Maures noirs», appelés les Haratines,
descendants d’esclaves, et plus ou moins métissés.
Les Bédouins du Bérabiche (ou Bérabiches) ainsi que les Arabes sahariens vivent dans les mêmes régions
du Nord-Ouest que les Maures et parlent aussi la même langue. Ce sont des nomades qui sont de plus en plus
sédentarisés, notamment près de Tombouctou.
Il convient de souligner que, sur les 13 langues reconnues officiellement comme des «langues nationales» du
Mali, plus de la moitié sont des langues sous-régionales parlées dans d’autres pays de l'Afrique de l'Ouest,
sinon au-delà. Ainsi, le peul (ou fulfuldé) est parlé au Burkina Faso, en Guinée-Conakry, au Sénégal, au
Cameroun, au Niger, etc. Le soninké est employé en Mauritanie et au Sénégal. Pour ce qui est du tamasheq, il
est parlé dans les pays qui bordent le Sahara (l’Algérie, le Niger et la Mauritanie). L'arabe hassanya est parlé
en Mauritanie et au Mali. Le sénoufo (syenara) et le minianka (mamara) sont employés entre le Mali, la Côte
d’Ivoire et le Burkina Faso. Le bomu est parlé au Mali et au Burkina Faso. Le bambara s’apparente à de
nombreux parlers dans la sous-région ouest-africaine. Des parlers voisins existent au Burkina Faso, en Côte
d’Ivoire, en Guinée, en Gambie, au Sénégal, etc. Le sonrhaï a des liens de parenté avec les langues du Niger
(djerma) et du Bénin (dendi).
Le français bénéficie du statut de langue officielle et est utilisé comme langue de l'État malien à tous les
niveaux. C'est donc la seule langue de l'administration, du gouvernement et de l'État. Bien qu'il ne soit la langue
maternelle que d'une très faible portion de la population (seulement environ 15 000 individus), sa connaissance
a beaucoup progressé comme langue seconde au sein de la population malienne. Ainsi, en 1960, quelque
66 000 Maliens savaient lire et écrire en français. En 1985, ils étaient 564 000. En 2009, ils étaient 2,2 millions.
Néanmoins, le bambara sert, dans plusieurs régions, de principale langue véhiculaire. Il serait maîtrisé par 80
% de la population soit comme langue maternelle soit comme langue seconde. Il n'est pas rare que, dans les
villages du Sud, les enfants soient bilingues (langue locale + bambara), voire trilingues. À l’école, le français est
souvent enseigné en tant que quatrième langue.
D'après l'article 1er du décret 159 PG-RM du 19 juillet 1982, les autorités maliennes ont reconnu 13 langues
nationales: le bambara (ou bamanankan), le bobo (bomu), le bozo, le dogon (dogo-so), le peul (fulfuldé), le
soninké (soninké), le songoy (songaï), le sénoufo-minianka (syenara-mamara) et le tamasheq (tamalayt).
Mais d'autres langues sont également reconnues: l'arabe hassanya, le kasonkan, le madenkan et le
maninkakan (maninka).
Néanmoins, le bambara est la langue la mieux maîtrisée par les Maliens et les langues nationales sont utilisées
dans toute la communication orale. Il serait maîtrisé par 80% de la population soit comme langue maternelle
soit comme langue seconde. Selon la Direction nationale de la statistique et de l'informatique (DNSI) - devenu
l'Institut national de la statistique (INSTAT)-, le bambara, le malinké, le sarakolé, le peul, le sénoufo/minianka, le
dogon, le songaï, le bobo, le tamasheq (touareg) et le maure (arabe hassanya) sont les langues les plus
utilisées au Mali, en plus de la langue officielle. À peine 10 % de la population maîtrise la langue officielle.
Cependant, beaucoup de parents maliens considèrent que l’introduction des langues nationales dans les
écoles, notamment le bambara, influencent négativement l'apprentissage du français. Du fait que le bambara
occupe une partie du temps scolaire et que, par conséquent, les élèves doivent apprendre deux langues au lieu
d’une seule, il en résulterait une dégradation des résultats scolaires. De nombreux parents considèrent que
l’aggravation du chômage est une conséquence de cette dégradation. C'est pourquoi ils préfèrent le français, à
cause de tout ce qu'il apporte au niveau socio-économique. Le français est perçu comme la langue de l'argent
et du salaire fixe. Lorsqu'on le connaît, on peut aller dans d'autres pays et se faire comprendre. On devient des
«personnes importantes». Par comparaison, certains ne voient pas ce qu'il y a à tirer profit d'avoir étudié le
bambara.
Par contre, pour d'autres, les paysans de n'auraient pas besoin connaître d'autres langues que le bambara, ni
de savoir lire et écrire pour accomplir les tâches quotidiennes, car il y aurait toujours quelqu'un qui sait lire et
écrire pour régler les quelques «affaires de papier».
3 Données historiques
Durant les XVIIe et XVIIIe siècles, le territoire malien fut morcelé en plusieurs petits États, dont celui de Ségou
fondé par les Bambara. Ces derniers, comme les Dogon, résistèrent à l’islamisation, mais ils furent la cible de
la guerre sainte menée, dans la seconde moitié du XIXe siècle, par le chef musulman El-Hadj Omar, fondateur
d’un empire toucouleur, s’étendant de Tombouctou jusqu’aux sources du Niger et du Sénégal. L'esclavage se
répandit avec l'expansion de l'islam.
La conquête de la région fut organisée par les colonels Joseph Gallieni (1849-1916) et Archinard (1850-1932)
qui, à partir de 1880, menèrent des combats meurtriers contre les troupes de Samory Touré (1830-1900), un
chef de guerre malinké et fondateur d’un empire dans le Haut-Niger, et contre les Touaregs qui résistaient au
nord. Après des années de luttes acharnées contre les résistants maliens, les Français obtinrent la capitulation
du pays en 1898.
À partir de ce moment, l'histoire coloniale du Mali fut marquée par de multiples changements de noms. Le Mali,
une partie de la Mauritanie, du Burkina et du Niger actuels furent intégrés à l’Afrique occidentale française.
En 1904, ces territoires formèrent la Colonie du Haut-Sénégal-Niger, dont la capitale était Bamako, puis les
Provinces de l'Ouest. Elle devint, en 1920, le Soudan français après que la Haute-Volta (aujourd’hui Burkina
Faso) en eut été détachée l’année suivante.
La colonie malienne fit l’objet d’une politique de valorisation économique, qui s’accompagna du recours au
travail et à la conscription forcée. Toute activité politique fut interdite aux colonisés jusqu’au lendemain de la
Seconde Guerre mondiale. Finalement, la colonisation française a légué un héritage assez maigre au Mali, ne
laissant que peu ou pas d'infrastructures routières, peu d'écoles et de centres de santé, etc. En 1946, à
Bamako, fut constitué le Rassemblement démocratique africain (RDA), qui mena la lutte pour l’indépendance
de l’Afrique occidentale. Sa section malienne, l’Union soudanaise, était dirigée par Modibo Keita.
En 1956, le Soudan français accéda à l’autonomie interne et devint, deux ans plus tard, une république au sein
de la Communauté française. Le 17 janvier 1959, il se joignit au Sénégal pour former la fédération du Mali, qui
se proclama indépendante le 20 juin 1960. Cette fédération éclata en septembre, en partie à cause de la rivalité
entre Léopold Sédar Senghor et Modibo Keita, deux figures du nationalisme africain.
L’ancien Soudan français conserva le nom prestigieux de Mali et Modibo Keïta demeura président de la
nouvelle république du Mali, proclamée le 22 septembre 1960. Le même mois, le nouvel État devint membre
de l’Organisation des Nations unies (ONU). Le Mali, sous la direction de Modibo Keita, qui fondait son pouvoir
sur l'Union soudanaise (l’US-RDA), seul parti représenté à l’Assemblée nationale, poursuivit une politique de
développement économique guidée par les principes du socialisme, sans rompre avec la France. Il créa le
franc malien en 1962, mais les difficultés d'approvisionnement entraînèrent une inflation importante et un
mécontentement généralisé au sein de la population, surtout chez les paysans et les commerçants. L’échec de
cette politique provoqua, le 19 novembre 1968, un coup d’État militaire qui porta au pouvoir le lieutenant
Moussa Traoré.
À son arrivée, le jeune Moussa Traoré promit la restitution du pouvoir aux civils, mais il resta au pouvoir
jusqu'en… 1991, soit pendant vingt-trois ans. Il conserva le français comme langue officielle pour le Mali.
Moussa Traoré, fils d'un ancien soldat de l'armée française, régna avec autorité sur
son pays; il interdit tout groupement politique, puis créa en 1979 un parti unique:
l’Union démocratique du peuple malien (UDPM). Le régime dictatorial de Moussa
Traoré se révéla incapable de faire progresser l’économie, sans compter que, de 1968
à 1974, puis de 1983 à 1985, des sécheresses persistantes entraînèrent des famines,
tandis que l’État épuisait ses maigres ressources dans un différend frontalier avec le
Burkina Faso, qui dégénéra en 1985 en affrontement armé. En même temps,
d'importantes grèves étudiantes et syndicales aggravèrent la situation. Puis
l'aspiration démocratique suscita encore plus de mécontentement dans la population.
Dans le nord du pays, les Touaregs se révoltèrent contre les autorités maliennes qui
les opprimaient sans cesse depuis l'indépendance. Mal leur en prit, car l'armée
réprima brutalement tout mouvement d'opposition chez les Touaregs qui furent exclus
de l'armée nationale et des postes administratifs de l'État. En mars 1991, Moussa
Traoré dut partir à la faveur d'un coup d'État. Un gouvernement de transition fut
instauré avec comme président le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré.
En mai 1997, le président Konaré fut réélu avec 80 % des suffrages exprimés. Au cours de sa présidence, le
Mali fut souvent cité comme un pays de «bonne gouvernance». Conformément à la Constitution qui limite à
deux le mandat du président, Konaré quitta la présidence en 2002. Cet intellectuel panafricaniste a
incontestablement marqué l’histoire récente de son pays. Le 10 juillet 2003, Konaré fut élu président de la
commission de l’Union africaine par les chefs d’États africains réunis au sommet de Maputo.
L'ancien général Amadou Toumani Touré, qui avait déjà dirigé le Mali pendant la transition de 1991-1992,
gagna l'élection présidentielle de 2002. Le nouveau président n'appartenait à aucun parti politique (donc pas de
majorité parlementaire) et son gouvernement regroupait tous les partis du pays. Surnommé ATT, Touré avait du
travail à faire dans un pays où 64 % de la population vit dans la pauvreté et 21 % dans une extrême pauvreté,
mais il disposait d'un mandat de cinq ans pour traduire dans les actes sa volonté de «gouverner autrement». En
avril 2007, Amadou Toumani Touré (ATT), fut réélu avec 71,20% des voix, mais cette élection fut contestée par
les principaux candidats de l’opposition, pour des motifs de fraudes. Mais la question des Touaregs n'était
toujours pas réglée, tandis que le gouvernement laissait pourrir la situation.
Puis le Mali dut faire face à la fracture entre le Sud, plus riche et développé, et le Nord, pauvre, sous-scolarisé
et régulièrement secoué par des contestations politiques et sociales, essentiellement de la part des Touaregs.
En janvier 2012, un mouvement sécessionniste touareg du Nord a attaqué des camps militaires maliens et
proclamé l’indépendance du territoire sous leur contrôle.
Il aura suffi de trois mois aux rebelles touaregs pour prendre le contrôle des grandes
villes du désert: Tombouctou (54 000 hab.), Gao (87 000 hab.) et Kidal (26 000 hab.).
La proclamation d’indépendance des Touaregs, amputant du même coup la moitié du
territoire malien, semblait être la seule solution pour faire cesser le génocide perpétré
par les militaires maliens noirs.
Peu de témoins ont pu se rendre dans les villes du Nord alors qu'elles
vivaient sous le joug de leurs nouveaux maîtres: AQIM (Al-Qaïda au
Maghreb islamique), MUJAO (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique
de l’Ouest) et Ansar Dine («Défenseurs de l'islam». Mais les informations
qui ont filtré depuis le Grand Nord malien après l'arrivée des forces
françaises ont évoqué un régime de terreur : instauration d'un islam radical,
avec son cortège de châtiments corporels, de règles vestimentaires
rigoristes et de destruction.
Après le départ des islamistes, les témoignages recueillis auprès des populations ont révélé que la terreur
régnait partout pendant que les islamistes se promenaient avec leur longue tunique et leurs kalachnikovs, à la
recherche de la moindre infraction au code islamique. Ainsi des hommes armés s'assuraient que les femmes se
couvraient de la tête aux pieds, que les enfants n'écoutaient pas de musique, que les hommes laissaient
pousser leur barbe, qu'ils ne parlaient pas aux femmes et qu'ils retroussaient le bas de leurs pantalons pour
qu'il ne touche pas la terre, car c'était impur. Personne n'osait défier les islamistes armés, même lorsqu'ils
fouettaient des femmes et des enfants sur la grande place du marché ou coupaient les mains des voleurs.
Cette région du nord du Mali recèlerait un important potentiel pétrolier, gazier et minier. Pour certains analystes,
il semble évident que c'est la véritable raison de l'occupation du Nord par les indépendantistes touaregs et les
islamistes. Les explorations menées dans le massif montagneux l'Adrar des Ifoghas (région de Kidal) auraient
révélé des sols propices à la présence d'or et d'uranium. Il y a plus encore. Al-Quaïda remplit ses coffres grâce
à de lucratives prises d'otages et au narcotrafic. De quoi attiser les appétits!
Après de nombreuses tergiversations, l’ONU a voté, en décembre 2012, une résolution qui ouvrait la voie à une
intervention internationale contre les rebelles maliens. Il s'agissait d'une intervention qui devait être menée par
des forces africaines, soutenues par la communauté internationale. En janvier 2013, ce fut l'escalade des
forces rebelles. Les djihadistes maliens se sont lancés à l’assaut du Sud. Ils ont atteint la ville de Konna, tout
près de Mopti. Devant cette nouvelle offensive, le président intérimaire du Mali, Dioncounda Traoré, l'ancien
président de l’Assemblée nationale du Mali, a appelé la France à l’aide, qui a accepté, car l’armée malienne
s’est révélée inapte pour faire face à la supériorité militaire que les groupes islamiques étaient en train
d’accumuler dans le Nord. L’intervention militaire française paraissait d’autant plus incontournable qu’il était
devenu impossible de discuter avec les islamistes qui contrôlaient le nord du Mali. L’ex-diplomate canadien
Robert Fowler, qui a été l’otage d’AQMI pendant quatre mois, était catégorique: «J’ai connu ces gens, il n’y a
pas de négociations possibles avec eux, tout ce qu’ils veulent, c’est établir le domaine de Dieu dans le monde
entier.» L’intervention de la France semble avoir soulagé beaucoup d'observateurs. On a entendu à Bamako
des propos du genre: «Merci la France, vous nous avez sauvés des barbus!» Les journaux locaux rapportent
même que des parents ont donné à leurs enfants le prénom «Hollande», en l’honneur du président français!
Les femmes délaissent le voile.
La crise malienne est devenue une catastrophe humanitaire et un sérieux problème de sécurité pour les pays
occidentaux. Plus de 400 000 personnes ont fui le nord du Mali, trouvant refuge au sud et dans les pays
voisins. Il est certain que cette crise va desservir la cause des Touaregs qui, pourtant, ont des raisons légitimes
de se plaindre. Partout dans le pays, les témoignages et les images d’exactions commises par l’armée
malienne se multiplient: les Touaregs et les Arabes, ceux qu'on appelle les «peaux pâles», seraient les
principales victimes. Les Français et l'armée malienne ont repris les principales villes du Nord, à l'exception de
Kidal. Cette ville du désert est aussi le foyer de la rébellion touarègue. La vague qui a fini par plonger la moitié
du Mali dans la guerre religieuse a commencé à Kidal, lorsque le Mouvement national pour la libération de
l’Azawad (MNLA) a entrepris sa conquête du Nord, en s’associant avec les islamistes. Les fusils et les bombes
ne suffiront peut-être pas pour venir à bout des rebelles de Kidal. Il faudra probablement négocier avec les
Touaregs et finir par trouver une réponse à leurs aspirations nationales. Va-t-on enfin reconnaître aux Touaregs
le droit de se sédentariser dans leur territoire historique, le nord du pays? Par ailleurs, le Mali demeure l'un des
pays les plus pauvres et les moins développés du monde. En 2011, il occupait le 175e rang sur 187 pays pour
ce qui est de l'Indice du développement humain (IDH) établi par le Programme des Nations unies pour le
développement. Comme si ce n'était pas assez, le Mali souffre aussi d'une corruption endémique. Il figure ainsi
à la 127e place sur 177 du classement mondial de l'indice de la perception de la corruption, publié par
Transparency International.
Le 4 septembre 2014, Ibrahim Boubacar Keïta (surnommé «IBK») était élu avec 77,6 % des voix comme 5e
président de la République. En moins d’un an, ce vieux routier de la politique malienne semble avoir dilapidé
son capital de sympathie. Depuis son élection, il a multiplié les déplacements internationaux, pendant que les
Maliens n’ont guère constaté de changements concrets dans leur vie quotidienne. Ce nouveau président, qui
voulait enrayer la corruption, ne semble pas donner l'exemple. La présence massive des membres de sa famille
dans les rouages du pouvoir fait jaser : son fils Karim est président de la Commission de la défense à
l’Assemblée, le beau-père de Karim est président de cette même Assemblée, un beau-frère est ministre de la
Solidarité, un neveu est ministre de l’Industrie et de la Promotion des investissements, etc. La famille
d'abord! Aujourd’hui, la crise la plus grave au Mali, ce n’est pas celle du Nord, avec les séparatistes touaregs et
les groupes terroristes, mais bien celle de la gouvernance au Sud.
Plus de neuf ans après avoir été accueillis au Mali comme des «sauveurs» face aux groupes djihadistes, les
militaires français ont achevé en juillet 2022 leur retrait du pays, dans un climat d'acrimonie avec les colonels
au pouvoir et d'hostilité grandissante de la population locale. La junte militaire qui a pris le pouvoir au Mali a
remercié les Français et a décidé de se rapprocher plutôt des Russes pour assurer la sécurité du pays. Bien
sûr, les Russes n'arrivent pas au Mali sans s'assurer de servir leurs propres intérêts. D'abord, la Russie ne veut
rien savoir de la démocratie. Elle va imposer sa loi en engendrant des effets extrêmement graves pour les
populations à long terme. Elle va susciter des tensions intercommunautaires, en encourageant des exactions et
des «missions» de punition.
Ainsi, le Mali et d’autres pays africains jouent un jeu bien dangereux en se tournant vers la Russie. Nous
savons comment la Russie s'y prend avec les plus faible qu'elle. Elle s'insinue partout et impose ses volontés
en supprimant toute démocratie. Un jour, le peuple va recommencer à exiger la démocratie, mais le régime en
place sera inféodé aux intérêts de la Russie. En prime, les élites maliennes seront tentées d'instaurer
l'apprentissage du russe et elles n'auront pas le choix.
4 La politique linguistique
Le Mali a élaboré une politique linguistique à deux volets: le premier concerne la langue officielle, le second, les
langues nationales. Tout est résumé à l'article 25 de la Constitution de 1992, qui déclarait que «le français est la
langue d'expression officielle» et que «la loi fixe les modalités de promotion et d'officialisation des langues
nationales»:
Article 2 (abrogé)
Tous les Maliens naissent et demeurent libres et égaux en droits et en devoirs. Toute discrimination fondée sur l'origine
sociale, la couleur, la langue, la race, le sexe, la religion et l'opinion politique est prohibée.
Article 25 (abrogé)
Cependant, la Constitution de 2012 présente un énoncé plus simple qu'en 1992 en mentionnant «langue
officielle» et non plus «langue d'expression officielle»:
Article 1er
L’État du Mali est une république indépendante et souveraine, démocratique, laïque et sociale.
L’emblème national est composé de trois bandes verticales et égales de couleurs vert, or et rouge.
Article 9
L’État à le devoir de sauvegarder et de promouvoir les valeurs nationales des civilisations tant matérielles que spirituelles
ainsi que les langues et les traditions nationales.
Article 10
Toutes les communautés composant la nation malienne jouissent de la liberté d’utiliser leurs langues parlées et écrites et
de développer leurs propres cultures tout en respectant celles des autres.
Comme la Constitution ne mentionne pas quelles sont les langues nationales, il faut se rabattre sur l'article 1er
du Décret n° 159 PG-RM du 19 juillet 1982, qui identifie 13 langues nationales: le bambara (ou bamanankan),
le bobo (bomu), le bozo, le dogon (dogo-so), le peul (fulfuldé), le soninké (soninké), le songoy (songaï), le
sénoufo-minianka (syenara-mamara) et le tamasheq (tamalayt).
Article 1er
L'alphabet figurant au tableau I est adopté pour la transcription des langues nationales suivantes : bambara (bamanan),
bobo (bomu), bozo, dogen (dogo-so), peul (fulfulde), soni (soninke), songhoy (sonoy), sénoufo-minianka (syenara-
mamara), tamasheq (tamalayt).
Mais d'autres langues sont également reconnues: l'arabe hassanya, le kasonkan, le madenkan et le
maninkakan (maninka). Évidemment, on retrouve la même formulation dans le Décret n° 92 - 073 / P-CTSP
portant promulgation de la Constitution (1991) concernant la langue officielle: «Le français est la langue
d’expression officielle.»
Par ailleurs, la loi n° 96- 049 du 23 août 1996 portant modalités de promotion de treize langues nationales
(aujourd'hui abrogée) indiquait les mêmes langues qui doivent bénéficier des mêmes droits dans le respect des
diversités culturelles et de l’unité nationale. Par cette loi, l’État reconnaît aux collectivités et aux citoyens le droit
d’initier ou de participer à des actions de promotion des langues nationales à travers des activités culturelles,
scientifiques et techniques dans le cadre du respect de la réglementation en vigueur. Dans le cadre de
l’application de cette loi, parmi ces 13 langues, onze sont appelées «instrumentées» et sont utilisées dans
l’alphabétisation. Il s’agit du bamanankan (bambara), du bomu (bobo), du bozo (bozo), du dogoso (dogon), du
fulfuldé (peul), du mamara (minianka), du soninké (sarakolé), du sonoy (songhoï), du syenara (sénoufo), du
tamasayt (tamasheq) et du xaasongaxanno (khassonké). Les deux autres langues, c'est-à-dire le hassanya
(maure) et le maninkakan (malinké), ne disposaient pas entièrement d’outils, mais des recherches et des
expérimentations étaient en cours pour le malinké.
Un projet de loi a été adopté en décembre 2014, qui abrogeait et remplaçait la loi du 23 août 1996; ils s’inscrit
dans le cadre de la mise en œuvre de la politique linguistique du Mali. Ce projet de loi prévoit que l’État doit
assurer la promotion des langues nationales dans le cadre de la sauvegarde et du développement du
patrimoine linguistique et de la diversité culturelle; il reconnaît aux collectivités territoriales et aux citoyens le
droit de promouvoir les treize langues nationales; il consacre l’égalité de traitement entre les langues nationales
et institue un Bureau du médiateur de la politique Linguistique chargé de contribuer à la promotion équitable
des langues nationales et à leur usage dans les administrations publiques et privées.
C’est à partir ce cette simple déclaration que s’établit toute la politique linguistique: «Le français est la langue
d'expression officielle.» Il s'agit d'une terminologie un peu ambiguë pour désigner la langue officielle. C’est
pourquoi toute la législature du Mali fonctionne en français, ce qui implique les débats parlementaires, la
rédaction et la promulgation des lois. L'article 4 de la Loi n° 92-001 du 23 juillet 1992 portant règlement intérieur
de l'Assemblée nationale déclare que « les débats à l’Assemblée nationale se déroulent dans la langue
officielle du Mali», c'est-à-dire le français :
Article 4
En cas de nécessité, les députés sont assistés d’interprètes dans les conditions déterminées par le Bureau de
l’Assemblée nationale. Ces conditions doivent faire l’objet d’une décision du président de l’Assemblée nationale.
- La justice
L'une des difficultés du fonctionnement du système judiciaire malien, c'est qu'il est basé entièrement sur le
système judiciaire français qui est très complexe, en particulier le Code civil français. Ce système a été introduit
lors de l’indépendance du pays en 1960, avec pratiquement aucune adaptation au contexte malien, lequel
demeure néanmoins extrêmement différent de celui de la France. Malgré un premier effort du président Keita
pour adapter le droit français à la culture malienne, le système judiciaire français de l’époque a été
pratiquement copié à la lettre. Cela signifie que le système français, tel qu’il a été importé à l’époque, ne s'est
jamais adapté au niveau de développement et au type de société du Mali actuel.
La Loi n°01-082 du 24 août 2001 relative à l’assistance judiciaire encadre en principe l’offre par l’État de
services de représentation judiciaire. Les mesures et les mécanismes sont destinés aux justiciables qui doivent
se présenter devant ces instances judiciaires. Selon cette loi, l’assistance judiciaire est accordée aussi bien en
demande qu’en défense, et ce, devant toutes les juridictions. Elle permet ainsi aux justiciables les plus
vulnérables de bénéficier des services d’un avocat, d’un notaire, d’un huissier de justice, d’un commissaire-
priseur ou même d’un expert. On ne trouve rien dans la loi un article portant sur la ou les langues employées.
De toute façon, dans sa forme actuelle, la Loi relative à l’assistance judiciaire n'a jamais été opérationnelle ni
même appliquée.
De plus, le système français a amené un autre facteur compliquant les difficultés d’accès à des services d’aide
juridique: la langue française utilisée au sein du système judiciaire, alors que seulement 10 % de la population
parle cette langue couramment. Par contre, le bambara et les 12 autres langues nationales du Mali sont parlées
et comprises par au moins 80 % de la population du pays. En 2015, seulement le tiers de la population adulte
était alphabétisée et ce taux atteindrait à peine les 22 % si l'on ne considère que les femmes adultes. Bref, le
Mali est le pays le moins francophone d’Afrique de l’Ouest. Par ailleurs, plus de 90% de la population du Mali
est de confession musulmane. Or, les Maliens sont réputés pratiquer une version dite «tolérante» de l’islam, qui
admet une gouvernance démocratique et rejette les châtiments sévères de la Charia inspirés du talion (œil pour
œil, dent pour dent). Les Maliens semblent avoir repris à leur compte un proverbe français qui correspond bien
à leur sentiment vis-à-vis le système judiciaire: « Un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès.»
Les dispositions du Code de procédure pénale (2001) énoncent que le français est la langue de la cour et que
la connaissance de cette langue est nécessaire, mais qu'un justiciable peut faire appel à un interprète s'il ne
parle ou ne comprend pas la langue française:
Article 263
Nul ne peut remplir les fonctions d’assesseurs s’il n’a 30 ans accomplis et s’il ne jouit des droits civils et politiques.
L’assesseur doit en outre savoir lire et écrire en français.
Nul ne peut être assesseur dans la même affaire où il aura été officier de police judiciaire, témoin, interprète, expert ou
partie.
Ces prescriptions doivent être respectées à peine de nullité.
Article 276
Le président de la cour d’assises interroge l’accusé dans le plus bref délai après l’arrivée de ce dernier à la maison d’arrêt
et la remise des pièces au greffe.
Si l’accusé est en liberté, il doit se constituer prisonnier au plus tard la veille de l’audience. L’ordonnance de prise de corps
est exécutée si, dûment convoqué par la voie administrative au greffe de la cour d’assises et sans motif légitime d’excuse,
l’accusé ne se présente pas au jour fixé pour être interrogé par le président de la cour d’assises.
Le président peut déléguer un des juges membres de la cour d’assises afin de procéder à cet interrogatoire.
Il doit être fait appel à un interprète si l’accusé ne parle ou ne comprend pas la langue française.
Lorsque les assises ont lieu ailleurs qu’au siège de la cour d’assises, l’interrogatoire de l’accusé est effectué par le
président du tribunal de première instance ou le juge de paix à compétence étendue du lieu de la session.
Article 330
Dans le cas où l’accusé, les témoins ou l’un d’eux, ne parlent pas suffisamment la langue française ou s’il est nécessaire
de traduire un document versé aux débats, le président nomme d’office un interprète âgé de vingt et un ans au moins et
lui fait prêter serment de remplir fidèlement sa mission.
Le ministère public, l’accusé et la partie civile, peuvent récuser l’interprète en motivant leur récusation. La cour se
prononce sur cette récusation. Sa décision n’est susceptible d’aucune voie de recours.
L’interprète ne peut, même du consentement de l’accusé ou du ministère public, être pris parmi les juges composant la
cour, les assesseurs, le greffier qui tient l’audience, les parties et les témoins.
Dans le cas des notaires, l'Ordonnance n° 2013-027/P-RM du 31 décembre 2013 portant statut des notaires
(2013) prescrit l'emploi du français dans les actes notariés et le recours à un interprète «sous peine de nullité
de l'acte»:
Article 74
Lorsqu’une partie ne comprend pas la langue officielle, sa volonté manifestée dans sa langue maternelle, doit être traduite
et expliquée dans la langue officielle du Mali.
Si le notaire qui reçoit l’acte ne comprend pas cette langue, la partie qui ne comprend pas la langue officielle du Mali doit,
sous peine de nullité de l’acte, être assistée d’un interprète choisi par les parties ou à défaut d’entente, désigné par le
président du Tribunal de première instance de la résidence du notaire.
Il en est ainsi dans le Code des personnes et de la famille (2011) qui exige qu'un acte d'état civil doit être traduit
en français s'il a été rédigé dans une autre langue:
Article 200
Les actes d’état civil dressés à l’étranger dans les formes locales, pour être valables au Mali, doivent être traduits par un
traducteur agréé, timbrés et légalisés, s’ils n’ont pas été établis en français.
En somme, les citoyens maliens doivent recourir à un interprète s'ils ne connaissent pas suffisamment le
français. Autrement dit, seul le français est permis, mais les langues maliennes (moins d’une dizaine, mais
surtout le bambara) sont autorisées dans les communications orales entre le juge et l’accusé, y compris dans
les cours d’appel. Le juge peut utiliser le bambara ou une autre langue qu'il connaît, mais il doit rendre sa
sentence en français. Cependant, les documents écrits se font seulement en français et les juges rendent tous
leurs jugements en cette langue.
En ce qui a trait aux services administratifs, ils sont offerts partout en français, mais selon les régions les
communications orales se déroulent généralement en l’une ou l’autre des langues maliennes, notamment le
bambara dans le Sud. Évidemment, toute la documentation écrite paraît surtout en français, bien que certains
documents soient publiés en bambara ou dans l'une ou l'autre des langues nationales.
L'article 5 du Décret n° 03 - 580 / P-RM du 30 décembre 2003 fixant les modalités d’application de la loi
régissant les relations entre l’administration et les usagers des services publics interdit toute discrimination des
services fondée sur l’origine sociale, la couleur, la langue, la race, le sexe, la religion et l’opinion politique ou
philosophique:
Article 5
L'accès aux services publics visés aux articles 2 et 3 du présent décret est garanti et égal pour tous les usagers
remplissant les mêmes conditions en vue de solliciter une prestation ou un service.
Toute discrimination fondée sur l’origine sociale, la couleur, la langue, la race, le sexe, la religion et l’opinion politique ou
philosophique de l’usager est interdite.
Bien que la Loi n° 97-021 du 14 mars 1997 relative aux instruments de paiement chèque, carte de paiement,
lettre de change, billet à ordre ne mentionne pas le nom de la «langue employée», il s'agit du français:
Article 110
1°) La dénomination de «lettre de change» insérée dans le texte même du titre et exprimée dans la langue employée pour
la rédaction de ce titre ;
Article 189
1°) La clause à ordre ou la dénomination du titre insérée dans le texte même et exprimée dans la langue employée pour la
rédaction de ce titre ;
Les articles 57 et 142 de la Loi n° 2016-012 du 6 mai 2016 relative aux transactions, échanges et services
électroniques ne mentionnent aucune langue en particulier, mais on peut penser au français et au bambara,
bien qu'une autre langue soit aussi autorisée:
Article 57
Sans préjudice des autres exigences légales ou réglementaires en matière d’information, le prestataire de services fournit
au moins les informations mentionnées ci-après, formulées, sur le fond et sur la forme, de manière claire, compréhensible
et non équivoque et avant que le destinataire du service ne passe une commande par voie électronique :
Article 142
14. fournir par écrit à la personne qui demande la délivrance d’un certificat électronique, avant la conclusion d’un contrat
de prestation de services de certification électronique et dans une langue aisément compréhensible, les informations
relatives aux modalités et conditions d’utilisation du certificat et celles afférentes aux modalités de contestation et de
règlements de litiges ;
L'article 59 du Décret n° 2015-0604/P-RM du 25 septembre 2015 portant Code des marchés publics et des
délégations de service public impose l'usage du français au point de vue commercial, sauf indication dans
l’avis et le dossier d’appel d’offres donnant la possibilité de remettre également une offre dans une autre
langue:
Article 59
De la langue de la procédure
Les documents relatifs à la passation d’un marché, notamment, les dossiers d’appel d’offres, documents constitutifs du
marché, avis d’appel d’offres ou d’invitation à soumissionner sont rédigés en langue française, seuls les textes rédigés en
langue française faisant foi.
Les offres sont soumises en langue française, sauf indication dans l’avis et le dossier d’appel d’offres donnant la
possibilité de remettre également une offre dans une autre langue.
Il en est ainsi dans le Code du travail (1992), alors que le français est obligatoire «à peine de nullité»:
Article 27
Les contrats mentionnés à l’article L.26 doivent être rédigés en langue française, établis en quatre exemplaires et
comporter les mentions suivantes :
- les nom, prénoms, sexe, date et lieu de naissance, filiation, résidence, profession et nationalité du travailleur,
- les nom, prénoms, ou raison sociale et adresse de l’employeur.
Article 73
La convention collective doit être écrite en langue française à peine de nullité. Elle est établie sur papier libre et signée par
chacune des parties contractantes.
Elle est soumise au visa du Ministre chargé du travail qui exigera le retrait des dispositions contraires à la législation et à
la réglementation en vigueur.
Bien que le français soit nécessaire, on utilise davantage les langues maliennes locales, surtout le bambara,
dans les soins donnés aux patients dans les hôpitaux, dispensaires et cliniques publiques. Dans les régions
plus éloignées des grandes villes, le personnel des bureaux administratifs répond toujours oralement dans la
langue locale ou en bambara, mais les documents écrits sont généralement unilingues français. Selon la DNSI
(Direction nationale de la statistique et de l’informatique), le bambara, le malinkéle, le sarakolé, le peul, le
sénoufo/minianka, le dogon, le songhaï, le bobo, le touareg, le maure et l’arabe sont les langues les plus
utilisées au Mali, en plus de la langue officielle qui est le français.
Toutefois, cette première réforme n'a pas atteint les résultats escomptés, notamment au sujet du programme
qui mettait l'accent sur la maîtrise du français. Non seulement la part du budget de l'État consacrée à
l'éducation n'est pas arrivée à couvrir les besoins pressants, mais l'accès à l'éducation primaire et secondaire
est resté limité et inéquitable pour les populations rurales et périurbaines. Ainsi, le taux d'accès est demeuré à
53,9 % en général, ce qui signifie 63,6 % pour les garçons et 44,4 % pour les filles. Dans certaines régions, ces
taux ne dépassent pas 25 % pour les garçons et 19 % pour les filles. Une autre lacune du système éducatif
malien concerne les bas rendements en raison des redoublements et des abandons (un gaspillage se chiffrant
à 25 % du budget) et le nombre insuffisant d'enseignants et d'infrastructures.
Au Mali, la politique linguistique visant à promouvoir les langues nationales est passé par l’introduction de ces
langues dans l’alphabétisation des populations et dans le secteur formel de l’éducation des enfants. La Loi n°
99-046 AN RM portant loi d'orientation sur l’éducation (1999) traite très peu des langues d'enseignement.
L'article 3 de cette loi a le mérite de distinguer trois types de langues:
- la langue maternelle : la langue que l'enfant parle couramment et qui est la langue dominante de
son milieu de vie ;
- les langues nationales: les langues telles que définies par la Loi n°96-049 du 23 août 1996
portant modalité de promotion des langues nationales ;
- la langue officielle: la langue de l'Administration et des institutions de l'État ;
Article 3
Article 10
L'enseignement est dispensé dans la langue officielle et dans les langues nationales. Les modalités d'utilisation des
langues nationales et étrangères dans l'enseignement sont fixées par arrêtés des ministres en charge de l'éducation.
Après des années d'expérimentation de la langue maternelle comme langue d’instruction dans l'enseignement,
le ministère de l'Éducation fondamentale a élaboré en 1993 un nouveau programme. L'article 12 du décret n°
93-107/P-RM du 16 avril 1993 a assigné au Ministère l’utilisation des langues nationales dans l’enseignement
et, à partir de la rentrée scolaire de 1994-1995, a généralisé l'enseignement à la fois des langues nationales et
du français en faisant passer le nombre des langues d'enseignement à six : le bambara, le tamasheq, le
songaï, le soninké (peul) et le dogon.
Cette généralisation touchait alors plus de 300 écoles. Le principe est de ce qu'on a appelé la «Nouvelle école
fondamentale» (NEF) est d'utiliser la langue maternelle de l'élève comme langue d'enseignement dans les trois
premières années de l'enseignement primaire, le français étant considéré comme une matière à partir de la
deuxième année. L'un des cinq principes généraux du curriculum malien étant de permettre aux élèves de
devenir bilingues entre langue nationale et français. Le problème, c'est que, pour l'instant, la NEF n'a pas
encore été mise en œuvre, sauf dans des écoles expérimentales, en raison de l'opposition des principaux
intervenants (enseignants, étudiants, partis politiques, etc.). De plus, des tests dispensés en 5e année à Ségou
en 1997 montrent que, après quatre ans d'instruction en bambara, les enfants sont loin de maîtriser leur langue
maternelle à l'écrit. Le français demeure la langue d'enseignement préférée pour des raisons de mobilité
sociale, tandis que le bambara est restée la langue véhiculaire favorite. Pourtant, le ministère de l'Éducation de
base a créé des organismes pouvant assurer l'exécution advenant la mise en œuvre des politiques éducatives
et la documentation en langue maternelle est assez abondante; on trouve aussi des journaux et des magazines
dans plusieurs langues nationales.
On peut dire que tout le système d’éducation continue de se faire en français, du primaire à l’université.
Cependant, les élèves de la maternelle utilisent leur langue maternelle locale et s’initient au français parlé. Au
premier cycle du primaire, on enseigne en français, mais certaines langues maliennes, notamment l’arabe
coranique, sont également enseignées dans un grand nombre d’écoles. Au second cycle, seuls le français et,
dans certains cas, l’arabe sont enseignés. Dans toutes les écoles primaires du pays, l’enseignement de
l’anglais comme langue seconde est obligatoire, alors qu’au secondaire les élèves ont le choix entre l’anglais,
l’allemand, l’arabe et le chinois. En réalité, suite à plusieurs ordonnances ministérielles, la volonté politique des
autorités est de permettre l’utilisation libre des différentes langues nationales dans l’enseignement. Selon les
régions, le bambara et le français sont véhicules d’enseignement dans les deux premières années du primaire.
Comme on le sait, des expériences ont été tentées avec le bambara, le tamasheq, le songhaï, le peul soninké
et le dogon. En 2009, il y avait dix langues nationales enseignées dans 2466 écoles:
Bozo 6
Dogosso 67
Fulfuldé (peul) 72
Khasonké 18
Mamara 13
Songhoi (songaï) 157
Solonké (soninké) 55
Syenara 43
Tamasheq 33
Total 2466
Le bambara constitue la langue la plus communément comprise dans le pays. Cette langue est parlée dans la
région de Bamako, capitale du Mali. C'est pourquoi il y a plus d'écoles dans cette langue.
L’objectif avoué du gouvernement malien est d’utiliser la langue maternelle de l’élève pour lui donner les
connaissances de base et mieux le préparer au passage de la langue maternelle à la langue étrangère, le but
ultime étant que le français et les langues maliennes doivent entretenir des relations se complémentarité et non
de concurrence. Il s'agit du programme dit «de pédagogie convergente», qui s'inscrit dans le cadre de la lutte
contre la déperdition scolaire et la baisse constante du niveau des élèves en français. Le principe directeur est
d'organiser le transfert en français des compétences acquises dans les langues nationale, c'est-à-dire
«d'optimiser les avantages d'une prise en compte à l'école de compétences linguistiques propres à la culture
des élèves en intégrant l'apprentissage de ces langues dans le curriculum classique». Voici le programme
officiel:
PROGRAMME
Définition.
La langue est un système de signes linguistiques vocaux ou graphiques qui permet la communication entre les individus.
Dans une perspective sociolinguistique, la langue remplit deux fonctions sociales fondamentales :
1. la communication : c’est au moyen de la langue que les acteurs sociaux échangent et mettent en commun leurs idées,
sentiments, pensées, etc.
2. l’identification : de par son double aspect individuel et collectif, la langue sert de marqueur identitaire quant aux
caractéristiques de l’individu et à ses appartenances sociales.
La communication est tout processus d’échange d’informations. Elle peut être considérée comme un processus de mise
en commun d’informations et de connaissances.
« La communication peut se faire au moyen d’une langue (communication verbale) ou par un autre moyen
(communication non verbale), utilisant un canal autre que la voix ou l’écriture : le geste les rayons lumineux, des
impressions tactiles, des systèmes mécaniques ou électriques divers, etc.» Grammaire et Linguistique, G. PETIOT, 2000 ,
p 98
Le domaine Langues et Communication comprend l’ensemble des langues que l’élève étudie pour satisfaire, de plus en
plus, au moyen des TIC (Techniques de l’Information et de la Communication), ses besoins de communication personnels,
scolaires et sociaux. Ces langues, moyens de communication, peuvent être en même temps objets d’étude :elles
deviennent alors des disciplines.
L’appropriation par l’apprenant de la dimension esthétique, des normes de fonctionnement des langues érigées en
disciplines, constitue la spécificité du domaine L.C. Si tous les domaines utilisent la langue, seul celui de L.C en étudie la
structuration, les normes de fonctionnement et la beauté formelle.
Les langues constituent un outil privilégié de développement des habiletés de recherche et de découverte dans les
différents domaines. Les langues, au niveau de l’enseignement secondaire général, sont :
Le français est la langue officielle et, d’une manière générale, le médium d’enseignement des autres domaines de
formation au Mali. Les langues, en tant que disciplines, ont comme axes d’apprentissage, la communication orale (écouter
et parler) et la communication écrite (lire et écrire).
Le domaine L.C. confère à l’apprenant, à travers la langue, un instrument essentiel de communication, un outil
indispensable à la socialisation, un instrument essentiel de la construction de la pensée et de la personnalité, un véhicule
du patrimoine culturel et un moyen d’ouverture sur les cultures du monde. Les compétences du domaine L.C. sont les
suivantes : communiquer oralement selon des modalités variées, lire des textes variés, écrire des textes variés.
Depuis plusieurs années, notons qu’il y a un a un effort significatif pour promouvoir l’alphabétisation dans les
langues nationales. Le 24 juillet 1986, la loi no 86 AN-RAM créait la Direction nationale de l'alphabétisation
fonctionnelle et de la linguistique appliquée (DNAFLA). Concernant la scolarisation au Mali, il existe un certain
nombre d’«écoles communautaires» dans lesquelles l’instruction est en langue nationale pour les premières
trois années. Enfin, il existe un mouvement au Mali pour encourager l’utilisation d’un alphabet du nom de
«n’ko», un système d'écriture phonétique (s'écrivant de droite à gauche) capable de transcrire toutes les
langues maliennes, en particulier les langues à tons. Aujourd’hui, le Mali compte plus de 8000 centres
d’alphabétisation répartis entre 6132 villages. Le nombre d’alphabétisés, sortis de ces centres est officiellement
évalué à 1,2 million de personnes. Pour assurer la promotion des langues et améliorer le taux d’alphabétisation
de la population malienne qui oscillait alors autour des 30 %, le gouvernement a créé la Direction nationale de
l’alphabétisation fonctionnelle et de la linguistique appliquée (DNAFLA). La mission de cette institution est de
faire la promotion des langues retenues et de faire d’elles des outils de développement. Le programme a
permis la production de syllabaires, de dictionnaires, de lexiques, de brochures et manuels de formation dans
les différentes langues retenues. En 2012, le taux d'analphabétisme s'élevait à 75 %, une véritable catastrophe.
Enfin, le Décret n° 96-044/P-RM fixant les avantages accordés au personnel diplomatique, administratif et
technique dans les missions diplomatiques et consulaires du Mali autorise le personnel diplomatique d'envoyer
ses enfants dans les écoles de langue française:
Article 16
Les frais de scolarité pour des études, du niveau préscolaire au baccalauréat sont accordés aux enfants du personnel
diplomatique, administratif et technique en service dans les missions diplomatiques et consulaires. À cet effet, il sera
constitué un dossier comprenant :
- un acte de naissance,
- un certificat d’adoption, le cas échéant,
- un certificat de fréquentation scolaire,
- un relevé des frais d’études pour une année scolaire délivré par l’établissement.
Pour bénéficier de la prise en charge par le budget d’État, les enfants devront être inscrits dans des établissements
publics ou privés d’enseignement général, technique ou professionnel de langue française.
Dans tous les cas, ces établissements doivent être situés dans les pays constituant la juridiction de l’Ambassade
concernée.
La situation malienne doit tenir compte du nombre de locuteurs très différent et avec un niveau
d’instrumentation variable. De plus, le bilinguisme des enseignants n’est pas uniforme. Parfois, c’est la maîtrise
du français qui laisse à désirer ou c’est celle de la langue nationale à enseigner, car ce n’est pas leur langue
maternelle. Enfin, la langue nationale enseignée n’est pas forcément la langue maternelle de l’élève, pour
diverses raisons (fonctionnaires mutés, migrations intérieures, choix des parents, etc.).
Du côté des médias électroniques, les émissions radiophoniques sont diffusées dans un grand nombre dans
les langues maliennes, mais le français demeure la langue de prestige. L 'ORTM (Office de radiodiffusion
télévision du Mali) diffuse ses informations en français dans une proportion de 80 %, les 20 % restants sont
consacrés à quelques magazines, quelques sketchs et micro-programmes de sensibilisation. L'insuffisance de
la production en plusieurs langues nationales est due à l'absence de budget et un manque de formation
professionnelle des intervenants concernés. Il existe au Mali quelque 17 stations de radio qui émettent
quotidiennement, dont 14 sont des radios privées; et la liste ne cesse de s'allonger. Les différentes radios
couvrent presque totalement l'ensemble du territoire; seul le nord du pays n'est pas pourvu de stations
(Tombouctou, Gao, Kidal).
Parmi les 17 stations en fonction, cinq ont une vocation essentiellement rurale. Elles diffusent presque toutes
dans les langues nationales en plus du français. La radio rurale nationale a été lancée au Mali en 1967 et, très
tôt, elle a acquis une grande audience auprès des populations concernées. Un programme de relance de cette
radio est actuellement en cours d'exécution, financé par la FAO (formation) et par l'UNICEF (équipement). Des
radios rurales locales fonctionnent à Kayes depuis août 1988 et à Douentza depuis le mois de juillet 1993.
D'autres seront installées à Kadiolo, Bandiagara, Nioro et Kidal. Malheureusement, ces stations régionales
demeurent sans statut, sans budget, avec un personnel insuffisant. Les langues nationales les plus diffusées
sont le bambara, l'arabe hassanya, le ségou, le dogon, le kinbakka,
Presque toute la presse écrite du pays est en français, mais l’édition en langues nationales prend de plus en
plus d’importance. La presse écrite en français est donc en pleine mutation. Il existe aussi une presse
communautaire — les «journaux de proximité» — relativement importante, qui diffuse généralement en langue
nationale. Ainsi, le Kabaaru est publié en peul, le Xibare en sononké, le Jekabaara, le Kote et le Nieta en
bambara. Mais la transcription dans les autres langues nationales pose des problèmes techniques. Ces
journaux comptent en moyenne moins de 20 pages et sont diffusés entre 2000 et 20 000 exemplaires. Ils
servent souvent de support pour l'alphabétisation de certaines communautés.
Dans la vie économique, deux langues prennent la plus large place: le français d’abord, puis le bambara. Dans
toute information ou toute transaction écrite, seul le français est utilisé, mais à l’oral le bambara exerce une
forte concurrence au français. En somme, on peut dire que le Mali respecte les prescriptions de l’article 1er de
la Constitution.
Au Mali où le français a pris la place dans toutes les manifestations officielles de l’État, il ne subsiste
néanmoins aucun conflit ni aucune frustration de nature linguistique. Pourtant, dans ce pays, les brassages
interethniques sont très anciens et très développés. Pour la plupart des Maliens, la situation paraît normale, et
ce, d’autant plus que toutes les langues nationales sont à égalité par rapport au français, langue officielle. Quoi
qu’il en soit, si l’harmonie constitue un atout dans un pays multilingue, et le Mali y est parvenu. Il faut souligner
aussi l’ouverture des Maliens envers les autres langues que le français. En effet, au Mali, non seulement le
bambara reste-t-il la première langue nationale d’importante, mais l’État semble avoir pris soin de ne pas
négliger l’arabe et l’anglais. N’oublions pas qu’en Afrique trois langues assurent la quasi-totalité des fonctions
officielles de la communication interethnique: le français, l’anglais et l’arabe.
Il n'en demeure pas moins que la Mali pratique une politique linguistique limitée à l'enseignement. C'est ce
qu'on appelle une politique sectorielle parce qu'elle est limitée à un domaine particulier, celui de l'éducation.
De fait, le Mali a fait beaucoup d'efforts pour promouvoir les langues nationales, car ces langues constituent les
principales langues d'enseignement primaire et langues d'alphabétisation des adultes. Cependant, la principale
langue d'instruction à l'université demeure le français. Qui plus est, comme le français est plus élevé dans la
hiérarchie linguistique, les 13 langues nationales reconnues ne peuvent avoir le même prestige que la langue
officielle. À long terme, il faudrait laisser plus de place au bambara. Mais le Mali est un pays très pauvre, et le
coût du multilinguisme paraîtrait sans doute trop élevé. Par ailleurs, en ce qui concerne la langue officielle, on
peut parler d'une politique de non-intervention.
En somme, du fait que le Mali demeure un pays pauvre, la promotion de toutes les langues nationales semble
utopique. La promotion de plusieurs langues africaines exigerait l’alphabétisation dans toutes ces langues
nationales, qui encore exigerait une instruction de la part des enseignants dans toutes les langues différentes.
Le Mali n’a sûrement pas les moyens ni financiers ni en personnel pour mener à terme de grandes réformes de
ce type. De plus, le multilinguisme étendu à l'échelle du pays poserait les problèmes dans les organismes
publics et les coûts de traduction pourraient être très élevés. En fait, le multilinguisme malien risque à long
terme de se limiter à un nombre restreint de langues plus importantes, notamment le bambara connu par
quelque 80 % de la populartion.
Bibliographie
CRDI. «Langues d'instruction / Languages of Instruction» dans
Implications pour les politiques d'éducation en Afrique / Policy
Implications for Education in Africa, Groupe de travail sur la
recherche en éducation et l'analyse des politiques, Association pour
le développement de l'éducation en Afrique, Institut international de
planification de l'éducation,1997,
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