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Droit de la participation politique des minorités et des

populations autochtones
L'application de l'exigence constitutionnelle de la prise en compte
des composantes sociologiques de la circonscription dans la
constitution des listes de candidats aux élections au Cameroun
James Mouangue Kobila
Dans Revue française de droit constitutionnel 2008/3 (n° 75), pages 629 à 664
Éditions Presses Universitaires de France
ISSN 1151-2385
ISBN 9782130567813
DOI 10.3917/rfdc.075.0629
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CHRONIQUE

Droit de la participation politique


des minorités et des populations autochtones
L’application de l’exigence constitutionnelle de la prise en compte
des composantes sociologiques de la circonscription dans la constitution
des listes de candidats aux élections au Cameroun

JAMES MOUANGUE KOBILA

Cour suprême du Cameroun/Assemblée plénière


Arrêt n° 96/A/2003-2004 du 9 juin 2004
Social Democratic Front (SDF) (Commune urbaine de Nkongsamba) EYEM François,
MEUTCHI Joseph, ISSA SOULEMANE c. Etat du Cameroun (MINATD)
(Interprétation d’arrêt)
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Recours en interprétation de l’arrêt d’appel n° 94/A/02/03 du 19 avril 2004
rendu en l’affaire Social Democratic Front (SDF) (Commune urbaine de Nkongsamba)
c. État du Cameroun (MINATD) et Rassemblement démocratique du peuple camerounais

« La Cour Suprême du Cameroun siégeant en Assemblée Plénière […]


Considérant que par requête en date du 7 juin 2004 enregistrée le 8 juin 2004 à la
présidence de la Cour Suprême, Me Mbami Augustin, avocat à Douala, agissant au nom
et pour le compte des sieurs Eyem François, Meutchi Joseph Marie, Issa Soulemane, tous
candidats à l’élection municipale partielle [sic] du 13 juin 2004 dans la Commune
Urbaine de Nkongsamba a saisi la susdite juridiction aux fins d’interprétation de l’arrêt
n° 94 rendu le 19 avril 2004 par l’Assemblée Plénière de la Cour Suprême dans l’affaire
opposant le Social Democratic Front (SDF) à l’État du Cameroun […]
Considérant que la requête susvisée est recevable pour avoir été introduite dans les
formes et délais de la loi ;
Au fond
Considérant que le dispositif de l’arrêt dont l’interprétation est sollicitée est conçu
ainsi qu’il suit :
« Par ces motifs
Article 1er : l’appel du Social Democratic Front (SDF) est recevable en la forme ;
Article 2 : il est partiellement fondé ;
Article 3 : le jugement entrepris est infirmé en ce que le premier juge s’est abstenu
de statuer sur la recevabilité de l’intervention volontaire du Social Democratic Front
(SDF) ;
Article 4 : l’intervention volontaire du SDF est irrecevable ;
Article 5 : le jugement entrepris est confirmé pour le surplus ;

James Mouangue Kobila, docteur en droit public, chargé de cours, Université de Douala
(Cameroun).

Revue française de Droit constitutionnel, 75, 2008


630 James Mouangue Kobila

Article 6 : les dépens sont laissés à la charge du Trésor public… »


Considérant que le jugement ainsi confirmé fait ressortir dans son dispositif ce qui
suit :
« Par ces motifs
Article 1er : il est constaté la mise en compétition de la liste SDF à l’élection muni-
cipale du 30 juin 2002 dans la circonscription de la commune urbaine de Nkongsamba
alors que ladite liste avait été disqualifiée par procès-verbal n° 2 du 4 juin 2002 de la
Commission communale de supervision, qui statue définitivement en cette matière ;
Article 2 : il est également constaté qu’en raison de la non exécution de la décision
sus indiquée le résultat obtenu par le parti politique SDF est nul et de nul effet ;
Article 3 : en conséquence l’élection municipale du 30 juin 2002 est annulée par-
tiellement avec toutes les conséquences de droit dans la circonscription de la Commune
urbaine de Nkongsamba, uniquement en ce qui concerne le SDF sans qu’il soit besoin
d’examiner l’intervention volontaire » ;
Considérant que pour statuer ainsi, ledit jugement énonce :
« Mais attendu qu’en l’espèce, il est constaté qu’au mépris de la décision de rejet de
sa liste de candidats par la Commission communale de supervision, le parti politique
SDF a compéti à l’élection municipale du 30 juin 2002 ;
Attendu dès lors qu’en laissant compétir la liste des candidats du SDF à l’élection
municipale du 30 juin 2002 à la Commune urbaine de Nkongsamba alors que ladite
liste avait été rejetée en vertu de la décision susvisée de la Commission communale de
supervision l’autorité administrative a violé les dispositions légales.
Qu’il en résulte que le résultat obtenu par ladite liste à cette élection dans ladite
circonscription est nul et de nul effet ;
Considérant qu’il ressort de ce qui précède que l’annulation prononcée a été justi-
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fiée par la mise en compétition du Social Democratic Front avec une liste disqualifiée ;
Que dès lors, ledit parti ne peut être admis à compétir avec cette liste à l’élection
partielle [re-sic] du 13 juin 2004, si ce n’est avec une autre liste réunissant les conditions
prévues par la loi électorale ;
par ces motifs
Statuant publiquement, contradictoirement à l’égard des parties et après en avoir
délibéré conformément à la loi, à l’unanimité des voix, en matière électorale et en der-
nier ressort ; décide :
Article 1er : La requête des sieurs Eyem François, Meutchi Joseph Marie, Issa Soule-
mane est recevable en la forme ;
Article 2 : Au sens de l’arrêt n° 94/A/02-03 du 19 avril 2004 et du jugement
n° 64/01-02 du 3 septembre 2002, le Social Democratic Front (SDF) n’est pas admis à
compétir à l’élection partielle [sic encore] du 13 juin 2004 avec la liste ayant été dis-
qualifiée par la Commission communale de supervision, si ce n’est avec une autre liste
réunissant les conditions prévues par la loi électorale […] ».

La protection constitutionnelle spéciale des minorités1 et des populations

1. Il n’existe pas de définition générale de la notion de minorité. Pour cerner ce terme, le


Dictionnaire de droit international public reprend la définition de Capotati, pour qui le terme
« minorité » désigne un « groupe numériquement inférieur au reste de la population d’un
État, en position non dominante, dont les membres – ressortissants de l’État – possèdent du
point de vue ethnique, religieux ou linguistique, des caractéristiques qui diffèrent de celle
du reste de la population et manifestent même de façon implicite un sentiment de solida-
rité, à l’effet de préserver leur culture, leurs traditions, leur religion ou leur langue »
(F. Capotati, Étude des droits appartenant aux minorités ethniques, religieuses et linguistiques,
Nations Unies, New York, 1979, § 568). V. J. Salmon (dir.), Dictionnaire de droit internatio-
nal public, préface de G. Guillaume, Bruxelles, Bruylant/AAUF, coll. « Universités franco-
phones », 2001, p. 508.
La participation politique des minorités au Cameroun 631

autochtones2 en matière électorale, à travers l’exigence de la prise en compte de la


composition sociologique de la circonscription électorale dans la constitution des listes de
candidats aux élections3 (ci-après « l’exigence de prise en compte de la composi-
tion sociologique »), est-elle, au Cameroun, une de ces lois du prince que le
doyen Carbonnier qualifiait ironiquement de « fausses bonnes nouvelles » ? Le
législateur camerounais qui a cristallisé cette exigence constitutionnelle dans
différentes lois électorales serait-il, autre emprunt au professeur girondin, un
« messager mensonger » ?4
L’arrêt interprétatif rendu par la formation plénière de la Cour suprême du
Cameroun le 9 juin 20045 sur le terrain délicat, parce que très politique et âpre-
ment controversé, du droit constitutionnel électoral pourrait le laisser croire. Il
est fort heureusement certain qu’il ne fera pas jurisprudence, car il vient d’être
remis en cause par l’alinéa 3 de l’article 35 nouveau de la loi du 29 décem-
bre 2006 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi du 14 août
1992 fixant les conditions d’élection des conseillers municipaux.

2. La définition du terme autochtone n’est pas plus aisée que celle du terme « minorité ».
Du grec autokhthôn (de autos « soi-même » et khthôn « terre »), ce terme est défini par Le
Petit Robert comme désignant celui « qui est issu du sol même où il habite, qui est censé
n’être pas venu de l’immigration ou n’être pas que de passage ». La définition la plus répan-
due de la notion d’autochtone, s’appuie sur le critère conceptuel objectif de l’antériorité dans le temps.
Le Dictionnaire de droit international public semble retenir le critère tiré de l’aboriginalité. Il
présente la population autochtone comme la « population qui est originaire du territoire sur
lequel elle réside, par opposition à la population immigrée ; population établie sur un terri-
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toire bien avant l’invasion par les populations différentes, dans le cadre de la colonisation ».
V. J. Salmon (dir.), ibid., p. 849. En droit constitutionnel, la qualité d’autochtone est éga-
lement reconnue aux populations qui se singularisent par « une importante continuité his-
torique comme sociétés ayant le même territoire avant la colonisation ou l’expansionnisme.
d’autres peuples ». V. J. L. Gomez del Prado, « Droit constitutionnel et peuples autoch-
tones », Recueils des Cours de l’Académie internationale de droit constitutionnel (ci-après :
RCAIDC), vol. XII, Droit constitutionnel et minorités, 2002, p. 41-163 (spéc. p. 43).
3. La règle de la prise en compte de la composition sociologique dans la composition des listes de can-
didats aux élections, appliquée au Cameroun, correspond à ce que l’on dénomme « propor-
tionnelle ethnique » en Italie (province de Bolzano/Bozen) et au Liban. Elle vise à garantir
la participation effective des différents groupes ethniques de la circonscription électorale
considérée au processus démocratique. Cf. J. Woehrling, « Les trois dimensions de la pro-
tection des minorités en droit constitutionnel comparé », Les journées mexicaines de l’asso-
ciation Henri Capitant (2002), Les minorités, Revue de droit, Université Sherbrooke (RDUS),
2003, p. 93-155 (spéc. p. 143 et 150-151). Comme on le verra plus loin, la règle de la prise
en compte de la composition sociologique est cristallisée comme un principe fondamental
du droit constitutionnel camerounais. La mise en œuvre initiale de cette règle fondamentale
du droit électoral camerounais remonte aux premières élections internes organisées en 1986
au sein du RDPC, parti unique à l’époque. L’accord entre les différentes composantes sociolo-
giques [qui. visait à « préserver les équilibres dans la représentation politique de la cité »
fut baptisé « consensus ». V. J. Mouangue Kobila, « Le préambule du texte constitutionnel
du 18 janvier 1996 : de l’enseigne décorative à l’étalage utilitaire », Lex Lata, n° 23-24,
février-mars 1996, p. 33-38 (spéc. p. 34). La dénonciation de ce consensus allait commen-
cer dès 1989. V. G. Ekambi Dibongue, « Autochtones et allogènes à Douala, quête hégé-
monique et résistance endogène », Janus (Revue camerounaise de droit et de science politique),
n° 1, juin 2005, p. 69-105 (spéc. p. 91-93).
4. V. J. Carbonnier, Essais sur les lois, 2e éd., 1995, p. 281 s., cité par P. Malaurie, Antho-
logie de la pensée juridique, 2e éd., Paris, Cujas, 2001, p. 327.
5. L’on a choisi de commenter cet arrêt interprétatif, eu égard à la recommandation de
J.-M. Denieul qui engage expressément à « [é]carter a priori les jugements et les arrêts d’ap-
pel. […] Seule l’interprétation de la loi qui est donnée par la Cour de cassation a un intérêt
[…] », Petit traité de l’écrit judiciaire, 5e éd., Paris, Dalloz, 2006, p. 24.
632 James Mouangue Kobila

Cet arrêt est intéressant à un triple point de vue. D’abord, du point de vue
processuel, il s’agit du premier arrêt interprétatif en matière électorale rendu
par la Cour suprême du Cameroun, en sa qualité de juge électoral, depuis le
retour au pluralisme en 1990. Venant à la suite d’un jugement de la Chambre
administrative de la Cour suprême, lui-même suivi d’un arrêt d’appel, il fait
figure d’arrêt de cassation dans un système qui n’en prévoit pas formellement,
ce qui en rehausse l’intérêt et la portée6. Ensuite, substantiellement, cet arrêt
interprétatif illustre les difficultés auxquelles se heurte la mise en œuvre de la
protection des minorités et des populations autochtones, récemment consolidée
et officialisée : 1) dans la Constitution camerounaise de 19967 dans le double
cadre du droit constitutionnel électoral et du droit administratif électoral au
Cameroun8 – comme elle est cristallisée dans quelque 77 autres constitutions de

6. La doctrine camerounaise reconnaît l’existence d’une forme plus courante de cassation


en matière électorale. C’est l’hypothèse de l’intervention de l’Assemblée plénière sur un
appel interjeté à la suite d’un jugement de la Chambre administrative portant sur une ques-
tion dont une commission mixte électorale de supervision (communale ou départementale)
aura préalablement été saisie. V. principalement R.-G. Nlep, « Rapport Cameroun », in
Organisation internationale de la Francophonie, Aspects du contentieux électoral en Afrique,
Actes du séminaire de Cotonou, 11 et 12 novembre 1998, Paris, éd. Agence intergouvernementale
de la Francophonie, 2000, p. 43-60, p. 58 et M. Nguele Abada, « L’évolution du conten-
tieux électoral en droit camerounais », Revue de la Commission africaine des droits de l’homme et
des peuples, vol. 8, 1999, n° 2, p. 309-337 (spéc. p. 313-314 et 317-319). L’arrêt rendu par
l’Assemblée plénière de la Cour suprême en l’affaire État du Cameroun (INAT) c. RDPC, le
23 août 2001 est illustratif à cet égard.
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7. Sur les fondements de la protection des minorités et des populations autochtones au
Cameroun, v. J. Mouangue Kobila, La protection des minorités et des peuples autochtones au Came-
roun. Entre reconnaissance nationale contrastée et consécration universelle, à paraître.
8. Le modèle de protection constitutionnelle des minorités et des populations autoch-
tones retenu au Cameroun se rapproche du troisième modèle constitutionnel de traitement
des minorités décrit par F. Palermo et J. Woelk comme celui dans lequel « The recognition,
protection and promotion of minorities are an integral component of the constitutional
order and its fundamental rules », in « No Representation Without Recognition : the Right
to Political Participation of (National) Minorities », European Integration, 2003, vol. 25 (3),
p. 225-248 (spéc. p. 227-228). Il est consacré par le 8e considérant du préambule de la
Constitution camerounaise du 18 janvier 1996 qui « fait partie intégrante de la Constitu-
tion » en vertu de l’article 65. Ce considérant est ainsi conçu : « [l]’Etat assure la protection
des minorités et préserve les droits des populations autochtones conformément à la loi ». La
protection constitutionnelle des minorités est également cristallisée par les alinéas 2 et 3 de
l’article 57 du même texte constitutionnel. Ces dispositions prévoient expressément que
« [l]e Conseil régional doit refléter les différentes composantes sociologiques de la région »
et que « [l]e Conseil régional est présidé par une personnalité autochtone de la région élue
en son sein pour la durée du mandat du Conseil ». Ensuite, elle est consacrée par de nom-
breuses lois relatives aux élections, à l’exploitation forestière et domaniale. V. J. Mouangue
Kobila, op. cit. (supra, note n° 7). Dans le cadre spécifique des élections au suffrage direct, la
protection constitutionnelle des minorités et des populations autochtones apparaît pour la
première fois, en droit électoral camerounais, à l’alinéa 4 de l’article 5 de la loi n° 91-20 du
16 décembre 1991 fixant les conditions d’élection des députés à l’Assemblée nationale, également
applicable à l’élection des conseillers municipaux : « [l]a constitution de chaque liste doit
tenir compte des différentes composantes sociologiques de la circonscription concernée ».
Elle est renforcée par la loi n° 2006/009 du 29 décembre 2006 qui modifie la première (lit-
tera e) de l’alinéa 3 de l’article 70 nouv. : « [l]a déclaration de candidature mentionne […]
les indications sur la prise en compte des composantes sociologiques de la circonscription
dans la constitution de la liste ») ; elle est aussi prévue, dans les mêmes termes, par la loi
n° 92/002 du 14 août 1992 fixant les conditions d’élection des conseillers municipaux, modifiée et
complétée par la loi n° 2006/10 du 29 déc. 2006 (littera e) de l’alinéa 2 de l’article 18 nou-
veau). Dans le cadre des élections au suffrage indirect, l’exigence de la protection des minorités
La participation politique des minorités au Cameroun 633

par le monde, c’est-à-dire dans la majorité des constitutions des États hétéro-
gènes sur le plan culturel, linguistique ou religieux9 ; 2) par la pratique des
organisations internationales régionales10 et 3) à l’échelle universelle11. Cet arrêt
retient enfin l’attention parce que, fait exceptionnel, son principal dictum vient
de connaître un renversement législatif.
Les péripéties qui ont conduit à son prononcé et le sort législatif qui a été
réservé à cet arrêt offrent un aperçu saisissant des problèmes juridiques fonda-
mentaux qui se posent dans l’organisation des élections au Cameroun : la dis-
persion des textes régissant les élections12, l’emboîtement difficile des compé-
tences des organes mixtes ou « indépendants » de supervision et de contrôle du
scrutin13, les reports répétés d’élections14, les tâtonnements de la jurisprudence

et des populations autochtones est inscrite dans la loi n° 2006/005 du 14 juillet 2006 fixant
les conditions d’élection des sénateurs (alinéa 3 de l’article 7) et à l’alinéa 2 de l’article 26 de la
loi n° 2004/19 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux régions.
9. Selon un observateur, les deux tiers des quelque 200 États qui existent sur la planète
sont hétérogènes sur le plan culturel, linguistique ou religieux. V. J. Weohrling, op. cit.
(supra, note n° 3), p. 98. Sur les modalités de la protection des minorités dans les Constitu-
tions contemporaines, v. not. J. Mouangue Kobila, ibid. ; la base de données de l’Académie
internationale de droit constitutionnel, [Link] [Link]/[Link]?mot=minori-
tés&np=2 (consultée les 14 et 15 août 2007) ; le RCAIDC, vol. XII, Droit constitutionnel et
minorités, 2002, 515 p. ; S. Benetullière, « Justice sociale et espace public : l’exemple de l’af-
firmative action », cette Revue, n° 69- 2007, p. 57-77 (spéc. p. 58-59) et G. S. Goodwin-Gill,
Élections libres et régulières, nouvelle éd. augmentée, Genève, éd. de l’Union interparlementaire,
2006, note n° 201, p. 52, consultable sur la page internet : www. [Link]/PDF/publications/
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free&[Link] (consultée le 7 août 2007), p. 131 (v. aussi la note n° 92 du même ouvrage).
10. Sur la protection des droits des minorités et des peuples autochtones à l’échelle régio-
nale, v. not. J. Mouangue Kobila, op. cit. (supra, note n° 7) et R. Medda-Windischer, « The
European Court of Human Rights and Minority Rights », European Integration, 2003,
vol. 25 (3), p. 249-271 (spéc. p. 249-251 et 265-266). Au plan régional africain, l’on
retrouve la protection des minorités dans les articles 8, 31 et 43 de la Charte africaine de la
démocratie, des élections et de la gouvernance, adoptée par la Conférence des chefs d’État et
de gouvernement de l’Union africaine (UA), lors de son 8e Sommet tenu du 29 au 30 janvier
2007 à Addis-Abeba (Ethiopie). V. la page internet : [Link]
au/Documents/Treaties/treaties_fr.htm (consultée le 16 août 2007). Selon G. S. Goodwin-
Gill, la sous représentation des minorités est le « problème le plus profond et qui affecte
l’ensemble du système [représentatif] », ibid., p. 96 et 122.
11. La tendance à l’universalisation de la protection des minorités a été restituée par
R. Colavitti, « L’ONU et la protection des minorités : un droit coutumier in statu nas-
cendi ? », L’Observateur des Nations Unies, n° 20 & 21, 2006, p. 261-283 (spéc. p. 265-275).
Quant aux droits des populations autochtones, ils ont connu une consécration formelle à
l’échelle universelle, avec l’adoption par l’Assemblée générale, le 13 septembre 2007, de la
Déclaration des Nations-Unies sur les droits des peuples autochtones, par 143 voix pour et
4 voix contre (Australie, Canada, États-Unis et Nouvelle-Zélande) et 11 abstentions. Trois
des quatre États qui se sont opposés au vote de cette résolution (Canada, États-Unis et Nou-
velle-Zélande) ont néanmoins réaffirmé leur détermination à promouvoir et à protéger les
droits des peuples autochtones dans leur territoire et à l’étranger. V. A/RES/61/295 et les
documents A/61/L.67, AG/10612 et GA/10613-HR/4932.
12. Les normes relatives à l’élection sont disséminées dans une vingtaine de textes de sta-
tut et de portée différents.
13. Dans l’enchevêtrement d’institutions chargées de veiller à la régularité des opérations
électorales au Cameroun, l’on mentionnera, par ordre hiérarchique croissant : les commissions
électorales de supervision au niveau communal, départemental et national, le Minat, l’ONEL ou
Élections Cameroons (ELECAM) à partir de juillet 2008, le Conseil national de la Communica-
tion, la Chambre administrative de la Cour suprême, l’assemblée plénière de la Cour suprême
et le Conseil constitutionnel dont les attributions sont provisoirement exercées par la forma-
tion plénière de la Cour suprême en vertu de l’alinéa 4 de l’article 67 de la Constitution.
634 James Mouangue Kobila

électorale15, l’intervention de décisions politiques dans le processus juridique de


conduite du scrutin16, le non-respect des délais de traitement du contentieux
électoral par la Cour suprême17 et bien d’autres « beautés acides » dont la
conjugaison, à l’occasion, ne milite systématiquement ni en faveur du libre
choix des dirigeants politiques par les électeurs (respect du principe de l’orga-
nisation périodique des élections sincères et honnêtes), ni en faveur de la crédi-
bilité des processus électoraux, alors même que l’organisation des élections
enregistre progressivement des avancées significatives et tangibles.
Les faits continus pertinents de l’espèce remontent au 28 mai 2002, date à
laquelle le préfet du Moungo a rejeté la liste des candidats du SDF aux élections
municipales de la commune urbaine de Nkongsamba, ville secondaire de la Pro-
vince du Littoral. La décision préfectorale était fondée sur deux motifs princi-
paux : le non-respect de la composition sociologique de la circonscription et l’ab-
sence de certaines pièces dans les dossiers des candidats figurant sur cette liste.
Afin d’assurer la participation de son parti à ce scrutin, le mandataire de la
liste du SDF saisit alors la Commission communale de supervision des élections
municipales de la commune concernée, par requête du 3 juin 2002. Il deman-
dait à la Commission d’ordonner au principal que les dossiers des candidats du
SDF soient acceptés. Subsidiairement, le requérant sollicitait que la Commission
lui permette de procéder au réajustement des dossiers en déposant les pièces
manquantes et en procédant au remplacement de candidats pour se conformer à
l’exigence de prise en compte de la composition sociologique.
Statuant sur ce recours18, la Commission communale de supervision a rejeté
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la requête du SDF dans son procès-verbal n° 2 du 4 juin 2002. Il en résultait que
la liste du SDF ne pouvait participer au scrutin qui devait initialement se dérou-
ler le 23 juin suivant, ce qui assurait la victoire du Rassemblement démocra-
tique du peuple camerounais (ci-après « RDPC »), parti dominant au Cameroun,
qui serait quasiment resté seul en lice après la disqualification antérieure de la
liste du Mouvement pour la démocratie et le progrès (ci-après « MDP »).
Mais le scrutin ne put se tenir à la date prévue, du fait de graves dysfonc-
tionnements administratifs19. Après avoir limogé le ministre en charge de l’Ad-

14. Pour s’en tenir à un seul exemple, les premières élections municipales postérieures au
retour au pluralisme ont ainsi fait l’objet de deux reports d’une durée de 18 mois chacun,
en août 1992 et en juin 1993, avant leur tenue le 21 janvier 1996, un mois après l’expira-
tion de la seconde période de prorogation du mandat des élus du mois d’octobre 1987.
15. L’on peut ainsi signaler la recevabilité initiale illicite des recours introduits par les par-
tis politiques dans le cadre des élections municipales et la tendance de la haute juridiction came-
rounaise à traiter le contentieux des élections municipales avec la majestueuse lenteur qui la caractérise
lorsqu’elle se penche sur le contentieux de droit commun, en dépit des délais fixés par l’alinéa 3 de
l’article 34 de la loi n° 92/002 du 14 août 1992 fixant les conditions d’élection des
conseillers municipaux. V. not. : Cour suprême, affaire MLJC c. État du Cameroun (MINAT),
arrêt n° 60/A du 23 août 2001 et Cour suprême, affaire Social Democratic Front (SDF) c. Ras-
semblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), arrêt n° 26/A du 24 janvier 2002.
16. L’on songe en particulier à la décision par laquelle le Minat a ordonné aux autorités
préfectorales la réhabilitation de toutes les listes de candidats disqualifiées par les commis-
sions communales de supervision et rejetées par les préfets pour divers motifs.
17. Voir supra (note n° 15).
18. Les procès-verbaux des commissions communales de supervision ne font pas toujours
ressortir l’argumentation des parties.
19. V. l’interview du président de la République du Cameroun accordée à la télévision
nationale et reproduite dans le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune n° 7623/3912
La participation politique des minorités au Cameroun 635

ministration du territoire et s’écartant de la pratique administrative20, l’Exécu-


tif a autorisé, dans la foulée, la réhabilitation de toutes les listes de candidats
qui avaient été écartées du scrutin21. C’est ainsi que la liste SDF de Nkongsamba
prit part au scrutin reporté au 30 juin. A l’issue du scrutin, la même commis-
sion, qui avait entériné le rejet préfectoral de la liste du SDF, déclara les
membres de la liste querellée élus par acte du 3 juillet 2002, sans avoir préala-
blement pris un acte contraire autorisant la participation de la liste SDF à ce
scrutin.
Contrarié d’être ainsi privé d’une victoire électorale qui semblait déjà à por-
tée de la liste dont il était le mandataire, le président de la section RDPC du
Moungo-Nord, Ngondi Emmanuel Degrando, agissant en qualité d’électeur22,

du 24 juin 2002. Ces dysfonctionnements n’étaient pas étrangers au couplage, pour la pre-
mière fois au Cameroun, des élections législatives et des élections municipales.
20. La pratique administrative sanctionne le non respect de l’exigence de prise en compte
de la composition sociologique de la circonscription, quelle que soit sa forme : v. not. la cor-
respondance n° … [cette case a été laissée vide par l’autorité administrative] /L/C16/SP du
28 mai 2002 du préfet du Moungo. La pratique administrative assimile la sous-représentation
d’une composante sociologique dans une liste de candidats à sa non-représentation, et vice-
versa. V. la position du représentant de l’État dans l’affaire Njoume Victor (Commune rurale de
Melong) c. État du Cameroun (MINAT), jugement n° 79/95-96 du 26 septembre 1996.
21. Cette mesure a été prise, selon toute vraisemblance, aux fins d’apaisement et de cré-
dibilisation du scrutin. Alors que la protection des minorités et des populations autochtones
est généralement analysée comme un facteur de paix sociale (spécialement par la Déclaration
issue de la Conférence de Copenhague sur la dimension humaine de juin 1990, instrument
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dans lequel les États concernés reconnaissent explicitement que « le respect des droits des
personnes appartenant à des minorités […] est un facteur essentiel de la paix, de la justice,
de la stabilité et de la démocratie ». V. J. Perèz De Cuéllar, « La problématique minori-
taire », RCAIDC, vol. XII, Droit constitutionnel et minorités, 2002, p. 1-14 (spéc. p. 9-
10)), sa mise en œuvre chaotique risquait de conduire au résultat inverse. Cette mesure
d’apaisement ne manquait pas de précédent en jurisprudence, dès lors qu’elle était conforme
à la position du juge électoral alors que, faute d’avoir précisé la composition sociologique de
chaque circonscription et fixé la répartition des postes électifs en fonction de celle-ci, la dis-
position législative qui prescrit cette exigence était inapplicable. V. not. le procès-verbal de
la Commission communale de supervision de Nlonako, daté du 6 juin 2002 : « la composante
sociologique ou ethnique de la liste MDP ne peut être attaquée dès lors que la liste comprend deux allo-
gènes et que la loi ne définit aucune proposition de dosage ethnique à appliquer » (italiques ajoutés).
Une partie de la doctrine camerounaise avait frayé la voie à la proclamation de la non justi-
ciabilité de la prise en compte de la composition sociologique par le juge, accréditant la
thèse d’une lex imperfecta. Cf. not. L. Donfack Sokeng, Le droit des minorités et des peuples
autochtones au Cameroun, thèse, Univ. de Nantes, 2000/2001, p. 274. Cette option est contes-
table. V. P. Amselek, « La teneur indécise du droit », RDP, 1991, p. 1199-1216 (spéc.
p. 1205) et P. Martens, « Thémis et ses plumes : réflexions sur l’écriture juridique »,
Mélanges François Rigaux, Nouveaux itinéraires en droit, Bruxelles, Bruylant, 1993, p. 345-372
(spéc. p. 368 et 369-370).
22. Aux termes de l’article 33 de la loi n° 92/002 du 14 août 1992 fixant les conditions
d’élection des conseillers municipaux, le recours en annulation des opérations électorales
n’est ouvert qu’aux seuls électeurs et candidats. Le juge d’appel du contentieux électoral
avait aussi eu soin de préciser « qu’il en résulte que seul un électeur ou un candidat de la
commune concernée, en dehors de tout parti politique ou agent du Gouvernement, a qua-
lité pour former un recours contre une telle élection ». V. not. Cour suprême, Ass. plénière,
Kack Kack Étienne Gérard et Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) (Com-
mune rurale de Matomb)) c. État du Cameroun (MINATD), arrêt n° 53/A/2003-2004 du
19 avril 2004. Le sieur NGondi Emmanuel Degrando était en fait candidat et électeur dans
la commune rurale de Melong, où il a été élu conseiller municipal. Le problème de la rece-
vabilité de son recours pouvait donc valablement se poser, dans la mesure où il n’était ni élec-
teur, ni candidat dans la circonscription dans laquelle il contestait les résultats des élections.
636 James Mouangue Kobila

a décidé de saisir la Chambre administrative de la Cour suprême d’un recours


en annulation de l’élection des membres de la liste SDF.
Le recours introduit contre l’État du Cameroun/ministère de l’Administra-
tion territoriale (ci-après « Minat ») – devenu plus tard le ministère de l’Ad-
ministration territoriale et de la Décentralisation (ci-après « Minatd ») – visait
la neutralisation, dans la commune urbaine de Nkongsamba, des effets de la
décision du ministre de l’Administration territoriale autorisant la participation
de toutes les listes initialement écartées de l’élection municipale du mois de
juin 2002.
Le demandeur sollicitait spécifiquement de la Chambre administrative de
« prendre acte de ce que la liste des candidats du parti politique dénommé
Social Democratic Front pour les élections municipales de ladite commune a été
définitivement rejetée, que par suite, cette liste de candidats ne pouvait parti-
ciper aux élections sans violer la loi ». De manière itérative, il demandait en
conséquence l’annulation de « l’élection des membres de la liste du Social
Democratic Front, prétendument élus conseillers municipaux de la Commune
urbaine de Nkongsamba ». Au soutien de sa prétention, le requérant faisait
essentiellement valoir « qu’il est juridiquement impossible de déclarer élus des
candidats dont la liste avait été préalablement exclue de la compétition ».
Pour repousser cette prétention, le Minat a fait valoir que le parti politique
RDPC dont le requérant, Ngondi Emmanuel Degrando, était le mandataire de la
liste à Nkongsamba, n’a pas qualité pour solliciter la nullité des opérations
électorales dans le cadre des élections municipales. Le Minat invitait par consé-
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quent la Chambre administrative à se déclarer incompétente pour connaître de
ce recours portant sur les candidatures. De son côté, le SDF, intervenant volon-
taire, a argué que la Commission communale de supervision n’était plus seule à
connaître du contentieux des candidatures pour les élections depuis la création
de l’ONEL. Le parti victorieux des municipales à Nkongsamba invitait par
conséquent le juge à rejeter le recours comme mal fondé.
Mais le juge n’a pas admis cette argumentation. Faisant droit aux préten-
tions du requérant, la Chambre administrative a déclaré le recours recevable, la
requête signée par une personne inscrite sur la liste électorale et qui fait, même
incidemment, mention de sa qualité de mandataire d’une liste étant vouée à la
recevabilité23. Elle a aussi retenu sa compétence. La Chambre administrative a
par suite estimé, le 3 septembre 2002, que c’est à tort que la liste du SDF a été
admise à participer au scrutin avant de décider que le résultat obtenu par la
liste SDF à cette élection municipale est nul et de nul effet, « avec toutes consé-
quences de droit »24.
S’estimant lésé, le SDF a aussitôt fait appel de ce jugement devant l’Assem-
blée plénière de la Cour suprême. Statuant sur cet appel quelque deux ans après
le scrutin, le 19 avril 2004, le juge d’appel du contentieux des élections muni-
cipales a infirmé le jugement entrepris en ce que le premier juge s’est abstenu

23. V. A. Menouni, « Constitution et contentieux électoral », Recueil des cours de l’Acadé-


mie internationale de droit constitutionnel, vol. 10, 16e session, Constitution et élections, 2002,
p. 295-348 (spéc. p. 335).
24. Cour suprême, Ch. adm., Jugement n° 64/01-02 du 3 septembre 2002, Ngondi
Emmanuel Degrando, RDPC/Commune urbaine de Nkongsamba c. État du Cameroun (MINAT) et
le SDF (partie intervenante).
La participation politique des minorités au Cameroun 637

de statuer sur la recevabilité de l’intervention volontaire du SDF, une interven-


tion qu’il a néanmoins jugée irrecevable. Au fond, le juge d’appel a recueilli les
morceaux réutilisables de la décision du premier juge en confirmant le juge-
ment entrepris pour le surplus25.
Le corps électoral fut par suite convoqué pour six élections municipales qui
devaient se tenir dans les localités où les élections avaient été définitivement
annulées, la circonscription de Nkongsamba urbaine y compris. Le Minatd, qui
devait appliquer la décision de la Haute juridiction dans la perspective des élec-
tions municipales convoquées pour le 13 juin 200426, a retenu que l’ensemble
des résultats de l’élection dans la commune urbaine de Nkongsamba était
annulé. Du point de vue du Minatd, une nouvelle élection devait par consé-
quent être organisée à Nkongsamba, dont serait cependant exclue la liste du
SDF, disqualifiée pendant l’élection primitive.
Un nouveau rebondissement surgira, lorsque le SDF constatera qu’après
avoir remporté l’élection initiale, il ne figure pas sur la liste des partis appelés
à participer aux élections reprises dans cette circonscription, liste publiée par le
ministre en charge de l’Administration territoriale le 24 mai 200427.
La question juridique était de savoir si, après la disqualification par le pré-
fet de la liste du SDF à l’occasion du scrutin qui s’est finalement tenu le 30 juin
2002, une disqualification ultérieurement confirmée par la Commission com-
munale de supervision, ce parti politique serait écarté du nouveau scrutin ou si,
au contraire, il pouvait être admis à participer à l’élection municipale du 13
juin 2004 dans l’arrondissement de Nkongsamba avec une nouvelle liste de
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candidats (dûment ajustée et avec des pièces complètes).
Cette nouvelle question se ramenait au problème de la nature juridique de
l’élection municipale du 13 juin 2004. L’élection reprise à la suite d’une annu-
lation est-elle une élection partielle, une nouvelle élection, ou plutôt une nou-
velle élection sui generis s’inscrivant dans le prolongement du premier scrutin ?
Le législateur camerounais utilise l’expression « élection partielle » dans deux
dispositions de la loi fixant les conditions d’élections des conseillers municipaux.
Il s’agit, d’une part, de l’alinéa 1 de l’article 5 qui prévoit l’organisation d’élec-
tions partielles lorsqu’un conseil municipal a perdu les deux cinquièmes de ses
membres et, d’autre part, des alinéas 2 et 3 de l’article 35 qui prévoient l’organi-
sation d’élections partielles en cas d’annulation de tout ou partie des élections.
Trois hypothèses peuvent dès lors être imaginées. D’abord, dans l’hypothèse
visée par l’article 5, l’on peut concevoir que l’élection est effectivement partielle
en tant qu’elle permet de compléter la composition d’un organe collégial28. Ensuite,
25. Cour suprême, Ass. plénière, arrêt n° 94/A/02-03 du 19 avril 2004, Social Democratic
Front (SDF) (Commune urbaine de Nkongsamba) c. État du Cameroun (MINATD), Rassemblement
démocratique du peuple Camerounais (RDPC).
26. Décret n° 2004/109 du 7 mai 2004.
27. Arrêté n° 000206 du 24 mai 2004.
28. C’est à tort que le juge électoral camerounais utilise cette expression pour désigner
des élections municipales entièrement reprises dans une circonscription à la suite d’une
annulation de l’ensemble des résultats, prononcée par ses soins. L’expression « élection par-
tielle » est en effet sommairement définie dans le Vocabulaire juridique comme une « [é]lec-
tion destinée à remplacer dans une assemblée un élu dont le siège est devenu vacant par
décès, démission, etc. ». Le « renouvellement partiel » y est quant à lui défini comme
« [c]elui qui porte, par périodes successives, sur une fraction des sièges », in G. Cornu,
Association Henri Capitant, Vocabulaire juridique, 7e éd., Paris, Puf, 2005, entrées « Élec-
638 James Mouangue Kobila

deux situations se présentent dans l’hypothèse de l’article 35. La première cor-


respond au cas où le juge électoral annule l’élection d’une partie des conseillers
municipaux tout en validant l’élection de l’autre partie des conseillers munici-
paux. Dans ce cas, l’élection organisée serait bien une élection partielle au sens
rappelé plus haut. La seconde hypothèse envisagée par le législateur dans l’ar-
ticle 35 est celle où l’élection est organisée à la suite de l’annulation totale de
l’élection. Il s’agit alors d’une élection dans laquelle la totalité des sièges est
remise en compétition, hypothèse qui s’écarte du statut conceptuel d’une élec-
tion partielle, même s’il ne s’agit pas pour autant nécessairement d’une nouvelle
élection, le terme « nouvelle élection » devant, à notre sens, être réservé aux
élections générales ou aux élections organisées à la suite de la dissolution d’un
Conseil municipal. La question qui demeurait était finalement celle de savoir si
l’élection devrait être reprise à partir du point de rupture de la légalité, c’est-à-
dire sans la participation de la liste du SDF, qui se trouverait alors irrévocable-
ment disqualifiée.
La question de savoir si le SDF pouvait être admis à participer à l’élection
municipale du 13 juin 2004 avec une nouvelle liste de candidats restait donc
entière, le législateur l’ayant laissée sans réponse jusqu’au 29 décembre 2006.
Dans le silence de la loi, deux possibilités étaient ouvertes. Soit il s’agissait d’un
nouveau scrutin, auquel cas tous les partis légalisés à travers le pays seraient
autorisés à présenter une nouvelle liste de candidats. Soit alors il s’agissait d’une
élection de la totalité des conseillers municipaux qui s’inscrivait néanmoins
dans le prolongement du premier scrutin, auquel cas seuls les partis en lice à
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l’élection annulée devraient candidater.
La liste du SDF ne serait donc pas admise à participer à ce scrutin, au motif
que l’annulation partielle des élections du 30 juin 2002, prononcée par le juge
électoral, était relative à la non exécution de la résolution de rejet de la liste SDF,
résolution prise par la Commission communale de supervision des élections
municipales à Nkongsamba. Le préfet du Moungo indiquera malencontreuse-
ment que les actes de la Commission communale de supervision constituent des
actes de souveraineté dont le régime rappelle celui des actes de gouvernement, en
ce qu’ils sont insusceptibles de recours juridictionnels29. Seul le Gouvernement
tion » et « Renouvellement », p. 342 et 786. De manière plus précise, le Lexique de politique
définit l’élection partielle comme celle où « un siège ou quelques sièges sont à pourvoir par suite
de vacance anormale (démission, décès, annulation d’une élection) » (italiques ajoutés), in
C. Debbasch et alii, Lexique de Politique, 7e éd., Paris, Dalloz, 2001, p. 150.
29. Cette prise de position résulte en particulier d’une lecture défectueuse du jugement
n° 32/95-96 du 19 avril 1996, affaires RDPC-MLJC-UFDC & SDF c. État du Cameroun,
jugement inédit, dans lequel le juge électoral a dit pour droit que « les litiges sur les opé-
rations électorales antérieures au dépouillement du vote relèvent de la compétence de la
Commission communale de supervision qui statue définitivement ; […] contrairement aux alléga-
tions du RDPC, il résulte de l’ensemble de ces dispositions législatives que, d’une part, le juge
administratif ne peut connaître des opérations relevant de la compétence exclusive de la Commission
communale de supervision » (italiques ajoutés). Cf. supra (note n° 3). Elle procéderait aussi de
la prise de position de M. Kamto qui, classant à tort les actes des commissions mixtes élec-
torales dans la catégorie des actes administratifs, estime également à tort, comme démontré
dans la note n° 6 supra que, « si […] “statue définitivement” implique que la décision de la
Commission échappe désormais à tout recours juridictionnel, c’est-à-dire aussi bien devant
le juge administratif que devant le juge judiciaire, alors, on est en présence d’une nouvelle caté-
gorie d’acte de gouvernement » (italiques ajoutés), « Le contentieux électoral au Cameroun »,
Lex Lata, n° 20, 1995, p. 3-13 (spéc. p. 7).
La participation politique des minorités au Cameroun 639

pouvait par conséquent, selon lui, impulser un acte tendant à autoriser la parti-
cipation des listes disqualifiées au scrutin. L’Administration s’inscrivait de ce
fait dans l’hypothèse de la poursuite du processus électoral commencé en 2002.
C’est le lieu de signaler l’incohérence de l’Administration qui, tout en inscri-
vant sa position dans l’hypothèse de l’annulation partielle, a décidé de reprendre
le processus électoral non pas à partir du point de rupture avec la légalité, mais
ab initio. Une interprétation d’autant plus contestée par le SDF qu’elle lui était
défavorable.
Le SDF et trois candidats de sa liste à cette élection municipale ont alors
simultanément saisi la Commission communale de supervision le 8 juin 2004,
et déféré au juge suprême une demande d’interprétation de l’arrêt rendu par
l’Assemblée plénière de la Cour suprême dans cette cause le 19 avril 2004. Les
requérants, François Eyem, Joseph Meutchi et Soulemane Issa, candidats du SDF
aux élections municipales du 30 juin 2002 et de nouveau candidats à l’élection
municipale alors prévue le 13 juin 2004, sollicitaient du juge qu’il interprète
l’arrêt du 19 avril 2004 qui les concernait, et dise pour droit que : 1) l’annula-
tion des élections du 30 juin 2002 entraîne la reprise des opérations électorales
pour tous les partis politiques ayant pris part aux élections du 30 juin 2002, le
SDF y compris et 2) ce parti pouvait prendre part aux élections du 13 juin 2004
dans la commune urbaine de Nkongsamba.
Appelée de nouveau à statuer sur ce recours en interprétation, l’Assemblée
plénière de la Cour suprême a rendu un arrêt à la Salomon, en ce sens qu’elle a
décidé de partager l’enjeu30. Faisant droit aux prétentions des requérants, et en
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contre pente de la position de l’administration, elle a jugé qu’au sens des pro-
noncés judiciaires acquis dans cette affaire, le SDF ne peut être admis à candida-
ter à l’élection du 13 juin 2004 avec la liste disqualifiée, si ce n’est avec une
autre liste réunissant les conditions prévues par la loi électorale. Ce faisant,
contrairement à l’administration, le juge s’inscrivait dans la perspective d’une
nouvelle élection dépourvue de lien avec le scrutin précédent.
Cet arrêt ne soulevant aucune question de recevabilité intéressante, l’on se
focalisera sur les problèmes de recevabilité et de fond inédits qu’il soulève, en
portant successivement l’attention sur le problème général des effets de l’annu-
lation partielle des élections pour non-respect de la composition sociologique
d’une circonscription ; c’est-à-dire sur la question de la mise en compétition
d’une liste disqualifiée pour non-respect de la composition sociologique de la
circonscription électorale visée. Cette analyse se fera à travers l’examen du revi-
rement jurisprudentiel du juge électoral relatif à la sanction de l’exigence de
prise en compte de la composition sociologique de la circonscription dans la
constitution des listes de candidats à certaines élections (I), puis l’analyse du
renversement de la solution jurisprudentielle par le législateur (II).

30. Il s’agit en réalité de la première partie de la sentence du sage Salomon sur l’enfant
disputé « qui […] coupe l’enfant par moitié pour que chaque mère en ait sa part ».
V. J. Carbonnier, Flexible droit, 10e éd., Paris, LGDJ, 2001, p. 440-443. Dans le même sens,
Paul Martens proclame : « malheur à lui [au juge] s’il se décerne le titre de “ministre de
l’équité” », op. cit. (supra, note n° 21), p. 355.
640 James Mouangue Kobila

I – LE REVIREMENT JURISPRUDENTIEL EN MATIÈRE DE RESPECT


DE LA COMPOSITION SOCIOLOGIQUE DES CIRCONSCRIPTIONS

La nouvelle jurisprudence du juge électoral s’éloigne de sa jurisprudence


antérieure dans le domaine de la prise en compte de la composition sociolo-
gique. Cette évolution se vérifie, en premier lieu, avec le revirement relatif à
l’intervention du juge dans le contentieux des candidatures (A) et, en second
lieu, avec l’interprétation contra dictum, c’est-à-dire contraire à l’énoncé, que le
juge a faite de l’arrêt du 19 avril 2004 (B).

A – LE REVIREMENT RELATIF A L’INTERVENTION DU JUGE


DANS LE CONTENTIEUX DES CANDIDATURES

L’interprétation retenue par le juge, constitutive d’un revirement jurispru-


dentiel, s’observe en premier lieu lorsque le juge électoral affirme sa compé-
tence pour statuer sur le contentieux des candidatures. Le revirement s’observe
ensuite lorsqu’il consacre la disqualification de la liste de candidats comme la
sanction de la non prise en compte de la composition sociologique de la cir-
conscription électorale par une liste de candidats.
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1 – L’affirmation de la compétence du juge électoral
pour le règlement du contentieux des candidatures
En décidant de se prononcer sur l’éligibilité de la liste du SDF à l’élection
municipale du 13 juin 2004, la Cour suprême siégeant en assemblée plénière,
c’est-à-dire en tant que juge d’appel des élections municipales, a apporté, à la
suite de la chambre administrative, une inflexion significative à la jurispru-
dence antérieure du juge électoral camerounais qui s’était toujours déclaré
incompétent à cet égard. La position du juge électoral se fondait sur une lecture
restrictive de l’expression « opérations électorales » insérée dans l’article 33 de
la loi du 14 août 1992 fixant les conditions d’élection des conseillers munici-
paux. Le juge considérait strictissimo sensu les « opérations électorales » comme
constituées, conformément au contenu du titre IX de la loi fixant les conditions
d’élection des députés à l’Assemblée nationale, par les questions relatives aux
bureaux de vote, au déroulement et au dépouillement du scrutin31. Le juge se
fondait aussi sur l’article 27 de la loi précitée qui attribuait, dans sa version ini-
tiale, ce contentieux à la Commission communale de supervision, en précisant
que celle-ci statuait définitivement.
Dans sa jurisprudence antérieure au 9 juin 2004, le juge des élections
municipales a ainsi systématiquement, d’une part, rappelé les dispositions de
l’alinéa 2 de l’article 12 de la loi du 14 août 1992 fixant les conditions d’élec-
tion des conseillers municipaux, aux termes duquel la Commission communale
31. En droit français, l’organisation des bureaux de vote relève plutôt de la phase de la
préparation des élections. V. M. Verpeaux et M. Bonnard (dir.), Le Conseil constitutionnel,
Paris, La Documentation française, coll. « Les études de La Documentation française »,
2007, p. 120.
La participation politique des minorités au Cameroun 641

de supervision connaît, entre autres, « des contestations et du contentieux por-


tant sur les candidatures » pour décliner sa compétence et, d’autre part, affirmé
qu’il résulte des textes pertinents que « les litiges relatifs aux candidatures et
aux listes de candidatures relèvent […] de la compétence de la Commission
communale de supervision qui statue souverainement », le juge se bornant à
censurer son éventuelle inertie32. Le juge des élections municipales n’hésitera ni
à affirmer le caractère « exclusif » de la compétence de la Commission commu-
nale de supervision, ni à en déduire l’irrecevabilité des demandes et son incom-
pétence en la matière33.
Cette position du juge de première instance des élections municipales sera
consolidée par un arrêt du 19 avril 200434. Elle rentre en toute hypothèse dans
ce qu’un commentateur a qualifié de « jurisprudence d’incompétence, tradui-
sant un cynisme judiciaire incompatible avec la nécessité de bâtir un État de
droit et encourageant l’escamotage de problèmes de fond »35. Dans l’affaire sous
examen, le juge électoral a opportunément renoncé, même partiellement, à
cette attitude.
La Chambre administrative et l’assemblée plénière de la Cour suprême ont
en effet consenti à se prononcer sur la question des candidatures, à partir de l’af-
faire dont elles ont été saisies. Le fait est d’autant plus remarquable que la Com-
mission communale de supervision, compétente en la matière, avait été saisie
par le même requérant ; mais était restée silencieuse. L’affaire était donc sub
judicie devant la Commission de supervision compétente.
S’il restait fidèle à sa jurisprudence antérieure, le juge électoral se serait
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logiquement déclaré incompétent. Le juge aurait d’autant pu décliner sa com-
pétence que les décisions de la Commission communale de supervision, en
matière de candidatures, étaient susceptibles de recours devant l’Observatoire
national des élections (ci après « ONEL ») depuis la création de cet organe par
une loi du 19 décembre 200036. Jusqu’à la révision des lois relatives à l’élection
des députés et de la loi relative à l’élection des conseillers municipaux interve-
nue le 29 décembre 2006, l’ONEL était en effet compétent pour connaître « des
contestations et des réclamations portant sur les candidatures […] non réglées
par les commissions de supervision compétentes »37. En l’état actuel du droit
électoral camerounais, le contentieux des candidatures aux élections munici-

32. V. affaire RDPC (Rassemblement démocratique du peuple camerounais) (C.R. de Penja) c.


État du Cameroun (Minat) & SDF-UNDP-UFDC, jugement n° 31/95-96 du 19 avril 1996 :
« […] qu’en s’abstenant ainsi de régler un litige dont elle était saisie au cours des opérations
électorales dont s’agit, la Commission sus désignée n’a pas assuré la régularité desdites opé-
rations qui de ce fait se trouvent viciées ». V. aussi les affaires RDPC-MLJC-UFDC & SDF
c. État du Cameroun), Jugement n° 32/95-96 du 19 avril 1996.
33. V. les Affaires Social Democratic Front (SDF) & Parti conservateur républicain (PCR) c.
État du Cameroun (Commune urbaine de Yaoundé IIIe) RDPC intervenant, jugement n° 47/95-
96 du 18 juillet 1996.
34. Affaire État du Cameroun (MINATD), SOHAING André, candidat du Rassemblement
démocratique du peuple camerounais (RDPC) (Commune rurale de Bayangam) c. PUEPI Bernard,
candidat du Social Democratic Front (SDF), arrêt n° 95/A/2003-2004 du 19 avril 2004.
35. A. D. Olinga, « Contentieux électoral et État de droit au Cameroun », Juridis pério-
dique, n° 41, janvier-février-mars 2000, p. 35-52, p. 48.
36. Loi n° 2000/16 du 19 décembre 2000 portant création d’un Observatoire national
des élections (ONEL).
37. Alinéa 9 de l’article 6 de la loi n° 2000/016 du 19 décembre 2000.
642 James Mouangue Kobila

pales relève uniquement de la Chambre administrative de la Cour suprême38


qui statue, elle aussi définitivement39.
Bien qu’observable dans la pratique d’au moins une juridiction africaine40, la
pertinence de cette position du juge administratif est cependant discutable, tant
il est vrai qu’elle déroge, sans justification suffisante, à l’articulation des compé-
tences des différentes juridictions camerounaises selon laquelle les jugements de
la Chambre administrative sont, par nature, contestables devant l’assemblée plé-
nière de la Cour suprême ; les seuls arrêts en droit électoral échappant à toute
voie de recours ordinaire étant ceux de la formation plénière de la Cour suprême
et du Conseil constitutionnel41. Cette position jurisprudentielle est d’autant plus
contestable que le juge électoral camerounais exclut même les voies de recours
extraordinaires contre ses décisions se rapportant aux candidatures.
Le constat de la juridiciarisation progressive du contentieux des candida-
tures aux élections municipales, avec pour corollaire la garantie juridictionnelle
du respect du droit électoral, s’impose. Alors que la décision d’acceptation ou
de rejet d’une liste de candidats, prise par une Commission communale de
supervision, était initialement insusceptible de recours en vertu des articles 26
et 27 de la loi n° 92/002 du 14 août 1992, c’est désormais la juridiction admi-
nistrative qui statue sur la décision ministérielle d’acceptation ou de rejet d’une
liste de candidats.
Cette nouvelle configuration, qui constitue un pas vers l’unification du
contentieux de l’éligibilité et du contentieux de l’élection dans le cadre des
élections municipales42, ne peut que renforcer la propension de la Cour suprême
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à annuler le résultat obtenu par toute liste disqualifiée mise en compétition,
comme ultime sanction de la méconnaissance de la composition sociologique
des circonscriptions électorales.

38. Alinéa 1 de l’article 26 (nouv.) de la loi n° 2006/010 du 29 décembre 2006 modi-


fiant et complétant certaines dispositions de la loi n° 92/002 du 14 août 1992 fixant les
conditions d’élection des conseillers municipaux. Sur la tendance, observée en Afrique dès la
fin des années 1990, qui consiste à étendre la compétence du juge électoral aux opérations
préparatoires, v. J.-C. Masclet, « Rapport introductif », in Organisation internationale de la
Francophonie, Aspects du contentieux électoral en Afrique, Actes du séminaire de Cotonou, 11 et
12 novembre 1998, op. cit. (supra, note n° 6), p. 33-42 (spéc. p. 40).
39. V. not. : Chambre administrative de la Cour suprême, Affaires État du Cameroun
(Minatd) c. Eloundou Ndongo Louis Coty et Mbassi Ebende Jean Claude, jugement n° 104/06-07
du 25 juin 2007 ; Foka Tatiefo Colbert et autres candidats de la liste RDPC c. État du Cameroun
(Minatd), jugement n° 102/CE/06-07 du 12 Juillet 2007 ; Sidze David, Ndie Samuel et autres
c. État du Cameroun (MINATD), jugement n°105/06-07/CE ; Yebga Bayiha Michel Claude
(commune de Matomb) c. État du Cameroun (Minatd), jugement n° 103/06-07 du 10 juillet
2007 ; et Molo Ombolo Gustave et autres (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais
Monatélé) c. État du Cameroun (Minatd), jugement n° 101/06-07/CE du 10 juillet 2007.
40. Venant Ouedraogo fait remarquer que les juridictions saisies du contentieux de la
déclaration de candidature et de l’éligibilité au Burkina-Faso « statuent en premier et der-
nier ressort », in « Burkina-Faso », Organisation internationale de la Francophonie, Aspects
du contentieux électoral en Afrique, Actes du séminaire de Cotonou, op. cit. (supra, note n° 6), p. 72-
87 (spéc. p. 77).
41. Cf. Roger Gabriel Nlep, « Rapport Cameroun », op. cit. (supra, note n° 6), p. 58.
42. Cette évolution est symétrique de celle qui s’est produite en Côte-d’Ivoire en 1994.
Cf. Zogbélémou Togba, « L’évolution des règles de compétence en matière de contentieux
électoral en Côte-d’Ivoire », Penant, 1996, p. 290-307 (spéc. p. 296).
La participation politique des minorités au Cameroun 643

2 – La consécration de la disqualification de la liste


comme sanction du non-respect de la composition sociologique
de la circonscription électorale
En décidant que le parti politique SDF ne peut être admis à compétir à l’élection
municipale du 13 juin 2004 avec la liste dont la disqualification a été prononcée par la
Commission communale de supervision, la Cour suprême consacre la disqualification
de toute liste de candidats qui ne prend pas en compte la composition sociolo-
gique de la circonscription électorale dans laquelle elle est mise en compétition.
Ce faisant, le juge électoral consolide et ratifie la pratique des autorités admi-
nistratives et celle des commissions mixtes électorales qui rejettent systémati-
quement les listes de candidats qui ne respectent pas la composition sociolo-
gique des circonscriptions électorales.
Il importe de préciser que, contrairement aux affirmations de certains
auteurs43, la composition sociologique de la liste de candidats s’apprécie du
point de vue socio-ethnique et non du point de vue socio-professionnel44. Il en
résulte que l’exigence de prise en compte de la composition sociologique vient
renforcer la disposition législative interdisant l’autorisation de « tout parti poli-
tique qui porte atteinte à […] l’unité nationale […] et à l’intégrité nationale
par toutes sortes de discriminations basées sur les tribus, les provinces, les
groupes linguistiques ou les confessions religieuses [ou qui] favorise la belligé-
rance entre les composantes de la nation »45.
Par cet arrêt, le juge électoral camerounais opère un revirement par rapport
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à sa jurisprudence antérieure. A l’occasion du contentieux des élections munici-
pales du 19 janvier 1996, en effet, le juge électoral camerounais avait plutôt
estimé que faute pour l’État d’avoir spécifié la composition sociologique de

43. L. Donfack Sokeng, thèse précitée (supra, note n° 21), p. 274 et J. de Noël Ate-
mengue, « La protection des minorités et la préservation des droits des populations autoch-
tones au cameroun. Une analyse prospective », Revue de droit international et de droit comparé,
2003, p. 5-42, (spéc. p. 15 et 39). A. D. Olinga établit quant à lui une priorité entre la réfé-
rence à l’ethnicité et le critère socioprofessionnel de détermination des composantes sociolo-
giques, au profit de la première, selon l’hétérogénéité ou l’homogénéité ethnique de la cir-
conscription, in « L’exigence de la prise en compte des “composantes sociologiques de la
circonscription” en droit électoral camerounais », Juridis périodique, n° 28, octobre-novem-
bre-décembre 1996, p. 67-72, p. 69.
44. Hans Kelsen écrit en ce sens que « les systèmes électoraux véritablement démocra-
tiques n’attachent aucune importance à la classe sociale ou à la profession des électeurs », in
Théorie générale du droit et de l’État, la doctrine du droit naturel et le positivisme juridique, trad. de
l’éd. américaine de 1945, Paris, LGDJ, 1997, p. 346. C’est dans cette trajectoire que le Pre-
mier ministre camerounais a indiqué, lors de la discussion générale au Parlement le
30 novembre 1995, à l’occasion de l’adoption de la Constitution du 18 janvier 1996, que
« telles que prévues par le présent projet de loi en étude, les minorités dans notre contexte
sont des minorités ethniques et non linguistiques ou religieuses ». V. le rapport présenté au
nom de la Commission des lois constitutionnelles, des droits de l’homme et des libertés, de
la justice, de la législation et du règlement, de l’administration et des forces armées par
l’Honorable Etong Hilarion, sur le projet de loi n° 590/PJL/AN portant révision de la Consti-
tution du 2 juin 1972, Assemblée nationale, 5e législature, année législative 1995-1996,
Session extraordinaire (déc. 2005), document n° 2205/AN, dactyl., 79 p. (ci-après : « Rap-
port Etong Hilarion »), p. 13.
45. Article 9 de la loi n° 90-56 du 19 décembre 1990 relative aux partis politiques. Dans
le même sens, v. A. D. Olinga, « L’exigence de la prise en compte… », op. cit. (supra, note
n° 43), p. 70.
644 James Mouangue Kobila

chaque circonscription électorale, il n’était pas en état d’en sanctionner l’inob-


servation46. Ce revirement de jurisprudence est d’autant plus significatif qu’il
est effectué par le juge de dernier ressort du contentieux des élections munici-
pales, qui exerce transitoirement les fonctions de juge des élections législatives,
sénatoriales, présidentielles et référendaires ainsi que les autres attributions du
juge constitutionnel jusqu’à la mise en place du Conseil constitutionnel.
Mais la nouvelle position du juge semble s’écarter de l’option du législateur
qui n’a pas prévu de sanction spécifique en cas de non-respect de la condition
d’éligibilité de la liste que constitue l’exigence de la prise en compte de la com-
position sociologique de la circonscription électorale dans le cadre du droit
électoral camerounais47. L’article 74 de cette loi, également applicable à l’élec-
tion des conseillers municipaux48, énumère limitativement trois circonstances
susceptibles d’exposer une liste de candidats au rejet. Il s’agit de la liste incom-
plète, de la liste non accompagnée de toutes les pièces prévues par la loi et de
la liste qui comporterait des candidats non membres du parti concerné.
S’en tenir à cette lecture serait cependant faire peu de cas des dispositions
de l’article 73 de la même loi, dont la rédaction primitive prévoyait que « le
préfet s’assure que la liste ou la candidature est conforme aux prescriptions de la pré-
sente loi et l’accepte ou la rejette ». Cette disposition, qui précède l’article 74, en est
pourtant le fondement, dans la mesure où elle pose le principe de l’irrecevabi-
lité des candidatures non conformes à l’ensemble des exigences législatives.
S’agissant de la prise en compte de la composition sociologique, il est patent
que le législateur n’a pas formulé une exhortation aux partis politiques, mais
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plutôt un impératif : « [l]a constitution de chaque liste doit tenir compte des
différentes composantes sociologiques de la circonscription électorale » (ita-
liques ajoutés). Cet impératif est renforcé par la position de l’article pertinent.
Il se situe dans le titre premier dédié aux « dispositions générales », alors que
le législateur aurait pu le noyer dans les dispositions relatives aux préliminaires
des opérations électorales, objets du titre VIII de la loi fixant les conditions
d’élection des députés à l’Assemblée nationale, titre doté d’un chapitre II voué
à la déclaration de candidature.
L’exigence de prise en compte de la composition sociologique a, du reste,
récemment été renforcée dans la loi du 29 décembre 2006 modifiant et com-
plétant certaines dispositions de la loi du 16 décembre 1991. Le littera e) de
l’article 70 (nouveau), logé dans le chapitre II du titre VIII relatif à la déclara-
tion de candidature, prescrit aux partis politiques d’y mentionner « les indica-
46. V. not. le procès-verbal de la Commission communale de supervision de Nlonako,
daté du 6 juin 2002, op. cit. (supra, note n° 21). Le refus de sanctionner de la Commission
communale de supervision était renforcé, en aval, par l’incompétence de la Chambre admi-
nistrative de la Cour suprême. V. Cour suprême, Chambre administrative, Enandjoum
Bwanga et RDPC c. État du Cameroun, jugement n° 33/95-96 du 9 mai 1996 ; Epale Roger
Delore c. État du Cameroun (Commune rurale de Bare-Mungo) SDF. intervenant, jugement
n° 59/95-96 du 18 juil. 1996 et RDPC (représenté par Ngueyong Moussa) c. État du Cameroun
(MINAT), jugement n° 60/95-96 du 18 juillet 1996.
47. L’analyse du droit électoral camerounais permet de distinguer, selon les termes de
Roger-Gabriel Nlep, « en raison de la nature des enjeux et de la spécificité des problèmes
posés, d’une part l’éligibilité de la liste, d’autre part, l’éligibilité du candidat », in « Rap-
port Cameroun », op. cit. (supra, note n° 6), p. 50.
48. En vertu de l’article 1er de la loi fixant les conditions d’élection des conseillers muni-
cipaux.
La participation politique des minorités au Cameroun 645

tions sur la prise en compte des composantes sociologiques de la circonscription


dans la constitution de la liste »49. Mais le pouvoir de se prononcer sur la rece-
vabilité d’une liste de candidats a été transféré au ministre chargé de l’Admi-
nistration territoriale. L’alinéa 2 de l’article 72 nouveau indique sobrement à cet
égard que « le ministre chargé de l’Administration territoriale peut accepter ou
déclarer irrecevable une déclaration de candidature ». Les contestations y rela-
tives relèvent du juge électoral50.
Il n’en demeure pas moins que la tendance jurisprudentielle qui consiste à
frapper de rejet la liste de candidats qui ne tient pas compte de la composition
sociologique de la circonscription électorale a récemment été consolidée par le
jugement Ngoh Ajong Dobgima (Candidate CPDM List Bali) and The State of
Cameroon (MINATD)51. Dans cette espèce, le juge de l’éligibilité a confirmé la
disqualification de la liste du SDF pour l’élection municipale dans la localité de
Bali, au motif que
« Bali Sub-Division is made up of three principal ethnic groups and the Fulani
minority. The three principal ethnic groups are : Bali Nyonga, Bamilikes (Bawock),
Widikums. From the presentation of the thirty-five candidates making up the SDF
list, it is observed that the list has not respected the sociological configuration as
the Bamilikes (Bawocks) are completely absent from the SDF list ».

Deux observations peuvent être formulées sur la prise en compte de la com-


position sociologique de la circonscription électorale, telle qu’issue de cette
épreuve judiciaire. D’abord, l’exigence de la prise en compte de la composi-
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tion sociologique se manifeste spécialement lors des élections municipales qui,
par nature, déploient « une symbolique territoriale à forte résonance identi-
taire »52. Ensuite, en sanctionnant la non prise en compte des Bamilékés
(Bawock), l’une des grandes communautés sociologiques du Cameroun, dans la
liste du SDF dans la localité de Bali située hors de la Province de rattachement
de cette communauté ethnique, le juge électoral permet, à la suite de l’admi-
nistration, d’affirmer que l’exigence de prise en compte de la composition sociologique
protège aussi la représentation politique des grandes communautés dans les zones où elles
ne constituent pas la majorité53. Dès lors, si l’exigence de prise en compte de la compo-
sition sociologique vise d’abord à assurer la représentation des minorités autochtones54
de la circonscription considérée, elle n’en assure pas moins celle des grands groupes consti-
tuant la population de chaque circonscription électorale. Ensuite, l’on peut en déduire
que, dans le couple minorités/autochtones, le groupe primordial à protéger est
celui des populations autochtones. Ce constat est d’autant plus fondé qu’une
pratique camerounaise non écrite permet de réserver le poste de maire de
certaines communes aux seuls ressortissants autochtones dans les régions d’ori-
gine des grands groupes autant que dans les aires géographiques des minori-
49. Cette disposition est reprise à l’identique dans le littera e) de l’alinéa 1er de l’article 18
(nouveau) de la loi n° 2006/010 précitée (supra, note n° 38).
50. Voir infra, II, B-1.
51. Voir Supreme Court of Cameroon, Administrative Bench, Jugment n° 026/06-07/CE of
12 June 2007.
52. V. C. Le Bart, « Élections municipales », in P. Perrineau et D. Reynié (dir.), Diction-
naire du vote, Paris, PUF, 2001, p. 376-378 (spéc. p. 377).
53. Voir la correspondance du 28 mai 2002 précitée (supra, note n° 20).
54. Voir José Woehrling, op. cit. (supra, note n° 3), p. 110-111.
646 James Mouangue Kobila

tés55. Il s’en déduit que les lectures antérieures des énoncés pertinents du droit
public camerounais selon lesquelles la protection des minorités, dont procède la
prise en compte de la composition sociologique d’une circonscription, est un
principe d’exclusion des grands groupes56, sont inexactes.
Ce constat est fort significatif rationae contextus au Cameroun où coexistent
trois grandes communautés (celle du Grand Nord, celle du Grand Centre, et
celle du Grand Ouest) dont l’accord de deux d’entre elles est susceptible de
mettre la troisième en minorité ; mais dont les composantes tendent à s’exclure
mutuellement de la représentation politique tant au sein des groupes considé-
rés (c’est l’hypothèse qu’illustre le jugement Bali) que d’un grand groupe à
l’autre (hypothèse illustrée par l’affaire à l’étude). Cette inférence est paradoxale
dans un contexte où la prise en compte des composantes sociologiques a souvent
été étroitement perçue comme visant exclusivement à garantir la représentation
– voire la surreprésentation57 – des minorités et des peuples autochtones. Sous
ce rapport, cette exigence et la disqualification corrélative des listes non respec-
tueuses de la composition sociologique pourraient être plus largement acceptées
et rentrer dans la doxa58, d’autant que le juge en tire des conséquences plus poli-
tiques que juridiques, au prix d’une distorsion du sens du jugement et de l’ar-
rêt objets de l’interprétation.

B – L’INTERPRÉTATION « CONTRA DICTUM » DE L’ARRÊT DU 19 AVRIL 2004


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Dans l’arrêt du 19 avril 2004, les premiers juges avaient partiellement
annulé l’élection municipale du 30 juin 2002 « avec toutes les conséquences de
droit » dans la circonscription de la commune urbaine de Nkongsamba, uni-
quement en ce qui concerne le SDF. L’interprétation contraire au dictum de cet
arrêt s’observe à travers l’annulation par le juge de l’ensemble du scrutin, contre
la lettre du dictum des premiers juges, et par l’option du juge d’appel pour une
portée limitée des effets de la disqualification d’une liste de candidats à l’élec-
tion primitive.
55. La préférence donnée, entre deux militants d’un même parti politique, au candidat
autochtone au poste de maire, par rapport à un candidat non autochtone, dans la région
d’origine d’un grand groupe a récemment été mise en lumière par la désignation du maire
de la commune de Bafoussam 1er à l’issue des élections du 22 juillet 2007.
56. V. princip. L. Donfack Sockeng, « Existe-t-il une identité démocratique camerou-
naise ? La spécificité camerounaise à l’épreuve de l’universalité des droits fondamentaux »,
Polis, n° spéc. précité (supra, note n° 6), p. 25-44 (spéc. p. 35, 36, 39 et 44) ; du même
auteur, « Mondialisation et droits de l’homme en Afrique », Revue camerounaise d’études inter-
nationales, 2007, p. 103-132 (spéc. p. 128) et J. de Noël Atemengue, op. cit. (supra, note
n° 43), p. 6, 11 et 41 (spéc. p. 41). Contra : A. D. Olinga, « La protection des minorités et
des populations autochtones en droit public camerounais », RADIC, 1998, p. 271-291
(spéc. p. 278) ; L. Sindjoun, « La démocratie plurale est-t-elle soluble dans le pluralisme
culturel ? Éléments pour une discussion politiste de la démocratie dans les sociétés plu-
rales », in Organisation internationale de la Francophonie/The Commonwealth, Démocraties
et Sociétés plurielles, Séminaire conjoint Francophonie-Commonwealth, Yaoundé 24-26 jan-
vier 2000, p. 22-45 (spéc. p. 29) et J. Woehrling, op. cit. (supra, note n° 3), p. 98 et 153.
57. Voir L. Sindjoun, ibid., p. 39-40.
58. J. Ph. Feldman définit la doxa comme « l’ensemble des opinions reçues sans discus-
sion dans une société donnée », in « Raison et préjugés dans les doctrines juridiques et poli-
tiques (XVIe-XXe siècles) », Mélanges François Rigaux, op. cit. (supra, note n° 21), p. 411-460
(spéc. note n° 4, p. 412).
La participation politique des minorités au Cameroun 647

1 – L’annulation de l’ensemble du scrutin


contre la lettre du dictum des premiers juges

Tirant les conséquences de la mise en compétition de la liste du SDF à l’élec-


tion municipale du 30 juin 2002 dans la circonscription de Nkongsamba, en
dépit de sa disqualification par la Commission communale de supervision, les
juges du fond avaient tranché, de manière concordante, pour l’annulation par-
tielle de cette élection « avec toutes les conséquences de droit […]. » Mais le
juge interprète a consacré l’option de l’annulation totale du scrutin, en approuvant
implicitement la reprise de cette élection à laquelle devait de surcroît prendre part la liste
du SDF lorsqu’il a décidé, dans son arrêt interprétatif du 9 juin 2004, que le
parti politique Social Democratic Front pouvait participer à l’élection munici-
pale du 13 juin 2004 « avec une autre liste réunissant les conditions prévues
par la loi électorale ». Ce faisant, il a donné raison au SDF qui avait plaidé pour
une annulation totale du scrutin.
L’Assemblée plénière de la Cour suprême a ainsi livré une interprétation
contraire au dictum du jugement rendu par la chambre administrative de la
Cour suprême le 3 septembre 2002, jugement confirmé au fond par l’arrêt d’ap-
pel de l’assemblée plénière du 19 avril 2004. En faisant le constat que la liste
du SDF disqualifiée avait participé au scrutin, le juge électoral a admis que le
scrutin du 30 juin 2002 à Nkongsamba était entaché d’irrégularités. Or, le SDF
a fait valoir que le juge n’a prononcé qu’une annulation partielle, en contradic-
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tion avec ses motifs. Le SDF, qui ne souhaitait pas voir son adversaire remporter
l’élection devant le juge après l’avoir perdue dans les urnes, en avait conclu que
c’est toute l’élection qui devrait être invalidée par le juge de premier ressort.
Mais le premier juge s’est borné à annuler partiellement le scrutin, plus
précisément « le résultat obtenu par le […] SDF », « avec toutes les consé-
quences de droit ». Une formule ambiguë qui témoigne des hésitations du juge
électoral qui en dit trop ou pas assez. Il en dit trop lorsque, selon sa réinterpré-
tation judicieuse des termes de la requête, étant seulement invité à invalider les
résultats de l’élection, le juge statue ultra petita en poussant la précision jusqu’à
l’annulation des seuls résultats du SDF. Il n’en dit pas assez dès lors qu’en annu-
lant partiellement les résultats « avec toutes les conséquences de droit », il
laisse deux questions en plan. D’abord, il ne confirme pas la validité des élec-
tions pour les autres listes en compétition. Ensuite, et ceci explique sans doute
sa prudence sur le précédent aspect, il s’abstient de tirer lui-même les consé-
quences de cette annulation partielle des résultats en réformant les résultats.
Le juge électoral laisse ainsi ouverte aussi bien la perspective d’une option
ultérieure pour l’annulation totale des résultats de cette élection que l’option
inverse d’une annulation partielle dont les conséquences resteraient à tirer. Vrai-
semblablement mal outillé pour tirer toutes les conséquences de sa décision
d’annulation partielle, le juge a éludé la question. Cette formule équivoque a
curieusement été entérinée par l’assemblée plénière de la Cour suprême dans
son arrêt du 19 avril 2004.
La décision des premiers juges est certes ambiguë quant aux implications de
l’annulation partielle prononcée. Ils se bornent en effet à y attacher « toutes les
conséquences de droit », sans dire quelles sont ces conséquences de droit. En
droit électoral, l’annulation partielle « uniquement en ce qui concerne un parti
648 James Mouangue Kobila

politique déterminé » signifie techniquement, et le juge l’a dit, que « le résul-


tat obtenu par ladite liste à cette élection dans ladite circonscription est nul et
de nul effet ». Mais le juge se devait d’aller plus loin, en tirant lui-même la
seule conséquence logique de ses prononcés, c’est-à-dire en réformant les résul-
tats et en proclamant élue la liste du RDPC qui était seule en lice face à celle
du SDF.
En l’occurrence, la liste du SDF a été disqualifiée, c’est-à-dire qu’elle a été
écartée pour inéligibilité, faute d’avoir pris en compte des composantes sociolo-
giques de la circonscription. En droit comparé, comme y insiste Jean-Claude
Masclet qui se fonde sur l’article L. 270 du code électoral français, s’ « il est
demandé au juge d’annuler l’élection d’un candidat pour inéligibilité, si le juge
fait droit à cette demande, il doit, d’office, proclamer élu le suivant […] même
si cette proclamation n’a pas été demandée par l’auteur de la protestation »59.
Les premiers juges ont décidé de l’annulation de l’élection « uniquement en ce
qui concerne le SDF ». Les résultats obtenus par les autres listes ou par la
liste concurrente leur restent par conséquent acquis. Sous ce rapport, seule
l’annulation totale de l’élection serait susceptible de provoquer une nouvelle
élection60.
Le juge devrait d’autant plus proclamer la liste du RDPC élue que, comme
l’observe Jean-Claude Masclet, le juge électoral « n’est pas, comme juge de l’ex-
cès de pouvoir, emprisonné dans l’alternative annulation-rejet [il] bénéficie […]
d’une grande liberté pour apprécier les conséquences à tirer des irrégularités
qu’il a constatées »61 ; et que « [l]e pouvoir de proclamation dont dispose le
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juge de l’élection est caractéristique du contentieux électoral »62. Jean-Claude
Masclet précise du reste que « [m]ême en l’absence de texte, il doit être consi-
déré comme un principe général du droit électoral » auquel le juge ne peut
déroger que « faute de certitude sur les bénéficiaires exacts des suffrages »63.
Cette solution arithmétique aurait d’autant plus été favorablement
accueillie que l’hypothèse qu’une seule liste de candidats soit en compétition
dans une circonscription n’est une hypothèse d’école ni au Cameroun, ni ailleurs
où l’on a parfois mis en place un dispositif d’élection tacite qui consiste à procé-
der à la nomination des membres de l’unique liste en compétition en cas d’élec-
tion non disputée dans une circonscription donnée64. Ensuite, en se gardant de
proclamer vainqueur la liste suivante, le juge électoral a décidé de l’organisation
d’une nouvelle élection dans cette circonscription, une opération très coûteuse
pour un pays en développement.
La solution qui découle de l’application des principes classiques du droit
électoral pourrait plutôt choquer dans la perspective de la logique majoritaire,
où la proclamation d’une liste arrivée en second au détriment d’une liste arrivée

59. Voir J.-C. Masclet, Droit électoral, Paris, PUF, 1989, coll. « Droit politique et théo-
rique », p. 355.
60. Ibid., p. 371.
61. V. J.-C. Masclet, « Contentieux électoral », in P. Perrineau et D. Reynié (dir.), Dic-
tionnaire du vote, op. cit. (supra, note n° 56), p. 251-259 (spéc. p. 257).
62. Voir J.-C. Masclet, Droit électoral, op. cit. (supra, note n° 59), p. 360.
63. Ibid. Voir aussi A. Menouni, op. cit. (supra, note n° 23), p. 344.
64. V. J.-F. Flauss, « L’élection tacite. Retour sur une vraie fausse curiosité du droit
constitutionnel suisse », cette Revue, n° 61, 2005, p. 3-18 (spéc. p. 4).
La participation politique des minorités au Cameroun 649

en tête heurterait le principe du respect du suffrage65, consubstantiel à la démo-


cratie élective. Le juge électoral pourrait donc avoir été pris en étau dans le
dilemme entre sa mission particulière, qui consiste à assurer le respect du suf-
frage, et la non moins nécessaire mission d’assurer le respect de certaines
normes à caractère fondamental66. C’est à ce niveau qu’intervient la primauté de
l’intérêt général, en tant que « la représentation de l’universalité de la
société »67.
Sous le bénéfice de ces remarques, l’on avancera que, quoique saisi de la
question de la participation du SDF à l’élection du 13 juin 2004, le juge électo-
ral aurait pu statuer ultra petita et obiter dictum en comblant la carence du pre-
mier juge et du juge d’appel. Mais cette opération supposait une distanciation
par rapport aux deux premières décisions qui ne pouvait facilement se réaliser
en raison de la concentration des fonctions de juge d’appel et de juge de l’in-
terprétation dans le même corps de hauts magistrats.
L’arrêt interprétatif sous commentaire fait ainsi produire les effets de l’an-
nulation totale des élections aux décisions dans lesquelles le juge a modeste-
ment opté pour une annulation partielle. Cette solution peut difficilement être
approuvée. Ce choix s’explique vraisemblablement par la surdétermination du
contexte du prononcé de l’arrêt interprétatif. Les élections étaient convoquées.
Le SDF, principal parti de l’opposition était fortement mobilisé dans cette cir-
conscription réputée comme électoralement délicate. Ce parti menaçait, du
reste, de troubler gravement l’ordre public au cas où il ne serait pas autorisé à
participer au scrutin. Le choix du juge est par conséquent révélateur de ce qu’il
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est parfois plus préoccupé par le souci de préserver la paix sociale que par le
souci de dire le droit en préservant la loyauté dans la compétition électorale et
la protection des minorités.
Le juge interprète a certes agi en conformité avec le principe qui voudrait
que la réformation des résultats ne se produise qu’en cas d’erreur arithmétique,
c’est à dire s’il apparaît que des erreurs ou illégalités ont affecté le décompte des
voix. Pascal Perrineau et Dominique Reynié font remarquer que « [c]ette hypo-
thèse est cependant exceptionnelle. En effet, le juge ne proclame élu un candi-
dat à la place d’un autre que si le dossier permet de reconstituer avec certitude
le nombre de voix obtenues réellement par les candidats et, par conséquent, si
l’on peut déterminer avec précision les anomalies et rétablir les résultats
conformes à la volonté du corps électoral »68. Mais il revenait uniquement aux
juges du fond de procéder à ce raisonnement. Dans ses fonctions d’interprète, la
formation plénière de la Cour suprême ne pouvait ni extrapoler le sens de l’ar-

65. J.-C. Masclet observe ainsi que « la mission particulière du juge électoral […] est
d’assurer le respect du suffrage », entendu comme « la volonté du corps électoral », in
« Contentieux électoral », op. cit. (supra, note n° 61), p. 257.
66. Le caractère constitutionnel de l’exigence de prise en compte de la composition socio-
logique qui apparaît, en paraphrasant Hélène-Laure Menthong, comme une technique de
« représentation légitime des différentes communautés ethno-régionales » que compte
chaque circonscription électorale sera démontré plus loin (infra, II, A-2). V. H. L. Men-
thong, « Vote et communautarisme au Cameroun : un vote de cœur, de sang et de raison »,
Politique Africaine, n° 58, juin 1995, p. 40-52, p. 43.
67. S. Doumbé Billé, « L’élection en droit administratif », RDP, 1994, p. 1065-1102,
p. 1087. V. aussi S. Benetullière, op. cit. (supra, note n° 9), p. 58 et 67.
68. Voir J.-C. Masclet, « Contentieux électoral », op. cit. (supra, note n° 61), p. 257-258.
650 James Mouangue Kobila

rêt soumis à son appréciation, ni évoquer le fond. En se substituant au juge de


fond, il s’expose à la critique.
Le fait est qu’en annulant la totalité du scrutin, l’assemblée plénière étend
la sanction d’annulation partielle prononcée par les juges du fond contre les
résultats obtenus par la liste du SDF à la liste concurrente. Le juge électoral a
ainsi procédé à une répartition arbitraire des conséquences de l’irrégularité dont
le SDF s’est rendu seul coupable aux détriments de la liste concurrente69, même
si la responsabilité de la participation de la liste SDF à l’élection du 30 juin
2002 est également imputable au pouvoir exécutif qui avait autorisé la mise en
compétition de toutes les listes initialement rejetées. Cette dernière circons-
tance n’est peut-être pas étrangère à la limitation de la portée de la disqualifi-
cation de la liste SDF, retenue dans l’arrêt sous commentaire.

2 – L’option du juge pour une portée limitée des effets


de la disqualification d’une liste de candidats à l’élection primitive
En décidant que la disqualification de la liste du SDF dans la Commune
urbaine de Nkongsamba entraîne l’annulation des résultats de l’élection du
30 juin 2002 en ce qui concerne ce parti politique, les juges du fond ont pro-
cédé à une disqualification a posteriori de la liste de ce parti. Ce qui l’écartait de
fait de la direction de la commune concernée pendant toute la durée du mandat
du Conseil municipal.
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Or, le SDF ayant bénéficié de « la prime du vainqueur » que la loi confère à
la liste victorieuse dont l’élection est contestée70, ce parti a d’abord conduit les
affaires de cette commune en attendant l’issue définitive du contentieux électo-
ral, soit entre le 30 juin 2002 et le 19 avril 2004. Ce parti politique ayant par
suite remporté la nouvelle élection finalement organisée le 27 juin 2004, il
n’aura subi aucun dommage du fait de sa non prise en compte initiale de la
composition sociologique de la circonscription électorale concernée. Tout au
plus, aura-t-il été contraint de se soumettre à cette exigence, à peine d’irreceva-
bilité de sa seconde liste de candidats, présentée à l’élection du 27 juin 2004.
Certes, ainsi que l’écrit J.-C. Masclet, « dans sa conception classique, le
contentieux électoral proprement dit est le contentieux des résultats. Ce
contentieux bien spécifique tend seulement à la confirmation ou à l’annulation
de l’élection, plus rarement à sa réformation »71. L’interprétation du juge cor-
respond ainsi à la conception classique des conséquences de l’annulation d’une
élection. Cette conception est aussi consignée dans le Petit dictionnaire de droit
qui indique clairement : « [l]orsque les opérations électorales ont été annulées,
il y a lieu de procéder à de nouvelles élections »72.

69. Les pires craintes de J. Carbonnier se matérialisent dans cette affaire, car le juste est
entièrement dépouillé et l’injuste triomphant. Cf. J. Carbonnier, Flexible droit, op. cit. (supra,
note n° 30), p. 445.
70. Alinéa 1er de l’article 35 de la loi fixant les conditions d’élection des conseillers muni-
cipaux : « Les conseillers dont l’élection est contestée, restent en fonction jusqu’à ce qu’il ait
été définitivement statué sur les réclamations ».
71. V. J.-C. Masclet, « Rapport de synthèse », in Aspects du contentieux électoral en Afrique,
op. cit. (supra, note n° 38), p. 222.
72. V. R. Réau et J. Rondepierre et alii, Petit dictionnaire de droit, Paris, Dalloz, 1951,
n° 232, p. 522 et J.-C. Masclet, « Contentieux électoral », op. cit. (supra, note n° 61),
La participation politique des minorités au Cameroun 651

Mais, le contexte spécifique du Cameroun ayant dicté au législateur d’exi-


ger la prise en compte de la composition sociologique73, cette spécificité consti-
tue un motif suffisant qui aurait permis au juge de réformer les résultats du
scrutin. Même sans texte, le juge pouvait, de manière prétorienne, décider que
la liste disqualifiée ne pourrait participer à l’élection reprise. Mais, dans l’arrêt
du 9 juin 2004, il a opté pour une interprétation en sens contraire de la teneur
des prononcés judiciaires pertinents.
En laissant ainsi la liste fautive non sanctionnée, il a indirectement sanc-
tionné la liste concurrente dont il a indûment annulé les résultats. Cette réac-
tion du juge rappelle, si l’on ose une analogie avec la psychologie, celle des per-
sonnes névrosées dont le comportement alterne entre la soumission et
l’agressivité. C’est ce qui a provoqué le renversement de la solution jurispru-
dentielle par le législateur.

II – LE RENVERSEMENT DE LA SOLUTION JURISPRUDENTIELLE


PAR LE LÉGISLATEUR

Alors que le juge interprète a autorisé la mise en compétition d’une nou-


velle liste du SDF à l’élection du 27 juin 2004, le législateur du 29 décembre
2006 a prescrit que « seules les listes de candidats en lice aux élections muni-
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cipales générales peuvent prendre part aux élections partielles ». L’examen du
fondement de l’intervention du législateur du 29 décembre 2006 dans le débat
relatif aux implications de l’exigence de prise en compte de la composition
sociologique (A) précédera l’analyse de la consécration, par le législateur, de la
prolongation des effets de la disqualification d’une liste de candidats aux nou-
velles élections en cas d’annulation (B).

A – LE FONDEMENT DE L’INTERVENTION DU LÉGISLATEUR

L’intervention du législateur dans la détermination du sort à réserver à la


liste irrespectueuse de la composition sociologique de la circonscription électo-
rale semble participer d’une prise de position critique sur l’arrêt interprétatif

p. 258. Cet auteur soutient que « [l]’annulation prononcée en matière électorale a des effets
spécifiques : elle provoque toujours de nouvelles élections, car elle n’a pas d’autre but que
de rétablir la coïncidence entre la volonté du corps électoral et la composition des organes
élus ».
73. Sur la nécessité d’adapter le cadre juridique du processus électoral au milieu humain
ainsi qu’au contexte dans lequel il est déployé, v. N. Schmitt et A. Maiga, « Thème 1 : Le
cadre juridique du processus électoral », in Consultations électorales en Afrique 1990-1997, Ses-
sion d’échanges à Bordeaux en 1995 et à Dakar en 1997, Bilan, implication de la Francophonie et
perspectives d’avenir, Agence de la Francophonie (Délégation générale à la Coopération juri-
dique et judiciaire), s.l., s.d., p. 5-9 (spéc. p. 8.). Dans le même sens, v. M.-F. Rigaux,
« Démocratie relative et relativité du modèle démocratique », in Mélanges François Rigaux,
op. cit. (supra, note n° 21), p. 413-425 (spéc. p. 424) et P. Amselek, « Ontologie du droit et
logique déontique », RDP, 1992, p. 1005-1042 (spéc. p. 1007 et 1010).
652 James Mouangue Kobila

rendu par l’assemblée plénière de la Cour suprême. Elle trouve un premier fon-
dement dans l’énonciation législative de cette exigence. Mais son fondement
réel gît assurément dans le statut constitutionnel de l’exigence de prise en
compte de la composition sociologique.

1 – Le fondement législatif de l’exigence de prise en compte


de la composition sociologique dans la constitution
des listes de candidats aux élections au scrutin de liste
La question du fondement législatif de l’exigence de prise en compte de la
composition sociologique ne soulève pas de difficulté particulière. Il est pos-
sible de rattacher l’intervention du législateur dans la détermination du sort à
réserver à la liste irrespectueuse de la composition sociologique de la circons-
cription électorale aux énonciations législatives de cette exigence rappelées ci-
dessus74. Sous ce rapport, le législateur serait intervenu en décembre 2006 pour
garantir l’intégrité du but visé par les lois antérieures, en apportant des préci-
sions quant à la teneur de sa volonté. Il s’agissait simplement de s’assurer que
la jurisprudence future du juge électoral, qu’il soit constitutionnel ou adminis-
tratif, ne s’éloignera plus du ratio legis.
L’intervention du juge trouvera de la sorte un fondement complémentaire.
Le caractère complémentaire de ce fondement fait d’autant moins de doute que
l’absence de précision suffisante de la rédaction initiale des lois électorales,
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concernant les législatives et les municipales sur les listes de candidats autori-
sées à prendre part aux élections en cas d’annulation, ouvrait la voie à une com-
pétence législative de principe, dans le prolongement du fondement constitu-
tionnel de l’intervention du législateur.

2 – Le fondement constitutionnel de l’exigence de prise en compte


de la composition sociologique dans la constitution
des listes de candidats aux élections au scrutin de liste
La question du respect de la composition sociologique de la circonscription
électorale par les listes de candidats, qui est au cœur de l’arrêt sous-mentionné,
est une question éminemment constitutionnelle, en ce qu’elle participe de la
protection des minorités et des populations autochtones75. Ainsi que le souligne
Javier Pérez de Cuéllar, il incombe à l’État « de protéger l’identité des minori-
tés et d’assurer leur participation effective […] à tous les aspects de la vie poli-
tique, économique, sociale, religieuse et culturelle de la société dans laquelle
[ils] vivent »76. La protection des populations autochtones s’autorise quant à
elle de la nécessité, pour les peuples « qui se situent dans la continuité histo-
rique des sociétés dont l’existence précède la conquête et la colonisation de leurs

74. V. supra (note n° 8).


75. Voir supra (note n° 9).
76. V. J. Pérez de Cuéllar, op. cit. (supra, note n° 21), p. 5. La protection des minorités a
été érigée au rang de norme de jus cogens dans la jurisprudence internationale depuis 1992.
V. le § 2 de l’Avis n° 2 de la Commission d’arbitrage de la Conférence pour la paix en You-
goslavie, dite « Commission Badinter sur la succession d’États », reproduit dans la RGDIP,
1992, p. 266-267.
La participation politique des minorités au Cameroun 653

territoires par les Européens », selon le projet de Déclaration interaméricaine


relative aux droits des peuples autochtones de 199477, de s’administrer eux-
mêmes, de conserver ou contrôler leurs territoires ancestraux et de préserver
leur identité ethnique et culturelle78. Au Cameroun, l’option constitutionnelle
de la protection des minorités et des populations autochtones a d’abord été
dégagée de la Rencontre tripartite de 1991 entre les pouvoirs publics, les par-
tis politiques et la société civile79, avant sa cristallisation dans la législation
électorale subséquente80 et sa consolidation dans la Constitution du 18 janvier
1996. À ce titre, la codification de la protection des minorités et des popula-
tions autochtones en 1996 a davantage consisté à refléter le droit positif qu’à
reconnaître des droits nouveaux, même si elle est riche en virtualités. Elle est
par conséquent plus descriptive que réformatrice.
Le caractère constitutionnel (fondé sur les conclusions de la Rencontre tri-
partite) de l’exigence de prise en compte de la composition sociologique résulte
du caractère constitutionnel des accords conclus dans le cadre de cette Rencontre. Ce
caractère se déduit en particulier du Rapport de la Commission parlementaire
qui s’est penchée sur le projet de loi ayant conduit à l’adoption de la première
loi électorale consécutive au retour au pluralisme politique81. Ce document met
en exergue la suprématie des décisions de la Rencontre tripartite sur l’activité
législative ayant conduit aux dispositions relatives à la prise en compte de la
composition sociologique.
En premier lieu, il ressort de ce rapport que l’initiative gouvernementale de
cette loi a été profondément inspirée, entre autres, par « les orientations et
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recommandations auxquelles a abouti par voie de consensus la Commission

77. Le projet de Déclaration des droits des peuples autochtones adopté par le Groupe de travail
des populations autochtones, a été adopté, lors de sa 11e session, par la Résolution 1994/45
de l’Assemblée générale du 26 août 1994. Cette Déclaration est toujours en attente d’ap-
probation par l’Assemblée générale de l’OEA. Mais la Commission interaméricaine des droits
de l’homme a déclaré qu’elle « considère que les principes de base reflétés dans nombreuses
des dispositions de la Déclaration [relatives aux peuples autochtones], y compris certains
aspects de l’article XVIII [sur les droits fonciers], reflètent les principes juridiques interna-
tionaux généraux élaborés hors du système interaméricain et applicables à l’intérieur et en
dehors de celui-ci ». Source : [Link]
droits_autochtones/projet_declaration_1&language=fr&updatemenu=false&noprevnext
(consultée le 15 août 2007).
78. V. J. L. G. Del Prado, op. cit. (supra, note n° 2), p. 51 et 42-43. Contra : L. Donfack
Sockeng, thèse précitée (supra, note n° 21), p. 335.
79. F. Mbome rapporte qu’aux fins de « consolider […] l’unité nationale [camerounaise],
d’enraciner la démocratie dans notre société, de moderniser nos institutions, de les adapter
à nos réalités nationales », les participants à la Rencontre Tripartite « ont dégagé un large
consensus sur les options constitutionnelles majeures suivantes [ : …] la nécessité d’intégrer dans la
Constitution un code des libertés fondamentales, des droits de la personne humaine et des mino-
rités » (italiques ajoutés), in « Constitution du 2 juin 1972 révisée ou nouvelle constitu-
tion ? », S. Melone, A. Minkoa She et L. Sindjoun (dir.), La réforme constitutionnelle du 18 jan-
vier 1996 au Cameroun, aspects juridiques et politiques, Yaoundé, Fondation Friedrich Ebert/
Association africaine de Science politique (Section camerounaise, GRAP), 1996, p. 16-33
(spéc. p. 21 et 22).
80. Voir A. D. Olinga , « L’exigence de la prise en compte… », op. cit. (supra, note n° 43).
81. V. le rapport présenté au nom de la Commission des Lois constitutionnelles, de la
Justice, de la Législation et du Règlement, de l’Administration et des Forces armées par
M. M. B. Gogo, député, sur le projet de loi n° 513/PJL/AN fixant les conditions d’élection
des députés à l’Assemblée nationale, AN, 4e législature, année législative 1991/1992, session
extraordinaire (décembre 1991), document n° 1922/AN, dactyl., 14 p.
654 James Mouangue Kobila

technique mise en place par l’historique Rencontre tripartite de Yaoundé »82.


Ensuite, le rapport de la Commission parlementaire indique que « dans le souci
de contribuer à la sauvegarde de l’esprit de consensus apparu à la Rencontre
Tripartite de Yaoundé, le Représentant du Gouvernement a été invité à assurer que le
texte déposé à l’Assemblée nationale n’était pas différent, au moins dans le fond, de celui
adopté par ladite Rencontre […] il a indiqué que […] le présent projet de loi est
conforme quant à la forme et au fond à la rédaction adoptée par le Comité technique de
rédaction désigné à cet effet par consensus par la Rencontre Tripartite »83 (italiques
ajoutés). L’on signalera également « le souci constant de chaque intervenant
d’insister sur la nécessité […] de réaffirmer la conformité du présent projet de loi avec
le texte initial élaboré par le Comité technique de rédaction désigné par toutes les parties
prenantes à la Rencontre de Yaoundé »84. Enfin, ce rapport de Commission parle-
mentaire précise que « [s]ur proposition du Gouvernement et avec l’accord de
la Commission, l’article 40 a été amendé afin de tenir compte du consensus dégagé à la
Rencontre de Yaoundé et d’introduire en plus des membres de l’administration et
des partis politiques, des personnalités indépendantes »85.
La suprématie des décisions de la Rencontre tripartite relativement au
contenu des nouvelles lois électorales a encore été invoquée lors de l’adaptation
de la loi fixant les conditions d’élection des conseillers municipaux à la nouvelle
donne constitutionnelle en 1997. Le vice-premier ministre chargé de l’adminis-
tration territoriale avait alors rappelé aux députés que l’institution d’une per-
sonnalité indépendante comme président de la Commission départementale de
supervision « remonte [c’est-à-dire s’autorise et est conforme] à la Rencontre
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tripartite de 1991, [où elle] avait été proposée comme solution consensuelle
pour permettre aux partis politiques de s’entendre sur la désignation de cette
personnalité indépendante […] en ce qui concerne l’adéquation du […] projet de
loi avec le texte adopté par la Rencontre Tripartite, le représentant du Gouvernement
a tenu à rassurer la Chambre entière »86.
« Adéquation », « conformité quant à la forme et au fond », « conformité
du […] projet de loi avec le texte initial élaboré par le Comité technique de
rédaction désigné par toutes les parties prenantes à la Rencontre de Yaoundé » :
il est clair que le Parlement camerounais, non content de se référer aux résolu-
tions de la Tripartite, a tenu pour obligatoires les décisions issues de la Ren-

82. Ibid., p. 2. Sur le contenu de ces accords, voir François Mbome, op. cit. (supra, note
n° 79), p. 17-18 et 21-23.
83. Ibid., p. 4, 5 et 7.
84. Ibid., p. 7.
85. Ibid., p. 10. Egon Zweig souligne pertinemment à cet égard que le pouvoir consti-
tuant apparaît comme la représentation de pouvoirs coordonnés, in Die Lehre vom pouvoir
constituant. Ein Betrag zum Staadsrecht der französischen Revolution (La théorie du pouvoir consti-
tuant : une contribution au droit public de la Révolution française), Tübingen, 1909, p. 137, cité
par C. Klein, Théorie et pratique du pouvoir constituant, Paris, PUF, coll. « Les voies du droit »,
1996, p. 15.
86. V. le rapport présenté au nom de la Commission des Lois constitutionnelles, des
Droits de l’homme et des libertés, de la Justice, de la Législation et du Règlement, de l’Ad-
ministration et des Forces armées par l’Honorable Voundi Jean Péres sur le projet de loi
n° 614/PJL/AN modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n° 91/020 du
16 décembre 1991 fixant les conditions d’élection des députés à l’Assemblée nationale, AN,
5e législature, année législative 1996/1997, session extraordinaire (mars 1997), document
n° 2308/AN, dactyl., 16 p., p. 10.
La participation politique des minorités au Cameroun 655

contre tripartite et des organes qu’elle a mis en place. Le fait que certains députés
aient revendiqué le « rôle de censeur neutre des accords de cette Rencontre »87
n’enlève rien à cette conclusion88, indépendamment de la portée plus ou moins
rhétorique de cette dernière affirmation. Quoiqu’il en soit, les accords issus de
la Rencontre tripartite sont dotés d’une valeur statutaire supra-législative.
Si le caractère constituant est reconnu aux conférences nationales en dépit
de leur caractère non souverain, il devrait aussi être reconnu à la Tripartite qui
n’était pas davantage souveraine, tout en partageant nombre de leurs caractéris-
tiques. Plus fondamentalement encore, il ressort de l’article V de la Constitu-
tion américaine de 1787 que le fait que les amendements adoptés, soit par les
deux tiers du Congrès américain, soit par une convention spécialement convo-
quée à la demande des législatures des deux tiers des États, sont ultérieurement
soumis à la validation, soit par la ratification des trois quarts des États, soit par
trois quarts des conventions réunies à cet effet dans chacun des États ne remet
nullement en cause le caractère constituant de l’acte adopté par les deux tiers du
Congrès ou par la Convention fédérale spécialement réunie à cet effet. Il en
résulte que l’organe constituant est bien la Convention, dans la mesure où, du
point de vue conceptuel, le pouvoir constituant traite essentiellement du pou-
voir d’édicter la norme constitutionnelle89.
Ainsi, en l’absence de toute référence à la composition sociologique dans la
Constitution du 2 juin 1972 alors en vigueur, et du fait de l’inexistence de la
catégorie de lois organiques au Cameroun depuis le 1er septembre 1961, l’on ne
peut qu’affecter un caractère matériellement constitutionnel aux résolutions de la Tri-
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partite et partant, reconnaître le caractère constituant, de cette Rencontre90, même en
dehors de toute proclamation comparable à celles de certaines conférences natio-
nales organisées dans la même période à travers l’Afrique sub-saharienne91. L’assi-
milation de la Tripartite à une convention constituante originaire résulte des

87. Ibid., p. 7.
88. Maurice Kamto fait remarquer, à cet égard, que « [t]outes souveraines qu’elles sont,
[l]es conférences nationales n’adoptent pas elles-mêmes les projets de constitution […] éla-
borés. » Cet auteur y voit l’expression d’un « pouvoir constituant relatif », par opposition
au « pouvoir constituant absolu » des États généraux français de 1789 qui avaient adopté
eux-mêmes la Constitution de 1791. V. M. Kamto, « Les conférences nationales africaines
ou la création révolutionnaire des constitutions », in D. Darbon et J. du Bois de Gaudusson
(dir.), La création du droit en Afrique, Paris, Karthala, 1997, p. 177-195 (spéc. p. 187 et 188).
89. Cf . Claude Klein, op. cit. (supra, note n° 85), p. 13, 14, 15, 16, 17 et 21-22.
90. V. C. Klein, ibid., p. 4-5 et 35 et H. Kelsen, op. cit. (supra, note n° 44), p. 180, 183
et 310. Contra : un observateur écrit qu’ « on ne trouve pas à l’exigence [de prise en compte
de la composition sociologique de la circonscription électorale. de base constitutionnelle »,
v. A. D. Olinga, précité (supra, note n° 43), p. 68.
91. M. Kamto, « Les conférences nationales africaines… », op. cit. (supra, note n° 88),
p. 184-185. Il paraît intéressant de relever que la Rencontre tripartite partage plusieurs
caractéristiques avec les conférences nationales souveraines : participation à l’opération
constituante au sens large incluant le pouvoir intervenant dans la révision de la Constitution
en vue de l’élaboration d’un nouveau pacte social, la limitation de son ordre du jour, la
détermination des grands principes relatifs à l’élaboration de la Constitution, la non adop-
tion directe des normes constitutionnelles, même si l’on demeure éloigné du « big bang juri-
dique » qui était supposé caractériser les conférences nationales. Ibid. (spéc. p. 191) (ita-
liques de l’auteur). V. aussi M. Mebenga, « La participation du citoyen à la création du
droit : l’exemple du “large débat national” sur la réforme constitutionnelle au Cameroun »,
in D. Darbon et J. du Bois de Gaudusson (dir.), op. cit. (supra, note n° 88), p. 197-216 (spéc.
p. 303).
656 James Mouangue Kobila

quatre critères suivants : 1) elle est une représentation de pouvoirs coordonnés


représentant le titulaire de la souveraineté92 ; 2) elle se situe en dehors du système
légal et se distingue du pouvoir législatif ordinaire93 ; 3) ses actes ont une valeur
normative supérieure à la législation ordinaire ; et 4) elle a été au principe de
l’adoption d’une Constitution en rupture avec l’ancien ordre constitutionnel94.
C’est en effet la loi de 1991, adoptée conformément aux décisions de la Tripar-
tite deux semaines après cette Rencontre, qui a consacré pour la première fois
l’exigence de la prise en compte de la composition sociologique des circons-
criptions électorales en droit électoral camerounais, avant que cette exigence ne
soit reconduite dans la loi de 1992 relative à l’élection des conseillers munici-
paux et bien avant la consolidation ultérieure de la protection des minorités et
des populations autochtones dans la Constitution du 18 janvier 1996. C’est par
conséquent avec pertinence que Luc Sindjoun et Mathias Éric Owona Nguini
ont vu dans cette Rencontre « un champ de codification pluraliste du droit de
la compétition politique »95. Il en résulte aussi que la question du fondement
juridique des dispositions des lois électorales de 1991 et de 1992 qui prescri-
vent la prise en compte de la composition sociologique dans le cadre des élec-
tions législatives et municipales, soulevée en doctrine96, pourrait se trouver
ainsi réglée.
Le fondement de l’intervention du législateur ayant ainsi été posé, il sera
plus commode de s’attarder sur la teneur de son intervention relative aux ques-
tions en débat dans l’arrêt sous revue.
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B – LA CONSÉCRATION PAR LE LÉGISLATEUR DE LA PROLONGATION
DES EFFETS DE LA DISQUALIFICATION AUX ÉLECTIONS REPRISES

L’on examinera successivement la teneur des dispositions de la loi du


29 décembre 2006 et le renvoi implicite fait par le législateur du 29 décem-
bre 2006 à l’habitude juridique pour la détermination de la composition socio-
logique d’une circonscription.

1 – La teneur des dispositions de la loi du 29 décembre 2006


Dans l’arrêt à l’étude, le juge électoral a décidé que la liste du SDF, qui avait
été disqualifiée lors du scrutin primitif, ne pouvait participer au scrutin repris.
Il a cependant autorisé ce parti politique à présenter une nouvelle liste pour
l’élection reprise. Il se trouve qu’avec la loi relative à l’élection des conseillers
municipaux, telle qu’issue de l’amendement du 29 décembre 2006, le législa-
teur prend le contre point de la position du juge, en disposant que « [d]ans le

92. Cf. Claude Klein, op. cit. (supra, note n° 85), p. 15.
93. Ibid., p. 13 et 33.
94. Ibid., p. 18.
95. V. L. Sindjoun et M. E. Owona Nguini, « Politisation du droit et juridicisation de la
politique : l’esprit sociopolitique du droit de la transition démocratique au Cameroun », in
D. Darbon et J. du Bois de Gaudusson (dir.), op. cit. (supra, note n° 88), p. 217-245 (spéc.
p. 237).
96. Voir J. de Noël Atemengue, op. cit. (supra, note n° 43), p. 21-22.
La participation politique des minorités au Cameroun 657

cas où l’annulation de tout ou partie des élections est devenue définitive, […]
[s]eules les listes de candidats en lice aux élections municipales générales peu-
vent prendre part aux élections partielles. »
Ce faisant, le législateur conforte implicitement la solution retenue par la
pratique administrative, à laquelle le juge suprême camerounais s’est tardive-
ment rallié, qui consiste à frapper d’inéligibilité la liste de candidats non res-
pectueuse de la composition sociologique de la circonscription. Il renforce aussi
la sanction d’inéligibilité qui frappe la liste de candidats qui ne tient pas
compte des composantes sociologiques de la circonscription concernée. Ces pré-
cisions étant postérieures à l’arrêt du 9 juin 2004, c’est donc par une interpré-
tation que le juge avait initialement révélé la pratique qui consiste à estimer que,
faute pour la loi d’avoir fixé la répartition des mandats électifs par circonscription élec-
torale en fonction de la composition sociologique de chacune d’elles, il faut recourir à
l’usage pour déterminer celle-ci. En sanctionnant le non-respect de la composition
sociologique par toute liste de candidats, il reconnaît implicitement que, dans
les différentes circonscriptions électorales, il existe des usages en cette matière
et qu’il faut les respecter. Le juge ne sollicite certes pas explicitement l’usage ;
mais il ne fait pas de doute que, dans son esprit, la régularité de la pratique est
établie.
Le législateur a en outre renforcé la sanction d’inéligibilité encourue par la
liste de candidats irrespectueuse de la composition sociologique de la circons-
cription, en étendant ses effets au scrutin qui viendrait à être repris en cas d’an-
nulation. C’est précisément en cela qu’il légifère contre la solution du juge qui
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avait autorisé la participation du SDF à l’élection reprise, mais avec une nou-
velle liste.
La sévérité du législateur s’explique car, au-delà de la protection des mino-
rités et des populations autochtones contre l’exclusion de leur propre territoire
qui résulterait de l’application mécanique du principe majoritaire, d’une part,
et d’une conception caricaturale de l’homme comme être individuel97, des prin-
cipes d’égalité et de non discrimination98 qui procède de la confusion entre les
notions de différenciation (où la différence de traitement est fondée sur un motif
légitime) avec celle de discrimination (où la différence de traitement est fondée
97. Les expressions utilisées pour critiquer cette conception indifférenciée des citoyens,
perçus comme « de pures abstractions juridiques, asexuées, sans race ni origine, sortes de
“clones” » (D. Turpin) foisonnent. V. not. O. Duhamel et B. Étienne, « L’intégrisme césaro-
papiste », Le Monde, 24 juin 1999, cités par D. Turpin, « La question des minorités en
France », in Territoires et libertés, Mélanges en hommage au doyen Yves Madiot, Bruxelles, Bruy-
lant, 2000, p. 477-509 (spéc. p. 489, 491 et 495) et H. Moutouh, « Contribution à l’étude
juridique du droit des groupes », RDP, n° 2-2007, p. 479-493 (spéc. p. 487).
98. Ronald Dworking prône judicieusement à cet égard un « principe d’égalité approxi-
mative », in Une question de principe, Paris, PUF, coll. « Recherches politiques », 1996, éd.
originale en 1985, cité par S. Benetullière, op. cit. (supra note n° 9), p. 64. V. aussi A. Min-
koa She, « La Constitution camerounaise du 18 janvier 1996 et la garantie du droit à la dif-
férence », in Organisation internationale de la Francophonie…, op. cit. (supra, note n° 56),
p. 137-150 (spéc. p. 142-143) ; S. H. Nnanga, « La protection des minorités : principe
constitutionnel de perfectionnement du principe d’égalité ou consécration de la dictature
des minorités ? », Revue africaine des droits de l’homme, 2000, p. 169-191 (spéc. p. 182-185) ;
E. Decaux, « Constitution et principe d’égalité », leçon inaugurale, Académie internationale
de droit constitutionnel, XXe session, 10-22 juillet 2004, in Constitution et principe d’éga-
lité, RCAIDC, vol. XIV, p. 1-16 (spéc. p. 2 et 9) et T. Gründler, « La République française
une et indivisible ? », RDP, n° 2-2007, p. 445-477 (spéc. p. 467).
658 James Mouangue Kobila

sur un motif illégitime)99, d’autre part, l’exigence de la prise en compte de la


composition sociologique contraint les communautés camerounaises (minorités
et grands groupes, autochtones et non autochtones) à « encourager les vertus
politiques coopératives »100 du « compromis interethnique » et contribue à la
« déségrégation des communautés »101 divisées qui composent le tissu social du
Cameroun, préservant ainsi un minimum de cohésion nationale102. Contraire-

99. Cette confusion s’illustre en particulier dans les travaux de L. Donfack Sockeng, « Les
ambiguïtés de la “révision constitutionnelle” du 18 janvier 1996 au Cameroun », in
S. Melone, A. Minkoa She et L. Sindjoun (dir.), op. cit. (supra, note n° 79), p. 34-52 (spéc.
p. 45-47 et 49) et « Existe-t-il une identité démocratique camerounaise ?… », op. cit. (supra,
note n° 56) p. 28, 39, 41, 42 et 43. On la retrouve aussi chez H.-L. Menthong, « La
construction des enjeux locaux dans le débat constitutionnel au Cameroun », ibid., p. 146-
181 (spéc. p. 159) et J. de N. Atemangue, op. cit. (supra, note n° 43), p. 9, 10, 11, 14, 16,
19 et 25. Or, il est constant que « national forms of identity can coexist with universal
ideals such as liberalism and democracy » (Moore, 2001, p. 58, cité par S. Tierney, Consti-
tutional Law and National Pluralism, New York, Oxford University Press, 2004, p. 327). V.
aussi Nations Unies, Instruments relatifs aux droits de l’homme, Récapitulatif des observations géné-
rales ou recommandations adoptées par les organes créés en vertu d’instruments internationaux relatifs
aux droits de l’homme, Observation générale n° 18 (37e session 1989), Non-discrimination,
document n° H RI/GEN/1/Rev. 5, 26 avril 2001, § 8, p. 140. Au § 13, « le Comité fait
remarquer que toute différenciation ne constitue pas une discrimination, si elle est fondée
sur des critères raisonnables et objectifs et si le but visé est légitime au regard du Pacte ».
Dans le même sens, v. J. Chevallier, « Réflexions sur la notion de discrimination positive »,
in Libertés, justice, tolérance, Mélanges en hommage au doyen Gérard Cohen-Jonathan, vol. 1,
Bruxelles, Bruylant, 2004, p. 415-428 (spéc. p. 421) ; lire aussi l’édifiante contribution de
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M.-F. Rigaux, op. cit. (supra, note n° 73). Cet auteur part de « l’impossibilité logique […] à
faire coexister les différents droits de l’homme » pour fustiger « la volonté “d’entretenir avec
chacun d’eux une conception maximaliste” » (spéc. p. 415).
100. V. J. Rawls, La justice comme équité, Paris, La découverte, 2003, p. 263. Dans le
même sens, M. Gazibo, Introduction à la politique africaine, Les Presses de l’Université de
Montréal, coll. « Paramètres », 2006, p. 124 et 126.
101. Ces expressions sont empruntées à Ben Reilly, « Les systèmes électoraux dans les
sociétés post conflictuelles : leçons pour la Bosnie-Herzégovine », in Commission euro-
péenne pour la Démocratie par le droit, Les nouvelles tendances du droit électoral dans la grande
Europe, op. cit. (supra, note n° 44), p. 111-123 (spéc. p. 122 et 119-120). Dans le même
sillage, des commentateurs notent que « la cohabitation de diverses communautés dans le
même espace socio-politique, est à la fois une cause et une conséquence d’interdépendance
qui relativise les clivages », v. L. Sindjoun, « La démocratie plurale est-t-elle soluble dans
le pluralisme culturel ?… », op. cit. (supra, note n° 56), p. 44. Dans le même sens, v.
B. Reilly, ibid. (spéc. p. 117 et 121) et B. Ngango, Le droit des élections politiques au Came-
roun : suffrage universel et démocratie, thèse, Université Paris-I, Diffusion ANRT, 2003, p. 140
et 147. Sur le caractère très divisé de la société camerounaise, v. J.-P. Fogui, L’intégration poli-
tique au Cameroun : une analyse centre-périphérie, Paris, LGDJ, coll. « Bibliothèque africaine et
malgache », 1990, p. 41-77, 341 et 342 ; J.-F. Bayart, op. cit. (supra, note n° 6), p. 269 ;
L. Sindjoun, ibid., p. 35 et 37 ; P.-F. Gonidec, Les systèmes politiques africains, 3e éd., Les nou-
velles démocraties, Paris, LGDJ, coll. « Bibl. africaine et malgache », 1997, p. 6 et 83-84 et
J. de N. Atemengue, op. cit. (supra, note n° 43), p. 23 et les notes n° 31, p. 13 et n° 33,
p. 14. Le système de représentation en vigueur au Cameroun se rapproche du consociationa-
lisme professé par A. Lijphart (Democracy in Plural Societies, A Comprehensive Exploration, New
Haven, Yale University Press, 1977), en ce qu’il conduit à des coalitions multiethniques
inclusives aussi bien dans les circonscriptions électorales qu’au plan du gouvernement. Cf.
B. Reilly, ibid., p. 115-116. V. aussi L. Mbassi, op. cit. (supra, note n° 70) p. 197.
102. Le Premier ministre camerounais a ainsi expliqué aux députés que la protection des
minorités dans les différents aménagements institutionnels et relationnels prévus par la loi
participe « d’une quête permanente de paix sociale dans la participation de tous à la conduite
des affaires politiques et à l’évolution de toute nation », v. le rapport Etong Hilarion précité
(supra, note n° 44), p. 14. Ce point de vue est partagé en doctrine, v. supra (note n° 21).
La participation politique des minorités au Cameroun 659

ment à une opinion largement diffusée103, le péril viendrait en effet, non de la


prise en compte des composantes sociologiques qui encourage la rencontre des
ethnies et évite les écueils du « national-tribalisme » décrit par Mayoyo
Bitumba Tipo-Tipo104, mais de la méconnaissance des composantes sociolo-
giques qui laisserait libre champ aux partis ethniques, religieux ou linguis-
tiques105. Ceux-ci ne pourraient qu’appeler en riposte la création d’autres partis
de même nature, sources de tensions, de tumulte et d’une fureur qui éclaterait
en violences dévastatrices dommageables pour l’unité nationale, pour la paix,
pour la viabilité de l’État plurinational106 que constitue le Cameroun et pour le
développement. Ces craintes se sont naguère matérialisées au Burundi, en
Colombie107, au Nigeria108, au Rwanda, au Soudan, au Kurdistan irakien, en
Tchétchénie et en Yougoslavie où les questions d’identité et la persécution des
minorités ont conduit à une tentative de sécession, au génocide ou au nettoyage
ethnique des groupes minoritaires109.
103. M. Kamto, Déchéance de la politique. Décrépitude morale et exigence éthique dans le gouver-
nement des hommes en Afrique, Yaoundé, éd. Mandara, 2000, p. 213 et L. Donfack Sockeng,
« Existe-t-il une identité démocratique camerounaise ?… », op. cit. (supra, note n° 56), p. 35
et 39. Pour les détails de l’argumentation de ces auteurs, v. J. Mouangue Kobila, op. cit.
(supra, note n° 7). Contra : J. Marko, « Minority Protection through Jurisprudence in Com-
parative Perspective : an Introduction », European Integration, op. cit. (supra, note n° 8),
p. 175-188 (spéc. p. 175) ; S. Tierney, Constitutional Law and National Pluralism, op. cit.
(supra, note n° 99), p. 9, 10, 11 et 327. Pour une critique systématique de la doctrine libé-
rale traditionnelle, v. spéc. p. 13-15. Il importe de préciser que sur le plan international,
l’option française d’indifférenciation entre citoyens qui a probablement influencé M. Kamto
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et L. Donfack, « isole de plus en plus la France parmi les pays comparables. […] C’est peut-
être une des raisons pour lesquelles on commence à s’interroger, dans ce pays, sur la combi-
naison de l’égalité et des différences culturelles », v. J. Woehrling, op. cit. (supra, note n° 3),
p. 112-116. Sur l’évolution de la question des minorités en France, v. not. J. Chevallier, op.
cit. (supra, note n° 99), p. 425 in fine, 427 ; D. Turpin, op. cit. (supra, note n° 97), p. 499-
509 ; F. Mélin-Soucramanien, « La différenciation du statut des départements d’outre-mer :
menace ou promesse pour la République française ? », in L’esprit des institutions, l’équilibre des
pouvoirs, Mélanges en l’honneur de Pierre Pactet, Paris, Dalloz, 2003, p. 747-755 (spéc. p. 748,
753 et 755) et surtout T. Gründler, op. cit. (supra, note n° 98), p. 448, 455-457, 465 et 473-
477. Le sort des minorités évolue de même au Japon et en Turquie, pays qui partageaient
l’hostilité de la France à la reconnaissance des droits des minorités de type culturel, v.
J. Woehrling, ibid.
104. V. M. Bitumba Tipo-Tipo, L’ajustement politique africain : pour une démocratie endogène
au Congo-Kinshasa, Paris, L’Harmattan, coll. « Points de vue concrets », 1999, p. 45-59.
105. C’est en ce sens que Nicolas Schmitt et Amadou Maiga s’interrogent : « Ne serait-
il pas préférable de rechercher le consensus qui requiert qu’on ne s’en tienne pas unique-
ment à la majorité arithmétique des 50 % + 1, dégagée par les urnes ? », op. cit. (note
n° 73), p. 9. La réponse de la Cour suprême du Canada est univoque : « Democracy means more
than simple majority rule… The democratic vote, by however strong majority, would have no legal
effect on its own and could not push aside [other] principles [like] federalism and the rule of law,
the rights of individuals and minorities » (italiques ajoutés). V. Cour suprême du Canada, Refe-
rence re. Secession of Quebec [1998. 2 S.C.R. 217], cité par F. Palermo et J. Woelk, op. cit.
(supra, note n° 8) p. 241. Cf. également K. Ahadzi, « Réflexions sur la notion de peuple »,
Afrique juridique et politique, vol. 1, n° 1, janvier-juin 2002, p. 86-130 (spéc. p. 128-129).
106. Stephen Tierney fait pertinemment observer que « the […] process of nurturing
citizen loyalty through adequate recognition of the state’s societal plurality is […] central
to the continuing viability of the plurinational state », Constitutional Law and National Plu-
ralism, op. cit. (supra, note n° 99), p. 325.
107. Voir José Woehrling, op. cit. (supra, note n° 3), p. 112.
108. Sur la relation entre la guerre de sécession du Nigeria et la non-protection des mino-
rités, v. S. Tierney, op. cit. (supra, note n° 99), p. 13. V. aussi J. Ademola Yakubu, op. cit.
(supra, note n° 70), p. 38-39.
660 James Mouangue Kobila

Un parallèle pourrait être tracé entre l’importance de cette exigence et le


principe de la représentation géographique équitable que l’on retrouve dans la
pratique onusienne, et qui se décline dans le cadre africain en principe de la
représentation des cinq régions « reconnues » de l’Union africaine, un principe
bien ancré dans la pratique des organisations panafricaines depuis l’OUA110.
Dans le cadre de l’Organisation panafricaine, la représentation géographique
équitable s’enracine dans le principe du pluralisme régional111, pour ce qui est de la
représentation des États au sein des organes restreints.
La sévérité du législateur camerounais interpelle cependant, car elle semble
trancher avec la relative incertitude qui affecte la détermination de la composition
sociologique des différentes circonscriptions électorales. Une incertitude d’autant
plus grande que le détail des résultats des recensements est plutôt tenu secret au
Cameroun depuis un quart de siècle, et que le ministère en charge de l’adminis-
tration du territoire n’a jamais publié quelque document qui procurerait aux par-
tis politiques une sorte de bréviaire de la composition sociologique des différentes
localités du Cameroun. Sauf que « [l]es changements incessants de la réalité
sociale et la tolérance liée au pluralisme », évoqués par un auteur, se conjuguent
sans doute à l’extrême variété des situations concrètes d’une circonscription élec-
torale à l’autre112 pour empêcher l’administration d’enfermer l’écrit législatif dans
la formulation implacable, même provisoire, de dosages chiffrés des listes de can-
didats aux suffrages. Certes, comme l’écrit José Woehrling, « le concept de mino-
rité renvoie à des groupes à l’intérieur de la société globale qui présentent une cer-
taine permanence (qui sont structurels ou invariants) par le fait que leurs
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membres partagent tous une caractéristique immuable, ou qui ne se change pas
facilement ou pas rapidement »113. Mais l’expérience libanaise a déjà mis en
lumière les inconvénients de la pratique des quotas dans la mise en œuvre de la
« proportionnelle ethnique »114. La flexibilité dans l’application des énoncés légis-
latifs sur la prise en compte de la composition sociologique serait par conséquent
« dicté[e] […] par la nature même de l’objet de la réglementation, par son carac-
tère fluide et hautement changeant ou dépendant de facteurs imprévisibles »115.

109. V. J. Rehman, « Concluding Remarks », in S. Tierney (ed.), Accommodating National


Identity : New Approaches in International and Domestic Law, Kluwer Law International, 2000,
p. 285-293 (spéc. p. 285).
110. V. E. Jouve, L’Organisation de l’unité africaine, Paris, PUF, coll. « Perspectives inter-
nationales », 1984, p. 73 ; M. Kamto, J. E. Pondi et L. Zang, L’OUA : Rétrospective et pers-
pectives africaines, Economica, coll. « La vie du droit en Afrique », 1990, p. 140 et 141. Keba
Mbaye explique que dans les institutions panafricaines, le chiffre onze « tient compte de la
répartition géographique équitable que l’usage en vigueur à l’OUA consacre entre le Nord,
l’Est, l’Ouest, le Centre et le Sud de l’Afrique », in Les droits de l’homme en Afrique, 2e éd.,
Paris, Pedone, 2002, p. 220.
111. B. Boutros-Ghali, L’Organisation de l’Unité africaine, Armand Colin, coll. « Institu-
tions internationales », 1969, p. 61 s.
112. V. P. Martens, op. cit. (supra, note n° 21), p. 347. Dans le même sens, J. Rehman
note que « [e]very situation, with its distinct historical background therefore present a
unique scenario », op. cit. (supra, note n° 109), p. 291. S. Tierney souligne la complexité et
la fluidité du phénomène identitaire, Constitutional Law and National Pluralism, op. cit.
(supra, note n° 99), p. 45 et J. Woehrling, op. cit. (supra, note n° 3), p. 96, 100-101 et 105.
113. Voir José Woehrling, ibid., p. 96.
114. Ibid., p. 151-152.
115. V. G. Abi-Saab, « Éloge du “droit assourdi” : quelques réflexions sur le rôle de la
soft law en droit international contemporain », in Mélanges François Rigaux, op. cit. (supra,
La participation politique des minorités au Cameroun 661

Elle pourrait également trouver un fondement dans le souci de prévenir la stig-


matisation des minorités et des populations autochtones bénéficiaires de garan-
ties constitutionnelles116.
Le législateur aurait cependant pu saisir l’opportunité de son intervention
dans la mise en œuvre du droit constitutionnel de la protection des minorités
et des populations autochtones dans le champ électoral en légiférant sur le cas
des listes de candidats qui ne rencontreraient pas ses prescriptions, du fait du refus des
membres d’un groupe ethnique d’en faire partie. Il ne s’agit guère d’une hypothèse
d’école. Dans un recours daté du 12 juin 2002 visant la réhabilitation de la liste
de candidats du MDP de la Commune rurale de Nlonako aux municipales,
recours adressé au président de l’Observatoire national des élections, le prési-
dent de ce parti politique expose :
« qu’il ressort du témoignage du mandataire du MDP que ses efforts pour s’assurer
la présence de ressortissants du canton Balondo sur sa liste sont restés vains ; qu’il
est constant que dans certaines localités rurales, le chef exerce une véritable terreur
sur les populations dont le quotidien dépend de leur bienveillance [sic] ; que cer-
tains chefs n’hésitent pas à faire boire le cadi à leurs populations pour s’assurer
qu’elles ne s’engagent pas avec l’opposition ; qu’en l’occurrence, les affirmations du
mandataire du MDP ne sont pas démenties par les membres de la Commission ».

Le législateur s’est abstenu de trancher ce point, alors qu’il aurait pu dis-


penser le mandataire d’un parti politique, qui aurait vainement essayé d’enrôler
certaines composantes sociologiques dans sa liste, de toute sanction sur le fon-
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dement de la bonne foi. Le silence du législateur laisse la place au développe-
ment d’une pratique administrative encadrée par un juge vis-à-vis duquel le
premier ne nourrit pourtant pas une confiance excessive.
Par conséquent, autant la solution du juge électoral de fond l’expose à la
critique lorsqu’il s’abstient de tirer toutes les conséquences de droit de sa déci-
sion d’annuler partiellement le scrutin « uniquement en ce qui concerne le
SDF » en proclamant la liste concurrente vainqueur ; autant l’option du juge
interprète de ne pas étendre, du moins dans l’immédiat, les effets de l’inéligi-
bilité de la liste disqualifiée pour non-respect de la composition sociologique de
la circonscription à l’élection reprise paraît raisonnable dans le contexte de l’af-
faire et mérite d’être approuvée. D’autant que pour participer aux élections

note n° 21), p. 59-68 (spéc. p. 67) et G. Koubi, « Brèves réflexions sur les paradoxes et
ambiguïtés des stratégies socio-juridiques des minorités », RTDH, n° 31, 1997 p. 407-423,
p. 408, 416 et 417. Cet auteur y observe que « la notion de minorité n’est pas stable ni
immuable […] car la situation de minorité dépend des rapports de forces et de l’expression
de sensibilités ou de sentiments spécifiques ».
116. A. C. Cairns formule une mise en garde : « positive constitutional recognition that
singles out an ethnic, national, or indigenous minority for preferential treatment may wea-
ken or even sunder the civic ties which support a common citizenship », « Constitutional
stigmatisation », in P. J. Hanafin and M. S. Williams, Identity, Rigths and Constitutional
Transformation, Aldershoot/Brookfield, 1999, p. 13-38, p. 35.
117. Rapport présenté au nom de la Commission des Lois constitutionnelles, des Droits
de l’homme, des Libertés, de la Justice, de la Législation et du Règlement, de l’Adminis-
tration sur le projet de loi n° 808/PJL/AN modifiant et complétant certaines dispositions de
la loi n° 92/002 du 14 août 1992 fixant les conditions d’élection des conseillers municipaux
par l’honorable Foyet Michel, député, AN, 7e législature, 2006, 1re session extraordinaire
(déc. 2006), document n° 109/R/AN, dactyl., 4 p.
662 James Mouangue Kobila

reprises, le juge exige que la liste satisfasse le vœu du législateur. Le juge


alterne ainsi la sanction de la méconnaissance des exigences de la loi avec la
pédagogie de la coexistence des communautés nationales. Cette approbation est
pondérée par une réserve d’égale intensité sur le choix du législateur d’écarter
de la compétition les listes qui n’étaient pas en lice lors des élections munici-
pales générales. Un choix qui n’a, assez curieusement, fait l’objet d’aucun débat
lors de l’examen du projet de loi y afférent en commission parlementaire117.

2 – Le renvoi implicite du législateur du 29 décembre 2006


à l’habitude juridique pour la détermination de la composition
sociologique d’une circonscription
En exigeant des partis politiques qu’ils fournissent des indications sur la
prise en compte des composantes sociologiques dans la constitution de leurs
listes de candidats, le législateur reconnaît implicitement la difficulté pratique,
constatée par le juge118, qu’il y a à mettre en œuvre la protection des minorités
et des populations autochtones en droit électoral, à travers la prise en compte de
la composition sociologique des circonscriptions dans la constitution des listes
de candidats, faute de précisions et de données disponibles sur la composition
sociologique de chaque circonscription électorale. Le législateur renvoie alors
implicitement à l’habitude juridique, au sens voisin du consensus que François
Luchaire lui donne, en l’appréciant comme une « situation juridique que le
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droit accepte – mais n’impose pas – car elle existe depuis longtemps »119. En
droit administratif, ces habitudes juridiques correspondent aux usages, c’est-à-
dire à une manière habituelle de faire, en l’occurrence, à la pratique pour la
détermination de la composition sociologique d’une circonscription électorale120.
Cette solution témoigne de la grande habileté du législateur camerounais
qui fait le pari de transformer insensiblement à long terme une pomme de dis-
corde sociale en pratique rituelle du droit électoral camerounais. Mais à court
terme, elle pourrait encourir la critique, parce que l’institution de cette règle
est récente121 et que les partis politiques au pouvoir et ceux de l’opposition ne
bénéficient pas d’un égal accès à la pratique administrative antérieure suscep-
tible de guider la constitution de leurs listes de candidats aux élections. Il en
résulte pour l’heure une pratique très contrastée des partis politiques et les arbi-
trages attendus du Minatd n’en seront pas simplifiés122.
A partir des données résultant de la best practice des partis politiques, l’ad-
ministration pourrait éventuellement corriger ses propres profils de composi-
tion sociologique des circonscriptions électorales et établir, en fin de compte le

118. Cf. procès-verbal de la Commission communale de supervision de Nlonako, 6 juin


2002, op. cit. (supra, note n° 18).
119. V. F. Luchaire, « De la méthode en droit constitutionnel », RDP, 1981, p. 275-329
(spéc. p. 327-328).
120. Cf. F. N. Djame, Contribution à l’étude des usages et de la coutume en droit administratif
camerounais, thèse, Université de Paris XII, 2004, p. 54-180.
121. Ibid., p. 83-84.
122. V. Cour suprême du Cameroun, Chambre administrative, Njoume Victor (Commune
rurale de Melong c. État du Cameroun (MINAT)), jugement n° 79/95-96 du 26 septem-
bre 1996.
La participation politique des minorités au Cameroun 663

bréviaire très attendu de la composition sociologique de chaque circonscription


électorale.
C’est ainsi que les partis politiques et l’administration combleront la lacune
intra legem (intentionnelle par renvoi implicite aux usages et à la pratique) de la
loi. Mais d’ici à cette échéance, sauf cas manifestement grotesques (le cas de la
liste du SDF dans la commune de Bali en était un), toute sévérité quant à la
sanction du non-respect de la composition sociologique des circonscriptions
électorales s’avérerait inutile, voire arbitraire.

La Cour suprême du Cameroun a le mérite d’être sortie de ce que le doyen


Carbonnier, qu’il ne faut certes pas trop solliciter, appelait « le retrait ou la
retraite du droit »123 dans le domaine sensible de la protection des minorités et
des populations autochtones, en exigeant le respect de la composition sociolo-
gique des circonscriptions électorales dans la composition des listes de candi-
dats aux élections. Elle atteste que la protection constitutionnelle des minorités
et des populations autochtones n’est pas une coquille vide, et que le législateur
camerounais n’est pas un « messager mensonger ». Comme l’écrirait Marie-
Françoise Rigaux, du formalisme d’une notion, l’on est passé à la réalité d’une
protection124. Dans son rôle d’ « architecte social »125, le juge électoral came-
rounais préserve précieusement le pluralisme, conçu par John Rawls comme un
puissant facteur d’équilibre social126.
Les jugements et arrêts étudiés enseignent que le juge assure plus facile-
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ment le respect de la prise en compte de la composition sociologique avant le
suffrage qu’après le suffrage. Une fois les suffrages exprimés, il est écartelé entre
le respect de deux préceptes fondamentaux : d’une part, la prise en compte de
la composition sociologique de la circonscription et, d’autre part, le respect du
suffrage qui est l’un des piliers de la démocratie. Surtout lorsque la méconnais-
sance de l’un de ces principes est de nature à troubler l’ordre public. Mais il
s’inscrit fermement dans le puissant courant constitutionnaliste, régionaliste et
universel qui érige la protection des minorités et des populations autochtones
au rang de standard, conformément à la vision de François Mitterrand qui
annonça, dans son discours-testament de Colorado Springs, en octobre 1995,
que « [l]a grande affaire du XXIe siècle sera de trouver la synthèse entre deux
besoins : celui de grands ensembles et celui de chaque collectivité de s’affirmer
en tant que telle… Il faut absolument, concluait-il, que l’an 2000 crée un droit
des minorités, ainsi que des organisations internationales qui permettent de
maintenir unis le maximum de pays »127, la réécriture juridictionnelle du droit
est laborieuse, mais fructueuse, dans mesure où, pour concilier ces deux exi-
gences, elle conduit à relativiser le principe de majorité théorisé par Condorcet.

123. J. Carbonnier, L’hypothèse du non droit, p. 23-25, cité par P. Malaurie, op. cit. (supra,
note n° 4), p. 329.
124. Cf. M.-F. Rigaux, op. cit. (supra, note n° 73), p. 417.
125. L’expression est empruntée à Georges Abi-Saab, op. cit. (supra, note n° 115), p. 68.
126] J. Rawls, Justice et démocratie, Seuil, 1993, p. 9-10, cité par P. Malaurie, op. cit.
(supra, note n° 4), p. 334.
127. Cité par D. Turpin, op. cit. (supra, note n° 97), p. 478. B. Poignant rejoint ce point
de vue dans son rapport au Premier ministre du 1er juillet 1998, ibid., p. 503.
664 James Mouangue Kobila

L’intervention du législateur camerounais marque quant à elle une avancée


dans le sens de l’efficacité normative des énoncés constitutionnels et législatifs
relatifs à la prise en compte des composantes sociologiques de la circonscription
dans la composition des listes de candidats aux élections. Mais son silence sur
l’hypothèse d’exonération de la sanction du non-respect de la composition
sociologique et sa relative sévérité dans un contexte où, contrairement à d’autres
pays, des repères officiels quant à la constitution des listes de candidats par cir-
conscription sont inexistants ou laissés dans le flou128 s’autorisent, selon toute
vraisemblance, du caractère crucial de l’objectif de coexistence pacifique des
centaines de communautés qui composent le Cameroun, mais aussi de préven-
tion des conflits entre elles. Ces silences signent aussi l’ambition du législateur
de faire force de voiles en direction du but intermédiaire qui demeure, en l’oc-
currence, d’assurer, autant que possible129, la participation de toutes les compo-
santes sociologiques significatives de chaque circonscription électorale à sa vie
politique, économique, sociale et culturelle. Un objectif dont la réalisation est
fondée, d’une part, sur le socle de la reconnaissance et du respect mutuel des
différentes communautés nationales et, d’autre part, sur une coopération à trois
axes entre : 1) les grands groupes et les minorités ; 2) les sous-groupes formant
les grands groupes et 3) les minorités entre elles130.
C’est ainsi qu’à travers la reconnaissance d’ordres juridiques partiels sur le
plan objectif, et de la pluralité d’allégeances sur le plan subjectif, le droit de
participation politique des minorités et des populations autochtones reconfi-
gure la souveraineté interne de l’État et la fragmente. Il bouscule quelque peu
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la théorie française de l’État, personnification juridique de la Nation, dans
laquelle la souveraineté est unique dans la République, indivisible et impos-
sible à morceler. Une théorie qui subsiste dans nombre d’États africains. Mais le
droit de participation politique des minorités et des peuples autochtones trans-
figure aussi certains principes fondamentaux du droit international, tel que le
principe d’autodétermination.
Douala, octobre 2007

128. Contra : en Inde, l’article 335 et l’alinéa 1 de l’article 341 de la Constitution préci-
tée (supra, note n° 7) organisent la « reservation of seats » de manière très précise. C. Jaf-
frelot fait remarquer que « paradoxalement, la caste sous une forme policée, a été un vecteur
de démocratisation de la démocratie indienne », in Inde : la démocratie par la caste, Histoire
d’une mutation socio-politique 1885-2005, Fayard, coll. « L’espace du politique », 2005, p. 16.
129. Voir A. D. Olinga, « L’exigence de la prise en compte… », article précité (supra, note
n° 43), p. 70.
130. Voir F. Palermo et J. Woelk, op. cit. (supra, note n° 8), p. 240.

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