Page d’histoire : LE CHRISTIANISME
Les congolais, ces chrétiens.
Avec ses 2,5 milliards des fidèles, le christianisme est la première religion pratiquée dans le monde, suivi
de près par l'islam avec 2 milliards des musulmans. En RDC, le christianisme occupe aussi la première
place. Pour mieux connaître et comprendre les congolais, il est important de s’intéresser à leurs
croyances. Plus de 80% de la population congolaise se déclare chrétienne. Parmi ces chrétiens, environ
40% sont des catholiques, 35% des protestants (y compris les églises du réveil). Les kimbanguistes
représentent environ 10% de la population (le kimbanguisme est une religion chrétienne locale). La
minorité musulmane, quant à elle, est estimée à 1 ou 2%. Les religions traditionnelles, qui ont
pratiquement disparues, représentent moins de 1% de la population. Mais il ne faut pas se hâter de
conclure que puisque la pratique des religions traditionnelles a quasiment disparu, les croyances
traditionnelles ont aussi disparu. Nous y reviendrons dans un autre article.
Jésus-Christ a-t-il réellement existé ?
Aujourd’hui, nous allons tenter de survoler l’histoire du christianisme qui est, de loin la première religion
en RDC. On peut définir le christianisme comme la religion monothéiste basée sur la vie et les
enseignements de Jésus-Christ.
En parlant de Jésus-Christ, la première question qui vient à l’esprit est celle de savoir s’il a réellement
existé ou c’est un mythe crée depuis deux millénaires. Au-delà de témoignages qu’on trouve dans les
livres du nouveau testament, qu’on peut considérer comme non objectifs puisque ces livres ont tous
été écrit par des chrétiens, il existe des témoignages rapportés par des historiens non chrétiens qui
attestent de l’existence de Jésus-Christ.
Les témoignages des historiens non-chrétiens
Prenons quelques exemples. L’historien juif Flavius Josèphe, qui a vécu entre l’an 37 à l’an 100 de notre
ère, mentionne deux fois Jésus-Christ dans son ouvrage intitulé " Antiquités juives ", qu’il a rédigé vers
l’an 92 ou 93. L’historien romain Tacite (57-120) est le deuxième à parler de Jésus dans ses " Annales ".
Le dernier exemple qu’on peut prendre est du proconsul romain Pline le jeune qui mentionne Jésus-
Christ dans une lettre à l’empereur datée de 120. Donc historiquement on peut considérer que
l’existence de Jésus-Christ est établie.
La vie de Jésus-Christ
Jésus est né entre l’an -2 et l’an 0 en Judée, qui était à l’époque une colonie romaine. Son père
nourricier s’appelle Joseph et sa mère biologique Marie. Les évangiles nous apprennent qu’il avait au
moins quatre frères et deux sœurs. Marc 6:3 mentionne les noms de ces quatre frères : Jacques, Joses,
Jude et Simon. En ce qui concerne sa famille biologique voir aussi Marc 3 :21 et 31-35, Jean 2 :12 ;7 :3-5
et 7:10. A l’âge adulte, il exerce le métier de son père charpentier. Et puis à 30 ans, Jésus se met à
prêcher. Il recrute douze disciples qu’il va former : on les appelle les apôtres. A 33 ans, pour des raisons
politico-religieuses, il est condamné à mort et crucifié. Les évangiles nous apprennent qu’il ressuscitât le
3e jour (un dimanche) et montât au ciel.
Le début d'une nouvelle religion monothéiste distincte du judaïsme
A sa disparition, ses disciples prirent l’habitude de se réunir. Certains historiens considèrent que l’église
(du grec Ekklesia : assemblée) chrétienne commence exactement le jour de la Pentecôte ; c'est-à-dire le
jour où les disciples reçurent l’esprit-saint. Auparavant, ils ont eu à procéder au remplacement de
l’apôtre Judas qui a trahi le Seigneur et qui s’est suicidé. Par tirage au sort, les apôtres ont choisi
Mathias.
Ensuite, ils ont commencé à évangéliser, c'est-à-dire annoncer la bonne nouvelle du salut par Jésus-
Christ. Mais dans un premier temps, ces chrétiens (les adeptes du Christ) n’apparaissent que comme les
membres d’une secte juive parce que l’évangile n’est partagé qu’on sein de la communauté juive de
l’époque. Il faut savoir aussi que Jésus-Christ et ses apôtres étaient tous des juifs. Un apôtre va changer
la donne. C’est l’apôtre Paul de Tarse, cet apôtre qui n’a jamais assisté à une prédication de Jésus et ne
l’a jamais rencontré personnellement. Ce juif et citoyen romain, après avoir persécuté les disciples de
Jésus, va se convertir au christianisme lorsque le Christ lui est apparu sur la route de Damas. Paul de
Tarse devient le principal artisan de la diffusion du christianisme dans l’empire romain et surtout, c’est
lui qui ouvre les portes du christianisme aux non-juifs. C'est-à-dire que l’apôtre Paul a commencé à
convertir des non-juifs au christianisme. Et c’est pourquoi on l’appelle « l'Apôtre des Gentils » ou encore
« l’Apôtre des nations ». C’est au moment où l’apôtre Paul convertit des non-juifs que le christianisme
apparait comme une religion distincte du judaïsme.
L'apparition des évêques
Le christianisme va se répandre rapidement dans l’empire romain, malgré les persécutions. Et même au-
delà (Iran, Arménie …). Au IIe siècle, les communautés chrétiennes vont s’organiser davantage de
manière hiérarchique avec un évêque ayant l’autorité sur le clergé de sa ville. Mais déjà au Ier siècle,
lorsque les apôtres de Jésus créaient des églises locales, ils avaient l’habitude de laisser à leur tête un
vicaire, un représentant, chargé de veiller sur le troupeau des chrétiens comme un guide ou un gardien.
Veiller sur ou garder se dit en grec, « Episkopos ». Et, ce mot a donné en français Evêque. Donc l’évêque
est un représentant ou un successeur d’un apôtre. Toujours, au IIe siècle, les évêques se réunissent
souvent en synodes régionaux pour régler des questions doctrinaux. Au IIIe siècle, l’évêque de Rome
commence à agir comme une sorte de cour d’appel pour les problèmes que les autres évêques ne
pouvaient pas régler. Pourquoi ? Parce que l’évêque de Rome est considéré comme le successeur de
l’apôtre Pierre, le plus préséant des apôtres du Christ. Pierre est aussi appelé le prince des apôtres. Et
c’est l’apôtre Pierre qui a fondé l’église locale de Rome où il est mort et enterré. Donc, une coutume va
s’établir au sein de l’église chrétienne de considérer l’évêque de Rome, successeur de l’apôtre Pierre,
comme l’évêque le plus élevé en dignité.
Le concile de Nicée de l'an 325
En l'an 313 (IVe siècle) l’empereur Constantin 1er légalise le christianisme au sein de l’empire romain. En
juin-juillet 325, Constantin 1er convoque le 1er concile œcuménique de l’histoire du christianisme. 250
évêques se réunissent dans la ville de Nicée, aujourd’hui Iznik, en Turquie. Cette grande réunion des
chefs des églises locales chrétiennes va permettre de résoudre plusieurs conflits qui divisaient alors les
communautés chrétiennes. Des résolutions vont être adopté relativement à :
1° La date de la célébration de la Pâque
2° L’organisation ecclésiastique
3° La discipline cléricale
4° La hiérarchie des sièges épiscopaux
5° Les règles liturgiques
Les fondements de la foi chrétienne
Mais surtout, il y a un document important qui sera adopté pendant le concile de Nicée et qui constitue
le socle de la foi chrétienne. Ce document est appelé symbole de Nicée ou confession de foi chrétienne.
Comment peut-on reconnaître un chrétien ? On n’est pas chrétien par son physique (race, taille, sexe,
…), ni par ses habits, ni sa nationalité, ni sa langue… On est chrétien par ses croyances. En quoi un
chrétien croit-il ? Le symbole de Nicée est le résumé de ces croyances. La version que je donne ici est
celle qui a été complété par le concile de Constantinople en 381. Le symbole de Nicée est disponible en
intégralité sur Google. Je donne ici la version abrégée dite « le symbole des apôtres ».
1° Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre
2° et en Jésus-Christ, son fils unique, notre Seigneur ;
3° qui a été conçu du Saint-Esprit et qui est né de la vierge Marie ;
4° a souffert sous Ponce Pilate, il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli, il est descendu aux enfers ;
5° le troisième jour, il est ressuscité des morts ;
6° il est monté aux cieux ; il est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ;
7° d’où il viendra pour juger les vivants et les morts.
8° Je crois en l’Esprit-Saint
9° à la sainte Eglise catholique (version protestante : je crois à la Sainte Eglise universelle), à la
communion des saints,
10° la rémission des péchés,
11° la résurrection de la chair
12° la vie éternelle
Amen !
Ce sont les 12 points de la foi chrétienne. Tous les chrétiens du monde entier quelque soient leurs
obédiences respectives (catholiques, orthodoxes, protestants, anglicans …) croient en ces 12 points. A
part quelques communautés chrétiennes marginales qui peuvent remettre en cause certains points du
credo chrétien.
En l’an 320, le christianisme devient la religion officielle de l’empire romaine. Et c’est en 451 (Ve siècle),
lors du Concile de Chalcédoine que la primauté de l’évêque de Rome en tant que Pape a été solidifiée.
L’origine de l’Eglise orthodoxe (Le grand schisme de 1054)
L’église chrétienne, que certains appelle déjà l’église catholique, c'est-à-dire l’église universelle, depuis
que le concile de Nicée a inscrit ce qualificatif de catholique (du grec Katholikos qui veut dire universel
en français) dans le credo, va connaître sa première grande scission en 1054. En effet, c’est cette année
là que l’église se divise en deux grands morceaux à la suite d’un différend théologique lié à la nature du
Saint-Esprit. L’église d’Occident ou l’église latine qui reconnait l’autorité du Pape, Evêque de Rome.
L’église d’Orient avec à sa tête le Patriarche de Constantinople (l’actuel Istanbul). C’est l’origine de ce
qu’on appelle aujourd’hui l’Eglise orthodoxe ou l’Eglise de 7 conciles. Parce que pour eux, il n’y a que les
7 conciles qui se sont tenus avant la séparation de 1054 qui sont valables ; les conciles postérieurs ne les
engagent et ils ne reconnaissent pas non plus l’autorité du Pape sur eux.
Avec ses 230 millions des fidèles, l’Eglise orthodoxe est la troisième église chrétienne au monde, après
l’Eglise catholique qui compte 1,4 milliards des baptisés et l’Eglise protestante qui en dénombre 900
millions des fidèles. Elle est implantée dans plusieurs pays : Russie, Ukraine, Biélorussie, Bulgarie, Serbie,
Monténégro, Macédoine du Nord, Grèce, Chypre, Turquie, Syrie, Liban, Israël, Palestine, Jordanie,
Arménie, Géorgie …
L’origine de l’Eglise protestante
En 1515, le Pape Léon X a besoin d’argent pour financer la construction de la Basilique Saint-Pierre de
Rome. Il autorise alors une nouvelle vente d’indulgence. C’est une pratique qui consistait pour l’église
catholique à procéder à la rémission des péchés ou à abréger le séjour d’un défunt au purgatoire
moyennant le payement d’une somme d’argent. Le 31 octobre 1517, un moine catholique allemand du
nom de Martin Luther va afficher devant la porte de l’église de Wittenberg un document contenant ses
95 thèses contre la vente des indulgences. Pour Martin Luther, le commerce des indulgences est une
déviation du sacrement de pénitence.
Parmi les 95 thèses ou arguments de Martin Luther, prenons en deux seulement pour illustrer sa pensée
:
1° Le purgatoire n’est cité nulle part dans la Bible. Ça ne sert à rien alors de payer pour libérer l’âme
d’un défunt d’un endroit qui n’est pas biblique.
2° La justification par la foi et non par les actes. Pour Martin Luther, nous serons sauvés et nous
hériterons le royaume des cieux par notre foi et non par nos œuvres.
Conformément aux paroles de l’apôtre Paul dans son épitre aux Romains, au chapitre 1, verset 17 : « Le
juste vivra par la foi.» Alors que la pratique du commerce des indulgences fait passer les œuvres au
premier plan. Par exemple un voleur, un bandit de grand chemin ou un homme riche peut acheter son
salut par ses dons, ses œuvres.
Martin Luther va aussi s’attaquer à d’autres vices de l’église catholique de l’époque. Il dénonce les
prêtres qui vivaient en concubinage notoire alors qu’ils avaient fait vœux de célibat, des évêques qui
vivaient dans un luxe ostentatoire …
Pour permettre à la population de lire directement la Bible qui, jusque-là était toujours en latin, la
langue des prêtres et des intellectuels en Europe, Martin Luther va traduire les saintes écritures en
langue vulgaire, c'est-à-dire en allemand.
Face à toutes ses attaques, le Pape Léon X va réagir en excommuniant, le 3 janvier 1521 Martin Luther
de l’église catholique. Et c’est le début de l’église protestante ou plutôt des communautés protestantes
(nous y reviendrons quand nous parlerons de l’histoire et de l’organisation de l’église protestante).
L’église protestante comporte en son sein 8 courants principaux : l’adventisme, l’anabaptisme,
l’anglicanisme, le baptisme, le calvinisme, le luthéranisme, le méthodisme et le pentecôtisme. Les églises
du réveil de la RDC font partie du courant néo-pentecôtiste. Nous y reviendrons.
L’origine de l’Eglise anglicane
Aussi appelée Eglise d’Angleterre, l’Eglise anglicane se situe à cheval entre l’Eglise catholique et l’Eglise
protestante. Elle est née au XVI siècle à la suite d’un problème personnel entre le roi d’Angleterre Henri
VIII et le pape Clément VII.
Pour mieux comprendre la raison du conflit entre ces deux personnalités, il faut savoir que le mariage
fait partie des 7 sacrements de l’Eglise catholique (le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la
pénitence, l’onction des malades, l’ordination et le mariage). Par conséquent, le mariage catholique est
indissoluble; c'est-à-dire qu’un chrétien catholique ne peut pas divorcer. La seule possibilité pour un ou
une catholique de se séparer avec son conjointe ou conjoint est que le pape en personne annule le
mariage en question.
Le roi Henri VIII veut divorcer
Au début du XVIe siècle, les anglais et leur roi sont tous des catholiques. Le roi Henri VIII, qui souhaite se
séparer de sa femme Catherine d’Aragon pour épouser Anne Boleyn, demande au Pape Clément VII de
l’autoriser à divorcer. Le Pape refuse d’annuler le premier mariage du roi d’Angleterre. En réaction, le roi
rompt en 1531 les liens avec le Pape. C’est l’origine de l’indépendance de l’Eglise anglicane. Trois ans
plus tard, en 1534, le roi fait un pas supplémentaire pour consolider l’indépendance de l’Eglise
d’Angleterre. Il fait rédiger " l’Acte de suprématie " qui fait du roi d’Angleterre, Henri VIII, et de ses
successeurs « le chef unique et suprême de l’Eglise d’Angleterre ». Voilà pourquoi le roi Charles III,
actuel souverain du Royaume-Uni, est le gouverneur suprême de l’Eglise anglicane. Les fidèles de l’Eglise
anglicane dans le monde sont aujourd'hui évalués à 70 millions d'âmes.
Après avoir survolé l’histoire du christianisme, la première religion au monde et en RDC, religion fondée
sur l’enseignement, la personne et la vie de Jésus-Christ, nous avons aussi vu la naissance de ses 4
grandes branches :
1° L’Eglise catholique
2° L’Eglise orthodoxe
3° L’Eglise protestante
4° L’Eglise anglicane
Dans les prochains jours, nous pourrons voir un peu plus dans les détails l’histoire, la doctrine et
l’organisation de chacune de ces branches.
A suivre !
Thomas LUHAKA LOSENDJOLA
Président honoraire de l’assemblée nationale
Ancien vice-premier ministre
Avocat au barreau de Kinshasa-Gombe
Chercheur indépendant
Vos observations, corrections et critiques sont les bienvenues
Sources : " Petit traité d'histoire des religions " Frédéric Lenoir
Photos. 1. Le Pape Léon XIV, chef de l’Eglise catholique (1,4 milliard des fidèles). 2. Le Patriarche Cyrille
de Moscou, un des dirigeants de l’Eglise orthodoxe (230 millions des fidèles). 3. L'archevêque d'York, le
numéro 3 de l’Eglise anglicane (70 millions des fidèles). 4. Le Révérend Young Hoon Lee, chef d'une
église pentecôtiste coréenne (Protestante) qui revendique 450.000 fidèles. L’Eglise protestante dans son
ensemble compte 900 millions des fidèles dans le monde.
L’EGLISE CATHOLIQUE
Après avoir survolé, dans la précédente page, l’histoire du christianisme avec l’apparition de ses quatre
branches ou Eglises (catholique, orthodoxe, protestante et anglicane), nous allons voir aujourd’hui
l’organisation de l’Eglise catholique, la première des Eglises chrétiennes en termes de fidèles. En effet,
aujourd’hui, l’Eglise catholique revendique environ 1,4 milliards des fidèles baptisés dans le monde. On
peut définir l’Eglise catholique comme l’institution qui rassemble tous les catholiques, c'est-à-dire tous
les chrétiens qui sont en communion avec le pape et les évêques.
Eglise visible et Eglise invisible
Selon son catéchisme, l’Eglise catholique est composée de deux parties. Une partie visible qu’on appelle
aussi l’Eglise militante, qui est sur terre ; l’Eglise militante est constituée de toutes les Eglises
particulières ou Eglises locales dirigées par un évêque. En d’autres termes l’Eglise catholique est une
association des diocèses. Et une partie invisible qui est au ciel et qu’on appelle l’Eglise triomphante et
l’Eglise souffrante. L’Eglise triomphante est l’ensemble des âmes qui sont au paradis. L’Eglise souffrante
quant à elle rassemble les âmes qui sont au purgatoire.
Officiellement l’Eglise catholique s’appelle Eglise catholique Apostolique et Romaine, ECAR en sigle.
Nous allons voir rapidement la signification de ces différents mots.
1° Eglise
Le mot vient du grec Ekklesia qui veut dire Assemblée. Alors qu’il est utilisé plusieurs fois dans les autres
livres du nouveau testament, dans les évangiles, il n’est utilisé que deux fois par l’apôtre Mathieu.
1.Mathieu 16 :18 : « Jésus dit à Simon-Pierre : Tu es Pierre et sur cette Pierre, je bâtirai mon Eglise ».
2.Mathieu 18 :17 : « Si ton frère refuse d’écouter, dis-le à l’Eglise ».
Pour les catholiques, le mot Eglise a au moins deux sens. Premièrement c’est l’institution dans son
ensemble qui est considérée comme l’Eglise catholique. C’est le corps mystique du christ.
Deuxièmement, on appelle aussi Eglise la réunion des fidèles en un endroit donné. Par exemple, l’Eglise
de Butembo.
2° Catholique
Le mot catholique vient du mot grec " Katholikos " qui veut dire universel. Pour mieux comprendre
l’emploi de ce mot « universel », il faut savoir que dans la culture grecque de l’époque du début du
christianisme, l’Ekklesia était une assemblée réservée aux citoyens grecs ; les étrangers y étaient exclus.
Par opposition, les évêques chrétiens, en qualifiant leur Eglise de catholique, universel, ont voulu mettre
en avant le caractère ouvert de leur Ekklesia, leur assemblée. Toute personne quel que soit sa race, son
sexe, sa nationalité … peut devenir membre de cette Eglise universelle. Cet adjectif est mentionné
officiellement dans le symbole de Nicée ou la confession de foi chrétienne ; aussi appelée le crédo :
« Je crois en l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique »
3° Apostolique
L’Eglise catholique enseigne que les évêques qui sont les responsables des églises locales (les diocèses)
sont les successeurs des apôtres de Jésus-Christ. On avait vu qu’au Ier siècle, lorsque les apôtres
créaient les églises locales, ils laissaient à leurs têtes des vicaires, des représentants chargés de veiller
sur les troupeaux des fidèles. Veiller, guider se dit en grec Episkopos, qui a donné Evêque en français ;
Episkopo en lingala.
L’Eglise catholique apostolique veut dire tout simplement l’Eglise universelle qui continue l’œuvre des
apôtres du Christ.
4° Romaine
L’Eglise catholique est dite romaine parce que tous les catholiques considèrent que de toutes les églises
locales celle de Rome est la plus importante ou à une préséance sur les autres églises locales. Pourquoi ?
Pour une raison simple. Pour les catholiques, l’église de Rome a été créé par l’apôtre Pierre lui-même ;
que les catholiques appellent le Prince des apôtres. Donc l’Eglise catholique est appelée Romaine parce
que toutes les églises locales se soumettent à l’autorité de l’évêque de Rome, successeur de l’apôtre
Pierre. L’évêque de Rome est aussi appelé le Pape.
Composition de l’Eglise catholique
Il faut savoir que l’Eglise catholique a deux grandes composantes. Nous avons, d’une part, l’Eglise
catholique d’Occident, aussi appelée l’Eglise latine parce qu’elle est caractérisée par l’usage des rites
latins. D’autre part, il y a des Eglises catholiques Orientales. Elles ont la particularité d’utiliser des rites
orientaux. Elles font totalement parties de l’Eglise catholique apostolique et romaine puisqu’elles sont
en communion avec l’Evêque de Rome (le Pape) dont elles reconnaissent la primauté et l'autorité. Les
Eglises catholiques orientales sont au nombre de 23 et comptent environ 18 millions des fidèles
catholiques, soit environ 1,5% des catholiques dans le monde. Quelques exemples: Eglise catholique
copte (Égypte), Église catholique arménienne (Liban), Église catholique chaldéenne (Irak).
On notera aussi qu’il existe des Eglises catholiques indépendantes. Ce sont des communautés des
chrétiens qui revendiquent une succession apostolique, mais ne reconnaissent pas l’autorité du Pape et
ne font donc pas partie de l’Eglise catholique romaine.
Structure de l’Eglise catholique
L’Eglise catholique est une institution très hiérarchisée. Elle comprend deux catégories des personnes :
les clercs et les laïcs.
Les clercs, appelés aussi ministres, sont les personnes chargées de veiller sur l’Eglise. Ils sont repartis en
trois ordres (ou échelons) :
1° Les diacres sont les personnes qui ont franchi la première étape de la consécration. C’est l’étape qui
précède la prêtrise.
2° Les prêtres sont des ministres chrétiens ordonnés par un évêque et chargés d’administrer certains
sacrements de l’Eglise catholique : l’Eucharistie, la confession, le sacrement des malades …
3° Les évêques qui sont les responsables des églises particulières ou églises locales (Diocèses).
Cette première catégorie de catholiques est aussi appelée le clergé.
La deuxième catégorie des croyants catholiques sont appelés les laïcs. C’est l’ensemble des fidèles
catholiques non-ordonnés, c'est-à-dire ceux qui ne font pas partie du clergé : diacre, prêtre, Evêque.
Le sommet de la pyramide catholique est occupé par un évêque spécial, l’évêque de Rome. Il est aussi
appelé le Pape ou le Saint-Père.
Nous allons voir maintenant rapidement les titres officiels du Pape et quelques structures du Vatican
avant d’en arriver à l’organisation de l’Eglise catholique en République Démocratique du Congo.
1. Le Pape
Pape est un titre et un terme affectueux utilisé pour désigner le chef de l’Eglise catholique apostolique
et Romaine (ECAR). Il vient du mot latin Papa qui signifie Père. En réalité, Papa est un acronyme d’une
phrase latine: " Petri Apostoli Potestatem Accipiens." Qui veut dire «Celui qui reçoit le pouvoir de
l’apôtre Pierre.»
Celui qui exerce la fonction de Pape détient 9 titres officiels au sein de l’Eglise catholique.
1.Vicaire du Christ
Le premier titre officiel du Pape consiste à être le vicaire du Christ (en latin vicarius christi), c'est-à-dire le
représentant de Jésus-Christ sur terre. Cette fonction résulte de l’interprétation du verset 19 du chapitre
16 de l’évangile de Matthieu ; passage dans lequel Jésus-Christ s’adresse à l’apôtre Pierre : « Je te
donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu
délieras sur la terre sera délié dans les cieux ».
Pour les catholiques, par ces paroles, Jésus-Christ a promis à Pierre de lui donner le pouvoir, symbolisé
par les clefs, de gouverner l’Église à sa place, comme son représentant, son vicaire. D’où ce titre de
vicaire du Christ donné au Pape.
2.Successeur du Prince des Apôtres
Dans la tradition catholique, l’apôtre Pierre est qualifié de Prince des Apôtres. Parce qu’il est évident, en
lisant les évangiles, que l’apôtre Pierre avait la primauté sur les autres apôtres du Christ. D’où l’origine
de ce deuxième titre officiel du Pape de successeur du Prince des Apôtres (en latin successor principis
apostolorum), c'est-à-dire successeur de l’apôtre Pierre. L’apôtre Pierre est considéré par les
catholiques, comme le premier Pape de l’histoire.
3.Souverain Pontife de l’Eglise universelle
Le titre de Pontife provient du fait que Jésus-Christ à confier à l’apôtre Pierre les fonctions sacerdotales
les plus élevées en lui disant ceci dans Jean 21 :15-17 « Pais mes agneaux … Pais mes agneaux … Pais
mes brebis. » Donc, en confiant son troupeau à Pierre, le seigneur Jésus-Christ a fait de lui le souverain
Pontife (Pontifex Maximus). Ce titre de suprême Pontife peut être aussi traduit par Grand Prêtre. C’est le
chef spirituel de l’Eglise catholique.
4.Patriarche d’Occident
En 2006, le Pape Benoit XVI avait fait supprimer ce titre papal parce qu'il ne correspondait plus à la
réalité : actuellement le Pape ne gouverne pas seulement l’Eglise d’Occident ou l’Eglise latine ; son
autorité s’étend même sur les Eglises Orientales comme nous l’avons vu plus haut. Mais le Pape François
1er a rétabli ce titre en 2024 pour mettre l’accent sur le fait que le Pape reste toujours le patriarche de
l’Eglise catholique d’Occident ou l’Eglise latine ; même si son autorité est plus étendue aujourd’hui.
5.Serviteur des serviteurs de Dieu
Ce titre signifie que le Pape est au service de ses frères évêques et de tout le peuple de Dieu. La
référence biblique de ce titre officiel se trouve dans Matthieu 20 :26-27 : « Quiconque veut être grand
parmi vous, qu’il soit votre serviteur ; et quiconque veut être le premier, qu’il soit votre serviteur. »
6.L’Evêque de Rome
Le Pape est l’évêque de Rome; c'est le chef de l’église locale de Rome (Diocèse). On rappelle que dans la
tradition catholique, c’est l’apôtre Pierre qui a fondé l’église de Rome. C’est à Rome aussi qu’il avait été
tué et enterré. C’est qui donne à l’église de Rome un statut spécial. Par conséquent, le cardinal qui
devient l’évêque de Rome est aussi, de facto, le Pape de l’Eglise catholique.
7-8. Primat d’Italie et archevêque métropolitain de la Province ecclésiastique romaine.
Un cardinal qui est élu Pape devient aussi de facto Primat d’Italie c'est-à-dire chef de l’église catholique
nationale d’Italie, l’équivalent de notre CENCO (Conférence Episcopale Nationale du Congo) et en même
temps archevêque de la province épiscopale de Rome. Quelle que soit sa nationalité d’origine. Par
exemple, le cardinal Ambongo est actuellement l’archevêque de Kinshasa. Si par hasard, demain il est
élu Pape, il cessera d’être l’archevêque de Kinshasa et deviendra automatiquement le Primat d’Italie et
l’Archevêque de Rome. En réalité, ces deux titres, Primat d’Italie et Archevêque de Rome, donnés au
Pape sont plus honorifiques. Le Pape s’investit plus dans la gestion de l’Eglise universelle que dans les
affaires des églises locales d’Italie.
9.Souverain de l’Etat de la Cité du Vatican
Le 11 février 1929, le Saint-Siège et le Royaume d’Italie (à l’époque, l’Italie est un royaume) signent un
traité dénommé les Accords de Latran. Le cardinal Pietro Gaspari, secrétaire d’Etat du Pape PIE XI,
représente le Saint-Siège et Benito Mussolini, 1er Ministre, représente le gouvernement italien.
Dans ce traité, le gouvernement confirme que la religion catholique, apostolique et romaine demeure la
seule religion de l’Etat italien. Et l’Eglise catholique accepte, de son côté, que la souveraineté temporelle
du Pape, c'est-à-dire son pouvoir politique, est désormais limitée dans la seule Cité du Vatican. En
d’autres termes, le Pape est désormais le chef de l’Etat de la Cité du Vatican. La Cité du Vatican est un
Etat indépendant qui est enclavé dans l’Etat d’Italie ; comme le Lesotho qui est aussi un Etat
indépendant enclavé dans l’Etat d’Afrique du Sud.
Et dans les usages protocolaires internationaux, il y a un consensus sur le fait que le Pape est le chef
d’Etat qui a préséance sur tous les autres chefs d’Etat du monde entier. Il passe devant le président des
États-Unis, de la Russie ou devant le souverain du Royaume-Uni, du Japon. . .
Donc lors des obsèques du Pape François, des nombreux chefs d’Etat sont venus à Rome pour rendre
hommage à leur homologue chef d’Etat, tandis que la majorité des personnes sont venues s’incliner
devant la dépouille du chef spirituel de la plus grande Eglise chrétienne au monde, l’Eglise catholique,
apostolique et Romaine. Elle compte aujourd’hui presque 1, 4 milliard des baptisés.
A suivre !
Thomas LUHAKA LOSENDJOLA
Président honoraire de l’assemblée nationale
Ancien vice-premier ministre
Avocat au barreau de Kinshasa-Gombe
Chercheur indépendant
Vos observations, corrections et critiques sont les bienvenues
Sources : " Petit traité d'histoire des religions " Frédéric Lenoir