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Les 50 Sites Les Plus Polluants (RAC-FNE)

Pour la deuxième année consécutive, le Réseau Action Climat a réalisé un état des lieux de la transition écologique de l'industrie française, responsable de 17,5% des émissions nationales.

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Les 50 Sites Les Plus Polluants (RAC-FNE)

Pour la deuxième année consécutive, le Réseau Action Climat a réalisé un état des lieux de la transition écologique de l'industrie française, responsable de 17,5% des émissions nationales.

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50 SITES INDUSTRIELS

LES PLUS ÉMETTEURS


DE CO₂
La difficile mutation
de l'industrie française
N°ISBN : 978-2-919083-01-5
Juillet 2024

Auteurs Relecteurs

Aurélie Brunstein Anne Stévignon


Responsable industrie lourde Notre Affaire à Tous
au Réseau Action Climat France
Anna-Lena Rebaud
Axèle Gibert Les Amis de la Terre
Coordinatrice des réseaux Prévention, gestion des
déchets et risques, impacts industriels Design graphique, illustrations
à France Nature Environnement et mise en page, Guénolé Le Gal

Pierrette Saupin Photographie de couverture


Responsable du pôle prévention Mike Marrah / Unsplash
à France Nature Environnement
Réseau Action Climat
Cynthia Rocamora Mundo M,
Chargée de campagne industrie 47 avenue Pasteur
à Reclaim Finance 93100 Montreuil
01 48 58 83 92
Thibaud Voïta et Riwan Driouich
Co-leads industrie de l'étude Road to Net Zero reseauactionclimat.org
à l'Institut Rousseau
Ce document est soumis aux droits d’auteur, mais
peut être utilisé librement à des fins de campagne,
d’éducation et de recherche moyennant mention
complète de la source.
© Marek Piwnicki / Unsplash
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 3

4
Résumé exécutif

6
Décarbonation : où en sont les 50 sites ?

Bilan des émissions pour 2023 ���������������������������� 7


Les 50 sites les plus émetteurs de CO2 ����������������������� 10
2023 : l’aube d’une nouvelle révolution industrielle? ������������������ 12
Des acteurs industriels aux niveaux d’engagement et de transparence variables ������ 14
Décarboner l’industrie française, mais non sans éco-conditionnalité ����������� 18
Une transition industrielle aux allures de pari technologique ��������������� 21

30
50 sites : les champions de la pollution industrielle

La pollution industrielle en France �������������������������� 31


Des sites champions des émissions et des infractions ����������������� 36

38
ArcelorMittal, champion toutes catégories
Une stratégie climat à deux vitesses ������������������������� 39
La complicité des banques françaises ������������������������ 40
Un pollueur mondial hors-la-loi ��������������������������� 42
R ÉS UMÉ
E X ÉC UT IF

Pour la deuxième année consécutive, le que Ministre de l’Économie, des Finances et


Réseau Action Climat a réalisé un état des de la Souveraineté industrielle et numérique
lieux de la transition écologique de l'industrie et de Roland Lescure en tant que ministre
française, responsable de 17,5 % des émis- délégué chargé de l’industrie.
sions nationales.

L'accent a été mis sur les 50 sites industriels


les plus polluants, responsables à eux seuls → Les constats et recommandations
de 7,3 % des émissions nationales de gaz à du Réseau Action Climat sont les
effet de serre en 2023. Ce rapport examine suivants :
les stratégies de décarbonation, les investis-
sements nécessaires et les aides publiques
déjà versées à ces 50 sites. En outre, l’impact 1. L’industrie n’a pas encore entrepris sa
environnemental de ces 50 sites ne se limite décarbonation et affiche des réductions
pas au seul climat : ils sont aussi respon- d’émissions portées par la baisse de la
sables de pollutions de l’air, de l’eau et des production en France. Avec une réduction
sols pouvant avoir des conséquences graves des émissions de 7,8% entre 2022 et 2023,
sur la biodiversité et la santé humaine. Ce l’industrie est l’un des secteurs économiques
rapport présente également un bilan des qui a le plus réduit ses émissions en France
infractions environnementales commises mais cette réduction repose pour moitié [1]
par de grandes entreprises industrielles en sur la baisse de la production de produits
France, dont ArcelorMittal. Cette entreprise, tels que le ciment et l’acier. Ainsi, l’industrie
qui cumule les problématiques environne- doit encore prouver que sa décarbonation
mentales et humaines, est actuellement est engagée et pérenne.
© Tarek Badr / Unsplash

sous les projecteurs en tant que partenaire


des Jeux Olympiques de Paris et fabricant de 2. La planification écologique orchestrée
la torche olympique. par le gouvernement a donné lieu à l’éla-
boration, par les entreprises de l’industrie,
Ce rapport a été rédigé en mai 2024, avant de feuilles de route de décarbonation des
la tenue des élections européennes du 9 juin 50 sites les plus émetteurs de gaz à effet
et la dissolution de l’Assemblée nationale qui de serre. Ce travail est désormais en cours
s’en est suivie. La mention « gouvernement » sur plus d’une centaine de sites indus-
dans le texte fait référence au gouvernement triels. En dépit du manque de transparence
Borne puis au gouvernement Attal, sans dis- envers la société civile sur le contenu de
tinction, étant donné que la politique indus- ces feuilles de route, que le Réseau Action
trielle du gouvernement Borne a été poursui-
vie par le gouvernement Attal, notamment
1 Haut Conseil pour le Climat. (2024). Tenir le cap de la
avec le maintien de Bruno Lemaire en tant Décarbonation, protéger la population - Rapport annuel 2024.
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 5

Climat a de nombreuses fois dénoncé, les de l’État est donc essentiel pour assurer la
rares éléments rendus publics donnent un décarbonation de l’industrie. Néanmoins, ce
aperçu de l’orientation prise par l’industrie soutien ne doit plus se faire sans contrepartie
pour se décarboner : le recours aux solutions des industriels sur la tenue d’engagements
technologiques. Or, la réduction d’émissions environnementaux et sociaux.
attendue pour 2030 (-36,5% par rapport aux
niveaux de 2023) requiert une transformation 6. Alors que la problématique de l’impact
digne d’une révolution industrielle reposant de l’industrie sur le climat semble avoir été
sur des évolutions de procédés, mais aussi prise en main par les pouvoirs publics, ce
sur l’économie circulaire et la sobriété, deux n’est pas le cas des autres pollutions gé-
leviers de décarbonation indispensables qui nérées par les activités industrielles, qui
doivent être bien davantage investis par les ont des impacts délétères sur la santé des
industriels. riverains et travailleurs. Parmi les 50 sites,
beaucoup commettent des infractions en-
3. Les technologies de captage, stockage vironnementales, notamment en raison du
ou d’utilisation du carbone industriel sont manque de contrôles que le Réseau Action
de nouveau plébiscitées par les entreprises Climat recommande d’augmenter à un mi-
mais présentent de nombreuses limites, nimum de 30 000 par an. Les sanctions fi-
qui en font une solution de dernier recours, nancières doivent également être revues à la
pour réduire les émissions résiduelles qui ne hausse pour devenir réellement dissuasives,
peuvent être supprimées ou évitées, une fois cela peut par exemple prendre la forme d’une
les autres solutions de décarbonation dé- sanction proportionnelle au chiffre d'affaires
ployées. En raison de ce rôle secondaire, les de l’entreprise.
investissements doivent se concentrer sur
les leviers principaux de décarbonation de 7. ArcelorMittal, fleuron de l’acier de
l’industrie plutôt que sur celui-ci. Par ailleurs, haute qualité en France, illustre parfai-
l’orientation de l’industrie française vers des tement la nécessité de conditionner les
solutions de captage du carbone doit faire aides publiques. Malgré une stratégie de
l’objet d’un débat public, d’autant plus dans décarbonation imprécise, incomplète (peu
le contexte actuel d’explorations des capa- d’informations ont été communiquées sur
cités de stockage de CO2 dans le sous-sol la décarbonation du site de Fos-sur-Mer),
français. mouvante et contradictoire (construction
de nouveaux hauts fourneaux au charbon
4. L’impact des stratégies de décarbona- dans d’autres pays) ainsi que de multiples
tion des industriels sur les emplois et com- infractions environnementales ayant des
pétences ne semble pas avoir été évalué conséquences néfastes sur les populations
par les industriels dans le cadre du travail riveraines des mines et sites sidérurgique
des feuilles de route. Cette dimension doit du groupe, ArcelorMittal France devrait re-
être anticipée au plus vite pour les salariés et cevoir une aide publique à la décarbonation
faire l’objet d’un dialogue social pour garantir s’élevant à 850 millions d’euros. Le Réseau
une transition écologique juste. Action Climat demande aux pouvoirs publics
des garanties solides en échange de cette
5. La révolution industrielle nécessaire aide publique avec entre-autres : respecter
pour opérer la décarbonation de l’industrie la stratégie de décarbonation, fixer une date
existante nécessite d’importants investis- d’arrêt des hauts fourneaux au charbon, évi-
sements, évalués par l’Institut Rousseau à ter tout verrouillage carbone (rénovation des
48 milliards d’euros d’ici 2050, avec un dé- hauts fourneaux, captage des émissions des
ficit d’investissement actuellement évalué hauts fourneaux etc.).
à 27 milliards d’euros. Le soutien financier
DÉ C AR BON ATION :
O Ù EN SON T
L ES 50 SITES ?

É
volution des émissions de
l’industrie entre 2022 et
2023 [1]
-7,8%
1 Citepa. (Mars 2024). Dossier de presse Émissions de gaz à effet de serre et de polluants
en France : première estimation sur l’ensemble de l’année 2023 avec le Baromètre des
émissions mensuelles du Citepa, édition mars 2024.
© Victor / Unsplash
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 7

L'industrie occupe une place centrale dans l'économie française, contribuant de manière significative à
la richesse nationale, à l'emploi et à l'innovation. Elle permet également le rayonnement à l’international
de la France et de son savoir-faire dans de nombreux domaines. Mais surtout, l’industrie est indispen-
sable pour mener la transition écologique de l’économie française, notamment par la production de
technologies-clés (panneaux solaires, batteries, voitures électriques etc.). Néanmoins, cette force éco-
nomique doit également répondre aux enjeux environnementaux actuels en réduisant ses émissions
de gaz à effet de serre et plus globalement, son impact sur l’environnement.

01. Bilan des émissions pour 2023

En 2023, l’industrie a émis 17,5 % [1] des émis-


sions nationales de gaz à effet de serre, tout
secteur confondu. Il est donc clair que la dé-
carbonation de l’économie française ne pour-
ra se faire sans une décarbonation ambitieuse
de ses activités industrielles.

71 % [2] des émissions de l’industrie sont issues


de trois secteurs : l’acier, la chimie et les maté-
riaux de construction (ciment et chaux). Ces in-
dustries sont fortement émettrices car leur acti-
vité est basée sur l’utilisation d’énergies fossiles
comme combustible pour atteindre de hautes
températures mais également en tant que com-
posant chimique à la base de certains procédés
industriels. Ce qui caractérise les émissions de
ces trois filières est leur concentration autour de
sites industriels très émetteurs. C’est la raison
pour laquelle le gouvernement a lancé en 2022
la première étape de la planification écologique
industrielle avec un plan de décarbonation
ciblant les 50 sites industriels [3] (hors raffine-
ries) les plus émetteurs de gaz à effet de serre
© Pexels - Pixabay

(en 2019), qui représentent à eux seuls 7,3 % des


émissions nationales tous secteurs confondus
en 2023.

1 Données de 2023 issues du baromètre mensuel Citepa de mars 2024.


2 Ibid.
3 Gouvernement. (2023). Dossier de presse Signature des contrats de transition écologique de l’industrie.
8 Chapitre 1
Décarbonation : où en sont les 50 sites ?

LA PLUPART DE CES SITES SE CONCENTRENT DANS LES BASSINS


INDUSTRIELS DE DUNKERQUE, FOS-SUR-MER, LE HAVRE ET DU
GRAND EST.




Métallurgie

Industrie chimique

Ciment et chaux

Sucre
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 9

RÉPARTITION DES ÉMISSIONS DE CO₂E DU SECTEUR


DE L’INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE ET CONSTRUCTION
EN FRANCE
Données Citepa (2024)






















       

La baisse des émissions industrielles en 2023 intérêts d’emprunt pour les acheteurs (-22 % [1]
est une bonne nouvelle pour le climat, mais de construction neuve en 2023 par rapport à
elle ne signifie pas nécessairement que la dé- 2022). En outre, l’acier français rencontre éga-
carbonation de l’industrie est enfin amorcée lement des difficultés de compétitivité face à
et pérenne. En effet, la demande en biens et la concurrence chinoise et indienne du fait de
les niveaux de production qui en découlent in- la forte intrication du marché de l’acier dans
fluencent directement les niveaux d’émissions. le commerce mondial. En 2023, ces multiples
Il est donc nécessaire de prendre en compte la facteurs économiques ont entraîné une baisse
conjoncture économique de l’année pour expli- de la production d’acier en France de 18,5 % [2].
quer les variations des émissions.
À la page suivante, le bilan des émissions des
Ainsi, alors que le secteur de la chimie n’a réduit 50 sites industriels les plus émetteurs de gaz
ses émissions que de 1,8 %, les secteurs de à effet de serre et des aides publiques dont ils
l’acier et des matériaux de construction ont res- ont bénéficié.
pectivement diminué leurs émissions de 14 % et
7 %, dans un contexte de coût élevé de l’énergie
et de ralentissement du secteur du bâtiment – 1 Le Moniteur Immo. (2024). Logement : les mises en chantier au
plus bas depuis la crise des années 90.
grand consommateur de ciment et d’acier – in-
2 Haut Conseil pour le Climat. (2024). Tenir le cap de la
duit par la hausse des prix des matériaux et des Décarbonation, protéger la population – Rapport annuel 2024.
02. Les 50 sites les plus émetteurs de CO2

Plan eau [5]


Captage de
carbone [4]
Contrat [3]
Émissions Évolution Effectif Aides
Entreprise Site Secteur 2023 [1] 2019*2023 [2] moyen publiques

Fos-sur-Mer
1 ArcelorMittal Métal. 5 322 -30,5% 2000-4999 A/B/C/D Oui Non Oui
(13)
2 ArcelorMittal Dunkerque (59) Métal. 5 170 -30,8% 2000-4999 B/C/D+ [6] Oui Oui Oui

3 Naphtachimie Lavéra (13) Chim. 1 261 -11,4% 200-499 B/C/D Oui Oui Oui

4 TotalEnergies Gonfreville (76) Chim. 963 -4,3% 500-999 A/C/D Oui Oui Non
Compagnie Aubette à Berre
5 Pétrochimique de Chim. 834 -7,2% 500-999 C/D Non Non Non
(13)
Berre
Saint-Pierre-
6 Lafarge Ciments Cim. 832 -4,5% 100-199 A/D Oui Non Non
La-Cour (53)
7 Vicat Montalieu (38) Cim. 736 -6,1% 500-999 A/D Oui Oui Non

8 Yara France Le Havre (76) Chim. 715 +29,8% 100-199 A/B/D Oui Oui Non

9 Ciments Calcia Couvrot (51) Cim. 617 -18,0% 100-199 D Oui Non Non
Grand-Quevilly
10 LAT Nitrogen Chim. 584 +2,0% 250-499 C/D Oui Oui Non
(76)
11 Lafarge Ciments Teil (07) Cim. 577 +4,5% 100-199 D/E+ [7] Oui Oui Non

12 Solvay Dombasle (54) Chim. 559 -6,3% 250-499 B/D Oui Non Oui

13 Ciments Calcia Airvault (79) Cim. 487 -11,5% 100-199 A Oui Oui Non
Aluminium
14 Dunkerque (59) Métal. 483 -6,8% 500-999 B/C/D Oui Oui Non
Dunkerque
15 Roquette Frères Lestrem (62) Agro. 483 -14,9% 2000-4999 A/B/D Oui Non Oui
Chaux et dolomies du Réty (62)
16 boulonnais – Lhoist Cim. 465 -24,7% 50-99 D/E+ [8] Oui Oui Non
Pont-à-
17 Saint-Gobain PAM Métal. 437 +5,9% 199-249 A/D Oui Non Non
Mousson (54)
18 Vicat Peille (06) Cim. 435 +24,1% 50-99 D Oui Oui Non

19 EQIOM Lumbres (62) Cim. 432 -27,7% 100-199 D/E+ [9] Oui Oui Non

20 Versalis France Mardyck (59) Chim. 423 -30,6% 250-499 C/D Oui Non Oui

21 EQIOM Heming (57) Cim. 413 -20,5% 100-199 D/E Oui Non Non
Martres
22 Lafarge Ciments Cim. 398 -13,6% 100-199 A Oui Non Non
Tolosane (31)
23 Ciments Calcia Beaucaire (30) Cim. 398 -23,3% 100-199 B Oui Non Non
Port-la-
24 Lafarge Ciments Cim. 381 -23,5% 100-1999 A Oui Non Non
Nouvelle (11)
Laneuveville-
25 Novacarb – Humens devant-Nancy Chim. 371 -24,3% 250-499 A/B/D Oui Oui Oui
(54)

1 Les GES ici comptabilisés sont ceux déclarés à l'EU-ETS soit le dioxyde de carbone CO2, protoxyde d'azote N2O et les perfluorocarbues
2 Pour les sites dont les émissions déclarées pour 2023 ne sont pas encore disponibles, les émissions de 2022 ont été considérées pour ce calcul.
3 Les sites ou entreprises ont-ils signé un contrat de transition écologique avec l'État ?
4 Le captage de carbone fait-il partie de la stratégie climat du site ?
5 Le site est-il engagé dans le plan eau gouvernemental ?
6 Aide exceptionnelle d’État d'un montant de 850 millions d'euros confirmée en 2024.
Participation au projet Européen Horizon 2020 pour le financement du module de captage et stockage du carbone.
7 Site lauréat du Fonds Innovation européen pour le projet de e-methanol avec Elyse Em-Rhône (29 millions d'euros)
8 Site lauréat du Fonds Innovation européen avec une enveloppe de 25 millions d'euros pour la décarbonation du site.
9 L'entreprise a touché 63 millions d'euro du Fonds Innovation Européen dans le cadre du programme K6 (ciment neutre en carbone).
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 11

Plan eau [5]


Captage de
carbone [4]
Contrat [3]
Émissions Évolution Effectif Aides
Entreprise Site Secteur 2023 [1] 2019*2023 [2] moyen publiques

26 Solvay Tavaux (39) Chim. 315 -23,6% 50-99 / Oui Non Non
Carrières et fours à
27 chaux de Dugny – Dugny (93) Cim. 309 -13,0% 50-99 / Oui Oui Non
Lhoist
28 Ciments Calcia Beffes (18) Cim. 308 -15,0% 50-99 / Oui Non Non

29 Vicat Xeuilley (54) Cim. 303 +14,0% 50-99 A/D Oui Oui Non

30 Lafarge Ciments La Malle (13) Cim. 301 -32,2% 100-199 A/C/D Oui Non Non
Société des fours
31 à chaux de Sorcy – Sorcy (55) Cim. 272 -21,8% 100-199 A/D Oui Oui Non
Lhoist
32 Ciments Calcia Ranville (14) Cim. 266 -7,7% 50-99 D Oui Non Non
Rochefort-sur-
33 EQIOM Cim. 235 -16,4% 50-99 / Oui Non Non
Nenon (39)
Val d'Azergues
34 Lafarge Ciments Cim. 219 -14,7% 50-99 D Oui Non Non
(69)
Villiers-au-
35 Ciments Calcia Cim. 216 -18,6% 50-99 / Oui Non Non
Bouin (37)
36 Alsachimie Chalampé (68) Chim. 215 -41,6% 500-999 D Oui Oui Oui

37 Holcim Altkirch (68) Cim. 213 -12,6% 100-199 D Oui Oui Non
Lyondell Chimie Fos-sur-Mer
38 Chim. 212 -0,8% 250-499 C/D Oui Non Oui
France (13)
Saint-Jean-de-
39 Trimet Métal. 209 -26,0% 500-999 A/B/D Oui Oui Non
Maurienne (73)
40 Tereos France Origny (02) Agro. 202 -17,1% 250-499 D Non Non Non
Ottmarsheim
41 LAT Nitrogen Chim. 200 -68,4% 199-249 D Oui Oui Oui
(68)
42 ArcelorMittal Florange (57) Métal. 198 -38,8% 2000-4999 D Oui Non Oui

43 Vicat Crechy (03) Cim. 190 -1,1% 50-99 D Non Non Non
Tereos Starch & Mesnil-Sainte-
44 Agro. 159 -26,3% 250-499 A/D Non Non Non
Sweeteners Europe Nicaise (80)
Fos-sur-Mer
45 Imerys Aluminate Cim. 157 +2,7% 100-199 C/D Non Non Non
(13)
Tereos Starch & Marckolmsheim
46 Agro. 157 +11,1% 500-999 D Non Non Non
Sweeteners Europe (67)
47 Lhoist France Ouest Neau (53) Cim. 155 -29,8% 50-99 D Oui Oui Non

48 Ferropem Laudun (30) Métal. 153 -14,1% 100-249 B Non Non Non
LyondellBasell Berre-l'Etang
49 Chim. 143 -21,1% 500-999 C/D Oui Non Oui
Services France (13)
50 Imerys Aluminate Dunkerque (59) Cim. 136 -17,0% 50-99 C/D Non Non Oui

Lauréat appel à projet (AAP) France Relance A


Lauréat appel à projet (AAP) France 2030 B
Site implanté dans une Zone Industrielle Bas Carbone (ZIBAC) France 2030 C
Site implanté dans un territoire bénéficiaire du Fond de Transition Juste Européen D
Fond Innovation Européen E
12 Chapitre 1
Décarbonation : où en sont les 50 sites ?

03. 2023 : l’aube d’une nouvelle


révolution industrielle?

Bien que l’industrie ait déjà diminué ses émissions de gaz à effet de serre de moitié depuis 1990, l’effort
à venir pour respecter les objectifs climat pour 2030 et 2050 va requérir une mutation de ce secteur
digne d’une révolution industrielle. À court-terme, l’industrie française va devoir réduire ses émissions
annuelles de 37 millions de tonnes de CO2 [1] (par rapport au niveau de 2019) d’après les objectifs fixés
dans le cadre de la planification écologique publiée par le gouvernement à l’été 2023. Cela représente
une réduction des émissions de 36,5% entre 2023 et 2030.

1 Gouvernement (2023). Mieux agir - La planification écologique - Synthèse du plan - Juillet 2023.

ÉVOLUTION TEMPORELLE DES ÉMISSIONS DE L’INDUSTRIE


EN FRANCE ET OBJECTIF POUR 2030
Évolution des émissions de gaz à effet de serre de l'industrie manufacturière française. Données Citepa (mars 2024).
Objectifs d’émissions à 2030 pour l'industrie tel que prévu dans la planification écologique publiée par le gouvernement à
l'été 2023.
En millions de tonnes CO2 équivalent.




























































































































À première vue, l’industrie semble être sur la bonne trajectoire pour atteindre l’objectif fixé pour 2030
mais la réduction des émissions depuis 2020 résulte principalement des conséquences des différentes
crises traversées (crise Covid, guerre en Ukraine, crise énergétique et sobriété imposée, hausse du
prix des matières premières) et non des résultats d’une transformation profonde de l’industrie. Cette
tendance trompeuse illustre les difficultés actuellement rencontrées par l’industrie qui doit entamer
une mutation compatible avec les enjeux climatiques tout en restant compétitive dans un contexte
globalisé fluctuant. La transition écologique peut alors être perçue comme un pari risqué pour les
entreprises qui ont, pour la plupart, cherché à retarder leur décarbonation ainsi que la mise en œuvre
de politiques climatiques ambitieuses [2].

2 Bonneuil. (2024). Genèse et abandon d’une politique climatique : France, 1988-1992.


Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 13

[+] Focus
© Sol / Unsplash

L'emploi, grand oublié des


trajectoires de décarbonation
des sites industriels ?
Ainsi, entre incitation, contrainte, et partage
du risque, l’État et l’Union Européenne doivent Les feuilles de route élaborées par les
jouer un rôle clef dans la transformation de industriels avec le soutien de l’État n’in-
l’industrie. tègrent pas de volet relatif à l’emploi et
aux compétences. Néanmoins, les entre-
Au niveau européen, la fin des quotas carbones prises de plus de 300 salariés soumises
gratuits en 2034 et la mise en place d’une taxe à l’obligation de présenter une Gestion
carbone aux frontières en 2026 vont contraindre Prévisionnelle de l’Emploi et des Com-
l’industrie à opérer sa décarbonation tout en pétences (GPEC) en Comité Social et
protégeant sa compétitivité. Économique (CSE), doivent y intégrer la
transition écologique depuis la loi Climat
En France, l’année 2023 pourrait avoir été déci- et Résilience de 2021.
sive pour la décarbonation de l’industrie lourde.
En effet, suite à la demande du président de la À ce titre, le Haut Conseil pour le Climat
République en novembre 2022, les 50 sites les souligne dans son rapport annuel de
plus émetteurs de CO2 de France ont travaillé 2023 [1] les enjeux à anticiper l’évolution
de concert avec l’État pour élaborer leurs trajec- des compétences nécessaire pour que
toires de réduction des émissions de gaz à effet l’emploi s’adapte aux changements du
de serre dans le but d’atteindre les objectifs de marché du travail induits par la décar-
la future stratégie nationale bas-carbone alignés bonation. Ce même rapport relayait
sur les objectifs européens (Pacte vert et paquet l’alerte [2] du Centre d’études prospec-
fit for 55), avec à la clef, le doublement de l’aide tives et d’informations internationales
publique à 10 milliards d’euros d’ici 2030. (CEPII) sur ce sujet : “Une insuffisante
adaptation à la transition, ou une mau-
À l’élaboration de ces trajectoires, s’est ajouté vaise spécialisation, pourrait déstabiliser
un travail de planification industrielle avec l’éla- l’industrie française, déjà mise à l’épreuve
boration de stratégies de transformation de ces par la désindustrialisation”.
sites pour atteindre les objectifs climatiques
fixés. Ce travail s’est concrétisé par l’élaboration Au niveau des entreprises, ainsi qu'au
et la signature de feuilles de route pour chaque niveau des filières, cette dimension
site. emploi-compétences doit être anticipée
pour les salariés et faire l'objet d'un dia-
logue social actif. C'est l'une des clés de
la transition écologique juste.

1 Haut Conseil pour le Climat. (2023). Acter l’urgence – Engager les


moyens – Rapport annuel 2023.
2 Arquié, Grjebine. (2023). La lettre du CEPII. Vingt ans de plans
sociaux dans l’industrie : quels enseignements pour la transition
écologique ?
14 Chapitre 1
Décarbonation : où en sont les 50 sites ?

04. Des acteurs industriels aux niveaux


d’engagement et de transparence variables

Malgré les nombreuses demandes du Réseau La répartition de l’effort de réduction des


Action Climat pour plus de transparence sur la émissions entre les 50 sites qui ressort de ces
stratégie des industriels pour opérer leur décar- contrats impose un challenge considérable
bonation, seuls les contrats de transition éco- aux industriels pour atteindre les objectifs
logique, version tronquée des feuilles de route qu’ils se sont fixés pour 2030 et 2050 et des-
de décarbonation, ont été rendus publics. Ces sine la révolution industrielle nécessaire pour
“contrats” n’en sont pas réellement, dans la me- décarboner l’industrie.
sure où ils n’engagent pas les signataires indus-
triels à respecter les objectifs de réduction des
émissions et les stratégies qui y sont décrites.

L’autre défaut de ces contrats est leur manque


de précision quant aux stratégies de décarbo-
nation envisagées par les industriels. Certaines
entreprises n’ont pas publié de contrats et d’ob-
jectifs pour chaque site mais se sont contentés
de publier un contrat à l’échelle de l’entreprise,
laissant ainsi planer des incertitudes sur l’ave-
nir de certains de leurs sites industriels. C’est
le cas notamment de l’aciériste ArcelorMittal,
des cimentiers EQIOM, Heidelberg-Calcia,
Lafarge-Holcim et des entreprises de l’agro-ali-
mentaire Roquette Frères et Cristal Union.
Bassin industriel de Dunkerque / Images ©2024 Landsat / Copernicus, Maxar Technologies, Données cartographiques ©2024
Certains acteurs n’ont pas détaillé les éléments
de stratégie permettant de réduire leurs émis-
sions. C’est une nouvelle fois le cas des cimen-
tiers précédemment cités ainsi que Butachimie,
Solvay et Versalis, entreprises spécialisées
dans la chimie. Enfin, la majorité des contrats
ne précise pas la part de chaque levier de dé-
carbonation dans l’effort total de réduction des
émissions prévu.
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 15

ÉVOLUTIONS DES ÉMISSIONS POUR LES SITES LES PLUS ÉMETTEURS

Les objectifs d’émissions pour 2030 et 2050 correspondent aux objectifs de réduction communiqués
dans les contrats de transition écologique en considérant 2015 comme année de référence. Lorsque
plusieurs objectifs sont précisés par les industriels (plusieurs scénarios prospectifs peuvent avoir été
étudiés : tendanciel, central et ambitieux), l’objectif central a été retenu pour ces graphiques.

LAFARGE – HOLCIM
Sites Lafarge – Holcim considérés : Saint-Pierre-La-Cour, Teil, Martres-Tolosane, Port-la-Nouvelle, La
Malle, Val d’Azergues, Altkirch.
Évolution des émissions de gaz à effet de serre déclarées au marché carbone européen.
Objectifs d’émissions publiés par les industriels pour 2030 et 2050.
En millions de tonnes CO2 équivalent.












          

YARA FRANCE
Site du Havre
Évolution des émissions de gaz à effet de serre déclarées au marché carbone européen.
Objectifs d’émissions publiés par les industriels pour 2030 et 2050.
En tonnes CO2 équivalent.


















          
16 Chapitre 1
Décarbonation : où en sont les 50 sites ?

LAT NITROGEN
Site du Grand-Quevilly
Évolution des émissions de gaz à effet de serre déclarées au marché carbone européen.
Objectifs d’émissions publiés par les industriels pour 2030 et 2050.
En tonnes CO2 équivalent.
















          

SOLVAY
Site de Dombasle
Évolution des émissions de gaz à effet de serre déclarées au marché carbone européen.
Objectifs d’émissions publiés par les industriels pour 2030 et 2050.
En tonnes CO2 équivalent.
















          
© TR STOK / Shutterstock
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 17

VICAT
Site de Montalieu
Évolution des émissions de gaz à effet de serre déclarées au marché carbone européen.
Objectifs d’émissions publiés par les industriels pour 2030 et 2050.
En tonnes CO2 équivalent






















          

ARCELOR MITTAL
Sites de Fos-sur-Mer, Dunkerque, Florange
Évolution des émissions de gaz à effet de serre déclarées au marché carbone européen.
Objectifs d’émissions publiés par les industriels pour 2030 et 2050.
En millions de tonnes CO2 équivalent.











          

Bien qu’il soit trop tôt pour évaluer les efforts entrepris par les industriels de ces 50 sites dans le cadre des
feuilles de route, il est toutefois préoccupant de constater que certains sites ont augmenté leurs émissions
de gaz à effet de serre en 2023. C’est notamment le cas de l’usine pétrochimique TotalEnergies de Gonfreville
(+9,8 %), LAT Nitrogen au Grand-Quevilly (+42 %), Aluminium Dunkerque (+5,3 %), Lyondell Chimie France
à Fos-sur-Mer (+3,8 %). Enfin, d’autres industriels ayant participé à l'exercice des feuilles de route avertissent
déjà d’un possible retard dans la tenue de leurs engagements climatiques face à un prix du carbone volatile
et une incertitude sur le coût de l’électricité [1]. Cette incertitude face au respect des objectifs climats de ces
50 sites souligne le besoin de conditionner les aides publiques qu’ils reçoivent au respect des trajectoires
de décarbonation.

1 Les Echos. (2024). Décarbonation : l'élan des industriels français s'essouffle.


18 Chapitre 1
Décarbonation : où en sont les 50 sites ?

05. Décarboner l’industrie française,


mais non sans éco-conditionnalité

Cet effort d’investissement doit être réalisé en


parallèle d’une rationalisation de la consom-
mation, permettant une baisse de certaines
productions. Les investissements nécessaires à
→ Par Thibaud Voïta et Riwan la transition ont été calculés sur la base du scé-
Driouich, Co-leads industrie de l'étude nario négaMat développé par l’association né-
Road to Net Zero, Institut Rousseau gaWatt, qui modélise les besoins de production
de matériaux de base et de biens de consomma-
tion. Ce scénario – qui a servi de base à la mo-
La décarbonation de l’industrie, troisième sec- délisation de la transition du secteur industriel
teur contributeur aux émissions de gaz à effet pour les scénarios négaWatt 2022 et Transitions
de serre en France avec 73 millions de tonnes 2050 de l’ADEME – fait la part belle à la sobriété
de CO2e en 2022 [1], est centrale à l’atteinte de et au développement de l’économie circulaire.
la neutralité carbone. Ce secteur joue égale- Ensemble, la rationalisation de la production via
ment un rôle stratégique pour la décarbonation la baisse de la production et le développement
du reste de l’économie en ce qu’il héberge les de la réutilisation et du recyclage permettent
productions indispensables à la décarbonation de réaliser près de la moitié de l’effort de dé-
d’autres secteurs (batteries de voitures élec- carbonation que l’industrie doit fournir. Pour ne
triques, électrolyseurs, panneaux solaires, etc.). donner qu’un seul exemple, décarboner la pro-
duction d’acier en France nécessite de limiter
L’Institut Rousseau a chiffré les besoins d’in- son usage (-4 millions de tonnes de CO2e par
vestissements pour ces deux dimensions : la an), développer son recyclage (-6 millions de
décarbonation de l’industrie d’une part, et le tonnes de CO2e par an pour 1,5 milliards d’euros
développement de capacités de production de d’investissement), et décarboner la production
certaines technologies stratégiques [2] d’autre d’acier primaire via le recours à l’hydrogène (-7
part. Produire bas-carbone nécessite un in- millions de tonnes de CO2e par an pour 5,3 mil-
vestissement de 48 milliards d’euros jusqu’en liards d’euros d’investissement – hors capacités
2050, dont 27 milliards d’euros en plus des de production d’hydrogène décarboné).
investissements déjà prévus [3]. Ces inves-
tissements visent notamment à électrifier les Débloquer ces investissements nécessite un
modes de production, développer de nouveaux effort budgétaire accru de l’État pour accom-
procédés de production bas-carbone (comme pagner les industriels.
dans le secteur de l’acier, où les hauts fourneaux
devront laisser place à un mode de production Produire vert dans l’industrie coûte significa-
à base d’hydrogène), renforcer le recyclage et tivement plus cher que produire carboné (e.g.,
l’efficacité énergétique. jusqu'à +20 % pour l’acier, +20-43 % pour les
plastiques, +70-115 % pour le ciment [4]). Par ail-
1 Citepa. (2023). Rapport Secten 2023.
leurs, l’industrie étant un secteur très capitalis-
2 Kerlero de Rosbo G. et al. (2024). Road to Net Zero. Bridging the tique, les investissements à engager sont lourds
Green Investment Gap, Institut Rousseau.
3 Kerlero de Rosbo G. et al. (2022). 2 % pour 2° – Les
investissements publics et privés nécessaires pour atteindre la 4 Material Economics. (2019). Industrial Transformation 2050 –
neutralité carbone de la France en 2050. Institut Rousseau. Pathways to Net-Zero Emissions from EU Heavy Industry.
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 19

et s’amortissent à long terme. L’État a donc un Parmi les exemples de ce type de conditionna-
rôle important à jouer pour limiter ce surcoût lité, on compte l'Advanced Research Projects
“vert” et donner une visibilité à long terme aux Agency Energy américain qui doit financer
industriels quant à la rentabilité de tels investis- des projets de recherche et développement
sements. Cela nécessite notamment de renfor- dans le secteur de l’énergie. Ses financements
cer les aides publiques à l’investissement. Nous dépendent des projets choisis, qui doivent être
avons calculé que l’État français devrait, d’ici à alignés sur des objectifs prédéfinis ;
2050, renforcer de 14 milliards d’euros les sub-
ventions à l’investissement vert industriel (qui ▶ Conditions fixes ou négociées/itératives, en
pourraient entre autres venir abonder le fonds fonction des caractéristiques de l’entreprise.
économie circulaire et le fonds décarbonation Par exemple, la banque allemande de dévelop-
de l’ADEME) et de 6 milliards d’euros ses aides pement KfW fournit des financements à taux
au développement de capacités de production d’intérêt préférentiels dans le cadre d’amé-
de technologies stratégiques. L’État doit égale- lioration de la performance énergétique des
ment renforcer ses instruments de planification bâtiments, avec des conditions de rembourse-
(concertation, cibles de moyen-terme, reprise en ments négociées en fonction de la situation de
main de l’orientation d’au moins une partie du l’emprunteur ;
capital privé, outils législatifs et réglementaires)
pour orienter la production marchande vers l’at- ▶ Conditions portant sur les mécanismes de
teinte de cibles ambitieuses de décarbonation. partage des risques et récompenses entre les
secteurs public et privé, comme l’accord signé
Mais ce soutien public doit impérativement entre AstraZeneca et l’Université d’Oxford dans
s’accompagner de conditions. le cadre du développement des vaccins contre
la Covid 19 : sécuriser la demande de vaccins
En effet, il s’agit ici de s’assurer que les finan- permit de réduire les risques ;
cements consentis ne sont pas considérés
comme de « l’argent public gratuit », mais sont ▶ Conditions s’appuyant sur des critères de
effectivement fléchés vers des investissements performance mesurables et sur le contrôle et
permettant d’aboutir à des résultats concrets et l’évaluation (monitoring and evaluation) des
conformes aux objectifs climatiques de l’État. résultats, comme le “CHIPS and Science Act”
Le principe de conditionnalité, selon lequel « un américain, dont l’un des critères concerne
soutien public est accordé en échange de cer- l’augmentation des capacités de production de
taines actions de la part de ses bénéficiaires » semi-conducteurs dans des pays ciblés [2].
devrait donc être appliqué [1]. Il existe plusieurs
types de conditionnalités en matière de poli-
tiques industrielles, qu’il serait nécessaire de De tels mécanismes ont déjà été mis en place
mettre en œuvre. Leurs formes peuvent varier en France dans le cadre de politiques de
afin de cumuler certaines exigences : protection de l’environnement. Par exemple,
en 2014, l’obtention de l’éco-prêt à taux zéro
▶ Conditions visant le comportement d’une (Eco-PTZ) et du Crédit d’Impôt Développement
entreprise, que ce soit en matière d’accessibilité Durable (CIDD) a été conditionnée au recours à
financière (affordable access) des produits ou un professionnel qualifié « Reconnu Garant de
services, de fléchage des activités financées
vers des objectifs socialement désirables, de
partage des profits ou de réinvestissements.
2 Définitions et exemples tirés de lMazzucato, M. and Rodrik, D.
(2023), op, cit. et du commentaire de cet article par Pamilih J.
1 Traduit depuis Mazzucato, M. and Rodrik, D. (2023). Industrial (2023), “Conditionalities in industrial policy”, Reimagining the
Policy with Conditionalities: A Taxonomy and Sample Cases. UCL Economy, Malcom Wierner Center for Social Policy, 20 novembre,
Institute for Innovation and Public Purpose, Working Paper Series disponible sur https://www.hks.harvard.edu/centers/wiener/
(IIPP WP 2023-07), disponible sur : programs/economy/our-work/reimagining-economy-blog/
https://www.ucl.ac.uk/bartlett/public-purpose/wp2023-07 conditionalities-industrial-policy
20 Chapitre 1
Décarbonation : où en sont les 50 sites ?

l’Environnement » (RGE) [1]. Autre exemple, le [+] Focus


bonus écologique fourni dans le cadre de l’achat
d’un véhicule électrique est conditionné à « un Bilan des aides publiques
niveau minimum de performance environne- à l'industrie
mentale lié à la production du véhicule » [2].

Les mécanismes de conditionnalité dans l’in- Les principaux dispositifs d’aide


dustrie peuvent par exemple être mis en œuvre publique dont bénéficie l’industrie en
en utilisant un audit énergétique ou un bilan de France sont les suivants :
gaz à effet de serre préalable suivi d’un nouvel
audit ex post permettant d’évaluer l’efficacité
des mesures soutenues par de l’argent public.
▶ Le crédit d’impôt recherche (CIR) ;
Ce soutien soumis à l’éco-conditionnalité doit
aussi fournir une incitation à la (re)localisation ▶ Le fonds chaleur (520 millions en
en Europe d’activités ayant été déplacées dans 2022) ;
des pays, où les critères ESG (environnemen-
taux, sociaux et de gouvernance utilisés pour ▶ Les certificats d’économie d’énergie
mesurer la durabilité et l’impact éthique et (CEE) ;
humain des activités d’une entreprise), restent
faibles ou peu mis en œuvre. Parmi ces pays, ▶ Le plan France Relance (2020-
citons par exemple la Chine qui a recours à de la 2022) : 1,8 milliards débloqués pour
main d’œuvre forcée [3]. À l’inverse, les sociétés l’hydrogène, 1,2 milliards pour la décarbo-
ne respectant pas les critères ESG doivent être nation de l’industrie ;
sanctionnées.
▶ Le plan France 2030 (2021-2030) :
5,6 milliards d’euros déjà fléchés vers
l’industrie, pourrait atteindre 10 milliards
d’euros en 2030.

À ces dispositifs s’ajoutent les mé-


canismes de financement européens
suivants :
© Leon Seibert / Unsplash

▶ Le fonds innovation ;

▶ Le fonds européen de développe-


1 Agence nationale pour l'information sur le logement. (2021) ment régional FEDER (2014 à 2020) ;
RGE : éco-conditionnalité des aides publiques à la rénovation
énergétique.
2 Ministère de la Transition écologique et de la cohésion des
▶ Le fonds de transition juste (FTJ) :
territoires. (2023). Publication du décret relatif à la conditionnalité Auvergne Rhône-Alpes, Grand-Est,
environnementale de l’éligibilité au bonus écologique et de l’arrêté Hauts-de-France, Normandie, Pays de la
relatif à la méthodologie de calcul du score environnemental.
Loire, Sud-PACA.
3 “China responsible for ‘serious human rights violations’ in Xinjiang
province: UN human rights report”, Un News, 31 août 2022,
disponible sur https://news.un.org/en/story/2022/08/1125932
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 21

06. Une transition industrielle


aux allures de pari technologique

Les contrats de transition écologiques, malgré sur ce sujet et plus récemment un appel à mani-
leurs incomplétudes, témoignent de straté- festation d’intérêts pour identifier les acteurs de
gies de décarbonation principalement axées la chaîne de captage-transport-stockage pour
sur l’amélioration de l’efficacité énergétique en accélérer le développement en France. Une
des procédés industriels, le remplacement de étude des capacités de stockage géologique du
combustibles fossiles par de la biomasse ou carbone en France est également en cours, et
l’électrification des procédés et l’implémen- viendra compléter la stratégie nationale CCUS
tation de technologies de ruptures plus ou (captage, stockage, utilisation du CO2) dont la
moins matures. La transformation des activités publication est prévue cette année.
nécessaire au passage à une économie linéaire
à circulaire et à la sobriété énergétique et ma-
térielle, des leviers pourtant incontournables
pour atteindre les objectifs climatiques, sont LE CAPTAGE DE CARBONE,
très peu cités dans les stratégies des industriels UN MIRAGE TECHNOLOGIQUE ?
(seulement dans 3 des 32 contrats de transition
écologiques publiés). À contrario, les industriels
sont nombreux à avoir exprimé leur volonté de Le captage consiste à capter le dioxyde de
capter une partie de leurs émissions puisque carbone en sortie d’un processus industriel for-
l’on comptabilise 13 contrats de transition tement émetteur, avant que celui-ci ne soit émis
écologique qui mentionnent cette solution de dans l’atmosphère. Le carbone récupéré est en-
décarbonation. Le gouvernement, à l’écoute des suite comprimé et transporté par gazoduc, ca-
industriels, a lancé à l’été 2023 une consultation mions ou bateaux jusqu’à d’anciens gisements

CHAÎNE DE VALEUR DU CCUS :


CAPTAGE, STOCKAGE, UTILISATION DU CO2

     


  
22 Chapitre 1
Décarbonation : où en sont les 50 sites ?

de pétrole et de gaz ou des formations salines a analysé en 2022 [3] les performances de 13
océaniques, dans lesquels il sera injecté. Une installations de captage de carbone dans le
alternative consiste à utiliser le carbone pour monde (55 % de la capacité mondiale). Il en res-
d’autres applications (injection dans des bétons sort le constat que seuls 3 sites fonctionnent à
recyclés, synthèse de carburants alternatifs). un niveau de performance proche de l’attendu.
La mise à jour des études prospectives menées
Les technologies de capture, transport et par l’Agence Internationale de l'Énergie (AIE)
stockage ou utilisation du carbone font par- publiée en 2023 [4] montre une baisse de 27 %
tie du panel des solutions nécessaires pour de la contribution du captage de carbone aux
atteindre l’objectif de neutralité carbone en efforts de réductions des émissions de gaz à
2050 selon le GIEC (Groupe d'experts inter- effet de serre par rapport à la version de 2021.
gouvernemental sur l'évolution du climat) et En outre, l’agence affirme dans son rapport de
l’AIE (Agence internationale de l’énergie). Elles 2023 que "L'histoire du CCUS a été largement
présentent néanmoins de nombreuses limites marquée par des attentes non satisfaites”.
qui imposent de considérer ces technologies
en dernier recours, une fois toutes les solu-
tions de décarbonation mobilisées. Coûts élevés

Le coût opérationnel du captage, transport et


Manque de maturité à grande échelle stockage de carbone est estimé en France entre
60 et 150 [5] euros la tonne de CO2 capturée
En France, un seul site de captage de carbone auquel il convient d’ajouter un investissement
est opérationnel, il s’agit du projet Cryocap en initial de 100 à 400 [6] millions d’euros pour le
Normandie dont le potentiel de captage est dispositif de captage. De surcroît, une étude de
cependant limité à 0,1 millions de tonnes de l’université d’Oxford [7] a évalué que le coût de
CO2/an. D’autres projets sont en cours de dé- mise en œuvre du captage, transport et stoc-
veloppement en France mais les technologies kage de carbone n’a pas diminué en 40 ans.
de captage pour des applications industrielles
doivent encore passer à la phase de déploie- Enfin, le GIEC montre dans la figure SPM.7 du
ment à grande échelle [1]. À cet égard, le Haut 6ème rapport du 3eme groupe de travail datant
Conseil pour le Climat [2] souligne l’absence de 2022 [8] qu’à l’horizon 2030, le potentiel de
d’infrastructure de test de ces nouvelles tech- réduction des émissions et le coût associé
nologies en conditions réelles. Il n’existe ac- aux technologies de captage du carbone pour
tuellement qu’une plateforme de test, située en stockage ou utilisation (respectivement CCS et
Norvège. Dans ces conditions, le Haut Conseil CCU) est très faible, et son coût très élevé, en
qualifie l’objectif gouvernemental de capter 4 comparaison avec les autres leviers de décar-
à 8 millions de tonnes de CO2 par an dès 2030 bonation de l’industrie.
de trop ambitieux au regard de la maturité des
projets de captage et de stockage en cours en
France.
3 IEEFA. (2022). The carbon capture crux: Lessons learned.
Toujours au sujet du captage, l’Institute for En- 4 International Energy Agency. (2023). Net Zero Roadmap. A Global
ergy Economics and Financial Analysis (IEEFA) Pathway to Keep the 1.5 °C Goal in Reach.
5 Haut Conseil pour le Climat. (2023). Avis sur la stratégie de capture
du carbone, son utilisation et son stockage (CCUS).
6 Gouvernement. (2023). Dossier de presse Consultation. Stratégie
1 B.Dziejarski, R.Krzyzynska, K.Andersson. (2023). Current status of CCUS. Capture, stockage et utilisation du carbone.
carbon capture, utilization, and storage technologies in the global 7 Oxford Smith School of Enterprise and the Environment. (2023).
economy: A survey of technical assessment. Assessing the relative costs of high-CCS and low-CCS pathways to
2 Haut Conseil pour le Climat. (2023). Avis sur la stratégie de capture 1.5 degrees.
du carbone, son utilisation et son stockage (CCUS). 8 GIEC. (2022). figure SPM.7, 6 e rapport du 3e groupe de travail.
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 23

VUE D'ENSEMBLE DES POTENTIELS DES SOLUTIONS


DE RÉDUCTION DES ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE
DE L'INDUSTRIE ET DE LEURS COÛTS
Contribution potentielle à la réduction des émissions mondiales nettes pour 2030 en GtCO2eq/an
Crédit : SPM.7 IPCC Sixth Assessment ReportWorking Group III: Mitigation of Climate Change

   





 
  
 
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Les coûts élevés d’investissement et de fonc- atteindre zéro émission nette dans l’industrie,
tionnement du captage de carbone font par une fois toutes les solutions de décarbonation
ailleurs craindre un verrouillage carbone des mobilisées.
procédés industriels fonctionnant aux éner-
gies fossiles. Les industries ayant investi dans Enfin, les coûts d’investissement dans le
des modules de captage de carbone seraient captage de carbone étant significatifs, les
susceptibles de vouloir les utiliser jusqu’à les industriels requièrent déjà l’aide financière
avoir rentabilisées, même si des technologies de l’État [2], au risque de retarder les inves-
de décarbonation basées sur des énergies re- tissements nécessaires pour développer
nouvelables plus efficaces ont été développées des technologies plus durables ainsi que les
entre temps. Par crainte de voir les modules de changements structurels nécessaires tels que
captage devenir des actifs échoués, un indus- le passage d’une économie linéaire à une éco-
triel en poursuivra l’opération, prolongeant ainsi nomie circulaire.
sa dépendance aux énergies fossiles [1]. Pour
ces raisons, le captage de carbone ne doit pas
être considéré comme une solution de transi-
tion mais une solution de dernier recours, pour

2 France Ciment. (2023). Contribuer au financement de la


1 T.Cantat, B. Charmaison, S.Sarrade. (2024). Tribune parue dans décarbonation de l’industrie cimentière est un investissement très
Les Echos. Décarbonation : séquestrer le CO2, la solution miracle ? rentable pour l’Éta !
24 Chapitre 1
Décarbonation : où en sont les 50 sites ?

Pénalité énergétique Limites inhérentes au stockage de carbone

D’après le Haut Conseil pour le Climat, l’éner- Le recours au captage de carbone est limité
gie requise pour capter, purifier et comprimer par le potentiel de stockage pour les émissions
le carbone pour le transporter est comprise industrielles françaises. Bien que des capaci-
entre 0,3 et 10 [1] GJ/tCO2 captée. Cette pénalité tés de stockage géologiques marines soient
énergétique peut venir amoindrir le potentiel de en cours de développement en mer du Nord,
réduction des émissions de cette technologie celles-ci sont convoitées par de nombreux pays
si l’énergie n’est pas d’origine renouvelable. En européens. Ainsi, le recours à cette technologie
France, en considérant l’objectif de captage pré- de décarbonation en France reste conditionné
vu dans la stratégie nationale CCUS pour 2050, à la disponibilité de sites de stockage sur le
cela représente entre 20 et 40 TWh/an d’élec- territoire, à proximité des sites les plus émet-
tricité renouvelable supplémentaire nécessaire teurs. Cette capacité de stockage est en cours
soit une à deux fois la production d’électricité d’évaluation par le Bureau de Recherches Géo-
d’origine solaire en 2023 [2]. logiques et Minières (BRGM).

Par ailleurs, il existe un risque de fuite de CO2 du-


Besoins en intrants chimique et en eau rant les phases de transport et de stockage du
CO2. À ce titre, l’IEEFA a publié en 2023 le bilan
Toujours d’après le Haut Conseil pour le Climat, des projets pionniers de captage et stockage du
les technologies de captage du carbone néces- carbone sur les sites de Sleipner et Snøhvit [3]
sitent des solvants qui génèrent des déchets en Norvège. Il en ressort que ces projets ne
toxiques en grande quantité étant donné qu'il sont pas exempts de risques matériels (fuites,
faut 1,85 kg de solvant pour capter une tonne dégagements soudains de CO2, sismicité in-
de CO2. duite) qui pourraient annuler les bénéfices de
cette technologie de réduction des émissions.
Enfin, ces technologies nécessitent également Il est par conséquent indispensable que les
un grand volume d’eau pour refroidir les gaz pouvoirs publics mettent en place un cadre
captés et traiter les solvants utilisés en fonction réglementaire strict, notamment en ce qui
du processus industriel équipé. Ce volume varie concerne la surveillance des sites de stockage
entre 1,71 et 4 m3 d’eau par tonne de CO2 captée. afin de réduire tout risque de fuite.
Cette caractéristique de la technologie de cap-
tage doit être prise en compte dans un potentiel Plus globalement, le stockage à long terme du
avenir marqué par des événements climatiques carbone implique d’importantes questions de
tels que des sécheresses plus fréquentes et transfert de responsabilité de la gestion clima-
intenses. tique actuelle en déléguant aux générations
futures la tâche de maintenir et de garantir
l'intégrité des sites de stockage de CO2 sur le
long terme.

1 Haut Conseil pour le Climat. (2023). Avis sur la stratégie de capture


du carbone, son utilisation et son stockage (CCUS).
2 RTE. (2024). Bilan électrique France 2023 – Un nouvel équilibre 3 IEEFA. (2023). Norway’s Sleipner and Snøhvit CCS: Industry
pour le système électrique. models or cautionary tales?
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 25

Le dernier recours doit encore faire ses preuves, fait également


courir le risque de réduire les efforts pour ac-
Compte-tenu de ces limitations économiques, célérer le déploiement des technologies déjà
énergétiques, technologiques, et environne- disponibles qui peuvent réellement contribuer
mentales, le Réseau Action Climat soutient à la diminution des émissions industrielles.
que le captage de carbone doit être évité au Ainsi, cette technologie ne doit pas être mise
maximum, et sinon utilisé qu’en dernier re- au même niveau que les autres solutions de
cours, pour réduire les émissions résiduelles réduction des émissions, d’autant plus dans un
qui ne peuvent être supprimées ou évitées, objectif de réduction de l’usage des énergies
une fois les autres solutions de décarbonation fossiles. Le CCUS représente un moyen très
déployées. incertain et marginal d'atteindre nos objectifs
climatiques et non une fin.
Pour ces raisons, le captage de carbone ne doit
pas être implémenté dans le secteur de l’éner- Le Réseau Action Climat alerte sur le fait que
gie, qui dispose de technologies alternatives le CCUS ne doit pas être une technologie per-
telles que les énergies renouvelables. mettant de maintenir le “business as usual” et
de poursuivre la combustion d’énergies fossiles.
Contrairement au domaine de l’énergie, cer- Elle doit intervenir uniquement pour les émis-
taines industries sont confrontées à des émis- sions résiduelles incompressibles. Il s’agit bien
sions incompressibles (ciment et chaux). La d’une technologie indispensable pour atteindre
capture de carbone peut alors s’avérer être une la neutralité carbone mais dont l’usage doit être
solution complémentaire aux autres leviers de étudié et arbitré au cas par cas, en fonction des
décarbonation (électrification, sobriété matière spécificités de chaque filière industrielle, en
et des usages, efficacité énergétique, rempla- s’assurant de ne pas occasionner de verrouil-
cement des énergies fossiles) pour atteindre lage technologique pouvant compromettre l’at-
les objectifs de neutralité carbone pour 2050. teinte des objectifs de réduction des émissions
D’autres secteurs, tels que l’acier, le papier ou à plus long terme.
encore l’aluminium [1] ne présentent pas de
risques d’émissions résiduelles nécessitant un
recours au CCUS.
LES SOLUTIONS
Néanmoins, face à cette solution de dernier re- PRIORITAIRES : SOBRIÉTÉ ET
cours, il est primordial que les autres solutions ÉCONOMIE CIRCULAIRE
de décarbonation, plus efficaces et moins
coûteuses, soient en priorité soutenues par
l’État. Dans le cas où l’accès à un soutien finan- Il est important de souligner que quelles que
cier public et aux infrastructures de transport et soient les perspectives offertes par les tech-
de stockage serait conditionné à la notion de nologies de rupture telles que des procédés
“dernier recours” pour un industriel, la charge innovants à base d’hydrogène vert ou encore
de la preuve devra être attribuée à une autorité le captage de carbone, deux leviers majeurs
experte – sur une base de critères économiques doivent être privilégiés pour pouvoir atteindre
et scientifiques – et non à l’industriel lui-même. les objectifs climatiques : la transformation
de l’économie linéaire actuelle vers un mo-
En outre, se concentrer sur la technologie de dèle d’économie circulaire et la sobriété. Ces
captage, stockage et utilisation du carbone, qui deux leviers de décarbonation ne concernent
pas que les acteurs industriels mais tous les
acteurs de la chaîne de valeur, les pouvoirs
1 Pour plus de détails voir l’étude Carbon Capture and Storage publics et enfin les consommateurs.
Ladder – Assessing the climate value of CCS applications in Europe
menée par E3G en 2023.
26 Chapitre 1
Décarbonation : où en sont les 50 sites ?

À cet égard, l’Académie des Technologies Dans le cas de l’industrie, l’impulsion de la cir-
soulignait dans un rapport [1] paru en 2022 cularité doit principalement venir des industries
que les innovations technologiques existantes de fin de chaîne de valeur (secteur du bâtiment,
ne pourront être déployées à une vitesse suffi- production de moyens de transport, packaging,
sante pour atteindre l’objectif fixé lors de l’Ac- productions de biens de consommation etc.) qui
cord de Paris si les volumes de consommation pourront agir sur les leviers de circularité sui-
ne changent pas. Elle en conclut que la sobriété vants d’après le forum économique mondial [4] :
est incontournable. Cette position est partagée
par l’agence de la transition écologique, l’ADE- ▶ Augmenter la durée de vie des produits et
ME, qui intègre des hypothèses de sobriété de leurs réparabilité ;
consommation dans trois des quatre scénarios
explorés dans l’étude [2] “Transition(s) 2050”. ▶ Augmenter la part de matériaux recyclés
dans leurs produits ;
La sobriété n’implique pas uniquement les
consommateurs. En effet, les entreprises ▶ Réduire la quantité de matière nécessaire
doivent également interroger leurs besoins, via par produit.
une démarche d’éco-conception, pour réduire
l’empreinte énergétique et matérielle de leurs
productions. Cette notion est d’autant plus in- Une telle transformation nécessite la coopéra-
contournable au regard des impacts environne- tion entre les différents acteurs industriels d’une
mentaux liés à l’extraction des ressources ainsi chaîne de valeur. La collaboration industrielle
qu’à leur épuisement. L’ADEME insiste sur le be- est donc un pilier de l’économie circulaire. L'État
soin de sortir d’une économie de production en et les collectivités ont également un rôle majeur
volume pour orienter la société vers une écono- à jouer dans la structuration de filières de recy-
mie de la fonctionnalité et de la coopération [3]. clage optimisées et d’écosystèmes industriels.
C’est par exemple le cas du secteur du ciment,
Cette réflexion s’intègre dans le concept d’éco- pour lequel il est nécessaire de systématiser la
nomie circulaire à développer en France en mo- déconstruction et d’orienter les gravats de bé-
bilisant tous les acteurs : citoyens, collectivités et ton ou d’argile pour la production de ciment et
acteurs économiques. Le passage à l’économie de béton recyclés. Dans le cas de l’acier, il est
circulaire va ainsi requérir une profonde trans- impératif de conserver les ferrailles de bonne
formation de la consommation, l’innovation, la qualité en France, pour pouvoir développer la
production et de la fin de vie des produits. production d’acier recyclé. Pour cela, l’ADEME
recommande dans son Plan de Transition Sec-
toriel dédié à l’acier [5] d’instaurer des barrières à
l'exportation des ferrailles de bonne qualité.
© Pavel Neznanov / Unsplash

1 Académie des technologies. (2022). Matières à penser sur


la sobriété. Synthèse du Séminaire 2022 de l’Académie des
technologies.
2 ADEME. (2022). Sobriété : un incontournable de la transition 4 World Economic Forum. Circular Economy for Net-Zero Industry
écologique. Transition.
3 ADEME. (2024). La sobriété matière, une affaire de survie 5 ADEME. (2024). Plan de Transition Sectoriel de l'industrie de l'acier
industrielle. en France. Rapport de synthèse.
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 27

UN NÉCESSAIRE RÔLE tue une avancée dans la planification écolo-


DE LA SOCIÉTÉ CIVILE gique, il convient de rappeler que l'élaboration
DANS LA STRATÉGIE des feuilles de route de ces 50 sites est le fruit
INDUSTRIELLE FRANÇAISE d’une collaboration entre le gouvernement,
l’administration et les entreprises. La société
civile, notamment les syndicats de travailleurs,
La place des technologies telles que le cap- n’a pas été intégrée au processus. Sur ce point,
tage et stockage de carbone dans la stratégie les chercheurs Anaïs Voy-Gillis et Samuel Kle-
industrielle du pays souligne le besoin d’inté- baner [1] identifient un risque d’inertie inhérent
grer la société civile aux choix technologiques au fait d’intégrer uniquement les acteurs privés
structurants pour le futur de l’industrie fran- à l’élaboration de la politique industrielle. La
çaise et de garantir les conditions d’un débat seule participation des industriels à cet exer-
public serein et constructif. cice politique tend à favoriser des stratégies
visant un profit financier à court-terme au
En effet, le stockage du carbone en France est détriment d‘objectifs techniques, sociaux et
un sujet qui concerne de nombreux citoyens environnementaux.
français, dans la mesure où plusieurs régions
sont étudiées pour pouvoir y stocker du carbone La société civile doit réinvestir la sphère de l’in-
dans leur sous-sol : Bassin parisien, Bassin dustrie pour déterminer les technologies néces-
aquitain, piémont pyrénéen. saires pour produire des biens et services com-
patibles avec les limites planétaires et l’atteinte
À cet égard, il convient de souligner qu’il ne de l’objectif de l’accord de Paris, plutôt que de
peut y avoir de développement du CCS sans laisser les mécanismes de marché décider de
la garantie d’un stockage permanent et sûr. la feuille de route technologique de l’industrie
Pour cela, il est essentiel d’estimer le risque de française. C’est également la position de l’Aca-
fuite de CO2 de chaque projet d’infrastructure démie des Technologies qui souligne [2] que “les
de transport et de stockage. L’adoption de cri- experts doivent éclairer les choix possibles [...]
tères sociaux et environnementaux stricts et sans préjuger des priorités respectives [...] pour
transparents est également incontournable, de favoriser un discernement technologique col-
même qu'une surveillance continue et indé- lectif reposant sur une analyse des bénéfices,
pendante des industries gérantes des sites de coûts, risques pour la collectivité et la planète
stockage, fondée sur des données scientifiques. de chaque technologie”.
Enfin, les populations voisines devront être
impliquées et informées à chaque stade de Pour ce faire, il est nécessaire de rétablir la
ces projets et ce, dans le respect du code de démocratie industrielle en France, notamment
l’environnement. en révisant le rôle de chaque partie prenante
(entreprises, administrations, organes d’ex-
À cet égard, le projet de décret assouplissant pertise, syndicats, ONG, riverains, Conseil na-
les règles d’évaluation environnementale pour tional de l’industrie, comités stratégiques de
certains projets de stockage de CO2 envoie un filières) dans l’élaboration, la mise en œuvre
signal jugé inquiétant par les associations du
Réseau Action Climat qui estiment nécessaire
1 S.Klebaner, A.Voy-Gillis. (2022). The political economy of French
l’organisation d’un débat public sous l’égide industrial policymaking : “If firms are understood as political actors
de la Commission Nationale du Débat Public on account of their structural, instrumental and discursive power
dans le cadre de la publication de la stratégie (Fuchs 2007), this confers on them the capacity to (1) put issues on
the political agenda, (2) develop answers and (3) implement them.
nationale CCUS prévue cet été.
This can then lead to inertia and “business-as-usual” strategies, as
incumbents may see no reason to turn the market around.”
Par ailleurs, bien que l’exercice de planification 2 Académie des technologies. (2022). Matières à penser sur
des 50 sites mené par le gouvernement consti- la sobriété. Synthèse du Séminaire 2022 de l’Académie des
technologies.
28 Chapitre 1
Décarbonation : où en sont les 50 sites ?

et le contrôle des politiques publiques indus- logique souhaitée par le gouvernement. Elles
trielles et en conditionnant la distribution des permettent d’orienter les comportements des
fonds publics à des garanties environnemen- entreprises en favorisant ceux qui sont béné-
tales et sociales. fiques et pénalisant ceux qui portent atteinte à
l’environnement et donc à l’intérêt général.
Enfin, la démocratie repose également sur l’in-
formation des citoyens au sujet des nouveaux Par ailleurs, les chantiers de simplification
projets de sites industriels et de leurs impacts semblent reposer sur un deuxième postulat
sur l’environnement. Piliers du code de l’en- selon lequel les normes, notamment environ-
vironnement, les principes d’information, de nementales, sont à l’origine de retard et d’un
participation des citoyens et de justice envi- manque de compétitivité pour les entreprises
ronnementale sont cependant en danger en françaises. Ce postulat est invalidé notamment
France. par un rapport du Commissariat Général au
Développement Durable de 2021 [1] qui souligne
que la durée des procédures n’est pas la cause
déterminante des délais de mise en œuvre des
RÉINDUSTRIALISATION : projets, qui sont davantage dus aux difficultés
QUAND LA “SIMPLIFICATION” rencontrées pour réunir les financements en
MASQUE LA RÉGRESSION temps voulu mais aussi à la nécessaire matura-
tion des projets.

Le rapport Kasbarian et ses cinq chantiers pour Bien que pour chaque projet de simplification, il
simplifier et accélérer les installations indus- nous ait été affirmé que le niveau de protection
trielles en 2019, la loi ASAP d'accélération et de de l’environnement resterait égal, nous avons
simplification de l'action publique en 2020, la constaté de nombreuses régressions. Le projet
loi Industrie verte de 2023 et très récemment, de loi autour de la simplification de la vie éco-
l’avant-projet de loi simplification : ces chan- nomique, annoncé en avril 2024 ne fait pas ex-
tiers se suivent et préconisent ou instaurent ception : il confond simplification administrative
des mesures visant à atteindre compétitivité, et régression environnementale.
attractivité et rapidité au bénéfice des indus-
triels, mais souvent au détriment de l’environ- Dans son plan d’action, le gouvernement
nement et de la démocratie participative. promet un certain nombre de mesures pour
faciliter la réindustrialisation et les projets d’in-
En effet, ces chantiers reposent généralement frastructures. Certaines sont très dangereuses
sur le postulat que les normes sont une source pour l’environnement mais aussi la démocratie
de contraintes non justifiées et les pouvoirs environnementale.
publics tentent de les réduire pour accélérer
l’implantation des industriels. Dans ce contexte,
il semble nécessaire de rappeler que les règles
de droit sont édictées afin de protéger l’intérêt
général, notamment la santé des citoyens ou
leur environnement. Elles sont nécessaires.
Dans un environnement dégradé, avoir des
exigences fortes est une nécessité, notamment
en matière de santé environnementale et de
protection du bien commun.

Les normes environnementales sont également


1 Vie-Publique. (2021). Modernisation de la participation du public et
un outil indispensable de la planification éco- des procédures environnementales relatives à l'autorisation.
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 29

[+] Focus

Deux mesures problématiques

Le gouvernement annonce que “les Le gouvernement a annoncé vouloir


projets industriels ne figureront plus réduire le délai de recours des tiers
dans le champ d’intervention de la contre les autorisations environne-
Commission Nationale du Débat Pu- mentales, qui sera ramené de 4 à 2
blic [1] (CNDP). mois.

Le débat public est une procédure orga- Cette mesure rendra plus difficile pour
nisée par la CNDP pour les projets les les citoyens de saisir la justice si un projet
plus importants et certains plans et pro- illégal souhaite s'installer près de chez
grammes de niveau national (définit dans eux et accroît le risque d’implantation
le code de l’environnement). Le porteur de projets industriels dangereux pour
du projet fournit un dossier et la CNDP la biodiversité et la santé. L’accès à la
constitue une commission particulière justice est pourtant un droit protégé par
pour chaque débat, qui sera public. la Convention d’Aarhus et est la voie
normale de règlement des conflits.
Ces débats publics sont importants
car ils permettent aux personnes qui En outre, cette mesure sous-entend que
vont être impactées au quotidien par les recours en justice contre les projets
un projet de s’exprimer dessus et de industriels sont abusifs. Pourtant, dans
l'améliorer. La CNDP joue ainsi un rôle les faits, les associations ne saisissent le
essentiel dans la démocratie et la par- juge qu’en dernier recours, et obtiennent
ticipation du public, en conformité avec de nombreuses victoires, démontrant
les engagements pris par la France avec que ces recours sont loin d’être abusifs.
la signature de la convention d’Aarhus, Il s’agit simplement de faire appliquer le
ainsi qu’avec l’article 7 de la Charte de droit à tous, de manière égale.
l’environnement.

Cette mesure, qui serait prise par


décret, supprimerait la totalité des
concertations ou débats sur des projets
industriels d’envergure nationale ou
européenne d’intérêt général majeur.

Elle constitue un recul des droits dont


jouissent les citoyennes et les citoyens
en matière d’environnement et une
atteinte au principe de non-régression
du droit de l’environnement, comme l’a
déclaré la CNDP [2].

1 https://www.debatpublic.fr/nous-saisir-735
2 CNDP. (2024). Déclaration de la CNDP suite à la séance plénière
du 2 mai 2024.
50 S ITES : LES
C H AM P ION S DE
L A POLLUTION
INDUSTRIELLE

L
'impact environnemental des 50 sites ne se
limite pas au climat, certains d’entre eux sont
coutumiers du non-respect de la réglementation
et des pollutions industrielles, au détriment de
l’environnement et la santé humaine. Il est donc
indispensable d’intégrer cette dimension lorsque l’on
aborde la notion de transition écologique de l’industrie.
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Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 31

01. La pollution industrielle en France

LA RÉGLEMENTATION concentrent de nombreux sites comme l’étang


ENVIRONNEMENTALE, de Berre, la Vallée de la chimie et la plateforme
LA GRANDE OUBLIÉE DE LA de Roussillon, les zones industrialo-portuaires
TRANSITION ÉCOLOGIQUE et le bassin de Lacq-Mourenx.

Les associations du Réseau Action Climat


Les politiques européennes et françaises adop- reconnaissent que la réindustrialisation est
tées ces dernières années dessinent une nou- nécessaire pour produire les technologies utiles
velle trajectoire en faisant le choix d’une politique à la transition écologique tout en renforçant la
industrielle dont le but annoncé est de renforcer souveraineté économique de notre pays. En
la souveraineté économique, l'innovation tech- outre, le développement industriel est un enjeu
nologique et la durabilité environnementale. important pour la création d’emploi et pour
assurer la pérennité économique de régions
Via la loi d'accélération et de simplification de entières. Cependant, la mise en œuvre et le
l'action publique (ASAP), le plan d’investisse- respect de la réglementation environnementale
ment « France 2030 », la stratégie française ainsi que le respect des principes de démocratie
énergie climat (SFEC) de France Nation Verte, environnementale doivent être les deux condi-
la loi Industrie Verte, la France s’attache à dé- tions nécessaires pour une réindustrialisation
ployer un ensemble de mesures pour relancer acceptable. La réindustrialisation pourrait être
l’industrie française et investir massivement une opportunité d’orienter notre système pro-
dans les technologies innovantes. ductif vers une production industrielle sensée
et plus respectueuse de l’environnement, éco-
En plus d’investir dans la décarbonation de l’in- logique et décarbonée. Mais pour cela, il est
dustrie existante, des moyens sans précédent indispensable de concilier les intérêts écono-
vont être consacrés à l’accélération de l’implan- miques avec la protection de la biodiversité et
tation d’usines de production de solutions stra- la santé humaine en imposant aux industriels
tégiques pour la transition écologique du pays le respect des normes en vigueur.
(batteries, pompes à chaleur, électrolyseurs etc.)
Face aux conséquences environnementales
Néanmoins, il est nécessaire de rappeler que et sanitaires des agissements des industriels
les activités industrielles ont un impact sur qui ne respectent pas la réglementation envi-
l’environnement et les riverains : pollution de ronnementale, le conditionnement des aides
l’air, des sols, de l’eau, des milieux, artificiali- publiques se révèle une fois de plus être un outil
sation des sols, consommation de ressources, d’incitation forte pour en garantir le respect.
et contribution au réchauffement climatique.
Pour ces raisons, les activités industrielles
sont strictement encadrées par le code de
© Tarek Badr / Unsplash

l’environnement afin d’encadrer au maximum


leurs nuisances.

Certains territoires sont particulièrement meur-


tris par des pollutions industrielles fortes. C’est
le cas des grands bassins industriels où se
32 Chapitre 2
50 sites : les champions de la pollution industrielle

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DES INDUSTRIES PEU À la suite de l’accident de Lubrizol, en 2020, la
CONTRÔLÉES, UNE ministre Elisabeth Borne avait annoncé vouloir
RÉGLEMENTATION doubler le nombre d’inspections sur le terrain
PEU RESPECTÉE pour arriver à 25 000 contrôles en 2022 puis à
27 000 en 2023.

On compte en métropole 500 000 sites indus- Pourtant dans les faits, le nombre d’inspecteurs
triels dont l’activité est classée comme sus- des industries classées baisse : les contrôles
ceptible de créer des risques, des nuisances et ont été réalisés en 2022 par 1 587 inspecteurs,
des atteintes à l’environnement. On les appelle contre 1 607 en 2020 [4].
Installation Classée pour la Protection de l’Envi-
ronnement (ICPE). L’ensemble des 50 sites sont Les contrôles inopinés des rejets des ICPE ont
classés comme ICPE, du fait de leur important diminué de plus de 40 % [5] (de 3 301 en 2010 à
niveau de dangerosité. Ces industries sont sou- 1 657 en 2022). Dans un rapport sur la gestion
mises à une réglementation spécifique afin de des risques liés aux ICPE, la Cour des comptes a
protéger au mieux les milieux. Pourtant, dans ainsi souligné qu’il s’agissait d’une évolution très
les faits, de nombreux industriels ne respectent défavorable au contrôle des risques chroniques.
pas cette réglementation, ce qui a des consé-
quences directes sur la biodiversité et la santé En outre, les contrôles sont, dans la majorité des
humaine. cas, annoncés, permettant aux industriels de se
préparer en amont des contrôles et de camou-
Une situation qui s’explique notamment par fler toute défaillance qui pourrait être relevée
un manque de contrôles de ces installations : (par exemple en arrêtant certaines machines).
en 2022, moins de 23 000 [1] inspections ont Dans l’affaire des eaux contaminées, le journal
été réalisées pour les 500 000 installations le Monde a par exemple révélé “des manœuvres
françaises, contre plus de 30 000 en 2006 [2] de dissimulation de certains embouteilleurs”
soit une réduction de près de 30 %. avant les contrôles comme “cacher des filtres
dans des armoires électriques” [6].
Dans un rapport de 2022 [3], la commission
de l’aménagement du territoire et du dévelop- Pour renforcer les contrôles sur les industriels
pement durable du Sénat pointe une situation les plus problématiques, le gouvernement a
insatisfaisante, et en particulier un manque de mis en place en 2021 un dispositif de “vigilance
contrôles “dans un contexte où l’accidentologie renforcée” [7] de six industriels faisant l’objet de
augmente et la complexité du travail d’inspection non-conformités ou d’incidents réguliers, où
s’accroît, avec une diminution du temps consa- figurent deux des 50 sites les plus polluants.
cré aux contrôles sur place” et recommande un Ceux-ci devaient présenter et mettre en œuvre
minimum de 30 000 contrôles annuels. un plan de mise en conformité. Un premier bilan
de ce dispositif a été réalisé en 2023 : 4 des 6
industriels n’ont pas réalisé leurs objectifs, voire

1 Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des 4 Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des
territoires. (2023). Bilan des installations classées 2022 & priorités territoires. (2023). Bilan des installations classées 2022 & priorités
pour 2023. pour 2023.
2 Actu Environnement.com. (2007). Bilan des installations classées 5 Cour des comptes.(2024). Gestion des risques liés aux installations
2006. classées pour la protection de l’environnement dans le domaine
3 Sénat. (2022). Rapport d’information sénatorial relatif à industriel, Exercices 2010-2022, 1er février 2024.
l’évaluation de la mise en œuvre des recommandations de la 6 Le Monde. (2024). Eaux en bouteille : des pratiques trompeuses à
commission d’enquête sénatoriale chargée d’évaluer l’intervention grande échelle.
des services de l’État dans la gestion des conséquences 7 Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des
environnementales,sanitaires et économiques de l’incendie de territoires. (2023). Sécurité des sites industriels à risques : mise en
l’usine Lubrizol à Rouen – 26 janvier 2022. place de la vigilance renforcée.
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 33

ont fait l’objet de manquements graves. euros pour 36 infractions environnementales


liées à un dépassement des rejets de polluants.
Dans un contexte de réindustrialisation et de Ce montant représente moins de 0,05 % du
multiplication des projets industriels sur le chiffre d'affaires du groupe qui s’élevait à près
territoire, il est indispensable de renforcer les de 64 millions d’euros en 2022.
contrôles pour atteindre un minimum de 30 000
contrôles annuels, comme recommandé par le Face à ce constat, il semble nécessaire de
Sénat. renforcer le montant des sanctions versées par
les industriels afin qu’elles soient réellement
dissuasives. Par exemple, en instaurant des
amendes qui soient équivalentes à un pourcen-
DES SANCTIONS PEU tage de leur chiffre d'affaires.
DISSUASIVES

Lorsque les inspections sont réalisées et que les


défaillances sont constatées, les sanctions sont
toutefois rares et peu dissuasives.

En 2022, 3 053 arrêtés de mise en demeure


ont été pris à l’encontre d’industriels et seule-
ment 605, soit moins de 20 % des arrêtés, ont
débouché sur des sanctions administratives.
Trop souvent, les recommandations et prescrip-
tions formulées par l’État ne sont pas suivies
d’effet. Le poids de certains acteurs industriels
dans le paysage économique français et leur
rôle dans le développement des territoires
entraîne une certaine tolérance des autorités © Saul Bucio / Unsplash
administratives face aux dérives. Les sanctions
administratives et pénales sont aujourd’hui inef-
ficaces : leurs plafonds ne sont ni proportionnels
aux capacités financières des établissements, ni
à l’enrichissement né d’une non-conformité, et
ne sont pas majorés en cas de récidive [1]. DES POLLUTIONS QUI
IMPACTENT LA SANTÉ HUMAINE
Par exemple, en cas de renvoi devant le tribunal,
les sanctions pénales maximales encourues
pour une personne morale sont de 7 500 € pour Les industries peuvent être à l‘origine d‘une
une contravention et 750 000 € pour un délit. grande diversité de pollutions : chimiques
Soit des sommes bien faibles par rapport aux (produits acides ou alcalins, solvants, hydrocar-
capacités financières des plus gros industriels. bures, etc.), métaux lourds, polluants éternels,
poussières toxiques... Les bassins industriels
ArcelorMittal a par exemple été condamné en cumulent ainsi des pollutions de l'environne-
avril 2021 à une amende de seulement 30 000 ment, mais aussi des nuisances sonores, olfac-
tives et visuelles, pouvant également impacter
la santé des populations riveraines.
1 Cour des comptes. (2024). Gestion des risques liés aux installations
classées pour la protection de l’environnement dans le domaine
industriel, Exercices 2010-2022, 1er février 2024.
34 Chapitre 2
50 sites : les champions de la pollution industrielle

Ces dernières années, de plus en plus d'en- plusieurs associations en 2018 : les inspections
quêtes ont tenté de montrer le lien entre les avaient constaté un dépassement de 90 000
pollutions industrielles et le développement de fois et 190 000 fois de la norme d’une substance
maladies : au potentiel cancérigène, le bromopropane. Ce
composant, qui entre dans la fabrication de la
▶ Le scandale des composés per – et polyfluo- Dépakine, peut aussi entraîner une baisse de
roalkylées (PFAS) aussi appelés "polluants éter- la fertilité et la malformation des fœtus [4]. Plus
nels" a révélé les conséquences des pollutions récemment, une enquête du journal Le Monde,
industrielles sur la santé et l’ampleur de ce phé- a révélé que l’usine de l’industriel en Pyrénées
nomène. À Lyon, les usines Arkema et Daikin Atlantiques, a rejeté dans l’atmosphère en
ont récemment été visées par une plainte de la novembre dernier, à un niveau dépassant 75
Métropole pour pollution au PFAS. En effet, une fois les limites autorisées [5], un composant de
analyse [1] a montré que l’eau du robinet de plus médicament classé cancérogène, mutagène et
de 166 000 personnes était contaminée par des reprotoxique possible.
PFAS ; une enquête menée par l’émission ”En-
voyé spécial” avait déjà alerté sur la présence
de PFAS dans le lait maternel. Les PFAS ont des
conséquences très préoccupantes sur la santé Face aux pollutions industrielles, les riverains
humaine : cancers (testicules, reins), perturba- se sentent souvent démunis et manquent de
tion de la fertilité, du développement du fœtus moyens d’actions pour dénoncer les impacts
mais aussi de la thyroïde et la réponse du sys- des pollutions. Certains récents scandales
tème immunitaire aux vaccins [2] ; notamment celui autour des algues vertes ont
montré les difficultés pour les citoyens à faire
▶ La multiplication des cancers pédiatriques entendre leur voix face aux industries toutes
interroge : dans plusieurs communes de France, puissantes et l’omerta qui peut peser. Face à
des familles alertent les autorités de santé. Dans l’inaction des pouvoirs publics, certains rive-
l’Eure, c’est le site industriel de Manoir Indus- rains ont dû lancer leurs propres centres de
tries qui a été mis en cause par l’association de recherches écocitoyens afin de mieux connaître
parents "Cancers, la vérité pour nos enfants", qui les risques liés aux activités humaines, notam-
se bat pour connaître les raisons d'un nombre ment industrielles et logistiques [6].
anormalement élevé de cancers pédiatriques.
Une analyse de Santé Publique France [3], a en Ces pollutions représentent aussi un coût
effet mis en évidence un excès de cas de leu- non-négligeable pour la société : maladies,
cémies diagnostiquées entre 2017 et 2019 chez décès prématurés constituent des frais supplé-
les enfants de moins de 15 ans sur ce territoire. mentaires sur le système de santé français. En
Selon les rapports d’inspections, Manoir Indus- 2021, la pollution industrielle a coûté 15,5 mil-
tries a émis en 2018, 50 fois plus de nickel et 10 liards d’euros de dommages sur la santé et les
fois plus de chrome que les limites autorisées et écosystèmes à la société française [7]. Pour les
10 fois plus de rejet de chrome ; pollutions engendrées pour le seul site d'Arce-
lorMittal à Dunkerque, le coût est estimé à 450
▶ Après des rejets illégaux de matières dange- millions d’euros en 2021 [8].
reuses à des taux colossaux en 2018, Sanofi est
de nouveau pointé du doigt pour ses pollutions 4 France Nature Environnement. (2018). Révélations inquiétantes sur
massives en 2023. Pour rappel, le compor- la pollution de Sanofi à Lacq.
tement de l’industriel avait été dénoncé par 5 Le Monde. (2023). L’usine Sanofi qui produit la Dépakine encore à
l’origine de rejets toxiques hors norme.
6 Reporterre. (2024). Malades de la pollution, ces citoyens créent
leurs centres de recherche.
1 ARS Auvergne-Rhône-Alpes. (2024). PFAS : surveillance dans l’eau 7 Correctiv. (2023). Industrial air pollution costs Europe 265 billion
de consommation. euros in one year.
2 ANSES. (2024). PFAS : des substances chimiques très persistantes. 8 Agence européenne de l'environnement (EEA). (2024). The costs
3 Santé Publique France. (2022). Cancers pédiatriques dans l’Eure : to health and the environment from industrial air pollution in
l'expertise épidémiologique. Europe – 2024 update.
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 35

Il existe à ce jour encore peu de données scien-


tifiques établissant un lien avéré entre pollutions
industrielles et développement de maladies et
les autorités tendent à minimiser les consé-
quences de ces dernières. Pourtant, à l’image
des cas évoqués ci-dessus, des maladies, par-
fois mortelles, se multiplient aux abords des
sites industriels polluants.

Dans le contexte de réindustrialisation, il est


urgent de renforcer les données environne-
mentales disponibles à une échelle locale en
France et veiller à leur exhaustivité, leur mise à
jour et leur centralisation lorsqu’elles existent,
afin de permettre l’estimation de l’exposition
de la population aux rejets industriels. Ces
données environnementales doivent être
complétées par des études scientifiques sur
les conséquences des rejets industriels sur la
santé humaine et la biodiversité. Par exemple,
en instaurant une surveillance nationale épidé-
miologique autour des grands bassins indus-
triels français pour suivre l’impact des activités
industrielles sur la santé des populations ri-
veraines [1]. De plus, le soutien à la réalisation
de diagnostics locaux de santé environnement
(DLSE) à l’échelle des établissements publiques
de coopération intercommunale, en priorité si-
tués sur des bassins industriels [2], permettra de
renforcer la preuve des impacts des pollutions
industrielles sur la santé humaine.

1 Santé Publique France. (2020). Pertinence d'une surveillance


épidémiologique autour des grands bassins industriels. Étape 1 :
recensement des bassins industriels et bilan des études menées.
© Pexels - Pixabay

2 Environ une dizaine de DLSE ont été réalisés ce jour : Lorient


Agglomération a été précurseur en obtenant de l’ARS (Agence
régionale de santé) et de l’ORSB (Observatoire régional de santé
de Bretagne), le premier DLSE de Bretagne en mai 2017.
36 Chapitre 2
50 sites : les champions de la pollution industrielle

©Violette Artaud
02. Des sites champions des émissions
et des infractions

NAPHTACHIMIE, LE TROISIÈME la santé humaine. Ainsi, à la suite de l’accident,


SITE INDUSTRIEL LE PLUS la baignade et les activités nautiques et de
ÉMETTEUR DE CO2: pêche ont été interdites dans une large zone de
LA FUITE EN AVANT la baie.

Plus d’un an après l’accident, une inspection [1]


Située à Martigues dans les bouches du Rhône, menée en août 2023 a constaté que les tra-
l’usine de Naphtachimie peut produire jusqu’à vaux de nettoyage de la zone impactée par la
700 000 tonnes d’éthylène (à la base de nom- pollution n’avaient toujours pas été réalisés par
breux produits du quotidien : médicaments, Naphtachimie, alors même que l’industriel avait
emballage, peinture) par an. été mis en demeure en février 2023 d’effectuer
sous 4 mois la dépollution et l’élimination des
Classé SEVESO seuil haut – classement re- déchets produits et qu’un arrêté préfectoral da-
couvrant les usines les plus à risques pour tant d’avril 2022 avait déjà imposé à la société
l’environnement et la santé – ce site est l’un des de nettoyer les zones impactées.
plus polluants de la région et est à l’origine de
nombreuses dégradations de l’environnement Ce n’est par ailleurs pas la première fois que le
dangereuses pour la biodiversité et la santé site est à l’origine de ce type de pollution. En
humaine. 2018, l’industriel avait déversé 50 tonnes d’huile
de pyrolyse dans la mer, à la suite d’une fuite
En effet, en 2021, les inspecteurs des installa- d’hydrocarbure.
tions classées ont relevé 207 dépassements
récurrents de la température limite des eaux Il n’y a à ce jour toujours pas de condamnations
rejetées dans la baie de l’anse d’Auguette qui mais le pôle santé publique et environnement
proviennent de la station de traitement des du parquet de Marseille a ouvert une enquête
eaux usées de l’usine. Le dépassement de cette préliminaire concernant les épisodes de pollu-
température limite peut provoquer un dévelop- tion d’avril 2022.
pement de bactéries et de maladies dans les
eaux rejetées. France Nature Environnement et France Nature
Environnement Provence-Alpes-Côte-d’Azur
En avril 2022, la rupture d’une canalisation ont déposé plainte contre les agissements de
d’eau de mer dans l’usine a fait déborder les Naphtachimie notamment pour délit de pollu-
eaux stockées sur le site destiné à l’épuration, tion des eaux de mer.
ce qui a entraîné une importante pollution au
pétrole dans l’Anse d’Auguette. Les filets et les
poissons ont été retrouvés souillés par de l’huile
de pyrolyse, issue de l’usine. YARA, 8E SITE DE LE PLUS
ÉMETTEUR DE CO2 : LE
L’huile de pyrolyse très peu soluble et lourde se MULTI RÉCIDIVISTE
disperse dans les fonds marins et affecte les
milieux aquatiques. Ces rejets d’hydrocarbures
constituent également un danger potentiel pour 1 Géorisques – DREAL visite d’inspection 31/08/2023.
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 37

© Samy Archimède
Yara, leader mondial des engrais de synthèse, treprises de la région qui cumule le plus d’infrac-
utilise de grandes quantités de produits dange- tions sur différentes réglementations comme les
reux, voire toxiques : azote, phosphore, ammo- rejets dans l’eau, dans l’air et la prévention des
niac, potassium et acide sulfurique. Cet industriel risques industriels.
est aussi régulièrement épinglé par l’inspection
des installations classées pour ses pratiques Depuis plus de 10 ans, les rapports d’inspection
illégales en Normandie et en Bretagne : rejet constatent que Yara rejette des eaux polluées
d’eau polluée dans les fleuves, dépassements par de l’azote et du phosphore dans la Loire
des limites d’émission de poussières dans l’air, au-delà des limites autorisées. Rien qu’en 2022,
fuites toxiques... Yara a dépassé les valeurs limites de rejet
d’azote dans l’eau pendant 233 jours. Plus
récemment, plusieurs pannes électriques sur le
Site du Havre site ont conduit Yara à déverser ses eaux char-
gées en azote dans la Loire [1].
Entre 2018 et 2022, l’inspection a pu constater
de nombreux dépassements des valeurs limites Ces rejets sont particulièrement dangereux
de rejets d’ammoniac et d’oxyde d’azote. En pour les milieux, l’azote et le phosphore étant à
2021, la concentration moyenne d’ammoniac l’origine de l’apparition d’algues vertes, dont la
dans l’air était quasiment 3 fois supérieure à la décomposition [2] émet des gaz toxiques dan-
valeur limite d’émission autorisée. gereux pour la santé.

Ces dépassements entraînent des consé- Depuis 2010, l’inspection des installations clas-
quences graves : les rejets d’ammoniac, en sées relève que les émissions de poussières
plus de participer à l’acidification des sols, de l’usine sont aussi significativement supé-
constituent un danger pour la santé humaine. rieures aux valeurs autorisées. La société avait
En effet, l’ammoniac est un gaz classé comme même fait en 2018 une demande pour pouvoir
très toxique pour les êtres humains : son inhala- continuer les dépassements de poussières non
tion peut provoquer des maladies respiratoires autorisés, que l’inspection a refusé, et a aussi
comme l’asthme, la dyspnée et il constitue aussi contesté plusieurs fois devant les tribunaux les
un gaz irritant pour la peau. mises en demeure qui lui avaient été adressées.

Yara a été condamné en 2018, pour des rejets Malgré des condamnations et le paiement
d’azote 14 fois supérieurs à la valeur autorisée, d’astreintes, les montants édictés n’ont pas été
à une amende contraventionnelle de seulement suffisamment dissuasifs car Yara n’a à ce jour
1 500 euros dont 500 euros avec sursis et 1 200 toujours pas effectué les travaux de mise en
euros de dommages et intérêts pour FNE Nor- conformité nécessaires pour faire cesser les
mandie. Malgré cette condamnation, cinq nou- dépassements. La société a annoncé fin 2023 la
velles mises en demeure ont été prises contre fin de son activité de fabrication d’engrais. Deux
l’industriel entre 2019 et 2022. procédures en justice distinctes auxquelles FNE
ou ses associations membres sont associées
sont toujours en cours d'instruction à ce jour, les
Site de Montoir-de-Bretagne problèmes d'exploitation précités étant consti-
tutifs de diverses infractions pénales.
Le site de Yara en Bretagne produit 600 000
tonnes d’engrais chaque année pour les agri-
culteurs de l’Ouest. Mais c’est aussi le premier
1 France info. (2024). Eaux industrielles rejetée dans la Loire :
émetteur industriel d’azote, de phosphore et de l'entreprise est "un délinquant environnemental", selon l'association
poussières de la région Pays-de-la-Loire. Pour France Nature environnement.
compléter le palmarès, c’est aussi l’une des en- 2 Anses. (2013). Algues vertes, risques pour les populations
avoisinantes, les promeneurs et les travailleurs.
ARC E LORMITTA L,
C H AMPION TOUTES
CAT ÉGORIES

A
rcelorMittal, leader de l’acier en France,
est aussi l’industriel premier émetteur de
gaz à effet en France. Ses deux sites à
Fos-sur-Mer et Dunkerque représentent 16 % des
émissions de l’industrie française. De plus, Arcelor
Mittal est un industriel qui multiplie les infractions
environnementales : pollution de l’air, des sols, de
l’eau… Les agissements de l’industriel entraînent des
conséquences sur l’environnement et la santé des
salariés et riverains de l’usine. Pourtant, il demeure un
gros bénéficiaire de financements publics et privés.
© Franz Josef Molitor / Unsplash
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 39

01. Une stratégie climat à deux vitesses

En janvier dernier, une aide d’état d’un mon- de l’aciériste en Espagne [3] (malgré l’obtention
tant exceptionnel de 850 millions d’euros des- d’une subvention de l'État espagnol). À cela
tinée à la décarbonation du site ArcelorMittal s’ajoute l’annonce par le directeur de la branche
à Dunkerque a été confirmée par le gouver- Europe du groupe que l’hydrogène vert est trop
nement, après validation de la commission cher en Europe et qu’il pourrait finalement être
européenne l’été dernier. L’action climatique fabriqué à partir de fer préréduit importé [4]. En-
de cet acteur industriel est un enjeu majeur fin, mise à part l’installation d’un nouveau four,
pour la décarbonation de l’économie française ArcelorMittal semble peu enclin à dévoiler une
étant donné qu’en 2023, 2,8 % des émissions stratégie aussi étayée que celle de Dunkerque
nationales de gaz à effet de serre tous secteurs pour son site de Fos-sur-Mer, malgré sa posi-
confondus proviennent des sites ArcelorMittal tion de site industriel le plus émetteur de gaz à
de Fos-sur-Mer, Dunkerque et Florange. Néan- effet de serre de France.
moins la filiale française d’ArcelorMittal a déjà
perçu 392 millions d’euros [1] d’aide publique En conclusion, ArcelorMittal laisse planer le
française et européenne depuis 2013 et déga- doute sur la stratégie de décarbonation de ses
gé plusieurs milliards d’euros [2] de la spécula- sites en Europe, ce qui souligne le besoin de
tion de crédits carbone gratuits. En outre, peu conditionner l’enveloppe de 850 millions à un
d’informations sur les conditions associées au engagement de l’aciériste à réellement opérer
versement de cette aide exceptionnelle ont la transformation du site de Dunkerque pour y
été publiées. établir toute la chaîne de production de l’acier
vert.
Le soutien financier de l’État doit aider l’indus-
triel à financer une nouvelle unité de réduction Pour le Réseau Action Climat, les conditions
directe du minerai de fer à base d’hydrogène associées au déblocage de cette aide doivent
vert (avec une phase de transition au gaz notamment assurer que :
fossile) ainsi que deux fours électriques. Ces
installations permettront de produire de l’acier ▶ Le dispositif de réduction directe du minerai
de haute qualité sans avoir recours au charbon de fer sera bien adapté du gaz fossile vers l’hy-
(actuellement utilisé dans les hauts-fourneaux) drogène vert lorsque celui-ci sera disponible en
et d’augmenter le recyclage de l’acier usagé. quantité suffisante pour le site de Dunkerque ;

La décision de produire de l’acier « vert » en ▶ Les hauts-fourneaux encore opérationnels


France résulte de plusieurs mois d’enchères seront décommissionnés lorsque les équipe-
entre les pays de l’Union européenne héber- ments permettant de produire de l’acier vert
geant des sites de l’aciériste. Malgré l’annonce seront fonctionnels ;
de la sélection du site de Dunkerque pour y
produire le futur acier “vert”, le doute subsiste ▶ Il n’y aura pas de regarnissage des
quant à la réelle utilisation de l’hydrogène vert à hauts-fourneaux existants, ou d’ajout de module
terme à la suite de l’abandon d’un projet similaire
3 On Economia. (2024). ArcelorMittal arrancará su planta con gas,
1 Disclose. (2023). ArcelorMittal : un champion des émissions de CO2 pero no renuncia al mayor PERTE verde, de 450 millones.
biberonné aux aides publiques. 4 Hydrogen Insight. (2024). 'Green hydrogen is too expensive to
2 Le Monde. (2023). Comment les entreprises polluantes ont use in our EU steel mills, even though we've secured billions in
transformé les quotas gratuits de CO2 en un marché de plusieurs subsidies'.
milliards d’euros.
40 Chapitre 3
ArcelorMittal, champion toutes catégories

de captage de carbone à ceux-ci, qui pourraient


conduire à verrouiller l’utilisation de charbon 02. La complicité
pour encore 15 à 20 ans. En effet, le secteur de
la sidérurgie dispose d’autres leviers matures des banques
pour réduire ses émissions de gaz à effet de
serre. Le principe de “dernier recours” n’est pas françaises
légitime pour cette industrie [1].

Pour rappel, le président Macron avait, lors de la Pour mener à bien ses opérations, aussi bien
COP 28, enjoint les pays du G7 à sortir du char- en France qu’à l’international, ArcelorMittal
bon en 2030. Or, si la France s’engage à en sortir bénéficie du soutien financier de banques. En
d’ici 2027 il ne s’agit en réalité que du charbon effet, d’après les recherches de Reclaim Fi-
utilisé pour l’électricité. D’après l’ADEME [2], en nance, 50 banques ont apporté 71,6 milliards
2021, 54 % du charbon consommé en France US$ à ArcelorMittal entre 2016 et juin 2023 [4].
était destiné à la filière des hauts fourneaux. Le Cela inclut notamment le soutien des banques
gouvernement n’a pas fixé d’objectif de sortie françaises qui ont ensemble financé le groupe
du charbon métallurgique, ce qui constitue ArcelorMittal à hauteur de près de 13 milliards
un angle mort de sa politique industrielle et US$ dans cette période. Cela comprend 4,2 mil-
énergétique. liards US$ de financement accordé par le Crédit
Agricole (4ème soutien bancaire), 3,8 milliards
Néanmoins, la seule incitation du gouvernement US$ par BNP Paribas (6ème soutien bancaire),
Français ne suffira pas à influencer ArcelorMit- 3,7 milliards US$ par la Société Générale (7ème
tal, géant mondial, qui annonce des velléités de soutien bancaire), et un milliard de US$ par le
produire de l’acier vert en Europe mais continue groupe BPCE (21ème soutien bancaire) [4].
de construire de nouveaux hauts fourneaux au
charbon en Inde [3]. Alors que les banques ont jusque-là concentré
leurs efforts climatiques sur la restriction des
financements aux nouveaux projets de produc-
tion d’énergie fossile [5], les secteurs consom-
mant ces énergies, comme celui de l’acier,
peuvent bénéficier de financements presque
sans restriction en l’absence de politiques sec-
torielles adaptées [6]. En effet, aucune banque
française n’a adopté de politique sectorielle
visant à restreindre les financements directs ou
indirects aux nouveaux hauts fourneaux, à leur
extension, ou à la prolongation de leur durée de
vie. Ainsi, malgré un plan climat qui repose ma-
© Umit Yildirim / Unsplash

4 Reclaim Finance. (2024). Steeling our future: The banks propping


up coal-based steel.
1 E3G, Bellona. (2023). Carbon Capture and Storage Ladder : 4 Données issues de la recherche financière réalisée dans le cadre
assessing the climate value of CCS applications in Europe. du rapport : Reclaim Finance. (2024). Steeling our future: The
2 ADEME. (2024). Plan de Transition Sectoriel de l'industrie de l'acier banks propping up coal-based steel.
en France. Rapport de synthèse. 5 https://coalpolicytool.org/ https://oilgaspolicytracker.org/
3 IEEFA. (2023). ArcelorMittal: Green steel for Europe, blast furnaces 6 Reclaim Finance. (2024), Steeling our future: The banks propping
for India. up coal-based steel.
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 41

joritairement sur l’utilisation du charbon [1], [2], grands développeurs de charbon métallurgique,
ArcelorMittal peut continuer de bénéficier de hors entreprises chinoises, entre 2016 et juin
financements des banques françaises sans 2023, à hauteur de 4,5 milliards US$ pour BNP
restriction, pour financer l’ensemble de ses opé- Paribas, 3,7 milliards US$ pour Crédit Agricole,
rations, puisque les financements reçus sont 3,5 milliards US$ pour Société Générale, et 1,6
quasiment exclusivement des financements au milliards US$ pour BPCE [8].
niveau du groupe, et non pas des financements
fléchés pour des projets spécifiques. Que ce soit en finançant directement Arce-
lorMittal ou en finançant ses fournisseurs en
De même, alors que l’usage de charbon métal- charbon métallurgique, les banques françaises
lurgique est responsable de 90 % des émissions ont un rôle à jouer pour pousser l’aciériste vers
de CO2 du secteur de l’acier [3], les engagements l’adoption d’une stratégie de décarbonation
des banques restent très faibles sur ce point. En robuste à l’échelle mondiale. Pour ce faire, elles
effet, comme l’indique le Coal Policy Tracker doivent adopter des politiques sectorielles pour
de Reclaim Finance [4], seule une poignée de restreindre les financements directs et indirects
banques a adopté des engagements pour limi- à l’expansion du charbon métallurgique et à
ter la construction de nouvelles mines ou leur l’expansion de hauts fourneaux ainsi qu’à la
extension [5]. Bien qu’à l’exception de BPCE, prolongation de leur durée de vie.
les principales banques françaises restreignent
désormais les financements aux nouveaux pro-
jets de charbon métallurgique, cette restriction
ne s’applique pas au niveau des entreprises qui
développent ces projets [6].

Les banques françaises peuvent donc conti-


nuer de financer les entreprises qui fournissent
ArcelorMittal en charbon métallurgique et qui
continuent de développer leurs capacités d’ex-
traction, comme le géant minier Glencore, ou
bien la BHP Mitsubishi Alliance. [7]

Les banques françaises ont financé les 50 plus

1 Reclaim Finance. (2023) Assessing the credibility of ArcelorMittal’s


decarbonization strategy.
2 SteelWatch. (2024). ArcelorMittal Corporate Climate Assessment
2024.
3 Global Efficiency Intelligence. (2022). Steel Climate Impact: An
International Benchmarking of Energy and CO2 Intensities
4 https://coalpolicytool.org
5 L’AIE indique que les sources actuelles de charbon à coke, l’un
des principaux types de charbon métallurgique, sont suffisantes :
“Demand for coking coal falls at a slightly slower rate than for
steam coal, but existing sources of production are sufficient to
© Hunter So Wre / Unsplash

cover demand through to 2050.” IEA. (2021). Net Zero by 2050.


6 La recherche financière effectuée par Reclaim Finance dans le
cadre du rapport Reclaim Finance, Metallurgical coal financing:
Time to call it off, Novembre 2023, n’a trouvé que 1.4 % de
financements fléchés vers des projets spécifiques.
7 ArcelorMittal indique dans son rapport annuel 2023 :
“ArcelorMittal’s principal coal suppliers include the BHP Billiton
Mitsubishi Alliance (“BMA”), Anglo Coal, Peabody, Glencore in
Australia, Contura and Warrior in the United States, Teck Coal in 8 Reclaim Finance. (2023). Metallurgical coal financing: Time to call
Canada, and JSW in Poland. “ it off
42 Chapitre 3
ArcelorMittal, champion toutes catégories

03. Un pollueur mondial hors-la-loi

En plus d’être l’industriel le plus émetteur de « variété d’agents chimiques » et de substances


gaz à effet à effet de serre avec ses sites de « toxiques pour la reproduction humaine ».
Fos-sur-Mer et Dunkerque, Arcelormittal est
aussi un industriel qui ne respecte pas la régle-
mentation environnementale, malgré les mises
en demeure répétées, et dont les agissements
ont des conséquences graves sur la santé et
l’environnement.

Site de Fos-sur-Mer

© Disclose
Au cours de l’année 2022, sur son site de Fos-
sur-Mer, Arcelormittal a dépassé les limites
légales d’émissions de particules fines dans Des dépassements qui entraînent des consé-
l’air pendant 240 jours soit 65 % de l’année. quences directes sur la santé des personnes
Les rapports d’inspection montrent aussi un vivant à proximité de l’usine. Une étude
dépassement des limites d’émissions d’oxyde financée par l’ANSES [2] démontre que les
d’azote (NOx), un gaz irritant très dangereux habitants de Fos-sur-Mer et d’une commune
pour la santé humaine. voisine, ont deux fois plus de cancers que la
moyenne nationale. Ils sont également plus
Pourtant, en avril 2021, ArcelorMittal avait déjà touchés par des maladies chroniques comme
été condamné à verser 30 000 euros à l’associa- l’asthme et le diabète.
tion France Nature Environnement pour trente-
six infractions environnementales liées aux re-
jets polluants mais n’a pas cessé les rejets pour
autant [1]. En outre, l’industriel a reçu en 2023
une pénalité financière de 400 000 euros du fait
de ces rejets de poussières excessifs.

Un non-respect de la réglementation qui met en


© Arthur Larie / Reporterre

danger direct les premiers concernés par ces


rejets toxiques : les salariés de l’usine. En juin
2023, l’inspection du travail a ordonné la ferme-
ture administrative du site, en raison de l’expo-
sition des salariés à des niveaux trop élevés de
produits toxiques et de poussières. Le rapport Mobilisation face au site de Fos-sur-Mer lors de
de l’inspection fait état « d’épaisses couches l’arrivée de la flamme olympique à Marseille le 8
de poussière » dans des espaces censés être mai 2024.
protégés, telles que les lieux de restauration
collectives. Des poussières composées d’une
2 Étude Participative en Santé Environnement Ancrée Localement sur :
• Le front industriel de Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône
1 Disclose. (2023). ArcelorMittal : révélations sur un pollueur hors- (volet 1) ;
la-loi. • La commune de Saint-Martin-de-Crau (volet 2).
Les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO₂
juillet 2024 43

Site de Dunkerque

L’usine représente à elle seule près de 85 % des


émissions de particules fines de la région des
Hauts-de-France, est responsable de 64 % des
rejets de poussières tout en étant le premier
émetteur d’oxyde d’azote et de soufre de la [+] Focus
région. Poussières, benzène, sulfocyanures : les
rapports d’inspections ont montré que l’aciérie Une pollution au niveau
de Dunkerque a dépassé à de nombreuses international
reprises les limites autorisées de rejets de pol-
luants dans l’environnement.
Selon une enquête [2] du média d’in-
Sur le site de Dunkerque, 22 inspections ont vestigation Disclose, Arcelormittal a été
été réalisées par la Direction régionale de l’en- condamné à plus de 11 millions d’euros
vironnement de l’aménagement et du logement d’amendes pour des atteintes à l’environ-
(DREAL) entre 2021 et 2022 et sept arrêtés nement à travers le globe.
de mise en demeure ont été pris en raison de
non-conformités. Mais les pollutions ont perdu- En Afrique du Sud, le groupe a reçu une
ré : selon les rapports d’inspection, ArcelorMit- amende de 205 000 euros [3] pour des
tal a rejeté 17,4 tonnes de particules fines en trop rejets excessifs de sulfure d’hydrogène,
entre décembre 2022 et avril 2023. un gaz toxique à l’odeur nauséabonde
qui, même à faible concentration, peut
Alors que l’usine est située à seulement cinq provoquer des maux de tête, des lésions
kilomètres du centre-ville et à 200 mètres neurologiques voire la mort.
des premières habitations, ces rejets risquent
d’avoir un impact sur la santé de la population Au Liberia, depuis 2021, la firme et son
et pourraient être à l’origine de nombreuses pa- partenaire local ont détruit 883 fermes
thologies respiratoires voire de cancers. et cultures de cacao, de plantain et de
caoutchouc, sur près de 400 hectares
L’aciérie a aussi été pointée du doigt pour pol- afin d’agrandir une mine de fer et tripler
lution de l’eau : une inspection de la préfecture sa production. Après deux ans de com-
du Nord a montré la prolifération de bactéries bat, seulement 200 fermiers ont obtenu
légionelles à proximité du site, qui peuvent être réparation.
à l’origine de maladies mortelles pour l’être
humain.

Ces écarts répétés à la réglementation ont


conduit les fédérations de France Nature Envi-
ronnement Haut-de-France et Provence-Alpes-
Côte-D'azur à porter plainte, notamment pour
« dégradation substantielle de la qualité de
l’air » [1].

2 Disclose. (2024). ArcelorMittal : un délinquant environnemental au


service des JO 2024.
1 En savoir plus : France Nature Environnement porte plainte contre 3 Reuters. (2020). ArcelorMittal South Africa fined over hydrogen
ArcelorMittal pour pollution de l’air, 2023 sulfide emissions.
44

Réseau Action Climat France Nature Environnement

Mundo M, Oasis 21
47 avenue Pasteur 2 Rue de la Clôture
93100 Montreuil 75019 PARIS
01 48 58 83 92 09 88 19 55 80

reseauactionclimat.org fne.asso.fr

Le Réseau Action Climat-France, fédération France Nature Environnement est la fédération


de 37 associations nationales et locales, lutte française des associations de protection de
contre les causes des changements clima- la nature et de l’environnement. Elle est la
tiques, de l’échelle internationale à l’échelle porte-parole d’un mouvement de 6 000 asso-
locale. Il est le représentant français du Climate ciations, présentes sur tout le territoire français,
ActionNetwork International (CAN-I), réseau dans l’hexagone et les Outre-mer.
mondial de plus de 1300 ONG.

Il couvre l’ensemble des secteurs responsables


du dérèglement climatique : les transports, la
production d’énergie, l’agriculture et l’alimen-
tation, l’habitat,et travaille à l’élaboration de
mesures alternatives et ambitieuses pour lutter
contre les changements climatiques et ses
impacts.

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