Introduction
Les systèmes électriques modernes reposent sur des infrastructures complexes et
interconnectées, dont les transformateurs constituent des éléments essentiels. Ces dispositifs
électromagnétiques sont omniprésents dans la transmission et la distribution de l’énergie,
permettant d’adapter les niveaux de tension pour réduire les pertes et optimiser l’alimentation
des charges finales. Grâce à leur conception robuste, les transformateurs bénéficient
généralement d’une longue durée de vie et nécessitent peu d’entretien comparativement à
d’autres équipements. Cependant, ils ne sont pas exempts de risques ni d’anomalies.
Trois anomalies principales attirent particulièrement l’attention des exploitants et des
ingénieurs en maintenance : la surchauffe, le bruit excessif et la tension de sortie instable.
Chacune de ces anomalies, bien qu’ayant des manifestations différentes, peut conduire à des
dysfonctionnements graves, voire à des défaillances catastrophiques si elle n’est pas détectée
et corrigée à temps.
Dans ce mémoire, nous allons examiner de manière détaillée ces anomalies, en analysant
d’abord les principes fondamentaux des transformateurs afin de mieux comprendre l’origine
des défaillances. Nous présenterons ensuite les caractéristiques, les causes profondes et les
conséquences de chacune de ces anomalies, avant de discuter des techniques modernes de
surveillance, de diagnostic et de maintenance mises en place pour prévenir ou limiter leurs
impacts.
1. Généralités sur les transformateurs
1.1 Définition et rôle
Un transformateur est un appareil électromagnétique statique destiné à transférer l’énergie
électrique d’un circuit à un autre, sans modification de fréquence, mais en changeant le niveau
de tension. Il repose sur le principe d’induction mutuelle entre deux ou plusieurs
enroulements couplés magnétiquement. Typiquement, un transformateur est constitué d’un
noyau magnétique en acier au silicium, qui canalise le flux magnétique, et de deux circuits
électriques distincts : l’enroulement primaire et l’enroulement secondaire.
Le rôle principal des transformateurs dans les réseaux électriques est de permettre le transport
efficace de l’électricité sur de longues distances. Cela est rendu possible grâce à l’élévation de
la tension (et donc la réduction du courant) pour minimiser les pertes par effet
Joule(𝑃𝑝𝑒𝑟𝑡𝑒𝑠=𝐼²𝑅). À l’approche des lieux de consommation, d’autres transformateurs
abaissent la tension à des niveaux compatibles avec les appareils domestiques ou industriels.
1.2 Principe de fonctionnement
Lorsqu’une tension alternative est appliquée au primaire, elle crée un flux magnétique
alternatif dans le noyau. Ce flux variable induit une force électromotrice (fem) dans
l’enroulement secondaire selon la loi de Faraday-Neumann :
e=−N dt / dφ
Où :
N est le nombre de spires,
Φle flux magnétique.
En régime sinusoïdal, la relation tension-tension s’écrit :
V1 /V2=N1/N2
Ce qui permet d’adapter la tension en fonction des besoins tout en conservant la puissance
(sauf pertes).
1.3 Types de transformateurs selon l’usage
1.3.1 Transformateurs de puissance
Les transformateurs de puissance représentent la catégorie la plus imposante des
transformateurs électriques. On les rencontre principalement dans les postes de transformation
situés à la sortie des centrales électriques ou aux jonctions des réseaux de transport. Leur
fonction essentielle est d’élever la tension générée par les alternateurs à des niveaux très
élevés, typiquement supérieurs à 220 kV, afin de réduire les courants pour un même niveau de
puissance transmise, ce qui permet de limiter considérablement les pertes par effet Joule lors
du transport sur de longues distances. Ces appareils sont conçus pour des puissances
nominales qui peuvent atteindre plusieurs centaines de mégavoltampères (MVA), ce qui
impose des dimensions mécaniques et des systèmes de refroidissement particulièrement
conséquents. Ils sont également équipés de dispositifs sophistiqués de régulation, tels que les
changeurs de prises sous charge (OLTC), qui permettent d’ajuster le rapport de transformation
en temps réel pour maintenir la tension dans les limites contractuelles, malgré les variations
de charge ou les fluctuations du réseau. Leur fiabilité est critique, car une panne sur un
transformateur de puissance peut entraîner des coupures massives, affectant des milliers
d’usagers, avec des conséquences économiques et sociales importantes.
1.3.2 Transformateurs de distribution
Les transformateurs de distribution constituent le dernier maillon de la chaîne
d’acheminement de l’énergie électrique avant l’arrivée chez le consommateur final. Ils sont
généralement installés à proximité des zones résidentielles, industrielles ou commerciales,
souvent montés sur poteaux ou dans des postes au sol. Leur rôle principal est d’abaisser la
tension moyenne du réseau de distribution (souvent de l’ordre de 20 kV) à des niveaux
standards adaptés à la consommation locale, tels que 400 V en triphasé ou 230 V en
monophasé pour les usages domestiques. Ces transformateurs présentent des puissances
nominales allant de quelques dizaines de kVA à quelques MVA, en fonction de la densité de
consommation du quartier desservi. Contrairement aux transformateurs de puissance, ils sont
soumis à des variations de charge plus marquées au cours de la journée (pics le matin et en
soirée), ce qui exige une conception qui tolère des surcharges ponctuelles. Leur coût et leur
maintenance sont optimisés pour supporter les contraintes économiques des réseaux de
distribution, tout en garantissant une alimentation fiable et continue.
1.3.3 Transformateurs spéciaux
À côté des transformateurs standard de puissance et de distribution, il existe une vaste gamme
de transformateurs dits « spéciaux », conçus pour répondre à des applications spécifiques qui
exigent des caractéristiques particulières en termes de fréquence, de tension ou d’isolation.
Parmi ceux-ci, les transformateurs d’isolement jouent un rôle primordial pour séparer
galvaniquement deux circuits électriques, améliorant la sécurité et réduisant les risques liés
aux défauts à la terre. Les transformateurs de mesure, tels que les transformateurs de
courant (TC) et de tension (TP), permettent de réduire les grandeurs électriques à des valeurs
normalisées compatibles avec les instruments de mesure et de protection, tout en assurant une
isolation adéquate vis-à-vis des hautes tensions. D’autres transformateurs spéciaux sont
conçus pour des environnements industriels exigeants, tels que les transformateurs pour fours
à induction, qui fonctionnent parfois à des fréquences supérieures au 50 Hz standard, ou les
transformateurs pour convertisseurs à thyristors, capables de supporter des harmoniques
importants. Chaque type est soumis à des normes spécifiques qui garantissent ses
performances et sa sécurité en exploitation.
1.4 Conception générale et éléments constitutifs
Un transformateur électrique, quelle que soit sa catégorie, repose sur une architecture
technique soigneusement optimisée pour assurer à la fois ses performances
électromagnétiques et sa robustesse mécanique. Au cœur de l’appareil se trouve le noyau
magnétique, constitué de tôles fines en acier au silicium empilées et isolées entre elles pour
réduire les pertes par courants de Foucault. Ce noyau guide le flux magnétique variable
généré par le primaire et assure un couplage efficace avec le secondaire. Autour de ce noyau
sont enroulés les bobinages primaire et secondaire, généralement en cuivre pour sa faible
résistivité, ou parfois en aluminium pour des raisons économiques. Ces conducteurs sont
isolés par plusieurs couches de papier spécial, imprégné d’huile minérale, pour résister aux
contraintes électriques élevées.
L’huile isolante joue un double rôle : d’une part, elle assure l’isolation diélectrique entre les
enroulements et la cuve métallique, et d’autre part, elle sert de fluide caloporteur, transférant
la chaleur générée à l’extérieur via les radiateurs ou les serpentins de refroidissement.
L’ensemble est enfermé dans une cuve hermétique, souvent équipée d’un conservateur pour
compenser les variations de volume d’huile liées aux changements de température, évitant
ainsi les entrées d’humidité. Enfin, divers accessoires de protection et de surveillance
complètent la conception : relais Buchholz pour détecter les dégagements de gaz indiquant un
défaut interne, soupapes de surpression, thermomètres, indicateurs de niveau d’huile, ainsi
que thermostats et capteurs PT100 connectés aux systèmes de supervision.
Cette conception modulaire et normalisée permet aux transformateurs d’atteindre des durées
de vie supérieures à 30 ans, sous réserve d’une exploitation et d’une maintenance conformes
aux prescriptions des fabricants et aux normes internationales.
2. Les anomalies dans les transformateurs
2.1 Définition et contexte
Dans un transformateur, une anomalie se définit comme tout écart mesurable par rapport à
l’état normal prescrit par les normes et spécifications techniques, pouvant affecter les
performances électriques, thermiques, mécaniques ou la durée de vie de l’appareil. Les
transformateurs étant des dispositifs statiques sans pièces mobiles (en dehors du changeur de
prises sous charge), on les considère généralement robustes, mais leur complexité interne
(noyau magnétique, conducteurs sous forte intensité, isolants, huile) les rend sensibles à
plusieurs phénomènes cumulés.
2.2 Facteurs intrinsèques et extrinsèques
2.2.1 Intrinsèques
Vieillissement naturel des isolants papier et huile.
Déformations mécaniques dues aux efforts électrodynamiques lors des courts-circuits
réseau.
Perte progressive des caractéristiques magnétiques du noyau (hystérésis, pertes à vide
croissantes).
2.2.2 Extrinsèques
Variations de charge (surcharges cycliques, déséquilibres de phases).
Qualité de l’alimentation (présence d’harmoniques, surtensions transitoires, éclairs).
Environnement thermique et hygrométrique.
2.3 Typologie détaillée des anomalies
Catégorie Exemples d’anomalies Conséquences
Surchauffe des enroulements, des Vieillissement accéléré, réduction de la
Thermique
connexions, de l’huile durée de vie d’un facteur >2 pour +10 °C
Courts-circuits internes, décharges
Électrique Risque de rupture diélectrique, défaut franc
partielles, isolement altéré
Vibrations, desserrages,
Mécanique Bruits, dommages structurels, ruptures
déplacement des spires
Saturation du noyau, déséquilibre
Magnétique Bruits accrus, échauffements localisés
de flux, pertes anormales
Ces anomalies sont souvent interconnectées : un échauffement excessif peut altérer
l’isolement, qui à son tour déclenche des courts-circuits internes, accentuant la surchauffe.
3. La surchauffe
3.1 Principes thermiques fondamentaux
Dans un transformateur électrique, la production de chaleur provient essentiellement des
pertes qui surviennent tant au niveau magnétique que dans les conducteurs. On distingue ainsi
deux grandes familles de pertes. D’une part, les pertes à vide (notées P0P_0) résultent de
l’aimantation du noyau, même lorsque le transformateur n’alimente aucune charge. Elles
comprennent les pertes par hystérésis, liées à l’inversion cyclique des domaines magnétiques
lors de chaque alternance du champ, ainsi que les pertes par courants de Foucault induites
dans les tôles du noyau malgré leur empilement et leur isolation. Ces pertes sont globalement
constantes et apparaissent dès que le transformateur est sous tension, indépendamment du
courant fourni aux charges. D’autre part, les pertes en charge Fth= √ 1+kH sont directement
proportionnelles au carré du courant circulant dans les enroulements. Elles traduisent l’effet
Joule dans les conducteurs et deviennent prépondérantes dès que le transformateur est sollicité
pour alimenter des charges importantes, augmentant fortement en cas de surcharge.
3.1.2 Loi thermique d’accumulation
L’accumulation de chaleur au sein du transformateur suit une dynamique gouvernée par la
capacité thermique du système et sa résistance thermique globale. La montée en température
peut s’exprimer par la relation :
ΔT= (P0+Pi) ×Rth / 1−e−τt
Où Rth représente la résistance thermique équivalente de l’ensemble (huile, radiateurs,
convection externe) et τ\tau la constante de temps thermique, généralement comprise entre 2
et 4 heures pour les transformateurs immergés. Ce modèle traduit le fait qu’un excès de pertes
électriques, s’il persiste, élève progressivement la température interne, pouvant atteindre un
régime permanent largement au-dessus du seuil critique de vieillissement accéléré (souvent
fixé à 98 °C pour les transformateurs à bain d’huile). À partir de ce seuil, la dégradation
chimique des isolants et de l’huile s’accélère exponentiellement, compromettant la fiabilité de
l’appareil.
3.2 Causes détaillées de surchauffe
3.2.1 Surcharge électrique prolongée
La première cause de surchauffe reste la surcharge électrique, fréquente dans les réseaux
urbains où les pointes de consommation dues à la climatisation en été ou au chauffage
électrique en hiver peuvent dépasser de 20 à 30 % la puissance nominale pendant plusieurs
heures consécutives. Ces surcharges entraînent une augmentation des pertes Joule dans les
enroulements, proportionnelle au carré du courant, générant une élévation rapide de la
température des conducteurs et de l’huile environnante. À long terme, cette sollicitation
excessive altère la structure moléculaire du papier imprégné d’huile, réduisant sa rigidité
diélectrique.
3.2.2 Défauts dans le circuit de refroidissement
Une autre origine majeure de la surchauffe réside dans le défaut du circuit de refroidissement.
Un niveau d’huile trop bas diminue la surface de contact entre les enroulements et le fluide
caloporteur, réduisant la convection naturelle. De même, des radiateurs encrassés par des
dépôts internes ou des pompes et ventilateurs hors service dans les circuits de refroidissement
forcé compromettent l’évacuation de la chaleur vers l’extérieur. Ces dysfonctionnements
favorisent la formation de points chauds localisés qui accélèrent la dégradation des isolants.
3.2.3 Excitation anormale et influence des harmoniques
Lorsque la tension primaire appliquée dépasse la valeur nominale, même de +10 %, le flux
magnétique dans le noyau augmente significativement, provoquant une hausse quasi
quadratique des pertes magnétiques par hystérésis et courants de Foucault. Cette situation peut
conduire à une saturation partielle du noyau, intensifiant encore les pertes et générant un
échauffement important du circuit magnétique. Par ailleurs, la présence de courants
harmoniques issus de charges non linéaires (telles que variateurs, redresseurs ou
convertisseurs) amplifie les pertes. Ces composantes harmoniques (3ᵉ, 5ᵉ, 7ᵉ) provoquent des
courants de Foucault additionnels dans les tôles du noyau et élèvent le facteur de surcharge
thermique selon :Fth= √ 1+Kh
Où kH dépend du taux de distorsion harmonique (THD), qui peut dépasser 15 % dans certains
réseaux industriels.
3.3 Conséquences techniques de la surchauffe
Les conséquences de la surchauffe sont multiples et affectent la durabilité et la sécurité du
transformateur. L’élévation prolongée de la température accélère l’oxydation des isolants
papier et la dégradation chimique de l’huile, entraînant une baisse notable de leur rigidité
diélectrique. Dans l’huile contaminée, la formation de boues réduit la conductivité thermique
et gêne les échanges thermiques, créant des zones encore plus chaudes. De plus, la pyrolyse
des matériaux organiques libère des gaz inflammables tels que l’hydrogène (H₂) et
l’acétylène (C₂H₂), que l’on peut détecter par analyse des gaz dissous (DGA), révélant ainsi
la présence de défauts internes avant qu’ils n’évoluent vers une panne franche.
3.4 Méthodes avancées de diagnostic
3.4.1 Mesures thermiques directes
Le suivi direct des températures constitue une première ligne de diagnostic. Des thermomètres
bimétalliques sont généralement fixés sur la cuve pour donner une indication grossière, tandis
que des capteurs PT100 placés au cœur des enroulements transmettent des données précises à
des automates, permettant d’enregistrer l’évolution thermique et de déclencher des alarmes en
cas de dépassement.
3.4.2 Analyse des gaz dissous (DGA)
L’analyse des gaz dissous selon la norme IEC 60599 s’avère indispensable pour identifier les
défauts thermiques naissants. Les ratios entre les concentrations de C₂H₂, C₂H₄, CH₄ et H₂
permettent de distinguer les échauffements modérés (inférieurs à 300 °C) des arcs électriques
supérieurs à 700 °C grâce au diagramme triangulaire de Duval.
3.4.3 Thermographie infrarouge
La thermographie infrarouge, quant à elle, sert à visualiser les points chauds à la surface du
transformateur, souvent dus à des défauts externes tels que des raccordements desserrés ou
des soudures défectueuses. Cette méthode non invasive facilite un entretien ciblé et préventif.
3.5 Stratégies de prévention de la surchauffe
La maîtrise du risque thermique passe d’abord par un dimensionnement approprié, tenant
compte du facteur de charge maximal attendu, afin de garantir une marge de sécurité
suffisante. Ensuite, un entretien régulier est indispensable : nettoyage périodique des
radiateurs, contrôle et analyse de l’huile pour éviter la formation de boues et maintenir ses
propriétés isolantes. Enfin, l’installation de dispositifs électroniques intelligents (IED),
programmés pour surveiller en continu la température et déclencher des alarmes dès qu’un
écart de +10 °C au-dessus du seuil de référence est constaté, constitue aujourd’hui une
solution efficace pour anticiper les défaillances.
4. Bruit excessif :
4.1 Origines physiques détaillées
Le bruit généré par un transformateur sous tension est essentiellement lié à des phénomènes
électromagnétiques et mécaniques inhérents à son fonctionnement. L’une des principales
causes est la magnétostriction du noyau : lors de chaque alternance du champ magnétique, les
domaines magnétiques à l’intérieur des tôles s’orientent et entraînent de légers changements
dimensionnels du noyau, de l’ordre de quelques micromètres. Bien que minimes, ces
déformations se produisent à la fréquence double du réseau, c’est-à-dire à 100 Hz pour un
réseau de 50 Hz, produisant un bourdonnement caractéristique et continu. À cela s’ajoutent
les forces électrodynamiques qui s’exercent entre conducteurs voisins parcourus par des
courants intenses. Ces forces, proportionnelles au carré du courant et inversement à la
distance, sont exprimées par la relation F=μ0I2/2πrF . Lors de transitoires ou de déséquilibres,
elles deviennent significatives, provoquant des vibrations mécaniques susceptibles de se
traduire par des bruits additionnels.
4.2 Causes anormales du bruit
Un niveau sonore supérieur à celui attendu signale souvent une anomalie interne. Lorsque le
noyau entre en saturation, c’est-à-dire que l’induction magnétique dépasse typiquement 1.7 T,
les variations dimensionnelles dues à la magnétostriction deviennent non linéaires et
nettement plus importantes, augmentant le niveau sonore. Les défauts mécaniques constituent
également un facteur déterminant : un serrage insuffisant des paquets de tôles, des cales
internes usées ou des entretoises desserrées autorisent de microdéplacements qui amplifient le
bruit. Enfin, la présence d’harmoniques dans le courant, générée par des charges non linéaires,
peut accentuer le phénomène. Par exemple, un taux de distorsion harmonique (THD) de 15 %
double pratiquement l’amplitude des vibrations et donc du bruit émis par le transformateur.
4.3 Diagnostic acoustique professionnel
Pour diagnostiquer finement ces anomalies, des techniques avancées sont mises en œuvre. La
spectrométrie de bruit, utilisant des analyses FFT (Fast Fourier Transform), permet de
dissocier les composantes à 100 Hz et leurs harmoniques, identifiant ainsi si le bruit est lié à
la magnétostriction normale ou à des phénomènes non linéaires inhabituels. La cartographie
sonore, quant à elle, fait appel à des caméras acoustiques utilisant la technique du
beamforming pour localiser précisément la source sonore sur l’enveloppe du transformateur.
Ces outils offrent une visualisation spatiale du champ acoustique, facilitant la détection de
zones où un problème mécanique ou magnétique pourrait exister.
4.4 Mesures correctives
Une fois l’origine du bruit anormal identifiée, plusieurs actions correctives peuvent être
envisagées. Le resserrement des assemblages internes du noyau et l’ajout ou le remplacement
de cales en bois bakélisé ou en composite permettent de stabiliser mécaniquement la structure
et de limiter les vibrations parasites. L’installation de plots antivibratoires sous la cuve réduit
la transmission des vibrations au sol et aux structures environnantes, diminuant ainsi la
perception sonore. Enfin, il est parfois nécessaire d’ajuster la tension d’alimentation pour
réduire la densité de flux et éviter la saturation, ce qui contribue notablement à ramener le
niveau sonore à des valeurs normales.
5. Tension de sortie instable :
5.1 Mécanismes de l’instabilité
La stabilité de la tension de sortie est un indicateur crucial du bon fonctionnement d’un
transformateur. Plusieurs mécanismes peuvent être à l’origine de fluctuations anormales. Les
changeurs de prises en charge (OLTC), utilisés pour ajuster la tension secondaire en fonction
des variations du réseau, sont soumis à de fréquentes opérations mécaniques. Avec le temps,
les contacts peuvent s’user, générant des arcs lors des commutations, ce qui entraîne des
irrégularités de tension. Par ailleurs, le déséquilibre des phases, typique dans les réseaux où
certaines charges mono-phasées prédominent, induit des variations asymétriques qui se
répercutent sur la tension. Enfin, les perturbations transitoires, telles que les éclairs ou les
manœuvres automatiques des disjoncteurs, introduisent des surtensions momentanées qui
affectent la stabilité de la tension délivrée.
5.2 Conséquences
Les variations incontrôlées de la tension de sortie ont des répercussions importantes sur les
équipements alimentés. Elles provoquent une usure prématurée des moteurs et des appareils
électroniques sensibles, favorisent les déclenchements intempestifs des protections basse
tension, et aggravent l’état des changeurs de prises, qui subissent des arcs répétés lors des
corrections automatiques. À terme, cela peut conduire à des interruptions de service et à un
vieillissement accéléré du transformateur.
5.3 Méthodes modernes de diagnostic
Pour identifier l’origine des instabilités, plusieurs techniques avancées sont utilisées.
L’analyse de réponse fréquentielle (FRA) compare la signature fréquentielle actuelle du
transformateur à celle enregistrée lors de la mise en service, révélant ainsi d’éventuels
déplacements mécaniques des enroulements. Les enregistreurs de qualité d’énergie (PQ
analyzers) mesurent quant à eux les variations RMS, les phénomènes de flicker et les
microcoupures, permettant de quantifier et de localiser les épisodes d’instabilité.
5.4 Solutions techniques
Les mesures correctives passent d’abord par la révision ou le remplacement des OLTC afin
d’assurer des commutations fiables sans arc excessif. L’installation de régulateurs
automatiques de tension en aval du transformateur compense les fluctuations résiduelles,
tandis que la compensation des charges déséquilibrées à l’aide de systèmes équilibrant les
phases contribue à stabiliser la tension et à réduire les contraintes asymétriques sur les
enroulements.
6. Surveillance et maintenance prédictive
6.1 Maintenance préventive versus conditionnelle
Traditionnellement, l’entretien des transformateurs repose sur une maintenance préventive,
exécutée à intervalles réguliers indépendamment de l’état réel de l’appareil. Cela inclut des
opérations telles que la vidange partielle de l’huile, les tests d’isolement Megger et
l’inspection visuelle annuelle. À l’inverse, la maintenance conditionnelle s’appuie sur la
mesure en temps réel de paramètres physiques (température, gaz dissous, vibrations) pour
déclencher l’intervention uniquement lorsque des signes de dérive apparaissent, optimisant
ainsi les coûts et les arrêts.
6.2 Outils de maintenance avancée
La modernisation des réseaux électriques s’accompagne du déploiement d’IED intelligents
couplés à des systèmes SCADA, permettant une supervision continue des transformateurs à
distance. De plus, l’usage d’algorithmes d’intelligence artificielle, entraînés sur des
historiques de pannes, ouvre la voie à une maintenance 4.0 capable de prédire les défaillances
avant qu’elles ne se produisent, améliorant significativement la disponibilité et la durée de vie
des équipements.
6.3 Importance des normes et de la formation
Le respect des normes internationales telles que l’IEC 60076 ou l’IEEE C57 garantit que les
transformateurs fonctionnent dans des limites sûres pour ce qui est de la surcharge, du bruit et
de l’échauffement. Parallèlement, la formation continue des opérateurs et techniciens est
essentielle pour leur permettre d’interpréter les résultats des analyses vibratoires, thermiques
et DGA, et ainsi intervenir de manière éclairée.
Conclusion
À travers cette étude approfondie, nous avons démontré que les anomalies des
transformateurs, loin d’être anodines, relèvent de phénomènes physiques complexes
interconnectés. La surchauffe, le bruit excessif et la tension instable sont non seulement des
symptômes visibles, mais aussi des indicateurs précieux d’éventuelles défaillances
imminentes. L’évolution vers la maintenance prédictive, grâce à la surveillance conditionnelle
et à l’intelligence artificielle, permet aujourd’hui de prévenir efficacement les pannes,
optimisant la durée de vie des transformateurs et garantissant la continuité d’alimentation
électrique. Une attention soutenue, combinant analyse scientifique et exploitation intelligente
des données, constitue désormais la clé de la fiabilité des réseaux électriques modernes.