Transition Secondaire/sup Erieur: Causes D' Echec en Math Ematiques Dans Les Fili' Eres Scientifiques de L'universit e de Ouagadougou
Transition Secondaire/sup Erieur: Causes D' Echec en Math Ematiques Dans Les Fili' Eres Scientifiques de L'universit e de Ouagadougou
uNIvERSIté Koudougou
dE
cENtRE dE PEdAgogIE uNIvERSItAIRE
lABoRAtoIRE INtERdIScIPlINAIRE dE dIdActIquE dES
dIScIPlINES (lABIdId)
EN ScIENcES dE l’éducAtIoN
Membres du jury:
A ma famille
ii
Avant propos
Cette thèse est la première thèse en sciences de l'éducation entièrement faite au Burkina Faso
et la première soutenue à l'université de Koudougou. Cette dernière a été créée en Août 2005
et compte cinq établissements dont le Centre de Pédagogie Universitaire.
Le Centre de Pédagogie Universitaire est dirigé par un Directeur nommé par arrêté du
Ministre chargé de l’Enseignement supérieur. La Directrice actuelle est Dr
SOUGOTI/GUISSOU Marie Laure.
Ce programme porte sur les sciences de l'éducation et est assuré par les deux premiers
laboratoires de recherche de l’université de Koudougou : le laboratoire de psychopédagogie,
d'andragogie, de mesure et évaluation et de politiques éducatives (LAPAME), et le laboratoire
interdisciplinaire de didactique des disciplines (LABIDID). Ces deux laboratoires sont dirigés
respectivement par Dr Paré/Kaboré Afsata et Dr Kalifa Traoré.
Remerciements
Nous tenons à remercier notre directeur de thèse, Kalifa Traoré, Maître de conférences à
l’université de Koudougou. Il est à la base de notre engagement dans cette recherche en
didactique des mathématiques. Il a fait montre d’une grande disponibilité dans l’encadrement
de cette thèse.
Nos remerciements vont également aux dirigeants de l’université de Koudougou et du Centre
de Pédagogie Universitaire, qui ont eu l’ingénieuse idée d’ouvrir les portes de la recherche
doctorale. Nous remercions particulièrement tous les enseignants qui ont activement participé
à la mise en place effective de la formation doctorale en sciences de l’éducation à l’université
de Koudougou.
Nos reconnaissances vont à Afsata PARE/KABORE, maître de conférence à l’Université de
Koudougou et première directrice du Centre de Pédagogie Universitaire pour tous les soutiens
qu’elle a consentis pour nous accompagner dans notre œuvre de recherche.
Nous remercions notre chère et adorable épouse Hazarè et nos deux enfants Ernest et Clara.
Ils ont souvent manqué de notre présence et de notre affection pendant cette épreuve
doctorale.
Nous remercions nos camarades de doctorat qui nous ont accompagné et appuyé dans cette
aventure doctorale. Il s’agit de Madame Béré Yvette, Messieurs Ouédraogo Roger, Sawadogo
Alamissa et Zoundi Boubacar.
Enfin, nous exprimons nos remerciements à deux amis, Zongo Mahamadi et Nignan Victor,
qui nous ont encouragés à nous lancer dans cette recherche à un moment où le doute nous
traversait. Ils n’ont cessé de nous appuyer depuis lors.
iv
Remerciements --------------------------------------------------------------------------------------------- ii
Introduction ------------------------------------------------------------------------------------------------- 1
1. Problématique------------------------------------------------------------------------------------------- 4
1.3.2. Quelques données sur la transition entre cycles au niveau international ------------------13
5.1. Des ruptures entre le secondaire et le supérieur dans les méthodes et les
programmes d’enseignement ----------------------------------------------------------------------------94
5.1.1. Force de la rupture dans les programmes et les méthodes d’enseignement ---------------94
5.1.2. Rupture dans les méthodes d’enseignement et échec des étudiants ------------------------98
5.1.3. Difficultés liées à la rupture dans les programmes d’enseignement du point de vue
des acteurs ------------------------------------------------------------------------------------------------ 102
[Link]. Point de vue des élèves et des enseignants du secondaire ------------------------------- 120
[Link]. Point de vue des étudiants et des enseignants du supérieur ----------------------------- 121
[Link]. Analyse de tâches données aux étudiants de première année des filières
scientifiques ---------------------------------------------------------------------------------------------- 186
6.1. Une rupture dans les programmes et méthodes d’enseignement ---------------------------- 215
6.1.1. Une forte rupture dans les programmes et méthodes d’enseignement ------------------- 215
ix
6.2.4. Une démotivation des étudiants pour les mathématiques ---------------------------------- 221
6.3. Des exigences de plus en plus fortes en formalisme et en démonstration ----------------- 222
Conclusion----------------------------------------------------------------------------------------------- 227
BAC Baccalauréat
Tableau 1 : Statistiques des notes obtenues en mathématiques par les étudiants de MPI et
MPC entre 2007 et 2009. ............................................................................................................ 7
Tableau 3: Synoptique des questions posées aux apprenants et aux enseignants .................... 72
Tableau 10: Degré de difficulté des mathématiques selon les élèves..................................... 105
Tableau 11: Difficultés des mathématiques selon les étudiants ............................................. 108
Tableau 12: Points de vue des acteurs sur les mathématiques ............................................... 114
Tableau 13: Point de vue des élèves et des étudiants sur l'utilité des mathématiques............ 116
Tableau 14: Connaissances des symboles et éléments de formalisme par les élèves............ 143
xii
Graphique 2: Degré de décalage dans les méthodes et techniques d'enseignement selon les
étudiants .................................................................................................................................... 95
Graphique 3: Lien entre le décalage dans les méthodes d'enseignement et les difficultés en
mathématiques selon les étudiants............................................................................................ 98
Graphique 5: Classification des facteurs de difficultés par les étudiants ............................... 100
Graphique 6: Classement des facteurs de difficultés dans la transition selon les enseignants
du secondaire .......................................................................................................................... 101
Graphique 7: Opinions des élèves sur l'impossibilité de réussir en mathématiques .............. 106
Graphique 8: Points de vue des étudiants sur l'impossibilité de réussir en mathématiques ... 109
Graphique 10: Niveau des élèves en mathématiques selon les enseignants du secondaire .... 121
Graphique 11: Niveau des étudiants en mathématiques selon les étudiants........................... 122
Graphique 12: Classement des difficultés en démonstration selon les étudiants ................... 124
Graphique 13: Classement des facteurs de difficultés selon les enseignants du secondaire .. 125
Graphique 14: Avis des élèves sur l'existence de cours spécifiques d'apprentissage des
symboles ................................................................................................................................. 144
Graphique 15: Avis des élèves sur la quantité de séances d'apprentissage des symboles et du
langage mathématiques........................................................................................................... 145
Graphique 16: Avis des élèves sur l'existence de cours spécifiques d'apprentissage de la
logique mathématique............................................................................................................. 146
Graphique 17: Avis des étudiants sur la quantité des cours d'apprentissage de la logique .... 147
xiv
Résumé
Après une revue des travaux de recherche sur la transition et notre cadre théorique nous avons
incriminé les représentations et croyances des acteurs, la rupture dans les méthodes et
programmes d'enseignement, de même que la rupture dans les exigences en formalisme et en
démonstration comme causes des échecs constatés.
Nos investigations auprès des acteurs (enseignants et apprenants) et l’analyse des programmes
d’enseignement et des tâches données aux apprenants des deux ordres d’enseignement a
permis de mettre en exergue une forte rupture dans les méthodes et programmes
d'enseignement. Les enseignements secondaire et supérieur semblent fonctionner en vase
clos, créant des difficultés d'adaptation des apprenants. Cette analyse a aussi mis en lumière
des représentations et croyances défavorables à l'apprentissage des mathématiques dans la
transition entre les deux ordres d'enseignement. Les exigences en formalisme et en
démonstration connaissent une hausse considérable dans la transition secondaire/supérieur.
Abstract
The transition secondary education / university education in mathematics education is a
source of failure among students. This transition between two mathematical cultures (Artigue,
2004) has been the subject of numerous studies worldwide (Praslon, 2000; Corriveau, 2007;
Najar, 2010; Fulvi, 2010). Burkina Faso is no exception to the rule and the University of
Ouagadougou knows high rates of failure in mathematics in its first year of science courses.
xv
The objective of our study is to investigate the causes of failure in mathematics in secondary /
university transition in the sciences options at the University of Ouagadougou.
After a review of research on the transition and our theoretical framework we have blamed
representations and beliefs of the actors, the gap in the teaching methods and programs, as
well as the gap between the requirements in formalism and in demonstration as identified
causes of failures.
Our investigations with the actors (teachers and learners) and analysis of educational
programs and tasks given to learners of both levels of education helped to highlight a strong
gap in the methods and curricula. Secondary and university education seem to work in
isolation, creating difficulties of adaptation of learners. This analysis has also revealed
representations and beliefs hindering learning of mathematics in the transition between the
two levels of education. Requirements in formalism and demonstration experience a
significant increase in the secondary / university transition.
Introduction
Impliqué dans l’enseignement des mathématiques dans les lycées et collèges au Burkina
Faso depuis le début du siècle, nous avons toujours été interpellés par nos élèves,
anciens élèves et des proches sur la question des études en mathématiques dans
l’enseignement supérieur. Ces interpellations, souvent sous forme de plaintes, sont
relatives au taux d’échecs élevé dans les filières scientifiques de l’université de
Ouagadougou. Nos réponses étaient qu’il fallait doubler d’efforts pour réussir en
mathématiques. Il est arrivé de conseiller à certains étudiants de changer de filière car
"tout le monde ne pouvait réussir en mathématiques".
La rupture dans les méthodes et programmes est une des causes des échecs en
mathématiques constatés dans la transition secondaire/supérieur ;
Les représentations et croyances des apprenants et des enseignants à l’égard des
mathématiques et de leur enseignement sont des causes d’échec massif des
étudiants en mathématiques dans la transition secondaire/supérieur ;
La rupture dans les exigences en formalisme et en démonstration est une des
causes des échecs en mathématiques dans la transition secondaire/supérieur.
La reconstruction du récit de collecte est faite au chapitre 4. Dans cette partie, nous
faisons le bilan de la collecte des données.
Le cinquième chapitre est consacré à l’analyse des données recueillies. Les données
recueillies par questionnaires auprès des apprenants (élèves et étudiants) et auprès des
enseignants du secondaire ont fait l’objet d’analyses statistiques avec le logiciel SPSS
statistics. Les données recueillies par l’intermédiaire des entretiens semi-dirigés, ont
été traitées et analysées avec le logiciel SONAL.
Dans le sixième et dernier chapitre de la thèse, nous interprétons nos résultats au regard
de notre cadre théorique. Les limites de notre étude et des perspectives de recherche y
sont aussi évoquées.
1
Chapitre1 : Problématique
1. Problématique
La recherche en sciences sociales peut être considérée comme une action organisée,
systématique, critique qui prend naissance par un questionnement scientifique
concernant une situation sous investigation dans un objectif de trouver des réponses et
des solutions ou de développer de nouvelles théories et connaissances à partir de
l’analyse d’un objet de recherche. La problématique est la partie traitant du
questionnement scientifique sur le sujet de recherche.
Dans ce chapitre, il s’agit pour nous de situer le contexte de notre recherche, de poser
clairement les questions et les objectifs de la recherche, de montrer la pertinence de
notre choix. Nous terminons par des travaux de référence relatifs à notre thème.
1.1. Contexte
Suite aux recommandations des Etats Généraux de l’Education (1994) et des Assises
Nationales sur l’Education (2002), le Burkina Faso a entamé plus d'une décennie après,
une réforme de son système éducatif. Au sens de la loi 013/2007/AN du 30 juillet 2007
portant le nom de "loi d’orientation de l’éducation", le système éducatif du Burkina
Faso comprend :
L’éducation formelle;
L’éducation non formelle;
L’éducation informelle;
L’éducation spécialisée.
5
Les forts taux de redoublements, d’abandons et d’exclusions dans les différents ordres
d’enseignement posent un problème d’efficacité interne du système. Les taux d’échecs
scolaires massifs dans les classes de sixième (Douamba, 1999), de seconde (B. Traoré,
2002) et de première année d’université (Barro/Pitroipa, 2007) posent le problème de la
transition entre les différents cycles d’enseignement.
L’enseignement supérieur au Burkina Faso est assuré par l’Etat et le secteur privé.
Dernier maillon de la chaine, il connait des difficultés de plusieurs ordres liées à
l’accroissement exponentiel des demandes d’accès, à l’insuffisance des capacités
d’accueil, aux contraintes sociales, à l’instabilité sociale, à des taux d’échecs élevés
dans certaines unités de formation et de recherche.
1
Selon la Réforme du système éducatif (2007)
6
Le secteur privé dans l'enseignement supérieur connait ces dernières années une très
forte expansion. On dénombre officiellement de nos jours, environ 61 établissements
privés d’enseignement supérieur (EPES) dont 7 universités et 54 instituts et écoles selon
les données du Ministère des Enseignements Secondaire et Supérieur (MESS). Ces
établissements se répartissent dans les villes de Ouagadougou, Bobo-Dioulasso,
Koudougou, Ouahigouya, Kaya et Dédougou.
Tableau 1 : Statistiques des notes obtenues en mathématiques par les étudiants de MPI et
MPC entre 2007 et 2009.
Taux
Strictement
Années Effectifs Strictement comprise Supérieure ou d’échec
inférieure à
académiques d’étudiants inférieure à 7 entre 7 et 9 égale à 10
10
2006-2007 530 295 56% 133 25% 428 81% 102 19% 81%
2007-2008 785 494 62% 154 20% 648 83% 137 17% 83%
2008-2009 788 287 36% 216 27% 503 63% 285 37% 63%
2
La Terminale est la dernière classe de l’enseignement secondaire
3
La FAST (divisée en deux UFR maintenant) regroupait les départements de mathématiques, de
physique-chimie et de science de la vie et de la terre de l’université de Ouagadougou avant la réforme de
celle-ci en 2000
8
4
L’absence de statistiques pour les années académiques après 2009 est due aux changements survenus à
partir de l’année académique 2009-2010 avec l’entrée des options MPI, MPC, MP et biologie dans le
système Licence-Master-Doctorat.
5
Depuis l’entrée des filières scientifiques dans le système LMD en 2009-2010, les options de formation
MP, MPI, MPC et CBBG sont versées dans le même domaine de formation appelé Sciences et
technologies
6
Les séries C et D constituent les filières à vocation scientifique de l’enseignement général au Burkina
Faso
9
Tableau 2 : Volume horaire hebdomadaire par discipline et par classe dans l’enseignement secondaire général
au Burkina Faso
Classes 2A 2B 2C 1A 1B 1C 1°D TA TB TC TD
Allemand 6 / / 6 / / / 5 / / /
Anglais 3 / 3 3 / 3 3 3 / 3 3
Français 5 / 5 5 / 4 4 5 / 4 4
Histoire et 3 / 3 3 / 3 3 4 / 3 3
Maths 3 / 5 3 / 7 6 3 9 6
SVT 2 / 3 2 / 2 4 / / 3 6
Physique Chimie 3 / 6 2 / 6 5 / / 6 5
E.P.S 2 / 2 2 / 2 2 2 / 2 2
Philosophies / / / 3 / 2 2 8 / 3 3
Total 27 / 27 29 / 29 29 30 / 33 32
Légende : /=discipline non enseignée dans la classe concernée. Les lettres A, C, D désignent les séries
des classes (A pour les séries littéraires, C pour les mathématiques et sciences physiques, D pour les
sciences de la vie et de la terre). SVT= sciences de la vie et de la terre.
On peut remarquer que sur les trois années du secondaire, les élèves de la Terminale C
ont suivi un volume horaire hebdomadaire moyen de 7 heures tandis que ceux de
terminale D ont un volume horaire hebdomadaire moyen de 6 heures.
Il faut noter aussi que les conditions d’orientations dans les filières Sciences et
Technologies de l’Université de Ouagadougou font la part belle aux postulants ayant
fait preuve d’une bonne réussite aux épreuves scientifiques du baccalauréat et
particulièrement en mathématiques. Ces filières accueillent donc en première année des
étudiants brillants en mathématiques au secondaire. On peut légitimement se demander
comment ces élèves sont devenus subitement en situation d’échec en mathématiques
après leur passage du lycée à l’université ? La transition a-t-elle une part de
10
Quelle est la place des croyances et des conceptions des acteurs à l’égard des
mathématiques et de leur enseignement dans l’échec des étudiants de première
année ?
Ce sont là quelques questions qui nous serviront de fils conducteurs pour cette
recherche. De façon spécifique, nous visons les objectifs suivants:
Les problèmes de transition entre cycles ne sont pas nouveaux et spécifiques au Burkina
Faso. Des auteurs (Artigue, 2004; Barro/Pitroipa, 2007; Najar, 2010) se sont intéressés à
la question. Le paragraphe suivant nous situe sur les travaux réalisés dans ce sens au
Burkina Faso et ailleurs dans le monde.
Dans les lignes qui suivent nous montrons la pertinence de notre thème à travers une
revue des travaux relatifs au sujet de notre recherche
Au Burkina Faso, des études (Barro/Pitroipa, 2007; Douamba, 1999; Koné, 2006) ont
traité du problème d’échec lors de transitions scolaires. Barro/Pitroipa (2007) a étudié
la corrélation entre la transition secondaire/supérieur et l’échec des étudiants de
première année en physique et chimie. Les travaux de Sebego (2005) et Koné (2006)
ont traité de l’échec en mathématiques en relation avec la transition du primaire au post-
12
Une des recommandations de cet atelier est la mise en place d’une commission mixte
légère chargée de la liaison enseignement secondaire/enseignement supérieur, une
recommandation qui semble restée sans suite.
Notre travail se propose de rechercher plus profondément les disparités dans les
méthodes et techniques d’enseignement, les liens entre les programmes d’enseignement
en mathématiques et les croyances et conceptions à l’égard des mathématiques qu'ont
les acteurs, susceptibles d’occasionner des difficultés chez les étudiants de première
année.
13
Dans sa communication intitulée « quand les bonnes méthodes ne marchent pas » Nadia
Azrou (Azrou, 2007) relève plusieurs causes d’échec des étudiants tels que l’absence de
préparation des élèves pour l'université sur les plans mathématique, social et
scientifique, de la part du lycée et de l'université. La différence entre l'enseignement des
mathématiques au secondaire et à l’université; l’absence d'éducation mathématique
(ensemble de techniques, de méthodes et de connaissances de base) chez les bacheliers,
y sont aussi relevés à travers son expérience personnelle.
Faïza Chellougui (Chellougui, 2007) relève les difficultés engendrées par le formalisme
mathématique, dans la gestion et la manipulation des quantificateurs chez les nouveaux
venus à l’université lors de l’introduction d’une nouvelle notion mathématique.
Denise Grenier et Charles Payan (Grenier & Payan, 2007) dans une communication sur
les « savoirs transversaux » ont relevé que ces savoirs, nécessaires aux études
universitaires, ne sont pas construits par l’enseignement secondaire français. Pour ces
14
Le volet culturel de la transition a été étudié par Artigue (2004). Pour elle, les
institutions où sont enseignées les mathématiques ont leur culture mathématique propre
à elles ; à travers les objets de savoir qui s’y enseignent, mais aussi par des savoir-faire,
des modes de pensée et des pratiques qui orientent la transposition et influencent les
pratiques et les conceptions. La transition entre le secondaire et le supérieur est donc de
son point de vue une transition entre deux cultures : la culture secondaire et la culture
universitaire. Elle distingue les niveaux suivants dans une culture mathématique: le
formel lié aux croyances, l’informel correspondant aux schémas d’action et de pensée
non explicités et le technique correspondant à la part explicite de la connaissance, aux
techniques et aux théories.
Les éléments du changement de culture lors de la transition ont été relevés par d’autres
chercheurs :(Bloch, 2000; Gueudet, 2008; Praslon, 2000 -b). De ces éléments, nous
pouvons citer l’accélération du temps didactique à l’université, l’évolution de la
dialectique cours/exercices, l’évolution du degré d’autonomie, l’évolution des objets
d’enseignement et la modification du contrat didactique.
Des travaux de Dorier (1990) ont montré que le blocage dans la résolution de
problèmes est dû au manque de maîtrise du langage ensembliste et la déficience dans les
connaissances de logique élémentaire. Ces déficiences rendent inopérantes les
connaissances d’algèbre linéaire étudiées. Corriveau (2007) remarque des difficultés
liées à l’usage du symbolisme mathématique et des règles de logique dans
l’établissement de démonstrations par les étudiants. Les symboles représentent des
nouveaux objets mathématiques enseignés sans insistance par les enseignants. La
complexité des tâches de démonstration soumises aux étudiants d'un cours du collégial7
et la préparation à ces tâches au secondaire ont été analysées. L’auteur conclut avec des
pistes de réflexions et d'interventions visant à minimiser les impacts de cette transition
secondaire-collégial.
Notre problématique étant campée avec nos questions et objectifs de recherche, dans les
lignes qui suivent, nous abordons les cadres théorique et conceptuel.
7
L’auteure est canadienne et le collégial correspond à 6 et 7 ans après les études primaire dans ce pays, le
secondaire dure 5 ans après le primaire. Le collégial correspondrait aux classes de première et terminale
au Burkina Faso.
16
Dans cette partie nous élucidons les concepts clés de notre étude et nous précisons les
fondements théoriques sur lesquelles nous nous appuyons pour notre analyse.
8
Agence Française de Normalisation
17
9
[Link] consulté le 13/07/2012 à 21 heures
10
Avec l’entrée dans le système Licence-Master-Doctorat, l’enseignement a été semestrialisé et la
première année est formé des deux premiers semestres de la Licence
18
2.1.3. Préréquis
11
Paul Foulquié, Dictionnaire de la langue pédagogique, Paris, PUF, 1971
19
Une méthode pédagogique décrit le moyen pédagogique adopté par l’enseignant pour
favoriser l’apprentissage et atteindre son objectif pédagogique. Plusieurs auteurs ont
donné leur définition à l’expression méthode pédagogique. Pour Mialaret12 une
méthode pédagogique est « un ensemble plus ou moins bien structuré, plus ou moins
cohérent d’intentions et de réalisations éducatives orientées vers un but explicitement
énoncé ou implicitement admis. » (p.224).
La méthode désigne pour nous, la manière dont les trois éléments de la situation
d’enseignement/apprentissage à savoir l’enseignant, l’apprenant et le savoir sont
organisés.
12
MIALARET Gaston, Pédagogie générale, Paris, PUF, 1991, 598 pages.
20
La définition varie selon les auteurs. Pour Nadeau (1988), un programme d’études est
un ensemble organisé de buts, d’objectifs, de contenus séquentiels, de moyens
didactiques, d’activités d’apprentissages et de procédés d’évaluation. Ils forment une
liste de contenus à enseigner avec un découpage des durées de chaque enseignement.
On parle de contenus et instructions officielles. Le programme est une liste du contenu
des cours, de ce qui est enseigné, il ne s’occupe généralement pas de préciser le
“comment”, ni «pourquoi» telle matière doit y être incluse ou quels sont les rôles
respectifs des enseignants et des étudiants. Le programme d’études diffère du
curriculum.
Le curriculum, comme l’ont noté des auteurs, comme Kelly (Kelly, 1989) est un vaste
domaine d’étude. Il ne traite pas seulement du contenu, mais aussi des méthodes
d’enseignement et d’apprentissage. Il précise en outre les buts et objectifs qu’il envisage
d’atteindre et les moyens qui permettront d’en mesurer l’efficacité. Le curriculum inclut
la conception, l’organisation et la programmation des activités
d’enseignement/apprentissage selon un parcours éducatif. Il regroupe l’énoncé des
finalités, les contenus, les activités et les démarches d’apprentissage, ainsi que les
modalités et moyens d’évaluation des acquis des élèves. Sa conception se fait l’écho
d’un projet d’école reflétant un projet de société; elle donne lieu à des comportements et
pratiques ancrés dans une réalité éducative donnée.
Dans notre recherche, nous désignons par programmes d’études une liste de contenus à
enseigner et d’instructions officielles.
Dans cette section, une définition des concepts d’enseignement et d’apprentissage selon
des théoriciens de l’éducation, une description des principaux courants liés à
l’enseignement/apprentissage, et notre position par rapport à ce concept sont exposées.
Les concepts d’enseignement et d’apprentissage ont été et sont toujours au centre des
préoccupations des penseurs de l’éducation. Il convient de rappeler que dans le
processus enseignement/apprentissage, les éléments en jeu sont le « savoir »,
« l’enseignant » et « l’élève ». Des rapports entretenus entre ces trois éléments du
processus enseignement/apprentissage se dégagent différents courants pédagogiques.
Toute situation pédagogique s’articule autour de ces trois éléments dont deux appelés
"sujets" prédominent sur le troisième qui doit accepter la place de "mort".
Quand l’axe enseignant-savoir est trop fort (exemple des cours magistraux),
l’enseignement est centré sur la matière, l’apprenant est oublié, il s’installe dans la
passivité ou chahute:
[…] il devient alors "fou" par rapport au règle de ce jeu pédagogique; c'est le
chahut, l'indiscipline, l'inattention, le désintérêt… Ne trouvant pas son compte
dans le dialogue professeur-savoir, le mort fait le fou soit par une présence trop
massive (chahut), soit par une absence trop délibérée (désintérêt). (Houssaye,
1992,p.44)
Quand l’axe apprenant-savoir est dominant, le rôle du professeur est celui de guide.
Pour Legendre (1993), apprendre c’est « intégrer, assimiler, incorporer des données
nouvelles à une structure cognitive interne déjà existante […] Apprendre implique chez
le sujet un changement durable au niveau des connaissances, des comportements et des
attitudes » (p.66).
23
Enseigner » vient de « signare » qui signifie « placer un signe ». Ainsi enseigner c’est
laisser une marque (celle du maître) sur un sujet (l’apprenant). Selon Legendre
(Legendre, 1993) « enseigner c’est communiquer un ensemble organisé d’objectifs, de
savoirs, d’habilités et, ou de moyens, et prendre les décisions qui favorisent au mieux
l’apprentissage d’un sujet dans une situation pédagogique. « Enseigner » est du côté du
maître. Une revue de la littérature sur les théories de l’apprentissage s’avère nécessaire
pour éclairer notre position.
Ses fondements théoriques remontent jusqu’à Aristote et dérivent des travaux des
philosophes empiristes britanniques et de la théorie darwinienne de l’évolution, qui
mettent en relief la façon dont les individus s’adaptent à leur environnement. Toutefois,
c’est le psychologue américain John Watson qui a introduit le terme behaviorisme au
début du XXe siècle. Les travaux du russe Ivan Pavlov sur le conditionnement des
animaux ont fortement influencé la théorie.
24
13
Shannon, C. E. et Weaver, W. (1949).A mathematical model of communication. Urbana, IL :
University of Illinois Press.
26
plus, on encourage les étudiants à explorer la richesse du monde tout en les mettant au
défi d’en comprendre sa complexité. À l’opposé, les étudiants qui suivent un cours plus
traditionnel (exposé magistral) reçoivent l’information qui leur sera nécessaire pour
pouvoir aller au laboratoire.
À ce sujet, Ausubel souligne le rôle central joué par les processus de structuration dans
l’apprentissage et reprend l’idée de Bruner qu’il est essentiel de prendre en compte ce
que l’apprenant connaît déjà. Par contre, contrairement à ce dernier, il refuse la
29
Aujourd’hui les principes proposés par Ausubel s’inscrivent dans les pratiques
pédagogiques courantes d’une majorité d’enseignants. Par contre, à l’époque ces idées
ont eu l’effet d’une sorte de révolution des manières d’étudier la pensée de l’homme.
On assistait à un véritable saut épistémologique par rapport aux approches préconisées
par les tenants du behaviorisme radical.
14
Ausubel D.P.(1969) dans Ausubel D.P., Robinson, F.G., Eds, School learning. An introduction to educationnal
psychology, HRW, New York, cité par Meirieu Ph. (1988), dans Apprendre… oui, mais comment? , ESF éditeur, p
129.
30
Une seconde version des courants cognitivistes prend appui sur l’étude des stratégies
cognitives. Les théoriciens de la notion de stratégies cognitives considèrent l’apprenant
comme un intervenant actif du processus d’apprentissage. Pour déployer cette activité, il
mettra en œuvre ce qu’on a pris l’habitude d’appeler des stratégies cognitives
d’apprentissage ou plus simplement des stratégies d’apprentissage.
L’élève n’arrivera à donner du sens à une connaissance que si elle apparaît comme
un outil indispensable pour résoudre un problème qu’il se sera approprié.
La mise en place de travaux de groupe, l’organisation de débats entre les élèves peuvent
faciliter ces interactions. L’élève construit son savoir, cette construction pouvant être
facilitée par la mise en place de conflit sociocognitif, d’où le nom de ce modèle :
socioconstructiviste.
Une clarification des termes croyance et conception et une prise de position par
rapports à ceux-ci sont l’objet de ce sous-paragraphe.
Pour cet auteur, toutes les expressions affectives, les conduites, les réponses
corporelles et verbales des individus sont des effets, non pas d’une excitation
extérieure en tant que telle, mais de la représentation qu’ils ont; tout stimulus, toute
33
En synthétisant les définitions de nombreux auteurs, Bernard Gaffié (2005) définit une
représentation sociale comme :
Dans le cadre de notre étude, nous retenons le concept de représentations comme les
croyances, les points de vue et préférences des acteurs de l’éducation pour des choses
relevant de leur domaine, en particulier des mathématiques et de leur enseignement.
Les croyances du corps enseignant sur la nature des connaissances d’une discipline et
sur leur enseignement ont un rapport direct avec la façon de comprendre et d’enseigner
cette discipline. Elles constituent un facteur incontournable dans la compréhension des
choix des enseignants dans le processus enseignement/apprentissage. Elles peuvent être
de véritables obstacles au développement professionnel des enseignants et à
l’amélioration des processus d’enseignement/apprentissage. On ne peut nier l’existence
d’un lien entre les modes de pensée des professeurs et leurs manières d’organiser
l’enseignement-apprentissage en classe (De Jong, 1998). Les conceptions qu’ont les
professeurs sur la matière influencent leurs méthodes pédagogiques et jouent sur la
réussite des élèves. Pour Shavelson et Stern (1981) :
Des études de cas menées auprès de trois enseignantes canadiennes (Gonzalez, 1984)
ont révélé qu’un examen de la relation entre les conceptions et la pratique montre le rôle
important joué par les croyances des enseignants, leurs vues et préférences à propos des
mathématiques et de son enseignement dans leurs pratiques pédagogiques et leurs
comportements en classe. Ce rôle quoique subtile et différent selon les enseignants, se
manifeste par le biais de facteurs divers interagissant entre les conceptions et affectant
les pratiques pédagogiques, les décisions des enseignants, donc le processus
enseignement/apprentissage.
35
Gallager (1993) analyse les conceptions sur l’enseignement suivant deux axes : le degré
de proximité avec le savoir savant et les objectifs d’apprentissage.
Par le degré de proximité avec le savoir savant, on distingue l’enseignement en tant que
transmission d’information, l’enseignement en tant que contenu organisé et
l’enseignement en tant qu’ensemble d’activités de manipulations. Dans le premier cas
l’enseignant suit la logique scientifique et transmet juste le savoir qu’il connait. Dans le
second cas, l’enseignant organise une adaptation de contenus et dans le dernier cas il
choisit une structuration signifiante pour les élèves à travers des activités permettant aux
élèves de trouver le signifié des concepts.
Suivant les objectifs d’apprentissage, l’enseignement peut être vu en tant que cycle
d’apprentissage, changement conceptuel ou réorganisation cognitive. Dans le premier
cas l’apprentissage est perçu comme l’acquisition de connaissances transmises ou
découvertes, l’exploration, l’invention d’explications et l’application à d’autres
situations. Dans le second cas, l’apprentissage se fait à travers l’identification des idées
des apprenants et l’aide apportée par l’enseignant pour produire le changement souhaité.
Dans le dernier cas l’apprentissage se produit par construction et ce par l’utilisation de
36
stratégies pour aider les élèves à donner du sens aux idées et à construire des liens entre
elles.
Pour les enseignants, les mathématiques sont "un savoir libérateur" tandis que les élèves
le considèrent comme figé, voire autoritaire. Cette dichotomie constatée entre la
représentation que l’apprenant et l’enseignant se font des mathématiques est encore plus
perceptible lorsque l’enseignement est centré sur les technicités opératoires, notamment
en algèbre, où la coupure entre calcul et signification est constamment réaffirmée.
La gestion par l'enseignant des interactions entre le savoir et lui-même ou encore entre
le savoir et l'apprenant constitue une des principales variables du système didactique.
C'est, entre autres, l'enseignant qui, de façon plus ou moins consciente, contrôle les
choix didactiques, c'est-à-dire tous les choix liés à sa tâche d'enseignement (Bouvier,
1986). Tout au long de sa pratique, il prend des décisions instantanément et sur-le-
champ. Or, parmi les facteurs qui influencent ses choix, il y a son point de vue sur la
connaissance à enseigner (que sont les mathématiques? qu'est-ce que faire des
mathématiques?), son point de vue sur les objectifs généraux de l'enseignement et sur
ceux qui sont spécifiques aux mathématiques, son point de vue sur les élèves, leurs
compétences et leurs conceptions, sa représentation du processus d'apprentissage,
l'image qu'il se fait des demandes de l'institution (explicites, implicites ou supposées),
de la demande sociale et, en particulier, de celle des parents. L'ensemble de ces points
de vue constitue ce que nous appelons les conceptions de l'enseignant. Thompson
(1992) constate que l'organisation du comportement des enseignants est influencée par
37
les conceptions, les visions et les préférences conscientes ou non des enseignants au
sujet des mathématiques et de leur enseignement. Leurs conceptions concernant les
élèves, l'enseignement en général, et la composition sociale et émotionnelle de la classe
entrent également en jeu.
Il n’est pas rare d’entendre la phrase « c’est une vérité mathématique » sortir au cours
d’un débat par un intervenant pour affirmer le caractère véridique de ce qu’il propose.
Cette tendance vulgarisée est rattachée à une certaine vision des mathématiques comme
un ensemble de vérités infaillibles et universelles. Au-delà du commun des hommes,
nombre de chercheurs souscrivent ou défendent cette vision (Conne cité par Charnay,
1995 ; Ernest cité par Traoré (2007;p.34)) .
Les méthodes logico-déductives, les axiomes et les définitions, les règles d’inférences
logiques admises sont les bases de cette position à l’égard des mathématiques, défendue
par plusieurs courants de pensée. De ces courants nous pouvons citer le logicisme, le
formalisme et le platonisme.
38
La vision dite absolutiste des mathématiques, qui trouve les vérités mathématiques
absolues, infaillibles, universelles et neutres, est contestée par certains chercheurs. En
effet le fait que les règles d’inférence logique, pierre angulaire de cette vision ne soient
pas elles mêmes démontrées, constitue un point de faiblesse majeure pour cette posture.
15
Défendue par Frege (1893), Russel (1919), etc. cités par Traoré (2007)
39
Plusieurs travaux montrent que le contexte est d’une importance capitale et jouent sur
la manière dont les savoirs, en particulier les savoirs mathématiques, sont perçus et
appris.
Les "ressources" mathématiques sont liées aux pratiques incarnées par un système
culturel. L’hypothèse faite sur le transfert des mathématiques issues de l’école vers les
pratiques est infirmée par les travaux de Lave (1988, 1996) et de Traoré (2007). Ces
auteurs définissent les mathématiques comme des pratiques sociales. Les pratiques
mathématiques dans la vie quotidienne ont un caractère situé et contextuel. La pratique
renvoie à une action dans un contexte historique et social qui la structure et lui donne un
sens (Lave, 1988) . Pour Lave (1988) le contexte ne doit pas être considéré comme
externe à l’individu, ce qui sera pour lui une conception réductrice du concept, car
celui-ci englobe à la fois la structure située et les situations. Selon le même auteur, le
contexte comprend à la fois la culture (système de sens, de valeurs, organisation sociale
et économique…) et le monde expérientiel des acteurs (personne agissant en situation).
Le même auteur parle de ressources structurantes, qui sont des ressources qu’un
individu mobilise dans l’action et qui balisent les activités dans plusieurs situations.
L’école n’est pas le seul lieu d’acquisition de connaissances mathématiques. Lave et
Wenger (1991) trouvent en une "communauté" de pratiques un rôle important et
déterminant dans l’apprentissage. L’appartenance à une communauté de pratique exige
un engagement mutuel, une entreprise commune et un répertoire partagé de ressources.
L’adhésion à une communauté de pratiques se fait progressivement. Pour les mêmes
auteurs, l’adhésion à un groupe de pratiques part d’une participation périphérique
légitime qui est appelée à être par la suite une participation centrale. Cette notion de
participation périphérique légitime aide à la compréhension des apprentissages en
contexte (Kanté, 1993 cité par Traoré (2007). Dans cette vision les mathématiques sont
40
Pour cette vision des mathématiques, les savoirs mathématiques ne doivent pas être pas
perçus comme des savoirs décontextualisés. La prise en compte des savoirs
mathématiques construits en contextes dans le processus enseignement/apprentissage
pourrait résoudre certaines difficultés d’apprentissage. Nous nous appuierons sur cette
vision pour l’analyse des représentations, croyances et conceptions des enseignants et
des apprenants à l’égard des mathématiques.
La transition entre cycles est une notion clé de notre recherche. Dans la section suivante,
nous présentons les cycles d’enseignement secondaire et supérieur au Burkina Faso et
quelques théories sur les transitions scolaires.
Le système éducatif du Burkina Faso16 dans son volet formel, compte quatre ordres
d’enseignement hiérarchisés: l’enseignement de base, l’enseignement secondaire et
l’enseignement supérieur, la formation technique et professionnelle. Le passage d’un
ordre d’enseignement à l’autre est institutionnellement organisé. Le passage de
l’enseignement secondaire à l’enseignement supérieur faisant l’objet de notre étude,
nous définissons dans le paragraphe suivant ces ordres d’enseignement avant de donner
un modèle théorique pour l’analyse du concept de transition.
16
Reforme du système éducatif burkinabè de 2007
17
la loi N°013-2007/AN7 portant le nom loi d'orientation de l'éducation
41
18
Rapport de la commission interministérielle de réflexion sur la reforme du système éducatif(2007)
42
comme une « organisation temporelle que se donne une personne, comportant une
origine et une fin plus ou moins floues » (p.2). La transition est aussi « une réalité
psychologique subjective » et engage à la fois inscription dans le temps, changement
d’espace et processus de transformation, laissant une part importante au contexte (Elder,
1994).
Nous concevons la transition comme le passage brusque ou graduel d’un état vers un
autre, l’état comprenant à la fois l’organisation interne et externe propre à l’individu.
Les transitions peuvent être vues sous l’angle d’un rite de passage. La théorie du rite de
passage est utilisée essentiellement pour des études ethnographiques. Son application
dans le domaine de l’école fût l’œuvre des anglo-saxons comme Wolcott (, 1975) et
Woods (1990). En France, Berthier 1996) a publié une Ethnographie de l'Ecole
Un autre modèle d’analyse des transitions dont nous faisons la synthèse est le modèle
écologique inspiré des travaux de Bronfenbrenner (Bronfenbrenner, 1996). Le modèle
écologique du développement humain, proposé par le psychologue Uri Bronfenbrenner
est centré sur l'individu. Il se fonde sur le fait que l'être humain se développe tout au
long de la vie à travers des interactions toujours plus complexes entre l'individu et son
environnement, aussi bien que sur la nature changeante du milieu et le processus
d’adaptation de l’individu. Ces interactions prennent place de manière régulière et sur
une période de temps étendue.
19
Nous utilisons le terme « enfant » de préférence, mais il pourrait être remplacé par élève, apprenant ou
étudiant suivant le contexte
44
le plus d’ampleur. Ainsi, les interactions établies entre l’enfant et le parent vont assurer
la qualité de la relation. Les ressources matérielles dont dispose la famille sont
également un autre facteur exerçant une influence sur le microsystème familial. Cela
signifie que la pauvreté au plan de ressources physiques (faible revenu, insuffisance de
moyens matériels), la pauvreté au plan des ressources sociales (isolement social de la
famille, (Caouette, 1992.) ségrégation de toute nature) sont des éléments pouvant nuire
au développement de l’enfant tant au niveau physique, socio-affectif que cognitif (
Bouchard, 1991; Caouette, 1992). Les microsystèmes pour analyser une transition
dépendent étroitement de la problématique traitée.
Le chronosystème
Des chercheurs se sont appuyés sur cette théorie du modèle écologique pour tenter de
conceptualiser les transitions scolaires. Rimm-Kaufman&Pianta (Rimm-Kaufman et al.,
2000) propose un modèle écologique et dynamique de la transition (Ecological and
dynamic model of transition) qui peut être basé sur l’enfant20 , sur les effets directs21 ou
sur les effets indirects22.
20
Statut socioéconomique, habilités cognitives et comportementales, QI, sexe, etc.
21
Interactions entre l’enfant et la famille, les éducateurs ou enseignants, l’école, les pairs, le voisinage
22
Interactions bidirectionnelles entres les éléments de l’environnement de l’enfant que sont la famille,
l’école, les éducateurs ou enseignants, les pairs, le voisinage
46
Départ Arrivée
Educateurs,
Educateurs,
enseignants,
enseignants, lycée Pairs Pairs
Université
Elève Etudiant
Le point central de cette approche est l’évolution entre les contextes. Le développement
et le changement des interactions affectent directement ou indirectement l’adaptation de
l’élève/étudiant.
Les modèles écologiques fournissent un cadre pour analyser les transitions scolaires, et
ont été appliqués de façon régulière à la transition à l'école primaire (Dockett, 2004;
Dunlop, 2002.). Rimm-Kaufman&Pianta (2000) ont utilisé leur modèle écologique et
dynamique de la transition pour décrire la façon dont l'enfant, les facteurs de la maison,
l'école, les pairs, et le quartier créent un réseau dynamique de relations qui influent sur
la transition des enfants à l'école à la fois directement et indirectement. Le même cadre
peut être appliqué à d'autres transitions scolaires, où les relations et les liens entre (et à
travers) différents contextes (ou écologies) peuvent influencer le passage des élèves
entre différents environnements éducatifs. Nous userons de cette approche
essentiellement nord-américaine pour rechercher les causes de la difficile transition
entre cycles aux Burkina Faso, et ce du primaire au supérieur.
47
Les systèmes d’éducation sont structurés par ordres d’enseignement et par cycles de
même qu’en filières et en programmes de formation. Les modalités de passage d’un
ordre d’enseignement à l’autre sont fixées par chaque système éducatif. Le système
éducatif burkinabè compte quatre ordres d’enseignement : le préscolaire,
l’enseignement de base, le secondaire et le supérieur. En attendant de revenir sur la
transition entre les deux derniers ordres d’enseignement, que revêt le terme transition ?
Quels sont les modèles de transition en cours dans les systèmes éducatifs ?
Les transitions constituent des étapes clés dans la vie des élèves23 et des étudiants. Elles
provoquent des changements plus ou moins profonds pour la suite de leurs études..
23
Le terme élève est utilisé pour les apprenants du secondaire et étudiants pour les apprenants du
supérieur
24
Doray, Pierre et al. (2009). Les parcours éducatifs et scolaires : quelques balises conceptuelles.
Montréal : Fondation canadienne des bourses d’études du millénaire
48
Les écarts de cette intégration liés aux programmes, aux représentations et aux
méthodes d’enseignement et d’évaluation constituent la pierre angulaire de notre étude.
Un aperçu de ce que sont les mathématiques dans chaque ordre d’enseignement pourrait
planter le décor sur les difficultés qui se dressent aux étudiants dans le processus de
transition secondaire/supérieur.
Dans cette partie, nous exposons quelques repères théoriques pour l’analyse des
obstacles liées à l’accroissement des attentes sur le formalisme et la démonstration.
51
2.5.1. Le formalisme
En première année d’université des symboles apparaissant dans les définitions mettent
en jeu des connaissances dans les domaines de la logique, avec la présence de
quantificateurs et d’implications, et de la théorie des ensembles puisqu’il y a des
intersections et des inclusions d’ensembles (Bridoux, 2011) . Or, ces connaissances ne
font pas l’objet d’un enseignement explicite au lycée. L’auteur conclut que le manque
d’enseignement explicite est une des causes d’échec en algèbre linéaire que des auteurs
(Sierpinska et al. cité par Tanguay, 2002, p.37) appellent l’obstacle du formalisme.
La démonstration occupe une place centrale dans le domaine des mathématiques. Arsac
(1988) attribue l'importance accordée à la démonstration au fait qu'elle départage les
mathématiques des sciences expérimentales. La démonstration est le procédé de
validation qui caractérise les mathématiques par rapport aux sciences expérimentales.
Depuis qu’elle est apparue dans la mathématique grecque du Ve siècle av. J.C, elle
52
occupe du point de vue épistémologique une place centrale dans cette discipline (Arsac,
1988). Les activités les plus frappantes du mathématicien sont: la découverte de
démonstrations rigoureuses et la construction de systèmes axiomatiques. De plus, la
démonstration se trouve au cœur de débats entre mathématiciens. Comme l’explique
Lakatos (1976), les mathématiques non formelles, quasi empiriques, ne se développent
pas par un accroissement continu du nombre de théorèmes indubitablement établis, mais
dans l'amélioration incessante des conjectures grâce à la spéculation et à la critique,
grâce à la logique des preuves et des réfutations.
Une étude didactique et épistémologique menée par Balacheff (1988) met l'accent sur
le sens de la démonstration, c’est-à-dire sur son rôle d’outil de validation dans la
communauté des mathématiciens. Il distingue explication, preuve et démonstration.
L'explication est un propos rendant accessible la valeur de vérité d'un énoncé sans qu'on
ait à statuer sur les critères d'acceptabilité des éléments de l'explication. Lorsque
l'explication est acceptable pour une communauté, alors elle devient une preuve. Plus
précisément, Balacheff (1987) définit la preuve comme :
Cette vision de la démonstration correspond bien au point de vue que nous adoptons
dans ce travail de recherche. La maîtrise des règles de déduction et du discours
strictement codifié est indispensable dans l’exécution des tâches de démonstration. Les
différences dans la maîtrise des ces règles de déduction et du discours codifié forment
un des volets de notre étude.
Le cadre théorique étant fixé, quelles peuvent être nos hypothèses de recherche ? En
rappel le présent travail a pour but de comprendre l’importance de la responsabilité de
la transition secondaire/supérieur dans l’échec des étudiants de première année dans les
filières scientifiques à l’université de Ouagadougou en Mathématiques. Il doit nous
permettre de nous prononcer sur l’importance de la responsabilité des croyances et des
conceptions des acteurs à l’égard des mathématiques et de leur enseignement. Il doit
aussi nous permettre de nous prononcer sur la rupture dans les exigences dans le
formalisme mathématique et la démonstration tant dans les programmes
d’enseignement du secondaire et de première année d’université que dans les pratiques
de classes au secondaire et en première année d’université. En cohérence avec nos
objectifs et questions de recherche, nous formulons les hypothèses suivantes :
Hypothèse 1
Les indicateurs sont les points de vue des acteurs relatifs à chaque dimension de la
variable
Hypothèse 2
Hypothèse 3
l’entrée à l’université que les programmes et les pratiques des enseignants du secondaire
n’anticipent pas. Les exigences en démonstration à l’université ne sont pas acquises par
les postulants en première année universitaire.
Le choix d’une approche de recherche se fonde sur plusieurs éléments. De ces éléments
on peut citer ceux relatifs à la problématique, à la nature des questions ou des objectifs
de recherche, mais à la cohérence avec les fondements épistémologiques et théoriques
de la recherche. L’investigation des représentations des enseignants, élèves et étudiants,
l’étude de l’articulation entre les deux ordres d’enseignement que sont le secondaire et
le supérieur sur le plan du formalisme, de la démonstration et des méthodes
d’enseignement sont les objectifs de notre recherche. Les données à recueillir sont de
natures diverses et nous choisissons une approche mixte de recherche, alliant méthode
qualitative et quantitative. Nous justifierons notre choix après un bref aperçu théorique
de ces deux approches majeures en sciences sociales.
Parmi les limites on peut retenir le manque d’importance donné au point de vue de
l’enquêté, la faible analyse du sens que les acteurs donnent à leurs pratiques, aux
événements dont ils ont pu être les témoins. Elle retranscrit assez mal les systèmes de
valeur et les repères normatifs à partir desquels les individus s’orientent et se
déterminent.
Les méthodes qualitatives permettent de recueillir des informations que l’on ne peut
obtenir par d’autres méthodes. Elles passent par le recueil d’informations
58
Une partie de notre recherche porte sur les représentations des acteurs du système
éducatif impliqués dans la transition secondaire/supérieur à propos des mathématiques
et de leur enseignement. Selon Jodelet (1989) :
Investiguer les représentations conduit à s’intéresser aux discours écrits ou oraux et aux
actes des acteurs. L’analyse des exigences en formalisme et en démonstration dans les
deux cycles d’enseignements induit une analyse des documents programmes et
l’analyse de tâches données aux apprenants. L’étude des représentations, l’analyse des
exigences en formalisme et en démonstration nous conduisent à des méthodes
qualitatives dans notre recherche
Les outils utilisés par les méthodes qualitatives sont généralement l’entretien,
l’observation et l’analyse documentaire.
Dans les paragraphes précédents nous avons passé en revue les approches qualitatives et
quantitatives de recherche avec leurs forces et faiblesses.
59
Pour Denzin 25(1989) « les faiblesses d'une méthode de recherche sont souvent la force
d'une autre, et en les combinant on peut atteindre le meilleur de chaque méthode, tout en
dépassant leurs déficiences particulières » (p.117). Pour cet auteur intégrer les deux
types de méthodes enrichirait la recherche. Mais comment intégrer deux méthodes en
apparences opposées ? La question a intéressé les chercheurs ces dernières années.
Patton (1987); Reichardt et Rallis (1994), Rousseau ((1996)); Thierry Karsenti et
Savoie Zajc (2000) ont contribué au débat sur la nature d’une approche mixte de
recherche. Elle est un paradigme de recherche, intégrateur de différentes approches
de recherche en éducation, associant à la fois des éléments de la recherche qualitative
et quantitative et qui se développe progressivement. Thierry Karsenti et Savoie Zajc
(2000) la qualifient d’une approche pragmatique de la recherche dans laquelle des
données qualitatives sont jumelées à des données quantitatives afin d’enrichir la
méthodologie et, éventuellement, les résultats de recherche :
Ces méthodologies sont de plus en plus souvent abordées non pas sous
l’angle de leurs différences, mais sous celui des complémentarités qu’elles
peuvent apporter à la recherche. Une vision pratique de la recherche est en
train de s’instaurer par laquelle le chercheur met en œuvre diverses
méthodes de travail empruntées à l’une ou à l’autre des méthodologies afin
d’effectuer une recherche la plus utile ou la plus instructive possible.
(Karsenti & Savoie-Zajc, 2000, p.132)
25
Denzin N.,The Research Act. Englewood Cliffs, Prentice Hall, 1989
60
L’étude des conceptions des acteurs sur les mathématiques, l’analyse des programmes et
des méthodes d’enseignement dans les deux ordres d’enseignements induisent un
recueil de données à la fois qualitatives et quantitatives. Cette approche mixte est une
suite naturelle et surtout pragmatique aux méthodologies traditionnelles de nature
quantitative ou qualitative. Elle fait un mariage stratégique de données qualitatives et
quantitatives, de façon cohérente et harmonieuse et facilite la triangulation des résultats
de recherche.
Notre approche méthodologique étant fixée, nous abordons dans la section suivante les
instruments de notre recherche en lien avec l’approche de recherche choisie pour cette
recherche.
informations, en relation avec le but fixé. (Grawitz, 2001, p.644). Cette définition se
rapproche de celle de Cannel (1974) :
L’entretien est une conversation initiée par l’interviewer dans le but spécifique
d’obtenir des informations de recherche pertinentes qui est centrée par le
chercheur sur des contenus déterminés par les objectifs de recherche. (p.385).
Pour Blanchet et Gotman, «l'entretien[…] fait appel au point de vue de l'acteur et donne
à son expérience vécue, à sa logique, à sa rationalité, une place de premier plan.»
(Blanchet, 1992, p.23)
- l’analyse du sens que les acteurs donnent à leurs pratiques, l’analyse de leur système
de valeurs, de leurs repères normatifs, de la lecture de leurs propres expériences
- l’analyse d’un problème précis ses données, les points de vue en présence, ses enjeux,
les systèmes de relations entre les individus
Notre recherche porte sur les conceptions des acteurs sur des aspects liés à la transition
secondaire/supérieur. Les entretiens porteront sur leurs représentations des
mathématiques et de leur enseignement, leurs points de vue sur l’articulation des deux
cycles d’enseignement sur le plan du formalisme et de la démonstration de même que
sur le saut au niveau des méthodes d’enseignement quiseront investigués. Des
entretiens semi-dirigés seront donc utilisés et porteront sur les trois volets ci-dessus
cités à savoir les représentations, l’articulation entre les cycles d’enseignement sur le
plan du formalisme et de la démonstration et le saut au niveau des méthodes
d’enseignement.
62
Les conceptions des acteurs à propos des mathématiques ne peuvent uniquement être
appréhendées à partir d’un questionnaire. Un entretien avec les acteurs clés permet de
mieux saisir leurs conceptions. Ceci nous convainc d’opter pour des entretiens semi-
directifs avec certains des acteurs qui seront déterminés dans la section suivante. Ces
entretiens ont pour but d’avoir le point de vue d’acteurs avisés et au centre du champ de
notre étude.
Ces entretiens nous fourniront aussi des informations sur d’autres éléments clés de
notre recherche : la liaison entre le secondaire et le supérieur sur le plan du formalisme
et de la démonstration et le « saut méthodologique » dans l’enseignement/apprentissage
des mathématiques du secondaire au supérieur.
Ils seront enregistrés et les données qui en seront tirées transcrites. Les suggestions à ce
sujet sont nombreuses (Bogdan, 1975; Lincoln & Guba, 1985; M. Patton, Q., 1980).
Ces auteurs sont unanimes que la transcription devrait transformer le plus fidèlement
possible l’expression orale des sujets en expression écrite pour reprendre les termes de
Boutin (2000).
L’enquête par questionnaire est une méthode permettant la collecte d’informations sur
un échantillon représentatif de la population objet de l’étude, des informations relatives
63
à une ou plusieurs hypothèses. L’enquête par questionnaire est, de toutes les méthodes
de recueil de données en sciences sociales, la méthode la plus connue et la plus
fréquemment utilisée. Le questionnaire présente de nombreux avantages et est
pratiquement l’instrument le plus adapté aux enquêtes quantitatives (Chauchat, 1995).
C’est un ensemble de questions construites dans le but d’obtenir l'information
correspondant aux besoins du travail de recherche. C’est un outil qui recueille des
données quantitatives qu’on peut traiter avec des méthodes mathématiques.
Dans le cadre de notre étude le questionnaire utilisera une large part de questions
fermées avec des questions ouvertes touchant à la justification des opinions et des
représentations. Nous pensons que cette dernière forme est indiquée pour notre
recherche de par la richesse des informations recueillies et ce malgré la difficulté de son
traitement statistique.
Un des instruments que nous avons retenus pour notre recherche est l’analyse des tâches
données aux apprenants. Dans le paragraphe suivant nous justifions le choix de cet
instrument.
L’analyse des programmes du secondaire et du supérieur est faite à travers les contenus
et instructions relatifs à l’enseignement/apprentissage de la démonstration et du
formalisme.
L’analyse des tâches proposées aux élèves est faite à partir de sujets donnés à l’examen
du baccalauréat26. Les sujets donnés à l’examen du baccalauréat sont sensés faire la
synthèse des savoirs et savoir-faire exigibles aux élèves achevant leur scolarité au
secondaire. Des exercices donnés aux élèves dans les classes de terminale font parties
des tâches à analyser.
L’analyse des tâches proposées aux étudiants est faite à partir de sujets donnés au lors
d’examens au cours des deux premiers semestres (S1 et S2) de la licence 127 en sciences
et technologies et des exercices donnés en travaux dirigés. Ces sujets et exercices de
travaux dirigés semblent, pour nous, être en mesure de refléter les savoirs et savoir-faire
exigibles en première année des filières scientifiques.
Cette analyse vise à repérer les changements dans les exigences et les difficultés liés au
formalisme et à la démonstration.
Nous inspirant des travaux de Robert (1998), de Corriveau (2007) et de Fulvi (2010)
l’analyse des tâches demandées aux élèves et aux étudiants se fera autour de la
complexité de chaque tâche donnée aux apprenants et des activités attendues de ceux-ci,
les «activités attendues» étant les activités souhaitées idéalement de la part des
apprenants. Les axes d’analyses suivantes proposés par Fulvi (Fulvi, 2010, p.48),
chaque axe comportant des questions dont les réponses permettent l’analyse de la tâche
proposée, sont ceux que nous adoptons.
26
Le baccalauréat est le diplôme sanctionnant la fin des études secondaires au Burkina Faso.
27
La licence 1 dans le système LMD à la première année dans le système classique d’avant le LMD. Elle
est constituée des deux semestres S1 et S2.
65
Cette question est en rapport avec les savoirs et savoir-faire exigibles pour réussir
la tâche.
Dans cette partie de l’analyse, ce sont les activités attendues de l’apprenant qui sont
traitées. Nous reprenons les questions de Robert (1998).
Nous appuyant sur la définition du problème ouvert (Charnay, 1993) un énoncé est
ouvert lorsqu’il n'induit ni la méthode, ni la solution, une solution qui ne doit pas être
une application directe des résultats des questions précédentes. Pour Robert et Rogalski
(Robert & Rogalski, 2002), «… une question ouverte est rarement associée à une
application directe d’une connaissance, ne serait-ce qu'à cause du doute initial sur
66
ce qui est à montrer exactement ». Nous considérons qu’un énoncé est fermé lorsque
la méthode, la solution et les propriétés à utiliser sont induites par la question ou les
questions précédentes. Pour Robert et Rogalski (Robert & Rogalski, 2002) l’ouverture
ou la fermeture des questions posées induisent des activités chez les apprenants.
Ces deux dernières questions visent à déceler la complexité des tâches à travers les
éléments de symbolisme, de vocabulaire et les quantificateurs.
Les activités idéalement attendues des apprenants sont visées dans cette partie de
l’analyse. Leurs réponses rendent compte des efforts demandés à l’apprenant en matière
de formalisme et de démonstration. Ces questions font partie des questions formulées
par Fulvi (2000) à la suite de celles formulées par Robert (1998).
67
Selon la forme de l’énoncé, les apprenants n’ont qu’à mettre en œuvre que des
applications simples et isolées des connaissances (théorème, définition, propriété,
formule, méthode, raisonnement, etc.) qu’on leur a indiquées (Robert & Rogalski,
2002). Les connaissances à utiliser étant indiquées, la principale activité de l’élève
consistera à remplacer les données générales par les données particulières pour
déduire le résultat à démontrer.
Ces exemples de Najar (2010) sur des cas de démonstrations en terminale et en première
année d’université illustrent ce niveau :
Les trois axes d’analyse ne sont pas mutuellement exclusifs car les analyses des
deux derniers axes semblent difficilement isolables.
Nous retenons ces trois axes d’analyse pour notre grille d’analyse des tâches
proposées aux élèves de Terminale, de même que pour les tâches proposées aux
étudiants lors des examens des semestres 1 et 2 de la licence en sciences et
technologie
L’analyse documentaire concerne aussi bien les tâches données aux apprenants que les
programmes d’enseignement. A défaut d’un manuel officiel d’accompagnement des
69
acteurs dans les classes du secondaire et du supérieur, nous analysons les contenus et
instructions officielles.
Les outils de récoltes de données jouent un rôle central dans l’atteinte des objectifs de
notre recherche. Dans notre étude, ces outils doivent recueillir des données relatives aux
représentations des acteurs sur les mathématiques et leur enseignement, la rupture dans
les méthodes, programmes d’enseignement et les exigences en formalisme et en
démonstration. Il s’agit des questionnaires et des guides d’entretien.
Des questionnaires
Les questionnaires destinés aux apprenants et aux enseignants comportent trois parties :
une introduction, une identification du répondant et la partie relative aux mathématiques
et à leur enseignement.
L’introduction
L’identification du répondant
Cette partie vise le recueil d’informations sur la qualité du répondant. Les variables
constitutives recherchées sont :
Cette dernière partie du questionnaire vise le recueil d’informations sur trois plans :
les représentations des acteurs à propos des mathématiques et de leur
enseignement,
le saut dans les méthodes, programmes
la rupture dans les exigences en formalisme et en démonstration.
Les représentations des acteurs relatives aux mathématiques et à leur
enseignement
Dans notre cadre théorique, nous définissons les représentations des acteurs comme
les croyances, les points de vue et préférences des acteurs de l’éducation pour des choses
relevant de leur domaine, en particulier des mathématiques et de leur enseignement. Les
représentations relèvent des croyances et valeurs de chaque ordre d’enseignement. Nous
y avons relevé trois dimensions qui sont la posture épistémologique, les opinions, et les
attitudes à l’égard des mathématiques et de leur enseignement. Les indicateurs ciblés
sont : l’inaccessibilité des mathématiques, le sentiment de fatalité dans l’échec en
mathématiques, le niveau des apprenants, la vision des mathématiques et l’utilité des
mathématiques. Ainsi des questions relatives à la difficulté des mathématiques, à la
fatalité de l’échec en mathématiques, au niveau des apprenants en mathématiques, aux
opinions sur les mathématiques, et l’utilité des mathématiques sont posées au public de
notre enquête par questionnaire.
De la rupture dans les méthodes et dans les programmes
d’enseignement
La rupture dans les méthodes et programmes d’enseignement relève du volet écologique
de la transition. Les méthodes et programmes d’enseignement peuvent être logés dans le
macrosystème du modèle écologique de Bronfenbrenner développé au paragraphe 2.4.2.
Nous avons alors retenu comme dimensions l’existence de la rupture, sa force, le lien
entre la rupture et l’échec des étudiants en première année, les difficultés liées à la
71
rupture. Partant de ces dimensions des questions relatives aux facteurs d’échec des
apprenants en mathématiques, au lien entre difficultés des étudiants en mathématiques
et décalage entre les méthodes d’enseignement, à la connaissance des programmes , à la
liaison entre les programmes d’enseignements, aux échanges entre acteurs des deux
ordres d’enseignements sont posées aux enquêtés en fonction eu égard à leur place dans
notre échantillon.
De la rupture dans les exigences en formalisme et en démonstration
Quelle est la réalité de la rupture dans les exigences en formalisme et en
démonstration ? Quelles sont les raisons d’une éventuelle rupture ? Nos outils de
collecte d’informations tels les questionnaires se doivent de répondre à ces questions.
Nous avons dégagé les dimensions suivantes dans ce volet conformément à notre cadre
théorique (paragraphe 2.5) : le niveau des apprenants en démonstration, les difficultés
en démonstration, l’enseignement apprentissage des symboles, du langage, de la
logique et du raisonnement mathématiques et les nouveautés en démonstration dans le
supérieur.
Le tableau suivant donne la synoptique des questions posés dans les questionnaires et le
lien avec les hypothèses de notre recherche.
72
Questionnaires
Indicateurs
1 Difficulté des mathématiques Difficulté des mathématiques Difficulté des Difficulté des mathématiques
mathématiques
2 Représentations sur la Représentations sur la capacité Niveau des élèves en Niveau des élèves en
capacité de réussir en de réussir en mathématiques mathématiques mathématiques
mathématiques
4 Facteurs de difficultés des Opinions sur les mathématiques Facteurs de difficultés des Opinions sur les
apprenants apprenants mathématiques
5 Opinions sur les Utilité des mathématiques Feedback sur les Facteurs de faiblesses des
mathématiques performances des anciens apprenants
73
élèves
6 Utilité des mathématiques Décalage des pratiques Echos des difficultés des Décalage des pratiques
anciens élèves
7 Informations sur les cours à Différences de méthodes Information sur les Connaissances des
l’université d’enseignement difficultés des anciens programmes du secondaire
élèves
8 Suffisance de la préparation Difficultés liés à la transition Décalage des pratiques Continuité des programmes
des élèves
9 Connaissances des symboles et Niveau en démonstration Echange avec les Connaissances des
certains connecteurs enseignants de l’autre programmes 2
ordre d’enseignement
10 Apprentissage des symboles Symboles apprises au lycée Echange avec les anciens Comparaison des taux d’échec
mathématiques élèves
11 Apprentissage du langage Symboles découverts pour la Pratique du cours Echange avec les enseignants
mathématique première fois à l’université magistral de l’autre ordre
d’enseignement
17 Continuité des
programmes de
mathématiques
75
Après la revue des différents instruments de collecte des données, nous abordons dans
la section suivante le public cible et l’échantillonnage.
3.3. L’échantillonnage
La collecte des données pour toute recherche impose le choix d’une population d’étude
et le choix d’échantillons au cœur de la population pour les différents types de données
à rechercher. Dans la présente section, nous présentons la population d’étude et le choix
d’échantillonnage.
Les étudiants de première année, avec option Sciences et technologies, ou ayant déjà
fait la première année constituent des acteurs clés de notre étude car ils vivent ou ont
déjà vécu la transition secondaire/supérieur avec chacun son expérience. Ils sont en
mesure d’apporter des informations utiles pour notre recherche.
Les élèves des filières scientifiques des lycées (classes de terminale D ou C) sont les
futurs étudiants des filières scientifiques de l’université de Ouagadougou. Auprès de ces
probables futurs étudiants nous pouvons recueillir des informations sur les
représentations qu’ils ont des mathématiques, sur le formalisme et la démonstration au
lycée et sur les méthodes pédagogiques.
76
3.3.2. Echantillonnage
Selon Alvaro P. Pirès (1997) le mot « échantillon » peut prendre une double
signification. Au sens strict ou opérationnel, il désigne exclusivement le résultat d'une
démarche visant à prélever une partie d'un tout bien déterminé ; au sens large, il désigne
le résultat de n'importe quelle opération visant à constituer le corpus empirique d'une
recherche. L’échantillon est donc une portion d’une population et à partir de laquelle
seront collectées les données. Un échantillon peut inclure des personnes, un groupe, un
objet ou du texte. Il est sélectionné d’après des méthodes spécifiques, lesquelles sont
choisies selon le paradigme de recherche utilisé.
Échantillon accidentel
Échantillon de volontaires
Échantillonnage
Échantillon par quotas
non probabiliste
Échantillon par choix raisonné
Sans définir toutes ces méthodes d’échantillonnage, notre approche de recherche passe
par le recueil de données quantitatives et qualitatives. Notre principe d’échantillonnage
est basé sur la nature des données que nous cherchons à travers nos instruments de
recherche
Les questionnaires
Des questionnaires seront adressés aux élèves de Terminale, aux étudiants, aux
professeurs des lycées et aux enseignants d’université. Ils visent le recueil
d’informations auprès de ces acteurs clés dans la transition secondaire/supérieur.
Du côté élèves nous privilégions les élèves des classes de Terminale D et Terminale C,
car, ce sont les bacheliers de ces classes qui sont majoritairement orientés en option
sciences et technologies à l’université de Ouagadougou. Pour le choix de notre
échantillon d’élèves, nous utilisons un échantillonnage à plusieurs degrés. Nous
retenons un certain nombre de villes dans lesquelles des établissements
d’enseignements secondaires sont choisis. Il s’agit des villes de Bobo-Dioulasso,
Ouagadougou et Koudougou. Ce sont les principales villes du Burkina Faso et elles
disposent des trois principales universités publiques. Deux autres villes, chef lieu de
régions, s’ajoute aux trois premières ci-dessus citées. Elles sont choisies par tirage
aléatoire simple sans remise parmi les dix (10) autres chefs lieux de régions28. Dans les
villes retenues ayant la série C et la série D, toutes les classes de Terminale C et autant
de Terminale D participent à l’étude. Dans chacune des autres villes retenues une classe
de Terminale D fait partie de notre échantillon.
Le choix des établissements se justifie par la volonté dans cette recherche d’une
couverture nationale de l’étude tout en maintenant de façon raisonnable l’éclatement
spatial de la zone d’enquête à causes des problèmes d’accessibilité.
28
Le Burkina compte treize (13) régions administratives, Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et Koudougou
sont des chefs lieux de régions
79
déterminé d’avance mais peut être estimé à quatre cent (400) élèves si on prend environ
60 élèves par classe de terminale D et tous les élèves des classes de Terminale C29.
L’enquête par questionnaire se fait auprès des enseignants de mathématiques des lycées
et collèges et des enseignants de mathématiques de l’université de Ouagadougou. Ainsi
tous les enseignants de mathématiques de l’université de Ouagadougou ayant une
expérience d’enseignement dans les filières scientifiques font partie de notre
échantillon. Les enseignants des lycées et collèges ayant une expérience d’enseignement
en classe de terminale D ou C sont concernés par l’enquête par questionnaires. Notre
choix s’explique par le fait qu’ils sont à priori ceux à même de donner des informations
pertinentes sur les exigences dans l’enseignement des mathématiques à la fin de
l’enseignement secondaire. Ils sont sensés connaitre les programmes formels et les
programmes réellement exécutés dans les classes. Les enseignants de mathématiques
des lycées concernés par notre enquête du côté des élèves font partie de notre
échantillon. D’autres enseignants dont les élèves ne participent à l’enquête pourraient
s’ajouter à notre échantillon d’enseignants du secondaire.
29
Les effectifs des classes de Terminale C sont généralement très faibles, généralement en dessous de la
vingtaine.
80
base au choix des professeurs de mathématiques au lycée. Ces choix sont guidés par la
durée d’immersion de ces acteurs dans le processus de transition en mathématique entre
le secondaire et le supérieur.
L’analyse documentaire
Pour l’analyse des données recueillies avec les questionnaires, nous avons utilisé le
logiciel SPSS. Un codage préliminaire des données est fait pour faciliter leur traitement.
Nous produisons ensuite des tableaux (simples et croisés) et des graphiques nécessaires
pour l’analyse.
Nous avons utilisé l’analyse de contenu comme méthode d’analyse qualitative des
entretiens et des tâches données aux apprenants des différents ordres d’enseignement
concernés par notre étude.
la lecture flottante pour faire connaissance avec les documents. Il s’agit donc de
les lire et de les relire pour tenter de bien saisir leur message apparent.
le repérage des indices et l’élaboration des indicateurs, où il s’agit de choisir les
indices contenus dans le corpus en fonction des hypothèses et de les organiser
systématiquement sous forme d’indicateurs précis et fiables
les opérations de découpage du corpus en unités comparables, de catégorisation
pour l’analyse thématique. il s’agit de la « décontextualisation » impliquant que
des parties d’entrevues soient physiquement détachées de leur tout originel et
regroupés par thèmes.
La phase d’exploitation est cruciale dans l’analyse de contenus. Le but poursuivi est
d’appliquer au corpus de données des traitements autorisant l’accès à une signification
différente répondant à la problématique mais ne dénaturant pas le contenu initial Walin
(1997). Cette deuxième phase consiste surtout à procéder aux opérations de codage,
décompte ou énumération en fonction des consignes préalablement formulées.
L’exploitation passe par la catégorisation et le codage/décompte des unités
significatives. Une grille de catégories sera construite et appliquée. Elle permettra de
classifier les éléments constitutifs du corpus par différenciation puis regroupement par
genre (analogie) d’après des critères définis afin de fournir, par condensation, une
représentation simplifiée des données brutes. Le codage et comptage des unités
permettra un traitement statistiques des données.
30
(Wanlin, 2007) : L’analyse de contenu comme méthode d’analyse qualitative d’entretiens : une
comparaison entre les traitements manuels et l’utilisation de logiciels
82
Dans cette recherche les critères sont intimement liés aux représentations, croyances et
conceptions, au « saut » dans les méthodes d’enseignement et aux exigences en
formalisme et démonstration constituent les grands groupes. Notre grille d’analyse sera
construite en recherchant dans les discours et pratiques observées les indicateurs de ses
trois grands axes.
83
Dans le chapitre précédent nous avons précisé notre orientation méthodologique globale
de recherche et notre démarche de collecte et d’analyse des données.
Dans ce chapitre nous faisons une reconstruction du récit de la collecte des données.
A Koudougou le lycée retenu est le Lycée Provincial de Koudougou (LPK) car étant le
seul à disposer d’une classe de terminale C. A Ouagadougou ce sont les lycées Marien
N’Gouabi et Philippe Zinda Kaboré qui ont été retenus par tirage au sort parmi les
lycées disposant d’une terminale C. A Bobo-Dioulasso c’est le Lycée Ouezzin
84
Coulibaly qui a été retenu par le même procédé. Dans les villes de Boussé et de Kaya,
les lycées provinciaux ont été retenus conformément à notre plan d’échantillonnage.
L’instrument de recherche pour le recueil de données auprès des élèves, d’après notre
approche méthodologique, est le questionnaire. Le questionnaire destiné aux élèves a
été administré dans la période de janvier à mai 2013. Au lycée Marien N’Gouabi et au
Lycée Provincial de Koudougou, le questionnaire a été administré par nous-mêmes.
Pour des raisons de calendrier dû aux perturbations de l’année scolaires,
l’administration des questionnaires dans les autres lycées s’est faite par les professeurs
tenant les classes en l’absence du chercheur.
Le tableau ci-dessous donne la répartition des élèves enquêtés par ville, classe et sexe :
Classes
Terminale C Terminale D Total
Villes
Ouagadougou 18 79 97
Koudougou 10 54 64
Kaya 0 44 44
Boussé 0 39 39
Bobo-Dioulasso 9 49 58
Une lecture du tableau ci-dessus donne un effectif total de 302 élèves enquêtés dont 32
de la classe de terminale C et 265 de la classe de terminale D. Cela laisse transparaitre
une forte représentativité des élèves de la terminale D, 87,7% des élèves enquêtés sont
de cette série. Une prédominance qui peut se justifier par la fermeture de certaines
classes de terminale C et la désaffection de la filière de la part des élèves. A titre
d’illustration, pendant l’année scolaire 2011-2012 il y avait au niveau national
(MESSRS, 2012, p.88-89) 137 élèves de terminale C et 22920 élèves de terminale D.
Les étudiants de première année et les anciens étudiants des filières scientifiques
constituent le groupe étudiant de notre population cible. Notre approche
méthodologique prévoie un échantillon de 200 étudiants choisis au hasard parmi ceux
de la première année des filières scientifiques et les anciens étudiants.
Situations
A redoublé la N’a pas redoublé la
Pas de réponse Total
première année première année
Filières
Anciens étudiants 3 2 1 6 6
Maths-Physique 5 4 16 25
Maths-Physique-Chimie 5 4 8 17
60
Physique-Chimie 0 1 6 7
Chimie-Biologie-Biochimie-
0 0 1 1
Géologie
Sciences et Technologies 12 8 65 85 85
Ce tableau indique qu’il y a dans l’échantillon six (6) anciens étudiants, quatre vingt
cinq (85) de première année (Sciences et Technologies) et soixante (60) autres étudiants
des filières scientifiques. Le nombre d’anciens étudiants parait peu élevé. Cela est dû à
la difficulté que nous avons eu pour les retrouver et au nombre de questionnaires non
retournés. Nos démarches pour les retrouver ont révélé que la plupart des anciens
étudiants des filières scientifiques se retrouvent dans les secteurs d’enseignement, aussi
bien au secondaire qu’au supérieur. Certains de ces derniers ont participé à la recherche
en tant qu’enseignant. La proportion d’étudiants qui ne sont pas en première année
pallie un tant soit peu au nombre peu élevé d’anciens étudiants.
87
L’enquête par questionnaire s’est déroulée pendant la période de janvier à juillet 2013.
Dans les lycées retenus pour le choix des élèves, l’administration du questionnaire des
enseignants et des élèves s’est réalisée au même moment. Le dépouillement de ces
questionnaires a révélé un faible nombre d’enseignants. Nous avons donc décidé
d’élargir notre échantillon en enquêtant auprès d’autres enseignants de mathématiques
lors de la session du Baccalauréat 2012 à Koudougou et à Ouahigouya. Le tableau ci-
dessous donne la répartition des enseignants enquêtés selon le lieu de résidence et
l’ancienneté de service.
88
Spécialités
Pas de enseignement des
Biologie économie mathématiques Total
réponses mathématiques
Diplômes
Pas de réponses 1 0 0 0 0 1
DEUG 1 2 0 0 2 5
LICENCE 0 0 0 1 3 4
MAITRISE 0 0 0 0 1 1
MASTER OU DEA 1 0 8 1 3 13
Total 3 2 8 2 9 24
Ce tableau indique que plus de la moitié des enquêtés ont un niveau académique élevé
(Master ou DEA). On retient que la plupart des enseignants sont de formation
académique en mathématiques ou en économie. Cela montre que les professeurs qui
tiennent les classes de terminale scientifique font partie des enseignants des plus
diplômés tant sur le plan académique que sur le plan professionnel.
Ce graphique montre que plus des deux tiers des enquêtés ont le certificat d’aptitude au
professorat de l’enseignement secondaire (CAPES), diplôme délivré après une
formation concluante à l’école normale supérieure de l’université de Koudougou ou par
examen professionnel après une certaine ancienneté das l’enseignement. Plus du quart
des enquêtés n’ont pas de diplôme professionnel pour l’enseignement des
mathématiques. Nous notons au passage qu’il existe dans l’enseignement secondaire
trois catégories d’enseignants : les professeurs des collèges d’enseignement général et
les professeurs des lycées et collèges. Dans chacune des catégories il y a les professeurs
certifiés titulaires du CAP ou CAPES, les professeurs non certifiés constitués des
professeurs issus des recrutements directs et des professeurs vacataires.
Particulièrement en mathématiques, le manque crucial d’enseignants a favorisé
l’abondante présence d’enseignants sans formation initiale. Notre échantillon au regard
de ce qui précède a de la qualité.
L’entretien semi-dirigé est aussi un des outils utilisés pour le recueil de données auprès
des enseignants du secondaire. Ces entretiens ont concerné des professeurs ayant
l’expérience de l’enseignement dans les classes de terminale D et C de la ville de
Ouagadougou, Koudougou et Kaya. Ils ont été faits après le dépouillement des
questionnaires destinés aux élèves dans les villes de Ouagadougou, Koudougou et Kaya.
90
Le principe était la saturation des données, nous avons réalisés cinq entretiens avec les
enseignants du secondaire.
Professeur_n°1 14 4 4 0 2 0
Professeur_n°2 10 10 10 3 9 3
Professeur_n°3 20 18 14 2 10 2
Professeur_n°4 20 20 18 0 20 0
Professeur_n°5 12 3 2 2 4 3
Il ressort de ce tableau que les enseignants interviewés ont une grande expérience
d’enseignement dans les filières scientifiques du secondaire. Cela montre également que
ce sont des enseignants d’une grande expérience qui tiennent les classes de terminale
scientifique. Ils sont à même d’apporter des informations pouvant éclairer notre étude.
Enseignant_n°1 15 15
Enseignant_n°2 25 20
Enseignant_n°3 12 12
Enseignant_n°4 10 10
92
Pour les programmes, l’analyse est faite sur les programmes officiels du secondaire et
de première année des filières scientifiques de l’université de Ouagadougou. Elle a porté
sur la liaison tant dans les contenus que dans les exigences en formalisme et en
démonstration.
Les principaux axes de notre analyse reposent sur nos hypothèses. En rappel, la
première hypothèse indexe les ruptures entre les programmes et méthodes
d’enseignement du secondaire et du supérieur comme une des causes de l’échec des
étudiants de première année. La seconde hypothèse met les croyances, représentations et
conceptions des acteurs à propos des mathématiques et de leur enseignement comme
une autre cause d’échec des étudiants de première année. Quant à la troisième
hypothèse, elle trouve les ruptures dans les exigences en formalisme et en
démonstration comme cause d’échec.
L’analyse des données obtenues par les questionnaires a été faite à l’aide des méthodes
statistiques quantitatives par le biais de SPSS statistics. Les questions ouvertes
accompagnant certaines questions fermées évoquent les raisons avancées par les
enquêtés pour certaines réponses. Les réponses à ces questions aident à la
compréhension de certaines positions défendues par les acteurs.
L’analyse des données quantitatives issues des questionnaires est complétée par celle
des données qualitatives issues des entretiens et de l’analyse documentaire.
L’analyse des données issues des entretiens semi-dirigés s’est faite à l’aide du logiciel
SONAL. Ce logiciel de gestion de matériaux qualitatifs pour la recherche sociologique
permet l’archivage et la retranscription d’enregistrement audio ou vidéo. Ce logiciel
offre quatre angles d’analyse d’un corpus issue d’enregistrement audio ou vidéo :
l’angle thématique : recensement de tous les extraits portant sur un sujet donné
et provenant d'entretiens de tel ou tel type;
l’angle lexicométrique : l’étude du vocabulaire spécifique de ces extraits;
l’angle chronométrique : l’analyse des temps de paroles ;
l’angle débitmétrique (en prévision) : le décompte du nombre de mots par
minutes, les accélérations, les ralentissements
Le plan d’analyse thématique est celui que nous avons retenu pour notre étude
conformément à notre plan méthodologique général. Nous désignons les enseignants du
94
Pour des raisons d’allègement du texte, l’adjectif « secondaire » sera utilisé pour
caractériser ce qui est relatif à l’enseignement secondaire et l’adjectif « supérieur » pour
l’enseignement supérieur. Le terme apprenant désignera dans la suite indifféremment
élève et étudiant et le terme enseignant désignera indifféremment enseignant du
secondaire et du supérieur.
5.1. Des ruptures entre le secondaire et le supérieur dans les méthodes et les
programmes d’enseignement
Dans les lignes qui suivent nous présentons les points de vue des enquêtés à travers les
données recueillies avant d’en faire l’interprétation.
L’item 7 du questionnaire des étudiants les invitait à donner un jugement sur les
différences dans les méthodes d’enseignement des professeurs de mathématiques entre
95
le secondaire et le supérieur. Ils avaient à choisir entre les qualificatifs « très énormes »
et « quasi-nulles » pour ces différences. Le graphique ci-dessous donne la réalité du
décalage dans les méthodes selon les étudiants.
Graphique 2: Degré de décalage dans les méthodes et techniques d'enseignement selon les
étudiants
Le graphique ci-dessus indique que la majorité des étudiants interrogés (près de 80%)
affirment que les différences dans la manière d’enseigner entre le secondaire et le
supérieur sont énormes. L’organisation des cours par modules, le cours magistral avec
prise de notes, l’organisation des examens, les travaux dirigés sont entre autres les
différences citées par les étudiants.
Mais quel est le point de vue des enseignants du secondaire et du supérieur sur ce
décalage dans les méthodes d’enseignements ?
Lors des entretiens les enseignants des lycées confirment les divergences dans les
méthodes d’enseignement du secondaire et du supérieur.
96
Invités à donner le taux d’utilisation du cours magistral dans leur pratique de classe, ils
ont dans leur large majorité, mis en relief une pratique moyenne du cours magistral au
secondaire. 3 enseignants sur 24 ne pratiquent pas du tout le cours magistral. 14
enseignants sur 24 pratiquent le cours magistral à part égal avec les autres méthodes
d’enseignement. 2 enseignants sur 24 utilisent le cours magistral dans les trois quarts de
leur pratique de classe.
Les enseignants du secondaire interviewés évoquent une totale cassure entre les
méthodes employées dans le secondaire et supérieur. Le cours magistral et le travail
dirigé sont des nouveautés pour les étudiants qui doivent impérativement s’adapter sous
peine d’échecs. Les professeurs interviewés reviennent sur ces aspects. Les propos du
professeur n°4 à ce sujet illustre la réalité de la divergence :
Les changements de rythme et de méthodes de travail sont mis en exergue dans ces
propos. Un changement qu'il qualifie de brusque.
Parlant des programmes, la nécessité d’une concertation entre enseignants des deux
ordres d’enseignement sur la continuité des programmes d’enseignement est évoquée
par l’enseignant_n°2 lorsqu’il dit que :
Il pense néanmoins que la discontinuité est moins frappante entre les programmes de
terminale C et ceux du supérieur. Ces propos laissent voir qu’il y a une certaine
continuité entre les programmes de la série C et ceux de l’université. Or nous savons
qu’il y a un grand écart entre les programmes de la série C et ceux de la série D. On
pourrait alors conclure qu’il existe un fossé entre les programmes de la série D et ceux
de l’université. Autrement dit, les étudiants en provenance de la terminale D sont mal
préparés pour affronter les mathématiques de la première année des filières scientifiques
de l’université de Ouagadougou.
On résume que les enseignants du supérieur, se basant sur ce qu’ils connaissaient des
programmes du secondaire, confirment une rupture entre les programmes de
mathématiques du secondaire, notamment de la série D et de première année des
filières scientifiques.
Dans le paragraphe qui suit, nous analyserons les points de vue des enquêtés sur la
place de la divergence des méthodes d’enseignement dans l’échec des étudiants en
première année des filières scientifiques.
98
La place du décalage entre les méthodes d’enseignement et les difficultés que vivent les
étudiants en première année a été évoquée aux items 6 du questionnaire des étudiants.
Graphique 3: Lien entre le décalage dans les méthodes d'enseignement et les difficultés en
mathématiques selon les étudiants
Le graphique ci-dessus montre que plus des deux tiers des étudiants enquêtés
considèrent le décalage dans les méthodes d’enseignement comme une des sources de
difficulté dans l’apprentissage des mathématiques en première année.
Interrogés sur les changements qui leur créent le plus de difficultés dans la transition
(item 8), les étudiants placent la manière de donner le cours en tête. Le graphique ci-
dessous résume leurs réponses :
99
Le graphique ci-dessous résume, dans l’ordre croissant, le nombre de points obtenus par
chaque facteur, dans les réponses des étudiants
L’item 8 du questionnaire des enseignants du secondaire porte sur l’opinion qui place
le décalage dans les méthodes d’enseignement comme difficultés chez les étudiants. La
quasi-totalité des enseignants de l’échantillon (23 enseignants sur 24 enquêtés) partage
cette opinion.
101
Les enseignants du secondaire ont été sollicités pour classer les trois premiers facteurs
expliquant les difficultés des étudiants dans la transition secondaire/supérieur, parmi la
paresse, la démotivation, la nature des mathématiques, la déficience intellectuelle, les
programmes de mathématiques, la non maîtrise des principes de la démonstration, le
manque de documents, les méthodes d’enseignement et les cours reçus dans les classes
antérieures. Le dépouillement a conduit au graphique suivant, où le total de points est
obtenu par pondération des rangs de 3 à 1 :
Ce graphique donne le classement suivant les points obtenus des différents facteurs de
difficultés proposées aux enseignants du secondaire dans l’ordre décroissant : les
méthodes d’enseignement, la démotivation, la paresse, les programmes d’enseignement,
la nature des mathématiques, le manque de documents, la non maîtrise des principes de
la démonstration, les cours reçus dans les classes antérieures et la déficience
intellectuelle. Les méthodes d’enseignement arrivent en première position de l’avis des
enseignants du secondaire. C’est dire que les méthodes d’enseignement constituent une
source de difficultés dans la transition secondaire/supérieur selon les enseignants du
secondaire.
Ce constat est confirmé par des entretiens réalisés avec les enseignants du secondaire.
Certaines réponses sont sans équivoques. Le professeur_n°4 en réponse à la question
102
n°4 de l’entretien portant sur les facteurs de difficultés dit ceci: « Les difficultés sont
dues aux deux méthodes d'enseignement […..] Les difficultés sont liées aux différences
dans les méthodes d'enseignement entre les deux systèmes. ».
Les différences dans la manière d’enseigner sont aussi épinglées par les enseignants
comme causes d’échecs chez les étudiants dans la transition secondaire/supérieur.
Les enseignants d’université interviewés sont unanimes que des changements au niveau
de la méthodologie et de l’évaluation sont une des sources des difficultés des étudiants
arrivant directement du lycée. La pédagogie des grands groupes utilisée au supérieur
pour la gestion des grands effectifs est indexée. L’enseignant n°2 dira à ce propos que
« Il y a également le nombre massif. Il y a les grands groupes et la pédagogie des grands
groupes, la prise des notes pose problèmes ». Pour lui les étudiants ne sont pas habitués
à la prise de notes et l’adaptation à l’université est une source de difficultés pour les
apprenants.
Dans ces propos, la discontinuité est affirmée et les difficultés pour les étudiants sont
exprimées en termes de désorientation et d’insuffisance de préréquis pour comprendre
les contenus mathématiques de première année. L’enjeu de l’articulation entre savoirs
anciens et savoirs nouveaux est mis en évidence par ce professeur.
Interrogé sur la suffisance de la préparation des élèves pour les études supérieures en
mathématiques, le professeur n°1 dit qu’ils ont une connaissance des contenus
enseignés en première année et la conscience que les mathématiques enseignées au
secondaire ne prennent pas en compte ces contenus, mais que ce sont les programmes
de mathématiques du secondaire qui sont la contrainte dans ce cas.
[…] les difficultés peuvent s'expliquer par le fait qu'il n'y a pas une véritable
congruence entre les programmes de mathématiques du secondaire et du
supérieur. Parce que quand on était à l'université je me rappelle qu'en
première année ce que nous faisions en première année n'est pas enseigné au
secondaire comme ça. Quand tu arrives à l'université ça te met dans
l'embarras total. Pour comprendre les mathématiques de l'université il te faut
deux ans.
Sur la continuité des programmes, les enseignants du supérieur interviewés sont d’avis
qu’il n’y a pas de continuité réelle même si certains nuancent leur point de vue. Sur les
contenus, sources de difficulté pour les étudiants en première année, l’algèbre est
indexée. L’enseignant_n°2 dira à ce propos : « Il faut dire qu'au lycée, ils ne font plus
beaucoup d'algèbre, donc le fait qu'ils ne font pas de l'algèbre au lycée est une partie
essentielle de la difficulté ». Il évoque les changements de programmes des années 90
du dernier siècle qui ont vu la suppression des notions de groupe et d’espace vectoriel
du programme du secondaire au Burkina Faso. Par ailleurs la continuité semble plus
assurée pour les programmes de la terminale C que ceux de la terminale D.
L’entretien avec les enseignants des deux ordres d’enseignement montre une
connaissance insuffisante des programmes en vigueur chez les uns par les autres. Les
enseignants du secondaire évoquent les programmes de mathématiques du temps où ils
étaient à l’université tandis que les enseignants du supérieur ne semblent pas être au
courant de certains changements intervenus dans les programmes de mathématiques du
secondaire.
La recherche du lien entre les représentations des acteurs à l’égard des mathématiques
et l’échec massif des étudiants en première année des filières scientifiques de
l’université de Ouagadougou est un des objectif de notre recherche. Dans ce sens,
différentes questions tendant à mettre en évidence les représentations, les croyances et
conceptions des acteurs à l’égard des mathématiques et de leur
enseignement/apprentissage ont été posées dans les questionnaires ou dans les
entretiens semi-dirigés en lien avec les échecs en mathématiques des étudiants de
première année des filières scientifiques de l’université de Ouagadougou.
L’inaccessibilité des mathématiques est un des indicateurs des représentations que nous
avons retenu pour notre recherche. Les mathématiques sont souvent considérées à tort
ou à raison comme une matière difficile. De même, on a souvent entendu certains
apprenants dire qu’ils ne peuvent pas réussir en mathématiques, autour d’une difficulté
rencontrée. Ces indices d’inaccessibilité des mathématiques ont été recherchées auprès
de notre population cible. Nous présentons les différents points de vue par catégorie
d’acteurs.
L’item 1 du questionnaire des élèves portait sur la difficulté des mathématiques. Ils
avaient à choisir les degrés suivant : très facile, facile, ni facile ni difficile, difficile et
très difficile. Le tableau ci-dessous donne la répartition, résume la position des
enquêtés.
Difficile 63 20,9
Difficile 24,2
Très difficile 10 3,3
On constate que plus de la moitié des élèves enquêtés (62%) trouvent que les
mathématiques constituent une matière ni facile, ni difficile ; 13,6% de ces élèves
trouvent les mathématiques faciles à très facile tandis que 24,2 % les trouvent difficiles.
Ces chiffres montrent qu’il y a une proportion plus élevée d’élèves ayant une vision des
mathématiques comme matière difficile que d’élèves ayant une vision des
mathématiques comme matière facile. D’ailleurs invités à donner des raisons de leur
choix relatif à la difficulté des mathématiques, la nécessité de s’efforcer, de s’exercer
régulièrement, d’avoir une bonne base et la volonté de réussir ressortent des
questionnaires.
Il n’est pas rare d’entendre certains apprenants dire qu’ils ne peuvent pas réussir en
mathématiques. L’item 2 du questionnaire destiné aux élèves recherchait leur réaction à
la position de certains de leurs camarades qui jugent qu’ils ne peuvent pas réussir en
mathématiques. Le graphique ci-dessous donne la position des élèves enquêtés sur cette
question.
Le graphique ci-dessus montre que dans leur majorité (84% des enquêtés) les élèves
rejettent cette opinion selon laquelle on ne peut pas réussir en mathématiques. Ainsi une
large majorité des élèves pense que tout élève peut réussir en mathématiques.
107
Très facile 3
Facile 10,6
facile 12
difficile 42
difficile 30,5
Très difficile 1
Le tableau montre des résultats similaires à ceux des élèves. Les étudiants ont choisi
majoritairement la situation médiane avec un pensant plus net vers l’aspect difficile des
mathématiques (30.5% des répondants trouvent les mathématiques difficiles contre
10,6%). La comparaison avec les statistiques du tableau 10 montre une nette perception
de la difficulté des mathématiques à la transition secondaire/supérieur. En effet le
rapport entre les effectifs d’apprenants trouvant les mathématiques difficiles et ceux qui
les trouvent faciles passe du double au triple dans la transition secondaire/supérieur. Il
semble évident que les élèves s’engageant dans les études scientifiques au supérieur font
partie de ceux qui trouvent les mathématiques faciles.
Pour les étudiants, les raisons évoquées foisonnent. La plupart des répondants reconnait
un besoin d’effort, de travail, d’exercices et de motivation. On peut conclure que les
étudiants trouvent les mathématiques difficiles.
109
interrogés, quatorze (14) considèrent que les mathématiques sont difficiles, sinon très
difficiles, tandis que dix (10) les considèrent ni faciles, ni difficiles. Aucun enseignant
du secondaire ne considère que les mathématiques soient faciles. Le fait que la majorité
des enseignants du secondaire considère les mathématiques comme une matière difficile
rejoint l’idée des élèves qui trouvent que l’esprit fataliste d’échec en mathématiques est
entretenu par les enseignants. Si les enseignants considèrent que les mathématiques
sont difficiles, implicitement ils admettent que l’échec dans cette discipline soit normal.
Par contre l’esprit de fatalisme des apprenants face à l’échec en mathématiques n’est
pas partagé par les enseignants du secondaire. Dix-neuf (19) enseignants sur les vingt-
quatre (24) enseignants interrogés rejettent cette opinion des apprenants selon laquelle
ils ne peuvent pas réussir en mathématiques.
A la question « est-ce que les étudiants ont raison de penser que les mathématiques sont
difficiles » les enseignants interviewés sont partagés entre leur donner raison et leur
donner tort.
De ceux qui leur donnent raison, il y a le professeur_n°1 qui se justifie en ces termes :
L’enseignant_n°1 pense que les mathématiques ne sont pas difficiles, mais que c’est la
manière de les aborder par les uns et les autres qui les rend difficiles et inaccessibles aux
yeux des étudiants. Pour lui, les étudiants ont raison et il prend cet aspect comme la
cause majeure du délaissement de filières scientifiques :
111
[…] les mathématiques sont faciles si on les aborde d'une manière efficace.
Au niveau des étudiants c'est couramment connu. Si on regarde les
orientations, très peu veulent venir dans les filières mathématiques.
Pour cet enseignant du supérieur, l’image de matière difficile des mathématiques est
l’effet des représentations chez l’apprenant, représentations qu’il hérite de ses
enseignants et qui l’empêchent de faire les efforts requis pour réussir. De plus il met en
cause la qualification des enseignants de mathématiques depuis l’école primaire. Pour
cet enseignant chercheur l’image de matière difficile collée aux mathématiques
viendrait depuis l’école primaire. Il met en cause les niveaux en mathématiques des
enseignants du primaire, leur attitude face aux mathématiques qui prédisposeraient les
élèves à l’échec en mathématiques lorsqu’ils les rencontreraient. Pour cet enseignant les
mathématiques commencent après le primaire lorsqu’il dit «… ils font croire aux
enfants que les mathématiques seront difficiles… ».
L’enseignant_n°3 pense que l’idée de difficulté des mathématiques répandue chez les
étudiants et dans la société n’est pas fondée. Pour lui c’est une question d’intérêt et
d’aptitude :
C’est une idée qui est généralement admise, les apprenants le disent. Dans la
société, c'est une idée répandue. Mais ce n'est pas en mon sens la réalité. Il y
a l'intérêt et les aptitudes que les apprenants ont. Ceux qui trouvent que
c'est difficile ne font pas d'efforts pour comprendre. Une étudiante en
première année à qui je faisais l'effort d'expliquer m'a dit : " ce n'est pas la
peine de m'efforcer car je ne comprends rien et je ne comprendrai pas".
C’est donc perdu d'avance.
Le récit de cet enseignant met en relief le sentiment de fatalité animant les étudiants en
situation de difficulté, et son refus d’accepter cette situation malgré les efforts qu’il
112
déploie pour faire comprendre les mathématiques à ceux-ci. Ces efforts sont annihilés
par le refus de l’effort de la part des étudiants.
Des enseignants, à l’opposé de ceux sus cités, trouvent fondée cette vision des
mathématiques comme matière difficile de la part des apprenants. Les raisons vont de
l’effet des représentations, aux aptitudes en passant par le sentiment de fatalité animant
certains apprenants et au refus de faire des efforts des apprenants.
Pour le professeur_n°2, les mathématiques sont une science exacte et c’est normal
qu’elles soient difficiles. Il trouve cependant qu’elles peuvent être accessibles au grand
monde à condition d’avoir le bagage mathématique: « …parce qu’à tout niveau que ce
soit on a besoin d'avoir tout le bagage mathématique qu'on avait des acquis
précédemment, et s'il y a eu des lacunes dans certaines classes ça va se ressentir… ». Il
incrimine l’insuffisance des acquis des apprenants dans certaines classes pour justifier
l’inaccessibilité des mathématiques.
La conception des mathématiques par les acteurs de la transition joue un rôle majeur
dans son enseignement/apprentissage. Plusieurs travaux montrent que le contexte
revêt une importance capitale et joue sur la manière dont les savoirs, en particulier les
savoirs mathématiques, sont perçus et construits. La place primordiale accordée au
contexte par ces travaux entre en conflit avec la vision des mathématiques comme
savoirs décontextualisés, universels et infaillibles à la base des mathématiques scolaires.
Dans ce paragraphe, nous analysons la vision des mathématiques par notre population
cible. Les opinions suivantes ont été proposées aux élèves, étudiants et enseignants :
Les opinions 1,2, 4, 5 et 6 renvoient à une certaine vision dite "absolutiste"31 des
mathématiques. L’opinion 3 revêt l’aspect calculatoire des mathématiques lié à une
vision utilitaire de celle-ci.
Les enquêtés étaient appelés à attribuer une note allant de 0 à 4 marquant leur degré
d’accord avec l’opinion considérée. Par catégorie d’acteurs le total de points obtenus
par chaque opinion a été totalisé. Les tableaux ci-dessous donnent les résultats obtenus :
31
La vision absolutiste des mathématiques soutient que les vérités mathématiques sont absolues
114
Moyenne enseignant
2,17 3,71 1,92 3,54 3,21 3,25
secondaire
Ce tableau montre que les opinions dominantes sont la rigueur des mathématiques,
l’universalité et l’infaillibilité des mathématiques, et les mathématiques comme un
ensemble de règles. Chacune de ces opinions recueille en moyenne plus de 2 points sur
4. Ce qui nous laisse penser que les acteurs impliqués dans la transition
secondaire/supérieure ont une vision platonicienne32 des mathématiques.
Quelques assertions des enseignants du supérieur interrogés dans cette recherche sont
illustratives de leur vision des mathématiques. L’enseignant_n°4 dit :
32
La vision platonicienne des mathématiques considèrent que les objets mathématiques ne relèvent du
monde sensible mais du monde intelligible et invisible. Les vérités construites sur ces objets ne peuvent
alors être subjectives, elles sont alors absolues.
115
comprenant les méthodes, les stratégies employées, on finit par pouvoir le faire
soit même.
L’enseignant_n°3 dit :
Cet enseignant attribue les difficultés en mathématiques à l’aspect théorique que les
enseignants privilégient dans leur activité d’enseignement, en éliminant des notions tout
ce qui leur donnent du sens et qui ont de fois été à la base de leur développement.
On sait que l’intérêt porté à une discipline est un élément de motivation des apprenants.
Parmi les paramètres de motivations il y a l’utilité des objets d’apprentissages perçue
par les apprenants. La perception de l’utilité des mathématiques est un indicateur des
représentations sur les mathématiques et leur enseignement que nous avons recherché
auprès des apprenants.
Interrogés sur l’utilité des mathématiques enseignées, les élèves et les étudiants
reconnaissent unanimement l’utilité des mathématiques comme l’attestent les tableaux
ci-dessous.
116
Tableau 13: Point de vue des élèves et des étudiants sur l'utilité des mathématiques
Elèves Etudiants
La plupart des élèves interrogés (86%) attestent que les mathématiques qu’on leur
enseigne sont utiles. Ils trouvent leur utilité dans l’économie, les sciences et techniques,
l’interdisciplinarité. Cependant 12,6% d’entre eux trouvent les mathématiques inutiles.
Les justifications dans ce sens sont diverses : le manque d’encouragement par l’Etat de
ceux qui font les mathématiques, le fait que la richesse n’est pas au bout des
mathématiques, le fait que le débouché principal soit l’enseignement des
mathématiques. Ces justifications sont plutôt des raisons de démotivation pour les
études mathématiques et non des raisons appuyant l’inutilité des mathématiques.
Le constat est le même pour les étudiants qui voient dans leur majorité un aspect
utilitaire aux mathématiques. Leurs apports dans les sciences et technologies, dans
l’économie, la résolution de problèmes, l’ouverture d’esprit sont évoquées. Certains
étudiants relèvent le manque de débouchés sur le plan de l’emploi au Burkina Faso pour
les formés en mathématiques. D’autres disent trouver certaines mathématiques qu’on
leur enseigne trop abstraites pour être utiles.
L’utilité des mathématiques perçue par la plupart des apprenants, nuancée dans une
certaine mesure, devrait être un élément catalyseur pour leur apprentissage ; ce qui ne se
ressent pas sur la réussite des étudiants en mathématiques au vu des taux d’échec élevé
en première année des filières scientifiques. On est en droit de nuancer la démotivation
dans les facteurs d'échec des étudiants en mathématiques.
117
Les enseignants se sont prononcés sur l’utilité des mathématiques par l’intermédiaire
des entretiens semi-dirigés. Ils avaient à donner leur point de vue relatif à une question
qui est en vogue dans les milieux scolaires, académiques et dans la société: « à quoi
servent les mathématiques? ». Rares sont les enseignants à n’avoir pas été interpelés sur
cette question en classe ou dans la vie de tous les jours. La plupart des enseignants
interviewés reconnaissent la popularité de la question mais sa légitimité est sujette à des
opinions diversifiées de la part des interviewés. On distingue ceux qui pensent que la
question est légitime et que l’utilité des mathématiques, qu’on ne discute pas, gagnerait
à être mise en exergue dans les méthodes et les pratiques enseignantes. Parlant de la
légitimité de la question le Professeur_n°3 dira :
Elle est justifiée parce qu'ils ne voient pas l'utilité des mathématiques. Les
mathématiques que nous faisions, on n’arrive pas à convertir
immédiatement pour eux. Pour certains chapitres comme les suites, la
probabilité, ça pose moins de problèmes. Mais pour d'autres notions comme
le logarithme népérien, exponentielle, ils ne savent pas à quoi ça sert. Moi
même en tant que professeur je ne peux pas expliquer leur utilité, donc la
question est justifiée.
Ce professeur dit ne pas être capable d’expliquer l’utilité de certaines notions qu’il
enseigne, légitimant la question de l’utilité des mathématiques que se posent les élèves.
Cela soulève un problème dans la formation initiale et continue des enseignants, car
l’enseignant doit être en mesure de motiver l’apprentissage des notions en partant de
l’intérêt de celles-ci pour les élèves dans la vie pratique, dans l’apprentissage d’autres
notions, dans d’autres disciplines, etc. De plus les exemples sont mal choisis car les
fonctions logarithme népérien et exponentielle sont des fonctions bien utiles dans la vie
de tous les jours. Elles se trouvent même sur les calculatrices scientifiques.
L’enseignant_n°3 pense que la question n’est du tout justifiée et qu’elle est liée au
niveau de ceux qui posent la question :
Quel est le niveau de celui qui pose la question ? Il faut comprendre les
mathématiques pour comprendre son utilité. Déjà, quand on dit qu'une chose ne
sert à rien, ce n'est pas juste car la chose ne peut pas être inutile et les gens la
font. Il n'y a pas de matière enseignée inutile. C’est dans la tête de ceux qui se
posent la question qu'il y a des problèmes. La question n'est pas du tout
justifiée.
Il ressort de ces dires que toute chose est utile tant qu’il y a des gens qui la font. Il n’y a
donc pas de matières inutiles. Si toute matière enseignée est utile, on pourrait aussi se
poser la question suivante : « la matière est utile pour qui ? ». Si l’utilité est démontrée,
est ce qu’elle est perçue ? Les propos de l’enseignant_n°3 traduisent à eux seuls la
rupture qu’il y a entre le secondaire et le supérieur. Dans les consignes des programmes
du secondaire, il est demandé de donner du sens aux apprentissages. Les questions de
l’utilité des apprentissages, de l’adaptation des programmes aux besoins de l’apprenant
sont centrales dans les démarches et méthodes pédagogiques. Les propos de cet
enseignant tranchent complètement avec ces principes.
On relèvera l’unanimité de l’utilité des mathématiques issue de l’enquête, une utilité qui
a de la peine à être ressortie par les enseignants, sensés pouvoir s’en servir pour motiver
les apprenants et donner du sens aux apprentissages.
Nous avons analysé dans la sous-section précédente la place accordée par les apprenants
à l’utilité des mathématiques. Dans cette sous-section, nous analysons celle de la
démotivation dans l’échec des étudiants en première année.
Ce paragraphe porte sur l’analyse de données obtenues par nos instruments de recherche
relatives au formalisme et à la démonstration. Les questions portent principalement sur
le niveau des apprenants dans les activités de démonstrations, les facteurs d’échecs en
démonstration et sur les exigences en démonstration et en formalisme.
120
Le niveau des étudiants de première année des filières scientifiques en démonstration est
un des indicateurs des difficultés liées au formalisme et à la démonstration.
Ce graphique montre nettement que la démonstration est à l’avant dernière place des
facteurs de difficultés selon les élèves. Les élèves ne donnent pas une place importante
à la maîtrise des principes de la démonstration dans les facteurs de difficultés. Cette
position des élèves n’est pas confirmée par les enseignants du secondaire enquêtés.
Cette situation laisse penser que les élèves ne savent pas ce qu’est la démonstration. Ils
attribuent leurs difficultés à autre chose que la non maîtrise de la démonstration. Ici il
s’agissait de voir l’idée qu’eux-mêmes se font de leur maîtrise de la démonstration. Les
121
enseignants sont mieux placés pour renseigner du niveau réel des élèves en
démonstration.
Graphique 10: Niveau des élèves en démonstration selon les enseignants du secondaire
Le graphique montre que la majeure partie des enseignants trouve le niveau des élèves
en démonstration insuffisant. Les entretiens réalisés avec les enseignants du secondaire
montrent la même réalité. Le Professeur_n°2 dira à ce propos « ils ne peuvent même
pas démontrer quelque chose, les élèves ne peuvent pas démontrer quelque chose ».
Cette position contraste avec celle des élèves qui pensent ne pas avoir trop de
difficultés en démonstration.
En conclusion, nous pouvons dire qu’au secondaire les élèves ne maîtrisent pas les
principes de la démonstration mais semblent inconscients de cette situation.
Les étudiants de première année ont été enquêtés sur leur niveau en démonstration. Ils
reconnaissent qu’ils ont un niveau passable en démonstration. Plus de la moitié des
étudiants interrogés estiment que leur niveau en démonstration est passable. Le tableau
ci-dessous donne la répartition des opinions des étudiants sur leur niveau en
démonstration.
Dans le paragraphe suivant, nous analysons les données relatives aux difficultés
des étudiants en démonstration
Les difficultés des étudiants en démonstration constituent une partie de notre étude.
Nous avons recueilli des données relatives aux difficultés que rencontrent les étudiants
en démonstration par le biais du questionnaire pour les étudiants et des entretiens avec
les enseignants de mathématiques du secondaire et du supérieur.
A travers la question 15 de leur questionnaire, les étudiants ont été invités à classer des
facteurs de difficulté en démonstration en attribuant à chacun des facteurs des points
allant de 0 à 4. Ces facteurs sont la logique, le raisonnement mathématique, la non
maîtrise des règles de la démonstration, l’exploitation des propriétés et théorèmes,
l’implication, le langage mathématique, la rédaction de la réponse, la récurrence, les
symboles mathématiques et les cours reçus dans les classes antérieures. Le graphique ci-
dessous résume le dépouillement des réponses obtenues.
124
Il ressort clairement de ce graphique que les facteurs majeurs selon les étudiants sont
dans l’ordre décroissant, l’exploitation des règles et théorèmes et la maîtrise de ces
règles et le raisonnement mathématique. Il est à noter que l’exploitation des règles, la
maîtrise des règles de même que le raisonnement mathématique sont liés et constituent
l’essentiel des principes de la démonstration. Nous pouvons déduire que la difficulté
majeure des étudiants en démonstration est la non maîtrise des principes de la
démonstration.
Les enseignants ont été aussi invités à classer les facteurs évoqués ci-dessus à la
question 16 de leur questionnaire. Le graphique suivant résume le dépouillement de
leurs réponses
125
Graphique 13: Classement des facteurs de difficultés selon les enseignants du secondaire
Le plus souvent […] c'est connaître la bonne propriété à utiliser. Quand ils
connaissent même la bonne propriété parfois les conditions d'applications ne
sont pas évidentes, ou encore ils ne prennent pas le temps de vérifier les
conditions d'application avant d'appliquer.
Interrogés sur les facteurs de difficultés des étudiants en démonstration, les enseignants
du supérieur évoquent la non maîtrise de la logique mathématique, la non maîtrise des
propriétés du cours, de certains modes de raisonnement et des cours antérieurs.
126
Le pas qualitatif qu'il faut faire pour comprendre une démarche, l'appliquer et la
reproduire dans une autre situation n’est pas réussi par les étudiants. De plus, les
étudiants ne peuvent pas réfléchir et agencer une méthodologie ; ce qui est exigé
dès la première année.
La faible maîtrise de la logique mathématique par les étudiants est un des points de
difficultés relevés par cet enseignant du supérieur. La confusion entre condition
suffisante et condition nécessaire pour qu’une proposition soit vraie est aussi évoquée.
La distinction entre le vrai et le faux, l’invention des réponses dans la majeure partie des
cas sont des facteurs de difficultés relevés dans ce passage.
La démonstration par récurrence n'est pas maîtrisée. Elle est souvent même
utilisée pour des propositions qui n'en demandent pas. La démonstration par
l'absurde est aussi un exemple ; l'étudiant dans ses raisonnements, rencontre des
127
difficultés, conclut que c'est absurde; pour lui c'est absurde quand lui-même il
n'y voit rien.
La nécessité et les principes d’une démonstration par récurrence ne sont pas maîtrisés
par les étudiants selon cet enseignant. Le raisonnement par l’absurde est confondue avec
le fait de ne pas trouver soit même des solutions à un problème.
Les spécificités de notre recherche nous amènent à porter notre regard sur les
programmes de mathématiques de l’enseignement secondaire général car c’est de cet
ordre d’enseignement que provient la quasi-totalité des étudiants des filières
scientifiques de l’enseignement supérieur.
Historique
Au début des indépendances (1960), les programmes de mathématiques utilisés dans les
lycées et collèges au Burkina Faso étaient ceux du pays colonisateur, la France. Les
cours de mathématiques étaient dispensés par les enseignants français jusqu’à la fin des
années 70. Tout changement intervenu en France à ce niveau en mathématiques est
128
automatiquement répercuté dans les pays africains francophones par les coopérants
(DGIFPE, 2004).
Les années 80 du dernier siècle marquent l’arrivée d’un certain nombre de professeurs
africains et l’apparition du corps des inspecteurs.
La fin des années 80 jusqu’en 2002 fut l’ère des programmes harmonisés. Un
regroupement de pays comprenant la France et les pays d’Afrique francophone et de
l’océan indien travailla à l’harmonisation des programmes de mathématiques (H.P.M).
Les objectifs affichés de ce regroupement étaient de :
Les programmes en vigueur sont, pour le post-primaire entrés en vigueur en 2009. Les
programmes du secondaire enseignement général datent des années 1996.
Dans les paragraphes suivants, nous analysons les objectifs généraux, les contenus des
programmes de mathématiques du secondaire à ceux de l’enseignement général post-
primaire et des séries C et D de l’enseignement secondaire et les instructions relatives à
l’enseignement/apprentissage de la démonstration. En effet, l’enseignement général
post-primaire est le tronc commun suivi par les élèves des séries C et D au Burkina
Faso, futurs étudiants des filières scientifiques de l’université de Ouagadougou.
Dans notre analyse, nous proposons des extraits des programmes de mathématiques en
lien avec notre thématique, pour y relever des éléments ou indices relatifs à nos
129
Pour réussir cette analyse, nous relevons par cycle et par niveau d’enseignement les
objectifs et instructions relatifs à l’enseignement de la démonstration et du formalisme à
travers les programmes de mathématiques des classes des enseignements post-primaire
et du secondaire. Nous commençons notre analyse par les programmes du post-
primaire.
l’approche des notions que doit acquérir l’apprenant au post-primaire. Il doit dans
l’esprit des recommandations des programmes procéder sans hâte à une approche
des notions à acquérir, approche prudente et concrète, s’appuyant sur des
exemples familiers susceptibles de généralisation. C’est seulement en
conclusion de ce travail d’approche que seront énoncées les présentations
définitives des notions.
Dans les classes de sixième et de cinquième l’accent est mis sur l’apprentissage d’un
certain vocabulaire lié au langage mathématique et à la logique :
L’intention des programmes des classes de quatrième (4ème) et de troisième (3ème) sont
la consolidation de l’usage des instruments de dessin et de mesure, l’acquisition des
techniques opératoires et l’entrainement au raisonnement déductif.
Utilisation du « si…alors… »
Enoncé réciproque
L’énoncé « si A alors B » est considéré dans le cas où A est vrai
Lorsque deux énoncés « si A alors B » et « si B alors A » sont vrais, on les
résumera en « A si et seulement si B ». Le professeur veillera à ce que l’élève
ne confonde pas l’énoncé « si A alors B » avec sa réciproque « si B alors A »
Le professeur veillera à ce que l’élève prenne conscience du rôle joué par des
notions telles que la négation, les connecteurs et les quantificateurs sans que
ces notions soient formalisées. L’utilisation de leurs symboles n’est donc pas
au programme (MESSRS, 2009, p.48)
L’entraînement à la démonstration ne doit pas faire l’objet d’un cours théorique mais
sera fait en liaison avec les différentes parties du programme tout au long de l’année.
Les quantificateurs sont mentionnés comme une nécessité par le programme qui exclut
leur formalisation. Les notations symboliques de l’implication, de l’équivalence sont
aussi exclues.
Les buts visés par l’enseignement des mathématiques dans les séries C et D sont
résumés dans les programmes du secondaire à travers les extraits suivants :
L’extrait ci-dessous donne aussi une idée des buts visés par l’enseignement des
mathématiques dans les filières scientifiques de l’enseignement secondaire général :
Le présent programme est celui d'une classe de seconde préparant de manière
privilégiée aux différentes filières scientifiques et techniques (sections C,
D, E, F). Afin d'éviter une orientation trop marquée par une section de
type C, il convient de le préserver d'une intervention artificielle de
descriptions de structures et de ne pas l'alourdir par une algébrisation
prématurée. Ont été ainsi résolument écartés les sujets présentant de
trop grandes difficultés conceptuelles et techniques au bénéfice d'une
meilleure solidité sur les points essentiels. On s'en tiendra à un cadre et à un
133
L’activité des élèves est à privilégier en les orientant vers la résolution de problèmes et
en limitant le contenu aux notions et aux résultats essentiels. La mise en place du
raisonnement mathématique et des différentes phases de la démarche mathématique est
au centre de l’enseignement des mathématiques en classe de seconde C :
Ainsi, tout au long de l'année, chaque fois que cela peut faciliter la
compréhension, il est bon d'apprendre aux élèves à utiliser :
- les connecteurs : "et", "ou" ;
- les quantificateurs : "quel que soit", "il existe".
En fin d'année scolaire, les élèves doivent avoir une idée claire des notions
suivantes :
- notion d'exemple,
- notion de contre-exemple (utilisation du contre-exemple),
- notion de vérification,
134
Ce passage des programmes montre qu’il est exclu une étude systématique des
structures algébriques.
Après l’analyse des programmes de l’enseignement secondaire, nous analysons dans les
lignes qui suivent ceux de l’enseignement supérieur.
33
Les deux premiers semestres de la licence sciences et technologies constituent la première année des
filières scientifiques à l'université de Ouagadougou depuis l'entrée dans le système LMD.
136
Ces programmes sont une liste de contenus, sans instructions particulières en termes
d’exigences sur la démonstration et le formalisme.
D’après les documents programmes, le cours MATH11 est commun à toutes les filières
et se déroule au premier semestre. Ce cours destiné à réviser les bases et à égaliser les
niveaux est destiné à tous les étudiants des parcours biologie, biochimie, géologie,
informatique, mathématique, chimie physique.
Nous constatons, de notre expérience d’enseignants, que la plupart des notions, sont
dans leur large majorité étudiées en classe de terminale C. Ce cours étant destiné à tous
les étudiants des filières scientifiques, les mathématiques de la série D devraient suffire
comme préréquis à ce cours. Autrement dit tous les bacheliers de la série D devraient
pouvoir suivre ce cours sans trop de difficultés puisque le BAC est encore un examen
très sélectif (38,38% de succès en 2012). On peut sans risque de se tromper dire que les
bacheliers sont au moins des élèves moyens.
Quand au cours MATH12, il n’exige pas une validation du cours MATH11. On pourrait
alors penser que les seuls préréquis sont aussi les connaissances mathématiques de la
terminale D. Mais ce cours utilise les acquis mathématiques de MATH11 comme nous
138
le verrons dans son contenu. Il est prévu au semestre 2 et est destiné aux étudiants des
filières chimie, informatique, mathématiques et physique. Il se subdivise en deux
parties : analyse et algèbre et géométrie.
Les instructions
On peut noter que l’entrée dans le système LMD a vu une diminution du volume horaire
des cours de mathématiques des filières scientifiques. Le constat que nous faisons est
139
Les enseignants du secondaire dans leur large majorité reconnaissent ne pas pratiquer un
enseignement systématique des quantificateurs au secondaire. Des vingt-quatre (24)
enseignants interrogés, quinze (15) affirment ne pas enseigner les quantificateurs contre
sept (7) qui enseignent les quantificateurs.
Le même constat est fait lors des entretiens avec les enseignants du secondaire. Le
professeur_n°1 dira:
Le professeur_n°3 pense que les élèves ne connaissent pas très bien les quantificateurs :
[…] les quantificateurs, ils ne les connaissent pas. Le si et seulement si, ça va
un peu. Souvent les unions, inclusions c'est des problèmes, […]. Ça fait qu'en
probabilités on a des problèmes. Les expressions "au moins», "au plus" sont
sources de problèmes.
Le professeur_n°5 dira que les élèves ne maîtrisent pas l’utilisation des symboles et des
quantificateurs :
Ils ne maîtrisent pas l'utilisation des symboles. Ils les emploient à tort et à
travers sans comprendre le sens. J’en ai rencontré. Une des raisons à cette non
maîtrise est qu'ils n'ont pas été entrainés. Même dans les programmes on dit de
ne pas l'enseigner de façon directe mais peut-être dans leur utilisation faire
apercevoir le sens de ces symboles aux élèves. Ils les utilisent à tord et à travers
parce qu'ils ont déjà vu ces symboles sans savoir ce que c'est. Dans l'ancien
programme, en seconde on commençait par ce chapitre sur les quantificateurs.
Nous, on a commencé avec ça, les éléments de logique, je pense que ça aide.
Ça dépend de l'enseignant en partie, si l'enseignant ne connait pas l'utilisation
des symboles et quantificateurs, comment va-t-il les enseigner? Dans les
programmes c'est clair, il est dit de ne pas enseigner comme un chapitre, mais
au moment d'utiliser on essaie d'expliquer. Il faut trouver des occasions pour
les utiliser et expliquer. Un enseignement de ces éléments comme chapitre peut
être une solution à leur maîtrise par les élèves. Nous, on a reçu cet
enseignement et ça nous a aidés.
Cette défaillance dans l’utilisation des quantificateurs et des notations symboliques est
imputée aux instructions des programmes d’enseignement. L’enseignant dans cet extrait
fait référence aux anciens programmes qui permettaient l’enseignement de la logique et
des quantificateurs en tant que chapitre dès la seconde. Les nouveaux programmes
intimant l’enseignement de la logique et de son vocabulaire à travers d’autres contenus
créent certainement chez certains professeurs l’occasion de ne pas réaliser cet
enseignement. Dans l’extrait, le professeur parle de la non maîtrise des quantificateurs
par certains enseignants, perpétuant cette défaillance à leurs apprenants, dont certains
seront un jour professeur de lycées.
En général, on n'utilise pas les symboles au lycée. Sauf ceux qui exagèrent,
sinon dans les programmes on écrit en toute lettres je crois bien.
Personnellement quand j'étais au lycée je n'ai pas vu ça.
142
Les propos de cet enseignant-chercheur laisse voir une méconnaissance des programmes
du secondaire, il se réfère à ses souvenirs.
Les élèves ont été interrogés sur la maîtrise des symboles des quantificateurs universel
et existentiel, de l’implication et de l’équivalence. Des expressions tels que « il
existe », « il existe un et un seul », « …équivaut à … », « quelque soit.. »,
« …implique… » « …signifie… » ont été proposés aux élèves qui devaient montrer la
connaissance de leur symbole. Le tableau ci-dessous donne les résultats du
dépouillement.
143
Tableau 14: Connaissances des symboles et éléments de formalisme par les élèves
Expressions implication Equivalence 1 Equivalence 2 Pour tout... Quelque soit... Il existe un... Il existe un et un
seul…
"équivaut à " "…signifie.»
Point de vue
Effe % Effectif % Effectif % Effectif % Effectif % Effectif % Effectif %
ctif
réponses
Oui 189 62,6 203 67,2 217 71,9 187 61,9 204 67,5 149 49,3 47 15,6
Non 88 29,1 74 24,5 61 20,2 90 29,8 74 24,5 129 42,7 229 75,8
Total 302 100,0 302 100,0 302 100,0 302 100,0 302 100,0 302 100,0 302 100,0
144
Graphique 14: Avis des élèves sur l'existence de cours spécifiques d'apprentissage des
symboles
145
Le graphique met en relief que la majorité des élèves n’ont pas suivi de cours
spécifiques d’apprentissage des symboles, confirmant l’avis des professeurs de lycées
sur le sujet. Appelés à commenter leurs réponses, les élèves donnent comme mode
d’apprentissage l’imitation du professeur pendant le cours et la correction d’exercices.
Le point de vue des étudiants sur ce point a été recherché à travers la question 12 du
questionnaire qui leur est destinée. La suffisance de nombre de séances d’apprentissage
des symboles et du langage mathématiques était indexée dans cette question. Le
dépouillement donne le graphique suivant :
Graphique 15: Avis des élèves sur la quantité de séances d'apprentissage des symboles et
du langage mathématiques
Près de 80% des étudiants interrogés affirment n’avoir pas suivi de cours
d’apprentissage des symboles et du langage mathématiques de la sixième (6ème) à
l’entrée dans l’enseignement supérieur. Les étudiants évoquent l’arrivée brusque des
symboles et du langage mathématique à travers les cours et les feuilles de travaux
dirigés. D’autres raisons comme l'absence de programmation de ces cours, l’inexistence
de tels cours dans le cursus sont évoquées. Certains étudiants évoquent leur initiative
146
personnelle ou de listes de symboles remises par les professeurs pour justifier le peu
d’apprentissage des symboles qu’ils ont eu.
Les élèves étaient invités à répondre à la question « avez-vous suivi des cours pour
l’apprentissage de la logique mathématique au lycée? ». Les étudiants de leur coté,
étaient invités à juger de la suffisance des séances d’apprentissage de la logique. Les
résultats obtenus sont compilés respectivement dans les graphiques 16 et 17.
Graphique 16: Avis des élèves sur l'existence de cours spécifiques d'apprentissage de la
logique mathématique
Le graphique ci-dessus montre que plus de 70% des élèves interrogés n’ont pas reçus de
cours spécifiques d’apprentissage de la logique mathématique.
147
Graphique 17: Avis des étudiants sur la quantité des cours d'apprentissage de la logique
Le graphique ci-dessus montre que 57% des étudiants n’ont pas reçu de séances
d’apprentissage de la logique mathématique. Les étudiants évoquent plusieurs raisons
pour expliquer la situation : l’absence de ce cours dans les programmes, la disponibilité
des enseignants, la réduction34 des heures de cours, etc. Les éléments de logique sont
vus à travers les travaux dirigés ou dans d’autres disciplines.
34
Ils comparent le volume horaire alloué aux mathématiques dans le système LMD et celui d’avant la
mise en œuvre du LMD (300 heures divisées en parts égales entre cours théoriques et travaux dirigés
contre 80 heures dans le système LMD)
148
Il ressort de ces propos l’inexistence de cours de logique au lycée. Il dit qu'une partie du
programme a été enlevée et qu'il n'y a plus de chapitre dédié à l’apprentissage de la
logique et à la démonstration. L'apprentissage de la démonstration selon lui passe par la
géométrie où l'élève apprend à raisonner. L'analyse des programmes et notre expérience
de professeur de lycée nous convainc de l'inexistence d'un cours spécifique sur la
logique et la démonstration au secondaire. Il appartient au professeur de trouver les
astuces pour incorporer cet apprentissage dans des situations qui s’y prêtent. Les
programmes de mathématiques actuels au Burkina Faso, comme le montre notre analyse
des programmes, interdit l’enseignement à part entière des notions de logique et de
démonstration. L’apprentissage de la logique est donc laissé à l’initiative de
l’enseignant du secondaire. Cette liberté ne garantit pas une acquisition des notions de
logique, du formalisme et du raisonnement chez les élèves, préréquis des
mathématiques enseignés en première année des filières scientifiques.
Nous avons prévu dans notre approche méthodologique de faire une analyse de tâches
proposées aux apprenants des enseignements secondaire et supérieur. Cette analyse vise
à repérer une éventuelle rupture dans les exigences en formalisme et en démonstration.
Nous avons retenu d’analyser des exercices donnés en classe de terminale (C et D) et
des sujets de baccalauréat, examen terminal et certifiant de l’enseignement secondaire.
De même des exercices de travaux dirigés et des sujets d’examen des semestres 1 et 2
de la licence Sciences et Technologies ont été retenus pour cette analyse. La grille
d’analyse repose sur des questions que nous avons développées dans notre cadre
théorique et que nous reprenons ici pour faciliter la lecture de ce paragraphe.
Pour répondre à ces questions, en plus des énoncés, des réponses attendues aux tâches
ont été rédigées par le chercheur.
Nous avons aussi décidé de prendre des exercices ou des parties des épreuves
proposées. Ces exercices ou parties de problèmes sont un ensemble de tâches qu’on ne
saura extirper de leur contexte au risque de perdre les situations didactiques entourant
ces tâches. Dans un souci de diversité et d’équilibre nous avons aussi choisi quatre
exercices donnés aux élèves de la série C et quatre exercices donnés aux élèves de la
série D. Les réponses proposées et servant de base à l’analyse sont du chercheur, qui
s’est inspiré des propositions de solutions données aux correcteurs par l’office du
baccalauréat35.
35
L’office du baccalauréat est un service de l’université de Ouagadougou chargé de l’organisation du
baccalauréat sur tout le territoire du Burkina Faso
151
d / 5k 2 2k 1 c’est-à-dire d / 3k 1 et alors d / 3k 1 2k 1 k
Analyse de l’exercice
S’agit-il d’un type de problème qui était ignorée jusqu’alors ? Le problème n’est
pas nouveau car ce type de problème est fréquemment donné en classe de
terminale C.
152
On a 3 1 4 3 3 12 15 donc 1; 3 est solution de (E).
b) Résolution de (E)
On sait que 3 et 4 qui sont des nombres premiers entre eux, donc les solutions x; y de
S 1 4k ; 3 3k ; k
3 x 4 y 15 0 .
154
2 2
Ainsi AM 4k 3k 25k 2 5 k et AM est un multiple de 5
5 3 x 15
b) Montrons que AN x 1 . Lorsque N on a y donc
4 4
3 x 15
N x; et
4
2 2 2
3x 15 3x 3 3 x 1
x 1
2 2 2
AN x 1 3 x 1
4 4 4
2 2 2
16 x 1 9 x 1 25 x 1 5
AN x 1
16 16 16 4
c) Déduction
5
Si AN est un multiple de 5, on a AN 5k où k donc x 1 5k et x 1 4k
4
d’où x 1 4k ou x 1 4k
3 1 4k 15
Si x 1 4k alors y 3 3k et si x 1 4k alors
4
3 1 4k 15
y 3 3k . On a dans les deux cas x et y entiers.
4
Analyse de l’exercice
L’énoncé comporte plusieurs étapes. Les étapes sont liées. La réponse à la première
question est utilisée dans la suite de l’exercice.
S’agit-il d’un type de problème qui était ignorée jusqu’alors ? Le problème n’est
pas nouveau car ce type de problème est fréquemment donné en classe de
terminale C.
1) a) les limites en -1 et 1
1 x lim 1 x 0 1 x 1 x
lim 0 car x 1
donc lim 0 et lim ln
x 1 1 x
xlim
1
1 x 2 x 1 1 x x 1
1 x
car lim ln x
x 0
1 x lim 1 x 2 1 x 1 x
lim car x 1
donc lim et lim ln car
x 1 1 x lim
x 1
1 x 0 x 1 1 x x 1
1 x
lim ln x
x
b) Calcul de g ' x
158
1 x 1 x
2
1 x
1 x 1 x 2
' 2 2
On a g ' x 1 x
1 x
1 x
1
1 x
donc
2
1 x 1 x 1 x 1 x 1 x
2
1 x 1 x 1 x
1
g '( x)
(1 x)(1 x)
1;1 .
g est dérivable (donc continue) et strictement croissante sur 1;1 ; elle réalise une
e2 x 1
2) a) montrons que h( x)
e2 x 1
1 x
g ( x) y ln y
1 x
1 x 1 x 2
ey e y e2 y
1 x 1 x
1 x (1 x)e x xe 2 y e 2 y 1
2y
e2 y 1
x 1 e2 y e 2 y 1 x
e2 y 1
e2 y 1
h( y ) x
e2 y 1
159
1 1 e2 x
2 x 1
e 1 e2 x 2x 1 e2 x
h ( x ) 2 x e 2x h( x )
e 1 1 1 1 e 1 e2 x
e2 x e2 x
h( x) h( y )
3) Montrons que pour tous réels x et y on a h( x)
1 h( x).h( y )
e 2 x y 1 e 2 x 2 y 1
h( x y ) 2( x y )
e 1 e2 x2 y 1
e2 x 1 e2 y 1
2y e 2 x 1 e 2 y 1 e 2 x 1 e2 y 1
h( x ) h ( y ) e 2x
1 e 1
1 h( x).h( y ) e2 x 1 e 2 y 1 e 2 x 1 e2 y 1 e2 x 1 e2 y 1
1 2x . 2y
e 1 e 1
2 x2 y
e e e 1 e2 x 2 y e2 x e2 y 1
2x 2y
2 x2 y 2 x 2 y
e e e 1 e 2 x 2 y e 2 x e2 y 1
h ( x ) h ( y ) 2e 2 x 2 y 2 2 e 1 e 2 x 2 y 1
2 x2 y
On a 2 x2 y
1 h( x).h( y ) 2e 2 2 e 2 x 2 y 1 e2 x 2 y 1
Analyse de l’exercice
u
o Les théorèmes sur la dérivée de ln u et u , et u . u et v étant des
v
fonctions numériques d’une variable réelle
L’élève doit être en mesure d’exploiter ces connaissances pour réaliser la tâche
S'agit-il d'un type de problème qui était ignoré jusqu'alors? Ce type de problème
est courant en classe de terminale C et D
monotonie sur le même intervalle. Pour montrer que h est impaire, il faut montrer
deux aspects : le fait que le domaine de définition soit centré en 0 et le fait que
pour tout x Dh , h( x) h( x) .
Exercice 4 : Problème Partie B, Bac C 2013 1er tour (cet exercice est la suite de
l’exercice précédent dans le problème donné aux candidats)
1) Montrons que s’il existe un réel c tel que f (c) 1 ou f (c) 1 alors f est
constante
x x x
f f 2f
x x 2 2 2
f ( x) f 2
2 2 1 f x . f x x
1 f
2 2 2
2 2
x x x
2 f 1 f f 2 1
2 2
f ( x) 1 2
2
d’où f ( x) 1 0 c.-à-d. f ( x) 1
x x
1 f 1 f
2 2
2 2
x x x
2 f 1 f f 2 1
2 2
f ( x) 1 2
2
D’où f ( x) (1) 0 c.-à-d.
x x
1 f 1 f
2 2
f ( x) 1
On a alors 1 f ( x) 1 .
2 f (0)
f (0) f (0 0)
1 f (0)
2
donc f (0). 1 f (0)
2
2 f (0)
2
f (0) f (0) 2 f (0) 1 0
2
f (0) f (0) 1 0
f (0) 0 ou f (0) 1
f (0) 0 car f ( x) 1 pour tout x réel
Ainsi f (0) 0
165
f ( x) f ( x)
f (0) f ( x ( x)) 0
1 f ( x). f ( x)
Donc f ( x) f ( x) 0 et f ( x) f ( x)
n
1 f (nx) 1 f ( x)
3) Montrons par récurrence que pour tout réel x on a
1 f (nx) 1 f ( x)
0
1 f (0.x) 1 f (0) 1 f ( x)
Pour n 0 ; 1 la propriété est vraie pour n 0
1 f (0.x) 1 f (0) 1 f ( x)
f (nx) f ( x)
1
1 f (n 1) x 1 f nx x 1 f (nx). f ( x) 1 f (nx). f ( x) f (nx) f ( x)
1 f (n 1) x 1 f nx x 1 f (nx) f ( x) 1 f (nx). f ( x) f (nx) f ( x)
1 f (nx). f ( x)
1 f ( x) 1 f (nx) 1 f ( x) 1 f (nx) 1 f ( x) 1 f ( x)
1 f ( x) 1 f (nx) 1 f ( x) 1 f (nx) 1 f ( x)
1 f ( x)
n
1 f (nx) 1 f ( x)
car
1 f (nx) 1 f ( x)
n n 1
1 f (n 1) x 1 f ( x) 1 f ( x) 1 f ( x)
1 f (n 1) x 1 f ( x) 1 f ( x) 1 f ( x)
166
La propriété est alors vraie pour n 1 ; elle est alors vraie pour tout n ; c’est-à-dire
n
1 f (nx) 1 f ( x)
pour tout n .
1 f (nx) 1 f ( x)
1 f (1)
4) Exprimons pour tout n de la valeur de f n en fonction de a , avec a
1 f (1)
n
1 f (n) 1 f (n.1) 1 f (1) n
a
1 f (n) 1 f (n.1) 1 f (1)
1 f ( n)
an a n 1 f (n) 1 f (n)
1 f ( n)
. a n a n f ( n ) 1 f ( n) a n 1 a n f ( n ) f ( n )
a n 1 f (n) 1 a n
an 1
f ( n)
1 an
a p 1 an 1
Pour n , p n appartient à et f (n) f ( p) f ( p) et
1 a p 1 an
1
1
n 1 an an 1 an 1
f ( n) a ; Ainsi pour tout n entier relatif f ( n )
1 n
1 1 an 1 an 1 an
a
p
b) x ;
q
167
q
p p
1 f q. 1 f
p
f q. f p or
1 f ( p)
q q donc
q 1 f ( p) p p
1 f q. 1 f
q q
p
1 f
q q 1 f ( p)
p 1 f ( p)
1 f
q
p a p 1
p
1 f 1 p p
Comme f ( p )
a 1
on a qq 1 a p q 2a q a p a q
1 a p p a p 1 2
1 f 1 p
q 1 a
p
p 1 f ( ) p
q q q p p
a a 1 f ( ) 1 f ( )
p q q
1 f ( )
q
p p p p
p p p p
a a f ( ) 1 f ( ) a q 1 a q f ( ) f ( )
q q
q q q q
p p
p
a q 1 f ( ) 1 a q
q
p
q
p a 1
f( ) p
q
1 a q
a x 1
Ainsi f ( x)
1 ax
168
Analyse de l’exercice
est de type "technique" avec des indications pour certaines questions, mais le
niveau passe à "mobilisable " à la dernière question.
0 x x relève de l’élève.
1. Calculer les coordonnées du vecteur AB AC
2. Montrer le vecteur n est orthogonal au plan P passant par A, B et C.
171
1. Calculons les coordonnées de AB AC
3 0 0 6 6 6
AB AC x; y; z avec x 18 , y 36 , z 18 d’où
0 6 6 6 3 0
AB AC 18;36;18 .
2. Montrons que n est orthogonal au plan (P) passant par A, B et C.
On sait que AB AC 18;36;18 est orthogonal au plan passant par A, B et C. or
AB AC 18;36;18 9n donc n est orthogonal au plan (P) passant par A, B et C.
passant par A, B et C.
Analyse de l’exercice
S’agit-il d’un type de problème qui était ignorée jusqu’alors ? Le problème n’est
pas nouveau car ce type de problème est fréquemment donné en classe de
terminale D
Exercice 6 : Exercice donnée dans une classe de Terminale D année scolaire 2012-
2013
sin x
Soit f la fonction définie par 1 cos 2 x 0 f x , Montrer que la droite
1 cos 2 x
D : x est un axe de symétrie.
2
D : x est un axe de symétrie si pour x Df on a x Df et x Df
2 2 2
et f x f x . Dans notre cas Df IR donc x Df et x Df
2 2 2 2
On a :
sin x sin x
2 cos x et f x 2 cos x cos x
f x 2 2
2
2 1 cos 2 x 1 sin x 2 1 cos 2 x 1 sin x 1 sin x
2 2
D’où f x f x et (D) est axe de symétrie.
2 2
Analyse de l’exercice
1) Calcul de I 0 ; I 0 I1
1
1 1 1
* I0 dx ln 1 x 0 ln 1 x 0 ln 2 ln1 ln 2 car 1 x 0
0 1 x
Donc I 0 ln 2
11 1 x 11 x 1
* I 0 I1 dx dx dx dx 1
0 1 x 0 1 x 0 1 x 0
Donc I 0 I1 1 .
Déduction de I1 : on a I 0 I1 1 donc I1 1 I 0 1 ln 2
177
2) Calculer I n I n 1 en fonction de n.
n
xn 1 1 x x
n 1 n
1 1 x 1 x x n 1 1
* I n I n 1 dx dx dx dx x n dx
0 1 x 0 1 x 0 1 x 1 x 0 1 x 0
1
x n 1 1
n 10 n 1
1
Donc I n I n 1
n 1
x n 1
1 1 x
n
I n 1 I n dx dx
0 1 x 0 1 x
n
1 x n 1 xn 1 x 1 x
0 1 x 1 x 0 1 x dx
dx
xn 1 xn
Pour tout x de 0;1 , on a x n 0 , donc 0 , donc 0 1 xdx 0 . C’est-à-dire que
1 x
I n 0 pour tout entier n et I n est positive.
1
4) Montrons que I n pour tout n IN .
n 1
178
1 1
I n 0 et I n 1 0 donc I n I n I n 1 I n car I n I n 1 .
n 1 n 1
On a I n est positive, la suite est alors minorée par 0 .La suite est décroissante et
Déterminons la limite :
1 1
Des questions 3) et 4) on tire 0 I n et lim 0 donc lim I n 0 .
n 1 n n 1 n
Analyse de l’exercice
Il y a plusieurs étapes liées entre elles. Les réponses aux étapes sont utilisées pour les
étapes suivantes. Par exemple la réponse à la question 2 est utilisée pour la question 4.
S’agit-il d’un type de problème qui était ignorée jusqu’alors ? Le problème n’est
pas nouveau car ce type de problème est fréquemment donné en classe de
terminale D
condition, des encadrements sont déduits et le résultat est obtenu par application
d’un théorème.
3un 1 1
On considère la suite de terme général un défini par : un ; n 3 et par son
un 1 1
premier terme u2 3 .
un 1
3) On pose vn
un 1
a) Montrer que vn est une suite arithmétique dont on déterminera le premier terme
c) Déterminer la limite de un .
1) Calcul de u3 et u4 :
3u2 1 9 1 8 6 1 5
u3 2 ; u4 .
u2 1 3 1 4 2 1 3
5 1
u3 u2 2 3 1 ; u4 u3 2 . Comme u3 u2 u4 u3 alors un n’est pas
3 3
arithmétique.
u3 2 u 5 1 5 u u
et 4 x . Comme 3 4 alors un n’est pas géométrique.
u2 3 u3 3 2 6 u2 u3
2) a) Minoration de un par 1.
n 2, u2 3 1 et P 2 est vraie.
3un 1 1 2 un 1 1
un 1 1 , or un1 1 d’après l’hypothèse de récurrence et
un 1 1 un 1 1
3un 1 1 u 2 n 1 2un 1 1
un un 1 un 1
un 1 1 un 1 1
2
un 1 1
0 . Donc pour tout n 2 , un un 1 0 , un est donc une
un 1 1
suite décroissante.
c) Convergence et limite de un :
La suite un étant décroissante et minorée, alors elle est convergente. De ce fait elle
3l 1 2
Soit l cette limite, on a lim un l et lim un 1 l ; soit l l 1 0 et donc
n n l 1
l 1 . D’où lim un 1 .
n
un 1
3) vn
un 1
3un 1 1
1
un 1 1 un 1 un 1 1 2un 1
vn 1 et vn .
un 1 1 un 1 3un 1 1 1 un 1 1
un 1 1
183
2un 1 un 1 1 un 1 1
vn vn 1 1.
un 1 1 un 1 1 un 1 1
u2 1 3 1
D’où pour tout n 2 , vn vn1 1 ; v2 2. vn est donc une suite
u2 1 3 1
b) vn et un en fonction de n.
Pour n 2 , vn v2 n 2 r 2 n 2 n .
un 1 v 1 n 1
Pour n 2 , vn un n .
un 1 vn 1 n 1
n 1
D’où pour n 2 , vn n et un .
n 1
c) Calcul de la limite de un .
n 1
lim un lim 1.
n n n 1
Analyse de l’exercice
L’élève doit être en mesure d’utiliser la définition de ces suites particulières pour
confirmer ou infirmer la nature géométrique ou arithmétique d’une suite. Il doit aussi
être capable d’utiliser les propriétés d’une suite géométrique pour déterminer son terme
général. Il doit être en mesure de déterminer la limite d’une suite en fonction de son
terme général.
S'agit-il d'un type de problème qui était ignoré jusqu'alors? Ce type de problème
n’est pas nouveau pour les élèves de la classe de terminale D ou C. Nous
dirons qu’il est routinier pour les élèves de ces classes.
36
Le chercheur a enseigné au secondaire sans discontinuer de 2001 à 2008. Il a tenu durant cette période
la classe de terminale D pendant chaque année scolaire
185
L’usage du formalisme est très important. Les notations d’usages pour les
suites sont présentes tout le long de l’exercice. Ce formalisme peut être
considéré d’usage habituel des élèves qui l’utilisent depuis la classe de
première.
3un 1 1
que l’expression un est valable pour tout n . De même la définition
un 1 1
186
De l’analyse des tâches données aux élèves du secondaire, nous faisons les constats
suivants :
Les arguments utilisés dans les raisonnements sont donnés en indices ou suggérés
par l’enchainement des questions. La plupart des questions sont non ouvertes,
facilitant l’exécution des tâches.
Le formalisme utilisé est familier aux élèves de terminale scientifique car ils les
utilisent régulièrement en classe de terminale ou dans les classes antérieures.
[Link]. Analyse de tâches données aux étudiants de première année des filières
scientifiques
187
Les tâches objets de l’analyse dans ce paragraphe sont des exercices données aux
étudiants de la filière sciences et technologies dans les deux premiers semestres de
licence. Le choix porté sur des exercices donnés au cours des années académiques
2011-2012 et 2012-2013, en apparence arbitraire, se justifie par l’actualité des sujets et
leur disponibilité. Le choix de ces exercices est étroitement lié à notre thème de
recherche.
37
Les sujets d'examens ont été scannés, une erreur de frappe est relevée à la question 3, il faut plutôt lire
f :E F
188
Montrons que f 1 f
Soit x 0;1
Des cas on déduit que fof ( x) f ( x) pour tout x 0;1 , donc f est involutive
3)
a) Montrons que f A B f A f B
o Les notions d’image d’un élément ou d’une partie d’un ensemble par une
application
Le problème est nouveau de par les contenus et de par les habilités visés. Il est
vrai que les applications sont étudiées en classe de première mais cette étude se
limitait aux définitions et propriétés des applications (injectivité, subjectivité et
bijectivité).
Le formalisme joue un rôle important dans cet exercice. Les notations utilisées
pour les fonctions, l’expression de la fonction composée relève d’un formalisme
symbolique. Les expressions d’inclusion, d’intersection et d’appartenance sont
utilisées dans l’énoncé et doivent être comprises et interprétées par l’étudiant.
191
x en fonction de x et de n .
n
xy z xy 2 x y 6 z xy 2 x y 6 z 2 xy 2 x y 6 z 6
xyz 2 xz 2 yz 6 z 2 xy 4 x 4 y 12 2 z 6
xyz 2 xz 2 xy 2 yz 4 x 4 y 4 z 6
x yz x yz 2 y z 6 x yz 2 y z 6 2 x yz 2 y z 6 6
xyz 2 xy 2 xz 6 x 2 x 2 yz 4 y 4 z 12 6
xyz 2 xy 2 xz 2 yz 4 x 4 y 4 z 6
On déduit que xyz x yz xy z et la loi est associative
xe x xe 2 x 2e 6 x x e 2 2e 6 x
193
e 2 1
Par identification donc e 3 et G possède un élément neutre pour la loi
2e 6 0
qui est 3.
2x 3
Tout élément x de G a un symétrique x ' dans G.
x2
f x . f y x 2 y 2 xy 2 x 2 y 4 xy 2 x y 4
f xy f xy 2 x y 6 xy 2 x y 6 2 xy 2 x y 4
f x x 2 x 2 or 2 2 et 2 2 . Donc
l’équation f x admet une et une seule solution dans ; f est une bijection de
G; sur * ,. .
3. Exprimons x en fonction de x et de n
n
194
2
x xx x 2 4 x 6 x 2 2
2
x x x
3 2
x 2 2 x 2 x 2
2 2
2 x 6
2 2
x 2 x 2 x 2 x 2 2 2 x 6
2
x 2 x 2 4 6
3
x 2 2
n
On a ainsi x x 2 2 pour n=2 et n=3
n
n n 1
Supposons que x x 2 2 pour n 3 et montrons que x
n n 1
x 2 2
x
n 1
x x
n
x 2 2 x 2 x 2
n n
2 x 6
n n
x 2 x 2x 2 x 2 4 2x 6
n
x 2 x 2 2
n 1
x 2 2
n
On conclut que x x 2 2 pour tout n
n
4. Montrons que 2; ; est un sous-groupe. 2; est non vide
2y 3 2y 3 2y 3
xy ' x x 2 x 6
y2 y2 y2
2 xy 3x xy 2 x 2 y 3 2 xy 3x 2 xy 4 x 4 y 6
2 6 6
y2 y2 y2
x 4 y 6 6 y 12 2 y 6 x x2
2 2 car x 2 0
y2 y2 y2
Analyse de l’exercice
Il doit être capable d’exploiter ces définitions ci-dessus dans des situations particulières
et de faire une démonstration par récurrence.
S’agit-il d’un type de problème qui était ignorée jusqu’alors ? Le problème est
nouveau car les structures de groupe ne sont pas vues au lycée au Burkina Faso.
196
Pour x 1 , on pose f x 1 x .
et vn 1 f vn .
1
2. Montrer que n ; 0 vn un
2n
1 et en déduire .
198
1. Sens de variation de un n 0 et vn n 0
Sens de variation de f .
1
f ' x , f ' x 0 f est strictement croissante sur 1; .
2 1 x
On a u0 1 , donc u1 f u0 f 1 2 , on a on a 1 u0 u1
On a v0 2 , donc v1 f v0 f 2 1 2 3 , on a on a 1 v1 v0
1
2. Montrer que n ; 0 vn un
2n
1
Montrons Par récurrence que 0 vn un
2n
1 1
v0 u0 2 1 1 et 0
1 donc 0 v0 u0 0 ,
2 2
1
Supposons que 0 vk uk pour k 0
2k
199
On a :
1 vk 1 uk vk uk
vk 1 uk 1 f vk f uk 1 vk 1 uk
1 vk 1 uk 1 vk 1 uk
1 1 vk uk v uk
Or 2 1 vk 1 uk donc k
1 vk 1 uk 2 1 vk 1 uk 2
1
1 n 1
or 0 vk uk k donc 0 vk 1 uk 1 2 ; D’où 0 vk 1 uk 1 k 1
2 2 2
On conclut que la propriété est vraie pour tout n entier naturel, c'est-à-dire que
1
n ; 0 vn un .
2n
1
o n ; 0 vn un donc n ; un vn
2n
1 1
o n ; 0 vn un n
et lim n 0 donc lim vn un 0
2 n 2 n
On un 1 f un 1 un alors lim un f 1
n
Déduisons
2 1 2 1 0
1 5 1 5
5 avec 1 et 2 comme racines possibles
2 2
1 5
Comme est positif la solution retenue est
2
Analyse de l’exercice
On pose I 0;1 et :
Proposition de corrigé :
Soit x, y I 2 , on a x y x y E x y
Soit x 0;1
x x ' 0 x x ' E x x ' d’où x x ' entier relatif, or 0 x x ' 2 d’où x x ' 1
et x ' 1 x est l’inverse de x .
o Associativité
a b c a b E a b c a b E a b c E a b c E a b
a b c E a b E a b c E a b
a b c E a b c
204
a b c a b c E b c a b c E b c E a b c E b c
a b c E b c E a b c E b c
a b c E a b c
Ils doivent être capables d’utiliser la définition et les propriétés de la partie entière pour
réussir les démonstrations demandées.
S'agit-il d'un type de problème qui était ignoré jusqu'alors? Les notions de loi de
composition interne et de groupe ne sont pas aux programmes de la classe de
terminale au Burkina Faso. On peut légitimement dire que le type de problème est
nouveau.
Y a-t-il des éléments implicites dans l’énoncé, notamment au niveau des problèmes
d’existence ou d’unicité ou sur ce qui est à justifier, ou des quantificateurs cachés ?
il n’y a pas d’éléments implicites dans l’énoncé.
n
2 n sin
n 4 1
a) lim 2 1 b) lim
n n 1 n 2n 1 2
n2
soit 0 , un l 2 1
n 1
207
1 1 1
2
2 n 2 1 or n 2 n 2 -1
n 1 n 1
1
il suffit donc que n 2
1
n
1 1 1
Il suffit de prendre N E 1 où E désigne la partie entière de pour
n2
que n N 2 1 .
n 1
n n n n
n sin 1 2n 2sin 2n 1 2sin 1 2 sin 4 1
b) 4 4 4
or
2n 1 2 2 2n 1 2 2n 1 2 2n 1
n
2sin 1
n 2 1 4 3
2 1 2sin 1 3 donc
4 2 2n 1 2 2n 1 2 2n 1
n
n sin 1
soit 0, 4 2 1 2 2n 1 1 comme
2n 1 2 2 2n 1 2 1
2 2n 1 1 1
2 1
2
2 1 2n 1 6 2n , il suffit que 12n
c’est-à-dire n
12
.
1
Il suffit de prendre arbitrairement N E 1 pour que
12
n
n sin 1
nN 4
2n 1 2
S'agit-il d'un type de problème qui était ignoré jusqu'alors? Ce type de problème
est nouveau car dans les classes du secondaire, la définition de la limite d’une
suite n’est pas utilisée pour le calcul. Il s’agit essentiellement de calcul de limites
en utilisant des limites de références et des propriétés admises sur les limites.
à être utilisés. La définition de la limite d’une suite peut être donnée dans le
langage courant en toutes lettres, mais cet énoncé n’est pas exploitable dans notre
situation ou l'écriture formelle de la définition est la plus utile car, facilitant la
manipulation des différents éléments de l’énoncé. La définition de la limite d’une
suite renferme des quantificateurs existentiel et universel explicites et non
explicites. Les encadrements successifs qui débouchent sur le choix de l’entier N
marquent aussi l’importance du formalisme dans la tâche.
partie entière sont des arguments que l’étudiant doit mobiliser pour réussir la
tâche.
On a a, b R c, d a 2 b 2 c 2 d 2 or a 2 b 2 c 2 d 2 c 2 d 2 a 2 b 2
c, d R a, d (Symétrique)
211
o Soit a, b IR 2 , c, d IR 2 et x, y IR 2 telle a, b R c, d et c, d R a, b :
on a 2 b 2 c 2 d 2 et c 2 d 2 x 2 y 2 donc a 2 b 2 x 2 y 2 et a, b R x, y
(transitivité)
Ils doivent être capables d’utiliser ces connaissances pour prouver la qualité
d’une relation d’équivalence et décrire la classe d’équivalence d’un élément.
S'agit-il d'un type de problème qui était ignoré jusqu'alors? La notion de relation
est vue sommairement dès la classe de sixième la première classe de
l’enseignement post primaire au Burkina Faso. Dans l’enseignement
secondaire les notions de relation d’équivalence et les classes d’équivalence
sont très nouvelle car elle n’est pas du tout abordée au secondaire.
établir que la relation est une relation d'équivalence. Dans la seconde partie de la
tâche, le niveau est du type disponible car aucun indice ne suggère le type de
réponse. Il y a même une nécessité de changement de cadre.
De l’analyse des tâches données aux étudiants, nous faisons les constats suivant les axes
de notre analyse:
Les connaissances mises en fonctionnement portent sur les suites numériques, la théorie
des ensembles, les fonctions numériques, les relations binaires et la structure de groupe.
Ce sont des notions qui marquent pour certaines d'entre elles une rupture avec le
secondaire. Les relations binaires et les structures algébriques ne sont pas abordées au
secondaire. Les tâches portant sur les suites numériques et les fonctions marquent une
rupture avec le secondaire dans les savoirs et savoir-faire. La définition formelle de la
limite d'une suite numérique n'est pas abordée dans l'enseignement secondaire
burkinabè (MESSRS, 1996b, p.4).
Les questions sont essentiellement ouvertes. Les arguments utilisés dans les
raisonnements ne sont pas donnés en indices ou suggérés par l’enchainement des
questions. Cela constitue une hausse dans les exigences en démonstration car nous
avons que la plupart des énoncés dans les tâches données aux élèves de terminale
étaient essentiellement fermés.
Le formalisme est très important et n’est pas familier des élèves de terminale
scientifique. Les opérateurs diffèrent de ce que les élèves de terminale utilisent
régulièrement. Ce qui constitue pour les étudiants une hausse dans les exigences
en formalisme.
Dans ce chapitre, nous faisons une lecture transversale des résultats de notre recherche
au regard des objectifs et des hypothèses que nous avons formulés.
Notre recherche vise à identifier les causes d’échec en mathématiques en lien avec la
transition secondaire/supérieur des étudiants en première année des filières scientifiques
à l’université de Ouagadougou. Nous avons émis des hypothèses incriminant les
représentations et croyances des acteurs (enseignants et apprenants) à l’égard des
mathématiques et de leur enseignement, la discontinuité dans les méthodes et
programmes d’enseignement et la rupture dans les exigences en formalisme et en
démonstration.
Qu'est ce qui ressort de l'analyse des programmes d’études, des informations fournies
par les acteurs et de l'analyse des tâches proposées aux apprenants des deux ordres
d'enseignement en lien avec ces hypothèses?
Par rapport à l’existence d’une rupture dans les méthodes, il est ressorti des résultats des
enquêtes par questionnaires auprès des étudiants et des enseignants du secondaire que
cette rupture est réelle et forte tant dans les contenus enseignés que dans les méthodes
d’enseignement (cf. graphiques 2, 3 et 4). Les étudiants disent qu’ils se sentent perdus à
l’entrée de l’université. Un saut spectaculaire dans l’inconnu est évoqué par les
étudiants. Ce saut spectaculaire au niveau des contenus et des méthodes d'enseignement
216
ne facilite pas l’adaptation des arrivants du secondaire dans leur cycle d’accueil qu’est
le supérieur. (cf. graphique 3).
De cette rupture, les enseignants du secondaire en sont conscients, eux qui ont été des
anciens étudiants de ces filières scientifiques. Ils imputent cette rupture aux contenus
aux programmes et au déficit de concertations entre les acteurs des deux ordres
d’enseignement. Ce manque de concertations est aussi évoqué pour justifier la rupture
dans les méthodes. La maîtrise des méthodes d’enseignement par les enseignements du
supérieur est indexée par les enseignants du secondaire.
Artigue (Artigue, 2004) notait que la transition entre le secondaire et le supérieur était
une transition entre deux cultures. Notre recherche fait ressortir particulièrement les
différences entre les cultures du secondaire et du supérieur sur le plan des méthodes
d’enseignement, des programmes d’enseignement. Les méthodes d’enseignement des
mathématiques dans l’enseignement secondaire sont les méthodes actives mettant
l’apprenant au centre de l’apprentissage. Ces méthodes que les enseignants du
secondaire reconnaissent appliquer dans leur pratique de tous les jours sont favorisées
par des effectifs d’apprenants relativement réduits au secondaire comparativement aux
effectifs de l’enseignement supérieur. Les effectifs oscillent entre 70 et 100 élèves par
classe au secondaire38 contre des effectifs de plus du millier en première de la filière
sciences et technologies à l’université de Ouagadougou. Ces grands effectifs comme le
montrent les enseignants du supérieur interrogés influent sur les méthodes et techniques
d’enseignement. Ce changement de méthodes d’enseignement constitue un des
changements indexés par les étudiants comme facteur de difficulté dans leur insertion
dans la culture de l’enseignement supérieur. Le saut dans les programmes
d’enseignement a été aussi relevé par les acteurs investigués, qui le considèrent comme
une des causes des difficultés dans l’apprentissage des mathématiques en première
année des filières scientifiques à l’université de Ouagadougou.
Nous pouvons retenir des résultats qu’il y a une rupture dans les méthodes et
programmes d’enseignement qui sont sources de difficultés pour les étudiants en
première année des filières scientifiques de l’université de Ouagadougou.
Nous avons indexé au début de notre étude les croyances et les représentations des
acteurs (apprenants et enseignants) à l’égard des mathématiques et de leur enseignement
de l’enseignement comme cause d’échec des étudiants de première année des filières
scientifiques de l’université de Ouagadougou. Les dimensions retenues pour la variable
« croyances et représentations » sont l’inaccessibilité des mathématiques, la vision des
38
La loi , au Burkina Faso, limite le nombre à 60 le nombre d’élèves par classe dans l’enseignement
secondaire.
218
Les enseignants du secondaire enquêtés jugent que les mathématiques sont difficiles.
Les opinions restent partagées entre les enseignants quant à considérer l’échec en
mathématiques comme une fatalité.
Les facteurs de difficultés qui reviennent chez les enquêtés sont les suivants:
Les méthodes d’enseignement sont aussi indexées à travers les prestations des
enseignants et l’organisation des examens par les étudiants. Ils placent la manière
de donner les cours au premier rang des changements qui leur créent plus de
difficultés dans l'apprentissage des mathématiques (cf. graphique 4). Les
enseignants du secondaire incriminent la formation pédagogique des enseignants
du supérieur. Ils pensent qu'il faut revoir la formation pédagogique des
enseignants du supérieur. Le niveau des enseignants de mathématiques des classes
du primaire et du secondaire est indexé par certains enseignants du supérieur. Les
orientations tout au long des cycles d’enseignement sont aussi des causes
219
évoquées par les étudiants pour expliquer le fait que les mathématiques soient
difficiles.
Nous pouvons conclure que les étudiants trouvent que les mathématiques sont
inaccessibles. Ils placent les pratiques enseignantes des enseignants du supérieur comme
une des causes de cette difficulté. Les enseignants des deux ordres d’enseignement se
rejettent la responsabilité de l’inaccessibilité des mathématiques à travers le manque de
formation pédagogique pour les uns et la non maîtrise des contenus pour les autres.
Les apprenants et les enseignants ont une vision "absolutiste" des mathématiques. Les
étudiants trouvent que les mathématiques sont un ensemble de règles rigoureuses qu’il
faut suivre. Cette vision absolutiste des mathématiques à la base des mathématiques
scolaires, partagée par les acteurs peuvent être à la base de certaines difficultés qu’ont
les étudiants en première année. Les étudiants ne cherchent pas à comprendre et à saisir
le sens des notions enseignées, ils imitent l’enseignant dans ce qu’il fait, pensant un jour
pouvoir faire comme lui. Cette manière de concevoir l’apprentissage des mathématiques
est partagée par certains enseignants chercheurs de l’échantillon.
Les enseignants privilégient dans leurs pratiques l’aspect théorique au détriment des
aspects fonctionnel et utilitaire, gages d’une motivation et d’un apprentissage de la part
des apprenants. Cette vision des mathématiques par les acteurs entre en conflit avec la
posture socio-constructiviste de l’apprentissage que nous avons adoptée dans notre
cadre théorique. L’analyse des programmes du secondaire a montré la présence
d’instructions claires à l’endroit des enseignants pour l’utilisation de méthodes
d’enseignement donnant du sens aux notions. Elle a aussi montré que les programmes
des semestres 1 et 2 de la licence 1 des filières scientifiques de l’université de
Ouagadougou ne contiennent d’instructions dans ce sens. Le choix est laissé aux
enseignants quant à la méthodologie à utiliser. Ces derniers privilégient l’aspect
théorique dans leur activité d’enseignement (cf. les propos de l’enseignant_n°2), en
éliminant des notions tout ce qui leur donnent du sens et qui ont de fois été à la base de
leur développement.
220
Cette vision platonicienne des mathématiques partagée par les acteurs (apprenants et
enseignants) sont à la base des difficultés d’enseignement/apprentissage des
mathématiques dans la transition secondaire/supérieur.
Un autre aspect des représentations recherché porte sur l’utilité des mathématiques,
l’utilité d’une chose est un facteur de motivation intrinsèque pour l’individu à qui elle
est destinée. Les acteurs interrogés dans cette recherche jugent que les mathématiques
sont utiles.
Les apprenants dans leur grande majorité trouvent les mathématiques utiles. Les raisons
avancées sont diverses : formation de l’esprit critique, pluridisciplinarité, sciences et
technologie, économie, etc. Les enseignants sont d’avis que les mathématiques sont
utiles. Cette utilité reconnue aux mathématiques n’est pas mis à jour par les enseignants
dans leur pratique de classe. Nous reprenons pour le besoin de notre interprétation les
dires de l’enseignant_n°3, interrogé sur la légitimité de la question « à quoi servent les
mathématiques » :
Elle est justifiée parce qu'ils ne voient pas l'utilité des mathématiques. Les
mathématiques que nous faisions on n’arrive pas à convertir immédiatement
pour eux. Pour certains chapitres comme les suites, la probabilité, ça posent
moins de problèmes. Mais pour d'autres notions comme les ln, exponentielle,
ils ne savent pas à quoi ça sert. Moi même en temps que professeurs je ne peux
pas expliquer leur utilité, donc la question est justifiée.
La démotivation apparait très clairement comme un facteur important dans l'échec des
étudiants en première année des filières scientifiques de l'université de Ouagadougou.
Les étudiants et les enseignants du secondaire placent la démotivation dans le trio de
tête des facteurs de difficultés en mathématiques avec les méthodes d'enseignement et la
paresse (cf. graphiques 5 et 6). Cette démotivation pourrait s'expliquer par la vision des
mathématiques et les méthodes d'enseignement du supérieur en rupture avec celles du
secondaire. Les méthodes d'enseignement sont elles-mêmes tributaires de la vision des
mathématiques. Les enseignants ont appris les mathématiques avec une certaine
conception de celles-ci, une conception qu'ils reproduisent. Se remettre en cause semble
difficile pour la plupart des enseignants.
en démotivation de par les choix inadéquats tant les conditions de travail que dans les
méthodes d'enseignement.
Cette démotivation des étudiants dans l’apprentissage des mathématiques est reconnue
par les enseignants, qui l’imputent au cursus divers des étudiants, aux pratiques de
certains enseignants et au milieu familial des étudiants. La démotivation des enseignants
et des parents eux-mêmes à l’égard des mathématiques est hérité par l’apprenant ou
l’enfant. Il n’est pas rare d’entendre des propos dévalorisant tenus par des citoyens à
l’égard des mathématiques et des enseignants de mathématiques. La situation socio-
économique (surtout en biens matériels) des enseignants démotive l’engagement des
apprenants dans la poursuite des études en mathématiques pour ne pas "risquer" d’être
professeur de mathématiques.
Il ressort de ces interprétations que les représentations et croyances qu’ont les acteurs
(apprenants et enseignants) à l’égard des mathématiques et de leur enseignement sont
causes d’échec en mathématiques chez les étudiants.
Une des questions à la base de notre recherche est l’importance des exigences sans cesse
croissant du formalisme et de la démonstration dans l’échec massif des étudiants des
filières scientifiques. Qu’est ce qui ressort de l’analyse des données ?
Il ressort des propos des enseignants que le niveau des enseignants est bas. Ils évoquent
une méconnaissance des techniques de raisonnement. Par contre les étudiants comme
les élèves sous-estiment leurs difficultés en matière de démonstration. Ils reconnaissent
néanmoins qu’ils ont des difficultés dans le raisonnement mathématique, dans la
maîtrise et l’exploitation des règles.
L’analyse montre que les apprenants n’ont pas un bon niveau en démonstration, qu’ils
ont des difficultés et qu’il y a un saut dans les exigences en démonstration et en
formalisme à travers les programmes d’enseignement et les tâches données aux
apprenants dans les deux ordres d’enseignement.
223
L’analyse des tâches laisse voir un saut significatif dans les exigences en formalisme et
en démonstration. Le passage des questions non ouvertes, routinières au secondaire aux
questions ouvertes laisse entrevoir un saut significatif dans les exigences en formalisme
et en démonstration entre le secondaire et le supérieur.
Dans ce paragraphe, nous posons un regard critique sur notre travail et explorons les
perspectives.
224
Elle a des limites et des faiblesses. Les limites de notre étude sont essentiellement
d’ordre méthodologique. Des difficultés de plusieurs ordres ont entravé le recueil de
données. La première difficulté rencontrée demeure la perturbation des années scolaires
et universitaires 2011-2012 et 2012-2013.
Dans notre approche méthodologique, nous avons prévu d'enquêter par questionnaires
auprès des enseignants de mathématiques du supérieur ayant une expérience
d'enseignement avérée en première année des filières scientifiques. Nous n'avons pas
pu exécuter cette partie de notre approche méthodologique pour causes de disponibilités
des répondants. Nous avons dû nous contenter des entretiens.
Des observations de cours dans les classes du secondaire et en première année des
filières scientifiques auraient été d'un apport certain dans notre étude. Nos démarches
préliminaires auprès des enseignants du secondaire dans ce sens se sont avérées
infructueuses. Ceux-ci ne consentaient pas à nous recevoir pendant des séances de
cours. Notre position de conseiller pédagogique de l'enseignement secondaire39 a peut-
être dissuader ces enseignants du secondaire. Au niveau de l'université de
Ouagadougou, les mêmes perturbations ne nous ont pas permis de mettre en œuvre
l'observation de cours. Nous avons dû nous contenter de l’analyse des programmes de
l’enseignement secondaire et de la première année des filières scientifiques de
l’université de Ouagadougou.
39
Le chercheur est conseiller pédagogique de l'enseignement secondaire en mathématiques. A ce titre, il
fait partie de ceux chargés de veiller à l'application des instructions officielles relatives à l'enseignement
des mathématiques. le conseiller est perçu à tort ou à raison comme un inquisiteur par les enseignants.
225
Nous avons analysé dans un volet de notre étude des tâches données aux élèves et aux
étudiants. L’analyse des productions des apprenants relatives à ces tâches aurait apporté
un plus à notre travail. Nous avons privilégié des sujets d'examens pour des raisons
évoquées dans notre cadre méthodologique. Mais l’accès aux copies d’examen est
soumis à des contraintes institutionnelles difficiles à lever. Une des solutions aurait
consisté à faire travailler les étudiants sur des tâches proposées de commun accord avec
un enseignant. De telles tâches nous permettraient certainement d’apprécier le niveau
des apprenants, mais nous n’aurions pas travaillé sur des sujets d’examens.
6.4.2. Perspectives
Il ressort que la rupture entre les méthodes et les programmes d'enseignements des
deux ordres d'enseignement est une des causes d'échecs en mathématiques. Cette
rupture est le fait de phénomènes comme le fonctionnement en vase clos des deux
ordres d'enseignement. De même, une rupture dans les exigences en formalisme et en
démonstration entre les deux ordres d'enseignement a été relevée comme une des causes
d'échec. Des représentations et croyances des acteurs inhibant
l'enseignement/apprentissage des mathématiques sont considérées comme source
d'échec en mathématiques. Les enseignants interviewés proposent le rapprochement
entre les acteurs (enseignants et personnes ressources) du secondaire et du supérieur. Ce
rapprochement devrait permettre aux uns et aux autres d'être au parfum de la culture des
autres et d'en tenir compte dans sa pratique enseignante. L'harmonisation des
programmes a été proposée comme solution pour parvenir à la continuité dans les
programmes d'enseignement. Cette harmonisation devrait prendre en compte les besoins
des sortants de l'enseignement secondaire (en contenus, en formalisme et en
démonstration) pour assurer leur insertion dans l'enseignement supérieur. Une
sensibilisation des acteurs des deux ordres d'enseignement dans ce sens serait un atout et
constitue pour nous une perspective d'utilisation de nos acquis pendant cette étude.
226
Des griefs ont été relevés sur la formation pédagogique des enseignants du supérieur.
La création et le développement d'une pédagogie universitaire pourrait, selon nous,
aider les enseignants du supérieur dans la gestion pédagogique du nombre sans cesse
croissant des étudiants.
Dans nos perspectives de solution au problème traité dans notre étude, le diagnostic des
besoins des sortants de l'enseignement secondaire a été évoqué. Ce diagnostic a fait
l'objet de travaux sous d'autres cieux (Najar, 2010; Corriveau, 2010). Ce diagnostic pour
le cas spécifique du Burkina Faso offre des pistes intéressantes de recherche.
Notre recherche pointe du doigt la différence de culture mathématique comme une des
causes majeures d’échec des étudiants des filières scientifiques de l’université de
Ouagadougou. Le grand défi est le rapprochement de deux cultures mathématiques :
celle du secondaire et celle du supérieur. De façon générale, dans une vision holistique
du système éducatif burkinabè, comment rapprocher les cultures mathématiques entre
ordres d’enseignement successifs et certainement entre l’éducation formelle (institution
scolaire) et l’éducation non formelle (institutions d’alphabétisation).
227
Conclusion
Dans cette recherche, nous sommes partis d’un constat d’échec en mathématiques des
étudiants en première année des filières scientifiques de l’université de Ouagadougou au
Burkina Faso. Ce constat, qui ne semble pas être propre à l’université de Ouagadougou,
ne nous a pas laissé indifférent. Nous avons alors mené une étude sur les causes d’échec
en mathématiques des étudiants en lien avec la transition secondaire/supérieur dans le
but d’atténuer les effets de la transition sur les performances des étudiants en
mathématiques.
Nous avons au départ indexé les ruptures dans les programmes et les méthodes
d’enseignement, les croyances et représentations des acteurs à propos des
mathématiques et de leur enseignement. La rupture dans les exigences en formalisme et
en démonstration a été aussi indexée.
Nous avons utilisé une approche mixte de recherche, alliant questionnaires, entretiens
semi-dirigés et analyse documentaire pour notre étude. Les apprenants (élèves et
étudiants), les enseignants du secondaire et du supérieur ont constitué notre public cible
et ont été enquêtés par questionnaires et/ou entretiens semi-dirigés. Les programmes de
mathématiques du secondaire et du supérieur, des tâches données aux apprenants dans
les deux ordres d’enseignement ont fait l’objet d’une analyse de contenus.
Notre étude, menée auprès des acteurs ci-dessus cités confirme une rupture forte dans
les programmes et méthodes d’enseignement et les difficultés causées par cette rupture.
Notre première hypothèse « L’échec massif en mathématiques des étudiants de première
année des filières scientifiques est étroitement dû à la rupture entre les méthodes et
programmes d’enseignement dans la transition secondaire/supérieur » se voit alors
vérifiée. Elle a aussi mis en relief les difficultés causées par cette rupture dans
l’enseignement/apprentissage des mathématiques à la transition secondaire/supérieur
dans les filières scientifiques de l’université de Ouagadougou.
Elle s’est aussi intéressé aux représentations et croyances des acteurs (apprenants
et enseignants) à propos des mathématiques et de leur enseignement. Elle
confirme l’existence de représentations et croyances capables d’entraver
228
L’analyse des programmes de mathématiques et des tâches données aux apprenants des
deux ordres d’enseignement montre une rupture dans les attentes en formalisme et en
démonstration dans la transition secondaire/supérieur. Cette rupture est cause d’échec
des étudiants de première année. L'étude confirme alors notre troisième et dernière
hypothèse « L’échec en mathématiques en première année des filières scientifiques
dans la transition secondaire/supérieur est dû aussi à la rupture dans les exigences en
formalisme et en démonstration ».
Références bibliographiques
Azrou, N. (2007). Quand les bonnes méthodes ne marchent pas. In B. Nadine & M.
Claudine (Eds.), L'enseignement des mathématiques face aux défis de l'école et des
communautés. Les actes du colloque EMF 2006. Sherbrooke: Editions du CRP.
Balacheff, N. (1988). Une étude des processus de preuve en mathématique chez les
élèves de collège. Thèse de doctorat de l'université Joseph Fourier, Grenoble.
230
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Annexes