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Orthodoxie 186

SPIRITUALITE

Transféré par

Gilles Ndongar
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SPIRITUALITE

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O R T H O D OX I E

N° 186 | ! | Février 2021

BULLETIN DES VRAIS CHRÉTIENS ORTHODOXES (VCO) FRANCOPHONES

sous la juridiction de l’archevêque Stephane d’Athènes,

primat de toute la Grèce


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098 LÉPHO
177
061 6593
N E SOMMAIRE
454 OU
680
1

✤ Homélie pour le dimanche du


pharisien et du publicain
Nouvelles ✤ SUR L’INCOMPRÉHENSIBILITÉ DE LA VIE
✤ EXPLICATION DU PSAUME 130
✤ L’ORTHODOXIE EST VIE
Le temps passe, et de ✤ Un Fols-en-Christ : saint Michel de
nouveau les portes de la
pénitence – le grand Klopsko
Carême – s’ouvrent. ✤ L’AVOCAT DU DIABLE
Horreur pour les lâches et ✤ DE LA VIE DE L’APÔTRE JEAN
les tièdes, mais joie pour ✤ LES TROIS SAINTS ANACHORÈTES
les zélés qui thésaurisent ✤ La Bible condamne l’inceste.
pour le bonheur éternel. Mais…
Voici un peu de nourriture
spirituelle dans ce
bulletin, car «l’homme ne
vit pas seulement de
pain …» Souvent, lorsque je me couche sur
mon lit, moi, malheureux crapule, je
remercie le Seigneur pour ce qu’il
me donne. J’ai bien mangé, j’ai un
lit chaud. Je ne peux me plaindre de
Vôtre en Christ, ma santé. J’ai tout ce qu’il me faut
archimandrite Cassien pour vivre, etc. Combien d'hommes
n’ont pas ce bonheur ! Tout
confondu, je m’endors finalement.
C’était peut-être la seule prière
valable de la journée.

a. Cassien
orthodoxievco.net [email protected]

HOMÉLIE POUR LE DIMANCHE DU PHARISIEN ET DU PUBLICAIN


«Puisque le devoir de «scruter les Écritures» est aussi l'un des préceptes du
Seigneur, il faut absolument, même si notre intelligence se trouve en-deçà de la
vérité et n'atteint pas à la grandeur de ces pensées, réussir au moins à ne pas
paraître négliger le commandement du Seigneur en mettant autant d'ardeur que
possible à étudier le texte. Aussi, scrutons l'écrit qui nous est proposé autant que
nous en sommes capables.» saint Grégoire de Nysse (sur l’Écclesiaste)

Le triode, qui commence, nous prépare au grand Carême. Les trois dimanches
– d’où le nom triode – sont comme des marches. Le premier dimanche, celui du
pharisien et du publicain, nous enseigne dans quelle attitude nous devons nous
convertir au Seigneur. Le second dimanche – celui du Fils prodigue – nous montre
dans quelle déchéance nous sommes tombés. Le troisième dimanche – celui du
Carnaval – indique quels fruit nous devons porter pour être sauvés.
Concentrons-nous maintenant un peu sur le dimanche du pharisien et du
publicain. En deux mots, l’évangile nous explique que Dieu rejette la suffisance dans
nos bonnes œuvres et désire par contre une attitude d’humilité, d’être conscient de
nos péchés.
Le jeûne, la dîme etc. du pharisien ne sont pas mauvais en soi; cela nous est
demandé par l’Église, surtout lors du Carême, mais la suffisance gâche tout. Les
mauvaises actions du publicain étaient certes mauvaises, mais son humilité et son
repentir les ont effacés et l’ont justifié, comme dit l’évangile. Le fait de juger les
autres, – second défaut du pharisien – l’ont rendu odieux aux yeux du Seigneur.
«Deux hommes montèrent au Temple», ainsi débute cette parabole. Monter au
Temple est l’image de notre cheminement vers Dieu, vers le salut.
Cet évangile n’est qu’une parabole, mais il stigmatise ce qui se passe souvent
dans la vie des chrétiens. Le pharisien indique un rang élevé et le publicain celui de
celui qui est méprisé. L’évangile parle plusieurs fois des publicains et des prostituées,
qui furent méprisés par les autres, qui se croient justes, mais le Christ dit : «ils vous
devanceront dans le royaume de Dieu.» (Mt 21,31)
Pendant la semaine qui suit le dimanche du pharisien et du publicain, tout
jeûne est aboli afin de nous montrer que le Sauveur prend «plaisir à la miséricorde,
et non aux sacrifices.» (Mt 9,13) Et l’évangile continue : «Car je ne suis pas venu
appeler des justes, mais des pécheurs.» Il s’agit des justes qui le sont à leurs
propres yeux et se fient à leurs œuvres, et oublient ce que dit le prophète Isaïe :
«Nous sommes tous comme des impurs, et toute notre justice est comme un
vêtement souillé. Nous sommes tous flétris comme une feuille, et nos crimes nous
emportent comme le vent.» (Is 64,6)
Terminons avec les paroles d’un père : «Ce n'est pas lorsque le discours coule
d'abondance et s'écarte du sujet qu'il est admirable, mais lorsque, bref autant que
riche en idées, complet dans sa concision, trouvant son souffle essentiellement dans
le sujet, il montre une grande vivacité.» saint Isidore de Péluse (lettre à
Grammaticos)

a. Cassien

Les vices profitent aux justes, et les vertus nuisent aux


méchants. Le méchant use mal d’un bien, et le bon use bien
d’un mal.
saint Grégoire le Dialogue (commentaire sur Job livre 34,11)

2
orthodoxievco.net [email protected]

Je raconterai aussi ce qui se passa en ce temps dans le même monastère; mais je ne


veux pas nommer le moine que cela concerne, parce qu’il est encore vivant, de peur
que, si ces écrits lui parvenaient, il ne diminuât son mérite, en tombant dans une
vaine gloire. Un jeune homme, étant arrivé au monastère, se présenta à l’abbé pour
se dévouer au service de Dieu. L’abbé s’y opposa par beaucoup de raisonnements, lui
disant que le service de cet endroit était dur, et qu’il ne pourrait jamais accomplir
tout ce qui lui serait ordonné. Il promit, avec l’aide de Dieu, de tout accomplir, en
sorte que l’abbé le reçut peu de jours après. Lorsqu’il s’était déjà fait remarquer de
tous par son humilité et sa sainteté, il arriva que les moines, sortant les grains de
leur grenier, en mirent sécher au soleil près de cent cinquante boisseaux qu’ils lui
ordonnèrent de garder; et tandis que les autres s’occupaient ailleurs, il demeurait à
la garde du grain. Tout à coup le ciel se couvrit de nuages, et voilà qu’une forte pluie
accompagnée du bruit des vents, s’approchait rapidement du monceau de grains; ce
que voyant le moine, il ne savait que déterminer ni que faire, pensant que, s’il
appelait les autres, il y avait tant de grains qu’ils ne suffiraient pas à les rentrer à
eux tous dans le grenier. Renonçant donc à tout autre soin, il se mit en oraison,
priant Dieu qu’il ne descendît pas une goutte de cette pluie sur le froment; et tandis
qu’il priait prosterné à terre, les nuages s’ouvrirent, et la pluie tomba en abondance
autour du monceau, sans mouiller, s’il est permis de le dire, un seul grain de
froment. Les autres moines et l’abbé s’étant réunis pour venir promptement
ramasser le grain, furent témoins de ce miracle, et, cherchant le gardien,
l’aperçurent de loin, prosterné sur le sable, à prier; ce que voyant l’abbé, il se
prosterna derrière lui, et, la pluie passée, l’oraison finie, il l’appela, et lui dit de se
lever, puis, l’ayant fait prendre, voulut qu’il fût battu de verges, disant : Il te
convient, mon fils, de croître humblement en crainte et service de Dieu, non de te
glorifier par des prodiges et des miracles, et ordonna que, renfermé sept jours dans
sa cellule, il y jeûnât comme un coupable, afin d’empêcher que ceci n’engendrât en
lui une vaine gloire, ou quelqu’autre obstacle à la vertu. Maintenant le même moine,
ainsi que nous le savons par des hommes dignes de foi, s’adonne à une telle
abstinence que, dans les jours de carême, il n’avale ni pain ni aucun alignent, si ce
n’est, le troisième jour, une coupe pleine de tisane. Que Dieu veuille l’avoir en sa
sainte garde jusqu’à la fin de ses jours !
saint Grégoire de Tours (Histoire de France, livre 4)

L'histoire mentionne que la cause du repentir et du retour du peuple bulgare au


christianisme était une icône. Cette icône représentait le dernier Jugement. Le
missionnaire saint Méthode l'a montrée au roi Boris et la lui a analysée. Il a été tellement
impressionné qu'il avait cru immédiatement au Christ ainsi que tout le peuple bulgare.

Les prières que l’on fait pour soi, ont bien plus de force, quand on prie aussi pour les
autres; parce que le sacrifice de l’oraison est infiniment plus agréable en la présence du
Juge de miséricorde, lorsqu’il est comme assaisonné de la dilection du prochain; et on en
comble la mesure, lors qu’on s’offre à Dieu même pour ses ennemis.
saint Grégoire le Dialogue (commentaire sur Job livre 35,5)

Marchez devant Dieu avec simplicité et non dans les subtilités de votre intellect. La
simplicité apporte la foi, mais les spéculations subtiles et compliquées n'apportent que la
suffisance et celle-ci amène la séparation d'avec Dieu. st Isaak le Syrien

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SUR L’INCOMPRÉHENSIBILITÉ DE LA VIE


Sur Lakydès je veux conter une histoire plaisante. Il était un peu
chiche, Lakydès; c'était, en quelque sorte, l’Économe proverbial : lui si
connu du public, il ouvrait personnellement sa dépense,
personnellement il la fermait. Il choisissait ce qu’il lui fallait et prenait
sur lui toutes les charges de ce genre; non qu'il louât l'autarcie, ni que
d'ailleurs il fût pauvre ou manquât d'esclaves : il en avait un bon
nombre; mais la raison n’est pas difficile à imaginer.
Pour moi, je vais conter la plaisante anecdote que j'ai promise.
Comme il était son propre intendant, il ne jugeait pas pratique de
promener la clé sur lui; il fermait donc la dépense, mettait la clé dans
un secrétaire creux qu'il scellait d'un anneau, après quoi il faisait rouler
l'anneau à travers la serrure pour qu’il tombât à l'intérieur de la pièce;
ainsi, plus tard, quand il reviendrait ouvrir avec la clé, il pourrait
reprendre l'anneau, refermer, puis sceller, puis rejeter derrière lui
l'anneau à l'intérieur par la serrure.
Ce stratagème n’échappa pas aux esclaves; et quand Lakydès sortait pour une
promenade ou à quelque autre intention, ils ouvraient, eux aussi, puis à coeur joie, buvaient,
mangeaient, emportaient, et ils refaisaient le cycle : fermer, sceller, jeter par la serrure l'anneau
dans la pièce, le tout avec force lazzis sur le maître.
Là-dessus Lakydès, qui avait laissé pleins ses vases, les trouve vides; l'événement le
rend perplexe; mais ayant entendu dire qu'on philosophait chez Arcésilas sur
l’incompréhensibilité, c'est cela même, pense-t-il, qui advient à sa dépense : sans plus tarder, il
se met à philosopher chez Arcésilas : aucune perception visuelle ou auditive, y apprend-il, n'a
rien de clair ni de sain; un jour, il attire dans sa maison un de ses familiers et se met à lui
soutenir, avec une énergie qu'il croyait surnaturelle, la suspension; il ajoute : Cette attitude, je
peux te la dire incontestable : je l'ai expérimentée sur moi, ce n'est pas sur un autre que je l'ai
éprouvée.
Puis il se met à raconter d'un bout à l'autre la mésaventure advenue à sa dépense : Que
pourrait dire encore Zénon, conclut-il, à une incompréhensibilité si totalement manifeste, comme
elle s'est révélée à moi dans la circonstance ? Moi qui ai fermé de mes mains, scellé moi-même,
moi-même laissé tomber l'anneau à l'intérieur, voilà qu'à mon retour j'ouvre, je vois l'anneau dans
la pièce, mais non pas le reste : comment ne suis-je pas fondé à douter de la réalité ? Car je
n'irai pas dire encore, ajoutait-il, qu'on est venu voler tout cela, puisque l'anneau se trouve au-
dedans.
L'autre écoutait – il était moqueur – et attendait le dénouement; il se contenait non sans
peine, finit par éclater de rire à gorge déployée; tout en riant encore aux éclats, il convainc
Lakydès de son aberration. En conséquence, à partir de ce moment, Lakydès ne jeta plus
l'anneau à l’intérieur et ne recourut plus à l'incompréhensibilité de la dépense; il surprit et
retrouva les provisions entreposées : c'est en vain qu'il avait philosophé.
Cependant les esclaves, des filous qui ne se laissent pas prendre d'une main – dignes
émules de ces Gètes et Daces de la comédie qui doivent à la loquacité de leur Dacie des
langues bien pendues –, apprennent des stoïciens leurs sophismes et, instruits encore
autrement, vont droit à ce coup d'audace : ils brisent le sceau du maître, et tantôt lui en
substituent un autre, tantôt ne le remplacent même pas, sûrs que pour lui ce sera
incompréhensible de cette façon comme d'une autre.
Il rentre, jette un coup d'oeil : quand il voit le secrétaire sans sceau, ou scellé mais avec
un sceau différent, il entre en fureur; on lui dit que c'est scellé, qu'en tout cas on voit son sceau;
il précise, il démontre; les autres se rendent à sa démonstration mais prétendent que si le sceau
n'y est pas, c'est peut-être lui qui a oublié qu’il ne l'avait pas mis; là-dessus, il proteste qu'il se
souvient d’avoir scellé, le démontre à grand renfort de preuves, s'emporte contre les autres, se
croyant moqué, ajoute des serments.
Les esclaves répondent à ses attaques, se croyant eux-mêmes moqués par lui, comme
si Lakydès, un sage, avait pris le parti d'être sans opinion pour être également sans souvenir;
car un souvenir est une opinion; récemment tout au moins, disaient-ils, ils l’avaient entendu
parler ainsi à ses amis.

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Comme il retournait leurs arguments et ne raisonnait plus en académicien, ils se mirent,


eux, à l'école de quelque stoïcien pour apprendre ce qu'il leur fallait dire et désormais rendaient
sophisme pour sophisme rivalisant avec lui en fraude académique; s'il les accusait à la
stoïcienne, les esclaves, eux, détruisaient ses accusations au nom de l’incompréhensibilité, non
sans persiflage.
Ce n'étaient donc là que discussions, discours, disputes; et rien ne restait plus sur le
terrain, ni récipient, ni rien de ce qu'on y met, rien d’autre non plus de ce qui contribue à un train
de maison.
Lakydès, cependant, était aux abois; il voyait que ce renfort apporté à ses doctrines ne
lui était d'aucune utilité, pensait qu'à moins de réfuter l’adversaire tout son bien serait ruiné;
réduit à l'impuissance, il appelait à grands cris ses voisins et les dieux : les ah ! ah ! les hélas !
hélas !, les par les dieux, et par les déesses, toutes les attestations sans artifice que multiplie la
foi déçue et révoltée, tout cela se clamait de bonne foi.
13 Finalement, devant cette lutte contradictoire à propos de sa maison, le maître se mit,
bien sûr, à faire le stoïcien avec ses esclaves; et comme ceux-ci soutenaient les thèses de
l’Académie, pour mettre fin à ses ennuis, il installa devant la dépense un gardien ami. Mais il
n'arrivait à rien de rien : constatant où aboutissait sa sagesse, il fit cet aveu : C'est une chose,
esclaves, que l'enseignement de nos écoles; c'en est une autre que la vie.

Il y avait très longtemps dans un grand palais, vivait un roi. Il était toujours
accompagné de son fidèle conseiller, un homme très sage qui aimait Dieu et qui donnait
des conseils au roi quand il avait des problèmes.
A chaque fois qu'un malheur arrivait au roi, le conseiller le consolait en lui disant :
«Ce n'est pas grave, roi, c'est un bien de Dieu !»
Le roi ne comprenait pas toujours et il lui arrivait de se fâcher. Un jour, en allant à la
chasse, le roi se blessa et perdit trois doigts. Tout le monde criait :
«Quel malheur ! Pauvre roi !»
Sauf le conseiller qui s'approcha du roi et lui dit : «Mon roi, ne pleurez pas comme
ça ! Ce n'est pas trop grave, il vous reste encore des doigts; c'est un bienfait de Dieu !»
Le roi avait très mal et se mit très en colère : «Conseiller ! Tes paroles ne me
plaisent pas ! Au lieu de me consoler, tu dis que ce qui me fait mal est un bienfait de
Dieu ! Qu'on l'emmène en prison !»
Le roi prit un nouveau conseiller et oublia celui qu'il avait fait jeter en prison. Des
années plus tard, il partit dans la forêt en promenade avec toute sa troupe quand des
cannibales les attaquèrent. Leur chef ordonna :
«Capturez moi tous les hommes en bonne santé. Par contre, ceux à qui il leur
manque quelque membre, libérez-les car je n'aime pas les infirmes !»
Tout le monde fut capturé, sauf le roi car il lui manquait trois doigts. Triste, il rentra
seul au château. C'est alors qu'il se rappela que son premier conseiller était toujours en
prison et alla vite le rechercher.
«Ô, mon brave conseiller, pardonne moi de t'avoir laissé si longtemps en prison.
Tes paroles étaient de vérité ! Je suis en vie grâce aux trois doigts qu'il me manque : c'est
un bienfait de Dieu mais je n'avais pas compris tout de suite. Acceptes tu mes excuses,
car c'est toi le plus sage ?»
Le conseiller, heureux que le roi eut compris que tous les malheurs qui lui étaient
arrivés étaient un bien pour lui de la part de Dieu, lui répondit : «Mon roi, ne t'excuse pas
de m'avoir mis en prison, c'est un bienfait pour moi !»
Le roi, étonné, lui dit : «Mais, tu n'es pas fâché contre moi ? Je t'ai puni sans
raison valable et ce, pendant des années.»
Le conseiller, toujours aussi sage, lui répondit en souriant : «Mon roi ! Si j'étais
resté auprès de vous, les cannibales m'auraient fait prisonnier et je serais à cet instant
mangé ! Tout est un bienfait de Dieu, même si on le comprend pas tout de suite !»

Histoire légèrement modifiée

5
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EXPLICATION DU PSAUME 130

Le psaume 130 (selon l’hébreu 131) est très court, mais n’est pourtant pas facile à
interpréter. Je soulèverai les difficultés sans prétendre les résoudre.
Passons : «Cantique des degrés !» Selon la Septante, le titre est : «Sentiment d'humilité
des captifs de Babylone; leur espérance.» Selon la traduction de l’hébreu, il est indiqué «De
David.» Comment David a t-il pu en être l’auteur, n’ayant jamais été en captivité à Babylone ?
Le premier verset dit : « Seigneur, mon coeur ne s'est point enorgueilli, et mes yeux ne se
sont point élevés; je n'ai point cheminé dans les grandeurs ni en des merveilles au-dessus de
moi.» La Septante – qui date de bien avant le Christ – et la traduction de l’hébreu – qui date de
quelques siècles après le Christ – s’accordent sur ce verset.
La contradiction vient après. Le second verset, selon la Septante dit : «Si je n'ai point eu
d'humbles sentiments, si j'ai trop élevé mon âme, rétribue mon âme comme un enfant privé du
lait de sa mère.» Qui n’a pas vu un bébé affamé qui pleure, cherchant à téter ? L’hébreu : «Loin
de là, j’ai l’âme calme et tranquille, comme un enfant sevré qui est auprès de sa mère; j’ai l’âme
comme un enfant sevré.»
La Vulgate traduit, à partir de l’hébreu : «Que mon âme soit réduite au même état qu'un
enfant lorsque sa mère l'a sevré.» Selon moi, cela n’a pas de sens. Celui qui s’est élevé dans
son âme, comment peut-t-il être calme comme un enfant qui a tété et s’endort ?
Selon la version orthodoxe, c’est-à-dire la Septante, il est dit : «Si je n'ai point eu
d'humbles sentiments, … rétribue …» L’hébreu : «Loin de là, j’ai l’âme calme …» Donc deux
sens bien différents. Pourquoi les juifs ont changé le sens pendant ces siècles d’intervalle ? Une
énigme que sait résoudre celui qui a compris pourquoi les hébreux sont devenu des juifs.
Tant qu’un tapis est à l’envers, on ne voit pas clairement son dessin, tout est
contradictoire. Une fois mis à l’endroit, et vu de l’autre côté, du côté de Dieu, tout trouve son
sens et s’éclaircit. Donc à nous de nous convertir du côté de Dieu, afin que tout se calme en
nous dans la paix.
Le troisième verset dit bien : «Qu'Israël espère dans le Seigneur, maintenant et dans les
siècles des siècles.» En mettant notre espérance dans le Seigneur, en mettant notre destin entre
ses mains, – au lieu de chercher à réaliser à tout prix, nos projets, – tout va se résoudre pour le
mieux.
a. Cassien

Le sujet d’une véritable et solide joie ne doit pas être de connaître beaucoup et de
grandes vérités dans l'Ecriture; mais seulement de suivre et de garder
religieusement celles qui nous sont connues.
saint Grégoire le Dialogue (commentaire sur Job; 22,2)

Pourquoi l'Apôtre parle en toute circonstance d'événements graves à propos de la fin


des temps. «Aux derniers jours, dit-il quelque part, plusieurs s'éloigneront de la foi.» (I Tim 3,1)
Le Christ parlait aussi dans le même sens quand Il disait : «A la fin des temps vous entendrez
parler des guerres et de bruits de guerre, de famines et de pestes.» (Mt 24,6-7) Pourquoi à la fin
des temps ce concours de calamités terribles ? Suivant quelques auteurs, la nature serait alors
épuisée et décrépite, et, de même que le corps dans la vieillesse est sujet à une foule
d'infirmités, la vieillesse de la nature lui attirerait ces calamités. Mais il est dans l'ordre et les lois
des choses que le corps vieillisse; tandis qu'on ne voit pas que la vieillesse de l'univers influe
aucunement sur les pestes, les guerres, et les tremblements de terre. Non, il n'est pas vrai que
ces fléaux se déchaînent parce que les créatures vieilliront : «La faim, la peste, des
tremblements de terre se produiront en divers lieux.» Ce sera parce que les moeurs des hommes
seront infectées par la corruption; car ces fléaux sont la punition du péché, et le remède aux
maladies morales. D'ailleurs ces maladies de l'humanité prendront alors une gravité particulière.
Et pourquoi cela ? A mon avis, c'est que le Jugement suprême et la sanction qui le suivra se

6
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faisant attendre, ainsi que l'avènement du Juge, les hommes que devra atteindre ce Jugement
tomberont dans la négligence. Tel est le motif qui, d'après le Seigneur, provoqua la négligence
du méchant serviteur. «Mon maître tarde à venir,» disait-il; et alors il se mettait à frapper ses
compagnons de travail et à dissiper les biens de son maître. Aussi, quand les disciples du
Sauveur lui vinrent demander quel serait le jour de la consommation des temps, Il ne voulut pas
le leur indiquer, afin que l'incertitude de l'avenir nous maintînt dans la crainte et que chacun,
dans l'attente de ce qui lui était réservé et dans l'espérance de l'avènement du Christ, fût plus
fidèle à ses devoirs. De là cet avertissement qui nous est donné : «Ne tardez pas à vous
convertir au Seigneur, et ne renvoyez pas de jour en jour, de peur que durant cette attente vous
ne soyez brisé.» (Ec 5,8-9) La mort est incertaine, et elle est incertaine afin que vous vous teniez
toujours sur vos gardes. C'est pourquoi le jour du Seigneur viendra pareil au voleur qui vient la
nuit; et cela nous est dit pour que nous prenions nos mesures. Effectivement, celui qui prévoit
l'invasion d'un voleur veille et tient sa lampe allumée. A vous également de tenir allumé le
flambeau de la foi et d'une irréprochable vie, et de veiller sans cesse à cette lumière, ne sachent
pas à quelle heure viendra l'Époux; il nous faut être prêts à toute heure, afin qu'à son arrivée, Il
nous trouve sur pied.

saint Jean Chrysostome (homélie sur les périls des derniers temps)

L’ORTHODOXIE EST VIE

L’orthodoxie est vie, qu’on ne peut définir, comme la scolastique a voulu le faire, en la
mettant dans des petites boîtes, bien rangées, pour ainsi dire. Elle l’a séquestrée, et tous ses
membres n’ont plus eu de liens entre eux ni avec la vie.
On ne peut définir cette vie de l’Église; c’est un mystère devant lequel on ne peut que
s’émerveiller. Malgré toutes les vicissitudes qu’elle a traversées, elle est toujours vivante, et
selon les paroles du Seigneur «les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre
elle» (Mt 16,18)
On trouve difficilement un catéchisme orthodoxe qui traite point par point la vie de
l’Église. C’est un effort périlleux. On trouve le «CATÉCHISME DETAILLÉ DE L'EGLISE
CATHOLIQUE ORTHODOXE D’ORIENT» de Mgr. Philarète Drozdov, qui date d’une époque où
l’Église russe était influencée par le catholicisme. Cela apparaît clairement quand il dit, par
exemple : que la révélation divine s’est répandue par «la Tradition sacrée et par l'Ecriture sainte»,
alors qu’en réalité, l’Écriture sainte fait partie de la Tradition qui incorpore tout ! La «Théologie
dogmatique orthodoxe» de Mgr Macaire de Vinnitza, fut bien critiquée également pour sa
schématisation.
Dans l’Orthodoxie, tout se tient et se compénètre : L’iconographie ne peut exister sans la
théologie, ni la patristique sans l’Écriture sainte par exemple. C’est cette vie de l’Esprit saint qui
vivifie, conjecture et lie tout ensemble. Là où cette vie n’existe plus, dans le schisme et l’hérésie,
tout se dégrade et se décompose. Les exemples ne manquent pas, ni dans l’histoire, durant
laquelle tant d’hérésies et de schismes se sont effacés, ni à notre époque, où on peut constater
le même processus.
Une est l’Orthodoxie également à travers l’espace et le temps. Comme dit saint Vincent
de Lérins dans sa parole célèbre : «ce qui a été cru partout, et toujours, et par tous.»
La théologie apophatique (négative) est pour cela bien plus juste, que la théologie
«positive», quand elle dit, par exemple, que la nature divine est insaisissable, indescriptible, et
au-dessus de ce que l’homme peut concevoir.
Ce n’est pas pour rien qu’on trouve le mieux Dieu dans la solitude et le silence,
déchaussé, comme Moïse devant le buisson ardent qui ne se consumait pas, – spectacle
incompréhensible. Telle l’Église qui a ses racines dans le ciel, et non sur la terre, comme la
perspective inversée sur les icônes qui indique que le point de départ est du côté de Dieu et non
du spectateur.

A. Cassien

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Un Fols-en-Christ : saint Michel de Klopsko

fêté le 11 janvier

Durant le règne du grand Prince Basile, fils de Dimitri du Don, et le pontificat du métropolite
Photius, alors que Théodose était higoumène du monastère de la Sainte-Trinité à Klopsko,
apparut soudain le bienheureux Michel et ce, dans des circonstances très inhabituelles. C’était
le 23 juin 1408 et l’on célébrait les Matines dans l’église du monastère pauvre et peu connu de la
Trinité de Klopsko. Pendant le chant de la neuvième ode du Canon, le hiéromoine Macaire qui
encensait l’église alla également encenser sa cellule fermée à clé mais, quand il y arriva, à sa
grande surprise, la porte était ouverte et il y avait à l’intérieur un homme en habit monastique.
Un cierge était allumé sur le bureau et il copiait le livre des Actes des Apôtres.

Effrayé, Père Macaire parla immédiatement de cela à l’higoumène. Quand les Matines furent
finies, l’higoumène et les frères allèrent à la cellule du père Macaire. Trouvant la porte fermée, et
verrouillée de l’intérieur, ils la forcèrent et, à leur étonnement général, trouvèrent le moine
calmement et paisiblement occupé à continuer son écriture. Quand l’higoumène voulut savoir
qui il était et quel était son nom, l’étranger répondit d’une manière folle par les mêmes
questions. Cependant, pendant la divine Liturgie, l’étranger chanta avec les autres moines et il
lut même l’épître. Pendant le repas au réfectoire, il lut la vie du saint du jour d’une manière très
intelligible et édifiante.

L’higoumène lui donna une cellule, mais toutes les tentatives pour savoir d’où il venait et qui il
était restèrent vaines. Le saint s’installa dans le monastère en 1408 et y resta jusqu’à sa mort.
C’était un jeûneur strict qui ne mangeait que du pain et ne buvait que de l’eau une fois par
semaine. Il avait l’esprit de non-possession et n’avait donc rien dans sa cellule, pas même une
natte sur laquelle dormir.

Quand les frères le virent mener une vie tellement agréable à Dieu, dans le jeûne, la prière et la
continence, ils commencèrent à l’honorer comme quelqu'un d’important et de saint. Afin de se
défendre de l’orgueil et de la gloire du monde, le saint commença à se faire passer pour un fou
en toute occasion. Il poursuivit sa vie de folie pour le Christ et de continence jusques au cercueil
! Un jour, pour la fête de la Transfiguration de notre Seigneur, la princesse et le prince Constantin
Dimitrievitch visitèrent le monastère de Klopsko. Après la liturgie, le prince dîna avec les pères
au réfectoire. L’higoumène demanda au saint de lire la vie du saint prophète Job le très-
souffrant. A l’instant où le prince Constantin entendit la voix du lecteur, il se leva, alla vers lui
avec profonde attention, s’inclina devant le moine sans nom. «C’est notre parent, Michel
Maximovitch», dit le prince en se tournant vers l’higoumène. «Pourquoi cachez-vous votre
nom ?» demanda l’higoumène à Michel, respectueusement. «Dieu le sait !» répondit le saint. Il
confirma qu’il était bien de l’illustre famille Maximovitch. Les pères commencèrent à trop honorer
Michel, mais la renommée et l’honneur des hommes sont ce qu’il désirait le moins et il redoubla
donc sa folie pour le Christ.

Néanmoins, la grâce de Dieu qui continuait à croître dans l’âme du juste athlète spirituel fut
souvent manifestée visiblement devant tous.

Quand l’archevêque Jean reposa en 1410, le bienheureux Michel dit à l’higoumène Théodose :
«Tu seras aussi dans la maison du maître, mais tu ne seras pas capable d’être à sa table». Après
le repos du bienheureux Syméon, en 1420, le peuple de Novgorod élut l’higoumène de Klopsko,
Théodose, comme archevêque. Et, conformément à la prophétie de Michel, Théodose fut
installé dans la maison du maître mais il n’y passa que deux ans car le conseil communal le
força ensuite à se retirer au monastère.

Le prince Constantin avait été privé de son patrimoine par son frère, mais il n’en était pas
devenu amer pour autant et il restait un chrétien charitable, très pieux et très prodigue de ses
deniers. En 1419, il visita à nouveau le monastère. «Prie pour moi ! dit-il à Michel. Je suis affligé
par la perte de mon héritage parental». «Ne t’afflige pas, prince, le réconforta Michel, mais crois

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sincèrement en la très-sainte Trinité et construis une église de pierre au Nom de la vivifiante


Trinité. Alors, non seulement tu recevras ton patrimoine, mais tu hériteras aussi une demeure
céleste et tes frères t’accepteront avec honneur». Le prince Constantin engagea immédiatement
des bâtisseurs qui complétèrent en deux mois la construction de l’église qui fut consacrée le 24
septembre 1419. Le jour de sa consécration, le prince annonça à saint Michel et à l’higoumène
qu’il avait reçu son patrimoine.

Une sécheresse terrible arriva aux frontières de Novgorod et dura trois ans. Toutes les sources et
même le fleuve Veryaj qui fournissait de l’eau au monastère furent taris. Quand le sacristain du
monastère sortit à la recherche d’eau, il vit Michel qui écrivait quelque chose dans le sable, sur
le rivage de la rivière à sec. Quand l’higoumène en fut informé, il alla à l’endroit indiqué et lut les
paroles qui étaient écrites : «J’accepterai la Coupe du Salut; à cet endroit apparaîtra une
source». Quand l’higoumène demanda ce que cela signifiait, Michel se contenta de répéter les
mots qu’il avait écrits. L’higoumène et le saint commencèrent à creuser dans la terre craquelée
et, soudain, une source d’eau se mit à couler et produisit assez d’eau pour la population des
environs.

Après la sécheresse, il y eut une famine dans le territoire de Novgorod. Des foules de pauvres
commencèrent à venir au monastère pour avoir du pain. Comme les réserves s’amenuisaient,
l’higoumène commença à s’inquiéter, craignant qu’ils ne soient complètement démunis. «Si cinq
mille, sans compter les femmes et les enfants, furent nourris avec cinq pains, dit le saint, et
quatre mille furent nourris avec sept pains, devons-nous repousser ceux qui nous supplient de
les nourrir ?» Et il pria l’higoumène de nourrir tous ceux qui viendraient. Beaucoup de frères
commencèrent à se plaindre que tout le pain était donné, mais saint Michel conduisit
l’higoumène et les frères à la remise et ils virent avec étonnement que les réserves de pain
n’avaient pas diminué, malgré tout ce que l’on avait déjà donné !

Un jour, alors que l’higoumène était debout dans l’église, pendant la divine Liturgie, Michel vint
vers lui en gloussant et lui dit : «Des invités veulent venir à nous» ! A la fin du service, tandis qu’il
quittait l’église, l’higoumène vit trois étrangers dans la cour. «Fais-les venir au réfectoire» dit
Michel. L’higoumène les fit entrer. «Nos compagnons sont à l’extérieur du monastère» dirent les
visiteurs et l’higoumène ordonna qu’ils soient également invités. Les «compagnons» se
révélèrent être trente-trois bandits armés. Le saint les conduisit au réfectoire et ils s’assirent tous
pour manger – à l’exception de deux d’entre eux qui surveillaient et ne mangeaient rien.
«Pourquoi ne mangez-vous pas, dit Michel, vous pouvez être certains que vos mauvaises
intentions ne se réaliseront pas». Ces paroles frappèrent tellement les deux hommes qu’ils
tombèrent au sol et furent incapables de prononcer un mot.

Les autres devinrent aussi terrifiés et, craignant que la même chose ne leur advienne, ils firent à
l’higoumène une donation, demandèrent qu’il prie pour leurs compagnons qui avaient été
projetés au sol et ils s’enfuirent du monastère. Après peu de temps, les deux voleurs
commencèrent à revenir à eux. L’un demanda à l’higoumène de devenir moine, l’autre quitta en
hâte le monastère. L’higoumène eut peur de tonsurer le bandit repentant mais saint Michel lui
conseilla de le faire. Il fut donc tonsuré et mourut peu de temps après.

Le regard clair de saint Michel pénétrait profondément dans le futur et il vit la chute prochaine de
Novgorod la Grande qui était pourtant au pinacle de son pouvoir et de sa grandeur.

Un jour, alors que saint Michel était au monastère de Vyashetsky-Nicolaï, le second archevêque
Euthyme, fondateur du monastère, y vint en visite. Le bienheureux Michel apparut soudain dans
le beffroi, sonnant les cloches aussi vite qu’il le pouvait. Les gens se demandaient ce que cela
signifiait. «Aujourd’hui est jour de joie à Moscou», dit le saint à la manière d’un fou. «Un fils est
né au grand Prince, son nom est Ivan. Et quel fils ! Il héritera de tout l’empire russe et sera
terrible pour les contrées avoisinantes. Il prendra possession de votre Novgorod et abolira votre
indépendance». Le 22 janvier 1440, le prince Ivan, fils de Basile (Prince qui fut surnommé le
Terrible) naquit. Homme à la volonté de fer, il conquit et humilia cruellement Novgorod en 1471.

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Saint Michel censurait aussi librement les puissants. Le premier archevêque Euthyme
(1428-1442) avait été décrit comme «plein de convoitise, ayant accablé le monastère à cause de
l’usure qu’il pratiquait à son encontre». Rencontrant l’avide hiérarque un jour, le bienheureux
Michel fixa sur lui son regard et lui dit sévèrement : «Les lois autorisent-elles le berger à piller
son troupeau ? Sais-tu de qui tu es occupé à récolter» ? Euthyme fut si frappé par cette
accusation qu’il tomba malade et mourut.

Michel ne fut pas non plus embarrassé pour dire la vérité aux princes. Quand le prince
Chemyaka était en exil à Novgorod, il demanda à Michel de prier pour le succès de ses
entreprises. Le fol-en-Christ lui répondit : «Tu as créé assez de désordres. Si tu continues en
prenant les armes contre le grand Prince Basile Vasilievitch, tu reviendras ici honteux, un
cercueil t’y attendra». Chemyaka ne voulut pas entendre raison. Il dirigea à nouveau une
insurrection contre le grand Prince et il fut à nouveau défait. Il alla en hâte à Klopsko pour
demander pardon et avoir la bénédiction du fol-en-Christ. Michel l’accueillit avec ces paroles
glaciales : «J’entends, ô Prince, que la terre a gémi trois fois et qu’elle t’appelle». Cette
prophétie fut bientôt accomplie. A cause de sa défaite, ses nobles décontenancés
empoisonnèrent le prince Démètre Chemyaka peu après.

La grâce de Dieu se manifesta par la prophétie avant même qu’il n’arrive au monastère de
Klopsko. Ainsi, après son trépas, l’incident suivant fut connu : «Une foule d’enfants
commencèrent à le maltraiter dans la rue à cause de sa prétendue folie, lui jetant des pierres et
des ordures. Ignorant tout cela, il alla vers un garçon qui était tranquille près de la maison de
l’église. Il saisit le garçon par les cheveux, l’éleva dans les airs au dessus de lui-même et lui dit :
“Jean, étudie tes livres avec diligence; tu seras archevêque du grand Novgorod” ! Et,
effectivement, ce garçon, confié par sa mère – car il était orphelin de père – à un certain diacre
pour étudier, devint plus tard le célèbre hiérarque Jonas dont les reliques incorruptibles reposent
à présent dans le monastère d’Ostenkaya, dans l’église du Prodrome».

Ayant vécu quarante-quatre ans au monastère de la Trinité à Klopsko, le bienheureux Michel


reposa dans le Seigneur le 11 janvier 1455. Le saint qui avait prédit le futur des autres prédit
également son propre départ vers le Seigneur. On remarqua que le bienheureux ne rentrait plus
dans l’église pendant les services divins mais il restait assis à l’extérieur de l’église, à droite.
Quand l’higoumène lui en demanda la signification, Michel répondit par les paroles des Psaumes
: «C’est ici mon repos pour les siècles des siècles, j’y habiterai, car je l’ai choisie [cette
demeure]».

Le 5 décembre, il tomba gravement malade, d’une maladie qui dura jusques au 10 janvier. Ce
jour-là, il appela les frères du monastère afin de leur demander pardon et de leur dire adieu. Les
consolant, il promit de ne pas quitter le monastère, même après sa mort.

Voyant la gravité de sa maladie, l’higoumène voulut le faire communier rapidement aux saints
Mystères. Le saint repoussa cependant sa communion au jour suivant et, à l’étonnement de
tous, il vint en personne à la divine Liturgie le matin suivant.

Après l’office, Michel prit du charbon et de l’encens et retourna dans sa cellule. Conforté par
cette manifestation soudaine de vigueur, l’higoumène envoya de la nourriture au réfectoire au
bienheureux staretz. Mais ceux qui lui apportèrent de la nourriture le trouvèrent sur son lit, mains
croisées sur la poitrine, son âme juste étant déjà entre les mains du Sauveur. Quand la nouvelle
du repos en Christ de saint Michel fut annoncée, tout le monastère fut en pleurs. L’higoumène
Théodose avec l’archevêque Euthyme II et tous les clercs ordonnés se précipitèrent dans sa
cellule qui était remplie de la fragrance de l’encens.

Une grande multitude s’assembla pour les funérailles du bienheureux fol-en-Christ. Et un miracle
advint lors de son ensevelissement. Quand les fossoyeurs essayèrent de préparer une tombe
pour le bienheureux dans le cimetière, le sol était dur comme de la pierre à cause d’un gel
particulièrement fort. Alors, l’higoumène, comme inspiré, se souvint de l’endroit où le saint était
assis pendant les services divins les derniers jours de sa vie. Il ordonna que la tombe soit
creusée à cet endroit et, à l’étonnement de tous, le sol y était mou comme en plein été. Remplie

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d’une crainte sacrée, la fraternité ensevelit le saint qui avait si clairement choisi pour lui-même le
lieu où il désirait reposer. Un flot constant de guérisons et de miracles se mit à sourdre du
cercueil du saint, témoignage divin de la vie éternelle.

Les funérailles de saint Michel furent célébrées dans l’église de pierre de la Sainte- Trinité
construite par le prince Constantin, d’après les instructions du fol-en-Christ. Plus tard, les
reliques du saint furent placées dans cette église. Selon la chronique, cette église fut démolie en
1562 et un nouveau sanctuaire fut construit pour le thaumaturge, aux frais du Tzar. En 1614, le
monastère et l’église furent détruits par les Suédois mais restaurés en 1641. Plus tard, le
monastère fut reconstruit en pierre. Au centre du monastère, on édifia l’église cathédrale de la
Sainte-Trinité dans laquelle les reliques du saint fol-en-Christ Michel furent scellées dans la
muraille sud. En 1806, un sarcophage de bronze doré fut érigé au dessus de ces reliques.

La mémoire du saint est célébrée au 11 janvier, date de son repos en Christ et – du moins
jusqu’à la Révolution – le 23 juin au monastère, en souvenir de son arrivée en ce lieu. La
commémoration universelle du saint fut établie par le concile de 1547. Les reliques furent
inventées en 1572.

QUESTION : «Je me pose une question. Pourquoi l’Eglise orthodoxe (donc des 7
conciles) serait la vraie Eglise du Christ et des apôtres et non pas celles des deux, trois
ou quatre conciles ?»

RÉPONSE : Il y a eu sept conciles œcuméniques. Il est donc logique qu’on dise :


des sept conciles et non, par exemple, de trois ou quatre; sinon, cela voudrait dire
qu’on renie les autres. Les monophysites ne reconnaissent que trois conciles. Eux
donc pourront dire qu’ils sont l’Église des trois conciles. Sept est aussi le chiffre de la
perfection. Il y a sept dons de l’Esprit saint. Dieu a créé le monde en sept jours etc., et
le huitième, il se reposa. Selon l’opinion commune, il y aura un huitième concile
œcuménique, mais qui ne sera pas comme les sept autres. Les sept passés furent
réunis afin de combattre des hérésies. Le huitième se tiendra pour célébrer la victoire
de l’Église (à l’image du Créateur qui se reposa le huitième jour), après avoir traversée
la grande tribulation, – dont parle l’Apocalypse (2,22 et 7,14), – qui nous attend, selon
mon humble opinion.

QUESTION :

Pouvez vous m'enseigner concernant la musique profane ? Aussi dans le cas où il


s’agit de musique classique, ou bien de musiques sans paroles. Ai-je le droit d'en
écouter, ou bien n'est ce qu'un charme et une séduction, une passion des sens qui
détourne de Dieu ?

RÉPONSE :

Les laïcs peuvent écouter des chants (musiques) profanes. Ce n'est pas l’idéal, et que
chacun agisse selon sa conscience et son niveau spirituel. Un moine a renoncé au
monde (chants profanes, amis, etc). Un saint peut en écouter, car pour les purs tout est
pur, ou comme dit saint Augustin : «Aime et fais ce que tu veux.» J'avais publié dans
un bulletin une sentence qui s'y rapporte. Quand on est passionné (vicié), tout devient
impur, même ce qui est pur en soi, comme la prière, les femmes, etc.

a. Cassien

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L’AVOCAT DU DIABLE

Je n’aime pas me mêler des affaires du Vatican, mais une


fois n’est pas coutume.
Hier, j’ai lu un long article sur un prêtre «catholique» :
Werenfried van Straaten, qui est décédé en 2003. Fort connu à
son époque, il avait crée des œuvres caritatives qui existent
encore dans le monde, l’Église en détresse et autres. Il est
question de le reconnaître comme saint mais le Vatican renâcle.
Une femme a témoigné que ce prêtre avait voulu la violer
lorsqu’elle avait 20 ans. Je ne mets pas en doute son
témoignage, mais prendre cet égarement du prêtre pour
contrecarrer sa canonisation, ne tient pas debout. Qui sait s’il
n’a pas fait mille fois pénitence pour son péché entre-temps ?
Combien de saints, même reconnus par les papistes, ont
commis de graves péchés dans leur vie, dont ils se sont repentis
ensuite ? L’apôtre Pierre n’a t-il pas renié le Christ et ensuite
pleuré amèrement son péché ? Le roi David a séduit la femme
d’Uri, et en plus fait ensuite tuer Uri pour cacher son péché.
Pourtant Dieu appelle David son «bien-aimé» après son repentir.
Saint Jacques le Perse a renié le christianisme, s’est repenti ensuite, et a fini sa vie comme
martyr; pour ne nommer que ces trois saints. Combien de saints ont vécu dans de grands
péchés avant leur conversion, et se sont sanctifiés ensuite; le vénérable Augustin, par exemple,
ou Marie l’Égyptienne ?
Je ne juge pas de la «sainteté» de ce prêtre qui était très connu dans ma jeunesse pour
ses œuvres charitables. Ce que je trouve étrange, c’est la procédure du Vatican qui rechigne à
cause des péchés de jeunesse de ce prêtre.
De plus, les canons exigent qu’un membre du clergé soit jugé sur le témoignage d’au
moins deux témoins sérieux.
Ce que l’on reproche à Werenfried c’est : «une tentative de viol, un excès dans sa
conduite, des écarts dans l’administration, et une tendance fascistoïde.»
Bon, pour une canonisation, le Vatican a son avocat du diable, qui fait bien son travail en
ce cas-ci.

L'impie s'abandonne à ses voluptés, parce que Dieu lui accorde d'autant plus facilement
les biens temporels, qu'il le doit priver des éternels. Ainsi en courant à la mort qui lui est
préparée, il jouît avec une licence effrénée de tous les plaisirs de la terre; semblable à ces
boeufs qu’on laisse engraisser dans les meilleurs pâturages, parce qu'ils font destinés à la
mort. Dieu en use tout au contraire à l'égard du juste, et il l’empêche de s'abandonner aux
plaisirs et aux délices de cette vie, ainsi qu'un boeuf, qui étant destiné au travail est retenu
sous le joug. Il refuse aux élus les biens de la terre, de même qu'un bon médecin
n'accorde pas aux malades qu'il a espérance de guérir, toutes les choses qu'ils
demandent, et qu’il prévoit leur être nuisibles; mais il abandonne aux réprouvés presque
tout ce qu'ils désirent, comme à des malades désespérés auxquels on accorde tout.

saint Grégoire le Dialogue (commentaire sur Job; 22,2)

a. Cassien

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DE LA VIE DE L’APÔTRE JEAN


Les apôtres tirèrent au sort, et il attribua l'Asie à Jean qui gémit beaucoup et qui se jeta
aux pieds des frères en versant des larmes. Et Pierre, le prenant de la main droite, le releva et lui
dit : «Nous avons tous pour toi la plus grande vénération; nous regardons ta patience comme un
exemple et un encouragement pour nous tous; que fais-tu donc, mon frère, et pourquoi
troubles-tu nos coeurs ?» Et Jean répondant à Pierre dit : «Pardonne-moi, mon père, de ce que
j'ai été extrêmement troublé au moment où j'ai vu que l'Asie m'était assignée par le sort; j'ai été
effrayé des périls qui pouvaient m'attendre sur mer, et je ne me suis pas souvenu de la parole du
Seigneur qui m'aimait et qui a dit : Il ne tombera aucun des cheveux de votre tête. Excusez-moi,
mes frères et priez pour moi, afin que le Seigneur me pardonne aussi. Je suis prêt à aller partout
où m'appellera sa volonté et son bon plaisir».
Et tous les apôtres se levant se tournèrent vers l'orient, priant Jacques, le frère du
Seigneur, de prononcer la prière à laquelle ils se joignirent tous. Les apôtres se dirigèrent ensuite
chacun vers le pays qui lui était désigné, et chacun fut accompagné de l'un des soixante-douze
disciples. Moi, Prochore, je fus signalé par le sort comme devant exercer le ministère avec
l'apôtre Jean. Et nous descendîmes de Jérusalem à Joppé où nous restâmes trois jours dans la
maison d'une veuve du pays de Tabite. Et un navire étant venu d'Egypte et devant continuer son
voyage vers l'Asie, nous nous y embarquâmes. Lorsque nous fûmes dans le fond du navire,
Jean fut saisi d'une grande tristesse, et il dit : «Mon fils Prochore, nous serons en butte à
beaucoup de tribulations et à beaucoup de périls sur mer, et il ne m'a rien été révélé par le
Seigneur au sujet de ma vie ou de ma mort, mais vous serez délivrés des périls de la mort, et nul
d'entre vous ne périra. Lorsque tu seras échappé, mon fils, aux dangers de la navigation, va en
Asie, entre à Ephèse et attends-y pendant trois mois mon arrivée; si Dieu permet que j'arrive
pendant ce temps, nous aurons à nous acquitter des fonctions du ministère qui nous a été
confié; si les trois mois s'écoulent sans que je revienne, retourne, mon fils, à Jérusalem, auprès
de Jacques, et fais ce qu'il commandera».
Après que Jean, mon maître, m'eut ainsi parlé, vers la onzième heure, il s'éleva une
tempête qui brisa le navire, et nous restâmes dans le plus grand péril jusqu'à la troisième heure
de la nuit; alors chacun saisit une rame ou un fragment quelconque pour essayer de s'échapper
à la nage, et, grâce à la miséricorde de Dieu, nous fûmes, vers la sixième heure du jour, poussés
à la côte aux environs de Séleucie et à cinq stades de cette ville. Nous étions au nombre de
quarante-deux personnes; mais Jean ne s'y trouvait pas. Nous restâmes longtemps étendus sur
la rive, accablés de froid, de fatigue et de crainte et comme sans vie, et nous entrâmes ensuite à
Séleucie, ayant perdu tout ce que nous possédions à n'ayant rien à manger. Nous demandâmes
du pain que l'on nous donna, et mes compagnons d'infortune se soulevèrent contre moi,
disant : «Quel est cet homme qui était avec toi ? C'est un magicien qui, par ses maléfices, a fait
périr le navire afin de s'enfuir après s'être emparé de notre avoir, et tu es son complice. Remets-
nous ce magicien, ou nous ne te laisserons pas sortir, car tu mérites la mort; dis-nous d'où vient
cet enchanteur; nous qui étions dans le navire, nous nous trouvons tous ici, et lui seul a
disparu».
Ils excitèrent ainsi contre moi les habitants de Séleucie et ils me jetèrent en prison, et, le
lendemain, ils me conduisirent devant le gouverneur de la ville, qui, me parlant avec sévérité, me
dit : «D'où es-tu et quelle est ta religion ? Quels sont tes moyens de subsistance et quel est ton
nom ? Dis-nous toutes ces choses avant que nous te livrions aux tortures». Je répondis : «Je
suis du pays des Hébreux, je suis chrétien de religion; mon nom est Prochore; j'ai été jeté ici par
un naufrage ainsi que ceux qui m’accusent». Le gouverneur dit : «Comment se fait-il que vous
vous soyez tous sauvés et que ton compagnon seul ne paraisse pas; il est certain que vous êtes
accusés d'être des magiciens et d'avoir fait périr le navire par vos maléfices, et, afin qu'on ne
vous soupçonne pas de sortilèges, toi seul tu es resté avec l’équipage, mais ton compagnon
s'est enfui en emportant les biens qu'il y avait à bord; peut-être aussi que, comme vous étiez
des magiciens coupables d'avoir fait verser beaucoup de sang, la sentence divine a condamné
ton compagnon à périr, et toi seul tu as échappé à la mort afin de trouver ton châtiment dans
cette ville; dis-nous donc de suite si ton compagnon a péri ou s'il est soustrait au danger».
Je répondis en versant des larmes : «Je te répondrai, au sujet des questions que tu
m'adresses, avec une franchise entière et selon ce que je sais. Et d'abord, s'il faut parler de moi,
je ne suis pas un magicien, je suis chrétien et disciple de Jésus Christ; le Seigneur Jésus Christ,
avant de monter au ciel, a donné cet ordre à ses apôtres : Allez dans le monde entier et prêchez

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l'Evangile à toutes créatures, et baptisez toutes les nations qui voudront croire. Après son
ascension, ses apôtres, réunis en un même lieu, ont tiré au sort dans quelle contrée chacun
d'eux devait aller prêcher. Et le sort ayant attribué l'Asie à Jean, mon maître, qui était avec nous
dans le navire, il en fut vivement peiné, et comme il se refusa d'abord à ce qui avait plu à l’Esprit
saint, il lui fut révélé qu'en punition de son péché il éprouverait une tempête sur mer; lorsque
nous fûmes embarqués, il me révéla à l'avance ce que nous devions souffrir et me prescrivit de
l'attendre à Ephèse pendant trois moi et qu'il viendrait dans cet intervalle, s'il était encore vivant,
afin d'accomplir la tâche que Dieu lui avait confiée; il ajouta que s'il ne se montrait pas avant
l'expiration du délai qu'il fixait, je devais retourner dans mon pays. Mon maître n’est donc pas un
magicien; c'est un homme choisi et inspiré par le Seigneur, prédicateur intrépide de la vérité et
très ferme dans la foi de Jésus Christ.»
Lorsque j'eus ainsi parlé, un nommé Sélemnis, qui était venu d'Antioche, fut frappé des
paroles que j'énonçais avec fermeté et il demanda qu'on me laissât me retirer, et j'en eus la
permission. En quittant Séleucie, j'arrivai quarante jours après dans un village qui était au bord
de la mer, et, y trouvant une fosse, j'y entrai pour me reposer après les grandes fatigues que
j'avais éprouvées; et, à peine y étais-je, que je vis une grande tempête qui jeta un homme sur le
rivage de la mer; j'eus grande compassion pour lui, car j'avais éprouvé de mon côté les horreurs
du naufrage. Je courus vers lui, sans savoir que c'était Jean, et, m'approchant, je pris sa main et
je le relevais, et il me reconnut; je le reconnus également et nous nous embrassâmes
mutuellement en versant beaucoup de larmes et en rendant grâces à Dieu qui étend sa
miséricorde sur tous les hommes et qui seul, dans sa puissance infinie, les délivre des périls;
nous restâmes quelque temps privés de la parole par suite de l'excès de notre joie; quand Jean
fut revenu à lui, il se mit à me raconter ce qui lui était arrivé et comment il était resté quarante
jours, selon la volonté de Dieu, ballotté par les flots le long du rivage, et je lui fis de mon côté le
récit de ce que j’avais souffert.

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LES TROIS SAINTS ANACHORÈTES


Une fois, racontait père Grégoire le Spirituel, c'était le grand Jeudi. À la fin de la divine
liturgie, dans la petite église de sa cellule, un jeune moine qui tenait une lampe à huile allumée,
se présenta. Il entra dans le sanctuaire et dit au père Grégoire : «Saint père spirituel, s'il te plaît,
ne consomme pas toute la divine communion, car il faut que tu viennes distribuer la communion
à trois frères qui habitent ici, un peu plus haut. C'est pour cela que je suis venu te chercher.»
Tout de suite, il s’y conforma et sans rien demander, il accompagna le moine. Le jeune
moine marchait devant et le père Grégoire, tenant les dons précieux, l'accompagnait. Malgré la
montée abrupte, les chemins étroits sur les rochers et son âge élevé, sans aucune peine, ils sont
arrivés à une grotte spacieuse où les attendaient trois ascètes âgés.
Ils communièrent aux mystères purs et après lui avoir rendu grâces, ils lui dirent de façon
suppliante : «Saint père, que tu viennes nous donner la communion, le grand Jeudi l'année
prochaine, sans dire à personne ce que tu as vu ici.»
Il l'a promis sans leur demander absolument rien et accompagné par le jeune moine, il se
retourna.
A l’entrée de l'église le jeune moine fit une métanie, embrassa le saint calice et lui a dit
d'une voix douce qu'il viendra de nouveau l'année prochaine afin d'accomplir le même service.
Avançant, le père Grégoire se tourna pour le regarder monter le chemin mais le jeune moine ne
paraissait nulle part.
Tout cela ébranla le père Grégoire mais ayant observé le commandement, il ne parla à
personne. Cela se répéta de la même façon deux ans encore. Ainsi, les quatrièmes pâques dans
l'ordre approchaient.
Le samedi de Lazare, tous les pères de la skite, faisaient la vigile dans l'église centrale
pour le dimanche des palmes. Dès que la vigile eut fini et qu'ils passèrent dans le Synodicon (la
Salle officielle) pour qu'on leur offre quelque chose, il a été question des anachorètes anciens ou
de l'ordre peu nombreux des bienheureux, s'ils existent ou pas. La plupart disaient avec
certitude que les beaux temps anciens sont passés et qu'à ces jours-là (il était aux alentours de
1890), le monachisme était dégradé. Alors, tout soudain, – soit par inattention, soit par une
captivité de la pensée – le père Grégoire a disait :
«Il y en a même aujourd'hui, par la grâce de Dieu.»
«Où ?» lui a-t-on demandé.
«Voilà, plus haut, sur l'Almon qui est devant le Mont Athos et il y montra avec sa main.
Sa confession a touché tous mais ils n'en ont pas parlé. Le père Grégoire se retourna à
sa cellule, dans le désert triste et repenti de cette révélation précoce.
Quatre jours plus tard le même jeune moine est apparu et d'un signe de tête, il prit les
dons saints et précieux, l'accompagna et ils se trouvèrent de nouveau dans la grotte où les trois
ermites bienheureux communièrent aux mystères purs.
Alors, le plus vieux d'eux lui a dit :
«Pourquoi, père spirituel saint, tu as passé outre à notre commandement et tu nous as
révélés aux frères ?»
Le père Grégoire n'a pas répondu.
«Pourtant, tu ne viendras pas l'année prochaine avec les saints mystères à cause de ce
petit bavardage. Si néanmoins tu viens, tu nous trouveras comme le Dieu Tout-Bon voudra.
Encore, nous te prions, ne nous révèle pas.»
Il partit contrit et surpris. Cependant, il comprit qu'il était en rapport avec des hommes
saints, avec des anachorètes divins et bienheureux qui sont rares même dans une entière
génération de moines.
L’année prochaine, il n'y est pas allé leur donner la communion et le jeune moine ne vint
non plus. Prenant avec lui seulement le pain bénit et de l'eau bénite il monta, avec beaucoup de
peines cette fois, jusqu'à la grotte. Il y chercha et l'a trouvée.
Il a trouvé les trois anachorètes divins morts. La grotte toute entière dégageait un odeur
indicible. Ils étaient couchés, les mains croisées sur la poitrine. Il s'agenouilla et embrassa les
mains et leurs fronts. Pour un moment, il a pensé être saoul par l’effluve divin de leurs reliques
saintes. Par leur sécheresse, il s'informa intérieurement qu'ils s'endormirent immédiatement
après la divine communion de l'année dernière.
Le jeune moine qui le conduisait avec la lampe à huile était sûrement un ange du
Seigneur qui servait ses trois saints anachorètes … qui appartenaient à l'ordre des bienheureux.

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La Bible condamne l’inceste. Mais…


Philippe Simonnot pour FranceSoir

En un temps où l’inceste fait la une des media en tout genre, il n’est peut-être inutile de
se référer au livre des livres, qui reste un des principaux fondements de notre civilisation, à
savoir la Bible.
Une vérification rapide fait apparaître une condamnation sans appel des relations
incestueuses. Le chapitre 18 du Lévitique est tout-à-fait explicite à ce propos, d’autant qu’il
sous-entend que chez d’autres peuples, ce tabou n’existe pas :
Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse :« Parle aux fils d’Israël ; tu leur diras : C’est
moi, le SEIGNEUR, votre Dieu. : Ne faites pas ce qui se fait au pays d’Egypte, où vous avez
habité; ne faites pas ce qui se fait au pays de Canaan, où je vais vous faire entrer; ne suivez pas
leurs lois ;
[…] Nul d’entre vous ne s’approchera de quelqu’un de sa parenté, pour en découvrir la
nudité. (Lév 18,1-6)
Rappelons que le Lévitique est le troisième des cinq livres du Pentateuque, les deux
premiers étant la Genèse et l’Exode, et les deux derniers étant les Nombres et le Deutéronome.
Le Lévitique doit son nom à la tribu des Lévites, traditionnellement préposés au fonctionnement
du Temple de Jérusalem. C’est dire son importance normative.
Le Deutéronome, lui aussi, condamne l’inceste (Dt 27,20-23).
Ces quelques condamnations sont toutefois beaucoup moins catégoriques que celles
qui visent dans la Bible l’homosexualité, cette dernière qualifiée tout bonnement
d’abomination : «Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme.
C’est une abomination.» (Lév 18,22) «Quand un homme couche avec un homme comme on
couche avec une femme, tous deux commettent une abomination; ils seront mis à mort, leur
sang retombera sur eux.» (Lév 20,13).
D’autre part, il y a tout de même plusieurs histoires d’inceste dans la Bible qui ne sont
pas explicitement condamnées. Pour ne pas dire qu’elles sont justifiées.
C’est d’abord l’histoire des deux filles de Loth : elles couchent avec leur père faute de
trouver d’autres hommes. Comme il est vieux, elles l’enivrent pour lui faciliter la relation, et c’est
ainsi qu’elles sont mises enceintes. (cf. Gen 19,31-36) et qu’elles lui donnent deux fils, Moab, le
père des Moabites et Ben-Ammi, le père des Ammonites. Deux longues successions sont ainsi
assurées, qui justifient après coup le double inceste.
Quant à Abraham lui-même, il épouse tout simplement sa demi-sœur Sarah. En effet,
Sarah et Abraham sont nés du même père et d'une mère différente. Leur union n’est pas
condamnée, loin de là. Quand on sait l’importance de ces deux personnages dans l’histoire et la
religion juive, chrétiennes et musulmanes, ce couple incestueux est franchement emblématique.
Une autre histoire d’inceste biblique mérite d’être rappelé : Amnon, le fils de David,
tombe raide dingue de sa demi-sœur Tamar, et finit par la violer. Pour couvrir l’affaire, Tamar
demande à Amnon de l’épouser. Il refuse et la jette dehors. Tamar se retrouve chez son frère
Absalom, qui devine ce qui s’est passé et lui dit : «Maintenant, ma sœur, tais-toi. C’est ton frère.
N’y pense plus.» (II Sam 13,20). Ce qui laisse entendre que l’inceste pouvait être pratiqué s’il
restait secret. Tamar demeure donc, abandonnée, dans la maison de son frère Absalon. Mais
deux ans plus tard, Absalon finira par tuer Amnon pour venger Tamar. Il s’agit ici plus d’une
justice privée que d’une condamnation morale.
Pour être complet il faudrait évoquer l’institution du lévirat, une sorte d’inceste autorisé
ex post. Si un mari vient à mourir sans laisser d’enfant, le frère survivant, s’il vit sous le même
toit que le défunt, doit épouser la veuve, toute autre alliance étant interdite à cette dernière (Dt
25,5). Un romancier pourrait imaginer que cette nouvelle relation a commencé du vivant du mari
et n’est pas étrangère à sa mort. Pour un mauvais esprit, le lévirat serait ainsi une sorte de
pousse-à-l'inceste … tout en assurant la sujétion de la femme.

Celui qui manque d’habit est moins pauvre, que celui qui manque d’humilité.
saint Grégoire le Dialogue (commentaire sur Job; 22,8)

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