Orthodoxie 186
Orthodoxie 186
a. Cassien
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Le triode, qui commence, nous prépare au grand Carême. Les trois dimanches
– d’où le nom triode – sont comme des marches. Le premier dimanche, celui du
pharisien et du publicain, nous enseigne dans quelle attitude nous devons nous
convertir au Seigneur. Le second dimanche – celui du Fils prodigue – nous montre
dans quelle déchéance nous sommes tombés. Le troisième dimanche – celui du
Carnaval – indique quels fruit nous devons porter pour être sauvés.
Concentrons-nous maintenant un peu sur le dimanche du pharisien et du
publicain. En deux mots, l’évangile nous explique que Dieu rejette la suffisance dans
nos bonnes œuvres et désire par contre une attitude d’humilité, d’être conscient de
nos péchés.
Le jeûne, la dîme etc. du pharisien ne sont pas mauvais en soi; cela nous est
demandé par l’Église, surtout lors du Carême, mais la suffisance gâche tout. Les
mauvaises actions du publicain étaient certes mauvaises, mais son humilité et son
repentir les ont effacés et l’ont justifié, comme dit l’évangile. Le fait de juger les
autres, – second défaut du pharisien – l’ont rendu odieux aux yeux du Seigneur.
«Deux hommes montèrent au Temple», ainsi débute cette parabole. Monter au
Temple est l’image de notre cheminement vers Dieu, vers le salut.
Cet évangile n’est qu’une parabole, mais il stigmatise ce qui se passe souvent
dans la vie des chrétiens. Le pharisien indique un rang élevé et le publicain celui de
celui qui est méprisé. L’évangile parle plusieurs fois des publicains et des prostituées,
qui furent méprisés par les autres, qui se croient justes, mais le Christ dit : «ils vous
devanceront dans le royaume de Dieu.» (Mt 21,31)
Pendant la semaine qui suit le dimanche du pharisien et du publicain, tout
jeûne est aboli afin de nous montrer que le Sauveur prend «plaisir à la miséricorde,
et non aux sacrifices.» (Mt 9,13) Et l’évangile continue : «Car je ne suis pas venu
appeler des justes, mais des pécheurs.» Il s’agit des justes qui le sont à leurs
propres yeux et se fient à leurs œuvres, et oublient ce que dit le prophète Isaïe :
«Nous sommes tous comme des impurs, et toute notre justice est comme un
vêtement souillé. Nous sommes tous flétris comme une feuille, et nos crimes nous
emportent comme le vent.» (Is 64,6)
Terminons avec les paroles d’un père : «Ce n'est pas lorsque le discours coule
d'abondance et s'écarte du sujet qu'il est admirable, mais lorsque, bref autant que
riche en idées, complet dans sa concision, trouvant son souffle essentiellement dans
le sujet, il montre une grande vivacité.» saint Isidore de Péluse (lettre à
Grammaticos)
a. Cassien
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Les prières que l’on fait pour soi, ont bien plus de force, quand on prie aussi pour les
autres; parce que le sacrifice de l’oraison est infiniment plus agréable en la présence du
Juge de miséricorde, lorsqu’il est comme assaisonné de la dilection du prochain; et on en
comble la mesure, lors qu’on s’offre à Dieu même pour ses ennemis.
saint Grégoire le Dialogue (commentaire sur Job livre 35,5)
Marchez devant Dieu avec simplicité et non dans les subtilités de votre intellect. La
simplicité apporte la foi, mais les spéculations subtiles et compliquées n'apportent que la
suffisance et celle-ci amène la séparation d'avec Dieu. st Isaak le Syrien
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Il y avait très longtemps dans un grand palais, vivait un roi. Il était toujours
accompagné de son fidèle conseiller, un homme très sage qui aimait Dieu et qui donnait
des conseils au roi quand il avait des problèmes.
A chaque fois qu'un malheur arrivait au roi, le conseiller le consolait en lui disant :
«Ce n'est pas grave, roi, c'est un bien de Dieu !»
Le roi ne comprenait pas toujours et il lui arrivait de se fâcher. Un jour, en allant à la
chasse, le roi se blessa et perdit trois doigts. Tout le monde criait :
«Quel malheur ! Pauvre roi !»
Sauf le conseiller qui s'approcha du roi et lui dit : «Mon roi, ne pleurez pas comme
ça ! Ce n'est pas trop grave, il vous reste encore des doigts; c'est un bienfait de Dieu !»
Le roi avait très mal et se mit très en colère : «Conseiller ! Tes paroles ne me
plaisent pas ! Au lieu de me consoler, tu dis que ce qui me fait mal est un bienfait de
Dieu ! Qu'on l'emmène en prison !»
Le roi prit un nouveau conseiller et oublia celui qu'il avait fait jeter en prison. Des
années plus tard, il partit dans la forêt en promenade avec toute sa troupe quand des
cannibales les attaquèrent. Leur chef ordonna :
«Capturez moi tous les hommes en bonne santé. Par contre, ceux à qui il leur
manque quelque membre, libérez-les car je n'aime pas les infirmes !»
Tout le monde fut capturé, sauf le roi car il lui manquait trois doigts. Triste, il rentra
seul au château. C'est alors qu'il se rappela que son premier conseiller était toujours en
prison et alla vite le rechercher.
«Ô, mon brave conseiller, pardonne moi de t'avoir laissé si longtemps en prison.
Tes paroles étaient de vérité ! Je suis en vie grâce aux trois doigts qu'il me manque : c'est
un bienfait de Dieu mais je n'avais pas compris tout de suite. Acceptes tu mes excuses,
car c'est toi le plus sage ?»
Le conseiller, heureux que le roi eut compris que tous les malheurs qui lui étaient
arrivés étaient un bien pour lui de la part de Dieu, lui répondit : «Mon roi, ne t'excuse pas
de m'avoir mis en prison, c'est un bienfait pour moi !»
Le roi, étonné, lui dit : «Mais, tu n'es pas fâché contre moi ? Je t'ai puni sans
raison valable et ce, pendant des années.»
Le conseiller, toujours aussi sage, lui répondit en souriant : «Mon roi ! Si j'étais
resté auprès de vous, les cannibales m'auraient fait prisonnier et je serais à cet instant
mangé ! Tout est un bienfait de Dieu, même si on le comprend pas tout de suite !»
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Le psaume 130 (selon l’hébreu 131) est très court, mais n’est pourtant pas facile à
interpréter. Je soulèverai les difficultés sans prétendre les résoudre.
Passons : «Cantique des degrés !» Selon la Septante, le titre est : «Sentiment d'humilité
des captifs de Babylone; leur espérance.» Selon la traduction de l’hébreu, il est indiqué «De
David.» Comment David a t-il pu en être l’auteur, n’ayant jamais été en captivité à Babylone ?
Le premier verset dit : « Seigneur, mon coeur ne s'est point enorgueilli, et mes yeux ne se
sont point élevés; je n'ai point cheminé dans les grandeurs ni en des merveilles au-dessus de
moi.» La Septante – qui date de bien avant le Christ – et la traduction de l’hébreu – qui date de
quelques siècles après le Christ – s’accordent sur ce verset.
La contradiction vient après. Le second verset, selon la Septante dit : «Si je n'ai point eu
d'humbles sentiments, si j'ai trop élevé mon âme, rétribue mon âme comme un enfant privé du
lait de sa mère.» Qui n’a pas vu un bébé affamé qui pleure, cherchant à téter ? L’hébreu : «Loin
de là, j’ai l’âme calme et tranquille, comme un enfant sevré qui est auprès de sa mère; j’ai l’âme
comme un enfant sevré.»
La Vulgate traduit, à partir de l’hébreu : «Que mon âme soit réduite au même état qu'un
enfant lorsque sa mère l'a sevré.» Selon moi, cela n’a pas de sens. Celui qui s’est élevé dans
son âme, comment peut-t-il être calme comme un enfant qui a tété et s’endort ?
Selon la version orthodoxe, c’est-à-dire la Septante, il est dit : «Si je n'ai point eu
d'humbles sentiments, … rétribue …» L’hébreu : «Loin de là, j’ai l’âme calme …» Donc deux
sens bien différents. Pourquoi les juifs ont changé le sens pendant ces siècles d’intervalle ? Une
énigme que sait résoudre celui qui a compris pourquoi les hébreux sont devenu des juifs.
Tant qu’un tapis est à l’envers, on ne voit pas clairement son dessin, tout est
contradictoire. Une fois mis à l’endroit, et vu de l’autre côté, du côté de Dieu, tout trouve son
sens et s’éclaircit. Donc à nous de nous convertir du côté de Dieu, afin que tout se calme en
nous dans la paix.
Le troisième verset dit bien : «Qu'Israël espère dans le Seigneur, maintenant et dans les
siècles des siècles.» En mettant notre espérance dans le Seigneur, en mettant notre destin entre
ses mains, – au lieu de chercher à réaliser à tout prix, nos projets, – tout va se résoudre pour le
mieux.
a. Cassien
Le sujet d’une véritable et solide joie ne doit pas être de connaître beaucoup et de
grandes vérités dans l'Ecriture; mais seulement de suivre et de garder
religieusement celles qui nous sont connues.
saint Grégoire le Dialogue (commentaire sur Job; 22,2)
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faisant attendre, ainsi que l'avènement du Juge, les hommes que devra atteindre ce Jugement
tomberont dans la négligence. Tel est le motif qui, d'après le Seigneur, provoqua la négligence
du méchant serviteur. «Mon maître tarde à venir,» disait-il; et alors il se mettait à frapper ses
compagnons de travail et à dissiper les biens de son maître. Aussi, quand les disciples du
Sauveur lui vinrent demander quel serait le jour de la consommation des temps, Il ne voulut pas
le leur indiquer, afin que l'incertitude de l'avenir nous maintînt dans la crainte et que chacun,
dans l'attente de ce qui lui était réservé et dans l'espérance de l'avènement du Christ, fût plus
fidèle à ses devoirs. De là cet avertissement qui nous est donné : «Ne tardez pas à vous
convertir au Seigneur, et ne renvoyez pas de jour en jour, de peur que durant cette attente vous
ne soyez brisé.» (Ec 5,8-9) La mort est incertaine, et elle est incertaine afin que vous vous teniez
toujours sur vos gardes. C'est pourquoi le jour du Seigneur viendra pareil au voleur qui vient la
nuit; et cela nous est dit pour que nous prenions nos mesures. Effectivement, celui qui prévoit
l'invasion d'un voleur veille et tient sa lampe allumée. A vous également de tenir allumé le
flambeau de la foi et d'une irréprochable vie, et de veiller sans cesse à cette lumière, ne sachent
pas à quelle heure viendra l'Époux; il nous faut être prêts à toute heure, afin qu'à son arrivée, Il
nous trouve sur pied.
saint Jean Chrysostome (homélie sur les périls des derniers temps)
L’orthodoxie est vie, qu’on ne peut définir, comme la scolastique a voulu le faire, en la
mettant dans des petites boîtes, bien rangées, pour ainsi dire. Elle l’a séquestrée, et tous ses
membres n’ont plus eu de liens entre eux ni avec la vie.
On ne peut définir cette vie de l’Église; c’est un mystère devant lequel on ne peut que
s’émerveiller. Malgré toutes les vicissitudes qu’elle a traversées, elle est toujours vivante, et
selon les paroles du Seigneur «les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre
elle» (Mt 16,18)
On trouve difficilement un catéchisme orthodoxe qui traite point par point la vie de
l’Église. C’est un effort périlleux. On trouve le «CATÉCHISME DETAILLÉ DE L'EGLISE
CATHOLIQUE ORTHODOXE D’ORIENT» de Mgr. Philarète Drozdov, qui date d’une époque où
l’Église russe était influencée par le catholicisme. Cela apparaît clairement quand il dit, par
exemple : que la révélation divine s’est répandue par «la Tradition sacrée et par l'Ecriture sainte»,
alors qu’en réalité, l’Écriture sainte fait partie de la Tradition qui incorpore tout ! La «Théologie
dogmatique orthodoxe» de Mgr Macaire de Vinnitza, fut bien critiquée également pour sa
schématisation.
Dans l’Orthodoxie, tout se tient et se compénètre : L’iconographie ne peut exister sans la
théologie, ni la patristique sans l’Écriture sainte par exemple. C’est cette vie de l’Esprit saint qui
vivifie, conjecture et lie tout ensemble. Là où cette vie n’existe plus, dans le schisme et l’hérésie,
tout se dégrade et se décompose. Les exemples ne manquent pas, ni dans l’histoire, durant
laquelle tant d’hérésies et de schismes se sont effacés, ni à notre époque, où on peut constater
le même processus.
Une est l’Orthodoxie également à travers l’espace et le temps. Comme dit saint Vincent
de Lérins dans sa parole célèbre : «ce qui a été cru partout, et toujours, et par tous.»
La théologie apophatique (négative) est pour cela bien plus juste, que la théologie
«positive», quand elle dit, par exemple, que la nature divine est insaisissable, indescriptible, et
au-dessus de ce que l’homme peut concevoir.
Ce n’est pas pour rien qu’on trouve le mieux Dieu dans la solitude et le silence,
déchaussé, comme Moïse devant le buisson ardent qui ne se consumait pas, – spectacle
incompréhensible. Telle l’Église qui a ses racines dans le ciel, et non sur la terre, comme la
perspective inversée sur les icônes qui indique que le point de départ est du côté de Dieu et non
du spectateur.
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fêté le 11 janvier
Durant le règne du grand Prince Basile, fils de Dimitri du Don, et le pontificat du métropolite
Photius, alors que Théodose était higoumène du monastère de la Sainte-Trinité à Klopsko,
apparut soudain le bienheureux Michel et ce, dans des circonstances très inhabituelles. C’était
le 23 juin 1408 et l’on célébrait les Matines dans l’église du monastère pauvre et peu connu de la
Trinité de Klopsko. Pendant le chant de la neuvième ode du Canon, le hiéromoine Macaire qui
encensait l’église alla également encenser sa cellule fermée à clé mais, quand il y arriva, à sa
grande surprise, la porte était ouverte et il y avait à l’intérieur un homme en habit monastique.
Un cierge était allumé sur le bureau et il copiait le livre des Actes des Apôtres.
Effrayé, Père Macaire parla immédiatement de cela à l’higoumène. Quand les Matines furent
finies, l’higoumène et les frères allèrent à la cellule du père Macaire. Trouvant la porte fermée, et
verrouillée de l’intérieur, ils la forcèrent et, à leur étonnement général, trouvèrent le moine
calmement et paisiblement occupé à continuer son écriture. Quand l’higoumène voulut savoir
qui il était et quel était son nom, l’étranger répondit d’une manière folle par les mêmes
questions. Cependant, pendant la divine Liturgie, l’étranger chanta avec les autres moines et il
lut même l’épître. Pendant le repas au réfectoire, il lut la vie du saint du jour d’une manière très
intelligible et édifiante.
L’higoumène lui donna une cellule, mais toutes les tentatives pour savoir d’où il venait et qui il
était restèrent vaines. Le saint s’installa dans le monastère en 1408 et y resta jusqu’à sa mort.
C’était un jeûneur strict qui ne mangeait que du pain et ne buvait que de l’eau une fois par
semaine. Il avait l’esprit de non-possession et n’avait donc rien dans sa cellule, pas même une
natte sur laquelle dormir.
Quand les frères le virent mener une vie tellement agréable à Dieu, dans le jeûne, la prière et la
continence, ils commencèrent à l’honorer comme quelqu'un d’important et de saint. Afin de se
défendre de l’orgueil et de la gloire du monde, le saint commença à se faire passer pour un fou
en toute occasion. Il poursuivit sa vie de folie pour le Christ et de continence jusques au cercueil
! Un jour, pour la fête de la Transfiguration de notre Seigneur, la princesse et le prince Constantin
Dimitrievitch visitèrent le monastère de Klopsko. Après la liturgie, le prince dîna avec les pères
au réfectoire. L’higoumène demanda au saint de lire la vie du saint prophète Job le très-
souffrant. A l’instant où le prince Constantin entendit la voix du lecteur, il se leva, alla vers lui
avec profonde attention, s’inclina devant le moine sans nom. «C’est notre parent, Michel
Maximovitch», dit le prince en se tournant vers l’higoumène. «Pourquoi cachez-vous votre
nom ?» demanda l’higoumène à Michel, respectueusement. «Dieu le sait !» répondit le saint. Il
confirma qu’il était bien de l’illustre famille Maximovitch. Les pères commencèrent à trop honorer
Michel, mais la renommée et l’honneur des hommes sont ce qu’il désirait le moins et il redoubla
donc sa folie pour le Christ.
Néanmoins, la grâce de Dieu qui continuait à croître dans l’âme du juste athlète spirituel fut
souvent manifestée visiblement devant tous.
Quand l’archevêque Jean reposa en 1410, le bienheureux Michel dit à l’higoumène Théodose :
«Tu seras aussi dans la maison du maître, mais tu ne seras pas capable d’être à sa table». Après
le repos du bienheureux Syméon, en 1420, le peuple de Novgorod élut l’higoumène de Klopsko,
Théodose, comme archevêque. Et, conformément à la prophétie de Michel, Théodose fut
installé dans la maison du maître mais il n’y passa que deux ans car le conseil communal le
força ensuite à se retirer au monastère.
Le prince Constantin avait été privé de son patrimoine par son frère, mais il n’en était pas
devenu amer pour autant et il restait un chrétien charitable, très pieux et très prodigue de ses
deniers. En 1419, il visita à nouveau le monastère. «Prie pour moi ! dit-il à Michel. Je suis affligé
par la perte de mon héritage parental». «Ne t’afflige pas, prince, le réconforta Michel, mais crois
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Une sécheresse terrible arriva aux frontières de Novgorod et dura trois ans. Toutes les sources et
même le fleuve Veryaj qui fournissait de l’eau au monastère furent taris. Quand le sacristain du
monastère sortit à la recherche d’eau, il vit Michel qui écrivait quelque chose dans le sable, sur
le rivage de la rivière à sec. Quand l’higoumène en fut informé, il alla à l’endroit indiqué et lut les
paroles qui étaient écrites : «J’accepterai la Coupe du Salut; à cet endroit apparaîtra une
source». Quand l’higoumène demanda ce que cela signifiait, Michel se contenta de répéter les
mots qu’il avait écrits. L’higoumène et le saint commencèrent à creuser dans la terre craquelée
et, soudain, une source d’eau se mit à couler et produisit assez d’eau pour la population des
environs.
Après la sécheresse, il y eut une famine dans le territoire de Novgorod. Des foules de pauvres
commencèrent à venir au monastère pour avoir du pain. Comme les réserves s’amenuisaient,
l’higoumène commença à s’inquiéter, craignant qu’ils ne soient complètement démunis. «Si cinq
mille, sans compter les femmes et les enfants, furent nourris avec cinq pains, dit le saint, et
quatre mille furent nourris avec sept pains, devons-nous repousser ceux qui nous supplient de
les nourrir ?» Et il pria l’higoumène de nourrir tous ceux qui viendraient. Beaucoup de frères
commencèrent à se plaindre que tout le pain était donné, mais saint Michel conduisit
l’higoumène et les frères à la remise et ils virent avec étonnement que les réserves de pain
n’avaient pas diminué, malgré tout ce que l’on avait déjà donné !
Un jour, alors que l’higoumène était debout dans l’église, pendant la divine Liturgie, Michel vint
vers lui en gloussant et lui dit : «Des invités veulent venir à nous» ! A la fin du service, tandis qu’il
quittait l’église, l’higoumène vit trois étrangers dans la cour. «Fais-les venir au réfectoire» dit
Michel. L’higoumène les fit entrer. «Nos compagnons sont à l’extérieur du monastère» dirent les
visiteurs et l’higoumène ordonna qu’ils soient également invités. Les «compagnons» se
révélèrent être trente-trois bandits armés. Le saint les conduisit au réfectoire et ils s’assirent tous
pour manger – à l’exception de deux d’entre eux qui surveillaient et ne mangeaient rien.
«Pourquoi ne mangez-vous pas, dit Michel, vous pouvez être certains que vos mauvaises
intentions ne se réaliseront pas». Ces paroles frappèrent tellement les deux hommes qu’ils
tombèrent au sol et furent incapables de prononcer un mot.
Les autres devinrent aussi terrifiés et, craignant que la même chose ne leur advienne, ils firent à
l’higoumène une donation, demandèrent qu’il prie pour leurs compagnons qui avaient été
projetés au sol et ils s’enfuirent du monastère. Après peu de temps, les deux voleurs
commencèrent à revenir à eux. L’un demanda à l’higoumène de devenir moine, l’autre quitta en
hâte le monastère. L’higoumène eut peur de tonsurer le bandit repentant mais saint Michel lui
conseilla de le faire. Il fut donc tonsuré et mourut peu de temps après.
Le regard clair de saint Michel pénétrait profondément dans le futur et il vit la chute prochaine de
Novgorod la Grande qui était pourtant au pinacle de son pouvoir et de sa grandeur.
Un jour, alors que saint Michel était au monastère de Vyashetsky-Nicolaï, le second archevêque
Euthyme, fondateur du monastère, y vint en visite. Le bienheureux Michel apparut soudain dans
le beffroi, sonnant les cloches aussi vite qu’il le pouvait. Les gens se demandaient ce que cela
signifiait. «Aujourd’hui est jour de joie à Moscou», dit le saint à la manière d’un fou. «Un fils est
né au grand Prince, son nom est Ivan. Et quel fils ! Il héritera de tout l’empire russe et sera
terrible pour les contrées avoisinantes. Il prendra possession de votre Novgorod et abolira votre
indépendance». Le 22 janvier 1440, le prince Ivan, fils de Basile (Prince qui fut surnommé le
Terrible) naquit. Homme à la volonté de fer, il conquit et humilia cruellement Novgorod en 1471.
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Saint Michel censurait aussi librement les puissants. Le premier archevêque Euthyme
(1428-1442) avait été décrit comme «plein de convoitise, ayant accablé le monastère à cause de
l’usure qu’il pratiquait à son encontre». Rencontrant l’avide hiérarque un jour, le bienheureux
Michel fixa sur lui son regard et lui dit sévèrement : «Les lois autorisent-elles le berger à piller
son troupeau ? Sais-tu de qui tu es occupé à récolter» ? Euthyme fut si frappé par cette
accusation qu’il tomba malade et mourut.
Michel ne fut pas non plus embarrassé pour dire la vérité aux princes. Quand le prince
Chemyaka était en exil à Novgorod, il demanda à Michel de prier pour le succès de ses
entreprises. Le fol-en-Christ lui répondit : «Tu as créé assez de désordres. Si tu continues en
prenant les armes contre le grand Prince Basile Vasilievitch, tu reviendras ici honteux, un
cercueil t’y attendra». Chemyaka ne voulut pas entendre raison. Il dirigea à nouveau une
insurrection contre le grand Prince et il fut à nouveau défait. Il alla en hâte à Klopsko pour
demander pardon et avoir la bénédiction du fol-en-Christ. Michel l’accueillit avec ces paroles
glaciales : «J’entends, ô Prince, que la terre a gémi trois fois et qu’elle t’appelle». Cette
prophétie fut bientôt accomplie. A cause de sa défaite, ses nobles décontenancés
empoisonnèrent le prince Démètre Chemyaka peu après.
La grâce de Dieu se manifesta par la prophétie avant même qu’il n’arrive au monastère de
Klopsko. Ainsi, après son trépas, l’incident suivant fut connu : «Une foule d’enfants
commencèrent à le maltraiter dans la rue à cause de sa prétendue folie, lui jetant des pierres et
des ordures. Ignorant tout cela, il alla vers un garçon qui était tranquille près de la maison de
l’église. Il saisit le garçon par les cheveux, l’éleva dans les airs au dessus de lui-même et lui dit :
“Jean, étudie tes livres avec diligence; tu seras archevêque du grand Novgorod” ! Et,
effectivement, ce garçon, confié par sa mère – car il était orphelin de père – à un certain diacre
pour étudier, devint plus tard le célèbre hiérarque Jonas dont les reliques incorruptibles reposent
à présent dans le monastère d’Ostenkaya, dans l’église du Prodrome».
Le 5 décembre, il tomba gravement malade, d’une maladie qui dura jusques au 10 janvier. Ce
jour-là, il appela les frères du monastère afin de leur demander pardon et de leur dire adieu. Les
consolant, il promit de ne pas quitter le monastère, même après sa mort.
Voyant la gravité de sa maladie, l’higoumène voulut le faire communier rapidement aux saints
Mystères. Le saint repoussa cependant sa communion au jour suivant et, à l’étonnement de
tous, il vint en personne à la divine Liturgie le matin suivant.
Après l’office, Michel prit du charbon et de l’encens et retourna dans sa cellule. Conforté par
cette manifestation soudaine de vigueur, l’higoumène envoya de la nourriture au réfectoire au
bienheureux staretz. Mais ceux qui lui apportèrent de la nourriture le trouvèrent sur son lit, mains
croisées sur la poitrine, son âme juste étant déjà entre les mains du Sauveur. Quand la nouvelle
du repos en Christ de saint Michel fut annoncée, tout le monastère fut en pleurs. L’higoumène
Théodose avec l’archevêque Euthyme II et tous les clercs ordonnés se précipitèrent dans sa
cellule qui était remplie de la fragrance de l’encens.
Une grande multitude s’assembla pour les funérailles du bienheureux fol-en-Christ. Et un miracle
advint lors de son ensevelissement. Quand les fossoyeurs essayèrent de préparer une tombe
pour le bienheureux dans le cimetière, le sol était dur comme de la pierre à cause d’un gel
particulièrement fort. Alors, l’higoumène, comme inspiré, se souvint de l’endroit où le saint était
assis pendant les services divins les derniers jours de sa vie. Il ordonna que la tombe soit
creusée à cet endroit et, à l’étonnement de tous, le sol y était mou comme en plein été. Remplie
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d’une crainte sacrée, la fraternité ensevelit le saint qui avait si clairement choisi pour lui-même le
lieu où il désirait reposer. Un flot constant de guérisons et de miracles se mit à sourdre du
cercueil du saint, témoignage divin de la vie éternelle.
Les funérailles de saint Michel furent célébrées dans l’église de pierre de la Sainte- Trinité
construite par le prince Constantin, d’après les instructions du fol-en-Christ. Plus tard, les
reliques du saint furent placées dans cette église. Selon la chronique, cette église fut démolie en
1562 et un nouveau sanctuaire fut construit pour le thaumaturge, aux frais du Tzar. En 1614, le
monastère et l’église furent détruits par les Suédois mais restaurés en 1641. Plus tard, le
monastère fut reconstruit en pierre. Au centre du monastère, on édifia l’église cathédrale de la
Sainte-Trinité dans laquelle les reliques du saint fol-en-Christ Michel furent scellées dans la
muraille sud. En 1806, un sarcophage de bronze doré fut érigé au dessus de ces reliques.
La mémoire du saint est célébrée au 11 janvier, date de son repos en Christ et – du moins
jusqu’à la Révolution – le 23 juin au monastère, en souvenir de son arrivée en ce lieu. La
commémoration universelle du saint fut établie par le concile de 1547. Les reliques furent
inventées en 1572.
QUESTION : «Je me pose une question. Pourquoi l’Eglise orthodoxe (donc des 7
conciles) serait la vraie Eglise du Christ et des apôtres et non pas celles des deux, trois
ou quatre conciles ?»
QUESTION :
RÉPONSE :
Les laïcs peuvent écouter des chants (musiques) profanes. Ce n'est pas l’idéal, et que
chacun agisse selon sa conscience et son niveau spirituel. Un moine a renoncé au
monde (chants profanes, amis, etc). Un saint peut en écouter, car pour les purs tout est
pur, ou comme dit saint Augustin : «Aime et fais ce que tu veux.» J'avais publié dans
un bulletin une sentence qui s'y rapporte. Quand on est passionné (vicié), tout devient
impur, même ce qui est pur en soi, comme la prière, les femmes, etc.
a. Cassien
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L’AVOCAT DU DIABLE
L'impie s'abandonne à ses voluptés, parce que Dieu lui accorde d'autant plus facilement
les biens temporels, qu'il le doit priver des éternels. Ainsi en courant à la mort qui lui est
préparée, il jouît avec une licence effrénée de tous les plaisirs de la terre; semblable à ces
boeufs qu’on laisse engraisser dans les meilleurs pâturages, parce qu'ils font destinés à la
mort. Dieu en use tout au contraire à l'égard du juste, et il l’empêche de s'abandonner aux
plaisirs et aux délices de cette vie, ainsi qu'un boeuf, qui étant destiné au travail est retenu
sous le joug. Il refuse aux élus les biens de la terre, de même qu'un bon médecin
n'accorde pas aux malades qu'il a espérance de guérir, toutes les choses qu'ils
demandent, et qu’il prévoit leur être nuisibles; mais il abandonne aux réprouvés presque
tout ce qu'ils désirent, comme à des malades désespérés auxquels on accorde tout.
a. Cassien
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l'Evangile à toutes créatures, et baptisez toutes les nations qui voudront croire. Après son
ascension, ses apôtres, réunis en un même lieu, ont tiré au sort dans quelle contrée chacun
d'eux devait aller prêcher. Et le sort ayant attribué l'Asie à Jean, mon maître, qui était avec nous
dans le navire, il en fut vivement peiné, et comme il se refusa d'abord à ce qui avait plu à l’Esprit
saint, il lui fut révélé qu'en punition de son péché il éprouverait une tempête sur mer; lorsque
nous fûmes embarqués, il me révéla à l'avance ce que nous devions souffrir et me prescrivit de
l'attendre à Ephèse pendant trois moi et qu'il viendrait dans cet intervalle, s'il était encore vivant,
afin d'accomplir la tâche que Dieu lui avait confiée; il ajouta que s'il ne se montrait pas avant
l'expiration du délai qu'il fixait, je devais retourner dans mon pays. Mon maître n’est donc pas un
magicien; c'est un homme choisi et inspiré par le Seigneur, prédicateur intrépide de la vérité et
très ferme dans la foi de Jésus Christ.»
Lorsque j'eus ainsi parlé, un nommé Sélemnis, qui était venu d'Antioche, fut frappé des
paroles que j'énonçais avec fermeté et il demanda qu'on me laissât me retirer, et j'en eus la
permission. En quittant Séleucie, j'arrivai quarante jours après dans un village qui était au bord
de la mer, et, y trouvant une fosse, j'y entrai pour me reposer après les grandes fatigues que
j'avais éprouvées; et, à peine y étais-je, que je vis une grande tempête qui jeta un homme sur le
rivage de la mer; j'eus grande compassion pour lui, car j'avais éprouvé de mon côté les horreurs
du naufrage. Je courus vers lui, sans savoir que c'était Jean, et, m'approchant, je pris sa main et
je le relevais, et il me reconnut; je le reconnus également et nous nous embrassâmes
mutuellement en versant beaucoup de larmes et en rendant grâces à Dieu qui étend sa
miséricorde sur tous les hommes et qui seul, dans sa puissance infinie, les délivre des périls;
nous restâmes quelque temps privés de la parole par suite de l'excès de notre joie; quand Jean
fut revenu à lui, il se mit à me raconter ce qui lui était arrivé et comment il était resté quarante
jours, selon la volonté de Dieu, ballotté par les flots le long du rivage, et je lui fis de mon côté le
récit de ce que j’avais souffert.
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En un temps où l’inceste fait la une des media en tout genre, il n’est peut-être inutile de
se référer au livre des livres, qui reste un des principaux fondements de notre civilisation, à
savoir la Bible.
Une vérification rapide fait apparaître une condamnation sans appel des relations
incestueuses. Le chapitre 18 du Lévitique est tout-à-fait explicite à ce propos, d’autant qu’il
sous-entend que chez d’autres peuples, ce tabou n’existe pas :
Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse :« Parle aux fils d’Israël ; tu leur diras : C’est
moi, le SEIGNEUR, votre Dieu. : Ne faites pas ce qui se fait au pays d’Egypte, où vous avez
habité; ne faites pas ce qui se fait au pays de Canaan, où je vais vous faire entrer; ne suivez pas
leurs lois ;
[…] Nul d’entre vous ne s’approchera de quelqu’un de sa parenté, pour en découvrir la
nudité. (Lév 18,1-6)
Rappelons que le Lévitique est le troisième des cinq livres du Pentateuque, les deux
premiers étant la Genèse et l’Exode, et les deux derniers étant les Nombres et le Deutéronome.
Le Lévitique doit son nom à la tribu des Lévites, traditionnellement préposés au fonctionnement
du Temple de Jérusalem. C’est dire son importance normative.
Le Deutéronome, lui aussi, condamne l’inceste (Dt 27,20-23).
Ces quelques condamnations sont toutefois beaucoup moins catégoriques que celles
qui visent dans la Bible l’homosexualité, cette dernière qualifiée tout bonnement
d’abomination : «Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme.
C’est une abomination.» (Lév 18,22) «Quand un homme couche avec un homme comme on
couche avec une femme, tous deux commettent une abomination; ils seront mis à mort, leur
sang retombera sur eux.» (Lév 20,13).
D’autre part, il y a tout de même plusieurs histoires d’inceste dans la Bible qui ne sont
pas explicitement condamnées. Pour ne pas dire qu’elles sont justifiées.
C’est d’abord l’histoire des deux filles de Loth : elles couchent avec leur père faute de
trouver d’autres hommes. Comme il est vieux, elles l’enivrent pour lui faciliter la relation, et c’est
ainsi qu’elles sont mises enceintes. (cf. Gen 19,31-36) et qu’elles lui donnent deux fils, Moab, le
père des Moabites et Ben-Ammi, le père des Ammonites. Deux longues successions sont ainsi
assurées, qui justifient après coup le double inceste.
Quant à Abraham lui-même, il épouse tout simplement sa demi-sœur Sarah. En effet,
Sarah et Abraham sont nés du même père et d'une mère différente. Leur union n’est pas
condamnée, loin de là. Quand on sait l’importance de ces deux personnages dans l’histoire et la
religion juive, chrétiennes et musulmanes, ce couple incestueux est franchement emblématique.
Une autre histoire d’inceste biblique mérite d’être rappelé : Amnon, le fils de David,
tombe raide dingue de sa demi-sœur Tamar, et finit par la violer. Pour couvrir l’affaire, Tamar
demande à Amnon de l’épouser. Il refuse et la jette dehors. Tamar se retrouve chez son frère
Absalom, qui devine ce qui s’est passé et lui dit : «Maintenant, ma sœur, tais-toi. C’est ton frère.
N’y pense plus.» (II Sam 13,20). Ce qui laisse entendre que l’inceste pouvait être pratiqué s’il
restait secret. Tamar demeure donc, abandonnée, dans la maison de son frère Absalon. Mais
deux ans plus tard, Absalon finira par tuer Amnon pour venger Tamar. Il s’agit ici plus d’une
justice privée que d’une condamnation morale.
Pour être complet il faudrait évoquer l’institution du lévirat, une sorte d’inceste autorisé
ex post. Si un mari vient à mourir sans laisser d’enfant, le frère survivant, s’il vit sous le même
toit que le défunt, doit épouser la veuve, toute autre alliance étant interdite à cette dernière (Dt
25,5). Un romancier pourrait imaginer que cette nouvelle relation a commencé du vivant du mari
et n’est pas étrangère à sa mort. Pour un mauvais esprit, le lévirat serait ainsi une sorte de
pousse-à-l'inceste … tout en assurant la sujétion de la femme.
Celui qui manque d’habit est moins pauvre, que celui qui manque d’humilité.
saint Grégoire le Dialogue (commentaire sur Job; 22,8)
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