L'histoire moderne, en tant que discipline intellectuelle, ne fait pas partie des sciences dites
« exactes » ou « dures » mais des sciences dites « sociales » et « humaines », comme la
sociologie, l'ethnologie, la psychologie, etc. C'est une science sociale dans le sens où elle
s'attache d'abord à l'étude de l'Homme dans les sociétés par un travail d’interprétation, sans
pour autant écarter le principe d’impartialité. L'historien cherche à comprendre le passé via
une pluralité de perspectives, en regroupant donc des sources variées et en tenant compte de la
subjectivité de l'observateur y compris de l'historien lui-même[35].
Un débat existe sur l'objectivité de l'histoire. Il est notamment apparu quand la découverte des
lois de physique par Isaac Newton, en établissant que certains événements naturels peuvent
être prévus, posant aux historiens un problème nouveau : celui de la « scientificité » de
l'histoire. Comme les sciences dures, la discipline historique implique une analyse rationnelle
des faits, et vise à la « vérité ». Plusieurs tentatives de résolutions ont été envisagées.
La première, notamment incarnée par le mathématicien français Pierre-Simon de
Laplace, voit la discipline historique comme une science dure. Si elle ne possède pas
de lois comparables à celles des sciences physiques, c'est simplement parce qu'elle n'a
pas encore connu son Newton. Dans son Essai philosophique sur les probabilités,
Laplace écrit : « tous les événements, ceux mêmes qui par leur petitesse semblent ne
pas tenir aux grandes lois de la nature, en sont une suite aussi nécessaire que les
révolutions du soleil »[36]. Cette position est aussi celle de l'historien Fustel de
Coulanges pour qui « l’histoire n’est pas un art ; elle est une science pure, comme la
physique ou la géologie[37].
La seconde, représentée par le mathématicien Antoine-Augustin Cournot, fait certes
de l'histoire une discipline scientifique, mais une discipline scientifique relative dont le
hasard est une composante essentielle. Soit donc le caractère imprévisible de l'histoire
cesse d'être, comme chez Laplace, une illusion liée à notre ignorance des lois
profondes de l'histoire, pour être appréhendé comme « un fait vrai en lui-même »[38].
Pour Cournot, l'histoire est une suite de séries causales, qui, s'entrecroisant, produisent
l'événement. Ainsi, si l'on considère la mort de Pyrrhus Ier causée par la chute d'une
tuile, l'on sera dans l'entrecroisement de deux séries causales : la série causale de la
tuile, amenée à tomber à un moment précis, sur un lieu précis, et la série causale de
Pyrrhus présent au moment précis, et au lieu précis. L'avantage de ce système de séries
causales c'est qu'il permet de concilier hasard et déterminisme : « de ce que le
croisement continuel des chaînes de conditions et de causes secondes, indépendantes
les unes aux autres, donne perpétuellement lieu à ce que nous sommes des « chances »
ou des combinaisons fortuites, il ne s'ensuit pas que Dieu ne tienne point dans sa main
les unes et les autres, et qu'il n'ait pu les faire sortir toutes d'un même décret
initial »[39].
Une question que le développement de l'internet remet en exergue est celle de la valeur et de
l'accessibilité des sources, officielles ou non ; l'histoire peut-elle être open source ?, se
demandait en 2006 Roy Rosenzweig[40].