Artisan at
Artisan at
(LARES)
LARES
Mai 2004.
Table des matières
INTRODUCTION .................................................................................................................. 4
METHODOLOGIE ................................................................................................................ 8
institutionnel ......................................................................................................................... 21
CONCLUSION ..................................................................................................................... 70
Liste des tableaux
Figure 1 : Niveau comparé des prix de quelques produits locaux et importés ...................................................... 42
Figure 2 : Evolution des crédits accordés par le PDFM aux différents segments de la filière manioc dans les
départements de l'Atacora et de la Donga ..................................................................................................... 52
Liste des sigles
ADRAO : Association pour le Développement Rizicole en Afrique de l’ouest
AFD : Agence Française de Développement
CARDER : Centre d’Action Régionale pour le Développement
CBRST : Centre Béninois de Recherche Scientifique et Techniques
CIMMYT : Centre international d’amélioration du maïs et du blé
CNRA : Comité National de Recherche Agronomique
CORAF : Conférence Des Responsables de Recherche d’Afrique
DAGRI : Direction de l’Agriculture
ECVR : Enquêtes sur les conditions de vie des ménages ruraux
FLASH : Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines
FODEFCA : Fonds de Développement de la Formation Professionnelle Continue
FSA : Faculté des Sciences Agronomiques
ICRISAT : Institut International de Recherche sur les Cultures des zones Tropicales Semi-
Arides
IDA : Association Internationale de Développement
IITA : Institut International d’Agriculture Tropicale
INRAB : Institut National des Recherches Agricoles du Bénin
INSAE : Institut National de Statistique et d’Analyse Economique
IRAT : Institut de Recherche Agronomique Tropicale
IRCT : Industrie de Recherche Cotonnière et Textiles
IRHO : Institut de Recherche sur les Huiles et Oléagineux
IRRI : Institut International de Recherche sur le Riz
PDFM Projet de Développement de la Filière Manioc
PDRT : Projet de Développement des Racines et Tubercules
PEESI : Programme d’Etude et d’Enquête sur le Secteur Informel.
PEFAB : Promotion de l’Emploi des Femmes dans l’Artisanat Agroalimentaire au Bénin
PIB : Produit Intérieur Brut
PME : Petites et moyennes entreprises
PRSA : Projet de Restructuration des Services Agricoles
PTAA : Programme de Technologie agricole et Alimentaire
SAFGRAD : Recherche et Développement des Cultures Vivrières dans les zones semi-arides
SATEC : Société d’Assistance Technique et de Coopération
SNRA : Système National de Recherche Agricoles
TPU : Taxe Professionnelle Unique
INTRODUCTION
Avec une population de 6 750 000 habitants selon les résultats du RGPH de 2002, et un
revenu annuel par habitant estimé à 400 dollars US en 2003, le Bénin demeure
incontestablement un pays pauvre. Il est classé 158ème sur 173 pays pris en considération dans
l’indicateur de développement humain utilisé par le PNUD. Les dernières estimations
contenues dans le document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), soulignent une
progression du phénomène de pauvreté. En effet en 1994- 1995, pour un seuil de pauvreté
moyen établi à 42 075 Fcfa par an par équivalent adulte en milieu rural et à 48 629 Fcfa en
zone urbaine, l’incidence de la pauvreté monétaire s’établissait à 25,2%, en zone rurale et
28,5 % en milieu urbain. En 1999- 2000, selon les mêmes sources et pour des seuils de
pauvreté estimés à 51 413 Fcfa en milieu rural et à 91 705 Fcfa en zone urbaine, l’incidence
de la pauvreté monétaire aurait augmenté de 33 % en milieu rural, mais aurait baissé de
23,3% en zone urbaine. La plupart des études qui ont été conduites ces dernières années sur la
pauvreté confirment cette tendance à l’accroissement de la pauvreté, en milieu rural
notamment. Les résultats obtenus par l’enquête QUIBB1 révèlent que 22 % de la population
(1,5 millions de personnes ) peuvent être considérées comme extrêmement pauvres et 39 %
soit 2,6 millions de personnes comme pauvres.
Cette tendance montre que les stratégies qui ont été déployées ces dernières années et qui ont
permis d’améliorer le cadre macro-économique et d’obtenir des performances économiques
(taux de croissance se situe actuellement autour de 6,5 % et celui de l’inflation en dessous de
2%), n’ont pas permis de réduire de façon significative la pauvreté. De ce fait un effort
important reste à fournir pour mieux cerner les réalités économiques du Bénin et appréhender
les secteurs d’activité à même d’impulser durablement la volonté et la dynamique de
réduction de la pauvreté, qu’elle soit alimentaire ou monétaire, pour ne prendre en compte que
les deux aspects du phénomène les plus en vue. Actuellement les efforts de lutte ne prennent
réellement en compte que le secteur formel (beaucoup de reformes sont en cours tant au
niveau national que régional pour améliorer le cadre macro-économique et accélérer la
croissance). Le secteur informel n’est pris en compte qu’incidemment avec le plus souvent
des stratégies incapables de générer des actions aux résultats efficaces et durables, faute d’une
connaissance approfondie. Or seule une connaissance approfondie du secteur tertiaire et de sa
composante informelle peut permettre de concevoir des stratégies qui tiennent compte des
réalités du pays. Le secteur informel constitue la source de revenu de la majorité des pauvres
et des très pauvres. Le secteur agro-alimentaire traditionnel constitue une composante
importante de ce secteur informel, dont on connaît très peu les réalités sociales et
économiques. On pense dans le cas du Bénin qu’il y a une très forte corrélation entre le
niveau et la nature des productions agricoles, la croissance démographique et urbaine,
l’expansion des stratégies de survie et le développement du secteur agro alimentaire informel.
De plus on sait que ce secteur est très largement contrôlé par les femmes que la quasi totalité
des travaux sur la pauvreté classe parmi les couches les plus vulnérables du pays. Il constitue
au delà de son caractère refuge, un cadre d’expression des stratégies alternatives de
développement. Il est certes peu probable, qu’il constitue un moyen et une approche surs
d’une meilleure insertion de l’économie des différents pays dans la globalisation, mais il est
devenu un des moyens de maintenir une bonne couche de la production, notamment les
femmes dans les activités productives génératrices de revenus. Et de ce point de vue il joue
un rôle essentiel dans le rééquilibrage des positions sociales.
OBJECTIFS DE L’ETUDE
L’objectif global de cette étude est de voir dans quelle mesure le secteur agro-alimentaire
contribue ou peut contribuer à la lutte contre la pauvreté sous toutes ses formes. De façon
spécifique, il s’agit d’analyser :
METHODOLOGIE
1
QUIBB, Questionnaire des Indicateurs de Base du Bien être ( Core Welfare Indicator Questionnaire)
L’analyse s’est appuyée sur la documentation existante et des investigations rapides au niveau
de quelques unités de transformations et des restaurants, notamment à Cotonou et Porto-
Novo, les plus grandes villes du Bénin.
L’analyse des projets a consisté en des entretiens avec les responsables des projets et l’étude
des résultats des évaluations à mi- parcours et finales .
I- Caractéristiques de l'économie Béninoise
L'agriculture qui participe à hauteur de 36% à la formation du PIB (à prix constant depuis
1985), et qui est considérée comme le moteur du développement économique, est consacrée
pour l'essentiel à la production vivrière qui occupe les 4/5 des terres cultivées (15 % de la
superficie totale du pays).
Plusieurs cultures se trouvent dans leur assiette écologique au Bénin. C’est le cas du riz, très
utilisé dans l’artisanat agroalimentaire, qui dispose d’un important potentiel inexploité.
D’après les résultats de l’Inventaire de bas-fonds, le Bénin aurait un potentiel de plus de
322.000 ha de terres rizicultivables, dont 205.000 ha de bas-fonds et 117 000 ha de plaines
inondables. Moins de 8 % de ce potentiel sont actuellement exploités plus ou moins
intensément. Dans les zones du nord, le taux d’exploitation des terres reste encore faible (cf.
tableau ci-dessous)
Ceci dénote du fait qu’il existe réellement une grande possibilité d’augmentation de la
production agricole et de sa diversification, surtout pour les céréales pour lesquelles le pays
accuse actuellement un déficit. En effet le Bénin dispose encore d’un immense potentiel de
production insuffisamment répertorié et exploité. Il existe de réelles possibilités de réalisation
d’une autosuffisance alimentaire, tout en contribuant à une économie de devises
consécutivement à la réduction des importations.
Tableau 1 : Bilan des superficies cultivées et des superficies cultivables
Il existe encore au Bénin de terres fertiles non exploitées. Le tableau 1 ci-dessus en donne la
distribution par département.
Les principales productions vivrières du nord du Bénin sont l'igname, le sorgho, le mil et le
maïs. Le coton apparaît comme la seule culture de rente. Au sud, le manioc et le maïs
prédominent à côté de cultures secondaires comme l'igname, l'arachide et le haricot, le
palmier à huile étant la principale culture d'exportation de cette région
Le système agricole est encore fondé sur la pratique de la culture itinérante sur brûlis
comportant une jachère de brousse. Néanmoins, il existe des champs de cultures pérennes
(palmier à huile, agrumes, anacardiers, cocotiers…)
Les associations de cultures vivrières sont également fréquentes au Bénin. Les plus courantes
sont :
- Dans la partie méridionale : maïs/manioc, manioc/niébé et maïs/arachide
- Dans la partie septentrionale : maïs/manioc, manioc/niébé, maïs/arachide,
maïs/sorgho, igname/niébé et sorgho/niébé.
L’agriculture béninoise est caractérisée par la faible productivité des actifs agricoles. La
valeur ajoutée par actif agricole est estimée à 530 dollars US en 1998 (Banque Mondiale,
rapport sur le développement dans le monde, 2000-2001). Sur le plan international, elle est
caractérisée par une faible compétitivité
l'agriculture itinérante
Face à toutes ces difficultés qui se posent dont la plus importante est celle liée aux normes
requises par le marché international, les producteurs agricoles béninois sont en mal
d’alternatives.
1-1-2 : Les productions agricoles
L’agriculture béninoise est dominée essentiellement par la production de deux grands
groupes de spéculations. On distingue : la production d’exportation et la production vivrière
marchande.
Elles sont dites de rentes et orientées vers les besoins du marché international comme le
palmier à huile, le coton, et accessoirement l’arachide et aujourd’hui l’anacarde et l’ananas.
En effet, le palmier à huile était jusque dans les années 60 et 70 la principale culture
d'exportation. Elle a laissé sa place dans les années 80 au coton qui domine aujourd'hui les
cultures d'exportation (2000-2001 : 339 909 T / 319 318 ha, 300 000 exploitations environ).
D'autres produits comme le tabac (679T / 1007ha) et l'arachide (19509 T / 121159 ha) ont
également connu un déclin. Sur les 5 dernières années, le coton représente en moyenne 85,5
% recettes d’exportations agricoles et 78% des exportations totales. On constate néanmoins
une tendance à la diversification des exportations agricoles, favorisée par les projets de
bailleurs de fonds (comme le PADSE financé par l’AFD), tendance que vient renforcer la "
nouvelle politique de développement rural ". Le Bénin veut proposer progressivement une
gamme variée de productions tournées vers l'exportation mais également vers le marché
local (en substitution d'importations). Il s'agit de production en plein renouveau comme le
palmier à huile (surfaces estimées actuelles : 330 000 ha), la noix de cajou (anacarde
production actuelle estimée de 30 000 T/an), et dans une moindre mesure le karité (17 000 T
d'amandes exportées et 7 000 T de beurre et d'huile), ou de cultures dites "à promouvoir"
comme le manioc, le maïs, les fruits et les produits maraîchers qui sont largement auto
consommées. La quasi totalité de ces produits alimentent un secteur agro-alimentaire de plus
en plus dynamique à la facteur non seulement de l’urbanisation, mais aussi des mutations des
habitudes de consommation des populations tant urbaines que rurales.
Les céréales
Le maïs et le sorgho sont les céréales les plus produites dans le pays. La production de maïs
représente 80% de la production céréalière du pays avec 686 000 tonnes en 2001. Le sorgho
vient ensuite avec 165 000 tonnes et 168 000ha de terres emblavées, puis le riz avec 55 000
tonnes. La production de cette dernière céréale est en pleine expansion, (14 000 tonnes de
paddy en 1994 et 55 000 tonnes en 2002). D'autres produits comme le petit mil et le fonio
viennent compléter la liste. L'essentiel de la production rizicole et du mil provient des
départements du nord et du centre. Par contre le maïs est produit surtout au sud en double
campagne. Elle est essentiellement tournée vers la consommation locale, notamment
l'approvisionnent des grandes villes. Le maïs fait l’objet de multiples dérivés et alimente un
secteur agro-alimentaire particulièrement florissant.
La production de tubercules est en constante progression ces dernières années. Elle est
dominée par le manioc et l'igname qui représentent 98% de la production de la branche. Le
manioc domine la production avec une production de 3 350 108 tonnes pour 219 404 ha en
2002. Le manioc est produit sur l'essentiel du territoire et contribue à la fabrication de
produits dérivés de plus en plus diversifiés. Il connaît une croissance de sa production de
l’ordre de 10% par an impulsée par les actions de deux projets (PDRT et PDFM). Ainsi, le
taux d’accroissement moyen annuel du manioc a été multiplié par dix en moins de vingt ans.
Plusieurs unités de transformation artisanales, semi-artisanales et modernes fonctionnent
autour de cette production.
L'igname vient ensuite avec une production de 1 742 002 tonnes pour 156 831 ha en 2000-
2001. Les grandes régions de production de tubercules sont le centre et le Nord du pays.
La production nationale de pomme de terre reste marginale, moins de 1 000 tonnes par an
pour des besoins nationaux estimés à environ 8000 tonnes. Le Bénin en importe
principalement de ses voisins et du marché international
Les oléagineux
Les oléagineux (hormis la trituration des graines de coton) sont largement dominés par le
palmier à huile. En effet jusqu'en 1980, le palmier à huile représentait la principale culture
d'exportation du pays. Il continue d’alimenter un secteur agro-alimentaire qui en dépit de la
concurrence des produits industriels importés tant du marché international que régional, reste
assez dynamique. Il a laissé sa place par la suite au coton qui domine aujourd'hui les
exportations avec 360 000 tonnes en 2002. Sur les 5 dernières années, le coton représente en
moyenne 85,5% des exportations agricoles et 78% des exportations du pays. Le secteur
alimentaire de ce secteur se limite pour l’instant à la trituration industrielle des graines en vue
de la production de l’huile alimentaire. Trois unités industrielles dont deux sont réellement
opérationnelles sont implantées à cette fin. Néanmoins, face aux problèmes que rencontre la
filière ces dernières années, la tendance est à la diversification.
Outre l'arachide dont la production dépasse actuellement 121 159 tonnes sur 138 586 ha, la
culture des légumineuses et autres graines sont dominées par le haricot (75 000T / 113000
ha). Cette culture représente 76 % de la production en légumineuses. Les 25 autres pour
cent sont partagés entre le Voandzou (9 % : 9 950 T / 13 300 ha), le sésame (9 % : 9 300 T /
16 400 ha), le soja (1 995 T / 2800 ha) et le pois d’angole (3500T / 5278ha). L'essentiel de
ces productions est réservé à la consommation nationale.
Toutes ces productions sont soit vendues, soit transformées pour l’alimentation. La
situation alimentaire du Bénin, comme dans la plupart des pays africains, est diversifiée et
varie d’une zone à une autre. Il subsiste quelques poches d’insécurité alimentaire
caractérisées par de dures soudures certaines années, notamment dans le Nord et dans les
zones inter lacustres.
1-2 Une Forte croissance démographique
Le Bénin a connu une urbanisation accélérée depuis l’indépendance. Son taux d’urbanisation
est estimé à environ 35 % en 2000. Il compte plusieurs villes dont les plus importantes sont
Cotonou, Porto-Novo et Parakou, qui ont aujourd’hui plus de 100 000 habitants.
En 1992, ces trois villes importantes concentraient une population de 812 261 habitants soit
16,53 % de la population totale du Pays.
En 2002, soit dix ans plus tard, 13 villes béninoises avaient plus de 100 000 habitants. Les
trois plus importantes villes réunissent cette fois-ci près de 1 228 914 habitants soit 18,19 %
de la population.
Selon le RGPH de 2002, la population actuelle du pays est de 6 752 569 habitants avec un
taux de croissance annuel de 3 %. Cette population est inégalement répartie avec une
concentration démographique de plus de 60 % au Sud (sur 10%) seulement de la superficie
du pays. Les villes de plus de 100 000 habitants comptent une population de 2 628 186
habitants dont 1 340 375 de femmes et 1 287 811d’hommes. Selon les estimations de
l’INSAE, la population urbaine atteindra plus de 50% d’ici l’an 2010.
La population de Cotonou est passée de 70,000 habitants en 1960 à 858 572 en 2002. D'ici à
l'an 2020 la population de Cotonou atteindra près de 3 millions d'habitants. C’est la ville
portuaire, la ville commerciale et administrative du pays.
La croissance démographique et urbaine doit être placée dans le contexte plus global de celui
du golfe du Bénin, pour lequel les résultats des Etudes des Perspectives à Long terme de
l’Afrique de l’Ouest prédisent une conurbation qui va de la ville d’Abba au Nigeria à Abidjan
et qui concentrerait à l’horizon 2025 plus de 60% de la population de l’Afrique de l’Ouest. Il
s’agit là d’une évolution qui influencera très fortement le secteur agro-alimentaire .
Cette forte urbanisation a des causes multiples et interdépendantes. Elle a aussi des
répercussions importantes sur le monde rural qui doit produire le nécessaire à la subsistance
des citadins et les devises par l’exportation du coton, de l’huile de palme, etc. indispensable à
l’achat de produits importés dont la consommation ne cesse de croître. Elle est considérée
comme un important facteur de mutations des habitudes alimentaires.
1-3 La consommation alimentaire au Bénin
Au Bénin, les styles de consommations sont divers compte tenu de la variété des ethnies
constituant le pays. Traditionnellement, on distingue les régimes agro nutritionnels urbains
des régimes ruraux. Mais, il n'existe pas de données pour faire une analyse fine de la
consommation de ces derniers. Les seules sources qui existent sont les enquêtes budget-
consommation (1986-1987) et les enquêtes ECVR2 (1996-1997). Si, au niveau des enquêtes
budget consommation, les données sont un peu plus désagrégées, il est difficile de trouver de
nos jours, une base exploitable. Les enquêtes ECVR, quant à elles, sont plutôt conduites de
manière à faire ressortir le profil de pauvreté dans les ménages ruraux; de ce fait, elles ne
renseignent pas suffisamment sur leur structure de consommation. Aussi tout naturellement,
notre analyse sera t-elle axée sur les villes.
Thuiller-Cerdan et Bricas (1998) ont observé trois régimes agro industriels en rapport avec les
différentes régions du pays. Ainsi, dans le nord du pays, la base amylacée est dominée par le
sorgho, le mil, complétés par l'igname, alors que les protéines sont apportées par les
légumineuses et la viande. Dans le sud, la consommation est dominée par le maïs et le manioc
avec une forte consommation de graines oléagineuses. Quant au centre, considéré comme
intermédiaire, il a une alimentation basée sur l'igname, le maïs et le manioc avec une forte
consommation d'oléagineux.
Ces régimes agroalimentaires influencent les modèles de consommation des grandes villes du
fait que la majorité de leur population provient des zones rurales. Toutefois, avec la
croissance démographique et urbaine, il y a eu une transmission des habitudes des
consommations. En effet les modèles de consommation urbaine sont souvent influencés par la
présence dans chaque ville des populations issues de toutes les régions du pays. Ils sont aussi
les plus ouverts à l'influence de l'extérieur et à la consommation des biens importés. Les
modèles de consommation au niveau des villes sont donc plus variés et assez semblables,
comme le montre le tableau suivant.
2
Enquête sur les conditions de vie des ménages ruraux
Tableau 2 : Répartition des dépenses alimentaires de ménages urbains
L'analyse des dépenses alimentaires révèle en effet que quelles que soit les villes,
l'alimentation est toujours basée sur les céréales, suivis des viandes et poissons, des fruits et
condiments.
Ainsi, des enquêtes dépenses réalisées3 dans les principales villes du pays, on peut retenir la
structure suivante.
3
Il s'agit des enquête dépense ménage et de l'enquête dépense Uemoa réalisées en vue de la confection de
l'Indice harmonisé des prix à la consommation.
Tableau 3 : Part des produits locaux et importés dans la consommation urbaine au
Bénin
Les légumes et légumineuses viennent généralement en complément dans les repas. C'est
pourquoi leur consommation est faible. La plupart du temps, ils se consomment frais et sont
issus de la production locale.
La même analyse pourrait être reconduite au niveau des fruits. Mais, la prise en compte des
condiments introduit une nuance. En effet, l'utilisation de plus en plus accrue des conserves de
tomate dans la préparation des aliments explique la relative importance des produits importés
dans cette catégorie. Il est à noter par ailleurs que plus on s'éloigne de la capitale, plus la part
de ces produits augmente. Cette situation ne signifie pas nécessairement une augmentation des
quantités consommées. Elle reflète plutôt une augmentation des prix par rapport à la capitale
du fait de la marge des commerçants.
La viande et le poisson constituent après les céréales les principaux produits consommés. Ils
constituent une source primordiale de protéine dans l'alimentation du béninois. Mais, leur
importance varie selon les régions. Si au sud et au centre, c'est la consommation de poisson
qui est privilégiée; au nord, la préférence va vers les viandes. Ces considérations sont
relativisées pour la ville de Cotonou qui voit ces ménages se tourner de plus en plus vers les
produits surgelés généralement importés.
Les boissons, les sucres et les produits sucrés font partie des produits les moins consommés
quelque soit les ménages et quelque soit la ville. Mais, contrairement aux autres produits,
c'est dans la ville de Cotonou qu'on enregistre une forte consommation de la production
locale. Ce qui ne peut que refléter un effet prix.
Au total, l'analyse des dépenses alimentaires des ménages des principales villes du pays
permet de constater une faible disparité des structures de consommation quelque soit les
régions. Si la ville de Cotonou enregistre la plus forte consommation de produits importés
(26% par rapport à une moyenne de 16%), il n'existe pas de tendance véritablement
divergente.
environnement institutionnel
Avec une contribution de l’ordre de 15.6% à la formation du PIB en moyenne ces dernières
années (1997-2002), le secteur industriel a toujours été le maillon le plus faible du tissu
économique béninois. Les politiques économiques menées au lendemain des indépendances
avaient pour objectif le développement de ce secteur présenté comme celui possédant le plus
d'effets d'entraînement sur le reste de l'économie. Dans ce cadre, les gouvernements des
années 70 ont prôné une politique de substitution aux importations basée sur la réalisation de
grands projets d'investissement. Afin d'assurer une indépendance du pays vis à vis de
l'extérieur, un accent a été mis sur le secteur agroalimentaire.
Cependant, ces différents projets d'industrialisation n'avaient pas été menés en prenant
suffisamment en compte les attentes et les comportements du consommateur dont les
exigences de qualité étaient supposées similaires à celles des consommateurs de pays
industrialisés et n'étaient pas finement analysées. Pire, ils ont rencontré de nombreux
problèmes qui ont entravé leur fonctionnement. On peut citer entres autres, le coût
d'implantation élevé, les difficultés d'approvisionnement en matières premières, les difficultés
de maîtrise technologique et de maintenance des équipements etc. Les difficultés de trésorerie
de l'Etat des années 80 ont tôt fait d'emporter ces entreprises qui du reste ne bénéficiaient pas
d'une gestion saine. Ce qui a plongé le pays dans une profonde crise économique avec tout un
cortège de chômage et de licenciement. Cette situation alliée à l'explosion démographique et
urbaine de cette décennie ont engendré le développement d'un secteur économique qui se veut
une alternative aux méthodes classiques d'industrialisation : l'artisanat agroalimentaire.
L'artisanat agroalimentaire est défini comme un ensemble d'activités exécutées à petite échelle
par des individus ou de petits groupes qui donnent lieu à une rémunération et sont liées à la
production et à la circulation de biens et services (Bricas 1984). Ainsi défini, c'est un secteur
qui concerne la transformation des produits, le micro commerce et la restauration. Il constitue
un outils de valorisation des technologies traditionnelles et c'est tout naturellement qu'il a
trouvé sa place dans le vide laissé par le système économique décadent.
En ce qui concerne le Bénin, la prise en compte du rôle potentiel de l'artisanat s'est faite à
travers la promotion des petites et moyennes entreprises (PME). En effet, dès 1982, tirant
leçon des limites de l'interventionnisme étatique et de l'échec des grandes entreprises, les
autorités béninoises de l'époque ont initié une série de réformes, qui sans déroger aux
principes fondamentaux du socialisme, devraient offrir un environnement favorable au
développement de la petite entreprise.
La loi n°82-005 du 20 mai 1982 portant code des investissements avait prévu un régime
privilégié (le régime D) afin d'encourager les entreprises nationales. L'article 51 de cette loi
disposait que: "le régime D est destiné à encourager le développement des petites et moyennes
entreprises des nationaux dont l'activité à caractère industriel, touristique et artisanal peut
aider au développement économique et social de la nation et à promouvoir les entreprises
coopératives".
Pour bénéficier de ce régime, les entreprises devraient créer au moins 15 emplois. Quant aux
coopératives, elles doivent se conformer à la réglementation en vigueur en matière de
constitution des coopératives. En outre, tout postulant devrait faire une déclaration d'existence
et s'engager à tenir une comptabilité régulière. Cette innovation avait pour objectif de
maîtriser les tentatives de réponses des béninois à la crise économique qui s'annonçait.
Malheureusement, toutes les réformes initiées dans la période n'ont pas suffi pour juguler la
crise.
A partir de 1990, un nouveau paysage économique fondé sur le libéralisme a pris une forme
dans le pays et de nouvelles orientations ont été adoptées. Dans ce cadre, le nouveau code des
investissements mis en vigueur par la loi 90-002 du 9 mai 1990, regroupe les entreprises en
trois catégories :
- Le régime A réservé aux entreprises ayant un programme d'investissement d'un montant
allant de 20 à 500 millions et employant au moins 5 permanents béninois;
- Les régimes B et C réservés aux entreprises ayant un programme d'investissement de plus
de 500 millions et au moins 20 employés.
En outre, un régime spécial est prévu pour les entreprises dont "les activités entraînent une
transformation au sens de la nomenclature douanière et dont le montant des investissements
est compris entre 5 et 20 millions de francs. Comme on peut le constater, ces conditions
demeurent prohibitives pour les entreprises du secteur artisanal qui utilisent des outils de
production rudimentaires, ne nécessitant pas un capital élevé et utilisant souvent de la main
d’œuvre familiale ou des apprentis.
Cette différenciation des entreprises s'est traduite au plan fiscal par un début de
reconnaissance, à partir de 1994, de la petite entreprise. En effet, jusqu'en 1993, la fiscalité
béninoise des entreprises étaient la même quelque soit la taille des entreprises. Sauf
exonération particulière, toutes les entreprises étaient assujetties aux mêmes taxes: impôts sur
les bénéfices industriels et commerciaux4 (BIC), impôt général sur le revenu (IGR), la taxe
sur la valeur ajoutée (TVA), la patente, etc. Les obligations comptables et déclaratives étaient
aussi pratiquement les mêmes. Mais, la réforme fiscale de 1994 a modulé le régime des
impôts en fonction de la taille de l'entreprise. On distingue depuis lors, la grande entreprise
(dont le chiffre d'affaire annuel excède 40 millions de franc CFA pour les ventes et 10
millions pour les prestations) de la petite entreprise.
La petite entreprise bénéficie d’un régime de forfait notamment en matière d’impôt les BIC.
Le montant du bénéfice forfaitaire est évalué par le service des impôts et notifié au
contribuable pour observation et acceptation. Mais, ce régime est exclusivement réservé aux
personnes physiques et s’applique dans les zones où n’a pas été mis en place le régime foncier
urbain. Le bénéfice forfaitaire est assujetti à l’impôt BIC.
Il existe en outre une taxe professionnelle unique (TPU) appliqué la plupart du temps aux
artisans des principales localités du pays. La TPU est « due chaque année par les personnes
physiques qui, au 1er janvier de l’année d’imposition, exercent au Bénin une activité
4
Perçue au taux de 38% pour les sociétés et de 35% pour les entreprises individuelles.
professionnelle non salariés, à titre habituel et à but lucratif, dont le chiffre annuel n’atteint
pas la limite fixée par un arrêté du ministre chargé des finances. Il s’agit d’un impôt
synthétique qui se substitue, outre à la patente et à la licence, à l’impôt sur les BIC, à la taxe
sur la valeur ajoutée et au versement patronal sur salaires. La TPU est assise sur la valeur
locative professionnelle des établissements pris dans leur ensemble et munis de tous les
moyens d’exploitation ou de production. Elle est perçue au taux de 12% affectée pour moitié
au budget de la collectivité et pour moitié au budget national.
A ce dispositif, il faut ajouter l'introduction du tarif extérieur commun (2000) qui offre des
facilités pour l'exportation des produits artisanaux vers les autres pays de l'UEMOA.
Comme on le peut constater, la fiscalité des entreprises artisanales est assise sur la taxe
professionnelle unique. Mais, celle-ci repose sur une valeur locative généralement déterminée
par l’administration par voie d’appréciation ou d’évaluation. Elle donne lieu à plusieurs abus
faute d’une définition claire du secteur. C'est pourquoi, il a été adopté, en 2001, une loi
portant code l'artisanat.
Selon ce code, est réputée entreprise artisanale, une petite et moyenne entreprise qui utilise
moins de dix (10) ouvriers artisans (non compris les aides familiaux et les apprentis) et dont
l’activité principale consiste en l’extraction, la production, la transformation de biens et /ou la
prestation grâce à des procédés techniques dont la maîtrise requiert une formation par la
pratique. Le mode de production est principalement manuel. Cependant, l'entreprise artisanale
peut faire appel à des machines et outillages mécaniques, électriques, électroniques ou
électromagnétiques.
Les entreprises voulant intervenir dans ce secteur sont astreintes à une immatriculation à la
chambre des métiers5 ou à défaut au ministère chargé de l'artisanat. Cette inscription constitue
5
Structure mixte composée des représentants élus des organisations professionnelles d'artisans et du ministère
chargé de l'artisanat. Elles sont au nombre de six dont une par ancien département. Mais pour le moment, trois
ont été déjà installées.
un préalable pour bénéficier des garanties, avantages et autres dispositions incitatives
éventuelles.
Néanmoins, aucune disposition n'est prévue ni sur le plan fiscal ni sur le plan institutionnel
pour soutenir cette branche. Le code de l'artisanat n'ayant fait que préciser la compréhension
de l'Etat des activités artisanales, la typologie des activités, les conditions d'exercice des
activités artisanales et les obligations institutionnelles des artisans. On peut donc s'interroger
sur l'intérêt pour les artisans de s'immatriculer.
Ce qui est sûr, c'est un sous secteur qui n'est pas totalement négligé par l'Etat. Il est considéré,
depuis quelques années, comme un axe porteur de développement. L'artisanat alimentaire est
l'une des onze branches retenues dans ce code qui se veut un cadre d'exercice pour toutes
activités artisanales. Le secteur artisanal a fait l'objet ces dernières années de plusieurs actions
tant au niveau public que privé.
Au niveau public, outre la création d'un département ministériel chargé de la promotion des
PME et des directions chargées de la qualité et de la métrologie, il a été créé avec l'appui des
partenaires au développement, une kyrielle d'institutions chargées de la formation et du
financement de la petite entreprise. On peut citer entre autres le projet d'Appui aux PME
(PAPME) et le Projet d'Appui au Développement des Micro Entreprises (PADME) devenus
entre temps programmes qui jouent un rôle actif dans le financement des activités génératrices
de revenu.
Le rôle de l’Etat, tel que défini dans le document de politique de promotion des petites et
moyennes entreprises adopté en 1997, est de coordonner et de stimuler toutes ces actions de
manière à consolider et diversifier le tissu économique en encourageant le développement des
Pme tournées vers la valorisation des ressources naturelles et la satisfaction des besoins
locaux. Mais, la définition de la PME retenue jusque là exclut une bonne partie des entreprises
artisanales. En effet, ne sont prises en compte que des entreprises qui ont entre 5 et 50
employés permanents et un capital social compris entre 1 et 50 millions de francs CFA ou un
investissement d'un montant compris entre 5 et 500 millions de FCFA.
Le soin est donc laissé au Ministère6 chargé de l'artisanat d'organiser les activités des petites
unités de transformation et de service. Mais le domaine est si vaste qu'il n'arrive pas encore à
se retrouver. A titre d'exemple, le répertoire national des métiers du secteur de l'artisanat
comportait, en 2000, 203 corps de métier regroupés en 45 grands groupes d'activités. Dans ces
conditions, les activités du secteur agroalimentaire demeurent mal encadrées. Elles relèvent
tantôt du ministère de l'agriculture pour le volet transformation et conservation des produits
agricoles tantôt du ministère du plan qui, au moyen des CIPEN7 et de l'AGeFIB (voir encadré
n°1), participe (par le financement) à la promotion des activités artisanales et naturellement du
ministère de l'industrie pour les actions de promotion des PME/PMI. De ce fait, les actions ne
sont pas souvent concertées. C'est pourquoi, il a été crée en 1990 le Conseil Supérieur de
l'artisanat qui regroupe les cadres des différents Ministères intervenant dans la gestion des
activités artisanales. Il a pour mission d'harmoniser toutes les actions visant la promotion de
l'artisanat et d'émettre des avis consultatifs sur la politique de l'Etat en la matière. Mais il n'a
jamais pu fonctionner correctement du fait du manque d'engagement des différents ministères.
6
Bien qu'il est toujours existé un ministère de l'artisanat, les ministres en charge de ces questions se sont souvent
occupés des problèmes relatifs au tourisme, à la culture et au commerce.
7
La Coordination nationale des Initiatives et des Projets d'Emploi Nouveau (CIPEN) est l'une des cellules de
promotion de l'emploi créée en 1997 par le gouvernement béninois. Elle initie et appuie les actions allant dans le
sens de la promotion des unités communautaires de développement et des initiatives privées d'emploi
Cependant, ces différentes actions devraient connaître une dynamique nouvelle avec
l'adoption du Document de Stratégie de Réduction de la pauvreté en 2002. Ce document
montre que malgré améliorations enregistrées sur le plan économique de ces dernières années,
le degré de satisfaction des besoins sociaux demeure faible. La pauvreté prend des ampleurs
que les politiques économiques menées jusque là n'arrive à enrayer. La pauvreté au Bénin est
surtout rurale8 et périurbaine. En milieu rural, elle est due à la faiblesse des infrastructures de
base et à l'instabilité des revenus agricoles. En milieu urbain, elle serait principalement due au
chômage. Dans ces conditions, les catégories les plus touchées sont les femmes, les artisans
(surtout du monde rural), les agriculteurs sans terre et les habitants des zones enclavées.
Mieux, les études menées en milieu urbain montrent que les travailleurs indépendants, et les
salariés sont moins sensibles à la pauvreté que les autres catégories professionnelles. Face à
ces conditions, le DSRP qui constitue la base de toutes politiques nationales sur l'horizon
2003-2005, accorde une priorité nouvelle à l'artisanat et à la petite transformation, considérés
comme une source potentielle de croissance économique et de création d'emploi. En ce qui
concerne l'artisanat, les actions futures de l'Etat devraient viser à lever les divers obstacles qui
entravent le développement du secteur et qui ont pour noms "les difficultés d'accès aux micros
financements pour l'équipement et le petit outillage, l'insuffisance de formation des opérateurs
du secteur, la faible organisation des acteurs du secteur et l'absence du cadre réglementaire".
La prise en compte de la petite transformation comme une entité à part entière révèle le souci
de corriger les erreurs du passé et la reconnaissance des potentialités du secteur en matière de
création d'emplois et de revenus pour les populations les plus pauvres et vulnérables. A cet
effet, il a été crée depuis 1999 un Fond de développement de la formation professionnelle
continue et de l'apprentissage (FODEFCA) pour soutenir et financer les besoins de formation
des artisans et autres petits entrepreneurs. Dans ce cadre il est prévu de mettre en place des
bases d'appui pour la transformation des produits agricoles et la mise en place d'unités légères
de transformations communautaires.
8
Selon les estimations contenues dans le DSRP, en 1994-95, l'incidence de la pauvreté monétaire s'établissaient
25.2% en zone rurale et 28,5 en zone urbaine. En 1999-00, ce taux est passé à 33% en milieu rural et à 23,3% en
milieu urbain.
Encadré n°2
Qu'est-ce que le FODEFCA ?
Le Fonds de Développement de la Formation Professionnelle Continue et de l'Apprentissage (FODEFCA) est
un établissement public à caractère social créé par décret N° 99-053 du 12 Février 1999. Il est doté d'une
autonomie financière. Le Fonds pour mieux servir sa cible gère actuellement deux programmes : le PADFPC
et le PIJA.
A travers ces deux programmes, le FODEFCA vise à contribuer au développement des ressources humaines
en s'assignant comme mission :
- La collecte et la gestion des biens ;
- L'appui conseil aux entreprises ;
- Le renforcement des compétences et des capacités des formateurs et organismes de formation ;
- La satisfaction permanente de l'économie en main d'œuvre ;
- L'insertion professionnelle et la lutte contre la pauvreté.
Le PADFPC accorde aux artisans, aux apprentis, aux travailleurs du monde rural et du secteur privé moderne
des subventions non remboursables. Les jeunes gens et les jeunes filles en fin d'apprentissage ou en fin de
formation professionnelle jouissent des prêts au taux préférentiel de 5% du Programme d'Insertion des
Jeunes Artisans (PIJA).
Il faut noter que le Bénin est aidé dans ces différentes actions par quelques partenaires au
développement qui financent et appuient la réalisation concrète de certaines activités. Le
tableau suivant présente les actions menées par quelques partenaires et les populations cibles.
Tableau 4 : Actions menées par quelques partenaires du Bénin dans le domaine de
l'artisanat
Comme on peut le constater le sous secteur agro alimentaire semble noyé dans toutes une
série d’actions. Le seul appui direct se fait à travers le projet PEFAB, initié en 1990 qui
soutient les artisanes des principales localités du Sud et du Centre du pays. Ce projet met en
relief l'importance de ce secteur d'activité et le rôle essentiel qu'y joue la femme dans la
société béninoise. Visant à articuler la ville et le milieu rural, le projet s'est déroulé en 2
phases d'application (1990-1997 et 1997-2000). La stratégie d'exécution du projet a pris appui
sur 3 composantes. A savoir :
En ce qui concerne le volet formation, le projet a organisé 42 formations qui peuvent être
regroupées dans les grandes catégories suivantes : les formations techniques, les formations
liées à la gestion, et les formations spécifiques (alphabétisation, leadership, etc.)
Le volet base d'appui vise la construction de centres d'activités destinés à l'usage aussi bien
des artisanes et artisans en général qu'à celui des artisanes de l'agroalimentaire. Mais, ces
dernières, préfèrent travailler chez elles que dans les six bases d'appui construites à cet effet.
Les principaux produits visés sont le manioc, le beurre de karité, l'huile de palme et l'huile d'arachide. Pour le
moment, deux localité sont retenues (Ouesse et Kétou) pour une phase pilote notamment en ce qui concerne la
transformation du manioc.
Bénin
Les différentes catégories de main d’œuvre utilisée sont les associés, les salariés (permanents
et occasionnels), les aides familiaux et les apprentis. Il n’existe pas de chiffres absolus sur la
répartition par catégorie. Toutefois, une enquête de l’INSAE a montré, en 1996, que le statut
9
Pio (2002) a effectué, pour le compte de la Direction de l’Artisanat, à partir des résultats du recensement
général de la population de 1992 et d’enquêtes de terrain, une estimation de l’effectif des artisans et artisanes (y
compris les apprentis) au Bénin. Ces résultats présentés par métiers et corps de métiers constituent aujourd’hui
les seules données exhaustives qui existent sur le sujet.
d’associé est le plus fréquent (67,8% des unités interviewés), compte tenu de la tendance des
acteurs à se mettre en association. La même enquête confirme les études PEESI10 en dévoilant
le caractère féminin de ce secteur (87,9%). En effet, ces activités sont perçues comme une
projection marchande des tâches domestiques et quotidiennes des femmes, qui de ce fait font
face à de fortes contraintes professionnelles, familiales et sociales. Seulement, ces dernières
années, avec la crise économique et surtout l’introduction de technologies nouvelles, les
femmes se font remplacer par les hommes, notamment pour des taches qui nécessitent
d’intenses efforts physiques.
Cette innovation n’a pas modifié le niveau d’instruction des acteurs qui fait du secteur un
refuge pour les déscolarisés. Face à ces difficultés, et sous la houlette de certaines ONG, les
acteurs du secteur ont pris l’habitude de se constituer depuis quelques années en associations
et en groupements. Selon la nature de leurs activités, ces organisations se répartissent en deux
catégories à savoir les organisations professionnelles et les groupements mutualistes
d’épargne et de crédit.
Ces organisations fonctionnent comme de petites unités de production gérées par un comité
avec parfois le soutien des partenaires extérieurs. Ce sont essentiellement les groupements de
femmes, les groupements de producteurs, et les groupements à vocation coopérative.
Jusque là, il n’existe pas d’associations faîtières s’occupant spécifiquement du sous secteur
agroalimentaire. Les artisans de la branche alimentation défendent leur intérêt à travers
certaines associations regroupant les autres acteurs du secteur. Ce sont principalement la
Fédération Nationale des artisans du Bénin (FENAB) et la Fédération des Coopératives de
Production Artisanale, Industrielle et de Service (FECOPAS).
10
Programme d'Etudes et d'Enquêtes sur le secteur informel (BEN/87/023). Le recensement national des
établissements économiques urbains du Bénin effectué dans le cadre de ce programme a montré que 68% des
activités économiques sont menées par les femmes. Elles évoluent dans des activités précaires qui présentent une
très grande vulnérabilité.
Créée en 1993, la FENAB est la structure faîtière la plus importante compte tenu de son
effectif, de sa représentativité et de son implantation sur toute l’étendue du territoire. Elle
comprend au 31 décembre 2003, 844 associations dont 35 du sous secteur agroalimentation
(voir annexe).
Ce sont essentiellement les ONG, les mutuelles d’épargne et les institutions de micro finance.
Elles sont nombreuses aujourd’hui sur toute l’étendue du territoire. Leurs actions se limitent
souvent à l’octroi de micro crédits, et à la formation et l’organisation des artisans. Toutefois,
certaines ONG possèdent des unités de transformation. Les efforts de certaines ONG dans ce
cadre seront retracés dans le chapitre suivant en rapport avec leurs actions dans la promotion
des filières porteuses.
Ces structures émanent des ONG, de certaines organisations étatiques et concernent presque
toutes les branches d’activités du secteur de l’artisanat. Toutefois, dans le sous secteur
alimentation, il convient de souligner les efforts du projet « Promotion de l’emploi pour les
femmes dans l’artisanat alimentaire au Bénin » (PEFAB) qui a mis sur pieds 87 groupements
mutualistes d’épargne et de crédit opérant dans les localités de Cotonou, Bohicon, Allada et
Abomey. A cette initiative, s’ajoutent celles de la FENAB qui a suscité la création d’une
trentaine de groupements opérant sur toute l’étendue du territoire.
Initiées vers la fin des années 1980 pour pallier les difficultés du système financier moderne,
ces institutions constituent aujourd’hui un véritable outil de développement. Leur vocation est
d’offrir des crédits de proximité à tous les agents financiers qui n’ont pas accès au système
financier moderne. A ce titre, elles sont présentes dans toutes les localités et constituent l’outil
de financement privilégié de la micro entreprise. Les principales institutions actives sur le
territoire national sont le réseau FECECAM, le PADME, le PAPME
3-3 La typologie des activités
Considéré comme une réponse endogène des populations à leur difficulté de survie, les
activités de l’artisanat agroalimentaire sont nombreuses et diversifiées. Elles tournent souvent
autour de certains produits clés. Elles concernent aussi bien la fabrication de biens de
consommation finale pour les ménages que la conservation des produits agricoles. Dans la
pratique, il est difficile de faire une typologie des principales activités du secteur. Plusieurs
classifications existent compte tenu des objectifs de l’analyse. Certaines analyses privilégient
les filières (Tuillier, Hounhuigan et Devautour 1991, Egounlety 1997) alors que d’autres
mettent l’accent sur le procédé.
Dans ce sillage, la direction de l’artisanat a recensé une trentaine de métiers (voir annexes)
liés à ce secteur que nous avons regroupé en 11 groupes afin de tenir compte aussi bien des
produits que des méthodes de transformations.
Tableau 6 : Répartition des artisans selon les principales branches d’activités (en 2002)
Le tableau n°6 présente la répartition des artisans agroalimentaires selon leur activité
principale. Il permet de constater que les principales activités de ce secteur sont, la production
d'huile (27,3% des actifs) la fabrication du gari et autres produits dérivés du manioc (20,3%)
le broyage des grains (14%), la fabrication de boisson et la transformation de viande et
poisson.
La forte croissance démographique urbaine décrite dans la première section a introduit des
modifications dans l'organisation et la préparation des repas. Ces modifications tendent à
raffermir de nos jours le rôle et la place des produits de l'artisanat agroalimentaire dans la
consommation des béninois.
La première modification concerne la prise des repas à domicile. Traditionnellement, la
journée alimentaire s'organise autour des trois principaux moments de consommation que sont
le matin, le midi et le soir. Mais, la contrainte des activités de la ville oblige de plus en plus
les individus à ne plus consommer leur repas à domicile. Il n'existe pas de données récentes
sur la question. Les seules données qui existent sont issues des enquêtes Budget
consommation de 1986 (voir tableau suivant) qui montrent qu'environ 30% des rationnaires
ne mangent pas à domicile sur la moyenne des trois repas. Une analyse plus fine met en
exergue des différences selon le type de repas.
Ainsi, les repas du matin sont ceux qui mobilisent le moins de monde. Ce qui explique la
floraison de vendeuses ambulantes qui servent des produits allant des pâtes et des bouillies à
base de céréales à des préparations à base de légumineuses, de tubercule, de conserves et de
boissons. Si l’enquête est reprise en 2004, on aurait certainement assisté à un changement
significatif en ce qui concerne le repas du midi, que de beaucoup de citadins prennent
désormais à l’extérieur.
Ces résultats mettent en évidence l'importance des préparations alimentaires marchandes dans
la consommation des ménages béninois et illustre la relative importance de la part des
produits artisanaux dans les dépenses alimentaires des ménages visible dans le tableau
suivant.
Ce tableau fait apparaître qu'au Bénin, 33,1% des dépenses sont consacrées à l'achat
d'aliments transformés artisanalement. Elle illustre l'importance des filières comme celle de la
transformation des céréales, des racines et tubercules, de la fabrication d'huile et de la
transformation de viandes et poissons.
Les produits issus de la transformation des céréales sont variés et dépendent des régions. En
ce qui concerne le maïs par exemple, il a été dénombré près 40 préparations à base de ce
produit dont certains comme plus de la moitié sont des préparations intermédiaires. La
consommation de produits issus de la transformation artisanale des céréales représente 20,4
des dépenses de consommation en céréales. Une enquête11 menée sur le secteur alimentaire
artisanal en 1995-1996 a fait ressortir le mawè (pâtes fermentée à base de maïs) et la pâte de
maïs comme l'un des trois principaux aliments transformés de très grande consommation au
Bénin. Ce qui fait du maïs, la principale matière première pour ces produits. A ce propos, il a
11
Cité par Egounlety (1998)
été évalué en 1994 à 146 tonnes, la quantité journalière de maïs transformée par les 660
moulins de la ville de Cotonou en 1994 (Houhuingan 199412).
La transformation des tubercules fournit une gamme de produits qui se diffusent rapidement
dans les habitudes de consommation des ménages béninois, quelques soit leur origine. Ce sont
principalement le gari, les cossettes de manioc et d'igname. Le gari (semoule de manioc) est
de loin le principal produit consommé dans cette catégorie. Il représente 60% des dépenses en
racines et tubercules artisanalement transformés à Cotonou et 53% au niveau national. Mieux,
la production de gari représenterait plus de 50% de la production annuelle de manioc 13 dont
50 à 60% seraient livrés sur les marchés urbains du Bénin. C'est donc à juste titre que ce
produit fait l'objet d'un suivi à travers le PDRT et le PDFM14.
La fabrication d'huile n'est pas seulement l'activité qui mobilise le plus de monde dans le sous
secteur. Elle occupe une position importante dans le dispositif alimentaire des béninois.
L'huile et le beurre obtenus par la transformation, par des procédés plus ou moins
traditionnels15, de l'arachide, du coton et des noix de palme, de coco et de noix de karité
occupent 78% de la consommation locale d'huile.
La dernière activité non moins importante et qui mérite une attention particulière est la
transformation des viandes et poisson. Le Bénin (plus précisément le sud pays) dispose d'une
longue et riche expérience en matière de fumage et de séchage de poisson. Jadis utilisé pour
conserver le poisson, le fumage du poisson est constitue aujourd'hui une technique de
préparation alimentaire. Le poisson ainsi obtenu possède un goût et une arôme qui en fait un
produit très apprécié dans les préparations au Bénin. Mais, elle nécessite une technique plutôt
délicate et difficile à mettre en œuvre. Ce qui justifie le développement de cette activité
exercée surtout par les femmes dans le sud pays.
L'analyse de la consommation montre que les attentes des consommateurs urbains en matière
de produits alimentaires sont nuancées et variables selon les produits. Elle montre surtout la
nécessité pour les ménages de consommer des produits finis et semi finis compte tenu des
12
Cité par Egounlety (1998
13
Le volume de la production de gari était estimé à 252 000 tonnes en 2003
14
Programme de Développement de plantes à Racines et Tubercules et Projet de Développement de la Filière
Manioc
15
Activité séculaire, la production d'huile a bénéficier ces dernières années des apports technologiques
notamment en ce qui concerne le broyage et l'essorage des grains.
contraintes liées aux activités urbaines. L'artisanat alimentaire est donc apparu comme une
réponse prenant en compte certaines spécificités comme le fractionnement du pouvoir d'achat.
Mais, il est concurrencée par les produits de tous ordres. La présente section vise à étudier
les débouchés du secteur notamment en ce qui concerne les produits semi finis et la
restauration.
Comme souligné précédemment, le marché des produits semi-finis s'est développé du fait de
la volonté des ménagères de maintenir leur contrôle sur la préparation du ménage. Mais, la
complexité de certaines tâches les obligent à céder certaines activités à des artisanes. Ces
dernières proposent des produits très spécifiques, non standardisés qui correspondent à la
culture gastronomique des consommateurs. Mais, il leur est souvent reproché de produire des
biens qui ne respectent nullement les exigences de plus en plus fortes des consommateurs,
notamment en matière d’hygiène. De ce fait, l'avènement des industries semi artisanales
(voire modernes) devrait conduire à une disparition de ce secteur. Ces dernières, en utilisant
des procédés modernes de transformation devraient produire des biens moins onéreux et de
meilleure qualité pouvant remplacer valablement les produits artisanaux. Le tableau suivant
présente la liste de quelques produits artisanaux qui font l’objet aujourd’hui de transformation
semi-industrielle ou industrielle.
Activités Effectifs
Au Bénin, très peu de biens produits artisanalement au niveau local sont substituables aux
produits importés. Cela s'explique par le fait que l'artisanat alimentaire s'est très tôt intéressé à
des domaines délaissés par le secteur moderne. Mieux, la concurrence qui devrait exister entre
le secteur artisanal et les industries émergentes n’est pas encore effective. Ces dernières,
n’arrivant pas à faire du micro détail ne vise pas les mêmes cibles que l’artisanat traditionnel.
Le graphique suivant présente le niveau comparé des prix à la consommation de quelques
produits faisant l'objet de compétition
1800
1600
1400
1200
local
1000 Importé
800
600
400
200
0
Riz Huile d'arachide Œuf Tomate
La restauration
La restauration hors domicile est devenue une contrainte du mode de vie urbain. En effet, ces
dernières années, l'éloignement des domiciles des lieux de travail oblige beaucoup de
travailleurs à prendre leur repas de midi hors de leur domicile. Cette pratique explique la
floraison des restaurants populaires notamment aux abords des centres commerciaux et des
lieux de travail.
Le niveau des prix dans ces restaurants dépend du type de restaurant et d'aliments servis. En
effet, les différents lieux de restauration populaire au Bénin peuvent être regroupés en
restaurants ambulants, restaurants simples et restaurants avec un confort relatif 16.
Les ambulants concernent les vendeuses qui se baladent d'ateliers en ateliers pour servir
divers mets. Elles sont légion à Cotonou et constituent la principale source de restauration des
ouvriers et des apprentis.
Les baraques regroupent les restaurants construits en tôle ou avec des matériaux quasi
définitifs mais qui n'offrent aucun confort. Les clients sont soit debout, soit assis sur des bancs
de fortune. Ces restaurants servent généralement une gamme variée de plats allant du riz à
divers pâtes à base de céréales, maïs, mil sorgho, fonio et de tubercule et racines, igname et
manioc essentiellement.
Les restaurants avec confort enfin, sont des restaurants construits avec du matériel définitif
ou même provisoire qui présente des conditions d'hygiène ou de salubrité plus ou moins
satisfaisantes.
Quelque soit le type de restaurant, les plats sont commandés suivant la convenance des
consommateurs. Le tableau suivant présente un aperçu des prix dans la restauration populaire
à Cotonou.
16
Bien entendu nous avons négligé les restaurants modernes qui jouissent d'une certaine reconnaissance
officielle et qui ont un mode de fonctionnement proche de l'occident
Tableau 11 : Prix des plats dans la restauration populaire à Cotonou
Contrairement à certaines grandes capitales africaines, l'analyse des prix dans la restauration
populaire à Cotonou pose un problème méthodologique assez important. On rencontre deux
sortes de difficultés dont la principale tient au fait qu'en dehors des plats plus ou moins
européens (Spaghetti, couscous) dont les prix sont standardisés, les autres mets connaissent
une grande variabilité des prix. Les prix sont modulés suivant les zones et lieux de vente, le
statut social de l'acheteur et parfois son origine et les quantités de produits demandés. Mieux
l’accompagnement est constitué de la sauce qui est négociée séparément du produit principal.
En fait dans de nombreux cas l’alimentation vise à satisfaire plus un objectif quantitatif que
qualitatif. Cette pratique complexifie l’évaluation des prix des plats. C'est un domaine dans
lequel le marchandage est développé. L'individu vient compte tenu de ses ressources et de ces
convenances personnelles, passer la commande. Ce qui confirme le caractère très adaptatif et
novateur du secteur, toujours à l'affût de débouchés nouveaux.
17
Le piron est une pâte obtenue à partir du gari dérivé du manioc
18
Compte tenu de plusieurs difficultés l'approche retenue pour la collecte des prix à été de considérer les prix
minimums des plats selon chaque type de restaurant. Bien entendu, il aurait été souhaitable d'y associer les
volumes ou les poids des aliments. Mais, cette méthode se heurte à la consistance des aliments. En effet, la
qualité de l'igname pilée par exemple, dépend de la quantité d'eau qu'on lui à adjoint. Deux plats peuvent ainsi
représenter la même quantité tant au niveau du poids et du volume et ne pas apporter la même satisfaction .
3-7: L'artisanat alimentaire et l'amélioration du revenu des acteurs: cas de la
production du gari.
Le manioc est une des principales cultures vivrières produites au Bénin. Introduit dans le pays
depuis le 16ème siècle, il sert de base à la fabrication de plusieurs aliments dont le gari, le
tapioca, l'amidon et d'autres sous produits.
Le gari est l'un des principaux dérivés du manioc produits au Bénin. De l'avis de tous, c'est le
dérivé du manioc qui est le produit le plus consommé dans le pays. Pour les uns, c'est le
deuxième aliment de base après le maïs dans le sud Bénin (Mondjannagni, 1977), alors que
pour d'autres, il nourrit régulièrement près 60% des béninois (Devautour 1981). La production
de gari est essentiellement l'œuvre des femmes. En effet, les différentes phases de préparation
du produit nécessitent des travaux assez contraignants et surtout de la patience que seules les
femmes sont capables de supporter. Les femmes, productrices de ce secteur, travaillent soit
individuellement (dans 90% des cas), soit en association avec d'autres femmes. Dans la
plupart des cas, la production du gari se fait en association avec les activités champêtres,
mais, de plus en plus les femmes en font leur activité principale. Le système de production est
manuel; mais, il connaît depuis quelques années des améliorations notamment en ce qui
concerne les matériels de transformation.
Jadis réservée aux seules populations du centre du pays, la production du gari s'est étendue à
toutes les régions du pays. Elle occupe les artisanes du secteur durant 8 à 10 mois dans
l'année et leur apporte des revenus substantiels. Adjovi et al (2003) ont étudié la performance
et la compétitivité des unités de production de gari au Bénin en 2003. Ils montrent que c'est
une activité rentable dans la plupart des régions du pays quelque soit le système de
transformation utilisé, même si les améliorations technologiques peuvent accroître la
rentabilité du produit si elles sont bien maîtrisées. Ainsi, les revenus tirés de cette activité sont
variables selon le système et le département considéré. Mais, en moyenne, ils sont assez
élevés comme le montre le tableau suivant.
Tableau 12 : Revenus annuels bruts issus de la transformation du gari en manioc au
Bénin
Groupements Individus
Production Production
(tonnes) Chiffre d'affaire (tonnes) Chiffre d'affaire
Atacora 18,0 551 786 0,7 94 802
Atlantique 19,0 3 287 304 9,3 1 393 556
Borgou 78,0 666 750 3,3 462 632
Collines 16,0 1 338 056 7,0 945 781
Couffo 18,5 1 436 694 6,3 863 700
Mono 15,3 938 307 2,3 337 625
Ouémé 25,5 3 977 360 1,7 191 498
Plateau 11,0 5 078 892 9,9 1 535 478
Zou 14,3 1 489 650 10,5 1 344 125
Source: les auteurs à partir des résultats de Adjovi et al (2003)
Il faut remarquer que ces résultats ne prennent pas en compte les charges liées à la production.
Ces dernières sont faiblement comptabilisées par les producteurs qui utilisent le plus souvent
la main d'œuvre familiale. Malgré ces limites, la production de gari demeure dans une large
mesure assez rémunératrice comparée aux autres activités en milieu rural. Cependant les
données du tableau font appel à plusieurs remarques :
Il existe de très fortes disparités du niveau de revenus générés par la production d’une
région à une autre. La transformation demeure très largement rentable dans les zones
de production traditionnelle du manioc et du gari, notamment dans l’Ouémé,
l’Atlantique, et dans une certaine mesure le Mono. On est tenté d’établir une
corrélation entre non seulement le niveau des savoir faire endogènes, le potentiel de
production et de demande (induite par la présence des plus importants centres urbains)
et celui de la rentabilité des unités de transformation étudiées. En effet ces régions
produisent plus de 70 % du manioc du Bénin et sont ouvertes sur le marché tant
national que régional ( Nigeria et Afrique du Centre notamment). La production du
gari est une activité traditionnelle très ancienne.
Les unités individuelles de transformation sont largement plus rentables que les
groupements qui généralement bénéficient de l’appui des ONG et autres projets de
développement. Cela relance la question de la pertinence de la démarche de certains
projets qui font essentiellement des groupements leurs groupes cibles. Mis à part le
Mono et l’Atacora, le niveau des revenus est partout supérieur à celui du Salaire
Minimum Interprofessionnel Garanti ( SMIG) qui est de 30 000 Fcfa par mois, soit
360 000 Fcfa par an. Le niveau des revenus générés par le secteur de la transformation
est quatre fois supérieur à celui du SMIG dans le département de l’Ouémé. Toute
chose égale par ailleurs, le niveau des revenus générés par le secteur de la
transformation agro-alimentaire est supérieur au seuil de pauvreté en milieu urbain.
Théoriquement cette activité permet à ces initiateurs de sortir du cercle des pauvres
dans les différentes régions du Bénin, mais beaucoup demeurent vulnérables.
Elles optent systématiquement pour une approche dite participative, qui permet
d’associer les groupes cibles à la mise en œuvre des actions programmées parfois
avec eux. La définition des objectifs procède d’un diagnostic multisectoriel auquel les
populations sont rarement associées. Cependant ces objectifs sont sensés reflétés les
préoccupations des groupes cibles.
Elles interviennent prioritairement en milieu rural où le phénomène de pauvreté est
omniprésent.
Cependant, quelle que soit l’envergure régionale ou nationale des projets, le choix des
groupes cibles n’est pas toujours respectueux des critères que les projets eux-mêmes se sont
fixés. Il se révèle que pour des raisons d’efficacité et d’efficience beaucoup de projets
choisissent de tordre le cou aux principes sacro-saints qu’ils se sont eux Ŕmêmes imposés en
théorie.
Nous nous intéressons dans le cadre de cette analyse à trois projets dont deux
interviennent dans le domaine des racines et tubercules et le troisième dans la promotion de
gestion de la phase post-récolte des produits. Les démarches mises en œuvre par les trois
projets diffèrent sensiblement les unes des autres. Alors que les projets et programmes qui
s’intéressent aux racines et tubercules ont adopté une approche filière de production, le
troisième a plutôt opté pour une démarche légèrement différente en privilégiant les appuis à
l’amélioration des techniques de production, notamment de la transformation.
Le secteur des racines et tubercules est géré par deux projets : le Projet de Développement de
la Filière Manioc (PDFM) et le Programme de Développement des Plantes à Racines et
Tubercules (PDRT). A travers la promotion de ces deux cultures à haut rendement, les
pouvoirs publics entendent simultanément s’attaquer aux problèmes d’insécurité alimentaire
et procurer des sources de revenus stables aux producteurs. C’est donc à l’atténuation de la
pauvreté alimentaire et monétaire que les deux projets se sont intéressés.
Comme nous l’avons mentionné plus loin, la lutte contre la pauvreté est devenue, la pierre
angulaire des stratégies de développement du Bénin. De ce fait, elle figure en bonne place
dans les objectifs affichés explicitement ou implicitement par la quasi totalité des projets et
programmes. Cet objectif constitue par ailleurs la condition essentielle de mobilisation des
fonds du FIDA. La stratégie d’intervention des projets véhicule un ensemble de démarches
qui vont dans le sens de la prise en compte de façon explicite de cet objectif de lutte contre la
pauvreté :
Du choix des zones d’intervention. En dépit des options parfois divergentes des
partenaires au développement, le choix de la zone d’intervention obéit parfois à des
considérations classiques : forte présence de groupes vulnérables. Dans la réalité, la
plupart des projets tordent le cou à cette démarche. Pour des raisons non seulement
d’efficacité mais aussi d’efficience, ils ont tendance à plutôt à travailler dans les
régions où les groupes cibles ont déjà capitalisé une expérience avec d’autres
partenaires et qui offrent des facilités d’accès. La mise en œuvre des actions est ainsi
facilitée et les résultats généralement plus probants que dans les régions où les
populations n’ont aucune expérience antérieure. Cependant dans tous les cas de figure
de nombreux projets préfèrent les zones rurales aux urbaines pour offrir plus de
lisibilité à leurs actions.
Le choix des groupes cibles répond à une double logique : celle de toucher le
maximum d’acteurs vivant dans une situation de précarité, voire de pauvreté avérée et
celle de mener des actions reproductibles à long terme par les groupes cibles. De ce
point de vue, la quasi-totalité des projets travaillent avec des groupements de femmes,
en milieu rural, notamment. Ce choix répond au souci de réduire les inégalités qui
existent entre les femmes et les hommes, non seulement en matière d’accès, mais aussi
de contrôle des ressources et de moyens de production. En terme d’efficacité les
groupements féminins en général et les opérateurs économiques féminins sont jugés
plus crédibles par les institutions de micro finance qui appuient leurs activités. Le
choix de ce groupe permet aux projets de faire passer quelques messages collatéraux
de lutte contre les grandes endémies et de toucher quelques cibles vulnérables : les
enfants et les personnes âgées notamment.
Mais comme nous l’avons montré plus loin, cette démarche a rarement contribué à accroître
l’efficacité et la rentabilité des actions. Les entreprises individuelles se sont relevées plus
efficaces que celles régies par des groupements. Le niveau des revenus générés par les
entreprises individuelles est dans la quasi totalité des cas, supérieur à celui que les opérateurs
travaillant sous la barrière d’un groupement tirent individuellement. Très souvent le volume
des activités exercées individuellement par les membres des groupements est de loin plus
important que celui produit au sein du groupe. Ce dernier fonctionne plus comme un
instrument de sociabilité que comme une institution économique de production de biens et de
services.
L’objectif global de ces deux projets qui s’intéressent aux racines et tubercules est la
réduction de la pauvreté. Pour y parvenir, ces deux projets ont adopté une approche filière et
concentré leurs actions sur les deux premiers segments de celle-ci : la production et la
transformation / conservation. Le volet commercialisation primaire qui intéresse les acteurs à
la base est aussi pris en compte. Cependant les actions de ce volet qui devrait accroître la
valeur ajoutée du secteur ne sont pas encore très lisibles, faute d’une bonne connaissance du
marché. La conquête du marché extérieur des cossettes et amidons qui constituait l’objectif
explicite du PDFM, est loin d’être réalisée.
Les objectifs des projets et programmes PDFM et PDRT participent des actions qui sont
menées dans le cadre de la stratégie de diversification des exportations, en vue d’accroître le
revenu des producteurs et contribué à la lutte contre la pauvreté.
Dans leur démarche ; les deux projets sont très influencés par l’approche du FIDA qui par
ailleurs est le bailleur principal d’un des projets. Cette approche voudrait que les actions des
projets touchent les plus pauvres19 et les couches vulnérables. De ce point de vue l’ensemble
des actions qui sont conduites, le sont en milieu rural exclusivement dont 33 % de la
population est considérée comme pauvre. Elles sont centrées sur la production et la
transformation primaire des produits : manioc et igname. Cependant on note que la majeure
partie des crédits d’appui au développement de la filière a été allouée au volet production.
Figure 2 : Evolution des crédits accordés par le PDFM aux différents segments de la
filière manioc dans les départements de l'Atacora et de la Donga
70 000 000
60 000 000
50 000 000
10 000 000
0
2001 2002 2003
En réalité, les actions des deux projets ont eu plus de lisibilité dans le domaine de production
qui constitue celui où les agents de développement, généralement des agronomes ont acquis
plus d’expérience et de savoir faire. Dans ce domaine il existe également un savoir faire et un
ensemble de matériaux mis en place par les instituts de recherche que les responsables des
projets ont opportunément exploités à bon escient.
Les résultats de cette option ne sont pas faits attendre. La production du manioc a cru à un
rythme exponentiel de 10,15 % au cours des six dernières années. L’engouement que le
soutien financier et les crédits intrants ont créé ont permis d’accroître de façon substantielle
19
Cette approche cadre également avec les options de stratégie de réduction de la pauvreté, qui ont été élaborées
le volume de la production. Mais l’augmentation de la production résulte plus d’une extension
des superficies que d’un accroissement sensible des rendements.
Par contre dans le domaine de la transformation les actions innovantes éprouvent des
difficultés à être promues. L’essentiel des activités reste concentré sur la fabrication du gari,
produit dont l’augmentation très importante du volume de production a entraîné une baisse de
plus de 60% du prix du kilogramme de ce dérivé entre 2001 et 2003.
Les innovations technologiques pour diversifier les produits dérivés, notamment pour
l’obtention de farine de manioc panifiable restent encore non seulement très localisées, mais
aussi timides. Il en est de même de la production de la farine d’igname devant servir à la
préparation instantanée de l’igname, produit de plus en plus prisé par les consommateurs des
grands centres urbains. La vulgarisation du produit est encore au stade expérimental et il est
difficile de présager des suites que les consommateurs vont réserver à ce produit. Enfin ,
plusieurs produits obtenus sous forme de gâteaux à base de farine de manioc sont fabriqués
localement en petite quantité.
- Elle a permis d’accroître les activités de transformation qui non seulement est devenue
source de création d’emploi, mais aussi d’amélioration des revenus des différents
acteurs. Dans ce domaine l’activité de transformation des produits se positionne comme
un facteur d’innovation et surtout de développement de l’ingéniosité des acteurs qui pour
l’essentiel n’ont aucune formation de base. Elle a offre l’occasion de sortir une partie de la
- Par contre l’étroitesse du marché ne permet pas encore à la filière d’engranger des gains
de productivité et une plus value suffisante pour garantir un accroissement régulier des
revenus des producteurs. Les succès du volet production pourront à terme produire des
effets contraires à ceux auxquels on est en droit de s’attendre, en matière de lutte contre la
pauvreté. L’absence de débouché peut en effet conduire à un découragement préjudiciable
à la production à court ou moyen terme. Les formes d’intervention dans le secteur agro-
alimentaire, notamment au niveau de la transformation se révèlent en réalité plus
populistes, que comme une démarche visant à accroître les revenus. La quasi-totalité des
études qui se sont intéressées à la rentabilité des activités de transformation concluent à
une rentabilité plus importante des entreprises individuelles, que des entreprises
collectives. Or les systèmes actuels d’encadrement s’adressent très peu aux entreprises
individuelles, qui ne disposent généralement pas de moyens individuels pour garantir un
emprunt auprès des institutions de micro-finance.
Les activités les plus remarquables ont été déployées au niveau du système d’étuvage du riz
local. L’étuvage du riz paddy avant son décorticage n’est pas encore généralisé sur l’ensemble
des périmètres et autres bas-fonds de production du Bénin. Dans le Sud les producteurs ne
procèdent pas à l’étuvage du riz avant son décorticage. Les taux de rendement sont estimés à
60% pour le riz non étuvé avec un taux de brisure de 35 à 40%. C’est à l’amélioration du taux
de rendement que le PADSA s’est attelé en collaboration avec le programme de Technologie
Agricole et Alimentaire.
Cette technologie qui a recours aux foyers améliorés utilise non seulement moins de main
d’œuvre, mais aussi moins de bois de chauffe et est donc respectueuse de l’environnement. Le
taux de brisure avec cet équipement réduit de 5 à 13% alors qu’il varie de 25 à 3% avec la
méthode traditionnelle.
Les résultats intrinsèques sont conformes aux objectifs visant à développer le marché en
améliorant la compétitivité du produit et en diversifiant les débouchés dans la recherche d’une
meilleure adaptation de l’offre à la demande. En effet l’expérimentation et la vulgarisation de
cette technique améliorée d’étuvage a permis.
- D’obtenir du riz plus blanc, qui n’a pas le goût caractéristique de l’étuvage traditionnel
dû à une fermentation partielle.
- D’accroître les ventes du riz local étuvé. On assiste à une meilleure vente du riz étuvé,
plus rapidement que le riz issu des méthodes traditionnelles. La différence de prix atteint
parfois 30F pour un Kg.
- De renforcer la demande de plus en plus importante de cette variété de riz dans les villes
secondaires, reléguant le riz traditionnel à l’autoconsommation.
Cependant c’est au plan des objectifs stratégiques de lutte contre la pauvreté que les résultats
du projet sont intéressants à analyser.
- La diffusion de cette technologie a donné une impulsion à la production du riz dans les
départements septentrionaux du pays (BorgouŔAlibori et AtacoraŔDonga). Ces
départements contribuent actuellement à plus de 68% à la production nationale de cette
céréale. Le volume de la production du riz paddy est passé de 14.000 tonnes en 1995 à
58.000 tonnes en 2002. Les innovations technologiques ont contribué pour une part
significative à cette impulsion, en augmentant sensiblement la demande du riz local.
- Les gains de production ont été engrangés par les femmes transformatrices, qui ont profité
des améliorations des techniques d’étuvage, non seulement au titre du volume d’activité
réalisé, mais aussi au niveau des prix des produits. En effet la persistance de la méthode
traditionnelle d’étuvage, contribue à maintenir assez bas le prix du paddy. De ce point de vue
20
Le Bénin accuse un déficit de 50 000 tonnes de riz par an.
l’accroissement des revenus des femmes a permis de réduire les inégalités structurelles qui
existent entre elles et les hommes en général.
- La facilité d’adoption des technologies, qui pour l’essentiel sont fabriquées par des
artisans locaux. Cette dynamique permet de conclure qu’au delà des objectifs de réduction
de la pauvreté alimentaire et monétaire que visent principalement les projets agro-
alimentaires, le renforcement des capacités des acteurs, gage de durabilité des actions a
été largement pris en compte.
Cependant, que ce soit dans le cas des Projets de développement des racines et tubercules,
que celui du PADSA, l’approche de promotion de l’artisanat agro-alimentaire souffre d’une
insuffisance fondamentale : l’absence de mesure pour soutenir les groupes cibles sortir de la
pauvreté et qui demeurent vulnérables à tous les aspects de celle-ci. En effet il existe très peu
de coordination entre les institutions qui sont chargées de mettre en œuvre un certain nombre
de mesures de lutte contre la pauvreté en milieu rural. Ainsi il n’existe pas de passerelle entre
le système de micro-crédit destiné à promouvoir les activités génératrices de revenus et des
crédits d’investissement permettant un niveau substantiel d’accumulation et de création de
richesse pour éviter aux groupes vulnérables de retomber dans la pauvreté.
V. La recherche agronomique au Bénin
La recherche agronomique au Bénin a démarré en 1904 par la recherche sur les cultures
vivrières à Niaouli. Depuis, elle a connu des évolutions tant sur le plan de la structure, du
cadre institutionnel, des objectifs que de la démarche.
Jusqu’en 1972, les programmes de recherche étaient élaborés dans le cadre des réseaux
régionaux et internationaux sans tenir des préoccupations des paysans. La plupart des instituts
de recherche conduisaient des programmes pour répondre aux besoins des différentes sociétés
d’exportation. La recherche agricole était donc exclusivement tournée vers les cultures de
rente. Il faut attendre les années 1972 pour que l’accent soit mis sur les cultures vivrières
grâce à la vision nationaliste du développement des gouvernements d’alors.
Les nouvelles orientations de la recherche impulsées par le plan directeur suivent une autre
démarche. Cette démarche basée sur l’estimation de la demande de services de recherche, et
le plan de développement rural accorde plus d’importance à la diversification des cultures et à
la technologie alimentaire. La stratégie retenue dans le plan directeur de la recherche agricole
propose trois axes complémentaires.
En dehors des trois derniers programmes qui sont plus ou moins généraux, les autres viennent
en appui à des spéculations particulières. Les thèmes développés sont définis conformément
aux priorités du plan directeur et visent à assurer la sécurité alimentaire, la diversification des
exportations ainsi que l’accroissement des revenus des producteurs.
Les thèmes de recherche ont été définis par un panel constitué des chercheurs, des
représentants des CARDERs, et valider par les représentants des organisations paysannes et
des autres structures de développement. Ces thèmes varient suivant les spéculations et
dépendent des contraintes qui entravent leur production. En général, les thèmes sont soit à
caractère technique soit des thèmes d’appui. Les thèmes à caractères techniques sont relatifs à
la sélection de variétés à rendement élevé et au développement des méthodes de lutte contre
les maladies et les prédateurs.
Ce programme est sans doute l’un des plus important programme de recherche aujourd’hui
compte tenu de l’importance de ces clients. Il vise à briser la dépendance du à l’exportation
des cultures traditionnelles de rente. Il s’appuie sur les secteurs maraîcher et fruitier, ainsi que
l’amélioration de la production du café, du cacao, de la courge et des bananes pour assurer la
sécurité alimentaire et le développement des filières d’exportation. Pour des raisons
d’efficacité, la recherche dans ce secteur suit les trois axes suivants :
Elle concerne les produits comme l’ananas, l’anacarde, le piment, le café, le Karité qui sont
actuellement exportés et qui méritent d’être soutenu pour renforcer la position du pays sur le
marché international. Les thèmes développés dans ce sillage sont au nombre de 5 et concerne
l’amélioration des techniques culturales, le développement des méthodes de luttes contre les
ravageurs et les maladies ainsi que l’adaptation des cultures aux conditions écologiques.
Elle s’intéresse aux produits pour lesquels il existe un marché international mais cultivés
uniquement pour le marché intérieur. Le but de ses activités est d’élargir les possibilités
d’exportation du pays. Les produits concernés sont la tomate, la pomme de terre, l’oignon et
le soja. Quatre thèmes de recherche sont développés et ont traits à l’inventoriage des variétés,
aux essais de transformations et de domestication.
Cette catégorie concerne les produits potentiellement commercialisables et qui ne font l’objet
de production au Bénin. Le but de ses activités est d’explorer le potentiel productif du pays.
Plusieurs produits ont été identifiés au nombre desquels on peut citer : les fleurs, le sésame,
les plantes à parfum, la citronnelle, les bananes, le tamarin, l’hévéa, les crabes, vers de terre,
etc. ce qui s’est traduit de manière pratique par la mise en place et l’opérationalisation des
unités de recherche sur les bananes et plantins, l’hévéa et le sésame.
Le programme coton et autres fibres textiles vise la mise au point des technologies en vue de
promouvoir la filière. Longtemps financé par les utilisateurs, ce programme est un maillon
essentiel de la recherche au Bénin, compte tenu du caractère évolutif des itinéraires à mettre à
la disposition des producteurs et de la qualité de la fibre exigée. Les premiers travaux sur le
coton ont démarré en 1960 sur une initiative de l’industrie de recherche coton et textile
(IRCT) relayé en 1979 par la recherche coton et fibres. Elle a abouti à une croissance
spectaculaire de la production qui se traduit par une augmentation des rendements, une
amélioration de la qualité des fibres et meilleure structuration de la filière. Malgré ces
progrès, le secteur reste confronté aux problèmes relatifs au coût élevé de la production, aux
effets sur l’environnement et au prix garanti au producteur. Ce qui a inspiré le programme
coton et fibres qui à travers 25 thèmes essaie d’apporter des réponses concrètes.
Les programmes de recherche agronomique conduit au Bénin ont permis d’obtenir des
résultats importants pour le développement de la production agricole. Un sommaire des
principaux acquis de la recherche est présenté ci-après
a) Le maïs
La recherche sur le maïs s’effectue sur deux stations, Niaouli et Ina en collaboration avec
l’IRAT, l’IITA, le SAFGRAD et le CIMMYT. Les recherches sur le maïs se sont penchées
sur l’amélioration génétique et la sélection variétale
D’autres variétés ont été aussi comparées à la variété locale afin de tester leur résistance aux
attaques. Le résultat des essais montre que la variété locale a été plus attaquée que les variétés
améliorées et le meilleur rendement 2t/ha, a été obtenu avec la EVDT97STRC, suivie de la
TZEEW-SR (1,3t/ha) et de la variété locale, 0,8t/ha. Par ailleurs par rapport à la vigueur et au
21
Le Niaouli Hybride 1 (NH1) issu du croissement de ATC et de CN7 de 108 jours avec un rendement en
culture traditionnelle de 1,3t/ha et en culture améliorée de 3-4,5t/ha.
le Niaouli hybride 2 (NH2) issu du croisement de Synthétique et de Costeno avec les même caractéristiques
agronomiques que le NH1et un rendement supérieur que NH1de 30%.
L’hybride composite jaune d’Ina (CJ1) issu du croisement CJI x Réunion avec un cycle de 4 mois adapté à la
région septentrionale et un rendement de 4-4-,5t/h.
nombre de pieds de Striga, les résultats des essais montrent que la première variété est moins
sujette que la deuxième suivie de loin de la variété locale.
Cependant ces nouvelles variétés restent très sujettes aux attaques des insectes contrairement
à la variété locale. Mieux, ces nouvelles variétés ne sont pas acceptées à grande échelle en
raison des difficultés comme le problème de conservation, la qualité organoleptique ou la
transformation des produits.
Toujours à la recherche d’une production optimale de maïs, plusieurs techniques sont en train
d’être utilisées :
Sur le plan de la transformation22, des outils et techniques ont été mis en place par les centres
de recherche;
Plusieurs mécanismes sont mis en place pour apprécier la pertinence de ses découvertes. Il
s’agit d’une des sessions du Comité national de la recherche agricole qui constitue une tribune
d’échange entre les chercheurs et les utilisateurs, d’autre part les évaluations périodiques du
Programme d’analyse de politique agricole. Selon les travaux, de ce programme, l’adoption
22
Un répertoire des principaux équipements de transformation alimentaire en utilisation au Bénin a été élaboré.
Leur répartition montre qu’il existe 70 équipements pour la transformation du manioc, 37 pour les fruits et noix
de palme, 10 pour l’arachide, 5 pour le riz, et 5 pour le maïs. La répartition par département est de 93% pour les
6 départements du centre et du sud et 7% pour les 4 départements du nord.
des variétés améliorées introduites tourne autour de 10,9%( Rapport annuel INRAB, 2000).
Cette faiblesse expliquerait le faible rendement de la production du maïs demeure malgré tout,
une affaire de petit producteur.
b) Le Sorgho
Sur le plan de la recherche variétale, la plupart des études menées sur le sorgho sont conduites
en collaboration avec plusieurs programmes. Ainsi de nombreuses introductions de sélection
se sont succédées depuis 1966 avec l’appui de l’IRAT. Après sélection, 10 variétés ont été
introduites en 1983, mais aucune ne dépassent les variétés traditionnelles en rendement. Sur le
sorgho à cycle court, la sélection dans les pépinières a abouti en 1983 à 9 variétés mais seuls
les cultivars Ghana 1, IRAT-Togo-219 et 28-71 sont prometteuses.
Depuis 1999 les variétés avancées en provenance du Réseau Sorgho, et de différents SNRA
ont été installées dans différentes zones agro-écologiques dans des essais régionaux
d’adaptation.
Des résultats des tests en milieu paysan, il ressort que ces variétés se comparent à celle du
terroir et ont une capacité d’adoption très élevée par les producteurs.
Sur le plan de la transformation, le sorgho ne fait pas l’objet d’une grande transformation. Les
principaux produits auxquels sa transformation aboutit sont la bouillie et le Dibou (pâte
fabriquée à base de la farine de sorgho mélangée aux cossettes d’igname ou de manioc surtout
au Nord du pays).
c) Le riz
Les travaux de sélection menés en collaboration avec l’ADRAO, l’IRRI, la CORAF et l’IITA
ont permis d’identifier ou de mettre au point de nouvelles variétés plus productrices que les
anciennes les variétés comme Gambiaka, pourtant bien apprécier (bon goût, résistance à la
verse, à la pyriculariose et à l’helminthosporiose). Actuellement dix (10) variétés de cycle
court et dix (10) autres de cycle moyen ont été évaluées en milieu contrôlé. Les résultats des
tests permettent de dire que ces variétés ont une bonne adaptabilité écologique (culture
irriguée, de bas fond ou pluviale), une bonne capacité de tallage, des rendements assez élevés
et une bonne résistance aux maladies, aux insectes et à la sécheresse.
Aussi des tests sont en cours au niveau des systèmes de culture pour identifier le meilleur
arrangement spatial lorsque le riz est cultivé en association avec d’autres cultures, comme le
maïs ou l’igname et également le meilleur précédent cultural pour les rotations de cultures
selon les conditions des bas-fonds, allié à une meilleure gestion des ressources naturelles.
La première appréciation fut celle des vendeuses du riz cuit (restauration populaire) qui
préfèrent le riz étuvé à la vapeur à cause de son aptitude à absorber plus d’eau au cours de la
cuisson, d’où une augmentation du volume du riz après la cuisson et par conséquent une
augmentation des recettes de vente.
Sur le plan transformation, plusieurs batteuses et décortiqueuses sont évaluées et de l’avis des
chercheurs et paysans ayant assistés aux tests, il ressort que dans l’état actuel , vu ses
performances , la batteuse venue de l’Inde peut être recommandée aux paysans. Les batteuses
du centre Songhai et celle du fabricant local, malgré les petites imperfections, pourront être
recommandées si certaines modifications leur sont apportées.
d) Le niébé
Les travaux sur le niébé ont démarré grâce à l’Institut des recherches agronomiques
tropicales (IRAT) au cours des années 60. les recherche ont été orientées sur l’importance des
pertes économiques qu’entraîne le parasitisme, sur les études variétales, sur les techniques
culturales, et aussi sur la fertilisation et la protection des cultures. Cette recherche n’a pas été
poursuivie. Il a fallu attendre l’implantation à Ibadan au Nigeria de l’IITA pour que les
travaux de recherches reprennent grâce à une étroite collaboration entre les centres de
recherche béninois et cet institut.
Les résultats de cette collaboration concerne surtout la recherche de variété productive à cycle
court (60-70 jours) ou moyen (90-100 jours à port rampant ou dressé et résistantes aux
bruches. Le programme a pu également créer de nouvelles variétés performantes, à port dressé
ou semi-dressé, pour la plupart des région.
e) L’arachide
Un travail de recherche sur l’arachide a débuté au Bénin quant les Institutions de recherche
agricoles français, l’IRAT et l’IRHO se sont installés. Ces institutions ont travaillé en étroite
collaboration avec les pays de la sous-régions, notamment le Burkina Faso et le Sénégal. Ce
travail a surtout porté sur l’amélioration des cultivars locaux et sur la variété « moto »
proposée à la vulgarisation.
f) Le manioc
Les travaux de recherche sur le manioc ont débuté au Bénin en 1962 et se font principalement
à la station de recherche sur les cultures vivrières de Niaouli en collaboration avec l’IITA. Un
programme de sélection clonale a été entrepris au sein de populations de semenceaux issus
soit de pollinisation contrôlée, soit de pollinisation libre.
A l’issu de ces programmes, plusieurs variétés ont été vulgarisées et des essais en milieu
paysan aussi de vulgariser les clones.
Sur le plan de la conservation/stockage, des clones ont été testées pour aptitude à la
fabrication de cossettes. Par la suite, l’aptitude à la conservation de ces cossettes avec ou sans
renouvellement de traitement insecticide a été observée.
g) L’igname
La recherche sur la culture de l’igname (à Ina) maintient une collection de plus de 110 clones
de Dioscorea rotundata, Dioscorea. cayenensis et Dioscorea. Alarta. Des techniques de
multiplication rapide, mises au point à l’IITA, sont mises en application à la station et les
meilleurs cultivars locaux ont pu être identifiés.
Les essais sur ce tubercule ont montré que le potentiel de production des variétés cultivées par
le paysan est déjà élevé et la recherche ne peut apporter une amélioration sensible.
Sur le plan de la conservation/stockage, à la technique traditionnelle de stockage qui consiste
à conserver en tas sous un ardre, s’est succédé la technique de stockage améliorée de l’igname
fraîche. En effet la technique traditionnelle du stockage de l’igname n’assure pas la
disponibilité de ce produit agricole sur une longue période de l’année. Ainsi il se produit des
conservations de l’igname en frais avec des substances naturelles.
h) Le palmier à huile
La recherche sur le palmier à huile a porté principalement sur la sélection variétale dont
l’objectif est de contribuer à l’amélioration de la teneur en huile qui, de 9% sur les régimes de
la palmeraie naturelle est passée à 23% sur régime de palmeraie sélectionné, soit un
rendement de 0,4t/ha d’huile pour la palmeraie naturelle, 1,6% pour la palmeraie industrielle
et 4t/ha d’huile sur la palmeraie industrielle irriguée.
Actuellement la recherche vise des croisements hauts producteurs dans les conditions de forts
déficit hydrique. Les activités se résument au suivi des essais généalogiques et des analyses de
régimes ont été effectuées dans les essais installés. Il est également prévu d’étudier le
comportement de certains clones du palmier à huile, issus d’embryogenèse dans les conditions
du Bénin.
Sur le plan transformation, cette filière bénéficie d’un paquet technologique important. Il
existe des presses motorisées pour tous les producteurs avec des prix variable (1 200 000
et 1 500 000 F CFA). Avec la presse appelée DEKANME, presse manuelle introduite par
ATI est accessible aux producteurs (300 000 F CFA). Cette presse a suffisamment fait ses
preuves et est actuellement en utilisation massive par les producteurs.
CONCLUSION
L’expansion des centres urbains et de leur mirage qui produit des consommateurs
« hybrides » qui trouvent dans les produits du secteur agroalimentaire une sorte de
transition entre ceux du secteur traditionnel et moderne. De par leur degré
d’élaboration certains produits du secteur agroalimentaire artisanal permettent de
satisfaire de nouvelles habitudes alimentaires des citadins.
Cependant, le secteur souffre encore d’un certain nombre de maux qui ne lui permettent de
jouer la double mission qui lui sont dévolues : constitue une alternative crédible aux produits
industriels dont l’acquisition grève de plus en plus les ressources financières des pays, et un
instrument pour sortir une importante frange de la population de la précarité dans laquelle elle
végète.
le cadre institutionnel dans lequel le secteur évolue n’est pas encore adapté à la
situation réelle dans laquelle il fonctionne. Les incitations fiscales dont il devrait
bénéficier pour favoriser son éclosion tardent à se mettre en place, faute non
seulement d’une bonne appréciation de la fonction du secteur dans l’économie
nationale, mais aussi d’une absence de volonté politique.
Le caractère inadapté des formes d’encadrement du secteur tant par les ONG, que par
les autres institutions de l’Etat. La démarche privilégie actuellement les groupements
aux entreprises individuelles pourtant mieux gérées, financièrement et
économiquement plus rentables. Il en découle une certaine inefficacité des actions qui
ne permet pas au secteur d’être suffisamment compétitif vis à vis du secteur industriel.
1-Adjovi, N., Glèlè, E., et Quenum, V.(2003), Performance et compétitivité des unités de
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16-Muchnik J (1989)., Emploi des femmes et artisanat alimentaire urbain au Bénin, compte
rendu de mission, BIT, Genève, Suisse, 97p.
Branches Bâtiment Alimentation Métaux et Pierre Bois et Textiles, Art et Poterie et Installa
construction fibres habillement, décoration céramique mainten
d'activités par mécanique végétales cuir et peau réparat
département
ALIBORI 04 01 14 - 03 09 01 -
ATACORA 11 02 13 02 05 12 - -
ATLANTIQUE 03 05 05 - 04 06 - -
BORGOU 07 - 16 - 05 07 - 04
COLLINES 07 01 12 - 05 16 - 01
COUFFO 10 03 26 - 11 19 - 01
DONGA 07 03 07 - 03 08 01 -
LITTORAL 02 13 05 01 01 06 - -
MONO 06 - 10 - 03 16 02 02
OUEME 19 05 13 - 08 14 02 01
PLATEAU 04 01 08 - 04 08 - -
ZOU 10 01 17 - 05 18 01 01
TOTAL 90 35 146 03 57 139 07 10
Source : FENAB, 31 Déc 2003