2008 Piguet Report-1
2008 Piguet Report-1
PARTIR OU RESTER ?
LA MIGRATION DANS LE PROJET DE VIE DES ÉTUDIANTS EN
AFRIQUE DE L'OUEST
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Annexe 1: Phase exploratoire: contacts sur place ................................................................ 60
Annexe 2 Guide d'entretien Niger, phase exploratoire....................................................... 61
Guide d’entretien – étudiants adapté à Niamey oct.2008 .................................................. 61
Annexe 3: Commentaires sur la passation du guide d'entretien, phase exploratoire
................................................................................................................................................................. 65
Annexe 4: Enquête pilote ............................................................................................................... 67
Annexe 5: normes pour la passation du questionnaire ...................................................... 69
Annexe 6: Guide d'entretien qualitatif...................................................................................... 70
Annexe 7: Contrôle de qualité de la passation des questionnaires ................................ 72
Annexe 8: Liste des étudiants interrogés pour la phase qualitative .............................. 74
Annexe 9: Enquêtes qualitatives guide d'entretien ............................................................. 75
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1. Table des illustrations
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2. Introduction
Ce rapport présente en détail les résultats et le déroulement d'une étude de cas sur le Niger
faisant partie du projet de recherche "Partir ou rester? La migration dans le projet de vie des
étudiants universitaires en Afrique de l'Ouest", financé par le Réseau Suisse d'Etudes
Internationales (RéSEI), entre octobre 2008 et septembre 2010. L'étude de cas peut être lue
pour elle-même par le lecteur intéressé par le pays concerné mais les fondements théoriques et
les options méthodologiques d'ensemble sont présentées dans le rapport de synthèse. Deux
autres études de cas ont été effectuées, l'une en Côte d'Ivoire, l'autre au Sénégal.
Notre étude menée au Niger, pays enclavé de l'Afrique de l'ouest présente quelques
caractéristiques particulières par rapport aux autres pays. Nous verrons tout d'abord que nos
enquêtes ont été menées dans différents sites universitaires. L'université Abdou Moumouni à
Niamey ne possédant pas de campus universitaire regroupant l'ensemble des étudiants ; nos
investigations se sont adaptées aux caractéristiques du terrain et nous préciserons tout
particulièrement dans notre premier chapitre les particularités méthodologiques de cette
enquête. Dans un second chapitre, nous présenterons les caractéristiques de la population
d'étudiants nigériens, leurs motivations et leurs conditions d'existence. Un troisième chapitre
analysera le degré de satisfaction des étudiants concernant leurs conditions d'étude, la qualité de
l'enseignement dispensé et leur appréciation concernant la situation économique et politique du
Niger. Un quatrième chapitre nous précisera les attitudes et les intentions que les étudiants
adoptent pour développer des stratégies migratoires ou, à contrario, rester dans leur pays. Un
cinquième et dernier chapitre sera consacré à l'analyse des motivations concernant les choix des
différentes destinations citées par les étudiants.
La question de la circulation de cerveaux dans les pays de l'Afrique de l'Ouest a inspiré la
problématique de notre recherche « Partir ou rester ? » et concerne tout particulièrement le
Niger. La Banque mondiale estime en 2005 le nombre d’émigrants nigériens à 437 844
personnes, soit 3,1% de la population du pays, contre 123 687 immigrants, soit 0,9% de la
population (TABAPSSI, T. 2010). Il ressort du rapport mondial 2009 du PNUD sur le
développement humain que 37,5% des nigériens ayant un niveau d’instruction élevé ont émigré
vers les pays de l’OCDE en 2000. Ce nombre demeure quantitativement assez faible car les
destinations traditionnelles en Afrique attirent encore l’essentiel des Nigériens. Cependant sur
le plan qualitatif, d’importantes ressources humaines fuient le pays. Le Niger joue un triple rôle
dans les migrations internationales en tant que pays d’immigration pour des ressortissants de
pays membres de la CEDEAO ; pays d’émission de flux migratoires pour certains régions
côtières de l’Atlantique (Nigéria, Ghana, Côte d’Ivoire, Bénin, Togo...) et d’Afrique du Nord, et
enfin espace de transit pour de nombreux ressortissants d’Afrique subsaharienne. Néanmoins le
gouvernement du Niger ne dispose pas à l'heure actuelle d'une réelle politique de gestion des
mouvements transnationaux (OIM 2009). Selon les statistiques de l’OCDE, les flux annuels
des Nigériens hautement qualifiés vers l’Europe et les Etats-Unis sont estimés en moyenne à
382 migrants pour la période 1995-2000 (OIM 2009). Cette tendance risque d’aller en
s’accélérant et concerne tout particulièrement la population d’étudiants que nous avons
analysée. L’environnement démographique, politique et économique présentent de fortes
contraintes à l’expansion des activités économiques. La forte « informelisation » du secteur
privé (86,25%) avec l’absence de promotion de l’entreprenariat et le délitement de la fonction
publique sont autant de facteurs qui peuvent pousser les étudiants à l'étranger.
5
vers les centres urbains sont d'une importance capitale. Ceci s'explique au Niger par la courte
saison des pluies et la diminution des rendements agricoles qui poussent les agriculteurs à
chercher d'autres activités économiques saisonnières vers les centres urbains. L'enclavement du
Niger, l'incapacité chronique des villes à offrir des emplois dans les secteurs formels et
informels favorisent l'exode saisonnier ou définitif d'agriculteurs dans les villes côtières des
pays frontaliers. Cet exode qui est à la fois une cause et une conséquence de la pauvreté des
régions rurales a fait l'objet de nombreuses recherches.
En complément aux études sur l'exode rural, plusieurs initiatives récentes portent sur les
migrations en général. Ainsi l'OIM (2009) a-t-elle publié récemment un profil migratoire du
Niger et cherche à renforcer les stratégies capables d’ancrer la population jeune en milieu urbain
et rural. Comme les politiciens sont peu sensibilisés aux enjeux de la migration, l’OIM collabore
en outre avec le réseau de l'IRD pour mettre en œuvre un comité chargé d’établir un document
de politique nationale en matière d’immigration. L’objectif est de faire reconnaître le Niger dans
la sous-région comme un pays de transit. L’OIM et l’Union des jeunes entrepreneurs du Niger
qui sont associés à ce réseau travaillent sur la sensibilisation à la migration et l’aide au retour
des migrants nigériens en Tunisie et en Lybie. En ville de Niamey, ils agissent avec l’UNICEF
au niveau de centres de jeunes dans les différents quartiers de la ville. Aucune enquête
spécifique n'a pas contre été menée au Niger sur le cas des étudiants et notre recherche est à cet
égard novatrice1.
1
Par exemple, l’IRD travaille depuis 2006 sur un programme de recherche « Migrations
internationales, recompositions territoriales et développement dans les pays du Sud » (Quesnel
A. 2009). Ce programme travaille avec 14 équipes en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et
Afrique du Sud. Leur volet comprend plusieurs axes : renforcement des capacités des
chercheurs africains, formation universitaire, valorisation des résultats dans des comités
interministériels, identification de partenaires nationaux et internationaux en vue de la création
de projets pour ancrer la population jeune et la sensibiliser aux dangers inhérents à la migration.
Ils s’intéressent également aux flux migratoires transsahariens, notamment à Agadez en
étudiant au delà de l’organisation des réseaux les différents impacts socio-économiques des
migrations sur la population locale. Agadez regroupe actuellement de véritables ghettos où
s’entassent l’ensemble des migrants africains. D'après les chercheurs impliqués les étudiants
universitaires sont plutôt marginaux dans cette population de migrants. Le niveau d’éducation
moyen est celui du collège.
2
On trouve au Niger également des universités islamiques à Niamey et Say qui dispensent un
enseignement de théologie et une formation de pédagogie pour les bacheliers des lycées franco-
arabes. Une université privée canadienne, ouverte en 2002 et offre des cours de droit et de
gestion.
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1.1.3. Structure du rapport
Ce rapport contient une présentation de la méthodologie utilisée spécifiquement sur le terrain
nigérien et est suivie par la présentation du profil des étudiants nigériens. Notre terrain d'étude
possède des caractéristiques particulières par rapport à la Côte d'Ivoire et au Sénégal. La
première est son faible niveau économique comparé aux autres pays côtiers. En effet, l'IDH du
Niger (PNUD 2009) est le plus bas du monde (0.340); alors que le Sénégal (0.464) et la Côte
d'ivoire (0.481) bénéficient d'un meilleur niveau de développement. Le Niger est un pays
sahélien avec une population de 13 millions d'habitants composée de 80% d'agriculteurs. Le
pays a connu de nombreuses sécheresses (1974, 1983, 2005). Aujourd'hui, en 2010, près de la
moitié de la population souffre de la sécheresse, bien que cette situation soit peu couverte par la
presse internationale. Selon la typologie établie par l'Organisation des Nations Unies, le Niger
est l’un des pays les plus pauvres dans le monde avec un PIB par habitant d'environ 294 $ en
2007. Malgré les efforts de l'État et les perspectives offertes par l'exploitation des gisements de
pétrole et de nouvelles découvertes d'uranium, il semble peut probable que le taux de pauvreté
puisse être réduit d'ici à 2015.
Le second point réside dans le fait que la Côte d'Ivoire principalement, et d'une manière plus
marginale le Sénégal, sont des pays d'immigration pour la population nigérienne. Pour
beaucoup de migrants, la Côte d'Ivoire offre des opportunités de travail et de formation qui
n'existent pas au Niger. Le troisième point à mentionner tient aux circonstances particulières du
Niger qui a vécu en février dernier un coup d'Etat ; ainsi la situation a fait évoluer la vision de
la migration des étudiants (de l'administration du questionnaire en juin 2009 à la partie
qualitative en février 2010). Nous reviendrons sur ces aspects dans notre troisième chapitre, qui
décrira le profil et la situation des étudiants interrogés, et dans le quatrième chapitre qui
analysera la situation politique et économique du pays. Nous finirons notre étude par un
cinquième chapitre qui présentera les intentions et les attitudes des étudiants nigériens par
rapport à la migration.
3. Méthodologie de l'enquête
L'étude s'est déroulée en partenariat : un chercheur suisse et un chercheur nigérien appuyé par
un responsable technique de terrain. Deux voyages ont été faits par le responsable suisse au
Niger, l'un en octobre 2008 pour mettre en place la première phase exploratoire et préparer
l'analyse quantitative, l'autre en février 2010 pour finaliser la recherche en menant des
entretiens qualitatifs. Le premier séjour nous a permis de nous familiariser avec notre objet
d'étude, de lister toutes les études en cours en rapport avec notre problématique, de rencontrer
les partenaires impliqués directement dans la recherche et les experts qui pouvaient nous
renseigner sur notre problématique. Cette première étape a contribué à l'élaboration d'un
questionnaire commun avec les partenaires des terrains Ivoirien et Sénégalais. Le second séjour
nous a permis d'interpréter les résultats des analyses quantitatives à l'aide d'entretiens d'experts
et d'étudiants et d'approfondir une série de thèmes.
7
attitude très réservée au cours des entretiens face à ces responsables. Une confusion entre le
travail de recherche proprement dit et la possibilité potentielle de migrer dans une université
suisse incarnée par la présence du responsable suisse faussait les entretiens. Nous avons donc
choisi pour éviter ces difficultés d'utiliser des enquêteurs eux même étudiants et formés par nos
soins. Les étudiants se sont exprimés beaucoup plus librement auprès de ces "pairs". Ces
entretiens ont permis de mieux cerner la question des migrations au Niger dans sa globalité, de
cibler des documents utiles pour la recherche et d’avoir une idée sur la perception que les
étudiants ont de la migration.
Il nous est apparu d'emblée que les étudiants exprimaient une volonté de partir à l'étranger
surtout pour obtenir des diplômes mieux reconnus. Dans certaines disciplines, l'UAM ne peut
délivrer de masters ou de doctorats et la seule issue pour les étudiants est le départ à l'étranger.
Le départ à l'étranger est envisagé pour la seule durée des études et aucun étudiant n’a
manifesté une réelle volonté de s'implanter à l'étranger. Les étudiants interrogés envisagent tous
un retour au pays après l'obtention de leur diplôme. Les étudiants nigériens marquent un
attachement réel à leur communauté et veulent pour la plupart revenir pour aider leur pays. Ils
ont exprimé également le fait que les conditions d'études en ce qui concerne les masters sont
très difficiles au Niger. Beaucoup d'étudiants ne finissent pas leur master en raison du manque
d'encadrement et des exigences jugées trop élevées des enseignants. L'obtention d'un master
dans un autre pays est jugée plus facile et plus rapide.
Un autre facteur important qui conditionne au départ à l’étranger vient du fait que celui-ci peut
être financé par des bourses d'étude. La grande majorité des étudiants n'a pas les moyens de
partir. D'autre part, les étudiants envisagent le départ à l'étranger essentiellement au sein de
filières légales. Les départs dans l'illégalité semblent concerner davantage les élèves plus jeunes
de l'enseignement secondaire. Ces données, bien que générales, ont permis de mieux formater
le questionnaire pour recueillir des données quantitatives fiables. D’un point de vue
méthodologique le guide d’entretien utilisé pendant la phase exploratoire a montré que nombre
de termes employés étaient mal compris par les étudiants nigériens. Les formulations
trahissaient un langage et une vision trop ethnocentrique de notre part. Les questions ont donc
été retranscrites dans un langage plus approprié à notre public. Par exemple, le terme
« migration » était peu adapté car pour les étudiants, le terme « migrant » a une connotation
péjorative. Le migrant c’est le chômeur, la personne qui n’a pas réussi professionnellement ou
le cultivateur en brousse ; ceux qui partent à l’aventure et qui appartiennent à une catégorie
sociale moins instruite que celle d’un étudiant. Pour de nombreux étudiants, le migrant est celui
qui est prêt à tout et qui "ternit l’image de l’Afrique".
Un autre point souligné par les étudiants et les experts est le fait que la catégorie d'étudiant
appartenant aux familles financièrement aisées n'allait pas se retrouver dans notre population. Il
apparaît très nettement que les études à l'étranger en Afrique ou même en Europe sont
privilégiées pour les personnes à haut revenus, le diplôme obtenu à l'étranger fournissant de
meilleures perspectives. L'UAM accueille plus les étudiants qui n'ont pas de moyens financiers
pour partir ailleurs. Parmi les pays étrangers cités, les pays de l'Afrique de l'Ouest demeurent
des destinations privilégiées. La Côte d'Ivoire et le Nigéria, par exemple, offrent des formations
post-grade qui n'existent pas à l'UAM. Les destinations européennes comme la France,
l'Angleterre et les Etats-Unis ont également été mentionnées lors des entretiens tout en étant
désignées comme réservées à une élite minoritaire: les départs au Nord coûteux sont réservés
aux étudiants ayant obtenu des moyennes élevées au bénéfice de bourses dont le nombre est
limité par les pays partenaires.
En conclusion, la première phase d'entretien fut essentielle pour tester les premières moutures
du questionnaire et l’adapter au contexte du pays.
8
L’organisation des phases de l’enquête, comme la passation du questionnaire, ont été faites en
partenariat avec l’équipe locale qui s'est chargée d'engager des enquêteurs. Il s’est agit
essentiellement d'étudiants inscrits en master II ou ayant obtenu leur master. Pour la passation
du questionnaire quantitatif, nous avions retenu initialement de travailler avec 5 enquêteurs
pour former 3 groupes mobiles, mais le questionnaire a été finalement administré par 10
enquêteurs en raison de la dispersion des facultés. Nous avons impliqué des étudiants capables
de répondre aux questions des enquêtés et ayant un bon niveau en méthodologie des sciences
humaines et sociales.
1.5.1. Le pré-test
Le test du questionnaire a été effectué par deux enquêteurs sur une population de 60 étudiants.
Le mode de passation du questionnaire a été l’administration indirecte qui est la forme la mieux
indiquée pour cerner les passages peu ou pas compris par les enquêtés. A l'issue de la passation
de ce questionnaire, il ressort les remarques suivantes.
La question 17 « Avez-vous le sentiment de pouvoir influencer par vos actes les événements
de votre vie ? » Cette question n'était pas bien comprise par les enquêtés. Après discussion avec
toute l'équipe de recherche en Suisse, cette question a été maintenue en raison de l'importance
en regard des hypothèses théoriques de l'étude du concept de "Locus of control" auquel elle
renvoie. Les points de détails concernant les modifications apportées par l’enquête pilote sont en
annexe. L'ensemble de ces remarques a été discutée dans nos ateliers en Suisse, et cela nous a
permis quelques modifications.
9
Le volet quantitatif de l'étude a concerné 1504 étudiants répartis dans toutes les facultés qui
composent l’université Abdou Moumouni. Cette enquête s’est déroulée du 11 au 15 mai 2009.
Dix enquêteurs ont été recrutés pour la mener à bien. Il s’agit de cinq étudiants de niveau
maîtrise et cinq autres qui ont déjà leur diplôme de maîtrise en sociologie. La procédure
d'administration adoptée dans la passation du questionnaire reposait sur l'idée que les
questionnaires devaient être auto-administrés et remplis par un échantillon aléatoire au sein du
campus universitaire (voir normes sur les différents terrains en annexes). Au Niger, la
disposition des lieux diffère passablement des autres terrains. Les facultés sont dispersées dans
différents lieux de la ville et le campus universitaire ne pouvait pas nous donner un échantillon
représentatif des étudiants nigériens surtout que plusieurs d'entre eux logent dans des familles,
dans leur propre foyer ou louent des logements dans les quartiers de la ville. Ce qui nous a
poussés à réfléchir sur la manière de recréer les conditions les plus proches des autres terrains.
Pour ce faire, le nombre d'enquêteurs prévu pour être huit a été rehaussé à dix afin de couvrir
l'ensemble des facultés. Ces personnes ont travaillé par groupes de deux sous la supervision des
responsables locaux du programme. Dans chaque groupe, une personne a été chargée de donner
les questionnaires aux étudiants et de les récupérer tout en enregistrant le nombre de refus
essuyés. L’autre personne a été chargée de compter le flux d’étudiants. Le principe de
distribution voulait que l'on donne un questionnaire toutes les 50 personnes. Cela implique que
la personne qui compte doit avertir son collègue chaque fois que 50 personnes sont passées, de
sorte à ce que le collègue puisse interpeller une personne pour lui faire remplir le questionnaire.
Ce procédé garantit un choix aussi aléatoire que possible des répondants.
Au Niger, en raison du nombre plus modeste d'étudiants dans des facultés dispersées, nous
avons choisi dans un premier temps de ramener l'intervalle de passage à 20 personnes. Mais une
autre difficulté s'est ajoutée en raison de la session d'examen. Beaucoup d'étudiants n'étaient pas
disponibles et peu enclins à remplir le questionnaire en raison de leurs examens et l'intervalle a
dû être réduit à 5 ce qui n'altère pas le principe de choix aléatoire. La personne qui interpellait
les étudiants leur expliquait brièvement le contenu de l’étude de la manière suivante : « Il s’agit
d’une étude internationale effectuée dans différents pays d’Afrique de l’Ouest qui cherche à
comprendre les difficultés des étudiants, leurs attentes et leurs aspirations d’avenir. C’est un
questionnaire anonyme, s’il vous plaît, pouvez-vous prendre 10 minutes pour répondre ? ».
L'enquêteur avait pour consigne de répondre à d’éventuelles questions sans influencer les
réponses aux questionnaires. L’attitude générale des enquêtés était parfois sceptique au départ,
(certains disaient que les enquêteurs étaient en train de gagner de l'argent sur leurs dos) mais
l'enquête a dans l'ensemble été très bien accueillie par les étudiants voire même chaleureusement
saluée. Un superviseur avait pour tâche de contrôler le bon déroulement de l'enquête et si les
questionnaires étaient correctement remplis. Le responsable au niveau local a collecté les
questionnaires dans son bureau à la fin de chaque journée ce qui lui a permis de faire le point sur
le déroulement de l'enquête. Le tableau ci-dessous récapitule les effectifs des enquêtés par
faculté et par jour.
10
Tableau 1 : Nombre d'enquêtes et dates par faculté (Enquête 2010)
N°2 FA 63 60 60 82 37 302
11
enquêteurs ont cependant accepté dans de rares cas de donner le questionnaire en notant le
numéro de chambre de l’étudiant.
La durée pour remplir le questionnaire a considérablement varié d’un étudiant à l’autre (entre
20 et 40 minutes). Beaucoup posaient des questions et on sentait clairement les différences de
compréhension entre les volées. Au fil des jours de l’enquête, il arrivait qu’un étudiant refuse,
car il avait déjà rempli le questionnaire. Il semble hautement improbable que des étudiants aient
rempli le questionnaire à plusieurs reprises. Le taux de refus, de l'ordre de 5 % s'explique pour
des raisons liées au manque de disponibilité des étudiants pendant la période d'examen. Seuls
une dizaine de refus en dehors de ce motif n'a été enregistré.
Nous soulignons donc comme synthèse les particularités suivantes de l’enquête menée dans le
contexte du Niger :
Les différentes localisations des facultés et la gestion des enquêteurs sur les différents
sites n'ont pas été aussi aléatoires que dans les autres terrains dans le sens où il y a
finalement eu une recherche de quota d'étudiants par faculté. Le fait de ne pas avoir un
campus qui centralise tous les étudiants à une période donnée a certainement influencé
négativement le caractère aléatoire de notre échantillon mais le principe d'un tirage au
hasard a cependant été respecté.
Le déroulement de l’enquête a coïncidé avec la période des examens ce qui a eu deux
effets : la réduction du flux des étudiants dans les facultés et l’indisponibilité de certains
d’entre eux à répondre au questionnaire. Ces circonstances particulières ont aussi
influencé sur le caractère purement aléatoire de l'échantillon.
La situation politique tendue lors de la passation du questionnaire, qui offrait une
occasion de débats controversés concernant les questions relatives à la vie politique,
peut aussi être considérée comme une forme d’influence sur la passation du
questionnaire. En effet, il faut le rappeler, la passation du questionnaire quantitatif s'est
déroulée avant le coup d'Etat militaire sous l'ancien gouvernement, qui était sous le feu
des contestations. Ce contexte a cependant selon nous accru l'implication des étudiants
dans l'étude et en conséquence le soin avec lequel ils ont répondu à nos questions.
12
profils d'étudiants susceptibles de répondre aux questions en suspens ou incomplètes. Le
principe de saturation a été le moyen principal de détermination du nombre d’entretiens à
réaliser. En général, ces entretiens ont duré de 30 minutes à deux heures selon la personne
interviewée. Un souci particulier a également guidé la conduite de ces entretiens: il nous
paraissait important d'affiner la question du genre qui avait été peu abordée dans le
questionnaire. C'est ce qui explique l’importance du nombre de femmes interviewées qui est
supérieur à leur poids statistique réel parmi les étudiants du Niger.
Il était prévu pour cette phase d'enregistrer l’ensemble des entretiens puis de les transcrire.
Compte tenu de l’instabilité politique dans le pays, certains enquêtés ont cependant refusé
l’enregistrement, craignant la diffusion de leurs propos au sein de l'armée. Cette phase
qualitative s’est déroulée dans la première quinzaine du mois de février 2010. Au total 27
entretiens qualitatifs dont 17 avec des étudiants et 10 avec des étudiantes ont été réalisés. Ce
deuxième séjour a été l’occasion pour le Directeur de la recherche de superviser le déroulement
des enquêtes, mais aussi de s’imprégner des réalités nigériennes.
13
Tableau 2 : Tests non paramétriques (Enquête 2010)
Nominal multinomial Chi-carré (ex. But du Chi-carré (ex. But du Kruskal-Wallis(ex. But
départ études/travail/famille départ études/travail/famille du départ
etc. selon le sexe) etc. selon le groupe culturel) études/travail/famille etc.
selon les ressources très
insuf. juste suf. suffisantes)
14
5. Profil et situation des étudiants interrogés
Ce chapitre va nous permettre de comprendre les différentes caractéristiques de notre
population d'étudiants nigériens. La première partie présente le profil type des étudiants, la
seconde traite de la situation sociale et économique de notre population d'étude, et la troisième
expose les motivations et les aspirations des étudiants concernant leur cursus académique.
Pratique religieuse
96.2
100
80
60
40
20
1.1 2.7
0
Aucune Chrétien Musulman
Question : Pratiquez vous au moins une fois par semaine une religion ?
15
homme que pour une femme ? montre bien à près de 30%, et davantage que les autres pays, cet
attachement à des valeurs traditionnelles à la fois culturelles et religieuses.
Graphique 2 : Pourcentage d’étudiants estimant que l’université s’adresse en priorité aux hommes (Enquête 2010)
Question : Pensez-vous qu’une éducation universitaire est plus importante pour un homme que pour une femme ?
Sur le plan ethnique, la principale ethnie représentée dans nos enquêtes est les Haoussas 52.2%
suivis par les Zarmas-Songhays 25,9%, les Peuls 6,6% et les Touaregs 4%. La proportion des
ethnies haoussas et zarmas-songhays reproduit assez fidèlement celle observée dans les
statistiques de la population d'ensemble du Niger. En revanche, les Peuls 10% et les Touaregs
11% sont moins présents dans nos enquêtes. Ceci s'explique par le fait que les nomades sont
plus marginalisés dans les milieux universitaires.
Graphique 3 : Appartenances ethniques des étudiants (Enquête 2010)
52.2
60
50
40 25.9
30
20 6.6
4
10
0
Concernant l'âge moyen des étudiants au Niger, on arrive à près de 26 ans, ce qui représente
environ 2 ans de plus que les étudiants du Sénégal et de la Côte d'Ivoire. Cette différence
s’explique surtout par la présence à Niamey des étudiants du « spécial A », un concours
permettant aux enseignants du primaire ayant une certaine expérience de poursuivre des études
supérieures en s’inscrivant à l’université.
Le nombre moyen d’enfants (0.5) est bien sûr faible pour une population d’étudiant, mais il est
le plus élevé des trois pays.
16
Graphique 4 : Pourcentage d’étudiants selon le niveau d’étude (Enquête 2010)
60 50.4
50 43.9
40
30
20
10 5.6
0
Bac Licence Master
Ceci s’explique par le nombre supérieur d’étudiants mariés et ayant charge de famille. Les
niveaux d'étude les plus représentés dans notre population sont les étudiants de premier cycle et
de second cycle universitaire. Selon le rectorat (Enquête 2010), les étudiants de premier cycle
représentent le tiers de l’effectif total des inscrits. Dans nos enquêtes, nous avons un nombre
plus élevé d'étudiants de niveau bachelor.
Graphique 5 : Pourcentage d’étudiants pas faculté
21.3
18.9 22
18
8.2
7.2
Economie Lettres
Médecine
Sciences
et Sciences
exactes et Sciences
pharmacie juridiques
techniques sociales
Le pourcentage d'étudiants interrogé par faculté de notre échantillon est assez bien réparti selon
les facultés. Les facultés des Lettres et Sciences sociales regroupent en 2010 le plus grand
nombre d'étudiants avec 3591 étudiants.
17
Graphique 6 : Pourcentage des enquêtés par rapport à l'effectif total des étudiants en 20103
35 32.62
29.2
30
26.2 26.95
25
20 18.919.55 21.3
15 18.03
10
FLSH/ENS
FS/FA
FSEJ
FSS
Données du décanat de l'UAM 2009/2010 FLSH =Faculté des lettres et sciences humaines, ENS = Ecole normale
supérieure, FS = Faculté des sciences, FA=Faculté d'Agronomie, FSEJ = Faculté des sciences économiques et juridiques,
FSS = Faculté des sciences de la santé. Effectif total = 11252 étudiants.
En résumé, le profil type de l'étudiant dans nos enquêtes est le suivant : sexe masculin 26 ans en
moyenne, célibataire sans enfants, musulman et nigérien, appartenant au groupe des sédentaires
haoussas et zarmas-songhays ayant grandi en ville et essayant d'obtenir une licence ou un
master.
3
Nous avons fait volontairement une distinction entre les étudiants des Lettres et ceux des
Sciences sociales. Nous avons distingué également les étudiants en économie, en droit et en
agronomie. Les étudiants de l'Ecole normale ont été regroupés avec ceux de lettres.
18
1.9. Situation sociale et financière
Les ressources financières à disposition des étudiants sont jugées plutôt insuffisantes. En
connaissant le niveau de pauvreté de la population, ce constat paraît logique. Pourtant, les
étudiants sont souvent encore privilégiés par rapport au reste de la population.
Graphique 7 : Evaluation par les étudiants de leurs ressources financières (Enquête 2010)
50
43.9
45
40
35
30 25.8
25
20 16.7
15 10.9
10
5 2.7
0
Largement Insuffisantes Tout justes Suffisantes Largement
insuffisantes suffisantes suffisantes
Question : Les ressources dont vous disposez pour mener vos études sont elles… ?
Pendant la période du boom de l’uranium des années 1980 qui coïncidait avec la volonté du
Niger de renforcer son appareil étatique, chaque étudiant bénéficiait d’un plan de carrière fort
alléchant et de nombreuses propositions de travail. La confiance dans le système scolaire laïc
de l’Etat était forte. Les lycéens et les étudiants pouvaient bénéficier de bourses. Cette
nouvelle classe d’intellectuels était l’un des moteurs de l’économie urbaine et imposait
facilement ses exigences à la classe politique. L’étudiant incarnait une nouvelle forme
d’ascension sociale : une « bourgeoisie intellectuelle » (Bianchini P. 2004). Aujourd’hui
encore, l'obtention d’une bourse signifie l’accès à une certaine sécurité économique et à un
statut social. Mais le nombre de boursiers de l’UAM ne dépasse guère le quart de l’effectif
total. Le montant de la bourse par étudiant était de 35.000 FCFA le mois. Mais ce montant
actuellement de 27.000 FCFA a été revu à la baisse en 2006. L’obtention d’une bourse permet
de vivre très modestement. D’après nos enquêtes, les dépenses moyennes avoisinent 5000
FCFA par semaine pour le Niger (Enquête 2010). Cette somme est très proche des autres
terrains d’étude et nous donne un aperçu du niveau de vie réel des étudiants. Certains d'entre
eux sont pris en charge par leurs familles et d’autres doivent subvenir seuls à leurs besoins, de
telle sorte que le niveau de dépense des étudiants ne traduit pas d'une manière exacte leur
condition existentielle. Il y a une grande diversité de situations parmi les étudiants, qui dépend
des appuis que ces derniers obtiennent de leurs réseaux familiaux ou communautaires. D'après
nos résultats, les étudiants qui pensent que leurs ressources économiques sont insuffisantes se
sentent en effet moins soutenus par leurs familles. Les dépenses des étudiantes et des étudiants
de plus de 26 ans sont plus élevées, à la hauteur de 1000 FCFA par jour.
19
Graphique 8 : Evolution de la situation économique (Enquête 2010)
37.5
40 32.5
27.8
30
20
10
0
Dégradation Stabilité Amélioration
Question : Ces cinq dernières années votre situation financière générale, s’est dégradée, est restée la même, s’est
améliorée ?
Près de 38% des étudiants nigériens soulignent une amélioration de leurs conditions de vie au
cours des dernières années. Ce pourcentage relativement élevé au moment de notre enquête
traduit assez bien le soutien politique du gouvernement en faveur des activités académiques et
une relative amélioration économique depuis quelques années. Les bourses sont régulièrement
payées, des bus ont été mis à disposition des étudiants. Les difficultés financières des étudiants
interrogés lors de nos entretiens se concentrent cependant sur les frais des déplacements car les
transports par bus restent insuffisants. Ces premières analyses montrent que le manque de
moyens est un facteur qui prédispose au départ à l’étranger.
40 35.4
35
30 21.8
25 20.2
20 12.1
15 10.5
10
5
0
Fonction publique Emploi hors Partir à l'étranger Carrière Nouvelles
fonction publique académique connaissances
Question : Parmi ces raisons, qu’est-ce qui vous motive le plus à avancer dans vos études ?
Les étudiants nigériens, comme nous le verrons dans le parcours historique particulier qui noue
les étudiants avec les milieux politiques, ont toujours conscience d’appartenir à une élite dans la
nation nigérienne et soulignent dans ce choix la haute valeur qu’ils accordent à cette position
20
sociale. Les études universitaires peuvent permettre d'accéder à un statut et à une
reconnaissance sociale dans un pays où le taux brut de scolarisation est bas. Selon l'Institut
national de la statistique, en 2010 le taux brut de scolarisation pour le niveau primaire était de
67,8% ; alors qu'il n'était que de 16,6% pour le niveau secondaire (INS 2010). Le comité de
rédaction des textes fondamentaux, avait, dans la nouvelle constitution donné une place de
choix aux Nigériens scolarisés4. Pour être éligible aux présidentielles, le candidat doit avoir un
niveau de scolarité minimum de licence ou son équivalent. De plus, pour être député national, il
faut avoir au minimum le diplôme de baccalauréat de l’enseignement secondaire ou son
équivalent5. Ces résultats concernant les différentes motivations est nuancé selon le degré
d’avancement, les étudiants de second cycle s’orientent davantage vers des professions en
dehors de la fonction publique. Selon les facultés les motivations sont sensiblement différentes.
Les étudiants en économie souhaitent plus que ceux des autres facultés trouver des emplois hors
de la fonction publique (36.7%). Les étudiants en Lettres sont motivés dans leurs études par le
fait qu'ils acquièrent de nouvelles connaissances et peu d'entre eux souhaitent trouver des
débouchés dans la fonction publique (15.2%), alors que celle-ci est pourtant un employeur
important. Ce faible score s'explique d'une part par le fait que la fonction publique est associée
au service civique6 et d'autre part par le fait que certaines disciplines avec de forts effectifs
comme la géographie offrent d'autres débouchés jugés meilleurs par les étudiants.
4
L’article 45 de l’avant projet de la constitution stipule « est éligible à la présidence de la
République toute Nigérienne ou tout Nigérien de nationalité d’origine, âgé (e) de quarante (40)
ans au moins et de soixante dix (70) ans au plus à la date du dépôt de sa candidature, jouissant
de ses droits civils et politiques et justifiant d’un niveau d’instruction au moins égal au
baccalauréat et de l’enseignement secondaire plus trois (3) ans ».
De plus, il est consacré à l’article 81 du même texte « Est éligible à l’Assemblée Nationale
toute Nigérienne ou tout Nigérien de nationalité d’origine, âgé de vingt huit (28) ans au moins
et soixante dix (70) ans au plus, jouissant de ses droits civiques et titulaire du diplôme de
Baccalauréat de l’enseignement secondaire ou son équivalent au moins.
5
Pour finir, ces propositions contenues dans l’avant projet des textes fondamentaux ont été
revues par le Conseil consultatif national (CCN) et réadapté par le Conseil suprême pour la
restauration de la démocratie (CSRD). Ainsi, dans les articles sus mentionnés, la nouvelle
formule est : avoir au moins un niveau brevet pour être candidat à la députation, et au moins le
baccalauréat pour être candidat à la présidence de la république.
6
Au Niger, les nouveaux diplômés sont soumis à une forme de bénévolat consistant à travailler
dans un service public pendant deux ans. Ces derniers reçoivent cinquante mille (50.000 FCFA)
francs de rémunération mensuelle.
21
Graphique 10 : Les motivations d’étude selon les facultés (Enquête 2010)
45
40 Fonction publique
35
30
Emploi hors fonction
25
publique
20
15 Partir à l'étranger
10
5 Carrière académique
0
Nouvelles connaissances
Les étudiants en médecine sont aussi fortement motivés par les connaissances acquises au cours
de leurs études et également pour obtenir des emplois dans la fonction publique (20.5%). Ce
dernier score est sensiblement plus important que chez les étudiants en Lettres. Les sciences
juridiques nous offrent un profil d'étudiants qui aspirent le plus à des emplois dans la fonction
publique avec 31.3% et ont un des scores les plus élevés, avec la médecine, d'étudiants désireux
de poursuivre une carrière académique. Toutes les facultés confondues montrent qu'un
pourcentage faible d'étudiants (12%) a comme motivation d'étude la perspective de migrer à
l'étranger.
D'autre part, plus les ressources sont insuffisantes, plus le choix s’oriente vers la fonction
publique et inversement. Ceci peut s’expliquer par le fait que la fonction publique est un
recruteur assez important pour les étudiants qui permet, à défaut d’autres opportunités plus
alléchantes, de gagner modestement sa vie. Les principales attentes pour les étudiants interrogés
s’orientent vers l’obtention d’un travail stable. On peut observer également que les étudiants
qui ont des dépenses plus élevées sont davantage motivés par le départ à l'étranger. Les
étudiants qui s'orientent vers une carrière académique sont aussi ceux qui ont les dépenses les
plus élevées. La carrière académique offre aussi l'occasion de partir à l'étranger. On observe un
lien significatif avec la provenance des étudiants.
Nous pensions que les étudiants venant de villages allaient beaucoup plus s'orienter vers la
fonction publique, mais ils ne souhaitent pas beaucoup plus que les autres suivre cette filière.
Nos entretiens qualitatifs montrent également que beaucoup d'étudiants craignent le chômage,
le recrutement dans le service civique ou les contrats à durée déterminée. Les étudiants qui ne
trouvent pas de travail sont contraints d'exercer pendant deux années un service civique pour le
pays. Une attestation de travail délivrée à l’issu de ce service civique est nécessaire pour la
constitution d’un dossier de concours à la fonction publique. Généralement ils sont contraints
d'enseigner dans des écoles pour des salaires très modestes (50.000 FCFA). A nouveau, la
recherche d’une formation à l’étranger en décrochant une bourse d’étude permet d’augmenter
ses chances professionnelles, d’éviter de rester sans activité et d'échapper au service civique.
22
Graphique 11 : Les motivations des étudiants selon le niveau de dépense (Enquête 2010)
45
38.7 37.9
40
35
29.3 29.8
30
23.6
25 22 21
0
Fonction Emploi hors Partir à Carrière Nouvelles
publique fonction l'étranger académique connaissances
publique
Question : Parmi ces raisons, qu’est ce qui vous motive le plus à avancer dans vos études ?
Pour résumer cette partie, les conditions de vie des étudiants sont modestes leur niveau de
dépense traduit des différences importantes selon les appuis dont ils disposent dans leurs
familles. Les étudiants nigériens pensent que les études sont avant tout un moyen d'acquérir un
capital de connaissances et d'obtenir des emplois dans le pays, bien avant d'être un moyen de
partir à l'étranger. Un autre élément marquant vient du fait que l'un des principaux recruteurs
qui est la fonction publique au Niger ne semble par être très attractif pour les étudiants
susceptibles d'y trouver un emploi.
23
7. Appréciation des conditions d'études et de la situation du
pays
Cette partie présente les principaux résultats concernant la satisfaction des étudiants en ce qui
concerne les conditions d’études et plus généralement, leur appréciation des conditions de vie et
de la situation au Niger. Nos entretiens exploratoires avaient déjà mis en avant quelques
problèmes rencontrés par les étudiants. Dans le questionnaire, nous avons identifié plusieurs
domaines susceptibles de traduire plus précisément la satisfaction des étudiants. Des échelles
d'attitude de 1 (très insatisfaisant) à 5 (très satisfaisant) nous ont permis de mesurer la
satisfaction en regard d'une série de variables comme, par exemple, la qualité de
l'enseignement, les relations entre les étudiants et le corps enseignant, les ressources des
facultés etc. Dans un deuxième temps, nous pourrons ainsi évaluer le lien entre le degré de
satisfaction et le désir de départ des étudiants.
24
Graphique 11 : Appréciation dans différentes domaines liés à l'enseignement (Enquête 2010)
90
80 77
70 66.5
62.1
60
50
Insatisfaisant et +
40 33.8
36.4 35.6
Assez satsfaisant
32 32.4
29.9
30 27.4 Satisfaisant et +
17.9
20 15.6
13.2
10.4 9.8
10
0
Enseignement Relation Discipline Ressources fac Faire un doctorat
enseignants
Les enseignants ne renouvellent pas suffisamment le contenu des cours. Les étudiants décrivent
par la métaphore suivante : « du copier-coller ». « Les enseignants doivent réactualiser leurs
cours. On ne fait que recopier les cours. On nous bourre de citations de Blancs.» (Etudiant en
sociologie, Enquête 2010)7.
Les enseignants ont un niveau d’exigence trop élevé. D’une part, le temps pour finir ses études
est trop long, d’autre part le taux d’échec est trop élevé. Les enseignants sont accusés aussi
parfois de donner des notes d’une manière peu objective, de freiner la progression des jeunes.
C’est pour ces différentes raisons que certains étudiants disent vouloir aller à l’étranger et plus
particulièrement dans les pays de l’Afrique de l’Ouest (Bénin, Togo ; Nigéria) qui délivrent
plus vite et plus facilement les diplômes. « J’ai un exemple concret en 2007, mon petit frère qui
fait agronomie est parti en Guinée, aujourd’hui il est rentré avec son ingéniorat et en venant il
a ramené plus de dix diplômes différents ». Les statistiques de l’Université montrent que seuls
7% des étudiants arrivent à finir leur maîtrise dans les temps. Le taux d’échec est élevé et les
étudiants traduisent bien cette réalité. Au-delà de ces aspects qualitatifs, le rôle de l’enseignant
est très important pour influencer un choix migratoire. Les étudiants vont s’appuyer sur
l’expérience des enseignants et de leurs réseaux à l'étranger pour être guidés à travers certaines
démarches pour l’obtention d’une bourse. Les étudiants sont globalement très satisfaits par le
choix de leur discipline et très insatisfaits par le manque de ressources de la faculté. Beaucoup
d'entre eux se rendent compte du fait que les conditions cadres pour étudier sont désastreuses
par rapport à d'autres universités. Les étudiants soulignent le manque d'encadrement pour
entreprendre un doctorat. Nous développerons ce point par la suite.
7
Tous les extraits d'interviews sont des retranscriptions directes des interviews. Nous n'avons
pas changé l'expression pour être le plus proche du niveau de langage des étudiants.
25
1.11.2. La satisfaction selon les différentes facultés
Concernant la satisfaction de l’enseignement, les avis divergent selon les facultés. Les Sciences
exactes et les Sciences juridiques sont globalement moins satisfaites de la qualité de
l’enseignement, alors que les Sciences sociales, Lettres et Médecine ont des étudiants qui ont
une opinion plus positive de l’enseignement dispensé dans leur faculté.
Graphique 12 : Satisfaction de l'enseignement dans les facultés d'Economie, lettres, Sciences sociales (Enquête 2010)
40 38.7
36.1 37.1
34.4 36.2
35 35
29.5
30
26.7
26.3
25
20 Insatisfaisant
15 Assez satsfaisant
10 Satisfaisant
5
0
Economie
Lettres
Sciences sociales
Question : quelle est votre satisfaction concernant la qualité de l'enseignement dans votre faculté ?
26
Graphique 13 : Satisfaction de l'enseignement dans les facultés de Médecine et Pharmacie, Sciences exactes et
techniques, Sciences juridiques (Enquête 2010)
50
39.9 39.1 42.4
40 36.2
34
29.9 36.4
30
Insatisfaisant
20 21
21.2
Assez satsfaisant
10
Satisfaisant
0
Médecine et
pharmacie Sciences
exactes et Sciences
techniques jurdiques
Question : quelle est votre satisfaction concernant la qualité de l'enseignement dans votre faculté ?
Comme le souligne cette étudiante de médecine : « au Maghreb (Algérie, Maroc), les diplômes
sont plus faciles alors qu’ici c’est dur pour obtenir un diplôme mais en revanche, il est plus
apprécié compte tenu de la rigueur et techniquement plus efficace (Enquête 2010) ».
Concernant l’intérêt de la discipline suivie, les étudiants sont satisfaits de leur choix et plus
particulièrement ceux de médecine, d’économie et de sciences sociales. A l’exception de la
médecine, les étudiants du Niger souffrent d’un manque notoire d’infrastructures. Les cours
sont surchargés malgré l’élargissement de la plage horaire. Le manque d’accès à des ressources
de documentation sous forme de livres ou de revues spécialisées pose un sérieux problème pour
la formation académique. L’accès limité à internet est particulièrement emblématique de la
marginalisation de l’Afrique dans les réseaux de communication mondiaux. Les ordinateurs
sont obsolètes ou inexistants, les connexions extrêmement lentes. Ce problème se retrouve
également au niveau des enseignants eux-mêmes, qui n’arrivent pas à fournir des prestations
d’enseignement et de recherches concurrentielles dans le champ universitaire. On retrouve ce
même constat concernant la satisfaction de pouvoir mener des études à un niveau de doctorat
(Enquête 2010). Seules les facultés de médecine, des lettres et des sciences humaines
(département de géographie et d’histoire principalement) fournissent un troisième cycle à leurs
étudiants. Cette carence est bien sûr une des explications du départ à l’étranger. L'UAM se dote
progressivement d'enseignants et de formation en troisième cycle pour que les étudiants
parachèvent leurs cursus universitaires au Niger, mais l'UAM est encore loin d'être autonome et
beaucoup d'étudiants doivent achever leur formation dans d'autres universités essentiellement
en Afrique de l'ouest.
27
des décennies en raison du manque d’encadrement de la part des partenaires français (Enquête
2010). Le manque d'enseignants ayant obtenu le grade de maître de conférence ou de professeur
fait que certaines disciplines ne peuvent pas délivrer des masters ou des doctorats. Pour
beaucoup de chercheurs, le manque de moyens sur place limite les occasions de faire de la
recherche et de publier les articles nécessaires pour progresser dans leur cursus. Les
publications reconnues se font au Nord et, bien souvent, les chercheurs africains ont de la peine
à publier des articles dans les revues francophones qui sont déjà saturées par les chercheurs du
Nord.8
En conclusion de cette partie, plusieurs facteurs qui dépendent des conditions cadres déficientes
offertes par l'UAM prédisposent les étudiants nigériens au départ à l'étranger. Nous avons vu
notamment que l'un des problèmes principaux vient du manque de possibilité d'effectuer un
cursus académique complet au niveau master et surtout doctorat (Enquête 2010). Bien que les
enseignants délivrent des cours satisfaisants, les étudiants souffrent des exigences élevées de
ces derniers. Beaucoup d'étudiants souhaitent partir pour obtenir des diplômes plus accessibles
dans d'autres universités en Afrique de l'ouest ou en Europe. D'autre part, le diplôme à
l'étranger qui est conditionné par l'obtention de bourses d'étude donne des moyens financiers et
un papier qui peut être davantage valorisé.
8
Au delà d’un protectionnisme de la part des chercheurs du Nord, il faut aussi noter que les
publications de certains chercheurs souffrent parfois de carences linguistiques ou
méthodologiques qui peuvent expliquer aussi ces difficultés. Il faut dire, que le niveau de
formation de certains enseignants-chercheurs est moins élevé qu’au Nord en raison des
conditions-cadres généralement défavorables dans ces universités.
28
Le Niger est actuellement dans une période de transition militaire à la suite du coup d’Etat du 18
février 2010. Le chef de l’Etat, qui devait se retirer du pouvoir au terme de son mandat en
décembre dernier, avait fait modifier la Constitution afin de rester au pouvoir. Devant les
réticences de la classe politique, il avait dû dissoudre l’Assemblée nationale et la Cour
constitutionnelle, et faire avaliser son choix par un référendum boycotté par les partis
d’opposition. Son comportement avait été condamné par les organisations panafricaines (Union
africaine, Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) et la « communauté
internationale ». Mais cette instabilité politique n’est malheureusement pas exceptionnelle. En
effet, les années 90 avaient été marquées par une succession d’années blanches et de
mouvements de contestations des étudiants, qui ont considérablement nui à la réputation de
l’université et freiné les étudiants dans leur cursus académique. L’instabilité politique et la
faillite de l’Etat ont eu pour effet d’importants retards dans les salaires des enseignants et le gel
des bourses d’études. Ce contexte particulièrement alarmant avait réduit les activités de
l’université pratiquement à néant. L’ancien gouvernement mis en place sous la présidence de
Tandja, avait permis l'instauration d'une certaine stabilité politique et économique et une plus
large reconnaissance du rôle de l'université dans le pays. Rappelons que les étudiants qui ont
exprimé leur satisfaction à l’égard des milieux politiques ne l’ont peut-être plus fait à l’issue du
renversement de régime. Tous nos résultats quantitatifs concernent l’ancien gouvernement de
Tandja, alors que la deuxième partie qualitative a été menée sous le régime militaire de Salou
Djibo.
65% des étudiants interrogés dans nos enquêtes quantitatives ont une faible confiance dans les
institutions du pays (politique, justice, police) et concernant l'évolution de la situation politique,
ils expriment à 57% une confiance faible à très mauvaise. Ces résultats négatifs s’expliquent
assez bien dans le contexte politique qui était marqué par une crise de confiance dans l’ancien
gouvernement. Les étudiants ont un avis critique à l’égard des institutions nigériennes. Si l’on
prend l’exemple de l’attribution des bourses d’études, ils dénoncent le clientélisme existant
dans ce système.
29
Graphique 14 : Confiance des étudiants dans le futur politique et économique (Enquête 2010)
56.9
60
50
42
40
32.1 30.4
27.5 Confiance dans le futur
30 économique
0
Faible à très Moyenne Bonne à
mauvaise excellente
Question : Comment appréciez-vous la situation au pays d’origine sous les aspects suivants ?
En revanche, plus de 70 % des étudiants ont une confiance moyenne à bonne dans l’évolution
de la situation économique. En effet, depuis la prise du pouvoir par le président Tandja, le pays
était sorti de l’anarchie et les salaires étaient régulièrement versés. Le gouvernement bénéficiait
davantage des bienfaits de son économie de rente. Le prix de l’uranium a été révisé à la hausse,
de nouveaux gisements ont été mis en exploitation et une raffinerie de pétrole est fonctionnelle
depuis octobre 2008 dans la zone de Zinder. La France comme ancienne puissance coloniale a
perdu petit à petit son influence économique et politique avec la concurrence qu’exercent les
USA et l’apparition de nouveaux acteurs comme la Chine. La construction d’un barrage hydro-
électrique, en plus de fournir de l'énergie, est une opportunité de mettre en valeur par
l’irrigation toute cette région située à l’ouest du Niger. Une vision plus positive de la perception
du régime se retrouve dans nos questionnaires et avait été déjà observée au cours de nos
premiers entretiens. Même si l’on sait que, bien souvent, les rentrées économiques demeurent
captées au niveau des élites, des signes de changements étaient visibles au sein de l’UAM. La
classe politique reconnaissait encore davantage la valeur de l’Université et avait dégagé des
fonds substantiels pour la recherche scientifique.
Les étudiants recevaient leurs bourses d’une manière régulière. Cette appréciation plus positive
demeure également dans nos derniers entretiens et ne semble pas avoir beaucoup changé à la
suite du dernier coup d'Etat. Comme le souligne cette étudiante : « ici les enseignants sont
rigoureux, vu la situation des années antérieures, les perturbations, la situation s'améliore, les
parents commencent à comprendre que la formation d'ici est aussi bien. Il y a la stabilité dans
les années académiques. » (Etudiant, enquête 2010). Ceci contraste avec les difficultés
antérieures. Depuis plusieurs années les cours n’accusent plus de retard et les années
académiques sont validées normalement.
30
Graphique 15 : Appréciations que les étudiants nigériens ont de leurs conditions de vie (Enquête 2010)
70 65.3
59.8
60 55.1
50 45.6
40
30
20
10
0
Logement Environnement Droits humains Santé
Question : Comment appréciez-vous la situation au pays d’origine sous les aspects suivants ?
Cette situation démontre que les conditions de vie pour les étudiants qui habitent dans la cité
universitaire sont précaires. Ceci explique également la forte proportion d’étudiants qui
résident dans les quartiers périphériques de l’université, chez des parents ou dans des locations
privées. Les conditions environnementales en ville sont jugées mauvaises à 59,8% (Enquête
2010). La majeure partie de l'université est localisée en rive droite du fleuve Niger. Le trafic
urbain est saturé et pendant la saison sèche beaucoup de poussières envahissent la ville. La
situation des droits humains est jugée mauvaise à 45,6 %. Ceci s'explique en grande partie par
la situation politique qui reste depuis fort longtemps sous contrôle quasi permanent de régimes
autoritaires. Les perspectives de trouver un emploi sont jugées très mauvaises, ceci contraste
avec la vision plus optimiste concernant l'avenir économique du pays.
31
Graphique 16 : Opinions des étudiants concernant les perspectives d’emploi et la confiance accordée dans les
institutions (Enquête 2010)
80
68
70 64.7
60
50
40 Mauvaise
29.9
30 23.8 Moyenne
20 Bonne
8.1
10 5.5
0
Confiance institutions Perspectives emploi
Questions regroupées : Comment appréciez-vous la situation dans votre pays concernant la confiance dans les
institutions ? Comment appréciez-vous la situation dans votre pays concernant les perspectives de trouver un emploi ?
Nos enquêtes ont montré que certains étudiants croient en l'avenir économique du pays et
pensent que si la situation de l'emploi est mauvaise actuellement, elle va évoluer favorablement
à l'avenir grâce à la découverte du pétrole et des nouveaux gisements d'uranium. Les facteurs
qui influencent l’appréciation globale de notre échantillon montrent que les célibataires ont une
moins bonne perspective de l’emploi que les étudiants mariés (Enquête 2010). Ceci s’explique
par le fait que les étudiants mariés et à charge de famille sont déjà insérés professionnellement.
La confiance dans les institutions est plus mauvaise lorsque l’étudiant a peu de réseaux
relationnels, n’a pas de perspective d’emploi, des ressources insuffisantes ou en dégradation.
Plus le niveau d’étude augmente, plus la confiance dans les institutions, l’avenir économique et
politique s’accroissent (Enquête 2010).
En revanche, la confiance dans les institutions et la foi en l’avenir économique sont nettement
moins bonnes pour ceux qui affichent comme priorité, à l’issue de leurs études de partir à
l’étranger (Enquête 2010) ; bien qu’il soit difficile de savoir si ces facteurs sont la cause d’une
plus forte motivation pour le départ. On pourrait aussi suggérer que le regard orienté vers
l’étranger donne une appréciation plus critique des conditions du pays. Les étudiants mariés et
ceux qui veulent partir à l’étranger ont une vision plus péjorative de la qualité de vie en ville.
On peut déduire que les étudiants vivant en famille sont plus confrontés aux difficultés
inhérentes à la vie de famille dans un environnement urbain possédant peu de services à la
personne. Les jeunes étudiants sont davantage inquiets face aux conditions environnementales,
à l’avenir économique et plus critiques face au non respect des droits humains au Niger
(Enquête 2010). Les aînés (étudiants de plus de 23 ans) trouvent que la situation des femmes au
Niger est bien meilleure que ne le pensent les étudiants plus jeunes et que les systèmes de santé
sont moins bons. Ceux qui veulent partir davantage que les autres d’après nos statistiques
trouvent que la situation des femmes est mauvaise, que les conditions de logement sont moins
bonnes, que la santé et les relations familiales sont plus difficiles (Enquête 2010). A nouveau,
on peut observer que ce groupe d’étudiants investis dans un projet de départ a une vision plus
critique à l’égard de son pays. Nos variables montrent quelques particularités ethniques mais
ces dernières restent de faible ampleur. Les étudiants issus des ethnies nomades (Peuls et
Touaregs) ont un jugement plus négatif à l’égard des conditions environnementales du pays. On
peut penser que par leur origine, ils sont plus sensibles à la dégradation des terres et au
32
processus de désertification. Pour les Touaregs, les perspectives d’emploi sont jugées moins
bonnes, ce qui fait écho à une certaine ségrégation à l’œuvre à l’égard de cette ethnie. Les
étudiants touaregs jugent également la qualité de vie en ville moins bonne. En relation avec la
question du genre, les Peuls estiment que la situation des femmes au Niger est meilleure que les
autres ethnies (Enquête 2010).
Le niveau de ressources économiques influence nettement l’appréciation de la situation du
pays. Si l’étudiant a des ressources économiques suffisantes, ses perspectives d’emploi sont
meilleures et son avis sur le logement également plus positif. A contrario, les ressources
économiques modestes et les dépenses faibles nous dévoilent un profil d’étudiants plus
critiques à l’égard du respect des droits humains, de la situation des femmes et des systèmes de
santé, de la qualité de vie en ville (Enquête 2010). Dans le même ordre d’idée, la dégradation
de la situation financière pousse l’étudiant à avoir un avis plus négatif sur les institutions,
l’avenir politique et économique ainsi que la qualité de vie en ville, le logement, les femmes et
les systèmes de santé. On peut en déduire que le jugement porté par les étudiants sur le pays
dans lequel ils étudient dépend étroitement de leur situation personnelle. Plus l’étudiant
appartient à une catégorie socioéconomique élevée, plus il apprécie les conditions offertes par
le pays.
En conclusion de ce chapitre, certaines difficultés seraient susceptibles de prédisposer les
étudiants nigériens à partir à l'étranger. Outre des conditions existentielles précaires, nous avons
relevé le manque de soutien pour le suivi de leur formation et la carence de certaines disciplines
en formation post grade. Les étudiants pourraient être poussés vers des universités étrangères
mieux équipées. La situation politique instable, la faible confiance dans les institutions du Niger
et les faibles perspectives d'emploi sont autant de facteurs qui restent à approfondir car ils
peuvent motiver les étudiants à aller dans des pays plus stables. En revanche, la confiance dans
l'avenir économique et les débouchés professionnels plus prometteurs dans certaines
disciplines semblent nuancer ces tendances. Dans notre prochain chapitre, nous allons essayer
de cerner plus finement les intentions migratoires des étudiants.
33
9. Attitudes et intentions par rapport à la migration
Dans ce chapitre nous tentons de cerner le plus finement possible les raisons qui poussent les
étudiants à partir ou à rester. Nous verrons que les étudiants nigériens sont d’une manière
générale peu disposés à partir à l’étranger. Nous allons voir que les départs envisagés le sont
principalement en complément de leur formation universitaire. Différentes nuances liées aux
disciplines choisies, aux groupes culturels et à l’environnement familial, expliquent les raisons
pour lesquelles les étudiants souhaitent à la fois rester ou partir à l’extérieur du pays. Elles vont
être présentées dans ce chapitre pour aboutir à l’analyse des rares démarches concrètes que les
étudiants entreprennent pour séjourner à l’étranger. Cette partie sera aussi l’occasion de
développer plus particulièrement le rôle et les stratégies des familles qui sont souvent
essentielles pour comprendre la mobilité des étudiants et en particulier des étudiantes nigériens.
Les choix migratoires se dessinent dans l’espace familial et dépassent largement les seules
déterminations individuelles de nos étudiants.
34
Graphique 17 : Pourcentage d’étudiants ayant séjourné plus d’1 mois à l’étranger (Enquête 2010)
38.7
40
35
30
25
Séjour en Afrique
20
Séjour hors de l'Afrique
15 10
10
5 1.2 1
0
Niger Côte d'ivoire
38.7% de nos étudiants ont déjà séjourné plus d’un mois dans un pays africain. La mobilité des
étudiants nigériens est donc plus forte et s'oriente vers les pays de l’Afrique de l’Ouest, où des
réseaux se sont tissés depuis des générations. Certaines familles peuvent organiser le départ des
étudiants qui sont pris en charge par leurs proches résidant à l'étranger. Historiquement, il y a
peu de réseaux nigériens en France (pays colonisateur). Comme nous l'avions déjà mentionné,
au Niger, les migrants sont davantage tournés vers les destinations africaines. La diaspora
nigérienne n'est pas très importante en comparaison d'autres pays de l'Afrique de l'Ouest. Bien
que les chiffres ne soient pas très fiables, l'OIM (2009) estime l'effectif des expatriés à 500'000.
Les immigrants internationaux représentent donc moins de 2% de la population totale. Le
manque de moyens, les carences en troisième cycle expliquent cette tendance qui consiste à
finaliser la formation universitaire dans les pays de la sous région. La présence de diasporas
dans les pays africains explique que les étudiants nigériens orientent leurs choix migratoires en
priorité vers les destinations africaines.
Un autre point qui est lié également à l'enclavement du pays et à l'attachement que portent les
Nigériens à leurs pays fait que le départ à l'étranger est peu souhaité.
35
Graphique 18 : Souhait d’émigration, Côte d’Ivoire, Niger, Sénégal (Enquête 2010)
50 47
45.3
45
40 36.4 35.8
35 32.2
28.5 27.8
30 26.1
25 20.9
20
15
10
5
0
Côte d'Ivoire Niger Sénégal
Question : Si vous en aviez la possibilité souhaiteriez-vous résider dans un avenir plus ou moins proche à l'étranger ?
Nos entretiens qualitatifs montrent que les étudiants nigériens demeurent très attachés à leur
pays et à leur famille. Le souhait d’émigration recueilli dans nos enquêtes détient le score le
plus faible dans nos échantillons, avec 45,3% de Nigériens qui déclarent ne pas vouloir résider
à l’étranger (Enquête 2010). Ce résultat contraste avec les autres pays étudiés, notamment la
Côte d'Ivoire, où beaucoup plus d'étudiants aspirent à migrer à l'étranger.
Nos enquêtes montrent que les étudiants nigériens ne sont pas prêts à partir définitivement:
seuls 4% des étudiants déclarent vouloir émigrer définitivement contre 10,6% pour la Côte
d’Ivoire. « Si tout va bien ici, on peut rester. Il y a aussi l’amour du pays, la famille aussi. Si
on sait que ça peut marcher on reste. » (Etudiante, enquête 2010). Nous verrons que l’attitude
des familles est plus réservée pour favoriser le départ de leurs descendants, seul un petit tiers
des familles soutient ce type de projet. Le but du départ à l’étranger se concentre d’une manière
prioritaire sur les études, à 50,7% comme d’ailleurs dans les autres pays. Nos enquêtes
montrent que peu d’étudiants de notre échantillon au Niger ont faits des démarches concrètes
pour le départ ; alors qu’en Côte d’Ivoire et au Sénégal environ 20% d’étudiants en ont fait.
Nous reviendrons sur ce point également par la suite.
36
Graphique 19 : Pourcentage par faculté d'étudiants ne souhaitant pas émigrer (Enquête 2010)
49 48.4
48
47 46.6
46
46
44.7
45 44.2
44
43
43
42
41
40
Economie Lettres Médecine et Sciences Sciences Sciences
Pharmacie exactes et juridiques sociales
techniques
37
Graphique 20 : Souhait d’émigration et niveau d’étude (Enquête 2010)
Question : Si vous en aviez la possibilité, souhaiteriez-vous résider dans un avenir plus ou moins proche à l’étranger ?
Les étudiants qui ont pu choisir librement leur discipline d'étude veulent moins partir à
l’étranger. Ce que l'on peut logiquement attribuer à une moins grande frustration. Il existe
cependant dans notre échantillon des étudiants qui affichent comme finalité de leurs études la
possibilité de partir à l’étranger. Ceux-ci expriment bien évidemment une forte motivation pour
émigrer. Bien que les données statistiques ne soient pas très fiables, l'OIM (2009) affirme que
beaucoup d’étudiants nigériens boursiers de l'Etat à l'extérieur poursuivent leurs études en
Afrique, principalement à l'ouest de ce continent. Nous reviendrons sur ce point par la suite.
Selon la même source, les effectifs d'étudiants expatriés, avec les boursiers des différentes
coopérations, pourraient avoisiner en moyenne 2500 étudiants chaque année. Ce chiffre tend à
diminuer ces dernières années car les différentes facultés se dotent de moyens pour faire passer
des masters et des doctorats. La volonté politique est de limiter le nombre de boursiers à
l'étranger et de rendre les disciplines autonomes au sein du système LMD.
38
Graphique 21 : Souhait d’émigration et pratique religieuse (Enquête 2010)
Sur le plan ethnique, on constate que les Peuls souhaitent moins que les autres groupes partir à
l’étranger (Enquête 2010). Cette caractéristique pourrait s’expliquer par le fait que les Peuls
sont une ethnie à l’origine implantée dans des zones pastorales et pour qui le fait d'aller dans la
capitale représente déjà un important changement. Dans la même logique, la provenance des
étudiants a une influence sur la volonté d’émigrer puisque les étudiants venant de villages
manifestent un souhait de migrer à l'étranger moins marqué. Les étudiants provenant des
centres urbains aspirent plus fréquemment à partir vers d'autres grandes villes de l'Afrique de
l'Ouest ou en Europe.
La différence qui s'observe sur le plan religieux entre les Chrétiens, plus enclins à partir, et les
Musulmans reste peu significative en raison du pourcentage faible des premiers dans notre
échantillon (2,7%). Cette particularité montre cependant que la culture religieuse peut
influencer les choix migratoires. Le choix de pays de même confession est un facteur qui
facilite l'intégration. Les différentes conditions économiques jouent également un rôle. Les
étudiants qui déclarent à la fois avoir des ressources économiques insuffisantes et des
ressources plus que suffisantes affichent davantage leur volonté d’émigrer. Les premiers ont
pour motivation première de parvenir à accumuler des ressources dans le pays destinataire et le
second à renforcer plutôt leur capital de connaissance dans ces pays.
39
Graphique 22 : Motifs d’un potentiel départ à l’étranger (Enquête 2010)
60
50.2
50
40
28.3
30
20
12.8
10 5.4
2.2
0
Pas de projet Etudes Travail Famille Expérience
Question : Pour quel but principal avez-vous le projet de partir ? (Items : Je n’ai pas le projet de partir, pour mes
études, pour travailler, pour rejoindre des membres de ma famille, pour acquérir une nouvelle expérience de vie.)
Lors des entretiens qualitatifs, nous avons demandé aux étudiants leur opinion concernant les
raisons évoquées par ceux qui désirent partir à l'étranger. Ces derniers pensent en priorité que
ceux qui partent le font pour acquérir des expériences enrichissantes et pour que leurs
compétences acquises soient mieux reconnues à leur retour. Ils pensent, en outre, que les
motifs sont liés à l’amélioration de la situation économique et au fait d'obtenir de meilleurs
diplômes. Peu sont attirés par l’espoir de trouver des conditions de vie meilleures à l'étranger.
Le départ à l'étranger est à nouveau perçu comme un moyen d'améliorer sa situation au pays,
mais pas orienté vers les facilités qu'offrent les pays étrangers. Selon les données de l’enquête,
les études à l'étranger dans des pays du Nord sont privilégiées. Le diplôme obtenu en Europe est
plus compétitif pour l’obtention d’un poste. Il jouit toujours d’une meilleure cote9. « On pense
qu’en étudiant ailleurs on a un diplôme qui permet d’avoir vite du travail ». (Etudiant en
médecine, Enquête 2010). La formation au Nord garantit selon elle aux yeux des étudiants et
des futurs employeurs le sérieux et la qualité du diplôme. Cette dernière remarque pose
indirectement la question de la corruption. La corruption apparaît en effet comme l’un des
facteurs pouvant dévaloriser les diplômes locaux et ainsi motiver au départ. Elle nuit très
largement à l’image de marque des universités africaines, et pousse les étudiants à légitimer
leur cursus académique par la caution d’une reconnaissance du Nord.
9
Il est admis que certains diplômes acquis au Maghreb ne récompensent pas toujours le talent,
mais nourrissent la corruption des institutions publiques ou privées.
40
Graphique 23 : Opinion au sujet des raisons de départ des étudiants (Enquête 2010)
68.1
70 56
60 52.1 52.4
50 42.1
37.7
40
30
20
10
0
Question : Voici une série de raisons souvent invoquées par des étudiants pour partir à l’étranger. Etes-vous d’accord
avec les propositions suivantes ? (Items : hors du pays on peut obtenir de meilleurs diplômes, hors du pays on peut
améliorer sa situation économique, hors du pays les conditions de vie sont plus favorables, ceux qui ont séjourné hors du
pays sont mieux considérés, hors du pays on peut acquérir une expérience de vie enrichissante, hors du pays les
compétences sont mieux reconnues.)
Nous pouvons nous référer aux travaux sur la corruption de G. Blundo et J.-P. Olivier de
Sardan (2007)10. L'acquisition d'un diplôme en Europe peut être un moyen de s’évader des
pratiques corruptives et de leur fonctionnement routinier. Au sein de l’Université Abdou
Moumouni de Niamey, les universitaires qui ont acquis un diplôme au Nord forment une
catégorie particulière qui affiche son désir de sortir des logiques patrimoniales. Le diplôme à
l’étranger est également perçu comme un moyen de se prémunir du chômage à la sortie des
études. Les étudiants se rendent compte que beaucoup de jeunes universitaires sont sur le
marché de l’emploi et que le « papier » obtenu à l’extérieur peut faire la différence. Une des
enquêtées affirme à cet effet : « ailleurs les autres obtiennent vite leur diplôme alors qu'ici, il
faut plusieurs années. Le diplôme d'ailleurs (Europe) est mieux reconnu que celui d'ici. Celui
qui a le diplôme de l'étranger a plus de chance de trouver du travail. » (Etudiante en
agronomie, enquête 2010). Le chômage est une autre explication. Plutôt que de ne rien faire, il
vaut mieux partir à l'étranger. Le diplôme à l'étranger peut être l'occasion de se construire un
avenir meilleur, de se marier et d'avoir de l'argent. Comme le souligne cette étudiante dont le
frère est parti à l'étranger : « mon frère qui est en Angleterre a commencé à nous aider, il a
envoyé 14 millions pour que ma mère lui construise une maison. » (Etudiante, enquête 2010).
Comme nous le verrons par la suite, la situation économique de la famille est aussi un facteur
important dans le choix de l’étudiant nigérien de partir. Plusieurs parents aident leurs enfants à
trouver un établissement à l’extérieur pour qu’ils poursuivent leurs études. La situation
matrimoniale du candidat au départ est aussi déterminante dans le choix de départ et même dans
le choix du pays destination. En effet, les résultats de l’enquête ont montré qu’au Niger, les
étudiants célibataires sont plus disposés à l’émigration et surtout à vouloir partir dans les pays
10
Bien que ces derniers n’aient pas travaillé directement avec les milieux universitaires, leurs
méthodes et conclusions paraissent utiles pour nourrir notre analyse. G. Blundo et J.-P. Olivier
de Sardan (2007) Etat et corruption en Afrique. Une anthropologie comparative des relations
entre fonctionnaires et usagers (Bénin, Niger, Sénégal) Ed. APAD-Karthala.
41
occidentaux et en Amérique du Nord. Les étudiants mariés sont plutôt disposés à aller dans les
pays de la sous-région qui sont plus proches de chez eux et dans lesquels le réseau social est
plus présent. Si la motivation est l’amélioration de la situation économique et l'espoir de trouver
des conditions de vie plus favorables, nous retrouvons plutôt des célibataires sans enfants. Il y a
une relation intéressante entre ce choix et la situation de ceux qui ont des ressources
insuffisantes et une dégradation affichée de leur situation économique (Enquête 2010). La
péjoration de la situation économique donne plus de motivation au départ. Un des items
proposait "qu'à l'étranger l'on est mieux considéré". Il est à nouveau intéressant de voir que les
musulmans de notre échantillon sont moins favorables à cette proposition. Par contre ceux qui
ont comme motivation pour leurs études de partir à l'étranger ont une évaluation plus positive
en estimant qu'à l'étranger l'on est davantage considéré. Le dernier item demandait si le départ à
l'étranger était l'occasion de vivre des expériences enrichissantes. Ceux qui ont des réseaux ou
qui ont un niveau bac ou maîtrise et ceux qui sont encouragés par leurs familles sont plus
favorables à cette proposition.
97.5 98.8
100 91.1 89.2
90
80
70
60
50
40
30 Oui
20 8.9 10.8
2.5 1.2
10 Non
0
Les étudiants qui ont un projet de départ précis, et ceux qui ont fait des démarches concrètes
pour un projet d’émigration sont plutôt des célibataires sans enfants. Ces personnes ont plus
souvent des réseaux à l’étranger (Enquête 2010). On en retrouve davantage parmi le groupe
d'étudiants qui n’ont pas choisi leur discipline. Si la motivation initiale de ces étudiants était de
faire des études à l’étranger ceci se confirme très nettement par le fait qu’ils ont fait plus de
démarches que les autres. Il s’agit plutôt d’étudiants un peu plus âgés (>23 ans) ayant le niveau
maîtrise et vivant davantage dans une grande ville. L’attitude des familles joue un rôle
prépondérant lorsqu’elles encouragent leurs membres à partir comme en témoigne cet étudiant :
« pour moi le réseau joue peu sur la motivation, car on ne part pas pour compter sur
42
quelqu'un, c'est juste un plus. La famille influence et il faut distinguer deux types. Celles qui ont
les moyens et encouragent leurs enfants à aller étudier ailleurs afin de réussir vite, d'avoir une
formation solide, c'est surtout les hauts cadres et quelques commerçants qui ont commencé à
comprendre l'importance des études pour les épauler dans la gestion de leur entreprise ; le
deuxième type celles qui n'ont pas les moyens et d'affection, l'ignorance du bien fondé des
études approfondies. » (Etudiant, enquête 2010).
Graphique 25 : Attitude de la famille en relation avec des demandes d’inscriptions d’étudiants (Enquête 2010)
Comme nous l'avons souligné plus haut, très peu d’étudiants ont effectué des démarches
concrètes. Nous voyons que les encouragements de la famille poussent les étudiants à
entreprendre davantage de démarches pour des destinations européennes ou africaines. Les
étudiants de niveau maîtrise font davantage de démarches, ce fait infirme nos remarques
antérieures consistant à dire que les étudiants avancés ont tendance à choisir de rester dans le
pays. A savoir le manque de formations post grades et la volonté de se former davantage pour
trouver un emploi. Ceux qui s'inscrivent dans des universités étrangères ont le soutien de leur
famille à travers des réseaux et ont des moyens financiers plus importants que les autres
(Enquête 2010). Comme en témoigne cette étudiante soutenue par sa famille : « J'ai le choix
entre la France et l'Angleterre ou se trouve mon frère. Ma mère a toujours souhaité que nous
ayons une opportunité pour aller vivre en Europe. Je suis la seule qui reste et elle veut que j'y
aille.» (Etudiante, enquête 2010). Ceux qui ont véritablement effectué des démarches se
rendent compte de la nécessité d'avoir des moyens financiers pour partir étudier à l'étranger.
Comme le déclare cet étudiant : « j'ai vite compris que les longues études sont faites pour les
enfants des familles riches. » (Etudiant, Enquête 2010). On retrouve nettement moins ces soucis
financiers dans notre échantillon pour les étudiants qui déclarent avoir des dépenses élevées.
Beaucoup d'étudiants souhaitent partir, mais un nombre relativement faible d’étudiants a fait
des démarches concrètes étant donné les difficultés et les frais encourus pour un tel projet.
Comme le dit cet étudiant : « les études ici c'est dur, à plus forte raison à l'étranger. Sur place,
nous avons des parents qui peuvent nous aider à gérer la situation. » (Etudiant, enquête 2010).
On voit bien que les étudiants qui ont fait des démarches se rendent plus compte des difficultés.
Ceux qui ont pour motivation de partir à l'étranger se sentent davantage retenus en raison de la
complexité inhérente à de tels projets.
43
1.19. Le genre et les attitudes des familles face à la migration
Le souhait d’émigration au Niger est peu influencé par le sexe. Même si l’attitude de la famille
et de la société comme nous l’avions évoqué tend à freiner les cursus académiques élevés pour
les femmes, il n’en demeure pas moins que les étudiantes affichent une volonté de poursuivre
leurs études. Les étudiants mariés expriment très légèrement plus de retenue face à leur souhait
de migrer. L’étudiant marié peut envisager de partir à l’étranger s’il obtient une bourse sans que
cette situation soit difficile à assumer pour son ménage. En effet, il y a au Niger une culture de
l’exode qui rend licite le départ de l’homme pendant la saison sèche (où l’on ne pratique pas
l’agriculture : environ 8 mois de l’année). Les familles et surtout les femmes sont habituées à ce
genre de situation et s’organisent en conséquence.
La famille nigérienne a une vision traditionnelle du rôle de la femme dans la société africaine et
musulmane. La place de la femme demeure au foyer et les carrières universitaires (et non
universitaires) restent l’affaire des hommes. Certains parents ne veulent pas que leurs filles
partent étudier en Europe car ils ont peur des moeurs occidentales. Ils craignent que leurs filles
rentrent corrompues et ne trouvent pas de mari à leur retour La famille qui laisse partir sa fille
en Europe n'a pas toujours une bonne image aux yeux de la communauté. Ce point de vue n’est
pas partagé par certaines élites qui prennent de la distance face à ces conceptions
traditionnelles.
Graphique 26 : Les freins au départ de la famille selon le sexe (Enquête 2010)
Selon nos étudiants interrogés lors de la phase qualitative, les femmes qui sont parties à
l'étranger et qui ont fait de longues études (doctorat par exemple) auraient de la peine à trouver
un mari au retour. La femme doit obéir à son mari et aurait peur qu'elle ne soit pas
« maîtrisée » (Enquête 2010). Les études donnent un sens critique qui est jugé préjudiciable
dans la relation de couple, où la femme doit rester soumise à l’autorité de son mari. Certaines
étudiantes sont célibataires et poursuivent leurs études parce qu'elles n'ont pas trouvé de mari.
« La femme qui a réussi est celle qui a un bon mari et non pas un bon diplôme ». (Etudiante,
enquête, 2010). Même si ces considérations se retrouvent assez largement dans nos enquêtes, la
plupart des étudiantes interrogées aspirent cependant comme dans les autres pays à poursuivre
leur formation à l’étranger. D’après nos statistiques, peu d’étudiantes vont abandonner leur
projet de départ si leur famille s’y oppose (2 à 3%). Seulement 5,6% de femmes contre 3,5%
44
d’hommes craignent de ne pas trouver de conjoints à leur retour. Il y a cependant dans leur
discours ce décalage entre leur aspiration à étudier et le rôle social de femme qu’elles doivent
jouer pour satisfaire leur famille. Comme le souligne une de nos enquêtée : « Je pense que c’est
une bonne chose pour une fille d’avoir un grand diplôme. Nos camarades sont tous dans le
système de contrat, alors qu’avec les longues études on a une grande ouverture d’esprit et plus
de chance d’avoir un bon travail pour aider sa famille. En revanche, les longues études limitent
les chances de mariage, l’on devient vieille et peu enviée pour les hommes. A trente ans, la fille
est considérée comme vieille et les hommes préfèrent les jeunes filles.» (Enquête, étudiante
2010). C'est l'inverse pour les hommes célibataires qui sont encouragés par leur culture à partir
à l'étranger. Ils donnent une image positive de la famille et trouvent plus facilement une épouse
car ils ont capitalisé des expériences et démontrent qu’ils sont capables de s’adapter à des
contextes culturels étrangers.
Les étudiantes qui quittent le giron familial sont rares et issues de milieux socioéconomiques
élevés qui encouragent davantage leurs filles à entreprendre des études. « Mes parents ont les
moyens, mon père a fait plusieurs projets du Niger. Et si j’ai ma maîtrise en économie, je vais
aller continuer en Europe (France, Belgique ou autre pays). Mon père avait toujours des amis
blancs qui passaient chez nous avec beaucoup de cadeaux. » (Enquête, étudiante 2010). La
position sociale des parents fait qu’ils prennent de la distance face aux considérations
culturelles dominantes. Pour ces derniers, la place de la femme instruite dans la société est
légitime. Il s’agit souvent de fonctionnaires qui eux-mêmes ont des contacts avec l’étranger.
Cette tolérance s’est développée grâce aux contacts multiculturels des parents oeuvrant dans
des professions à responsabilité. D’autre part, la présence de réseaux familiaux à l’étranger et
les contacts fréquents entretenus avec des proches immergés dans des cultures plus
progressistes à l’égard des femmes font que ces familles s’évadent des codes culturels
dominants. Si l’opportunité se présente les proches de la famille encouragent vivement leurs
sœurs ou cousines à partir pour finir leur formation à l’étranger. « L’autre frère qui est en
Angleterre aide beaucoup la famille (---). Depuis que notre sœur a épousé un Blanc, nous
avons tous l’intention d’y aller. D’ailleurs si je fais ma maîtrise, c’est promis que je vais aller,
j’ai le choix entre la France et l’Angleterre ou se trouve mon frère. » (Enquête, étudiante
2010).
On constate donc que les pressions culturelles tendent à freiner tout particulièrement les
mobilités féminines au Niger. Certaines familles baignées par d’autres contextes culturels
adoptent des logiques plus occidentales et laissent leurs filles partir à l’étranger, mais pour la
plupart des étudiantes la progression dans leur cursus académique est culturellement peu
encouragée. Cette question du genre nous renvoie finalement à l’importance prépondérante de
la famille dans les choix migratoires.
45
te marieras mais beaucoup de parents pensent que la fille va faire sa vie ailleurs et même si le
fiancé est d'accord, c'est la famille qui refuse en disant est ce que tu sais ce qu'elle fait là-bas
? » (Etudiante, enquête 2010).Cependant nos enquêtes montrent que seule une minorité des
familles (4%) découragent explicitement la migration tandis qu'une majorité reste neutre ou est
partagée. Comme nous l’avons évoqué dans la question du genre et dans l'exemple suivant, une
proportion légèrement supérieure d’étudiantes sont découragées d'émigrer par leur famille.
Quelques rares familles misent quand à elles tout sur le départ à l'étranger. Elles vendent leurs
villas et paient des visas pour l'étranger. Les exemples d'étudiants qui sont revenus avec
beaucoup de moyens et qui ont pu aider leur famille circulent vite et peuvent entraîner des
stratégies d'imitation et inciter d'autres familles ou d'autres membres de la famille à faire de
même. La famille peut offrir un soutien moral et financier pour le départ à l'étranger. Que les
membres soient à l'étranger ou au Niger, ce sont eux qui peuvent rendre le projet de départ
possible. Les parents en Europe ont davantage de moyens financiers et peuvent préparer le
départ pour leurs parents « J'ai des parents en France, ils m'ont proposé de partir en France
après ma licence. Ils vont me dire comment procéder pour partir. » (Etudiante, enquête 2010).
Un cousin en Europe, par exemple, peut grandement faciliter les démarches pour l'inscription
dans une université.
En milieu rural, les difficultés chroniques et les incertitudes relatives aux récoltes amènent les
parents à miser sur les études pour que leurs enfants deviennent fonctionnaires ou
commerçants, optant ainsi pour une stratégie de diversification des sources de revenu. Les
études peuvent être à l’origine d’une ascension sociale ce qui pousse les parents et la
communauté à exercer une véritable pression. Comme le souligne cet étudiant : « ma famille
n’est pas contre mes études universitaires, ma famille veut que je sois quelqu’un. La famille
compte sur moi, aujourd’hui l’agriculture ne suffit plus à prendre en charge les familles.
(Etudiant, enquête 2010). Des fils de pauvres agriculteurs sont devenus des fonctionnaires
reconnus qui ont aidé leur famille et leur communauté en se réalisant dans l’enseignement
supérieure.
Mais ce modèle de réussite sociale n’est malheureusement pas aussi automatique. Certains
étudiants ont fréquenté l’université pendant dix ans sans obtenir de diplômes et n'osent pas
retourner chez eux. L'échec peut les écarter de leur communauté d’origine. Même s’il ne s’agit
pas d’une migration internationale proprement dite, les étudiants provenant de différents
villages vivent un véritable exode en allant dans la capitale poursuivre leurs études (Enquête
2010). Ils doivent revenir avec une situation pour aider leur communauté et n’ont pas droit à
l’échec. Comme le souligne cet étudiant en Lettres : « la majorité des étudiants dans leur bas
âge sont responsables de la famille, même n’étant pas mariés car la famille réclame d’eux
quelque chose. Ce qui explique le départ dans la vie active (tentative) avec le DUEL (ancien
terme après deux ans d’étude) et maximum la licence pour aider. Ceux issus des familles
pauvres, car déjà au village dès qu’on dit que le fils d’un tel est à l’université dans l’esprit
populaire, ils doivent répondre aux différentes sollicitations alors qu’il n’est qu’un simple
étudiant. » (Etudiant, enquête 2010). Ces étudiants aspirent moins au départ à l’étranger, car ils
ont déjà atteint un objectif élevé en allant dans la capitale et en sortant de leur milieu d’origine.
« Nous autres qui venons de la campagne nous avons déjà un problème d’intégration même à
Niamey. » (Etudiant, Enquête 2010).
La famille joue un rôle capital dans le choix du départ en milieu urbain. Les familles
appartenant à la "bourgeoisie intellectuelle", c'est-à-dire les fonctionnaires et les personnes
ayant suivi eux-mêmes un cursus scolaire supérieur à la moyenne, poussent leurs enfants à
migrer. Pour les jeunes dans la capitale, les lieux de destination vont être forcément l’étranger
et en priorité l'Afrique. Les études en Europe sont réservées à une minorité, mais celles-ci
peuvent être un moyen d’accéder à ces destinations enviées. Certains jeunes sont partis sous le
prétexte d'étudier afin d'obtenir la nationalité par mariage. « Aux Etats-Unis, c'est plus facile de
46
se marier et de trouver un emploi. » (Etudiant, enquête 2010). Généralement ceux qui partent
ont obtenu des bourses ou ont eu un soutien familial. Le rôle de la famille qui a migré est
prépondérant. Les parents ou les amis à l'étranger transmettent des informations sur les
conditions de vie dans les différents pays. « En Suisse, il n'y a pas de problème. Je n'ai jamais
entendu un problème en Suisse. C'est le pays le moins corrompu. » (Etudiant, Enquête 2010).
Les réseaux familiaux influencent les choix migratoires. Si le père a fait sa formation à Dakar,
il risque d'encourager ses enfants à aller dans le même pays, car il bénéficie d'une expérience
migratoire et d’appuis dans le pays.
Pour d’autres familles à revenu intermédiaire, le choix de destination intègre des facteurs
culturels. « Certains parents s'opposent au départ du fait que tout n'est pas rose ailleurs et que
le plus souvent certains reviennent pervertis (sans respect de certaines valeurs, une espèce de
renégat). » (Etudiant, enquête 2010). Pour ces dernières, il est important de mettre les enfants à
l’abri des méfaits de la culture occidentale. Dans un pays avec une majorité de musulmans, les
pays africains islamisés garantissent ces valeurs identitaires. Comme le souligne cet étudiant :
« je vais tout faire pour aller au Nigeria car j'ai beaucoup de parents là-bas, c'est comme si je
suis à la maison, je souffrirai moins. » (Etudiant, enquête 2010).
On voit donc que le rôle de la famille est déterminant et tend à reproduire son propre modèle
social. Dans l'héritage des travaux de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron (1970), l'accès à
l'université et à des formations de niveau élevé est davantage lié à un héritage culturel que dû au
talent ou aux capacités économiques des parents. L'université est ainsi un instrument de
reproduction sociale (capital culturel) au service de certaines élites dominantes. Une
"bourgeoisie intellectuelle" investit dans l’éducation de leur descendance en leur donnant accès
à des universités européennes qui leur délivrent des diplômes davantage reconnus. Pour une
grande partie de la population, l’accès à des universités au Nord, n’est pas envisageable sur le
plan économique. D’autre part, le fait d’envoyer leurs fils ou leurs filles dans des pays
occidentaux est perçu comme une menace à l’égard de leurs normes culturelles. Nous allons
voir que dans les raisons de rester, des arguments liés à la préservation d’une identité culturelle
prédominent.
47
Graphique 27 : Proportions sur les raisons de rester des étudiants (Enquête 2010)
70 58.8
60
50
40 30.3 30.8 32.6 32.9
28.1
30 22.6
20
10 2.7 3.6
0
Pour plusieurs étudiants interrogés, le départ à l’étranger n’est pas envisageable, car ils doivent
subvenir aux besoins de la famille. « Avec les charges pour la famille, il n'est pas question de
partir, c'est pas possible. On préfère trouver un travail pour nourrir sa mère. Les familles
ouvrent leurs bouches pour nous attendre. » (Etudiant, Enquête 2010). Qu’ils soient chefs de
famille, aînés ou issus d’une famille pauvre, nombre d'étudiants doivent rester pour prendre les
charges quotidiennes des ménages dont ils sont issus. Si l’étudiant a des parents âgés ou s’il
doit prendre en charge ses frères et sœurs, il ne peut pas se projeter dans un projet migratoire et
va chercher un emploi sur place pour s’occuper de sa famille. « Quand on est rattaché à sa
famille, on ne peut pas quitter. » (Etudiant sociologie, enquête 2010). Nos résultats statistiques
montrent que les femmes et les jeunes étudiants de moins de 23 ans se sentent davantage (20%)
retenus par leur famille. « La famille me retient car je participe à l'entretien de la famille. Je
suis l'aîné dans la famille car mon grand frère est exodant au Ghana ». (Etudiant, Enquête
2010). Ceux qui proviennent de villages ont des ancrages plus forts, ils font moins de projets de
départ. Le nombre d'enfants à entretenir a un rôle important dans la décision de financer un
séjour à l'étranger pour un enfant. Si une famille a plusieurs enfants aux études, il risque d'y
avoir une limite aux ambitions d'un membre de la famille. « Mes parents ne peuvent pas tout
donner à moi seul et je suis obligé d'accepter le sacrifice. » (Etudiant, enquête 2010). Certaines
familles de commerçants ont des moyens financiers mais ne veulent pas que leurs enfants
partent à l'étranger car le capital culturel que peut apporter cette expérience académique n'est
pas jugé pertinent. On retrouve donc parmi les non-migrants les « fils de pauvres » et ceux de
certains commerçants qui n'ont pas de soutien de la part de leurs familles car ces derniers
pensent que l'investissement financier n'en vaut pas la peine. Comme en témoigne cet étudiant :
« Je ne veux pas aller parce que je n'ai pas les moyens ni de parents qui pourraient m'aider.
L'extérieur, c'est vraiment pour les enfants de riches. » (Etudiant, enquête 2010).
Les étudiants musulmans déclarent être davantage retenus par des projets professionnels par
rapport aux chrétiens (Enquête 2010). Il est peu probable que les projets professionnels soient la
variable réellement explicative. On postule plutôt que le départ vers des universités occidentales
incarnant un modèle culturel occidental pourrait être davantage explicatif. Comme le dit cet
étudiant : « Je crois aux Africains, on peut faire la thèse au Burkina Faso, en République de
Côte d'Ivoire. J'ai toujours été contre ceux qui pensent que l'Occident c'est le paradis. Il y a
aussi des problèmes chez eux. Si c'est pour l'argent je ne quitterai jamais ici. Si j'ai les moyens
de prendre un passeport, payer un billet, je préfère rester ici. » (Etudiant, Enquête 2010). Les
attaches à la tradition sont un des facteurs qui retiennent les étudiants dans le pays. Cet
48
attachement aux traditions concerne davantage les Peuls (20%) et les étudiants influencés par
leur famille (Enquête 2010). Selon nos résultats, 28,1% d'étudiants pensent qu'il est plus facile
de se réaliser professionnellement au pays. Certains profils d'étudiants pondèrent ce résultat :
ceux qui ont pu étudier dans la discipline choisie, les étudiants originaires de Niamey et ceux
qui affirment avoir une situation financière en voie d'amélioration obtiennent des pourcentages
moins élevés. Si les moyens financiers sont un frein au départ pour 32% des étudiants, le
pourcentage est plus élevé pour ceux qui ont des ressources insuffisantes et une situation
financière qui se dégrade. « Selon les informations à notre disposition, il y a une opportunité
pour faire le 3ème cycle au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire. Pour l'Europe, on n'y songe pas
tellement, c'est pas évident. C'est beaucoup plus de moyens économiques (…) J'ai une famille
en Côte d'Ivoire. Je suis fier de rester chez moi. » (Etudiant, Enquête 2010).
Comme nous l'avons vu auparavant, la situation politique antérieure qui avait perturbé les cours
de l'université poussait les étudiants à partir pour achever au plus vite leurs études. La relative
stabilité de ces dernières années donne davantage de confiance et ce facteur qui poussait au
départ est en train de diminuer, car de plus en plus de parents accordent leur confiance à
l'UAM. Grâce au nouveau système LMD, les études seront moins longues et l'augmentation des
filières permettra l’achèvement de la formation sur place, comme l’illustrent les propos de cet
étudiant : « le système LMD donne visiblement plus de chance de réussite à l’université Abdou
Moumouni, d’ailleurs, même les non boursiers bénéficient actuellement d’une aide sociale de
120'000 FCFA. » (Etudiant, enquête 2010). Certaines disciplines ne peuvent cependant toujours
pas former au-delà de la licence et beaucoup d’étudiants doivent encore partir à l’étranger pour
parachever leurs études.
Ainsi différents facteurs économiques, culturels et structurels expliquent pourquoi les étudiants
préfèrent rester dans leur pays. Cependant, un certain nombre part étudier à l'étranger et il est
essentiel de comprendre quels sont leurs choix de destination.
10. Pays de destination
Comme nous l'avions évoqué, certains étudiants nigériens sont baignés dans une tradition
migratoire régionale. Plusieurs familles ont des migrants temporaires ou des membres qui sont
installés dans des pays étrangers et qui peuvent jouer un rôle capital pour le choix des
destinations des étudiants. Les premiers pays cités par les étudiants sont en Afrique, suivis par
le Canada, la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et quelques pays européens.
49
1.20. Des destinations africaines en priorité
Graphique 28 : Pourcentage des premiers pays cités par les étudiants
30 27.2
25
20
15.6
15 11.6 11.5
10
5 3.7
2.9
0 1.3 1.1 1 0.9
Ces résultats s'expliquent parce que les réseaux sont principalement en Afrique pour le Niger et
beaucoup moins en Europe (Voir carte 1 p. 51). La France qui est l’ancienne puissance
coloniale draine un nombre non négligeable d'étudiants, mais la différence est frappante avec
les autres pays d’étude. Pour près de 70% de Nigériens le départ à l’étranger concerne
l’Afrique; alors que pour un Sénégalais seulement 6.8%. 53.4% des Sénégalais ont des réseaux
en France. Les réseaux sur lesquels s’appuient les Nigériens sont intra-africains et implantés
dans les pays limitrophes économiquement plus forts en Afrique de l'Ouest. "Partir" pour un
Nigérien c’est aller sur la côte, alors que partir pour un Sénégalais, c’est aller en France ou en
Europe car, d'une part les réseaux familiaux sont dans ces pays ; et d'autre part il n'y a pas de
meilleures universités en Afrique de l'Ouest. Pour les Nigériens l'obtention de visas pour les
destinations africaines pose moins de problèmes et le coût reste supportable pour la famille. Le
Cames (Conseil Africain et Malgache pour l'Enseignement Supérieur) créé en 1972 à Lomé est
un conseil inter-Etats qui réunit 17 pays d'Afrique francophone12. Il est chargé entre autres de la
reconnaissance des diplômes de l'enseignement supérieur. Les pays du Cames, comme nous
l'avion mentionné, ont adopté en 2007 le système LMD. Ce qui signifie que les étudiants
peuvent aller étudier dans un autre pays membre sans faire de démarches particulières. Les
étudiants partent aussi plus facilement vers les pays côtiers qui sont les destinations
traditionnelles d'exode dans lesquels des diasporas nigériennes se sont implantées.
Quant au Maghreb, il est un peu l'échelon intermédiaire entre l'Afrique subsaharienne et
l'Europe. Ces pays sont assez mal perçus par les étudiants nigériens qui rapportent parfois des
attitudes discriminatoires à leur égard comme le souligne cet étudiant : « les arabes sont
racistes. » (Etudiant, enquête 2010). Concernant l'Europe, rares sont les étudiants qui
envisagent le départ au Nord sans l'aide d'une bourse octroyée par des partenaires européens.
Les étudiants envoyés par leur famille sans bourse doivent surmonter beaucoup d'obstacles
économiques et culturels. Les garanties financières et les démarches sont devenus très
complexes et sans appuis depuis l' Europe l'expérience relève de l'impossible (Enquête 2010). A
ces difficultés s'ajoutent les images télévisuelles d'une Europe qui se durcit. Les médias français
retransmettent les difficultés auxquelles sont confrontés les migrants africains. Les discours
12
Les pays membres du Cames sont : Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Centrafrique,
Congo, Guinée, Guinée Bissau, Madagascar, Mali, Niger, Rwanda, Sénégal, Tchad, Togo.
50
politiques français durcissent le ton à l'égard des migrants africains. Cependant la France
demeure, après le Canada, un des pays de destination cité en priorité. L'influence de l'ancienne
puissance coloniale demeure bien présente malgré son passé douloureux, mais elle perd de son
prestige. « J'ai beaucoup lu des écrits sur la France, sur la colonisation, j'ai horreur. »
(Etudiant, enquête 2010). « On risque de dormir dans la rue. » (Etudiant, enquête 2010). Pour
toutes ces raisons les destinations africaines en Côte d'Ivoire ou au Nigéria sont beaucoup plus
faciles. Le départ est souvent conditionné par l’obtention d’une bourse qui permet de financer
les études. Les destinations africaines sont choisies par ceux qui n'ont pas réussi à obtenir des
bourses pour l'Europe ou les Etats-unis (Enquête 2010). Malgré tous les obstacles les diplômes
européens demeurent très enviés, car, comme nous l'avons déjà dit, ils ont plus de valeur.
Il y a deux moyens légaux pour obtenir des bourses d'étude : d'abord obtenir de bons résultats
aux examens du baccalauréat, du bachelor ou du master, comme en témoigne cet étudiant :
« pour le Maroc, il fallait une mention très bien avec une moyenne de 14. » (Etudiant, enquête
2010) ; ensuite avoir une famille riche et convaincue de la plus-value apportée par cet
investissement. La troisième possibilité, moins légale, consiste à avoir des réseaux de relations
bien placées dans l'administration. Certains étudiants ont essayé d'obtenir des bourses et ont
renoncé à partir par manque de moyens ou en raison d'expériences infructueuses. Comme le
témoigne cet étudiant : « quand j'ai eu mon bac, j'ai déposé mon dossier pour les bourses
algériennes. Nous étions plus de 800 seuls 130 ont bénéficié. Et depuis je n'ai pas l'envie de
partir ailleurs, ce n'est pas l'échec mais plutôt l'instauration du système LMD. » (Etudiant,
enquête 2010).
Certains étudiants sont partis dans des pays du Maghreb et ont dû revenir après avoir vécu des
expériences difficiles. Un étudiant en droit témoigne : « Mon ambition c'est de faire un
troisième cycle. Le mieux pour moi, c'est de revenir. Orphelin de mère, le père est cultivateur
polygame, nous sommes 12 dont 9 vivants je suis le seul qui a eu la chance d'aller à l'école.
Mes autres frères sont des commerçants et des cultivateurs. Mon ambition c'est de travailler
dans mon pays. En 2007, j'ai bénéficié d'une bourse algérienne mais une fois arrivé en Algérie,
les cours étaient en arabe. Il y a eu manque d'information, c'est une bourse de coopération. Il y
avait la constitution d'un dossier, je suis parti avec 100'000 FCFA. Nous sommes partis en
avion, mais au retour nous étions obligés de rentrer par voie terrestre, ça a été très dur. Ca
nous a découragés pour aller à l'étranger car nous pouvons considérer qu'on peut toujours
nous jouer le même coup. » (Etudiant, enquête 2010).
Comme nous l'avions déjà souligné, les destinations des migrants nigériens sont différentes de
celles des pays côtiers comme la Côte d'Ivoire et le Sénégal. La carte 2 en page 53 illustre cette
tendance. Même si l'Europe, le Canada et les Etats-Unis sont des destinations citées, l'Afrique
est une destination importante pour notre population d'étude. Le statut matrimonial influence
nettement sur les destinations africaines. D'après nos statistiques, les étudiants mariés ou à
charge de famille migrent davantage à l'intérieur du continent africain. Ils peuvent plus
facilement entretenir des contacts avec leurs proches. La même tendance se retrouve pour les
étudiants provenant d'un village ou d'une petite ville. Ils privilégient davantage les grandes
villes des pays voisins, car le changement est déjà énorme pour un individu qui vient de la
campagne. On constate également l'importance de l'Arabie Saoudite dans les choix
d’émigration. Ceci s’explique par la nouvelle image de ce pays, développée par la subvention
de plusieurs ONG locales en faveur des pauvres. De même, la filière de commerces florissants
ces dernières années, orientée vers l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis
(particulièrement Dubai) peut être considérées comme un autre facteur qui influence le choix
des étudiants vers ces espaces géographiques (Enquête 2010).
51
Carte 1 : Réseaux mentionnés par les étudiants du Niger
52
1.21.1. Le Canada, les Etats-Unis et le Royaume Uni, des espaces
d'émigration de plus en plus marqués
Selon nos statistiques, ces destinations sont citées davantage par ceux qui ont des ressources
plus que suffisantes ou ceux qui déclarent avoir une amélioration de leurs ressources
économiques. Comme le témoigne cet étudiant : « le pays de rêve, c'est l'Angleterre. A travers
des médias, les livres, le net je fais des recherches sur les universités et je veux de basculer
dans le système anglophone. » (Etudiant, enquête 2010). Ces destinations concernent davantage
les célibataires. Nous retrouvons un pourcentage plus élevé d'étudiantes souhaitant se rendre au
Canada. Lorsque la famille est favorable au départ, elle choisi plus volontiers cette destination.
Le Canada est de plus en plus convoité par les Nigériens car il a une politique d’accueil pour les
migrants. Des familles entières reçoivent des papiers d’autorisation pour s'expatrier au Canada.
Ces facilités pour l’obtention d’autorisations de séjour jouent en faveur du choix du pays de
migration pour les étudiants. Malgré les difficultés linguistiques les destinations anglophones
sont actuellement plus attrayantes pour les étudiants. D'autres facteurs explicatifs ressortent
dans nos statistiques. Les étudiants qui s'orientent vers une carrière académique souhaitent
davantage étudier au Canada et aux Etats Unis. Les étudiants qui ont entrepris des études
universitaires dans le but de partir à l'étranger recherchent davantage des destinations comme le
Canada. Ceux qui veulent se rendre aux Etats-Unis se retrouvent davantage dans le profil
d'étudiants qui n'ont pas choisi leur discipline et ceux qui ont obtenu une maîtrise. Les Etats-
Unis sont des destinations très enviées et semblent offrir des perspectives beaucoup plus
prometteuses et faciles que l'Europe. Comme le dit cet étudiant en anglais à propos des Etats-
Unis : « on peut réaliser ses rêves, avoir un boulot, une belle vie. Il y a trop d'injustices ici, je
suis en voie de postuler à une bourse de 3ème cycle pour les Etats-Unis. Il y a la démocratie,
nous avons un cours sur la civilisation américaine et nous avons un club d'Anglais qui organise
semestriellement des conférences sur ceux qui veulent migrer. » (Etudiant, enquête 2010).
« Les Etats Unis sont aussi un pays d’exode, où on peut réussir sa vie sans avoir étudié. Ils sont
plutôt convoités par les étudiants qui ne désirent pas poursuivre des études mais souhaitent être
à l’étranger pour avoir de l’emploi. » (Etudiant, enquête 2010).
1.21.2. La France
Comme évoqué, le choix de l'ancienne colonie a nettement baissé ces dernières années. La
France est encore associée à son passé colonial douloureux et la politique du gouvernement
actuel heurte les esprits. C'est la raison pour laquelle l'Angleterre et les pays anglophones sont
mieux perçus. On sent très nettement une dénonciation de la politique du gouvernement de
Sarkozy (Enquête 2010). Les destinations anglophones semblent passer au premier plan. Nos
statistiques montrent que le plus fort pourcentage d'étudiants voulant partir en France ont
obtenu des masters. La France offre toujours des troisièmes cycles aux étudiants. Il faut préciser
que tout le système universitaire a été calqué sur le modèle français. Statistiquement ceux qui
migrent en France sont les étudiants les plus soutenus par leur famille. Ils font partie de cette
bourgeoisie intellectuelle qui ont des moyens et des réseaux. Nous retrouvons aussi une plus
forte proportion d'étudiants d'origine touaregs. Ces derniers ont plus que les autres ethnies des
réseaux dans la métropole française.
53
Carte 2 : Pays de destination indiqués
54
1.22.1. La Suisse
Cette destination, bien que peu citée, est choisie plutôt par les étudiants qui souhaitent faire un
troisième cycle ou faire une carrière académique. La Suisse jouit d’une bonne réputation au sein
de l'UAM, grâce notamment au projet suisse Unigeo de l’Institut de géographie de l'université
de Lausanne, qui a formé au sein du département de géographie un pôle de compétence
internationalement reconnu depuis une vingtaine d'années.
55
12. Conclusion
Cette étude menée au Niger a permis de mieux comprendre les facteurs incitant les étudiants de
l’université Abdou Moumouni à la migration et les raisons qui les limitent. Le contexte général
du pays se présente à la fois comme frein et comme incitant au départ des étudiants pour
l’étranger. En effet, l’instabilité politique et les crises socio-économiques bloquent l’émergence
d’un enseignement supérieur de qualité. L’université Abdou Moumouni, seule institution
publique et laïque de l’enseignement supérieur dans le pays, souffre de carences importantes
comme l’insuffisance d’infrastructures, de moyens financiers et de ressources humaines. La
conséquence immédiate est la précarité des conditions d’étude et d’enseignement, le manque de
filières de formation et l’absence de troisième cycle dans la plupart des disciplines existantes.
Pour les mêmes raisons, les bourses à octroyer pour l’étranger sont rares, ce qui réduit le
nombre d’étudiants émigrants, même si partir au Nord est parfois la seule possibilité de faire
des doctorats ou des masters. Les étudiants de familles économiquement modestes ne peuvent
envisager un départ, même s’ils le désirent.
Selon les données recueillies, la perception de la qualité de l’enseignement n’est pas un facteur
prépondérant qui peut pousser une minorité d'étudiants à aller en Europe ou en Amérique du
Nord (Canada Etats-Unis). En effet, au Niger, les diplômes occidentaux permettent d’accéder
plus facilement à un emploi. Aux yeux de certains étudiants, la même formation en Afrique a
moins de valeur. Le fait de finaliser une formation à l’étranger apporte un véritable label de
qualité qui est reconnu par l’ensemble des employeurs potentiels locaux et internationaux. Dans
le cadre des projets où sont impliqués des partenaires occidentaux, l’employeur va bien souvent
privilégier l’étudiant qui a suivi une formation en Europe ou aux Etats-Unis au détriment de
celui qui a effectué la même formation dans la sous-région. On constate donc une forme de
dépendance à l'égard des universités occidentales. Dans ce cadre, la mobilité au Nord est plus
que largement intégrée dans le cursus professionnel et académique. Ceux qui partent faire des
thèses ou des troisièmes cycles à l’étranger ont davantage de débouchés. Ces expatriés
intellectuels nommés à des postes élevés incarnent une figure de réussite et un modèle envié par
leurs propres étudiants, qui sont enclins naturellement à reproduire les mêmes stratégies. Nous
avons au Niger une forme de "bourgeoisie intellectuelle", une classe sociale privilégiée qui a
accès aux universités occidentales et qui reproduit un modèle inégalitaire. La mobilité à
l’extérieur grâce à des réseaux occidentaux est la condition sine qua non d'une forme de mobilité
interne dans des réseaux préétablis par les partenaires extérieurs.
Cette étude a aussi permis de comprendre que le départ pour l’étranger est fortement lié au type
de réseau social dont dispose le candidat à l’émigration. Le choix du pays d’émigration est le
plus souvent lié à une expérience vécue ou partagée par le canal d’un parent, d’un ami ou même
d’une connaissance. Les résultats comparés de l’étude sur trois pays ont montré que les
Nigériens sont peu migrateurs. Ils prennent peu ou moins de risques que les étudiants des autres
pays (Côte d’Ivoire, Sénégal). Pour des raisons culturelles, économiques et historiques les
destinations africaines sont privilégiées par une grande majorité de familles. Aspirer à émigrer
est à la fois signe d’accès à un réseau social, de soutien financier familial ou d’espoir d’obtenir
une bourse de l’Etat. Cependant, les choix migratoires ne se limitent pas seulement à la
recherche de diplômes de qualité, la préservation d'un modèle culturel pousse les parents à
orienter leurs enfants vers des destinations africaines en phase avec les logiques sociales
dominantes. Le soin apporté par les parents à la formation universitaire va de pair avec un
projet d'intégration des jeunes dans leur culture et leur société. La place de la femme au sein de
l'université n'est pas acquise, rares sont les étudiantes qui prolongent leurs études au delà de la
licence. Le départ des étudiantes à l'étranger va à l'encontre des normes culturelles en vigueur :
la réussite pour la femme c'est le mariage, et les études doivent être mises au second plan.
Finalement, notre recherche a permis de nuancer certains stéréotypes. Tous les étudiants
nigériens ne veulent pas venir en Europe et très peu sont candidats à des migrations
56
clandestines. Cette recherche a également permis de comprendre que le départ à l’étranger pour
un étudiant nigérien est une occasion de vivre des expériences nouvelles, culturellement
enrichissantes. Cette option tire son origine du vieil adage zarma selon lequel « kam man fatta
si hari foo bay » ce qui signifie « qui ne sort pas, ne découvrira pas ». L'étudiant nigérien puise
sa motivation dans des logiques qui ne sont pas uniquement pragmatiques, fidèle à des valeurs
humanistes universelles, il cherche à se cultiver et à se nourrir d'échanges interculturels. Il
demeure assez proche des valeurs fondamentales humanistes.
En conclusion, l'UAM ne doit, certes, pas rester fermée sur elle-même ou se limiter à des
échanges au sein des pays du Cames. Une ouverture vers d'autres partenaires issus de tous les
pays doit demeurer, car ils offrent toujours une richesse indispensable. Néanmoins, à l'instar de
certaines facultés comme la médecine, il serait souhaitable que cette université soit renforcée
pour qu'elle puisse proposer une formation autonome jusqu'au doctorat, et qu'elle permette la
mobilité de ses étudiants en fonction de leurs propres compétences académiques, en dehors de
tous réseaux d'influence ou de pouvoir économique des parents.
57
13. Bibliographie
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du système d’enseignement au Sénégal et Burkina Faso, 1960-2000, Ed. Karthala 2004.
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2001, République du Niger, Ministère de l’Economie et de Finances, Niamey 2005.
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Novembre 2009.
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programme FSP 2003-74 : migrations internationales, recompositions territoriales et
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58
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in CARIM Notes d’analyse et de synthèse 2010/1. Série sur la migration hautement
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USHER Erica, « The Millenium Development Goals and Migration » in IOM Migration
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programme FSP 2003-74 : migrations internationales, recompositions territoriales et
développement. Paris : IRD, 2009, p. 33-44.
59
14. Annexe 1: Phase exploratoire: contacts sur place
Adamou Aboubacar, géographe et vice doyen qui nous a fournit des renseignements
utiles concernant la situation des étudiants à Niamey,
Amadou Boureima, doyen actuel qui s’est occupé d’introduire notre demande de
recherche au décanat, conseiller du recteur.
Issa Ousseini, géographe qui nous a parlé de la situation socio-économique du pays et
de la migration des étudiants,
Harouna Mounkaila, géographe coordonateur d’un programme de recherche sur les
migrations financé par (IRD),
Henri Kokou Motcho (entretien téléphonique), géographe urbain qui élabore une
recherche sur les migrations rurales en ville de Niamey,
Mr. Pasteur, responsable adjoint de la coopération suisse qui a été informé de nos
travaux,
Kadidia Amadou, chargée de programme et responsable ad intérim de l’OIM à Niamey,
Maga Hamidou Issaka, sociologue impliqué dans la recherche financé par l’IRD dans
le cadre d’un programme de migration. Il est aussi membre d’une équipe pluridisciplinaire
chargé d’élaborer le rapport interministériel pour les futures politiques migratoires. Ce projet est
financé par l’Union européenne,
9 étudiants ont répondu à notre guide d’entretien et 2 sociologues travaillant pour
intercoopération qui ont déjà eu l’opportunité d’effectuer une formation en Europe,
les membres de Géoconseil du département de géographie.
60
15. Annexe 2 Guide d'entretien Niger, phase exploratoire
Partir ou rester ? La migration dans le projet de vie des étudiants en Afrique de l'Ouest :
études de cas à Abidjan, Niamey et Saint-Louis
Introduction
[NB : Laisser les gens parler librement et poser les différentes questions seulement si
nécessaire pour approfondir, l’ordre étant largement déterminé par l’interlocuteur. Privilégier
le vécu personnel et n’aborder la vision des autres étudiants ou personnes qu’à la fin, si cela ne
vient pas spontanément.]
Etudes et biographie de formation
Pouvez-vous me parler de vos études et de votre parcours scolaire ? (Ecoles suivies, ville-campagne,
parcours linéaire ou avec des ruptures, migrations).
Qu’est-ce qui vous a influencé dans votre parcours universitaire ? (influence famille, décision autorités,
choix individuel, facilité études, etc.)
Quelles étaient vos motivations et les circonstances particulières qui vous ont amené au choix de cette
discipline ? (Obtenir la bourse d’étude, aspirations politiques : aspirations économiques : la carrière
qui offre le plus de débouchés professionnels, aspirations migratoires : le parcours universitaire le plus
« vendable » à l’étranger.)
Comment jugez-vous votre situation universitaire et votre parcours ? (Un bilan critique des études
réalisées, niveau de l’université.)
61
Opportunités de formation à l’étranger13 :
Avez-vous déjà envisagé la possibilité de poursuivre votre formation dans d’autres pays d’Afrique ou en
Europe par exemple ? (si oui, pourquoi ; si non, pourquoi)
Pensez-vous que la formation à l’étranger pourrait permettre d’étudier dans de meilleures conditions ?
La migration vous semble-t-elle être un aboutissement logique de votre parcours universitaire ?
A l’opposé, en restant ici, pensez-vous pouvoir mieux valoriser votre parcours universitaire ? Ce
parcours augmente-il vos possibilités de faire carrière ici ?
La migration vous apparaît-elle comme une chance d’avoir une carrière professionnelle, en revenant
ultérieurement dans votre pays ?
Pensez-vous qu’une formation pourrait être une opportunité de vous installer durablement à l’étranger et
d’avoir de meilleures perspectives professionnelles ?
Connaissez-vous des possibilités d’obtenir des bourses de formation (lesquelles, comment cela
fonctionne) ?
Quels sont les facteurs expliquant le fait de ne pas pouvoir/vouloir étudier à l’étranger ?
Quels peuvent être les avantages et les inconvénients d’une formation à l’étranger ? Expliquez
Quelles peuvent être les alternatives possibles à une migration sous-régionale ou sur un autre
continent ?
Avez-vous des membres de la famille, des connaissances qui sont partis à l’étranger ?
Est-ce que des proches vous encouragent de partir ou au contraire vous incitent à rester ?
Pensez-vous que la migration est un atout pour les familles et/ou pour le pays d’origine ?
Est-ce que partir à l’étranger vous crée des obligations familiales ou sociales nouvelles, lesquelles ?
13
Attention à l’amalgame entre les différentes dimensions de formation, de perspectives
professionnelles à l’étranger et ultérieurement sur place, aux perspectives plutôt économiques,
politiques et autres.
62
Est-ce que partir permet d'échapper à certaines obligations familiales ou sociales, lesquelles ?
[Faire attention aux « attributs » des interlocuteurs selon les cinq rubriques suivantes : justice sociale,
qualité de vie, épanouissement personnel, bien-être économique, statut social]
A combien de FCFA estimeriez-vous le coût de votre départ (composition des frais envisagés) ?
Est-ce que vos points de vue sur le pays sont partagés par la majorité d’étudiants ?
[NB : Les questions-filtres suivantes (7 à 9) sont évidemment simplificatrices, mais regroupent des
stimuli possibles pour creuser si nécessaire et si quelqu’un se rapproche du cas de figure en question.
Ici aussi commencer par une question générale privilégier les explications spontanées avant de relancer
plus précisément.]
Motifs et déclencheurs :
Depuis quand avez-vous l’intention ferme de partir à l’étranger ?
Après tant de tergiversations quand vous êtes vous dit : « Cette fois-ci je pars » ?
Quel rôle joue les médias dans la décision prise de partir à l’étranger?
Quels sont les principaux motifs qui vous ont amené à partir ? (capital pour votre famille, avantages
économique, achat d’une propriété, mariage, reconnaissance, etc.)
à traverser le désert
Si non, pourquoi ?
63
Connaissez-vous des personnes (étudiants ou non) qui sont prêtes à prendre des risques ? Comment
vont-elles s’y prendre ? Quelles sont à votre avis les chances de pouvoir rejoindre l’Europe ou d’autres
continents ?
Etes-vous déjà allé dans ce pays ? Avez-vous des connaissances résidant dans le pays de destination ?
Quelle idée vous faites-vous du pays dans lequel vous souhaitez migrer (liste de 5 qualitatifs) ?
Que disent vos compatriotes qui ont migré dans le pays où vous souhaitez vous rendre (liste de 5
qualitatifs) ?
Avez-vous des connaissances sur les formalités nécessaires pour obtenir un visa ? Connaissez-vous les
formalités nécessaires pour obtenir un permis de séjour ?
N’avez-vous jamais pensé partir ou décidé de rester après avoir voulu partir : pourquoi et
dans quelles circonstances ?
Le fait de rester est-il lié à un futur projet de vie (mariage, enfants, entreprise, maintien des traditions,
etc.) ?
Est-ce que la vision que vous avez exprimée sur plusieurs aspects est-elle partagée par
d’autres étudiants ou groupes de la population ? [passer en revue les questions les plus
importantes, si ce point a peu été abordé]
Remerciements
Quels sont les trois points les plus importants qui se dégagent de l’entretien ?
1.
2.
3.
22.10.2008
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16. Annexe 3: Commentaires sur la passation du guide
d'entretien, phase exploratoire
Dans une première phase, nous avons réduit le guide original en supprimant les questions trop
redondantes, celles qui induisaient une réponse et celles qui étaient peu claires (Guide
d’entretien étudiants adapté à Niamey oct. 2008).
Les variables de prédisposition
Nous pensons que l’origine ethnique ne nous amènerait rien d’utile. Nous l’avons néanmoins
maintenue, en raison de la présence omniprésente des facteurs ethniques dans les études
effectuées au Niger. En revanche la profession du père ou de la mère a de l’importance car ces
éléments peuvent influencer la mobilité. La position de l’étudiant dans la fratrie peut aussi être
importante, car l’aîné se doit de subvenir aux besoins en cas de décès ou d’incapacité
économique des parents. Les données qui concernent la famille sont importantes dans le sens où
la mobilité étudiante est une stratégie qui s’élabore au niveau familial.
Etude et biographie de formation
Le parcours scolaire est important. On peut émettre l’hypothèse que les étudiants de la ville sont
plus prédisposés à la migration. Ceux qui ont commencé leur parcours scolaire en brousse
risquent de moins migrer, car ils ont un ancrage plus profond dans la tradition. En milieu rural, il
y a de la méfiance à l’égard des étudiants. Ils reviennent seulement avec un papier et pas
d’argent. Ils vont ressembler à des Blancs, l’école étant perçue comme une invention du
colonisateur. Dans un village, celui qui part à l’école est souvent celui qu’on aime pas et que l’
on désigne par défaut pour satisfaire aux pressions des autorités. Ensuite la progression dans le
cursus scolaire n’est pas lié au niveau de scolarisation, ni à la réussite, mais au déplacement
géographique. L’élève qui arrive au chef-lieu, puis à la capitale a finalement fait aux yeux des
villageois une progression sociale.
Perception des études, satisfaction, difficultés
Le choix d’étude peut être lié aux opportunités qui peuvent conduire à l’obtention d’une bourse.
Les aspirations politiques ou le désir de changer le système en place semblent plutôt appartenir à
nos registres occidentaux. On voit plutôt de la part des étudiants venant de brousse une volonté
d’aider leurs communautés d’origine en faisant médecine ou en étudiant l’agronomie. Le choix
se fait aussi en fonction de critères d’obtention de bourses d’étude ou de quotas administratifs.
La filière ne correspond pas toujours à une vocation, l’étudiant s’inscrit aussi bien en sociologie
qu’en médecine. L’important est d’avoir une bourse d’étude et de survivre tant bien que mal
pendant ses études, d’avoir une famille d’accueil et de pouvoir se nourrir pendant les périodes
où les bourses ne sont pas versées. (On pourrait d’ailleurs poser une question pour savoir qui
soutient financièrement les études.) Le choix intervient à partir du moment où l’étudiant a
plusieurs possibilités devant lui. Entre l’histoire et la sociologie, il choisira la sociologie en
sachant que ses perspectives d’emploi risqueraient d’être meilleures. Si la famille a les moyens,
le choix est forcément plus ouvert et peut se faire en fonction d’un plan de carrière.
Apparemment sur notre petit échantillon, les membres de la famille peuvent influencer ces
choix, surtout ceux qui ont une expérience universitaire. Pour ce qui concerne les difficultés
rencontrées au cours des études, on retrouve tous les problèmes survenus dans la seconde moitié
de la décennie 90 : les années blanches, les cours bâclés. Est-ce véritablement un facteur qui
pousse au départ ? Certainement oui, pour les étudiants aisés, mais pour les autres c’est moins
sûr en raison des coûts occasionnés si l’étudiant part en abandonnant sa bourse et les réseaux
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d’entraide qui existent dans le pays. L’idée du départ intervient apparemment après l’obtention
du master ou de la licence, comme nous l’avons vu.
L’étudiant est conscient qu’il étudie dans des conditions-cadres assez précaires, mais là la même
remarque s’impose. L’étudiant les supporte en attendant d’obtenir un papier qui pourra l’ouvrir
vers d’autres destinations. Concernant les projets d’étude, le prolongement des études à
l’étranger paraît être une stratégie envisagée par tous pour les raisons que nous avions évoquées.
Le manque de bourse ou de réseaux influents, les limites financières de la famille ou son
manque de volonté pour participer à un projet de migration semblent être les registres que nous
pouvons trouver. En revanche, l’idée de s’implanter durablement à l’étranger n’a pas été
évoquée.
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17. Annexe 4: Enquête pilote
De manière générale, le questionnaire est souple et les questions assez claires et précises.
Néanmoins quelques unes ont mérité d’être précisées ou reformulées ainsi que certains
concepts. Le choix d'administrer un questionnaire semblable pour les trois terrains comporte
nécessairement des différences linguistiques et culturelles. Il n'est pas certain que les termes
soient compris de la même manière dans les différents pays francophones.
La question N°16 « pratiquez vous au moins une religion par semaine ? À remplacer par
Quelle est votre religion ?
La question 17 « Avez-vous le sentiment de pouvoir influencer par vos actes les
évènements de votre vie ? » ici, c’est l’idée d’influencer les évènements de la vie qui reste lourd
tant dans la traduction que dans la compréhension de fond. Il est souhaitable de la reformuler.
Après discussion avec toute l'équipe de recherche en Suisse, cette question a été maintenue en
raison de son succès dans différentes enquêtes menées en Afrique.
La question 26- « Confiance générale dans les institutions du pays (politique, justice, police) »,
les enquêtés semblent avoir des appréciations différenciées de ces institutions, il serait
souhaitable de formuler des éventails pour chacune d’elles afin que le point de vue des
interviewés soient plus précis.
La question 36 est un peu lourde, une reformulation la rendrait plus compréhensive.
La question 37, le mot partenaire utilisé dans la série des raisons évoquées prête à confusion
chez les enquêtés. Il est tantôt compris comme collaborateur professionnel, tantôt comme
conjoint. Donc, pour plus de précision, ce terme doit être précisé.
Le questionnaire ne prend pas en compte la mobilité faites par les enquêtés dans le
cadre de leurs études ; mouvements qui seraient antérieurs à l’acquisition de leur statut
d’étudiant. La trajectoire de l’enquêté (du village à la capitale (Niamey) en passant par une autre
ville intermédiaire), peut permettre de voir si le capital migratoire qui serait acquis dans le cadre
d’une « migration scolaire » à l’intérieur du pays de l’enquêté peut être utilisé comme un atout
pour une migration internationale par les étudiants.
Pour voir s’il y a des pesanteurs familiales dans le choix de partir chez les
étudiants on peut leur poser des questions relatives:
1. aux différents appuis dont ils avaient bénéficié au cours de leur parcours scolaire et ceux
dont ils bénéficient actuellement pour voir si l’étudiant tenterait de rentabiliser l’investissement
que sa famille a fait en lui en partant à l’extérieur parce que ne voyant pas les possibilités de le
faire sur place.
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2. A la provenance (personnes, pays) de ces appuis pour voir si les étudiants s’orienteraient
vers des destinations où ils ont déjà quelqu’un qu’ils connaissent en croisant avec la question 29
(pays qui les attire le plus).
3. Aux raisons du choix des pays de destination (des pays qui les attire le plus).
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18. Annexe 5: normes pour la passation du questionnaire
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19. Annexe 6: Guide d'entretien qualitatif
Identification :
Nos variables d'identification comme le sexe, l'âge, le niveau d'étude, la faculté et la discipline
ont été posées bien entendu au début du guide. Mais toutes les questions qui relèvent de la
famille ont été volontairement traitées à la fin, car elles sont parfois délicates et les étudiants
étaient plus disposés à en parler une fois que la confiance s’était instaurée avec l’enquêteur.
Nos résultats statistiques montrent que le rôle de la famille est important dans les choix
migratoires. Notre objectif était de saisir les raisons familiales qui prédisposent au fait de partir
ou de rester.
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Les stratégies pratiques qu'ils mettent en œuvre pour le départ
Un certain nombre d'étudiants expriment leur volonté de départ à l'étranger, mais très peu font
des démarches concrètes de départ ; il paraît donc nécessaire de comprendre les raisons qui
poussent certains étudiants à s'investir dans des actions concrètes pour aller étudier à l'étranger.
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20. Annexe 7: Contrôle de qualité de la passation des
questionnaires
Abdou Boubacar, également sociologue. Il a formé un duo avec une autre étudiante en
4ème année de sociologie et ils ont essentiellement interrogé des étudiants de la faculté de santé
(médecine). Les étudiants posaient souvent beaucoup de questions et étaient intéressés par
l’étude qui était présentée comme une étude dans la sous-région (Sénégal, Burkina, Côte
d’Ivoire). L’enquête devenait plus facile vers la fin lors d’une célébration de la journée de
l’étudiant en médecine. Auparavant les étudiants étaient souvent trop occupés à différents
endroits ou accaparés par les examens. Les femmes (environ 50%) et les étudiants étrangers
(Cameroun, Bénin, Tchad) sont particulièrement nombreux dans cette faculté ; ces derniers se
sentaient spécialement concernés par le thème de la migration des étudiants. Il était expliqué aux
volontaires qu’une sélection aléatoire devait être assurée et qu’il n’était pas possible de
participer de sa propre initiative. La plupart comprenaient très bien cette exigence. En général, il
n’avait pas été permis que les étudiants emportent le questionnaire, plutôt que de le remplir sur
place (aussi pour éviter le gaspillage de questionnaire, dont l’impression est assez chère), mais
lors de quelques exceptions, les enquêteurs ont acceptés de donner le questionnaire en notant le
numéro de chambre de l’étudiant. La durée pour remplir le questionnaire variait beaucoup d’un
étudiant à l’autre. Beaucoup posaient des questions et on sentait clairement les différences de
compréhension entre les 1ères et 8 années de médecine. Il arrivait qu’un étudiant refuse, car il
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avait déjà remplis le questionnaire. Il semble hautement improbable que des étudiants aient
rempli le questionnaire à plusieurs reprises.
Un superviseur avait pour tâche de contrôler si tout se passaient bien et si les
questionnaires était correctement remplis. Cette même personne recevait aussi les questionnaires
en fin de journée dans son bureau.
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21. Annexe 8: Liste des étudiants interrogés pour la phase
qualitative
Enregistrements
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22. Annexe 9: Enquêtes qualitatives guide d'entretien
Contrairement aux autres pays, les études ne sont pas beaucoup perçues comme une
possibilité d'accroître ses possibilités de partir à l'étranger. Voir les raisons.
3. Appréciation de la situation du pays et confiance dans l'avenir
Attention, il faudra évaluer à ce propos dans quelle mesure le jugement a évolué ou non
avec les événements politiques récents sans s'enfoncer dans un débat interminable.
Relations familiales très positives, comment interpréter ? Y-a-t-il un lien avec le désir
de migrer ?
4. Souhait de partir
Moins de souhait de partir à l'étranger (28.6% contre 47,1 % en CI). Quelles sont les
raisons évoquées pour ne pas partir à l'étranger ?
La principale raison de partir au Niger comme tous les autres pays est pour les études.
Mais il faut préciser ces motifs est-ce par manque de troisième cycle, pour partir et
revenir ?
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Il faut comprendre pourquoi les Nigériens partent davantage en Afrique qu'ailleurs. Le
rôle de l'Arabie Saoudite et des écoles franco-arabes. Pourquoi ensuite privilégient-ils le
Canada par rapport à la France et les Etats-Unis ?
6. Interprétations plus particulières liées aux croisements
Voir compréhension de la V28 : souhait de résider implique-t-il de rester un moment
mais pas définitivement ?
Seulement 15% ont fait des démarches concrétes ? C'est surtout ceux qui sont
célibataires et sans enfants, c'est aussi ceux qui ont des réseaux qui ont fait des
démarches. Vérifier en demandant : ceux qui ont des réseaux peuvent partir plus
facilement.
Plus de mariés au Niger : les enseignants qui font le concours pour s'inscrire à
l'université. Y a t-il de statistiques ?
Ceux qui partent sont encouragés par la famille : comprendre le profil de ces familles
poussant à la migration dans les entretiens.
Ceux qui sont dans une discipline pas choisie font plus de démarches. Comprendre ce
processus.
Ceux qui ont séjourné à l'étranger font plus de démarches. Eclairer ce point.
Ceux qui ont moins de 23 ans ont fait un peu plus de démarches pour partir. Pourquoi ?
Ceux qui ont plus de moyens font plus de démarches ? Les riches migrent plus ?
Raisons de partir :
On a le profil des étudiants au début de leurs études (niveau bac) qui veulent parir et
ceux de maîtrise, comprendre les différentes aspirations.
Les hommes ont plus de raisons de partir pour de meilleurs diplômes.
Ceux qui n'ont pas choisi leurs disciplines sont plus disposés à partir pour de meilleurs
diplômes. Explication.
Les haoussas plus que les autres 18% contre 10% pensent qu'à l'étranger l'on obtient pas
de meilleurs diplômes.
Plus l'on a de ressources, plus l'on pense qu'à l'étranger l'on obtient de meilleurs
diplômes.
Plus l'on vient d'un village, plus l'on pense qu'à l'étranger l'on obtient pas de meilleurs
diplômes.
Plus l'on est encouragé par sa famille, plus l'on pense que l'on peut obtenir de meilleurs
diplômes à l'étranger et inversément.
Certains ont une famille qui les décourage mais souhaitent migrer.
Ceux qui on une situation économique qui se dégrade pensent plus qu'ils peuvent
améliorer leur situation à l'étranger.
Il y a un profil d'étudiants dont la motivation d'étude est le départ à l'étranger. Si l'on
repère ce profil, il faut comprendre qualitativement comment cette aspiration est née.
Le niveau maîtrise et DEA a un rôle pour motiver le départ à l'étranger. Il serait
intéressant de vérifier s'il s'agit de migrations seulement temporaires pendant les études
mais avec la volonté de revenir.
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Ceux qui ont moins de 23 ans pensent que l'on va mieux reconnaître leurs compétences
à l'étranger. Il serait intéressant de voir comment la perception des études à l'étranger
évolue au cours du cursus universitaire.
Les Nigériens croient en la valeur de leur formation universitaire voir ce facteur comme
ancrage dans le pays.
Raisons de rester
Les raisons de rester sont plus fortes pour les femmes pas inutile de sonder avec les
étudiantes les facteurs d'ancrage.
Les raisons de rester sont plus fortes pour ceux qui viennent de villages que de la ville.
Il faut comprendre les raisons.
Le rôle de la famille qui retient l'étudiant : pourquoi, comment ?
Contrairement à ce que l'on pourrait croire les Peuls veulent moins rester que les autres
dans l'échantillon.
Ceux du village pensent davantage qu'il est facile de se réaliser à l'étranger que ceux de
la ville.
Dans quelle mesure le moyens financiers élevés et insuffisants sont des facteurs qui
découragent le départ.
Pays de destination
Les mariés partent plus en Afrique, expliquez.
Mieux comprendre les migratons intraafricaines
Ceux qui ont les moyens partent plus au Canada ceux qui ont moins aux USA:
comprendre les raisons.
Comprendre le déclin de la France dans le choix des destinations.
Comprendre les problèmes linguistiques : anglais.
Touaregs et France
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