Théorie des genres
Séquence 1 : Chapitre I : Naturalisation et dénaturalisation de la femme
Théorie des genres
Dr Absa GASSAMA
Séquence 1 : Chapitre I : Naturalisation et dénaturalisation de la femme
Mode d’évaluation
C’est un CM. Vous aurez 2 notes : Une note d’exposé et de synthèse d’une part et une note de contrôle
sur table de l’autre. Nous allons faire un tirage au sort. Vous allez vous constituer par groupe de 4 à la
pause, pour le tirage. Mais, il y aura des textes courts sur lesquels vous devrez travailler
individuellement ou par demi groupe.
Méthode de travail
Il s’agit de faire une synthèse écrite et d’une présentation orale de 5à 10mn
Je poserais des questions sur les textes, à certains étudiants qui ne font pas la synthèse. Ces étudiants
qui ont à répondre, devront apporter leur appréciation sur le plan énoncé par leurs camarades et en
discuter avec eux.
Il y aura donc une note de participation aux TD, constituée sur cette base annoncée.
Comment faire la synthèse
Introduction
Présenter l’auteur et sa méthode pour bien évoluer dans son contexte
Amener le sujet c’est-à-dire, parler du thème qu’il aborde dans sa généralité et de ses apports
méthodologiques par rapports aux auteurs classiques qui l’ont aborder avant lui.
Poser le sujet en donnant la direction de travail de l’auteur lui-même, dans son oeuvre puis vous
énoncerez la façon dont l’auteur aborde le thème du texte étudié.
Annoncer le plan – fin de la conclusion
Développez les différentes parties en les reliant
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Conclure et dire ce que ce texte apporte.
Comment faire sa présentation orale
Présenter l’auteur, le texte en situant le texte dans son œuvre puis, annoncer le plan et dire ce que la
lecture de ce texte a apporté dans votre apprentissage des rapports sociaux de sexe.
Le rôle du droit est de ne pas ajouter à cette différenciation naturelle. Dans sa formulation, il est asexué
mais dans en réalité, il est fondé sur un modèle masculin, correspondant à la situation actuelle des
hommes par rapport auquel les femmes sont désavantagées. Dans ce cas, comment retrouver un droit
véritablement universel, qui ne discrimine pas sur la base du sexe, ou de tout autre trait physique
individuel
Introduction générale
Rapports sociaux de sexe – genre – rôles sexuels :
Chez les humains, un genre féminin est imposé culturellement à la femelle pour en faire une femme
sociale et un genre masculin au mâle pour en faire un homme social. Mais, quand on parle de
différences de sexes, on ne fait pas la part de cette construction sociale : sexe et genre coïncident dans
le langage commun. Les ouvrages de Margaret Mead en 1935 (Trois sociétés primitives de Nouvelle-
Guinée), en 1948 (L’un et l’autre sexe. Les rôles d’homme et de femme dans la société), nous montrent
que les tempéraments masculin et féminin peuvent varier selon la société et relativise ainsi la
coïncidence entre sexe et genre. Elle met ainsi en exergue la construction sociale du rôle sexuel à partir
duquel se construira la notion de genre. En 1949, Simone de Beauvoir éclaircit cette proposition en
disant qu’on ne naît pas femme mais qu’on le devient. Ce que Andrée Michel, en 1949 et 1960, va
démontrer en prenant une perspective sociologique parsonienne c’est-à-dire, structuro –
fonctionnaliste dans laquelle les places et les activités des individus ne sont pas considérées comme
découlant de leur nature ou de leurs capacités propres mais de l’organisation sociale. Le fait de parler
des rôles des femmes et des hommes dans cette perspective parsonienne, aide à dépasser la
naturalisation des positions et des occupations respectives des sexes. Pourtant, Andrée Michel s’écarte
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du postulat d’harmonie entre les sexes de Parsons et du cantonnement des femmes dans les rôles
traditionnels ; pour elle, si la position des femmes est socialement déterminée alors elle est
changeable. Le concept genre est l’héritier direct du terme « rôles de sexe ».
Nous étudierons les rapports sociaux de sexe en abordant successivement :
- La naturalisation et la dénaturalisation de la femme
- La construction et la déconstruction de la notion de genre
- La production et la reproduction
Nous déplaçons ainsi le paradigme dans le domaine du genre car, les découvertes scientifiques naissent
de postulats, de concepts et de propositions essentiels qui, réunis sous une forme matricielle appelée
paradigme, savent se féconder mutuellement. Mais, à la longue, l’expérience scientifique montre les
limites de la fécondité de la matrice qui perd sa capacité à engendrer de nouvelles découvertes. Il faut
alors changer de paradigme et en trouver un plus fécond. Les bonds dans la recherche, ont toujours
eu lieu lors des changements de paradigmes.
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Chapitre I : Naturalisation et dénaturalisation de la femme
Introduction
L’homme et la femme ont des caractères biologiques irréductibles. Mais la question est de savoir si
ceux-ci déterminent par avance la vie des hommes et des femmes. A cette question, les existentialistes
comme Sartre répondent que l’homme n’est pas déterminé par avance, par son essence mais qu’il est
libre et responsable de son existence. En sciences humaines et sociales, cette liberté est fortement
relativisée par le fait même que l’homme vit dans une société.
Rappels sur les faits sociaux
Selon Durkheim, dans Les règles de la méthode, p.5, les faits sociaux « consistent en des manières
d’agir, de penser et de sentir, extérieures à l’individu, et qui dont douées d’un pouvoir de coercition
en vertu duquel ils s’imposent à lui. »
p.7 « la plupart de nos idées et de nos tendances ne sont pas élaborées par nous, mais nous viennent
du dehors, elles ne peuvent pénétrer en nous qu’en s’imposant. »
Mais le fait social n’est pas immédiatement donné à l’observation, il faut une méthode pour le dégager
de tout alliage et pour être en mesure de l’observer.
Et si déjà, nous pouvons relativiser la liberté des hommes dans la société, quand est-t-il alors de celle
des femmes qui ne sont pas au centre des dispositifs de pouvoir et dont on nie souvent les
responsabilités.
Pour mieux comprendre, nous allons aborder le sujet du point de vue des essentialistes comme Robert
Stoller et Ann Oakley qui, tout en relativisant les notions de féminité et de masculinité, continuent d’en
parler naturellement puis, nous allons déconstruire cette naturalisation et montrer comment les plus
grandes idéologies ont pu s’imposer par ce biais.
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1- Essentialisme
Le psychanalyste américain Robert Stoller, dès 1955, à L’université de Californie à Los Angeles, fut le
premier à comprendre l’importance de l’étude de la transsexualité pour mettre à jour le
développement de l’« identité de genre ».
Son objectif était de trouver des racines non biologiques du comportement, aux extrémités du
continuum. Robert Stoller utilise l’analyse psychologique pour étudier les origines du comportement
de genre et en l’occurrence, chez une femme qui a une masculinité naturelle et chez un homme qui a
une féminité naturelle. C’est à cette fin qu’il étudie le développement et le maintien de l’« identité de
genre », concept qu’il invente pour mesurer les différents degrés de masculinité et de féminité que
l’on peut trouver chez une personne. Pour Stoller, l’« identité de genre » est un état psychologique
dans lequel, la masculinité ou la féminité domine et pour lui, le sexe et le genre ne sont pas forcément
liés.
Stoller se détourne alors de l’angoisse de castration et de l’envie de pénis de Freud pour dire que « la
masculinité n’est pas mesurée par la longueur des cheveux mais par la conviction d’une personne que
les cheveux longs ou courts sont masculins. » L’environnement joue un grand rôle dans cette
conviction et par conséquent, dans l’identité féminine ou masculine.
Malgré ce relativisme, Stoller conçoit la féminité et la masculinité comme existant en soi, sans cause
connue. Pour lui, seule la part de l’une ou l’autre peut varier et la féminité et la masculinité sont
l’essence des femmes et des hommes.
Les travaux de Robert Stoller prennent une acception sociologique à partir de 1972, avec Ann Oakley,
au moment de l’explosion féministe. Puis fondu, dans les théories de Deleuze et Derrida ces travaux
donneront aussi lieu au mouvement Queer vers la fin des années 80. Ce dernier mouvement, s’attache
à indiquer la porosité des frontières entre l’hétérosexualité et l’homosexualité mais, c’est à un moment
où le travail de dénaturalisation des sexes avait déjà commencé.
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Après les travaux de Robert Stoller, Ann Oakley, avec Sex, Gender and Society publié en 1972, fait
partie des premiers auteurs qui ont utilisé le terme de genre. Voici la définition qu’elle en donne « Le
mot « sexe » se réfère aux différences biologiques entre mâles et femelles : à la différence visible entre
leurs organes génitaux et à la différence corrélative entre leurs fonctions procréatives. Le « genre »,
lui, est une question de culture : il se réfère à la classification sociale en « masculin » et « féminin ». »
Elle expose de façon critique les recherches en psychologie différentielle des sexes et fait le point sur
l’inné et l’acquis dans les différences d’aptitudes et d’attitudes entre les hommes et les femmes. Mais,
son concept du genre regroupe toutes les différences constatées entre les hommes et les femmes,
qu’il s’agisse de différences individuelles étudiées par les psychologues, des rôles sociaux ou des
représentations culturelles étudiées par les sociologues et les ethnologues.
C’est peu à peu qu’une indépendance du genre par rapport au sexe va apparaître et permettre
l’enrichissement du concept de genre. Par contre, la ligne de partage entre genre et sexe reste de
l’ordre du débat, nous l’aborderons dans le cours.
2- La dénaturalisation des sexes
Concevoir un mélange de masculinité et de féminité dans un même individu est une avancée notable
par rapport à la première conception d’état de mâle et d’état de femelle mais Stoller lui-même parle
de féminité et de masculinité naturelle et on voit que cette avancée ne suffit pas pour dénaturaliser
nos conceptions de femme et d’homme.
On peut se demander pourquoi on a besoin de dénaturaliser. A cette question, on peut apporter dès
à présent, un début de réponse en disant que l’être humain ne peut être uniquement défini par sa
nature : son langage, son comportement physique (la tenue verticale, la marche) et son organisation
en groupe (ses structures élémentaires de la parenté en vue d’une prohibition universelle de l’inceste)
ne lui sont pas attribués par la nature mais par ses propres productions culturelles.
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Aussi, lorsqu’on dit que la position subordonnée des femmes serait due à des contraintes biologiques
naturelles pesant sur elles, cela nous semble relever d’un contre sens que nous envisageons de réparer
en isolant le sexe biologique du sexe social.
2-1- Le sexe biologique et le sexe social
Le sexe biologique est constitué de chromosomes, d’organes génitaux externes, de gonades (les
glandes sexuelles, les organes qui produisent les gamètes : les testicules sont les gonades mâles et les
ovaires sont les gonades femelles) ; d’appareils sexuels internes (par exemple, utérus, prostate), d’état
hormonal et de caractères sexuels secondaires.
Ce qui semble être contraignant dans la biologie du sexe féminin est lié au fait de mettre au monde
des enfants mais nous allons voir comment l’appareil reproductif des femmes est accaparé, en pliant
les impulsions sexuelles individuelles aux formes de l’organisme social. Pour la survie des peuples en
tant que société humaine, il y a eu une organisation sociale capable de rentabiliser le corps des femmes
comme des machines à reproduire.
Par rapport à d’autres mammifères, l’espèce humaine est relativement infertile ; cela s’explique en
partie par la dissociation de ses pulsions sexuelles et de ses mécanismes hormonaux d’ovulation. Le
désir sexuel peut y exister en dehors de tout conditionnement procréatif et plus encore, en dehors de
la distinction des sexes.
Ce divorce potentiel entre sexualité et reproduction présente lui-même une double facette. La
fécondation peut avoir lieu en dehors du désir sexuel de la femme. Il est donc possible de la lui imposer.
Le mariage apparaît alors, non plus seulement comme le lieu de la filiation et de l’alliance, ou de celui
de la division sexuelle du travail, mais comme l’institution sociale la plus simple et la plus générale qui
permette l’exposition maximale et régulière des femmes au risque de grossesse, comme une
couverture de toutes les possibilités de fécondation contrainte au devoir conjugal.
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Cette forme d’organisation sociale passe par la domestication de la sexualité des femmes avec sa
spécialisation à des fins reproductives. Mais, pour ne pas être privé, l’homme va aussi être à la base de
la création des classes de femmes : celles avec qui une sexualité de plaisir est permise et celles
destinées à une sexualité génito reproductive.
Même avant le mariage, la liberté sexuelle des filles est surveillée, pour leur apprendre à se soumettre
à la stricte hétérosexualité conjugale reproductive.
Le contrôle de l’âge du mariage est un mécanisme souple de régulation de l’exposition au risque de
grossesse et donc de natalité, c’est une division horizontale de la classe des femmes. En période de
crise, on retarde l’âge du mariage et en période de relative abondance, on avance l’âge du mariage. Il
y a une dissociation organisée biologiquement et socialement entre sexualité et reproduction.
Nous venons de voir la dissociation biologique, la dissociation sociale quant à elle, consiste en la
distinction des cas où la reproduction est admise ou même exigée (partenaires, moments…) des cas
où la sexualité ne doit pas aboutir à la procréation. Cette organisation sociale introduit une division
verticale de la classe des femmes et une réglementation pour canaliser la sexualité extra-conjugale.
Les interventions sur la sexualité visent à produire un organisme féminin spécialisé dans la
reproduction. La sexualité des femmes est donc ramenée en arrière, à un point d’où l’évolution psycho-
biologique même de la sexualité des êtres vivants l’avait justement fait sortir, Paola Tabet,
anthropologue du sexe parle d’un renversement complet de l’héritage hominien.
Contrairement à la pensée naturaliste et essentialiste, la prise en considération de la nature psycho-
biologique humaine montre un travail social considérable sur cette biologie : la mainmise sur les
reproductrices elles-mêmes, l’accès à leur territoire corporel pour contrôler leur identité, pour les
aliéner, les déposséder des fruits de leur reproduction et se les approprier de la façon la plus complète
possible.
Le sexe dans ses aspects idéels et matériels fonctionne comme paramètre dans les rapports sociaux
concrets et les élaborations symboliques.
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2-2- appropriation du corps féminin
En dehors des réglementations de l’âge du mariage, le contrôle de la reproduction peut porter sur le
cycle reproductif qui va du coït à la fin de l’allaitement. On peut inciter la femme à s’abstenir pendant
l’allaitement pour limiter les naissances et protéger la vie de l’enfant mais cela suppose également
l’abstinence des hommes. Dans les sociétés chrétiennes comme la France, le débat au sein de l’église
a tantôt privilégié la vie de l’enfant et la continence du mari, tantôt le besoin sexuel de ce dernier pour
ne pas le prédisposer à l’adultère qui est un péché mortel. Dans les sociétés musulmanes, la permission
a été donnée à l’homme d’avoir plusieurs femmes.
La forme d’interruption du cycle reproductif réalisée en confiant la deuxième partie du cycle
(l’allaitement) à une deuxième femme – et donc en libérant la première pour le service sexuel, pour
une nouvelle grossesse, pour les activités sociales des bourgeoises, pour le travail à l’atelier des
ouvrières – est une solution privilégiée dans les sociétés hiérarchisées. Pourtant, de nombreux enfants
perdaient la vie en nourrice.
La contraception moderne parfait la séparation entre sexualité et procréation, elle introduit la non
nécessité de procréer à l’intérieur même des rapports biologiquement reproductifs. Elle permet donc
– quoiqu’avec un coût considérable – une maîtrise des femmes sur leur corps.
Dans les sociétés occidentales actuelles, la libération sexuelle aboutit tendanciellement à un usage
multiple et accéléré des filles, selon les modalités d’une sexualité de consommation masculine d’où
une sexualité féminine toujours contrainte. Lorsque les femmes essaient de se libérer et n’obéissent
plus à la classification verticale des hommes à savoir, faire un choix tangible de sexualité reproductive
ou épicurienne alors, elles sont des prostituées potentielles et les hommes essaieront de les traiter
comme telles.
Quand les femmes évoluent dans des sociétés universalistes, les signes extérieurs de distinction
tendent à s’effacer mais ce sont les femmes qui encourent le plus de risques d’une sexualité mal
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maîtrisée. Une femme qui décide de faire seule des enfants non désirés par un homme, a longtemps
fait l’objet d’un ostracisme et les enfants nés de tels types de relation ont longtemps été méprisés et
injuriés (bâtard) avant l’existence des centres maternels. Les hommes acceptent rarement de subir
dans leur corps les modalités de maîtrise de la reproduction sauf dans les cas où les risques s’élèvent
également pour eux. C’est le cas des hommes riches et qui, pour perpétuer leur nom et leur pouvoir
de façon efficiente, choisissent les femmes avec qui, ils veulent avoir la meilleure descendance
possible, ce qui revient aussi à limiter cette descendance.
Il n’y a pas de symétrie des rôles reproductifs pour les deux sexes, on n’essaie de ne manipuler que la
sexualité des femmes et, la procréation, au lieu d’être l’aboutissement d’un processus banal qui
nécessite deux sexes, devient l’essence, la nature même des femmes.
2-3- Naturalisation traditionnelle du corps des femmes
Les moyens qui assurent l’appropriation du corps des femmes dans le but reproductif sont :
- L’apprentissage ou le dressage au coït
- La contrainte physique et psychique au devoir conjugal
- La surveillance exercée sur la fécondation, la grossesse et l’accouchement.
- L’appropriation du temps
- La charge physique des membres invalides du groupe (invalides par l’âge – bébés, enfants,
vieillards – ou malades, infirmes) ainsi que des membres valides de sexe mâle
Le dressage des femmes vise à la fois une soumission collective et une soumission de chaque femme
dans sa relation de mariage avec un homme déterminé.
Dans le but d’une appropriation privée de la femme, sa sexualité est canalisée vers un seul type, celui
du coït car, le meilleur moyen pour un mari de garder sa femme est de la mettre en ceinte le plus tôt
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et le plus souvent possible. Il faut immobiliser les femmes pour les faire engendrer et les féconder pour
les immobiliser.
Une fois une grossesse entamée, il faut surveiller la femme pour qu’elle ne se libère pas de l’enfant par
le recours aux techniques d’avortement et d’infanticide dans lesquels elles avaient développées des
capacités. Ces capacités étaient diabolisées et les soignants de sexe féminin, versés dans ces
techniques, étaient traités de sorcières.
Pour mieux exercer cette surveillance, on immobilise davantage la femme, en manipulant encore une
fois, son corps. Ces manipulations peuvent prendre la forme :
- D’un gavage prénuptial, jusqu’à ce que la femme n’arrive plus à marcher et dandine
- D’un ceintrage de la taille avec des corsets
- D’un travail sur leur poitrine
- D’incitation au port d’habits et de chaussures encombrants ou limitatifs sur le plan de la
motricité.
On peut voir comment les silhouettes, les façons de marcher, de se tenir, de se comporter
naturellement liées à la féminité, c’est-à-dire à l’identité sexuelle, la capacité d’une femme à aimer son
corps et à en jouer dans les relations érotiques, ne sont acquis en réalité que grâce à des interventions
sociales sur le corps de la femme.
2-4- Naturalisation moderne du corps de la femme
De nos jours, les salles de remise en forme et la chirurgie esthétique permettent de parfaire et
d’inscrire dans le corps humain les conceptions de la féminité et de la masculinité du corps social. Dans
ces endroits, on accentue les critères de féminité et de masculinité socialement construits.
Les territoires des clubs de remise en forme sont généralement mixtes mais les hommes et les femmes
l’occupent de façon différentielle. Pour travailler leur corps de façon autonome, les femmes vont se
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diriger vers les machines les plus modernes, qui nécessitent peu de force physique et les hommes se
dirigent vers les outils nécessaires à l’haltérophilie.
Les séances sportives animées, sont davantage fréquentées par les femmes, le sport n’a pas
suffisamment fait partie de leur éducation pour qu’elles soient aussi autonomes que les hommes dans
sa pratique. Dans les séances du matin, on retrouve des personnes du troisième âge avec une
proportion d’homme non négligeable, c’est une tranche d’âge dans laquelle les différences biologiques
et sociales de la sexuation sont en baisse. Sur l’heure du midi, on retrouve une population active de
femme avec une très faible proportion d’hommes car les femmes prennent sur leur temps propre, leur
temps de pose pour déjeuner alors que les hommes préfèrent et peuvent choisir les sociabilités de
partage de repas avec leurs collègues. Ces types de sociabilité peuvent d’ailleurs avoir des retombées
bénéfiques sur le plan promotionnel or les femmes qui ont des obligations familiales l’après midi ne
peuvent profiter de telles opportunités quand elles choisissent de faire du sport. Les séances animées
du soir, lorsqu’elles sont consacrées au renforcement musculaire et non aux fessiers, abdominaux,
hanches et tailles c’est-à-dire, au centre de la féminité essentialiste, seront fréquentées par un nombre
assez important d’hommes. En effet, les hommes prennent beaucoup plus facilement sur le temps
familial.
Si les observations ne semblent pas très claires, on peut aussi se référer au coaching des animateurs
qui parlent sans détours des fesses, du ventre, des hanches que l’on doit reloger et qui encouragent le
public à projeter le corps le plus parfait possible, sur la plage l’été ou dans un jean moulant l’hivers.
Non seulement l’observation de la fréquentation d’une salle de sport montre des usages sociaux du
temps et du corps selon le sexe et l’âge mais encore, on voit que les femmes viennent pour avoir une
bonne forme physique et morale en renforçant le centre de leur féminité et leur sociabilité alors que
les hommes viennent pour renforcer leurs muscles.
On peut se demander pourquoi les femmes n’essaient pas d’être plus fortes quand elles en ont
l’occasion au lieu de se contenter d’inscrire les critères de féminité socialement déterminés sur leur
corps ? Le cas des femmes sportives étudiées par Bohuon Anaïs et Louveau Catherine de l’Université
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de Paris XI et dont les résultats partiels ont été présenté au deuxième congrès de l’association française
de sociologie en septembre 2006, nous apporte une réponse éclairante.
Les femmes en s’engageant dans des sports « de tradition masculine » sont confrontées à des
résistances qui rendent parfois leur accès à ces disciplines difficiles. L’athlétisme féminin se caractérise
par une ouverture différentielle des épreuves et un accès tardif aux dernières disciplines instituées
officiellement, comme le triple saut, le marteau et la perche. L’argument biologique, véhiculé par les
médecins qui expliquent que les différences de sexe ont des origines génétiques et hormonales, tend
à les rendre immuables, d’autant qu’elles se forment ici sur le terrain du physique, de la force et de la
puissance. Pourtant, on permet aux hommes de pratiquer des sports très dangereux pour eux comme
le football, l’autoprotection des hommes dans les coups francs en dit long. Howard Becker, en 1985,
montrait que les médecins pouvaient être des entrepreneurs de morale mais cette recherche de
Bohuon Anaïs montre que l’influence des médecins n’a pas été déterminante et que, lorsqu’il s’agit de
notions de fragilité, de maternité et de quelque autre spécificité du féminin, les plus influents restent
les membres des institutions dirigeantes détenant le pouvoir décisionnaire. La domination masculine,
ancrée dans les esprits des représentants de la société l’a emporté sur le discours médical
contemporain.
L’incompatibilité du sport avec la féminité et la mise en question de l’identité de sexe des sportives
sont souvent réactualisées et il est intéressant d’étudier les arguments qui sont avancés. C’est pour
cela que nous allons étudier l’argumentaire des doutes sur l’identité sexuée des sportives qui s’est
construit à cause de leur morphologie. En effet, dans les années 60, on met en place un test de féminité
pour les sportives concourant dans les compétitions internationales. Voulu par les instances sportives
et par les médecins, ce test doit établir que les concurrentes sont de vraies femmes (XX), le souci
déclaré étant qu’elles concourent à armes égales. Controversé quant à ce qu’il prétend garantir et
mesurer de la féminité, le test sera supprimé en 2000 pour les épreuves olympiques mais demeure
appliqué dans certaines compétitions internationales. Ce test peut être considéré comme un analyseur
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du procès de virilisation des femmes. Même dans les sociétés modernes, il existe des instances
représentatives pour veiller à la répartition des rôles entre les femmes et les hommes.
Une femme doit être caractérisée par la féminité socialement élaborée à savoir, renvoyer une image
de fragilité et de disponibilité pour que l’homme puisse continuer à exercer sa force en protégeant la
femme et en profitant de sa disponibilité. La femme doit accepter la socialisation inhibitrice de ses
capacités d’autodéfense pour développer sa force morale ou sa muliérité. Muliérité est un néologisme
développé par Christope Dejours dans les années 70 pour essayer de compenser le vide laissé par
l’absence de terme symétrique à celui de virilité. La virilité désigne une force morale directement
déduite de la capacité physique masculine, elle témoigne de l’idéologie phallique qui est une
célébration de l’anatomie mâle, du phallus ou sexe mâle en érection. Son contraire, efféminé,
désignant une faiblesse et non une force, il devenait impossible de désigner une femme d’une grande
force morale sans l’assimiler à un homme. Parfois, les psychologues vont jusqu’à assimiler la force
morale des femmes à un symptôme de névrose appelé envie de pénis et culpabilisent les femmes
quand à leur envie d’avoir du pouvoir. Le pouvoir c’est viril, c’est phallique, le désirer c’est une envie
de pénis. Mais, même le terme muliérité de Dejours, n’arrive pas à être la symétrique de virilité
puisqu’il désigne l’aliénation de la subjectivité dominée de la femme dans le statut de soumission. On
est dans une logique circulaire, on renforce la dépendance des femmes en les incitant à limiter leurs
capacités physique et cinétique avec le port d’habits limitatifs puis on les déclasse socialement parce
qu’elles ne savent pas se défendre.
De cette façon, on se retrouve dans un monde où l’on demande aux femmes de porter une grande
attention sur leur corps. Responsabilisées sur l’utilisation de leur corps, les femmes deviennent
également responsables des actes sexuels non approuvés par les règles sociales comme dans le péché
originel. Et pour qu’elle n’oublie pas les injonctions sur son corps, il faut faire en sorte qu’elle éprouve
de la culpabilité et c’est dans ce cadre que va naître les centres maternels. Si ces dernières ont
beaucoup évoluées depuis leurs origines au XIX ième siècle et leur reconnaissance légale plus tardive
avec le Décret-loi du 29 juillet 1939 dit Code de la famille qui précise dans son article 98 qu’une maison
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maternelle doit exister dans chaque Département et qu’elle sera intégrée aux moyens du service de
l’Aide sociale à l’Enfance. Les maisons maternelles ainsi reconnues peuvent accueillir, selon l’article 98,
« les personnes enceintes d’au moins sept mois et les mères avec leur nouveau-né », il n’existe toujours
pas de centre paternel. Les hommes se sont plus responsabilisés face aux naissances non
conventionnelles mais cela reste de l’ordre du choix. Or lorsque les femmes, choisissent de se libérer
de leurs rôles parentaux, comme dans l’accouchement sous X, elles en portent les stigmates.
Le corps humain tel que nous rentrons en relation avec lui n’est pas naturel, s’il l’était, nous ne nous
tiendrions pas verticalement et nous ne parlerions pas une langue déterminée, nous traînerions à
quatre pattes et nous crierons. Pour le neveu de Durkheim Marcel Mauss, le corps est le premier
instrument ou le premier objet technique de l’être humain. Le corps est le théâtre d’un fait social total.
« L’acte s’impose du dehors, d’en haut, fût-il un acte exclusivement biologique concernant son corps. »
(Mauss M., in Sociologie et anthropologie, PUF, 1950, p.369)
Le poids, la taille, le maintien du corps, sont non seulement des produits culturels mais aussi des
produits de classe sociale. D’après Bourdieu (dans La perception sociale du corps, in Les Actes de la
Recherche en Sciences Sociales n°14, avril 1977, p.52), tout corps, lorsqu’il est perçu et nommé, donc
objectivé par le regard des autres, peut être aliéné c’est-à-dire, devenir un objet distinct qui peut avoir
une existence distincte en dehors du sujet. Il y a donc des enjeux sociaux, culturels et politiques pour
contrôler les normes et les usages du corps. C’est dans ce cadre que rivalisent les classes sociales, les
sociétés ou les religions pour imposer leurs définitions du corps. Comme dans toute domination,
lorsqu’elle devient totale, l’acteur doit aussi exprimer son approbation. La domination se construit
avec le dominé, il faut qu’il donne des signes d’acquiescement, de consentement qu’il le pense ou non.
En plus, les hommes et les femmes appartiennent à la même société, partagent les mêmes espaces de
vie, la personne dominée adopte les mêmes définitions normalisées. Les corps aliénés dans des classes,
des cultures et des religions dont le principe fondateur est aussi la domination masculine, seront
encore plus aliénés lorsqu’il s’agit de corps féminin. Ainsi chaque classe, chaque culture, chaque
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religion, aura sa façon spécifique de constituer le corps féminin en objet ; cela peut être par la
dénudation ou par la dissimulation.
Les procédures d’incorporation commencent avant la naissance des enfants, continue à la naissance
(massage du bébé), à l’enfance et à tous les âges de la vie avec l’éducation. Si elles ne sont pas
naturelles elles se font donc par le biais de rapports sociaux.
3- Naturalisation des rapports sociaux de sexe
Les rapports sociaux sont ainsi ancrés dans le biologique mais ce qui est particulier c’est que ce
biologisme ne s’applique qu’à un seul des deux sexes, le féminin même si, les deux catégories de sexe
sont réifiées dans une conception fondamentalement essentialiste, fixiste, de la différence de sexe.
Le sexe n’est pas toujours directement visible, il faut l’actualiser et le rendre apparent à travers le
corps. L’une des fonctions sociales du corps est justement d’actualiser la division sociale des sexes.
« Autour de l’appareil reproducteur externe, femelle ou mâle, une construction matérielle et
symbolique est élaborée, destinée à exprimer d’abord, à mettre en valeur ensuite, à séparer enfin les
sexes. Cette construction double un rapport social matériel qui n’a lui rien de symbolique : celui de la
division socio-sexuelle du travail et de la distribution sociale du pouvoir. Une telle construction fait
apparaître comme hétérogènes l’un à l’autre, d’essence différente, les hommes et les femmes. »
(Colette Guillaumin, 1992, p.117)
L’hypothèse paraît admise dans toute société – où elle fonctionne comme fondement idéologique de
la division sexuelle (qu’elle soit de travail, de l’espace, des droits et obligations, de l’accès aux moyens
d’existence…) – que le corps humain est sexué. Pourtant, ce n’est pas très original, tous les êtres
organisés qui se reproduisent par croisement sont dotés d’un sexe femelle ou d’un sexe mâle. En vertu
de cette sexuation, il convient d’intervenir dans ce sens. « Car cette sexuation ne doit pas être aussi
évidente qu’on le proclame puisque le travail de le rendre sexué, de le fabriquer tel, est une entreprise
de longue haleine, commencée (…) dès les premières secondes de la vie, et (…)(elle) n’est jamais
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Théorie des genres
Séquence 1 : Chapitre I : Naturalisation et dénaturalisation de la femme
achevée car chaque acte de l’existence est concerné et chaque âge de la vie introduit un chapitre
nouveau de cette formation continue. Et que toutes les choses acquises : réflexes, habitudes, goûts et
préférences, doivent être maintenues soigneusement, entretenues méthodiquement par
l’environnement matériel aussi bien que par le contrôle exercé par les autres acteurs sociaux. Cette
« fabrication » ne se limite pas à des interventions purement anatomiques qui concernent la seule
apparence du corps et ses réactions motrices mais, par le biais de ces pressions et incitations
physiques, elle construit également une forme particulière de conscience. » (Colette Guillaumin, 1992,
p.118)
« Si les femmes sont des objets dans la pensée et l’idéologie, c’est que d’abord, elles le sont dans les
rapports sociaux, dans la réalité quotidienne dont l’intervention sur le corps est l’un des éléments clefs.
Ces mêmes interventions jouent pour les hommes dans le sens de la construction d’un sujet, sujet de
décision et d’intervention sur le monde. »
L’imputation de naturalité est portée contre les appropriés et les dominés : ne sont naturels que ceux
qui se trouvent dans le groupe dominé. Les dominés sont enfermés dans leur être.
Dès qu’on veut légitimer le pouvoir qu’on exerce, on crie à la nature, la nature de cette différence.
L’être humain est différent des autres animaux. Il est entre nature et culture et c’est sur les éléments
mêmes qui les différencient des autres animaux et qu’ils n’acquièrent que par le biais de la socialisation
– à savoir, la parole, la marche… - qu’on agit pour faire la différence entre homme et femme.
Le naturalisme ne vise pas indifféremment tous les groupes impliqués dans les rapports sociaux ou
plus exactement, s’il les concerne tous, il ne les vise pas de la même façon ni au même niveau.
L’imputation d’une nature spécifique joue à plein contre les dominés. Ces derniers sont censés relever
totalement et uniquement d’explications par la nature, par leur nature. Du point de vue idéologique,
ils sont immergés absolument dans le naturel. Par contre le groupe dominant est appréhendé comme
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résistance à la nature, conquête sur la nature, le lieu du culturel, du politique, du distancié par une
conscience.
Cela implique que la nature des hommes tend à se transcender elle-même, à se transformer ou à se
dominer… alors que la nature des femmes est fondamentale, immobile, permanente, cyclique mais en
aucun cas, n’entretient avec elle-même et le monde extérieur des rapports dialectiques et
antagonistes, c’est une pure nature. Or, le rapport des femmes au monde extérieur est codifié de façon
rigide et limitative, les femmes sont tenues à l’écart de toutes les nouveautés.
Les actions que les femmes effectuent dans un rapport de classe telles que la lessive, la cuisine, les
soins aux enfants… sont attribuées à une nature qui serait à l’intérieur d’elles et qui, hors de toute
relation, les pousserait à faire tout cela et mieux les faire que quiconque.
Le coup de la nature tente de faire des femmes, des êtres clos, finis, qui poursuivent une tenace et
logique entreprise de répétition, d’enfermement, d’immobilité, de maintien en l’état de l’ordre ou du
désordre du monde.
Mais, d’après Colette Guillaumin, si le naturalisme dit le type de rapport social, il ne permet pas de
l’analyser car, il s’agit de rapports sociaux intra spécifiques et non inter spécifiques. Les dominés sont
dans la nature et la subissent alors que les dominants surgissent de la nature et l’organisent.
« L’idée de nature est l’enregistrement, au fond tout à fait banal, d’un rapport social de fait (…) un
constat prescriptif (…) le constat de la place particulière qu’occupent ceux qu’on appelle les esclaves
ou celles qu’on appelle les femmes est associé à l’obligation intimée de conserver cette place puisqu’ils
sont « faits comme cela » » (Colette Guillaumin, 1992, p.81)
Mais les femmes sont une classe, non une espèce. Ce sont des rapports sociaux très concrets et très
quotidiens qui fabriquent leur classe. Pourtant, même cette définition en terme de rapports sociaux,
ne suffira pas à rendre compte de la catégorie des femmes qui reste très hétérogène. En effet, dans
les années 80, des féministes noires et des pays colonisés taxent d’essentialisme le féminisme
dominant, en l’occurrence celui des femmes blanches. Elles leur reprochent de fonder une catégorie
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de femmes sur le partage de caractéristiques biologiques ou culturelles communes. Pour elles, le
féminisme dominant postulerait une féminitude (caractère propre à l’ensemble des femmes) partagée
par toutes les femmes qui masque les différences de statut économique et politique. Ces femmes
réclament qu’on tienne aussi compte de leurs origines socioculturelles. Ce courant féministe des
années 80 est revenu dans l’actualité de nos cités dans lesquelles les catégories populaires sont
majoritairement issues de culture maghrébine et africaine. La revendication du port du voile nous
donne à voir des femmes qui se désolidarisent de la représentation féministe universaliste. Les
recherches récentes de Christine Delphy dans Nouvelles questions féministes de septembre 2006
reconsidèrent ce fait à la lumière du courant des blacks féministes.
Mais pour finir ce chapitre, nous allons revenir sur des faits qui concernent l’ensemble des femmes et
qui portent sur les stigmates de la naturalisation du corps des femmes. Souvent, ils se manifestent sous
forme de violence ou de sexisme ordinaire. Ces violences peuvent être physique, sexuelle et/ou
psychologique ; elles peuvent avoir lieu dans la vie privée ou publique et ceci, dans le but d’intimider,
de punir, d’humilier les femmes. On les retrouve dans le harcèlement sexuel et dans la prostitution. Le
sexisme se retrouve dans le langage ordinaire et dans le langage scientifique.
4- Harcèlement sexuel
Ce sont des féministes américaines des années 70, de l’Université de Cornell qui ont désigné pour la
première fois sous le terme de harcèlement sexuel (sexual harassment) ce genre de comportement.
Catherine Mac Kinnon, en 1979, toujours aux Etats-Unis, va l’introduire sur le plan juridique et légale
et le faire reconnaître comme étant une forme de discrimination sexuelle. En effet, sur leurs lieux de
travail, les femmes subissaient des blagues salées, des commentaires sur leurs formes ou leurs
vêtements, sur les défauts qualifiés de féminins. On les traitait de façon condescendante ou bien on
leur demandait des gratifications sexuelles en échange de promotion. Or ceci est une expression du
pouvoir des hommes sur les femmes. En 1987 Michael Rubenstein définit le harcèlement sexuel pour
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la commission européenne en les termes suivants : « une conduite verbale et physique de nature
sexuelle dont l’auteur sait ou devrait savoir qu’elle est offensante pour la victime ».
Elisabeth Stanko, en 1988, montre que le harcèlement sexuel est un élément déterminant de la
ségrégation féminine au travail mais en Europe, le harcèlement sexuel commis par les collègues a été
exclu du champ d’application de la loi. La motivation réelle des législateurs visait surtout à trouver un
consensus pour réprimer les abus, tout en sauvegardant la conception masculine de la séduction et
des rapports offensifs ou de domination qu’elle suppose. Pourtant les femmes, dans leur recherche de
compromis pour évoluer dans ce monde d’homme, minimisent d’elles-mêmes les faits et considèrent
le harcèlement sexuel de manière restrictive. Dans beaucoup de pays, les syndicalistes féministes se
sont efforcées d’introduire dans les conventions collectives des clauses sur le harcèlement sexuel mais
cela ne s’est pas produit en France
5- Prostitution
public/privé, classification masculine verticale des femmes
Dans la prostitution, les femmes sont réifiées au service de la sexualité déresponsabilisée des hommes
(Unesco/FAI, colloque Madrid, 1986). Pendant longtemps, la question n’apparaît que sous l’angle de
la santé publique, au XIX ième siècle avec la peur de la syphilis, en 1980 avec la peur du Sida. Or cette
perspective entraîne des mesures comme la réouverture des bordels, le Bus des femmes qui tendent
à faire reconnaître la prostitution comme un métier ; cela est finalement arrivé en Allemagne en 2002 :
la loi y accorde en effet une couverture sociale (assurance-maladie, chômage) à celles (et ceux) qui le
pratiquent; elle leur donne même la possibilité de porter plainte contre un employeur ou un client qui
ne respecterait pas ses engagements.
Ces premières découvertes nous permettent déjà de décrypter la façon dont les rapports sociaux de
sexe sont pris en compte dans les analyses en sciences humaines et sociales.
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6- Analyses des discours
Les représentations idéologiques sur les sexes s’expriment de façon totalement inconsciente mais très
matérielle au niveau des structures syntaxiques et lexicales des énoncés scientifiques et celui des
discours courants
Dans les discours étudiés, on observe à la fois, la connaissance de la relation fondamentalement
dissymétrique qui constitue les classes de sexe et le refus de la prendre en charge, de la dire
explicitement et de la constituer en tant que cadre déterminant de l’analyse.
Le point de vue de l’énonciateur est nécessairement inclus dans son énoncé. Le groupe dominant est
construit comme référent social, image du sujet énonciateur, par rapport auquel le groupe dominé est
indifférencié. C’est une représentation idéologico-linguistique, un habitus linguistique qui s’est
officialisé pour mieux fonctionner.
Le modèle linguistique est un instrument d’action et de pouvoir. Les rapports de communication sont
aussi des rapports de pouvoir où s’actualisent les rapports de force entre les locuteurs et leurs groupes
respectifs
ETUDE DES EXTRAITS DE TEXTES
Nous allons étudier quelques extraits de texte relevés et analysés par Claire Michard-Marchal, Claudine
Ribéry, Colette Guillaumin et Nicole Claude Mathieu. Le but est de relever les dissymétries de
construction linguistique.
C’est principalement en référence à la catégorie fondamentale de l’animation que s’effectuent les
dissymétries formelles dans les discours. D’une façon générale, les hommes sont construits comme
des êtres animés humains et les femmes soit comme des animés non humains soit comme des non
animés. Et cela, même lorsque le sens apparent de l’énoncé leur attribue une action.
Quand on ne prend pas en compte la catégorie de sexe, au lieu de décrire une société, on ne décrit
que l’activité des dominants, passant sous silence l’activité des femmes.
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Une autre façon de décrire est de mettre tous les actifs au compte des hommes et de constituer ainsi
un être que l’on croit homme dans la société décrite mais qui n’existe pas en tant que tel, en tout cas,
ne réalise pas tout ce que l’on met à son compte. L’absence de description de certaines activités
féminines laisse en blanc un pan de la réalité sociale.
Réserver le général et l’universel aux hommes, révèle une présence cachée des hommes et une
oblitération réelle des femmes. Ce déséquilibre vient d’un problème méthodologique car cela ne
donne que le point de vue des hommes sur la place des hommes et des femmes.
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