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Théorie Des Genres - SEQ1 2

Le document traite de la naturalisation et dénaturalisation de la femme dans le cadre de la théorie des genres, en examinant les rôles sociaux de sexe et les constructions culturelles qui influencent l'identité de genre. Il aborde les contributions d'auteurs comme Margaret Mead et Simone de Beauvoir, ainsi que les perspectives essentialistes et sociologiques sur la féminité et la masculinité. Enfin, il souligne l'importance de dénaturaliser les conceptions traditionnelles des sexes pour mieux comprendre les rapports sociaux et les inégalités de genre.

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Théorie Des Genres - SEQ1 2

Le document traite de la naturalisation et dénaturalisation de la femme dans le cadre de la théorie des genres, en examinant les rôles sociaux de sexe et les constructions culturelles qui influencent l'identité de genre. Il aborde les contributions d'auteurs comme Margaret Mead et Simone de Beauvoir, ainsi que les perspectives essentialistes et sociologiques sur la féminité et la masculinité. Enfin, il souligne l'importance de dénaturaliser les conceptions traditionnelles des sexes pour mieux comprendre les rapports sociaux et les inégalités de genre.

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Théorie des genres

Séquence 1 : Chapitre I : Naturalisation et dénaturalisation de la femme

Théorie des genres


Dr Absa GASSAMA
Séquence 1 : Chapitre I : Naturalisation et dénaturalisation de la femme

Mode d’évaluation

C’est un CM. Vous aurez 2 notes : Une note d’exposé et de synthèse d’une part et une note de contrôle
sur table de l’autre. Nous allons faire un tirage au sort. Vous allez vous constituer par groupe de 4 à la
pause, pour le tirage. Mais, il y aura des textes courts sur lesquels vous devrez travailler
individuellement ou par demi groupe.

Méthode de travail

Il s’agit de faire une synthèse écrite et d’une présentation orale de 5à 10mn

Je poserais des questions sur les textes, à certains étudiants qui ne font pas la synthèse. Ces étudiants
qui ont à répondre, devront apporter leur appréciation sur le plan énoncé par leurs camarades et en
discuter avec eux.

Il y aura donc une note de participation aux TD, constituée sur cette base annoncée.

Comment faire la synthèse

Introduction

Présenter l’auteur et sa méthode pour bien évoluer dans son contexte

Amener le sujet c’est-à-dire, parler du thème qu’il aborde dans sa généralité et de ses apports
méthodologiques par rapports aux auteurs classiques qui l’ont aborder avant lui.

Poser le sujet en donnant la direction de travail de l’auteur lui-même, dans son oeuvre puis vous
énoncerez la façon dont l’auteur aborde le thème du texte étudié.

Annoncer le plan – fin de la conclusion

Développez les différentes parties en les reliant

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Séquence 1 : Chapitre I : Naturalisation et dénaturalisation de la femme

Conclure et dire ce que ce texte apporte.

Comment faire sa présentation orale

Présenter l’auteur, le texte en situant le texte dans son œuvre puis, annoncer le plan et dire ce que la
lecture de ce texte a apporté dans votre apprentissage des rapports sociaux de sexe.

Le rôle du droit est de ne pas ajouter à cette différenciation naturelle. Dans sa formulation, il est asexué

mais dans en réalité, il est fondé sur un modèle masculin, correspondant à la situation actuelle des

hommes par rapport auquel les femmes sont désavantagées. Dans ce cas, comment retrouver un droit

véritablement universel, qui ne discrimine pas sur la base du sexe, ou de tout autre trait physique

individuel

Introduction générale

Rapports sociaux de sexe – genre – rôles sexuels :

Chez les humains, un genre féminin est imposé culturellement à la femelle pour en faire une femme

sociale et un genre masculin au mâle pour en faire un homme social. Mais, quand on parle de

différences de sexes, on ne fait pas la part de cette construction sociale : sexe et genre coïncident dans

le langage commun. Les ouvrages de Margaret Mead en 1935 (Trois sociétés primitives de Nouvelle-

Guinée), en 1948 (L’un et l’autre sexe. Les rôles d’homme et de femme dans la société), nous montrent

que les tempéraments masculin et féminin peuvent varier selon la société et relativise ainsi la

coïncidence entre sexe et genre. Elle met ainsi en exergue la construction sociale du rôle sexuel à partir

duquel se construira la notion de genre. En 1949, Simone de Beauvoir éclaircit cette proposition en

disant qu’on ne naît pas femme mais qu’on le devient. Ce que Andrée Michel, en 1949 et 1960, va

démontrer en prenant une perspective sociologique parsonienne c’est-à-dire, structuro –

fonctionnaliste dans laquelle les places et les activités des individus ne sont pas considérées comme

découlant de leur nature ou de leurs capacités propres mais de l’organisation sociale. Le fait de parler

des rôles des femmes et des hommes dans cette perspective parsonienne, aide à dépasser la

naturalisation des positions et des occupations respectives des sexes. Pourtant, Andrée Michel s’écarte

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Séquence 1 : Chapitre I : Naturalisation et dénaturalisation de la femme

du postulat d’harmonie entre les sexes de Parsons et du cantonnement des femmes dans les rôles

traditionnels ; pour elle, si la position des femmes est socialement déterminée alors elle est

changeable. Le concept genre est l’héritier direct du terme « rôles de sexe ».

Nous étudierons les rapports sociaux de sexe en abordant successivement :

- La naturalisation et la dénaturalisation de la femme

- La construction et la déconstruction de la notion de genre

- La production et la reproduction

Nous déplaçons ainsi le paradigme dans le domaine du genre car, les découvertes scientifiques naissent

de postulats, de concepts et de propositions essentiels qui, réunis sous une forme matricielle appelée

paradigme, savent se féconder mutuellement. Mais, à la longue, l’expérience scientifique montre les

limites de la fécondité de la matrice qui perd sa capacité à engendrer de nouvelles découvertes. Il faut

alors changer de paradigme et en trouver un plus fécond. Les bonds dans la recherche, ont toujours

eu lieu lors des changements de paradigmes.

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Séquence 1 : Chapitre I : Naturalisation et dénaturalisation de la femme

Chapitre I : Naturalisation et dénaturalisation de la femme

Introduction

L’homme et la femme ont des caractères biologiques irréductibles. Mais la question est de savoir si

ceux-ci déterminent par avance la vie des hommes et des femmes. A cette question, les existentialistes

comme Sartre répondent que l’homme n’est pas déterminé par avance, par son essence mais qu’il est

libre et responsable de son existence. En sciences humaines et sociales, cette liberté est fortement

relativisée par le fait même que l’homme vit dans une société.

Rappels sur les faits sociaux

Selon Durkheim, dans Les règles de la méthode, p.5, les faits sociaux « consistent en des manières

d’agir, de penser et de sentir, extérieures à l’individu, et qui dont douées d’un pouvoir de coercition

en vertu duquel ils s’imposent à lui. »

p.7 « la plupart de nos idées et de nos tendances ne sont pas élaborées par nous, mais nous viennent

du dehors, elles ne peuvent pénétrer en nous qu’en s’imposant. »

Mais le fait social n’est pas immédiatement donné à l’observation, il faut une méthode pour le dégager

de tout alliage et pour être en mesure de l’observer.

Et si déjà, nous pouvons relativiser la liberté des hommes dans la société, quand est-t-il alors de celle

des femmes qui ne sont pas au centre des dispositifs de pouvoir et dont on nie souvent les

responsabilités.

Pour mieux comprendre, nous allons aborder le sujet du point de vue des essentialistes comme Robert

Stoller et Ann Oakley qui, tout en relativisant les notions de féminité et de masculinité, continuent d’en

parler naturellement puis, nous allons déconstruire cette naturalisation et montrer comment les plus

grandes idéologies ont pu s’imposer par ce biais.

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Séquence 1 : Chapitre I : Naturalisation et dénaturalisation de la femme

1- Essentialisme

Le psychanalyste américain Robert Stoller, dès 1955, à L’université de Californie à Los Angeles, fut le

premier à comprendre l’importance de l’étude de la transsexualité pour mettre à jour le

développement de l’« identité de genre ».

Son objectif était de trouver des racines non biologiques du comportement, aux extrémités du

continuum. Robert Stoller utilise l’analyse psychologique pour étudier les origines du comportement

de genre et en l’occurrence, chez une femme qui a une masculinité naturelle et chez un homme qui a

une féminité naturelle. C’est à cette fin qu’il étudie le développement et le maintien de l’« identité de

genre », concept qu’il invente pour mesurer les différents degrés de masculinité et de féminité que

l’on peut trouver chez une personne. Pour Stoller, l’« identité de genre » est un état psychologique

dans lequel, la masculinité ou la féminité domine et pour lui, le sexe et le genre ne sont pas forcément

liés.

Stoller se détourne alors de l’angoisse de castration et de l’envie de pénis de Freud pour dire que « la

masculinité n’est pas mesurée par la longueur des cheveux mais par la conviction d’une personne que

les cheveux longs ou courts sont masculins. » L’environnement joue un grand rôle dans cette

conviction et par conséquent, dans l’identité féminine ou masculine.

Malgré ce relativisme, Stoller conçoit la féminité et la masculinité comme existant en soi, sans cause

connue. Pour lui, seule la part de l’une ou l’autre peut varier et la féminité et la masculinité sont

l’essence des femmes et des hommes.

Les travaux de Robert Stoller prennent une acception sociologique à partir de 1972, avec Ann Oakley,

au moment de l’explosion féministe. Puis fondu, dans les théories de Deleuze et Derrida ces travaux

donneront aussi lieu au mouvement Queer vers la fin des années 80. Ce dernier mouvement, s’attache

à indiquer la porosité des frontières entre l’hétérosexualité et l’homosexualité mais, c’est à un moment

où le travail de dénaturalisation des sexes avait déjà commencé.

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Séquence 1 : Chapitre I : Naturalisation et dénaturalisation de la femme

Après les travaux de Robert Stoller, Ann Oakley, avec Sex, Gender and Society publié en 1972, fait

partie des premiers auteurs qui ont utilisé le terme de genre. Voici la définition qu’elle en donne « Le

mot « sexe » se réfère aux différences biologiques entre mâles et femelles : à la différence visible entre

leurs organes génitaux et à la différence corrélative entre leurs fonctions procréatives. Le « genre »,

lui, est une question de culture : il se réfère à la classification sociale en « masculin » et « féminin ». »

Elle expose de façon critique les recherches en psychologie différentielle des sexes et fait le point sur

l’inné et l’acquis dans les différences d’aptitudes et d’attitudes entre les hommes et les femmes. Mais,

son concept du genre regroupe toutes les différences constatées entre les hommes et les femmes,

qu’il s’agisse de différences individuelles étudiées par les psychologues, des rôles sociaux ou des

représentations culturelles étudiées par les sociologues et les ethnologues.

C’est peu à peu qu’une indépendance du genre par rapport au sexe va apparaître et permettre

l’enrichissement du concept de genre. Par contre, la ligne de partage entre genre et sexe reste de

l’ordre du débat, nous l’aborderons dans le cours.

2- La dénaturalisation des sexes

Concevoir un mélange de masculinité et de féminité dans un même individu est une avancée notable

par rapport à la première conception d’état de mâle et d’état de femelle mais Stoller lui-même parle

de féminité et de masculinité naturelle et on voit que cette avancée ne suffit pas pour dénaturaliser

nos conceptions de femme et d’homme.

On peut se demander pourquoi on a besoin de dénaturaliser. A cette question, on peut apporter dès

à présent, un début de réponse en disant que l’être humain ne peut être uniquement défini par sa

nature : son langage, son comportement physique (la tenue verticale, la marche) et son organisation

en groupe (ses structures élémentaires de la parenté en vue d’une prohibition universelle de l’inceste)

ne lui sont pas attribués par la nature mais par ses propres productions culturelles.

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Séquence 1 : Chapitre I : Naturalisation et dénaturalisation de la femme

Aussi, lorsqu’on dit que la position subordonnée des femmes serait due à des contraintes biologiques

naturelles pesant sur elles, cela nous semble relever d’un contre sens que nous envisageons de réparer

en isolant le sexe biologique du sexe social.

2-1- Le sexe biologique et le sexe social

Le sexe biologique est constitué de chromosomes, d’organes génitaux externes, de gonades (les

glandes sexuelles, les organes qui produisent les gamètes : les testicules sont les gonades mâles et les

ovaires sont les gonades femelles) ; d’appareils sexuels internes (par exemple, utérus, prostate), d’état

hormonal et de caractères sexuels secondaires.

Ce qui semble être contraignant dans la biologie du sexe féminin est lié au fait de mettre au monde

des enfants mais nous allons voir comment l’appareil reproductif des femmes est accaparé, en pliant

les impulsions sexuelles individuelles aux formes de l’organisme social. Pour la survie des peuples en

tant que société humaine, il y a eu une organisation sociale capable de rentabiliser le corps des femmes

comme des machines à reproduire.

Par rapport à d’autres mammifères, l’espèce humaine est relativement infertile ; cela s’explique en

partie par la dissociation de ses pulsions sexuelles et de ses mécanismes hormonaux d’ovulation. Le

désir sexuel peut y exister en dehors de tout conditionnement procréatif et plus encore, en dehors de

la distinction des sexes.

Ce divorce potentiel entre sexualité et reproduction présente lui-même une double facette. La

fécondation peut avoir lieu en dehors du désir sexuel de la femme. Il est donc possible de la lui imposer.

Le mariage apparaît alors, non plus seulement comme le lieu de la filiation et de l’alliance, ou de celui

de la division sexuelle du travail, mais comme l’institution sociale la plus simple et la plus générale qui

permette l’exposition maximale et régulière des femmes au risque de grossesse, comme une

couverture de toutes les possibilités de fécondation contrainte au devoir conjugal.

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Cette forme d’organisation sociale passe par la domestication de la sexualité des femmes avec sa

spécialisation à des fins reproductives. Mais, pour ne pas être privé, l’homme va aussi être à la base de

la création des classes de femmes : celles avec qui une sexualité de plaisir est permise et celles

destinées à une sexualité génito reproductive.

Même avant le mariage, la liberté sexuelle des filles est surveillée, pour leur apprendre à se soumettre

à la stricte hétérosexualité conjugale reproductive.

Le contrôle de l’âge du mariage est un mécanisme souple de régulation de l’exposition au risque de

grossesse et donc de natalité, c’est une division horizontale de la classe des femmes. En période de

crise, on retarde l’âge du mariage et en période de relative abondance, on avance l’âge du mariage. Il

y a une dissociation organisée biologiquement et socialement entre sexualité et reproduction.

Nous venons de voir la dissociation biologique, la dissociation sociale quant à elle, consiste en la

distinction des cas où la reproduction est admise ou même exigée (partenaires, moments…) des cas

où la sexualité ne doit pas aboutir à la procréation. Cette organisation sociale introduit une division

verticale de la classe des femmes et une réglementation pour canaliser la sexualité extra-conjugale.

Les interventions sur la sexualité visent à produire un organisme féminin spécialisé dans la

reproduction. La sexualité des femmes est donc ramenée en arrière, à un point d’où l’évolution psycho-

biologique même de la sexualité des êtres vivants l’avait justement fait sortir, Paola Tabet,

anthropologue du sexe parle d’un renversement complet de l’héritage hominien.

Contrairement à la pensée naturaliste et essentialiste, la prise en considération de la nature psycho-

biologique humaine montre un travail social considérable sur cette biologie : la mainmise sur les

reproductrices elles-mêmes, l’accès à leur territoire corporel pour contrôler leur identité, pour les

aliéner, les déposséder des fruits de leur reproduction et se les approprier de la façon la plus complète

possible.

Le sexe dans ses aspects idéels et matériels fonctionne comme paramètre dans les rapports sociaux

concrets et les élaborations symboliques.

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2-2- appropriation du corps féminin

En dehors des réglementations de l’âge du mariage, le contrôle de la reproduction peut porter sur le

cycle reproductif qui va du coït à la fin de l’allaitement. On peut inciter la femme à s’abstenir pendant

l’allaitement pour limiter les naissances et protéger la vie de l’enfant mais cela suppose également

l’abstinence des hommes. Dans les sociétés chrétiennes comme la France, le débat au sein de l’église

a tantôt privilégié la vie de l’enfant et la continence du mari, tantôt le besoin sexuel de ce dernier pour

ne pas le prédisposer à l’adultère qui est un péché mortel. Dans les sociétés musulmanes, la permission

a été donnée à l’homme d’avoir plusieurs femmes.

La forme d’interruption du cycle reproductif réalisée en confiant la deuxième partie du cycle

(l’allaitement) à une deuxième femme – et donc en libérant la première pour le service sexuel, pour

une nouvelle grossesse, pour les activités sociales des bourgeoises, pour le travail à l’atelier des

ouvrières – est une solution privilégiée dans les sociétés hiérarchisées. Pourtant, de nombreux enfants

perdaient la vie en nourrice.

La contraception moderne parfait la séparation entre sexualité et procréation, elle introduit la non

nécessité de procréer à l’intérieur même des rapports biologiquement reproductifs. Elle permet donc

– quoiqu’avec un coût considérable – une maîtrise des femmes sur leur corps.

Dans les sociétés occidentales actuelles, la libération sexuelle aboutit tendanciellement à un usage

multiple et accéléré des filles, selon les modalités d’une sexualité de consommation masculine d’où

une sexualité féminine toujours contrainte. Lorsque les femmes essaient de se libérer et n’obéissent

plus à la classification verticale des hommes à savoir, faire un choix tangible de sexualité reproductive

ou épicurienne alors, elles sont des prostituées potentielles et les hommes essaieront de les traiter

comme telles.

Quand les femmes évoluent dans des sociétés universalistes, les signes extérieurs de distinction

tendent à s’effacer mais ce sont les femmes qui encourent le plus de risques d’une sexualité mal

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Séquence 1 : Chapitre I : Naturalisation et dénaturalisation de la femme

maîtrisée. Une femme qui décide de faire seule des enfants non désirés par un homme, a longtemps

fait l’objet d’un ostracisme et les enfants nés de tels types de relation ont longtemps été méprisés et

injuriés (bâtard) avant l’existence des centres maternels. Les hommes acceptent rarement de subir

dans leur corps les modalités de maîtrise de la reproduction sauf dans les cas où les risques s’élèvent

également pour eux. C’est le cas des hommes riches et qui, pour perpétuer leur nom et leur pouvoir

de façon efficiente, choisissent les femmes avec qui, ils veulent avoir la meilleure descendance

possible, ce qui revient aussi à limiter cette descendance.

Il n’y a pas de symétrie des rôles reproductifs pour les deux sexes, on n’essaie de ne manipuler que la

sexualité des femmes et, la procréation, au lieu d’être l’aboutissement d’un processus banal qui

nécessite deux sexes, devient l’essence, la nature même des femmes.

2-3- Naturalisation traditionnelle du corps des femmes

Les moyens qui assurent l’appropriation du corps des femmes dans le but reproductif sont :

- L’apprentissage ou le dressage au coït

- La contrainte physique et psychique au devoir conjugal

- La surveillance exercée sur la fécondation, la grossesse et l’accouchement.

- L’appropriation du temps

- La charge physique des membres invalides du groupe (invalides par l’âge – bébés, enfants,

vieillards – ou malades, infirmes) ainsi que des membres valides de sexe mâle

Le dressage des femmes vise à la fois une soumission collective et une soumission de chaque femme

dans sa relation de mariage avec un homme déterminé.

Dans le but d’une appropriation privée de la femme, sa sexualité est canalisée vers un seul type, celui

du coït car, le meilleur moyen pour un mari de garder sa femme est de la mettre en ceinte le plus tôt

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Séquence 1 : Chapitre I : Naturalisation et dénaturalisation de la femme

et le plus souvent possible. Il faut immobiliser les femmes pour les faire engendrer et les féconder pour

les immobiliser.

Une fois une grossesse entamée, il faut surveiller la femme pour qu’elle ne se libère pas de l’enfant par

le recours aux techniques d’avortement et d’infanticide dans lesquels elles avaient développées des

capacités. Ces capacités étaient diabolisées et les soignants de sexe féminin, versés dans ces

techniques, étaient traités de sorcières.

Pour mieux exercer cette surveillance, on immobilise davantage la femme, en manipulant encore une

fois, son corps. Ces manipulations peuvent prendre la forme :

- D’un gavage prénuptial, jusqu’à ce que la femme n’arrive plus à marcher et dandine

- D’un ceintrage de la taille avec des corsets

- D’un travail sur leur poitrine

- D’incitation au port d’habits et de chaussures encombrants ou limitatifs sur le plan de la

motricité.

On peut voir comment les silhouettes, les façons de marcher, de se tenir, de se comporter

naturellement liées à la féminité, c’est-à-dire à l’identité sexuelle, la capacité d’une femme à aimer son

corps et à en jouer dans les relations érotiques, ne sont acquis en réalité que grâce à des interventions

sociales sur le corps de la femme.

2-4- Naturalisation moderne du corps de la femme

De nos jours, les salles de remise en forme et la chirurgie esthétique permettent de parfaire et

d’inscrire dans le corps humain les conceptions de la féminité et de la masculinité du corps social. Dans

ces endroits, on accentue les critères de féminité et de masculinité socialement construits.

Les territoires des clubs de remise en forme sont généralement mixtes mais les hommes et les femmes

l’occupent de façon différentielle. Pour travailler leur corps de façon autonome, les femmes vont se

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Séquence 1 : Chapitre I : Naturalisation et dénaturalisation de la femme

diriger vers les machines les plus modernes, qui nécessitent peu de force physique et les hommes se

dirigent vers les outils nécessaires à l’haltérophilie.

Les séances sportives animées, sont davantage fréquentées par les femmes, le sport n’a pas

suffisamment fait partie de leur éducation pour qu’elles soient aussi autonomes que les hommes dans

sa pratique. Dans les séances du matin, on retrouve des personnes du troisième âge avec une

proportion d’homme non négligeable, c’est une tranche d’âge dans laquelle les différences biologiques

et sociales de la sexuation sont en baisse. Sur l’heure du midi, on retrouve une population active de

femme avec une très faible proportion d’hommes car les femmes prennent sur leur temps propre, leur

temps de pose pour déjeuner alors que les hommes préfèrent et peuvent choisir les sociabilités de

partage de repas avec leurs collègues. Ces types de sociabilité peuvent d’ailleurs avoir des retombées

bénéfiques sur le plan promotionnel or les femmes qui ont des obligations familiales l’après midi ne

peuvent profiter de telles opportunités quand elles choisissent de faire du sport. Les séances animées

du soir, lorsqu’elles sont consacrées au renforcement musculaire et non aux fessiers, abdominaux,

hanches et tailles c’est-à-dire, au centre de la féminité essentialiste, seront fréquentées par un nombre

assez important d’hommes. En effet, les hommes prennent beaucoup plus facilement sur le temps

familial.

Si les observations ne semblent pas très claires, on peut aussi se référer au coaching des animateurs

qui parlent sans détours des fesses, du ventre, des hanches que l’on doit reloger et qui encouragent le

public à projeter le corps le plus parfait possible, sur la plage l’été ou dans un jean moulant l’hivers.

Non seulement l’observation de la fréquentation d’une salle de sport montre des usages sociaux du

temps et du corps selon le sexe et l’âge mais encore, on voit que les femmes viennent pour avoir une

bonne forme physique et morale en renforçant le centre de leur féminité et leur sociabilité alors que

les hommes viennent pour renforcer leurs muscles.

On peut se demander pourquoi les femmes n’essaient pas d’être plus fortes quand elles en ont

l’occasion au lieu de se contenter d’inscrire les critères de féminité socialement déterminés sur leur

corps ? Le cas des femmes sportives étudiées par Bohuon Anaïs et Louveau Catherine de l’Université

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de Paris XI et dont les résultats partiels ont été présenté au deuxième congrès de l’association française

de sociologie en septembre 2006, nous apporte une réponse éclairante.

Les femmes en s’engageant dans des sports « de tradition masculine » sont confrontées à des

résistances qui rendent parfois leur accès à ces disciplines difficiles. L’athlétisme féminin se caractérise

par une ouverture différentielle des épreuves et un accès tardif aux dernières disciplines instituées

officiellement, comme le triple saut, le marteau et la perche. L’argument biologique, véhiculé par les

médecins qui expliquent que les différences de sexe ont des origines génétiques et hormonales, tend

à les rendre immuables, d’autant qu’elles se forment ici sur le terrain du physique, de la force et de la

puissance. Pourtant, on permet aux hommes de pratiquer des sports très dangereux pour eux comme

le football, l’autoprotection des hommes dans les coups francs en dit long. Howard Becker, en 1985,

montrait que les médecins pouvaient être des entrepreneurs de morale mais cette recherche de

Bohuon Anaïs montre que l’influence des médecins n’a pas été déterminante et que, lorsqu’il s’agit de

notions de fragilité, de maternité et de quelque autre spécificité du féminin, les plus influents restent

les membres des institutions dirigeantes détenant le pouvoir décisionnaire. La domination masculine,

ancrée dans les esprits des représentants de la société l’a emporté sur le discours médical

contemporain.

L’incompatibilité du sport avec la féminité et la mise en question de l’identité de sexe des sportives

sont souvent réactualisées et il est intéressant d’étudier les arguments qui sont avancés. C’est pour

cela que nous allons étudier l’argumentaire des doutes sur l’identité sexuée des sportives qui s’est

construit à cause de leur morphologie. En effet, dans les années 60, on met en place un test de féminité

pour les sportives concourant dans les compétitions internationales. Voulu par les instances sportives

et par les médecins, ce test doit établir que les concurrentes sont de vraies femmes (XX), le souci

déclaré étant qu’elles concourent à armes égales. Controversé quant à ce qu’il prétend garantir et

mesurer de la féminité, le test sera supprimé en 2000 pour les épreuves olympiques mais demeure

appliqué dans certaines compétitions internationales. Ce test peut être considéré comme un analyseur

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du procès de virilisation des femmes. Même dans les sociétés modernes, il existe des instances

représentatives pour veiller à la répartition des rôles entre les femmes et les hommes.

Une femme doit être caractérisée par la féminité socialement élaborée à savoir, renvoyer une image

de fragilité et de disponibilité pour que l’homme puisse continuer à exercer sa force en protégeant la

femme et en profitant de sa disponibilité. La femme doit accepter la socialisation inhibitrice de ses

capacités d’autodéfense pour développer sa force morale ou sa muliérité. Muliérité est un néologisme

développé par Christope Dejours dans les années 70 pour essayer de compenser le vide laissé par

l’absence de terme symétrique à celui de virilité. La virilité désigne une force morale directement

déduite de la capacité physique masculine, elle témoigne de l’idéologie phallique qui est une

célébration de l’anatomie mâle, du phallus ou sexe mâle en érection. Son contraire, efféminé,

désignant une faiblesse et non une force, il devenait impossible de désigner une femme d’une grande

force morale sans l’assimiler à un homme. Parfois, les psychologues vont jusqu’à assimiler la force

morale des femmes à un symptôme de névrose appelé envie de pénis et culpabilisent les femmes

quand à leur envie d’avoir du pouvoir. Le pouvoir c’est viril, c’est phallique, le désirer c’est une envie

de pénis. Mais, même le terme muliérité de Dejours, n’arrive pas à être la symétrique de virilité

puisqu’il désigne l’aliénation de la subjectivité dominée de la femme dans le statut de soumission. On

est dans une logique circulaire, on renforce la dépendance des femmes en les incitant à limiter leurs

capacités physique et cinétique avec le port d’habits limitatifs puis on les déclasse socialement parce

qu’elles ne savent pas se défendre.

De cette façon, on se retrouve dans un monde où l’on demande aux femmes de porter une grande

attention sur leur corps. Responsabilisées sur l’utilisation de leur corps, les femmes deviennent

également responsables des actes sexuels non approuvés par les règles sociales comme dans le péché

originel. Et pour qu’elle n’oublie pas les injonctions sur son corps, il faut faire en sorte qu’elle éprouve

de la culpabilité et c’est dans ce cadre que va naître les centres maternels. Si ces dernières ont

beaucoup évoluées depuis leurs origines au XIX ième siècle et leur reconnaissance légale plus tardive

avec le Décret-loi du 29 juillet 1939 dit Code de la famille qui précise dans son article 98 qu’une maison

Dr Absa GASSAMA 14
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maternelle doit exister dans chaque Département et qu’elle sera intégrée aux moyens du service de

l’Aide sociale à l’Enfance. Les maisons maternelles ainsi reconnues peuvent accueillir, selon l’article 98,

« les personnes enceintes d’au moins sept mois et les mères avec leur nouveau-né », il n’existe toujours

pas de centre paternel. Les hommes se sont plus responsabilisés face aux naissances non

conventionnelles mais cela reste de l’ordre du choix. Or lorsque les femmes, choisissent de se libérer

de leurs rôles parentaux, comme dans l’accouchement sous X, elles en portent les stigmates.

Le corps humain tel que nous rentrons en relation avec lui n’est pas naturel, s’il l’était, nous ne nous

tiendrions pas verticalement et nous ne parlerions pas une langue déterminée, nous traînerions à

quatre pattes et nous crierons. Pour le neveu de Durkheim Marcel Mauss, le corps est le premier

instrument ou le premier objet technique de l’être humain. Le corps est le théâtre d’un fait social total.

« L’acte s’impose du dehors, d’en haut, fût-il un acte exclusivement biologique concernant son corps. »

(Mauss M., in Sociologie et anthropologie, PUF, 1950, p.369)

Le poids, la taille, le maintien du corps, sont non seulement des produits culturels mais aussi des

produits de classe sociale. D’après Bourdieu (dans La perception sociale du corps, in Les Actes de la

Recherche en Sciences Sociales n°14, avril 1977, p.52), tout corps, lorsqu’il est perçu et nommé, donc

objectivé par le regard des autres, peut être aliéné c’est-à-dire, devenir un objet distinct qui peut avoir

une existence distincte en dehors du sujet. Il y a donc des enjeux sociaux, culturels et politiques pour

contrôler les normes et les usages du corps. C’est dans ce cadre que rivalisent les classes sociales, les

sociétés ou les religions pour imposer leurs définitions du corps. Comme dans toute domination,

lorsqu’elle devient totale, l’acteur doit aussi exprimer son approbation. La domination se construit

avec le dominé, il faut qu’il donne des signes d’acquiescement, de consentement qu’il le pense ou non.

En plus, les hommes et les femmes appartiennent à la même société, partagent les mêmes espaces de

vie, la personne dominée adopte les mêmes définitions normalisées. Les corps aliénés dans des classes,

des cultures et des religions dont le principe fondateur est aussi la domination masculine, seront

encore plus aliénés lorsqu’il s’agit de corps féminin. Ainsi chaque classe, chaque culture, chaque

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religion, aura sa façon spécifique de constituer le corps féminin en objet ; cela peut être par la

dénudation ou par la dissimulation.

Les procédures d’incorporation commencent avant la naissance des enfants, continue à la naissance

(massage du bébé), à l’enfance et à tous les âges de la vie avec l’éducation. Si elles ne sont pas

naturelles elles se font donc par le biais de rapports sociaux.

3- Naturalisation des rapports sociaux de sexe

Les rapports sociaux sont ainsi ancrés dans le biologique mais ce qui est particulier c’est que ce

biologisme ne s’applique qu’à un seul des deux sexes, le féminin même si, les deux catégories de sexe

sont réifiées dans une conception fondamentalement essentialiste, fixiste, de la différence de sexe.

Le sexe n’est pas toujours directement visible, il faut l’actualiser et le rendre apparent à travers le

corps. L’une des fonctions sociales du corps est justement d’actualiser la division sociale des sexes.

« Autour de l’appareil reproducteur externe, femelle ou mâle, une construction matérielle et

symbolique est élaborée, destinée à exprimer d’abord, à mettre en valeur ensuite, à séparer enfin les

sexes. Cette construction double un rapport social matériel qui n’a lui rien de symbolique : celui de la

division socio-sexuelle du travail et de la distribution sociale du pouvoir. Une telle construction fait

apparaître comme hétérogènes l’un à l’autre, d’essence différente, les hommes et les femmes. »

(Colette Guillaumin, 1992, p.117)

L’hypothèse paraît admise dans toute société – où elle fonctionne comme fondement idéologique de

la division sexuelle (qu’elle soit de travail, de l’espace, des droits et obligations, de l’accès aux moyens

d’existence…) – que le corps humain est sexué. Pourtant, ce n’est pas très original, tous les êtres

organisés qui se reproduisent par croisement sont dotés d’un sexe femelle ou d’un sexe mâle. En vertu

de cette sexuation, il convient d’intervenir dans ce sens. « Car cette sexuation ne doit pas être aussi

évidente qu’on le proclame puisque le travail de le rendre sexué, de le fabriquer tel, est une entreprise

de longue haleine, commencée (…) dès les premières secondes de la vie, et (…)(elle) n’est jamais

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achevée car chaque acte de l’existence est concerné et chaque âge de la vie introduit un chapitre

nouveau de cette formation continue. Et que toutes les choses acquises : réflexes, habitudes, goûts et

préférences, doivent être maintenues soigneusement, entretenues méthodiquement par

l’environnement matériel aussi bien que par le contrôle exercé par les autres acteurs sociaux. Cette

« fabrication » ne se limite pas à des interventions purement anatomiques qui concernent la seule

apparence du corps et ses réactions motrices mais, par le biais de ces pressions et incitations

physiques, elle construit également une forme particulière de conscience. » (Colette Guillaumin, 1992,

p.118)

« Si les femmes sont des objets dans la pensée et l’idéologie, c’est que d’abord, elles le sont dans les

rapports sociaux, dans la réalité quotidienne dont l’intervention sur le corps est l’un des éléments clefs.

Ces mêmes interventions jouent pour les hommes dans le sens de la construction d’un sujet, sujet de

décision et d’intervention sur le monde. »

L’imputation de naturalité est portée contre les appropriés et les dominés : ne sont naturels que ceux

qui se trouvent dans le groupe dominé. Les dominés sont enfermés dans leur être.

Dès qu’on veut légitimer le pouvoir qu’on exerce, on crie à la nature, la nature de cette différence.

L’être humain est différent des autres animaux. Il est entre nature et culture et c’est sur les éléments

mêmes qui les différencient des autres animaux et qu’ils n’acquièrent que par le biais de la socialisation

– à savoir, la parole, la marche… - qu’on agit pour faire la différence entre homme et femme.

Le naturalisme ne vise pas indifféremment tous les groupes impliqués dans les rapports sociaux ou

plus exactement, s’il les concerne tous, il ne les vise pas de la même façon ni au même niveau.

L’imputation d’une nature spécifique joue à plein contre les dominés. Ces derniers sont censés relever

totalement et uniquement d’explications par la nature, par leur nature. Du point de vue idéologique,

ils sont immergés absolument dans le naturel. Par contre le groupe dominant est appréhendé comme

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résistance à la nature, conquête sur la nature, le lieu du culturel, du politique, du distancié par une

conscience.

Cela implique que la nature des hommes tend à se transcender elle-même, à se transformer ou à se

dominer… alors que la nature des femmes est fondamentale, immobile, permanente, cyclique mais en

aucun cas, n’entretient avec elle-même et le monde extérieur des rapports dialectiques et

antagonistes, c’est une pure nature. Or, le rapport des femmes au monde extérieur est codifié de façon

rigide et limitative, les femmes sont tenues à l’écart de toutes les nouveautés.

Les actions que les femmes effectuent dans un rapport de classe telles que la lessive, la cuisine, les

soins aux enfants… sont attribuées à une nature qui serait à l’intérieur d’elles et qui, hors de toute

relation, les pousserait à faire tout cela et mieux les faire que quiconque.

Le coup de la nature tente de faire des femmes, des êtres clos, finis, qui poursuivent une tenace et

logique entreprise de répétition, d’enfermement, d’immobilité, de maintien en l’état de l’ordre ou du

désordre du monde.

Mais, d’après Colette Guillaumin, si le naturalisme dit le type de rapport social, il ne permet pas de

l’analyser car, il s’agit de rapports sociaux intra spécifiques et non inter spécifiques. Les dominés sont

dans la nature et la subissent alors que les dominants surgissent de la nature et l’organisent.

« L’idée de nature est l’enregistrement, au fond tout à fait banal, d’un rapport social de fait (…) un

constat prescriptif (…) le constat de la place particulière qu’occupent ceux qu’on appelle les esclaves

ou celles qu’on appelle les femmes est associé à l’obligation intimée de conserver cette place puisqu’ils

sont « faits comme cela » » (Colette Guillaumin, 1992, p.81)

Mais les femmes sont une classe, non une espèce. Ce sont des rapports sociaux très concrets et très

quotidiens qui fabriquent leur classe. Pourtant, même cette définition en terme de rapports sociaux,

ne suffira pas à rendre compte de la catégorie des femmes qui reste très hétérogène. En effet, dans

les années 80, des féministes noires et des pays colonisés taxent d’essentialisme le féminisme

dominant, en l’occurrence celui des femmes blanches. Elles leur reprochent de fonder une catégorie

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de femmes sur le partage de caractéristiques biologiques ou culturelles communes. Pour elles, le

féminisme dominant postulerait une féminitude (caractère propre à l’ensemble des femmes) partagée

par toutes les femmes qui masque les différences de statut économique et politique. Ces femmes

réclament qu’on tienne aussi compte de leurs origines socioculturelles. Ce courant féministe des

années 80 est revenu dans l’actualité de nos cités dans lesquelles les catégories populaires sont

majoritairement issues de culture maghrébine et africaine. La revendication du port du voile nous

donne à voir des femmes qui se désolidarisent de la représentation féministe universaliste. Les

recherches récentes de Christine Delphy dans Nouvelles questions féministes de septembre 2006

reconsidèrent ce fait à la lumière du courant des blacks féministes.

Mais pour finir ce chapitre, nous allons revenir sur des faits qui concernent l’ensemble des femmes et

qui portent sur les stigmates de la naturalisation du corps des femmes. Souvent, ils se manifestent sous

forme de violence ou de sexisme ordinaire. Ces violences peuvent être physique, sexuelle et/ou

psychologique ; elles peuvent avoir lieu dans la vie privée ou publique et ceci, dans le but d’intimider,

de punir, d’humilier les femmes. On les retrouve dans le harcèlement sexuel et dans la prostitution. Le

sexisme se retrouve dans le langage ordinaire et dans le langage scientifique.

4- Harcèlement sexuel

Ce sont des féministes américaines des années 70, de l’Université de Cornell qui ont désigné pour la

première fois sous le terme de harcèlement sexuel (sexual harassment) ce genre de comportement.

Catherine Mac Kinnon, en 1979, toujours aux Etats-Unis, va l’introduire sur le plan juridique et légale

et le faire reconnaître comme étant une forme de discrimination sexuelle. En effet, sur leurs lieux de

travail, les femmes subissaient des blagues salées, des commentaires sur leurs formes ou leurs

vêtements, sur les défauts qualifiés de féminins. On les traitait de façon condescendante ou bien on

leur demandait des gratifications sexuelles en échange de promotion. Or ceci est une expression du

pouvoir des hommes sur les femmes. En 1987 Michael Rubenstein définit le harcèlement sexuel pour

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la commission européenne en les termes suivants : « une conduite verbale et physique de nature

sexuelle dont l’auteur sait ou devrait savoir qu’elle est offensante pour la victime ».

Elisabeth Stanko, en 1988, montre que le harcèlement sexuel est un élément déterminant de la

ségrégation féminine au travail mais en Europe, le harcèlement sexuel commis par les collègues a été

exclu du champ d’application de la loi. La motivation réelle des législateurs visait surtout à trouver un

consensus pour réprimer les abus, tout en sauvegardant la conception masculine de la séduction et

des rapports offensifs ou de domination qu’elle suppose. Pourtant les femmes, dans leur recherche de

compromis pour évoluer dans ce monde d’homme, minimisent d’elles-mêmes les faits et considèrent

le harcèlement sexuel de manière restrictive. Dans beaucoup de pays, les syndicalistes féministes se

sont efforcées d’introduire dans les conventions collectives des clauses sur le harcèlement sexuel mais

cela ne s’est pas produit en France

5- Prostitution

public/privé, classification masculine verticale des femmes

Dans la prostitution, les femmes sont réifiées au service de la sexualité déresponsabilisée des hommes

(Unesco/FAI, colloque Madrid, 1986). Pendant longtemps, la question n’apparaît que sous l’angle de

la santé publique, au XIX ième siècle avec la peur de la syphilis, en 1980 avec la peur du Sida. Or cette

perspective entraîne des mesures comme la réouverture des bordels, le Bus des femmes qui tendent

à faire reconnaître la prostitution comme un métier ; cela est finalement arrivé en Allemagne en 2002 :

la loi y accorde en effet une couverture sociale (assurance-maladie, chômage) à celles (et ceux) qui le

pratiquent; elle leur donne même la possibilité de porter plainte contre un employeur ou un client qui

ne respecterait pas ses engagements.

Ces premières découvertes nous permettent déjà de décrypter la façon dont les rapports sociaux de

sexe sont pris en compte dans les analyses en sciences humaines et sociales.

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6- Analyses des discours

Les représentations idéologiques sur les sexes s’expriment de façon totalement inconsciente mais très

matérielle au niveau des structures syntaxiques et lexicales des énoncés scientifiques et celui des

discours courants

Dans les discours étudiés, on observe à la fois, la connaissance de la relation fondamentalement

dissymétrique qui constitue les classes de sexe et le refus de la prendre en charge, de la dire

explicitement et de la constituer en tant que cadre déterminant de l’analyse.

Le point de vue de l’énonciateur est nécessairement inclus dans son énoncé. Le groupe dominant est

construit comme référent social, image du sujet énonciateur, par rapport auquel le groupe dominé est

indifférencié. C’est une représentation idéologico-linguistique, un habitus linguistique qui s’est

officialisé pour mieux fonctionner.

Le modèle linguistique est un instrument d’action et de pouvoir. Les rapports de communication sont

aussi des rapports de pouvoir où s’actualisent les rapports de force entre les locuteurs et leurs groupes

respectifs

ETUDE DES EXTRAITS DE TEXTES

Nous allons étudier quelques extraits de texte relevés et analysés par Claire Michard-Marchal, Claudine

Ribéry, Colette Guillaumin et Nicole Claude Mathieu. Le but est de relever les dissymétries de

construction linguistique.

C’est principalement en référence à la catégorie fondamentale de l’animation que s’effectuent les

dissymétries formelles dans les discours. D’une façon générale, les hommes sont construits comme

des êtres animés humains et les femmes soit comme des animés non humains soit comme des non

animés. Et cela, même lorsque le sens apparent de l’énoncé leur attribue une action.

Quand on ne prend pas en compte la catégorie de sexe, au lieu de décrire une société, on ne décrit

que l’activité des dominants, passant sous silence l’activité des femmes.
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Une autre façon de décrire est de mettre tous les actifs au compte des hommes et de constituer ainsi

un être que l’on croit homme dans la société décrite mais qui n’existe pas en tant que tel, en tout cas,

ne réalise pas tout ce que l’on met à son compte. L’absence de description de certaines activités

féminines laisse en blanc un pan de la réalité sociale.

Réserver le général et l’universel aux hommes, révèle une présence cachée des hommes et une

oblitération réelle des femmes. Ce déséquilibre vient d’un problème méthodologique car cela ne

donne que le point de vue des hommes sur la place des hommes et des femmes.

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