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Le document présente les céramiques utilisées en orthodontie, en détaillant leur définition, types (monocristallines et polycristallines), et processus de fabrication. Il aborde également les propriétés optiques, chimiques et mécaniques de ces matériaux, ainsi que les défis liés à leur utilisation, notamment leur fragilité et leur impact sur l'émail dentaire. Enfin, il souligne l'importance de la conception et des matériaux pour minimiser les risques de fractures et d'abrasion.

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Or 0905

Le document présente les céramiques utilisées en orthodontie, en détaillant leur définition, types (monocristallines et polycristallines), et processus de fabrication. Il aborde également les propriétés optiques, chimiques et mécaniques de ces matériaux, ainsi que les défis liés à leur utilisation, notamment leur fragilité et leur impact sur l'émail dentaire. Enfin, il souligne l'importance de la conception et des matériaux pour minimiser les risques de fractures et d'abrasion.

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Orthod Fr 2009;80:33–46 Disponible en ligne sur : Rapport


c EDP Sciences, SFODF, 2009 [Link]
DOI: 10.1051/orthodfr:2008027

Chapitre 1
Les céramiques
Axelle Vassal1*, Ouafae Azmi2
1
30 rue John Firzgerald Kennedy„ 59290 Wasquehal, France
2
1 rue F. Combemale, résidence Châtelet, 59000 Lille, France

1. Présentation du matériau [8] d’obtenir une transparence optimale. À ce jour, seul


TM
American Company commercialise ce type d’at-
1.1. Définition
tache (StarfireR ) (Fig. 1).
Par définition, les céramiques sont des produits
ni métalliques, ni polymériques, incluant des maté-
1.2.2. Les céramiques polycristallines
riaux tels que les pierres précieuses, les verres, les
oxydes métalliques [26]. Elles proviennent de la fusion de particules
Ces matériaux sont mis en forme à partir d’une d’oxyde d’aluminium. Ce sont les plus répandues.
poudre dont la consolidation fait appel à un frittage Elles s’obtiennent en mélangeant des particules
en phase liquide [46]. d’alumine de 0,3 μm avec un liant. Ce mélange est
coulé dans un moule puis cuit à 1800 ◦ C pour éli-
1.2. Les différentes céramiques utilisées en ODF miner le liant. Les particules s’agrègent entre elles,
on obtient des grains de 20 à 30 μm d’où la trans-
Les attaches en céramique commercialisées à ce lucidité du matériau. L’attache est meulée avec des
jour sont constituées de deux oxydes métalliques : instruments diamantés puis traitée thermiquement
– l’oxyde de zirconium (ZrO2 ), partiellement stabi- pour éliminer les aspérités et les contraintes liées à
lisé avec de l’yttrium ou du zirconium [14] ; l’usinage (Fig. 1).
– l’oxyde d’alumine (Al2 O3 ), qui est certainement C’est un procédé peu coûteux et simple. Ce-
le plus utilisé [34] pour la fabrication des at- pendant, il subsiste quelques imperfections dans la
taches. structure et des impuretés à la limite des grains, qui
altèrent les propriétés optiques et mécaniques de ces
Cet oxyde d’alumine peut se décliner en deux grands attaches [31].
types de structures : le monocristal d’oxyde d’alu-
mine et le polycristal d’oxyde d’alumine, qui dif-
fèrent par leurs modes de fabrication et leurs pro- 2. Propriétés et conséquences
priétés. sur les attaches orthodontiques
Les propriétés de la céramique sont à attribuer à
1.2.1. Les céramiques monocristallines leur structure atomique particulière. Les liaisons chi-
Elles s’obtiennent en fondant une masse d’alu- miques propres à la céramique sont de deux types :
mine à 2100 ◦ C puis en la refroidissant lentement ioniques et covalentes. La prévalence d’une liaison
pour contrôler la cristallisation. Le cristal obtenu sur l’autre dépend de la charge des éléments chi-
est pur [20, 31]. Il est meulé grâce aux ultrasons miques en présence.
et aux instruments diamantés pour obtenir des at-
taches, lesquelles sont traitées thermiquement pour 2.1. Propriétés optiques [23, 33]
éliminer les contraintes et les imperfections. Un
Ce sont ces propriétés qui ont déterminé le choix
tel procédé est complexe et onéreux, mais permet
de la céramique pour la confection des attaches es-
* Auteur pour correspondance : [Link]@[Link] thétiques (Fig. 2).

Article published by EDP Sciences


34 Orthod Fr 2009;80:33–46
Chapitre 1

a b

Figure 1
TM
(a) Exemple d’attache monocristalline : le bracket Starfire en saphir monocristallin (American Company ). (b) Exemple d’at-
tache polycristalline : le bracket Allure
r , polycristal d’oxyde d’alumine (GAC [Link] ).

La couleur trop blanche, par rapport à celle des


dents, des ligatures métalliques recouvertes de
téflon, est d’autant plus amplifiée que le bra-
cket est transparent (monocristallin). Les ailettes
agissent comme une loupe grossissante, faisant
ressortir la blancheur des ligatures sur l’émail des
dents, ce qui est assez inesthétique.
Le positionnement en bouche est plus délicat que
Figure 2
pour une attache métallique, dans la mesure où
Brackets en céramique polycristalline (d’après Russel [38]).
ces verrous esthétiques ont une couleur proche
ou voisine de l’émail. Le collage indirect permet
Il existe cependant des différences entre les at- de pallier à cet inconvénient.
taches mono et polycristallines liées à divers facteurs.
2.2. Propriétés chimiques [23, 33]
• Selon le type de cristallisation Les céramiques sont chimiquement inertes vis-à-
Les boîtiers monocristallins sont transparents. vis de l’air, des fluides oraux, des acides et des bases.
Les brackets polycristallins sont soit opaques si Elles sont biocompatibles, ne provoquent pas
les grains sont petits, soit translucides lorsque d’allergies, n’absorbent pas l’eau, ne se tachent pas
leur taille augmente. Les polycristaux d’alumine et ne se décolorent pas. Cependant, Le Romain [27]
de zircone sont de couleur crème, proche de celle rapporte qu’au bout de quelques mois, les bra-
des dents. ckets en céramique prennent souvent une teinte
La dispersion de la lumière dépend en fait de : gris-beige, qui n’est choquante que lorsqu’un bra-
– l’orientation des cristaux, cket neuf vient d’être collé sur la dent voisine. Étant
– des limites entre les grains qui assurent une donné l’inertie chimique du produit, ce changement
diffusion notable de la lumière, de couleur semble ne pouvoir s’expliquer que par
– des pores et des zones de faible intensité. l’état de surface des attaches, qui est très rugueux
• Selon la nature de l’oxyde métallique utilisé comme l’a montré Kusy [22] en microscopie électro-
L’oxyde de zirconium est plus réflecteur que l’alu- nique, et donc propice à la rétention d’aliments et de
mine. plaque dentaire.
• Selon la présence d’impuretés
La translucidité, voire la transparence, ne pré- 2.3. Propriétés mécaniques
sentent pas que des avantages : les ailettes 2.3.1. La dureté
tendent à réfléchir et même amplifier la couleur La dureté de la céramique est au minimum deux
des ligatures esthétiques utilisées. fois plus élevée que celle de l’acier inoxydable. Cette
Vassal A., Azmi O. Les céramiques 35

Chapitre 1
25 µ

a b

Figure 3
(a) : Vue d’ensemble au microscope électronique d’un bracket d’alumine polycrystalline : le bracket Transcend
r (3M Unitek )TM

en 0.022”. (b) : Étude au microscope électronique de la morphologie de sa surface après fracture : prédominance des fractures
intergranulaires. (D’après Kusy [22].)

dureté, comparée à celle de l’émail, ne constitue pas subissent. Ceci est dû au fait que les céramiques utili-
cliniquement un avantage puisque les cas d’abra- sées pour les attaches orthodontiques présentent des
sion causée par le contact bracket-dent antagoniste liaisons atomiques directionnelles fortement locali-
sont fréquents [24, 27]. Les publications sur ce su- sées. Le réseau atomique ne permet pas une redis-
jet montrent une perte de substance dentaire impor- tribution du choc. Deux types de fractures peuvent
tante dans un temps réduit [27]. être observés au niveau des attaches en céramique :
La surface de ces facettes d’abrasion est parfaite- les transgranulaires et les intergranulaires. Ces der-
ment lisse. Leur aspect est très voisin de celui des fa- nières sont prédominantes et indiquent que l’inter-
cettes d’usure rencontrées chez les bruxomanes. Tou- face entre les particules constitue le maillon de fai-
tefois, leur superficie est généralement importante, blesse [22] (Fig. 3).
témoignant ainsi d’une perte de matériel dentaire
considérable.
Viazis, et al. [44] proposent de n’utiliser ces at- [Link]. Facteurs influençant la fragilité
taches qu’à l’arcade maxillaire. Le Romain [27] pro- de la céramique
pose quant à lui trois solutions pour éliminer ces
usures iatrogènes : l’ouverture de l’occlusion, la com- – Nature chimique du bracket [7]
pensation verticale du collage des attaches ou le col- Decker et Sadoun [14] ont montré que le module
lage des brackets céramiques à la seule arcade maxil- de rupture en flexion du zircone est deux fois supé-
laire. rieur à celui d’un monocristal d’alumine, et quatre
fois supérieur à celui d’un polycristal d’alumine. La
2.3.2. La fragilité ténacité du zircone est quatre fois supérieure au po-
[Link] Résistance à l’étirement lycristal d’alumine, et deux à deux fois et demie su-
de la céramique périeure à celle du monocristal d’alumine. Le zircone
montre une moindre propension à la propagation
Les céramiques présentent une très faible résis- des fissures. En clinique, les fractures sont rares avec
tance à la fracture, ce qui les rend extrêmement fra- le zircone, elles se produisent surtout lors de l’inser-
giles [7]. tion de l’arc.
Elles ont une résistance à la déformation très éle-
vée [7], mais n’ont pratiquement pas de plasticité. – Taille des grains
Elles présentent une très faible déformation à la rup- Lorsqu’elle dépasse 30 μm, la fragilité aug-
ture et résistent très peu au choc mécanique qu’elles mente [42]. C’est la raison pour laquelle on évite la
36 Orthod Fr 2009;80:33–46

taille diamantés. Il s’ensuit un affaiblissement de la


Chapitre 1

résistance des brackets, qui peut avoir des effets dé-


terminants sur leurs performances.
Les imperfections, les rayures de surface, comme
les impuretés, sont un facteur fragilisant pour ces
brackets [16].
Flores, et al. (en [3]) ont montré que les rayures
superficielles réduisent la résistance à la fracture,
surtout en ce qui concerne les attaches monocris-
tallines, à la différence des attaches polycristallines,
ces dernières sont plus fragiles aux lésions de sur-
face (éraflures). Les auteurs considèrent alors que
les polycristallines sont mieux adaptées à l’usage or-
Figure 4 thodontique. Leur force n’est pas amoindrie par des
Rugosité de l’état de surface d’une attache d’alumine poly- rayures, survenues pendant la fabrication, la pose
cristalline. Étude au microscope électronique de la morpho- des ligatures ou la manipulation de l’arc.
logie de sa surface externe : celle-ci est parcourue de nom-
breux pores de faible diamètre, de forme variant d’irrégulière – Géométrie des attaches
à polyédrique. (D’après Kusy [22].) La forme des boîtiers est conçue par ordinateur
afin d’analyser le niveau de stress et sa redistribution.
Pour pallier le problème de la fragilité des brackets
fusion lors du traitement thermique final des céra-
céramiques, les premières attaches étaient grandes et
miques polycristallines.
arrondies, les insertions arrondies minimisant la pro-
– La structure de la céramique et la présence babilité de cassure.
d’impuretés Le Romain [27] rapporte plus de fractures d’ai-
Les céramiques monocristallines sont moins fra- lettes et de brackets avec ceux de petite dimension
giles que les céramiques polycristallines de même comportant des crochets fins et des angles aigus,
composition chimique car les impuretés incluses qu’avec ceux plus volumineux et de forme arrondie
dans ces dernières favorisent la propagation des (18◦ ).
« cracks » (fissures), même pour une concentration – Type de force utilisée
inférieure à 0,001 % [42]. Un torque excessif de l’arc expose beaucoup plus
– État de surface les attaches en céramique à la fracture aux dépens de
Les imperfections, les stries superficielles, les im- l’ailette ou de la gorge.
puretés sont tous des facteurs de fragilité pour les Lepetit [26] conseille d’éviter l’activation des arcs
attaches céramiques. en bouche. Il ajoute que le caractère cassant de la cé-
Scott indique que la résistance à l’étirement de ramique n’en fait pas pour autant un élément fragile,
la céramique dépend des conditions de surface. Une compte tenu du niveau de force utilisé en orthodon-
éraflure diminue dramatiquement la charge à la frac- tie.
ture. La même éraflure n’aura que des conséquences Le Romain constate qu’en utilisant la technique
minimes, voire nulles, sur du métal. La gorge du bra- de Tweed, 43 % de ses patients présentent des frac-
cket correspond à un défaut macroscopique fragili- tures d’au moins une ailette ou plus. Il semble-
sant le boîtier [42]. rait également que le taux de fracture des ailettes
soit beaucoup plus faible avec les techniques d’arc
Kusy [22], travaillant en microscopie électro-
droit [26].
nique, trouve que les brackets céramiques ont une
rugosité très importante (Fig. 4). Leur surface est – Type de ligature utilisée
parcourue de nombreux pores de faible diamètre, de Flores, et al. (en [7]) ont montré que le type de li-
forme variant d’irrégulière à polyédrique. Dans les gature utilisé – élastomérique ou métallique – n’a pas
zones usinées (gorges), des fragments de grains sont d’influence sur la résistance à la fracture des attaches
de temps en temps arrachés par les instruments de en céramique.
Vassal A., Azmi O. Les céramiques 37

La fracture des ailettes est celle que l’on rencontre

Chapitre 1
le plus souvent en clinique. Les auteurs montrent
qu’il est possible d’en diminuer la fréquence en évi-
tant d’utiliser les ligatures de Kobayashi préformées
avec un fil 0.14, car elles sont trop solides. Ils pré-
conisent d’utiliser exclusivement des ligatures élas-
tiques ou métalliques recouvertes de téflon, ou bien
des ligatures de Kobayashi préparées au fauteuil avec
un fil .012, ou encore des fils de titane.
Durant la préparation de la ligature, qu’elle soit
métallique ou recouverte de téflon, il faut absolu- Figure 5
ment éviter tout contact entre les mors de la pince Bracket avec gorge métallique (d’après Russel [38]).
et l’attache afin d’éviter de fracturer l’ailette, voire
même toute l’attache. Ceci limite l’usage systéma-
tique des ligatures métalliques en leur préférant les
anneaux élastomériques transparents.

2.3.3. La friction
La friction est la résistance au mouvement de
glissement d’un objet solide sur un autre. D’après
Kusy [22], le coefficient de friction d’une attache en
céramique est significativement plus important que
Figure 6
celui d’une attache métallique. Ceci est lié à l’irré-
Bracket céramique auto-ligaturant avec clip actif-passif
gularité de l’état de surface et la rugosité particulière
In-Ovation-C
r de chez GAC [Link] .
de l’attache qui freine le glissement de l’arc dans la
gorge. Pour lui, aucune attache en céramique ne per-
met à la dent de glisser aussi bien qu’avec un verrou aux systèmes de brackets en céramique autoligatu-
métallique. rants [33, 35] (Fig. 6).
Les auteurs pensent que les forces de frottement Reicheneder, et al. [37] ont montré que les sys-
augmentent : tèmes autoligaturants en céramique présentent une
diminution significative de la friction par rapport
– avec l’augmentation de la section de l’arc, aux brackets conventionnels.
– avec l’utilisation d’un arc rectangulaire plutôt En ce qui concerne le rôle de l’usure, les auteurs
qu’un arc rond, rapportent une augmentation de la friction à l’usure
– avec l’augmentation de l’angulation de l’attache, moins importante que celle des brackets convention-
– avec l’augmentation de la force de serrage de la nels ; due en partie à l’accumulation de débris dans
ligature, la gorge et sur les zones terminales.
– avec l’existence d’un torque actif [1].
Le rôle de la salive est controversé ; selon les études, 3. La rétention des attaches
elle peut soit diminuer, soit augmenter ou être sans céramiques [17–19]
effet sur la friction. Les expérimentations menées
avec la salive artificielle sont plutôt de valeur incer- La pose des brackets en céramique nécessite à
taine car la salive artificielle n’est qu’un substitut de la fois un système de rétention suffisamment solide
la salive humaine. pour résister aux forces orthodontiques utilisées lors
La recherche d’un système d’attache combinant du traitement, mais aussi suffisamment fragile pour
un aspect esthétique acceptable et un faible coeffi- permettre une dépose aisée, tout en conservant l’in-
cient de friction a abouti, dans un premier temps, à tégrité de l’organe dentaire.
la création de brackets céramiques avec gorge mé- En raison de sa nature chimique totalement
tallique (Fig. 5) puis, dans un deuxième temps, inerte, la céramique rend impossible l’adhésion de
38 Orthod Fr 2009;80:33–46
Chapitre 1

Figure 7 Figure 8
Étude au microscope électronique de la base du bracket Étude au microscope électronique de la base du bracket
Transcend 6000 r Unitek/3MTM . Grossissement × 3100. Starfire TMB r de A CompanyTM . Grossissement × 3100.

Polycristal d’oxyde d’alumine, rétention micromécanique. Monocristal d’oxyde d’alumine. Rétention chimique. (D’après
(D’après Kearns, et al. [21].) Kearns, et al. [21].)

la colle sur l’embase de l’attache : aucune liaison di-


recte ne peut être obtenue entre l’oxyde d’alumine et
la résine de collage.
Deux types de rétention différents ont donc été
développés : mécanique et chimique.

3.1. Rétention mécanique


3.1.1. Rétention macromécanique
La céramique non traitée n’apporte aucune
rétention mécanique. Pour des raisons de coût Figure 9
et d’esthétique, il est impossible d’adjoindre une Étude au microscope électronique de la base du bracket Fas-
grille métallique sur la base des attaches en céra- cination r de DentaurumTM . Grossissement ×3100. Polycris-
tal d’oxyde d’alumine. Rétention chimique. (D’après Kearns,
mique pour obtenir une adhésion macromécanique, et al. [21].)
comme pour les attaches métalliques.
La rétention mécanique est aujourd’hui réalisée
par des formes variées situées sur la base même de donne à l’intrados de la base l’aspect d’une fraise dia-
l’attache : cannelures, carrés ou croix taillés dans la mantée. C’est le relief de la base qui permet d’aug-
base du bracket. menter la surface de contact et la rétention entre le
Tous ces systèmes ont le même but : augmenter bracket et l’adhésif.
la surface de contact entre le bracket et l’adhésif et
créer des zones de contre-dépouille. 3.2. Rétention chimique (Fig. 8 à 10)
Dans le cas d’une rétention mécanique, le choix
de l’adhésif s’avèrera donc très important : il devra C’est le mode de rétention qui a été pendant long-
pouvoir pénétrer dans toutes les contre-dépouilles et temps le plus souvent employé.
avoir un très haut degré de polymérisation. Une couche de pâte de verre (oxyde de silice)
est ajoutée à la base du bracket, puis un agent de
couplage (silane) est appliqué. Les groupes silanol
3.1.2. Rétention micromécanique
du silane activé adhèrent sur la couche des cristaux
C’est le système le plus récemment développé d’alumine hydratée du bracket par l’intermédiaire de
(Fig. 7). liaisons hydrogènes et les groupes méthacrylates ré-
Cette technique utilise l’adjonction de pointes de agissent avec la résine adhésive par des liaisons co-
diamant ou de verre sur la base du bracket, ce qui valentes.
Vassal A., Azmi O. Les céramiques 39

Chapitre 1
Figure 10
Apparence de la base du bracket et de la surface de la dent après dépose d’un bracket à rétention chimique (d’après Atsü,
et al. [5]).

Le collage du bracket est donc réalisé par l’inter- 4. La pose des attaches en céramique
médiaire du silane qui forme un pont entre les élé-
ments organiques et non organiques. Deux techniques de pose sont possibles :
La rétention chimique permet une diminution de – Le collage direct : réalisé entièrement au fauteuil,
l’épaisseur du bracket, car il en augmente la force de il s’agit de la technique la plus couramment utili-
rétention [19]. sée : elle consiste à coller directement les brackets
Ce procédé semble cependant aujourd’hui dé- sur les dents du patient sans étape préalable de
passé. laboratoire.
– Le collage indirect : ce procédé consiste à posi-
3.3. Rétention mixte tionner de façon rigoureuse, au laboratoire, les
Ce procédé, en passe d’être abandonné aujour- attaches sur une arcade en plâtre puis de les repo-
d’hui, utilise à la fois la rétention chimique et la ré- sitionner en bouche et de les coller grâce à une clé
tention mécanique. Il s’est développé après celui de de repositionnement. Cela permet d’accéder faci-
la rétention chimique et de la rétention macroméca- lement aux secteurs difficiles et d’équiper toute
nique, mais avant celui de la rétention microméca- l’arcade en un seul temps. Cette méthode semble
nique. être très appropriée au collage des brackets céra-
Ce système ne semble pas apporter d’avantage miques.
majeur puisque c’est celui qui présente la rétention
L’extrême dureté des brackets céramiques interdit
la plus faible. De même, l’adjonction de silane ne
leur pose dans des zones où il peut y avoir des inter-
semble pas apporter de bénéfice puisque la réten-
férences entre le bracket et l’émail de la dent antago-
tion mécanique de ces brackets est déjà largement
niste, sous peine d’obtenir des abrasions importantes
suffisante, elle n’apporterait en fait que des inconvé-
de l’émail.
nients.
L’idéal reste donc de ne pas coller de brackets cé-
ramiques au niveau du bloc incisivo-canin mandibu-
3.4. Autres moyens de rétention
laire et de restreindre leur collage sur des dents non
Ils sont peu développés. saines : leur dépose nécessite une force importante
À titre d’exemple, on peut citer le bracket qui peut parfois dépasser la résistance de la restaura-
TM
Ceramaflex : il comporte à sa base une fine couche tion ou même de l’émail d’autant plus si la dent est
de plastique de la famille des polycarbonates. Cette dépulpée.
couche présente une certaine ductilité qui permet de
compenser la fragilité de la céramique en créant une 5. La dépose des attaches en céramique
interface de rupture entre la dent et le bracket.
TM
Autre exemple : le bracket Spirit qui présente La dépose des attaches céramiques pose plus de
une feuille de bicarbonate sur sa base. problèmes que celle des attaches métalliques pour
40 Orthod Fr 2009;80:33–46

deux raisons essentiellement : à rétention mécanique se situe en général à l’in-


Chapitre 1

terface bracket-adhésif et n’entraîne donc pas de


– L’adhésion des attaches céramiques sur l’émail est fracture amélaire lors de leur dépose.
très importante et même supérieure à ce qui est C’est la raison pour laquelle la plupart des manu-
nécessaire. factures ont abandonné la rétention chimique au
– Contrairement aux brackets métalliques, les bra- profit de la rétention mécanique.
ckets céramiques ne peuvent pas se déformer et – L’adhésif utilisé. Il semble jouer un rôle important
sont donc incapables d’absorber l’énergie déve- sur la localisation du site de fracture. De même,
loppée lors de la dépose. On se retrouve avec il a été démontré que les adhésifs microchargés
deux éléments indéformables : le bracket et procurent une force de rétention supérieure à
l’émail, qui sont liés par un adhésif, dont la celle des autres types d’adhésifs.
couche plus ou moins épaisse est plus ou moins – La force imposée. L’idéal est de déposer les brackets
déformable. céramiques par tension, non seulement parce que
Tous ces éléments font que l’on peut provoquer des la résistance des brackets céramiques face à une
lésions iatrogènes au niveau de l’émail lors de la dé- force de tension est inférieure à celle face à une
pose, car l’émail est l’élément faible de l’ensemble force de cisaillement, mais encore parce qu’il a été
émail-adhésif-bracket [36]. démontré que l’utilisation d’une force de tension
est la seule à ne pas provoquer de fracture du bra-
5.1. Le site de rupture lors de la dépose [14] cket et que, dans le cas de son utilisation, 80 %
des ruptures se produisent à l’interface bracket-
La rupture peut être de deux ordres : adhésif.
– cohésive : la rupture apparaît au sein d’un des
trois éléments : émail, adhésif ou bracket céra- 5.2. Fracture et dépose [14, 16]
mique,
– adhésive : la rupture apparaît au niveau des in- Les brackets céramiques, rigides et fragiles, sont
terfaces bracket-adhésif ou émail-adhésif. Pour parfois collés sur un émail dentaire également fra-
Decker et Sadoun [14], lors de la dépose, la gile. Il n’existe aucune possibilité d’absorber le stress
rupture se fera le plus souvent au niveau de lors de la dépose des attaches. Si l’adhésion bracket-
la zone la plus fragile, c’est-à-dire à l’interface adhésif est trop forte, la cassure peut se produire :
émail-adhésif, favorisant la possibilité d’une at-
teinte amélaire. – soit dans l’adhésif, ce qui est souhaitable,
Cliniquement, la rupture idéale se trouve donc au – soit dans l’émail, ce qui est le pire et peut se
niveau de l’interface bracket-adhésif ou au sein de traduire par une fracture ou une déchirure de
l’adhésif, en laissant une fine couche de résine sur la l’émail,
surface de la dent, qui a l’avantage de protéger l’émail – soit dans la céramique, ce qui provoque une frac-
mais qu’il reste ensuite à éliminer. ture du bracket.
La situation du site de rupture dépend en fait de Les céramiques polycristallines présentent une ré-
nombreux paramètres : sistance à la fracture 26 fois plus faible que l’acier,
– Le type de bracket utilisé. Contrairement aux bra- tandis que pour les monocristallines, ce rapport est
ckets métalliques pour lesquels le site de rup- de 33.
ture se situe généralement à l’interface bracket- Les attaches de petite dimension sont plus fragiles
adhésif, la dépose des brackets céramiques se que celles plus volumineuses.
produit plutôt au niveau de l’interface émail- Il faudra donc veiller à diminuer autant que pos-
adhésif. sible les sollicitations de la céramique lors des diffé-
Tout dépend du type de rétention utilisé : le site rentes phases du traitement, aussi bien dans la suc-
de rupture des brackets céramiques à rétention cession des arcs que dans la solidarisation de l’arc à
chimique se situe au niveau de l’interface émail- l’attache, pour diminuer au maximum le risque de
adhésif, par contre celui des brackets céramiques fracture des attaches lors de la dépose.
Vassal A., Azmi O. Les céramiques 41

Chapitre 1
Figure 11
(a) : Fracture d’un bracket céramique à gorge métallique survenue lors de la dépose avec une pince de Howe. (b) : Résidu de
résine subsistant à la surface de la dent et montrant les empreintes de la base du bracket. (D’après Bishara, et al. [12].)

5.2.1. Fracture des brackets céramiques la fracture des aires de décollement et entraî-
(Fig. 11) ner un transfert des contraintes depuis l’interface
bracket-adhésif à l’interface émail-adhésif. Dans
Parmi les différents facteurs intervenant dans le ce cas, l’élément faible risque d’être l’émail.
risque de fracture, on peut citer, comme nous l’avons La rétention obtenue avec les brackets à rétention
vu plus haut (voir Sect. 2.3.2.) : mécanique est moins importante mais suffisante.
– la nature chimique de la céramique, Le système de rétention mixte présente lui la ré-
– la structure de la céramique, sistance la plus faible au décollement, mais celle-
– la taille des grains, ci s’avère insuffisante à l’usage.
– l’état de surface, – De l’adhésif. La rétention est inversement propor-
– la géométrie des attaches, tionnelle à l’épaisseur d’adhésif [41, 46]. Cette
– le type de force utilisée, épaisseur augmente avec le relief de la base, c’est
– le type de ligature utilisée. la raison pour laquelle les brackets à rétention
mécanique ont une rétention inférieure à celle
À ces facteurs, il convient d’ajouter la notion de
des brackets à rétention chimique.
« force d’arrachement ». On appelle force d’arrache-
Cependant, les avis divergent en ce qui concerne
ment la force qui est nécessaire par cisaillement, par
les valeurs de rétention obtenues avec les diffé-
torsion ou par tension pour obtenir une rupture du
rents types d’adhésifs.
lien bracket-dent.
Pour certains comme Spiro et Chaconnas [39],
Cette force d’arrachement dépend :
le ciment photopolymérisable présente une ré-
– Du type de bracket. Selon Winchester [45], la force sistance à la tension supérieure à celle des
de rétention des brackets en oxyde de zirconium ciments chémopolymérisables. Pour d’autres,
est beaucoup plus faible que celle des brackets en comme Viazis [44], il n’existe pas de différence
oxyde d’alumine, mais ces brackets en oxyde de significative entre les deux.
zirconium ne sont pas adaptés à un usage ortho- Pour Eliades [15], la résistance au cisaillement est
dontique. identique pour les ciments photo et chémopoly-
– Du type de rétention. La rétention la plus impor- mérisables. Pour d’autres comme Alexander [2],
tante est obtenue avec les brackets à rétention elle est plus importante avec les ciments chémo-
chimique. Mais de nombreux auteurs se sont polymérisables.
rendu compte que celle-ci est beaucoup trop – De la préparation de l’émail. Lorsque l’émail est
importante. Ce type de rétention crée des liai- préparé avec de l’acide polyacrylique associé à
sons dures qui peuvent excéder la résistance à un lavage modéré, les forces de cisaillement sont
42 Orthod Fr 2009;80:33–46

réduites d’environ 50 % par rapport à une pré-


Chapitre 1

paration d’émail réalisée avec de l’acide ortho-


phosphorique. Le mordançage avec de l’acide
polyacrylique entraîne la formation de cristaux
de gypse et d’hydroxyapatite à la surface de
l’émail, ce qui facilite la dépose des attaches puis-
qu’elle emmène avec elle l’adhésif avec les cris-
taux de gypse et d’hydroxyapatite [32].

L’adhésion entre l’attache céramique et son support,


quelque soit le mode de rétention et le produit de
collage utilisés, est très importante et même supé-
rieure à ce qui est nécessaire. Figure 12
Bracket céramique fracturable Clarity r de chez 3M Unitek .
TM
Dans le but de réduire au maximum le risque
de fracture des brackets céramiques lors de la dé- Déposé avec l’instrument de dépose spécifique proposé par
le fournisseur. (D’après Bishara, et al. [12].)
pose, les fabricants explorent aujourd’hui de nou-
velles pistes. Parmi elles, on peut citer :
5.3. Protocole de dépose des brackets
– les brackets céramiques fracturables [12] en céramique [9–11, 40]
(Fig. 12) : présence d’une gorge verticale au
niveau de la base de l’attache pour aider à une 5.3.1. La dépose mécanique
fracture systématique du bracket à la dépose ; La dépose à la pince a été la première technique
– la création d’encoches mésiales et distales pour proposée et reste aujourd’hui encore la méthode la
permettre l’insertion des mors de la pince au plus plus utilisée.
près de l’interface bracket-adhésif ; Le principe est d’entraîner une déformation du
– la réduction de la dimension des particules d’alu- bracket, déformation qui doit occasionner la rupture
mine ; au niveau de l’interface bracket-adhésif ou au sein
– l’ajout d’une base en plastique pour absorber les même de la résine.
contraintes et éviter les fractures. . . Il semble cependant qu’en fonction du degré de
force délivrée, cette technique présente un risque im-
5.2.2. Fractures de l’émail portant de fracture du bracket céramique ainsi qu’un
risque de fracture de l’émail plus important qu’avec
Pour Joho dans Kusy [22] : la force de collage les attaches métalliques.
entre le bracket céramique et l’adhésif est très im-
portante (environ 280 kg/cm2 ), or la résistance de – Dépose avec une pince à couper les ligatures. Les
l’émail n’est que de 170 kg/cm2 , ce qui explique la mors de la pince doivent être placés de part
possibilité de lésions iatrogènes de l’émail lors de la et d’autre de la base de l’attache, à la jonction
dépose, notamment sur des dents dévitalisées pour bracket-adhésif pour éviter les fractures des ai-
lesquelles la résistance à la fracture de l’émail est lettes. Le serrage de la pince provoque la dé-
faible. pose de l’attache par arrachement soit au niveau
Pour éviter les fractures amélaires, Ghafari [18] adhésif-émail, soit au niveau bracket-adhésif.
propose : Risque de rayure de la surface de l’émail.
– Dépose avec une pince de Weingart ou pince de Howe
– de choisir des brackets à rétention mécanique (Fig. 11). La rupture s’obtient en pinçant les ai-
ou des brackets dont la rétention chimique a été lettes avec les mors de la pince : l’attache se plie
réduite ; sur sa base et se détache de la colle. Cette tech-
– de choisir des brackets dont la taille de la base est nique est moins traumatisante pour l’émail et réa-
réduite ; lisable lorsque l’arc est en place, mais ne peut être
– d’utiliser des résines moins résistantes ; utilisée qu’avec des brackets céramiques indéfor-
– d’augmenter l’épaisseur de l’adhésif. mables.
Vassal A., Azmi O. Les céramiques 43

– Dépose avec une pince à débaguer. Arici [4] a testé de la base des attaches quelques minutes avant le dé-

Chapitre 1
quatre types de mors : mors larges, mors fins, baguage. Pour Larmour [25], ils permettent de faci-
mors pointus insérés entre la dent et le bracket liter le décollement du bracket et de diminuer les
occlusalement et gingivalement et mors longs ap- résidus de colle à la surface de l’émail. L’efficacité de
posés diagonalement de l’angle corono-mésial à ces produits reste cependant à démontrer.
l’angle disto-gingival.
Il a montré que la force nécessaire pour le décol- 5.3.4. La dépose aux ultra-sons
lement est maximale avec une pince à mors larges
alors qu’elle est minimale avec une pince à mors Pour Bishara et Trulove [9, 10], les mé-
longs apposés en diagonale. Avec cette méthode thodes de dépose ultrasoniques et ultra-thermiques
existe des risques importants de dommages amé- engendrent peu de fractures du bracket. Le décol-
laires. lement se fait principalement près de la jonction
– Dépose avec une pince à décoller les brackets. Ce bracket-adhésif, ce qui réduit les risques de lésion
type de pince est à rejeter car elle risque de de l’émail.
provoquer des lésions de l’émail à plusieurs en- Avec une dépose ultrasonique, le temps de dé-
droits : au niveau du bord libre (une compresse collement est plus long, de l’ordre de 35 à 80 s. Il
de gaze doit être placée sur le bord libre de la existe un risque de lésions tissulaires, d’où la néces-
dent pour le protéger avant d’effectuer la dépose), sité d’utiliser un spray pour éviter les lésions pul-
sous l’attache (les forces de cisaillement peuvent paires dues à la chaleur. Cette méthode est inutili-
arracher les prismes d’émail), au voisinage de l’at- sable pour un patient aux dents sensibles. Son coût
tache (les mors en contact avec l’émail peuvent le reste important et on note une tendance à l’usure ex-
rayer). cessive des pointes ultrasoniques.

Schwartz [42] propose une autre méthode : créer,


5.3.5. La dépose électrothermique [13, 40]
avec un cutter, une entaille à l’interface bracket-
adhésif puis décoller ensuite l’attache par pression Une pince reliée à un accumulateur est fixée
de la lame. sur le bracket à déposer. Le passage du courant
À ce jour, d’importants progrès ont été réalisés provoque une augmentation de température au ni-
dans ces méthodes de dépose mécanique et chaque veau du bracket qui se transmet ensuite à l’interface
firme propose une méthode de débaguage manuelle, bracket-adhésif et affaiblit la cohésion moléculaire.
avec une pince spécifique sensée être adaptée au pro- L’attache est alors facilement éliminée avec une force
fil du bracket concerné et qui permet, lorsque les faible, sans risque de lésion de l’émail. Le risque de
protocoles sont bien respectés, de diminuer sensible- fracture du bracket paraît inexistant.
ment le risque de fracture des brackets et de l’émail. Cette méthode présente quelques inconvénients
liés notamment à l’augmentation de température.
5.3.2. La dépose au bain d’eau chaude Au niveau de la pulpe, celle-ci peut provoquer une
gêne, une hyperhémie, voire même une nécrose. De
Méthode empirique citée dans la littérature et même, le risque de provoquer des irritations de la
employée par le Docteur Richard. Elle consiste à de- muqueuse ou de laisser tomber un bracket brûlant
mander au patient de faire un bain de bouche avec dans la bouche du patient n’est pas négligeable.
de l’eau chaude pendant environ 1 min avant de pro- Ce type d’appareil reste peu utilisé en France,
céder au décollage manuel des brackets céramiques d’une part à cause de son coût important, d’autre
à la pince. Elle est le résultat d’une expérience per- part parce que chaque appareil n’est pas compatible
sonnelle et non scientifique. Aucune fracture d’émail avec l’ensemble des brackets céramiques présents sur
ne serait survenue avec cette méthode. le marché.

5.3.3. La dépose au solvant chimique 5.3.6. La dépose au laser [6, 41]


Des dérivés d’huiles essentielles de menthe (Post L’utilisation du laser pour la dépose des brackets
TM
Debonding Agent de GAC ) sont appliqués autour en céramique est testée expérimentalement depuis
44 Orthod Fr 2009;80:33–46

les années quatre-vingt-dix. Cette technique favo- brackets en céramique se fracturent, de nombreux
Chapitre 1

riserait la rupture au niveau de l’interface bracket- éclats se forment. Si le patient avale un morceau
adhésif, sans dommage pour l’émail ou pour le bra- de céramique, les conséquences peuvent être graves,
cket. Elle permet une action rapide et indolore pour d’autant que ces éclats ne sont pas visibles à la radio-
le patient. graphie. Il existe également un risque de fraiser une
Selon Laino [24], Tocchio, et al. [43], l’énergie la- partie de l’émail, et d’entraîner une augmentation de
ser est capable de dégrader la résine de l’adhésif se- température néfaste à la vitalité pulpaire.
lon trois procédés : le ramollissement thermique de
l’adhésif qui se produit pour des valeurs d’énergie la-
ser basses, la photo-ablation quand une énergie laser 6. Le recyclage des brackets
très élevée réagit sur le matériau, ou l’ablation ther- céramiques [28–30]
mique quand le réchauffement est rapide.
Les brackets doivent être irradiés au niveau de Le recyclage des brackets céramiques après trai-
leur face vestibulaire et être déposés un à un. tement orthodontique reste assez rare. Les fabricants
Quelque soit le laser utilisé : CO2 ou Upper Pulse considèrent que leurs attaches céramiques ne
CO2 (qui serait le plus efficace) et le procédé utilisé, peuvent être recyclées en raison de l’apparition pos-
l’énergie émise pour dissocier les molécules d’adhé- sible de microfractures lors de la dépose qui risquent
sif se transforme en chaleur absorbée par l’attache. d’aboutir à une fracture lors de la réutilisation du
L’élévation de température étant courte, elle reste bracket. Certains brackets ne peuvent tout simple-
dans des limites physiologiquement acceptables. Les ment pas être recyclés de par la composition de leur
risques de dommage pulpaire sont donc minimes base et le type de rétention qu’ils utilisent (rétention
lorsque les lasers sont utilisés selon les recomman- chimique notamment).
dations des fabricants : moins de 4 s à 2 W pour le Le recyclage peut se faire en cabinet (mais long et
laser CO2 super-pulse par exemple. fastidieux) ou auprès d’une société spécialisée. Pour
À noter que la nature de la céramique semble Le Romain [27, 28], la rétention des brackets recy-
jouer un rôle important lorsqu’on effectue une dé- clés reste toutefois très inférieure à celle des brackets
pose au laser : les céramiques monocristallines sont neufs, ce qui occasionne des décollements assez fré-
très transparentes et transmettent facilement le rayon quents.
à la différence des céramiques polycristallines qui En cas de décollement accidentel de l’attache en
diffractent une partie du rayon. cours de traitement ou de décollement volontaire
d’un bracket mal positionné, il est possible, avec
5.3.7. Réhabilitation de la surface dentaire un bracket à rétention mécanique, de recoller, dans la
après dépose séance, la même attache sur la dent.
Une fois le bracket décollé, il faut éliminer la par- En général, il persiste sur la base de l’attache
tie d’adhésif restée sur la dent et polir la surface den- une couche complète d’adhésif déjà polymérisée.
taire. Un nouveau collage peut être alors effectué entre la
Divers procédés sont proposés : utilisation de couche d’adhésif polymérisée et une nouvelle couche
fraises carbure de tungstène à haute vitesse sous d’adhésif en cours de polymérisation.
spray, aéropolissage, meules en silicone avec pâte de Si la couche d’adhésif persistant à la base du bra-
polissage. . . cket est trop épaisse, il est nécessaire de la dimi-
Le but est de retrouver un émail lisse et brillant, nuer sans l’éliminer totalement avant d’effectuer le
en limitant au maximum les pertes d’émail par abra- collage : les poussières sont ensuite éliminées à l’air
sion et en évitant un éventuel dommage pulpaire par comprimé puis la base est nettoyée avec de l’alcool
surchauffe. ou de l’acétone. Le bracket est alors prêt à être réuti-
En cas de fracture des brackets céramiques lors lisé.
de la dépose, il faut éliminer le reste du bracket Le recyclage est plus complexe avec les attaches
collé sur la dent à l’aide d’une fraise diamantée à rétention chimique. Celui-ci n’est possible que si la
montée sur turbine et sous spray, en protégeant les couche de verre placée sur la base pour recevoir le
yeux et les voies respiratoire du patient. Lorsque les silane n’est pas altérée.
Vassal A., Azmi O. Les céramiques 45

Deux méthodes sont utilisables : Aujourd’hui, la recherche d’un système d’attache

Chapitre 1
combinant à la fois un aspect esthétique accep-
– le procédé chimique
table et un faible coefficient de friction a abouti au
Il consiste à appliquer une couche de silane sur
développement des brackets céramiques avec gorge
la base du bracket. Le plus souvent, on utilise un
métallique et plus récemment aux systèmes de bra-
silane non hydrolysé. La base du bracket est poncée,
ckets céramiques autoligaturants, élargissant ainsi
rincée, séchée, de l’acide phosphorique est appliqué
leur champ d’application.
pendant 60 s puis le silane est appliqué pendant 60 s
sans avoir retiré l’acide. Une nouvelle application de La dépose des brackets en céramique reste au-
silane est faite pendant 60 s sur ce mélange silane- jourd’hui encore délicate. La majorité des attaches
acide. La base est rincée, séchée puis recollée. présentes sur le marché sont des attaches polycris-
On peut également utiliser un silane hydrolysé. tallines à rétention mécanique, posant moins de
Dans ce cas, la base est poncée, rincée, séchée et on problèmes au moment de la dépose. Néanmoins, en
applique une couche de silane pendant 2 min. La raison de la structure atomique de la céramique, on
surface est ensuite traitée à l’air chaud puis recollée. assiste encore fréquemment à des fractures de bra-
ckets et à des lésions de l’émail, même en utilisant les
– le procédé thermochimique outils et les méthodes proposées par les fournisseurs.
Cette technique est proposée par Lew et Sur ce point, l’apparition des brackets céramiques
Djeng [29]. Elle s’adresse de préférence aux attaches fracturables semble enfin apporter une réponse plus
à rétention chimique sur la base desquelles persiste adéquate.
une couche d’adhésif incomplète. Il faut éliminer
au maximum l’adhésif restant sur la base du bra-
cket. Pour cela, le bracket doit être chauffé avec des Bibliographie
précelles jusqu’à ce qu’il prenne une couleur rouge
cerise. Pendant le refroidissement, l’adhésif devient [1] Aknin C. Fracture strength of ceramic bracket during
arch wire torsion. Am J Orthod Dentofacial Orthop
crayeux : il est possible de l’éliminer facilement à 1996;109:22–27.
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une place de premier choix parmi l’ensemble des ap- and silane surface conditioning on the bond strength
of metal and ceramic brackets to enamel. Angle Orthod
pareils orthodontiques qui permettent de prendre en
2006;76:857–862.
compte le souci esthétique du patient et restent bien [6] Azzeh E, Feldon PJ. Laser debonding of ceramic brackets :
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de s’exposer à une usure importante de l’émail. [9] Bishara S, Trulove T. Comparisons of different debond-
Depuis leur lancement, elles n’ont cessé de su- ing techniques for ceramic brackets: an in vitro study, part
I. Am J Orthod Dentofacial Orthop 1990;98:145–153.
bir des évolutions. Du fait de l’irrégularité de leur [10] Bishara S, Trulove T. Comparisons of different debonding
état de surface et de leur rugosité, les attaches cé- techniques for ceramic brackets: an in vitro study, part II:
ramiques conventionnelles ont pendant longtemps findings and clinical implications. Am J Orthod Dentofa-
présenté l’inconvénient d’avoir un coefficient de fric- cial Orthop 1990;98:263–273.
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