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Travail Fira

La détention préventive en République Démocratique du Congo est un sujet complexe, garantissant la liberté individuelle tout en permettant l'incarcération d'individus présumés innocents avant jugement. Le document souligne les enjeux juridiques et éthiques liés à cette pratique, ainsi que les règles procédurales qui l'encadrent, tout en appelant à une réforme pour respecter les droits constitutionnels. Il propose également une analyse historique et conceptuelle de la détention préventive, en la distinguant d'autres formes d'arrestation.

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Travail Fira

La détention préventive en République Démocratique du Congo est un sujet complexe, garantissant la liberté individuelle tout en permettant l'incarcération d'individus présumés innocents avant jugement. Le document souligne les enjeux juridiques et éthiques liés à cette pratique, ainsi que les règles procédurales qui l'encadrent, tout en appelant à une réforme pour respecter les droits constitutionnels. Il propose également une analyse historique et conceptuelle de la détention préventive, en la distinguant d'autres formes d'arrestation.

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INTRODUCTION

I. POSITION DU PROBLEME
La liberté individuelle est un droit garanti par plusieurs instruments
tant nationaux qu’internationaux. En République Démocratique du Congo
notamment, elle a une valeur constitutionnelle. En effet, aux termes de
l’article 17 alinéa 1 de la constitution du 18 février 2006, telle que modifiée :
la liberté individuelle est garantie. Elle est la règle, la détention, l’exception
qui se trouve la détention préventive entendue comme l’incarceration de la
personne inculpée avant le prononcé du jugement ou de l’arrêt sur le fond de
l’action publique. Cette exceptionnelle est ordonnée par l’autorité judiciaire
compétente à l’égard d’une personne présumée innocente mais contre
laquelle il existe des indices sérieux de croire qu’elle aurait commis une
infraction dans la perspective de l’empêcher de se soustraire à la justice par
la fuite. Pourtant une certaine doctrine de soustraire à la justice qu’une
détention préventive ordonnée par le juge dans le cadre de la procédure
d’enquête ou de l’instruction, soulève en premier lieu une question
récurrente d’ordre général qui relève à la fois du respect de la dignité de la
personne arrêtée, du conformément du pouvoir d’arrestation aux nécessités
de la procédure, de l’exercice par un individu dudit pouvoir sur la liberté
d’autres individus.
Au-delà des différents controverses qui suscitent autour de la
détention préventive, il est indispensable dans notre justice congolaise d’user
et utiliser les moyens les plus importants permettant d’arriver à la
découverte d’une vérité sur les infractions qui compromettent son existence.
Mais cela n’exclut pas à coté de cette mesure qu’on tient compte de droits
qui sont garantis à la constitution entre autre le droit à la liberté individuelle,
droits qui sont constitutionnellement garantis. Dans cette même logique, le
souci majeur est d’arriver à mettre en exergue que la personne mise en
cause ne purge pas encore sa peine avant le prononcé du jugement définitif
passé en force de chose jugée. Cependant, cette approche qui apparait
plausible de comprendre est toujours battit à la brèche par le droit positif
congolais, la détention préventive apparait comme l’équivalent de la peine
que la personne subie avant même que le juge du fond ne se prononce.
La loi est claire pour ce qui est de la détention préventive, elle
donne toutes les précisions liées à cette détention. L’article 28 du code de
procédure pénale prévoit que les règles s’appliquent de manière suivante et
doivent être respectées. Lorsque les conditions de la mise en état d’une
détention préventive sont réunies, l’officier du ministère public peut après
avoir interrogé l’inculpé, le placer sous mandat d’arrêt provisoire, à charge
de le faire conduire devant le juge le plus proche, compétent pour sur la
détention préventive si le juge se trouve dans la même localité que l’officier
du ministère public. La comparution devant le juge doit avoir lieu au plus tard
dans le cinq jours de la délivrance du mandat d’arrêt provisoire, dans le cas
contraire, ce délai est augmenté du temps strictement nécessaire pour
effectuer le voyage, sauf le cas de force majeure ou celui du retard rendu
nécessaire par les devoirs de l’instruction.
II. CADRE DE REFERENCE
La réalisation de la présente étude nous a conduits à faire recours à
d’autres disciplines du droit. Il s’agit de la procédure pénale, organisation et
compétence judiciaire. Pour ce qui est de la procédure pénale, elle est définie
comme « une branche du droit judiciaire et donc, doit être définie comme
l’ensemble des règles qui doivent être observées pour déclarer qu’une
infraction a été commise par telle personne, dans telle circonstance et avec
telles modalités et pour applique à l’auteur présumé les mesures prévues par
la loi ». Par ailleurs, l’organisation et compétence judiciaire étude les
principes d’organisation et fonctionnement des services judiciaires et des
services de la justice, c’est l’étude des structures matérielles qu’humaines
sur lesquelles est battue la justice.
III. MODE OPERATOIRE
a) Intérêt
L’intérêt poursuivi par ce travail est capital. En effet, non seulement
il met en exergue les différents écueils qui enregistre la pratique judiciaire
congolais en matière de détention préventive, mais aussi il propose certaines
mécanismes susceptibles d’amoindrir lesdits écueils.
En effet, à l’heure actuelle il est sans doute admis que la pratique
judiciaire congolaise désacralise l’appareil judiciaire pourtant, il ne peut pas
être admis que des telles pratiques ignobles s’observent dans la phase
d’avant procès dans un Etat qui se vaut Etat de droit.
b) Méthode
Aucun chercheur ne peut arriver à une construction doctrinale sans
méthode.
La méthode est définie comme la démarche rationnelle de l’esprit
pour arriver à la connaissance ou à la démonstration d’une vérité.
Au cours de la présente étude, il sera fait application à la méthode
exégétique et à la méthode sociologique.
La méthode exégétique repose sur le culte des lois, elle consistera
donc à examiner les lois en rapport avec la détention préventive. La méthode
sociologique en revanche consiste à éclairer les textes par le contexte
sociologique de leur naissance ou celui de leur application au sein de la
société.
Elle est nécessaire dans cette étude car elle permet grâce à une
approche approfondie de trancher une série de controverses relevées dans le
vécu judiciaire des mesures préventives. Il en va aussi car pour expliquer la
raison d’être des règles, les causes profondes de leur évolution, de leur
abandon ou pour décrire le fonctionnement réel des institutions politiques. La
méthode exégétique, ne saurait suffisante. C’est pourquoi, elle est toujours
complétée par l’approche sociologique.
CHAPITRE 1 : APPROCHE ANALYTIQUE ET EXPLICATIVE DE LA
DETENTION PREVENTIVE
Ce premier chapitre comprendra deux sections dont l’une sera
consacrée la notion et au fondement de la détention préventive (Section 1) et
l’autre, à ses conditions et à sa procédure (Section 2).
SECTION 1 : NOTION ET FONDEMENT
§.1. Notion
La détention préventive est une notion qui n’est définie, ni par la loi
dont l’une est large, l’autre restreinte. En effet, cette dernière la définit au
sens large comme l’incarcération de l’auteur présumé d’une infraction avant
une décision définitive, et au sens restreint, comme l’incarcération de la
personne inculpée avant le prononcé du jugement ou de l’arrêt sur le fond de
l’action publique1.
En République Démocratique du Congo, la doctrine dominante ne
s’est pas préoccupée de cette question conceptuelle pendant longtemps.
Toutefois, nous lisons pour la première fois une prise de position claire sur la
question à travers les membres de la conférence nationale. En effet, dans ses
recommandations sur les dispositions légales relatives à l’expression
« détention préventive », on note qu’en dépit de son caractère peu heureux,
cette expression a paru soutenable aux yeux des membres de la sous-
commission judiciaire pour les raisons ci-après :
 La détention opérée à titre préventif, c’est-à-dire pour prévenir la fuite
éventuelle de l’inculpé ou parce que celui-ci a une identité douteuse ou
que sa résidence est inconnue.
 Au plan d’effet, il n’y a pas de différence entre cette expression et celle
proposée de « détention préventive », car chacune des deux implique la
privation de liberté. Mais c’est du point de vue psychologique que la
différence est perceptible, le terme « provisoire » laissant entrevoir une
libération imminente et le mot « préventive » insinuant un cheminement
vers la culpabilité2.
Par ailleurs, dans le langage commun comme dans la plupart des
études présentées par les chercheurs et les analyses du système pénal, on
utilise souvent et sans distinction des termes tels que la mise sous garde, la
mise sous surveillance, la détention avant procès, l’internement
1
LUZOLO BAMBI LESSA, op.cit. p. 255
2
TASOKI MANZELE JOSE MARIE. Ouvrage de la procédure pénale p. 83
administratif, la garde à vue, la détention policière, la détention provisoire et
la détention préventive. Cependant, sous réserve de certaines similitudes, il
est formellement contre-indiqué d’employer les concepts indistinctement
puisque chacun correspond à une pratique particulière qu’il importe de
caractériser en distinguant la détention préventive de ses concepts en usage
en droit congolais. Ainsi, la détention préventive doit être distinguée de
l’arrestation. Qui peut être opérée par un particulier en cas d’infraction
fragrante par un officier de police judiciaire au cours de l’enquête
préliminaire et/ou par un officier du ministère public au cours de l’instruction
judiciaire3.
A. Historique de la détention préventive en droit congolais
L’histoire judiciaire du système romano-germanique auquel
appartient le droit congolais de la détention préventive, montre que dans
l’ancien temps, cette mesure ne fut jamais admise par les citoyens ; et ce, ni
à Athènes, ni à Rome. Régis par la procédure accusatoire, les peuples
germaniques ne connurent pas la détention préventive. En effet au temps
des invasions, les inculpés venaient, libres et armés, discuter à l’Assemblée
populaire de l’accusation portée contre eux lorsque, après les invasions , les
coutumes devant s’adapter à un état social différent, l’arrestation put être
évitée en fournissant des répondants à titre de caution.
1. Période antérieure au décret dû d’août 1959
En 1885, l’Etat indépendant du congo, propriété privée du Roi des
belges n’avait pas de constitution et les règles régissant la conduite des
habitants étrangers et autochtones du territoire congolais étaient
déterminées par le Roi souverain. Lorsque ce dernier céda le territoire à la
Belgique ,celle-ci le dota d’une constitution appelée ≪ la loi sur le
gouvernement du congo≫ ou ≪ la Charte coloniale ≫ .
2. Depuis le décret dû d’août 1959 à ce jour
La lecture des travaux préparatoires du décret permet d’affirmer que son
avènement était Justifié par des raisons d’ordre politique. En effet sur le plan
politique, le législateur de l’époque avait considéré que les nombreuses
règles de procédure pénale comprises dans le décret du 11 juillet 1923 telles
que modifié jusque-là, étaient conditionnées par la race des inculpés et
prévenus lesquels, le nouveau texte avait pour mission de faire disparaître
cette discrimination. Il en était ainsi en matière d’arrestation de mandat
d’amener, de mise en détention préventive et de confirmation de cette
détention.

3
E.J. LUZOLO BAMBI LESSA et N. BAYONA BA MAYA, Manuel de procédure pénale, 2011, pp. 255-257
B. Détention préventive et notions voisines
a) Arrestation et détention préventive
Il ne faut pas confondre détention préventive, mesure judiciaire
avec d’une part l’arrestation provisoire d’un inculpé surpris en flagrant délit
en vue de la conduire devant le magistrat compétent et, d’autre part,
l’arrestation administrative.
1. Arrestation provisoire d’un individu devant le magistrat
compétent
L’article 12 de la constitution qui exige l’intervention du juge pour
arrêter ou détenir quelqu’un, réserve le cas du flagrant délit. Plusieurs textes
légaux ont fait application de cette réserve pour permettre soit aux agents
de la force publique, soit même aux particuliers d’arrêter (mais non de
détenir) des individus surpris en flagrant délit aux fins de les amener devant
le juge.
L’arrestation n’est toutefois autorisée que dans le cas de flagrant
délit, soit le délit qui se commet actuellement ou qui qui vient de se
commettre, à savoir que le temps séparant la commission du délit de
l’interpellation du suspect ne soit que le temps matériellement nécessaire du
particulier pour s’assurer sur-le-champ de la personne. L’article de la loi
relative à la détention préventive organise l’arrestation par les agents de
l’autorité d’un individu pour le mettre à la disposition de la justice en dehors
du cas de flagrant délit, lorsqu’il existe des indices sérieux de culpabilité à la
charge et ce, pendant vingt-quatre heures ou plus 4.
2. Arrestation administrative
A la détention préventive, on peut aussi opposer l’internement
administratif. Celui-ci est, en effet, une détention préventive permettant aux
pouvoirs publics de faire incarcérer, selon les dispositions légales et
réglementaires, un individu quelconque, c’est une mesure destinée à éviter
ou étouffer une manifestation ou un trouble à l’ordre public en neutralisant
les meneurs par leur arrestation et leur détention. Dans ce sens, peuvent
faire l’objet d’une arrestation et détention administratives :
 Tout congolais qui contrevient à l’ordonnance du 28 mai 1958
réglementant l’état civil et la résidence des nationaux 5 ;

4
Art 7 alinéa 1er, article 7 bis 3 de code de procédure pénale. J. PRADEL, procédure pénale, 5ème éd. Cufas 1990, p.
331
5
Le chef de circonscription peut prononcer le renvoi dans la circonscription où il a sa résidence principale, tout
congolais condamné pour absence d’autorisation de séjour à défaut de le faire appréhender et le contraindre.
Codes et lois du Congo-Belge, T.1, p. 388, art. 52.
 Tout congolais qui viole la réglementation de la police d’immigration,
lequel peut être incarcéré en maison de rétention 6 ;
 Toute personne qui porte atteinte à l’ordre et à la tranquillité publics ou
à la sûreté de l’Etat. Ces derniers peuvent être incarcérés sous mandat
d’arrêt. Cependant, cette détention ne peut pas durer plus d’un mois 7.
Enfin, de la détention préventive, on peut distinguer certaines
mesures préventives de liberté prises sur la décision des agents du service
national d’intelligence et de protection. En effet, peut être internée ou placée
sous surveillance sur décision écrite de l’administrateur général de l’ANR’’
toute personne qui, par ses activités, porte atteinte à la sûreté de l’Etat. La
personne qui fait l’objet d’une mesure d’internement sera détenue dans un
établissement ou partie d’établissement séparé de celui des détenus de droit
ordinaire. La mise sous surveillance consiste soit en une assignation à
résidence, soit en une interdiction de séjourner ou de circuler dans des
circonscriptions politico-administratives déterminées, à défaut desquelles le
recours à une rétention administrative est obligatoire.
Il est à noter que les autorités habilitées à prendre la mesure
d’internement ne peuvent intervenir qu’en conformité avec les règles
édictées en la matière. Les agents de l’Agence Nationale de Renseignement
peuvent, pour cinq jours au maximum, mettre en état de détention, dans les
établissements pénitentiaires de la République, les personnes susceptibles
d’être l’objet d’une mesure d’internement.
Par ailleurs, on peut signaler que, le 25 mai 1990, le Conseil
National de Sécurité, invoquant le nouveau paysage politique congolais qui
ne permettait plus d’avoir de doute quant à la détermination des services de
sécurité de veiller à la quiétude des congolais quelles que soient leurs
opinions et leurs responsabilités politiques, avait pris les décisions suivantes :
 La suppression de tous les lieux de détention, au niveau de tous les
services de sécurité, tant à Kinshasa qu’à l’intérieur du pays. Ces lieux
peuvent cependant servir d’endroits de garde à vue relevant désormais
de la seule responsabilité de l’autorité judiciaire civile ou militaire, qui
veillera à y organiser des contrôles réguliers ;
 L’abolition de la détention administrative ;
 L’abolition du système de réglementation administrative ;
 La libération de toutes les personnes détenues par les services de
sécurité pour des raisons politiques ou d’opinion, sauf celles contre
lesquelles une procédure judiciaire régulière était déjà en cours ;

6
Arrêté du 22 avril 1958, art. 16.
7
ANR (Agence Nationale e Renseignement).
 L’évaluation trimestrielle et contradictoire de la situation générale des
congolais au regard du respect des procédures légales et du traitement
physique des personnes en détention.
On pourrait s’autoriser à penser que c’est dans cette démarche qu’a
été créé, quelques mois plus tard, le Service National d’Intelligence et de
Protection, en remplacement de l’ancien service de sécurité 8. Cependant, en
toute logique, la création du SNIP devait appeler l’abrogation du décret n°
01/65 de février 1961 portant mesures de sûreté de l’Etat. Il s’agit
essentiellement du pouvoir d’internement et de mise sous surveillance des
personnes qui, par leurs activités, portant atteinte à la sûreté de l’Etat 9.
Ainsi distinguée de ses concepts voisins du droit congolais, la
détention préventive apparaît en définitive au sens strict comme
l’incarcération d’un individu inculpé dans une maison d’arrêt au cours d’une
instruction préparatoire jusqu’à la décision définitive sur l’action publique.
C’est donc une mesure qui touche au domaine sensible de la liberté
individuelle et dont l’importance recommande qu’on en détermine la nature.
b) Détention préventive et peine
La détention préventive n’est pas une peine, mais une mesure
nécessitée par les circonstances de la cause ou l’instruction. Elle ne peut être
une peine avant la peine.
Qui intervient comme sanction prononcée par un jugement ou un
arrêt coulé en force de chose jugée. Puisque l’inculpé est présumé innocent
aussi longtemps qu’il n’a pas fait l’objet d’une condamnation irrévocable (art.
6, 52 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme). Ainsi, l’article
16,5 limes al.2 de la loi sur la détention préventive rappelle qu’un mandat
d’arrêt ne peut être décerné dans le but d’exercer une répression immédiate
ou toute autre forme de contrainte.
Néanmoins, l’article 30 CP prévoit, à juste titre, que toute détention
préventive, subie avant que la condamnation relative à l’infraction sur a
durée des peines important de privation de liberté 10.
§.2. Fondement juridique et philosophique
Article 27 du code de procédure pénale stipule que l’inculpé ne peut
être mis en état de détention préventive que s’il existe contre lui des indices
sérieux de culpabilité et qu’en outre le fait paraisse constituer une infraction
que la loi réprime d’une peine de six mois de servitude pénale au moins.

8
Ordonnance n° 90/151 du 8 août 1990 portant création du Service National d’Intelligence et de Protection (SNIP).
9
N. BAYONA BA MEVA, op. cit., p. 9.
10
KISAKA KIA NGOY, op. cit., p. 177 et sv.
Néanmoins, l’inculpé contre qui il existe des indices sérieux de
culpabilité peut être mis en état de détention préventive lorsque le fait paraît
constituer une infraction que la loi punit d’une peine inférieure à sept jours,
s’il y a lieu de craindre la fuite de l’inculpé, ou si son identité est inconnue ou
douteuse ou si, eu égard à des circonstances graves et exceptionnelles, la
détention préventive est impérieusement réclamée par l’intérêt de la sécurité
publique.
Article 28 du même code : lorsqu’elle est appliquée, les règles ci-
après doivent être respectées. Lorsque les conditions de la mise en état de
détention préventive sont réunies. L’officier du ministère public peut, après
avoir interrogé l’inculpé, le placer sous mandat d’arrêt provisoire, à charge
de le faire conduire devant le juge le plus proche compétent pour statuer sur
la détention préventive.
Si le juge se trouve dans la même localité que l’officier du ministère
public, la comparution devant le juge doit avoir lieu, au plus dans les cinq
jours de la délivrance du mandat d’arrêt provisoire pour effectuer le voyage,
sauf le cas de force majeure, or celui de retards rendus nécessaires par les
devoirs de l’instruction.
A l’expiration de ce délai, l’inculpé peut demander au juge
compétent sa mise en liberté ou sa mise en liberté provisoire. Dans les cas
prévus à l’article 27 alinéa 2, le mandat d’arrêt provisoire spécifie les
circonstances qui le justifient.
La mise en état de détention préventive est autorisée par le juge du
tribunal de paix qui statuant en chambre de conseil sur les réquisitions du
ministère public, l’inculpé préalablement entendu, et, s’il le désire, assuré
d’un avocat ou d’un défenseur de son choix.
Il est dressé acte des observations et moyens de l’inculpé.
L’ordonnance est rendue au plus tard le lendemain du jour de la
comparution. Le juge la fait porter au plus tôt à la connaissance de l’inculpé,
par écrit, avec accusé de réception, ou par communication verbale, actée par
celui qui la fait.
L’ordonnance autorisant la mise en état de détention préventive est
valable pour 15 jours, y compris le jour où elle est rendue. A l’expiration de
ce délai, la détention préventive peut être prorogée pour un mois et ainsi de
suite de mois en mois, aussi longtemps que l’intérêt public l’exige. Toutefois,
la détention préventive ne peut être prolongée qu’une seule fois si le fait ne
paraît constituer qu’une infraction à l’égard de laquelle la peine prévue par la
loi n’est pas supérieure à deux mois de travaux forcés ou de servitude pénale
principale11.
Si la peine prévue est égale ou supérieure à 6 mois, la détention
préventive ne peut être prolongée plus de 3 fois consécutives. Dépassé ce
délai, la prolongation de la détention est autorisée par le juge compétent
statuant en audience publique.
Les ordonnances de prorogation sont rendues en observant les
formes et les délais prévus à ‘article 3. L’assistance d’un avocat ou d’un
défenseur ne peut cependant être refusée à l’inculpé pendant toute
l’instruction préparatoire.
Dans les cas prévus à l’article 27 alinéa 2, l’ordonnance qui autorise
ou qui proroge la détention préventive doit spécifier les circonstances qui la
justifient.
Tout en autorisant la mise en état de détention préventive ou en la
provoquant, le juge peut, à l’inculpé le demande, ordonner qu’il sera
néanmoins mis en liberté provisoire, à la condition de déposer entre les
mains du greffier, à titre de cautionnement, une somme d’argent destinée à
garantir la représentation de l’inculpé à tous les actes de la procédure et
l’exécution par lui des peines privatives de liberté aussitôt qu’l en sera
accordée à charge pour l’inculpé de ne pas occasionner de scandale par sa
conduite.
Le juge peut en outre imposer à l’inculpé :
1. D’habiter la localité où l’officier du ministère public a son siège ;
2. De ne pas s’écarter au-delà d’un certain rayon de la localité, sans
autorisation du magistrat instructeur ou de son délégué ;
3. De ne pas se rendre dans tels endroits déterminés, tels que gare, port,
etc., ou de ne pas s’y trouver à des moments déterminés ;
4. De se présenter périodiquement devant le magistrat instructeur ou
devant tel fonctionnaire ou agent déterminé par lui ;
5. De comparaître devant le magistrat instructeur ou devant le juge dès
qu’il sera requis.
L’ordonnance qui indiquera avec précision les modalités des
charges imposées en vertu de l’alinéa précédent, peut ne soumettre la mise
ou l’autre de celles-ci :
 Sur requête du ministère public ;
 Le juge peut à tout moment modifier ces charges et les adopter à des
circonstances nouvelles ;

11
Article 31 de la loi sur la détention préventive.
 Il peut également retirer le bénéfice de la liberté provisoire si des
circonstances nouvelles et graves rendent cette mesure nécessaire.
Aussi longtemps qu’il n’a pas saisi la juridiction de jugement,
l’officier du ministère public peut accorder à l’inculpé main levée de la
détention préventive et ordonner la restitution du cautionnement.
Il peut aussi lui accorder la mise en liberté provisoire dans les
mêmes conditions et sous les mêmes modalités que le juge peut lui-même le
faire. Dans ce cas, la décision du ministère public cesse ses effets avec ceux
de l’ordonnance du juge qui autorisait ou prorogeait la détention en
préventive sauf nouvelle ordonnance de celui-ci.
Il peut de même retirer à l’inculpé le bénéfice de la liberté
provisoire qu’il lui avait accordée, si des circonstances nouvelles et graves
rendent cette mesure nécessaire.
L’officier du ministère public peut faire réincarcérer l’inculpé qui
manque aux charges qui lui ont été imposées.
Si la liberté provisoire a été accordée par le juge, l’inculpé qui
conteste être en défaut peut, dans les vingt-quatre heures de sa
réincarcération, adresser un recours au juge qui avait statué en premier
ressort sur la mise en détention ou sur sa prorogation, la décision rendue sur
ce recours n’est pas susceptible d’appel.
Lorsque l’inculpé est déchu du bénéfice de la liberté provisoire, le
cautionnement lui est restitué, à moins que la réincarcération n’ait été
motivée pour inexécution de la charge prévue à l’article 32 alinéa 3.
La restitution du cautionnement est opérée au vu d’un extrait du
registre d’écrou délivré à l’inculpé par les soins de l’officier du ministère
public.
Dans tous les cas où les nécessités de l’instruction ou de la
poursuite réclament la présence d’un inculpé en état de détention préventive
avec liberté provisoire, dans une localité outre que celle où il a été autorisé à
résider, il peut y être transféré dans les mêmes conditions qu’un inculpé
incarcéré et il y restera en état d’incarcération jusqu’au moment où le juge
du lieu ou dans le cas de l’article 33, l’officier du ministère public aura adopté
aux circonstances locales, les charges auxquelles sa nouvelle mise en liberté
provisoire pourra être soumise.
Le ministère public et l’inculpé peuvent appeler des ordonnances
rendues en matière de détention préventive.
L’appel des ordonnances rendues par le président ou le juge du
tribunal de paix est porté devant le tribunal de grande instance…
Le délai d’appel est de vingt-quatre heures, pour le ministère public,
ce délai court du tour où elle lui a été notifiée. La déclaration d’appel est faite
au greffier du tribunal qui a rendu l’ordonnance.
Si le greffier n’est pas sur les lieux, l’inculpé fait sa déclaration à
l’officier du ministère public ou en son absence, au juge qui en dresse acte.
L’officier du ministère public dresse acte de son propre appel.
Le magistrat ou le greffier qui reçoit la déclaration d’appel action
également les observations ou moyens éventuellement invoqués par
l’inculpé à l’appui de son recours et joint à cet acte les mémoires, notes et
autres documents que l’inculpé lui remettait pour être soumis au tribunal qui
doit connaître de l’appel. Il lui en est donné récépissé. L’acte d’appel et les
documents y annexés sont transmis sans délai par celui qui l’a dressé, au
greffier du tribunal qui doit connaître de l’appel.
Pendant le délai d’appel et, en cas d’appel, jusqu’à la décision,
l’inculpé est maintenu en l’état où l’ordonnance du juge l’a placé, aussi
longtemps que le délai de validité de cette ordonnance n’est pas expiré.
Toutefois, lorsque l’infraction est de celles que la loi punit d’un an
de servitude pénale au moins, l’officier du ministère public peut, dans le cas
d’une ordonnance refusant d’autoriser la détention préventive, ordonner que
l’inculpé sera replacé sous les liens du mandat d’arrêt provisoire et, dans le
cas d’une ordonnance que l’inculpé sera replacé sous les liens de
l’ordonnance que l’autorisait.
Dans l’un ou l’autre cas, l’inculpé ne sera replacé sous les liens du
mandat d’arrêt ou de l’ordonnance antérieure que pendant le délai d’appel
et, en cas d’appel, jusqu’à la décision.
L’ordre du ministère public doit être motivé, une copie doit être
adressée simultanément par l’officier du ministère public à son chef
hiérarchique, au juge d’appel et au gardien de la maison de détention. Le
gardien donne connaissance à l’inculpé. L’ordre ne vaut que vingt-quatre
heures si le gardien ne reçoit pas entre temps notification de l’appel.
Le juge saisi de l’appel connaître, toutes affaires cessantes, devra
statuer dans les vingt-quatre heures à partir de l’audience au cours de
laquelle le ministère public aura fait ses réquisitions.
Si l’inculpé ne se trouve pas dans la localité où le tribunal tient
audience ou s’il n’y est pas représenté par un porteur de procuration
spéciale, le juge peut statuer sur les pièces.
Si l’ordonnance du premier juge refusant d’autoriser ou de proroger
la mise en détention est infirmée par le juge d’appel, la durée pour laquelle
l’autorisation ou la prorogation serait accordée, est fixée par le juge d’appel,
sans pouvoir être supérieure à un mois. Cette durée commence à courir à
partir du tour où l’ordonnance d’appel est mise à l’exécution.
L’inculpé à l’égard duquel l’autorisation de mise en état de
détention préventive n’a pas été accordée ou prorogée, ne peut être l’objet
d’un nouveau mandat d’arrêt provisoire du chef de la même infraction que si
des circonstances nouvelles et graves réclament sa mise en détention
préventive.
Lorsque le ministère public décide qu’il n’y a pas lieu de poursuivre,
il doit donner en même temps la mainlevée de la mise en détention
préventive et, éventuellement ordonner la restitution du cautionnement.
Si le prévenu se trouve en état de détention préventive, avec ou
sans liberté provisoire, au tour où la juridiction de jugement est saisie, il
restera en cet état jusqu’au jugement. Toutefois, dans le cas prévu à l’article
31 alinéa 2, la détention ne peut dépasser la durée prévue par cet alinéa.
Le prévenu incarcéré peut demander au tribunal saisi, soit la
mainlevée de la détention préventive, soit la mise en liberté provisoire. Le
tribunal n’est tenu de statuer que sur la première requête et sur quinze jours
au moins après la décision rendue sur la requête précédente.
La décision est rendue dans les formes et délais prévus par l’article
30. L’assistance d’un défenseur agréé par le tribunal ne peut toutefois être
refusée au prévenu.
Si le tribunal accorde la mise en liberté provisoire, les dispositions
de l’article 32 sont applicables.
Le ministère public ne peut interjeter appel de la décision prévue
par l’article 45 que si elle donne mainlevée de la mise en détention
préventive.
Le prévenu ne peut interjeter appel que si la décision maintient la
détention sans accorder la liberté provisoire.
L’appel est fait dans les formes et délais prévus par l’article 39.
Pendant le délai d’appel et, en cas d’appel, jusqu’à la décision, le prévenu est
maintenu en état où il se trouvait avant la décision du tribunal.
L’appel est porté devant la juridiction compétente pour connaître de
l’appel du jugement au fond. Celle-ci statue conformément aux règles fixées
par l’article 41.
L’officier du ministère public peut faire réincarcérer le prévenu qui
manque aux charges qui ont été imposées par la juridiction saisie de la
poursuite.
Le prévenu qui conteste être en défaut peut, dans les vingt-quatre
heures de son incarcération, adresser un recours à cette juridiction. Celle-ci
est également compétente pour connaître du recours exercé par le prévenu
contre la décision du ministère public ordonnant sa réincarcération pour
manquement aux charges imposées par le juge qui avait accordé la liberté
provisoire pendant l’instruction.
La décision rendue sur ce recours n’est pas susceptible d’appel. En
cas de retrait du bénéfice de la liberté provisoire, il est fait application de
l’article 35, article 47bis, abrogé le 29 septembre 1978 12.
A. Fondement philosophique
Comme nous avons eu à le dire, la détention préventive ou
provisoire est une notion qui n’est définie ni par la loi, ni par la jurisprudence,
et à laquelle seule la doctrine confère une double définition dont l’une est
large, l’autre restreinte. En effet, cette dernière la définit au sens large,
comme l’incarcération de l’auteur présumé d’une infraction avant une
décision définitive et au sens restreint comme l’incarcération de la personne
inculpée avant le prononcé du jugement ou de l’arrêt sur le fond de l’action
publique.
La détention préventive ordonnée par le juge dans le cadre de la
procédure d’enquête et d’instruction soulève en premier lieu une question
récurrente d’ordre général qui relève à la fois du respect de la dignité de la
personne arrêtée, du cantonnement du pouvoir d’arrestation aux nécessités
de la procédure, de l’exercice par un individu dudit pouvoir sur la liberté
d‘autres individus.
Ce pouvoir, pour le moins exorbitant, méconnaît par cela seul le
principe de la présomption d’innocence en faisant peser sur l’individu une
véritable présomption de culpabilité. La personne accusée subit en effet
l’équivalent d’une peine sérieuse alors qu’elle n’a pas encore été jugée 13.
Le pouvoir d’arrestation et de détention avant jugement suscite des
divergences sur la nécessité de la recherche de l’équilibre entre l’impératif
du respect de l’ordre public et l’exigence de la protection des droits
individuels. L’équilibre à rechercher entre ces deux forces contraires 14
constitue une question qui demeure toujours insoluble encore que les Etats
12
Articles 27 à 47, Décret du 6 août 1959 portant code de procédure pénal tel que modifié et complété à ce jour.
13
Articles 27 à 47, Décret du 6 août 1959 portant code de procédure pénal tel que modifié et complété à ce jour.
14
J PRADEL, Procédure pénale, Paris, 14ème éd. Cujas, 2003, p. 689.
se sont résolus, chacun dans son droit interne à ranger l’arrestation et la
détention avant jugement dans le registre d’exception au droit à la liberté
dont jouit une personne inculpée15.

SECTION 2 : CONDITIONS ET PROCEDURE POUR PLACER EN


DETENTION PREVENTIVE
§.1. Condition de forme et fonds
Commençons d’abord par examiner les conditions de forme de la
détention préventive
A. Les conditions de forme
Pour éviter qu’elles ne soient utilisées comme pour le contraindre à
l’aveu, les décisions de placement et de renouvellement de détention
provisoire échappant désormais au juste d’instruction. Depuis l’entrée en
vigueur de la réforme du 18 juin 2000, elles relèvent en effet de la
compétence du juge des libertés et de la détention. Ce magistrat du siège,
désigné par le président du tribunal de grande instance, doit avoir atteint un
certain degré hiérarchique puisque son rang est au moins celui du vice-
président du TGI.
Si l’on met de côté le formalisme particulier tenant à la détention
provisoire des personnes exerçant à titre exclusif l’autorité parentale sur un
mineur de seize ans (art. 145-5 CPP dans sa rédaction issue de la loi du 4
mars 2002), le placement en détention obéit aux règles suivantes :
Lorsqu’une détention provisoire lui apparaît nécessaire, le juge
d’instruction doit dorénavant saisir le juge des libertés et de la détention
d’une ordonnance motivée exposant les raisons d’une telle demande s’il
partage l’avis de son collègue, le juge des libertés et de la détention est tenu,
avant de décider, d’organiser un débat contradictoire. Ce débat auquel
participe le parquet ainsi que la mise en examen assisté de son avocat peut
avoir lieu immédiatement. Dans le cas où la mise en examen sollicite un délai
pour préparer sa défense, le débat peut être différé. En pareil cas, le juge des
libertés et de la détention peut alors faire incarcérer l’intéressé pour une
durée maximale de quatre jours par une ordonnance motivée mais
insusceptible d’appel.
15
B. BOULOC, op.cit., p. 680.
Après avoir entendu les réquisitions du ministère public, les
observations de mise en examen et celles de son avocat, le juge des libertés
et de la détention statue en audience de cabinet (sauf demande contraire de
mise en examen) sur le placement en détention provisoire. S’il entend faire
droit à la demande du magistrat instructeur, le juge des libertés et de la
détention doit rendre une ordonnance spécialement motivée faisant état des
considérations de droit de fait qui lui paraissent justifier sa décision (art. 137-
3 CPP). Notifiée verbalement à l’intéressé ; cette ordonnance est susceptible
d’appel devant la chambre de l’instruction et d’un référé liberté.
Elle doit être accompagnée de la délivrance d’un mandat de dépôt
qui est le titre de détention en vertu duquel le chef d’établissement
pénitentiaire va détenir la mise en examen.
B. Les conditions de fond
Elles sont triples : outre le caractère insuffisant du contrôle
judiciaire, la détention provisoire ne peut intervenir que dans les domaines
particuliers et pour les raisons bien précises.
En application de la règle selon laquelle la liberté de mise en
examen est le principe, la détention provisoire revêt (à tout le moins dans les
textes) un caractère exceptionnel ; elle n’est possible que si le contrôle
judiciaire s’avère insuffisant (art. 137 in fine CPP). Par ailleurs, elle ne peut
être ordonnée ou prolongée que si elle constitue l’unique moyen soit :
 De conserver les preuves ou les indices matériels ou d’empêches soit
une pression sur les témoins ou les victimes, soit une concertation
frauduleuse entre personnes mises en examen et complices ;
 De protéger la personne mise en examen, de garantir son maintien à la
disposition de la justice, de mettre à l’infraction ou de prévenir son
renouvellement ;
 De lettre de fin au trouble exceptionnel et persistant à l’ordre public
provoqué par l’infraction, en raison de sa gravité, l’importance du
préjugé causé (art. 144 CPP).
En bref, la détention provisoire ne peut intervenir que si elle
présente de l’utilité aux yeux de la justice, de la personne mise en examen,
des témoins ou plus généralement de l’opinion publique sous réserve de
répondre aux conditions précédentes, la détention provisoire est possible en
matière criminelle. Elle peut également intervenir en matière correctionnelle
si l’infraction est punie d’une peine supérieure ou égale à 3 ans. Le seuil est
porté à 5 ans s’agissant des infractions contre les biens sauf dans le cas où
l’intéressé a déjà fait l’objet d’une condamnation à une peine ferme
supérieure à un an16.
Pour les délits contre les biens publics d’une peine égale ou
supérieure à trois ans d’emprisonnement, la détention provisoire est en outre
possible lorsque, dans les six mois qui précédent la mise en examen a déjà
fait l’objet s’agissant d’un délit puni d’une peine au moins égale à deux ans
d’emprisonnement soit d’une mesure alternative aux poursuites, soit d’une
poursuite pénale dont l’issue n’a pas consisté en une décision de non-lieu de
relaxe ou d’acquittement (art. 143-1 al. 4 dans sa rédaction issue de la loi du
24 mars 2008 complétant la loi de présomption d’innocence).
Enfin, en cas de manquement aux obligations de contrôle judiciaire,
la personne mise en examen peut être placée en détention provisoire quelle
que soit la durée de la peine d’emprisonnement encourue (art. 141-2 CPP) 17.
§.2. Procédure de la détention préventive
En droit congolais, la détention préventive au sens large du terme,
est une mesure susceptible d’être prise par plusieurs autorités judiciaires,
officiers de police judiciaire, officiers du ministère public et juges de certaines
juridictions. Cependant, envisagée dans un sens plus strict, cette mesure
n’est l’œuvre que du juge de la chambre du conseil. Ainsi, la chambre du
conseil est également le seul organe juridictionnel compétent pour statuer
sur la détention préventive, même à l’égard des bénéficiaires du privilège de
juridiction.
A. La chambre du conseil et l’autorisation de mise en détention
préventive
La particularité de la détention préventive en droit congolais
consiste dans le fait que cette mesure, qui est exclusivement l’œuvre du
juge, n’est généralement prise qu’après expiration du mandat d’arrêt
provisoire décerné par le ministère public à l’encontre de l’inculpé incarcéré.
Le principe est que l’officier du ministère public peut placer un inculpé en
détention les liens du mandat d’arrêt provisoire valable pendant 5 jours.
Au-delà de ce délai, le MP doit solliciter et obtenir du juge en
chambre du conseil, l’autorisation de mise en détention préventive. Ainsi,
pour permettre au juge d’exercer son contrôle juridictionnel, l’officier du
ministère public doit lui communiquer le dossier judiciaire contenant les
éléments justifiant que les conditions de maintien de mise en détention
préventive sont remplies. Il se déroule une audience en chambre du conseil.
Seuls y sont admis le juge, l’officier du ministère public, l’inculpé et son
16
B. BOULOC, L’acte d’instruction, Paris, L.G.D.J, 1965.ss
17
2017 alinéa 1er, constitution du 18 février 2006 ; Article 28 alinéa 1er, code de procédure pénale.
avocat, s’il désire, ainsi que le greffier. Le juge doit entendre l’inculpé, lequel
peut contester les motifs de la requête du ministère public, voire les
accusations portées contre lui. Il est dressé acte des observations et moyens
de l’inculpé. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que la mission du juge en
chambre du conseil est de vérifier formellement si les conditions de maintien
de la mise en état de détention de l’inculpé sont réunies 18.
Cependant, une controverse doctrinale oppose les auteurs sur la
nature et la forme des actes judiciaires susceptibles de permettre au juge de
se prononcer sur sa décision. En effet, si le principe en la matière exige du
juge de vérifier si à la date de l’audience de la chambre du conseil les
conditions de sa liberté, certains auteurs considèrent que l’attention de ce
dernier doit porter sur la validité des actes judiciaires antérieurs à la mise en
détention préventive, notamment la régularité initiale du mandat d’arrêt
provisoire décerné par l’officier du ministère public, alors que d’autres
considèrent que seule la validité de ces conditions au moment de l’audience
est à prendre en compte et que l’attention doit porter essentiellement sur les
indices sérieux de culpabilité19.
Une évidence apparaît cependant entre les différentes
argumentations. Les unes et les autres s’accordent sur le fait que
l’autorisation de mise en détention décernée par le juge suppose la
préexistence d’un mandat d’arrêt provisoire qu’il convient d’examiner.
B. Le mandat d’arrêt provisoire
Le mandat d’arrêt provisoire est un ordre coercitif donné par un
officier du ministère public, magistrat instructeur d’une part, au gardien
d’une maison d’arrêt de recevoir et de détenir la personne visée par cet
ordre, c’est-à-dire l’inculpé et, d’autre part, à la force publique de conduire
celui-ci.
Cet acte exige que soient satisfaites les conditions concernant
l’inculpation du délinquant présumé, à savoir l’interrogatoire de celui-ci, la
peine prévue pour l’infraction commise et la preuve de celle-ci. En effet, pour
que l’officier du ministère public décerne le mandat d’arrêt provisoire :
 L’inculpé doit être préalablement interrogé ;
 Il faut qu’il existe contre lui des indices sérieux de culpabilité ;
 L’infraction doit être punissable de six mois de servitude pénale
principale au moins ou d’au moins sept jours de servitude pénale, à
condition que la fuite soit à craindre, l’identité de l’inculpé soit douteuse,

18
Art 143-1 du CPP.
19
F. DEBOVE et R. GIDALGO, Droit pénal et procédure pénale, pp. 112-113.
l’intérêt de la sécurité publique réclame la mise en détention préventive
en raison des circonstances graves exceptionnelles.
Ainsi, avant d’arrêter le délinquant, l’officier du ministère public doit
l’informer des faits qui lui sont reprochés ; et c’est par son inculpation que
l’intéressé est mis au courant de son nouvel état. Il est en effet essentiel que
la personne soit avertie de la de la qualité en laquelle ses déclarations sont
recueillies.
L’intérêt de cette formalité est évident. Elle présente en effet
l’avantage d’éviter l’obligation de la prestation de serment de dire la vérité
qui incombe à toute personne qui dépose à titre de témoin. Aussi, l’individu
inculpé peut-il librement et impunément revenir sur toute déclaration faite
antérieurement, car l’infraction de faux témoignage ou de fausse déclaration
ne peut pas être retenue contre lui.
L’interrogatoire de l’inculpé ne suffit pas à justifier l’émission du
mandat d’arrêt provisoire si la peine privative de liberté prévue pour cette
infraction est inférieure à six mois de servitude pénale. Il est en principe
exclu qu’un individu puisse en effet être l’objet d’une arrestation si la peine
commise pour l’infraction est moins grave que cette servitude pénale ou si
elle n’est qu’une simple amende. A cette occasion, il importe aussi pour le
parquet de vérifier la légalité des faits imputés à l’inculpé.
Cependant, alternativement aux conditions précitées, le mandat
d’arrêt provisoire peut être décerné contre un inculpé si sa fuite à craindre, si
son identité est inconnue ou douteuse ou s’il existe des circonstances graves
et exceptionnelles. Enfin, la preuve de l’infraction commise par l’inculpé est
l’une des conditions susceptibles de couvrir les premières. Il est en effet
édicté d’établir le caractère sérieux des indices de culpabilité pesant sur
l’inculpé menace d’arrestation.
Certes, il s’agit là d’une question laissée à l’appréciation du
magistrat instructeur, mais la décision d’incarcération doit réposer sur des
éléments consistants recueillis au cours de l’instruction préparatoire : aveux,
témoignages, objets saisis et autres pièces à conviction.
Sur le plan de la réflexion critique, il est permis de se demander si
la loi, en exigeant de l’officier de police judiciaire ou du magistrat instructeur
de constater les indices sérieux de culpabilité, ne porte pas atteinte au
principe constitutionnel selon lequel tout inculpé est présumé innocent
jusqu’à ce qu’il soit déclaré coupable par un jugement définitif. On peut donc
se demander ce que sont les indices sérieux de culpabilité.
Certains n’en déduisent que la lecture attentive de l’article 47 du
code de procédure pénale amène à conclure que par « indices sérieux de
culpabilité », il faut entendre « sérieuses apparences ». Mais ce serait de
sérieuses apparences de quoi ? D’innocence ou de culpabilité ? dans tous les
cas, nous pensons que c’est par la réunion de toutes les conditions ci-dessus
indiquées que le mandat d’arrêt provisoire peut faire l’objet d’une régulière
exécution par un agent de la force publique qui peut être un officier de police
judiciaire ou un agent de police judiciaire 20.
Ce dernier remet l’inculpé au gardien de la maison d’arrêt contre
une attestation de cette remise. En principe, l’inculpé aussi incarcéré sous le
lien du mandat d’arrêt provisoire pour des nécessités d’instruction
préparatoire ne peut pas exister dans cet état au-delà de cinq jours sans que
le juge l’ait autorisé. Car en mettant l’inculpé sous le mandat d’arrêt
provisoire, l’officier du ministère public a la charge de le faire conduire
devant le juge compétent pour statuer sur la détention préventive. A cet
effet, si ce dernier se trouve dans la même localité que l’officier du ministère
public, la comparution devant le juge doit avoir lieu au plus tard dans les cinq
jours de la délivrance du mandat d’arrêt provisoire. Dans le cas contraire, ce
délai est augmenté du temps strictement nécessaire pour effectuer le
voyage, sauf le cas de force majeure ou celui de retard rendu nécessaire par
les devoirs de l’instruction.
A l’expiration de ces délais, l’inculpé peut demander au juge
compétent sa mise en liberté d’office ou sa mise en liberté provisoire.
Un autre point de la réflexion critique consiste à se demander ce
que sont les critères d’appréciation de la force majeure justificative du
prolongement du mandat d’arrêt provisoire. Dans la pratique judiciaire, il est
courant de rencontrer dans les maisons d’arrêt, parmi les détenus préventifs,
des auteurs présumés d’infractions incarcérés sous les liens de la garde à
vue et des inculpés incarcérés sous les liens du mandat d’arrêt provisoire
pendant plusieurs jours, sans que leurs titres de détention n’aient spécifié la
force majeure justificative du dépassement des délais légaux de ces titres,
et, au mépris de l’obligation de justification qu’exige la loi dans de telles
circonstances. Passé ce délai de forclusion, l’inculpé doit être mis en liberté
d’office ou en liberté provisoire. Cependant, s’il est certain que sa mise en
liberté provisoire ne peut être accordée que par le juge en chambre du
conseil, on pourrait se demander si la mise en liberté d’office ne peut pas
être à la fois l’œuvre du magistrat instructeur lui-même e celle du juge, à
défaut de celle du ministère public.
L’interprétation stricte de l’article 28 du code de procédure pénale
permet de penser que, dans l’un ou l’autre cas, seul le juge est compétent
pour accorder la liberté à l’inculpé. En effet, l’alinéa 5 de cet article est ainsi

20
L LOBITSH, op.cit.
libellé : « A l’expiration de ces délais, l’inculpé peut demander au juge
compétent sa mise en liberté ou sa mise en liberté provisoire… »
Toutefois, il reste entendu que le mandat d’arrêt provisoire n’est
valable que pour cinq jours et que le magistrat instructeur qui voudrait
maintenir l’inculpé en état de détention au-delà de ce terme doit obtenir du
juge de la chambre du conseil une autorisation de mise en détention
préventive, autorisation que ce dernier ne peut accorder que par la réunion
de certaines conditions, l’autorisation de mise en détention préventive.
Aux termes de l’article 30 du code de procédure pénale,
« l’ordonnance statuant sur la détention préventive est rendue en chambre
du conseil sur les réquisitoires du ministère public, l’inculpé préalablement
entendu et, s’il désire, assister d’un avocat ou d’un défenseur de son choix ».
Il est dressé acte des observations et moyens de l’inculpé. L’ordonnance est
rendue au plus tard le lendemain du jour de la comparution. Le juge le fit
porter au plus tôt à la connaissance de l’inculpé par écrit avec accusé de
réception ou par la communication verbale actée par celui qui la fait.
La lecture de cette disposition montre que c’est le juge et non
l’officier du ministère public qui exerce le contrôle juridictionnel de la
détention préventive en droit congolais. Ce contrôle juridictionnel exige du
juge la vérification de la réunion effective de toutes les conditions requises
par la loi pour mettre l’inculpé que lui présente l’officier du ministère public
en état de détention préventive. En lui confiant cette responsabilité, le
législateur congolais a certainement voulu garantir la liberté individuelle en
évitant certains abus susceptibles d’être commis en la matière par l’officier
du ministère public, lequel, en R.D.C. est chargé de la poursuite et de
l’instruction en l’absence d’une véritable juridiction d’instruction.
Cependant, au nombre des conditions que le juge de la chambre du
conseil doit examiner avant de décider sur la requête du ministère public
figure une qui oppose farouchement à la doctrine : il s’agit de la régularité du
mandat d’arrêt provisoire initialement décerné par l’officier du ministère
public dont la demande d’autorisation de mise en détention préventive n’est,
en réalité, que la prolongation. En effet, une tendance doctrinale considère
que le juge appelé à confirmer ou autoriser la détention préventive en
chambre du conseil n’aura pas à statuer sur la légalité du titre initial de
détention, c’est-à-dire du mandat d’arrêt provisoire ou de la garde à vue. Sa
mission consiste exclusivement à autoriser ou à refuser la continuation de la
détention21.
Une seconde tendance sans se prononcer explicitement sur la
question, affirme simplement que la mission du juge doit consister à vérifier
21
L LOBITSH, op.cit.
si, à la demande de l’audience de la chambre du conseil, les conditions
justifiant la mise en état de détention préventive sont réunies, et que
l’attention du juge doit porter essentiellement sur la condition relative aux
indices sérieux de culpabilité22.
Une dernière tendance en faveur de laquelle nous nous prononçons,
considère que la nécessité de la régularité du titre primitif, c’est-à-dire du
mandat d’arrêt provisoire ou de la garde à vue, est une condition nécessaire
de mise en détention préventive et de l’assignation en résidence surveillé
l’inculpé par le juge et qu’elle devrait s’imposer à tous les organes
compétents en matière de détention préventive. En effet, la régularité du
mandat d’arrêt provisoire demeure une question dont le juge de la détention
préventive doit légitimement se préoccuper. Le législateur congolais impose
le principe de la légalité en matière des règles de procédure, en particulier de
procédure pénale, et n’autorise l’application d’un acte administratif sous
réserve de sa conformité à la loi23. L’obligation de respecter cette règle est
d’autant plus impérieuse que depuis 1982, le droit congolais a fait de la
détention préventive d’un individu une exception et de sa liberté un principe
généralement protégé24.
En outre, c’est à l’évidence dans l’intérêt de la régularité du titre
initial de détention que peut être posé le problème de la détention
préventive des bénéficiaires du privilège de juridiction en ce que l’arrestation
ou la détention de ces personnes exige d’abord l’information préalable des
autorités hiérarchiques de ces derniers ou même l’autorisation préalable de
Chef de l’Etat. A cet effet, si le mandat d’arrêt provisoire décerné à l’encontre
de l’un de ces personnalités en instance d’inculpabilité est affecté de
quelques irrégularités résultant par exemple de la qualité de ‘autorité
mandante. Il est permis de s’interroger sur a validité et les effets de cet acte
judiciaire devant le juge en chambre du conseil invité à confirmer le titre de
détention initial par son autorisation de mise en détention préventive.
Il convient enfin de souligner que la position de la pratique juridique
sur cette question est réticente, ce qui ne paraît pas justifié par une raison
quelconque25, alors que la régularité du mandat d’arrêt provisoire est une des
questions essentielles dont le juge se préoccupe lorsqu’il examine la requête
de l’officier du ministère public en chambre du conseil. Il est à noter que le
juge est libre de prendre la décision qu’il convent sur l’inculpé, il peut donc
refuser d’autoriser la mise en détention préventive, tout comme il peut
l’accorder. Mais il doit légalement expliquer pourquoi il décide de placer une
22
N BAYONA BA MEYA, op.cit
23
25 CPP, art.14, ord. n° 78/289 du 3 juillet 1978 relatif à l’exercice des attributions d’officiers et agents de police
judiciaire près les juridictions de droit commun, art. 114 et 117.
24
L. LOBITH, op.cit., p. 50. En approbation de la jurisprudence de Borna, 22 février 1916, Jar. Col 1926, p. 321.
25
L. LOBITH, op.cit., p. 50
personne en détention préventive. Il le fait au moyen ‘une ordonnance
d’autorisation de mise en détention préventive dans laquelle il doit indiquer
la mobilisation de cette mesure dont les motifs possibles sont limitativement
énumérés par l’article 27 du code de procédure pénale.
A titre d’observation critique, notre attention porte sur trois
problèmes :
D’abord sur le point de la terminologie, l’expression « ordonnance
d’autorisation de mise en détention préventive » paraît peut heureuse en ce
sens qu’au moment où le juge est également appelé à prendre cette
décision, l’inculpé se trouve déjà sous les liens d’arrestation et de détention.
On ne peut donc plus concevoir qu’en chambre du conseil on parle
d’autorisation de mise en détention. L’expression « confirmation de mandat
d’arrêt provisoire » nous paraît plus logique.
Ensuite, une pratique judiciaire contestable du fait que la chambre
du conseil s’est autorisée à rendre ses ordonnances hors la présence du
ministère public. Il faut signaler à ce propos que cette pratique est contraire
à l’article 9 du code de l’organisation et la compétence judiciaire qui dispose
que le ministère public assiste à toutes les audiences des cours et tribunaux
établis par la loi en R.D.C. il en est de même de l’article 30 du code de
procédure pénale. Sur ce point, la cour suprême de justice dans son arrêt du
9 septembre 1980, a stigmatisé cette grave violation de la loi. En effet,
mérite la cassation totale pour absence de motivation, mais sans renvoi, le
présumé ayant déjà été condamné pour les faits qui avaient justifié sa
détention préventive l’ordonnance en chambre du conseil rendue en appel
qui a omis de relever l’existence des indices sérieux de culpabilité dans le
chef du prévenu.26
En outre, dans la pratique, les juges ne prennent connaissance des
dossiers des inculpés qui sont présentés que sur place, alors qu’il aurait été
souhaitable que la loi oblige les magistrats instructeurs à envoyer les
dossiers des personnes en cause quarante-huit heures au moins avant
l’audience. Il aurait été aussi souhaitable d’allonger le délai du délibéré en
chambre du conseil au lieu de vingt-quatre heures comme c’est le cas
aujourd’hui.
Enfin, une autre pratique tout aussi contestable fait que les
ordonnances de la chambre du conseil en matière d’autorisation de mise en
détention préventive ne sont pas souvent motivés concrètement, les juges se
contentent d’affirmer une pétition de principe qui consiste à dire « attendu
qu’il existe des indices sérieux de culpabilité » sans préciser l’espèce. En
effet, il existe dans la pratique judiciaire des formulaires de mise en
26
CSJ RP n° 278, du 9 septembre 1980, RJO, 1984, p. 566.
détention préventive imprimés ou stéréotypé reprenant les conditions
prévues par l’article 27 du code de procédure pénale ; et comme les
audiences de mise en détention préventive sont souvent extrêmement
rapide, leur procédé qui devait être un véritable contrôle juridictionnel,
devient en réalité une simple formalité. Pourtant, les intérêts de l’inculpé
sont garantis, dit-on par le juge qui doit, quelle que soit l’infraction imputée
au justiciable, vérifier par examen des pièces de l’instruction si les indices de
culpabilité relevés à sa charge exigent le maintien en détention 27.
A l’affirmative, il peut ainsi proroger ou confirmer l’autorisation de
mise en détention préventive.

27
Les pandectes belges, Détention préventive, n° 156 ; A. BRAAS, op.cit., n° 535. C’est pourquoi, bien qu’insuffisant,
le délai de remise du dossier du juge par le parquet est de 24 heures avant l’audience ordinaire. Ainsi, le juge
pourra tout au moins exercer correctement et sans précipiter sa mission juridictionnelle de contrôle, voir aussi
BOYANA BA MAYA, Cours de procédure pénale, précité.

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