CHAPITRE III : L’ACCROISSEMENT DES DEPENSES PUBLIQUES.
Les besoins de consommation dus à la croissance démographique et à l’élévation
du niveau de vie contraignent la plupart des Etats modernes à étendre leurs
activités à des domaines autrefois réservés à l’initiative privée ; ce qui entraîne par
conséquent l’accroissement des dépenses publiques inscrites dans leurs budgets
respectifs.
Cette situation pose, à chaque Etat, l’épineux problème de sa capacité d’honorer
ses engagements, lesquels évoluent en fonction de plusieurs autres facteurs
notamment : l’étendue du territoire national, l’absence dans le budget unique de
dépenses consacrées à la sécurité nationale et aux organismes étatiques tels que
l’INSS, le FPI etc.
Certes, les dépenses publiques augmentent d’année en année, et il semble
impossible de les limiter. Mais, en outre, cet accroissement est faussé par les
variations de la valeur de la monnaie (inflation), l’estimation des dépenses prévues
et des chiffres globaux inscrits au budget sans tenir compte de considérations
économiques.
D’où la nécessité de mesurer (ou de relativiser « de minimiser ») cet accroissement
des dépenses publiques pour se rendre compte de moyens dont dispose l’Etat pour
honorer ses engagements.
3.1. Les mesures de l’accroissement des dépenses publiques.
Deux techniques sont utilisées pour relativiser l’accroissement des dépenses
publiques inscrites au budget, à savoir :
3.1.1. Techniques pour l’accroissement réel des dépenses Publiques.
Ces techniques consistent à :
A/- Réduire l’impact de la dépréciation monétaire :
• En comparant plusieurs budgets successifs, on constate qu’ils ne reflètent pas
la réalité du fait de l’érosion monétaire ;
• D’où la nécessité de corriger les différents chiffres pour les ramener en
« monnaie constante » de sorte que l’accroissement des dépenses se rapproche
plus ou moins de la réalité ;
B /-Tenir compte de la non comptabilisation de certaines dépenses publiques.
En effet :
• Les dépenses publiques relatives à la « sécurité nationale ne sont pas inscrites au
budget ;
• Le principe de l’unité budgétaire n’est toujours pas respecté à cause de la
multiplicité des entreprises Etatiques dont les budgets constituent des
« annexes » au budget de l’Etat.
En est-il ainsi, par exemple, de budgets de 3 universités de notre pays.
31.2. Techniques pour mesurer l’accroissement relatif des dépenses publiques.
Pour ce faire, il faut :
A/- Comparer les dépenses publiques avec celles d’autres agents économiques
pour appréhender :
• L’importance de l’intervention de l’Etat dans la vie économique nationale ;
• La solvabilité1 de l’Etat c à d sa capacité potentielle à rembourser sa dette
publique sans recourir à un nouvel emprunt.
B/- Comparer ensuite les dépenses publiques avec la conjoncture économique
(DP/Revenu nationale), le volume de la population (DP/Population) et l’étendue
du
pays (DP/Superficie).
Au sujet de la conjoncture économique, il y a lieu de noter que si la production
et les revenus augmentent, les dépenses publiques ont tendance à augmenter
puisqu’elles constituent un prélèvement sur les revenus monétaires de la
population
Le rapport Dépenses publiques/population montre que les dépenses publiques
sont plus ressenties dans un pays moins peuplé que dans un Etat plus peuplé.
1
La solvabilité de l’Etat est définie par le rapport du montant total de la dette publique (incluant les dettes de
toutes les administrations, collectivités locales et entreprises étatiques) avec le PIB.
Enfin, la population vivant sur un vaste territoire ressent moins les effets des
dépenses publiques à cause de la multiplicité des problèmes auxquels elles sont
consacrées.
3.1.3. Problèmes de la limitation des dépenses publiques.
Les dépenses publiques font l’objet de nombreuses controverses entre les
classiques (capitalistes : partisans de laisser-faire) et les modernes (socialistes :
partisans de l’intervention étatique).
En effet :
A/- Les classiques tiennent absolument à la limitation des dépenses publiques car
leur accroissement constitue un obstacle au développement économique.
Pour eux, toute dépense supplémentaire doit être financée par l’impôt ou
l’emprunt. Dans le premier cas, l’impôt réduit la capacité d’épargne des ménages et
des entreprises ; dans le second cas l’emprunt public absorbe une partie de
l’épargne privée en quête d’investissements productifs
Enfin, l’accroissement des dépenses publiques ne contribuent pas nécessairement,
en ce qui concerne les dépenses de transfert, à la résolution des problèmes sociaux
tels que le chômage ou l’exclusion.
B/- Les modernes affirment que :
• les dépenses publiques permettent de soutenir et d’augmenter la demande, la
consommation et partant la production et les revenus ;
• les dépenses de fonctionnement ne sont pas nécessairement improductives ;
car celles réservées à l’éducation, à la santé et à la recherche sont des
investissements indispensables pour assurer l’avenir et le développement
(théorie de croissance endogène). Elles ont une rentabilité différée difficile à
mesurer ;
• le système social, mis en place par les « dépenses de transfert » stimule la
solidarité sociale ou nationale plutôt que de constituer un handicap au
développement économique ;
• les dépenses publiques et leur accroissement ont des effets d’entrainement
positif sur le développement à condition d’être utilisées à bon escient, pour
l’intérêt général.
A l’issue de ce débat doctrinal, on admet actuellement que l’Etat puisse intervenir
au nom de la justice sociale et qu’il y ait pas de limitation absolue des dépenses
publiques mais qu’il faille plutôt éliminer les dépenses « politiciennes » au profit de
dépenses de
développement socioéconomique.
C’est une question de choix politique.
3.2. Les causes de l’accroissement des dépenses publiques.
L’accroissement des dépenses publiques implique celui des ressources nécessaires
à l’exécution desdites dépenses.
Plusieurs causes sont à la base de cette situation, à savoir :
- l’évolution technique ;
- l’extension du rôle de l’Etat ;
- la transformation du concept de Finances Publiques.
3.2.1. L’évolution technique.
Les progrès scientifique et technologique sont utilisés de la même manière par tous
les agents économiques y compris l’Etat.
En ce qui concerne l’Etat, le domaine de la sécurité nationale, par exemple, a besoin
de matériels informatiques et équipements militaires modernes qui coûtent de
plus en plus cher ; ceci pour ne pas être à la traîne et compromettre sa
souveraineté.
Il en est de même de tous les autres services de l’Etat, qui doivent dépenser plus
pour s’adapter aux nouvelles technologies et assurer leur performance.
3.2.2. Développement du rôle économique de l’Etat.
L’état n’a pas vocation de conserver l’argent ; il a une propension naturelle à
dépenser.
Cette tendance varie en fonction du choix politique de chaque pays, de besoins
socioéconomiques à satisfaire, de l’étendue du territoire et de la nature des
dépenses à effectuer
3.2.3. Changement du concept de Finances Publiques.
La doctrine moderne de « Finances Publiques » tend à s’affranchir des freins qui,
dans l’imaginaire populaire, s’opposent à l’accroissement des dépenses publiques.
Toutefois, si sur le plan psychologique, on admet que l’Etat intervienne en
dépensant, il faut que ces dépenses soient économiquement utiles.