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La Christo Logique

Le document traite de l'hérésie du moine Pélage, qui remet en question la nécessité de la grâce divine et la transmission du péché originel, ce qui a conduit à des réponses doctrinales lors du concile de Carthage en 418 et des écrits de Saint Augustin. Ce dernier souligne que la grâce est essentielle pour le salut et que la minimisation du péché originel peut entraîner un relâchement moral. Le texte aborde également les positions des conciles ultérieurs, notamment ceux d'Éphèse et de Chalcédoine, concernant la nature du Christ et l'importance de l'Incarnation pour la rédemption de l'humanité.

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La Christo Logique

Le document traite de l'hérésie du moine Pélage, qui remet en question la nécessité de la grâce divine et la transmission du péché originel, ce qui a conduit à des réponses doctrinales lors du concile de Carthage en 418 et des écrits de Saint Augustin. Ce dernier souligne que la grâce est essentielle pour le salut et que la minimisation du péché originel peut entraîner un relâchement moral. Le texte aborde également les positions des conciles ultérieurs, notamment ceux d'Éphèse et de Chalcédoine, concernant la nature du Christ et l'importance de l'Incarnation pour la rédemption de l'humanité.

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A cela il y a eu deux réponses : Celle du concile de
Carthage en l’an 418, et celle longuement formulé par Saint
Augustin. Saint Augustin ne veut pas prendre Pélage sur le plan
moral, après tout, ce Moine a une vie morale presque bonne ; il va
LA CHRISTO LOGIQUE prendre Pélage sur le plan christologique. Il lui dit en gros ceci :
« Pélage, tu considères que tu n’as pas besoin de la grâce,
Depuis la naissance de l’Eglise, l’humanité et la
autrement dit qu’une partie de l’humanité, notamment les Moines,
divinité de Jésus ont toujours été au centre des débats
les Ascètes n’ont pas besoin de la grâce. Or, Jésus-Christ, nous
dogmatiques et christologiques d’où la succession des conciles dans
disent les conciles, c’est le Fils de Dieu qui s’est incarné, qui s’est
l’Histoire de l’Eglise. Celle-ci prenait position dans les différents
fait homme complet (avec une âme) pour nous donner le salut ; si
conciles œcuméniques par rapport aux hérésies de l’époque
une partie de l’humanité n’a pas besoin de la grâce, ou si une
concernant la divinité ou l’humanité de Jésus, des fois, la divinité
partie de toi-même n’a pas besoin de la grâce, c’est comme si tu
de l’Esprit-Saint.
disais qu’il n’était pas nécessaire que Jésus devienne un homme
Avant d’étudier l’hérésie de Nestorius, évêque de complet. Que ce n’était pas nécessaire que Jésus assume toute la
Constantinople, il est important un tant soit peu, de parler du nature humaine. Et donc ton erreur contredit les enseignements
pélagianisme du moine Pélage. dogmatiques des conciles. »

L’hérésie de Pélage : Le concile de Carthage voit les choses sur un point


pastoral en notant que l’erreur de Pélage aura des conséquences
Le moine Irlandais Pélage est né en 360 et est mort
très graves parce que si on minimise le péché originel et
en 422 de notre ère. Il remet en question et refuse la transmission
l’importance de demander la grâce, alors on va tout droit à la
du péché originel et minimise l’importance de la grâce. En tant que
sensualité et au relâchement moral. Même si l’erreur est partie
Moine, il considère qu’il est un ascète, un pénitent, il jeûne et il
d’un Moine et Ascète, elle va produire le relâchement des mœurs
prie et par sa propre force, il sera sauvé. Il n’a pas besoin de la
par orgueil, par indépendance de Dieu, par autonom ie, par
grâce divine parce qu’il se considère comme fort et peu atteint par
séparation de la grâce. Ça le concile l’a très bien vu, prenant le
le péché originel.
problème très au sérieux, il répond en réaffirmant le péché originel
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et sa transmission à la nature humaine. Le concile rappelle la lettre toute distorsion. Jésus a supprimé toute preuve de condamnation à
de Saint Paul aux Romains Chapitre 5 et les paroles du Christ notre encontre. » Mirror Bible.
notamment en Jean 15 :5 « Je suis le cep, vous êtes les sarments.
Pélage connaissait bien ces versets et disait que
Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de
c’était pour rendre le Moine humble. Il dit que le Moine confesse le
fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire. » Le Christ ne dit
péché du monde, mais pas le sien puisqu’il n’en fait pas. Le concile
pas : « sans moi, vous pouvez le faire plus difficilement, mais le
souligne que chacun de nous est impliqué, chacun de no us commet
Seigneur dit, sans moi vous ne pouvez rien faire. » Le concile
le péché. Les pères de ce concile de Carthage qui connaissaient des
souligne que la grâce du Christ nous est indispensable pour
saints, des vrais ascètes et des moines plus spirituel que ne l’était
réellement faire le bien. Le concile souligne aussi la première
Pélage savent bien que ceux qui progresse en direction de la vision
lettre de Jean au chapitre 1, les versets 8 et 9 : « Si nous disons
béatifique dans la sainteté progressent en même temps dans une
que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous -mêmes,
sorte de conscience de leur faiblesse, que ceux qui ne sont pas bien
et la vérité n’est point en nous. Si nous confessons nos péchés, il
enseignés croiront être la conscience du péché.
est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de
toute iniquité. » La vérité c’est qu’ils ne se voient plus dans l’illusion
de la chair qui peut les manifester fort alors qu’ils sont faibles.
« Prétendre à l'innocence par nos propres efforts
Face à la lumière de l’amour kénotique et véritable du verbe
sous la loi de la performance personnelle, c'est se tromper soi-
incarné au travers de l’humanité duquel ils voient leur humanité,
même et ignorer délibérément la vérité. La vérité qui nous
lui qui a aimé Dieu et le prochain jusqu’au mépris de lui -même, il
concerne ne signifie pas que nous devons maintenant nous réfugier
se rendent compte que ce qu’ils croyaient être vertu n’est
dans le déni, comme si nous n'avions rien fait de mal. Notre
qu’entacher d’égoïsme et du désir de se faire voir. Alors là, ils ne
conversation prend une toute nouvelle dynamique lorsque nous
peuvent qu’implorer sa miséricorde sans laquelle ils ne pourront se
prenons parti pour ce que Dieu croit à notre sujet. Ainsi, au lieu de
tenir devant l’humilité et l’amour sacrificiel de cet agneau immolé
parler à Dieu des détails de votre péché, vous vous rappelez les
avant la fondation du monde.
détails de votre rédemption. Dieu n'a pas besoin de ces
informations, c'est vous qui en avez besoin. La fidélité et la justice Les pères du co ncile de Carthage savent que
de Dieu sont la base de notre pardon et de notre nettoyage de lorsqu’on progresse en Christ, la conscience devient plus fine et on
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se rend compte du moindre mouvement d’égoïsme, d’orgueil et une modernisation du pélagianisme, face au calvinisme qui est
d’impureté, du manque de charité, de foi. Les saints ont une augustinien.
sensibilité exquise et ils savent qu’ils sont pécheur (le péché ici
A la veille du concile d’Ephèse, le langage, encore
n’est pas juste ce qu’ils ont fait, soit dit en passant, mais ce qu’ils
peu précis, témoigne d’un véritable chantier théologique.
ont manqué ou échoué de faire) encore plus que ceux qui
commettent des actes ignobles et impures sans même se rendre En Afrique, saint Augustin s’émerveille de
compte qu’ils sont sous l’emprise de démons (faux raisonnements l’Incarnation qui est si ineffable qu’elle implique la puissance
qui doivent être chassés en eux par la puissance de l’enseignement créatrice de Dieu.
de l’évangile).
Saint Grégoire de Nazianze (patriarche de
Selon Pélage, pour obtenir la grâce de Dieu, la vie Constantinople 379-390) précise ce qu’il fallait entendre par la
éternelle, il faut faire usage de sa volonté, ses efforts ; c’est une traditionnelle appellation "Mère de Dieu". Son successeur, saint
question d’efforts, et on obtient. Sa doctrine paraît innocente, Jean Chrysostome, juxtapose encore les qualités divines et
après tout, le Christ appelle à faire des efforts à faire la volonté de humaines du Christ.
Dieu. Cette doctrine en effet détruit radicalement le catholicisme
(l’universalité), puisque si la grâce est inutile pour se tourner vers Le Fils (le Verbe) n’est pas créé, mais, en
la vie surnaturelle, alors la rédemption accomplie par le Christ qui s’incarnant, il assume une humanité créée, l’acte de l’Incarnation
met fin au péché originel, qui communique l’Esprit Saint, tout cela est en soi un acte inouï, incompréhensible.
est vain. Quelle est la place de la liberté humaine, Quelle est la
Les pères de l’Eglise ont rapidement vu, et
place de la grâce, dans le fait qu’on se tourne vers Dieu ?
avec toujours plus de netteté, l’incarnation du Fils « comme un
Nous avons traité de ce sujet dans un enseignement acte créateur, c’est-à-dire un événement ne pouvant être expliqué
sur notre chaine YouTube. L’enseignement est intitulé LA qu’à partir de la puissance de Dieu comme créateur du monde ».
RESPONSABILITE DE L’HOMME FACE A LA SOUVERAINETE DE DIEU. On ne veut pas dire que la divinité de Jésus est créée ou inférieure,
Quoiqu’ici, il s’agit de mettre en adéquation l’arminianisme qui est mais on veut dire que l’acte de l’Incarnation est tellement
mystérieux qu’il met en branle la puissance créatrice de Dieu.

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Dans la leçon précédente, nous avons présenté Saint Le Christ n’est pas non plus simplement un
Grégoire de Nazianze, capadocien, comme le champion de prophète investi par l’Esprit Saint comme le pensent les ébionites.
l’orthodoxie du concile de Constantinople. Saint Grégoire de Nazianze Mais le Christ est vraiment Dieu qui vient parmi nous.
défend la foi proclamée par le Concile de Nicée : un seul Dieu en trois
personnes égales et distinctes - le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Il chante Le Verbe ne remplace pas l’âme humaine du
la « triple lumière qui en une unique splendeur se rassemble ». Christ comme Apollinaire le pensait. Toute la nature humaine est
assumée et sauvée. (L’âme… c’est important ! Aussi bien pour nous
Pour racheter l’homme dans sa totalité, que pour le Christ !) Ce n’est pas un homme qui serait uni avec le
corps, âme et esprit, le Christ assuma toutes les composantes de la Verbe de Dieu par une union morale comme Nestorius le pensera,
nature humaine, autrement l’homme n’aurait pas été sauvé. Contre au contraire, il y a une seule personne, la même, avec la nature
l’hérésie d’Apollinaire, qui soutenait que Jésus Christ n’avait pas divine et la nature humaine. Et l’humanité ne se perd pas dans la
assumé une âme rationnelle, Grégoire affronte le problème à la divinité comme la goutte d’eau dans la mer (comme Eutychès le
lumière du mystère du salut :« Ce qui n’a pas été assumé, n’a pas pensera).
été guéri » ; et si le Christ n’avait pas été « doté d’une intelligence
rationnelle, comment aurait-il pu être homme ? ». Les phrases de Grégoire de Nazianze sont
rythmées : chaque vérité est source de vie, source de grâce. Si
Dans cette même lettre 101, saint Grégoire quelqu’un nie une vérité sur le Christ, il n’a pas la grâce liée à
de Nazianze appelle Marie « Theotokos », Mère de Dieu, et il le fait cette vérité.
pour écarter les hérésies. Avec ce texte de Grégoire nous sommes
informés que dans l’Église est en train de mûrir la réflexion des « 16. Si quelqu’un ne croit pas que sainte Marie est
conciles d’Ephèse et de Chalcédoine. Pour les gnostiques, le Christ Mère de Dieu, il est séparé de la divinité. ‘Si quelqu’un vient à
serait passé à travers la Vierge comme à travers un canal sans rien dire que le Christ est passé à travers la Vierge comme à travers
prendre d’elle, il n’a pas une chair réelle. Grégoire de Nazianze les un canal sans avoir été formé en elle d’une manière à la fois
réfute. divine et humaine (divine, parce que ce fut sans l’action d’un
homme, et humaine, parce que ce fut selon le processus normal de
la grossesse), celui-là est tout aussi bien étranger à Dieu.

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30. […] Si quelqu’un vient à dire que la chair du
Christ est descendue du ciel et qu’elle n’est pas d’ici-bas et de
17. Si quelqu’un vient à dire que l’homme a
parmi nous, qu’il soit anathème ! […]
d’abord été formé et qu’ensuite Dieu s’est glissé en lui, il est
digne de condamnation. […] 32. Si quelqu’un met son espoir dans un homme privé
d’esprit, il a vraiment privé l’esprit et n’est pas digne d’être sauvé
18. Si quelqu’un introduit deux Fils, l’un étant celui
entièrement car ce qui n’a pas été assumé, n’a pas non plus été
du Dieu et Père et le second étant celui de la mère, au lieu d’un
guéri, mais c’est ce qui a été uni à Dieu qui est sauvé ».
seul et même Fils, que celui-là soit déchu de l’adoption promise
aux hommes qui ont la foi droite. La doctrine très claire de saint Grégoire de
Nazianze prépare les conciles d’Ephèse (431) et de Chalcédoine
19. Les natures, en effet, sont au nombre de deux,
(451).
celle de Dieu et celle de l’homme […] mais il n’y a pas deux fils.
Jean Chrysostome :
22. Si quelqu’un vient à dire que la divinité a opéré
dans le Christ par la grâce, comme dans un prophète, sans lui avoir Saint Jean Chrysostome (docteur de l’Eglise né à
été unie et sans lui être unie quant à la substance, qu’il soit privé Antioche entre 344 et 349, et mort en 407 en exil), formé à la dure
de l’opération supérieure (de la grâce) […]. Si quelqu’un n’adore discipline des moines de Syrie, est devenu patriarche de
pas le crucifié, qu’il soit anathème et qu’il soit mis au nombre des Constantinople. Il laissa à la postérité la liturgie qui porte son nom
déicides ! et qui est encore utilisée par les chrétiens d’Orient de nos jours. Il
fut un grand défenseur des pauvres face au luxe insolent des riches,
23. Si quelqu’un vient à dire qu’il a mérité d’être
ce qui lui valut les persécutions des puissants et l’exil.
adopté comme Fils quand il est devenu parfait par ses œuvres, soit
après son baptême, soit après sa résurrection d’entre les morts, A la manière de saint Athanase d’Alexandrie,
comme les héros que les Grecs introduisent en les inscrivant parmi il conjugue, par une simple juxtaposition, les natures divines et
les dieux, qu’il soit anathème ! […] humaines dans le Christ. Il fait parler le Christ ainsi :

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« Agissant tantôt en homme, tantôt en Dieu, tantôt Jean Chrysostome ne montre pas
manifestant ma nature, tantôt démontrant la vérité de l’économie, la « communication des idiomes », les points forts sont simplement
enseignant à rattacher les actes les plus humbles à l’humanité, à attribués à Dieu, les points fragiles à l’humanité. C’est un peu
rapporter les plus nobles à la divinité. J’explique par ce mélange insuffisant.
d’actions, de valeur inégale, l’union inégale des natures et par la
Surtout, Jean Chrysostome ne prête pas
vertu que j’exerce sur les souffrances d’autrui, je fais voir que les
attention aux actes intellectuels et volontaires du Christ. Ce
miennes seront bien volontaires.
manque d’attention a des conséquences fâcheuses : pour Jean
Comme Dieu, j’ai dompté la nature, jeûnant pendant Chrysostome, du fait que le Logos habite dans le Christ, son esprit
quarante jours, après cela, j’ai eu faim et j’ai senti la fatigue humain n’a nul besoin d’acquérir la science à travers l’expérience
comme homme. Comme Dieu j’ai calmé la mer déchaînée, comme humaine des sens. « La décision d’accepter la souffrance
homme, j’ai été tenté par le diable. Comme Dieu, j’ai chassé les rédemptrice vient de la volonté divine du Logos en tant que tel ». Il
démons, comme homme, je dois souffrir pour les hommes ». faudra attendre Théodore de Mopsueste et surtout saint Maxime le
Confesseur pour comprendre qu’au contraire, la décision
Sans exclure l’âme du Christ, Jean Chrysostome la
d’accepter la souffrance vient de la volonté humaine du Christ, de
laisse de côté, sans comprendre que sa réponse ne peut pas
son âme humaine, et qu’ainsi, en unissant sa volonté humaine à la
convaincre les ariens. Jean Chrysostome ne cherche pas non plus à
volonté divine, le Christ fait de sa souffrance un acte d’amour et
expliquer l’union des deux natures dans le Christ. Ce sera la
accomplit la rédemption (Nous y reviendrons).
préoccupation des Antiochiens après lui.
Toutes ces insuffisances n’ont pas empêché
Dans un autre texte, il utilise le mot
Jean Chrysostome de vivre dans l’amitié du Seigneur et d’être un
« personne » pour dire « nature » : « (L’Apôtre Paul) affirme,
grand saint.
contre Marcel, qu’il y a (dans le Christ) deux personnes
substantiellement distinctes ». Cette imprécision du langage
montre bien qu’avant le concile de Chalcédoine la théologie était
un chantier…

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Théodore de Mopsueste : l’immutabilité (dans une vie à venir), mais elle se réalise déjà dans
le présent, par une participation intérieure à l’Esprit divin :
Théodore, évêque de Mopsueste, est dit également
Théodore d’Antioche parce qu’il est né à Antioche vers 352/355 ; il En bon pasteur de l’Eglise, Théodore explique que
mort en 428, à Mopsueste. notre participation intérieure à l’Esprit divin doit se manifester à
travers la vie morale. En cela, il est fidèle à saint Pierre pour qui la
Le mérite des recherches récentes est de divinisation est liée autant à la foi qu’à la vie morale : « Par elles
situer ses formules christologiques dans l’ensemble de sa [la gloire et la vertu du Christ], les précieuses, les plus grandes
catéchèse. Cela nous permet d’avoir un regard plus positif sur ses promesses nous ont été données, afin que vous deveniez ainsi
formules, dont certaines, il est vrai, sont maladroites et justifient participants de la divine nature, vous étant arrachés à la corruption
sa mauvaise réputation. qui est dans le monde, dans la convoitise » (2P 1, 4).

Il a des formules qui l’ont fait accuser Cependant, Théodore hésite devant l’expression
d’adoptianisme (comme Paul de Samosate) : « fils unique de Dieu, biblique « participants de la divine nature » : en voulant préserver
Dieu le Verbe voulut bien, seul pour notre salut à tous, assumer la transcendance de Dieu, il semble altérer l’enseignement chrétien
(l’un) d’entre nous. Afin de le ressusciter d’entre les morts : il le fit dès lors qu’il ne parle plus de notre « divinisation » mais seulement
monter au ciel, se l’adjoignit et l’établit à la droite de Dieu ». Mais d’une « conjonction », c’est-à-dire d’une obéissance morale. En
il ne faudrait pas réduire sa pensée à ces maladress es. Il a été un réalité, l’Eglise enseigne que l’obéissance à la grâce divine nous
bon pasteur de son Eglise, et il a fait réellement progresser la conduit bel et bien à la participation à la nature divine ! (2P 1, 4).
christologie.
Théodore entre aussi en discussion avec Eunome et
Théodore apprend à ses catéchumènes que la les ariens. On sent d’emblée le progrès réalisé, grâce à sa réflexion
chrétienté est essentiellement orientée vers le ciel. L’Ancien théologique sur l’âme du Christ : « Quant aux (disciples) d’Arius et
Testament contient des symboles qui se réfèrent à la vie de d’Eunomius, ils disent qu’il (Christ) prit un corps mais non pas une
l’Eglise. Et la vie de l’Eglise et des chrétiens constitue le modèle de âme : en guise d’âme, disent-t-ils, la nature divine. Et ils abaissent
la vie au ciel. La Rédemption ne consiste pas seulement (en la nature divine du (Fils) unique à ce point (de dire) qu’il déchoit
l’espérance) de l’immortalité, de l’incorruptibilité et de de sa grandeur naturelle et fait les actions de l’âme, s’enfermant
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en ce corps et opérant tout pour le faire subsister. Dès lors, si la celui qui été assumé, cela ne signifie pas (non plus) que la divinité
divinité tient lieu d’âme, il n’avait ni faim ni soif ». prit la place de la conscience. Mais, supposons, comme tu le
penses, que la divinité occupa le rôle de la conscience en celui qui
Autrement dit, le Christ a faim ou soif parce
a été assumé. Comment alors pouvait-il être angoissé lors de la
que les fonctions vitales sont régies non pas directement par sa
passion ? Pourquoi avait-il encore besoin, en face de la détresse
divinité, mais par une âme humaine : les fonctions vitales
immédiate, de proférer devant Dieu des prières plus instantes, avec
procèdent d’une source limitée. Arius déchoit le Fils à un rang
une clameur, des cris et beaucoup de larmes (He 5, 7). Comment
inférieur parce qu’il nie l’âme humaine du Christ. Or, c’est à
pouvait-il alors être saisi d’une angoisse telle que, tremblant
travers l’âme spirituelle que le corps a pu être sauvé. Théodore
terriblement, il versa des torrents de sueur ? »
parle de notre salut en disant :
On le voit, un point important et décisif du
« Or cela était possible si d’abord (le Christ) rendait
portrait du Christ est élucidé : le sacrifice rédempteur du Christ est
l’âme immuable et la délivrait des mouvements de péché, puisque,
fondé sur un acte de « décision humaine » du Christ.
acquérant l’immutabilité, nous serions libérés du péché ».
Théodore peine à parler de l’unité dans le Christ. On
De plus, Théodore parle d’une « coopération » dans
remarque l’absence de la notion de l’unité de vie vitale et
un usage un peu curieux, puisqu’il s’agit d’une coopération
dynamique. Apollinaire, dans son erreur, proposait une unité
intérieure au Christ, une coopération entre son humanité et sa
apparemment parfaite, et facile : la divinité remplaçant purement
divinité. Cela lui permet de critiquer de façon très pertinente
et simplement l’esprit de Jésus. Théodore ne peut pas proposer
Apollinaire, pour qui Dieu prend la place de l’âme humaine du
d’équivalent tant qu’il ne dépasse pas le niveau d’une conjonction
Christ : « De plus (le Fils de Dieu) octroya à l’homme assumé sa
morale accidentelle et provisoire, une union passagère par la grâce,
coopération à travers les œuvres proposées à celui qui avait été
entre l’âme humaine du Christ et la divinité. On peut cependant
assumé. (Or) où cette (coopération) entraîne-t-elle que la divinité
dire que Théodore a entrevu au moins une fois l’idée d’une union
prenne la place de la conscience (humaine) dans celui qui avait été
substantielle :
assumé ? En effet, il n’a pas l’habitude de prendre la place de la
conscience en ceux, quels qu’ils soient, à qui il octroie sa « Il devint homme, dirent-ils [les 318 pères du
coopération. Même s’il a octroyé une coopération extraordinaire à concile de Nicée]. Et ce ne fut pas par une simple providence qu’il
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s’abaissa, ni par le don d’un secours puissant comme il fit maintes nature ». Mais on aurait tort de minimiser la contribution positive
fois, et encore maintenant : mais c’est notre nature même qu’il qu’apporte Théodore.
assuma et dont Il se revêtit et en qui il fut et habita afin, par la
passion, de la rendre parfaite, et c’est à elle qu’il s’unit ». En route vers Ephèse (431) :

Cette formule est très précieuse. L’union Selon Cyrille, l’opposant de Nestorius, l’union de
entre l’humanité et la divinité du Christ dépasse une union Dieu et homme en Christ n’était pas d’un caractère moral, mais
purement morale : il s’agit d’une union substantielle qui concerne elle était « phusikè ». Il ne faisait pas les distinctions aussi nettes
l’être profond du Christ. que la théologie postérieure fera entre « prosôpon »,
« hupostasis », et « phusis ». C’est pourquoi il pouvait dire que
Nous sommes encore dans un chantier l’humanité et la divinité ont été unies en Christ « eis mian ousian »
théologique. Théodore utilise le mot « hypostase » qu’il prend chez (une seule substance) et qu’alors Christ était « mia phusis » (une
Apollinaire. Une hypostase signifie alors une puissance qui se meut seule nature). Eutychès déduisit de ces expressions de Cyrille, qui
d’elle-même. Théodore s’appuie sur le langage de saint Paul ne s’opposent pas nécessairement à la doctrine orthodoxe, que les
concernant l’homme intérieur et l’homme extérieur (2Co 4, 16) deux natures de Christ perdent leurs qualités et qu’elles changent
expression dans laquelle il voit deux natures et deux hypostases. en une seule nature qui est le résultat du mélange de la nature
Deux natures signifient deux hypostases, mais cependant, dans leur humaine avec la nature divine. Ce monophysisme était condamné
union, il n’y a qu’une hypostase garantie par l’unique prosôpon. par le Concile de Chalcédoine (451). Les monophysites parlaient
quelquefois comme les apollinaristes de l’absence de la
Malheureusement, au concile de
connaissance humaine de Christ. Ils parlent cependant aussi de
Chalcédoine, le mot « hypostase » a pris le sens d’une
l’omniscience de Christ. Les deux idées sont des conclusions de
« personne ». Dès lors, si l’on relit les expressions de Théodore en y
l’idée selon laquelle la nature humaine de Christ serait absorbée
projetant l’usage linguistique du concile de Chalcédoine, on
par la nature divine.
attribue à Théodore de Mopsueste des erreurs qu’il n’a pas
commises. Il faudra donc attendre encore la différenciation Le concile d’Ephèse se déroule alors que l’Eglise
terminologique entre ce qu’est la « personne » et ce qu’est la « latine est envahie des barbares. En Orient, le vocabulaire était
imprécis : le patriarche de Constantinople, Nestorius, et celui
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d’Alexandrie, Cyrille, se comprennent mal. Le concile d’Ephèse Nestorius et Cyrille :
opère une grande clarification, mais il faudra encore le concile de
Nestorius, patriarche de Constantinople, et Cyrille,
Chalcédoine, 20 ans après, pour obtenir des formulations
patriarche d’Alexandrie, veulent, tous les deux, être fidèles au
satisfaisantes.
concile de Nicée.
Il y a notamment une grande imprécision sur
le mot « hypostase », hypostasis, qui signifie littéralement « ce qui Le concile de Nicée disait : « Je crois au Jésus-

se tient dessous ». Faut-il penser à l’acte ou à la chose ? Christ Fils de Dieu… qui est né… qui est mort ». Dans le langage
populaire, on pouvait dire « Dieu est né » (de Marie « Theotokos »),
Si l’on pense à une chose (« ousia ») qui se « Dieu est mort », non pas dans le sens où Dieu, dans sa nature
tient en dessous comme base et fondement, le mot est synonyme divine, est mort, mais dans le sens où celui qui est mort sur la
de substance, et se confond avec l’idée de nature. Le concile de croix, il est Dieu.
Nicée, qui disait que le Fils est « de même nature » que le Père
Cyrille se contente du langage très unifié du concile
(homoousios) est traduit « de même hypostase » que le Père ! Le
de Nicée. Nestorius cherche à préciser : quand on parle de la
jeune Cyrille d’Alexandrie utilise parfois le mot « hypostase » dans
ce sens-là ! naissance et de la mort, il s’agit de Jésus-Christ, le Fils de Dieu
incarné : il ne faut pas confondre l’état préexistant et l’état
Si l’on pense à « l’acte de se tenir en incarné.
dessous », on pense à l’acte d’exister, à l’unité d’un être, à la
personnalité d’un être concret : le mot est alors traduit par L’un et l’autre s’échangent de longues lettres. Ils

« personne », ce fut le sens fixé par le concile de Chalcédoine, et ne se comprennent pas. Pourtant, tous les deux voulaient être

l’on dira désormais que le Christ est une hypostase en deux fidèles…

natures. C’est le texte même du concile de Chalcédoine (en 451) Essayons de comprendre la bonne intention de
qui définira la terminologie. Nestorius. Il a devant lui l’hérésie d’Arius qui considère que le
Christ, n’étant pas vraiment Dieu, ne peut pas nous révéler Dieu. Il
a aussi devant lui l’hérésie d’Apollinaire pour qui l’humanité du

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Christ n’est pas complète. Nestorius cherche à répondre à ces deux c’est-à-dire à la formule de l’évangile de saint Jean « le Verbe s’est
hérésies, et sa méthode est pertinente : il explique l’unité de la fait chair » (Jn 1, 14). Rappelons que l’évangéliste, en insistant sur
distinction dans le Christ à des niveaux différents : l’unité au la chair, ne voulait pas nier l’âme du Christ mais il voulait
niveau du prosôpon, la distinction au niveau des natures. Un s’opposer aux docètes, qui, pris de vertige devant l’incarnation,
prosôpon et deux natures : on n’est plus très loin du concile de prétendaient que l’incarnation n’était qu’une apparence.
Chalcédoine (une personne et deux natures). Un tel effort est
Cyrille n’a pas vu qu’Apollinaire utilisait ce
précieux : dès lors que l’unité dans la personne du Christ est
schéma pour nier l’âme du Christ (Apollinaire s’opposait à
correctement expliquée, il n’y a plus lieu de l’expliquer de manière
l’évangile de Jean qui évoque l’âme du Christ en plusieurs endroits
hérétique (rappelons que l’hérésie d’Arius réalise l’unité du Christ
et très clairement). Cyrille parle (comme Apollinaire) d’un
en diminuant sa divinité, et l’hérésie d’Apollinaire en diminuant
dynamisme vital qui vient du Logos, c’est en ce sens qu’il dit qu’il
son humanité).
n’y a qu’une nature dans le Christ (mia phusis) : après lui
Mais, de son côté, Cyrille d’Alexandrie est commencera l’hérésie du monophysisme, mais Cyrille vo ulait
rempli par une intuition qui repose sur Jean 1, 14 (le Verbe s’est seulement dire que celui qui s’est incarné est le Fils de Dieu.
fait chair) avec la formule du concile de Nicée. Il ne cherche pas à
Un certain consensus tente de lui montrer
expliquer où se trouve l’unité et où se trouve la diversité des deux
son incohérence et de le persuader qu’il y a dans le Christ deux
natures, humaines et divines. Au contraire, il voit les efforts de
natures. Le Christ a souffert dans son âme raisonnable avec sa
Nestorius comme une menace pour l’unité dans le Christ.
chair, s’il n’y a qu’une nature, alors il faudrait dire que la nature
Nestorius voit le langage de Cyrille (le Verbe divine souffre et meurt, ce qui n’est pas vrai. Il faut donc dire qu’il
s’est fait chair) comme un retour à l’erreur d’Apollinaire. Les deux y a deux natures : l’une est le Logos (le Verbe) et l’autre est
patriarches ne se comprennent plus. C’est seulement à ce stade constituée de la chair et de l’âme raisonnable.
que l’on peut parler d’une école d’Antioche et d’une école
Cyrille se laisse convaincre et parle
d’Alexandrie.
désormais des deux natures, mais il continue aussi de parler d’une
Cyrille a un langage qui, par bien des aspects, est seule nature parce qu’il pense que la formule « mia phusis » est
archaïque et imprécis. Jeune, il pense dans le schéma Logos-sarx,
13
éssu
une formule ratifiée par l’Eglise (c’est l’œuvre mensongère des va pas venir au concile d’Ephèse. Il signera un accord deux ans
auteurs des Fraudes apollinaristes). après (en 433), mais ce sera trop tard, il aura été condamné.

Dans un tel contexte, Cyrille se méfie de Le titre « Theotokos » dans le contexte des
Nestorius, et le soupçonne de ne pas voir le mouvement du Credo hérésies :
du concile de Nicée où le Christ est effectivement unifié dans un
mouvement qui part de Dieu et s’incarne. Ce qui va déclencher la crise, c’est le rejet du titre
« Theotokos » (Mère de Dieu) par Nestorius. Pourquoi ? Là encore, il
Peu à peu, Cyrille cherche à cibler le « je » faut nous plonger dans le contexte de l’époque et ne pas juger trop
où se joue l’unité du Christ. Nestorius parlait de « prosôpon » vite Nestorius.
(visage), Cyrille parle d’« hypostase » : c’est peut-être la même
chose ! (Le concile de Chalcédoine juxtaposera les deux mots, de Les ariens, pour qui le titre Fils de Dieu n’est
façon à fixer le sens des mots) ... Malheureusement, Cyrille fait qu’une façon de dire, tentaient de répandre le titre Theotokos afin

ensuite un lapsus où hypostase et nature se confondent. d’avoir l’occasion d’attaquer la divinité du Christ elle-même. En
quelque sorte, si une simple femme, Marie, est dite « mère de
« Dans la lutte contre sa doctrine (celle de Dieu », Jésus n’est donc pas vrai Dieu.
Nestorius), nous fûmes obligés de dire que l’unité s’est réalisée
selon l’hypostase. L’ajout ‘selon l’hypostase’ signifie simplement Les Apollinaristes nient l’âme humaine du
que la nature ou hypostase du Logos, c’est-à-dire le Logos lui- Christ qui est remplacée par le Logos divin ; dans leur perspective,
même, est considéré comme l’unique Christ et l’est Jésus n’est pas un homme normal et le titre « Theotokos » prend
effectivement » une signification particulière qui place Marie au rang de Dieu.

La lettre de Cyrille qui sera validée par le Dans l’intention d’écarter ces deux hérésies,
concile d’Ephèse n’aura pas cette ambiguïté. Mais on comprend que Nestorius veut écarter le titre Theotokos, Mère de Dieu. Nestorius
dans un contexte aussi confus, Nestorius ne pouvait pas suivre s’en prend donc aussi à la doctrine de la communication des
Cyrille. Nestorius, pensant que le légat du pape n’est pas arrivé, ne idiomes, puisque c’est cette doctrine qui s’exprime dans
l’appellation « Mère de Dieu » ou dans l’idée de la Passion de Dieu.

14
éssu
En outre, les ariens et les Apollinaristes faisaient un usage abusif de 200 une prière avec le mot »Theotokos ») : en écartant ce titre,
« la communication des idiomes ». Nestorius scandalise son peuple.

Nestorius veut bien dire que la divinité du Comprenant que les deux doctrines d’Arius
Fils « s’approprie » ce qui appartient à son Temple, c’est-à-dire son ou d’Apollinaire sont des tentatives (erronées) d’expliquer l’unité
corps, mais pour lui, cette appropriation est une « suprême et du Christ, Nestorius tente d’améliorer le langage de l’Eglise en
divine conjonction », et ne va pas jusqu’à l’échange des idiomes parlant de l’unité du Christ au niveau du « prosôpon », et en
qui consiste à attribuer les propriétés de l’humanité (la souffrance parlant de la distinction au niveau des « natures ». Le mot
et la mort) à la divinité du Christ. « prosôpon » s’inspire de la Bible et évoque le visage, la face de
Dieu. Le Christ révèle la face de Dieu que Moïse ne pouvait voir que
Cyrille et les défenseurs de la
de dos. En même temps qu’elle est une kénose, un abaissement,
« communication des idiomes » s’appuient sur le symbole de Nicée
l’incarnation est une révélation. La divinité cachée donne
qui met tout d’abord en relief la relation du Fils avec le Père à
cependant à la chair une plus grande gloire qui manifeste et
l’intérieur de la divinité avant de parler de sa descente dans
proclame l’union avec la nature cachée.
l’incarnation. Le Logos est donc le sujet unique d’une double série
d’énoncés qui inclut du divin et de l’humain : au Fils sont C’est en réalité une grande avancée, mais ce
également attribués les aspects temporels de l’Incarnation. La n’est pas suffisant. En effet, le mot « prosôpon » n’est pas très
communication des idiomes applique à l’unique sujet, le Fils, des précis. Chaque nature concrète a son prosôpon, et les deux natures
choses divines et humaines. unies dans le Christ ont un seul prosôpon. En conséquence, il parle
tantôt de deux prosôpa et tantôt d’un seul.
Nestorius lui-aussi se veut fidèle au concile
de Nicée et précise qu’en lisant de près le concile de Nicée, le nom Nestorius ne comprend rien quand Cyrille lui
commun aux deux natures, c’est « Christ ». Et par conséquent, il écrit que l’union se situe au niveau de « l’hypostase », il
faut appeler Marie « mère du Christ » (et non pas mère de Dieu). l’interprète comme un mélange blasphématoire des natures divines
Or, ce titre « Theotokos » était largement utilisé par la piété et humaines. L’intention de Nestorius était saine, mais le pape ne
populaire (on a retrouvé sur un papyrus datant des environs de l’an le comprit pas.

15
éssu
Nestorius réfléchit à partir de l’idée de « prosôpon », distinction ? […] Qu’est-ce qui importe sinon de croire que Dieu et
visage, et, n’ayant pas une claire notion de « personne » distincte Jésus sont en une et la même substance [personne] ? ». Cassien ne
de la « nature », il n’arrive pas à voir quel est le sujet de voit absolument pas le problème qui sous-tend toutes les
l’incarnation. Il faudra attendre le concile de Chalcédoine, qui, en discussions en Orient. En quelque sorte, Cassien reproche à
juxtaposant les notions d’hypostase et de prosôpon, clarifie tout et Nestorius de séparer les deux natures du Christ pour ensuite
parvient à distinguer l’idée de personne de celle de nature. expliquer leur unité.

En attendant, Nestorius fait connaître ses Cassien n’est d’ailleurs pas conscient des
recherches au pape Célestin, lequel, ayant des difficultés à tout limites de ses propres explications : en effet, il parvient à fonder la
traduire du grec, fait appel à Alexandrie pour obtenir des communication des idiomes en partant du concile de Nicée : « Dieu
informations ; or, à Alexandrie, les idées de Nestorius sont est né, Dieu a souffert, Dieu est ressuscité ». Mais il semble tout
interprétées comme étant un pur adoptianisme dans la ligne du aussi incapable que Nestorius de déterminer le sujet de
mérite et des deux fils : le Christ (homme) obéirait au Fils de Dieu l’Incarnation. Il ne veut pas admettre que le Christ en tant
(Dieu) et serait glorifié (adopté) à cause de son obéissance. Or il ne qu’homme eut besoin d’être rempli de l’Esprit-Saint, car ce serait
s’agit là que d’une caricature de ce que dit Nestorius, qui n’a présenter le Christ comme faible et ayant besoin d’aide. Or
jamais pensé qu’il y ait ainsi deux fils. Nestorius explique l’Evangile nous montre Jésus qui prie et qui enseigne à prier en
clairement qu’il n’y a pas deux fils. montrant l’exemple. Cassien n’est donc pas non plus dans
l’exactitude…
Le pape fait aussi appel à l’abbé de Saint-
Victor, près de Marseille, Jean Cassien (360-435 environ). Cassien En tout cas, Cassien n’a pas réconcilié
imagine que Nestorius fait l’hérésie de l’adoptianisme, avec un Nestorius et Cyrille.
homme qui mériterait d’être adopté et de devenir Fils de Dieu (ce
Nous l’avons vu, Cyrille et Nestorius n’étaient pas si
serait aussi la doctrine pélagienne du mérite). Dans sa réponse, il
éloignés l’un de l’autre… Si Nestorius fut condamné, c’est parce
donne des arguments assez simplistes qui ne répondent nullement à
qu’il entrave la proclamation de foi exprimée par la liturgie, la
la recherche de Nestorius. Cassien écrit, commentant l’apparition à
piété et la proclamation du kérygme, c’est-à-dire les traits
Saul sur le chemin de Damas : « Qu’est ici la division et qu’est la
fondamentaux de la foi telle que l’Eglise les présente à chaque
16
éssu
moment de l’histoire. Ce kérygme confessait Marie comme « Mère Le cas similaire de Leporius, aidé par saint
de Dieu » et parlait de la « Passion de Dieu » pour exprimer le fait Augustin :
que le véritable Fils de Dieu naquit comme homme de Marie et
mourut sur la croix. « Bien que l’intention de Nestorius fût bonne, il Un cas de dispute similaire s’était pourtant produit

commit l’erreur de vouloir entraver une évolution kérygmatique en Occident, quand le moine Leporius émit un doute sur un « Dieu

dont il avait mal évalué l’ancienneté et la valeur théologique. » né et crucifié », c’est-à-dire les raccourcis de langages liés à la
« communication des idiomes ». Leporius fut excommunié par
La dispute autour du titre Theotokos (Mère Cassien, évêque de Marseille. Cassien n’avait pas vu combien le
de Dieu) semble déjà présente au moment où Nestorius vint questionnement de Leporius appelait un affinement de la
occuper le siège épiscopal de Constantinople. Nestorius « veut théologie, une maturation du langage.
s’interposer entre les parties dont l’une veut désigner Marie comme
Mère de Dieu et l’autre seulement comme Mère de l’homme. Il voit Leporius s’enfuit en Afrique et rencontra
des deux côtés une erreur qu’il voudrait écarter. En tant que saint Augustin. C’est sa chance. Saint Augustin, qui pendant 14 ans
persécuteur zélé des hérétiques de tout genre, il se laisse attirer avait cherché la vérité, ne voit pas en Leporius un méchant
dans une querelle pour laquelle il n’avait pas les moyens hérétique, mais un homme troublé qui, en toute conscience,
théologiques. » Nestorius rejette le titre Theotokos et parle de cherche la vérité…
« Mère du Christ ».
Saint Augustin va le prendre par la main, il va
Le peuple fut scandalisé. Cyrille d’Alexandrie le guérir. Il lui fait lire dans les Evangiles ce qui en Jésus est
dénonça Nestorius au pape Célestin qui connaissait mal les humain et ce qui est divin. Il lui fait voir, à partir de la tradition
intentions de Nestorius. Dans cet état d’alarme, l’Eglise m it le latine, où est à chercher la dualité dans le Christ et où est à
rejet de Theotokos par Nestorius en rapport avec toutes sortes chercher l’unité. Ensuite, et là saint Augustin est génial, il cherche
d’effets historiques et avec diverses hérésies. Finalement, le point d’union entre ces deux natures, et il utilise le mot
Nestorius fut condamné au concile d’Ephèse et partit en exil. « personne » : l’incarnation « arriva seulement personnellement au
Verbe et non pas, selon la nature, au Père et au Fils ».

17
éssu
Le mot « personne », persona en latin, pour Le concile d’Ephèse :
un juriste, c’est le responsable. Qui est le responsable de
l’Incarnation ? C’est la personne du Fils de Dieu. Naître, souffrir et La méthode du concile d’Ephèse consiste à lire les
mourir ne concerne pas la nature divine mais la personne du Fils de écrits de Nestorius et de Cyrille et à les juger en se référant au

Dieu. Du fait que personne et nature se distinguent dans la Trinité, concile de Nicée.

il est possible de rapporter l’incarnation à la personne du Verbe et


• La lettre de Cyrille est validée.
de maintenir l’humanité et la divinité sans mélange.
• Les écrits de Nestorius sont condamnés.
Leporius sort alors du labyrinthe de ses
doutes et professe devant quelques évêques réunis à Carthage, Nicée était pour les pères la formule
dont saint Augustin, le « Libellus emendationis » et il signe ce christologique normative. L’idée que les pères y trouvèrent est que
document avec eux afin de revenir dans la communion ecclésiale : « Un seul et le même est le Fils éternel du Père et le Fils qui, dans
le temps, est né selon la chair de la Vierge Marie, celle que nous
« Je crois et je confesse donc que, selon le grand
pouvons, de ce fait, appeler Mère de Dieu ».
mystère de sa bonté, mon Seigneur et Dieu est né dans la chair, a
souffert dans la chair, est mort dans la chair, est ressuscité dans la La vie divine auprès du Père, la descente sur
chair, a été élevé dans la chair, a été glorifié dans la chair : je la terre, l’incarnation et l’existence humaine doivent toutes être
crois aussi qu’il reviendra lui-même dans la même chair pour juger énoncées d’un seul et même sujet : le Logos qui est consubstantiel
les vivants et les morts et chacun recevra la récompense éternelle avec le Père.
selon ses propres mérites ».
Au concile d’Ephèse, l’Eglise,
Cette confession de foi reprend le Credo en particulièrement inspirée de l’Esprit Saint, s’engage à confesser
insistant bien sur la solution du problème, la personne du Fils de l’union profonde de la nature humaine et divine du Christ. C’est le
Dieu. Cet heureux dénouement aurait pu aussi se produire en Verbe qui est devenu le Fils de l’homme ; le Verbe n’est pas d’un
Orient. Mais souvenez-vous, les relations entre l’Orient et côté et le Fils de l’autre : le Verbe est véritablement devenu Fils
l’Occident étaient perturbées par la division de l’empire et par les de l’homme tout en demeurant Verbe. Ce n’est pas l’union m orale
invasions des barbares. d’un homme extérieur au Verbe. Et Dieu n’a pas seulement assumé
18
éssu
la personne de Jésus, son personnage : Dieu (le Verbe) a assumé la Père, car c’est légèreté et ignorance de dire que celui qui existe
nature humaine, l’humanité. Répétons-le : il ne s’agit pas d’un avant les siècles et est coéternel au Père a besoin d’une seconde
homme qui ouvre son cœur pour accueillir Dieu, il s’agi t de Dieu génération pour exister,- mais puisque c’est pour nous et pour
qui s’approche de l’homme, qui rencontre l’homme en devenant notre salut qu’il s’est uni selon l’hypostase l’humanité, et qu’il est
homme. né de la femme, on dit qu’il a été engendré d’elle selon la chair. »
(Seconde Lettre de Cyrille, approuvée par le concile d’Ephèse. DS
« Nous ne disons pas en effet que la nature du Verbe
250)
par suite d’une transformation est devenue chair, ni non plus
qu’elle a été changée en un homme complet, composé d’une âme La suite de la seconde Lettre de Cyrille
et d’un corps, mais plutôt ceci : le Verbe, s’étant uni selon développe de manière très simple ce que l’on appelle aussi l’unio n
l’hypostase une chair animée d’une âme raisonnable, est devenu hypostatique et la communication des idiomes : les idiomes, ce
homme d’une manière indicible et incompréhensible et a reçu le sont les attributs, comme la soif, la souffrance, la mort. La nature
titre de Fils d’homme, non par simple vouloir ou bon plaisir, ni divine et la nature humaine sont distinctes mais les idiomes sont
non plus parce qu’il en aurait pris seulement le personnage ; et attribués à la même hypostase, à l’unique personne du Verbe
nous disons que différentes sont les natures rassemblées en une incarné. Ainsi, quand Jésus a soif, c’est Dieu qui a soif. Et Marie est
véritable unité, et que des deux il est résulté un seul Christ et un appelée Mère de Dieu.
seul Fils, non que la différence des natures ait été supprimée par
« Car ce n’est pas un homme ordinaire qui a d’abord
l’union, mais plutôt parce que la divinité et l’humanité ont formé
été engendré de la sainte Vierge et sur lequel ensuite le Verbe
pour nous l’unique Seigneur Christ et Fils par leur ineffable et
serait descendu, mais c’est pour avoir été uni à son humanité dès le
indicible concours dans l’unité.
sein même qu’il est dit avoir subi la génération charnelle, en tant
Ainsi, bien qu’il subsiste avant les siècles et qu’il ait qu’il s’est approprié la génération de sa propre chair. C’est ainsi
été engendré par le Père, il est dit aussi avoir été engendré selon la que nous disons qu’il a souffert et qu’il est ressuscité, non pas que
chair par une femme, non point que sa nature divine ait commencé le Dieu Verbe ait souffert en sa propre nature les coups, les trous
à être en la sainte Vierge, ni qu’elle ait eu nécessairement besoin des clous et les autres blessures (car la divinité est impassible,
d’une seconde naissance par elle après celle qu’il avait reçue du puisqu’elle est incorporelle) ; mais puisque le corps qui est

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éssu
devenu le sien propre, a souffert tout cela, on dit encore une natures. Aucune des deux ne fut transformée dans l’autre. Et
fois que c’est lui (le Verbe) qui a souffert pour nous : l’Impassible cependant, il parle d’une union de la nature (« henôsis phusikè »),
était dans le corps qui souffrait Et c’est de la même façon que nous d’une nature de Dieu, la Parole, faite chair (« mia phusis tou theou
pensons au sujet de sa mort. Car le Verbe de Dieu est par nature logou sesarkômenè »). Chaque nature demeure ce qu’elle est et
immortel, incorruptible, vie et vivifiant. Mais encore une fois pourtant les deux constituent une nature unique, comme l’homme
puisque son propre corps a, par la grâce de Dieu, goûté la mort est une nature tout en ayant un corps et une âme, corps et âme
pour tout homme, comme dit Paul (He 2,9), on dit qu’il a souffert restant ce qu’ils sont. Cyrille, et c’est là le paradoxe, tout en
la mort pour nous : non qu’il ait fait l’expérience de la mort en ce maintenant que les deux natures se sont unies sans mélange ni
qui regarde sa propre nature (ce serait folie de dire cela ou de le transformation, s’est approprié le monophysisme d’Apollinaire. Il
penser), mais parce que, comme je l’ai dit à l’instant, sa chair a est monophysite, au moins dans la terminologie, mais il utilise des
goûté la mort. Ainsi, sa chair étant ressuscitée, on parle de la formules duophysites, de sorte que les monophysites autant que les
résurrection du Verbe, non point que le Verbe soit tombé dans la duophysites de la génération suivante croiront pouvoir faire appel à
corruption, non certes, mais encore une fois parce que son corps lui.
est ressuscité. ...
Il est clair pour tous que Cyrille d’Alexandrie est le
C’est ainsi qu’ils (les saints pères) se sont enhardis champion de l’orthodoxie à Ephèse qui n’est pas choisi comme lieu
à nommer la sainte Vierge Mère de Dieu, non que la nature du où se tient ce concile au hasard, nous savons que la sainte vierge
Verbe ou sa divinité ait reçu le début de son existence à partir de Marie y a vécu toute sa vie aux côtés de saint Jean.
la sainte Vierge, mais parce qu’a été engendré d’elle son saint
Brève synthèse :
corps animé d’une âme raisonnable, corps auquel le Verbe s’est uni
selon l’hypostase et pour cette raison est dit avoir été engendré Dieu demeure Dieu, et cependant, il engendre
selon la chair. » (Seconde Lettre de Cyrille, approuvée par le (concile de Nicée).
concile d’Ephèse. DS 251)
Dieu assume l’homme ; pourtant, cet homme
Ce faisant, Cyrille affirmait que l’union personnelle est totalement homme (contre Apollinaire)
s’était faite sans mélange, ni confusion, ni changement des deux

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éssu
Notre raison ne le comprend jamais d’hypostase, mais on ne distingue pas hypostase et nature ! Il
complètement, et pourtant, nous pouvons le concevoir : « scandale faudra donc le concile de Chalcédoine, 20 ans après, pour dissiper
pour les Juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont les malentendus.
appelés, Juifs et Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et
C’EST DE LUI, PAR LUI, ET POUR LUI QUE SONT
sagesse de Dieu. » (1Co 1, 23-24)
TOUTES CHOSES. A LUI LA GLOIRE DANS TOUS LES SIECLES !
Dieu s’unit intimement à une nature AMEN !
humaine, mais il demeure distinct de cette nature humaine (concile
d’Ephèse). Dieu est Dieu, mais il est capable de franchir l’abîme
qui le sépare des créatures.

De là la joie exubérante du concile. Le


concile d’Ephèse a été un triomphe, toute la ville a été illuminée
en l’honneur de la Theotokos. C’est la mère de Jésus qui est
honorée et aussi tout le mystère du salut qui est célébré. En Jésus,
Dieu nous montre comment être divinement homme, comme
souffrir divinement, comment prier divinement… Dieu s’engage
totalement.

Le point faible du concile d’Ephèse tient au


fait que les pères du concile n’ont pas su définir avec des co ncepts
suffisamment clairs le niveau où se faisait l’union dans le Christ.

En Occident, saint Augustin avait su


expliquer à Leporius que cette union se faisait au niveau de la
« personne », selon le sens de ce mot dans la théologie trinitaire
(trois personnes et une nature). Hélas, en Orient, Cyrille parle

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