CONCLUSION
Intégration des
cultures fourragères
dans les systèmes
de production
Philippe Lhoste
F orce est de constater que le développement des cultures fourragères est
encore très irrégulier dans les régions tropicales. En Afrique en particulier, les
possibilités qu’offrent théoriquement ces espèces sont encore loin d’être mises
à profit car l’intégration des plantes fourragères dans les systèmes de produc-
tion continue de se heurter à de sérieuses difficultés. Ce retard n’est pourtant
pas systématique en zone tropicale. La comparaison avec d’autres situations
en Amérique, en Asie ou en Australie le démontre. Elle invite à analyser les
causes des fortes différences observées d’un pays à l’autre.
Des résultats nombreux en station, mais peu appliqués
en milieu paysan
Malgré de nombreux travaux et acquis techniques, il reste très difficile de vulga-
riser et d’intégrer les plantes fourragères dans les systèmes de production en
Afrique. Les modèles, mis au point et plus ou moins bien maîtrisés dans des dis-
positifs expérimentaux contrôlés, sont rarement adoptés en milieu paysan. Les
raisons de ces échecs sont d’ordre technique ou socio-économique. Elles varient,
bien sûr, avec les sociétés paysannes et les écologies concernées. Il est donc
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Cultures fourragères tropicales
primordial de les comprendre et de les prendre en compte pour que les résultats
de la recherche soient réellement réellement porteurs de développement. Cette
analyse doit être d’autant plus pertinente que « l’intensification fourragère
devient une nécessité », comme le concluaient, pour l’Afrique soudanienne,
les membres de l’atelier de Korhogo en mai 19971.
Des référentiels techniques souvent insuffisants ou inadaptés
aux contraintes du paysan
Dans de nombreux cas, les conditions techniques de la gestion des cultures
fourragères, acquises en station, ne sont pas adaptées aux moyens et aux
contraintes des utilisateurs potentiels de ces acquis. Or les paysans ne peuvent
pas adopter ces innovations sans prendre de risques.
Par exemple, en milieu contrôlé, les cultures sont effectuées avec des moyens
mécaniques qui n’ont rien à voir avec ce que peuvent faire les paysans de la
région : labours profonds au tracteur, bonne préparation mécanisée du sol,
semis dans de bonnes conditions, désherbage et entretiens divers, fertilisation,
voire irrigation d’appoint, etc. Dans ces conditions encore trop fréquentes, les
référentiels établis en station, parfois en petites parcelles dans des stations
d’élevage ou de démonstration, n’ont qu’une valeur relative pour la vulgarisa-
tion. Le cheminement et les travaux à accomplir pour passer de ce type
d’essais à la mise en place des cultures chez les producteurs est souvent
encore bien long. Pourtant, de ce cheminement seul dépend la réussite de la
vulgarisation en milieu paysan.
Un manque fréquent de disponibilité des graines
ou de matériel végétal pour la multiplication
Le manque de maîtrise des contraintes techniques est illustré par la question,
très courante, de la production du matériel végétal à diffuser. Il s’agit le plus
souvent de graines ; il est en effet plus aisé de diffuser une plante fourragère
multipliée par graines qu’une plante pour laquelle le passage par des boutures
ou des éclats de souche est impératif. En Afrique, il est rare de disposer de
quantités significatives de graines de bonne qualité. Les tentatives récentes de
fermes semencières n’ont pas toujours été couronnées de succès même si,
dans certains cas, les problèmes techniques semblent assez bien maîtrisés ;
par exemple dans la ferme semencière de Badikaha, au nord de la Côte
d’Ivoire. L’intégration de telles structures au marché, en relation avec les pro-
1. Atelier régional de réflexion sur le thème « Culture fourragère et développement durable »,
Cirdes-Idessa, Korhogo, Côte d’Ivoire, 26-29 mai 1997.
360
Intégration des cultures fourragères dans les systèmes de production
ducteurs, reste souvent difficile en Afrique. On est en revanche frappé par le
dynamisme et l’efficacité des producteurs brésiliens, capables de fournir des
quantités importantes de graines de diverses plantes fourragères tropicales
(Panicum maximum, différentes espèces de Brachiaria, etc.) à des prix accep-
tables par le marché. Le contexte économique et culturel de l’Amérique latine
est évidemment très différent de celui de l’Afrique.
Lorsque la technique sera réellement maîtrisée et la production fourragère
économiquement justifiée, il sera sans doute possible d’organiser la multipli-
cation de semences. Les organisations de producteurs joueront alors sans
doute un rôle déterminant dans ces fonctions de production, de collecte et de
diffusion des semences fourragères. Il faudra aussi veiller au contrôle de qua-
lité, qui devra être assuré par un organisme spécialisé et neutre.
Les contraintes foncières : statut et disponibilité des terres
Les contraintes foncières sont mises en avant par différents intervenants : ser-
vices techniques, projets de développement, chercheurs, etc. Tous les consi-
dèrent comme les principaux obstacles à la diffusion des cultures fourragères.
L’absence de droit foncier écrit, ou d’application des dispositions existantes,
constitue souvent un obstacle à l’installation de cultures pérennes, et notam-
ment de parcelles fourragères. Planter un arbre ou installer une culture fourra-
gère sur une parcelle constitue un acte d’appropriation qui ne sera pas toléré
de n’importe quel acteur. On acceptera parfois — au nord du Cameroun, par
exemple — qu’un migrant effectue ses cultures vivrières et cotonnières dans
certaines conditions précaires d’implantation, mais il ne lui sera pas permis
d’établir un verger ou une parcelle de production fourragère. Les clôtures, qui
seraient souvent indispensables pour la mise en place et la gestion de ces par-
celles, tombent bien souvent sous le même interdit. L’utilisation pastorale de
l’espace apparaît encore souvent comme une tolérance de la part des groupes
de cultivateurs qui se sont installés antérieurement à la venue des éleveurs.
Dans de nombreuses situations, l’usage des parcours naturels, des jachères et
des résidus de récolte est collectif. Il ne confère aucun droit foncier aux déten-
teurs des troupeaux. En cas de conflit, à l’occasion de dégâts occasionnés par
le bétail aux cultures par exemple, l’éleveur aura rarement gain de cause. Il
n’aura que la solution de payer ou de fuir. Ces conflits, parfois sanglants, sont
encore fréquents en zone agropastorale, et ils s’accentuent plutôt avec les
migrations, occasionnées par la sécheresse, des éleveurs et de leurs troupeaux.
La mise en place de cultures fourragères soulève donc des problèmes de droit
foncier pour les différents utilisateurs de l’espace. Elle pose aussi des questions
de gestion de terroir. La cohabitation des troupeaux et des cultures, qui appa-
raît à de nombreux auteurs comme un élément important de la durabilité des
systèmes agropastoraux, suppose en effet d’établir un certain nombre de règles
de gestion de l’espace commun.
361
Cultures fourragères tropicales
Les cultures fourragères révèlent alors un problème foncier plus général. Elles
peuvent aussi participer, lorsque la situation foncière est clarifiée, au mar-
quage du territoire : ce sont alors surtout les ligneux qui participent à l’installa-
tion de clôtures, de haies vives, d’allées, etc. Ils deviennent alors intéressants à
d’autres titres : lutte contre l’érosion, apport de fourrage, de bois de feu, parfois
de fruits, de produits vivriers ou médicinaux, etc.
La disponibilité de la terre est toujours liée au droit foncier, mais elle est aussi
d’une autre nature. Des blocages à caractère sociopolitique ou historique per-
sistent parfois. Il n’en reste pas moins qu’en condition de pénurie de terre au
niveau de l’exploitation, le paysan donne la priorité à ses cultures vivrières,
voire à des cultures industrielles comme le coton ou l’arachide, dont le rapport
lui paraît plus immédiat que celui des cultures fourragères.
Toutefois, dans un contexte d’intensification, si la production animale est
jugée prioritaire par les producteurs, la culture fourragère peut se justifier dou-
blement. C’est le cas, notamment, en Asie, dans certaines situations.
Les contraintes de travail et d’équipement
Aux contraintes foncières évoquées ci-dessus peuvent s’ajouter des contraintes
de main-d’œuvre ou d’équipement, au sein de l’unité de production propre-
ment dite. L’itinéraire technique propre aux cultures fourragères peut entrer en
compétition avec celui des autres cultures pour la main-d’œuvre et pour cer-
taines façons culturales comme le travail du sol, les semis ou l’entretien. C’est
surtout au moment des « pointes » du calendrier agricole que se posent les
problèmes.
Par ailleurs, les équipements, pour la culture attelée en particulier, ont été sou-
vent conçus pour les cultures industrielles et vivrières. Le cas des cultures
cotonnières est démonstratif : cette production a souvent été la « locomotive »
de l’équipement agricole des exploitations des zones concernées. La
recherche, les mises au point techniques, la fabrication des instruments, les
crédits, toutes les formes d’appui ont été orientées vers l’équipement agricole
de la production cotonnière ou mixte (arachide, céréales...). Certains besoins
spécifiques des cultures fourragères risquent de ne pas être du tout remplis :
fauchage, fanage, conditionnement, transport, stockage, conservation...
Cependant, lorsqu’il existe, l’équipement agricole des exploitations est tout de
même un atout important pour le développement des cultures fourragères. Il
faut alors raisonner à l’échelle de l’ensemble de l’unité de production pour
coordonner les demandes de main-d’œuvre et d’utilisation des équipements.
Certains besoins en équipement trouveront des solutions relativement simples :
équiper une charrette pour le transport de fourrage, par exemple, n’est pas
compliqué ; en revanche, l’achat de charrettes est relativement coûteux, et les
exploitations agricoles n’en possèdent pas toutes. La conception d’outils
robustes, efficaces et bon marché pour la récolte des fourrages, la fauche
notamment, est un problème plus complexe.
362
Intégration des cultures fourragères dans les systèmes de production
Une rentabilité économique pas toujours évidente
Les cultures fourragères n’ont pas toujours été testées du point de vue de leur
rentabilité. Les expérimentations se sont en effet plus souvent concentrées sur
les aspects agronomiques et techniques, voire zootechniques. Le prolonge-
ment indispensable de ces essais est de tester la rentabilité économique de ces
cultures. Il est clair que celle-ci dépend totalement du système d’élevage
considéré et de la valorisation, plus ou moins efficace, des produits animaux
terminaux. L’utilisation des cultures fourragères doit donc s’inscrire dans un
système de production qui permette de les rentabiliser. Les évaluations écono-
miques ne sont sans doute pas aisées car les cultures fourragères ne se justi-
fient vraiment qu’intégrées dans un système de production qui comporte plu-
sieurs objectifs :
– améliorer la ration alimentaire de certaines catégories d’animaux pour leur
assurer une meilleure productivité (numérique, laitière, pondérale, énergé-
tique, etc.) ;
– s’inscrire dans le système de culture et améliorer la fertilité des sols ;
– utiliser des plantes à fonction mixte (fourragère, vivrière, ligneuse, pour le
bois, les fruits, l’écorce ou les feuilles...) ; une bonne connaissance des espèces
locales d’utilisation traditionnelle est importante ;
– participer à l’aménagement des terroirs (notamment pour les ligneux), dans
l’optique d’un meilleur marquage ou de la lutte contre l’érosion...
La production fourragère est une production primaire. Elle a souvent, sur
l’exploitation même, plusieurs finalités, et notamment la production animale.
C’est donc dans le cadre complexe et global de l’unité de production, voire
d’ensembles plus vastes comme l’unité de paysage ou le bassin versant, que
l’évaluation économique doit être réalisée, ce qui induit différentes échelles de
temps et d’espace2.
Mettre au point, tester, proposer et vulgariser des solutions
techniques diversifiées
La panoplie des solutions techniques est assez diversifiée. Elle est développée
dans ce livre. L’art du technicien sera donc d’adapter à une situation donnée la
meilleure combinaison de solutions possibles. Nous nous proposons donc de
rappeler quelques aspects de la diversité des plantes fourragères pour inviter à
ne pas rester cantonné dans un type de solution, mais bien à prospecter diffé-
rentes pistes et combinaisons.
2. Dans le cas d’aménagements antiérosifs avec des plantes fourragères, par exemple, la
rentabilité de l’investissement ne sera pas appréciée seulement à l’aune des productions ani-
males. Un changement d’échelle sera peut-être nécessaire pour passer des exploitations
agricoles au bassin versant. Les pas de temps considérés ne seront pas les mêmes non plus.
363
Cultures fourragères tropicales
Le matériel végétal fourrager peut être utilisé en culture annuelle ou pérenne.
La gamme des plantes annuelles, graminées ou légumineuses, est importante
et il en existe pour différentes écologies. Parmi les plantes pérennes, la variabi-
lité elle-même est très importante allant des herbacées, comme Stylosanthes
guianensis, aux arbustes et aux arbres qui peuvent jouer aussi un rôle fourrager
important, comme Acacia spp. Ces ligneux sont souvent des plantes à usage
multiple. Ils peuvent remplir une fonction mixte de plante fourragère, fruitière,
source d’énergie ou de bois d’œuvre. Leur rôle dans les aménagements de
l’espace agricole et pastoral peut être largement accru (dispositifs antiérosifs et
marquage du foncier par exemple).
Une autre solution technique intéressante, déjà évoquée, consiste à exploiter
les différents avantages des plantes fourragères. Il existe très clairement un gra-
dient entre des plantes prioritairement vivrières ou industrielles (céréales, niébé
ou arachide, par exemple) dont les résidus sont parfois utilisés comme four-
rages, et des plantes d’abord fourragères, mais qui peuvent avoir une autre fina-
lité secondaire : légumineuse fixatrice d’azote, plantes antiérosives, matériel
végétal utilisé secondairement pour des usages domestiques ou artisanaux...
Il est évidemment très utile d’optimiser la fonction mixte de ces plantes,
puisque leur rentabilité directe en tant que sources de fourrages n’est pas tou-
jours évidente.
Les plantes fourragères peuvent aussi participer à différents types d’associa-
tions, ce qui introduit aussi une diversité appréciable dans leur mode d’utilisa-
tion agricole. On peut pratiquer des cultures pures ou associées, ces associa-
tions peuvent être réalisées entre plantes fourragères ou avec d’autres cultures
vivrières ou industrielles, annuelles ou pérennes. Les cultures peuvent être
décalées dans le temps (cultures dérobées).
Pour ne donner que quelques exemples, nous citerons :
– les cultures fourragères sous couvert d’une autre culture : par exemple, la
mise en place d’une légumineuse pérenne dans une céréale annuelle pendant
la culture ; la légumineuse peut alors être conservée comme culture fourragère
ou comme plante d’enrichissement de jachère après la récolte de la céréale ;
c’est le cas de Stylosanthes sous couvert de maïs ;
– les plantes de couverture, qui peuvent être des légumineuses volubiles,
jouent aussi un rôle agronomique important dans des jachères, dans les sys-
tèmes de culture fondés sur le semis direct3 ou dans de jeunes plantations
d’arbres. C’est le cas de Pueraria phaseoloides, installé avant la plantation de
palmier à huile ou de cocotier. Des graminées fourragères peuvent aussi être
utilisées sous arbre fruitier (agrumes au Mexique) ou sous hévéa ;
– les cultures en allées (alley cropping), qui relèvent aussi d’une forme d’asso-
ciation intéressante pour l’agriculteur-éleveur ;
3. Le semis direct, culture sans labour sur couvert végétal, fait appel, entre autres espèces,
aux plantes fourragères.
364
Intégration des cultures fourragères dans les systèmes de production
– les associations pour la constitution de banques fourragères, de banques de
protéines, de réserves de semences (seed camps) ou de réserves mixtes sur pied
(hay standing) associant les résidus de récolte et la plante fourragère associée.
Intégrer la culture fourragère dans un système
de production intensifié
Il découle déjà de l’analyse qui précède, et de l’expérience acquise par cer-
tains projets, que la solution réside souvent dans une forme d’intégration des
cultures fourragères dans les systèmes de production. Cette intégration peut se
concevoir à différents points de vue et sur des pas de temps différents en fonc-
tion des objectifs.
La justification technique et économique sera souvent mixte : agronomique et
zootechnique, par exemple. C’est ainsi que certaines légumineuses trouveront
leur place comme plantes fourragères et comme plantes de couverture ou fixa-
trices d’azote, dans une optique d’amélioration des sols. La mesure des effets,
à moyen terme, de telles cultures sur la fertilité organique et sur la structure
des sols cultivés est importante pour l’appréciation de la technique.
La rentabilité des cultures fourragères n’étant pas toujours évidente, l’utilisa-
teur a tout intérêt à privilégier des catégories bien ciblées d’animaux
productifs : animaux de trait, vaches laitières, animaux d’embouche, etc. Une
bonne valorisation des produits animaux est en effet à rechercher simultané-
ment à cette forme d’intensification fourragère.
L’intégration des cultures fourragères dans l’exploitation doit aussi se faire,
comme nous l’avons évoqué, en cohérence avec les besoins des animaux
(équilibre du système d’alimentation) d’une part, mais aussi avec les forces de
travail disponibles, les calendriers culturaux des autres plantes et les équipe-
ments agricoles, d’autre part. Autrement dit, cette intégration se traduit aussi
par un itinéraire technique complet des cultures fourragères, qui s’inscrit dans
le système de culture par ses aspects agronomiques et dans le système d’éle-
vage par ses aspects zootechniques (stabulation, rationnement, production de
fumier, etc.).
C’est notamment dans l’esprit de cette intégration que des innovations douces,
de type cultures associées ou intercalées, et des plantes fourragères mixtes
peuvent présenter, au moins au début, un intérêt suffisant pour convaincre et
former les nouveaux utilisateurs. En outre, ces formes moins intensives sont
souvent plus proches de la culture et des savoir-faire des sociétés agricoles tra-
ditionnelles, et elles peuvent donc constituer des phases de transition plus
faciles à accepter.
On doit aussi s’attacher à rechercher des solutions pour limiter l’investissement
financier ainsi que le travail et l’occupation de l’espace. Dans cette optique les
solutions mixtes nous paraissent pertinentes pour limiter ou partager les coûts
d’installation : cultures associées, cultures en allées, dispositifs antiérosifs,
365
Cultures fourragères tropicales
haies mixtes... Dans certains cas, la culture fourragère trouvera sa place dans
l’exploitation ou dans le paysage, en fonction de ses aptitudes à répondre à
des besoins différents. Il faut alors non seulement de bons référentiels tech-
niques et du matériel végétal disponible, mais aussi un effort adapté4 de sensi-
bilisation, de formation et de vulgarisation.
4. L’exemple de la Cmdt (Compagne malienne pour le développement des textiles) qui a
inscrit l’introduction de la culture fourragère dans un ensemble de mesures supporté par le
crédit est intéressant de ce point de vue.
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