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INTRODUCTION GENERALE
La responsabilité médicale, est une obligation pour le personnel soignant
(médecin, infirmier, pharmacien, laborantin) ou l’établissement de soins de
répondre du dommage causé à l’occasion d’un acte médical et d’en assumer les
conséquences civiles, pénales et disciplinaires. La responsabilité médicale est
une notion très large, qui peut concerner soit directement le médecin qui a
accompli l’acte médical, soit l’établissement de soins dans lequel l’acte a été
accompli. Elle peut être de nature différente : civile, pénale ou disciplinaire. Son
régime diffère alors selon les cas. Cette responsabilité ne concerne que l’exercice
de l’art médical : s’agissant d’un régime spécial, il est nécessaire de le délimiter.
C’est la notion d’acte médical qui détermine le champ d’application de la
responsabilité médicale. Il s’agit d’une notion très précise que les tribunaux
définissent en référence à une liste, établie par le ministre de la santé publique,
qui énonce les actes qui peuvent être exécutés par un médecin ou un chirurgien
et les actes qui peuvent être exécutés par un auxiliaire médical, sous la
surveillance d’un médecin. Hormis ces cas, limitativement énumérés, le régime
de la responsabilité médicale n’a pas vocation à s’appliquer. Le domaine de
l’information médicale avec le dossier médicale, l’accès aux informations…
prend une dimension particulièrement importante. Ainsi, Hippocrate, fondateur
de la médecine, exigeait, comme nous aurons à le voir, un serment de ses élèves.
L’évolution de notre société moderne a consacré l’émergence de sujétions
(servitudes) qui pèsent sur les professionnels de santé dans l’exercice de leur art.
Avec l’obligation de donner des soins, le secret médical ou le devoir
d’information, nous pouvons vérifier les conceptions actuelles qui sont les
fondements des devoirs qui pèsent sur les professionnels de santé. De ce fait, la
profession de l’art de guérir impose des devoirs qui, en cas de manquements,
engagent la responsabilité de certains d’entre-deux. Il s’agit d’un fondement de
la responsabilité basée sur la faute médicale. Ainsi, les médecins, infirmiers,
pharmaciens, peuvent être amenés, au cours de leur exercice, à commettre des
fautes relevant de la technique médicale et des fautes sanctionnées pénalement.
En effet, les professions médicales rassemblent les médecins, les
chirurgiens-dentistes et les sages-femmes, les infirmiers, pharmaciens qui ont,
seuls, le droit de prescrire des médicaments ou des actes paramédicaux. Les
auxiliaires médicaux ou les professionnels paramédicaux sont des professionnels
intervenant notamment sur prescriptions médicales et exerçant
personnellement des actes de nature thérapeutique ou prothétique. Ceux-là,
sont aussi responsables de leurs actes en tant qu’auxiliaires médicaux. S’agissant
des pharmaciens, ceux-ci sont des professionnels de santé responsables aussi de
leurs actes. Leur champs de compétence concerne : la préparation des
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médicaments, la préparation des objets de pansement, la vente en gros ou en
détail aussi que toute dispensation au public des médicaments, etc…. Leur
responsabilité dépend de la nature de ses activités. En effet, la responsabilité du
pharmacien en tant que fabriquant de médicaments ou de produits est de nature
contractuelle ou délictuelle. Sa responsabilité peut être engagée par défaut de
sécurité de son produit. Tandis que la responsabilité du pharmacien d’officine est
de nature contractuelle, et sa responsabilité est essentiellement engagée lors
de l’exécution et le contrôle des prescriptions. Lorsque l’on parle de
responsabilité, il est important de savoir quelle responsabilité est concernée. Il
peut s’agir d’une responsabilité source de sanction (telle la responsabilité pénale
ou la responsabilité disciplinaire) ou d’une responsabilité source
d’indemnisation (responsabilité civile ou administrative). La première consiste à
sanctionner des comportements que la société réprouve; la seconde consiste à
faire indemniser la victime d'un dommage causé par un tiers. Dans la bible, on
retrouve la loi du Talion dont la maxime était « œil pour œil ». C’est à dire que si
une personne était responsable de la perte d’un œil chez une autre personne,
elle était sanctionnée en perdant son propre œil.
BREF HISTORIQUE DE LA RESPONSABILITE MEDICALE
La responsabilité du médecin n’est pas une notion nouvelle. Les
Babyloniens avaient déjà un code « le code d’Hammourabi » qui comportait 282
dispositions parmi lesquelles la règle 218 « si un médecin incisant un abcès perd
son malade ou l’œil de son malade, on lui coupera la main ». Dans les siècles qui
suivirent, se succédèrent des périodes d’immunité totale puis des retours à une
recherche de responsabilité des médecins. Mais c’est à partir du 19ème siècle
que s’est instaurée la responsabilité médicale telle qu’on la conçoit
aujourd’hui. La responsabilité pénale et la responsabilité disciplinaire ont une
fonction répressive. La responsabilité civile et la responsabilité administrative
ont pour seul but l'indemnisation d'une victime. Ces deux aspects seront
envisagés tour à tour sous les titres : responsabilités- indemnisations et
responsabilités-sanctions. La profession nourrit de nombreux fantasmes en
matière de responsabilité. Il s'agit pourtant d'un contentieux de très faible
importance numérique, toutes les études sérieuses le démontrent. Et le nombre
d'affaires n'augmente pas de manière significative, contrairement à ce qu'il est
parfois prétendu.
Pour mieux cerner cette notion sur la responsabilité médicale, il sera
important d’aborder d’abord quelques notions générales sur le contrat médical
(CHAPITRE I) avant d’en venir à la responsabilité médicale proprement dite
(CHAPITRE II).
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CHAPITRE I. LE CONTRAT MEDICAL
SECTION 1. DEFINITION ET CARACTERISTIQUES DU CONTRAT MEDICAL
Le contrat en général est définie par l’article 1er du code civil congolais livre
3 comme étant une convention par laquelle une ou plusieurs personnes
s’obligent envers une ou plusieurs autres à donner, faire ou à ne pas faire
quelque chose. Dans le Droit médical il est particulièrement défini comme
l’accord par lequel le malade exprime la volonté d’accepter les soins que
nécessite son état, assortie de la volonté du praticien de les lui donner.
Le contrat médical a plusieurs caractéristiques, dont voici les principales :
Le contrat médical est un contrat civil, relevant de la compétence des
juridictions judiciaires.
C'est un contrat synallagmatique faisant naître des obligations
réciproques et interdépendantes entre les parties.
Ce contrat est conclu à titre onéreux, la prestation intellectuelle ou
technique du praticien entraine une rémunération en sa faveur.
Il s'agit d'un contrat conclu " intuitu personae " c’est-à-dire né de la liberté
de choix par le patient du praticien et imposant l'exécution personnelle de
la prestation par ce dernier.
Il n'impose pas de conditions particulières de forme pour sa validité.
SECTION 2. CONDITIONS DE FORMATION D’UN CONTRAT MEDICAL ET
OBLIGATIONS DES COCONTRACTANTS
§1. CONDITIONS DE FORMATION D’UN CONTRAT MEDICAL
Pour contracter il faut avoir :
- la capacité juridique,
- un consentement libre et éclairé,
- un objet et une cause licite.
A. LA CAPACITE JURIDIQUE
Le praticien doit remplir les conditions légales d’exercice de sa profession
(assistant en pharmacie ou infirmier).
B. LE CONSENTEMENT DES PARTIES
Consentir c’est être d’accord avec quelqu’un. Le consentement doit être :
Libre (sans contrainte, ni pression).
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Éclairé (obligation d’information sur les conséquences de ce consentement).
Conscient (volonté et esprit lucide non altérés). Si le malade est un incapable
majeur ou un mineur, le praticien doit recueillir le consentement du tuteur légal
sauf urgence.
C. UN OBJET ET UNE CAUSE LICITE
Il faut que l’objet du contrat (le but poursuivi) soit moralement justifiable,
licite et légitime. Exemple : Les opérations chirurgicales, injections,
prélèvements, vaccinations…, seraient assimilées au délit de coups et blessures
volontaires, si l’objet médical de ces actes ne constituait pas un fait justificatif,
leur enlevant leur caractère délictueux. C’est ainsi que l’avortement,
l’euthanasie et la délivrance de stupéfiants effectués ou prescrits dans un but
non thérapeutique sont interdits par la loi.
Il faut que la cause du contrat existe. « Le contrat est nul si on s’oblige sans
cause ou lorsque la cause est contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs ».
Objectivement, la cause est le pourquoi de l’obligation, la raison qui pousse le
patient à contracter avec le médecin. La cause doit donc exister et être licite, non
seulement au moment de la formation du contrat mais aussi pendant toute la
durée de son exécution.
SECTION 3. OBLIGATIONS DU PRATICIEN ET DU PATIENT
§1. LES OBLIGATIONS DU PRATICIEN
- Le praticien a vis-à-vis de son malade, une obligation de moyens. Cela signifie
qu’il doit mettre tout en œuvre pour obtenir la guérison et la garantir.
- Le praticien doit soigner avec la même conscience tous ses malades, quels que
soient leur condition, leur nationalité, leur religion, leur réputation et les
sentiments qu’ils lui inspirent.
- Il doit se conformer aux données actuelles de la science.
- Informer les malades sur le traitement et les conséquences qu’il peut
éventuellement avoir (en particulier les risques liés à une opération).
- Obtenir le consentement du malade avant d’entamer le traitement.
- Respecter le secret professionnel.
- Ne pas abandonner un malade en danger et s’assurer de la continuité des soins.
§2. LES OBLIGATIONS DU PATIENT
Le malade qui accepte les soins proposés par son médecin s’engage :
- À payer les honoraires qui lui seront demandés.
- À collaborer aux soins c'est-à-dire se soumettre aux examens, aux interventions
et aux traitements à partir du moment où il les a acceptés.
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- À fournir les renseignements nécessaires à l’établissement du diagnostic, sans
omission.
SECTION 4. CESSATION DU CONTRAT
Le contrat cesse de façon normale à la fin de l’affection. La rupture est possible
avant la fin des soins hors cas d’urgence.
CHAPITRE II. LA RESPONSABILITE MEDICALE
Il sera question d’analyser l’exercice de la profession (SECTION 1) et la
responsabilité médicale (SECTION 2).
SECTION 1. L’EXERCICE DE LA PROFESSION
§1. LES PHARMACIENS
A. MISSIONS
Sont réservées aux pharmaciens, sauf les dérogations prévues par la loi :
1° La préparation des médicaments destinés à l'usage de la médecine humaine ;
2° La préparation des objets de pansements et de tous articles présentés comme
conformes à la pharmacopée, la préparation des produits destinés à l'entretien
ou l'application des lentilles oculaires de contact ;
3° La vente en gros, la vente au détail, y compris par internet, et toute
dispensation au public des médicaments, produits et objets ;
4° La vente des plantes médicinales inscrites à la pharmacopée sous réserve des
dérogations établies par décret ;
5° La vente au détail et toute dispensation au public des huiles essentielles dont
la liste est fixée par décret ainsi que de leurs dilutions et préparations ne
constituant ni des produits cosmétiques, ni des produits à usage ménager, ni des
denrées ou boissons alimentaires ;
6° La vente au détail et toute dispensation au public des aliments lactés
diététiques pour nourrissons et des aliments de régime destinés aux enfants du
premier âge, c'est-à-dire de moins de quatre mois, dont les caractéristiques sont
fixées par arrêté des ministres chargés de la consommation et de la santé ;
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7° La vente au détail et toute dispensation de dispositifs médicaux de diagnostic
in vitro destinés à être utilisés par le public.
B. CONDITIONS D’EXERCICE
Nul ne peut exercer la profession de pharmacien s'il n'offre toutes garanties de
moralité professionnelle et s'il ne réunit les conditions suivantes :
1° Etre titulaire d'un diplôme, certificat ou autre titre universitaire ;
2° Etre inscrit à l'ordre des pharmaciens.
C. RESPONSABILITES
Le fait de se livrer à des opérations réservées aux pharmaciens, sans réunir
les conditions exigées, constitue l'exercice illégal de la profession de pharmacien.
Cet exercice illégal est puni d’une peine d’un à six mois de servitude pénale et
d’une amende. Les personnes physiques encourent également les peines
complémentaires suivantes :
a) L'affichage ou la diffusion de la décision prononcée;
b) La confiscation de la chose qui a servi ou était destinée à commettre
l'infraction ou de la chose qui en est le produit;
c) L'interdiction définitive ou pour une durée de cinq ans au plus d'exercer une
ou plusieurs professions régies par le présent code ou toute autre activité
professionnelle ou sociale à l'occasion de l'exercice de laquelle l'infraction a été
commise;
d) La fermeture définitive ou pour une durée de cinq ans au plus de
l'établissement dans lequel l'infraction a été commise. Le fait d'exercer cette
activité malgré une décision judiciaire d'interdiction définitive ou temporaire est
puni des mêmes peines.
§2. LES INFIRMIERS
L’article 5 de la loi n◦16/015 du 15 juillet 2016 portant création, organisation
et fonctionnement de l’ordre national des infirmiers en RDC dispose que « nul
ne peut exercer la profession infirmière s’il n’est inscrit au tableau ». Dans la
même veine, l’article 52 du code de déontologie de la profession infirmière en
RDC, dans son alinéa 1er stipule que « tout infirmier est tenu d’obtenir son
inscription au tableau de l’ordre avant d’exercer la profession infirmière ».
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Cependant, un bon nombre d’infirmiers ne sait pas comment procéder pour
obtenir son inscription au tableau de l’ordre, par où commencer, et à qui
s’adresser en premier lieu. Nous allons maintenant élaguer cette difficulté.
CONDITIONS POUR L’INSCRIPTION A L’ORDRE NATIONAL DES
INFIRMIERS
Selon l’article 6 de la loi sus évoquée, les conditions pour être admis au
tableau de l’ordre national des infirmiers sont les suivantes :
Etre de nationalité congolaise ;
Posséder le diplôme d’infirmier ou tout autre titre jugé équivalent ;
Etre d’une bonne moralité ;
Prêter le serment de l’infirmier devant le conseil de sa juridiction.
Toutefois, les infirmiers étrangers, résidents en RDC, peuvent être inscrits au
tableau de l’ordre à condition qu’il y ait réciprocité entre les pays dont ils sont
ressortissants et la RDC. Certes, le candidat qui remplit toutes ces conditions, est
éligible de déposer sa candidature auprès du conseil de l’ordre de son ressort en
y joignant les documents exigés.
DIFFERENTS DOCUMENTS A JOINDRE AU DOSSIER
Selon l’article 7 de la loi sus évoquée, le candidat qui veut s’inscrire au
tableau de l’ordre doit adresser une demande d’inscription au conseil national
par le canal de son conseil provincial. Cette demande doit être accompagnée des
documents suivants :
Demande d’inscription au TO (manuscrite) ;
Photocopie certifiée d’un diplôme infirmier (A3, A2, A1, L2, M2, DR) ;
Le formulaire d’inscription rempli ;
3 photos passeports récentes ;
Certificat de nationalité (non exigé actuellement) ;
Certificat de bonne conduite, vie et mœurs (non exigé actuellement) ;
Attestation de service ou carte de service, voire la photocopie de la carte
d’électeur ;
Preuves de paiement des frais d’inscription au TO (photocopie) ;
Résultats du test de niveau (non en vigueur) ;
Pour l’infirmier de nationalité étrangère, en plus de tous les éléments
énumérés ci-dessus, il doit ajouter : une attestation d’honorabilité délivrée par
l’ordre des infirmiers de son pays ou son équivalent qui réunit les conditions
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indiquées au point 2 de l’article 6 évoqué aux conditions ; un permis de travail
sur le sol congolais ; une carte de séjour en cours de validité.
MONTANT A PAYER POUR SON INSCRIPTION AU TABLEAU DE L’ORDRE
L’inscription au tableau de l’ordre s’obtient moyennant paiement de frais. Ce
frais est à payer dans l’une des agences de RAWBANK en RDC. A ce qui concerne
le montant à payer, cela dépend du niveau d’études de chaque candidat
sollicitant son inscription :
25$ pour les A3 ;
50$ pour les A2 ;
100$ pour les A1, L2, M2 et DR.
Le montant versé n’est pas remboursable quelles que soient les raisons
avancées.
PROCEDURE A SUIVRE AVANT DE PRETER SERMENT
Avant de prêter le serment de l’infirmier, tout candidat ayant payé le frais
d’inscription et retiré son formulaire, doit respecter les différentes étapes
suivantes inhérentes à son inscription au tableau de l’ordre :
Remplir le formulaire et le déposer au conseil de l’ordre le plus proche de votre
ressort (peut-être : une section de l’ordre dans un hôpital, un conseil territorial
ou urbain, un conseil provincial), accompagné des pièces indiquées ci-haut,
constituant un dossier ;
Une fois déposé, le dossier sera traité d’abord au niveau du conseil provincial
puis il sera envoyé à la commission d’inscription du conseil national pour un
traitement plus rigoureux ;
Après ce traitement, les candidats dont les dossiers sont déclarés conformes
seront listés, et un numéro d’ordre leur est attribué au tableau. Les listes seront
affichées au siège national et provinciaux en vue d’une prestation de serment ;
Une fois la date fixée, les candidats prêtent le serment de l’infirmier devant le
conseil provincial de son ressort et une carte de membre lui est remis à cet
occasion.
En effet, les candidats dont les dossiers sont déclarés litigieux, sont listés
également, et ils bénéficient d’une retro information dans le but de leur
permettre de régulariser les dossiers ou de contester la décision du conseil ayant
rejeté les dossiers.
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Par ailleurs, l’article 102 du règlement intérieur de l’ONIC dispose que : « toute
personne dont la demande d’inscription au TO a été refusée peut présenter une
nouvelle demande lorsque toutes les conditions qui ont entrainé ce refus ont
disparu. »
RESPONSABILITES
L'exercice illégal de la profession d'infirmier ou d'infirmière est puni d’une
servitude pénale d’un à six mois de servitude pénale et d’une amende. Les
personnes physiques encourent également les peines complémentaires
suivantes :
a) L'affichage ou la diffusion de la décision prononcée ;
b) La confiscation de la chose qui a servi ou était destinée à commettre
l'infraction ou de la chose qui en est le produit ;
c) L'interdiction définitive ou pour une durée de cinq ans au plus d'exercer une
ou plusieurs professions.
SECTION 2. LA RESPONSABILITE MEDICALE
Nous allons distinguer entre responsabilité civile, pénale et disciplinaire.
§1. LA RESPONSABILITE CIVILE OU INDEMNITAIRE
Comme son nom l’indique, la responsabilité indemnitaire a uniquement
une fonction indemnitaire. Elle est mise en jeu lorsque, de par son fait, une
personne a entraîné un dommage. La personne responsable engage sa
responsabilité dans le sens où elle doit indemniser la victime. Le but d’une
responsabilité indemnitaire n’est donc pas de « punir » un responsable mais
d’indemniser une victime. La responsabilité indemnitaire est une responsabilité
civile lorsque l'exercice médical se fait en milieu privé (activité libérale, clinique).
Il s’agit d’une responsabilité administrative lorsque l’activité est exercée en
milieu hospitalier.
A. LA RESPONSABILITE MEDICALE CIVILE (Article 258 à 260 du CCL3)
1. PRINCIPES DE LA RESPONSABILITE CIVILE
La responsabilité civile peut être de deux types : délictuelle ou
contractuelle.
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La responsabilité délictuelle est retenue lorsqu’une personne, de par son fait, a
porté préjudice à une autre personne (elle lui a causé un dommage). Il n’existe
aucun lien particulier entre ces deux personnes. Par exemple, un individu A
renverse un individu B et lui cause un dommage (une jambe cassée). L’individu
A engage sa responsabilité vis à vis de B et devra l’indemniser.
La responsabilité contractuelle est mise en jeu lorsqu’un contrat a été établi
entre deux personnes (avec détermination d’obligations pour chacun des
contractants) et qu’un des contractants n’a pas rempli les obligations auxquelles
il s’était engagé dans ce contrat.
Les contrats peuvent être divers et variés. Ils ne nécessitent pas forcément
de formalisme (rédaction d’un écrit) et peuvent être oraux. Par exemple,
lorsqu’un client entre dans une boulangerie, demande un pain et que le
commerçant lui remet, un contrat est établi. L’obligation du client est de payer
le pain et l’obligation du commerçant est de vendre un pain sain et bon. Les
obligations contenues dans un contrat peuvent parfois être définies par les
contractants eux même (je prête un champ à mon voisin pour mettre ses
moutons et m’engage à lui en assurer l’usage et celui-ci s’engage à me donner
un mouton tous les ans. Dans les deux cas, la responsabilité est retenue s’il y a
un fait fautif, un dommage et un lien de causalité entre les deux (il faut que le
dommage soit bien lié au fait fautif). Classiquement, il appartient au demandeur
(celui qui estime être victime et avoir subi un dommage) de prouver le fait fautif,
l’existence du dommage et le lien de causalité.
2. LES CONDITIONS DE MISE EN ŒUVRE DE LA RESPONSABILITE CIVILE
MEDICALE
Pour que la responsabilité du médecin soit retenue, il faut qu’ait été commise
une faute, qu’un dommage en résulte et que le lien de causalité entre les deux
soit prouvé.
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a. LA FAUTE
Il s’agit de tout fait dommageable pour une victime, à charge pour cette
dernière de prouver la réalité de son préjudice.
Les fautes contre l’humanisme : Nous avons vu que les obligations du praticien
comportaient un devoir d’information, la nécessité d’obtenir le consentement du
patient, le respect de la personne et celui du secret professionnel. Tout non-
respect de ces obligations constitue une faute pouvant engager la responsabilité
civile.
Les fautes d’imprudence : Il s’agit de l’erreur de côté du praticien ou l’erreur
de patient.
Les fautes techniques Elles peuvent être retenues lors de l’élaboration du
diagnostic, lors du choix du traitement ou lors de la réalisation d’un acte
particulier. L’attitude du praticien sera considérée comme fautive en
comparaison avec la conduite du « bon praticien » qui aurait, dans les mêmes
circonstances agit avec prudence, en respectant les règles de l’art. Le juge
demandera aux experts si la conduite du praticien est celle qu’aurait eu un bon
professionnel », si on peut expliquer le choix du praticien (ex : divergence
d’écoles). Par exemple, un praticien ne commet pas forcément une faute s’il n’a
pas fait un diagnostic mais seulement s’il n’a pas mis en œuvre les examens
réalisés habituellement pour faire le diagnostic.
b. LE DOMMAGE
Tous les dommages sont reconnus : physique, moral. La perte de chance
est un dommage particulier : parfois, le praticien a commis une faute mais les
experts ne savent pas si, même si le praticien avait agi conformément aux règles
de l’art, la complication aurait été évitée. Dans ce cas, les juges estiment que le
patient a perdu une chance d’être guéri ou de ne pas avoir eu cette
complication. Le dommage indemnisé est la perte de chance et non pas le
dommage physique (ou moral) lié à la complication.
c. LE LIEN CAUSAL
Le lien causal entre la faute et le dommage doit être certain et direct. C’est
pourquoi, lors d’une perte de chance, il n’est pas possible d’indemniser le
dommage physique lui-même.
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Exemple : un infirmier commet une négligence dans la surveillance d’un
patient, cette absence de surveillance entraîne la chute accidentelle du patient
qui s’en trouve blessé. Faute : non-surveillance du patient ; dommage : préjudice
physique né de la chute ; lien de causalité : l’infirmier a manqué à son obligation
de surveillance. Il n’a pas pu prévenir l’accident du patient.
d. LA PROCEDURE
Le patient qui entame une procédure pour rechercher la responsabilité civile
d'un praticien a un choix à opérer (si une transaction amiable n'a pas été
recherchée ou obtenue).
-soit il utilise la voie pénale de la constitution de partie civile, décrite plus haut
(tout en sachant qu'il ne pourra faire alors appel aux "techniques de la perte de
chance et de la présomption de faute admises parfois par le juge civil).
-soit il porte son action devant les juridictions civiles. Il doit alors assigner le
médecin ou l’infirmier devant l'une de ces juridictions. Il est demandeur dans ce
procès, l’infirmier étant défendeur. Dans le procès civil tout le fardeau de la
recherche des preuves pèse sur le demandeur. Les actions en responsabilité
médicale sont le plus souvent de la compétence du Tribunal de grande instance.
Le recours sera possible devant une Chambre civile de la Cour d'appel. Un
pourvoi en cassation pourra être formé devant une Chambre civile de la Cour de
cassation.
B. LA RESPONSABIITE MEDICALE ADMINISTRATIVE
Deux particularités sont à prendre en compte en matière de
responsabilité administrative :
1) les règles de la responsabilité administrative sont autonomes par rapport aux
règles de la responsabilité civile : un conflit opposant l’administration à un
particulier ne peut être jugé que par un juge administratif et le juge administratif
ne juge pas selon les règles du code civil.
2) sur le plan indemnitaire, l’administration est responsable du fait de ses agents.
Ainsi, si les agents de l’administration ont, de par leur faute entraîne un
dommage, l’administration prend en charge l’indemnisation du dommage.
Les conditions : en sus des conditions de la responsabilité, si la faute a été
commise par un infirmier exerçant dans le secteur public, l’action sera
dirigée contre l’établissement devant les tribunaux administratifs.
Pour que la faute entraîne la saisine des juridictions administratives, il faut une
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faute de service : c’est une faute commise à l’occasion de l’exercice
des fonctions.
Exemple : Une infirmier pour assurer la garde de nuit de 30 patients dont un
enfant de 11 mois venant d’être opéré en neurochirurgie. Un biberon lui est
donné mais aucune surveillance ensuite. Or il y avait risque de vomissement et
d’asphyxie. Négligence dans la surveillance post-opératoire = perte de
chance de bien se rétablir pour l’enfant.
Si la faute est dite détachable du service : elle engage la responsabilité
personnelle du soignant et relève des tribunaux judiciaires (civils et
pénaux). La faute détachable du service sort tellement de l’activité normale qui
incombe à l’infirmier qu’elle ne lui permet plus de bénéficier de la
protection de l’établissement. Il peut s’agir :
• D’une faute volontaire intentionnelle, commise au cours de l’exercice des
fonctions. Exemple : l’euthanasie.
• D’une faute volontaire ou non, commise en dehors de l’exercice des fonctions.
Exemple : l’infirmier renverse une personne avec son véhicule dans l’enceinte de
l’hôpital.
• D’une faute involontaire dite lourde et inexcusable accomplie dans l’exercice
des fonctions. Exemple : ne pas porter secours au malade à l’occasion d’un
incendie, l’accomplissement d’actes médicaux dépassant la capacité
professionnelle.
Exemple d’un cas Faute détachable
Erreur d’injection de morphine : 70mg ou au lieu de 7 mg : décès du patient
dans les 30 minutes.
Tribunal correctionnel a retenu la faute détachable car erreur grossière dans
l’interprétation de la prescription médicale.
§2. LA RESPONSABILITE PENALE
Elle est sans conteste la plus redoutable, essentiellement par la publicité à
laquelle elle donne parfois lieu.
A. LES INFRACTIONS
Les comportements que la société définit comme répréhensibles sont
appelés infractions. Ils sont énumérés dans le Code pénal. Il en est très peu qui
soient spécifiques à l'exercice médical ; la plupart de ceux qui viennent à être
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reprochés à un médecin ou professionnel de santé peuvent également l'être à
tout citoyen. Parmi eux, on peut distinguer : les homicides et lésions corporelles
volontaire, les homicide et lésions corporelles involontaire, la révélation des
secrets professionnels, l’abstention coupable, la non-assistance à personne en
danger, l’avortement et autres.
1. HOMICIDES ET LESIONS CORPORELLES VOLONTAIRE (ATTEINTE A L’INTEGRITE
CORPORELLE)
L'exercice médical implique à chaque instant des atteintes volontaires à
l'intégrité corporelle. C'est en raison du but thérapeutique d'une part, du
consentement du patient d'autre part. Ces deux conditions devant être
impérativement réunies. Que le praticien peut impunément commettre ces
atteintes volontaires au corps humain. Dès que l'une de ces conditions manque,
l'infraction est constituée: l'euthanasie est, en droit, un assassinat; une
stérilisation pour convenance personnelle était, jusqu’il y a deux ans, constitutive
de coups et blessures volontaire; de même qu'une intervention sans le
consentement du patient.
Selon l’article 43 du Code pénal congolais : sont qualifiés volontaires
l’homicide et les lésions causées avec le dessein d’attenter à la personne d’un
individu déterminé ou de celui qui sera rencontré ou trouvé, quand même ce
dessin serait dépendant de quelque circonstance ou de quelque condition et
alors même que l’auteur se serait trompé dans la personne de celui qui a été
victime de l’attentat.
Il s’agit ici du meurtre, des coups et blessures volontaires et d’empoisonnement.
1.1. LE MEURTRE
A) Définition
Le meurtre est l’acte qui consiste à donner volontairement la mort à quelqu’un.
B) Eléments constitutifs
1°Eléments matériels
Pour qu’un individu se rende coupable d’un meurtre, il faut qu’il ait
accomplit, à l’encontre d’’une personne vivante, un acte quelconque de nature à
causer la mort, et l’ayant effectivement et matériellement entrainée.
Deux éléments matériels sont retenus : l’acte de nature à donner la mort et
commis sur une personne vivante.
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2° Elément moral
L’acte ayant provoqué la mort de la victime n’est un meurtre que s’il a été
accompli avec l’intention de donner la mort. Si cette intention n’est pas établie,
l’affaire sera disqualifiée en homicide et lésions corporelles involontaires.
C. Tentative
Pour le meurtre comme pour toutes les infractions, la tentative est punissable au
même titre que l’infraction consommée (article 4 du code pénal congolais), à
condition que cette tentative se soit manifestée par un commencement
d’exécution et qu’elle n’ait été suspendue ou n’ait manqué son effet que par
suite de circonstances indépendantes de la volonté de son auteur.
D. Régime répressif et élément légal
L’article 44 puni l’homicide commis avec l’intention de donner la mort à une
peine de mort (ou à perpétuité car la vie humaine est sacrée).
1.2. COUPS ET BLESSURES VOLONTAIRES
A) Définition
Un coup est un choc, un heurt, produit contre le corps d’une personne. Ce choc
peut être produit en projetant un corps dur contre la victime, ou en poussant la
victime contre un corps dur. Exemple : donner un gifle, jeter une personne contre
un mur, etc.…).
Une blessure est une lésion, externe ou interne, faite au corps humains quel que
soit le moyen employé.
B) Eléments constitutifs
1° Elément matériel
Pour que l’infraction existe, il faut que, par suite de corps ou blessures, il y ait
atteinte physique à la personne.
2° Elément moral
L’auteur doit avoir eu l’intention, la volonté de faire du mal à la victime, sinon il
ne se serait rendu coupable que de l’infraction de coups et blessures
involontaires (article 54 CP).
C) Circonstances aggravantes
Le code pénal prévoit trois cas dans lesquels l’infraction est punie plus
sévèrement : la préméditation, les conséquences sérieuses pour la santé de la
victime (maladie ou incapacité de travail personne, perte de l’usage absolu d’un
organe et la mutilation grave) ainsi que le décès de la victime.
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D) Régime répressif
Une servitude pénale d’un mois à deux ans et à une amende de cinquante
à cinq cents francs. Si les coups et blessures ont causé une maladie ou une
incapacité de travail personne, les peines seront deux ans à cinq de SP et une
amande de cinquante à cents francs. Lorsque cela a occasionné la mort, la peine
est portée de cinq à vingt ans de SP et d’une amende qui ne pourra excéder deux
mille francs (articles 46 à 48 du CP).
1.3. L’EMPOISONNEMENT
1°) Texte légal
L’article 49 qualifie d’empoisonnement, le meurtre commis par le moyen de
substances qui peuvent donner la mort plus ou moins promptement, de quelque
manière que ces substances aient été employées ou administrées. Il sera puni de
mort.
2°) Définition
En droit pénal, l’empoisonnement est l’administration volontaire à une autre
personne d’une substance mortelle, avec l’intention de provoquer la mort de
cette personne.
3°) Eléments constitutifs
a) Elément matériel
L’élément matériel de l’empoisonnement est l’administration à une autre
personne et l’emploi de substances mortelles
b) Elément moral
C’est l’intention, de la part de l’auteur, de provoquer la mort de la victime. En
l’absence de l’intention homicide, l’article 49 ne peut s’appliquer. C’est ainsi qu’il
n’y a pas empoisonnement, au sens de la loi, dans les trois cas suivants :
administration volontaire de substances nuisibles à la santé, mais non
mortelles. C’est là une infraction distincte de l’empoisonnement, prévue
par l’article 50.
Empoisonnement involontaire, dû à une faute telle que maladresse,
imprudence, inattention, négligence, inobservation des règlements.
L’infraction qui est imputable à l’auteur est alors l’homicide involontaire
(article 52 et 53 du CP).
Médecin ignorant ou distrait prescrivant un médicament mal dosé
Pharmacien se trompant de produit dans la confection d’une ordonnance.
accident pur.
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2. HOMICIDES ET LESIONS CORPORELLES INVOLONTAIRES (ATTEINTE INVOLONTAIRE A
L’INTEGRITE CORPORELLE)
Les atteintes involontaires à l'intégrité corporelle constituent la majeure partie
des infractions reprochées aux médecins. Il s'agit de l'homicide et des blessures
causées par la maladresse, l'imprudence, la négligence ou l'inobservation des
règlements tels que prévus aux articles 52 à 56 du code pénal.
Pour que l'infraction soit caractérisée, il faut qu'une faute ait été commise par le
médecin (faute d’imprudence dans l’élaboration du diagnostic, dans la
prescription ou la réalisation du traitement).
Il faut également que soit prouvé, de manière certaine, le lien de causalité entre
cette faute et les blessures, ou la mort de la victime.
A) Définition
L’homicide et les lésions corporelles involontaires sont des infractions consistant
à causer involontairement à autrui la mort ou des blessures par maladresse,
imprudence, négligence, inattention ou inobservation des règlements.
B) Eléments constitutifs
Ils sont au nombre de trois :
un élément matériel : homicide ou lésions corporelles
un élément moral : faute commise par l’auteur de l’infraction (maladresse,
imprudence, inattention, négligence et inobservation des règlements)
relation de cause à effet entre la faute commise par l’auteur et la mort ou
les blessures causées à la victime.
3. REVELATION DU SECRET PROFESSIONNEL
1. Texte légal
Article 73 : les personnes dépositaires par état ou par profession des secrets
qu’on leur confie qui, hors le cas où elles sont appelées à rendre témoignage en
justice et celui où la loi les oblige à faire connaitre ces secrets, les auront révélés,
seront punies d’une servitude pénale d’un à six mois et d’une amende de mille à
cinq mille francs ou d’une de ces peines seulement.
2. Définition
La violation du secret professionnel est le fait, pour une personne dépositaire par
état ou par profession des secrets qu’on lui confie, de les révéler à une ou
plusieurs personnes, hors le cas où elles sont appelée à témoigner en justice et
le cas où la loi l’oblige à faire connaitre ces secrets.
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3. Eléments constitutifs
A) Eléments matériels
Révélation : écrite ou orale, publique ou faite à une seule personne.
Effectuée par une personne dépositaire par état ou par profession des
secrets qu’on lui confie.
Exemple :
Médecins, infirmiers, garde-malades, accoucheurs, avocat, magistrat, ministres
des cultes, etc…
D’un secret
Hors certains cas.
B) Elément moral
Pour qu’il y ait infraction, au sens de l’article 73, la révélation doit être volontaire.
Mais la volonté de nuire n’est pas exigée, seule l’action de révéler volontairement
un secret suffit à constituer l’infraction (exemple : un médecin parle à sa femme
de l’état de santé d’un malade).
La violation du secret professionnel, articles 226-13 et 226-14 du Code pénal, est
un délit qui vise toute personne dépositaire obligée d'un secret, le médecin en
particulier.
4. LES ABSTENTIONS COUPABLES
Tout agent public ou toute autre personne qui s’abstiendra volontairement de
faire, dans les délais impartis par la loi, ou par des règlements, un acte de sa
fonction ou de son emploi qui lui a été demandé régulièrement, sera puni d’une
peine de six mois de SP et d’une amande de dix mille à cent mille francs congolais
constants ou d’une de ces peines seulement (article 150g alinéa 1).
Il en est de même lorsqu’il s’abstient volontairement de faire un acte de sa
fonction ou de son emploi pour lequel aucun délai n’a été préétabli et qui lui a
été demandé régulièrement, si ce retard est manifestement exagéré (article 150g
alinéa 2).
5. NON ASSISTANCE A PERSONNE EN DANGER
La loi fait obligation à tout congolais de porter secours aux personnes dont la vie
est en danger. Le refus de porter secours constitue une infraction.
L’infraction se définit comme suit :
Quelqu’un est témoin d’une agression contre une personne, ou bien
découvre une personne en danger de mort ;
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Ce témoin a la possibilité de porter secours à la victime sans risque pour
lui-même ou pour un tiers ;
Il s’abstient volontairement de porter secours
L’article 66 ter du code pénal prévoit que : « est puni d’une servitude pénale de
trois mois à deux ans et d’une amende de cinq à cinquante francs ou de l’une de
ces peines seulement, quiconque s’abstient volontairement de porter à une
personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ni pour les tiers, il pouvait
lui prêter secourt par son action personnelle, soit en provoquant un secours ».
Si les infractions prévues aux articles précédents sont commises par une
personne chargée par état ou par profession d’assister les autres en danger, la
peine sera la servitude pénale d’un à trois ans et l’amende de cinq à cent francs.
Exemple : Les professionnels de santé, qui ont l’obligation de secours.
6. L’AVORTEMENT
1. Textes légaux
Article 165- Celui qui, par aliments, breuvages, médicaments, violences ou par
tout autre moyen aura avorté une femme, sera punie d’une servitude pénale de
deux à dix ans.
Article 166- La femme qui, volontairement, se sera fait avorter, sera punie d’une
servitude pénale de deux à cinq ans.
2. Définition
L’avortement est l’expulsion prématurée du fœtus (produit de la conception en
cours de développement dans l’utérus. L’embryon humain est appelé fœtus à
partir du 3ème mois de grossesse), volontairement provoquée par un procédé
artificiel quelconque. La loi punie celui qui a fait avorter une femme, et
également la femme qui, volontairement, s’est faite avorter.
3. Eléments constitutifs
a) Eléments matériels
Expulsion prématurée
Provoquée artificiellement par breuvages (boissons), médicaments,
violences ou par tout autre moyen (moyens chimiques : quinine, eau de
vie allemande ; moyens mécaniques : injection d’eau savonneuses de
permanganate, exercices physiques divers suivis d’hémorragie et de
curetage, etc..).
b) Elément moral
L’auteur doit avoir eu l’intention de provoquer l’avortement.
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D’autre part, il est universellement admis qu’il n’y a pas infraction, faute
d’intention délictueuse, lorsqu’un médecin fait avorter une femme pour lui
sauver la vie. On donne à un tel acte le nom d’avortement thérapeutique (nous
y reviendrons sur les causes de justifications).
7. AUTRES INFRANCTIONS SUSCEPTIBLE D’ETRE COMMISES PAR LES PROFESSIONNELS
DE SANTE
1. L’administration des substances nuisibles à la santé
2. Le viol
3. Le harcèlement sexuel, etc.…
II.2. LES CAUSES DE JUSTIFICATION
L’appréciation de la responsabilité pénale est faite par rapport à la culpabilité de
l’agent et à son imputabilité, or, précisément, le caractère fautif de l’acte
incriminé peut dans certains cas se trouver effacer par l’effet d’une justification
spéciale ou générale de la loi. Ce qui fera que l’acte incriminé devient licite,
conforme au droit, parce que légitime par un fait justificatif/ou une cause
justificative. Celle-ci fait obstacle à l’établissement de la qualification.
Il existe deux types de justifications :
Les justifications fondées sur une injection.
Les justifications fondées sur une permission. Il s’agit de la légitime
défense et de l’état de nécessité. Celui-ci intéresse notre cours.
1. ETAT DE NECESSITE
a) Définition
C’est la situation de crise dans laquelle se trouve une personne qui, pour
échapper à un danger qui la menace, ou pour sauver une tiers ou un bien d’un
péril actuel et imminent, n’a d’autres ressources que de commettre une
infraction.
b) Condition de l’état de nécessité
La présence d’un droit ou d’un intérêt à sauvegarder ;
Le droit supérieur à sauvegarder doit être en péril imminent et grave ;
Etablir l’impossibilité d’éviter le mal autre que l’infraction ;
L’agent ne doit pas créer par sa faute la situation qui la met en état de
nécessité.
c) Effet de l’état de nécessité
Si cet état est prouvé, il constitue une cause de justification et par conséquent, il
n’y a pas plus d’infraction. Mais la responsabilité civile ne disparait pas.
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d) Le cas d’application
- L’Avortement thérapeutique
C’est le cas où le médecin provoque un avortement pour sauvegarder la vie de la
mère. Cette pratique est admise par la profession et la science
II.3. LE CONSENTEMENT DE LA VICTIME : EUTHANASIE
A) Définition
Dans une acception plus contemporaine et plus restreinte, l’euthanasie est
décrite comme une pratique (action ou omission) visant à provoquer,
particulièrement par un médecin ou sous son contrôle le décès d’un individu
atteint d’une maladie incurable qui lui inflige des souffrances morales et/ou
physiques intolérables.
Le médecin n’a pas le droit de provoquer délibérément la mort, quelles que
soient les circonstances et les demandes du malade et de son entourage.
Il n’y a pas d’infraction spécifique d’euthanasie.
B) Les sanctions attachées à l’euthanasie
1. En matière pénale
L’euthanasie relève de plusieurs chefs d’accusation en matière pénale :
Le meurtre : le fait de donner volontairement la mort à autrui.
La non-assistance à personne à danger
L’empoisonnement par substances toxiques dans le cas d’injection de
produits dits à risque
2. En matière civile
De plus, elle engage effectivement la responsabilité civile délictuelle de celui qui
commet l’acte et peut conduire au paiement de dommages et intérêts.
3. En matière disciplinaire
Il s’agit du cas où celui qui commet l’acte a agi dans le cadre de sa profession. Il
encourt des sanctions disciplinaires et risque de se voir interdire toute possibilité
d’exercer.
4. En matière successorale
Si l’un des héritiers est l’instigateur de l’acte, il peut se voir déchu du droit à
hériter.
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B - Mise en œuvre
La mise en œuvre de la responsabilité pénale suppose que soient engagées des
poursuites, et que ces poursuites débouchent sur un jugement par une
juridiction répressive.
1. Les poursuites
En principe, l'initiative des poursuites appartient au Procureur de la
République. Il décide des suites à donner aux plaintes, dénonciations,
enquêtes de police. Il peut classer sans suite, renvoyer directement
l'auteur de l'infraction devant la juridiction de jugement, ou requérir
l'ouverture d'une information confiée à un juge d'instruction. Si l'affaire
n'est pas classée sans suite, l'étape de l'instruction est la règle en matière
médicale compte-tenu de la complexité habituelle des dossiers. A l'issue
de l'instruction, une Ordonnance est rendue, soit de non-lieu, soit de
renvoi devant la juridiction compétente.
Les poursuites peuvent également résulter de la plainte avec constitution
de partie civile de la victime ou de ses ayants-droit (sa famille). Dans ce
cas, l'instruction est ouverte, soit contre X, soit contre personne nommée,
sans que le Procureur de la République puisse l'empêcher. Si l'instruction
ne se clôt pas par un non-lieu, la juridiction de jugement aura à se
prononcer non seulement sur la culpabilité du médecin mis en cause, mais
aussi sur les dommages-intérêts dus par lui à la victime. Si la relaxe est
prononcée (absence de culpabilité), aucun dédommagement ne pourra
être dû.
Dans une troisième hypothèse, la constitution de partie civile par la
victime peut intervenir soit en cours d'instruction, soit devant la juridiction
de jugement, avec les mêmes effets que précédemment, sur le plan des
intérêts civils (de la demande de dommages- intérêts).
2. Les juridictions
Les tribunaux de paix connaissent des infractions punissables au maximum de
cinq ans de servitude pénale principale et d’une peine d’amende, quel que soit
son taux, ou de l’une de ces peines seulement.
Les tribunaux de grande instance connaissent des infractions punissables de la
peine de mort et de celles punissables d’une peine excédent cinq ans de
servitude pénale principale. Ils connaissent également de l’appel des jugements
rendus par les tribunaux de paix.
Les jugements de ces juridictions sont susceptibles de recours devant la Cour
d'appel. L'appel suspend l'application du jugement. L'affaire est jugée par la Cour
d'appel à nouveau sous tous ses aspects. L'arrêt de la Cour d'appel peut faire
l'objet d'un pourvoi en cassation devant la Cour de Cassation. Il ne s'agit pas d'un
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troisième examen au fond, mais seulement de la vérification de l'exacte
application du Droit compte-tenu des faits établis par les précédentes
juridictions.
§3. RESPONSABILITÉ DISCIPLINAIRE
A- La faute et les sanctions disciplinaires
1. Définition de la faute disciplinaire
Est une faute disciplinaire tout manquement aux règles de la déontologie
médicale. C'est la violation d'une règle morale, plus que d'une règle proprement
juridique, qu'elle soit inscrite dans un texte, Code de déontologie médicale par
exemple, ou non. Ces fautes ont en principe un rapport avec l'activité
professionnelle, mais pas exclusivement, un acte de la vie privée pouvant porter
atteinte à l'honneur ou à la moralité de la profession.
Les sanctions disciplinaires sont:
l'avertissement,
le blâme,
l'interdiction temporaire ou permanente d'exercer des fonctions
médicales dans le secteur public et social, l'interdiction temporaire
d'exercer la médecine (pendant 3 ans au maximum),
la radiation du tableau de l'Ordre.
L'action disciplinaire est indépendante de l'action civile, pénale ou d'une autre
action disciplinaire (statutaire de la fonction publique par exemple) exercée par
ailleurs.
B - Mise en ouvre
1. Les juridictions
La juridiction compétente est le Conseil régional de l'Ordre. Ses décisions
peuvent faire l'objet d'un appel devant la section disciplinaire du Conseil national
de l'Ordre. Un pourvoi en cassation peut être formé devant le Conseil d'Etat.
2. La saisine
Peuvent saisir le Conseil régional :
1. le Conseil national
2. les syndicats médicaux
3. le Ministre de la santé
4. le Ministre de la Sécurité sociale
5. le Procureur de la République
6. Un médecin inscrit au tableau.
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Les patients ne le peuvent que par l'intermédiaire d'un Conseil
départemental. En ce qui concerne les médecins du secteur public (hospitalier
par exemple), la saisine n'est ouverte qu'au Ministre de la santé et au Procureur
de la République.
CONCLUSION
Cet enseignement sur la responsabilité médicale a eu pour objectif
d’apprendre aux apprenants en soins infirmiers et en assistant en pharmacie les
règles qu’ils doivent suivre dans l’exercice de leurs professions. Le non-respect
de ces règles engage leur responsabilité tant civile, pénale que disciplinaire. Il
s’agissait d’éveiller en eux un esprit de prudence et de diligence au travail pour
ne pas subir la rigueur de la loi. L’apprenant qui a suivi avec assiduité le cours et
qui le mettra en pratique fera preuve de prudence lorsqu’il sera appelé à exercer
sa profession à cause de cette vue panoramique sur la responsabilité médicale
en Droit congolais. Nous avons commencé par donner des notions générales sur
le contrat médical avant d’aborder la responsabilité médicale proprement dite.