Les Liens
Préface
On croit connaître ses proches.
On se dit que les liens du sang sont plus solides que la
pierre, que rien ne peut ssurer la con ance entre les
nôtres et nous. Mais il su t d’un crime, d’un corps laissé
sans vie, pour que toutes ces ce itudes volent en éclats.
Je m’appelle Denis.
Ce ains disent que je suis froid, insensible, incapable de
la moindre émotion. Ils n’ont pas to . La justice est
devenue mon unique raison d’être. Elle m’a coûté des
amis, un foyer, une vie normale. Mais elle ne m’a jamais
trahi. Elle, au moins, reste dèle.
Quand la mo a frappé ma propre famille, j’ai cru, un
instant, que je pourrais a ronter ce e a aire comme
toutes les autres : rassembler les preuves, suivre les
pistes, faire tomber les masques. Mais très vite, j’ai
compris que ce e enquête ne ressemblait à aucune
autre.
Chaque indice me rapprochait d’une vérité plus sombre
que je ne pouvais l’imaginer.
Et ce e vérité, un jour, m’a sauté au visage.
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Chapitre 1 : La scène du crime
La pluie tombait en nes aiguilles sur l’asphalte,
étou ant les pas précipités des policiers. Les gyrophares
projetaient des éclats rouges et bleus sur les façades
ternes des immeubles, donnant au qua ier une allure
d’apocalypse silencieuse.
Denis so it de sa voiture sans un mot. Son manteau
sombre se gorgea immédiatement d’eau, mais il n’y
prêta aucune a ention. Comme toujours, son visage
restait impassible, froid, comme taillé dans la pierre. À
première vue, rien ne semblait pouvoir l’a eindre.
Il passa sous le ruban jaune que deux agents
s’e orçaient de maintenir à distance des curieux. Tous
baissèrent la voix à son approche. Denis n’avait pas
besoin d’élever la sienne pour inspirer le respect, ou
peut-être la crainte.
Le corps gisait sur le sol, recouve d’un drap blanc. À
ses pieds, une chaussure avait glissé, comme si la
victime avait tenté de courir au dernier instant. L’air
empestait l’humidité, le sang et la peur gée.
— Qu’avons-nous ? demanda Denis, sans lever les yeux
vers l’agent qui l’a endait.
— Jeune lle, quinze ans. Retrouvée il y a moins d’une
heure par un voisin. Pas de témoins directs, mais
plusieurs habitants disent avoir vu une voiture s’éloigner.
Une berline sombre, probablement grise.
Denis se pencha, souleva lentement le drap. Son regard
croisa le visage gé de l’adolescente. Ses traits, qu’il
connaissait bien, lui in igèrent une douleur qu’il
s’empressa d’enterrer derrière un masque d’acier. Sa
mâchoire se crispa, mais son ton resta neutre :
— Identi ez chaque témoin. Et que personne ne qui e
les lieux avant d’avoir été entendu.
Il laissa retomber le drap et se redressa. Pour n’impo e
quel autre enquêteur, ce crime aurait été une a aire
parmi tant d’autres. Pour Denis, il s’agissait d’un gou re
qui venait de s’ouvrir sous ses pieds.
Car la victime n’était pas une inconnue.
C’était la lle de la femme de son frère.
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Chapitre 2 : Le voisinage
La pluie n’avait pas cessé, ba ant les toits et les vitres
comme si le ciel lui-même refusait de se taire. Denis
resta quelques secondes face au corps recouve , puis il
se détourna brusquement. Son travail n’était pas de
pleurer, mais de comprendre.
Les habitants, massés derrière le ruban jaune,
a endaient comme des spectateurs au théâtre.
Curiosité morbide, peur silencieuse, murmures
nerveux… tout cela formait une rumeur étou ée.
— Qu’on m’amène les témoins, ordonna Denis d’une voix
sèche.
Un agent lui désigna le porche d’un immeuble où trois
personnes se tenaient à l’éca :
une vieille femme emmitou ée dans un manteau trop
grand,
un homme trapu en salope e, probablement un ouvrier,
et une adolescente tremblante, les bras serrés contre
elle.
Denis commença par la vieille femme. Son regard voilé
oscillait entre peur et excitation.
— Vous avez vu quelque chose ?
— Juste… une voiture, dit-elle d’une voix chevrotante.
Une berline sombre, peut-être grise… ou noire… c’est
allé si vite.
Il ne nota pas la couleur : trop vague, trop imprécise.
Mais la mention de la berline s’ajoutait à ce qu’il savait
déjà.
L’ouvrier fut plus précis :
— Je fumais dehors, j’ai vu les phares s’allumer
brusquement. Une voiture sombre, je dirais gris foncé.
Elle a démarré vite, trop vite.
— Vous avez vu le conducteur ?
— Non. Mais… il y avait quelqu’un à l’arrière, je crois. Une
silhoue e qui bougeait.
Denis le xa longuement, comme pour sonder la
véracité de ses paroles. Puis il passa à la jeune lle. Elle
semblait hésiter à parler, ses yeux s’embuaient déjà.
— Tu as vu quelque chose ? demanda-t-il, sa voix plus
douce qu’à l’accoutumée.
Elle hocha lentement la tête.
— J’ai vu… une voiture. Oui, grise. Mais su out… je l’ai
vue, elle. Elle montait dedans.
Denis fronça les sourcils.
— Tu es sûre de ça ? Elle est montée de son plein gré ?
— Je… je crois, balbutia l’adolescente. Elle connaissait le
conducteur.
Un silence lourd s’installa. Le vent t claquer le ruban
jaune.
Denis resta gé quelques instants, son regard dur xé
sur la nuit. Chaque mot qu’il venait d’entendre ajoutait
une couche d’ombre autour de ce e a aire.
Une chose était ce aine : la victime n’avait pas été
enlevée au hasard. Elle avait suivi quelqu’un qu’elle
connaissait.
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Chapitre 3 : Les camarades de classe
Le lendemain matin, Denis se présenta au lycée de la
victime. Les grilles grises, encore mouillées par la pluie
de la veille, s’ouvraient sur une cour silencieuse. Les
élèves, d’ordinaire bruyants, chuchotaient par petits
groupes. La nouvelle du meu re avait déjà traversé les
murs comme une traînée de poudre.
Le proviseur l’accueillit, visiblement bouleversé, mais
Denis ne perdit pas de temps avec les convenances.
— Je veux voir ses camarades de classe. Tous.
Individuellement.
Une salle fut réquisitionnée. Les adolescents dé lèrent
un par un. Ce ains pleuraient, d’autres semblaient trop
choqués pour parler. Denis notait chaque détail, chaque
hésitation. Derrière son masque froid, il observait leurs
visages comme on lit des dossiers.
Peu à peu, un po rait de la victime se dessinait : une
jeune lle vive, appréciée, pa ois enviée. Pas d’ennemis
déclarés. Mais un nom revenait à plusieurs reprises,
murmuré comme une évidence gênante.
— Marc… Il était toujours derrière elle, dit une camarade
en triturant ses doigts.
— Obnubilé, renchérit un autre. Il la suivait pa out.
— Il écrivait son prénom sur ses cahiers, ajouta une
troisième, presque à voix basse.
Denis leva un sourcil.
— Quel genre de garçon est-ce ?
Les regards s’échangèrent, gênés. Finalement, un élève
osa :
— Bizarre. Trop… intense. Quand elle parlait à d’autres
garçons, il devenait fou de jalousie.
Denis prit note, l’expression impassible. Quand Marc
entra à son tour dans la salle, le silence tomba comme
une chape.
Grand, maigre, les cheveux en désordre, il avait le
regard fuyant. Ses mains tremblaient légèrement. Denis
resta immobile, ses yeux xés sur lui.
— Tu connaissais bien la victime, dit-il d’un ton neutre.
— Oui… en n… on était dans la même classe, répondit
Marc, mal à l’aise.
— Ce ains disent que tu l’aimais beaucoup.
Marc rougit, baissa la tête.
— C’est… c’est vrai. Elle était di érente. Pas comme les
autres.
Le silence s’épaissit. Denis le détailla longuement, ses
yeux froids fouillant dans ses moindres gestes. Une
obsession maladive, une fascination malsaine… Tout cela
se lisait sans e o dans son a itude.
Il tenait peut-être son premier véritable suspect.
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Chapitre 4 : Le po rait du suspect
Denis so it du lycée avec l’impression que le monde
autour de lui avait rétréci. Chaque pas semblait le
rapprocher de la vérité… ou du moins de ce qu’il pensait
être la vérité. Marc. Ce garçon étrange, obsédé par la
victime, pourrait être la clé.
Il commença par fouiller ses a aires, toujours dans le
cadre légal, mais avec une froideur clinique. Ses
collègues rappo èrent des cahiers, des carnets, des
chiers numériques, tout ce qui appa enait au garçon.
Denis ne laissa rien au hasard.
Dans un des cahiers, des pages couve es de mots, de
phrases répétitives, de dessins inquiétants. Le prénom
de la victime se détachait de la masse d’encre, entouré
de cœurs, de notes obsessionnelles, pa ois de phrases
menaçantes.
— Il pensait à elle tout le temps, murmura un collègue,
inquiet de la violence contenue dans ces pages.
Denis ne réagit pas. Son regard balayait le carnet avec la
précision d’un scalpel. Il nota tout, analysa chaque détail.
Même la police scienti que aurait du mal à détecter
l’intensité du trouble derrière ces mots.
Puis, il passa à l’aspect matériel. Des témoins avaient
parlé d’une voiture sombre, peut-être grise. Marc
possédait un véhicule correspondant exactement à
ce e description. Un détail qui renforçait l’impression
d’une culpabilité presque évidente.
Denis visita également l’appa ement de Marc,
observant chaque objet, chaque trace de vie. Posters
sur les murs, cahiers empilés, le res jamais envoyées…
Tout parlait d’une obsession constante. Une xation qui,
si elle n’était pas encore un crime, pourrait facilement y
conduire.
Et pou ant… quelque chose le dérangeait. Peut-être
était-ce le calme avec lequel le garçon l’avait regardé,
ou l’absence totale de panique sur son visage. La
culpabilité n’est pas seulement dans les faits, se rappela
Denis. Elle se lit dans l’esprit. Et là, il y avait un voile, une
dissimulation pa aite.
Mais pour l’instant, le tableau semblait clair : Marc était
le suspect principal. Denis pouvait presque sentir le
puzzle se me re en place.
Il referma le dossier, son expression toujours impassible.
— Préparez-moi un rappo complet sur lui,
ordonna-t-il. Chaque détail compte.
Même si l’évidence semblait accabler Marc, Denis savait
qu’un vrai enquêteur ne se ait jamais uniquement aux
apparences. Le doute restait un compagnon silencieux,
tapi dans l’ombre de son esprit.
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Chapitre 5 : L’interrogatoire
La salle d’interrogatoire sentait l’humidité et le café
froid. Une seule lampe éclairait la table métallique,
projetant des ombres ne es sur les visages. Denis entra
sans frapper. Marc était déjà assis, les mains jointes sur
la table, le regard fuyant.
— Bonjour Marc, dit Denis, sa voix neutre mais glaciale.
Marc hocha la tête, murmurant un « bonjour » presque
inaudible.
— Je vais te poser quelques questions. Rien de plus. Tu
es libre de parler ou de te taire, mais je préfère que tu
coopères.
Le garçon avala di cilement sa salive. Denis le xa sans
ciller, laissant le silence peser quelques secondes,
su sant pour que Marc se sente obligé de parler.
— Tu connaissais bien [nom de la victime], n’est-ce pas ?
— Oui… répondit Marc, d’une voix tremblante.
— Beaucoup disent que tu étais… très a aché à elle.
Qu’est-ce que tu peux me dire à ce sujet ?
Marc détourna les yeux, et ses mains tremblèrent
légèrement.
— Je… je l’aimais bien, mais je ne voulais rien de mal…
je…
— Pou ant, ce ains témoignages disent que tu la
suivais pa out, que tu écrivais son nom dans tes
cahiers, que tu avais une voiture correspondant à celle
vue sur les lieux…
Marc sursauta presque. Il baissa encore plus la tête,
incapable de soutenir le regard de Denis.
— Je… c’est vrai que je l’admirais… mais je ne lui aurais
jamais fait de mal !
Denis nota chaque mouvement, chaque hésitation,
chaque micro-expression. Il n’y avait pas de panique
réelle dans le corps de Marc, juste une nervosité
maladive, comme si le garçon était toujours sur le l du
contrôle.
— Alors dis-moi, Marc. Si ce n’est pas toi, qui pourrait…
faire du mal à [nom de la victime] ?
Le garçon secoua la tête, incapable de répondre. Denis
se pencha légèrement :
— Parce que, vois-tu… je veux savoir la vérité. Rien que
la vérité.
Marc resta silencieux, les yeux grands ouve s, une lueur
de peur et de confusion dans le regard. Denis sentit que,
pour l’instant, il tenait un garçon troublé mais pas
nécessairement dangereux. L’évidence semblait
pa aite, mais… il y avait un voile. Un détail manquait.
Denis se recula, referma son carnet et se leva.
— On continuera demain. D’ici là, ré échis bien à ce que
tu vas dire.
Quand il qui a la salle, Denis resta immobile quelques
instants dans le couloir. Son instinct de policier lui criait
que quelque chose clochait. Trop pa ait pour être vrai…
ou peut-être pas assez.
Le doute, silencieux, s’était installé.
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Chapitre 6 : Les indices accablants
Denis passa la journée à examiner chaque pièce du
puzzle, chaque témoignage, chaque trace laissée
derrière la jeune lle. Tout semblait pointer dans une
seule direction : Marc.
Le carnet retrouvé dans son sac révélait une obsession
malsaine. Les dessins de la victime, son prénom répété
des dizaines de fois, pa ois entouré de cœurs, pa ois
de phrases étrangement menaçantes : “Tu ne peux pas
m’échapper”, “Toujours près de toi”.
Puis il y avait la voiture. Plusieurs témoins avaient parlé
d’une berline sombre, possiblement grise, vue près du
lieu du crime au moment exact où la victime avait
disparu. Marc possédait une voiture exactement de
ce e couleur.
— Tout colle, murmura Denis en examinant les rappo s.
Mais ce n’était pas tout. Les voisins avaient vu Marc
rôder près de la maison de la victime quelques jours
auparavant. Il avait été vu en train de suivre
l’adolescente jusque dans un parc. Les empreintes
relevées autour du domicile correspondaient à celles du
garçon, bien que n’indiquant aucun contact direct avec
le corps.
Denis nota chaque détail. Les éléments semblaient
former un tableau accablant, presque trop pa ait.
L’obsession de Marc, sa proximité avec la victime, la
voiture, les traces… tout cela formait une chaîne de
preuves circonstancielles.
Pour un autre enquêteur, c’était su sant pour établir un
lien fo . Mais Denis, froid et méthodique, savait qu’un
véritable coupable laisse derrière lui des preuves
irréfutables. Ces indices ne su saient pas encore à
condamner Marc.
Il se leva, t les cent pas dans son bureau. Les ombres
des lampes uorescentes se re étaient sur les murs,
créant un kaléidoscope d’incohérence.
— Tout est là… et pou ant… quelque chose ne colle pas,
murmura-t-il pour lui-même.
Le doute restait tapi, discret mais persistant. Comme un
l invisible qui reliait la réalité à l’illusion.
Denis savait que l’enquête venait de franchir un seuil. Il
était sur la piste d’un suspect pa ait. Mais la pe ection
est souvent trompeuse.
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Chapitre 7 : L’innocence révélée
Denis resta immobile dans son bureau, le dossier de
Marc ouve devant lui. Chaque ligne, chaque rappo ,
chaque empreinte avait été véri ée une par une. La
vérité s’imposa lentement mais inexorablement : Marc
n’était pas le coupable.
Les caméras de surveillance révélèrent son alibi : au
moment du crime, il était dans un café avec un groupe
d’amis, un fait corroboré par plusieurs témoins. La
voiture ? Elle n’avait jamais qui é le parking du lycée le
soir du drame. Même les traces près de la maison de la
victime s’expliquaient : Marc avait emprunté ce chemin
des jours auparavant pour se rendre chez un ami, rien
de plus.
Denis posa ses mains sur la table et prit une profonde
inspiration. Son visage resta impassible, mais à
l’intérieur, une tempête grondait. Tout ce qu’il avait cru
évident s’écroulait. Les indices accablants n’étaient que
des coïncidences.
— C’est impossible… murmura-t-il pour lui-même.
Il repensa aux carnets, aux dessins obsessionnels. Ils
n’étaient que l’expression d’une admiration maladive,
mais sans passage à l’acte. Marc était étrange, troublé,
mais pas dangereux.
Denis ferma le dossier et recula lentement. La
frustration monta en lui, froide, tranchante. Tout ce
temps passé à suivre la piste la plus visible, la plus
facile… et il avait failli accuser un innocent.
Il fallait repa ir de zéro.
— Préparez-moi un nouveau plan d’investigation,
ordonna-t-il à son adjoint. Ce e fois, rien ne doit être
laissé au hasard. Chaque détail sera véri é, chaque alibi
scruté.
Le vrai coupable était toujours là, invisible, tapi derrière
les apparences. Denis savait que le pire restait à venir.
Et, quelque pa , une vérité plus dure que tout ce qu’il
avait imaginé se rapprochait.
Le dossier de Marc se referma. L’ombre du doute
s’épaississait, mais Denis, dèle à lui-même,
n’abandonnerait jamais la piste de la justice.
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Chapitre 8 : Le retour au foyer
La pluie avait cessé, laissant derrière elle un pa um
d’humidité et de terre mouillée. Denis roulait lentement
dans sa voiture, les mains crispées sur le volant. Il devait
parler à son frère. Non pas pour l’accuser, mais pour
pa ager l’échec apparent de son enquête.
Le frère l’accueillit avec chaleur, comme toujours. Un
sourire franc, une main posée sur l’épaule de Denis.
L’image même de la normalité.
— Alors ? Comment avance l’enquête ? demanda-t-il
avec inquiétude.
Denis respira profondément. Son visage resta de
marbre, dèle à lui-même.
— Je n’ai rien trouvé de concluant. Tout ce que nous
pensions être des preuves… était une fausse piste.
Son frère haussa les sourcils, mais garda son calme.
— C’est frustrant, je suppose. Tu es sûr d’avoir véri é
tous les témoins ?
Denis hocha la tête. Son regard, pou ant, se perdit un
instant sur la voiture garée devant la maison. Une berline
grise. Le même modèle, la même teinte que celle décrite
par plusieurs témoins près du lieu du crime.
Il cligna des yeux, refusant de croire ce qu’il venait de
voir. Une coïncidence ? Impossible, pou ant… l’évidence
s’installait lentement dans son esprit.
— Et toi, demanda Denis en changeant de sujet,
comment va ta lle… en n, sa mère ?
Le frère baissa les yeux, esquissant un sourire triste.
— Elle ne cesse de parler d’elle… je fais ce que je peux
pour tenir la famille unie.
Denis nota chaque geste, chaque intonation, chaque
silence. L’ombre d’un doute venait de s’insinuer dans son
esprit. La façade normale de son frère ne tenait plus
face à la logique des indices.
Pou ant, il chassa rapidement ce e pensée. Il ne
pouvait pas — il ne voulait pas — envisager que celui
qu’il aimait le plus puisse être impliqué.
Mais la voiture restait là, immobile. Et pour Denis, le
doute venait de poser sa première pierre.
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Chapitre 9 : Le refus d’y croire
Denis retourna chez lui tard dans la soirée. L’ombre de la
berline grise et la scène du crime ne cessaient de
tourner dans son esprit. Il refusait de laisser son cœur
imaginer l’impensable : que son frère puisse être lié à
ce e a aire.
Pou ant, les indices commençaient à s’accumuler
ailleurs. Il contacta l’entreprise où travaillait son frère,
sous couve d’une véri cation de routine. L’emploi du
temps du jour du drame tombait sous ses yeux : dépa
à 8 heures, retour prévu à 19 heures. Pour la famille, son
frère avait été absent toute la journée.
Un petit détail a ira son a ention : un dossier oublié,
récupéré par son frère vers 15 heures, l’heure
approximative où des témoins avaient vu une voiture
grise près du lieu du crime. Denis secoua la tête,
refusant de faire le lien.
— Non… ce ne peut pas être lui, murmura-t-il.
Il se tourna alors vers les collègues de son frère pour
poursuivre l’enquête. L’un d’eux, un homme discret,
commença à parler, presque par inadve ance :
— Oui, ce jour-là, il est so i chercher un dossier… je me
souviens, parce que j’ai dû couvrir son travail pendant
son absence.
Denis fronça les sourcils. L’homme ne savait pas qu’il
venait d’allumer un phare dans la nuit de l’enquête.
— À quelle heure exactement ? demanda Denis, la voix
sèche.
— Vers 15 heures, je dirais… Oui, environ à ce moment-là.
Denis resta silencieux, le visage impassible. Les pièces
du puzzle commençaient à s’assembler. La fausse piste
s’était dirigée vers un collègue du frère, mais ce dernier
venait involontairement de révéler un fait crucial : il avait
été absent du travail au moment exact où le crime avait
eu lieu.
Le refus d’y croire ba ait son cœur, mais l’instinct de
policier le poussait à continuer. Chaque détail, chaque
timing, chaque mouvement serait véri é. Il sentait que la
vérité, douloureuse et impensable, se rapprochait
lentement.
Denis savait qu’il ne pouvait pas fermer les yeux. Pas
ce e fois.
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Chapitre 10 : Les coïncidences étranges
Denis s’assit à son bureau tard dans la nuit, entouré de
dossiers et de notes éparses. La fausse piste du collègue
de son frère venait de s’e ondrer : ce dernier n’avait
aucun motif, aucun accès direct au crime. Pou ant, un
détail le tiraillait toujours.
Le timing.
Les témoins avaient vu une voiture grise vers 15 heures,
juste au moment où le frère de Denis était so i chercher
un dossier oublié. Une coïncidence, pensait Denis… mais
l’instinct de policier lui criait que ce n’en était pas une.
Sans ale er qui que ce soit, Denis commença à
enquêter discrètement sur les relations entre son frère
et la jeune lle. Il interrogea les voisins, fouilla dans les
souvenirs de la famille, consulta des messages
anonymes et des photos laissées sur le téléphone de la
victime. Chaque conversation, chaque sourire capturé,
chaque moment pa agé était analysé avec une froideur
clinique.
Il découvrit de petits indices : un appel passé à son frère
le matin même, un rendez-vous dont la famille ignorait
tout, des photos où l’on voyait le frère discuter avec la
lle de sa femme, toujours dans des situations anodines,
mais qui, sous le prisme de l’enquête, devenaient
troublantes.
Denis nota tout dans son carnet, chaque détail
susceptible de con rmer ou d’in rmer ses doutes.
L’amour pour son frère se mêlait à sa soif de justice,
créant une tension presque insoutenable.
Chaque pièce du puzzle semblait se rapprocher du
cœur de sa propre famille. Le danger n’était pas ailleurs.
Il se trouvait peut-être plus près qu’il ne voulait
l’adme re.
Et tandis qu’il refermait ses notes, son visage resta
impassible, dèle à sa réputation de policier froid et
méthodique. Mais à l’intérieur, Denis savait que ce e
enquête ne serait pas comme les autres.
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Chapitre 11 : L’enquête clandestine
Denis avançait dans la nuit, silencieux, observant sa
famille de loin. Chaque pas, chaque mouvement de son
frère devenait un indice à analyser. La berline grise
restait un point central de ses soupçons, mais ce n’était
plus seulement la voiture ou les horaires qui a iraient
son a ention.
Il commença à suivre son frère discrètement, notant
chaque rendez-vous, chaque interaction avec les
proches. Les discussions banales à la maison, les appels
anonymes, les traces sur le téléphone de la victime…
tout formait un tableau de plus en plus inquiétant.
Petit à petit, Denis comprit l’ampleur de ce que la famille
ignorait. Ce ains messages, ce aines photographies,
ce ains témoignages de voisins et de proches
suggéraient que son frère pro tait de moments
d’isolement pour approcher la lle de sa femme. La
jeune lle, vulnérable et seule à ce ains instants, se
trouvait dans des situations où son frère était présent
plus que nécessaire.
Denis serra les poings derrière son dos. Son cœur se
glaça, mais son visage resta impassible. Il savait qu’il
devait continuer à collecter des preuves, à analyser
chaque mouvement, chaque interaction, sans laisser
transparaître ses soupçons. La justice devait primer,
même si la vérité risquait de détruire la famille qu’il
aimait.
À mesure que les pièces s’assemblaient, le po rait de
son frère se révélait sous un jour terrible. Denis
comprenait maintenant que le crime n’était pas un acte
impulsif isolé, mais le point culminant d’un
compo ement prédateur qui avait été masqué par
l’image aimable et ordinaire de son frère.
Dans le silence de la nuit, Denis continua son enquête
clandestine. Chaque note, chaque observation serait un
jour utilisée pour comprendre l’inexplicable. Et malgré la
douleur, malgré l’horreur, il n’abandonnerait pas. La
vérité, aussi insoutenable soit-elle, devait éclater.
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Chapitre 12 : Les mensonges
Denis s’assit dans sa voiture garée à quelques rues de
chez lui, le carnet ouve sur ses genoux. Les notes de
ses observations récentes se succédaient, formant un
puzzle de plus en plus sombre. La tension était palpable :
chaque mouvement de son frère, chaque appel, chaque
so ie devenait une pièce du tableau inquiétant.
Lors d’un dîner en famille, Denis posa des questions
anodines, mais calculées.
— Tu étais pa i chercher ce dossier mercredi dernier,
n’est-ce pas ? demanda-t-il, d’un ton neutre.
Son frère hocha la tête, avec un léger sourire pour
masquer sa nervosité.
— Oui, c’est exact. Pourquoi ?
— Juste pour m’assurer que tout était en ordre. Tu es
resté longtemps dehors, environ une heure, c’est ça ?
Un léger tressaillement passa sur le visage de son frère,
mais il reprit rapidement son calme.
— Oui, environ une heure. J’ai pris mon temps pour
revenir, tu sais comment je peux être distrait.
Denis nota mentalement chaque in exion de voix,
chaque micro-expression. Les détails qu’il avait recueillis
secrètement concordaient avec ces moments. Son frère
racontait des histoires anodines, mais elles
commençaient à former un réseau de mensonges, de
petits ajustements pour masquer l’invisible.
La nuit suivante, Denis continua ses investigations
clandestines. Il observa les messages et les interactions
entre son frère et la jeune lle, retraça les appels
téléphoniques et les rendez-vous manqués. Un schéma
inquiétant se dessinait : la lle de sa belle-sœur était
souvent isolée au moment précis où son frère se
trouvait à proximité.
Chaque détail, chaque mensonge subtil renforçait l’idée
que l’innocence apparente de son frère cachait une
réalité beaucoup plus sombre. Denis sentit la froide
colère monter en lui, mais son visage resta impassible.
Son rôle de policier, implacable et méthodique, exigeait
patience et preuves avant tout.
Il savait maintenant que la vérité serait douloureuse.
Mais il n’avait pas le droit de fermer les yeux. Chaque
observation, chaque contradiction, chaque silence de
son frère devenait une pièce d’un puzzle qui allait, tôt ou
tard, révéler l’impensable.
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Chapitre 13 : La découve e
Denis parcourait les rappo s et les relevés de téléphone
encore une fois, méthodiquement. Les petits détails qu’il
avait notés depuis des semaines commençaient à
s’emboîter. La coïncidence des horaires ne pouvait plus
être ignorée.
Il consulta les caméras de surveillance du qua ier et
repéra la berline grise garée à proximité du lieu du
crime vers 15 heures. Le re et sur la vitre montrait un
homme dans le siège conducteur. Denis rapprocha la
date et l’heure de ses notes : exactement le moment où
son frère avait prétendu être pa i chercher un dossier
oublié.
Son cœur se glaça, mais son visage resta impassible. Il
recroisa les images avec les déclarations du collègue qui
avait couve son frère ce jour-là. Les horaires
concordaient : le frère de Denis n’était pas au bureau
quand le crime a eu lieu.
Chaque élément con rmait ce que Denis redoutait : le
timing, la voiture, la présence sur les lieux. La façade
normale de son frère commençait à se ssurer sous le
poids des preuves.
Pou ant, Denis continua à collecter chaque détail. Il ne
pouvait pas se perme re de se tromper, même pour
l’homme qu’il aimait le plus. Chaque observation,
chaque message, chaque interaction suspecte de son
frère était consignée, analysée et véri ée.
Ce soir-là, dans son appa ement silencieux, Denis posa
ses notes sur la table. La vérité devenait tangible, mais
l’horreur qui l’accompagnait le paralysait un instant. Son
frère, l’homme qu’il avait toujours admiré et aimé, se
trouvait au centre d’un crime inimaginable.
Pour Denis, il n’y avait plus de place pour le doute. Mais
le choix restait impossible : confronter, arrêter, ou
protéger celui qu’il aimait ? La question brûlait dans son
esprit, et la prochaine étape de l’enquête allait le forcer
à a ronter l’impensable.
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Chapitre 14 : Le gou re
Denis so it de son appa ement et se rendit chez la
mère de la jeune lle. L’air était froid et lourd, chargé
d’humidité, mais il ne sembla pas le toucher. Il frappait à
la po e avec une lente détermination, chaque geste
calculé.
La mère ouvrit, les yeux rougis par les larmes et la
fatigue. Dès qu’elle vit Denis, elle se gea, une
expression de douleur et de colère traversant son visage.
— Inspecteur… murmura-t-elle, la voix tremblante.
Denis entra, silencieux, et s’assit face à elle. Le silence
pesa quelques secondes avant qu’elle ne prenne la
parole :
— Je ne comprends pas… ma lle… elle… Pourquoi ? Qui
a pu… ? Je veux… justice ! Je veux que celui qui lui a fait
ça paie !
Denis hocha la tête, serrant les mains sur ses genoux.
Son visage demeurait impassible, mais au fond de lui, il
sentit le poids écrasant de la douleur humaine. Il avait vu
la mo , le crime, la sou rance, mais jamais de ce e
manière, si proche, si personnelle.
— Je fais tout ce que je peux, madame, dit-il
calmement. Chaque indice, chaque preuve est analysée.
Nous trouverons la vérité.
Elle le regarda intensément, comme si elle lisait au-delà
de ses mots.
— Vous devez… prome ez-moi… Que vous ne laisserez
personne s’en so ir. Même si c’est quelqu’un que vous
connaissez…
Les mots frappèrent Denis comme un coup de tonnerre.
Son cœur se glaça, et pou ant, son visage resta de
marbre. Il savait qu’elle ne se doutait pas de l’ombre qui
planait déjà sur la vérité.
— Je vous le promets, répondit-il simplement, la voix
ferme.
En so ant de chez elle, Denis sentit le poids du gou re
s’alourdir. La soif de justice de la mère, la douleur, la
colère… tout cela renforçait son engagement. Mais en
même temps, il savait que ce e quête de vérité le
conduirait sur un chemin où chaque pas le
rapprocherait d’une découve e qu’il n’était pas sûr de
pouvoir suppo er : celle de son propre frère.
De retour à son appa ement, Denis posa ses notes sur
la table. Les preuves s’accumulaient, les contradictions
se resserraient. Et au centre de tout, l’homme qu’il
aimait le plus.
Le gou re n’était plus devant lui. Il était déjà à l’intérieur.
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Chapitre 15 : Les souvenirs d’enfance
Denis resta assis seul dans son appa ement, le carnet
ouve devant lui. La pluie avait repris, frappant les vitres
avec un rythme monotone. Ses yeux xaient les notes,
mais son esprit vagabondait, remontant le temps.
Il se souvint des étés passés avec son frère, des rires
pa agés dans le jardin de leur enfance, des secrets
échangés dans le grenier, des promesses d’éternelle
complicité. Chaque souvenir était comme une pierre
précieuse, fragile, lumineuse, mais désormais
éclaboussée par l’ombre de l’horreur.
Il se rappela les nuits où ils dormaient côte à côte,
inséparables, unis par ce lien que seule la fraternité
pouvait créer. Il se souvenait des conseils donnés, des
disputes rapidement oubliées, de la tendresse
silencieuse qui ponctuait leur vie commune.
Et maintenant… l’homme qu’il aimait le plus dans ce
monde était devenu le centre d’un crime inimaginable.
Chaque geste, chaque sourire de son frère se teintait
d’une ambiguïté terri ante. Était-ce l’homme qu’il
connaissait ou un inconnu derrière un masque familier ?
Denis se leva et marcha lentement dans son
appa ement. Chaque pièce semblait résonner de l’écho
de leur enfance. Les rires et les disputes revenaient
comme des fantômes, confrontant Denis à une vérité
qu’il refusait d’accepter : le doute n’était plus un spectre
lointain. Il était réel, immédiat, insuppo able.
Pour la première fois, Denis sentit la fragilité de son
masque de policier froid et méthodique. L’amour pour
son frère et sa soif de justice se heu aient violemment,
créant un gou re qu’il ne savait comment franchir.
Il reprit place devant son carnet. Les souvenirs d’enfance
ne pouvaient pas e acer la réalité, mais ils rendaient la
vérité plus douloureuse. Chaque note, chaque preuve
qu’il avait accumulée le rapprochait de l’inévitable
confrontation.
Et dans le silence de la nuit, Denis comprit que, peu
impo e ce qu’il découvrirait, il ne pourrait plus jamais
voir son frère de la même manière.
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Chapitre 16 : Le duel intérieur
Denis s’assit dans le silence de son appa ement, seul
avec ses pensées. La pluie tombait toujours, ba ant les
vitres comme un tambour lourd et monotone. Chaque
détail de l’enquête, chaque preuve accumulée, chaque
souvenir d’enfance avec son frère se mélangeait dans
son esprit.
Pour la première fois depuis des années, le masque
impassible de l’inspecteur se ssura. Les émotions qu’il
avait toujours réprimées surgissaient, puissantes,
incontrôlables. La colère, la frustration, la peur, mais
su out une douleur viscérale et déchirante.
Ses yeux se remplirent de larmes qu’il n’avait jamais
laissées couler. Une seule, puis plusieurs, glissèrent sur
ses joues, brûlantes et amères. Le corps entier de Denis
tremblait sous le poids de l’horreur et du dilemme moral.
L’homme qu’il aimait le plus pouvait être l’auteur du
crime qui avait détruit une vie innocente.
Il se souvenait de son frère enfant, riant dans le jardin, lui
tendant la main pour l’entraîner dans un jeu. Et
maintenant, ce e même personne était au centre de
l’ombre la plus noire qu’il ait jamais rencontrée.
Les larmes coulaient librement, lavant pour un instant la
froideur qui l’avait toujours protégé. Mais la douleur
était trop profonde pour disparaître. Chaque sanglot
rappelait à Denis que la justice ne pouvait être aveugle,
même devant son propre sang.
Après de longues minutes, il essuya son visage, inspira
profondément et reprit son carnet. Ses mains
tremblaient encore, mais son esprit était plus clair. La
confrontation nale approchait, et il devait être prêt,
aussi di cile que cela soit.
Denis comprit que pleurer ne le rendait pas faible. Cela
lui perme ait de sentir pleinement l’ampleur de ce qu’il
a rontait. Et pour la première fois depuis des années, il
acceptait sa propre humanité au milieu de l’horreur qu’il
devait a ronter.
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Chapitre 17 : La fête en mémoire
La salle de l’école était décorée avec soin : des
guirlandes lumineuses, des photos accrochées aux
murs, et des bouquets de eurs déposés sur une grande
table au centre. Les élèves et les professeurs étaient
rassemblés pour honorer la mémoire de la jeune lle,
évoquant les souvenirs et pa ageant des anecdotes
touchantes.
Denis resta à l’éca , observant silencieusement. Chaque
sourire, chaque mot prononcé, chaque souvenir raconté
peignait un po rait d’une adolescente pleine de vie, bien
au-delà de ce qu’il avait pu voir à travers ses dossiers
d’enquête. Il sentit pour la première fois l’ampleur de la
pe e et le vide immense laissé dans la vie de tous ceux
qui l’avaient connue.
Un professeur prit la parole :
— Elle avait une énergie qui illuminait toute la classe…
elle était toujours prête à aider, à écouter. Même dans
les moments di ciles, elle savait appo er un sourire.
Denis regarda les élèves pa ager des photos et des
souvenirs. Des rires étou és mêlés aux larmes. Il sentit
un nœud se former dans sa poitrine. Pour la première
fois depuis des années, il laissa les larmes couler. Le
masque de policier froid et méthodique se ssura. Les
émotions qu’il avait toujours contenues se déversaient
en silence : tristesse, colère, frustration, et le poids d’un
dilemme insoutenable.
Chaque sourire évoqué par les élèves, chaque mot
prononcé à sa mémoire renforçait la nécessité de
justice. Denis comprit que ce e vie arrachée n’était pas
seulement un chi re ou une enquête ; c’était un être
aimé par beaucoup, et il devait découvrir la vérité, peu
impo e combien elle serait douloureuse.
Alors qu’il observait la fête se poursuivre, Denis sentit la
promesse silencieuse qu’il s’était faite depuis le début de
l’enquête se transformer en détermination : la justice
devait être rendue, et rien, même l’amour pour son
frère, ne pourrait l’en détourner.
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Chapitre 18 : La preuve irréfutable
Denis entra dans le bureau qu’il avait méticuleusement
aménagé pour l’enquête. Les dossiers étaient étalés sur
la table, les notes triées par ordre chronologique,
chaque détail recoupé des heures durant. Il avait suivi
tous les indices, observé chaque mouvement, interrogé
chaque témoin, et scruté chaque mensonge.
Et puis il la vit. Une pièce du puzzle qui ne pouvait plus
être ignorée. Une image, un enregistrement, une trace
laissée par inadve ance : la voiture grise garée près du
lieu du crime, mais ce e fois avec un détail que seuls les
observateurs les plus a entifs pouvaient remarquer. La
silhoue e au volant n’était pas celle d’un camarade, ni
celle d’un collègue : c’était son frère.
Denis resta immobile, le sou e coupé. La preuve
irréfutable ne laissait aucun doute. Les horaires, les
observations, les petits mensonges et contradictions,
tout prenait soudain une cohérence terrible. Son frère,
l’homme qu’il avait aimé toute sa vie, était le
responsable.
Un silence lourd s’aba it sur lui. Tout ce qu’il avait cru,
tout ce qu’il avait espéré, s’e ondrait sous le poids de
ce e vérité. La colère, la douleur et l’incompréhension
se mêlaient dans son esprit, mais son visage resta
impassible. Son rôle de policier exigeait cla é et
méthode, même face à l’impensable.
Denis prit une profonde inspiration. Il savait maintenant
que rien ne serait plus jamais comme avant. La justice
n’était plus une abstraction : elle se trouvait devant lui,
incarnée dans l’homme qu’il aimait le plus, et il devait
décider comment a ronter l’horreur sans perdre ce qui
lui restait de force intérieure.
La vérité avait été révélée. Et maintenant, il devait choisir.
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Chapitre 19 : Le dilemme
Denis avait choisi un endroit isolé, à l’éca des regards,
où la nature et le silence pouvaient contenir l’intensité de
ce qui allait se dérouler. Une clairière bordée d’arbres,
loin des routes et des habitations, semblait pa aite pour
ce face-à-face inévitable.
Le téléphone vibra dans sa poche. Le nom de son frère
s’a cha. Denis inspira profondément, ses mains serrant
le carnet où toutes les preuves étaient consignées.
— Je veux que tu viennes, dit-il simplement. À la
clairière, maintenant.
Quelques minutes plus tard, la voiture de son frère se
gara. Il descendit, souriant comme toujours, ne
suspectant rien de ce qui l’a endait. Mais l’air de la
clairière et le regard froid de Denis rent
immédiatement tomber ce masque.
— Assieds-toi, dit Denis en désignant un tronc tombé.
Son frère obéit, intrigué, mais sans peur. Denis posa
devant lui les photos, les relevés d’horaires, les images
de la voiture, et les notes détaillant les observations
clandestines. Chaque preuve, chaque contradiction,
chaque mensonge s’étalait sur le bois humide comme un
l d’acier qu’il ne pouvait nier.
— Tout ceci… tu ne peux pas le nier, murmura Denis, la
voix tremblante d’une émotion qu’il avait contenue trop
longtemps.
Son frère resta silencieux, son sourire disparaissant peu
à peu. Son regard oscillait entre surprise, froideur et une
lueur indéchi rable.
— Je ne sais pas de quoi tu parles, répondit-il en n,
mais Denis pouvait sentir la tension dans chaque mot.
— Ne mens pas, dit Denis en posant sa main sur le
carnet. Chaque détail… chaque alibi inventé… chaque
absence… tout concorde avec le moment où tu as… elle…
Le silence tomba sur la clairière. Les feuilles bruissaient
doucement, mais Denis n’entendait que son propre
cœur. Il savait que la confrontation était totale. Il avait
réuni toutes les preuves, et l’horreur de la vérité planait
entre eux.
Pour Denis, l’amour pour son frère et le devoir de justice
se heu aient violemment. Le choix qui s’imposait
maintenant allait déterminer non seulement le so de
son frère, mais aussi la sienne...
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Chapitre 20 : La vérité et la justice
La clairière était silencieuse, seules les feuilles mo es
bougeaient sous le sou e du vent. Denis et son frère se
faisaient face, les preuves étalées sur un tronc tombé.
Chaque note, chaque image, chaque relevé d’horaires
formait un puzzle irréfutable.
Le frère de Denis baissa la tête, la voix tremblante :
— Denis… je… je voulais… je voulais qu’elle… mais elle a
refusé… elle m’a menacé de tout dire à sa mère… Je n’ai
jamais voulu que ça aille aussi loin…
Il releva les yeux, suppliant :
— Je t’en supplie… ne m’arrête pas… Je sais que c’est
impardonnable… mais je t’en supplie…
Denis sentit son monde vaciller. L’homme qu’il aimait le
plus venait de confesser l’impensable. La colère,
l’horreur et la douleur se mêlaient dans son esprit, mais
son visage resta impassible. L’amour pour son frère et
son sens de la justice s’a rontaient avec une violence
indicible.
Après un long silence, Denis prit une profonde
inspiration :
— Je… je ne peux pas… je ne peux pas te faire arrêter.
Son frère le regarda, incrédule et soulagé à la fois,
incapable de prononcer un mot. La clairière semblait
retenir son sou e, témoin muet de l’horreur et de
l’amour mêlés.
Denis, conscient du poids terrible de sa décision,
poursuivit d’une voix ferme mais tremblante :
— Mais je ne peux pas rester ici… Je ne peux pas
continuer à vivre avec ce que je sais et ce que j’ai
découve . Je vais demander à être muté dans une autre
ville.
Il ramassa les preuves et les referma soigneusement,
laissant derrière lui la clairière et l’ombre de la vérité. Il
savait que sa décision laisserait un poids immense sur sa
conscience, mais il devait s’éloigner pour survivre à ce
secret et continuer à vivre malgré l’horreur qu’il venait
de découvrir.
Le vent sou ait à travers les arbres, empo ant avec lui
le silence et laissant Denis seul avec son choix, un choix
que seul un frère pouvait comprendre.
Ceci est mon deuxième oeuvre merci d'avoir lu mon
nouveau roman j'espère qu'il vous a plu
Fouman Akam
Yaoundé 25 Août 2025