Du principe identitaire
Christian Ferrié
Les revendications identitaires sont, de toute part, à l’ordre
du jour. Leur montée en puissance est alimentée par le conflit
polémique entre des identités qui se rejettent mutuellement. En
France, l’exemple le plus probant à l’heure actuelle s’impose
de toute évidence : l’islamophobie s’y nourrit de l’islamisme
qui s’entretient lui-même du racisme de l’identité nationale.
C’est le cercle vicieux de la réaction identitaire qu’il s’agirait de
déconstruire. Pourquoi le faut-il ?
Le principe identitaire est la matrice idéologique de l’extrême
droite moderne. Les nouvelles extrêmes droites qui ont émergé
ces dernières décennies y font d’autant moins exception qu’elles
mettent en avant le label identitaire pour mieux cacher leur filia-
tion fasciste et nationale-raciste. Mais il y a plus, et c’est plus
grave encore : l’idéologie identitaire n’imprègne pas seulement
la mouvance qui se veut identitaire, l’ensemble de la société est
touché. La mentalité identitaire est entrée dans les mœurs et
le terme « identitaire » est désormais d’usage courant, au point
d’être revendiqué par des groupes dits identitaires qui affirment
de manière polémique leur propre identité. D’un point de vue
anti-identitaire, le réflexe identitaire apparaît comme un repli
sur les valeurs et coutumes d’une communauté qui réagit à une
menace venue de l’extérieur ou, plus exactement, au vif senti-
ment d’une telle menace. De ce même point de vue critique, la
vision identitaire du monde est un fait de société qui est imputé
à une tendance saisie, depuis un certain temps déjà, à travers le
terme équivoque de « communautarisme ». L’équivocité provient
de ce que le communautarisme de certaines minorités (de type
culturel, religieux, ethnique, linguistique, etc.) peut être dénoncé
du point de vue lui-même communautariste d’une communauté
58 Du principe identitaire
dite nationale qui refuse la société multiculturelle. L’opposition
polémique entre les identités revendiquées de part et d’autre ne
doit donc pas cacher leur acceptation commune d’un même
schéma identitaire : en fait, la contradiction manifeste entre les
contenus identitaires ne peut dissimuler l’identité formelle de
leur position commune sur la nature de leur opposition et sur
le fondement de leur combat. Car ces groupes opposés sont au
fond d’accord sur le principe identitaire de communautés en lutte
pour l’hégémonie au sein de la société. Comment sortir de la
logique identitaire ?
Les mouvements anti-identitaires sont pris dans une contra-
diction de principe. L’anti-communautarisme défend à raison
des principes républicains au fondement d’une société multi-
culturelle, mais la lutte contre les revendications identitaires des
minorités peut en faire un allié objectif des groupes d’autodé-
fense de l’identité nationale. Pour sa part, le mouvement antira-
ciste qui prend par principe la défense des minorités doit faire
abstraction des tendances identitaires qui sont actives au sein de
ces minorités : cultivant l’image de l’ami, il peut sembler sombrer
dans un idéalisme aveugle. Les groupes antifascistes quant à
eux tendent à céder à la logique identitaire d’un ostracisme de
l’ennemi intérieur qui ne sort pas du cercle vicié de l’idéologie
ennemie. Dans ces conditions, les accusations fusent sur l’inté-
grisme laïc d’un anti-communautarisme qui serait hostile à la
différence culturelle, sur le racisme (anti-Blanc, anti-Français,
etc.) de l’antiracisme, voire sur les tendances fascistoïdes d’anti-
fascistes qui prônent l’usage de la violence. Il n’est aucunement
question d’avaliser ces accusations qui retournent tactiquement
les catégories. Mais ce tour de passe-passe des idéologues iden-
titaires ne nous autorise pas pour autant à dénier la propagation
de la logique identitaire parmi les mouvements qui se veulent
1. Voir la mise au point que Jacques Derrida fait, au cours de son Dialogue avec
Élisabeth Roudinesco, sur le « culte de l’identitaire comme du communautaire […]
qui tend vers un narcissisme des minorités » et à propos de la « compulsion identitaire »
qui sévit tout autant au sein de l’État-nationalisme qu’à travers le communauta-
risme (De quoi demain…, Fayard/Galilée, 2001, p. 44-45).
Christian Ferrié 59
anti-identitaires. La compréhension du principe identitaire en
ses ressorts pulsionnels tout autant qu’en sa construction idéo-
logique est une condition sine qua non pour que de tels mouve-
ments puissent s’émanciper de la domination idéologique de ce
principe sur l’ensemble de la société.
Néanmoins, cela requiert de prendre du recul par rapport à la
conjoncture actuelle de façon à ressaisir en amont ce qui permet
d’éclairer l’émergence et la montée en puissance de l’idéologie
identitaire à l’époque moderne. En effet, l’islam en France pose
à l’heure actuelle les mêmes problèmes aux identitaires que
les Juifs dans l’Allemagne chrétienne de Karl Marx et Bruno
Bauer : les contenus identitaires ont changé, mais la logique
est la même. Cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas actuellement
de nouvelles extrêmes droites. Car il y a bien quelque chose de
nouveau. Cette nouveauté, c’est la résurgence et l’implantation
durable d’extrêmes droites identitaires dans le contexte écono-
mique d’une globalisation qui revient, sur le plan culturel, à une
déstabilisation et déconstruction planétaire des identités tout
autant que des frontières.
À l’origine du principe identitaire :
du sens de l’identité à l’idéologie identitaire
Le phénomène identitaire est apparu dans un contexte histo-
rique bien déterminé qu’il convient de préciser de façon à bien
distinguer l’idéologie identitaire du sentiment qu’un être humain
peut avoir de sa propre identité. Tributaire de facteurs historique-
ment déterminés, la croyance identitaire renvoie en effet à une
certaine interprétation de ce que serait l’identité humaine : elle
n’en est pas le corollaire nécessaire. Car le sens traditionnel de
l’identité n’équivaut pas au culte réactionnaire du sens propre-
ment identitaire de l’identité. Qu’en est-il de cette identité
humaine qui n’est pas ressentie de manière identitaire ?
Il y a bien quelque illusion, certes, à croire en général qu’un
individu demeure identique au cours du temps alors même que
ses états d’âme et de corps, mis en mouvement par le flux inces-
sant de toutes choses, ne cessent de changer. La déconstruction
60 Du principe identitaire
de la métaphysique traditionnelle permet ainsi de faire son deuil
d’une identité permanente et stable qui reposerait sur une subs-
tance fixe et intemporelle (c’est pourquoi Sartre préfère parler
d’ipséité). Mais le désir narcissique de se retrouver dans le
monde provoque des identifications qui sont à l’origine du sens de
soi-même : avoir le sens de son identité est par suite un élément
inhérent à la condition humaine. Car toute existence humaine est
imprégnée par ce sens intime qui n’est pas tant une conscience
translucide de soi qu’un obscur sentiment de sa propre identité.
Si l’être humain connaît donc bien une certaine forme d’iden-
tité, l’identité en question n’est pas plus une réalité absolue
qu’une entité substantielle qui serait donnée au préalable et fixée
à tout jamais. Toujours en procès d’auto-formation, l’identité est
bien plutôt instable et en mouvement en raison de son inces-
sante interaction avec l’irréductible altérité de la nature et des
autres (les autres groupes, les autres individus au sein du même
groupe, l’autre sexe) : l’autre en soi est le médiat inconscient du
rapport conflictuel entre identité mouvante et altérité pertur-
bante. Mais ce processus à travers lequel l’individu acquiert le
sens de soi au contact des autres et des choses a pour condi-
tion socioculturelle le processus d’auto-constitution de l’iden-
tité collective du groupe auquel il appartient : on peut même
supputer qu’au sein des communautés dites primitives, le sens
de l’identité collective entravait l’émergence du sens de l’iden-
tité personnelle ; au contraire, le sens individualiste de soi se
développe dans les sociétés modernes ou post-traditionnelles où
coexiste une pluralité d’identités collectives. En tout cas, le sens
de l’identité personnelle se forme d’après des archétypes et des
schémas stéréotypés à partir du sens de l’identité collective qui
est transmis au sein du groupe. Le sens qu’un individu peut
avoir de son identité personnelle et collective est ainsi le fait de
processus d’identifications qui sont tributaires de conditions
culturelles et sociales. Ce contexte historiquement déterminé
[Link] M. Leenhardt, Do kamo (Paris, Gallimard, 1947) : en particulier « Structure
de la personne dans le monde mélanésien » (chap. xi).
Christian Ferrié 61
trace les destins pulsionnels qui s’imposent aux individus
dans une société donnée.
Traditionnellement, il existe des repères socioculturels qui
canalisent les identifications et stabilisent les identités face à l’al-
térité. Mais le sens traditionnel de l’identité propre (du clan, du
groupe, etc.) n’implique aucunement le phénomène d’une cris-
pation identitaire sur une identité menacée. Pour que cela puisse
se produire, il faut que le sens traditionnel de l’identité propre
soit bouleversé en raison de multiples facteurs endogènes et/ou
exogènes : il faut donc que l’identité traditionnelle soit en crise
du fait d’une altération interne à une société qui perd le sens de
sa propre identité ou bien de l’émergence d’une altérité conqué-
rante qui impose son identité propre. À l’époque appelée de ce
fait moderne, les sociétés européennes ont connu un tel processus
de bouleversement à multiples facettes : la Conquista qui initie
l’ère des colonisations aboutit à la production de sociétés multi-
culturelles ; la Réforme luthérienne engendre une société multi-
confessionnelle qui divise l’identité chrétienne, l’ouvrant violem-
ment au jaillissement de l’altérité du sein même de l’Europe, le
judaïsme, et hors de l’Europe, l’islam ; sur le plan sociopolitique,
la Révolution française met à bas l’ordre traditionnel et, donc, la
soumission d’une société d’ordres régie par une dynastie royale
ou princière avec l’aval des autorités religieuses.
Comme le traditionalisme ne parvient pas à enrayer la
modernisation révolutionnaire qui emporte la société d’ordres,
une nouvelle position se constitue à cette époque : ce que Karl
Mannheim appelle le conservatisme est un courant politique
moderne qui transforme l’attitude traditionaliste, le rejet de toute
1. Le terme est entendu au sens de Freud : voir « Pulsions et destins pulsionnels »,
in Métapsychologie, Paris, PUF-Quadrige, 2010, p. 16. Par destin pulsionnel, Freud
entend non pas une destination de la pulsion qui serait soumise à une fatalité,
mais bien plutôt un des trajets possibles de cette pulsion : il y a destin, parce que
seuls certains destins sont possibles ; la pulsion étant donnée, tout (destin) n’est
pas possible. Dans Pulsions et destins pulsionnels (1915), Sigmund Freud ne définit
pas la notion de « destin pulsionnel », mais il détermine en lieu et place les quatre
destins qu’il a observés à propos des pulsions sexuelles : l’inversion en son contraire,
le retournement contre soi, le refoulement et la sublimation.
62 Du principe identitaire
innovation, en une vision du monde opposée par principe au
projet progressiste de changer la société . Le conservatisme naît
ainsi, au début du xixe siècle, en réaction au projet révolution-
naire. Il est alors composé de deux courants : le réformisme
conservateur qui défend le programme libéral d’une monarchie
constitutionnelle ; la mouvance rétrograde qui, sous les espèces
de la Réaction catholique en France et romantique en Allemagne,
prône le retour en arrière et, donc, la restauration contre-révo-
lutionnaire de l’ordre sociopolitique traditionnel. Les idéolo-
gues de la Réaction et, à leur suite, les réactionnaires de tout
bord se caractérisent ainsi par un ressentiment réactif envers tous
les changements initiés par la Révolution française. Tel point
crucial, l’émancipation civile et politique des Juifs provoque
à cet égard des réactions de rejet qui s’inscrivent bel et bien
dans une logique identitaire : celle de préserver l’intégrité de la
société chrétienne. Arendt note que la première poussée d’anti-
sémitisme moderne, au sein du Berlin éclairé, est contemporaine
en Prusse de la réaction nationale contre l’invasion napoléo-
nienne qui importe à sa manière les idéaux de la Révolution
française. C’est le prélude nationaliste au tournant raciste que
vont prendre à la fin du xixe siècle les groupes qui s’organisent
à l’extrême droite de l’échiquier politique. Cette mutation déci-
sive, qui marginalise le programme royaliste de restauration de
la monarchie, engendre une nouvelle position, moderne donc,
1. K. Mannheim, La Pensée conservatrice (1927), trad. fr. par J.-L. Evard, Éditions
de la revue Conférence, 2009 ; voir p. 33, 37-39, 44-46 & 74-76.
2. H. Arendt, RahelVarnhagen (1933/1959) ; voir, en particulier, le chapitre intitulé
« Assimilation (1807-1808) » ainsi que le passage sur l’influence de la brochure
antisémite de Grattenauer, Wider die Juden (1803), sur l’intelligentzia germano-
phone. Au moment même où l’assimilation des Juifs commence à progresser,
ce pamphlet Contre les Juifs leur fait énormément de tort : quelques années
plus tard, ce sera notamment une référence centrale de deux textes antisémites,
Le Philistin (1811) de Clemens Brentano et Sur les caractères du judaïsme (1812)
d’Achim von Arnim, discours que ces deux fondateurs de la « Christlich-deutsche
Tischgesellschaft » ont prononcés à la table de cette ligue de chrétiens allemands
se caractérisant conjointement par son antisémitisme et un chauvinisme anti-
français (S.97-98, cf. S.135-136). La pagination vaut de la réédition de poche
du texte d’Arent en allemand chez Piper (1981/2003).
Christian Ferrié 63
dont les courants identitaires actuels sont les héritiers : c’est la
naissance d’un nationalisme agressif, structurellement raciste,
qui supporte à l’extérieur les guerres et les colonisations tout
autant que l’antisémitisme et les discriminations à l’intérieur.
Le principe identitaire comme réactif
En prenant une tournure nationaliste-raciste, la nébuleuse
rétrograde réagit à la nouvelle donne sociopolitique en Europe.
La montée en puissance du sentiment national au sein des
États-nations, l’avancée des idées démocratiques et des idéaux
révolutionnaires, la progression des revendications sociales et
socialistes dans des sociétés de masse dominées par le système
capitaliste, tout cela contraint en effet les rétrogrades à changer
de discours afin de capter les mécontentements populaires et
d’ainsi détourner les forces sociopolitiques de toute perspec-
tive révolutionnaire. Le rétrograde devient à proprement parler
réactionnaire en développant une idéologie identitaire de facture
national-raciste (völkisch en allemand). Le rejet pur et simple
des innovations cède le terrain à une entreprise de récupération
idéologique des concepts socialement progressistes et politique-
ment révolutionnaires, appropriation qui en pervertit le sens par
une inversion systématique de leur signification et une complète
subversion de leur objectif. Depuis la Révolution, la pensée
réactionnaire travaille ainsi à s’accaparer la force subversive de
ces concepts qui connaissent le même destin que la Marseillaise,
désormais entonnée comme un chant nationaliste. Mobilisés
à contresens de leur sens originaire, les idéaux de l’émancipa-
tion sociopolitique sont enrôlés dans le dispositif idéologique
de la réaction contre-révolutionnaire pour fonctionner, désor-
mais, comme des slogans de la révolution conservatrice ou de
1. Dans la lignée des études sur la tradition de pensée anti-démocratique en
Allemagne du type de celle de Sontheimer (1962), il est possible d’entreprendre
une « anatomie de la révolution conservatrice » dans le but de déconstruire l’in-
version contre-révolutionnaire du concept de révolution qu’opèrent l’idée
même d’une « révolution conservatrice » dans l’Allemagne de la république de
Weimar et, plus tard, celle tout aussi contradictoire de la prétendue « révolution
64 Du principe identitaire
la révolution nationale. C’est particulièrement vrai des termes de
« révolution » et de « socialisme ». Le motif même d’une « révo-
lution nationale » et, pire encore, d’une « révolution nationale-
socialiste » est un contresens à plusieurs niveaux : politiquement
républicain, le concept moderne de nation est aux antipodes
du nationalisme, tout comme l’idéal internationaliste du socia-
lisme ; l’affirmation nationale des « droits » et de la « liberté » d’un
« peuple » « souverain » – tous ces termes doivent être compris
dans ce contexte en un sens national-raciste –, cette auto-affir-
mation nationaliste d’une identité nationale n’est pas le fait d’un
mouvement de libération nationale (contre une oppression colo-
niale) ; elle relève au contraire d’une stratégie de contre-révolu-
tion. L’objectif de cette stratégie discursive est de soumettre la
rhétorique républicaine et révolutionnaire à l’axiomatique iden-
titaire de l’idéologie nationale-raciste afin de transmuer le projet
d’émancipation en programme réactionnaire.
La vision identitaire du monde s’est donc bien constituée en
réaction à un processus proprement moderne qui bouleverse les
sociétés chrétiennes en Europe avant d’affecter le monde entier :
la révolution sociopolitique de l’ordre traditionnel en contrepoint
de la constitution d’une société multiconfessionnelle (la Réforme
puis la Révolution) et, plus tard, la naissance d’une société multi-
culturelle comme effet en retour de la colonisation européenne
des autres continents (la Conquista puis les conquêtes impéria-
listes du xixe siècle). À l’époque moderne, la mondialisation est
la politique extérieure de l’Europe chrétienne : la conquête des
autres continents et la destruction des autres mondes culturels
poursuivent le but d’exploiter les ressources naturelles et d’as-
servir les forces humaines en les soumettant à la logique des
intérêts européens. Dès l’origine, la modernité née en Europe
nationale-socialiste » qui a effectivement renversé cette république démo-
cratique ; voir S. Breuer, Anatomie der konservativen Revolution, Darmstadt,
Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1993/1995.
1. À propos du sens de ce terme, je me permets de renvoyer à mon article :
C. Ferrié, « Le nationalracisme de Carl Schmitt », in « La voix », Cahiers philoso-
phiques, n° 109, avril 2007 p. 59-78.
Christian Ferrié 65
serait prise dans ce processus de mondialisation qui contraint
les cultures conquises ou colonisées à la modernisation, c’est-à-
dire à une rationalisation du mode de vie traditionnel : ce qui ne
peut que mondialiser le désenchantement, diagnostiqué par Max
Weber, d’un monde sans esprits et autres objets de croyance. La
modernisation des sociétés et des économies présuppose ainsi
un processus de mondialisation culturelle qui se traduit par une
colonisation politico-militaire et une exploitation économique
des ressources des pays colonisés. La dimension culturelle de la
conquête européenne du monde ne doit donc pas être négligée :
l’évangélisation initiale, qui perdure pour partie, s’est entre-
temps effacée devant l’affirmation de valeurs modernes qui
dénient toute validité aux croyances religieuses des populations
locales. Comme l’époque moderne est prise dans ce processus de
mondialisation des cultures et des économies qui font se percuter
violemment des sociétés complètement hétérogènes, le destin
globalitaire de ce processus qui soumet les cultures humaines
aux lois d’airain des marchés financiers préside à l’apparition
de mobilisations identitaires de masse. Car les réactions identi-
taires à l’hégémonie européenne ou occidentale obéissent à une
logique tout autant culturelle que socio-économique. Le sursaut
islamiste auquel on assiste actuellement peut ainsi être interprété
comme une réaction de ressentiment envers une mondialisation
européenne qui est jusqu’à présent parvenue à imposer idéolo-
giquement son modèle de société comme une norme universelle.
Fonction de multiples facteurs, la réaction identitaire prend
différentes formes selon que l’identité en question est d’ordre
religieux, culturel, national ou même local. Comme l’identité
revendiquée est forcément implantée dans une zone d’influence
qui peut être internationale, nationale, régionale ou simplement
locale, l’affirmation identitaire prend racine dans cet espace
géopolitique plus ou moins vaste selon le type d’identité. Par
exemple, le christianisme est une religion partagée en Europe par
des peuples latins, germaniques et slaves pendant que l’islam l’est
par des populations arabes, turques, iraniennes, etc. Chacune de
ces religions est en outre divisée en différentes confessions qui
66 Du principe identitaire
peuvent donner lieu à des focalisations identitaires. De même, le
pangermanisme ou le panslavisme tout comme le panarabisme
peuvent comprendre en leur sein des subdivisions nationales et
même régionales ou locales où le phénomène identitaire peut
apparaître, d’ailleurs en corrélation avec d’autres types d’identité.
Selon le contexte, les revendications identitaires de différents types
(religieux, culturel, etc.) et niveaux (local, régional, national, etc.)
peuvent entrer en synergie ou en contradiction entre elles. Mais le
programme identitaire est le même : supprimer les différences et
les différends à l’intérieur d’un territoire délimité afin d’y imposer
l’hégémonie d’une identité et le règne du principe d’identité.
Le programme identitaire
L’identité en jeu se définissant à partir de contenus qui sont
censés en cerner la substance propre et la discerner de toute
identité autre, le principe d’identité dont il est ici question n’est
pas celui de la logique formelle. Il fait sens de parler à ce propos
d’un principe identitaire qui commande d’hypostasier les contenus
« essentiels » auxquels les communautés opposées se sont iden-
tifiées par opposition les unes aux autres. Le refoulement du
processus d’identification permet à l’identité qui en résulte de
se constituer en substance prétendument intemporelle et indé-
pendante. Ce principe obéit donc à une idéologie essentialiste
qui réifie les différences entre les identités conjoncturellement
opposées afin de marquer les oppositions et de démarquer des
identités qui se croient substantielles. L’essentialisation des iden-
tités et des différences est le procédé fondamental qui permet de
dénier toute contradiction au sein de l’identité propre par une
sorte d’externalisation des contradictions. Le principe identitaire
implique le refoulement du principe de contradiction hors de
l’identité propre. Il y a refoulement et dénégation dans la mesure
où la constitution de l’identité propre a pour ressort pulsionnel la
négation de l’altérité. Il s’agit ainsi d’assurer le culte de l’identité
propre au sein d’une entité territoriale en y cultivant l’opposition
substantielle entre les images stéréotypées des identités ennemie
et amie, étrangère et propre.
Christian Ferrié 67
Afin de repérer l’image de l’ennemi que se forgent actuelle-
ment les identitaires, il suffit de lire le titre du best-seller popu-
liste d’Akif Pirinçci qui conjoint national(rac)isme et sexisme
patriarcal et homophobe : Une Allemagne insensée. Le culte
démentiel des femmes, des homosexuels et des migrants (2014).
Il ne manque plus que l’antisémitisme. Mais, si l’Allemagne
est épargnée par ce phénomène à cause de son passé nazi, ce
n’est pas le cas autre part en Europe. Par exemple, le député
belge Laurent Louis et la galaxie soralienne en France attestent
de la résurgence d’un antisémitisme viscéral qui se travestit à
l’extrême droite derrière un antisionisme de façade : la stra-
tégie de ces groupes consiste à renoncer à l’islamophobie pour
fédérer dangereusement des extrêmes droites islamistes et
franchouillardes de provenance et de conviction radicalement
différentes autour d’un commun antisémitisme. C’est une des
deux nouveautés de ces dernières décennies avec la montée en
puissance de nouvelles formes de sexisme : l’hostilité machiste
au féminisme est désormais complétée par une homophobie
virulente qui s’est manifestée brutalement à l’occasion de la loi
sur le Mariage pour tous. Dans cette même veine, la campagne
de dénigrement des études de genre et, en particulier, l’orga-
nisation de journées de retrait de l’école trahissent une fixa-
tion identitaire sur l’identité sexuelle comme donnée naturelle
que la droite réactionnaire d’obédience catholique ou islamique
partage avec une extrême droite qui confesse au contraire une
forme de néopaganisme . Il est en fait inutile de multiplier les
exemples tant sont légion les stéréotypes identitaires au cœur
des préjugés racistes et sexistes, mais il convient d’en bien
saisir la logique. Car, si les combats identitaires portent sur des
contenus qui varient au cours du temps, et ce au gré des fixa-
tions pulsionnelles des identités, cela revient toujours au même :
[Link], à ce propos, l’article informé et nuancé de François Stéphane qui discerne,
au sein du néo-paganisme, entre une tendance identitaire qui cède à un racisme
« folkiste » anti-moderne et un courant différentialiste qui constituerait une forme
non raciste d’ethnicisme communautariste : « Le néo-paganisme et la politique :
une tentative de compréhension », Raisons politiques 1/ 2007 (no 25), p. 127-142.
68 Du principe identitaire
assurer l’hégémonie du principe identitaire au sein de l’espace
où le combat prend place.
Aux xixe et xxe siècles, le phénomène identitaire s’est surtout
manifesté à l’intérieur du cadre national, et ce en réaction à trois
événements : sur le plan culturel, la constitution d’une société
multiconfessionnelle qui implique la coexistence d’une pluralité
d’identités culturelles sur un même territoire national ; sur le
plan géopolitique, la montée en puissance d’aspirations natio-
nales que l’issue de la Grande Guerre vient frustrer ; sur le plan
idéologique, l’apparition d’une vision internationaliste du monde
qui présuppose un conflit irréductible entre les classes sociales
d’une même nation. Par rapport à ce schéma de la lutte des
classes qui repère une contradiction au sein même de la « commu-
nauté » nationale, l’idéologie identitaire déplace la ligne de front à
l’inter-national afin de refouler la contradiction hors de l’identité
nationale. Les notions peuvent bien changer au cours du temps,
elles ne sont que des variations sur le thème d’un principe qui
reste identique : la lutte des races au centre de l’idéologie natio-
nale-raciste qui s’est emparé des esprits à la fin du xixe siècle
avant de légitimer les génocides nazis répond à la même logique
identitaire que le schéma idéologique du conflit des civilisations
actuellement en vogue ou bien les combats inter-ethniques et
inter-confessionnels qui se sont déchaînés ces dernières décen-
nies. Le programme d’épuration ethnocidaire et génocidaire
pour imposer la vision identitaire de la société humaine est bien
le même : il s’agit de « rétablir » en son intégrité menacée une
communauté qui se croit culturellement et naturellement homo-
gène en expulsant ou en exterminant les éléments hétérogènes.
C’est la logique de l’épuration ethnique en particulier, tout
autant que des guerres de religion en général.
L’objectif est en principe de détruire une société devenue
multiculturelle et multicultuelle en bannissant ou en éliminant
les groupes minoritaires qui la divisent de l’intérieur. Mais le
but est bien souvent, en pratique, de dominer et d’exploiter les
groupes autres sans les détruire, notamment dans le cas fréquent
de l’hégémonie d’un groupe minoritaire. De ce point de vue,
Christian Ferrié 69
il n’y a qu’une différence stratégique entre les groupes soumis
à la logique identitaire : dès qu’une communauté « opprimée »
prend le dessus, elle fait subir le même sort au groupe jusqu’alors
hégémonique. En fait, la mise en œuvre du programme identi-
taire et même son expression publique dépendent du rapport de
force entre les groupes tout autant que de l’idéologie dominant
la société. Dans un contexte idéologique où le racisme est fustigé
comme « politiquement incorrect » – c’est le cas actuellement en
Europe –, les groupes identitaires doivent tactiquement mettre
entre parenthèses la dimension fondamentalement raciste de
leur national(rac)isme : le nationalisme revendiqué haut et fort
est une couverture de circonstance qui recouvre le programme
national-raciste qu’ils couvent. Mais cette concession conjonc-
turelle est un déni purement stratégique qui n’engage aucune-
ment la ligne identitaire de ces groupes. À l’heure actuelle, la
nébuleuse identitaire oscille ainsi entre dénégation d’un racisme
de facture néo-nazie et revendication d’une identité nationale-
raciste. C’est pourquoi le refoulement des éléments ouvertement
néonazis hors d’un Front national, auquel il s’agit de donner une
coloration républicaine, ne peut empêcher le retour du refoulé
sous les espèces de provocations racistes et autres déclarations
antisémites de certains de ses membres éminents ou de ses
sympathisants de base.
La pulsion de mort identitaire
contre toute contradiction
Il faut en conséquence refuser d’avaliser les notions qui
permettent aux ennemis du politique de se donner l’apparence
de respecter les règles du jeu politique, par exemple en se procla-
mant républicains : le républicanisme des Republikaner de l’Alle-
magne actuelle est un paravent de même type que le prétendu
socialisme national des nazis. C’est pourquoi Hannah Arendt a
tort de reprendre, à la suite de Carl Schmitt, l’auto-dénomination
des organisations nazies comme mouvement contre le système .
1. Voir, de Hannah Arendt, le chapitre cardinal des Origines du totalitarisme (1951)
70 Du principe identitaire
C’est un tort, car le nazisme n’était pas un mouvement politique
– cela aurait présupposé un projet d’autonomie et une dyna-
mique autonome du peuple en mouvement – : il s’agissait en
fait de la mobilisation autoritaire d’une masse considérable de
gens qui se sont asservis à un système de domination totale.
La structure pulsionnelle à l’origine de cette servitude « volon-
taire » combine l’identification narcissique au chef de la horde
(Führer), une forme d’hystérie dans l’auto-exaltation collective
de l’entité ethnico-nationale, une tendance masochiste à l’auto-
asservissement et – c’en est l’inversion – le sadisme du penchant
à soumettre les autres peuples à une domination de facture natio-
nale-raciste. Le ressort pulsionnel du phénomène identitaire en
éclaire la signification politique.
Poussées et dominées par une pulsion mortifère, les réactions
de type identitaire au processus moderne de désintégration des
identités traditionnelles s’installent dans la réaction polémique.
Ces identités réactionnaires sont le produit de fixations identi-
taires dont le caractère réactif est refoulé en tant que tel. Tous les
groupes qui s’agitent et s’organisent à l’extrême droite de l’échi-
quier politique, religieux ou culturel placent leur identité comme
une évidence au principe de leur intervention publique. Mais ces
identités prétendument naturelles sont en fait des constructions
culturelles qui se constituent de manière réactive à partir du prin-
cipe identitaire : l’identité propre se constitue en réaction à l’alté-
rité, à travers la négation polémique de l’autre (le fascisme est
anticommuniste, le nazisme antisémite, etc.). L’image négative
de l’ennemi a pour fonction de permettre aux identitaires de s’y
miroiter en négatif. C’est que la mobilisation identitaire a viscéra-
lement besoin d’ennemis : la complète hétéronomie du principe
identitaire est attestée par ce besoin obsessionnel qui relève d’une
sorte de dépendance pulsionnelle à l’endroit de l’autre honni.
Il y a hétéronomie car l’altérité impose sa loi à l’identité des identi-
taires, pris en toute contradiction dans leur logique d’opposition
systématique aux autres. Mais la pulsion de mort qui domine les
intitulé « Parti et mouvement ».
Christian Ferrié 71
identitaires leur permet de refouler polémiquement toute espèce
de contradiction et tend même à l’anéantir en expulsant l’altérité
qui habite et travaille toute identité.
Les obsessions identitaires fantasment ainsi l’impossible
fixation d’une identité à tout jamais stable qu’aucune altérité ne
pourrait plus déstabiliser. C’est un fantasme du fait même que le
principe identitaire est par principe hétéronome : loin d’être une
production autonome, le programme réactionnaire des groupes
identitaires naît d’une réaction d’opposition au projet d’émanci-
pation et d’autonomie de mouvements qui luttent contre toute
forme de domination et d’exploitation. Le principe d’identité au
fondement de l’idéo-logique identitaire cherche bien à dissimuler
le caractère seulement second et dérivé de l’identité réactive, mais
sa logique d’opposition réactive aux autres identifiés comme
ennemis ne peut que révéler la dépendance congénitale de l’iden-
tité propre envers l’altérité de ses ennemis. C’est la contradic-
tion même du principe identitaire, fondé depuis la Révolution
française sur un ressentiment anti-égalitaire contre toute espèce
d’émancipation juridico-politique, socio-économique et cultu-
relle des catégories de population dominées et exploitées au sein
de la société (sans-culottes, juifs, femmes, ouvriers, etc.).
S’émanciper du principe identitaire
en assumant le principe de contradiction
Au fait de la division fondamentale et radicale d’une société,
en principe conflictuelle, dans laquelle règne la pluralité (multi-
culturelle, multi-confessionnelle, multi-sexuelle), les mouve-
ments d’émancipation égalitaire travaillent au contraire à en
assumer les contradictions. C’est la seule manière de se donner
le pouvoir de dégager une alternative au système capitaliste et
productiviste qui est la source de ces contradictions. Il s’agit
d’assumer le principe de contradiction et d’en reconnaître le
caractère indépassable contre le fantasme identitaire du règne
du principe de non-contradiction au sein de l’identité propre.
C’est que le principe de contradiction, à vrai dire le principe de
l’existence de contradictions multiples et variées, est irréductible.
72 Du principe identitaire
De ce fait, ces mouvements égalitaires de facture anti-identitaire
ne peuvent en toute innocence s’installer dans l’affirmation de
leur propre identité et encore moins s’identifier à leur réaction
d’opposition aux mobilisations réactionnaires et identitaires : ce
serait sombrer en toute contradiction dans la logique identitaire
au lieu d’assumer les contradictions d’une identité ouverte à l’al-
térité. En outre, la dénonciation pure et simple du front identi-
taire est pernicieusement nocive en tant qu’elle peut conforter le
sentiment victimaire à la base de la nébuleuse identitaire et servir
ainsi la stratégie d’auto-victimation des groupes qui l’organisent.
Ce serait donc une faute politique de se définir en premier
lieu à partir de ses ennemis (comme anti-fascisme, anti-racisme,
anti-sexisme, etc.) et de céder à la logique identitaire en se satis-
faisant d’images stéréotypées de l’ennemi (le facho-macho,
etc.). Il existe des précédents historiques qu’il conviendrait
de méditer : au cœur de la Révolution, le patriotisme a connu
à partir du printemps 1793 une poussée xénophobe dont les
ressorts pulsionnels mériteraient d’être élucidés. Il s’avère à cet
égard indispensable de déconstruire radicalement l’idée même
de patrie et l’idéal patriotique de la fraternité afin de pouvoir
s’émanciper du principe identitaire. Car les tendances identi-
taires que les mouvements anti-identitaires développent imman-
quablement, et d’une manière immanquablement réactive, sont
en fait une contradiction à assumer : c’est la condition pour la
surmonter, autant que faire se peut. Mais cela présuppose de
parvenir à retourner la pulsion de mort polémique qui affecte les
mouvements politiques du fait de leur lutte elle-même polémique
contre les mobilisations de masses réactionnaires et identitaires.
Par contraste avec ces mobilisations dominées par une pulsion
de mort réactive et polémique, les mouvements politiques d’es-
sence démocratique sont impulsés et animés par une pulsion de
vie politique qui doit ainsi se prémunir de manière souveraine
contre toute forme de ressentiment. En principe du moins, ces
1. J. Derrida, Politiques de l’amitié (1994), p. 12-13 & p. 98 ; cf. p.128 (il y est
question de « la rage identitaire »).
Christian Ferrié 73
mouvements d’émancipation sociopolitique ne se déterminent
que de manière seconde par leur engagement contre les réactions
identitaires ; par principe, ils se définissent d’abord et avant tout
en toute autonomie : à partir d’un incessant mouvement d’auto-
constitution et de co-institution autonome du groupe en mouve-
ment. Cette auto-affirmation, souveraine – au sens d’inspiration
nietzschéenne que Bataille donne à ce terme –, produit des iden-
tifications historiquement déterminées qui sont destinées non
pas à se laisser hypostasier, mais à se transfigurer au cours du
temps. La définition autonome du projet d’émancipation prime
donc en principe, et elle doit par principe primer sur l’identifica-
tion secondaire et dérivée des ennemis du politique qui en nient
la logique pluraliste.
Le projet d’autonomie implique de changer la manière de
penser (Denkart) dans le sens de l’autonomie. Pour ce faire, il
faut traiter les ennemis identitaires de manière souveraine en
suivant une double stratégie : éviter les stéréotypes d’une dénon-
ciation qui emprunte la logique identitaire ; soumettre à l’épreuve
du feu critique les notions identitaires (les catégories à travers
lesquelles ils se dénomment et dénomment leurs ennemis, les
concepts qu’ils empruntent à la logique de l’émancipation pour
en retourner et pervertir le sens). Mais cela suppose de se défaire
de toute réaction de rejet réactif comme peut l’être en particulier
la simple inversion des analyses ou encore l’excès d’une suspi-
cion idéologique pratiquée en dépit de tout sens critique. En plus
de céder en toute contradiction à la logique identitaire de la puri-
fication, l’objectif de traquer toute contamination idéologique
peut en effet sombrer dans une sorte de délire obsessionnel : c’est
le cas lorsqu’on en arrive à suspecter le végétarisme sous prétexte
que le Führer se serait astreint à une telle diète pour essayer de
résoudre des problèmes digestifs. C’est un exemple extrême qui
illustre néanmoins à quelles extrémités insensées peut mener la
pratique du contre-pied idéologique. De même, la revendication
nationale- raciste du terroir identitaire ou la naturalisation des
rapports sociaux et des genres sexuels n’autorisent aucunement
à dénoncer toute référence à la terre ou à la nature : la nature
74 Du principe identitaire
comme complexe de la vie sur terre n’appartient pas plus aux
réactionnaires que l’identité aux identitaires. Les êtres humains
ayant le sens de l’identité – ce sentiment qui peut donner lieu à
ressentiment serait comme inhérent à la condition humaine –, il
convient de ne pas tant rejeter le motif de l’identité que d’ana-
lyser les processus d’identification à travers lesquelles se consti-
tuent les identités en mouvement. C’est la condition sine qua non
pour s’émanciper de manière souveraine du principe identitaire.
Forêt noire, été 2014