1.
Objet et intérêt du cours
Le présent cours se propose d'étudier les principes et les règles qui régissent les biens.
Mais, l'on s'en douterait et comme l'indique son intitulé, il est ici question de n'étudier que les
aspects civils du droit des biens en excluant donc le domaine des biens n'appartenant pas aux
particuliers.
La nécessité de l'étude du droit des biens ne peut être mise en doute : « dans le droit
civil, c'est le droit des biens qui a plus le poids, parfois pesant : celui de la terre, des maisons,
de la propriété, de la richesse ; tellement lourd que l'argent rend (parfois) bête et méchant »,
en générant des conflits des plus complexes.
CHAPITRE 1 LES BIENS ET LE PATRIMOINE
1. Le bien
1.1. Définition
L'on désigne par le terme « bien » toute une catégorie hétéroclite des choses qu’une
personne peut avoir en sa possession.
1.2.Catégories de biens
De façon générale, on distingue deux catégories de biens : les biens meubles et les biens
immeubles.
1.3. Les biens meubles
Les biens meubles sont des choses qui peuvent se déplacer ou être transportés. L'on distingue
deux sortes de meubles :
les meubles par nature ;
les meubles par détermination de la loi.
1.3.1. Les biens meubles par nature
Les meubles par nature sont des corps qui peuvent se déplacer d'un lieu à un autre, soit
qu'ils se meuvent par eux-mêmes, comme les animaux, soit qu'ils ne puissent changer de place
que par l'effet d'une force étrangère, comme les choses inanimées.
Il en est ainsi de :
bateaux, bacs, navires, moulins et bains sur bateaux et généralement toutes usines non
fixées par des piliers et ne faisant point partie de la maison ;
des matériaux provenant de la démolition d'un édifice, ceux assemblés pour en
construire un nouveau, jusqu'à ce qu'ils soient employés par l'ouvrier dans une
construction.
1.3.2. Les biens meubles par détermination de la loi
Les meubles par détermination de la loi sont les droits qui se rapportent à des biens
meubles et ils ne sont que parce que la loi en a ainsi disposé. Tel est le cas des obligations
(dettes) et actions (créances) qui ont pour objet des sommes exigibles ;
1.4. Les biens immeubles
Par biens immeubles, ceux qui par nature sont immobilisés, attachés ou incorporés au
sol de sorte, une fois détachés, qu'ils perdraient leur essence.
Les choses sont immeubles soit par leur nature soit par leur incorporation, soit par leur
destination,
1.4.1. Les biens immeubles par nature
Il s'agit des biens qui sont naturellement immobiles. Ainsi les fonds de terre et les
bâtiments sont immeubles par nature.
les chambres froides construites en briques, pierres et moellons incorporés au sol ;
les poteaux électriques, lorsqu'ils sont incorporés au sol avec lequel ils adhèrent
profondément;
1.4.2. Les biens immeubles par incorporation
Il s'agit des biens immeubles corporels qui sont rattachés au sol par immobilité et
perpétuellement. C'est le cas des bâtiments et des arbres (qui sont en droit belge, par exemple,
des immeubles par nature!).
1.4.3. Les biens immeubles par destination
Les objets mobiliers placés par leur propriétaire dans un immeuble qui lui appartient ou
sur lequel il exerce un droit immobilier qui est de nature à lui permettre d'user ou de jouir de
l'immeuble.
2. Le patrimoine
Les biens ou les choses ne peuvent être juridiquement appréhendés sans faire appel à la
notion de patrimoine.
2.1. Définition
Le patrimoine est défini comme l'ensemble des biens qu'une personne peut posséder
2.1. Composition du patrimoine
Le patrimoine d'une personne est composé des éléments actifs (droits, créances) et des
éléments passifs (obligations, dettes).
a) Eléments actifs : droits ou créances
II s'agit de tous les éléments ou tous les biens appréciables en argent et qui constituent
des droits pour son titulaire. Tel est le cas des créances (loyers
échus, rémunérations, salaires, prix d'une chose vendue ...), des droits réels (les meubles, les
immeubles).
b) Eléments passifs : obligations ou dettes
Le passif d'un patrimoine est composé de tous les éléments qui se présentent comme des
dettes, des obligations de son titulaire.
2.2. Caractères des éléments du patrimoine
Ainsi que l'on peut en déduire logiquement de la théorie juridique du
patrimoine, les éléments du patrimoine présentent trois caractères :
la cessibilité
la transmissibilité
la saisissabilité.
1. Cessibilité
On parle de la cessibilité lors que la cession peut se faire soit du vivant du titulaire soit à
son décès.
2. La transmissibilité
Elle suppose le transfert des biens du de cujus (kuyus) pour le patrimoine de ses héritiers.
Encore une fois, il ne s'agit pas du transfert de son patrimoine (qui disparaît avec son titulaire)
mais des éléments du patrimoine. Les héritiers ne pourraient pas recueillir uniquement les
éléments actifs. Ils répondront également des éléments passifs (dettes contractées par le de
cujus).
3. La saisissabilité
Il est dit que nul ne peut être saisi en ses biens qu'en vertu d'une décision prise par une
autorité judiciaire compétente.
La propriété privée est sacrée. L'Etat garantit le droit à la propriété individuelle ou collective
acquise conformément à la loi ou à la coutume.
CHAPITRE 2 LA PROPRIETE ET SES FORMES
2.1. Définition
La propriété est définie comme un droit reconnu par la loi, de disposer d’une chose
d’une manière absolue et exclusive.
2.2. Caractères du droit de propriété
Le droit de propriété connaît quatre caractères :
a. Propriété : un droit.
La propriété est un droit parce qu’elle permet de jouir et de disposer des choses. Ça veut
dire que c’est un pouvoir du droit.
b. Droit absolu
La propriété est un droit absolu du fait qu’elle est un droit à tous, donc le propriétaire peut
défendre et revendiquer son bien à l’égard de tous.
c. Droit exclusif
Par cette caractéristique, on veut dire que le droit de propriété est un droit individuel, il
n’appartient qu’au titulaire du droit lequel en jouit sans partage.
d. Droit perpétuel
La propriété est un droit perpétuel parce que ça dure longtemps ou définitivement et non
temporaire.
2.3. Expropriation
L’expropriation est l’action par laquelle une autorité publique prend un bien privé à son
propriétaire, dans un but d’intérêt général tout en offrant une compensation financière
équitable pour la perte subie par le propriétaire.
Ex :
▪ Urbanisme
▪ Projet d’infrastructure publique
2.4. La réquisition
La réquisition est un acte par lequel l’autorité publique oblige un particulier ou une
entreprise à mettre à disposition des biens ou des services pour satisfaire un besoin d’intérêt
public, généralement en période de crise.
2.5. La confiscation
La confiscation est une mesure juridique qui consiste en la saisie définitive d’un bien ou
d’une propriété par l’état sans compensation financière au propriétaire.
2.6. Les attributs de la propriété
De la définition classique de la propriété résulte trois attributs de celle-ci : le droit
d’user de la chose (usus) ; de jouir de la chose (fructus) et d’en disposer (abusus).
A. Droit de disposer
Disposer d’un droit, c’est épuiser l’utilité qu’il présente, c’est en faire un usage total et
dernier. Le propriétaire peut donc disposer de sa chose en changeant sa forme, en l’aliénant ou
en la perdant.
B. Droit de jouir et d’user.
Les titulaires d’un droit réel sur la chose du propriétaire pourront avoir le droit de jouir
et d’user de la chose, mais n’auront pas la faculté d’en altérer la substance, c’est-à-dire, de la
détruire.
2.7. Droit réel
Le droit réel est défini quant à lui comme «un rapport juridique immédiat et direct entre
une personne et une chose.
La chose étant un droit il est un élément actif du patrimoine de son titulaire. Le droit réel
est par conséquent un élément actif du patrimoine.
2.7.1. Caractères des droits réels
En tant que prérogative reconnue et exercée directement par une
personne sur une chose, le droit réel revêt trois caractères :
droit absolu
droit de suite
droit depréférence
2.7.1.1. Droit absolu
Le droit réel est un droit absolu en ce sens qu'il est opposable à tous. Son titulaire peut
s'en défendre envers tous.
2.7.1.2. Droit de suite
Il implique un droit de suite dans la mesure où, en vertu du premier caractère, son
titulaire est habilité à revendiquer son droit entre les mains de qui que ce soit.
2.7.1.3. Droit de préférence
Le droit de préférence suppose qu'en cas de conflit l'opposant à d'autres personnes, le
titulaire d'un droit réel est toujours préféré car il est considéré.
CHAPITRE 3 LES OBLIGATIONS
3.1. Définition
L’obligation est un lien de droit obligeant une personne à donner (dare), faire (facere)
ou ne pas faire (non facere) une chose.
3.2. SOURCES DES OBLIGATIONS
1. Le contrat
Le contrat est une convention par laquelle une ou plusieurs personnes s’engagent envers
une ou plusieurs autres à donner, faire ou ne pas faire quelque chose. Les obligations en
résultant peuvent être unilatérales ou réciproques.
Le contrat suppose un accord des parties, né de leur libre volonté.
2. Le quasi-contrat
Le quasi-contrat est un engagement naissant sans qu’il y ait eu une convention préalable
entre parties. La volonté de celui qui se trouve avoir une obligation n’est pas intervenue. Il n’y
a pas eu accord.
La gestion d’affaires
C’est l’intervention spontanée dans les affaires d’un tiers, à son insu et dans son intérêt.
Obligations résultant de la gestion d’affaires : celui qui en bénéficie devra rembourser les
dépenses utiles et nécessaires faites dans son intérêt.
Le paiement de l’indu
C’est le paiement d’une somme par erreur et sans aucune obligation.
Obligations résultant du paiement de l’indu : celui qui reçoit un paiement indu a l’obligation
de le restituer.
L’enrichissement sans cause
C’est le fait pour une personne d’avoir bénéficié d’un enrichissement au détriment d’un
tiers et ce, sans qu’il y eut obligation légale ou conventionnelle.
Obligations résultant de l’enrichissement sans cause : obligation d’indemniser mais dans la
mesure de l’enrichissement.
3. Le délit
Le délit est tout fait réprimé par la loi pénale. L’obligation de remboursement ou
d’indemnisation de la victime ne naîtra pas de la volonté de celui qui y est astreint : elle sera
imposée par le jugement.
4. Les obligations solidaires
La solidarité est légale ou conventionnelle.
La solidarité passive
Il y a obligation solidaire entre plusieurs débiteurs lorsque le créancier peut exiger
exécution intégrale de n’importe lequel des débiteurs. En cas de décès d’un des débiteurs, la
solidarité ne passe pas à ses héritiers. Celui qui a payé la dette peut réclamer remboursement
de leur part aux autres débiteurs.
La solidarité active
Il y a obligation entre plusieurs créanciers lorsque l’un d’eux peut exiger du débiteur
paiement totale de la créance.
8. Les obligations indivisibles
L’obligation indivisible est celle qui par sa nature ou par son objet n’est pas susceptible
d’une exécution partielle. Une obligation divisible peut cependant être conventionnellement
déclarée indivisible. En cas de décès du débiteur, l’obligation ne se divise pas entre les
héritiers. La notion d’indivisibilité est pour ce motif souvent jointe à celle de solidarité.
3.2. Les espèces de contrats
1. Le contrat bilatéral
Le contrat bilatéral (ou synallagmatique) est celui par lequel chacune des parties prend
une obligation.
2. Le contrat unilatéral
Seule une des parties a des obligations (garder et remettre). Le contrat unilatéral est
celui par lequel seule une partie à des obligations.
3. Le contrat aléatoire
Le contrat aléatoire est celui dans lequel les chances de gain ou de perte pour chacune
des parties dépendent d’un évènement incertain.
4. Le contrat commutatif
Le contrat commutatif est celui où chacune des parties s’engage à donner ou à faire une
chose équivalente à ce qu’on lui donne ou fait pour elle.
5. Le contrat d’adhésion
Le contrat d’adhésion est celui dans lequel une des parties donne son accord à un
contrat dont elle ne peut discuter les clauses.
CHAPITRE 4 DROIT PENAL