These DR Essimi
These DR Essimi
Sous la direction de :
A mes parents :
Et au :
i
R emerciements
J’adresse ma sincère reconnaissance à mon directeur de thèse, le Professeur Patrick
Edgard ABANE ENGOLO, pour m’avoir guidé, conseillé, encouragé au cours de chaque
étape de cette thèse. Je souhaite également lui faire part de ma reconnaissance pour la
confiance qu’il a toujours témoignée à mon égard, sa générosité depuis notre rencontre et la
liberté qu’il m’a accordée dans mes recherches.
Je remercie Laetitia MANGA dont l’affection a apaisé les difficultés éprouvées durant
la réalisation de ce travail.
ii
A vertissement
iii
R ésumé
Mais pour mettre le litige en mesure d’être jugé, le juge administratif dispose à
l’instruction contentieuse d’une dualité de pouvoirs. Les premiers, ceux qui sont dans l’ordre
de la procédure, permettent au juge administratif de conduire, de diriger et d’orienter la
procédure. Ils se manifestent par l’organisation de la communication entre les parties au
procès et la fixation du cadre temporel de l’instance. Les seconds, ceux qui sont dans l’ordre
du fond ou encore de la substance du litige, intéressent davantage l’établissement d’éléments
de preuve indispensables à l’éclosion de la vérité. Ceux-ci offrent au juge la faculté
d’aménager le régime probatoire en vue de restaurer l’équilibre entre les parties lorsque celui-
ci est faussé dans l’offre de la preuve. Aussi, lui permettent-ils de prescrire des mesures
spéciales d’instruction lorsqu’une connaissance plus profonde des faits n’a pu être faite au
terme de l’instruction générale.
iv
A bstract
The exercise of the duties of the administrative judge in view of the resolution of
administrative litigation demands that he should be equip for such a mission. The exercise of
this noble mission is fundamentally marked by preliminary investigation, the stage where the
solution to the litigation is found. It is here that the litigation can be a measure of judgment.
But for the litigation to be a measure of judgment, the administrative judge disposes of
a duality of competence as concerns the preliminary of the litigation. Firstly, those that are in
the order of the procedure, permits the administrative judge to lead, direct and orientate the
procedure. It is manifested by the organisation of the communication between the parties to
the lawsuit and the fixation of the temporal sphere of the proceeding at law. Secondly, those
in the order of the base or the substance of the litigation, concerning the establishment of the
elements of an indispensable proof to the hatching of the truth. Also, it permits him to
prescribe special investigative measures when a profound knowledge of the facts wasn’t
gotten at the end of the general investigation.
v
S igles, abréviations et acronymes
AP : Assemblée plénière
Ibidem : Même auteur et le même ouvrage qu’à la référence précédente, page différente
Idem : Même auteur, ouvrage différent qu’à la référence précédente
In : Dans
vi
JCP : Jurisclasseur périodique
LGDJ : Libraire générale de droit et de jurisprudence
Loc. cit. : Même auteur, même ouvrage dans la même page que la référence précédente
Mel. : Mélanges
MINAT : Ministre de l’Administration territoriale
MINATD : Ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation
MINUH : Ministère de l’urbanisme et de l’habitat
Op. cit. : Suit le nom de l’auteur et l’ouvrage déjà cité de cet auteur
Ord. : Ordonnance
OSE : Ordonnance de sursis à exécution
PCA : Président de la chambre administrative
PUC : Presses Universitaires du Cameroun
PUD : Presse Uninersitaire de Dschang
PUF : Presses Universitaires de France
PUG : Presse universitaire de Grénoble
RASJ : Revue Africaine des sciences juridiques
RCD : Revue camerounaise de droit
RCSP : Revue camerounaise de droit et de science politique
RDA : Revue de droit administratif Ŕ Cameroun
RDP : Revue du droit public et de la science politique en France et à l’étranger
RFDA : Revue française de droit administratif
RFTJ : Revue française de théorie juridique
RJPIC : Revue Juridique et Politique Indépendance et Coopération
S. : suivant (e) (s)
SCAY : Section de la chambre administrative de Yaoundé.
t. : tome
th. : Thèse
UCAC : Université Catholique d’Afrique Centrale
V. : Voir
Vol. : Volume
vii
S ommaire
Chapitre I : La justification du rééquilibrage par la situation d’inégalité des parties ____ 251
viii
I NTRODUCTION GENERALE
1
Il est de l’intérêt de la société que les contestations relatives à une question de droit
fassent l’objet d’une solution juridique dégagée par un juge1. Ce dernier est, en principe, la
personne la mieux placée pour comprendre et éclairer la cause des justiciables2.
C’est donc à dessein que le juge en général et le juge administratif en particulier a été
institué. Il s’est alors trouvé revêtu d’une noble mission : exercer une fonction contentieuse
qui consiste à trancher les litiges mettant en cause l’administration ou ceux auxquels elle est
partie3. Or cette tâche n’est possible que s’il dispose d’un cadre juridique procédural prévu à
cet effet : le procès administratif, mieux la procédure administrative contentieuse. Celle-ci a
des vertus4, il suffira pour en prendre pleinement conscience d’en dégager les fonctions :
rendre la justice d’une part et résoudre les litiges d’autre part5.
1
AUBY (J-M) et DRAGO (R), Traité de contentieux administratif, t1, Paris, LGDJ, 3e éd., 1984, p.14.
2
GUIMDO DONGMO (B-R), « Le droit d’accès à la justice administrative au Cameroun : contribution à l’étude
d’un droit fondamental », in Revue de la recherche juridique, Droit prospectif, n°1, 2008. p.454.
3
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence : recherche sur la place de l’urgence dans le
contentieux administratif camerounais, Thèse de doctorat d'Etat en Droit Public, Université de Yaoundé II,
FSJP, 27 mars 2004, p. 2.
4
GUIMDO DONGMO (B-R), « Le droit d’accès à la justice administrative au Cameroun … », op. cit., p.454.
5
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, PUF, 2010, p. 37.
6
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, th. Droit, Paris, LGDJ, 1962, p.
405.
2
D’abord, il est communément admis que la procédure administrative contentieuse est
de type inquisitoriale alors que la procédure civile l’est moins ou de type accusatoire. En effet,
la nature des litiges soumis au juge administratif et le caractère de l’intérêt en cause7
conduisent naturellement à lui accorder de larges pouvoirs dans la conduite de l’instance.
Mais il faut observer que cette différenciation des deux procédures est manifeste à la phase de
l’instruction exclusivement. Le juge administratif joue ici un rôle très actif contrairement à
son homologue civil. La magnificence des pouvoirs dont il dispose à cette fin s’en trouve
écartée chez ce dernier. Ce qui en revanche n’est pas le cas dans la phase de jugement où « le
juge administratif et le juge civil se retrouvent armés des mêmes pouvoirs »8. Sous le
bénéfice de ce constat, il se dégage que seuls les pouvoirs dévolus au juge administratif à
l’instruction, contrairement donc à ses pouvoirs de jugement, constituent la marque de son
originalité, d’où l’attention qui leur est portée.
7
Ibid., p. 360.
8
Ibid., p. 405.
9
MAILLOT (J-M), Cours : Contentieux administratif, Leçon n° 4 : L'instruction de l'affaire, Université
Numérique Juridique Francophone, [Link] , consulté le 27 mai 2013 à 12h34, p. 2.
3
sinécure »10. Seulement, et c’est la seconde hypothèse, toute réforme, lorsqu’elle n’est pas
globalement maîtrisée et éclairée comme c’est souvent le cas de celles effectuées sur la
juridiction administrative camerounaise, est source d’instabilité fonctionnelle et
organisationnelle, et partant, conduit à l’alourdissement et à la complexification de celle-ci.
Prétendre alors rendre compte des pouvoirs d’instruction du juge administratif dans
cette atmosphère sinueuse n’est pas chose aisée. Pourtant, c’est la tâche que s’attelle cette
étude lorsqu’elle propose de mener une réflexion sur « Les pouvoirs d’instruction du juge
administratif camerounais ».
Entreprendre une étude sur ce thème de recherche dont l’intitulé vient d’être formulé,
commande d’en appréhender au préalable les contours. Il convient, pour ce faire, de situer le
cadre de l’étude (section I) avant d’envisager son objet et sa méthode (section II).
10
ABA’A OYONO (J-C), « La nouvelle révision du droit de la justice administrative », RASJ n° 1 vol. 8, 2011,
p. 226.
11
BIOY (X), « Notion et concept en droit : interrogation sur l’intérêt d’une distinction », in Les notions
juridiques, Economica, 2009, p. 23.
12
ONDOA (M), Le droit de la responsabilité dans les Etats en développement : contribution à l’étude de
l'originalité des droits africains postcoloniaux, Paris, L'HARMATTAN, 2010, p. 27.
13
GUESSELE ISSEME (L), L’apport de la cour suprême au droit administratif camerounais, th. /PH.D en droit
public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2010, p. 3.
14
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., p. 43.
4
PARAGRAPHE I - LE JUGE ADMINISTRATIF CAMEROUNAIS
A- La notion de juge
Il convient alors, si l’on prend en compte ce qui précède, de noter que l’on ne peut
avec exactitude, ne serait-ce que sous la forme française, retracer les racines de cette notion.
Malgré ces incertitudes originelles, il reste que c’est une notion qui comporte une importante
charge théorique dont il convient de dépeindre. C’est une notion qui est tributaire à la fois des
considérations philosophiques et idéologiques (1) d’une part, historiques et juridiques (2)
d’autre part.
15
Wiktionnaire, [Link] , consulté le 9 janvier 2015 à 15h.
5
l’harmonie dans les relations avec autrui. De ce point de vue les procès et donc les juges
sont un trouble qui signale l’échec de la recherche du juste. Si l’on vient voir le juge, on est
déjà éloigné de toute justice. L’âme est le siège de la justice et non pas le procès ou le
juge »16. Le juge, lorsqu’il n’est pas contesté, en est donc réduit à un rôle second dans la
recherche de la justice, la dimension personnelle de la recherche du juste étant privilégiée.
A sa suite et contrairement à lui, ARISTOTE, dans l’Ethique à Nicomaque, fait du
procès et du juge un élément pertinent dans la définition de la justice et c’est avec lui que la
figure du juge s’installe dans la réflexion de la justice. Le juge apparaît ainsi comme un
instrument de la justice corrective ; « il est pour ainsi dire la justice incarnée ». Dans la
personne du juge, on cherche un tiers impartial et quelques uns appellent les juges des arbitres
ou des médiateurs voulant signifier par-là que, quand on aura trouvé l’homme du juste milieu,
on parviendra à obtenir juste17.
Paul RICŒUR19 pour sa part, relève que les théorèmes de la théorie du juste sont le
« bon », le « légal » et l’ « équitable ». Si à travers le bon, « le sens de la justice est
organiquement lié au souhait d’une vie bonne » et qu’à travers l’équitable, présenté comme
« l’intime conviction », « le juste n’est plus ni le bon, ni le légal », il note à travers le légal,
que le souhait d’une vie bonne doit être borné par l’impératif et le désir par l’interdiction ; le
16
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., p. 53.
17
Loc. cit.
18
“RAWLS, John” Microsoft ® Encarta ® 2009 [DVD]. Microsoft Corporation, 2008.
19
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., pp. 61-66.
6
prédicat obligatoire identifie alors le juste au légal. C’est ici que la règle de justice s’incarne
dans la figure du juge. Pour lui, l’acte de juger permet grâce au procès le passage d’une
« finalité courte », trancher un conflit, mettre fin à une incertitude, à une « finalité longue »,
contribuer à la paix sociale. Plus précis encore, RICŒUR considère que « c’est dans la
figure du juge que la justice se fait reconnaître comme première vertu des institutions
sociales ».
b) L’approche idéologique
Une synthèse de cette pensée permet de réaliser que le juge dans la vision marxiste est
instrumentalisé et son indépendance relèverait en conséquence d’une utopie. A contrario, dans
20
TURPIN (D), « Le juge est-il représentatif ? Réponse : oui », [Link] consulté le 8 janvier 2015
à 19h53, p. 381.
21
Loc. cit.
7
la vision libérale le juge serait incarné par des spécialistes professionnels dont l’indépendance
ne souffrirait que d’une contestation faible.
a) L’approche historico-positive
Le caractère souverain de cette justice était légitimé par l’emprise du divin sur les
sociétés médiévales. Monarchie et divinité étaient étroitement liées, lorsqu’elles ne se
confondaient pas tout simplement. Ce lien était traduit non seulement par le « pouvoir royal
de rendre la justice divine », mais aussi par le « pouvoir divin de rendre la justice royale »,
soutient l’auteur. De fait, d’une part le pouvoir du prince a pour corollaire un devoir de justice
22
COLSON (R), La fonction de juger : étude historique et positive, thèse, Nantes, 2003, version du 25 mars
2009, [Link], consulté le 20 juin 2015 à 22h06.
23
Ibid., p. 9.
24
OURLIAC (P), « La puissance de juger : le poids de l’histoire », in La fonction de juger, Droits, RFTJ, 1989,
n° 9, p. 27.
8
Il peut être ajouté à ces considérations de l’office du juge, la vision classique. Pour la
doctrine, classiquement, l’office du juge se confond avec l’acte juridictionnel qui « traduit la
fonction judiciaire dans son essence »40 et le distingue de tout autre acte public, notamment
administratif. L’acte juridictionnel peut être défini soit de manière formelle par la méthode
propre suivie par l’acte de juger, soit de manière substantielle par sa fonction.
D’un point de vue formel, l’office repose sur trois critères : l’organe, la procédure et
l’indépendance du juge. Est juridictionnel l’acte émanant d’un juge étatique statuant au terme
d’une procédure contradictoire41. Ainsi, pour Raymond CARRE DE MALBERG, le critère
n’est pas à chercher « dans le contenu matériel de l’acte mais [dans] sa forme. Le signe
distinctif auquel se reconnaît l’acte juridictionnel, c’est d’une part, son origine, en tant
qu’il est l’œuvre d’une autorité organisée spécialement pour l’exercice de la juridiction, et
d’autre part, sa procédure, en tant qu’il a été accompli selon les règles propres à la fonction
qui consiste à juger. (…) La notion de juridiction a, en droit, un fondement purement
formel et pas matériel »42.
40
CADIET (L), JEULAND (E), Droit judiciaire privé, Paris, LGDJ, 6e éd., 2009, n° 75 et s.
41
« La prudence et l’autorité l’office du juge au XXI e siècle », Rapport de la mission de réflexion confiée par
Madame Christiane TAUBIRA, garde des Sceaux, à l’Institut des hautes études sur la justice, sur l’évolution de
l’office du juge et son périmètre d’intervention, disponible sur [Link], consulté le 27/01/2015 à 10h, p.15.
42
CARRE DE MALBERG (R), Contribution à une théorie générale de l’État, n° 266, Paris, CNRS Éditions,
1985.
43
« La prudence et l’autorité l’office du juge au XXI e siècle », [Link]., p. 15.
44
DELVOLVE (P), « Le juge et la vérité, aspects de droit public », Annales de la faculté de droit de Toulouse, t.
XXVI, 1978, pp. 339-367.
45
RIALS, (S), « L’office du juge », in La fonction de juger, Droits, RFTJ, Paris, PUF, 1989, n° 9, p. 6.
12
Il peut être ajouté à ces considérations de l’office du juge, la vision classique. Pour la
doctrine, classiquement, l’office du juge se confond avec l’acte juridictionnel qui « traduit la
fonction judiciaire dans son essence »40 et le distingue de tout autre acte public, notamment
administratif. L’acte juridictionnel peut être défini soit de manière formelle par la méthode
propre suivie par l’acte de juger, soit de manière substantielle par sa fonction.
D’un point de vue formel, l’office repose sur trois critères : l’organe, la procédure et
l’indépendance du juge. Est juridictionnel l’acte émanant d’un juge étatique statuant au terme
d’une procédure contradictoire41. Ainsi, pour Raymond CARRE DE MALBERG, le critère
n’est pas à chercher « dans le contenu matériel de l’acte mais [dans] sa forme. Le signe
distinctif auquel se reconnaît l’acte juridictionnel, c’est d’une part, son origine, en tant
qu’il est l’œuvre d’une autorité organisée spécialement pour l’exercice de la juridiction, et
d’autre part, sa procédure, en tant qu’il a été accompli selon les règles propres à la fonction
qui consiste à juger. (…) La notion de juridiction a, en droit, un fondement purement
formel et pas matériel »42.
40
CADIET (L), JEULAND (E), Droit judiciaire privé, Paris, LGDJ, 6e éd., 2009, n° 75 et s.
41
« La prudence et l’autorité l’office du juge au XXI e siècle », Rapport de la mission de réflexion confiée par
Madame Christiane TAUBIRA, garde des Sceaux, à l’Institut des hautes études sur la justice, sur l’évolution de
l’office du juge et son périmètre d’intervention, disponible sur [Link], consulté le 27/01/2015 à 10h, p.15.
42
CARRE DE MALBERG (R), Contribution à une théorie générale de l’État, n° 266, Paris, CNRS Éditions,
1985.
43
« La prudence et l’autorité l’office du juge au XXI e siècle », [Link]., p. 15.
44
DELVOLVE (P), « Le juge et la vérité, aspects de droit public », Annales de la faculté de droit de Toulouse, t.
XXVI, 1978, pp. 339-367.
45
RIALS, (S), « L’office du juge », in La fonction de juger, Droits, RFTJ, Paris, PUF, 1989, n° 9, p. 6.
12
d’où découle logiquement la sentence judiciaire. Pour Léon DUGUIT, par exemple, ces deux
éléments « sont indivisibles, et leur union forme le propre de la fonction juridictionnelle »46.
Le travail du juge commence par un acte de qualification d’un fait d’où il déduirait les
conséquences qui s’imposent. Toutefois, ces deux opérations sont passives : car si la loi
s’impose au juge, les faits le contraignent également ; tout juste garde-t-il une certaine latitude
pour trouver et qualifier les faits47.
Déterminer la notion de juge aura, au bout du compte, nécessité de faire une incursion
en philosophie, sur l’idéologie, en histoire et, naturellement, en droit pour tenter d’en dégager
toute la diversité la caractérisant et permettant de mieux la cerner. C’est en quelque sorte le
passage obligé pour comprendre la notion plus spécifique de juge administratif.
Le juge administratif est le produit d’une dérogation du droit commun. C’est un juge à
part entière et surtout entièrement à part à cause de ses origines (1). Cela influe naturellement
sur sa définition, mieux son décryptage (2).
Il importe avant toute chose de noter que la notion de juge administratif est
essentiellement d’origine française. Il serait ici, à en croire Edouard LAFERRIERE, né de
la peur de voir en le juge judiciaire le « véritable maître de l’Etat »48. En effet, comme le
souligne le Professeur émérite Jacqueline MORAND-DEVILLER, le juge administratif
« est la conséquence d’une lente évolution historique, et d’une méfiance à l’égard (…) des
juges de droit commun représentés au plus haut niveau par les Parlements »49.
La peur du juge de droit commun tient au fait que sous l’Ancien Régime 50 ce dernier
détenait un droit de remontrance en vertu duquel il se montrait volontiers frondeur à l’égard
46
DUGUIT (L), « L’acte administratif et l’acte juridictionnel », RDP, 1906, pp. 413-471.
47
« La prudence et l’autorité l’office du juge au XXIe siècle », [Link], p. 16.
48
LAFERRIERE (E), Traité de la juridiction administrative et des recours contentieux, t1, Nancy imprimerie
Berger-Levrault et Cie, 2e éd., 1896, p. 13.
49
MORAND-DEVILLER (J), Cours : Droit administratif, Paris, Montchrestien, 11e éd., 2009, p.17.
50
Désignation méprisante attribuée à la monarchie française par les révolutionnaires de 1789. A la suite de
TOCQUEVILLE (L’Ancien régime et la Révolution, 1856), l'expression est reprise au XIXe siècle par les
historiens pour désigner la période qui correspond, globalement, aux règnes d’Henri IV (1589-1610), Louis XIII
(1610-1643), Louis XIV (1643-1715), Louis XV (1715-1774) et Louis XVI jusqu’en juin 1789, soit près de deux
13
de l’absolutisme de l’autorité royale. Du refus d’enregistrer les ordonnances royales, aux
vigoureuses remontrances, en passant par un conservatisme et une hostilité à toute idée
nouvelle, pouvaient se dessiner autant de moyens de résistance et de dissidence à l’actif du
juge judiciaire. Le but étant de bloquer systématiquement l’action du monarque. Toute chose
qui va pousser ce dernier à signer l’Edit de Saint-Germain en date du 21 février 1641 en vue
de limiter strictement les attributions du Parlement au droit de remontrance en leur interdisant
de connaître des affaires « qui peuvent concerner l’Etat, administration ou gouvernement ».
Cette interdiction instinctive au départ sous l’Ancien Régime, devient raisonnée après
la révolution, car admise comme une application normale du principe de la séparation des
pouvoirs51. Consacrée par deux textes fondamentaux52 et rattachée au principe constitutionnel
de la séparation des pouvoirs, elle aboutit elle-même à un autre principe, celui de la séparation
des autorités administratives et judiciaires. Et c’est grâce à ce dernier qu’est né le dualisme
juridictionnel comprenant deux ordres de juridiction séparés, l’un de droit commun et l’autre
spécialisé et auquel s’identifie la juridiction administrative.
Il n’y avait pas, à vrai dire, nécessité absolue de créer une juridiction spécialisée
détachée de l’ordre judiciaire, l’existence d’une juridiction administrative et par ricochet d’un
juge administratif ne s’imposant pas. De nombreux pays s’en accommodent d’ailleurs fort
bien de n’en point avoir53. Des critiques ont souvent été avancées à l’égard du dualisme. Les
plus virulentes furent formulées par le juriste anglais DICEY54. Néanmoins, des raisons
profondes peuvent justifier l’existence de deux ordres de juridictions. Ces raisons mises en
siècles qui peuvent être étudiés comme une entité à laquelle s’opposent radicalement les révolutionnaires de
1789, in « Ancien Régime » Microsoft® Encarta® 2009 [DVD]. Microsoft Corporation, 2008.
51
LAFERRIERE (E), Traité de la juridiction administrative et des recours contentieux, op. cit., p. 12.
52
Il s’agit de la Loi des 16-24 août 1790, Titre II, article 13 et du Décret du 16 fructidor an III, article unique.
Ceux-ci stipulaient pour la première que : « Les fonctions judiciaires sont distinctes et demeureront toujours
séparées des fonctions administratives. Les juges ne pourront, à peine de forfaiture, troubler de quelque
manière que ce soit les opérations des corps administratifs ni citer devant eux les administrateurs pour raison
de leurs fonctions », et pour le second que « Défenses itératives sont faites aux tribunaux de connaître des
actes d'administration, de quelqu'espèce qu'ils soient, aux peines de droit ».
53
ODENT (R), Contentieux administratif, t1, fascicules 1 à 3, Paris, Dalloz, 2007, p. 38.
54
En effet, Dans son ouvrage intitulé Introduction au Droit constitutionnel (1885, traduit en français en 1902), le
juriste anglais DICEY se livre à de sévères critiques à l’égard du Dualisme, vilipendant ces « soi-disant
tribunaux », corps de fonctionnaires ayant un point de vue gouvernemental pour statuer sur des affaires, dans un
esprit bien différent de celui qui anime le juge judiciaire, rapporté par MORAND-DEVILLER (J), Cours : Droit
administratif, op. cit., p. 17.
14
avant par le président ODENT sont de deux ordres et s’articulent de la manière suivante :
d’abord, les techniques juridiques sont devenues si savantes qu’il est difficile pour un même
magistrat d’avoir une connaissance suffisamment approfondie des deux catégories de droit.
Ensuite, les développements d’un droit spécialisé ne sont concevables qu’autant que ce droit
est appliqué par une juridiction également spécialisée55.
Le juge administratif est ici envisagé en tant que juridiction. Se rangent donc sous
cette étiquette, l’ensemble de juridictions de l’ordre juridictionnel administratif56. Conçu
comme tel, le juge administratif pourrait, selon le Professeur Maryse DEGUERGUE, alors
être défini à l’aide des critères de la juridiction que sont : les critères organique, formel et
matériel.
Mais le dire, c’est ou bien ignorer, ou bien s’opposer d’une part, à la position d’une
certaine doctrine, à l’instar de celle avancée par le Professeur Stéphane RIALS, qui valide
l’idée d’une primauté du critère organique et formel et d’autre part, à la position de la
jurisprudence administrative française qui elle, admet la prééminence du critère matériel et
dont l’analyse est énoncée par le Professeur René CHAPUS.
55
ODENT (R), Contentieux administratif, op. cit., p. 36.
56
GAUDEMET (Y), Les méthodes du juge administratif, Paris, LGDJ, 1972, p. 10.
57
DEGUERGUE (M), Procédure administrative contentieuse, Paris, Montchrestien, 2003, p. 129.
58
Loc. cit.
15
En effet, le Professeur Stéphane RIALS59 fait observer que si pendant longtemps la
fonction juridictionnelle administrative n’a fait l’objet que d’une définition matérielle, c’est-à-
dire trancher des litiges, des difficultés contentieuses au regard du droit, ce qui à ses yeux
n’allait pas même sans inconvénients60 ; cette définition purement matérielle du juge
administratif sera évincée par les très célèbres jurisprudences BLANCO et CADOT61.
L’enseignement qu’il tire de l’arrêt CADOT précisément est qu’ « il démontre que la
position définissant la fonction juridictionnelle de façon purement matérielle était
intenable, car elle ne correspondrait pas à l’esprit profond de celle-ci (…) le juge n’est plus
seulement celui qui tranche les litiges en disant le droit qui lui est applicable, il doit être un
tiers par rapport au litige »62.
59
RIALS (S), « L’office du juge », in La fonction de juger, Droits, RFTJ, n° 9, Paris, PUF, 1989, op. cit., p. 8.
60
Cet état de chose a, selon lui, favorisé la doctrine de l’administrateur-juge. En effet, l’administrateur se
transformait-il en juge, en dehors de toute condition organique ou même formelle, dès l’instant où il statuait sur
les litiges engendrés par sa propre action. Cela avait pour effet d’étendre extraordinairement les compétences
réputées extraordinaires de l’administration.
61
Avec à l’actif de la première (TC, 8 févr. 1873), l’affirmation de l’autonomie du droit administratif en tant
qu’il est corps de règles spéciales dérogeant au droit commun et de celle de du principe de la liaison de la
compétence et du fond dont la teneur est le rapprochement entre l’application des règles autonomes exorbitantes
du droit commun et la compétence de la jurisprudence administrative ; et à l'actif de la seconde (CE, 13 déc.
1889), l’érection du Conseil d'Etat en tant que juge de droit commun en premier et dernier ressort du contentieux
administratif.
62
RIALS (S), « L’office du juge », op. cit., p. 8.
63
Loc. cit.
64
CHEVALLIER (J), « Fonction contentieuse et fonction juridictionnelle », in Mél. Michel
STASSINOPOULOS, Paris, L.G.D.J., 1974, pp. 275-290. Spéc, p. 288. Sur cette même ligne v.
également CARRE DE MALBERG (R), Contribution à une théorie générale de l’Etat, op. cit.,
16
L’interprétation de la jurisprudence administrative est toute autre si l’on en croit le
Professeur René CHAPUS. L’éminent auteur relève que : le fait pour le Conseil d’Etat65
d’affirmer que le caractère non juridictionnel d’un organisme tient non pas aux formes dans
lesquelles il procède mais à la nature de la matière dans laquelle il décide, celui-ci a par là
même et nécessairement exprimé la réponse qu’il donne à la question de savoir « qu’est-ce
qu’une juridiction ? »66. C’est une position qui se heurte aux vues les plus communes qui
considèrent que la juridiction est conçue comme étant essentiellement, ou bien l’organisme
chargée d’une certaine mission (régler un contentieux), ou bien l’organisme procédant selon
certaines formes (destinées à garantir l’examen complet et impartial des questions à
trancher)67.
Le juge administratif camerounais est le produit d’une longue et lente évolution. C’est
pourquoi l’on doit se préoccuper de comprendre le juge administratif camerounais
d’aujourd’hui (2) à partir du juge administratif camerounais d’hier (1).
1- L’historique
La première période, que l’on pourrait qualifier de coloniale parce que correspondant à
la domination franco-britannique, court de 1920 à 1959. Suite en effet à la défaite de
l’Allemagne en 1918, le Cameroun va sous forme de mandat, à la faveur d’une résolution du
65
CE, 12 déc. 1953, BAYO.
66
CHAPUS (R), « Qu’est-ce qu’une juridiction ? La réponse de la jurisprudence administrative », in Mél.
EISENMANN, Paris, CUJAS, P. 265.
67
Loc. cit.
17
Conseil de la Société des nations (SDN) en date du 20 juillet 1922, être confié aux français et
aux britanniques.
68
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », vol I, RCD, n° 7, Janvier-juin 1975, p. 16.
69
D’abord un arrêté du 16 décembre 1921 viendra par la suite préciser les règles de procédure. Ensuite, le décret
du 13 avril 1927, modifié par deux textes de même nature, l’un en date du 3 novembre 1928 et l’autre plus
important n°52/815 du 8 juillet 1952 (Journal officiel de la République française du 12 juillet 1952) viendra
réformer la juridiction administrative au double plan de la recherche d’une autonomie organique et la séparation
des compétences diffuses entre son action contentieuse, celles de la juridiction judiciaire et même de
l’administration active ( in ABA’A OYONO (J-C), « La nouvelle révision du droit de la justice administrative »,
op. cit., p. 227).
70
Il faut en effet souligner que le CAA était constitué par le CAT, organisme dont la mission était de conseiller
le Commissaire de la République et composé des principaux chefs de service de l'administration du territoire et
de deux représentants des notables locaux, auxquels devaient être associés deux magistrats ou deux
fonctionnaires annuellement désignés par le Commissaire de la République.
71
ABA’A OYONO (J-C), La compétence de la juridiction administrative en droit camerounais, th. en droit
public interne (N-R), Université de Nantes, FSJP, 1994, p. 17.
18
En dépit des réformes apportées par le décret du 13 avril 1927, modifié par celui du 3
novembre 192872 à l’effet de séparer organiquement le Conseil d’administration du territoire
et le Conseil du contentieux administratif, ce dernier « restait ancré dans
l’administration »73. En effet, ces textes placent le Conseil du contentieux administratif sous
la présidence d’un Commissaire de la République président (fonctionnaire comptant au moins
cinq ans de service) ou de son délégué assisté d’un administrateur en chef des colonies, du
chef de service des travaux publics et de deux magistrats.
Le mérite de ces décrets n’aurait été que d’avoir détaché, sur le plan organique, le
CCA du CAT, mais pas d’accorder une indépendance organique au CCA à l’égard de
l’administration. C’est la raison pour laquelle un autre décret du 8 juillet 195274 va opérer un
changement significatif en confiant désormais la présidence du CCA à un magistrat du siège
de la Cour d’appel. Pour autant, les tares du passé ne vont pas totalement disparaître, car on
continue à noter la présence d’administrateurs assistant le président et surtout officiant comme
commissaire du gouvernement75.
72
Modifiant la composition du Conseil du contentieux administratif.
73
KAMDEM (J-C), Contentieux administratif, Cours polycopié de 3e année de licence, t1, Université de
Yaoundé, FDSE, 1985-1986, p. 20.
74
Décret n°52-815 du 8 juillet 1952 portant modification du décret du 13 avril 1927 réorganisant le Conseil
d’administration et le Conseil du contentieux administratif dans le territoire du Cameroun sous tutelle française
(Journal officiel de la République française du 12 juillet 1952)
75
Article 11(a) du décret n°52-815 du 8 juillet 1952 précité.
76
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », op. cit., p. 17.
77
Le CCA avait une double compétence matérielle, il était d’abord juge administratif de droit commun du
contentieux local à l’exception des recours pour excès de pouvoir portés directement devant le CE. A ce titre, il
connaissait du contentieux administratif en général notamment du contentieux des services public de l’Etat ; du
contentieux des services publics locaux du territoire du Cameroun ; du Contentieux domanial ; du contentieux
des traitements et des pensions des fonctionnaires locaux ; du contentieux électoral local ; et du contentieux de
contravention de voirie. Il était ensuite juge d’attribution, il connaissait ainsi du contentieux des marchés
publics ; du contentieux des dommages de travaux publics ; du contentieux des concessions de terre, de
19
certaine mesure sur son statut procédural Ŕ dimension formelle78. En revanche, elle ne
reposait nullement sur la qualité de ses membres Ŕ dimension organique. Car, du fait de leur
provenance à l’administration active ou à l’ordre judiciaire, les personnes qui en avaient la
charge n’étaient pas spécialement organisées pour l’exercice de la juridiction administrative.
Leur origine rassurait très peu quant à leur indépendance et quant à leur maîtrise réelle des
litiges administratifs. Cet état de chose était de nature à susciter des suspicions sur son
efficacité. Ce qui en théorie ne présentait guère de garantie pour les droits des justiciables.
Néanmoins, il n’en demeure pas moins vrai que, même privé de son indépendance
organique, le CCA va fonctionner comme une véritable juridiction administrative. Il suffit
pour s’en convaincre de noter qu’il a émis une véritable jurisprudence fondatrice du droit
administratif camerounais dans plusieurs domaines79. Mais l’accession du Cameroun à
l’autonomie interne va se traduire sur le plan juridictionnel par sa disparition et son
remplacement par le Tribunal d’Etat et plus tard par la Cour Suprême du Cameroun oriental.
juridiction administrative. C’est en effet par un décret en date du 4 juin 195982 complété par
un arrêté du 9 juin 195983 que sera institué le Tribunal d’Etat (TE). Ce dernier se présentait
comme un sérieux compromis entre le changement et la continuité84.
l’application du statut des fonctionnaires locaux et des litiges relatifs à la comptabilité et aux contributions (Cf.
OWONA (J), Le Contentieux administratif de la République du Cameroun, Paris, L'Harmattan, 2010, pp. 20-21).
78
La procédure ici présente des aspects communs aux juridictions administratives françaises (écrite, inquisitoire,
contradictoire avec possibilité de voie de recours) mais avec quelques particularités. Ces particularités tiennent
au fait que la requête était adressée au chef du territoire aux fins d’inscription au secrétariat du Conseil, la règle
de la décision préalable ne s’imposait pas, le délai pour attaquer une décision était de trois et non de deux mois
comme en France, le chef d’une administration attaquée ne pouvait être désignée comme rapporteur (in
OWONA (J), Le Contentieux administratif de la République du Cameroun , op. cit., p. 21).
79
Ibid., pp. 21-22.
80
Accession intervenue le 10 mai 1957.
81
Le 1er janvier 1960.
82
Décret n°59/83 du 4 juin 1959 portant réforme du contentieux administratif et organisation du Tribunal d’Etat.
83
Arrêté n°1784 du 9 juin 1959 relatif au fonctionnement du Tribunal d’Etat.
84
OWONA (J), Le Contentieux administratif de la République du Cameroun, op. cit., p. 23.
20
de la séparation de l’administration avec la juridiction administrative85 ; ensuite par la
présence continue des magistrats de l’ordre judiciaire en son sein. En revanche, le changement
est intervenu sur le plan de la compétence matérielle. En premier lieu, le Cameroun ayant
accédé à l’autonomie complète, la distinction entre contentieux local et contentieux de l’Etat
français devient obsolète ; tout n’est désormais que contentieux local86. Ensuite, à l’égard de
ce contentieux local, le juge administratif perd sa qualité de juge de droit commun de
l’administration, il devient juge d’attribution87. Enfin ses compétences, bien qu’énumérées,
sont désormais relativement étendues et à ce titre encadrées par les articles 1er, 2 et 3 du décret
de 195988.
21
Pour mettre fin à cette entorse au double degré de juridiction, la loi du 20 juin 196189
va donner compétence à la Cour Suprême (CS) du Cameroun oriental, en son article 290, de
connaître les pourvois en annulation contre les décisions du TE. Le double degré de
juridiction est ainsi restauré.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’accession à un nouveau statut
politique du pays va entraîner l’abandon des anciennes juridictions et l’arrivée d’une nouvelle
juridiction. En effet, l’avènement de la réunification et de la fédéralisation91 en l’occurrence,
vont prendre de court le TE et la CS et permettre la mise en place de la Cour Fédérale de
Justice (CFJ).
Si économie est faite de ses attributions contentieuses non administratives, il faut noter
que la CFJ était initialement chargée « de statuer sur les recours en indemnité ou en excès
de pouvoir dirigés contre les actes administratifs des autorités fédérales »92.
Mais si l’on veut bien pousser plus avant l’analyse, on constate qu’en étant dans cette
posture initiale celle-ci était réduite à connaître en premier et dernier ressort des litiges
mettant en cause les autorités fédérales. Le soin était ainsi laissé au TE et à la CS, ressuscités
malgré eux pour les besoins de la cause, de connaître respectivement en première instance et
en appel des litiges mettant en cause les autorités administratives du Cameroun oriental. De
leur côté, les Tribunaux de droit commun connaissaient des litiges mettant en cause les
autorités administratives du Cameroun occidental.
Cette conception initiale sera modifiée par l’entremise de deux lois93. Elles vont de
manière très extensive accroitre les attributions de la CFJ. L’article 3 de la loi de 1965 dispose
à cet effet que « La Cour fédérale de justice connaît de l’ensemble du contentieux
89
Loi n°61/12 du 20 juin 1961 relative au contentieux administratif.
90
Si l’on veut être complet on notera que cet article donne également compétence à la CS pour assurer le respect
de la compétence du TE et des autres juridictions.
91
Intervenues à la faveur de la constitution fédérale du 1er septembre 1961.
92
Article 33 (3), constitution du 1er septembre 1961.
93
Lois n°65/LF/29 du 19 novembre 1965 portant réforme du contentieux administratif et n°69/LF/1 du 14 juin
1969 fixant la composition, les conditions de saisine et la procédure devant la CFJ.
22
administratif à l’encontre de la République fédérale, des Etats fédérés, des collectivités et
établissement publics ». Une extension que certains94 ont critiquée pour cause
d’inconstitutionnalité. Une critique certes fondée mais que l’on pourrait cependant minimiser.
D’abord, par la maxime « quod abundat non vitiat »95 qui en réduit considérablement la
portée. Ensuite, par le caractère plutôt favorable de ladite extension à l’essor du juge
administratif eu égard au contexte de l’époque qui ne s’y prêtait forcément pas.
Par ailleurs, la loi du 14 juin 1969 (article 14), à l’instar du décret de 1959 précité,
déterminent le champ du contentieux administratif. Mais contrairement à ce dernier, il le fait
avec plus de clarté et de lisibilité96. Il convient de relever que cette extension restait limitée à
bien des égards97.
94
En l’occurrence le Professeur Joseph OWONA, in Le Contentieux administratif de la République du
Cameroun, op. cit., p. 25 et M Jean-Calvin ABA’A OYONO, in La compétence de la juridiction administrative
en droit camerounais, op. cit., p. 24.
95
Cette maxime signifie en effet que « ce qui est surabondant ne nuit pas ».
96
Entrent ainsi dans le champ du contentieux administratif désormais : - les recours en annulation pour excès de
pouvoir et en matière non répressive, les recours incidents en appréciation de légalité. Sont constitutifs d’excès
de pouvoir : le vice de forme, l’incompétence, la violation de la loi, la violation d'une disposition réglementaire
applicable, le détournement de pouvoir ; - les actions en indemnisation du préjudice causé par un acte
administratif ; - les litiges concernant les contrats (sauf ceux conclus même implicitement sous l’emprise du
droit privé) ou les concessions de service public ; - les litiges intéressant le domaine public ; - les litiges qui sont
expressément attribués par la loi.
97
Car la substitution de la responsabilité des personnes morales de droit public à celle de leurs agents auteurs des
dommages causés même dans l'exercice de leurs fonctions, les voies de fait administratives et les emprises
restent du ressort des tribunaux de droit commun. La CFJ ne pouvait non plus connaître des actes de
gouvernement.
98
Article 15 de la loi du 19 novembre 1965 repris par celle du 14 juin 1969.
23
emprunter son personnel aux juridictions de l’ordre judiciaire et dans certains cas ses juges
pouvaient être choisis parmi les fonctionnaires de l’administration active99.
99
KAMTO (M), « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », in Les cours
suprême en Afrique, vol III, La jurisprudence administrative, sous la direction de CONAC (G) et DE
GAUDUSSON (J), Paris, Economica, 1988, p. 32.
100
Cf. les articles 32 et 33 de la Constitution du 2 juin 1972 consacrant la forme unitaire de l'Etat.
101
En l’occurrence l’ordonnance n°72/6 du 26 août 1972 portant organisation de la Cour Suprême modifiée et
complétée par la loi n°76/28 du 14 décembre 1976 et la loi n°75/17 du 8 décembre 1975 fixant la procédure
devant la Cour Suprême statuant en matière administrative.
102
ABA’A OYONO (J-C), La compétence de la juridiction administrative en droit camerounais, op. cit., p. 26.
103
Juge d’appel, elle comprend cinq magistrats, membres de la Cour, à l’exception de ceux d’entre eux qui
auraient participé au jugement de l’affaire en première instance, du procureur général ou de l’avocat général ou
d’un substitut et d’un greffier.
104
Juge de premier ressort, celle-ci se compose d’un Conseiller titulaire ou suppléant, président, assisté de deux
magistrats ayant voix délibérative, choisis parmi les magistrats du siège des cours et des tribunaux, du procureur
général ou de l’avocat général ou d’un substitut et d’un greffier.
105
La centralisation du système juridictionnel institué par la constitution de 1972 et l’ordonnance de 1972/6
précitées se vérifie à deux niveaux : d’une part l’ordre de juridiction administrative en instance comme en appel
est concentré au sein d’un même organe déjà en lui-même juge de cassation de l’ordre judiciaire ; d’autre part cet
ordre siège uniquement à Yaoundé aussi bien en instance qu’en appel.
106
Loi constitutionnelle n° 96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 02 juin 1972.
107
Il s’agit des lois n°2006/015 du 29 décembre 2006 portant organisation judiciaire, n°2006/016 du 29
décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de la cour suprême et n°2006/022 du 29 décembre
2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
24
2- La physionomie actuelle
a) La transition
108
Il résulte de cet article que l’organisation, le fonctionnement, la composition ainsi que les conditions de
saisine et la procédure suivie devant la chambre administrative et les tribunaux administratifs sont fixés par des
lois.
25
fonctionner, durant ce long intermède, sur la base du principe de progressivité consacré à
l’article 67 et suivants de la Constitution109.
Ce qui reste inquiétant quand on sait que la mise en place de tribunaux administratif
n’a eu lieu qu’en 2012112, soit 16 ans après leur institution à l’échelle constitutionnelle, et 6
ans à l’échelle législative.
109
D’après cet article Ŕ « (1) les nouvelles institutions de la République prévues par la présente Constitution
seront progressivement mises en place. (2) Pendant leur mise en place et jusqu’à cette mise en place, les
institutions de la République actuelles demeurent et continuent de fonctionner (…) ».
110
Loi n°2006/016 du 29 décembre 2006 précitée.
111
Article 140 Ŕ « En attendant la mise en place des juridictions inférieures (…) en matière de contentieux
administratif, les procédures antérieurement observées en ces matières restent en vigueur ». Article 141 : « (1)
Dès la mise en place des juridictions inférieures en matière de contentieux administratif, les affaires
pendantes devant la Chambre Administrative et relevant de la compétence de ces dernières leur sont
transférées. (2) Les affaires pendantes devant l’ancienne Assemblée Plénière de la Cour Suprême sur appel
des jugements de la Chambre Administrative sont transférées devant la section compétente de la Chambre
Administrative telle qu’organisée à l’article 9 de la présente loi ».
112
Décret n°2012/119 du 15 mars 2012 portant ouverture de Tribunaux Administratifs.
26
Pendant cette phase, l’ancienne configuration organique de la juridiction
administrative issue de la Constitution de 1972 et ses suites législatives restent en vigueur113,
en sorte que l’Assemblée plénière est « juge transitoire d’appel » et la Chambre
administrative, « juge provisoire d’instance »114. En effet, le mécanisme des dispositions
transitoires implique la reconduction expresse et momentanée des anciennes institutions
juridictionnelles en attendant la mise en place effective de celles nouvellement instituées115.
113
Pour déterminer le texte en vigueur il ne suffit pas toujours de prouver la date de son entrée en vigueur, de
prouver qu’il est posé, mais il s’agit aussi de voir s’il est effectivement suivi, appliqué. La validité à elle seule ne
suffit pas, encore faut-il convoquer l’efficacité. C’est en ce sens sans doute que le Professeur Magloire ONDOA
distingue la mise en vigueur formelle et la mise vigueur pratique, in « La constitution duale : recherche sur les
dispositions constitutionnelles transitoires au Cameroun », in RASJ, vol.1, n° 2, 2000, pp. 21-22.
114
TETANG (F), Compétence du juge administratif et constitution : Contribution à l’étude des bases
constitutionnelles du contentieux administratif camerounais, mémoire de D.E.A en droit public, Université de
Yaoundé II, FSJP, 2006, pp. 107-108.
115
ABA’A OYONO (J-C), « La nouvelle révision du droit de la justice administrative », op. cit., p. 237.
116
Ordonnance n°72/6 du 26 août précité.
117
Cette thèse prête le flanc à la critique sur plusieurs points :
- D’abord, elle s'appuie sur la clause générale de compétence dévolue au juge administratif par l’article 40 de la
Constitution pour justifier la caducité réelle de ses attributions limitativement énumérées à l’article 9 de
l'ordonnance n° 72/6 du 26 août 1972. Argument contestable : car il n’existe nulle part dans la constitution de
fondement juridique autorisant cette prise de position, bien au contraire, sans revenir sur l’article 67 sus évoqué
de la constitution, la lettre et l’esprit de l'article 42 de celle-ci évoquent en filigrane une suspension de la clause
générale de compétence à l’adoption des lois fixant les attributions du juge administratif et donc en faveur aussi
d’une reconduction temporaire de ses attributions antérieures.
- Ensuite, elle s’adosse une seconde fois sur la clause générale de compétence pour démontrer que l’article 42 ne
concerne que très peu le juge administratif mais davantage le juge judiciaire dont les attributions ne sont pas
constitutionnellement précisées. Argument contestable, car même dans l’hypothèse d'une clause générale de
compétence au profit du juge administratif, réserve est traditionnellement faite de sa compétence dans certaines
matières telles que les actes de gouvernement, des emprises et des voies de fait. La constitution ne l’ayant elle-
même pas fait, une loi était en conséquence toujours attendue pour fixer et encadrer les attributions du juge
administratif au moins dans ces matières.
- Comme autre argument qu'il avance, les lois auxquelles l'article 42 fait référence ne peuvent intervenir que
pour deux raisons qui n’affectent aucunement la caducité matérielle de la compétence du juge administratif :
étendre les attributions de la chambre administrative au-delà des litiges impliquant directement l’Etat et les
autres collectivités publiques en application du paragraphe 4 de l'article 40 de la constitution et répartir les
27
Dans le sillage de cette première phase transitoire, viendra la seconde correspondant à
l’autre degré de la progressivité consacrée à l’échelle législative et qui court de 2006 à 2012.
Elle est instaurée par les articles 140 et 141 sus mentionnés de la loi portant organisation et
fonctionnement de la Cour Suprême et l’article 119 précité de celle portant organisation et
fonctionnement des tribunaux administratifs.
compétences à l’intérieur de la juridiction administrative. Il paraît d'abord présomptueux de réduire le destin des
futures lois devant fixer les attributions des juridictions administratives à ces deux matières. Car la question de la
répartition des compétences entre juridiction administrative et judiciaire demeure concernant par exemple les
voies de fait et les emprises, en dépit de la clause générale de compétence. Ensuite nulle part dans son
argumentaire l’auteur ne démontre que ces matières ne remettent pas en cause la prétendue caducité matérielle.
Et pourtant à y regarder de très près, si une loi doit intervenir soit pour étendre les attributions ou répartir les
compétences entre juges administratifs, il est difficile de faire croire qu’elle échapperait à la progressivité qui
apparaît parfaitement adaptée à la situation.
- Enfin et c’est ce qui est le plus surprenant, l'auteur plaide en faveur la reconduction des anciennes institution-
organes alors qu’en même temps il exclut la reconduction de leurs attributions. Mieux, ces anciennes institutions
doivent statuer, selon lui, sur la base de règles matérielles nouvelles. Du coup, de forts soupçons pourraientt
peser sur lui de ne pas trouver nécessaire de réformer les anciennes institutions. En plus, en admettant que ces
institutions anciennes statuent sur la base des règles matérielles nouvelles, l’on peut légitimement s’inquiéter sur
leur aptitude à s’en approprier fidèlement et à les appliquer. Car comme l’admet l’auteur lui-même, interprétant
l’affaire collectivité NZUONKWELLE du 27 juin 2002 (Jugement n° 38/01-02 du 27 juin 2002): « le juge
administratif, par fidélité à sa ligne jurisprudentielle, refuse d’admettre ce moyen, qui relègue pourtant la loi
écran au rang de crépuscule ». Il faut préciser que selon le requérant, le moyen contentieux en cause, le recours
en annulation, « trouve au plus fort de sa valeur l’approbation du constituant lui-même à travers les articles
38 et 40 de la constitution du 18 janvier 1996 » (…).
28
b) Le parachèvement
A l’observation, l’entrée en vigueur du décret de 2012 a fait d’une pierre deux coups
en ce qu’elle a premièrement permis de rétablir la normalité au sein de la Chambre
administrative. En plus clair, elle a eu pour effet le passage de la « Chambre administrative
provisoire » dont la particularité reposait sur la concentration de toute la juridiction
administrative119 à la « Chambre administrative définitive » telle qu’organisée à l’article 9 de
la loi portant organisation de la Cour suprême.
Mais ce qu’il convient de relever, en plus, est que l’ossature actuelle de la juridiction
administrative, comprend une Chambre administrative officiant comme juge d’appel et de
cassation, et des Tribunaux administratifs officiant comme juge d’instance.
118
Décret n° 2012/119 du 15 mars 2012 portant ouverture de Tribunaux Administratifs.
119
Cf. article 119 (2) de la loi portant organisation et fonctionnement des Tribunaux administratifs.
120
NDJOCKE (H-C), « Juridiction administrative : une réforme inachevée », in Juridis Périodique n°74, Avril-
Mai 2008, p. 54.
121
En effet selon l’article 9 alinéa 1 de la loi portant organisation et fonctionnement de la Cour Suprême
précitée : La chambre administrative comprend : - une section du contentieux de la fonction publique ; - une
section du contentieux des affaires foncières et domaniales ; - une section du contentieux fiscal et financier ; -
une section du contentieux des contrats administratifs ; - une section du contentieux de l’annulation et des
questions diverses.
29
relèvent de sa compétence122. Le fait notoire ici est que la cassation est instaurée et
l’assemblée plénière supprimée.
Les Tribunaux administratifs, de leur côté, sont présents dans chaque région. Plus
précisément, il est créé un tribunal par région. Ils connaissent, au sens de l’article 2 alinéa 2
de la loi n°2006/022 précitée, en premier ressort du contentieux des élections régionales et
municipales et en dernier ressort de l’ensemble du contentieux administratif concernant l’Etat,
les collectivités publiques territoriales décentralisées et les établissements publics
administratifs. Dans le même temps, l’alinéa 3 énumère les matières entrant dans le champ du
contentieux administratif attribué à leur connaissance123 alors que l’article 3124 comme
l’article 4125 en limitent la portée.
122
Art. 9 (2).
123
Il énonce que : « le contentieux administratif comprend ainsi : a) les recours en annulation pour excès de
pouvoir et, en matière non répressive, les recours incidents en appréciation de légalité; b) les actions en
indemnisation du préjudice causé par un acte administratif; c) les litiges concernant les contrats (à
l’exception de ceux conclus même implicitement sous l’empire du droit privé) ou les concessions de services
publics; d) les litiges intéressant le domaine public; e) les litiges intéressant les opérations du maintien de
l’ordre ».
124
Lequel dispose que : « (1) Les tribunaux de droit commun connaissent, conformément au droit privé, de
toute autre action ou litige, même s’il met en cause les personnes morales énumérées à l’article 2, la
responsabilité desdites personnes morales étant à l’égard des tiers, substituée de plein droit à celle de leurs
agents auteurs des dommages causés dans l’exercice même de leurs fonctions. (2) Ils connaissent, en outre,
des emprises et des voies de fait administratives et ordonnent toute mesure pour qu’il y soit mis fin. Toutefois,
il est statué par la Chambre Administrative de la Cour Suprême sur l’exception préjudicielle soulevée en
matière de voie de fait administrative et d’emprise ».
125
Lequel prévoit qu’ « Aucune juridiction ne peut connaître des actes de Gouvernement ».
126
La clause générale de compétence consacrée à l’article 40 de la constitution et affirmée à l’article 2 alinéa 2
de la présente loi est formellement remise en question à l’article 2 alinéa 3 qui énumère les matières relevant de
la compétence du juge administratif, puis à l’article 3 du même texte qui limite son domaine de compétence.
30
administratif toutes les juridictions de l’ordre administratif depuis la période coloniale jusqu’à
nos jours. Seule une telle approche permet de véritablement rendre compte de ses pouvoirs
d’instruction.
Il est des notions et expressions juridiques très fréquemment employées mais dont la
définition est recherchée en vain dans les instruments juridiques pourtant appropriés tels que
les lexiques et les documents assimilés. Tel est assurément le cas s’agissant du terme
« pouvoirs d’instruction », qui pourtant fait partie du vocable juridique doctrinal il y a belle
lurette. Qu’il en soit ainsi, cela ne présage nullement l’impossibilité de le cerner. Mais le faire
exige une bonne dose de clarté. C’est pourquoi, avant de circonscrire le groupe nominal dans
son ensemble (B), il apparaît judicieux de présenter le sens ou plutôt les sens des concepts le
composant pour n’extraire que celui ou ceux qui permettront de mieux le saisir (A).
1- Le concept de pouvoir
En philosophie où pourtant le concept séduit par la qualité des analystes, il est difficile
de s’en faire une idée claire. En ce sens, ANDRE-JEAN Arnaud et alii relèvent que « la
notion de pouvoir en philosophie a été un thème de réflexion chez la plus part des grands
philosophes. On le retrouve à un titre ou à un autre, dans les œuvres de Platon, Socrate,
Aristote, Augustin, Thomas d’Aquin, Rousseau. Il occupe cependant une place
particulièrement importante dans l’œuvre de certains, notamment Hobbes, Machiavel,
127
On peut y lire que le pouvoir désigne successivement : 1) le fait de pouvoir, 2) la capacité légale de faire
quelque chose, 3) propriété physique d’une substance placée dans des conditions déterminées, 4) possibilité
d’agir sur quelqu’un, quelque chose ; 5) situation d’un dirigeant; puissance politique, 6) organes, hommes qui
exercent le pouvoir, in Le Robert illustré et Dixel, Nouvelle édition millésime, 2012, p. 1510.
31
Hegel, Marx, Sorel, Russell. Il est cependant difficile de trouver chez eux une définition
rigoureuse du pouvoir. La plupart, à l’exception peut-être de Hobbes et de Hegel, l’ont
entendu dans le sens courant, généralement pour désigner le pouvoir politique »128.
L’absence de définition précise de ce concept en philosophie pourrait trouver une
explication dans la nature même de cette discipline assez atypique où la métaphysique est
érigée en règle d’or. Du coup pour les philosophes, le pouvoir ne serait qu’ « une réalité
conceptuelle », « il nous transcende et exerce sur nous la puissance de sa Maîtrise »,
affirme le Professeur Maurice KAMTO. « Il plane au-dessus de nous comme l’idée chez
Hegel, la Raison chez Kant, la Volonté chez Rousseau. Il n’est rien de matériel et n’a pas
d’essence du tout »129. Le pouvoir trouve ainsi ses assises dans la pensée des hommes130 .
En revanche, pour les psychologues et les sociologues, les politistes et les juristes, il
est « une réalité sociale soumise à l’expérience concrète »131.
Pour les politistes, le pouvoir désigne, en général, l’ensemble des moyens dont dispose
l’Etat et les corps qui lui sont reliés pour intervenir effectivement dans l’organisation et la vie
d’une société et dans ses relations avec d’autres sociétés135.
128
ANDRE-JEAN (A) (dir.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologique du droit, Paris, LGDJ,
1993, p. 466.
129
KAMTO (M), Pouvoir et droit en Afrique noire : Essai sur les fondements du constitutionnalisme dans les
Etats d’Afrique noire francophone, Paris, LGDJ, 1987, p. 31.
130
PEUCH (J), « Pouvoir et inconscient », in Mél. offerts à Georges BURDEAU, Le Pouvoir, Paris, LGDJ,
1977, p. 217.
131
KAMTO (M), Pouvoir et droit en Afrique noire…, op. cit., p. 32.
132
ANDRE-JEAN (A) (dir.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologique du droit, op. cit., p. 466.
133
JOUVEL cité KAMTO (M), Pouvoir et droit en Afrique noire…, op. cit., p. 33.
134
BURDEAU (G), cité par KAMTO (M) dans le précédent ouvrage.
135
ANDRE-JEAN (A) (dir.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologique du droit, op. cit., p. 465.
32
Au-delà de cet aperçu général, deux conceptions du pouvoir s’entrechoquent dans
l’approche politique. L’une considère qu’il n’est que rapport de domination d’une minorité
sur une masse. Autrement dit, il est « perçu comme une petite société qui en domine une
plus large. Sa réalité substantielle est le commandement »136.
L’autre estime qu’il est une force certes, mais une force qui est au service d’une cause
juste et commune. Ce qui interdit, déclare le Professeur Jacques PEUCH, de le réduire à un
pur commandement, à un simple phénomène d’ordre mécanique. « Le principe téléologique
du bien commun lui assigne sa finalité de langage, moteur permettant de modifier le
monde »137. En ce sens également Georges BURDEAU affirme que « le pouvoir est une
force au service d’une idée. C’est une force née de la conscience sociale destinée à
conduire le groupe dans la recherche du bien commun et capable le cas échéant, d’imposer
aux membres l’attitude qu’elle commande »138. Regardant dans la même direction André
HAURIOU et alii l’entendent « d’une énergie de la volonté qui se manifeste chez ceux qui
assurent l’entreprise du gouvernement d’un groupe humain et qui leur permet de s’imposer
grâce au double ascendant de la force et de la compétence »139.
Enfin pour les juristes, il convient de distinguer selon que l’on se situe dans une
perspective constitutionnaliste ou dans une perspective purement technique. La première
envisage le pouvoir dans les relations gouvernants/gouvernées. Elle n’est d’ailleurs pas
éloignée du sens politique du terme. Tout comme en science politique, le pouvoir est ici
envisagé en tant qu’instrument, force politique, sauf qu’il se trouve créé et encadré par le
droit. Il est donc manifestation sociale d’une puissance juridiquement instituée et maîtrisée. Et
à ce titre, il est destiné à assurer l’entreprise du gouvernement d’un groupement humain par la
création continuelle de l’ordre et du droit140.
Sur un plan purement technique, le pouvoir est l’aptitude à poser des actes déterminés
que possède une personne ou un organisme en vertu soit d’une disposition législative ou
réglementaire, soit d’un contrat, soit d’un arrêt du tribunal, soit d’un testament ou de tout
136
Loc. cit.
137
PEUCH (J), « Pouvoir et inconscient », op. cit, p.217.
138
BURDEAU (G) cité par KAMTO, Pouvoir et droit en Afrique noire…, op. cit., p. 33.
139
Ibid., p. 34.
140
Loc. cit.
33
autre acte ayant une portée juridique141. Il pourrait en cela être assimilé à une prérogative
juridique, à une fonction ou encore à une capacité voire à une mission.
Au reste, c’est une notion fuyante dont on pourrait rapporter d’autres définitions. L’on
se serait vite rendu compte qu’elles ne sont pas plus satisfaisantes142. Néanmoins, il convient
de retenir la définition qui sied à la présente étude. Pour y parvenir, il importe de procéder par
élimination successive des visions exposées pour ne retenir en définitive que celle qui
convient à cette étude.
Dans l’approche philosophique tout d’abord, le pouvoir reste immatériel, il n’a pas
d’existence concrète. Par conséquent, cette approche ne pourra être d’aucune utilité à
l’analyse des pouvoirs d’instruction du juge administratif qui eux, se veulent concrets et
précis. Dans l’approche psychosociologique, le pouvoir a une existence certaine fondée dans
les rapports interindividuels mais reste diffus dans sa nature en ce qu’il est tantôt assimilé à
l’autorité tantôt opposé à elle. Or la rigueur dans l’analyse de la thématique de l’étude impose
une position claire à laquelle cette approche ne permettrait pas. L’approche politiste
appréhende le pouvoir dans sa dimension politique. C’est une approche nettement éloignée
des préoccupations techniques en vertu desquelles s’inscrit la présente étude. L’on pourrait
mutatis mutandis en dire autant de l’approche juridique s’inscrivant dans une perspective
constitutionnaliste.
Toutes ces approches ayant été mises de côté, le concept de pouvoir sera utilisé dans
cette étude au sens technique telle que les juristes l’appréhendent. Il sera ainsi entendu
comme l’aptitude d’une personne à poser des actes ayant une portée juridique. Au mieux, il
sera question de l’envisager en tant que prérogative juridique. Pour tout dire, il s’agit d’un
pouvoir de droit et fondé en droit. Ce n’est qu’à ce titre qu’il pourrait être associé au concept
d’instruction.
2- Le concept d’instruction
141
ANDRE-JEAN (A) (dir.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologique du droit, op. cit., p. 465.
142
KAMTO (M), Pouvoir et droit en Afrique noire…, op. cit., p. 34.
34
a) Le contenu
Mais d’abord, ce terme est d’un usage fréquent en droit administratif où il est assimilé
à un ordre de service. Il est ainsi perçu comme le « vecteur du pouvoir détenu par toute
autorité administrative supérieure à l’égard des subordonnés »145. Il renvoie ainsi au
pouvoir d’instruire, c’est-à-dire celui donné à un agent administratif d’émettre et adresser à un
autre ou d’autres agents administratifs, des « instructions de service », « ordres », ou encore
« circulaires »146. Il prend des formes variées, à ce titre, il peut consister en un instrumentum,
c’est-à-dire une circulaire, une directive ou en un negocium, autrement dit en un ordre verbal.
C’est une notion qui a une connotation très marquée en droit processuel privé plus
particulièrement en procédure pénale, mais le terme est loin d’être ignoré de la procédure
administrative contentieuse148. Le principe est que les affaires dont une juridiction
143
Larousse, maxipoche, 2011, p. 739.
144
Le Robert illustré, [Link]., p. 982.
145
VAN LANG (A), GONDOUIN (G) et INSERGUET - BRISSET (V), Dictionnaire de droit administratif,
Dalloz, 5e éd, 2008, p. 214.
146
EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t1, Paris, LGDJ, 1982, p. 231.
147
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, Paris, Dalloz, 21e éd., 2013, p. 518.
148
CADIET (L), et alii, Théorie générale du procès…, op. cit., p. 817.
35
administrative est saisie ne peuvent pas être jugées sans avoir fait l’objet d’une instruction
propre à les mettre en état d’être réglées par cette juridiction en aussi bonne connaissance de
cause que possible149. En tout état de cause, il existe deux grands modèles d’instruction.
b) Les modèles
Mais, en matière civile bien qu’inscrite dans la même instance, les deux fonctions
d’instruction au sens large de mise en état et de jugement153 sont exercées par des juges
différents et séparés154. Par contre, en procédure administrative contentieuse, l’instruction est
confiée au juge rapporteur qui est en fait un juge de la formation de jugement. C’est tout dire
sur le lien indissoluble qui existe entre cette phase et l’étape du jugement en contentieux
administratif. Le juge rapporteur en contentieux administratif exerce ainsi non seulement une
« instruction-mise à l’état » mais aussi une « instruction-jugement »155 ou instruction de
fond.
149
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif…, op. cit., p. 831.
150
CADIET (L) et alii, Théorie générale du procès…, op. cit., p. 817
151
Ibid., p. 825.
152
JEULAND (E) cité par CADIET (L) et alii, ibid., p. 818.
153
JEULAND (E), Droit Processuel, Paris, LGDJ, 2007, p. 438.
154
Il s’agit du juge de mise à l'état qu’on oppose à la formation de jugement.
155
AWONO ELOUNDOU (E), La fonction du juge rapporteur dans le contentieux administratif camerounais,
Mémoire de DEA, Université de Yaoundé II, FSJP, 2009-2010, p. 17.
36
« La fonction de mise en état consiste à rassembler les éléments permettant la
manifestation de la vérité c’est-à-dire de facilitation du jugement, tandis que celle de
jugement est aussi une fonction d’instruction qui consiste plutôt à déterminer la décision de
justice »156.
Le concept de pouvoir d’instruction renvoie d’une part, à un pouvoir plus large qui
confère au juge la responsabilité d’instruire le litige et dans lequel se dégagent d’autre part,
des pouvoirs spécifiques. Autrement dit, il désigne à la fois le pouvoir d’instruire et les
prérogatives issues de ce pouvoir. Il s’agit en l’occurrence respectivement du pouvoir de
l’instruction (1) et des pouvoirs dans l’instruction (2).
1- Le pouvoir de l’instruction
37
modo que c’est le juge administratif lui-même qui dirige l’instruction. Par là, la procédure
administrative contentieuse s’est différenciée de la procédure civile, accusatoire et reposant
donc davantage sur les initiatives des parties158.
En clair, « c’est l’ensemble des moyens de droit dont dispose le juge rapporteur pour
rechercher tous les éléments susceptibles de l’éclairer dans une connaissance plus
profonde de l’affaire. Par ces pouvoirs, il conduit non seulement une instruction normale,
158
SCHWARTZ (R) et KACZMAREK (M), « La procédure contentieuse devant les juridictions
administratives », La gazette, avril 2004, p. 211.
159
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge administratif »,
EDCE, 1970, p. 69.
38
mais aussi règle tous les incidents pouvant surgir au cours de la procédure. On est là dans
la phase dynamique de l’instruction »160.
Les pouvoirs du juge administratif dans l’instruction sont divers. Ils renvoient aux
mesures de communication de la requête à l’adversaire et de fixation des délais ou de clôture
de l’instruction ; aux mesures de prescription des investigations supplémentaires en ordonnant
toutes les mesures qui lui paraissent utiles pour mettre les parties à même de discuter les
éléments du litige ; et aux mesures d’instruction demandées par les parties ou ordonnées par le
juge suite aux difficultés techniques du procès (expertise, enquête, audition des parties, visite
des lieux et vérification d’écriture).
A- La problématique et l’hypothèse
160
AWONO ELOUNDOU (E), La fonction du juge rapporteur…, op. cit., p. 49.
39
1- Question préalable : l’autonomie de la procédure administrative
contentieuse au Cameroun
La question qu’il conviendrait de retenir à ce niveau est alors celle plus générale de
l’autonomie de la juridiction administrative camerounaise164 et celle plus spécifique de la
161
CFJ/SCAY, arrêt n°31 du 15 novembre 1966, Sieur EKINDI Joël c/ Etat fédéral du Cameroun.
162
NGOLE NGWESE (P) et BINYOUM (J), Eléments de contentieux administratif camerounais, Paris,
L'HARMATTAN, 2010, p. 21.
163
BIPOUN-WOUM (J-M), « Recherches sur les aspects actuels de la réception du droit administratif dans les
Etats d’Afrique noire d’expression française : le cas du Cameroun », RJPIC, n°3, 1972, p. 380.
164
Sur la question, le Professeur Magloire ONDOA pense que les facteurs juridiques et sociologiques rendent à
la fois proches et très éloignées les juridictions administratives africaines et les solutions françaises, in ONDOA
(M), « Le droit administratif français en Afrique francophone : contribution à l’étude de la réception des droits
40
procédure contentieuse administrative. Ce d’autant que le sujet conduit à étudier les pouvoirs
d’instruction d’un juge que d’aucuns ont qualifié de juge « non enclin à l’originalité »165 ou
encore de « juge-cadet »166 par rapport à l’archétype référentiel. Pour d’autres encore, le
souvenir de ses origines françaises est matérialisé par « l’application de certaines solutions
du juge administratif français » bien que porté à « la tendance à l’acclimatation
tropicale »167. Toutes ces affirmations suivent ainsi le sens des arguments d’une certaine
doctrine incarnée par Monsieur DEGNI SEGUI d’après laquelle le droit administratif
français, sans hésitation, dans ses versants contentieux et de fond est applicable et même
appliqué en Afrique168. C’est un juge qui plus est, se réfère très explicitement à la
jurisprudence du Conseil d’Etat dans la phase préparatoire de sa décision169. C’est dire à
propos de ses pouvoirs d’instruction qu’il serait fortement inspiré par son homologue français.
Serait-ce donc une juridiction sans procédure contentieuse propre. Il est permis d’en
douter, car l’admission d’une telle hypothèse discréditerait toute étude sur le juge
administratif au Cameroun et viderait ainsi le sujet de toute sa grandeur. Une telle crainte est
partagée par le Doyen Magloire ONDOA, pour qui, « pour être étudié, un système doit, par
sa cohérence supposée ou démontrée, être étudiable; que son existence ne soit pas remise
en cause, par la contestation de son autonomie, et les juges soient considérés avec un
minimum de respect »170. En termes plus simples, toute entreprise consistant à envisager
l’étude des pouvoirs d’instruction du juge administratif camerounais ne peut être crédible et
respectée que si la juridiction administrative camerounaise et, partant, sa procédure
contentieuse n’est pas en carence d’autonomie par rapport au modèle référentiel. Lorsqu’elle
est jugée trop fidèle au Conseil d’Etat ou des juridictions qu’il chapeaute, Ŕ tant par son
étrangers en droit interne », RJPIC, Sep.-Déc., 2000, p. 332. L’auteur fait comprendre par là et sans le dire
explicitement que les juridictions administratives africaines et particulièrement camerounaises sont autonomes
par rapport aux juridictions administratives françaises et leurs solutions de fond bien qu’il s'agisse d’une
autonomie relative.
165
BIPOUN-WOUM (J-M), « Recherches sur les aspects actuels de la réception du droit administratif… », op.
cit., p. 378.
166
SINDJOUN (L), « Esquisse de théorie du droit administratif camerounais (à propos du droit administratif
processuel du Cameroun du Professeur Maurice KAMTO) », PENANT, n° 813, Oct.-Déc. 1993, p. 324.
167
KAMTO (M), « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit., pp. 53-
60.
168
DEGNI SEGUI (R), La succession d'Etat en Côte d'ivoire, th. droit, Aix-Marseille, 1979, t1, p. 74 et s. Du
même Auteur, Droit administratif général, Abidjan, CRES, 1990, pp. 28-29.
169
CFJ/CAY, arrêt n°8 du 16 octobre 1968, Etat Fédéré du Cameroun Oriental c/ KELLER NDONGO MAX.
170
ONDOA (M), Le droit de la responsabilité dans les Etats en développement…, op. cit., p. 57.
41
organisation, ses attributions que par sa procédure contentieuse ou sa jurisprudence Ŕ la
juridiction administrative camerounaise tombe sous le coup de la désaffection 171. Fort
heureusement, cela ne s’est jamais produit.
Seules les règles étrangères adaptées ou ayant des aptitudes à connaître des
changements profonds, réussissent à un tel examen. Cette malléabilité favorise une
démarcation pas forcement toujours soulignée du contentieux administratif camerounais à
l’égard du contentieux administratif français.
42
donc plus nécessaire de provoquer la décision de l’administration. Comme on peut l’observer,
l’introduction des recours présente une incontestable originalité devant les juridictions
administratives camerounaises175.
La phase contentieuse qui intéresse la présente étude n’est pas en reste. Si elle est
réputée ne pas être insensible à celle ayant cours devant les juridictions françaises,
l’instruction des affaires notamment et, partant, les pouvoirs qui en sont issus présentent une
certaine originalité devant les juridictions camerounaises. Sans s’y étendre pour l’instant,
puisque l’occasion sera donnée tout au long de l’étude de le relever, l’on peut d’ores et déjà
dire que cette originalité se traduit dans le cadre des modalités d’exercice desdits pouvoirs,
leur champ d’application ainsi que la portée qui peut leur être attribuée. Mais l’originalité
n’est pas jaugée uniquement par confrontation au modèle référentiel, c’est aussi par
comparaison au modèle concurrentiel qu’elle peut l’être.
« Loin d’être une juridiction qui, à l’instar du Conseil d’Etat français, s’est auto-
affirmée et qui comme lui, a conquis patiemment son pouvoir de juger, la juridiction
administrative camerounaise est le résultat d’une construction d’ambitions »176. Celle-ci
porte sur le désir de bâtir un système juridictionnel répondant aux exigences d’une justice
efficiente et fiable dans un Etat moderne177. A la séparation nette entre l’ordre judiciaire et
l’ordre administratif, le législateur camerounais a préféré une séparation fonctionnelle et une
juridiction ambivalente. Un tel « dédoublement »178 adopté « pour des raisons de simplicité
et d’économie des moyens »179 a néanmoins conduit la plupart du temps à un « flottement
dans la démarche des juges »180.
175
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », op. cit., p. 113.
176
KAMTO (M), « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit., p.37.
177
Loc. cit.
178
BIPOUN-WOUM (J-M), « Recherches sur les aspects actuels de la réception du droit administratif… », op.
cit., p. 366.
179
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », op. cit., p. 20.
180
KAMTO (M), « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit., p. 38.
43
Il ne pouvait en être autrement quand on sait que les juges naguère de formation
privatiste, siégeaient en tant que juge administratif, cela emportant comme conséquence le
recours à la procédure civile dans leur décision.
A la vérité, si les dispositions des Codes civil et de procédure civile sont inapplicables
aux instances administratives, sauf si un texte le prévoit, le juge peut en appliquer certaines
en tant qu’elles constituent un fonds de principes de procédure dictés par les principes
généraux ou le bon sens, et dont l’application n’est ni écartée par un texte ni inconciliable
avec l’organisation des juridictions administratives.
Les pouvoirs d’instruction n’échappent donc pas à cette attitude du juge administratif.
Ainsi dans l’affaire Société de gestion des services communs du groupe DESCOURS et
CABAUD182, celui-ci, tout en se référant à la procédure civile, a ordonné à la partie
demanderesse de consigner une somme destinée à avancer les frais et honoraires de
l’expert183.
181
KEUTCHA TCHAPNGA (C), Précis de contentieux administratif au Cameroun. Aspects de l’évolution
récente, L'HARMATTANT, 2013, p. 136.
182
CFJ/CAY, arrêt n°167/ADD du 8 juin 1971, Société de gestion des services communs du groupe
DESCOURS et CABAUD contre Etat du Cameroun Oriental.
183
C’est précisément en ces termes que la Chambre Administrative de Yaoundé l’a exprimé : « (…) Statuant
publiquement, contradictoirement en matière administrative et en premier ressort, avant dire droit, décide (…)
Vu l'article 123 du code de procédure civile, ordonne la consignation par la Société demanderesse de la
somme de 150 000 francs au titre d'avance des frais et honoraires des experts (…) ».
44
tend à démontrer que l’application de la procédure civile par le juge administratif ne relève
pas toujours uniquement de sa volonté. C’est le cas de certaines mesures d’instruction à
l’instar de l’audition des parties ou encore de la vérification des écritures où il envoie
explicitement le juge administratif puiser aux solutions de droit commun.
Il affirme ainsi, s’agissant du premier cas : « si l’une des parties ne comparaît pas ou,
comparaissant, refuse de répondre, le tribunal peut tirer toute conséquence de droit et
notamment faire état de l’absence ou du refus de répondre comme équivalent à un
commencement de preuve par écrit conformément au droit commun »184. Et pour ce qui est
du second cas il souligne : « si une partie allègue la fausseté d’un acte sous seing privé,
public ou authentique, elle doit en rapporter la preuve conformément au droit
commun »185. C’est dire que la frontière entre les deux procédures contentieuses reste poreuse
à bien des égards, mais pas assez pour annihiler l’incontestable autonomie que ne cesse de
présenter au jour le jour la procédure administrative administrative par rapport à la procédure
civile.
184
Art. 79 (2), loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
185
Art. 83.
45
sujet choisi »186. Il y a alors lieu de dire que relativement à ce sujet, le problème est de
savoir : quels sont les pouvoirs dont dispose le juge administratif camerounais dans
l’instruction contentieuse ?
Malgré l’apparence vétilleuse que pourrait revêtir aux yeux de certains un tel
questionnement pourtant au cœur de l’édifice de ce travail, son traitement met au grand jour la
partie cachée de l’iceberg. Il faut en effet procéder au constat que, lorsqu’on évoque les
pouvoirs d’instruction du juge administratif, c’est au pouvoir inquisitorial qu’il est souvent
fait allusion. Le caractère inquisitorial de la procédure suffit ainsi à conférer au juge les
pouvoirs propres à lui permettre d’assurer la manifestation de la vérité187. Quoi de plus normal
pour une doctrine publiciste toujours plus encline à démontrer l’originalité du juge
administratif ! Le caractère inquisitorial de ces pouvoirs reste donc au centre de cette
problématique. Ainsi, au Cameroun en particulier, le débat sur les pouvoirs d’instruction se
cristallise autour de la nature inquisitoriale de ceux-ci.
186
BEAUD (M), L’art de la thèse, Nouvelle édition, La Découverte, 2006, p. 55.
187
GAUDEMET (Y), « La preuve et la conviction du juge en droit administratif français », RJPIC, n°1 et 2
1985, p. 9.
188
KAMDEM (J-C), Contentieux administratif, Cours polycopié de 3e année de licence, t1, Université de
Yaoundé, FDSE, 1985-1986, p. 173.
189
KAMTO (M), « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit., p. 46
190
OWONA (J), Le Contentieux administratif de la République du Cameroun, op. cit. p. 94.
191
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 120.
46
relever que l’instruction est sous la maîtrise du juge administratif, il y dispose d’un pouvoir
inquisitorial.
Pour faire face à ces incertitudes, l’étude des pouvoirs d’instruction du juge
administratif camerounais nécessite comme postulat de départ l’adoption d’une hypothèse de
recherche. L’hypothèse est généralement conçue comme « une réponse anticipée que l’on
formule à la suite de la question spécifique de recherche »192. Il s’agit de l’idée directrice
dégagée en vue de répondre à la question principale élaborée à partir du sujet. A la
problématique de l’étude, l’hypothèse émise est la suivante : le juge administratif
camerounais dispose à l’instruction contentieuse d’une dualité de pouvoirs. Autrement
dit, les pouvoirs d’instruction du juge administratif sont constitués en deux grands ensembles
distincts, mais complémentaires.
192
MACE (G), PETRY (F), Guide de l’élaboration d’un projet de recherches en sciences sociales, Laval, PUL,
2000, p. 24.
47
La complémentarité, quant à elle, repose sur l’idée que les fonctions de l’instruction
contentieuse incarnées par les catégories de pouvoirs évoquées poursuivent un objectif
commun : mettre le litige en mesure d’être jugé. En effet, qu’il s’agisse des pouvoirs de
conduite de la procédure ou des pouvoirs de quête des éléments probatoires, leur finalité
commune est de mettre le juge dans les conditions qui lui permettent de rendre une décision
juste et équitable. Une fois que cela a été dit, quel est l’intérêt dégagé par cette étude ?
B- L’intérêt de l’étude
1- L’intérêt théorique
S’il est une question estimée et appréciée ayant donné lieu à de nombreux
commentaires et interprétations dans la doctrine publiciste en général et au Cameroun en
particulier, c’est bien celle qui a trait au juge administratif.
Mais la plupart de ces études, qui ont porté sur le juge administratif camerounais
jusqu’ici, ne sont pas destinées prioritairement à l’analyse de ses pouvoirs d’instruction. Elles
sont davantage orientées soit, à ses pouvoirs d’urgence193, soit à son pouvoir de création du
droit194, soit enfin à son apport au droit administratif195 ou au droit fiscal196.
193
V. par exemple GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit.
194
V. ATEBA EYONG (AR), Le juge administratif et la création du droit: essai sur l'élaboration
jurisprudentielle du droit administratif camerounais, th. pour le doctorat/Ph. D en droit public interne, t1,
Université de Yaoundé II, FSJP, 2013-2014.
195
V. GUESSELE ISSEME (L), L’apport de la cour suprême au droit administratif camerounais, op. cit. ; v.
également ENGOUTOU (JL), La Cour fédérale de justice et le droit administratif camerounais, th. Droit public,
Université de Yaoundé II, FSJP, 2010.
196
V. AKONO OMGBA SEDENA, L’apport du juge administratif au droit fiscal au Cameroun, th. Droit
public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2013.
48
dans tout le contentieux administratif, il importe de faire le point sur quelques-unes de ces
réflexions en France et au Cameroun, avant de s’en démarquer.
Le mérite de cet article est qu’il apparaît comme la toute première étude connue
entièrement et exclusivement consacrée aux pouvoirs d’instruction du juge administratif. En
outre, il a l’avantage de recenser et de faire l’inventaire desdits pouvoirs en y apportant
quelques explications. Il a ainsi permis, à défaut de les définir clairement, de circonscrire
quelques-uns de ces pouvoirs.
Mais de l’aveu même de ses auteurs, son ambition paraît limitée. Il « exclut les
procédures d’urgence et les règles propres en matière fiscale. Il n’a, au surplus aucune
ambition doctrinale, et se propose seulement d’apporter quelques indications concrètes sur
la façon dont les affaires sont instruites devant le Conseil d’Etat et les tribunaux
administratifs »198.
Il pourrait également lui être reproché qu’une étude d’ensemble des pouvoirs
d’instruction du juge administratif ne peut consister en une simple présentation et
juxtaposition de prérogatives disparates dont dispose le juge à l’instruction. Car ceux-ci ont
besoin, pour être appréhendé et pour que la procédure administrative contentieuse atteigne son
but ultime de toute une construction intellectuelle reposant sur une catégorisation scientifiques
et logiques.
197
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge administratif »,
op. cit.
198
Loc. cit.
49
Henri JACQUOT est certainement l’un des tous premiers auteurs à retranscrire en
doctrine la procédure administrative contentieuse camerounaise. Dans le second volume de
son article paru en 1975 intitulé « Le contentieux administratif au Cameroun »199, il y
consacre des développements intéressants.
Si « l’instruction des recours »200 y est largement concernée, l’auteur n’examine pas,
à proprement parler, les pouvoirs d’instruction du juge administratif. Il se consacre davantage
à la présentation de la procédure d’instruction. Il en présente, en premier lieu, l’organisation
générale. Sont alors ici successivement analysés, les modalités de désignation du rapporteur,
la mise en cause du défendeur, la procédure d’échange des mémoires, l’établissement du
rapport et les modalités de clôture de l’instruction. En second lieu, il s’intéresse à
l’administration de la preuve201. Il aborde ainsi sans aller plus avant dans l’analyse, les
pouvoirs du juge relatifs à la charge et la recherche de la preuve. Le mérite de cet article est
d’avoir en particulier été, à l’image d’un « puzzle », un tableau comportant des bribes
d’éléments des pouvoirs d’instruction, mais dont le soin est laissé de les reconstituer en de
grands ensembles.
50
porte sur l’administration de la preuve. Il se résume pour l’auteur au pouvoir d’ordonner les
mesures d’instruction. Si à travers l’examen de ces pouvoirs d’instance, un pas important est
fait pour mieux saisir les pouvoirs d’instruction, des zones d’ombre demeurent.
L’auteur s’intéresse en effet aux pouvoirs d’instance qui ne sont pas tous considérés
comme étant des pouvoirs d’instruction. L’on comprend alors pourquoi il évoque les pouvoirs
d’urgence qui en réalité sont plus larges que des pouvoirs d’instruction proprement dits. Car,
la prescription d’une mesure d’urgence comprend, en plus de l’étape de l’instruction du
recours, l’étape de jugement. Les pouvoirs d’urgence comprennent donc à la fois les pouvoirs
d’instruction et de jugement. Il a donc une conception extensive des pouvoirs du juge qui ne
permet pas de spécifier et de mieux saisir les pouvoirs d’instruction. Aussi, l’auteur distingue-
t-il le pouvoir de demander tout supplément d’information des pouvoirs dans l’administration
de la preuve alors même qu’il s’agit des pouvoirs qui appartiennent tous au domaine de la
preuve. Enfin, il omet de mentionner les pouvoirs de direction alors qu’il reconnaît lui-même
que le juge dirige l’instruction.
La réflexion du Professeur Maurice KAMTO sur la question s’est faite dans le cadre
de deux travaux différents parus respectivement en 1988 et en 1990. Le premier est un article
intitulé « la fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun »206 et
le second est un guide pratique intitulé « Droit administratif processuel du Cameroun »207.
205
KAMDEM (J-C), Contentieux administratif, [Link]., p. 173 et s.
206
KAMTO (M), « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit.
207
Idem, Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit.
51
Au regard de ceux-ci, l’auteur révèle que l’instruction du procès administratif a pour
socle l’aspect inquisitorial de la procédure. En ce sens, l’instruction est pour lui, une étape au
cours de laquelle « le juge use de tous les moyens de droit en son pouvoir » pour rechercher
la vérité208. Ces moyens lui confèrent alors la direction de l’instruction. Il est au cœur du
parcours de l’information, il a la liberté de fixer les délais, ou d’intervenir dans la production
de la preuve. Il peut, en l’occurrence, renverser la charge de la preuve209, ordonner les
mesures d’instruction210. Le mérite de cet auteur est de faire ressortir certains éléments
constitutifs des pouvoirs d’instruction et surtout de se référer de temps à autre à la
jurisprudence camerounaise pour les dégager. Il reste cependant qu’il ne se démarque pas
fondamentalement des auteurs précédents. Car, il demeure très sommaire sur la question et se
contente d’une présentation générale de la procédure.
Sans doute, le Professeur Célestin SIETCHOUA est l’un de ceux qui, dans l’analyse,
examinent avec plus de détails la question de l’instruction du recours en contentieux
administratif. Dans sa thèse intitulée « L’appel dans le contentieux administratif au
Cameroun »213, l’auteur examine avec soin dans le cadre de deux chapitres « le déroulement
208
Idem, « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit., pp. 46-47.
209
Idem, Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 73.
210
Idem, « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit., p. 47.
211
BINYOUM (J), Contentieux administratif, cours 3e année licence 1991-1192.
212
Ibid., p. 144 et s.
213
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun. « Contribution à
l'étude de la juridiction administrative », th. Droit public, Aix-Marseille, 2000/2001.
52
de l’instruction de l’appel »214 et les « mesures d’instruction de l’appel »215. L’auteur passe
ainsi en revue l’instruction normale, l’instruction incidente et surtout la question de la preuve.
Au reste, ce dernier auteur, en ce qui concerne les mesures d’instruction distingue les
mesures d’instruction directes, dirigées directement par le juge et les mesures d’instruction
indirectes, confiées à un technicien. Une distinction qui ne reflète pas la réalité du droit positif
camerounais216.
Au bout du compte, cet auteur, comme la plupart de ceux qui l’ont précédé, se
préoccupe moins des prérogatives du juge que de la description de l’instruction. Si l’on relève
çà et là certains de ces pouvoirs dans le domaine de la preuve notamment, il n’existe aucune
logique permettant de les dégager. De plus l’auteur est mû par le désir de cerner la procédure
d’appel que l’instruction elle-même. L’on comprend dès lors qu’il omette d’évoquer les
214
Ibid., p. 209 et s.
215
Ibid., p. 288 et s.
216
V. infra, denier chapitre.
53
instructions des mesures d’urgence et l’instruction dans le cadre du contentieux administratif
de l’impôt.
Ils font ainsi ressortir successivement : la faculté de faire avertir avec les soins du
greffier en chef le demandeur de régulariser son recours ; le pouvoir de réclamer au
demandeur la communication de tous documents dont la production lui paraît utile à la
manifestation de la vérité ; il peut accorder aux parties des délais supplémentaires pour le
dépôt des mémoires ; il peut mettre en demeure de fournir dans un délai bien déterminé toutes
explications écrites ou tous documents nécessaires à la solution du litige. Par ailleurs, les
auteurs procèdent à la présentation des différentes mesures d’instruction.
Il se trouve ainsi dégagé dans cet ouvrage plusieurs pouvoirs dont dispose le juge
administratif camerounais à l’instruction. Toutefois, une large partie de ceux-ci n’est pas
mentionnée notamment ceux liés à la charge de la preuve. Au surplus, ceux qui sont évoqués
ne sont pas analysés dans le détail ni même classifiés.
217
NGOLE NGWESE (P) et BINYOUM (J), Eléments de contentieux administratif camerounais, op. cit.
218
Ibid., p. 88.
219
OWONA (J), Le Contentieux administratif de la République du Cameroun, op. cit.,
220
Ibid., p. 93 et s.
54
audiences, qu’elle « est rondement menée par le président assisté du greffier ». Par ailleurs,
à l’instar de tous les autres auteurs, il présente l’ensemble des mesures d’instruction.
Si cela est caractéristique des pouvoirs du juge dans l’instruction, il faut cependant
reconnaître que l’auteur n’aborde que partiellement la question, l’aspect lié à la preuve en
l’occurrence. A juste titre, le fil Ariane de son sujet porte sur la construction jurisprudentielle
du droit de la preuve. Du coup, les autres aspects de l’instruction restent marginaux. C’est le
221
KEUTCHA TCHAPNGA (C), Précis de contentieux administratif au Cameroun, op. cit.
222
Ibid., p. 165 et s.
223
FOUMENA (GT), Le juge administratif et la preuve : contribution à l’étude de la contribution
jurisprudentielle de droit de la preuve au Cameroun, th. Doctorat PH.D, Université de Yaoundé II, FSJP, 25 juin
2015.
55
cas notamment de l’aspect concernant les pouvoirs du juge dans l’organisation du procès. Il
ne rend donc compte des pouvoirs d’instruction du juge que de manière partielle.
Au regard de l’ensemble des travaux qui précède, il vient à l’esprit le constat d’une
double absence d’analyse systématique et de classification des pouvoirs d’instruction du juge
administratif en général et camerounais en particulier. La présente étude se veut ainsi
opportunément et modestement pour ambition de combler les gaps relevés
Ensuite, il est question d’établir une distinction, une classification voire catégorisation
permettant de mieux les saisir. La classification occupe ainsi une place de premier ordre dans
la valorisation de cette étude. Car elle permet de rendre repérable et précis les pouvoirs
d’instruction du juge administratif. Mais celle-ci ne fera sens que si elle comporte une valeur
logique et scientifique. Par valeur logique il faut entendre, sa valeur au regard de sa logique
formelle, c’est-à-dire sa conformité à un certain nombre de principes postulés par cette
logique. Et par valeur scientifique, on entend son intérêt intellectuel ou de connaissance : une
classification doit apprendre ou relever quelque chose d’important, concernant les objets
classifiés ; elle doit mettre en lumière au moins une vue, un trait, un fait qui compte224.
2- L’intérêt pratique
L’intérêt pratique de cette étude peut être évalué à plus d’un titre. D’abord, l’étude
menée constitue un baromètre permettant d’apprécier la question de la preuve devant les
juridictions administratives camerounaises. L’analyse des pouvoirs d’instruction caractérisés
par le trait inquisitorial de la procédure est inséparable de celle de la preuve225. Cette dernière
« commande la procédure devant la juridiction : en effet, l’instruction du procès, complète
et contradictoire, tend à établir les faits qui mèneront à la solution du litige »226. C’est dire
qu’étudier les pouvoirs d’instruction devant les juridictions administratives, c’est analyser les
conditions dans lesquelles le juge, utilisant la liberté qui lui est laissée et les pouvoirs
224
EISENMANN (Ch), « Essai d’une classification théorique des formes politiques », in LEBEN (C), Ecrits de
théorie du droit, de droit constitutionnel et d'idées politiques, textes réunis, Paris, éd. Panthéon-Assas, 2002.
225
COLSON (J-P), L’office du juge et la preuve dans le contentieux administratif, Paris, LGDJ, 1970, p. 9.
226
PLANTEY (A) et BERNARD (F-C), La preuve devant le juge administratif, Paris, Economica, 2003, p. 2.
56
d’investigation qui lui sont donnés, dose ses exigences à l’égard des parties et fixe les
principes de son intervention dans le domaine de la preuve227.
Dans la même lancée, l’étude s’intéresse au rôle de ces pouvoirs en rapport avec
d’autres champs scientifiques dans le processus de formation de l’intime conviction du juge.
En effet, souvent confronté à la complexité des faits du litige, le juge sollicite plus ou moins
fermement ces pouvoirs pour se faire une conviction et rétablir ainsi la vérité judiciaire. Cela
passe parfois par la consultation des spécialistes des autres sciences sociales et ceux des
sciences exactes mettant parfois à contribution la technologie. Il y a ainsi lieu de noter que la
présente recherche permet d’évaluer les répercussions des pouvoirs d’instruction dans la
délicate opération conduisant au dépoussiérage des faits surtout ceux caractérisés par une
grande technicité.
Au demeurant, par cette étude, les justiciables pourront pleinement prendre conscience
de l’importance et de l’envergure des pouvoirs d’instruction sur l’issue du litige. Leur
connaissance ou leur ignorance sera pour eux un atout dans la réussite du procès ou une cause
d’échec, selon le cas. L’existence de ces pouvoirs constitue donc, pour les justiciables, une
arme non négligeable. Le juge doit utiliser tous les pouvoirs nécessaires à assurer l’instruction
complète228. Les justiciables ont droit à une telle instruction. Car, certains de ces pouvoirs
peuvent être demandés par les parties au juge afin d’appuyer leurs con clusion.
227
LEGER (D), « La preuve devant le juge administratif français », in [Link] consulté le 21
décembre 2016, p. 28.
228
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 883.
57
L’étude scientifique est tributaire d’une méthodologie jointe à un objet. C’est
pourquoi, après avoir présenté l’objet de l’étude, il devient nécessaire d’exposer la méthode à
adopter.
Pour donc mener à bien cette étude, il semble nécessaire d’adopter une approche
méthodologique rigoureuse. En effet, la méthode détermine le travail scientifique. Cependant,
il ne suffit pas d’avoir une méthode pour aider à la compréhension du sujet ; encore faut- il
trouver la bonne méthode.
Le champ d’étude se trouvant être le droit, il faut nécessairement privilégier et adopter
la méthode juridique (B). Pour cette raison, le syncrétisme méthodologique n’est pas fondé à
intervenir dans la présence recherche (A).
229
HAURIOU (M), cité par CHANTEBOUT (B) et HAMON (F), « Georges Burdeau et le Pouvoir », in Mél.
offerts à Georges BURDEAU, op. cit., p. 2.
230
PEUCH (J), « Pouvoir et inconscient »…, op. cit, p. 218.
231
BERGEL (J-L), Méthodologie juridique, Paris, PUF, 1ère éd., 2001, p. 19.
232
Loc. cit.
233
GRAWITZ (M), Méthodes des sciences sociales, Dalloz, Paris, 11e éd., 2001, p. 351.
58
sciences sociales diverses. Il devient systématique lorsqu’il se produit invariablement et sans
réserve. C’est une option qu’il faut s’empresser d’évincer, et ce pour plusieurs raisons.
L’on ne saurait ainsi, au mieux, expliquer une question hautement juridique que celle
des pouvoirs d’instruction du juge administratif en procédant à un mélange de méthodes
issues de diverses sciences sociales. En effet, les pouvoirs d’instruction étant des pouvoirs de
droit et fondés en droit, leur décryptage doit se faire nécessairement à l’aide des outils et
instruments du droit, mieux, à l’aide d’une méthode propre au droit.
234
GRAWITZ (M), Méthodes des sciences sociales, op. cit., p. 340.
235
Ibid., p. 341.
236
Loc. cit.
59
connaissance du droit, du seul droit en excluant de cette connaissance tout ce qui ne se
rattache pas à l’exacte notion de cet objet »237. Elle cherche ainsi à « éviter un syncrétisme
de méthodes qui obscurcit l’essence propre de la science du droit et qui rend floues et
vagues les bornes qui sont assignées par la nature de son objet : le droit »238.
Sous le bénéfice de cette précision, l’étude des pouvoirs d’instruction est une
problématique essentiellement juridique qui nécessite tout aussi une démarche juridique.
L’analyse passe donc, conformément à la logique positiviste normativiste, par l’usage
primordial de la dogmatique (1) et celui non négligeable de la casuistique (2).
1- L’usage de la dogmatique
Par énoncé pratique, on entend un énoncé qui dit quelque chose sur les normes qui
appartiennent à l’ordre juridique valide. On peut donc déduire que les énoncés en dogmatique
juridique pratique, donnent une information sur le contenu des normes juridiques valides241.
Cet aspect de la dogmatique se rapproche de l’exégèse. Car, « faire l’exégèse des textes, c’est
rechercher leur signification et leur portée par la seule analyse de ces textes eux-mêmes à
l’aide au besoin, des travaux préparatoires »242. Or, on oppose souvent à la méthode
exégétique, la méthode dite dogmatique ou synthétique243. Cette thèse représente une vérité
partielle. Car, comme cela vient d’être dit, l’aspect pratique de la dogmatique signifierait faire
237
KELSEN (H), Théorie pure du droit, Paris, Dalloz., 2e éd., traduction française, EISENMANN (Ch.), 1962,
p. 1.
238
Ibid., p. 2.
239
ANDRE-JEAN (A) (dir.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologique du droit…, op. cit., p.
188.
240
Loc. cit.
241
Loc. cit.
242
BERGEL (J-L), Méthodologie juridique, [Link]., p. 236.
243
Loc. cit.
60
l’exégèse des textes. Elle pourrait, en revanche, tenir lorsqu’on aborde l’autre versant de la
dogmatique consistant à traiter des énoncés théoriques.
Par énoncés théoriques, on entend des énoncés qui traitent du contenu et des
interrelations des concepts qui se produisent dans la recherche pratique. Les énoncés
théoriques sont alors au méta-niveau, comparés aux énoncés pratiques244. C’est dire que la
dogmatique interpelle au même titre que la science du droit des réflexions sur le droit en dépit
de la distinction, pas du tout aisée à établir, que semble effectuer Michel TROPER à propos
des deux notions.
Quoiqu’il en soit, l’étude des pouvoirs d’instruction suivra comme démarche les deux
fonctions de la dogmatique juridique : l’interprétation et la systématisation.
Pour ce qui est de la fonction d’interprétation des textes, elle correspond à la méthode
exégétique. Il s’agit en général de procéder à une interprétation qui se rattache soit à une
analyse littérale, soit à la recherche de l’intention du législateur. « L’analyse littérale est
destinée à comprendre le texte lui-même en précisant le sens des termes et en tirant de leur
place dans la phrase, de sa structure, de la ponctuation (…), sa signification exacte. Son
utilité est fondée sur l’idée que le texte exprime très exactement la pensée du législateur et
que celui-ci a employé des formules totalement adéquates à sa pensée. Cette interprétation
grammaticale se réfère aux règles normales et usuelles de la langue »246. A propos de la
recherche de l’intention du législateur, « on a souvent soutenu que le juge doit interpréter un
texte, même lorsque la lettre est claire, quand son sens littéral n’exprime pas exactement la
pensée du législateur. (…) C’est la volonté du législateur qui constitue la loi »247.
Il convient de relever que les textes à interpréter ne sont pas choisis au hasard. Il s’agit
des textes essentiels dont la substance permet d’apporter la lumière nécessaire à l’éclairage de
la problématique du sujet. Il s’agit particulièrement de la législation sur la justice
244
ANDRE-JEAN (A) (dir.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologique du droit, [Link]., p. 189.
245
TROPER (M), La philosophie du droit, Paris, PUF, 2003, p. 61.
246
BERGEL (J-L), Méthodologie juridique…, op. cit., pp. 237-238.
247
Ibid., p. 240.
61
administrative au Cameroun. Cependant, compte tenu du lien qui unit toutes les disciplines du
droit public en particulier et davantage celles du droit en général, doivent intervenir ici
différents textes de droit public, et dans la mesure du possible certains textes de droit privé.
Le but sera donc de faire, sur la base des textes ciblés, l’état des lieux de ces pouvoirs, mais
aussi d’établir un catalogue dans lequel sont définis et classés méthodiquement lesdits
pouvoirs.
« Cela ne la rend pourtant pas illégitime. Elle est même indispensable et le système
juridique ne pourrait pas fonctionner sans elle »250. Pour cette raison même, cette étude ne
peut que s’en accommoder..
2- L’emploi de la casuistique
Si l’on peut remonter le mot casuistique à la théologie morale, et que l’on pourrait
estimer, aujourd’hui qu’il n’appartient pas pleinement au vocabulaire juridique251, quoi qu’il
en soit, le juriste d’aujourd’hui pratique fréquemment la casuistique comme méthode
d’interprétation.
248
KUHN (T), in ANDRE-JEAN (A) (dir.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologique du
droit…, op. cit., p. 189.
249
TROPER (M), La philosophie du droit, op. cit., p. 62.
250
Ibid., p. 61.
251
DENIS (A) et RIALS (S) (dir.), Dictionnaire de culture juridique, Paris, PUF, 2003, p. 177.
62
La casuistique a pour vocation de préciser de manière concrète les conditions
d’application d’une règle formulée à un haut degré de généralité. Autrement dit, « elle
consiste à résoudre les problèmes pratiques par une discussion entre d’une part des
principes généraux (règles) ou des cas similaires (jurisprudence), et de l’autre la
considération des particularités du cas étudié (cas réel) »252. Elle renverrait ainsi à ce que le
droit anglais appelle la « case method »253, c’est-à-dire la méthode casuelle. Celle-ci
s’entendrait de l’étude des cas et, précisément, de jurisprudence.
L’étude des cas de jurisprudence, mieux, leur commentaire prend ainsi, une part active
dans l’analyse du droit. Du Professeur Alain SERIAUX en effet, on peut lire qu’ « il est (…)
chez nombre de juristes de considérer que le droit, c’est ce que dit le juge »254. C’est dire, si
l’on considère ces propos et pour ne s’en tenir qu’à ceux-ci, le rôle décisif de la jurisprudence
dans la construction du droit.
Décisive, la jurisprudence l’est encore plus à propos du juge administratif ! Car ayant
toujours manifesté une grande indépendance à l’égard du droit écrit, le juge administratif reste
toujours attentif au respect des principes essentiels qu’il a lui-même dégagé255. Cela est vrai
s’agissant de ses pouvoirs d’instruction. De fait, comme le rappellent Renaud DENOIX et
Daniel LABETOULLE, une part de ces pouvoirs a une origine prétorienne256. Au surplus,
même lorsque le législateur en est à l’origine, ces pouvoirs ne trouvent leur meilleure
expression que dans la pratique du juge. Il faut comprendre dès lors que l’étude sur les
pouvoirs d’instruction du juge administratif nécessite pour sa compréhension un commentaire
rigoureux et peu hésitant de la jurisprudence camerounaise.
252
Casuistique, [Link] p. 1.
253
Méthode instituée dès 1871 à la Harvard Law school et trouva son expression la plus élaborée à la Harvard
Business entre 1908 et 1920, elle consistait pour le Doyen LANGLED à faire lire une série d’arrêts à ses
étudiants qui devaient ensuite les discuter et répondre au feu roulant de questions posées par le maître.
254
SERIAUX (A), Le commentaire de textes juridiques : Arrêts et jugements, Paris, Ellipses, 1997, p. 3.
255
GAUDEMET (Y), Les méthodes du juge administratif,…op. cit., p.132.
256
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge administratif »,
op. cit., p. 75.
63
P
REMIERE PARTIE : LES POUVOIRS DE DIRECTION
64
Le juge reste incontestablement le maître de l’instruction257. Mais cette maîtrise de
l’instruction ne servirait à rien si cette aptitude ne déterminait pas la capacité à mettre le litige
au point en vue de son jugement. On l’a bien compris, la maîtrise de l’instruction n’a de sens
que si elle conduit à la solution.
Les pouvoirs du juge, notamment d’instruction puisqu’il s’agit d’eux, répondent bien à
cette exigence. Il est donc normal que les parties en soient soumises afin que celui-ci puisse
fixer la solution. Celle-ci ne tomberait pas ainsi du ciel comme de la manne, mais découlerait
pour une large part de l’usage de ses pouvoirs par le juge, à telle enseigne que la solution au
litige serait moins évidente si le juge en était dépourvu. Et inversement, la maîtrise de
l’instruction par celui-ci à travers ces mêmes pouvoirs deviendrait inutile si elle n’était pas
assortie de l’exigence de trouver une solution. Ainsi, la maîtrise de l’instance serait donc
consubstantiellement liée à sa résolution.
Les pouvoirs de direction, le terme apparait assez évocateur tant et si bien qu’il ne
semble guère souhaitable d’aller plus avant dans l’analyse sans au préalable procéder à une
petite précision terminologique.
257
Même si de plus en plus sous d'autres cieux cette maîtrise tend à être infléchie par l'impérialisme du droit
communautaire notamment de la Cour européenne des droits de l'homme comme semble le démontrer
Alexandre CIAUDO. Pour lui, « Il semble que l’organisation du procès de même que son bon exercice se
décident désormais au niveau européen », in « La maîtrise du temps en droit processuel », Jurisdoctoria n°3,
2009, p. 31.
258
Loi n° 2006/022 du 29 décebre 2006 portant organisation et fonctionnement des tribunaux administratifs.
259
V. not. L’art. 37 (2).
260
DEBBASCH (Ch), Contentieux administratif, Paris, Dalloz, 2e éd, 1978, p. 345.
65
temps afin de mettre le litige en mesure d’être jugé. Ils participeraient plus de la forme et de la
procédure et moins du fond de l’instruction. Ils renverraient ainsi aux formalités procédurales
suivant lesquelles celle-ci doit être menée pour parvenir à une solution juridictionnelle. Ils
mobilisent ainsi des éléments de forme et de procédure.
Cette précision faite, l’objet de cette partie peut alors être défini très simplement : il
suppose sommairement que par l’emploi des pouvoirs de direction, le juge organise la
communication des mémoires et pièces entre les parties au procès (titre I). L’organisation de
la communication mobilise en plus un « temps incompressible de mise en état »261 nécessaire
non seulement à la production des mémoires et pièces par les parties, mais aussi à la réflexion
du juge. D’où il ressort que le rythme de l’instruction se trouve fixé par ce dernier (titre II).
261
CONNIL (D), L’office du juge administratif et le temps, op. cit., p. 36.
66
T ITRE I: L’ORGANISATION DE LA COMMUNICATION
67
La communication dans le langage courant suppose essentiellement deux acceptions.
La première renvoie au « fait de communiquer, d’établir une relation avec quelqu’un,
quelque chose »262. Autrement dit, il s’agit d’une action d’établir une relation avec
quelqu’un ; échange verbal, gestuel ou écrit entre deux personnes263. La seconde désigne
« l’action de transmettre quelque chose »264, c’est-à-dire encore l’action de communiquer
quelque chose à quelqu’un265. C’est cette seconde acception qui semble mieux cadrer avec le
sens que donne le droit processuel à ce mot.
En effet, en plus d’un simple contact écrit ou oral, peu importe, la communication qui
se déroule devant le juge suppose davantage la transmission d’une information à une partie. Il
s’agit, pour être précis, d’une « communication-transmission ». La communication serait
ainsi au sens de Gérard CORNU, le « fait – et obligation – pour une partie à l’instance de
porter spontanément et en temps utile à la connaissance de toute autre partie à l’instance
des pièces dont il fait état au soutien de ses prétentions »266. Dans le même ordre d’idées,
Messieurs Serge GUINCHARD et Thierry DEBARD affirment que « les plaideurs doivent
se communiquer les pièces dont ils se servent »267.
Ces affirmations sont sans doute intéressantes, mais pas assez pour décrire la
spécificité de la communication en ce qui concerne le contentieux administratif. Elles sont
beaucoup plus ancrées dans des conceptions civilistes de la règle de la communication.
L’impression générale qui s’en dégage est que, ce sont les parties qui font la communication.
Le contentieux administratif tend à démontrer le contraire, c’est le juge qui dirige la
communication et non les parties. Il y a une raison à cela : le caractère inquisitoire de la
procédure. Comme en témoignent ces propos de Jean-Pierre CHAUDET, « les pouvoirs
inquisitoriaux reconnus au juge lui permettent d’exiger des parties, qui ne peuvent refuser,
de lui communiquer tout document aux fins de transmission à l’adversaire »268. Le juge
262
Le Robert illustré, op. cit., p. 404.
263
Larousse, maxipoche, op. cit., p. 273.
264
Loc. cit.
265
Le Robert illustré, op. cit., p. 404.
266
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, Paris, PUF, 2011, p. 207.
267
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 198.
268
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, Paris, LGDJ, 1967, p.
436.
68
administratif est donc au centre de la communication entre les parties, il assure le « dialogue
contentieux »269 entre elles.
69
la contradiction (chapitre I). Mais ce serait une perspective bien étroite que de ne pas prendre
garde que, dans des circonstances précises et parfois dans certains contentieux, le même juge
procède à la communication par dispense marginale de la contradiction (chapitre II).
70
CHAPITRE I: LA COMMUNICATION PAR APPLICATION
PRINCIPALE DE LA CONTRADICTION
71
Le principe de la contradiction est ancien. Il est enraciné dans la loi romaine depuis les
temps anciens et bibliques. Les propos du roi FESTUS dans le Livre des actes des apôtres à
l’occasion du procès de Saint Paul sont illustratifs à cet égard. Celui-ci affirme en substance
que : « …la loi romaine ne permet pas de livrer un accusé sans l’avoir d’abord confronté
avec ses accusateurs, et lui avoir donné la possibilité de présenter sa défense »278.
278
Livre des actes des apôtres 25, 16.
279
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., p. 628.
280
Ibid., p. 639.
281
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 838.
282
ODENT (R), Contentieux administratif, t1 fasc. 1à 3, Dalloz, 2007, p. 734.
283
PLANTEY (A) et BERNARD (F-Ch), La preuve devant le juge administratif, op. cit., p. 91.
284
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, op. cip, p. 372.
285
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, th. , Université de droit,
d'économie et de sciences sociales de Paris, 1985, p. 14.
72
Toutefois, au Cameroun, en droit interne, le principe du contradictoire n’est pas
proclamé mais traduit, à travers son contenu, par la jurisprudence et les textes qui organisent
la procédure administrative contentieuse286. Les textes organisant la procédure administrative
contentieuse n’y font pas toujours très explicitement référence287. Mais comme la
contradiction appelle un enchaînement de réponses alternés jusqu’au terme de la procédure
dans laquelle elle s’inscrit (demande, réponse ou défense, intervention ou réplique…)288, on
peut donc la voir inscrite en filigrane dans les dispositions textuelles organisant les échanges
de mémoire entre le requérant et la partie défenderesse289.
286
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun »,
RDA-Cameroun, n°3, 2013, p. 242.
287
ATEBA EYONG (AR), Le juge administratif et la création du droit..., p. 429.
288
Loc. cit.
289
Ibid., p. 430.
290
Ibid., p.429.
73
s’avère être à la fois une modalité et surtout un produit du principe de la contradiction. C’est
en cela même que ce dernier paraît en être le socle.
291
NGUELE ABADA (M), « La réception des règles du procès équitable dans le contentieux de droit public »,
Juris Périodique n°63, juillet-août-septembre 2005, p. 19.
74
de la défense (1) et d’autre part de l’égalité des armes (2) en raison de la très grande proximité
qu’ils entretiennent avec celui-ci.
Tout d’abord, les droits de la défense sont les plus anciens principes généraux de
procédure. L’idée des droits de la défense est (…) en germe dès la première moitié du XIXe
siècle. Au début du XXe siècle on parle de droits de la défense qui sont des principes généraux
du droit ou des principes de droit commun292. Durant cette période, ils font ombrage à la
contradiction dont pendant cent cinquante ans aucun sort spécial ne fut réservé293. En effet,
seuls les droits de la défense qui constituaient une garantie particulière offerte au justiciable
firent l’objet des sollicitudes du juge administratif294. Les droits de la défense sont ainsi les
seuls invoqués, et la contradiction totalement dissoute dans ceux-ci. Autrement dit, les droits
de la défense vont constituer une « notion monolithique qui englobent (…) tous les éléments
du caractère contradictoire de la procédure »295. Ils ne sont révérés que si la procédure a été
totalement contradictoire. La règle de la contradiction se trouvait en conséquence absorbée
par ceux-ci.
Il faut attendre la moitié du XXe siècle pour voir éclater les droits de la défense et
apparaître progressivement le principe de la contradiction296. Après une période d’incertitude
292
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 369.
293
Loc. cit.
294
Loc. cit.
295
Ibid., p. 373.
296
V. not. CE, 7 février 1947, d'Aillières, Rec. 50 et CE, Section, 27 avril 1949, Millies-Lacroix, Rec. p.182.
75
quant à sa nature et sa valeur, le principe du caractère contradictoire est érigé par le Conseil
d’Etat en 1961 en principe général de procédure297.
Cette lecture diachronique permet de voir une certaine familiarité entre les deux
principes, laquelle, certainement a concouru à établir et faire perdurer la confusion entre eux
et pourtant il s’agit de deux principes bien distincts.
Qu’en est-il réellement de l’un et de l’autre ? Telle est la seconde question qui mérite
l’attention. Si de nos jours, tout le monde ou presque s’accorde à reconnaître que le principe
de la contradiction se démarque considérablement de celui du respect des droits de la défense,
il convient de faire remarquer que, c’est par des arguments différents et parfois opposés.
Une première distinction consiste à soutenir que les droits de la défense ont un
caractère défensif, ce que ne serait pas la contradiction. Ainsi que le révèle Monsieur Joseph
Pierre EFFA, « les droits de la défense visent à compenser une situation avantagée du
demandeur en privilégiant en contrepartie celle du défendeur, c’est-à-dire en donnant à ce
dernier le droit et la possibilité de faire valoir ses arguments dans une instance dont la
solution peut préjudicier (…). En revanche, le principe du contradictoire tend, par une
information réciproque à garantir l’échange des arguments entre les parties (…). De la
sorte, le principe du contradictoire place les parties dans une stricte égalité; il ne s’agit plus
de compenser une situation privilégiée du demandeur en avantageant en contrepartie le
défendeur, mais précisément d’assurer l’égalité des parties au procès. Ici, aux droits de la
défense correspondent exactement les droits de la demande »298.
297
CE, 12 mai 1961, Sté La Huta, Rec. p. 313; V. aussi LONG (M) et alii, Les grands arrêts de la jurisprudence
administrative, Paris, Dalloz, 19e éd., p. 423.
298
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 239.
76
contradiction299. Mais pas plus que la précédente, cette distinction n’en est pas moins
insatisfaisante. Car l’absence de contradiction peut s’expliquer par d’autres raisons qui ne
supposent pas la supériorité d’un principe sur l’autre, c’est le cas des procédures par défaut ou
réputées contradictoires qui constatent uniquement l’absence du défendeur300.
Une autre distinction est de dire que la contradiction est un élément des droits de la
défense. Elle se fonde sur la jurisprudence du Conseil d’Etat selon laquelle « les droits de la
défense se trouvent (…) garantis par le caractère contradictoire donné à l’instruction
préalable »301. Au plan logique, la thèse paraît difficilement réfutable, mais elle repose sur
une conception de l’instance discutable et ne donne qu’une explication partielle de la
protection du justiciable dans l’instance302. Elle définit l’instance exclusivement par rapport
aux parties. En ce sens, l’instance est au service des parties. Les parties et, le cas échéant, le
juge, assurent sa régularité parfaite par le respect des droits de la défense dont ils sont
titulaires303. Sous cet angle, la thèse paraît tenable. Or l’instance doit aussi se définir par
rapport à elle-même. En effet, elle constitue une organisation originale du procès qui répond à
certaines caractéristiques dont l’une d’entre elles est le principe du contradictoire. En
conséquence, les droits de la défense n’existeront que soumis ou intégrés au principe du
contradictoire304. Là en revanche la thèse semble intenable.
En plus, si l’on doit considérer que les droits de la défense appartiennent aux droits
subjectifs et que le principe du caractère contradictoire découle du droit objectif, l’on
n’imaginerait pas un seul instant, à tout le moins sur le plan logique, que le second en soit un
élément du premier305, l’inverse s’imposant de lui-même.
Toute autre est la distinction qui veut que les droits de la défense relèvent de la
procédure administrative non contentieuse et la contradiction, de la procédure administrative
contentieuse. Les droits de la défense écrit, Monsieur Raymond ODENT « sont, dans les
procédures non contentieuses où la jurisprudence en impose le respect, l’équivalent de ce
que le caractère contradictoire de l’instruction est dans la procédure contentieuse
299
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, [Link]., p. 630.
300
Loc. cit.
301
CE, ass 6 mars 1959, Syndicat des grandes pharmacies de la région de Paris, Rec. 165.
302
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 377.
303
Ibid., p. 378.
304
Ibid., pp. 377-378.
305
ROLLAND (B), Procédure civile, Levallois-Perret, Studurama, 3e éd., 2013, p. 102.
77
administrative »306. Cette conception paraît dominer l’esprit de la jurisprudence de la Cour
suprême camerounaise si tant est que l’essentiel de la jurisprudence de cette juridiction se
rapporte à la garantie des droits de la défense dans la procédure administrative non
contentieuse, et rarement sinon jamais, dans la procédure administrative contentieuse. En
effet, la quasi-totalité des jugements et arrêts de la Cour suprême qui ont trait aux droits de la
défense concernent les sanctions disciplinaires307. Et inversement, le terme contradiction
n’apparaitrait pas ou n’apparaitrait que très peu dans la jurisprudence de la Cour suprême
garantissant les règles de procédure devant l’administration active. Il semble être réservé à la
seule procédure administrative contentieuse.
Cette distinction trouve ses limites en ce que les droits de la défense sont bien présents
dans la procédure administrative contentieuse. En effet, le droit de se faire représenter par un
avocat, même s’il a un lien avec la contradiction, en est totalement indépendant. L’on peut en
dire autant de la possibilité de récuser un juge partial.
Elle se traduit par le fait que tout ce qui est libre présentation d’arguments et de
moyens relèverait des droits de la défense, tout ce qui est libre et totale communication entre
les parties ou le juge participerait de la contradiction308. Malgré le reproche qu’on peut
formuler à cette conception, à laquelle paraît se rallier Monsieur Guy BRAIBANT309, de ne
pas trouver d’appui jurisprudentiel direct et d’être plus formaliste que réaliste, elle présente
l’avantage de laisser une autonomie aux deux principes. Elle définit clairement leurs champs
respectifs. Mais elle ne vaut qu’en ce qui concerne la distinction avec les droits de la défense,
et pourtant la distinction avec l’égalité des armes est-elle aussi importante.
306
ODENT (R), Contentieux administratif, t2, fasc. 4 à 6, Paris, Dalloz, 2007, p. 472.
307
NYETAM TAMGA (A), « Les droits de la défense dans la jurisprudence de la Cour suprême du Cameroun
statuant en matière administrative », Juridis Périodique, n° 52, Octobre-Novembre-Décembre, 2002, p. 71.
308
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 379.
309
BRAIBANT (G), « L’arrêt Syndicat des Ingénieurs Conseils et les principes généraux de droit », EDCE,
1962, p. 62.
78
2- La distinction entre la contradiction et l’égalité des armes
D’abord, les deux principes paraissent prétendre à un même objectif: l’équité entre les
parties au procès. De fait, d’une part, le principe du contradictoire et celui de l’égalité des
armes postulent tous deux l’établissement et le maintien de l’égalité des parties au procès311.
Le Conseil d’Etat français déclare en ce sens que le principe de la contradiction « tend à
assurer l’égalité entre les parties devant le juge »312. D’autre part, et spécialement dans la
jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, la règle de la contradiction
constitue un sous-ensemble du principe de l’égalité des armes313. Ainsi que le révèle la
CEDH, de l’égalité des armes découle le « principe fondamental du procès équitable »314.
Ensuite, la confusion se trouve davantage confortée sur leur contenu qui semble être le
même d’une Cour à une autre. En effet la définition que la CEDH se donne de l’égalité des
armes est, dans le fond, proche de la conception que le Conseil d’Etat se fait du principe de la
contradiction315. Pour le Conseil d’Etat, ce dernier implique « la communication à chacune
des parties de l’ensemble des pièces du dossier »316. Or selon la Cour européenne, le principe
de l’égalité des armes comporte « aussi en principe le droit pour les parties à un procès de
310
CEDH, 27 oct. 1993, DOMBO Beheer.
311
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 240.
312
CE, 29 juillet 1998, Mme ESCLATINE, req. n° 179635 180208. Lebon, p. 320.
313
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 240.
314
V. not. CEDH 18 février 1997, Nideröst-Hubert c/ Suisse, Recueil 1997-I, p. 108, § 21.
315
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 241.
316
CE, 29 juillet 1998, Mme ESCLATINE.
79
prendre connaissance de toute pièce ou observation soumise au juge »317. De la sorte, si
dans les ordres juridiques nationaux européens la Cour a contribué au renforcement de la
norme à sa portée, elle n’a pas cependant aidé à clarifier le concept même318.
Il faut tout d’abord prendre acte avec Monsieur Frédéric SUDRE de ce que le
principe de l’égalité des armes impose seulement de traiter les parties de façon égalitaire,
aucune ne pouvant revendiquer un droit dont l’autre n’a pu bénéficier320. Les parties doivent,
d’une façon générale, disposer des mêmes moyens pour faire valoir leurs arguments321.
L’égalité des armes garantit ainsi qu’il n’y ait pas d’inégalité dans la communication des
pièces du dossier. En revanche, la règle du contradictoire requiert que chaque partie ait la
faculté et la possibilité non seulement de faire connaître les éléments nécessaires à la
présentation de sa défense et au succès de ses prétentions, mais aussi de prendre connaissance
et de discuter les pièces ou observations présentées au juge en vue d’influencer la décision du
tribunal322.
317
CEDH 18 février 1997, Nideröst-Hubert c/ Suisse, Recueil 1997-I, p. 108, § 21; V. aussi CEDH, 25 1997,
Van Orshoven c/ Belgique, Recueil 1197-III; 20 février 1996, Vermeulen c/ Belgique, Recueil 1996-I.
318
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p.
319
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, [Link]., p. 631.
320
SUDRE (F), cité par EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative
contentieuse au Cameroun », op. cit., p. 241.
321
Loc. cit.
322
V. not. CEDH, 18 mars 1997, Mantovanelli c/ France, Recueil 1997-II, p. 436, § 33; 20 février Lobo
Machado c/ Portugal, Recueil 1997-I, § 31.
323
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 241.
80
Il convient de retenir en définitive que l’égalité des armes consiste en réalité à offrir
aux parties les mêmes possibilités, les mêmes chances, à les mettre dans des conditions
identiques ou semblables en vue de faire valoir leurs prétentions respectives. La contradiction,
quant à elle, renvoie à la possibilité pour chacune des parties d’être à même de recevoir les
allégations de ses adversaires et de les discuter en vue du bien-fondé de ses allégations
propres. La contradiction serait ainsi un aspect particulier et, le plus important, de l’égalité des
armes.
En fin de compte, pour autant que l’on doit admettre que la distinction avec d’autres
notions voisines non moins importantes telles que le droit d’accès au juge, l’impartialité du
juge, la loyauté, le droit d’être entendu, n’ait pas été prise en compte, c’est au regard de celle
effectuée avec les notions de droit de la défense et d’égalité des armes que les contours de la
contradiction apparaissent mieux dégagés. Toute chose de nature à faciliter l’indication de son
contenu et par la suite sa valeur.
1- Le contenu de la contradiction
324
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., pp. 838-839.
81
section entière comportant quatre articles, à la contradiction, principe directeur du procès
civile »325. Pour pertinente qu’elle soit326, cette vision est encore loin du compte si bien que
l’usage de l’épithète contradictoire demeure. Heureusement, cette « indiscipline de
langage »327 ne paraît pas déterminante.
Le Professeur Olivier GOHIN tout abord entend par contradiction, « le droit pour
toute personne directement intéressée de se voir assurer une information utile dans
l’instance, par la communication des différents éléments du dossier produits dans un délai
suffisant, en vue de leur discussion devant le juge »330.
325
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 22.
326
Il importe d'ailleurs de relever que le terme contradiction emporte notre conviction.
327
CORNU (G), Linguistique juridique, Paris, Montchrestien, 3e éd., 2005, spéc. n° 80, p. 308.
328
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 24.
329
Loc. cit.
330
Ibid., p. 28.
331
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., p. 642.
82
Pour sa part, Monsieur Raymond ODENT estime en premier lieu que, « dire de la
procédure qu’elle doit être contradictoire, cela signifie que des juges ne peuvent pas faire
intervenir dans leurs décisions des faits, actes ou des renseignements, que les personnes
directement intéressées n’auraient pas été mises à même de connaître et de discuter »332. Il
« donne ensuite aux intéressés le droit de prendre connaissance de tous les documents
versés au dossier »333.
Somme toute, la contradiction serait le droit reconnu à toute personne intéressée par
l’instance (partie ou tiers) à l’égard du juge ou de son adversaire de prendre connaissance de
toute information utile afin qu’il puisse, au détour d’une discussion réciproque, assurer sa
défense. C’est, grosso modo, ce qui ressort de l’ensemble des affirmations précédentes. C’est
partant de cette perception du contenu que la valeur et le statut juridique de la contradiction
doivent être précisés.
Cette précision faite, il convient de noter que le statut juridique puis la valeur juridique
de la contradiction y sont allés crescendo. La contradiction a longtemps peiné à se faire un
statut et avoir une valeur pour la raison évoquée de sa dépendance initiale aux droits de la
défense. Car ceux-ci, plus anciens principes généraux de procédure, lui faisaient totalement
ombrage. Cela ne présageait sans doute pas de l’incroyable ascension qu’elle allait connaître.
332
ODENT (R), Contentieux administratif, t1, op. cit., p. 735.
333
Ibid., p. 736.
334
PACTEAU (B), Manuel de contentieux administratif, PUF, 2e éd., 2010, p. 158.
83
D’abord, suite à l’éclatement des droits de la défense, la contradiction va acquérir le
statut de règle générale de procédure, c’est-à-dire de règle obligatoire créée par le juge
administratif335. C’est du moins ce qu’a dû laisser entendre le Conseil d’Etat dans l’affaire
Villes336. Il faut préciser que les règles générales de procédure sont de nature réglementaire337.
Par la suite, dans l’affaire de la Huta, la contradiction devient un principe général de
procédure338. A la différence des règles générales de procédure, les principes généraux de
procédure s’imposent au pouvoir réglementaire. Ils sont assimilés aux principes généraux de
droit dont ils ne sont qu’un aspect particulier en raison de leur domaine. Ils s’appliquent sur la
procédure et non sur le fond comme le reste des principes généraux de droit. Si, comme
l’affirme le juge administratif camerounais339, les principes généraux de droit ont une valeur
égale à la loi ordinaire, par assimilation à ceux-ci, les principes généraux de procédure
auraient la même valeur. Que dire en dernier lieu, si ce n’est que ce long détour en droit
processuel aura permis finalement d’apporter des précisions à la notion de contradiction qui
constitue le principal instrument mis à la disposition du juge administratif pour organiser la
communication. Il importe dès à présent d’en mesurer l’intérêt.
335
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 5.
336
CE, 10 août 1918, rec. 848, concl. BERGET.
337
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 92.
338
CE, 12 mai 1961 Société de la HUTA.
339
CFJ/CAY, arrêt n° 68 du 30 septembre 1969, Société des Grands Travaux de l'Est (SGTE) c/ Etat du
Cameroun.
340
Expression empruntée à Monsieur ATEBA EYONG (AR), in Le juge administratif et la création du droit…,
op. cit., p. 139.
84
équitable par le juge administratif (A) et la sauvegarde du droit à l’information des parties
dans le procès (B).
La contradiction participe d’une exigence que le juge est lui-même tenu de respecter.
Elle est consacrée en tant que moyen d’ordre public en contentieux administratif
camerounais343. Il impose au juge de communiquer tous les éléments d’instruction d’où
certainement la provenance de sa qualité de moyen d’ordre public. Les moyens d’ordre public
sont regardés comme étant une « technique juridique »344. Il s’agit en effet « des exigences
procédurales dont le non-respect entraîne une fin de non-recevoir de l’examen au fond de
la demande en justice, c’est une technique juridique, c’est-à-dire des procédés, énoncés
ayant une force obligatoire, des prescriptions, les commandements »345. Le juge
administratif camerounais, dans l’affaire SITCHEDIE contre l’Etat du Cameroun346,
considère que la disposition d’ordre public (autre appellation pour désigner le moyen d’ordre
public) « doit être soulevée d’office par le juge au cas où une des parties au procès ne la
soulèverait pas ».
341
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 83
342
Loc. cit.
343
V. article 35 de la loi n°2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour
Suprême.
344
NGA NGONO (A), L’élaboration des moyens d’ordre public en contentieux administratif camerounais, th.
Doctorat/Ph. D en Droit public, Université de Yaoundé II, FSJP, année académique 2015-2016, p. 12.
345
NGA NGONO (A), Les moyens d'ordre public en contentieux administratif camerounais, Mémoire de DEA
en droit public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2009-2010, p. 19
346
CS/CA, Jugement n°23/01-02 du 28 février 2002, SITCHEDIE André c/ Etat du Cameroun.
85
défaut pour les parties de le faire, le juge doit communiquer aux parties tout élément en sa
possession et au vu duquel il entend asseoir sa conviction.
Mais force est de constater qu’en contentieux administratif camerounais, le juge peut
se passer de la contradiction à tort ou à raison347, exposant ainsi le justiciable à un éventuelle
arbitraire.
Bien plus, aucune obligation ne lui est faite de communiquer les moyens d’ordre
public348. Or l’obligatoriété de leur communication est nécessaire, sinon ces moyens
apparaitraient comme des éléments étrangers au débat alors qu’ils vont déterminer l’issue du
procès. « L’on constate ainsi que la non consécration de cette obligation juridictionnelle
d’informer porte atteinte sans doute à la sécurité juridique des justiciables »349. En effet,
l’équité et donc l’absence d’arbitraire dans le traitement d’une affaire voudrait que la sécurité
juridique des parties soit prioritairement prise en considération. L’attitude du juge ne doit pas
faire apparaître que l’intérêt des parties ou de l’une d’elles ait été minoré voire ignoré par lui.
347
Cf. chapitre suivant.
348
NGA NGONO (A), Les moyens d'ordre public en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 185.
349
Loc. cit.
350
Loc. cit.
351
ODENT (R), « Le destin des fins de non-recevoir », in Mél. WALINE, 1974. t2, p. 653, cité par NGA
NGONO (A), loc. cit.
86
2- L’instauration et la préservation de l’équilibre entre les parties
L’équilibre entre les parties est intégré dans la procédure comme étant un caractère du
procès équitable352. Elle est d’autant plus nécessaire dans la procédure administrative
contentieuse dans la mesure où il s’agit d’une procédure au cours de laquelle un administré
s’affronte à la puissance publique353. Il est clair que le déséquilibre initial entre les parties est
tel que l’administration a des possibilités de le rétablir à son profit si bien que l’exigence de la
contradiction est particulièrement forte354. En effet, c’est par l’organisation de la contradiction
que l’on peut le mieux remédier à l’inégalité naturelle des parties (dont, évidemment, la
justice ne peut pas s’accommoder)355.
87
l’égalité des citoyens devant la justice358. Or, ce dernier principe a pour implication profonde
de garantir le droit à l’information des parties.
« Il est dans la mission même du juge administratif qui n’est pas un arbitre passif,
d’informer les parties de la survenance d’éléments susceptibles d’influer sur le litige…
parce qu’il n’existe pas de procédure vraiment contradictoire sans information
suffisante »359. La contradiction constitue assurément le socle permettant à la règle de la
communication d’assurer le droit à l’information des parties. Pour que celles-ci puissent se
contredire de manière effective, il faut qu’elles soient informées. Le droit à l’information se
présente donc d’une part, comme le droit, pour l’auteur d’une prétention, d’être entendu sur le
fond de celle-ci afin que le juge la dise bien fondée360. D’autre part, pour l’adversaire, l’action
est le droit de discuter le bien-fondé de cette prétention361. Pour le dire autrement, pour le
requérant la fin recherchée à travers son droit à l’information consiste à convaincre le juge de
la légitimité de sa demande ou de sa réclamation. Pour le défendeur en revanche, l’exercice de
son droit à l’information tend essentiellement à faire échec à ladite demande ou réclamation
pour la dire non fondée par le juge et éventuellement à formuler, à titre reconventionnel, une
accusation à l’encontre du requérant.
88
L’obligation d’informer la (les) partie (s) de l’existence d’une procédure n’incombe
au juge que consécutivement à sa saisine régulière par l’adversaire. Il faut en effet faire
observer que, l’obligation d’informer à ce stade, constitue un droit pour la partie mise en
cause, en l’occurrence le défendeur. Sa mise en œuvre est subordonnée à la recevabilité de la
requête introductive d’instance du demandeur. Ainsi, l’on peut aisément s’en rendre compte à
la lecture de la procédure contentieuse administrative camerounaise. Il y est disposé qu’ « en
cas de recevabilité de la requête, le rapporteur en ordonne la communication au défendeur
(…) »363. Ce qui conduit logiquement à dire que pour que l’information contenue dans la
requête introductive d’instance parvienne au défendeur, celle-ci doit avoir au préalable
satisfait aux exigences liées à sa recevabilité. Il s’agit de s’assurer notamment qu’un recours
gracieux en bonne et due forme a précédé le recours contentieux, que le recours contentieux a
été introduit dans les délais, que le requérant a intérêt puis qualité pour agir, que le juge
administratif est compétent pour statuer au fond de l’affaire, entre autres.
Il faut cependant préciser que le défendeur n’a pas l’apanage du droit de réponse. Le
demandeur l’exerce aussi notamment lorsqu’il a été formulé contre lui une demande
363
Art. 38 (1) de la loi de 2006 sur les tribunaux administratifs.
364
NDZANA NTIGA (AR), L’application du principe du contradictoire dans la procédure administrative
contentieuse au Cameroun, Mémoire de DEA en droit public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2010-2011, p. 28.
365
Art. 38 (1).
366
Art 38 (3).
89
reconventionnelle par le défendeur et lorsque, plus généralement, il réagit au mémoire en
défense ou en duplique, en faisant des observations dans un mémoire en réplique.
Enfin, la dernière obligation d’informer à la charge du juge est celle qui consiste à
informer les parties sur le déroulement de l’instance. Il s’agit pour le juge de porter tout fait
nouveau à la connaissance des parties, tout incident de procédure, tout moyen d’ordre public,
toute mesure d’instruction, entre autres. Dans ce dernier cas, l’information doit alors porter
tout à la fois sur le déroulement de la mesure et sur les résultats367. De même, le juge doit
avertir les parties sur la date de la tenue de l’audience. Car en effet, « dix jours au moins
avant la date de l’audience chaque partie reçoit une convocation d’avoir à s’y présenter.
Cette convocation lui est notifiée par le greffe, conformément aux dispositions de la
présente loi »368.
Il faut d’entrée de jeu relever que si le droit à recevoir les mémoires est formellement
encadré par les textes369, celui consistant à recevoir les autres pièces ne l’est que lorsque le
juge en ordonne la production aux parties370. Ainsi, tout document librement produit par une
partie en dehors du mémoire ne serait pas automatiquement communiqué à l’autre. Ce serait
le cas, lorsque le juge est convaincu de son inutilité ou lorsqu’il n’entend pas s’y appuyer pour
statuer au fond. En revanche, dès lors que ledit document se révèle être utile à la décision du
juge, celui-ci aurait l’obligation de le mettre à la disposition de toutes les parties pour
satisfaire aux exigences de la contradiction.
Ce n’est malheureusement pas le choix opéré par le juge administratif dans l’affaire
NGUENA Antoine371. En effet, le Sieur NGUENA a intenté devant la Chambre administrative
un recours tendant à son intégration au grade de chargé de cours pour compter du 1er février
367
CE, ass., 11 mars 1955, Secrétaire à la Guerre c/ COULON, concl. Grevisse RDP, Recueil 1955.995, p. 149.
368
Art. 50 de la loi n° 2006/022 du 29 décemebre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
369
V. art. 32 à 44 de la précédente loi.
370
V. art. 37 (3) et 42.
371
CS/CA, Jugement n° 21/85-86 du 30 janvier 1986, NGUENA Antoine c/ Université de Yaoundé.
90
1981 et à la condamnation de l’Etat au paiement des dommages-intérêts. Il faisait valoir dans
son intervention orale à l’audience par la voie de son conseil que :
« le rapport s’appuie sur le contrat du travail alors que son client n’a jamais eu
connaissance, ni reçu communication de cette pièce; qu’il se demande comment le
rapporteur a pu se procurer ce document qu’il a par ailleurs exploité non
contradictoirement, ajoutant que ceci n’est pas justice et que ladite pièce ne saurait qu’être
écartée des débats ».
Alors que l’on se serait attendu effectivement que le juge écarte des débats la pièce
non communiquée à la partie requérante, sa réponse fut des plus curieuses et ahurissantes. Il
va plutôt rétorquer à la partie requérante que:
« Mais attendu qu’il a été satisfait aux exigences du requérant auquel le contrat de
travail n° 433/UY/ER/PEC du 2 février 1978 a été communiqué en cours d’audience; que
toutefois ni le Sieur NGUENA, ni son conseil, n’ont élevé la moindre discussion sur ce
document, en dépit des remises en cause accordées à cette fin ».
Cet argumentaire du juge prête le flanc à la critique. D’abord parce qu’il porte atteinte
au principe de la contradiction et donc au droit à recevoir les pièces. L’explication tient de ce
qu’en réalité l’audience ne devrait pas être un lieu de rattrapage où le juge tente de
communiquer les documents qui ne l’auraient pas été lors de la phase écrite et au vu desquels
il entend statuer. En tout cas, une chose est claire, la loi de 1975372 régissant la procédure
contentieuse administrative alors en vigueur au moment du règlement de l’affaire, et
contrairement à la loi de 2006373, ne le permettait pas ou, à tout le moins, ne le prévoyait pas.
Si dans l’hypothèse où l’on devait même admettre que, par ses pouvoirs inquisitoriaux, le juge
372
Loi n° 75/17 du 18 décembre 1975 fixant la procédure devant la Cour suprême statuant en matière
administrative. V. art. 19 à 22.
373
Il convient en effet de relever que la loi de 2006 sur les tribunaux administratifs prévoit formellement la
possibilité de produire des pièces à l'appui des débats oraux et donc aussi la possibilité de leur communication à
l'audience. Une partie pouvant demander leur annulation si elle prouve que le vice dont la pièce est entachée lui
a causé préjudice. V. art. 51 (5). Cette disposition paraît peu respectueuse de la contradiction dans le mesure où il
n'est pas aisé pour une partie de discuter à l'audience une pièce dont elle n'a pas eu connaissance à l'avance pour
savoir si effectivement celle-ci lui cause préjudice. La meilleure voie serait celle de la réouverture de l'instruction
en vue de la poursuite des observations écrites malgré les exigences de célérité ou de renvoyer l'affaire à une
prochaine audience pour permettre à la partie requérante de discuter ou de contester la pièce litigieuse.
91
pouvait éventuellement l’envisager, il devait s’en abstenir dès lors que cela allait à l’encontre
de la pleine réalisation de la contradiction comme c’est le cas in casu.
Bien plus, l’article 22 (1) de cette loi de 1975, reprise mutatis mutandis par l’article 52
(1) 374 de la loi de 2006 sus évoquée, exposait que, « après le rapport qui est fait sur chaque
affaire, les parties peuvent présenter, soit en personne, soit par mandataire ou avocats, des
observations orales à l’appui des leurs conclusions écrites ». Il en résulte qu’il n’appartient
pas aux parties de faire des observations orales sur les éléments extérieurs à leurs conclusions
écrites, excepté sur les moyens d’ordre public.
En outre, le défaut de communication des pièces lors de la phase écrite ne saurait être
couvert par leur communication lors des débats oraux à l’audience alors et surtout que ceux-ci
« n’ont qu’un caractère accessoire »375. C’est donc en vain que le juge tente de justifier le
respect de la contradiction en soutenant que la pièce a été communiquée en cours d’audience
et que ni la partie requérante, ni son conseil n’ont élevé la moindre contestation. La
contradiction et le droit à prendre connaissance ont été indiscutablement minorés.
374
Cet article dispose que « après lecture du rapport fait sur chaque affaire, les parties peuvent présenter, soit
en personne, soit par mandataire ou avocats, des observations orales ou plaidoiries à l'appui de leurs
conclusion écrites ».
375
CS/CA, Jugement n° 37 du 6 mai 1982, ONGUENE OBAMA Jean c/Etat du Cameroun.
376
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, [Link]., p. 255.
92
procédure que l’on peut observer comment les mémoires et pièces sont transmis d’une partie à
une autre pour leur information réciproque377. C’est dire que, c’est à travers la communication
dirigée par le juge que s’exerce la contradiction.
Le législateur camerounais n’a pas, en tout cas, résigné sur les pouvoirs qui sont les
siens en vue d’un encadrement rigoureux, et peut-être même à la limite rugueux, de la
procédure contradictoire. D’où il apparaît alors l’impérieuse nécessité de la décrire. Il sied
pour ce faire, de procéder à un double découpage. En premier lieu, la contradiction s’exerce à
travers les personnes et les actes de la communication (paragraphe I). Ensuite, elle se
déploie dans la procédure de la communication dans son ensemble (paragraphe II).
377
OND OND (PA), La communication des mémoires dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p.
71.
93
Président d’une juridiction ou d’une formation de jugement… »378. Mais il s’agit là d’une
appréhension restrictive de l’ordonnance dans la mesure où celle-ci serait uniquement une
« décision rendue par le chef d’une juridiction »379 ou d’une formation collégiale. A cette
conception restrictive s’opposerait une conception plus large qui considère que l’ordonnance
est le « nom donné à certaines décisions d’un juge unique (président de juridiction, juge
d’instruction, juge de mise en état) qui peut revêtir soit un caractère juridictionnel,
contentieux ou gracieux, soit le caractère d’une mesure d’administration judiciaire et dont
l’objet peut être très divers »380. Cette dernière conception semble plus satisfaisante dans la
mesure où elle traduit bien la lettre et l’esprit de la loi. D’où il apparaît alors que la faculté de
prendre des ordonnance est étendue à d’autres juges, au juge d’instruction (rapporteur)
notamment, qui ne se trouve pas toujours être le président de la juridiction et encore moins le
chef d’une formation collégiale.
Cette précision notionnelle faite, l’on peut dès lors se soucier de la qualité de
l’ordonnance en tant qu’un instrument de la contradiction. Pour cela, il faut commencer par
déterminer le (s) type (s) d’ordonnance (s) concernée (s). Car, le juge administratif
camerounais prend une multitude d’ordonnances. Mais il convient de ne retenir, en excluant
celles ayant un caractère contentieux381, que les ordonnances ayant un caractère de mesure
d’administration judiciaire382. La procédure administrative contentieuse camerounaise en a
prévu plusieurs dont les plus importantes sont : l’ordonnance de soit-communiqué et
l’ordonnance accordant un délai supplémentaire. Quant à l’ordonnance de clôture, elle est
quasi-inexistante et donc sans utilité pour des besoins d’analyse.
378
LANG (A), GONDOUIN (G) et INSERGUET - BRISSET (V), Dictionnaire de droit administratif, op. cit.,
p. 275.
379
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 654.
380
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, [Link]., p. 710.
381
C’est le cas des ordonnances de référé ou de sursis à exécution.
382
Les mesures d'administration judiciaire sont des mesures de caractère non juridictionnels et non susceptibles
de recours, destinées à assurer le fonctionnement de la juridiction dans son ensemble, soit à l'occasion d'un litige.
Pour plus de précision cf. GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p.
601.
94
contradictoire entre les parties et pour l’entretenir. Elle trouve son fondement à l’article 38 (1)
et (2) 383 de la loi n° 2006/022 précitée.
En second lieu, l’ordonnance accordant un délai supplémentaire joue aussi un rôle non
négligeable dans la communication contradictoire. Il s’agit de l’acte par lequel le président de
la Chambre administrative ou le juge rapporteur chargé d’instruire l’affaire devant un tribunal
administratif ordonne qu’un délai supplémentaire soit accordé à la partie qui, après expiration
du premier délai, n’a pas produit son premier mémoire. Elle tire ses bases juridiques des
articles 82 (2) et 99 (3) de la loi fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour Suprême
d’une part. Et de l’article 40 (2) de la loi fixant l’organisation et le fonctionnement des
tribunaux administratifs d’autre part. Le juge administratif en a par exemple fait usage dans
l’affaire EKOSSONO EMANE Gaston384.
L’ordonnance reste ainsi le principal acte par lequel le juge agit en matière de
communication, mais pas seulement ! Il peut également agir par simple lettre notifiée aux
parties385 ou par jugement avant-dire-droit386.
Par ailleurs, certains actes découlent du Greffe de la juridiction. Il s’agit des actes de
notification. S’il en existe une pléthore, en matière de communication l’on ne retrouve
essentiellement que des actes portant : notification de l’ordonnance de soit-communiqué au
défendeur387, notification des mémoires en défense et en réplique388. Ainsi, le greffe par ses
actes se trouve être au centre des échanges entre les parties dont les actes n’en reflètent pas
moins la procédure contradictoire due à la communication.
383
Les termes de cette disposition sont les suivants: (1) « En cas de recevabilité de la requête, le rapporteur en
ordonne communication au défendeur qui a trente jours pour déposer son mémoire en défense »; (2) « Il fixe
dans l'ordonnance de soit-communiqué le délai accordé au défendeur pour produire son mémoire en défense.
Ce délai court du lendemain de la notification de l'ordonnance de soit-communiqué au défendeur (…) ».
384
CS/PCA, Ordonnance n° 581/ODS/CAB du 18 août 2011, EKOSSONO EMANE Gaston c/ Etat du
Cameroun (MINDEF).
385
V. en ce sens l'art. 42 de la loi n° 2006/022.
386
V. en ce sens entre autres : CFJ/SCAY, arrêt n° 18 du 4 novembre 1966, DIWOUTA LOTH Pierre c/ Etat du
Cameroun oriental. CFJ/CAY, Arrêt n° 55 du 25 mars 1969 EMINI TINA Etienne c/ Etat du Cameroun oriental;
CS/CA, Jugement n° 23 /77-78 du 13 juillet 1978, NJINE NGANGLEY Michel c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement ADD/88-89 du 27 octobre 1989, KISOB ACHIDI c/ Etat du Cameroun; CS/CA, Jugement n°
35/ADD/80-81 du 30 avril 1981, NGOLO MONGO Albert c/ Etat du Cameroun.
387
Cf. art. 38 (2) de la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant les tribunaux administratifs.
388
Cf. Art. 39 et 40.
95
2- Les actes des parties
Les actes des parties dans le cadre d’une communication contradictoire désignent les
mémoires et les pièces qu’elles produisent, librement ou de manière forcée, à l’appui de leurs
prétentions et arguments.
Aux mémoires introductifs et ampliatifs, font suite le mémoire en défense et, le cas
échéant, les mémoires en réplique et en duplique. Par mémoire en défense, il faut entendre le
principal document à travers lequel la partie traînée en justice présente ses prétentions et
soulève les moyens nécessaires à la justification de l’acte querellé qu’elle a pris392. Le juge
389
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, Yaoundé, PUC, 1990, p. 232.
390
Cf. CS/CA, jugement n° 9 du 23 novembre 1989, NGATCHEU Adolphe c/ Etat du Cameroun (DGSN). En
l'espèce le juge déclare que: « que par un mémoire additif, daté du 4 septembre 1986 enregistré sous le numéro
1052, le susnommé a réclamé le paiement de la somme de 5 000 000 francs de dommage-intérêts ».
391
C'est le cas de Monsieur Patrick Achille OND OND qui estime que la juridiction administrative est saisie
d'une requête à laquelle le demandeur joint son mémoire. Par là, il tente de dissocier la requête du mémoire. Il
estime ainsi que la requête est une lettre ou demande adressée directement au Président du tribunal, sans mise en
cause d'un adversaire. Il ajoute enfin que c'est le principal mode de saisine des tribunaux administratifs. In La
communication des mémoires dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., pp. 76-77. Il s'agit d'une
interprétation erronée des règles de saisine du juge administratif. Il y a plusieurs raisons à cela. Primo, comme
déjà relevé, la requête introductive d'instance est encore appelée mémoire introductif. Deuxio, celle-ci peut être
déposée sans qu'elle soit nécessairement suivie d'un mémoire ampliatif. C'est le cas lorsqu'elle est suffisamment
détaillée. Tertio, la requête ou mémoire introductif d'instance exige bel et bien une mise en cause de l'adversaire.
La loi de 2006 sur les tribunaux administratifs est d'une clarté certaine à ce propos. Elle énonce que: « La
requête introductive d'instance doit contenir (…) la désignation du défendeur (…) »391. Quarto, il s'agit là
vraisemblablement d'une confusion des règles de procédure administrative contentieuse et de procédure civile.
Cette dernière notamment en France admet l'hypothèse d'une requête sans mise en cause d'un adversaire dans
des circonstances précises. V. en ce sens les art. 58 et s., 494, 812, 851, 897 du Code de procédure civile
français.
392
OND OND (PA), La communication des mémoires dans le contentieux administratif au Cameroun, [Link].,
pp. 78-79.
96
emploie parfois la dénomination « mémoire en réponse »393 pour désigner le mémoire en
défense. Le mémoire en réplique quant à lui est celui que dépose le demandeur pour répondre
au mémoire en défense. Tandis que le mémoire en duplique est celui par lequel le défendeur
répond au mémoire en réplique du demandeur.
Quant aux pièces, elles sont considérées comme des documents utilisés par les
plaideurs à l’appui de leurs prétentions ou de leurs dénégations qu’ils doivent respectivement
se communiquer en vue d’une discussion contradictoire394. Elles sont d’abord exigées à
l’appui de la requête introductive d’instance. L’article 35 (1) de la loi n° 2006/022 expose à ce
propos : « la requête introductive d’instance doit contenir (…), les moyens et l’énumération
des pièces produites à l’appui de la demande ». Cette disposition tend à démontrer
l’obligatoriété de la production desdites pièces. D’où la logique modale exprimée à partir de
« doit ». En effet, leur absence peut entraîner l’acquiescement aux faits d’une des parties.
C’est en tout cas ce qui a motivé la décision du juge dans l’affaire DOUANLA François395.
Cet état de chose masque bien une liberté pourtant réelle en la matière, notamment celle
relative tant au nombre qu’à l’objet de pièces à produire de l’affaire396.
Mais l’on doit ensuite se garder de toute jouissance démesurée d’une telle liberté tant
et si bien que l’article 37 (3) de ladite loi apparaît, dans sa lettre même, rédhibitoire ou, à tout
le moins, moins libéral. Il expose en effet que le « rapporteur peut en outre lui demander de
produire tout autre document jugé utile à la solution du litige ». L’on peut à la lumière de
cette disposition craindre que le juge « opère un tri » et sélectionne les pièces produites,
réduisant ainsi la liberté en la matière397. Ce d’autant plus encore que l’article 42 du même
texte semble, avec plus d’acuité, aller dans le même sens en exigeant une production forcée
des pièces. On y lit alors que: « le rapporteur peut, par simple lettre notifiée aux parties, les
mettre en demeure de fournir (…) toutes explications écrites ou tous documents dont la
production lui paraît nécessaire pour la solution du litige ».
393
V. en ce sens CS/CA, Jugement n° 262 du 27 septembre 2010, Group TECHNICAM Sarl c/ Etat du
Cameroun (MINADER). In casu, le juge précise qu' « attendu que dans son mémoire en réponse en date du 9
juin 2008 enregistré le jour suivant au Greffe de la Chambre administrative sous le n) 418, l'Etat du
Cameroun a fait valoir ce qui suit… ».
394
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op .cit., p. 694.
395
CS/CA, Jugement n° 239/2010 du 25 août 2010 DOUANLA François c/ Etat du Cameroun.
396
V. à ce sujet, l'analyse de M Joseph Pierre EFFA, in « Le principe du contradictoire dans la procédure
administrative contentieuse au Cameroun », op. cit., p. 251.
397
Loc. cit.
97
Néanmoins, la crainte, si elle existe réellement, reste limitée et circonstancielle.
Limitée d’abord, parce qu’elle ne s’étend pas aux pièces exigées à l’article 35 (1) Ŕ librement
produites par les parties Ŕ, mais reste circonscrite à celles demandées par le rapporteur aux
articles 37 (3) et 42. Circonstancielle ensuite, parce que la production exigée desdites pièces
reste conditionnée à leur utilité et à l’usage de son pouvoir inquisitorial par le juge.
Ces pièces, peu importe qu’elles soient librement produites ou non, constituent, au
même titre que les mémoires, des instruments indispensables à la contradiction. Leur
communication par le juge met en exergue l’exercice d’une procédure contradictoire entre les
parties.
398
Loi n° 90/059 du 19 décembre 1990 portant organisation de la profession d'avocat.
399
Loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
400
Qui dispose respectivement en ses articles 2 et 3 (1) que « L'avocat a le monopole de la représentation des
parties devant les juridictions »; « Par dérogation aux dispositions de l'article 2 ci-dessus : (1) toute personne
peut, sans l'assistance d'un avocat, se présenter elle-même devant toute juridiction, à l'exception de la Cour
suprême, pour postuler et plaider, soit pour elle-même, soit pour un conjoint, soit pour ses ascendants et
descendants, ses collatéraux privilégiés, soit pour un pupille ».
98
être tenté d’affirmer avec Roger-Gabriel NLEP, que « le ministère d’avocat est facultatif
devant toutes les juridictions camerounaises, à l’exception de la Cour Suprême »401.
401
NLEP (R-G), L'administration publique camerounaise: « contribution à l'étude des systèmes africain
d'administration publique », Paris, LGDJ, 1986, p. 371.
402
Art. 20, loi n° 2006/022.
403
Si le juge administratif, dans l'affaire LELE Gustave c/. CPE de Yaoundé (CFJ/AP, arrêt n° 3 du 9 janvier
1975, in Recueils MBOUYOM, t 2, p. 142, concl. NGUINI), a exigé de l'appelant un avocat pour se faire
représenter, la nature de la procédure administrative contentieuse commande que soit mis fin à un tel monopole.
Il s'agit d'un litige dont l'administration est partie. Sa représentation doit se faire en fonction des nécessités liées à
l'intérêt général. L'imposition d'un avocat comporterait de nombreux risques. D'abord comme le relève Roger-
Gabriel NLEP, « la plupart des avocats du barreau camerounais ignorent pour l'essentiel le droit qui régit les
rapports entre la puissance publique et les administrés, ou alors ont de celui-ci une connaissance
approximative » (in L'administration camerounaise… op. cit. p. 372). En outre, l'avocat n'étant pas
fonctionnaire de l'administration, le risque est grand de le voir prendre une marge de liberté trop élevée vis-à-vis
de celle-ci, comme il l'est généralement à l'égard des particuliers. Cela s'accommode mal d'une bonne défense de
l'intérêt général dont l'administration a le devoir, et de l'organisation administrative dont l'obéissance
hiérarchique est érigée en tant que principe. C'est pourquoi l'administration se fait toujours représenter par l'un de
ses agents et, rarement sinon exceptionnellement, par un avocat (cf. art. 24 de la loi n° 2006/022).
404
Loi n° 2006/016. En effet, l'art. 74 (2) de cette dernière prévoit que « L'appel est fait, soit par le demandeur
en personne ou par son avocat, soit par un mandataire muni, à peine d'irrecevabilité, d'un pouvoir spécial ».
405
V. art. 23 de la loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
99
l’on est obligé de se raviser à l’égard de ce principe. Car, « s’il est une notion que l’on
rencontre à chaque pas dans la vie juridique quotidienne, c’est bien celle de représentation.
Un nombre incalculable d’actes juridiques de tous genres intervient, non point entre les
parties directement intéressées (…). Sans elle, pas de vie juridique possible »406. La réalité
est que toutes les parties se font presque toujours représenter. Toutefois, le régime de
représentation n’est pas le même selon qu’il s’agit d’une personne publique ou d’un
particulier. Le juge administratif estime ainsi dans une espèce407 :
« (…) les administration publiques peuvent se faire représenter par devant toutes les
juridictions par un fonctionnaire désigné par l’autorité compétente;...qu’il y a lieu de
rappeler que la représentation de l’Etat en justice est dictée par les nécessités de service;
qu’elle ne saurait être régie par les principes établis à l’égard des particuliers et aux termes
desquels pour être valable, la procuration donnée au mandataire pour se pourvoir devant la
Cour suprême au nom d’une partie doit être postérieure à la décision attaquée ».
En tout état de cause, la représentation telle qu’elle est ici abordée est une
représentation ad litem Ŕ opposée à la représentation ad agendum408. Elle emporte Ŕ après
satisfaction à certaines exigences409 Ŕ le pouvoir et le devoir d’accomplir au nom du mandant,
les actes de procédure410. C’est en cela même qu’elle occupe une place importante dans la
communication contradictoire. En effet, « le mandataire a le pouvoir de signer les requêtes
et mémoires aux lieu et place de son mandant, de recevoir les convocations adressées à son
406
BONNECASE, cité par Joseph-Marie BIPOUN WOUM, in « La représentation de l'Etat en justice au
Cameroun », RCD, n° 28, 1984, p. 41.
407
CS/AP, arrêt n° 3 du 26 novembre 1981, Procureur général près la Cour suprême c/ LELE Gustave.
408
C'est-à-dire représentation dans l'exercice d'une action en justice et non d'acte de procédure (ex.
représentation d'un mineur par un tuteur en justice), pour plus de précision v. CADIET (L), NORMAND (J) et
AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., pp. 740-741 ; ROLAND (H), Lexique juridique ;
expressions latines, Litec, 5e éd, 2010, p. 12.
409
Il s'agit notamment pour les particuliers d'une part, de justifier de leur mandat par la production d'un acte
authentique ou sous seing privé légalisé par l'autorité compétente (v. art. 20 de la loi n° 2006/022, v. aussi
CS/CA, jugement n° 5 du 29 novembre 1979, TCHUNGUI Charles c/ Etat du Cameroun). Et d'autre part, d'élire
domicile au cabinet de l’avocat.
410
Cf. art. 411 du code de procédure civile français. Le code de procédure civile camerounais l'évoque sans la
définir (art. 145). De leur côté les différentes législations sur la procédure administrative contentieuse n'en disent
mot. Et pourtant, c'est bien de la représentation ad litem dont il est question à l'art. 22 de la loi n°2006/22 du 29
décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
100
mandant et les notifications qui lui sont faites »411. Le jeu de la contradiction, arbitré par le
juge, se joue donc la plupart du temps entre représentants. Ils exercent pour l’essentiel des
actes de communication en lieu et place des représentés. Il n’y a donc pas de liens directs
entre les parties dans la contradiction, sinon très peu et rare, mais plutôt entre représentants.
C’est d’ailleurs par leur intermédiaire que sont notifiés aux parties les actes issus de la
communication contradictoire.
Il faut dire que les notifications sont assurées par le greffier en chef, soit dans la forme
administrative, soit par lettre recommandée avec accusé de réception, soit par exploit
d’huissier, soit par tout autre moyen laissant trace écrite414. Il convient de se féliciter du
libéralisme institué en la matière. De fait, le greffier a le libre choix entre plusieurs moyens de
notification. L’avantage de ce libéralisme réside dans le fait que celui-ci, dans les affaires qui
nécessitent un traitement accéléré, aura la faculté de recourir au moyen faisant appel à moins
de formalisme ou qui en est totalement dépourvu. C’est d’ailleurs, semble t-il, le sens de
l’article 42 de la loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 concernant les tribunaux administratifs
411
Art. 22 de la loi n° 2006/002.
412
CCA, arrêt n° 636 du 10 août 1957, NDJOCK Jean c/ Etat du Cameroun oriental.
413
CS/AP, arrêt n° 01 du 11 décembre 1997, Procureur général de la Cour suprême contre EBA Emmanuel.
414
Art. 25 de la loi n° 2006/022.
101
qui donne la possibilité au juge de notifier par simple lettre. Le juge aura alors seulement à se
soucier de laisser, ad probationem, toute trace écrite. Ainsi la preuve de la notification
pourrait être facilement établie, ce qui pourrait attester de l’effectivité de l’exercice de la
contradiction sur la procédure de la communication dans l’ensemble.
Si l’on s’est d’abord attaché à présenter la contradiction à travers les actes et les parties
à la communication, c’est que la procédure de la communication prise in globo en dépend très
largement. Ceux-ci en constituent les instruments indispensables. Ce préalable ayant été
satisfait, le moment semble donc venu, d’aborder cette procédure dans l’ensemble. Il s’agit
grosso modo d’examiner les différentes étapes qui concourent à la mise en œuvre par le juge
d’une procédure contradictoire en matière de communication. Ladite procédure débute par la
régularisation du dossier (A) et se poursuit par l’échange des mémoires et pièces entre les
parties (B).
1- L’invitation à régulariser
415
Art. 37 (1) de la loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des
tribunaux administratifs.
102
(1)416 pour ce qui est de l’appel et 95 (1)417 pour ce qui est de la cassation. Au regard de ces
dispositions, il semble que le législateur ait pris soin de déterminer les matières susceptibles
de donner lieu à invitation à régulariser. Il s’agit des « irrégularités régularisables »418.
Certaines de ces irrégularités se rapportent « aux conditions financières de recevabilité des
recours »419, d’autres en revanche sont simplement liées à d’autres conditions de production
des mémoires et copies.
416
Cet article dispose que : « Si le demandeur ne s'est pas conformé aux dispositions des articles 73 à 75 ci-
dessus, le Président de la Chambre l'invite à régulariser son recours… ».
417
Il énonce que : « Si le demandeur ne s'est pas conformé aux dispositions des articles 90 à 94 ci-dessus ou
celles résultant de la législation sur l'enregistrement et le timbre, le président de section l'invite à régulariser
son recours… ».
418
OND OND (PA), La communication des mémoires dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p.
111.
419
AKONO ONGBA SEDENA, L'apport du juge administratif au droit fiscal au Cameroun, op. cit., p. 476.
420
Art. 34 (1) de la loi n° 2006/022.
421
Art. précité.
422
Le greffier en est également compétent comme le fait observer SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), in L'appel
dans le contentieux administratif au Cameroun. « Contribution à l'étude de la juridiction administrative », op.
cit., p. 214.
423
CS/CA, jugement n° 22/80-81 du 18 décembre 1980, RIM à KIYECK c/. Etat du Cameroun. In casu, le
greffier a invité ce dernier à verser une consignation en énonçant en substance que « Attendu que dès réception
du recours et avant communication au ministre, RIM à KIYECK fut invité par le par greffier à verser une
provision de 20 000… ».
424
Il s'agit entre autres : CS/AP, arrêt n° 9 du 16 décembre 1982, MEDJA NLATE Janvier c/ Etat du Cameroun
(MINFI); CS/CA , jugement n°06/84-85 du 31 octobre 1985, SCORTIS et compagnie SARL c/Etat du
Cameroun; CS/CA jugement n°3, 87-88/88-89 du 27 octobre 1988, Cabinet Polyclinique médicochirurgical de la
103
invitation, qui plus est, peut découler du non versement d’une consignation supplémentaire
ordonnée par le Président de la juridiction en cas d’insuffisance de la provision initiale425.
C’est entre autres le cas de l’affaire SCI NJANJO Paul426. Il faut cependant relever que ni les
personnes morales de droit public, ni les personnes physiques admises au régime de
l’assistance judiciaire, ne sont tenues au paiement des frais de consignation427.
En ce qui concerne en second lieu les autres conditions liées à la production des
mémoires et copies, il convient en bref de relever qu’à la requête doivent être jointes des
copies tant de la requête que des pièces annexées433. Celles-ci sont déposées en nombre égal à
celui des défendeurs plus deux434. Le non-respect de ces conditions pourra également donner
lieu à invitation à régulariser suivant la lettre de l’article 37 (2) cité plus haut. De même, en
cas de non production d’un recours gracieux par le requérant, ce dernier est invité par le juge
à le produire435.
Cité c/Etat du Cameroun; CS/CA, arrêt n° 5 du 29 décembre 1994, AMBOMO KANA c/ Etat du Cameroun;
CS/CA, jugement n°03/99-00 du 09 novembre 1999, Groupe Trapp Cameroun c/Etat du Cameroun.
425
Art. 34 (3), loi n° 2006/022 précité.
426
CS/PCA, ordonnance n° 590/2011, SCI NJANJO Paul.
427
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 217.
428
V. en ce sens: CFJ/SCAY jugement du 8 décembre 1970, BILAE Jean c/ Etat du Cameroun Oriental: le juge
estime ainsi : « Considérant que le fait pour l'Etat de recevoir un recours non timbré et d'y répondre sans
donner avertissement au requérant d'avoir à régulariser son recours constitue une renonciation à soulever
une fin de non recevoir fondée sur cette irrégularité ».
429
Art. 35 (2), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
430
Art. 36 (1).
431
Art 32 (1) et 37 (1).
432
Art 37 (2).
433
Art. 36 (1).
434
Art 36 (2).
435
CS/AP, arrêt n° 11 du 31 mars 1998, Procureur général près la Cour suprême c/ NYAMSI Gaston.
104
Ne pourront donc pas donner lieu à invitation à régulariser, toutes les irrégularités
n’entrant pas dans le champ de la disposition précédemment évoquée. Il s’agit des
irrégularités irrecevables. C’est le cas des éléments que doit obligatoirement contenir la
requête436, lesquels sont régis par la disposition de l’article 35 (1) de la loi sur les tribunaux
administratifs. Le juge s’est voulu respectueux de cette disposition pour ce qui est
particulièrement de l’exposé des faits qui servent de base à la demande, des moyens et de
l’énumération des pièces à l’appui de celle-ci437.
Dans l’ensemble, une réjouissance est permise de voir le juge se comporter en bonus
pater familias à l’égard des parties en offrant à celles-ci la possibilité de régulariser leur
dossier. Mais il ne faut pas perdre de vue que l’invitation à régulariser se fait dans le cadre
d’une mise en demeure.
La mise en demeure comporte, en général, une injonction adressée par une autorité Ŕ
administrative ou juridictionnelle Ŕ d’agir dans un certain sens ou de s’abstenir en menaçant
parfois le destinataire de sanction si l’injonction n’est pas observée dans un délai fixé. En
procédure administrative contentieuse camerounaise, la procédure de communication des
documents distingue deux catégories de mises en demeure. Il s’agit de la mise en demeure de
régulariser les recours et la mise en demeure de produire les mémoires.
436
La requête doit contenir des nom, prénom, profession du demandeur, la désignation du demandeur, l'exposé
des faits qui servent de base à la demande, les moyens et l'énumération des pièces produites à l'appui de la
demande.
437
V. CS/CA, jugement du 23 mars 2011, Amadou MAI c/ Etat du Cameroun.
105
défaut de production du mémoire Ŕ aussi bien de la part du demandeur que du défendeur Ŕ
donne lieu à une mise en demeure de le produire438.
438
CS/AP, arrêt n° 33 du 24 mars 1983, Etat du Cameroun (MINAT) c/ TCHAPOCK Michel.
439
V. par ex. SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op.
cit., p. 219; OND OND (PA), La communication des mémoires dans le contentieux administratif au Cameroun,
op. cit., p. 117.
440
CS/AP, arrêt n° 11 du 3 avril 1997, BELIBI François c/ Etat du Cameroun, in Répertoire chronologique de la
Cours suprême du Cameroun, IIe partie, t. V, 2e éd., 1980/2000, pp. 2002-2004.
441
CS/AP, arrêt n° 11 du 18 décembre 1980, Etat du Cameroun c/ NANA David.
106
juge442, le contentieux administratif exige du juge qu’il soit lui-même directement impliqué
voire au cœur des échanges entre les parties.
Cette posture du juge administratif laisse entrevoir deux modalités par lesquelles celui-
ci peut présider aux échanges entre les parties. Ainsi, l’obligation faite au juge d’assurer les
échanges entre les parties peut se manifester par une obligation de transmission de tout ou
partie des pièces du dossier, ou par une obligation d’aviser de la production d’un document443.
442
DOUCHY-OUDOT (M), Procédure civile, Paris, Gualino éditeur, 3e éd., 2008, p. 231.
443
EINAUDI (T), L'obligation d'informer dans le procès administratif, Paris, LGDJ, 2002, p. 187.
444
Loc. cit.
445
Ibid., pp. 187-198.
446
AWONO ELOUNDOU (E), La fonction du juge rapporteur…, op. cit., p. 19.
447
Art. 37 (1), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
107
Il entame la procédure par l’examen de la requête prédisposée à l’échange et, le cas
échéant, invite le requérant, au moyen d’une mise en demeure à régulariser ladite requête448.
Il peut en outre demander au requérant de produire tout autre document jugé utile à la solution
du litige449, même si l’on en convient dans le même temps que le Président de la juridiction
peut le dispenser de produire les copies des documents volumineux450.
Il faut dire que si le rapporteur occupe une place prépondérante dans la direction des
échanges, « il est excessif de dire qu’il en a la maîtrise totale puisqu’en fait le débat est
essentiellement triangulaire demandeur-juge-défenseur avec deux impératifs que sont la
matière du différend et le droit applicable »451. Tout se passe essentiellement par échange de
correspondance écrite452. Ainsi, en cas de recevabilité de la requête en demande, le rapporteur
en ordonne la communication au défendeur qui dispose d’un délai de trente jours pour
déposer son mémoire en défense. Il fixe dans l’ordonnance de soit-communiqué le délai
accordé au défendeur de produire son mémoire en défense. Celui-ci court du lendemain de la
notification de ladite ordonnance au défendeur. Il est prorogé en cas de demande d’assistance
judiciaire.
Compte tenu de tout cela, il ne fait nulle doute que le juge administratif, en
l’occurrence, le rapporteur est le principal acteur de la régulation des échanges entre les
parties.
448
Art. 37 (2).
449
Art. 37 (3).
450
Art. 36 (3).
451
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, op. cit., p. 177.
452
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 72.
108
C ONCLUSION DU CHAPITRE
La règle de la communication des mémoires et pièces dévoile, sans aucun doute, les
procédés usités par le juge administratif pour organiser les échanges entre parties au procès. Il
ressort en effet Ŕ non seulement des textes, mais aussi de la jurisprudence Ŕ que la
contradiction en constitue le procédé principal.
La nécessité s’est fait naître aussi d’envisager la contradiction, cette fois, non plus
comme un principe, mais en tant qu’une procédure à travers laquelle s’exerce la règle de la
communication des documents de l’affaire. Ainsi, a-t-il été tour à tour question d’examiner la
contradiction à travers les personnes et les actes de la communication d’une part, et la
contradiction à travers la procédure de la communication elle-même, d’autre part.
453
ATEBA EYONG (AR), Le juge administratif et la création du droit…, [Link]., p. 429.
109
C HAPITRE II: LA COMMUNICATION PAR DISPENSE
MARGINALE DE LA CONTRADICTION
110
La question de la dispense de la contradiction Ŕ et même celle de la possibilité de juger
sans instruire pour le juge Ŕ en contentieux administratif camerounais semble, à quelques
rares exceptions près, être ignorée par les travaux consacrés à cette matière. La quasi-totalité
des ouvrages généraux, pratiques ou spécialisés, anciens ou récents454, n’y font pas allusion.
Beaucoup d’autres travaux de référence, à l’instar des thèses, articles ou cours dont le risque
de tous les citer ne sera pas pris à cause de leur très grand nombre, s’ajoutent à cette liste 455.
Alors qu’au contraire dans le même temps en France, la presque totalité des travaux consultés
intéressant la procédure administrative contentieuse, à défaut de s’y étendre largement, y
consacrent quelques lignes456.
454
On peut citer en exemple: OWONA (J), Droit administratif spécial de la République du Cameroun, paris,
EDICEF, 1985; KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, Yaoundé, PUC, 1990, P.232;
NGOLE NGWESE (P) et BINYOUM (J), Eléments de contentieux administratif camerounais, Paris,
L'Harmattan, 2010; OWONA (J), Le Contentieux administratif de la République du Cameroun, L'Harmattan,
2010; KEUTCHA TCHAPNGA (C), Précis de contentieux administratif au Cameroun, Aspects de l'évolution
récente, Paris, L'HARMATTANT, 2013.
455
C'est le cas par exemple de: JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », vol I, RCD, N°7,
Janvier-juin 1975; KAMDEM (J-C), Contentieux administratif, Cours polycopié de 3e année de licence, Tome I,
Université de Yaoundé, FDSE, 1985-1986; KAMTO (M), « La fonction administrative contentieuse de la Cour
suprême du Cameroun », in Les cours suprême en Afrique, vol III, La jurisprudence administrative, sous la
direction de CONAC (G) et DE GAUDUSSON (J), Paris, Economica, 1988, BINYOUM (J), Contentieux
administratif, cours polycopié, 3e année de licence UY, 1991-1992; ABA’A OYONO (J-C), La compétence de
la juridiction administrative en droit camerounais, Thèse de Doctorat en droit public interne (N-R), Université
de Nantes, FSJP, 1994; MOMO (B), « Le problème des délais dans le contentieux administratif camerounais »,
in Annales de la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’université de Dschang, t 1, vol. 1, 1997;
GUIMDO (B-R), « Le droit d'accès à la justice administrative au Cameroun: contribution à l'étude d'un droit
fondamental », in Revue de la recherche juridique, Droit prospectif, n°1, 2008; ABA'A OYONO (J-C), « La
nouvelle révision du droit de la justice administrative », RASJ n° 1 vol. 8, 2011.
456
C'est le cas entre autres de : AUBY (J-M) et DRAGO (R), Traité de contentieux administratif, t1, Paris,
LGDJ, 3e éd., 1984, pp. 961-962 ; GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse,
th., Université de droit, d'économie et de sciences sociales de Paris, 1985, pp.111-130; ODENT (R), Contentieux
administratif, t1, fascicules 1 à 3, Dalloz, 2007, p. 941; CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif,
Montchrestien, 13e éd, 2008, pp. 831-832 ; ROUQUETTE (R), Petit traité du procès administratif, Paris, Dalloz,
4e éd., 2010, p. 466; PACTEAU (B), Manuel de contentieux administratif, Paris, PUF, 2e éd., 2010, p. 166.
111
dispense d’instruction sans texte »457. Ainsi, en France, ce sont les textes qui ont déterminé la
possibilité pour le juge de se dispenser de l’instruction et dès lors de la contradiction458. En ce
sens, les Professeurs Jean-Marie AUBY et Roland DRAGO évoquant l’affaire
RABERENTO et Syndicat fédéral des fonctionnaires malgaches459, affirment que « la
dispense de l’instruction ne peut exister devant une juridiction administrative qu’en vertu
d’un texte spécial »460. Cela découlant de ceci, on comprend pourquoi la question y est
activement traitée.
457
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, [Link]., p. 116.
458
V. en ce sens par exemple: décret du 11 juin 1806 fixant les attributions du Conseil d'Etat (art. 29); décret du
22 juillet 1806 sur les affaires contentieuses portées au Conseil d'Etat (art. 4); décret du 30 juillet 1963 pris en
application de la loi du 16 juillet 1980 relative aux astreintes que le Conseil d'Etat peut prononcer pour
l'exécution des décisions rendues par les juridictions administratives (art. 59-3); le Code des tribunaux
administratifs (art. R. 114); Code de justice administrative (art. R 611-8).
459
CE, 25 janvier 1957.
460
AUBY (J-M) et DRAGO (R), Traité de contentieux administratif, op. cit., p.952.
461
ROUQUETTE (R), Petit traité du procès administratif, op. cit., p. 466.
462
ODENT (R), Contentieux administratif, t1, op. cit., p. 941.
112
toujours ainsi, car l’expérience des magistrats ne leur laisse pas ignorer que l’instruction
d’une affaire peut démentir le sentiment de certitude initial »463.
463
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 832.
464
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence, op. cit., p. 122.
113
PARAGRAPHE I - LA DISPENSE DE LA CONTRADICTION DANS LES
CONTENTIEUX DE L’URGENCE
Les procédures accessoires de l’urgence sont, d’après Gilles LEBRETON, celles qui
permettent au juge administratif de protéger les droits et intérêts du requérant « au moyen des
mesures provisoires, valables uniquement dans l’attente du jugement au fond »465. Il s’agit
donc d’une part de procédures qui ne sont pas destinées à résoudre le fond du litige, mais
limitées à prendre des mesures utiles pour la sauvegarde des intérêts des requérants Ŕ la
résolution du litige au fond nécessitant plutôt l’introduction d’un recours principal. D’autre
part, ce sont des procédures en vertu desquelles ne peut être ordonnée aucune mesure qui
porterait à l’égard des parties ou à l’une d’elles des effets définitifs. En plus donc d’être
accessoires, elles sont provisoires466.
465
LEBRETON (G), Libertés publiques et droits de l’homme, Paris, Armand Colin, 5e éd., 2001, pp. 222-223.
466
V. notre mémoire, Les caractères de l'expertise dans la procédure administrative contentieuse camerounaise,
Mémoire de DEA, Droit public, Université de Yaoundé II, FJSP, 2010-2011, p. 53.
467
Cf. art. 30 à 31, loi n° 2006/022.
468
Cf. art. 27 à 29.
114
Le sursis à exécution est une mesure prononcée par le juge administratif pour retarder
jusqu’à la décision au fond, l’exécution d’un acte administratif attaqué devant lui, quand cette
exécution aurait des conséquences difficilement réparables469. Elle n’est pas explicitement
considérée comme une procédure de l’urgence par le législateur470. L’urgence opère ici de
manière implicite. Elle lui est par conséquent incidente parce que le juge déduit généralement
l’urgence des faits plus que des considérations juridiques471.
1- La dispense totale
469
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) ( dir.), Lexique des termes juridiques, [Link]., p. 899.
470
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 29.
471
Loc. cit.
472
ZE (M-P), Eléments de droit public I, Douala, PUL, 1ère éd., 2006, p. 135.
473
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 123.
115
« Cette requête n’a nullement été communiquée à la communauté Urbaine de
Douala, défendeur dans la présente cause, au motif que le requérant n’a sollicité que le
sursis à l’exécution sans toutefois y joindre la demande principale ».
Trois hypothèses, selon lui, peuvent être émises pour tenter de comprendre cette
« omission », sans pour autant la justifier.
« D’abord, cela peut vouloir signifier que bien que le juge a communiqué la requête
au défendeur, il n’a pas jugé utile de le dire dans l’ordonnance qu’il rend ; mais ceci
paraît surprenant dans la mesure où il le fait dans d’autres ordonnances.
Ensuite, cela peut vouloir signifier que bien que le juge ait effectivement
communiqué la requête au défendeur, celui-ci a, soit répondu ou gardé le silence, mais le
474
CS/PCA, ord. sursis n° 16 (bis) /91-92 du 16 juin 1992, affaire NYE SAFINDA Maurice c/ Communauté
Urbaine de Douala.
475
CS/PCA, ord. sursis à exécution n°17/91-92 du 13 juillet 1992, affaire DJOU Gilbert contre Communauté
Urbaine de Douala.
476
Condition non légale, mais exigée par le juge comme dans les cas d’espèces.
477
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 123.
116
juge n’a pas estimé utile de l’indiquer explicitement dans la décision parce que c’est sans
influence sur l’idée qu’il se fait de l’issue du litige. Seulement, dans d’autres ordonnances,
le juge signale bien que le défendeur – en l’occurrence l’Etat – a réagi ou a gardé le
silence.
Enfin, cette "omission" peut vouloir signifier que le juge n’a pas communiqué la
requête au défendeur, ou qu’il l’a fait mais n’a pas attendu sa réponse pour édicter son
ordonnance »478.
Il estime ainsi que c’est cette dernière hypothèse qui paraît plus probable pour au
moins deux raisons.
La seconde raison peut tenir en la précarité de la situation litigieuse qui nécessite une
intervention rapide de la part du juge pour éviter que les droits ou intérêts du requérant ne
soient irrémédiablement atteints483. C’est ce qui ressort des affaires société Forestière PETRA
contre l’Etat du Cameroun484, Etat du Cameroun (MINEF) c/ Société forestière PETRA485 et
478
Loc. cit.
479
Loc. cit.
480
PIASECKI (J), L’office du juge administratif des réfères, op. cit., p. 65.
481
Art. L. 522-3.
482
GARREC (R), Rapport sur le projet de loi relatif au référé devant les juridictions administratives, n°380,
1998-1999, JO Documents parlementaires 1998-1999, Sénat 376-400, p. 68.
483
GUIMDO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 124.
484
CS/PCA, ord. sursis à exécution n°14/00-01 du 16 janvier 2001, affaire société forestière PETRA contre Etat
du Cameroun.
117
Société forestière PETRA c/ Etat du Cameroun486 où la dispense de l’urgence est sous-
entendue en ces termes :
« Attendu que l’urgence est de règle en matière de sursis et que les conséquences de
l’inobservation des délais d’échange de mémoires y afférents ne sont pas d’ordre public ».
En dehors d’être totale, la dispense peut encore se manifester par le choix du juge de
simplement alléger la contradiction.
2- La dispense partielle
485
CS/PCA, ord. de sursis à exécution, n°38/00-01 du 5 avril 2001, Ministère de l’environnement et des forêts
(MINEF) contre Société forestière PETRA.
486
CS/PCA, ord. sursis à exécution n°41/00-01 du 10 avril 2001, affaire Société forestière PETRA contre Etat du
Cameroun.
487
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 125.
118
réplique, cela risque d’allonger inutilement la procédure et dès lors de réduire ses chances de
trouver une solution rapide à la préservation de ses droits ou intérêts urgemment menacés.
« Attendu que cette requête a été communiquée pour ses observations, à (…) par
lettre n° (…) du greffier en chef de la Chambre administrative »490.
Dans d’autres cas, il indique la réponse ou les moyens allégués par le défendeur sans
dire si et quand la requête lui a été communiquée491. Mais, on peut déduire de la réponse de
l’Etat qu’il a eu communication de la requête même si on ne peut déterminer la date à laquelle
elle a eu lieu. Dans d’autres cas encore, il est bien indiqué, soit que la requête a été
communiquée au défendeur et qu’il a répondu - par écrit ou oralement492, soit qu’il n’a pas
réagi493dans le délai de réponse que le juge lui a prescrit.
Il ressort, sous le bénéfice de ce qui précède, que le juge fixe en filigrane les limites
matérielles de la contradiction, et de ce fait, procède à son allègement. A cet allègement
matériel, se juxtapose un allègement temporel.
488
Loc. cit.
489
Loc. cit.
490
V. CS/PAC, ord. sursis à exécution n°07/88-89 du 15 septembre 1989, affaire PAMANSIE Josué c/ Etat du
Cameroun ; CS/PCA, ord. sursis à exécution n°16/90-91 du 19 septembre 1991, affaire YEM Luc c/ Etat du
Cameroun ; CS/PCA, ord. sursis n°05/92-93 du 05 octobre 1992, affaire SIGHOKO ABRAHAM c/ Etat du
Cameroun ; ord. sursis n°04/OSE/PCA/CS/93-94 du 19 octobre 1993, Union des populations du Cameroun c/
Etat du Cameroun ; CS/PCA, ord. référé n°01/86-87 du 23 octobre 1986, la succession ROGGOW c/ Etat du
Cameroun ; CS/PCA, ord. référé n°7/86/87 du 18 décembre 1986, NGIMBOUS Jean-François c/ Etat du
Cameroun ; CS/PCA, ord. référé n°09/88-89 du 28 septembre 1989, TAMO PELAP Jean-Claude c/ Commune
Urbaine de Bafoussam.
491
Le Professeur Bernard-Raymond GUIMDO recensait en 2004 à ce sujet, près de 6 ordonnances en matière
de sursis et 26 ordonnances en matière de référé, in Le juge administratif et l'urgence, op. cit., p. 152.
492
En la matière le Professeur dénombrait au cours de la même période 7 ordonnances en matière de sursis et 3
ordonnances en matière de référé.
493
Le Professeur dénombrait à ce sujet 16 ordonnances en matière de sursis et 4 ordonnances en matière de
référé.
119
L’allègement temporel de la contradiction se traduit par la nécessité de réduire d’une
part, les délais de la communication Ŕ des mémoires et autres pièces Ŕ et d’autre part, les
délais de présentation des réponses et observations des parties antagonistes.
Les contentieux spéciaux de l’urgence portent sur les matières dont le traitement
requiert une certaine célérité. Ils ont ceci en commun que, chacun d’eux dispose d’une
procédure particulièrement marquée par les exigences liées à l’urgence. « Cette procédure,
qui s’achève par l’édiction de mesures définitives, tient sa spécialité à la constitution de
l’organe de juridiction – c’est en principe un juge unique qui statue –, à la non exigence de
494
Art. 27 (2), loi n°2006/002 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
495
Loi n°2006/022 précitée.
120
la saisine préalable de l’administration au moyen d’un recours gracieux, à la réduction des
délais de saisine du juge et à la fixation de délais relativement courts pour statuer »496.
D’une part en effet, les uns portent sur les contentieux électoraux, eux-mêmes distincts
les uns par rapport aux autres, en l’occurrence, les contentieux des élections locales Ŕ
municipales, régionales Ŕ ; les contentieux des élections au sein des chambres consulaires Ŕ
chambre d’agriculture, chambre de commerce). Les autres concernent les contentieux
« spéciaux des droits »497. Il s’agit du contentieux de la suspension et de la dissolution des
associations ; du contentieux de la légalisation, de la suspension et de la dissolution des partis
politiques ; du contentieux de la reconduite aux frontières des étrangers ; du contentieux de la
suspension et de la dissolution des organisations non gouvernementales.
D’autre part, chacun de ces contentieux demeure régi par un texte particulier de nature
législative ou décrétale.
En raison de l’urgence qui les unit, la contradiction y a été allégée du moins au regard
des textes les régissant. Cet allègement est constitutif d’une dispense partielle de la
contradiction dans les contentieux électoraux (1) et dans les contentieux spéciaux des droits
(2).
496
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence, op. cit., p. 33.
497
Terme emprunté à FANDJIP (O), Les juridictions administratives et le temps : cas du Cameroun et du
Gabon, Mémoire DEA, université de Dschang, FSJP, 2009, [Link].
498
KAMTO (M), « Le contentieux électoral au Cameroun », in Lex Lata n° 020, novembre 1995, p. 3.
121
interne en terme de validité des résultats et de la qualité des élus, tels sont les objets du
contentieux électoral499.
Il faut dire que s’agissant des élections locales, leur contentieux est régi par la loi
portant Code électoral500. Il se décline en contentieux des élections municipales et régionales.
Ces deux contentieux ressortissent à la compétence du juge administratif tant dans
l’organisation des élections501 que dans le déroulement des opérations électorales502.
499
MBARGA NYATTE (D), « Sociologie du contentieux relatif aux élections municipales du 21 janvier 1996
au Cameroun », in Juridis Périodique n° 45, Janvier- Février Ŕ Mars 2001, p. 78.
500
Loi n° 2012/001 du 19 avril 2012, modifiée et complétée par la loi n° 2012/017 du 21 décembre 2012.
501
V. en ce sens l'art. 189 (1) pour les élections communales qui énonce que : « la décision d'acceptation ou de
rejet d'une liste de candidats peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction administrative par un
candidat, le mandataire de la liste intéressée ou de toute autre liste, ou par tout électeur inscrit sur la liste
électorale de la commune concernée » ; et les art. 259 (1) et 260 (1) pour les élections régionales qui exposent
pour le premier : « toute décision d'acceptation ou de rejet d'une candidature ou d'une liste de candidats peut
être attaquée par tout candidat tout mandataire d'une liste, et/ou par tout membre d'un collège électoral », et
pour le second : « en période de campagne électorale, les contestations se rapportant à la couleur, au sigle, au
symbole choisi par un candidat ou une liste de candidats, sont portées devant la juridiction administrative
compétente… ».
502
V. en ce sens l'art 194 (1) pour les élections communales : « tout électeur, tout candidat ou toute personne
ayant la qualité d'agent du Gouvernement pour l'élection, peut réclamer l'annulation des opérations
électorales de la commune concernée, devant la juridiction administrative compétente », et l'art. 267 (1) pour
les élections régionales énonce : « tout électeur, tout candidat ou le représentant de l'Etat dans la Région peut
saisir la juridiction administrative compétente sur simple requête, d'une demande en annulation totale ou
partielle des opérations électorales de la région concernée ».
122
De fait, les délais impartis au juge pour statuer Ŕ soit quarante jours dans l’un et l’autre
cas de contentieux Ŕ sont sensiblement réduits. L’on peut aisément subodorer que la
contradiction y est allégée aussi bien dans sa matérialité que dans sa temporalité.
Pour ce qui est des élections au sein des chambres consulaires, il convient de
distinguer selon qu’il s’agit du contentieux au sein de la chambre de commerce ou du
contentieux au sein de la chambre d’agriculture.
En effet, toute contestation portant sur la répartition des sièges, les inscriptions, les
radiations, les omissions sur les listes électorales et d’une manière générale l’éligibilité, sont
soumises à la commission électorale qui statue en premier ressort504. Ce n’est qu’en cas
d’insatisfaction que la cause est portée devant la Chambre administrative de la Cour suprême
qui statue suivant la procédure de référé administratif505. L’instruction des recours est ici
contradictoire. La procédure de référé administratif, conformément à laquelle doit se dérouler
la procédure du contentieux en cause, est contradictoire506. Mais cette contradiction se trouve
allégée du fait de la réduction de la durée des délais inhérente à toute procédure de référé.
Quant au « contentieux de votation »507, la loi dispose : « Dans les quinze (15) jours
suivant la publication des résultats, tout électeur a le droit de contester par tous moyens
laissant trace, les opérations électorales de sa sous-section dans les conditions du droit
commun »508. La chambre administrative est saisie en appel. Lorsque celle-ci est justement
503
Décret n° 2001/381 du 27 novembre 2001.
504
Art. 33 (1).
505
Art 33 (2).
506
Cf. art. 27 (2), loi n° 2006/022 du 29 décembre fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
507
MOMO (B), « Le problème des délais dans le contentieux administratif camerounais », in Annales FSJP/UD,
t1, vol. 1, 1997, p. 146.
508
Art. 34 (1), décret n° 2001/381 du 27 novembre 2001 fixant les conditions d’élection des membres de la
Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun. Cette disposition reste ambigüe
dans la mesure où l’on ne saurait dire avec exactitude ce à quoi renvoie le droit commun ici. Mais l’on peut
subodorer que le droit commun pourrait être ici assimilé la procédure ordinaire, c’est-à-dire celle qui ne nécessite
pas le référé administratif.
123
saisie, elle statue selon la procédure du référé administratif509. Devant ladite Chambre, « les
membres dont l’élection est contestée sont avisés immédiatement par voie administrative. Ils
ont un délai de dix (10) jours pour présenter leur défense »510. Le caractère contradictoire de
la procédure se trouve donc ici, et contrairement au contentieux de l’éligibilité, explicitement
précisé. Pourtant, il s’agit d’une contradiction allégée au moins dans sa dimension temporelle
notamment du fait de la réduction des délais de réponse. Mais il serait abrupt de parler
d’allègement exprès de la contradiction tant est que la dimension matérielle se trouve
imprécise.
« (1) Toute contestation portant sur la répartition des sièges, les inscriptions, les
radiations, les omissions sur les listes électorales et, d’une manière générale, l’éligibilité,
sont soumises à la commission électorale régionale qui les transmet à la commission
électorale nationale dans un délai de quarante-huit (48) heures. La commission électorale
statue en premier ressort.
509
Art. 34 (2), décret n° 2001/381 du 27 novembre 2001 fixant les conditions d’élection des membres de la
Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun.
510
Art. 34 (3).
511
Décret n° 2009/250.
512
Art. 27 (1) (2).
513
Art. 28 (1) (2) (3) (4).
124
déroule suivant une procédure contradictoire, la procédure du référé. Mais elle est allégée du
fait des délais réduits qui permettent aux éventuels requérants de rentrer dans leurs droits à
temps514. Que dire la dispense de la contradiction dans les contentieux des droits ?
Les contentieux spéciaux de l’urgence des droits sont des contentieux de l’urgence
dont les droits subjectifs de certaines organisations ou personnes physiques sont en cause,
d’où l’appellation « contentieux des droits ». Ils portent sur la suspension et la dissolution
des associations ; la légalisation, la suspension et la dissolution des partis politiques ; la
suspension et la dissolution des organisations non gouvernementales ; la reconduite aux
frontières des étrangers.
Les textes régissant les contentieux spéciaux des droits restent imprécis voire muets
sur leurs conditions d’instruction. Mais, l’on peut subodorer que la contradiction qui n’y est
pas expressément prévue, demeure latente. Celle-ci se trouve cependant allégée pour la raison
que les délais impartis au juge pour statuer sont sensiblement réduits.
514
MOMO (B), « Le problème des délais dans le contentieux administratif camerounais », op. cit., p. 147.
515
Art. 13, loi n° 90/053 du 19 décembre 1990 portant liberté d'association.
516
Art. 8, loi n° 90/056 du 19 décembre 1990 portant sur la création des parties.
125
l’affaire. Les requêtes sont ainsi introduites sur simple requête tandis que le juge dispose d’un
délai de trente jours pour statuer par ordonnance517.
Enfin, c’est le constat que l’on pose également en ce qui concerne le contentieux de la
reconduite aux frontières des étrangers. En effet, la loi insiste essentiellement d’une part, sur
l’introduction des recours en ces termes : « l’étranger qui a fait l’objet d’une mesure de
reconduite à la frontière peut, dans les 48 heures suivant notification de celle-ci, demander
son annulation devant la juridiction administrative compétente, nonobstant les règles
prévues en matière de recours gracieux préalable »518 Ŕ il s’agit donc d’une introduction sur
requête simple Ŕ ; et d’autre part, sur le temps prévu pour statuer par ordonnance qui est de
huit jours519.
Au vu de tout cela, le constat peut être fait que dans chacun de ces contentieux
spéciaux de l’urgence des droits, les délais impartis au juge tiennent compte de leur caractère
urgent. Il apparaît alors que cette réduction des délais contribue à alléger la contradiction en
ces matières. Cet allègement est manifeste d’une dispense partielle pour le moins apparente de
la contradiction.
517
Art. 22, loi n° 99/014 du 22 décembre 1999 régissant les organisations non gouvernementales.
518
Art. 36 (1), loi n° 97/012 du 10 janvier 1997 relative aux conditions d'entrée, de séjour et de sortie des
étrangers au Cameroun.
519
Art 37 (1), loi précitée.
126
possibilité de s’en départir (A). Ce faisant, plusieurs hypothèses peuvent être avancées pour
l’expliquer (B).
A- L’admission de la dispense
1- La quintessence
« … Que des exceptions d’ordre public peuvent être soulevées ou invoquées d’office
et en tout état de cause par le juge administratif ; que peu importe que l’instance soit liée
ou non par l’échange des mémoires entre les parties ; peu importe également le caractère
contradictoire de l’instruction inquisitoriale du contentieux administratif lorsqu’il y a
possibilité de mettre un terme à l’instance sans continuation de l’instruction s’il apparaît,
au vu de la requête introductive, ou d’un certain niveau d’instruction, que la solution de
l’affaire est d’ores et déjà acquise ».
2- L’interprétation
520
CS/CA, jugement n° 7/90-91, 25 juillet 1991KEMPAYOU Moïse Débonnaire c/ Etat du Cameroun.
521
CS/CA, jugement n° 9/90-91, du 28 novembre 1991, KENKEU Théophile c/ Etat du Cameroun.
127
grandes revues de droit au Cameroun n’en font nullement état, quand bien même certaines
traiteraient le principe du caractère contradictoire dans le contentieux administratif522.
L’on observe également que le juge administratif peut, lorsqu’il soulève un moyen
d’ordre public, ou bien se dispenser totalement de la contradiction ou bien après l’avoir
entamée y mettre fin avant son terme. En effet, lorsque des exceptions d’ordre public sont
soulevées ou invoquées, « peu importe que l’instance soit liée ou non par l’échange des
mémoires entre les parties, peu importe également le caractère contradictoire de
l’instruction (…) il y a possibilité de mettre un terme à l’instance sans continuation de
l’instruction s’il apparaît, au vu de la requête introductive, ou d’un certain niveau
d’instruction, que la solution de l’affaire est d’ores et déjà acquise ».
Le juge admet clairement que l’échange des mémoires entre les parties importe peu
lorsque le moyen d’ordre public invoqué ou soulevé d’office peut tout de suite déterminer la
solution du litige ; auquel cas la poursuite de la contradiction s’avèrerait inutile. Si une telle
exception est soulevée au stade de la seule requête introductive, l’ouverture de l’instruction
contradictoire ne peut être d’aucune utilité puisque la solution du litige apparaîtrait évidente et
d’ores et déjà connue. De même, si elle intervient en cours de l’instruction toute poursuite de
celle-ci devient vaine pour la même raison. L’inutilité de l’instruction constituerait alors une
raison suffisante de dispense de la contradiction comme cela apparaît dans la plupart des
hypothèses de dispense admises.
522
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., pp. 232-
233.
523
EINAUDI (T), L'obligation d'informer dans le procès administratif, op. cit., p. 198.
128
juge administratif camerounais a fabriqué une solution exceptionnelle et unique de dispense
de la contradiction (2).
En premier lieu, le juge administratif considère qu’est inutile toute communication qui
survient alors que la solution de l’affaire est d’ores et déjà certaine. Il déclare ainsi qu’il y a
lieu de mettre un terme à l’instance sans continuation de l’instruction s’il apparaît, au vu de la
requête introductive, ou d’un certain niveau d’instruction que la solution de l’affaire est d’ores
et déjà acquise524. Car, toute poursuite de l’instruction, le cas échéant, perdrait inutilement du
temps, la solution étant déjà connue d’avance.
Par ailleurs, pour le juge, la communication d’une pièce devient sans objet et sans
intérêt, lorsqu’il dispose déjà d’éléments d’appréciation suffisants. A titre illustratif, il affirme
dans l’espèce TATSINDA Maurice précitée :
524
CS/CA, jugement n° 7/90-91, 25 juillet 1991, KEMPAYOU Moïse Débonnaire c/ Etat du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°60/91/92 du 17 septembre 1992, affaire UPC contre Etat du Cameroun.
525
CS/AP, arrêt, n° 8 du 5 novembre 1984, TATSINDA Maurice c/ Etat du Cameroun.
129
Plus courantes encore, sont les hypothèses où le recours est de toute évidence
irrecevable, soit parce qu’il est frappé de forclusion526, soit encore parce qu’il est sans objet527
ou frappée d’une exception d’ordre public528, entre autres.
Comme cela est perceptible, même lorsqu’il ne le dit pas de manière expresse, le juge
administratif retient le critère de l’inutilité pour écarter toute contradiction. Il a cependant
invoqué dans une espèce, un critère original et rare pris du motif de l’internement d’une
partie.
130
ayant dessaisi la Chambre administrative de la Cour suprême de ce pourvoi au profit de la
CFJ, le représentant de la République fédérale du Cameroun a repris son action en annulation
devant cette dernière.
Dès lors, quelle interprétation donnée à cette affaire ? Il faut préciser d’abord que
l’interprétation à laquelle l’on se livre est orientée et limitée sur la procédure - et non sur le
fond en raison du caractère procédural de la question en cause : la dispense de la
contradiction.
Le fait marquant est que cette affaire s’est déroulée sans débat contradictoire. Les
raisons de cette absence n’étant pas révélées dans la structure de la décision définitive elle-
même, c’est dans les conclusions du rapporteur qu’il a fallu les repérer. C’est en des termes
suivants que celui-ci justifie l’absence de la contradiction :
Il est évident que cette solution reste parfaitement intenable. L’internement, fut-il pour
des raisons criminelles ou psychiatriques, ne peut empêcher le déroulement contradictoire de
131
la procédure qu’après observation des règles propres à certains incidents de procédure. Il
s’agit en l’occurrence de la péremption d’instance531 et de la reprise d’instance532. Le premier
de ces incidents désigne l’anéantissement ou l’extinction des effets d’un acte en raison soit de
la négligence, soit de l’inaction des parties pendant une durée précise 533. Le second se définit
comme la relance de l’instance interrompue en l’état où elle se trouvait avant l’interruption ou
l’acte même par lequel l’instance reprend son cour534.
Le sieur ATANGANA étant interné pour une quelconque raison, le juge gardait-il la
possibilité, ne serait-ce qu’en vertu de ses pouvoirs inquisitoriaux535, de constater la
péremption de son inaction et l’absence de reprise de l’instance par celui-ci, avant de
poursuivre l’instruction de l’affaire.
Cette solution ne convainc donc pas. Il ne faut dès lors pas s’étonner qu’elle soit restée
un cas isolé, qu’elle n’ait pas été suivie par d’autres juges. Elle aurait été encore plus
dramatique si la décision était rendue en défaveur de la partie lésée. Fort heureusement, elle
n’a pas eu de conséquences sur les droits et intérêts de celle-ci.
531
Art. 101 de la loi n° 2006/022 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
532
Art. 102.
533
V. conclusion du rapporteur dans l'affaire Dame FERRIERE Marie (CFJ, 16 mars 1967); v. aussi CS/AP,
Arrêt N°10 du 24 mars 1983, Etat du Cameroun c/ TEGUIA et TEGUIA Gabriel c/ Etat du Cameroun
(MINJUSTICE). Pour amples connaissances sur les péremptions d'instance, v. enfin MEMONO (J-J C), Les
incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, Thèse doctorat Ph/D., Droit public, Université
de Yaoundé II, FSJP, 2015, p. 119 et s.
534
CORNU (G), Vocabulaire juridique, [Link]., p. 897. Pour un aperçu complet, v. MEMONO (J-J C), Les
incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 176 et s.
535
Allusion est ici fait aux pouvoirs inquisitoriaux en raison de ce que le texte censé régir la procédure
administrative contentieuse à cette époque, en l'occurrence le décret n° 59/83 du 4 juin 1959 portant réforme du
contentieux administratif et organisation du tribunal d'Etat, ne prévoyait pas la péremption. C'est donc sans
référence à un texte qu'une telle mesure pouvait être prise.
132
pourrait-on dire, envisagée. Mais cette dispense n’est presque jamais totale, elle reste
davantage partielle. Autrement dit, s’il a été relevé que le juge a eu à se dispenser de manière
totale de la contradiction en matière de communication dans certaine affaires ou a envisagé la
possibilité pour ses successeurs de le faire, il faut dire que cela reste très marginal. La
dispense doit être comprise davantage comme un allègement qu’une suppression. Car dans la
réalité, la contradiction est dans la quasi-totalité des cas toujours préservée.
133
tant dans les contentieux accessoires de l’urgence (A) que dans les contentieux spéciaux de
l’urgence, la contradiction existe à minima (B).
Du point de vue textuel, le sursis est par essence contradictoire. La loi dispose
clairement que :
538
Art. 30 (2), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs
539
Entretien du 27 juillet 2017 v. supra.
134
2- La constance en matière de référé
Tout comme en matière de sursis, l’examen du régime du référé accorde une place
importante à la contradiction malgré la nécessaire prise en compte de l’urgence. En effet,
l’observation de la législation en vigueur et l’attention portée à la pratique du juge
administratif permettent de l’affirmer.
« (1) Dans les cas d’urgence, le président du tribunal ou le magistrat qu’il délègue
peut, sur requête et si le demandeur justifie de l’introduction d’un recours gracieux, les
parties convoquées et après conclusions du ministère public, ordonner, en référé, toutes les
mesures utiles, sans faire préjudice au principal.
On voit bien que l’alinéa 2 de cette disposition, loin d’être une simple prescription
législative, s’analyse en une véritable injonction donnée au juge de procéder à la
communication contradictoire de la requête. Non seulement il doit tout de suite communiquer
la requête après qu’il ait été saisi, il doit aussi prévoir un délai de réponse ne pouvant excéder
cinq jours. Si la contradiction est atténuée du fait de l’immédiateté de la communication et de
la fixation d’un délai de réponse réduit, son existence reste indéniable. La pratique du juge le
conforte.
Dans la pratique prétorienne, les décisions du juge administratif de référé font, dans
leur grande majorité, ressortir que l’existence d’un échange contradictoire des mémoires entre
les parties a lieu541. Plus intéressant encore, et contrairement au sursis, « la contradiction peut
se poursuivre dans le cadre des débats oraux à l’audience », affirme Monsieur Alexandre
ANABA MBO542. L’oralité des débats à l’audience en matière de référé administratif vient
donc renforcer le caractère contradictoire d’une procédure déjà en elle-même contradictoire
540
Loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 précitée.
541
V. par ex. CS/PCA, ord. référé n° 7/77-78 du 3 juin 1978, LELE Gustave c/ Etat du Cameroun (MINFI).
542
V. entretien du 27 juillet 2017 supra.
135
dans sa phase écrite. Comme cela est perceptible, la procédure de référé traduit bien
l’application du principe de la contradiction. C’est aussi le cas dans les contentieux spéciaux
de l’urgence.
Aucune allusion n’y est faite543. Mais ce serait une erreur que de conclure à une
procédure dépourvue d’instruction contradictoire. Or, comme le relève un auteur, en
contentieux électoral, « est en jeu un exercice croisé d’arguments juridiques et
d’objections : il se déroule un débat contradictoire au terme duquel, sur la forme et sur le
fond, le juge se prononce »544. Il ne fait de doute alors que c’est une procédure contradictoire.
Si le caractère contradictoire de cette procédure n’est pas contesté, il reste qu’il n’est
non plus précisé. C’est donc de manière sous-jacente qu’il se manifeste dans les textes. Mais
en jurisprudence il est clairement appliqué.
543
En effet, les articles 194, 195 pour le contentieux des élections communales, 267 et 268 pour le contentieux
des élections régionales de la loi sus évoquée sont caractérisés par un mutisme total en la matière.
544
OLINGA (AD), « Contentieux électoral et état de droit au Cameroun », in Juris périodique n° 11, janvier-
février 2000, p. 50.
545
OLINGA (AD), « Contentieux électoral et état de droit au Cameroun », op. cit., p. 45.
136
A la suite d’une excavation poussée et remarquable de la jurisprudence, le Professeur
Bernard-Raymond GUIMDO DONGMO relève que le contentieux électoral municipal
s’avère être le terrain privilégié de la contradiction, car l’échange de documents entre les
parties est, non seulement effectif, mais se fait sous diverses formes ou à des degrés divers546.
Pour lui en effet, « dans certains cas, elle se traduit par la communication de la
requête du demandeur au défendeur suivie de la réponse de ce dernier547 . Dans d’autres
cas, elle se manifeste par l’introduction de la requête d’instance suivie d’une requête
additive puis de la réponse du défendeur548, voire d’un mémoire en défense additif549 . Dans
d’autres cas encore, elle se traduit par l’introduction de la requête d’instance, de sa
546
GUIMDO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 235.
547
En ce sens, v. par ex : CS/CA, jugement n°24/95-96 du 29 mars 1996, affaire conseillers municipaux de la
commune rurale de NANGA EBOKO contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°25/95-96 du 29 mars
1996, affaire FPN (CR MBOMA) contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°29/95-96 du 19 avril 1996,
affaire RDPC (C.U d’Edéa) contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°30/95-96 du 19 avril 1996, affaire
UPC contre Etat du Cameroun et M.L.J.C (CU d’Edéa) ; CS/CA, jugement n°33/95-96 du 09 mai 1996, affaire
NANDJOUM BWANGA (PCCS) (C.R de N’samba), RDPC contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement
n°35/95-96 du 09 mai 1996,affaire PDC (CR d’OBALA), contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°37/95-
96 du 09 mai 1996, affaire SDF contre Etat du Cameroun (CR de MANJO), CS/CA, jugement n°40/95-96 du 18
juillet 1996, affaire UPC (CR de PENKA Michel) contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°41/95-96 du
18 juillet 1996, affaire UPC contre Etat du Cameroun (C.R de 1996, affaire UPC contre Etat du Cameroun et
M.L.J.C (CU d’Edéa) ; CS/CA, jugement n°33/95-96 du 09 mai 1996, affaire ENANDJOUM BWANGA
(PCCS) (CR de N’samba), RDPC contre Etat du Cameroun ; CS/CA jugement n34/95-96 du 09 mai 1996,
affaire P.D.C contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°35/95-96 du 09 mai 1996, affaire PDC (CR
d’OBALA) contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n37/95-96 du 09 mai 1996, affaire SDF contre Etat du
Cameroun (CS de MANJO) ; CS/CA, jugement n°40/95-96 du 18 juillet 1996, affaire UPC (CR de PENKA
Michel) contre Etat du Cameroun CS/CA, jugement n°41/95-96 de 18 juillet 1996, affaire UPC contre Etat du
Cameroun (CR de BAMENDJOU ; CS/CA, jugement n47/95-96 du 18 juillet 1996, affaire SDF et PCR contre
Etat du Cameroun (CU de Yaoundé IIIe ) ; CS/CA, jugement n°56/95-96 du 18 juillet 1996, affaire PAP (CR de
NGAMBE) contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°58/95-96 du 18 juillet 1996 affaire PCR contre Etat
du Cameroun ; CS/CA jugement n°59/95-96 du 18 juillet 1996, affaire EPALE Roger Pierre contre Etat du
Cameroun (CR de BARE-MOUNGO) ; CS/CA, jugement n°60/95-96 du 18 juillet 1996, affaire RDPC contre
Etat du Cameroun, CS/CA, jugement n°65/95-96 du 18 juillet 1996, affaire PNP (CR/MBAM) contre Etat du
Cameroun ; CS/CA jugement n°66/95-96 du 18 juillet 1996, affaire USC contre Etat du Cameroun, CS/CA
jugement n70/95-96 du 18 juillet 1996 affaire UNDP (CR de MARARY, KOUSSERI et Zina) contre Etat du
Cameroun.
548
V. par ex : CS/CA, jugement n°31/95-96 du 19 avril 1996, affaire RDPC (CR de PENJA) contre Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°36/95-96 du 09 mai 1996, affaire PAL contre Etat du Cameroun.
549
Voir par ex CS/CA, jugement n°64/95-96 du 18 juillet 1996, affaire UFDC contre Etat du Cameroun.
137
communication au défendeur, de la réponse de ce dernier, et de la transmission de celle-ci
au demandeur pour la réplique, laquelle peut être faite550 ou non551 »552.
550
V. par ex, CS/CA, jugement n°44/95-96 du 18 juillet, affaire UNDP et SDF (CU de Yaoundé II) e contre Etat
du Cameroun ; CS/CA, jugement n°50/95-96 du 18 juillet 1996 affaire SDF contre Etat du Cameroun (CR de
DEMDENG) ; CS/CA, jugement n°52/95-96 du 18 juillet 1996, affaire UNDP contre Etat du Cameroun ; CS/CA
jugement n°63/95-96 du 18 juillet 1996, affaire SDF, UNDP, UDC et ADD (CU de Yaoundé Ve) contre Etat du
Cameroun.
551
V. par ex : CS/CA, jugement n°46/95-96 du 18 juillet 1996, affaire UNDP contre Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n°53/95-96 du 18 juillet 1996, affaire UNDP (CR de BIYONHA) contre Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n°54/95-96 du 18 juillet 1996 affaire UNDP contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°68/95-96
du 18 juillet 1996, affaire UNDP ( CR de BIYOUHA) contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°69/95-96
18 juillet 1996, affaire UNDP (CR de Zina) contre Etat du Cameroun.
552
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence, op. cit., p. 234.
553
V. par exemple : CS/CA, jugement n°41/88-89 du 25 mai 1989, affaire TCHATCHOUA Jean-Pierre contre
Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°101/90-91 du 28 mars1991, affaire MVONDO NSANG Richard contre
Etat du Cameroun. CS/CA, jugement n°54/95-96 du 18 juillet 1996, affaire UNDP contre Etat du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°68/95-96 18 juillet 1996, affaire UNDP contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement
n°69/95-96 18 juillet 1996, affaire UNDP (CR de Zina) contre Etat du Cameroun
554
GUIMDO DOGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence, op. cit., p. 235.
555
Voir par ex. : CS/CA, jugement n°68/86-87 du 13 août 1987, affaire Electrical Construction contre Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°69/86-87 du 13 août 1987, affaire MUKETE Plantations Limited contre Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°71/86-87 du 13 août 1987, affaire BABA YOUSSOUFA contre Etat du
Cameroun CS/CA, jugement n°73/86-87 du 13 août 1987, affaire DJIDJOU Prosper contre Etat du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°74/86-87 du 13 août 1987, affaire ATSAMA FOUMENA contre Etat du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°14/87-88 du 29 octobre 1987, affaire Hirondelle Voyages contre Etat du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°17/87-88, du 29 octobre 1987, affaire SOCIEQUIP Cameroun contre Etat du Cameroun.
556
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence, op. cit., p. 235.
138
communiquée, malgré le défaut de réponse. Au surplus, le caractère contradictoire s’affirme
dans les autres aspects du contentieux des élections au sein de la Chambre de commerce
notamment le contentieux des opérations électorales.
A la vérité, cette position du juge ne peut prospérer pour la raison suivante. Rien
n’autorise d’affirmer que le législateur ait consacré la procédure de l’ordonnance sur requête
en matière de dissolution des associations. Il faut en effet préciser que l’ordonnance sur
requête très présente en procédure civile560, s’entend d’une demande écrite adressée
directement à un magistrat, sans mise en cause d’un adversaire, dans les cas où la situation à
557
Loc. cit.
558
Ibid., p. 245.
559
Ordonnance n°19/O/PCA/CS du 26 septembre 1991, affaire O.C.D.H contre Etat du Cameroun ; ordonnance
n°20/O/PCA/CS du 26 septembre 1991, affaire Kom Ambroise contre Etat du Cameroun ; ordonnance
n°21/O/PCA/CS du 26 septembre 1991, affaire CAP-Liberté contre Etat du Cameroun.
560
Cf. art. 67, 395, 547 du Code de procédure civile camerounais et art. 58 et s., 494, 812, 851, 897, Code de
procédure civile français.
139
régler est urgente et où la nécessité commande qu’il soit procédé non contradictoirement. Il y
est répondu par une ordonnance de caractère provisoire, exécutoire sur minute et susceptible
de rétractation561.
Une telle procédure n’est pas prévue dans les dispositions de l’article 13 alinéa 3 de la
loi n° 90/053 du 19 décembre 1990 comme le laisse entendre le juge. Cet alinéa dispose :
A l’analyse, le fait pour le président de statuer par ordonnance signifie non pas qu’il
s’agisse d’une ordonnance sur requête, mais qu’il va rendre une décision sous la forme d’une
ordonnance. En effet, c’est une procédure qui n’implique pas la collégialité de l’organe de
jugement dont la présence est nécessaire pour rendre un jugement ou un arrêt. Elle implique
plutôt un juge unique dont les décisions prennent la forme d’une ordonnance. Si le législateur
avait donc entendu prévoir une ordonnance sur requête, il n’aurait certainement pas employé
la formulation équivoque : « le président statut par ordonnance ». Il aurait, au contraire,
signifié de manière expresse et formelle qu’il s’agit d’une ordonnance sur requête pour la
raison que la mise à l’écart d’un principe général de procédure aussi important que la
contradiction aurait nécessité une précision et une clarté.
140
En somme, malgré une existence à minima, la contradiction n’est pas remise en cause
dans les contentieux de l’urgence. Elle est avérée dans certains contentieux accessoires et
spéciaux de l’urgence Ŕ précisément en matière de sursis et de référé et en matière en matière
électorale Ŕ et présumable dans d’autres Ŕ en l’occurrence dans les contentieux spéciaux des
droits. Cette existence est renforcée dans les contentieux ordinaire et fiscal.
Les contentieux ordinaire et fiscal sont certainement ceux qui admettent le moins la
possibilité d’une dispense de la contradiction en contentieux administratif camerounais. La
dispense n’est pas prévue dans les textes propres au contentieux administratif et ordinaire (A),
elle connaît de surcroit en jurisprudence une quasi-inapplication (B).
Sur le plan textuel donc, ces contentieux connaissent un encadrement textuel rigoureux
faisant la part belle à la contradiction, lequel par conséquent, constitue un rempart contre toute
tentative d’éviction de celle-ci.
563
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 247.
564
PACTEAU (B), « Du nouveau en procédure contentieuse administrative: la communication des moyens
d'ordre public », in RFDA, 1992, p. 480.
141
1- Le mutisme des textes du contentieux administratif
Pour faire face à cette tension permanente entre le contribuable, en général démuni, et
l’administration fiscale dotée de privilèges567, le législateur a prévu une procédure en tout
point contradictoire. Le principe du contradictoire reste ainsi de mise dans le déroulement de
la procédure contentieuse fiscale.
Le ministre chargé des finances dispose, pour produire son rapport, d’un délai de
trois mois dont deux sont accordés au Directeur des impôts pour procéder à l’instruction.
Ce délai peut être prolongé de deux mois, en raison des circonstances exceptionnelles, sur
565
SAID (I), « L'expertise en matière fiscale au centre du droit fiscal marocain », [Link], consulté le 21
juillet 2013, p. 5.
566
DUBOIS (J), « Une psychanalyse du contribuable », Projet, 1912, pp. 145-154.
567
LAMBERT (T), « Le contribuable face à l’administration fiscale », [Link], consulté le 17 juin
2016, p. 102.
568
L’instruction générale se déroule en dehors des mesures d’instruction particulières telles que l’expertise,
l’enquête, l’audition des parties entre autres.
569
Art. L 132 et L 133, Livre des procédures fiscales.
142
demande motivée. Les conclusions du Ministre chargé des finances sont déposées au greffe
du Tribunal administratif en trois (3) copies dont l’une est adressée au contribuable qui
dispose d’un délai d’un (1) mois pour présenter ses observations ou faire connaître s’il
désire recourir à la vérification par voie d’expertise. Si le ministre chargé des Finances ne
produit pas sa réponse dans le délai de trois (3) mois visé ci-dessus, il est réputé avoir
acquiescé aux faits exposés dans la requête du contribuable. Si le contribuable ne produit
pas d’observations à la réponse de l’Administration dans un délai d’un (1) mois qui lui est
imparti, il est réputé s’être désisté de son action ».
De même, l’expertise en tant que mesure d’instruction particulière apparaît ici en tout
point contradictoire570 .
Les textes antérieurs à 1975 ayant régi la procédure administrative contentieuse sont
essentiellement au nombre de trois. Le premier, de 1921, détermine la procédure à suivre
devant le Conseil du contentieux administratif du territoire du Cameroun572. Ce texte ne
réserve aucun interstice lié à la dispense de la contradiction. En effet, son chapitre premier,
570
Cf. art. L 134 à L 139.
571
AKONO OMGBA SEDENA, L’apport du juge administratif au droit fiscal au Cameroun, op. cit., p. 56.
572
Arrêté du 16 décembre 1921.
143
intitulé de « De l’instruction et de l’audience publique », comporte dix-neuf articles dont les
dispositions ne laissent présager aucune dispense du principe de la contradiction.
Les délits d’audience sont des incidents d’audience pouvant consister en un (des)
outrage (s) adressé (s) à un magistrat ou un juré commis au cours de l’audience pour la
sanction duquel le président et le tribunal disposent de pouvoirs exceptionnels à effet
immédiat577. Il s’agit donc des infractions commises à l’audience et soumises à des règles de
poursuite dérogatoires578.
L’expression de ces délits et de leur régime se trouve donc fondée dans les textes
précités en ces termes :
573
Décret n° 59/83 du 4 juin 1954.
574
Décret n° 64/DF/218 du 19 juin 1964..
575
Loi n° 75/17 du 8 décembre 1975.
576
Loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006.
577
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 310.
578
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, op. cit., p. 316.
144
de se retirer ; les récalcitrants sont, sur ordre du président, saisis et déposés dans la maison
d’arrêt pour vingt-quatre (24) heures ».
Compte tenu de ces énoncés, il n’est indiqué nulle part que ceux qui se livreraient à
certains des actes ci-dessus décrits pourront dans le cadre d’une instruction tenter d’apporter
une contradiction au juge. Ils semblent donc déjà condamnés d’avance. Rien de surprenant à
cela, car le juge est ici en soi victime, plaignant et magistrat580, bref juge et partie à la fois.
Tout porte à croire que l’explication qui est ici mis en avant c’est moins la volonté de
résoudre rapidement le litige que le souci d’asseoir l’autorité du juge. Celui-ci, de ce fait,
dispose de pouvoirs exceptionnels dont, entre autres, celui de ne pas instruire
contradictoirement le litige.
Il ressort de ce qui précède que les textes directement liés aux Contentieux ordinaire et
fiscal ne prévoient pratiquement pas des dispenses à la contradiction, excepté dans
l’hypothèse exceptionnelle des délits incidents d’audience. Or, le contentieux administratif,
malgré son autonomie, n’est pas en autarcie et peut donc aussi puiser des solutions dans des
textes qui lui sont extérieurs, lesquels consacrent formellement des dispenses de la
contradiction.
Si les textes liés aux contentieux ordinaire et fiscal demeurent dans l’ensemble muets
pour ce qui est de la dispense de la contradiction, il faut pourtant se garder d’affirmer
qu’aucune dispense n’est absolument envisageable en ces matières en dehors de l’hypothèse
des délits d’audience évoqués supra. En dépit de son autonomie, le contentieux administratif
n’est pas en vase clos. Le juge administratif pourrait être tenté de déborder l’espace réservé au
579
V. Art. 20 de la loi de 1975 et 49 de la loi de 2006.
580
LABBEE (P), Institutions juridictionnelles, Cours 2009-2010, Université de LILLE II, p. 52.
145
seul contentieux administratif et aller en expansion vers d’autres champs pour aménager des
interstices liés à la dispense de la contradiction. Si celui-ci ne s’est pas encore livré à une telle
expérience (à notre connaissance), l’hypothèse reste possible si bien que le législateur l’a
laissée entrevoir dans la loi portant Code pénal581.
En effet, il est stipulé dans le Code pénal camerounais que les documents couverts par
le secret de la défense nationale et le secret médical ne peuvent faire l’objet de
communication de la part du juge administratif et par conséquent sont insusceptibles d’être
débattus contradictoirement.
S’agissant du secret de la défense, au sens de la loi portant Code pénal, « est réputé
secret de la défense nationale, pour l’application du présent Code, tout renseignement de
toute nature susceptible d’aider des entreprises hostiles à la République et qui n’a pas déjà
été rendue public »582. Si par-là, se trouve consacré et défini le secret de la défense nationale,
il reste qu’il s’agit d’une définition cursive et sommaire. La raison tient peut-être de ce que,
c’est une notion fonctionnelle, contingente voire élastique aux contours insaisissables. En
effet, sous réserve de la seule condition qu’un renseignement ne doit pas avoir déjà été rendu
public, elle regroupe toute information discrétionnairement qualifiée secret de la défense
nationale par l’autorité compétente, de sorte que son contenu peut s’étendre à l’infini et est
susceptible de varier583.
581
Loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016.
582
Art. 109, loi précitée.
583
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 267.
584
CE, Sect. 24 octobre 1969, Ministre de l'Equipement et du logement c/ GOUGEON, in LONG (M), et alii,
Les grands arrêts de la Jurisprudence administrative, Dalloz, p. 461.
146
En application de l’article 109 du Code pénal, celui-ci se trouve tenu au respect du
secret de la défense nationale et ne peut pas, dès lors, exiger la communication d’un document
couvert par un tel secret.
Mais, il s’agirait d’une hypothèse qui reste virtuelle puisque le juge administratif
camerounais n’aurait encore eu dans aucune espèce à prendre position quant à l’attitude à
adopter en cas de situation d’un document couvert par le secret de la défense nationale. Or de
son côté, le juge administratif français s’est clairement prononcé sur la question. Il affirme en
substance dans un arrêt de principe585 que le pouvoir de demander communication des pièces
à l’administration ne s’étend pas aux documents dont la divulgation est exclue par les
nécessités de la défense nationale ; toutefois, le juge peut, même dans cette hypothèse, tenir
compte, après avoir demandé éventuellement des explications complémentaires, du silence ou
de la mauvaise volonté de l’administration.
« Est puni d’un emprisonnement de un (1) à dix (10) ans et d’une amende de cent
mille (100 000) à dix millions (10 000 000) de francs ou de l’une de ces deux peines
seulement, celui qui, en temps de paix : dans un but autre que de le livrer à une puissance
étrangère, s’assure la possession d’un secret de la défense nationale ou le révèle à une
personne non qualifiée »587.
585
CE, Ass., 11 mars 1955, Secrétaire d'Etat à la guerre c/ COULON, in LONG (M), et alii, Loc. cit.
586
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 267.
587
Art. 105 (1) de la loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code pénal.
147
« Est puni d’un emprisonnement de dix (10) à vingt (20) ans celui qui, en temps de
guerre : commet une des infractions visées aux articles 105 (…) ci-dessus »588.
Cette solution du Code pénal reste limitée dans sa portée. Si en effet elle vise les
parties, l’on n’imaginerait pas un seul instant qu’elle puisse concerner le juge qui ne peut être
sanctionné du fait des actes d’instruction. Autrement dit, la responsabilité du juge, fut-elle
pénale, administrative ou civile, ne peut être retenue du fait de l’exigence de production et de
la communication d’un document couvert par le secret de la défense nationale.
Le juge administratif fait savoir dans une espèce589 demeurée fameuse que les actes
relevant de la procédure judiciaire en général et de l’instruction en particulier ne peuvent être
déférés devant le juge. Il déclare ainsi que :
Nul sans doute, cette position serait la même pour les juridictions pénale et civile. Dès
lors, le juge administratif, du fait d’exiger la production et de communiquer un document
couvert par le secret de la défense nationale, ne s’exposerait pas aux sanctions prévues aux
articles 105 et 108 du Code pénal ; mais à une prise à partie, conformément aux dispositions
de la loi n° 75/16 du 8 décembre 1975 fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour
suprême590 et de l’arrêté du 16 décembre 1954 portant Code de procédure civile. Ce dernier,
plus explicite, dispose que les juges peuvent être pris à partie « s’il y a dol, fraude,
concussion ou faute lourde professionnelle qu’on prétendrait avoir été commis, soit dans le
cours de l’instruction, soit lors des jugements »591.
588
Art. 108 (2) (b).
589
CFJ, arrêt n° 19 du 16 mars 1967, TAGNY Mathieu c/ Etat du Cameroun.
590
Cette loi reste en vigueur dans ses dispositions non contraires aux lois entrées en vigueur en 2006 et portant
respectivement organisation judiciaire, organisation et fonctionnement de la Cour suprême et organisation et
fonctionnement des tribunaux administratifs. Ces dernières ne font pas allusion mais ne suppriment non plus la
procédure de prise à partie.
591
Art. 246 (1) du Code de procédure civile.
148
L’exigence de la production et de la communication par le juge d’un document couvert
par le secret professionnel s’apparenterait ainsi à une faute lourde professionnelle commise
dans le cours de l’instruction. Tel devrait également être le cas pour ce qui est du secret
médical.
En matière de secret médical, selon le Code pénal : « (1) Est puni d’un
emprisonnement de trois (3) mois à trois (3) ans et d’une amende de vingt mille (20 000) à
cent mille (100 000) francs, celui qui révèle, sans l’autorisation de celui à qui il appartient,
un fait confidentiel qu’il n’a connu ou qui ne lui a été confié qu’en raison de sa profession
ou de sa fonction.
La question que l’on serait tenté de poser alors est de savoir en quoi est-ce que le
secret médical constituerait une dispense de la contradiction. La réponse à cette interrogation
exige de déterminer la portée de ce secret professionnel atypique. Pour ce faire, un examen de
la jurisprudence administrative française s’avère nécessaire avant de situer la question au
Cameroun.
Il faut dire qu’en France, c’est au juge, à défaut du législateur, qu’il a appartenu de
déterminer la portée du secret médical. Après avoir suivi dans un premier temps dans
592
Art. 310 de la loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code pénal.
593
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, op. cit., p. 939.
594
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, [Link]., p. 245.
149
plusieurs espèces595, la position de la Chambre criminelle d’après laquelle le secret médical
serait général et absolu596, le Conseil d’Etat a amorcé une évolution dans sa jurisprudence.
Ainsi dans l’affaire Assemblée DEVE597, bien que n’écartant pas encore sa position antérieure,
celui-ci ajoutait en même temps que :
« Le secret médical n’a pas pour objet et ne saurait avoir pour effet d’interdire au
médecin de faire connaître à son client lui-même les constations qu’il est en mesure de
faire sur sa personne ».
Le Conseil va sans détour affirmer par la suite que le secret médical n’est plus
opposable au malade598. Il n’y a donc plus de secret imposé au médecin vis-à-vis de son
malade ni de secret imposé au malade vis-à-vis des tiers. Le secret médical aurait donc
désormais une portée relative.
Ce dernier estime que l’alinéa 3 de l’article 310 peut laisser penser qu’au Cameroun
l’obligation de secret médical est générale et absolue, c’est-à-dire que le médecin ne peut être
délié, sauf dans l’hypothèse d’une réquisition légale ou d’une commission d’expertise. De la
sorte, le malade ne pourrait demander ni le juge ordonner la production de documents
couverts par le secret médical. Or, une lecture complète de l’article 310 du Code pénal et en
particulier la prise en compte de l’alinéa 1 dudit texte, qui introduit la considération d’une
autorisation de celui à qui appartient un fait confidentiel, c’est-à-dire le malade en l’espèce,
vient contredire cette conception rigide du secret médical. La logique inverse est au surplus
595
V. CE, Sect. 9 novembre 1928, Bertrand, Rec. 1149; 20 juillet 1932, GARLOPEAU, Rec. 739; Sect. 27
janvier 1939, RENOUF, Rec. 39; Ass. 20 novembre 1959, Secrétaire d'Etat au budget, Rec. 613; J.C.P. [Link].
11431, concl. POUSSIERE; D. 1960. 157, note SAVATIER.
596
V. Crim. 19 décembre 1885, Bull. crim. n° 360, p. 574; 24 janvier 1957, Bull. crim., n° 86, p. 144. Gaz. Pal.
1957.1.412; Crim., 8 mai 1947, Bull. crim., n° 124, p. 177; Gaz. Pal. 1947.2.12.; Crim 22 décembre 1966, Bull.
crim. n° 305, p. 714; D. 1967. 122, rapport COMBALDIEU.
597
CE, Ass. 12 avril 1957, DEVE.
598
CE, Sect. 24 octobre 1969, Ministre de l'Equipement et du Logement c/ GOUGEON.
150
servie par cette idée, juste, d’un secret médical institué, non dans l’intérêt de la médecine,
mais dans celui du patient599.
Tirant les conséquences de son analyse, l’on peut affirmer avec force qu’au Cameroun,
le secret médical n’est pas absolu en ce sens que, comme en France, il n’est pas opposable au
malade. Pour le dire autrement, il n’existe pas de secret imposé au médecin vis-à-vis de son
patient, ni de secret imposé au patient vis-à-vis des tiers (le juge par exemple). Par contre,
sauf dans la limite d’une réquisition légale ou d’une commission d’expertise, le secret médical
est absolu pour les médecins vis-à-vis des tiers. Le juge ne peut donc ordonner la production
d’un document couvert par le secret médical que sur demande voire autorisation du malade.
Ce qui permet à ce dernier de révéler lui-même ledit document à celui-ci.
Que retenir alors en définitive sinon qu’il n’existe pas de textes propres au contentieux
administratif qui permettent au juge de se dispenser de la contradiction dans le cadre des
contentieux ordinaire et fiscal. C’est au Code pénal qu’on doit finalement toute possibilité de
dispense de la contradiction à travers l’obligation imposée au juge et aux parties de respecter
le secret de la défense nationale et le secret médical. Il faut préciser qu’une telle dispense ne
peut être que partielle. En effet, en présence de documents couverts par le secret de la défense
nationale par exemple, l’administration devrait apporter des explications justifiant leur non-
communication Ŕ et non se contenter de les qualifier comme tels Ŕ lesquelles pourraient être
communiquées à la partie adverse. Aussi, la contradiction va-t-elle se poursuivre pour ce qui
des autres éléments du dossier. La contradiction ne cesse donc pas. En jurisprudence en
revanche, l’exception à la contradiction connaît une quasi-inapplication.
151
1- La rareté de la dispense
2- La continuité de la contradiction
600
Art. 54 de la loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
152
C ONCLUSION DU CHAPITRE
Ensuite, malgré l’apparente dispense dont elle fait l’objet, la contradiction est presque
toujours préservée. Cette préservation est minimale dans les contentieux de l’urgence. Car, la
contradiction étant adaptées aux exigences de l’urgence elle ne peut être exercée que de
manière minimale d’où le caractère limitée de la dispense. Par contre, la préservation est
maximale dans les contentieux ordinaire et fiscal. De fait, le législateur est partisan d’une
conception rigide de la contradiction ayant vocation à la plénitude.
La principale leçon à retenir en définitive est que le juge peut exciper de ses pouvoirs
d’instruction pour se ménager de la contradiction. Mais il le fait généralement dans des
proportions très marginales. Mais le fait-il dans l’intérêt d’une bonne administration de la
justice ? Certainement quelques fois, mais dans bien de cas non. Sinon comment expliquer
que l’urgence soit souvent mise aux confins des raisons avancées pour se dispenser de la
contradiction ?
153
C ONCLUSION DU TITRE
C’est sans doute Ŕ et ce n’est pas la raison exclusive Ŕ parce qu’il organise la
communication entre les parties au procès que le juge administratif camerounais exerce le
pouvoir de direction de l’instruction. Le regard posé sur le régime de la communication des
mémoires et pièces permet de certifier en toute quiétude que c’est au juge et lui seul qu’il
revient d’organiser la communication entre parties protagonistes voire antagonistes.
Il faut pour ainsi réaffirmer que, c’est par ces procédés d’organisation de la
communication des pièces et mémoires que semble être incarné le pouvoir de direction de
l’instruction dévolu au juge administratif camerounais. Mais, c’est une raison qui n’est pas
exclusive, mais à laquelle il faut associer celle relative à la fixation du rythme de
l’instruction.
601
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 850.
154
T ITRE II: LA FIXATION DU RYTHME DE
L’INSTRUCTION
155
La direction de l’instruction par le juge administratif commande d’en maîtriser la
temporalité. Celui-ci ne peut rythmer la procédure et, dès lors, l’instruction que s’il a la
maîtrise du temps. La maîtrise de la donnée temporelle s’avère être d’une importance cruciale
puisqu’elle est l’un des facteurs les plus déterminants du règlement des litiges. La question de
la maîtrise du temps par le juge administratif revient essentiellement à se préoccuper
simplement d’une bonne administration de la justice602. « Le temps peut à lui tout seul
permettre d’apprécier l’efficacité d’une juridiction. Suivant qu’il est plus ou moins long, il
peut faciliter ou obstruer l’exécution d’un acte. C’est pourquoi il est un élément essentiel
du pouvoir d’instruction »603.
Il peut apparaître absurde de parler de maîtrise du temps par le juge administratif parce
que la notion de temps serait une donnée insaisissable604. SAINT-AUGUSTIN, à la question
de savoir « qu’est-ce que donc le temps ? », ne disait-il pas déjà à travers une lumineuse
formule que : « Quand personne ne me le demande, je le sais, dès qu’il s’agit de l’expliquer,
je ne le sais plus »605. Si le temps ne peut être saisi dans toute sa complexité, il est toutefois
possible d’affirmer avec Monsieur Pierre-Claver KOBO, président de la Chambre
administrative de la Cour suprême ivoirienne, qu’il est une « notion polymorphe »606 et avec
le Professeur Henri OBERDORFF qu’il connaît une « déclination multiple »607. Autrement
dit, il est possible de l’imaginer sous plusieurs formes.
Il importe de préciser dans ce sens que pour Monsieur Damien CONNIL deux
conceptions du temps se font jour. Il existe ainsi « un temps qualificatif, perçu et vécu »
opposé à « un temps construit »608.
602
OBERDORFF (H), « Le justiciable, le juge administratif et le temps », in Le juge administratif à l’aube du
XXIe siècle, Grenoble, PUG, 1995, p. 296.
603
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, op. cit., p. 178.
604
CONNIL (D), L'office du juge administratif et le temps, op. cit., p. 2.
605
SAINT-AUGUSTIN, Les confessions, Livre XI, Chapitre XIV, Œuvre, I, coll. La pléiade, p. 1041.
606
KOBO (P-C), « Le juge et le temps », in La tribune de la Chambre administrative, n° 03-septembre 2014-
trimestriel, p. 3.
607
OBERDORFF (H), « Le justiciable, le juge administratif et le temps », op. cit., p. 282.
608
CONNIL (D), L'office du juge administratif et le temps, op. cit., p. 3.
156
LEIBNITZ conforte cette position lorsqu’il affirme que le temps est l’ordre des successions
possibles. Le temps ici n’est donc pas une notion abstraite détachée de la réalité mais apparaît
à l’inverse, comme un élément essentiel de cette réalité. C’est donc une réalité vécue, propre à
l’élan vital et à la liberté créatrice. Il s’agit donc d’un temps naturel.
« Le temps construit » est nettement plus abstrait et indéfini en ceci qu’aucune limite
ne borne le temps pris en lui-même, le temps en général. C’est un temps physique, objectif
qui apparaît comme le support d’une représentation mentale et sociale du temps, un temps
multiple, variable selon les sociétés considérées et les activités sociales concernées. Il s’agit
d’un temps social et artificiel, mieux, « d’une construction sociale, qu’on appelle
"temporalisation" »609. C’est ce temps que le droit utilise et que le juge est appelé à maîtriser.
Dès lors, l’apparente absurdité ferait désormais place au rationnel. Le temps du procès,
de l’instance et de l’instruction est un temps social construit et par conséquent maîtrisable.
C’est dire que le temps du juge devient un temps social, qui ne saurait être dématérialisé ni
enfermé dans une bulle intemporelle610. Il est à la fois le produit d’une conception spirituelle
du juge, du justiciable et de la société. Sans donc ignorer la pression sociale et les exigences
des parties sur le temps, le juge par son rôle constitue l’élément décisif et incisif de la
détermination du temps. Le déroulement de la procédure, en conséquence sa durée, dépend
pour beaucoup des pouvoirs qui lui sont conférés611. Il dispose du pouvoir de maîtriser le
procès612 et, partant, l’instruction. La maîtrise de l’instruction apparaît tout naturellement dans
la fixation du cadre temporel de l’instance613. Ainsi, la direction de l’instruction par le juge
administratif a une influence déterminante sur l’échéance du procès614. La maîtrise du temps
processuel est donc largement tributaire du caractère inquisitorial de la procédure.
609
OST (F), « Copie de secours de "le temps du droit" (Paris, Odile Jacob, 1999) », in [Link] , consulté
le 8 avril 2017, p. 1.
610
CHABANOL (D), « Le temps du juge, le temps de l'administration et le temps de la société », in
[Link], consulté le 27 septembre 2016, p. 56.
611
Le temps judiciaire, mission de recherche droit et justice, in [Link]/wp-con, consulté le
18/08/2016 à 15h06, p. 8.
612
JAUFFRET-SPINOSI (C), « Le temps et le droit », conférence à l'occasion de l'inauguration de la chaire
Jean-Louis BAUDOUIN, Université de Montréal, 11 mais 2006, p. 15.
613
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge administratif »,
op. cit., p. 70.
614
CIAUDO (A), « La maîtrise du temps en droit processuel », op. cit., p. 25.
157
La question de la maîtrise du temps de l’instruction par le juge administratif
camerounais reste encore assez peu traitée. Toutefois, à l’observation des travaux existants Ŕ
de près ou de loin Ŕ en la matière615, le temps est relativement maîtrisé par le juge. Sa gestion,
en revanche, semble poser problème et reste l’un des défis majeurs auquel reste confronté le
juge administratif camerounais. Le constat général est qu’il juge parfois sans tenir compte du
temps et hors du temps, même lorsque les jugements ont pour objet le temps.
615
V. par ex. JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », vol I , op. cit.; KAMTO (M), « La
fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit.; MOMO (B), « Le problème
des délais dans le contentieux administratif camerounais », op. cit.; GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge
administratif et l’urgence, op. cit.; GUIMDO DONGMO (B-R), « Le droit d'accès à la justice administrative au
Cameroun: contribution à l'étude d'un droit fondamental », in Revue de la recherche juridique, Droit prospectif,
n°1, 2008; FANDJIP (O), Les juridiction administratives et le temps: cas du Cameroun et du Gabon, Mémoire
DEA, université de Dschang, FSJP, 2009.
158
C HAPITRE I: LA DETERMINATION DES DELAIS
D’ACCOMPLISSEMENT DES ACTES D’INSTRUCTION
159
Chaque étape d’une procédure est généralement consommatrice de temps et
génératrice de délais616. Mais le délai est généralement posé comme un problème en
contentieux administratif camerounais617. En effet, il lui est souvent reproché de limiter
l’accès des justiciables au prétoire618. Il est ainsi perçu comme une sorte de dissuasion
temporelle à l’égard de ceux-ci619.
Cependant, le délai apparaît dans son acception courante comme quelque chose en soi
de positif. C’est un temps accordé (à quelqu’un) pour faire quelque chose620. C’est plus dans
l’acception juridique, et à cause des conséquences qui s’attacheraient à son non-respect, que le
délai pourrait être un objet de dissuasion et de contrainte pour le justiciable. Il s’entend ainsi
d’un espace de temps à l’écoulement duquel s’attache un effet de droit, un laps de temps fixé
par la loi, le juge ou la convention soit pour interdire, soit pour imposer d’agir avant
expiration de ce temps621. Son inobservation pourrait entraîner des conséquences variables,
toutes aussi importantes les unes que les autres (la prescription, la forclusion, la prématurité,
la déchéance ou la caducité622 voire la péremption).
Le délai serait donc apprécié par rapport à sa portée et ses conséquences et, moins, par
rapport à son but et à son objet. Pris en considération de son but ou de son objet, il constitue
un temps nécessaire à la fois pour préparer la défense de sa cause pour le justiciable et pour
mener une réflexion sur l’affaire pour le juge. La conception limitée à la portée du délai serait
de plus en plus contestée. Elle semble même désormais reléguée au second plan au profit
d’une notion émergente voire émergée et plus partagée, celle du délai raisonnable qui elle,
tiendrait compte de l’objet du délai et de sa finalité623.
616
Célérité et qualité de la justice, Rapport Ministère de la justice en France, [Link],
consulté 27 septembre 2016, p. 32.
617
V. notamment MOMO (B), « Le problème des délais dans le contentieux administratif camerounais », op.
cit., p. 1.
618
GUIMDO DONGMO (B-R), « Le droit d'accès à la justice administrative au Cameroun », op. cit., p. 496.
619
Loc. cit.
620
V. Le Robert illustré, op. cit., p. 414; v. aussi le Larousse, maxipoche, op. cit., p. 373.
621
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, op. cit., p. 311.
622
GUINCHARD (S) et DEBARD (D) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 303.
623
Pour un meilleur aperçu du délai raisonnable en contentieux administratif camerounais, se référer utilement à
BILOA (C), Le délai raisonnable dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun, Mémoire de
Master en droit public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2015.
160
C’est partant davantage du point de vue de son objet et de sa finalité que la question
des délais devrait prioritairement être envisagée, même si l’examen de la portée reste
inévitable voire inséparable de celle-ci. Car, la problématique des délais est d’abord liée à un
souci d’efficacité de la juridiction administrative.
En France, le principe est que le juge est libre de fixer les délais, c’est du moins ce
qu’a laissé entendre le juge administratif français dans une espèce627. Ce principe de la liberté
de fixation des délais par le juge trouve un écho large au sein de la classe doctrinale française.
624
CONNIL (D), L'office du juge administratif et le temps, op. cit., p. 35.
625
AWONO ELOUNDOU (E), La fonction du juge rapporteur…, op. cit., p. 54.
626
V. ATEBA EYONG (AR), Le juge administratif et la création du droit…, op. cit., p. 430.
627
CE, 10 mai 1957, sous-secrétaire d'Etat à la marine marchande c/ Commune de Saint-Brevin-Les-Pins.
161
Le Professeur René CHAPUS déclare ainsi que « le principe est qu’il appartient à
chaque juridiction de fixer les délais dans lesquels les parties doivent produire et échanger
entre elles leurs différents mémoires »628. Renaud DENOIX DE SAINT MARC et Daniel
LABETOULLE affirment que le juge administratif « impartit les délais »629. Le président
Raymond ODENT fait observer que le juge ordonne la mise en cause des défendeurs
éventuels et la communication aux ministres intéressés en leur impartissant un délai pour
présenter leurs observations630. Dans la même lancée, Monsieur Damien CONNIL pense que
« l’étape de la mise en l’état du dossier reste déterminée par le juge administratif dans la
mesure où ce dernier fixe les délais de communication des parties (…) »631. Jean-Marie
AUBY et Roland DRAGO indiquent que le juge impartit les délais à chaque partie pour
répondre au mémoire de son adversaire632. Pour sa part Monsieur Rémi ROUQUETTE,
mentionne que « le rapporteur, sous l’autorité du président, fixe les délais accordés aux
parties pour produire leurs mémoires »633.
L’attention portée à ces déclarations Ŕ dont la liste pourrait encore être rallongée Ŕ
conduit inéluctablement à conforter l’idée d’une maîtrise des délais d’accomplissement des
actes d’instruction par le juge administratif en France. La libre fixation des délais ici ne fait de
doute si bien que le législateur n’intervient qu’à titre exceptionnel en la matière. Lorsque les
délais ne sont pas prévus par les textes, ils sont fixés par le juge de façon discrétionnaire634.
628
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 857.
629
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge administratif »,
op. cit., p. 71.
630
ODENT (R), Contentieux administratif, op. cit., p. 942.
631
CONNIL (D), L'office du juge administratif et le temps, op. cit., p. 36.
632
AUBY (J-M) et DRAGO (R), Traité de contentieux administratif, op. cit., p. 964.
633
ROUQUETTE (R), Petit traité du procès administratif, op. cit., p. 457.
634
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, op. cit., p. 363.
635
V. KAMTO (M), « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit., p. 46
et KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, op. cit., p. 178.
162
délais ont été prévus pour le dépôt des différents mémoires636. Il annonçait ainsi la couleur
d’une fixation législative voire réglementaire des délais d’accomplissement des actes
d’instruction qui allait se perpétuer jusqu’à nos jours. En effet, l’examen des textes ayant régi
les délais en cette matière, et davantage ceux encore en vigueur, montre bien que le législateur
a le primat de la fixation des délais. C’est lui, en général, et non le juge, qui définit les
conditions d’application des délais (paragraphe I), et prévoit le régime de sanction auquel ils
sont assortis (paragraphe II).
Il est peut être exagéré de dire qu’au Cameroun la fixation des délais
d’accomplissement des actes d’instruction est la chasse gardée du législateur (et dans une
moindre mesure de l’autorité réglementaire). Toutefois, l’on serait en décalage avec la réalité,
si l’on manquait de relever le primat de celui-ci sur la fixation des délais en procédure
administrative contentieuse et en particulier dans l’instruction contentieuse. Que ce soit les
matières contentieuses qui nécessitent l’urgence, que ce soit celles qui n’en nécessitent pas, il
est donné, à l’analyse des textes, de voir que dans la plupart des cas, le juge est en retrait en
matière de délai. Le législateur se trouve ainsi au-devant de la scène pour ce qui est des délais
d’exécution des acte d’instruction aussi bien dans les contentieux d’urgence (A), que dans les
contentieux ne nécessitant pas l’urgence (B).
Les matières contentieuses nécessitant une urgence dans leur traitement renvoient
essentiellement aux contentieux accessoires et aux contentieux spéciaux. Ces matières
connaissent une emprise du législateur sur les délais dans l’instruction. Pour s’en rendre
compte, il importe d’examiner les délais relatifs aux contentieux accessoires (1) et ceux
relatifs aux contentieux spéciaux (2).
636
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », op. cit., p. 119.
163
administratif, autant il se montre peu soucieux et laxiste en la matière s’agissant du sursis à
exécution.
Pour ce qui est en premier lieu du référé administratif, la procédure y afférente atteste
que le législateur a la maîtrise des délais dans l’ensemble et particulièrement s’agissant de
l’instruction. Dans les cas d’urgence en effet, le président du tribunal ou le magistrat qu’il
délègue peut, sur requête et si le demandeur justifie de l’introduction d’un recours gracieux,
les parties convoquées et après conclusion du ministère public, ordonner, en référé, toutes les
mesures, sans faire préjudice au principal637. « La notification de la requête est
immédiatement faite au défendeur avec fixation d’un délai de réponse ne pouvant excéder
cinq jours »638. Il est statué sur la requête par ordonnance de référé, l’ordonnance est, dans les
vingt-quatre heures, notifiée aux parties en cause639. L’ordonnance de référé est susceptible
d’appel devant la Chambre administrative de la Cour suprême. Toutefois, elle est exécutoire
par provision640.
Après observation faite, il importe de relever que les délais des actes par lesquels
l’instruction est exécutée sont formellement encadrés. Deux niveaux de remarques permettent
de l’affirmer. La première est que, une fois la requête introduite, l’injonction est
« immédiatement » donnée au juge de la communiquer à la partie défenderesse. Le
législateur, par cet ordre donné au juge, précipite ainsi le cours de la procédure. Dès lors, le
juge ne dispose d’aucune marge pour déterminer le temps de communication de la requête.
Quant à la seconde, elle se rapporte au fait que le délai de réponse Ŕ « ne pouvant excéder
cinq jours » Ŕ accordé au défendeur, est délimité d’avance par le législateur. Le juge n’aurait
donc pas de rôle important si ce n’est de fixer la durée de ce délai dans la fourchette
temporelle prévue par le législateur.
Pour ce qui est en second lieu du sursis à exécution, la procédure y afférente montre
un net changement du législateur en matière de délai d’actes d’instruction par rapport au
référé administratif. De fait, lorsque l’exécution d’un acte administratif est de nature à
causer un préjudice irréparable et que la décision attaquée n’intéresse ni l’ordre public, ni la
sécurité ou la tranquillité publique, le président du tribunal administratif peut, saisi d’une
637
Art. 27 (1), loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
638
Art. 27 (2).
639
Art. 28.
640
Art. 29.
164
requête, après communication à la partie adverse et conclusion du ministère public, ordonner
le sursis à exécution641. Il est statué sur la demande de sursis à exécution par ordonnance642.
L’ordonnance prononçant le sursis à exécution devient caduque si, à l’expiration du délai
prévu pour exercer les recours contentieux, le tribunal n’est pas saisi de la requête
introductive d’instance643. L’ordonnance de sursis à exécution est, dans les vingt-quatre
heures, notifiée aux parties en cause644. L’effet de la décision attaquée est suspendu à compter
du jour de cette notification645.
Compte tenu du fait que l’instruction contradictoire reste simplement présumable dans
les contentieux de l’urgence des droits647, l’examen des délais d’accomplissement des actes y
relevant ne sera pas fait en raison en général de leur indétermination textuelle et
jurisprudentielle. L’analyse est donc limitée à ce niveau aux seuls contentieux spéciaux de
l’urgence en matière électorale.
Il a été relevé plus haut qu’il existe une variété de contentieux électoraux en
contentieux administratif. Ceux-ci sont regroupés en deux classes. La première comprend le
contentieux des élections au sein des Chambres consulaires, la seconde, quant à elle, se
compose du contentieux des élections locales. Si le législateur a entendu fixer les délais pour
ce qui est du contentieux des élections locales, il en a laissé le soin au pouvoir réglementaire
641
Art. 30 (2).
642
Art. 30 (3).
643
Art. 30 (4).
644
Art. 31 (1).
645
Art. 37 (2).
646
Ce qui est regardé comme étant une lacune de cette procédure: v. MOMO (B), « Le problème des délais dans
le contentieux administratif camerounais », op. cit., p. 149.
647
V. supra p. 129 et s.
165
en ce qui concerne le contentieux des élections au sein des Chambres consulaires648. Ces
délais sont dans l’un et l’autre contentieux implicitement déterminés.
Une curiosité apparaît à ce niveau, à savoir que si les délais des actes de procédure au
niveau du contentieux du droit de vote et de l’éligibilité renvoient implicitement à ceux
prévus dans le cadre du référé administratif, le contentieux de votation bien que relevant de
celui-ci, a des délais distincts et explicites. Le décret régissant la Chambre de commerce
dispose en effet que « les membres dont l’élection est contestée sont avisées immédiatement
par voie administrative. Ils ont un délai de dix jours pour présenter leur défense »651. Or,
suivant la procédure du référé administratif, « la notification de la requête est
immédiatement faite au défendeur avec fixation d’un délai de réponse ne pouvant excéder
cinq jours »652. Il apparaît ainsi deux régimes distincts de référés. L’un applicable au
contentieux du droit de vote et de l’éligibilité et l’autre au contentieux de votation.
648
En fait, ce dernier a, par l'intermédiaire de l'article 4 de loi n° 2001/016 du 23 juillet 2001, fixant le statut des
Chambres consulaires, confié sa gestion à l'autorité réglementaire.
649
Cf. art. 27 (2), décret n° 2009/250 du 6 août 2009 fixant les conditions d’élection des membres de la Chambre
d’Agriculture, des Pêches, de l’Elevage et des Forêts du Cameroun.
650
Cf. art. 33 (2) et 34 (2), décret n° 2001/381 du 27 novembre 2001 fixant les conditions d'élection des
membres de Chambre de commerce, d'Industrie et des mines et de l'Artisanat au Cameroun.
651
At. 34 (3).
652
Art. 27 (2).
166
et de l’éligibilité sans plus de détails653. En revanche, s’agissant de la votation, elle est on ne
peut plus précise654. Toutefois, les délais d’exécution des actes d’instruction ne sont pas
explicitement déterminés que ce soit pour les élections régionales ou pour les élections
municipales. La loi dispose que la juridiction administrative compétente statue dans un délai
maximum de quarante jours pour lesdites élections655. Le législateur, en fixant cette borne
temporelle, exerce une pression sur le juge qui doit communiquer à temps le dossier à la partie
adverse et lui impartir un délai de réponse. Il participe ainsi de manière implicite à la fixation
des délais aux côtés du juge. Ce qui conforte ainsi son primat en la matière. Le même primat
s’étend aux contentieux ordinaire et fiscal.
B- L’emprise du législateur sur les délais dans les contentieux ordinaire et fiscal
Les contentieux ordinaire et fiscal font l’objet d’un encadrement formel et explicite.
L’examen minutieux des délais d’accomplissement des actes d’instruction y relevant révèle le
rôle prépondérant du législateur en la matière. L’exégèse des textes tend à le démontrer. Pour
ce faire, à l’examen des délais en « instance initiale » (1), succédera l’analyse des délais en
« instance dérivée » (2).
Pour ce qui est du contentieux ordinaire, lorsque la requête a été déclarée recevable par
le juge, celui-ci en ordonne la communication au défendeur dans le cadre de l’ordonnance de
soit-communiqué. Un délai de trente jours, fixé dans ladite ordonnance, lui est imparti par les
textes pour déposer son mémoire en défense658. Ce délai court du lendemain de la notification
653
V. en ce sens l'art. 189 (1) (pour les municipales); et les art. 259 (1) et 260 (1) (pour régionales) de la loi
portant Code électoral.
654
V. art. 194 et s. pour les municipales et 267 et s. pour les régionales.
655
Cf. art. 194 (4) (pour le contentieux des élections municipales) et art. 267 (3) (pour les régionales).
656
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 769.
657
Décret n°2012/119 du 15 mars 2012 portant ouverture de Tribunaux Administratifs.
658
Art. 38 (1), loi n° 2016/022 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
167
de cette ordonnance659. Une mise en demeure d’avoir à s’exécuter dans un délai
supplémentaire de trente jours est accordée, lorsque plusieurs défendeurs sont mis en cause et
qu’ils n’ont pas tous présenté de défense660. Le demandeur dispose, après notification du
mémoire en défense, d’un délai de quinze jours pour en faire des observations écrites dans le
cadre d’un mémoire en réplique auquel le défendeur peut répondre dans un mémoire en
duplique dans le même délai661.
Par ailleurs, le rapporteur peut, par simple lettre notifiée aux parties, les mettre en
demeure de fournir dans un délai de quinze jours à compter du lendemain de la notification,
toutes les explications écrites ou tous documents dont la production lui paraît nécessaire pour
la solution du litige. Ces délais sont notifiés aux parties, qui ont le même délai pour les
discuter662.
A l’analyse, le constat peut être établi que, au niveau de l’instance initiale, c’est le
législateur Ŕ et en conséquence les textes Ŕ qui fixe les délais d’accomplissement des actes de
procédure relatifs à l’instruction. Le législateur apparaît pratiquement à tous les niveaux dans
la détermination desdits délais. Son interventionnisme en la matière se poursuit au niveau de
l’instance dérivée.
659
Art. 38 (2).
660
Art. 38 (3).
661
Art. 40 (1).
662
Art. 42.
663
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 50.
664
Art. 133, loi n°2002/03 du 19 avril 2002, portant Code Général des Impôts de la République du Cameroun.
168
2- Les délais relatifs à l’ « instance dérivée »
L’« instance dérivée » est celle qui « peut renaître, ou se prolonger (…), en
conséquence de l’exercice contre le jugement rendu (en premier ou en premier et dernier
ressort) d’une voie de recours, portée devant la juridiction même dont ce jugement émane
ou, plus souvent, devant une juridiction supérieure »665. Dans le premier cas, l’on parle de
voie de rétractation et dans le second de voie de réformation. Les voies de rétractation
(opposition, tierce opposition, révision, rectification d’erreur matérielle) portent sur la
contestation de décisions pour lesquelles le débat contradictoire a été ou inexistant (jugements
par défaut, ordonnances sur requête, injonctions, contraintes) ou partiel (telle personne n’a pas
été mise en la cause où elle pouvait avoir intérêt)666. Elles n’emportent pas dessaisissement du
juge667. Les voies de réformation (appel et cassation) sont celles dont le débat qui s’est
déroulé devant la juridiction inférieure est repris, éventuellement dans son intégralité, mais
parfois uniquement sur telle partie où il est estimé qu’il y a erreur668.
Seul l’examen des voies de réformation retiendra l’attention. Il y a une raison à cela.
Au contraire des voie de rétractation qui font appel, en général, aux mêmes règles de délai
d’instruction applicables à l’instance initiale, les voies de réformation sont portées vers
d’autres règles de délai, celles applicables en matière d’appel et de cassation.
665
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 769.
666
LABBEE (P), Institutions juridictionnelles, op. cit., p. 112.
667
Loc. cit.
668
Loc. cit.
669
Art. L. 140 de la loi portant Code Général des Impôts (Livre des procédures fiscales).
169
Quoi qu’il en soit, les délais d’exécution des actes de procédure relatifs à l’instruction
diffèrent selon que la Chambre administrative statue en appel ou en cassation.
En appel, les pourvois sont formés dans un délai de quinze jours. Le demandeur doit,
dans les quinze jours suivant sa déclaration, déposer son mémoire. Dès réception du mémoire,
le greffier en chef a cinq jours pour transmettre un exemplaire au procureur général près la
Cour Suprême670. Après enregistrement, il transmet le dossier au président. Un délai
supplémentaire de 15 jours peut être accordé au demandeur s’il ne s’est pas conformé au
premier délai de 15 jours à lui attribué ou si son recours n’est pas en règle671. Une fois le
recours régularisé, le président de la Chambre en ordonne communication au défendeur. Cette
communication est assurée par le greffier en chef dans les trois jours de l’ordonnance 672. Une
fois informé, le défendeur a 15 jours pour déposer son mémoire en défense673. Le demandeur
peut déposer un mémoire en réplique dans un délai de 15 jours auquel le défendeur peut
répondre dans le même délai674.
En cassation, sauf dispositions contraires, les pourvois sont formés dans un délai de
quinze jours à compter du lendemain de la notification de la décision de la juridiction
inférieure675. Dès enregistrement du pourvoi, le demandeur est notifié qu’il a trente jours soit
pour communiquer le nom de l’avocat qu’il s’est constitué, soit adresser au greffier une
demande d’assistance judiciaire676.
Dans les trente jours de la réception de l’acte de pourvoi, le demandeur dépose contre
récépissé, un mémoire au Greffe de la Chambre Administrative677. Le président de la section
en ordonne au greffier la communication au défendeur. Celui-ci dispose d’un délai de trente
jours pour déposer son mémoire678. Lorsqu’il y a plusieurs demandeurs et qu’ils n’ont pas
tous présenté de défense, le greffier leur adresse une mise en demeure d’avoir à s’excuser
dans un délai de trente jours s’ils habitent le Cameroun et soixante jours dans les autres cas.
670
Art. 77 (2) de la loi n° 2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation et le fonctionnement de la Cour
Suprême.
671
Art. 78.
672
Art. 80.
673
Art. 81 (1).
674
Art. 81 (2).
675
Art. 89.
676
Art. 90 (4).
677
Art. 91(1).
678
Art. 99 (1).
170
La transmission d’un exemplaire du dossier est faite par le greffier en chef au procureur
général dans les cinq jours dès la réception du mémoire679. Le mémoire en défense est notifié
sans délai au greffier en chef de la Chambre. Chacune des parties dispose d’un délai de quinze
jours pour produire des mémoires en réponse ou en réplique680.
Au bénéfice de ce qui précède, il apparaît que le législateur a une emprise globale sur
les délais d’accomplissement des actes d’instruction en instance, en appel et en cassation.
Cette emprise s’étend à la fixation des sanctions de l’inobservation desdits délais.
Généralement, lorsque le délai prévu pour produire un mémoire, une pièce, a expiré,
une sanction est infligée à la partie défaillante.
679
Art. 98 (1).
680
Art. 99 (2).
681
Art. R. 612-3.
682
Les effets contraignants de ces mises en demeure viennent d’être récemment renforcés par le décret n°2010-
164 du 22 février 2010 relatif aux compétences et au fonctionnement des juridictions administratives. En effet, il
résulte désormais de l’article R. 613-2 du Code de justice administrative que lorsqu'une partie appelée à produire
un mémoire n'a pas respecté, depuis plus d'un mois, le délai qui lui a été assigné par la mise en demeure,
l'instruction peut être close à la date d'émission de l'avis d'audience. Cela signifie donc qu’il ne sera plus possible
de produire de mémoire lorsque la partie défaillante recevra l’avis d’audience. L'acquiescement aux faits vient
ainsi sanctionner une négligence de l'administration à engager un dialogue avec le requérant. Si la procédure
n'est pas satisfaisante au regard de l'exigence de la contradiction, elle offre néanmoins à la juridiction la
possibilité de statuer sur le litige en tenant pour acquis les faits invoqués par le requérant.
171
d’adresser aux parties des mises en demeure, dont dispose le juge, permet d’assortir la
fixation des délais d’une sanction plus directe »683.
En clair, les mémoires déposés hors délai font l’objet d’une prescription législative, en
l’occurrence la déchéance (A), et de cette dernière découlent d’importantes implications (B).
A- La prescription de la déchéance
La garantie d’une procédure contradictoire exige des parties une discipline dans le
respect du calendrier de l’instruction. Dès le début de cette phase d’instruction, les règles de
procédure donnent à la juridiction la possibilité d’encadrer la discussion contentieuse afin de
mettre au jour l’ensemble des aspects du litige. Pour éviter les manœuvres dilatoires des
parties, les délais, rarement laissés à la discrétion du juge, ont été fixés par voie législative
ainsi que la sanction dont ils sont assortis. Ces délais ont un caractère impératif, parce que
sanctionnés par la déchéance, en cas de leur inobservation. Il convient toutefois de relever
qu’initialement aucune sanction n’était en principe prévue en cas de retard accusé par les
parties dans le dépôt de leurs mémoires (1). C’est à partir de 2006, date d’entrée en vigueur de
la loi actuelle régissant les tribunaux administratifs, que la sanction relative à la déchéance a
été fixée (2).
Avant 2006, la partie qui s’abstenait de produire son mémoire dans le délai qui lui était
imparti n’encourait en principe aucune sanction. Cela est dû au mutisme des textes de cette
période. Ils se contentent tout simplement de relever les délais dans lesquels doivent être
déposés les mémoires des parties684. Ce silence a eu pour conséquence le libéralisme du juge
dans la fixation des délais. Le juge administratif a fait montre d’un grand libéralisme dans
683
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, op. cip, p. 364.
684
ENGOUTOU (JL), La Cour fédérale de justice et le droit administratif camerounais, op. cit., 2010, p. 173.
172
l’application des délais légaux685. De ce fait, il se trouvait au plus fort de sa liberté
d’appréciation en matière de délai.
En effet, confronté à des cas de retard accusé par les parties dans le dépôt de leurs
mémoires, le juge administratif a fait le choix de la flexibilité686. Le Conseil du contentieux
administratif a montré la voie dans l’affaire MBONGUE Jean Adalbert687. Il déclare que :
« Les délais laissés aux parties pour fournir des mémoires ne sont pas impératifs et
qu’un mémoire peut toujours être produit tant que l’affaire n’est pas jugée surtout s’il ne
fait que reprendre et développer des conclusions précédemment déposés (…) ».
La Cour fédérale de justice s’inscrira dans la continuité de cette décision dans les
affaires EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane et FOUDA MBALLA Maurice. Elle
affirme dans la première affaire que :
« Considérant (…) que l’Etat avait (…) jusqu’au mois de juillet 1966, pour
présenter sa défense ; qu’il ne le fait que le 14 décembre 1966 ; que son mémoire est tardif ;
cependant, le délai dans lequel doit être déposé le mémoire en défense n’est assorti par la
loi d’aucune sanction ; qu’en conséquence la Cour ne peut déclarer irrecevable le mémoire
de l’Etat »688.
« Le texte qui prévoit les délais de dépôt des mémoires en défense ou en réplique
n’édicte aucune sanction dans le cas d’inobservation de cette formalité ; en plus des droits
de la défense ont été respectés puisque ledit mémoire a été notifié au demandeur qui a eu le
temps d’y répondre que cet incident est en conséquence sans intérêt »689.
685
ATEBA EYONG (AR), Le juge administratif et la création du droit…, op. cit., p. 430.
686
Loc. cit.
687
CCA, arrêt n° 655, 25 octobre 1957, MBONGUE Jean Adalbert c/ Etat du Cameroun.
688
CFJ/SCAY, arrêt n°42, 30 avril 1968, EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane c/ Etat du Cameroun.
689
CFJ/CAY, arrêt n° 160, 8 juin 1971, FOUDA MABALLA Maurice c/ Etat fédéral du Cameroun oriental.
690
CS/CA, jugement n°38, 26 mai 1977, ELOUNDOU ESSOMBA Charles c/ Etat du Cameroun.
173
« Considérant qu’il résulte des pièces versées au dossier que d’une part, le requérant
lui-même qui invoque la forclusion de l’Etat, a déposé son mémoire ampliatif le 1 er avril
1976 après avoir formé sa déclaration de recours le 15 janvier 1975, ce mémoire devait être
déposé dans les 45 jours de la déclaration de pourvoi conformément à l’article 21 de
l’ordonnance n°72/06 du 26 août 1972 fixant l’organisation de la Cour Suprême ; que le
représentant de l’Etat, après plusieurs lettres de rappel a également déposé le 27 septembre
1976, un mémoire en défense tardif, compte tenu du délai imparti dans l’ordonnance de
soit communiqué ;
Cette position semble trouver un écho favorable chez certains auteurs à l’instar de
Monsieur Jean Luc ENGOUTOU qui pense que « cette solution doit être approuvée. Il
serait en effet aberrant à ce stade, d’interrompre la procédure pour une question de non-
respect des délais. La jurisprudence semble désormais paisible sur ce point »691. Mais, il va
de soi qu’une telle position, poussée à l’excès, paraît légitimer les manœuvres dilatoires des
parties. Ce libéralisme devait donc être limité et c’est le juge lui-même, par le recours à la
mise en demeure, qui a entendu le faire692. La durée de l’instance n’étant pas extensible à
l’infini, le juge pouvait arriver à mettre en demeure la partie défaillante de produire son
mémoire dans un délai par lui fixé sous peine de forclusion. Le mémoire produit en pareilles
circonstances étant purement et simplement écarté des débats693. Telle est bien la solution
adoptée par lui dans l’affaire Peter AWAH NGWA694. Il déclare en substance que :
691
ENGOUTOU (JL), La Cour fédérale de justice et le droit administratif camerounais, op. cit., p. 176.
692
V. par exemple : CS/CA, jugement n° 71 du 13 mai 1973 BENE B'ELLA Lambert c/ Etat du Cameroun.
693
ATEBA EYONG (AR), Le juge administratif et la création du droit…, op. cit., p. 431.
694
CS/APA, arrêt n° 19/A du 24 mars 1983, Peter AWAH NGWAH c/ Etat du Cameroun.
174
courant du 4 décembre 1980, date de la réception au ministère compétent de la mise en
demeure servie à l’effet de déposer le mémoire en défense ;
Que ledit mémoire en défense est tardif et doit être écarté des débats ».
Quelques années plus tard, le juge administratif s’est montré, dans l’affaire Etat du
Cameroun c/ Société Renault-Cameroun696, encore plus rigide en matière de délai. Il a déclaré
forclos le mémoire déposé hors délai du défendeur sans même lui adresser de mise en
demeure. Tout cela était sans doute prémonitoire d’une remise en cause par le législateur de
sa jurisprudence toute en « largesse »697 en la matière.
Pour ce qui est de la relation déchéance/forclusion, il convient de noter que les deux
notions désignent la même chose. « Déchéance et forclusion » s’entendent d’un délai prévu
« pour entamer une instance, accomplir un acte, exercer un recours, son expiration
entraîne le plus souvent, pour la partie, une forclusion, c’est-à-dire la déchéance de la
faculté d’agir, de former un recours »698. Pour le dire autrement, la déchéance, tout comme
la forclusion, signifie la perte du droit d’agir qui frappe celui qui ne fait pas les diligences
nécessaires dans le délai requis699. Mais encore, la forclusion est la déchéance d’un droit non
exercé dans le délai prescrit700. Il s’agit dans l’un et l’autre cas, d’une sanction consécutive à
une mauvaise computation des délais701.
695
CS/CA, jugement n° 96 du 7 août 1986, Pr. NDJOCK Edward c/ Université de Yaoundé.
696
CS/AP, arrêt n ° 9/A, 26 décembre 1996, Etat du Cameroun c/ Société Renault-Cameroun.
697
ATEBA EYONG (AR), Le juge administratif et la création du droit…, op. cit., p. 431.
698
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 288.
699
CORNU (G), Vocabulaire juridique, op. cit., p. 297.
700
KEUTCHA TCHAPNGA (C), Précis de contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 171.
701
GUESSELE ISSEME (LP), L’apport de la Cour Suprême au droit administratif camerounais, op. cit., p.
339.
175
Pourtant, malgré cette ressemblance, des auteurs trouvent des spécificités à chacune de
ces notions. La forclusion s’apprécierait au moment de l’introduction du recours en instance
tandis que la déchéance se constaterait après expiration des délais impartis pour la production
des mémoires702. Si elle a le mérite de proposer une distinction fluide de ces deux notions,
cette position ne trouve pas d’appui jurisprudentiel. Bien au contraire, le juge n’en tiendrait
aucunement compte. Illustration peut en être faite dans l’affaire Etat du Cameroun c/ Société
Renault-Cameroun703 où le juge préfère le terme forclusion à celui de déchéance alors qu’il
s’agit d’un cas de dépôt tardif du mémoire en défense.
En revanche, plus aisée et nette est la distinction entre ces deux notions et la
prescription. Le juge administratif camerounais a eu à établir cette distinction dans l’espèce
TEGUIA Gabriel704. Dans cette affaire, le juge, tout en distinguant la forclusion de la
prescription, opère un rapprochement entre celle-ci et la déchéance. Il expose en substance
que :
« Considérant que la forclusion, qui est la perte de la faculté de faire valoir un droit
par suite de l’expiration d’un délai, est différente de la prescription qui a pour fonction
d’éteindre un droit qui n’a pas été exercé avant l’achèvement du délai ;
Qu’il s’agit d’un acte, distinct de l’exercice du droit, qui ne peut être utilement
accompli qu’au cours d’un délai (…) ».
702
OND OND (PA), La communication des mémoires dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p.
130.
703
CS/AP, arrêt n ° 9/A, 26 décembre 1996, Etat du Cameroun c/ Société Renault-Cameroun.
704
CS/AP, arrêt n° 10, 24 mars 1983, Etat du Cameroun, TEGUIA Gabriel c/ TEGUIA Gabriel et Etat du
Cameroun.
176
ses prétentions et arguments705. Cette loi énonce clairement que les délais « sont prescrits
sous peine de déchéance (…) »706. De cette prescription législative, le juge administratif perd
sa liberté d’appréciation en matière de délai.
Cette prescription fait désormais l’objet d’une application constante bien que le terme
forclusion soit parfois préféré à celui de déchéance707, et surtout elle a de sérieuses
implications.
La déchéance révèle le caractère d’ordre public de la règle du délai. Elle est une
sanction, et en tant que telle, elle produit des effets. Ces effets se manifestent d’une part, sur la
procédure (1) et d’autre part, sur l’issue du lige (2)
705
Relevons cependant que la déchéance pour non production du mémoire n'est pas tout à fait une sanction qui
date de 2006. Elle était déjà prévue dans le décret de 1964 relatif au fonctionnement de la Cour fédérale de
justice (Décret n° 64/DF/218 du 19 juin 1964). Mais à la différence de la déchéance consacrée en 2006, qui
intéresse non seulement le premier mémoire du demandeur (introductif d'instance et ampliatif) mais aussi tous
les autres mémoires (en défense, en réplique et en duplique), celle prévue dans le décret de 1964 est limitée au
premier mémoire du demandeur et constitue de ce fait un préalable à l'instruction, bref une condition préalable à
la procédure contentieuse. C'est ce qui ressort des observations de François MBOME (in Grands arrêts de la
jurisprudence administrative du Cameroun, Yaoundé, PAQUES, 1986, pp. 261-264) sur l'affaire NTAH Clovis
c/ Etat du Cameroun (CFJ, arrêt n° 1 du 15 mars 1967). Dans cette affaire, le juge administratif déchoit le
requérant de son recours pour n'avoir pas déposé, dans le délai prescrit par la loi, son mémoire ampliatif (cette
jurisprudence est maintenue dans l'arrêt n°4 du 16 octobre 1968 de la Cour fédérale de justice, MELINGUI
Benoît C/ Etat du Cameroun). Dans ses observations, MBOME relève que « l'intérêt de l'affaire NTAH Clovis
réside dans le rappel des conditions préalables à la procédure contentieuse administrative, et de leur sanction
subséquente ». Ainsi, bien qu'il s'agisse de la sanction du non dépôt du mémoire dans les délais, c'est en réalité
le non respect des conditions préalables à la procédure contentieuse qui est sanctionnée et non les actes
d'instruction comme c'est le cas avec la loi de 2006.
706
Art. 44 de loi n° 2006/022 du 29 décembre fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
707
CS/AP, arrêt N°09/A du 27 mai 2010, KOUOGAN Claude C/ Etat du Cameroun (MINUH) &
NGOUONPEMEU Joseph ; CS/AP, arrêt n°04/A du 27 mai 2010, KENMOE Emmanuel C/ KEMEGNE
DJENOU WAMBA Auguste et Etat du Cameroun (MINDAF).
708
Comme en matière de prescription.
177
qui peut être revendiqué par d’autres voies possibles. Le mémoire déposé hors délai n’est
simplement plus valable, il devient sans effet. Tout se passe alors comme si la partie
concernée n’avait pas produit de mémoire ou n’avait pas comparu709. Lorsque la déchéance
est constatée, le juge administratif peut prononcer une décision par défaut.
Il faut dire, s’agissant des jugements par défaut, qu’ils étaient considérés par le
législateur de 1975 comme des « décisions rendues : a) sans que les défendeurs aient déposé
de mémoire en défense; b) sans que les défenseurs aient reçu notification ou aient été
appelés à prendre connaissance des rapports d’expertise ou des procès-verbaux d’enquête
ou de descente sur les lieux »710. C’est d’ailleurs, le sens donné au jugement par défaut par le
juge administratif dans sa jurisprudence MOUKOKO James Emmanuel711. Le législateur de
2006 quant à lui considère que « les jugements sont rendus par défaut lorsque les parties
n’ont pas déposé les mémoires dans les délais impartis »712. Cette conception du jugement
par défaut se démarque sur plusieurs points de celle de la législation de 1975.
En effet, selon cette dernière, ne pouvait être qualifié de jugement rendu par défaut,
tout jugement sur le déroulement duquel les mémoires étaient déposés même hors délai, mais
avant clôture de l’instruction. Or depuis 2006, il suffit que le mémoire soit produit hors délai
pour que le jugement soit déclaré par défaut. En outre, le législateur a limité le champ des
jugements par défaut en n’y incluant plus le défaut de notification ou d’appel à prendre
connaissance des rapports d’expertise ou des procès-verbaux d’enquête ou de descente sur les
lieux en tant que critères qualificatifs desdits jugements. Quoi qu’il en soit, ces jugements
sont susceptibles d’opposition713. Le juge administratif a eu à rendre plusieurs jugements par
défaut714.
Ces jugements par défaut doivent être distingués des jugements réputés
contradictoires. Il convient de dire que ces derniers sont des jugements pour lesquels ni le
709
OND OND (PA), La communication des mémoires dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p.
131.
710
Art. 114, de la loi n° 75/17 du 8 décembre fixant la procédure devant la Cour suprême statuant en matière
administrative.
711
CFJ/AP, arrêt n° 14, 19 mars 1969, MOUKOKO James Emmanuel c/ Etat du Cameroun Oriental.
712
Art. 109 (1), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
713
Art. 109 (1), loi n° 75/17 fixant la procédure devant la Cour Suprême statuant en matière administrative.
714
V. notamment, CS/CA, jugement n° 32/06/071 du 28 février 2007, NJOOH Michel Pierrot c/ Etat du
Cameroun.
178
demandeur, ni le défendeur ne comparaissent pas, bien que régulièrement convoqués à
l’audience, s’ils ont néanmoins produit leur mémoire715. Autrement dit, il s’agit des jugements
sur le déroulement desquels les parties ont produit leur mémoire sans comparaître à l’audience
bien que régulièrement convoquées716. Les jugements réputés contradictoire se distinguent des
jugements contradictoires qui, non seulement font apparaître que les parties ont produit leur
mémoire, mais en plus, ont comparu ou été représentées à l’audience. Cette distinction est
sans conséquence au niveau de leurs effets, car les deux types de jugement ne sont pas
susceptibles d’opposition.
« Attendu que toutes les parties n’ont pas comparu ni été représentées à l’audience;
Que conformément aux dispositions de l’article 114 (a) de la loi n° 15/17 du 8
décembre 1975 fixant la procédure devant la Cour suprême statuant en matière
administrative, il y a lieu de dire la présente décision par défaut à l’égard de toutes les
parties ».
Il s’agit là d’une interprétation maladroite de l’article 114 (a). Car au sens de cette
disposition, le jugement par défaut n’intervient qu’en l’absence de dépôt du mémoire et non
pour défaut de comparution ou de représentation. Or l’examen de l’affaire montre bien que les
parties ont chacun déposé un mémoire. C’est donc l’hypothèse du jugement réputé
contradictoire qu’il fallait retenir. Il s’agit vraisemblablement là d’une confusion.
Heureusement, quelques années plus tard, le juge administratif va, dans ce qu’il
convient de considérer comme une séance de rattrapage, lever l’équivoque entre les jugements
par défaut et les jugements réputés contradictoires. Dans l’affaire Etat du Cameroun c/
715
CFJ/SCAY, arrêt n° 35, 30 avril 1968, EBO Samson c/ Etat du Cameroun Oriental, in Recueil JACQUOT
1968, 1ère partie, p. 14.
716
Art. 54 (2), loi n° 2006/022 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
717
CS/CA, jugement n° 87/-82/83 du 30 juin 1983, ONAMBELE Germain c/ Etat du Cameroun, in BILONG (S)
Mémento de la Jurisprudence Administrative du Cameroun, Dschang, PUD, 1e éd., 2014, pp. 369-376.
179
TCHALEU WOUAKO Gabriel718, le juge d’appel infirme la position du juge inférieur Ŕ sans
doute inspirée par la jurisprudence ONAMBELE Germain sus évoquée Ŕ qualifiant sa décision
de jugement par défaut alors même que la partie défenderesse avait produit son mémoire bien
que n’ayant pas comparu, ni été représentée, tout comme la partie demanderesse. Il énonce
alors dans une sorte de litanie que :
Considérant qu’il ressort une fois de plus du dossier que l’Etat, pris en la personne
du Ministre de la Fonction publique, a été régulièrement convoqué devant la Chambre
administrative, tout comme TCHALEU WOUAKO ;
Considérant qu’il suit des articles 24 alinéa 2 et 114 susvisés que c’est à tort que les
juges ont qualifié leur décision de jugement par défaut ;
Que ledit jugement est contradictoire à l’égard de toutes les parties (…) ».
Il ressort clairement de ces propos du juge que si les mémoires ont été déposés alors
même que les parties, régulièrement convoquées, n’ont pas comparu ou été représentées à
l’audience, le jugement est réputé contradictoire et non rendu par défaut. Il convient de
relever que malgré cette distinction, la jurisprudence tend progressivement à insérer des
décisions mixtes, c’est-à-dire celles qui sont rendues contradictoirement à l’égard d’une
partie, mais par défaut à l’égard de l’autre719.
Au demeurant, en sus des effets sur la procédure, la déchéance peut produire des effets
sur l’issue du litige.
718
CS/AP, arrêt n° 8/A, 26 décembre 1996, Etat du Cameroun c/ TCHALEU WOUAKO Gabriel.
719
CS/CA, jugement n° 64/2011, 23 mars 2011, MBIDA Joseph c/ Etat du Cameroun.
180
2- Les effets sur l’issue du litige : l’acquiescement et le désistement
Il va de soi que tout défaut de production du mémoire dans les délais peut aboutir
d’office à la déchéance de la partie défaillante. Mais il est des cas où, du fait de la déchéance
même simplement déductible ou sous-entendue, le juge conclut soit à l’acquiescement, soit au
désistement de la partie défaillante, mettant ainsi fin au litige précocement sans aboutir à un
jugement par défaut.
Acte juridique unilatéral, « l’acquiescement » est un acte exprès ou tacite par lequel
une partie au procès met fin à l’instance en se soumettant « à la demande » de son adversaire
ou « au jugement » du tribunal720. « L’acquiescement à la demande » est celui, portant sur ce
que réclame l’adversaire, emporte reconnaissance des prétentions de celui-ci et renonciation à
l’action721. « L’acquiescement au jugement » quant à lui, est celui, portant sur ce que le juge
a décidé, emporte soumission aux chefs du jugement et renonciation aux voies de recours,
sauf si postérieurement une autre partie forme régulièrement un recours722. En somme,
l’acquiescement est un « acte juridique unilatéral par lequel le défendeur reconnait le bien-
fondé de la demande formée par son adversaire ou alors se soumet aux chefs du jugement
et renonce aux voies de recours »723. C’est une liberté offerte au défendeur de reconnaître les
prétentions de la partie demanderesse.
Dans son régime724, c’est-à-dire tel qu’il est organisé par les textes, seul
l’acquiescement à la demande est pris en compte. De fait, il est fait soit par acte signé par le
demandeur (ou son avocat, son mandataire) déposé au greffe, soit par déclaration à
l’audience. Il est soumis à l’acceptation de la partie adverse. Le tribunal rend une décision
pour en donner acte.
Il faut relever qu’en cas de non production du mémoire dans les délais, deux cas de
figure retiennent l’attention.
Le premier cas est posé par le Code de justice administrative français. Il survient si,
malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n’a produit aucun mémoire, elle est, alors
720
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, op. cit., p. 17.
721
Loc. cit.
722
Loc. cit.
723
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 331.
724
V. art. 98 et s. de la loi n° 2006/022, op. cit.
181
dans ce cas, réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant725.
Cette solution française semble ne pas emporter l’adhésion du juge administratif camerounais.
Celui-ci préfère écarter ledit mémoire des débats sans conclure à l’acquiescement de la partie
défaillante726. Dans le second cas en revanche, est réputé avoir acquiescé la partie qui, en
appel ne remet pas en cause, dans un mémoire, le jugement rendu en instance initiale. Le juge
administratif camerounais a fait sienne cette solution dans les affaires TASTINDA Maurice727
et FETGO Hilaire728. Dans cette dernière affaire notamment il affirme que :
« Considérant qu’il ressort clairement (…) que les conseils de FETGO Hilaire
n’ont pu formuler aucun grief à l’encontre de la décision de la Chambre administrative ;
Que cette absence de toute critique équivaut à un acquiescement (…) ».
Le désistement quant à lui dévoile une summa divisio binaire. En effet, au désistement
volontaire se distingue le désistement d’office. Lorsqu’il est volontaire, le désistement peut
être d’action730 ou d’instance731. Tout désistement volontaire est présumé être un désistement
d’action732. En tout cas, le juge administratif camerounais accorde sa préférence à ce
dernier733. Il faut préciser que bien qu’il soit le seul à être régi par les textes734, le désistement
725
V. art. R.612-6, Code de justice administrative français.
726
V. en exemple: CS/APA, arrêt n° 19/A du 24 mars 1983, Peter AWAH NGWAH c/ Etat du Cameroun;
CS/CA, jugement n° 96 du 7 août 1986, Pr. NDJOCK Edward c/ Université de Yaoundé.
727
CS/AP, arrêt, n° 8 du 5 novembre 1984, TATSINDA Maurice c/ Etat du Cameroun.
728
CS/AP, arrêt n° 10/A, 15 novembre 1984, FETGO Hilaire c/ Etat du Cameroun.
729
CS/CA, jugement n° 9. 10 et 11/82-83 du 13 janvier 1983, CAMAG c/ Etat du Cameroun; CS/CA, jugement
n° 18/82-83 du 27 janvier 1983, SOCADA c/ Etat du Cameroun.
730
Le désistement d'action, emporte la renonciation, non pas simplement à poursuivre l'instance en cours, mais
aussi au droit même de faire valoir, de nouveau, ultérieurement la prétention soumise au juge (CHAPUS (R),
Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 950).
731
Le désistement d'instance, justifié par l'erreur dans la saisine d'un tribunal incompétent, n'emporte pas
renonciation au droit d'agir en justice (LANG (A), GONDOUIN (G) et INSERGUET - BRISSET (V),
Dictionnaire de droit administratif, op. cit., p. 140).
732
Loc. cit.
733
Ce choix, selon Monsieur Jean-Jacques Christian MEMONO se justifie pour des raisons d'opportunité et
d’efficacité. Ce choix est opportun parce que toute action en justice engagée doit conduire à sa résolution
182
volontaire n’intéresse pas le défaut de production du mémoire dans les délais. Il faut pour cela
se reporter au désistement d’office. Le désistement d’office est la sanction à l’inobservation
des délais impartis au demandeur pour produire des mémoires complémentaires et les pièces
correspondantes735. Autrement dit, « (…) si le demandeur, malgré la mise en demeure qui
lui a été adressée, n’a pas produit le mémoire complémentaire dont il avait expressément
annoncé l’envoi (…) il est réputé s’être désisté »736.
« Les textes qui fixent les délais de dépôt de mémoires au greffe de la chambre
administrative n’édictant aucune sanction dans le cas d’inobservation de cette formalité
(…) qu’il s’ensuit de là que l’incident de forclusion (désistement d’office) des mémoires
s’avère sans intérêt »737.
Le législateur laisse finalement peu de marge au juge de librement fixer les délais
d’accomplissement des actes de procédure et particulièrement d’instruction. Le législateur
détermine ainsi la durée des délais et définit la sanction applicable. L’on peut se réjouir qu’il
ait conscience de l’importance du temps dans la résolution des litiges ; qu’il ait entendu
encadrer les délais pour assurer aux justiciables un dénouement rapide de leurs différends.
définitive par jugement. En d’autres termes, une action ne peut normalement faire l'objet de plusieurs jugements
au sein d’une même juridiction. Les parties ne peuvent vivre dans un état permanent de conflit. L'efficacité de ce
parti pris quant à elle se démontre au regard du grand besoin de fluidité du processus de traitement des affaires
enregistrées. Maintenir le désistement d'instance aboutirait à des doublons. Ce qui alourdirait le circuit,
provoquant de graves erreurs d'appréciation et par conséquent l'allongement sans fin des délais. In Les incidents
de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 390.
734
V. art. 98 et s. de la loi n° 2006/022.
735
LANG (A), GONDOUIN (G) et INSERGUET - BRISSET (V), Dictionnaire de droit administratif, op. cit., p.
140.
736
Art. R.612-5, Code de justice administrative.
737
CS/CA, jugement n°38, 26 mai 1977, ELOUNDOU ESSOMBA Charles c/ Etat du Cameroun.
183
Mais on peut cependant craindre que cette entreprise législative ligote le juge dans son
action. En effet, ce dernier, étant seul habilité à examiner les faits relatifs au litige, est plus à
même de définir le temps nécessaire pour les dépoussiérer en vue de solutionner le litige.
Mais les délais préalablement définis, même dans un souci de célérité, risquent de fortement
compromettre l’efficacité du juge dans la recherche de la vérité. L’on serait ainsi dans une
logique de célérité sans justice efficace ou de qualité. Or, c’est la combinaison de ces deux
impératifs qui permet au juge de faire du temps un élément maîtrisé du procès. Le juge ne doit
donc pas subir le temps du législateur, mais le dominer sans pour autant l’ignorer. C’est ce qui
explique sa tendance à la modulation des délais.
Résoudre les litiges dans le délai imparti est certes un devoir pour le juge, mais
maintenir une justice de qualité en se donnant à soi-même du temps l’est tout autant. Quel que
soit l’interventionnisme législatif sur les délais, il existe un temps incompressible de la mise
en état qui reste déterminé par le juge administratif. Les délais prédéfinis par le législateur
restent imparfaits dans la mesure où ils ne peuvent couvrir le nombre infini de cas de litiges
possibles qui demanderaient dans leur traitement pour certains, plus temps et pour d’autres,
moins de temps.
Par la mise à l’état du dossier, le juge peut réduire les délais ou peut, inversement,
prendre plus de temps. Pour ce faire, il importe d’envisager l’expression de cette modulation
(paragraphe I), puis son incidence sur le caractère raisonnable des délais (paragraphe II).
738
CONNIL (D), L'office du juge administratif et le temps, op. cit., p. 33.
184
délais, si elle doit être suivie, n’exclut pour autant pas le fait que chaque litige a ses
caractéristiques propres. C’est seulement en fonction de celles-ci que la durée des délais doit
normalement être établie et qu’il incombe au juge de le faire.
Dans le cadre de l’instruction contentieuse, les délais législatifs sont davantage des
esquisses à grands traits que de réelles mesures concrètes. Il ne faut dès lors s’étonner que le
législateur octroie formellement au juge de larges pouvoirs en la matière. Les textes régissant
les contentieux ordinaire et fiscal font apparaître que le juge peut opter pour une prorogation
ou une réduction des délais prédéterminés par le législateur (A).
Par ailleurs, le juge peut passer outre l’onction législative pour s’octroyer de réels
pouvoirs dans la fixation des délais. C’est généralement le cas des procédures d’urgence où,
du fait de leur laconisme ambiant, les délais d’instruction contentieuse sont flexibles (B).
739
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 225.
740
ESSO ATEBA (YR), La prorogation des délais de recours contentieux dans le contentieux administratif
camerounais, Mémoire de DEA en Droit public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2008-2009, p. 10.
741
V. en ce sens entre autres, KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, [Link]., pp.
156-158; KEUTCHA TCHAPNGA (C), Précis de contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 171;
OWONA (J), Droit administratif spécial de la République du Cameroun, op. cit., pp. 87-88; ESSO ATEBA (Y
R), La prorogation des délais de recours contentieux dans le contentieux administratif camerounais, op. cit.
185
Les hypothèses de prorogation des délais d’accomplissement des actes d’instruction
peuvent être distinguées en fonction de ce que le juge y dispose d’un pouvoir limité ou d’un
pouvoir étendu. Le pouvoir du juge est limité lorsque, bien que maître de l’opportunité
d’accorder des délais supplémentaires, il ne peut librement les déterminer quant à leur durée.
A contrario, ce pouvoir est étendu lorsqu’il lui est reconnu non seulement d’accorder des
délais supplémentaires, mais aussi de les déterminer librement quant à leur durée.
Les hypothèses de prorogation dans lesquelles le juge dispose d’un pouvoir limité
concernent les cas de sollicitation de l’assistance judiciaire par la partie demanderesse et les
cas où plusieurs défendeurs n’ont pas présenté de défense. Dans le premier cas, il est disposé
que si le requérant ne s’est pas conformé à certaines règles prescrites, « le rapporteur l’invite
(…) à solliciter l’assistance judiciaire dans les quinze jours (…) »742. En accordant ce délai
au requérant pour solliciter l’assistance judiciaire, le juge proroge en réalité le délai de dépôt
de son recours et donc du mémoire introductif. Dans le second cas, il est énoncé que
« lorsqu’il y a plusieurs défendeurs en cause et qu’ils n’ont pas tous présenté de défense, le
rapporteur met les défaillants en demeure d’avoir à s’exécuter dans un délai
supplémentaire de trente jours dans les autres cas, en les informant que, faute de le faire, la
décision à intervenir sera réputée contradictoire »743. Le délai de production du mémoire en
défense étant normalement de trente jours, le juge, d’après cette disposition, garde dans cette
hypothèse, la latitude d’accorder trente jours supplémentaires aux défendeurs n’ayant pas
produit de défense dans les délais. Dans ces deux cas, comme on peut l’observer, le juge a le
pouvoir d’accorder des délais supplémentaires sans pour autant fixer librement leur durée.
Les hypothèses dans lesquelles le juge dispose d’un pouvoir étendu intéressent le cas
de demande d’assistance judiciaire par la partie défenderesse et le cas de demande de dépôt de
leurs mémoires par les parties dans un délai supplémentaire. Dans le premier cas, il est énoncé
que : le délai imparti au défendeur pour produire son mémoire en défense « est prorogé en cas
de demande d’assistance judiciaire »744 sans autre précision. Dans le second cas, il est
précisé que « le rapporteur peut, sur demande justifiée, accorder aux parties un délai
supplémentaire pour le dépôt de leurs mémoires »745. Il faut relever que c’est exactement au
même régime qu’obéit cette hypothèse de prorogation en appel et en cassation. Seulement,
742
Art. 37 (2), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
743
Art. 38 (3).
744
Art. 38 (2).
745
Art. 40 (2).
186
cette prérogative n’est plus reconnue au juge rapporteur, mais plutôt en appel au président de
la Chambre, et en cassation au président de la section de la Chambre compétente746.
La prorogation des délais par le juge lui assure une certaine maîtrise du temps du
procès. Ainsi, lorsque les faits présentent une certaine complexité, il peut accorder aux parties
plus de temps pour produire leurs mémoires voire pièces utiles. Mais lorsque les faits
nécessitent une certaine célérité, il peut, au contraire, réduire les délais.
Pourtant le législateur est clair là-dessus. Il précise en ce sens que devant les tribunaux
administratifs, « dans les affaires qui requièrent célérité, le président peut décider, après
avis du ministère public , que les délais prévus aux articles 17, 18 et 19 seront réduits de
moitié ou de deux tiers »749. Il s’agit en l’occurrence d’une part, des délais relatifs à
l’introduction du recours gracieux. Ils sont de trois mois en cas de recours dirigé contre une
décision administrative, de six mois en cas de demande d’indemnisation et de quatre ans en
cas d’abstention d’une autorité ayant compétence liée. D’autre part, il s’agit du délai relatif à
746
C’est ce qui ressort de l’art. 82 (2) en appel ; et en cassation de l'article 99 (3) de la loi n° 2006/016 du 29
décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour Suprême.
747
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L’appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., pp. 225-
226.
748
BAKY NNA (T), Les pouvoirs inquisitoriaux du juge administratif camerounais, Mémoire de DEA en Droit
Public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2009-2010, p. 53.
749
Art. 41, loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
187
l’introduction des recours contentieux, lesquels doivent intervenir dans les soixante jours à
compter du rejet du recours gracieux.
En appel et en cassation, la réduction porte directement sur les délais accordés aux
parties pour produire leurs mémoires. En appel tout d’abord, il est disposé que:
« (…) Dans les affaires qui requièrent une célérité particulière, le président de la
section peut décider, après avis du procureur général, que ces délais seront réduits de
moitié ou de deux tiers »751.
750
Art. 82 (3), loi n° 2006/016 du 29 décembre fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour Suprême.
751
Art. 99 (3), loi précitée.
752
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 226.
188
d’accomplissement des actes d’instruction sont malléables en conséquence du laconisme
textuel auquel ils font l’objet. De fait, les délais sont, dans la pratique, flexibles et élastiques à
l’instruction contentieuse accessoire (1) et spéciale (2).
Le législateur camerounais n’a pas prescrit au juge administratif de délais pour statuer
en matière de sursis et de référé, lui laissant ainsi la faculté d’apprécier, voire le pouvoir de
déterminer les affaires accessoires urgentes et de statuer dans des délais qu’il estime
raisonnables753. Il se contente de prévoir qu’il est statué « sur la requête par ordonnance de
référé »754 et « sur la demande de sursis à exécution par ordonnance »755. Cette situation a
pour conséquence que les délais subséquents d’accomplissement des actes d’instruction sont,
lorsqu’ils ne sont pas encadrés de manière timorée Ŕ cas du référé administratif Ŕ, laissés à la
discrétion totale du juge Ŕ cas du sursis à exécution. Ce qui favorise leur flexibilité dans la
pratique.
753
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence, op. cit., p. 138.
754
Art. 28, loi n° 2006/022 du 29 décembre fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
755
Art. 30 (3).
756
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence, op. cit., p. 141.
189
après la saisine du juge il y en a qui prescrivaient soit des mesures d’instruction, soit des
mesures conservatoires757.
Eu égard à ce qui précède, l’on peut, de plusieurs choses, penser l’une. Ou bien, le
juge veille scrupuleusement au respect par la partie défenderesse du délai à lui imparti pour
produire sa défense, mais met trop de temps pour statuer ; ou bien, il ne communique pas
immédiatement la requête et se montre peu soucieux du respect par la partie défenderesse du
délai à lui imparti pour produire sa défense, mais statue tout de suite après ; ou bien enfin, il
se montre peu soucieux à la fois du respect du délai de communication et de réponse, et du
temps mis pour statuer. Tout cela témoigne de la flexibilité des délais dans la pratique.
Ainsi, sur ces 185 ordonnances, 18 Ŕ soit 9,72% Ŕ ont été rendues en moins d’un
mois ; 38 entre un et deux mois ; 42 entre deux et trois mois ; 31 entre trois et quatre mois ;
11 entre quatre et cinq mois ; 07 entre cinq et six mois ; 09 entre six et sept mois ; 09 entre
sept et huit mois ; 01 entre huit et neuf mois ; 04 entre neuf et dix mois ; 02 entre onze et
douze mois ; 10 après un an et 02 après deux ans. En somme, 167 ordonnances Ŕ soit 90, 27%
Ŕ ont été rendues après un mois759.
La longueur du temps mis pour prononcer les ordonnances du sursis peut s’expliquer
par une absence dans les textes de toute contrainte temporelle liée à cette procédure. Cela est
de nature à rendre flexible les délais de communication ou de réponse et par conséquent à
757
Loc. cit.
758
Ibid., p. 139.
759
Loc. cit.
190
favoriser un traitement long des demandes de sursis. Cette flexibilité n’est pas étrangère à
l’instruction contentieuse spéciale.
Mais le problème reste le même que dans les procédures accessoires de l’urgence, à
savoir que le juge ne donne pas généralement des indications quant au moment de la
communication ou quant au délai de réponse. Toutefois, au vu de la variation de la longueur
du temps mis en pratique pour statuer, l’on peut en déduire que ces délais sont élastiques et
flexibles ainsi que le démontre globalement sa jurisprudence.
Somme toute, par sa faculté à moduler les délais d’accomplissement des actes
d’instruction, le juge administratif contribue à rendre flexibles lesdits délais, lesquels ne
manquent pas, par ailleurs, d’avoir une incidence sur le délai raisonnable.
760
Cf. Titre Ier, Chapitre II, Section I, Paragraphe II, B.
191
PARAGRAPHE II - L’INCIDENCE DE LA MODULATION SUR LE DELAI
RAISONNABLE
L’office juridictionnel du juge administratif ne saurait être exercé sans délai mais ces
délais ne doivent non plus être excessifs761. Un temps raisonnable doit être retenu et ce temps
raisonnable ne peut pas être le même pour toutes les affaires762. Par référence à la doctrine et à
la jurisprudence ou même aux textes, ce temps raisonnable est vulgarisé sous l’appellation de
« délai raisonnable ». La notion de délai raisonnable est contingente dans sa quintessence et
dans son essence. En effet, Monsieur Benoît DELAUNAY affirme que « c’est un concept à
contenu variable qu’on doit évaluer dans chaque cas d’espèce, mais il a pu être défini
comme le juste temps, celui qui permet au juge d’apprécier l’affaire et d’adopter la
décision, sans retard excessif, afin d’éviter un décalage exagéré entre le temps de la justice
et le temps des justiciables »763. Pour Monsieur Damien CONNIL, la difficulté à définir cette
notion semble provenir de l’épithète « raisonnable », il parle ainsi à son sujet de « délicate
notion »764. En dépit de cela, ce dernier auteur appréhende le délai raisonnable dans des
termes identiques à ceux employés par le précédent765.
C’est par l’approche critériologique que la Cour européenne des droits de l’homme
(CEDH) 766 et la Haute juridiction française appréhendent plutôt le délai raisonnable767.
761
CONNIL (D), L'office du juge administratif et le temps, op. cit., p. 126.
762
Loc. cit.
763
DELAUNAY (B), « L’appréciation du délai raisonnable de jugement », in R.F.D.A. 2009, P. 551.
764
L’auteur renvoie ainsi à l’article de SALMON (JJA) intitulé le « Concept de raisonnable en droit international
public » (in Mél. P. Reuter, éd. Pedone, 1981, p. 447) à partir duquel ce dernier cite plusieurs auteurs pour tenter
de cerner la notion. On y lit que pour TIXIER, la raison en Common Law est plus « la mesure » des grecs que
la « raison » de PASCAL. C’est elle qui conduit au « raisonnable » (…). « L’homme raisonnable est une
personne qui fait preuve d’une certaine mesure dans son comportement ». Selon LEGROS, « raisonnable :
c’est le retour à l’ars aequi et boni, la recherche de la solution juste, acceptable, admissible, emportant
l'adhésion, convaincante, c’est la volonté constante de servir la justice ». Enfin, pour PERELMAN, « alors
que les notions de "raison" et de "rationalité" se rattachent à des critères biens connus de la tradition
philosophique tels que les idées de vérité, cohérence et d’efficacité, le raisonnable et le déraisonnable sont liés
à une marge d’appréciation admissible et à ce qui, excédant les bornes permises paraît socialement
inacceptable ». In CONNIL (D), L'office du juge administratif et le temps, op. cit., pp. 156-157.
765
Ibid., p. 126.
766
La CEDH retient quatre critères. En premier lieu il s’apprécie au regard de la complexité de l’affaire, c’est-à-
dire au regard des faits et au regard des problèmes juridiques soulevés (CEDH, 27 octobre 1994, KLITSHE De
la Grande c/ Italie Req. N°12539/86). Ensuite du comportement du requérant. Une diligence normale est exigée
192
Pourtant souvent évoquée, au Cameroun, la notion de délai raisonnable n’a pas
beaucoup attiré l’attention ni des auteurs, ni du législateur ; car malheureusement, ni la
législation camerounaise, ni la doctrine administrative n’en parlent768. La jurisprudence de son
côté, pas plus que la doctrine et le législateur, ne renseigne pas sur la notion. Toutefois, ce
vide sur la précision de la notion du délai raisonnable ne signifie pas absence ou ignorance de
la notion. En effet, les instruments juridiques nationaux et les instruments juridiques
internationaux ratifiés par le Cameroun font régulièrement pression sur le juge de juger dans
un délai raisonnable769. Le juge ne peut donc pas l’ignorer même s’il lui est globalement
reproché de juger dans un temps « déraisonnable ».
Si l’on convient avec Madame Carole BILOA que le délai raisonnable est « une prise
de décision par le juge dans le temps imparti » et « une prise de décision par le juge dans
un temps acceptable »770, l’on peut s’interroger sur l’incidence qu’aurait son pouvoir de
et seules les manœuvres dilatoires sont sanctionnées (CEDH, 28 février 1993, DOBBERTIN c/ France, Req.
N°13089/87). Le comportement des autorités nationales entre également en ligne de compte dans l’appréciation
de la durée des procédures. L’ensemble des autorités en cause est alors visé, qu’il s’agisse de l’Etat, partie à la
procédure ou des juridictions en charge de trancher le litige. Par conséquent, les Etats ont l’obligation
« d’organiser leurs juridictions de manière à leur permettre de répondre aux exigences de l’article » du
comportement des autorités nationales (CEDH, 6 mai 1981, BUCHHLZ c/ RFA Req. N°7759/77). Enfin, le
dernier critère est celui de l’enjeu du litige pour le requérant mieux, son intérêt à vouloir intenter un recours est
pris en compte. Par exemple si l’espérance de vie de ce dernier est faible, il doit bénéficier d’un délai de
jugement relativement court.
767
Le Conseil d’Etat adopte une grille de lecture similaire dans l'arrêt MAGIERA (CE, Ass., 28 juin 2002,
ministère de la justice c/ M. MAGIERA). Dans cet arrêt, la haute juridiction administrative précise que « le
caractère raisonnable du délai de jugement d’une affaire doit s’apprécier de manière à la fois globale et
concrète ». Le juge poursuit en indiquant que sont pris en compte « la complexité (de l’affaire), les conditions
de déroulement de la procédure et en particulier, le comportement des parties tout au long de celle-ci, mais
aussi dans la mesure où la juridiction saisie a connaissance de tels éléments, l’intérêt qu’il peut y avoir, pour
l’une ou l’autre, compte tenu de sa situation particulière, des circonstances propres au litige et le cas échéant
de sa nature même, à ce qu’il soit tranché rapidement ».
768
BILOA (C), Le délai raisonnable dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun, op. cit., p. 14.
769
Sur le plan national le délai raisonnable est un corollaire du principe constitutionnel selon lequel « la loi
assure à tous les hommes le droit de se faire rendre justice » (préambule de la loi constitution constitutionnelle
n°96/06 du 18 janvier 1996) et sur le plan international, la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples
consacre cette notion en son article 7 (1): « Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue. Ce droit
comprend : (…) le droit d'être jugé dans un délai raisonnable par une juridiction impartiale ».
770
BILOA (C), Le délai raisonnable dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun, op. cit., pp.
23 et 77.
193
modulation des délais sur celui-ci. L’usage de ce pouvoir est-il toujours guidé par la nécessité
de juger dans un temps raisonnable ? Telle est la difficulté qui se pose à ce niveau. Il apparaît
alors que la modulation se pose à la fois comme moyen (A) et entrave (B) à la nécessité de
juger dans un délai raisonnable ou acceptable.
La modulation est une opération qui permet au juge d’adapter le temps à la difficulté
que pose le litige à résoudre. Mais l’on s’accorde généralement à caractériser deux temps qui
paraissent être souvent en franche opposition, mais qu’il faudrait pourtant arriver à concilier :
le temps des parties et le temps du juge. Cela dit, le temps raisonnable s’analysant en un
temps acceptable, la modulation doit être faite pour un temps acceptable par le juge (1) et
pour un temps acceptable par les parties (2).
Le raisonnable du délai est davantage perçu du point de vue des intérêts des parties.
Or, le juge a tout aussi intérêt à juger dans un délai raisonnable pour entretenir la confiance
entre les parties et la juridiction administrative. Le raisonnable du délai pour le juge est
beaucoup plus complexe dans la mesure où il doit concilier deux exigences : juger
rapidement, mais aussi juger efficacement. Ce que l’on doit souligner ici est que l’objectif est
moins d’aller vite, de juger toutes affaires cessantes, que de juger utilement771. Autrement dit,
le juge administratif porte une double attention au temps de son intervention. Ce temps doit
correspondre à une durée « raisonnable ». Le moment de sa décision doit d’autre part être
opportun et utile772.
Or, pour le grand public le délai raisonnable s’apprécie à travers le respect par le juge
du temps imparti par les textes. Pourtant, le délai imparti, s’il est présumé être raisonnable,
771
CHABANOL (D), « Le temps du juge, le temps de l'administration et le temps de la société », op. cit., p. 56.
772
Loc. cit.
773
D’AMBRA (D), L'objet de la fonction juridictionnelle : dire le droit et trancher les litiges, LGDJ, Paris,
1994, p. 257.
194
peut paraître déraisonnable à certains égards. C’est le cas généralement lorsque la complexité
de l’affaire est telle que le délai légal prévu est insuffisant pour la résoudre774. Dans l’affaire
Cameroon Hotel Limited775 par exemple, le juge administratif Camerounais a mis plus de
temps pour juger l’affaire parce que cette dernière avait des éléments de complexité776. Ce
qui justifie le rejet en l’espèce de la requête introduite devant la chambre administrative de la
Cour Suprême en date du 21 décembre 1994. Le sort n’a été connu que le 24 septembre 2008,
c’est-à-dire pratiquement treize (13) ans après la saisine du juge administratif.
La modulation des délais relatifs à l’instruction contentieuse peut aussi être faite pour
un temps acceptable par les parties. Mais le temps des parties est un temps hétéroclite et
antagoniste dans la mesure où le temps qui convient au requérant n’est pas nécessairement
celui qui convient à l’administration défenderesse.
Il faut dire en effet que le requérant est, en général, plus diligent que l’administration
défenderesse. Il exprime mieux que l’administration défenderesse le souhait de voir le litige
se dénouer rapidement, à l’inverse de cette dernière qui tente de gagner toujours plus de
temps. Car, en matière administrative, l’allongement du délai de jugement profite le plus
souvent à l’administration défenderesse. Le caractère exécutoire des décisions administratives
et l’absence d’effet suspensif des recours administratifs et contentieux lui donnent
l’opportunité d’aborder le procès administratif avec la plus grande sérénité. En principe, la
saisine du juge administratif n’emporte par elle-même aucune conséquence sur la décision
attaquée ou l’engagement de la responsabilité publique recherchée777.
774
C'est le cas généralement des conflits liés à l'urbanisme ou à la protection de l'environnement qui justifient et
nécessitent une procédure plus longue.
775
CS/CA, jugement n°119/2008 du 24 septembre 2008, affaire Cameroon hotel limited c/ Etat du Cameroun.
776
Le décès de l’ancien président du conseil d’administration de la société, qui avait intenté le recours,
constituait l’un des critères de complexité qui a été pris en compte dans cette affaire.
777
CIAUDO (A), « La maîtrise du temps en droit processuel », op. cit., p. 26.
195
Le juge doit alors, dans la mesure de ce qui est faisable, trancher entre ces deux temps
antagonistes. Il peut le faire en procédant à la modulation des délais dans un sens tendant à la
réduction des délais ou dans un sens tendant à leur prorogation. Lorsqu’il choisit de proroger,
le temps est nécessairement plus long. Or un temps long peut être soit acceptable, soit
inacceptable. Il devient acceptable lorsque le justiciable rentre finalement dans ses droits, en
dépit d’une durée plus ou moins longue de l’instance pour des raisons compréhensibles. A
contrario, il devient inacceptable lorsque l’écoulement du temps préjudicie aux droits ou
intérêts du justiciable, si bien que, même quand le jugement lui est favorable, cela reste sans
effet sur la sauvegarde de ses droits et intérêts.
Lorsqu’il choisit en revanche de réduire les délais, deux conséquences sont possibles,
soit il précipite l’instance et rend une justice expéditive quitte à mal juger l’affaire, soit il
accélère l’instance lorsque les circonstances le justifient et permet ainsi au justiciable de
rentrer dans ses droits. En ce sens, le juge administratif camerounais Ŕ il est peu fréquent pour
le souligner Ŕ a permis à un justiciable de rentrer dans ses droits en accélérant la procédure. Il
s’agit en l’occurrence de l’affaire MAMA BILOA Sandrine778, rendue en matière de sursis à
exécution, la chambre administrative, après avoir souligné l’urgence et l’importance de la
matière, a pris en compte les conséquences sur l’avenir de la requérante.
En l’espèce en effet, MAMA BILOA est accusée d’être une étudiante titulaire d’un
faux baccalauréat Tchadien et le recteur a pris une décision portant annulation de
l’inscription. La requérante a alors saisi directement le président de la chambre à fin
d’urgence contentieuse. Toutefois, le juge n’a pas tenu compte du délai de défense imparti à la
partie adverse. Le commandement du sursis à exécution au détriment de la puissance publique
a été considéré. Le juge déclare en substance que:
« Attendu que cette demande de sursis introduite conformément aux dispositions des
articles 16 et suivant de la loi n°75/17 du 8 décembre 1975 fixant la procédure devant la
cour suprême statuant en matière administrative, est recevable en la forme ;
778
CS/CA du 7 décembre 2000 MAMA BILOA Sandrine c/ Université de Ngaoundéré.
196
Qu’il échait de faire droit à sa demande ».
La modulation du temps n’est pas toujours faite dans le but de juger dans un délai
raisonnable. Elle peut bien au contraire contribuer à juger dans un temps peu ou prou long.
C’est généralement le cas lorsque celle-ci est l’émanation d’un certain nombre de facteurs
explicatifs de la lenteur excessive du juge. En effet, le juge est souvent bien obligé de moduler
les délais pour faire face à certaines insuffisances. Il s’agit en l’occurrence d’une part, de
l’insuffisance des moyens humains et financiers (1) et d’autre part, de l’insuffisance des
moyens matériels, structurels et procéduriers (2).
Les moyens humains et financiers peuvent conduire le juge administratif à moduler les
délais d’exécution des actes d’instruction et de méconnaître ainsi le délai raisonnable, c’est-à-
dire le temps qui lui est normalement imparti pour statuer ou encore le temps acceptable de
jugement.
Pour ce qui est de la teneur de l’insuffisance de ces moyens, il importe de noter que,
sur le plan des ressources humaines, il y a le problème de la non-spécialisation des magistrats
en charge du contentieux administratif. Ils proviennent tous des juridictions de l’ordre
judiciaire. Il y a ensuite, le problème de leur effectif et de leur disponibilité ; juges
polyvalents, ils sont également sollicités pour le règlement des contentieux judiciaires. Il faut
ajouter à cela le fait que certains assesseurs de la Chambre administrative sont souvent mutés
197
pendant l’année judiciaire dans d’autres juridictions779. Il y a enfin le problème lié aux
comportements empreints de laxisme habituel des fonctionnaires africains780.
En ce qui concerne le personnel non magistrat, il faut dire que l’effectif qui intervient
dans le contentieux administratif est très faible ; il faut ajouter à cela la faiblesse de leur
rémunération781.
Sur le plan financier, les crédits ne sont pas toujours mobilisés à temps pour le bon
fonctionnement des juridictions administratives.
Sur le plan matériel, il est à noter que le matériel technique de bureau reste largement
insuffisant et obsolète. C’est le cas du matériel technique tels que les ordinateurs et autres.
Non seulement certains sont anciens, mais en plus, d’autres fonctionnent avec des anomalies
cybernétiques dues à un défaut de maintenance et d’entretien. Papier et carbone font le plus
souvent défaut. Les autres fournitures indispensables au bon fonctionnement d’une juridiction
font également défaut. Il en est ainsi des imprimés et des chemises cartonnées. Celles-ci sont
donc exigées aux requérants lors du dépôt de leurs dossiers782.
779
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 25.
780
DEGNI SEGUI (R), « L’accès à la justice et ses obstacles », in L’effectivité des droits fondamentaux dans les
pays de la communauté francophone, Actes du Colloque de Maurice, 29 septembre Ŕ 1er octobre 1993,
AUPELF-UREF, 1994, p. 245.
781
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 26.
782
Loc. cit.
198
Sur le plan structurel, la centralisation de la justice administrative783 naguère dénoncée
n’a pas totalement disparu bien que considérablement réduite. Il faudrait relever le nombre
limité des juridictions administratives. Alors que dans certains pays africains, il existe un
tribunal administratif par département784 au Cameroun, il en existe un par région. Cela n’est
pas sans poser de problème dans la gestion des dossiers. Par ailleurs, les bureaux sont
insuffisants et exigus, par conséquent peu propices à faciliter le travail des agents qui les
occupent.
Ces facteurs conduisent le juge sur le plan procédural, à moduler les délais. Ce qui
implique une « complexité récurrente de l’instruction des recours » et une « extension
récurrente de la phase du jugement »785. Tout ceci se traduit concrètement par un certain
nombre de faits, il s’agit entre autres : des retards dans la transmission des dossiers à instruire
du greffe au magistrat-rapporteur ; des retards dans la transmission de son rapport par le
rapporteur ; des délais qui, dans la plupart des affaires à instruire, ne sont pas toujours
respectés ; de l’application des procédures de sursis à exécution et référé administratif pendant
l’instruction qui ne tient pas toujours compte de leur caractère urgent.
Face à de telles insuffisances, le juge est bien souvent obligé de moduler les délais.
Cela a pour conséquence l’allongement des délais. Mais généralement dans un tel contexte, la
modulation constitue une entrave à la nécessité de juger dans un délai raisonnable.
783
Sur les inconvénients de cette centralisation et les aménagements possibles de la justice administrative pour
une meilleure protection des droits des justiciables, lire Anicet ABANDA ATANGANA, « A la recherche d’un
cadre juridique approprié pour une meilleure protection des droits des administrés au Cameroun », PENANT, n°
818, 1995, pp. 133-155.
784
Cas du Gabon.
785
GUIMDO DONGMO (B-R), « Le droit d’accès à la justice administrative au Cameroun… », op. cit., pp. 496-
497.
199
C ONCLUSION DU CHAPITRE
200
C HAPITRE II : LA DELIMITATION DE L’INSTRUCTION
DANS LE TEMPS
201
Dire que le juge administratif « est maître de son instruction »786, c’est lui reconnaître
la maîtrise du temps de l’instruction. Cette maîtrise de la temporalité de l’instruction pose, en
plus de la question de la maîtrise des délais d’accomplissement des actes d’instruction, le
problème de la délimitation de l’instruction dans le temps.
Ce pouvoir lui est conféré à la fois pour s’assurer de prendre un temps nécessaire pour
instruire le dossier, mais aussi pour faire face aux manœuvres dilatoires des parties. La
question de la clôture de l’instruction répond à la nécessité de ne pas laisser s’éterniser un
débat sans utilité entre les parties.
786
DAEL (S), Contentieux administratif, Paris, PUF, 2ème éd., 2008, p. 147.
787
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 452.
788
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge administratif »,
op. cit., p. 73.
202
moment à partir duquel l’affaire est regardée comme étant en état d’être jugée. Car ni la
doctrine, ni les textes et la jurisprudence ne permettent pas toujours d’y voir clair.
La doctrine tout d’abord s’y est peu intéressée. Elle a souvent eu à reconnaître que le
juge administratif clôture l’instruction, mais sans véritablement se passionner sur la
détermination du moment exact de cette clôture et sur les mécanismes ou techniques par
lesquels celle-ci survient. Les quelques auteurs qui s’y sont intéressés Ŕ l’occasion sera
donnée de le voir Ŕ ne sont pas toujours parvenus à des résultats satisfaisants.
Ces difficultés pourtant évidentes ne présagent pas de l’inexistence des modalités par
lesquelles le juge administratif camerounais clôt son instruction (Section I), ni des effets
attachés à cette clôture (Section II).
Choisir de poser un regard liminaire sur les contentieux extérieurs, c’est-à-dire de droit
privé (A) et de contentieux administratif de droit comparé (B) en ce qui concerne la clôture de
l’instruction n’est pas anodin. En effet le contentieux administratif camerounais peut parfois
être mieux compris à partir des considérations relevant des contentieux de droit privé ou du
contentieux administratif de droit comparé. Par ailleurs, cela permet de mieux cerner le
particularisme de la procédure administrative contentieuse en la matière. Car si la clôture de
203
l’instruction existe dans tous les contentieux, elle ne revêt pas la même portée789 ni la même
importance790 ici et là. Une introspection analytique de ces contentieux s’avère être utile pour
comprendre les lignes de démarcation du contentieux administratif camerounais en la matière.
Le régime de clôture de l’instruction n’est pas le même selon que l’on se situe dans le
cadre du contentieux répressif Ŕ en matière pénale en l’occurrence Ŕ ou dans le cadre du
contentieux non répressif Ŕ en matière civile notamment. Il y a une raison à cela. Ces deux
contentieux de droit privé obéissent à des modèles d’instruction différents. Le contentieux
répressif, concrètement, la procédure pénale, fait partie du modèle de l’instruction autonome,
alors que le contentieux non répressif, précisément la procédure civile, appartient au modèle
de l’instruction intégrée791. Ces deux modèles ont chacun leurs caractéristiques propres. Cela
dit, il importe d’examiner le régime de clôture de l’instruction dans le modèle de l’instruction
autonome qu’est la procédure pénale d’une part, (1) et dans le modèle de l’instruction intégrée
qu’est la procédure civile d’autre part (2).
1- En procédure pénale
Dès qu’il estime que l’information judiciaire est achevée, celui-ci communique le
dossier au procureur de la République pour son « réquisitoire définitif »792. Le dossier,
accompagné du réquisitoire définitif est, dans les cinq jours de sa réception retourné au
cabinet d’instruction par le procureur de la République793. Le juge d’instruction s’assure qu’il
existe ou non contre l’inculpé des éléments constitutifs d’infraction à la loi pénale et rend, soit
789
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., p. 825.
790
JEULAND (E), Droit Processuel, op. cit., p. 458.
791
Sur la différenciation des deux modèles d'instruction voir supra, p. 36 et s.
792
Art. 256 (1) de la loi n° 2005/007 du 27 juillet 2005 portant Code de procédure pénale.
793
Art. 256 (2).
204
une ordonnance de non-lieu, de non-lieu partiel, soit une ordonnance de renvoi794. Le terme
générique pour désigner ces ordonnances est « ordonnance de règlement »795.
794
Alinéa précité.
795
FOURMENT (F), Procédure pénale, éd. Paradigme, 2004, p. 242.
796
Art 256 (4), loi n° 2005/007 précitée.
797
Art. 256 (5).
798
Art. 256 (6).
799
Art. 259.
800
Art. 257.
801
JEULAND (E), Droit processuel, op. cit., p. 458.
802
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., p. 826.
803
Art. 268, loi n° 2006/007 précitée.
205
L’inculpé quant à lui ne peut relever appel que des ordonnances relatives à la détention
provisoire, à la mesure de surveillance judiciaire, à la demande d’expertise ou de contre-
expertise et à la restitution des objets saisis804. La partie civile, de son côté, ne peut relever
appel que des ordonnances de refus d’informer, d’irrecevabilité de la constitution de partie
civile, de rejet d’une demande d’expertise ou de contre-expertise, de restitution des objets
saisis ou de non-lieu805.
2- En procédure civile
Il faut ainsi observer en premier lieu que le principal mode d’introduction de l’instance
est l’assignation806. Il s’agit de l’acte d’huissier de justice par lequel le demandeur fait inviter
le défendeur à comparaître devant la juridiction appelée à trancher le litige qui les oppose, soit
dans un délai déterminé, soit à jour et heure fixes ou même, en cas d’extrême urgence,
d’heure en heure807. C’est donc la partie demanderesse et non le juge Ŕ comme c’est le cas en
procédure administrative contentieuse Ŕ qui invite celle défenderesse à comparaître.
804
Art. 269.
805
Art. 270.
806
V. art. 5 du Code de procédure civile.
807
CORNU (G), Vocabulaire juridique, op. cit., p. 90.
206
Toutefois, les parties peuvent introduire l’instance sur requête et plaider sur mémoire,
mais uniquement dans des circonstances précises. Le Code de procédure civile mentionne
que, « en toute matière, les parties peuvent saisir la juridiction compétente par requête et
plaider sur mémoires, même par avocat-défenseur, lorsqu’elles résident à plus de 20
kilomètres du lieu où siège la juridiction saisie »808.
La requête introductive d’instance, qui doit contenir toutes les indications figurant à
l’article 6 (1°, 3° et 4°809) et un exposé complet de l’affaire et des moyens, est adressée avec
autant de copies qu’il y a de défendeurs par le demandeur au Président de la juridiction
compétente par lettre recommandée. La requête doit également contenir la mention que le
demandeur entend plaider suivant la procédure des articles 19 et suivants. Dans les vingt-
quatre heures de sa réception, le magistrat rend une ordonnance fixant la date de l’audience et
remet le dossier au greffier qui, dans les vingt-quatre heures, envoie par pli recommandé avec
avis de réception810.
Lorsque les parties veulent plaider sur mémoire, elles peuvent le faire de la façon
suivante: la requête introductive d’instance ou l’assignation, tiennent lieu de mémoire en
demande ; le défendeur ou son avocat-défenseur adresse au greffe, avant la date de l’audience
fixée par la citation ou l’ordonnance, un mémoire accompagné d’autant de copies qu’il y a de
demandeurs. Le greffier notifie ce mémoire par lettre recommandée, avec demande d’avis de
réception au demandeur ou à l’avocat-défenseur qui sera constitué par lui, en l’avertissant
qu’il aura un délai d’un mois, compte non tenu des vacances judiciaires s’il y a lieu, pour
produire un mémoire en réplique accompagné d’autant de copies qu’il y a de défenseurs. Dans
la huitaine de la réception de ce mémoire, en réplique, le greffier le notifie de semblable façon
au défenseur, lequel jouira également pour répondre d’un délai d’un mois. Lorsque la lettre
recommandée n’a pu toucher le destinataire, ou lorsque le greffier sait que la transmission par
la poste n’est pas possible, le demandeur en est informé par le greffier ; il procède alors par la
voie d’huissier811.
808
Art. 19, Code de procédure civile.
809
Il s’agit de :(1°) la date des jours, mois et an, les nom, profession et domicile du demandeur ; (2°) les nom,
demeure et matricule de l’huissier ou de l’agent d'exécution, les nom et demeure du défendeur, et mention de la
personne à laquelle copie de l’exploit sera laissée ; (3°) l’objet de la demande, l’exposé sommaire des moyens.
810
Art. 20, Code de procédure civile.
811
Art 21.
207
L’institution par le Code de procédure civile de la « plaidoirie sur mémoire » conduit,
contrairement à la « plaidoirie orale », à l’ « inquisitorialisation » de la procédure civile.
Cependant, la question demeure de savoir si, lorsque les parties plaident sur mémoire, qui du
juge ou des parties clôture l’instruction ? Par ailleurs l’instruction prend-elle fin avant,
pendant l’audience ou à la fin de celle-ci ? Il faut dire que le Code de procédure civile
n’apporte pas de réponses claires à ces interrogations. Il mentionne tout de même qu’ « à
l’audience, les parties (ou leurs mandataires) sont autorisées à présenter des observations
orales ou à développer leurs conclusions. Les conclusions déposées au greffe et
communiquées à la partie adverse moins de trois jours avant l’audience où l’affaire doit
être plaidée pourront être rejetées des débats comme tardives, ainsi que les pièces qui y
seront jointes »812.
Doit-on alors comprendre par-là que l’instruction est clôturée à l’issue des plaidoiries,
auquel cas ce sont les parties qui déterminent la clôture ? Ou bien que l’instruction est
clôturée à l’issue de la communication des mémoires, laquelle doit intervenir trois jours avant
l’audience fixée par le juge, auquel cas c’est ce dernier qui détermine la clôture. La première
de ces deux hypothèses reste la plus plausible. Car, la possibilité donnée aux parties de
développer leurs conclusions à l’audience montre bien que l’instruction se poursuit, malgré la
mise à l’écart, le cas échéant, des conclusions produites trois jours au moins avant l’audience.
Ce n’est que lorsqu’elles auront fini de développer leurs conclusions que l’instruction prendra
fin.
Le juge en matière civile n’aurait pas alors un pouvoir de clôture, comme le serait par
exemple son homologue administratif au Cameroun ou en contentieux administratif de droit
comparé.
812
Art. 31.
208
clôture de l’instruction est un des aspects les plus révélateurs de la procédure contentieuse
administrative, ils sont cependant en désaccord sur le temps précis de cette clôture.
Certains auteurs pensent que l’instruction est terminée lorsque l’affaire est en état
d’être jugée813. D’autres pensent que la clôture de l’instruction se situe au moment où à
l’audience, le rapporteur termine la lecture de son rapport814. Pour d’autres encore « il était
possible de choisir deux temps soit au moment où l’affaire est appelée pour les débats, soit
celui où le commissaire se lève pour prononcer ses conclusions »815. Par ailleurs,
l’instruction est close au moment de l’appel au rôle, affirment d’autres auteurs816. Pour
certains autres enfin, il n’existe pas un temps prédéterminé de clôture, le juge reste libre de ce
moment817.
Devant les juridictions inférieures, la clôture de l’instruction peut être prononcée par
voie d’ordonnance ou non. Lorsqu’elle est prononcée par voie d’ordonnance, cette dernière
est prise par le président de la formation de jugement819. Cette ordonnance non motivée n’est
pas susceptible de faire l’objet d’un recours et se borne à fixer la date à partir de laquelle
l’instruction sera close. Il appartient néanmoins à la juridiction d’assurer à l’ensemble des
parties la notification de cette ordonnance au moyen d’une lettre recommandée avec demande
d’avis de réception quinze jours au moins avant la date de la clôture. Ce délai doit permettre,
813
TESSIER et CHAPSAL, cités par DEBBASCH (C) et RICCI (J-C), Le Contentieux administratif, 4e éd,
Dalloz, 1985, p. 471.
814
LAFERRIERE (E), Traité de la juridiction administrative et des recours contentieux, t1, op. cit., p. 331 et s.
815
GAZIER (F), « La clôture de l’instruction », AJDA, 1956, p. 94.
816
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 545.
817
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge administratif »,
op. cit., p. 73.
818
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 888.
819
Article R. 613-1 du C.J.A.
209
le cas échéant, aux parties de présenter une ultime argumentation avant la fin du débat
contradictoire.
Si tel est le cas, l’instruction est close après que les avocats au Conseil d’État ont
formulé leurs observations orales. En d’autres termes, s’il y a des avocats, la procédure est
close lorsque le Commissaire du Gouvernement se lève pour donner ses conclusions. Dans
820
Article R. 611-11.
821
CE, 14 décembre 2004, BALHOUL.
822
C.E. Avis, 9 avril 1999, CRETON, req. n° 202.344.
210
l’hypothèse inverse ou en l’absence d’avocat, l’instruction est alors close après appel de
l’affaire à l’audience. Autrement dit, quand il n’y a pas d’avocat, l’affaire est close quand
l’affaire est appelée au cours de l’audience.
Dans l’état antérieur du droit, affirme le Professeur René CHAPUS, les textes étaient
muets et leur silence n’était que mal compensé par la jurisprudence. Cette dernière était
représentée par un arrêt implicite823, dont on pouvait déduire que la clôture de l’instruction
survenait au moment de l’appel de l’affaire824. « Mais on pouvait hésiter à reconnaître à
cette solution une portée générale. Il aurait été en effet, normal qu’elle ne concerne que le
cas où des observations orales ne sont pas présentées. Au cas contraire, on devait estimer
que la clôture n’avait lieu qu’après formulation de ces observations, c’est-à-dire qu’au
moment où le commissaire du gouvernement s’apprête à donner lecture de ses conclusions.
Il est, en tout cas, singulier que l’incertitude de l’état du droit quant à la date de clôture de
l’instruction n’ait pas emporté d’inconvénients pour la bonne administration de la
justice »825.
L’éminent auteur relève ensuite que pour ce qui est de l’état présent du droit, « on
constate que l’article R. 613-5 consacre la solution équilibrée et simple que l’on pouvait
souhaiter. Il reste qu’on peut s’étonner que la technique de l’ordonnance de clôture
demeure étrangère au régime procédural du Conseil d’Etat826.
Un regard liminaire sur les modalités de clôture de l’instruction dans les contentieux
de droit privé et de contentieux administratif de droit comparé aura permis finalement de se
rendre compte de la très grande diversité qu’offre le droit processuel en la matière. Une
diversité que ne manque pas de conforter le contentieux administratif camerounais du fait de
ses spécificités sur le sujet.
823
CE, 16 mars 1996, PAISNEL.
824
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 890.
825
Loc. cit.
826
Loc. cit.
211
inquisitorial. Les modalités de cette clôture peuvent être envisagées doublement : du point de
vue doctrinal (A) et du point de vue normatif (B).
Monsieur Henri NTAH A MATSAH, tout d’abord, relève que le moment de clôture
de l’instruction n’est possible qu’à l’expiration des délais ou à l’éviction du rapport827. Pour
ce qui est du premier point, cet auteur relève que « le non-respect des conditions de délai ne
saurait constituer un frein à la clôture de l’instruction. C’est ainsi que le législateur a
prévu qu’à l’expiration des délais prescrits, le rapporteur clôture l’instruction et rétablit le
dossier au greffe sans y joindre son rapport (…) »828.
827
NTAH A MATSAH (H), Le ministère public dans le contentieux administratif au Cameroun : contribution à
l’étude des organes de la juridiction administrative camerounaise, Thèse de doctorat /Ph. D en Droit Public,
Université de Yaoundé II, FSJP, septembre 2010, p. 310.
828
Loc. cit.
212
produire les copies des documents volumineux. Puisque le Président du Tribunal a la
possibilité de rejeter un rapport défaillant, il a donc la possibilité de mettre fin à
l’instruction par ce moyen, avant que le dossier ne soit rétabli au greffe »829.
829
Ibid., p. 312.
830
AWONO ELOUNDOU (E), La fonction du juge rapporteur…, op. cit., p. 56.
831
Ibid. p. 57.
832
Loc. cit.
833
Encore que cela se fait dans le cas particulier de demande d’assistance judiciaire.
834
AWONO ELOUNDOU (E), La fonction du juge rapporteur…, op. cit., p. 57.
835
Loc. cit.
213
Pour Monsieur Thomas BAKY NNA enfin, la date de clôture ne « figure pas de
manière explicite ni dans la jurisprudence, ni dans les textes en vigueur (…). Mais la loi
reconnaît implicitement que à l’expiration des délais prescrits, le rapporteur clôture
l’instruction et rétablit le dossier au greffe sans y joindre son rapport »836. Par ailleurs,
estime-t-il, l’instruction prend officiellement fin lorsque la date de l’audience fixée par le
président de la juridiction compétente est notifiée au procureur général et aux autres membres
du tribunal par le greffier qui assure la confection et l’affichage au rôle837. Les différentes
visions exposées, il convient d’y apporter quelques commentaires.
Les différentes thèses présentées au sujet de la clôture de l’instruction, bien que fort
pertinentes, appellent néanmoins à des observations. Avant de faire des observations
relativement à chacune d’elle, il importe de faire des observations générales. La première
observation qu’on peut formuler est que les différentes thèses en présence se recoupent sur un
point. Elles s’accordent toutes sur le fait que, si l’expiration des délais prescrits constitue la
principale modalité de clôture de l’instruction, elle n’est pas unique. La seconde observation
est que toutes les autres modalités de clôture sont distinctes d’une thèse à une autre.
Pour ce qui est des observations spécifiques à chaque thèse, il faut relever, à titre de
rappel, que, selon la thèse de Monsieur Henri NTAH A MATSAH, le moment de clôture de
l’instruction n’est possible qu’à l’expiration des délais ou à l’éviction du rapport. Si
l’expiration des délais prescrits en tant que moment de clôture ne donne pas lieu en soi à des
commentaires spécifiques Ŕ parce que prévue par les textes Ŕ, l’éviction du rapport comme
moment de clôture peut en revanche être questionnée.
Dire en effet que l’instruction est close par l’éviction du rapport voudrait en réalité
signifier que l’affaire sera jugée sans tenir compte de l’instruction et donc sans instruction. Ce
qui paraît peu plausible, car les hypothèses à travers lesquelles l’affaire peut être jugée sans
instruction sont connues838. L’éviction d’un rapport défaillant par le président pourrait
simplement donner lieu au prononcé d’un jugement avant-dire droit ordonnant la poursuite
voire la réouverture de l’instruction et l’élaboration d’un nouveau rapport839. L’éviction
836
BAKY NNA (T), Les pouvoirs inquisitoriaux du juge administratif camerounais, op. cit., p. 104.
837
Ibid., p. 105.
838
Cf. Chapitre II, Titre Ier, Première partie.
839
CS/CA, jugement n° 36/ADD du 27 mars 1986, MBENTENGAM Richard c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, n°
43/ADD, 21 mai 1987, MAIGARI ALHADJI Hamadjoda.
214
apparaît alors moins comme une modalité de clôture mais plus comme une modalité de
réouverture ou de poursuite de l’instruction. En outre, la thèse de l’éviction en tant que
modalité de clôture ne trouve pas d’appui textuel ni jurisprudentiel.
Faire allusion aux positions normatives, c’est en fait renvoyer au droit positif. En clair,
il s’agit d’interroger le droit en vigueur concernant les modalités de clôture de l’instruction
par le juge administratif camerounais. Il convient, pour ce faire, de rechercher les solutions
215
posées par les textes et celles posées par la jurisprudence. Ainsi, à l’examen des modalités
textuelles de clôture (1), suivra celui des modalités jurisprudentielles de clôture (2).
Depuis 2006, cette incertitude a été dissipée, mais en partie seulement. Car, autant le
législateur a clairement déterminé la date de clôture de l’instruction devant les tribunaux
administratifs, autant il est resté muet sur la date de la clôture devant la Chambre
administrative.
840
V. notamment les articles 14 et 15 de la loi n° 75/17 du 8 décembre 1975, fixant la procédure devant la Cour
suprême statuant en matière administrative et 24 et 25 du décret n° 59/83 du 4 juin 1959 portant réforme du
contentieux administratif.
841
Loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
842
Art. 44.
216
légaux dans la mesure où ils sont à titre principal prescrits par le législateur. C’est à titre
exceptionnel en revanche qu’ils sont jurisprudentiels. Car, le juge ne les prescrit que dans le
cadre des délais supplémentaires accordés par lui aux parties pour le dépôt de leurs mémoires.
A défaut d’une abondante jurisprudence sur cette question liée aux modalités de
clôture de l’instruction, le juge administratif y a, néanmoins dans l’affaire Professeur
NDJOCK Georges Edward844, précisé de manière claire sa position.
843
Art. 84 (1) et 101 (1) de la loi n° 2006/016 du 22 décembre 2006 fixant l'organisation et le fonctionnement de
la Cour suprême.
844
CS/CA, jugement n° 96 du 7 août 1986, Professeur NDJOCK Edward c/ Université de Yaoundé.
217
la décision contenue dans la lettre du chancelier sus évoquée et d’autre part, à l’allocation des
dommages-intérêts en raison des préjudices subis en raison de l’acte incriminé.
Le fait saisissant dans cette affaire est que le juge administratif a rejeté le mémoire de
la partie défenderesse, en l’occurrence l’Université de Yaoundé, pour avoir été déposé après
clôture de l’instruction. Ce faisant, il s’est saisi de l’occasion pour préciser le moment à partir
duquel l’instruction est réputée close. Dans des considérants fort significatifs, il déclare que :
Attendu qu’il n’a pas été produit de mémoire en défense dans le délai de soixante
jours imparti par cette mise en demeure ;
Pour conclure sur ce point, l’on notera en premier lieu qu’aucune mesure spécifique
n’est exigée au juge administratif camerounais pour clore l’instruction. Il peut alors librement
décider de le faire par ordonnance ou non. Il opte généralement pour la seconde hypothèse.
L’on notera ensuite que la clôture de l’instruction n’est pas un acte de nature juridictionnelle,
mais une simple mesure d’administration judiciaire ne pouvant être contestée par les parties.
L’on notera enfin que si la doctrine n’est pas toujours sur le même diapason en ce qui
concerne le moment de clôture de l’instruction par le juge, ce moment a connu une évolution
218
dans le droit positif. Initialement, il était implicitement laissé à la discrétion du juge
administratif. Depuis 2006, ce dernier clôture l’instruction à l’expiration des délais prévus
pour le dépôt des différents mémoires des parties. Ce faisant, il a le pouvoir de déterminer les
effets de cette clôture.
Après avoir clôturé son instruction, le juge administratif fixe à l’égard des parties et
des tiers un certain nombre d’exigences. Le travail à ce niveau va donc consister à dégager
d’une part, les exigences de la clôture à l’égard des parties (A) et d’autre part, ces exigences à
l’égard des tiers (B).
La clôture de l’instruction a pour effet de mettre fin au droit des parties de produire de
nouveaux mémoires. Elle comporte donc comme conséquence l’absence d’obligation pour les
juridictions de les communiquer845. Car, la communication de pièces produites après
l’instruction est en principe exclue846. La production tardive des mémoires s’avère inutile non
seulement parce qu’ils ne peuvent avoir d’influence sur l’issue du litige, mais surtout parce
qu’ils ne doivent pas en avoir, faute de quoi la procédure est irrégulière. Autrement dit, le juge
845
EINAUDI (T), L’obligation d'informer dans le procès administratif, op. cit., p. 201.
846
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 358.
219
administratif ne doit pas communiquer à la partie adverse une pièce qui, produite après la
clôture de l’instruction, est irrecevable et ne doit pas, dès lors, la prendre en considération,
sauf irrégularité de la procédure.
De même, dans l’affaire MASSO LOBE Jean Charles849, le juge tolère le dépôt des
mémoires après expiration des délais, mais se refuse d’accepter les mémoires déposés après
clôture de l’instruction. Il affirme en ce sens que :
« Les délais relatifs à la production des mémoires et pièces ne sont pas prévus à
peine d’irrecevabilité : (…) l’institution de ces délais procède de la préoccupation
d’empêcher autant qu’il est possible que la procédure soit retardée par le comportement des
parties tout en veillant à ce que le principe du caractère contradictoire de l’instruction soit
respecté : (…) seuls, par conséquent, doivent être écartés des débats les mémoires après la
clôture de l’instruction ».
Dans ces deux affaires, la position du juge administratif ne fait l’ombre d’aucun doute
sur le fait qu’il entend donner force de chose décidée à l’acte de clôture de l’instruction.
847
L’art. R. 613-3 de ce Code dispose que : « Les mémoires produits après la clôture de l’instruction ne
donnent pas lieu à communication et ne sont pas examinés par la juridiction. Si les parties présentent avant la
clôture de l’instruction des conclusions nouvelles ou des moyens nouveaux, la juridiction ne peut les adopter
sans ordonner un supplément d'instruction ».
848
CS/CA, jugement n° 96 du 7 août 1986, Professeur NDJOCK Edward c/ Université de Yaoundé.
849
CS/CA, jugement n° 08/87-88, du 29 octobre 1987, MASSO LOBE Jean Charles c/ Etat du Cameroun.
220
Pourtant, l’on verrait difficilement ce même juge maintenir sa position catégorique face à
certaines hypothèses qui nécessiteraient d’assouplir la règle du rejet des mémoires après
clôture de l’instruction.
Mais il faut tout de suite confesser que l’on n’a pas connaissance des cas où le juge
administratif camerounais, mis à part l’hypothèse concernant le désistement et
l’acquiescement, a donné suite à un mémoire déposé après clôture de l’instruction. Toutefois,
cela ne signifie en rien qu’il ne s’est pas encore prononcé ou ne se prononcera pas sur ces
questions. Mais pour l’heure, c’est de manière hypothétique qu’elles seront traitées.
850
CE (s.), 27 février 2004, Préfet P.-orientales c/ M. ABOUNKHILA, Rec., 93, AJDA, 2004, 650, chron.
DONNAT (F) et D. CASAS).
851
NGA NGONO (A), Les moyens d'ordre public en contentieux administratif camerounais, [Link]., p. 185.
221
La seule hypothèse d’application certaine à portée est celle de la présentation du
mémoire dans lequel une partie exprime sa volonté de désister ou d’acquiescer après clôture.
Pourtant, le législateur n’en fait pas mention dans les textes. De fait, la loi en vigueur prévoit
que « le désistement ou l’acquiescement est fait (…) par déclaration à l’audience »852.
«Cette disposition admet explicitement que l’acquiescement ou le désistement en audience
de jugement ne peut se faire que de vive voix ou de façon orale »853. Pourtant, « il n’existe
pas d’espèces en la matière au Cameroun »854.
852
Art. 98 (1), loi n° 2006/022, fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
853
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 358.
854
Loc. cit.
855
V. not. CS/AP, arrêt N°09/CE/97 - 98 du 21 octobre 1997, Recours du Professeur Henri HOGBE NLEND
(UPC) ; CS /CA, jugement N°44/83-84 du 28juin 1984, KENNE Salomon Leroy c/ Etat du Cameroun.
856
Art. 97, loi n°2006/022.
857
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, op. cit., p. 567.
222
1- Le rejet de l’intervention volontaire
L’intervention volontaire est celle dans laquelle un tiers, c’est-à-dire une personne qui
n’est ni partie ni représentée à une instance ouverte entre d’autres, peut estimer avoir intérêt à
y être présent et saisir en conséquence le juge de conclusions en interventions 858. Elle peut
être principale ou accessoire. L’intervention principale est celle du tiers qui soumet au juge
des prétentions distinctes de celles des parties859. Elle est destinée à valoir une prétention au
bénéfice du tiers qui la forme860.
Il faut cependant distinguer si, comme l’exige le Professeur René CHAPUS, elle est
« innovatoire » ou « non innovatoire »861. Car, si la seconde est admise, la première est en
principe exclue. La raison : le principe est qu’un intervenant ne peut pas soumettre au juge
une prétention à la fois propre et originale862. Il peut, en revanche, arriver qu’un intervenant
soumette au juge une prétention qui lui est propre, sans pour autant lui poser d’autres
questions que celles auxquelles il doit répondre pour statuer sur les conclusions des parties
originaires863. II faut relever que cette considération entre intervention principale
« innovatoire » et intervention principale « non innovatoire » est propre au contentieux
administratif français.
858
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 777.
859
LANG (A), GONDOUIN (G) et INSERGUET - BRISSET (V), Dictionnaire de droit administratif, op. cit.,
p. 220.
860
LABBEE (P), Institutions juridictionnelles, op. cit., p. 53.
861
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 783.
862
Ibid, p. 784.
863
Ibid., p.783.
864
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 88.
865
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, op. cit., p. 209.
866
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 163.
223
compétence de ces juridictions (administratives)867. Pour cette raison même, elle semble
difficilement praticable devant les juridictions administratives camerounaises868.
Du coup, le seul type d’intervention volontaire admis est celui dont la recevabilité ne
soulève pas de problème particulier devant les juridictions administratives camerounaises, en
l’occurrence l’intervention accessoire. C’est celui dans lequel l’intervenant se limite à
présenter des arguments supplémentaires à l’appui des prétentions de l’une des parties. Il doit
s’associer aux conclusions du demandeur ou du défendeur869. Il est ainsi fait pour appuyer la
position de l’une des parties. L’intervenant ne fait que s’associer aux conclusions du requérant
(intervention en demande) ou à celles de son adversaire (intervention en défense), sans rien
demander d’autre ou de plus que ce que demande la partie à laquelle il apporte son appui 870.
C’est la plus usuelle en jurisprudence871.
Quoi qu’il en soit, cette dernière ne pourra prospérer qu’à la condition qu’elle
survienne avant l’extinction de l’instruction. Elle doit donc être intentée en tout état de cause
avant clôture de l’instruction872. C’est une interprétation qui entre en droite ligne avec les
dispositions de la loi de 2006 sur les tribunaux administratifs précédemment citée. Cela vaut
également pour l’intervention forcée.
Il y a intervention forcée lorsqu’au cours d’une instance, l’une des parties oblige un
tiers au procès à y participer873. En effet, une personne externe au procès peut être appelée
dans la cause s’il apparaît, qu’en raison de l’évolution du dossier, une partie entende obtenir
contre elle une décision de condamnation ou des effets résultant de celle-ci. Le demandeur ou
le défendeur appelle dans la cause, l’intervenant pour lui faire supporter les effets du
jugement874. L’intervention ici n’est pas consentie, mais subie. La demande n’émane pas du
867
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », op. cit., p. 125.
868
Loc. cit.
869
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 88.
870
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 778.
871
V. par exemple : CS/CA, jugement du 30 avril 1981, Dame MBANKOLO Agnès Téclaire et SOP MOTE
Joseph Philibert c/ Etat du Cameroun et OMGBA ZING Martin ; CS/CA, jugement n° 25/ADD, 24 décembre
1983, EPOH ADYANG Pierre c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement du 29 décembre 1990, collectivité
MVOG ZANGA ATEMGONO c/ Etat du Cameroun (MINUH) et MBARGA Raphael.
872
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence, op. cit., p. 129.
873
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 88.
874
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, op. cit., p. 210.
224
tiers, il y est contraint par le juge de s’immiscer dans les débats. L’une des parties au procès
en est l’instigateur. Ladite demande enjoignant le juge soit de le convoquer, soit de l’inviter à
être partie875. Autrement dit, l’intervention forcée est subordonnée à une demande présentée
par une partie estimant pour elle qu’un tiers soit introduit dans l’instance876.
Trois types d’intervention forcée doivent être distingués : la mise en cause (encore
appelée l’appel en cause), l’appel en garantie et l’appel en déclaration de jugement commun.
Dans cette affaire, le requérant avait introduit un recours tendant à faire condamner
l’Etat à lui payer les sommes de 8.769.424 et 990.000 F. En effet, il avait, dans le cadre d’un
marché public, été désigné pour construire un bâtiment à usage de bureaux pour les
communes rurale et urbaine de BAFANG. Le coût dudit marché s’élevant à 4.755.000 F. Au
cours des travaux, il reçut l’ordre des autorités administratives de démolir les travaux déjà
exécutés et d’en faire de nouveaux suivant le nouveau plan. Or le préjudice subi s’élevait déjà
à 8.524.424 F, somme largement supérieure au montant du marché initial. Incriminée,
l’administration a refusé de lui payer ladite somme et lui a plutôt infligé une amende de
990.000 F représentant les pénalités de retard.
875
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 165.
876
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 778.
877
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 786.
878
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 88.
879
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, op. cit., p. 210.
880
TE, Arrêt N°153 du 09 juin 1961, DURISOTTI Attilio C/ Etat du Cameroun.
225
Le juge va proprio motu mettre en cause les communes rurales et urbaines de
BAFANG, tiers au litige opposant le Sieur DURISOTTI à l’Etat. Pour lui :
L’appel en garantie quant à lui, est formé par le défendeur contre un tiers tenu, en
vertu de la loi ou de clause contractuelle, de le garantir des condamnations dont il peut faire
l’objet882. Il se caractérise par un lien particulier existant entre le défendeur et le tiers,
justifiant la garantie totale ou partielle par le second de la responsabilité qui incombe au
premier. Elle a été appliquée par le juge dans l’espèce NDOUMBE Jérémie883.
In casu, le demandeur avait par la voie de son conseil introduit un recours tendant à
faire condamner la Société MONOD à lui payer la somme de 109.830 F. En effet, en circulant
avec sa motocyclette à Douala, il heurta un tas de graviers non éclairé laissé sur la chaussée
par l’entrepreneur. Ne contestant pas sa responsabilité, l’entreprise estime néanmoins que la
responsabilité doit être partagée, le requérant ayant commis une imprudence. C’est ainsi
qu’elle évalue à 22.915 F le montant à lui octroyer et affirme que la société Climent qui avait
transporté et déposé le tas de gravier qui a causé l’accident, devait la garantir des
conséquences de cet accident.
Pour ce qui est de l’appel en déclaration de jugement commun, elle n’a pas pour objet
d’obtenir comme la mise en cause ou l’appel en garantie la condamnation de l’appelé en
cause, mais seulement l’associer à l’autorité de la chose jugée de manière que le jugement
881
TE, arrêt n°159du 25 août 1961, ESSOMBA Liboire, OSSONGHO EDONGHO ZOLLO Ernest, ONGBA
Jean-Baptiste, HOULA Paul et BENG Richard c/ FITONE MASSANGO Joseph et TOTO Théodore
882
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, [Link]., p. 787.
883
TE, arrêt n°92 du 25 mars 1960, NDOUMBE Jérémie c/ Sté Marocaine MONOD & Entreprise Climent
Frères.
226
rendu lui soit opposable et qu’il ne puisse pas former tierce opposition884. L’occasion n’aurait
pas encore été offerte au juge administratif camerounais de se prononcer sur la question.
La clôture de l’instruction par le juge administratif marque le passage à une autre étape
du procès : celle du jugement. Elle a donc, à l’égard du juge, pour principale conséquence, la
préparation du projet de jugement. Ce dernier ne doit sa teneur qu’à la rédaction de son
rapport par le juge rapporteur. Toutefois, au lieu de préparer le projet de jugement, le juge
peut éprouver le besoin d’effectuer « un flashback » sur l’instruction de l’affaire, s’il réalise
que celle-ci n’est pas encore en état d’être jugée.
A- La rédaction du rapport
884
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », op. cit., p. 125.
885
CONNIL (D), L’office du juge administratif et le temps, op. cit., p. 50.
227
1- Le résumé et l’analyse juridique des faits
Le rapport du juge commence par résumer les faits. Cet exercice consiste pour le juge
à retenir les éléments essentiels de l’affaire. Il a pour objet de ne pas surcharger le dossier en
s’encombrant des éléments jugés inutiles pour la solution du litige. En réalité, il n’est pas
encore question d’analyser les faits, encore moins de les apprécier. Il est plutôt question de les
restituer fidèlement887.
Le résumé des faits peut poser de sérieux problèmes en cas d’erreur, d’oubli ou de
négligence d’un fait apparemment banal mais qui en réalité constituerait le nœud de l’affaire.
Dans une telle mesure, des répercutions peuvent survenir influençant gravement la décision
du juge administratif et par ricochet les droits de la partie lésée à tort888.
Il serait donc préférable pour le juge rapporteur, au lieu de résumer les faits de joindre
les mémoires dans son rapport et de considérer les faits authentiques, c’est-à-dire les faits
dans leur originalité leur intégrité et dans leur intégralité sans modification ni résumé. Cela lui
permettra de faire une meilleure analyse juridique de l’affaire889.
886
AWONO ELOUNDOU (E), La fonction du juge rapporteur dans le contentieux administratif camerounais,
op. cit., p. 69.
887
Loc. cit.
888
Loc. cit.
889
Loc. cit.
228
trompé sur l’ordre de juridiction compétent puis, à l’intérieur de cet ordre, sur la juridiction à
laquelle il a dressé son pourvoi890. L’incompétence prévaut, en effet, sur toute autre question.
L’après examen de l’affaire au fond et sur la forme débouche sur l’établissement d’un
projet de décision par le rapporteur qui comprend les considérants et le dispositif dont il
envisage l’adoption, compte tenu de son opinion personnelle sur le sort à faire au pourvoi. La
rédaction du projet révèle le système de concepts et les modes de raisonnement du juge
administratif.
L’analyse juridique des faits par le juge rapporteur exige l’usage d’un système de
concepts et de modes de raisonnement juridiques appropriés à la manifestation de la vérité.
Pour ce qui est de l’usage des concepts tout d’abord, il suppose l’adoption d’ « instrument
intellectuel permettant d’effectuer un aller-retour entre la réalité juridique et l’essence des
choses (…)»894. Le Professeur Yves GAUDEMET, parlant des concepts utilisés par le juge
administratif, réserve à certains le terme de « constructions » et à d’autres celui de
890
ODENT (R), Contentieux administratif, t1, op. cit., p. 951.
891
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, op. cit., p. 237.
892
ODENT (R), Contentieux administratif, t1, op. cit., p. 957.
893
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, op. cit., p. 237.
894
CHAMPEIL-DESPLATS (V), Méthodologie du droit et des sciences du droit, Paris, Dalloz, 2014, p. 321.
229
« techniques »895. Dans les « constructions » s’abritent les « théories », les « principes », les
« notions » et les « catégories »896. Dans les « techniques », il faut y voir le « formalisme »,
la « fiction », la « présomption » et les « standards jurisprudentiels »897.
Concernant les modes de raisonnement du juge administratif, ils sont divers. C’est ce
que le Professeur Jean-Louis BERGEL appelle « l’éclectisme du raisonnement
juridique »899. On distingue ainsi, selon le professeur Yves GAUDEMET, parmi les modes
de raisonnement usités par le juge administratif, les « raisonnements logiques » à savoir, le
895
GAUDEMET (Y), Les méthodes du juge administratif, op. cit., p. 27.
896
Le Professeur GAUDEMET propose des définitions à chacune de ces constructions. Ainsi, la « théorie »
serait : « un ensemble logique autonome dans lequel les règles secondes se déduisent immédiatement des
règles premières, lesquelles se regroupent elles-mêmes autour d’une donnée unique ». Le « principe » quant à
lui « se caractérise comme une règle première, de portée suffisamment large, et comprenant virtuellement, à
titre de conséquence, une théorie générale de règles juridiques qui se justifie par référence à ce principe ».
S’agissant du concept de « notion », il se caractérise par son caractère « opérationnel ». Il se distingue de celui
de théorie parce qu’il n’en a pas la puissance logique, de celui de principe parce qu’il présente un caractère plus
immédiatement « fonctionnel ». Les catégories enfin, désignent un travail de mise en ordre des notions,
« conduit par une double démarche de découverte des analogies et des contraires ». (Pour plus amples
connaissances v. GAUDEMET (Y), ibid., p. 32 et s.)
897
Le concept de « formalisme » n’est pas défini par l’auteur, mais il s’entend, comme on peut s’en douter, du
respect scrupuleux des formes ou de la tendance à la multiplication des formalités (LANG (A), GONDOUIN (G)
et INSERGUET - BRISSET (V), Dictionnaire de droit administratif, op. cit., p. 191). Mais pour les autres
techniques, il propose des esquisses de définition. La « fiction » est l’artifice qui consiste à interpréter la réalité,
à « faire comme si… », pour que le raisonnement, conduit sur ces bases nouvelles, puisse déboucher sur une
solution raisonnable. La « présomption » quant à elle se ramène à « une fiction conditionnelle ». Les standards
enfin se définissent « comme des pôles de référence construits autour d’un comportement moyen, de l’attitude
qui serait d’un individu moyen, qui par définition n’est personne, mais chacun ». In GAUDEMET (Y), Ibid.,
p. 41 et s.
898
CHAMPEIL-DESPLATS (V), Méthodologie du droit et des sciences du droit, op. cit., p. 321.
899
BERGEL (J-L), Méthodologie juridique, op. cit., p. 137.
230
« raisonnement syllogistique », les raisonnements « a contrario », « par analogie » et
« l’analyse », et les raisonnements non logiques ou les « raisonnements finalistes ».
231
mais cela suppose précisément que d’autres types de raisonnement aient la leur,
subordonnée »905.
Une instruction bouclée peut renaître lorsque, tous comptes faits, l’affaire dont
l’instruction a été close apparaît comme n’étant pas en état d’être jugée (2) ou même lorsque
l’affaire déjà jugée est remise en cause par les parties ou les tiers dans le cadre des voies de
rétractation (1).
Les recours en rétractation désignent les voies de recours qui saisissent la juridiction
même qui a rendu la décision critiquée pour lui demander de la rapporter et de statuer à
nouveau en fait et en droit907. Il s’agit des voies de « rejugement » ouvertes devant le juge
905
Ibid., pp. 67-68.
906
Lire sur la question : ATEBA EYONG (AR), Le juge administratif et la création du droit…, op. cit.
907
LANG (A), GONDOUIN (G) et INSERGUET - BRISSET (V), Dictionnaire de droit administratif, op. cit.,
p. 833.
232
même dont émane la décision entreprise908. Entrent dans cette catégorie, l’opposition, la tierce
opposition, le recours en révision, et le recours en rectification d’erreur matérielle.
Le recours en opposition tout d’abord tire son fondement des articles 107 à 111 de la
loi sur les tribunaux administratifs909. Il se définit comme une voie de recours ouverte à la
personne condamnée par défaut, c’est-à-dire sans avoir participé, elle-même ou par
l’intermédiaire d’un représentant, à l’instance à l’issue de laquelle a été rendu le jugement ou
l’arrêt910. Il faut y voir en d’autres termes, une voie de recours ouverte devant la juridiction
qui a statué, à la partie défaillante, c’est-à-dire qui n’a pas produit (ou n’a pas produit
régulièrement) d’observations écrites au cours de l’instruction911. Il tend à y faire rejuger ce
qui avait été examiné sans la participation de ceux que le procès impliquait et qui a donc été
rendu à leur égard par défaut912. Il ne concerne donc que les parties qui n’ont produit ni
mémoires ni observations, bref des personnes à l’égard desquelles le jugement a été rendu par
défaut.
La tierce opposition ensuite trouve sa base à l’article 115 de la loi sur tribunaux
administratif. C’est une voie de recours destinée à permettre à des personnes de remettre en
cause un jugement qui, prononcé dans une instance dans laquelle elles n’ont été ni présentes
ni représentées, préjudicie à leurs droits913. Elle est offerte à ceux qui tout à la fois n’ont pas
figuré à l’instance, et qui ne disposent donc pas des voies de recours non plus que de
l’opposition mais qui sont concernés par ce qui y a été jugé914. Contrairement à l’opposition,
la tierce opposition intéresse les tiers, c’est-à-dire les personnes ni présentes ni représentées,
mais qui auraient dû intervenir ou être appelées à l’instance.
Le recours en révision vise à obtenir d’un tribunal qui n’aurait pas statué correctement
sur un procès qu’il le « réinstruise » et le « rejuge »915. L’article 118 (1) de la loi sus évoquée
précise qu’elle intervient dans trois cas : lorsqu’il y a dol personnel ; lorsqu’il y a été statué
sur les pièces reconnues ou déclarées fausses depuis la décision ; lorsqu’une partie a
succombé, faute de présenter une pièce décisive retenue par son adversaire.
908
PACTEAU (B), Manuel de contentieux administratif, op. cit., p. 292.
909
Loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
910
VEDEL (G) et DELVOLVE (P), Droit administratif, t 2, 12e éd., Paris, PUF, 1992, p. 237.
911
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 1329.
912
PACTEAU (B), Manuel de contentieux administratif, op. cit., p. 292.
913
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 1331.
914
PACTEAU (B), Manuel de contentieux administratif, op. cit., p. 293.
915
Ibid., p. 296.
233
Le recours en rectification d’erreur matérielle enfin vise à redresser les inexactitudes,
méprises et confusions commises par le juge dans le jugement916. Il a pour fondement l’article
117 de la loi sur les tribunaux administratifs.
916
Ibid., p. 299.
917
CS/CA, jugement n° 43/ADD du 21 mai 1987, MAIGARI ALHADJI Hamadjoda c/ Etat du Cameroun.
234
Mais après lecture du rapport d’instruction faite à l’audience le requérant est intervenu
aux débats pour rappeler que les décisions querellées ne lui ont jamais été notifiées, mais que
la notification à laquelle il est fait allusion a consisté à la simple lecture faite des décisions
querellées par le sous-préfet dans la prison de REY-BOUBA où il était interné. Le juge
administratif, suivant son argumentaire, va affirmer que :
Attendu qu’en l’espèce, il n’est pas contesté qu’aux différentes époques où il reçut
notification des actes attaqués, le requérant faisait l’objet d’une mesure d’assignation à
résidence surveillée et obligatoire, situation qui le mettait dans l’impossibilité absolue
d’exercer ses recours ».
Par ailleurs, le juge d’appel peut ordonner au juge de premier ressort la réouverture de
l’instruction d’une affaire déjà jugée par ce dernier. Dans l’affaire BIYO’O OLINGA
François919 par exemple, une requête, déclarée irrecevable par la Chambre administrative,
918
CS/CA, jugement n° 35/ADD/85-86, du 27 mars 1986, ABA Emmanuel c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n° 36/ADD/85-86 du 27 mars 1986, MBENTENGAM Richard c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n° 37/ADD/85-86 du 27 mars 1986, ZO’OBO François c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement
n°38/ADD/85-86 du 27 mars 1986, Dame TSAFACK née TONLEU c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement
n°39/ADD/85-86, du 27 mars 1986, BEGUEL Georges c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n° 40/ADD/85-
86, du 27 mars 1986, KAMGA c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n° 41/ADD/85-86, du 27 mars 1986,
Alfred WINGO c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n° 43/ADD/85-86 du 27 mars 1986, PIABENG c/ Etat
du Cameroun ; CS/CA, jugement n° 44/ADD/85-86 du 27 mars 1986, WEMECHU MONTHE Jean-Marie c/
Etat Cameroun.
919
CS/AP, arrêt n° 2/A du 27 avril 2000, BIYO’O OLINGA François c/ Etat du Cameroun (IGERA).
235
avait été jugée recevable en appel par l’Assemblée plénière. Cette dernière, en conséquence, a
opéré un renvoi de l’affaire devant la Chambre administrative pour qu’elle y soit statuée au
fond. Ce qui l’a logiquement conduite à rouvrir l’instruction
Il faut dire que hormis ces cas de figure, lorsqu’apparaissent, en général, des éléments
nouveaux après clôture de l’instruction, le juge peut rouvrir l’instruction. Il faut tout de même
préciser que, sur demande des parties, le juge n’est pas tenu de rouvrir l’instruction. Il a ainsi
opposé, dans l’espèce Inspecteur de Police BELINGA MFOUMOU Gervais920, une fin de
non-recevoir à une partie qui demandait un supplément d’instruction après clôture de
l’instruction. Il déclare à cet effet que :
920
CS/CA, jugement n° 77 du 20 septembre 1984, Inspecteur de Police BELINGA MFOUMOU Gervais c/ Etat
du Cameroun.
236
C ONCLUSION DU CHAPITRE
La question des mécanismes ne suscite pas une attention particulière. Les mécanismes
de clôture n’ont pas trop d’importance dans le contexte camerounais. En effet, il s’agit
seulement de savoir si le juge clôture l’instruction par ordonnance ou non. Il apparaît que si
celui-ci n’est contraint à aucun mécanisme en particulier, il opte traditionnellement pour une
clôture sans ordonnance.
Pour ce qui est des effets attachés à la clôture, elles impriment une autorité certaine à
la décision de clôture de l’instruction. Le juge met fin à l’action des parties voire des tiers
dans l’instance, les contraignant désormais au silence, sinon, les invitant à faire de simples
observations orales à l’audience sur leurs conclusions écrites. Cela a l’avantage de ne pas
étendre indéfiniment l’instruction dans le temps et de faire rebuter les parties qui seraient
tentées par des manœuvres dilatoires visant à la retarder.
237
Par ailleurs, consécutivement à la clôture, « le rapporteur cesse d’assurer sa fonction
de juge instructeur pour entreprendre sa tâche de juge proprement dite »921. Cela se traduit
préalablement par la rédaction de son rapport. Toutefois, dans l’intérêt d’une bonne
administration de la justice, la réouverture de l’instruction reste possible avant et après le
jugement s’il apparaît des éléments nouveaux et utiles au règlement de l’affaire.
921
AWONO ELOUNDOU (E), La fonction du juge rapporteur dans le contentieux administratif camerounais,
op. cit., p. 64.
238
C ONCLUSION DU TITRE
Pour ce qui est de la première de ces grandes articulations, il convient de retenir que le
juge en a une maîtrise relative ou imparfaite à cause de la forte implication du législateur. Le
pouvoir du juge se traduit donc davantage à ce niveau par la modulation des délais qui, pour
la plupart, sont préalablement fixés par le législateur. Cette faculté lui permet, néanmoins, de
les adapter au contexte particulier qu’exige l’instruction de chaque affaire.
Par la seconde articulation, l’on peut garder à l’esprit que le juge administratif
camerounais a la maîtrise du calendrier de l’instruction. Il met autoritairement fin à
l’instruction et, parfois, peut la rouvrir même en l’absence de dispositions textuelles le
prévoyant expressément.
239
C ONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE
240
C’est sans doute Ŕ parmi d’autres raisons922 Ŕ parce que, pour paraphraser le vers de
Corneille, « il a des qualités au-dessus du vulgaire »923 le juge administratif camerounais a
des pouvoirs d’instruction particuliers en ce qui concerne l’instruction des affaires. Nul
n’ignore que chaque juge doit, en principe, instruire le litige avant de le juger. Mais le
particularisme du juge administratif camerounais réside dans le fait que l’instruction des
affaires lui confère des pouvoirs de direction révélateurs du caractère inquisitorial de la
procédure et traduisant ses originalités intrinsèques. Deux axes majeurs ont à cet effet retenu
l’attention.
Toutefois, en admettant que les règles génétiques peuvent être faussées voire
troublées, la contradiction a parfois fait l’objet d’une mise à l’écart en matière de
communication. Mais ce n’est que de manière très marginale et souvent prudente que le juge
administratif camerounais dispense les parties de la contradiction dans le dialogue contentieux
qu’il assure entre elles.
922
Celles liées par exemple à son organisation ou à son historicité.
923
CORNEILLE, Le menteur, acte I, scène IV, cité par GAUDEMET (Y), Les méthodes du juge administratif,
op. cit., p. 115.
241
Il convient en définitive de relever que les pouvoirs de direction ainsi décryptés ont un
caractère formel, en ce sens qu’ils concernent la forme de l’instruction, c’est-à-dire sa
conduite et son organisation. C’est le contraire des pouvoirs de probation, avec lesquels ils
concourent pourtant à mettre le litige à mesure d’être jugé, qui eux, présentent un caractère
substantiel.
242
D EUXIEME PARTIE : LES POUVOIRS DE
PROBATION
243
Etre maître de l’instruction ne se limite pas pour le juge administratif camerounais à la
diriger. Mais bien plus encore, il s’agit pour lui, à partir de cette direction, de rechercher la
preuve des faits du litige afin d’y statuer en bonne connaissance de cause que possible. C’est
en cela même que renvoient « ses pouvoirs de probation ».
« Les pouvoirs de probation » du juge évoquent une idée simple : le juge, en plus du
devoir de provoquer l’établissement de la preuve par les parties, dispose surtout du pouvoir
d’en déterminer lui-même la production. En termes clairs, les pouvoirs de probation
s’entendent de l’ensemble des prérogatives du juge sur la preuve. Il s’agit des pouvoirs de
nature substantielle plus que ne le sont les pouvoirs de direction, qui eux, présentent une
nature beaucoup plus de l’ordre de la procédure et de la forme. En effet, alors que les pouvoirs
de probation s’intéressent à la preuve des faits du litige, les pouvoirs de direction s’attèlent à
encadrer la conduite de la procédure.
Les pouvoirs de probation gardent ainsi un lien direct avec les faits qui doivent être
prouvés. Dans « probation » en effet, du latin « probare » (prouver), il faut y voir l’action de
prouver, de rechercher la preuve. « C’est un pouvoir général de recherche de la vérité »924. Il
va ainsi sans dire que la notion de preuve, « tréfonds de notre être de justiciable »925, occupe
une place centrale dans le cadre des pouvoirs du juge et précisément de ses pouvoirs
d’instruction926. Il importe dès lors de s’y appesantir un moment.
924
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, op. cit., p. 383.
925
DARCY (G), « La preuve et le juge administratif », in La Preuve, coll. Études juridiques, Paris, Economica,
2004, p. 99.
926
La précision en vaut la peine, puisque le problème de la preuve peut être porté en dehors de l’instruction
contentieuse, notamment dans la procédure précontentieuse ou dans la phase de jugement ou même dans la phase
postcontentieuse.
927
LEVY (J‐P), « Coup d’œil d’ensemble sur l’histoire de la preuve », in La Preuve devant le juge, RJPIC,
janvier - mars 1985, n°1 et 2, p. 564.
244
La preuve surnaturelle ou « preuve révélée » est encore appelée « preuve primitive »,
parce qu’elle a existé partout dans un passé plus ou moins lointain et qu’elle n’est conservée
que par des populations demeurées au stade premier de l’évolution928. Elle désigne ainsi que
«la question de l’établissement d’un fait est tranchée par l’interprétation d’un signe
attribué à une puissance surnaturelle ou divine»929. Preuve incarnée par l’ordalie, elle vient
de l’allemand « Gottessurteil » et signifie jugement de Dieu930. La preuve surnaturelle a
quasiment disparu931.
La preuve libre, quant à elle, « se caractérise surtout par son esprit qui procède
moins d’un raisonnement analytique que de l’intuition »932. Elle repose sur l’intime
conviction du juge. L’un de ses précurseurs, l’empereur romain HADRIEN, le faisait déjà
savoir au IIe siècle dans l’avertissement adressé aux jurés des cours d’assise au moment où ils
vont délibérer. Il affirme qu’aucune règle ne leur prescrit d’apprécier la plénitude ou la
suffisance d’une preuve et leur dit de « s’interroger eux-mêmes dans le silence et le
recueillement et de chercher dans la sincérité de leur conscience quelle impression » les
preuves ont faite sur leur raison, et conclut : « La loi ne (vous) fait que cette seule question,
qui renferme toute la mesure de (vos) devoirs : Avez-vous une intime conviction ? »933. Ce
système de preuves a connu un essor en raison de l’effritement de la preuve légale934, mais il
est arrivé à des périodes troublées, qu’il ait mené à des abus935.
928
LEVY (J‐P), « Preuve », in Dictionnaire de la culture juridique, Paris, PUF, 2003, p. 1195.
929
VERGES (E), VIAL (G), LECLERC (O), Droit de la preuve, Paris, PUF, 2015, p. 45.
930
LEVY (J‐P), « L’apport de l’antiquité au droit de la preuve », in Revue Droits, n°23, 1996, p. 3.
931
Elles demeurent toutefois en Afrique et dans certaines autres régions restées en marge de la civilisation
universelle. D’obscures survivances se sont révélées dans les sociétés dites civilisées, c’est le cas du serment qui
n’est au fond qu’un jugement de Dieu d’une nature particulière. V. en ce sens LEVY (J-P), « La preuve », op.
cit., p. 1196.
932
Loc. cit.
933
Loc. cit.
934
Monsieur FOUMENA, prenant à son compte les écrits de VERGES et alii (Droit de la preuve, op. cit, pp. 67
et 116), affirme que la preuve libre a connu un essor, en raison de l’effritement progressif de la preuve légale,
notamment en matière pénale, et le privilège accordé au pouvoir d’appréciation personnelle des juges. En
France, la législation révolutionnaire sous l’influence de BECCARIA franchit le pas et établit la liberté de la
preuve en matière pénale dès 1791. Cela conduit à l’institution d’un jury criminel et l’abandon par l’assemblée
nationale constituante du système de preuve légale, relativement aux questions pénales. La volonté de rompre
avec les preuves légales s’est accompagnée par l’édiction de textes : le décret des 16 et 29 septembre 1791,
Instituant les jurys criminels, prévoyait que le serment prêté par les jurés leur commanderait de « se décider
d’après les charges et les moyens de défense et suivant votre intime conviction avec l’impartialité et la fermeté
245
Le système dit des preuves légales enfin repose sur l’idée que « le plus souvent, on
veut assurer une plus sûre recherche de la vérité et ne pas faire totalement confiance au
juge, qui n’est qu’un homme sujet à faillir » 936. Il faut le guider en le faisant bénéficier de
l’apport de ses prédécesseurs ou du législateur937. Ce système fut développé par le droit
romano-canonique au moyen âge. Il admettait dès le XIIIe siècle une hiérarchie entre les
preuves938.
qui conviennent à un homme libre » (titre VI, article 24). De même, le code des délits et des peines rédigé par
MERLIN DE DOUAI et voté par la convention le 3 Brumaire an IV (25 octobre 1795) reprit la formule : « (...)
Le président du tribunal adresse aux jurés et à leurs adjoints le discours suivant : « citoyens, vous promettez
d’examiner avec l’attention la plus scrupuleuse, les charges portées contre un tel ; (...) de n’en communiquer
avec personne jusqu’après votre déclaration ; de n’écouter ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou
l’affection ; de vous décider d’après les charges et moyens de défense, suivant votre conscience et votre intime
et profonde conviction, avec l’impartialité et la fermeté qui conviennent à un homme libre ». Cf. FOUMENA
(GT), Le juge administratif et la preuve : contribution à l’étude de la contribution jurisprudentielle de droit de la
preuve au Cameroun, op. cit., pp. 23-24.
935
Le Professeur Jean-Philippe LEVY évoque à cet égard les « preuves morales » dont se satisfaisait la fameuse
loi de prairial an II au plus fort de la Terreur robespierriste, ou les convictions du procureur général Vychinski,
instrument de la répression stalinienne (in « Preuve », op. cit., p. 1196).
936
Loc. cit.
937
Loc. cit.
938
« Au sommet était placé le fait notoire, notorium facti, tellement évident qu’il n’avait pas besoin d’être
prouvé. On lui assimilait l’aveu en justice, la chose jugée et la présomption, qui dispensent aussi de preuves.
Au dessous venaient les preuves pleines, littérale et testimoniale, à condition pour les témoins d’être au moins
deux. Ces preuves suffisaient pour condamner. On avait prévu la possibilité d’une contradiction entre elles :
les témoins étaient alors préférés aux actes écrits. A l’échelon au-dessous on avait la preuve semi-pleine,
lorsqu’il ne se présentait qu’un seul témoin au lieu des deux nécessaire à la preuve pleine. Au même niveau
se situaient les présomptions ordinaires, dites présomption de l’homme. Mais quelques unes, comme la
publique renommée, étaient tenues pour si faibles qu’elles étaient rangées plus bas encore et n’étaient que de
simples indices. Elles ne permettaient pas de condamner, même en se cumulant, mais elles autorisaient
l’emploi de la torture, la question. Le serment déféré par le juge pouvait jouer un rôle subsidiaire, pour
compléter une demi-preuve (serment supplétoire), ou encore être prêté par un accusé contre lequel aucune
preuve n’avait été établie, pour achever de se libérer de tout soupçon (serment purgatoire). Bien entendu, les
ordalies étaient absolument interdites. C’est une classification qui répondait aux méthodes de la scolastique ».
(Cf. Jean-Philippe LEVY, ibid., pp. 1196-1197).
939
FOYER (J), « Rapport de synthèse », in La Preuve, op. cit., pp. 235-246.
246
que « la preuve est une notion extraordinairement ambiguë », elle a « des reflets
changeants » et « elle n’est pas un lac paisible »940.
Mais, pour ambiguë, changeante ou non paisible qu’elle soit, la notion de preuve
connaît différentes définitions qui, malheureusement, ne pourront toutes être ici déclinées941.
Seules quelques-unes, mais essentielles et synthétiques, retiendront l’attention.
Le Robert illustré d’abord, la définit prosaïquement comme « ce qui sert à établir une
chose vraie »942. En droit, pour le Professeur Bernard PACTEAU, la preuve apparaît à la
fois comme un objet, mais aussi comme un moyen. En tant qu’objet, elle consiste à « établir
la réalité d’un acte ou d’une action, l’existence, la consistance ou les caractères d’une
situation »943. Comme moyen, elle est « l’élément, le document ou l’instrument grâce
auquel une prétention sera considérée comme fondée, une accusation avérée, ou encore
une revendication justifiée »944. De son côté, le Professeur Hervé GAUDEMAR observe que
le mot preuve désigne « à la fois la production des éléments de conviction pour établir la
vérité d’une allégation, les éléments de preuve eux-mêmes et la conviction déterminée dans
l’esprit du juge »945.
Pour ce qui est de sa finalité, la preuve vise essentiellement, trois choses : l’adhésion
de la collectivité à la décision du juge issue des preuves fournies ou recherchées, la recherche
de la vérité et convaincre le juge946. Autrement dit, la preuve est ce qui sert à établir devant le
juge la véracité d’une allégation. Elle vise également à convaincre le juge dont la décision
doit susciter l’adhésion des membres du corps social947.
940
Ibid., pp. 236-237.
941
Pour plus amples définitions de la notion de preuve, se référer utilement aux travaux de Monsieur Gaétan
Thierry FOUMENA : Le juge administratif et la preuve, op. cit., p. 25 et s.
942
Le Robert illustré, op. cit., p. 1523.
943
PACTEAU (B), « Preuve », in Rep. Cont. Adm., Dalloz, septembre 2009, n° 1, p. 2.
944
Loc. cit.
945
GAUDEMAR (H), « La preuve devant le juge administratif », Droit administratif n° 6, juin 2009, n°1.
946
FOUMENA (GT) : Le juge administratif et la preuve, op. cit., p. 30 et s.
947
Ibid., p. 37.
247
En somme, la preuve est une « notion carrefour », « une notion charnière », mieux
« une transition entre l’inconnu et le connu, entre l’informel et le formel, entre le virtuel et
le réel, entre le fait et le droit, entre le non juridique et le juridique, entre le fond et la
procédure, entre le système de droit et le sujet de droit »948.
Justement parce qu’elle constitue une transition entre le fait et le droit d’une part, et
entre le fond et la procédure d’autre part, la preuve est au cœur des « pouvoirs instructeurs »
du juge en procédure administrative contentieuse camerounaise. Ici, le juge détient en effet de
larges pouvoirs en matière de preuve. Plusieurs raisons peuvent être avancées pour le
comprendre.
Le lien entre les pouvoirs d’instruction et la preuve étant circonscrit, la question que
l’on se pose maintenant est de savoir quelles sont les composantes des pouvoirs de probation
du juge administratif camerounais ? Il faut simplement relever que les pouvoirs de probation
évoquent deux axes essentiels :
948
FOYER (J), « Rapport de synthèse », op. cit., p. 236.
248
−
249
La procédure administrative contentieuse camerounaise est caractérisée par la présence
à l’instance de parties d’inégales forces. La raison en est que l’instance oppose
l’administration à un particulier. A la différence des particuliers, l’administration est un
instrument de puissance publique poursuivant une mission d’intérêt général voire « d’intérêt
supérieur »949. On ne saurait donc par conséquent mettre au même niveau son action et celle
des personnes privées motivées par des intérêts particuliers.
De fait, les pouvoirs généraux du juge sur la preuve garantissent une certaine équité
dans la quête des éléments probatoires. Ils trouvent ainsi, au plus fort, leur justification dans la
nécessité de remédier à la situation d’inégalité des parties (Chapitre I). La traduction
marquée de l’exercice de ces pouvoirs par le juge administratif se caractérise, au besoin, par
un bouleversement des règles classiques liées à l’attribution de la charge de la preuve aux
parties. C’est bien souvent par des mécanismes de l’inversion de cette charge que l’on assiste
à un retour à l’équilibre entre elles (Chapitre II).
949
ABANE ENGOLO (PE), « Existe-t-il un droit administratif camerounais ? », in Les fondements du droit
administratif camerounais, Actes du colloque organisé à l’Université de Yaoundé-II, les 3 et 4 novembres 2015,
CERCAF, L’Harmattan, 2016, p. 18.
950
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, op. cit., pp. 369-370.
951
Loc. cit.
250
C HAPITRE I : LA JUSTIFICATION DU REEQUILIBRAGE
PAR LA SITUATION D’INEGALITE DES PARTIES
251
L’inégalité des parties en contentieux administratif camerounais n’est que la
conséquence de la nature particulière du droit substantiel, c’est-à-dire du droit administratif
lui-même. Ce dernier, c’est un truisme, est considéré comme le droit de la puissance publique
et/ou du service public. Il est fondé sur la prérogative de l’administration, c’est-à-dire qu’il
règle les rapports de l’administration et des administrés en admettant entre les deux parties
une inégalité fondamentale, en reconnaissant que l’administration est soustraite au droit
commun, en organisant juridiquement pour elle des privilèges952.
C’est parce que l’administration est en charge de l’intérêt général que ces prérogatives
lui sont dévolues. L’intérêt général, peut-être, est « appréhendé comme la satisfaction des
besoins ou de l’intérêt du plus grand nombre. L’intérêt général est alors l’intérêt collectif,
l’intérêt commun »953. C’est dans le cadre du service public que l’objectif d’atteinte de
l’intérêt général est réalisé. Le service public est ainsi entendu comme un procédé Ŕ et non pas
le seul procédé Ŕ pour donner satisfaction à l’intérêt général954. Mieux, il est une organisation
gérée par une administration publique ou au nom d’une administration publique en vue de la
satisfaction d’un besoin collectif955. L’objectif de satisfaction de l’intérêt général par
l’administration à travers l’exécution des missions de service public la place donc au-dessus
des particuliers qui, eux, poursuivent un intérêt personnel.
Si cela est bien connu dans tous les pays disposant d’un droit administratif, l’on
rencontre en Afrique en général et au Cameroun en particulier, à un degré plus grand encore,
le motif d’un déséquilibre entre l’administration et les particuliers. Ici, ce n’est non plus
simplement l’intérêt général, mais aussi « l’intérêt supérieur de l’Etat » et par ricochet celui
de l’administration qui accentue le déséquilibre entre l’administration et les particuliers.
952
HAURIOU (M), « Introduction à l’étude du droit administratif français. Les caractères et l’esprit du droit
administratif français », in RGA, T. LXXV, décembre 1902, p. 386.
953
ABANE ENGOLO (P E), « Existe-t-il un droit administratif camerounais ? », [Link]., pp. 18-19.
954
JEZE (G), Cours de droit public, Licence, Faculté de Droit de Paris, 2ème semestre 1923-1924, Paris Marcel
GIARD, P. 273
955
HAURIOU (M), Précis de Droit administratif et de droit public général, premier fascicule, Paris, Librairie de
la Société Recueil général des Lois et des Arrêts, 4e éd., 1900, p. 217.
252
vaille, l’administration est au-dessus, elle doit rester debout. Aussi, les institutions doivent
être protégées, même si la conséquence sera préjudiciable aux intérêts de l’administré »956.
L’intérêt supérieur de l’Etat est véhiculé au Cameroun à partir même des critères
théoriques « déformés » du droit administratif. Ce fait est incarné d’abord par un critère du
service public dénaturé et ensuite par un critère de la puissance publique renforcé957.
La dénaturation du service public est due au fait que l’intérêt général est conditionné
par l’intérêt de l’Etat. L’explication en est que, après les indépendances, les administrations,
et partant, les Etats africains postcoloniaux étaient plus préoccupés par le souci de
développement que par la garantie des droits et des libertés des citoyens. Le renforcement de
la puissance publique de son côté est matérialisé par la prépondérance des privilèges de
l’administration visible durant les circonstances exceptionnelles et en période normale.
956
ABANE ENGOLO (P E), « Existe-t-il un droit administratif camerounais ?», op. cit., p. 18.
957
Ibid., p. 11.
958
ONDOA (M), « Le droit administratif français en Afrique francophone… », op. cit., p. 313.
253
ont des incidences sur le terrain du contentieux administratif, notamment en ce qui concerne
la production des preuves. Lesdites prérogatives consistent en l’exercice des pouvoirs par
l’administration (Paragraphe I). Aussi, consistent-elles en l’exercice des privilèges par celle-
ci (Paragraphe II).
Pour une meilleure clarté dans l’analyse, il importe d’examiner distinctement les
pouvoirs dont l’administration est dotée en vue de l’exercice de ses activités. A l’examen du
pouvoir discrétionnaire (1), se juxtaposera l’étude de la compétence liée (2).
1- Le pouvoir discrétionnaire
« S’il fallait donner en quelques mots une définition du droit administratif, je dirais,
laissant de côté la partie purement descriptive d’institutions… qu’il est essentiellement
l’étude du pouvoir discrétionnaire des autorités administratives et de sa limitation en vue de
la sauvegarde des droits des tiers »960. Autrement dit, l’étude du droit administratif est
fortement marquée par l’exercice du pouvoir discrétionnaire.
959
EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t2, Paris, LGDJ, 1982, p. 292.
960
WALINE (M), cité par MORAND-DEVILLER (J), Cours de Droit administratif, op. cit., p. 319.
961
EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t2, op. cit., p. 289.
254
Le pouvoir discrétionnaire serait de l’essence de l’administration Ŕ une propriété, une
prérogative essentielle à l’administration ; il lui serait presque consubstantiel. Ce n’est même
pas assez dire : non seulement le pouvoir discrétionnaire serait de l’essence de
l’administration, mais encore il lui serait propre, il en serait une caractéristique. Ce serait un
trait propre à l’administration, un trait original, un monopole, et par conséquent un de ses
éléments distinctifs962.
L’éminent auteur propose ainsi de remonter au sens du substantif originaire tel que le
révèlent les dictionnaires. Ainsi, le mot discrétionnaire en droit se situe dans la ligne de l’une
des acceptions où le langage courant prend le substantif dont il dérive : discrétion. C’est
l’acception où discrétion signifie un pouvoir de libre décision, un pouvoir de disposer
librement964.
962
Loc. cit.
963
Ibid., p. 290.
964
Loc. cit.
965
Loc. cit.
255
qu’il s’agisse de pouvoir ou d’acte, on doit penser : carrefour, possibilité de s’engager dans
plusieurs voies, et droit de l’agent de choisir celle des voies dans laquelle il va s’engager966.
L’auteur relève par ailleurs que le caractère discrétionnaire est une donnée
« quantitativement variable ». Un pouvoir peut être absolument discrétionnaire tout comme il
peut l’être plus ou moins. C’est une donnée que l’on peut considérer sous l’angle de l’idée
d’augmentation et de diminution, de variation progressive.
966
Loc. cit.
967
Ibid., p. 294.
968
MORAND-DEVILLER (J), Cours: Droit administratif, op. cit., p. 320.
969
CHAPUS (R), Droit administratif général, t1, Montchrestien, 15e éd., 2001, p. 1056.
970
ABANE ENGOLO (PE), L'application de la légalité par l'administration au Cameroun, op. cit., p. 184
256
comme le prétendent certains auteurs971 Ŕ, puisqu’il n’est qu’un « jeu » dans la réglementation
juridique972. D’ailleurs, il convient d’ajouter que c’est un pouvoir contrôlé par le juge
administratif et donc qui n’échappe pas au contrôle de légalité.
Un texte d’affichage est un texte qui peut bien obéir aux conditions de forme de la
norme, mais qui se présente explicitement et même implicitement comme dépourvu de force
contraignante973. L’absence de terme mettant en jeu l’obligation pour l’administration de
s’exécuter dans un sens prédéterminé confère un pouvoir discrétionnaire à l’administration.
La trop grande généralité peut aussi être perçue comme un facteur de pouvoir discrétionnaire.
Loin d’être seulement confinés aux lois Ŕ d’orientation Ŕ les textes ou les règles
d’affichage se retrouvent dans des lois dont la normativité est pourtant avérée974.
Les textes peu expressifs sont ceux qui, soit présentent des situations équivoques, soit
sont laconiques. Un texte est équivoque lorsqu’il manque de clarté. C’est alors
l’administration qui, dans l’interprétation, doit pouvoir clarifier la norme à appliquer en la
sortant de l’obscurité apparente dans laquelle elle se trouve. Il va alors sans dire que le
pouvoir discrétionnaire s’exerce lorsqu’il y a « imperfection »976 du texte de loi.
Un texte laconique est un texte trop général ou silencieux sur plusieurs éléments
nécessitant des précisions. Le laconisme dans le contexte camerounais serait
971
C’est l’exemple du Professeur Amadou NCHOUWAT qui affirme que « le prétendu domaine
discrétionnaire n’est qu’une sorte d’écran d’arbitraire ». In Le juge et l’évolution du droit administratif au
Cameroun, Thèse pour le Doctorat de 3ème cycle, Université de Yaoundé, FSJP, 1993-1994, p. 277.
972
EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t2, op. cit., p. 296.
973
ABANE ENGOLO (PE), L'application de la légalité par l'administration au Cameroun, op. cit., p. 185.
974
C’est le cas du principe de précaution dont le caractère vague de sa substance, et sa considération sans plus de
principe directeur de l’action gouvernementale en matière environnementale, fait l’entrevoir comme un principe
d’orientation qui laisse le pouvoir d’appréciation à l’administration.
975
ABANE ENGOLO (PE), L'application de la légalité par l'administration au Cameroun, op. cit., p. 185.
976
Une imperfection que François GENY estime nécessairement immanente à tout texte de loi, in Méthode
d’interprétation et sources en droit privé positif. Essai critique, t1, LGDJ, 2nde éd., 1919 n° 83, p. 205.
257
« stratégique »977 à en croire le Professeur Amadou NCHOUWAT, parce qu’ayant pour but
de mettre l’administration dans une situation avantageuse978. C’est donc le laconisme du texte,
c’est-à-dire sa généralité ou son silence, qui va permettre à l’administration de s’exprimer
discrétionnairement.
Sur les expressions du pouvoir discrétionnaire enfin, il convient de retenir que celui-ci
se traduit par la liberté d’action et la liberté dans le choix de l’action. La liberté d’action se
situe au début de l’acte de l’administration. Elle confère à l’administration dans un premier
sens la faculté d’apprécier si oui ou non elle doit agir, et dans un second sens la disponibilité
du moment d’agir979.
Le constat final qu’on peut établir est que la notion de pouvoir discrétionnaire est
révélatrice des prérogatives exceptionnelles dévolues à l’administration pour
l’accomplissement de ses missions. Elle est caractéristique d’une majeure partie de l’activité
administrative. L’autre partie, non moins importante, est fondée sur un autre pouvoir qui lui
est opposé : la compétence liée.
2- La compétence liée
258
l’administration est, d’une part tenue d’agir, d’autre part tenue d’agir dans un sens déterminé,
sans possibilité d’appréciation ou de choix982. Autrement dit, la compétence liée est la
situation dans laquelle l’administration se trouve quand le texte qui lui donne compétence est
précis sur l’attitude qu’elle doit avoir983.
En clair, la compétence liée n’emporte pas simplement l’obligation d’agir, mais aussi
d’agir dans un sens déterminé, c’est-à-dire l’absence de choix. L’obligation d’agir est la
contrainte que subit l’administration pour agir.
982
MORAND-DEVILLER (J), Cours: Droit administratif, op. cit., p. 320.
983
ABANE ENGOLO (PE), L’application de la légalité par l’administration au Cameroun, th. doctorat/PH. D
en droit public, université de Yaoundé II, 2009, p. 196.
984
EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t2, op. cit., p. 292.
985
Loc. cit.
986
Loc. cit.
987
Ibid., p. 293.
259
cette obligation n’en serait pas vraiment une et il n’y aurait pas véritablement de norme
dans cette hypothèse : Comme si la catégorie modale du devoir n’était pas parfaite par elle-
même et avait besoin du secours de cet élément complètement étranger »988.
L’autre face de la compétence liée est qu’au-delà de se traduire par une obligation
d’action, elle est également le plus souvent assortie d’absence de choix. Etant donné que
l’acte supérieur est largement prédictif, il y aura absence de choix d’agir, absence de choix de
moyens, absence de choix du résultat991.
L’absence de choix de moyens désigne le fait que les procédés et techniques que
l’administration doit utiliser sont connus et que pour chaque situation d’espèce, il y a un seul
moyen qui est prévu ce qui enlève à l’administration la possibilité d’effectuer un quelconque
choix992. Concernant l’absence de résultat, l’administration doit agir dans le sens du référent
en atteignant le résultat préétabli. Le fait que l’administration soit liée et que le résultat
attendu soit clairement identifié évite que l’autorité administrative fasse un détournement de
pouvoir qui traduit un détournement du résultat escompté993.
988
AMSELEK (P), « Les fonctions normatives ou catégories modales », in L’architecture du droit. Mél. en
l’honneur du professeur Michel TROPER, Economica 2006, n° 62-63.
989
Sur la question, lire KAMTO (M) et GUIMDO DONGMO (B-R), « Le silence de l’administration en droit
positif camerounais », in Lex Lata, 15 décembre 1994, pp. 10-14.
990
CHAPUS (R), Droit administratif général, t1, op. cit., p. 502.
991
ABANE ENGOLO (PE), L'application de la légalité par l'administration au Cameroun, op. cit., p. 200.
992
Loc. cit.
993
Ibid., p. 201.
260
indicative994. L’administration est tenue de se référer aux moyens qui lui sont imposés pour
parvenir à une fin préétablie. De même, elle ne peut en usant des moyens offerts qu’arriver au
résultat qui lui est indiqué.
Pour ce qui est du cas où la compétence n’est que partiellement liée, les textes
imposent une obligation de résultat, mais laissent à l’administration le choix des moyens 995. Il
ressort dans ce cas de figure que le résultat est lié alors que l’initiative ou le choix des moyens
est laissée à la discrétion de l’administration.
1- L’explication
994
Ibid., p. 202.
995
MORAND-DEVILLER (J), Cours: Droit administratif, op. cit., p. 320.
996
COLSON (J-P), L'office du juge et la preuve dans le contentieux administratif, op. cit., p. 116 et s., p. 119 et
s.
261
Pour lui, en matière de pouvoir discrétionnaire, le juge est confronté essentiellement à
un problème d’exactitude des faits pour lequel il a tendance à considérer que le requérant doit
fournir l’essentiel des preuves.
Certes, une présomption inverse peut être créée, mais cette possibilité est bien limitée
et l’on peut constater que le moyen tiré du détournement de pouvoir incite rarement le juge à
venir en aide au requérant.
Le rôle du requérant n’est pas moindre pour ce qui a trait à la contestation des motifs
d’un acte.
« Considérant que l’inexactitude matérielle des faits allégués ne ressort pas des
pièces du dossier »997. La formule indique implicitement que le requérant n’est pas parvenu à
faire naître un doute dans l’esprit du juge.
997
Police des étrangers : CE, 12 juin 1953, Dame de SAVITCH-RITCKGORSKY, p. 281.
262
l’administration à justifier une action que les particuliers auront, au départ, utilement
contestée.
Dans le cas où la compétence est liée, le régime de preuve est favorable au requérant
notamment lorsqu’elle existe pour l’octroi d’un droit, il lui suffira de prouver qu’il remplit les
conditions exigées ce qui, en principe, ne devrait pas lui être impossible.
NABION Maurice, étudiant en 2ème année de Droit privé francophone, s’estimant avoir
été lésé dans ses droits pour n’avoir pas bénéficié des effets de cette décision alors que, selon
lui, il remplissait toutes les conditions requises, avait introduit un recours tendant : à faire
reporter ladite décision ; à condamner l’administration au paiement des dommages-intérêts de
27 000 000 à titre de réparation du préjudice subi en raison de celle-ci.
998
CS/CA, jugement n° 44/92/93 du 24 juin 1993, NABION Maurice c/ Université de Yaoundé.
263
Surtout, il ajoute que :
« Attendu que NABION Maurice ne conteste pas qu’il n’a pas obtenu la moyenne
de 10/20 requise pour être admissible ; qu’on ne voit pas quel grief lui cause une mesure de
clémence dont il n’a pas demandé le bénéfice, étant entendu par ailleurs que toute mesure
de clémence est discrétionnaire, et ne crée par conséquent pas de droit ».
A l’analyse, ces déclarations montrent bien non seulement le malaise du juge, mais
surtout la position inconfortable du requérant en matière de preuve lorsqu’on est en présence
d’un pouvoir qualifié de discrétionnaire.
Cela n’est pas du tout vrai et apparaît même blasphématoire envers le sacro-saint
principe de la juridicité Ŕ qui est au cœur de tout « l’archipel de la norme »999 Ŕ en général et
envers celui de la légalité administrative en particulier ; auquel ne se soustraient pas les actes
à caractère discrétionnaire. Car l’admettre, c’est considérer que : discrétionnaire = arbitraire.
Or, un acte discrétionnaire peut revêtir le caractère d’un acte administratif unilatéral et par
conséquent être susceptible de créer des droits et des obligations pour des particuliers.
S’il l’on doit reconnaître objectivement dans le cas d’espèce que le requérant ne
pouvait pas se prévaloir d’un droit, pour n’avoir pas rempli toutes les conditions requises Ŕ
l’absence de formulation de la demande pour bénéficier de ladite mesure notamment Ŕ, l’on
doit néanmoins réfuter l’argumentaire du juge, comme quoi, une mesure discrétionnaire ne
crée pas de droit. Ce qui impliquerait selon lui Ŕ et à tort Ŕ qu’elle n’est pas soumise au
contrôle de légalité.
999
V. TIMISIT (G), Archipel de la norme, Paris, PUF, 1997.
264
PARAGRAPHE II - L’EXERCICE DES PRIVILEGES PAR L’ADMINISTRATION
ET LEUR INCIDENCE SUR LA PREUVE
Dire que l’administration exerce des privilèges, c’est en fait reconnaître qu’elle édicte
les décisions à caractère exécutoire, ou simplement qu’elle détient le privilège de la décision
exécutoire. « La théorie de la décision exécutoire » est abondamment évoquée en doctrine. Il
semble que la paternité en revient à Maurice HAURIOU1000. De fait, c’est lui qui, dans son
Précis de Droit administratif et de Droit public général, a, en premier largement, fait écho à
ladite théorie. Selon cette théorie, la décision exécutoire évoque « toute décision en vue de
produire un effet de droit prise par une autorité administrative dans une forme
exécutoire »1001. A partir de cette conception de la décision exécutoire, Maurice HAURIOU
opère une distinction entre ses éléments de forme et ses éléments de fond.
Les éléments de forme de la décision exécutoire sont qu’elle doit émaner d’une
« autorité administrative » et être « dans une forme exécutoire ». Pour lui, par autorité
administrative, il faut entendre un agent de l’administration ayant reçu dans ses attributions le
pouvoir de prendre des décisions produisant effet juridique1002 ; et être dans la forme
exécutoire signifie pour la décision, être exécutoire, « tendre désormais à l’exécution par sa
seule vertu, sans qu’il s’interpose entre la décision et le commencement de l’exécution
aucun délai moratoire ni aucune approbation d’autorité supérieure »1003.
Les éléments de fond renvoient au fait que la décision exécutoire est d’abord « une
décision », c’est-à-dire une manifestation de volonté positive. Elle est ensuite prise « en vue
de produire un effet de droit », c’est-à-dire qu’elle tend à modifier par elle-même une
situation juridique antérieure1004. Par rapport à ces éléments de fond, l’acte exécutoire
s’apparente à « l’acte décisoire », c’est-à-dire un acte qui fait grief, celui qui modifie une
situation juridique1005.
1000
EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t2, op. cit., p. 743.
1001
HAURIOU (M), Précis de Droit administratif et de Droit public général, 1er fascicule, Paris, Librairie de la
Société du Recueil des Lois & des Arrêts, 4e éd., 1900, p. 277.
1002
Loc. cit.
1003
Ibid., p. 278.
1004
Ibid., p. 280.
1005
GUESSELE ISSEME (LP), L'apport de la Cour Suprême au droit administratif camerounais, op. cit., p.
444.
265
D’autres auteurs vont emboiter le pas au Doyen Maurice HAURIOU en apportant
leur pierre à l’édifice de la théorie de l’acte exécutoire. Georges VEDEL d’abord considère
que prendre des décisions exécutoires, « c’est faire naître unilatéralement des obligations et
éventuellement des droits au profit ou à la charge de tiers sans le consentement de ceux-
ci »1006. Cette définition, bien qu’omettant les éléments de forme de l’acte décisoire, a le
mérite de préciser les effets de droit qui consistent à conférer aux tiers des obligations et/ou
des droits sans leur consentement. Pour Jean RIVERO, « la décision exécutoire est l’acte
dans lequel l’administration met en œuvre ce pouvoir de modification unilatérale des
situations juridiques »[Link] définition met l’accent sur l’effet juridique de l’acte. Pour le
Professeur René CHAPUS, il faut entendre par décision exécutoire, « celle qui permet à
l’administration de décider en édictant des obligations ou des interdictions ou en conférant
des droits, sans avoir à saisir préalablement un juge de ses prétentions »1008. Cette dernière
définition met également l’accent sur l’effet juridique de l’acte.
« Considérant que le fait que l’Administration ait pris directement les actes attaqués
et soit passée à leur exécution sans décision préalable d’un tribunal, découle de ce qui est
appelé en Droit administratif les privilèges du préalable et de l’exécution d’office ;
Que ces privilèges permettent à l’administration de prendre des décisions sans avoir
recours à un juge et de passer immédiatement à leur exécution par la contrainte ».
De ces considérants, l’on retient que « les fanfares » de la décision exécutoire sont le
« privilège du préalable » et le « privilège de l’exécution d’office »1011. C’est l’exercice de
ces privilèges par l’administration qui contribue à favoriser l’administration au détriment de
1006
VEDEL (G), cité par EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t2, op. cit., p. 753.
1007
RIVERO (J), cité par Charles EISENMANN, ibid., p. 756.
1008
CHAPUS (R), Droit administratif général, t1, op. cit., p. 504.
1009
GUESSELE ISSEME (LP), L'apport de la Cour Suprême au droit administratif camerounais, op. cit., p.
456.
1010
CS/CA, jugement n° 33/04/76-77 du 28 septembre OWOUNDI Jean Louis c/ Etat du Cameroun.
1011
EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t2, op. cit., p. 760.
266
son adversaire sur le terrain de la preuve. Pour ce faire, analysons d’une part, les privilèges
du préalable et de l’exécution d’office (A) et leurs influences respectives sur le fardeau de la
preuve (B).
Les privilèges du préalable (1) et de l’exécution d’office (2) sont parmi les privilèges
de l’administration celles qui expriment parfaitement sa suprématie à l’égard des administrés.
L’acte administratif unilatéral y trouve toute l’autorité nécessaire pour s’imposer aux
administrés.
1- Le privilège du préalable
Le privilège du préalable renvoie à l’idée que « l’administration a dans ses actes une
sorte de privilège qui provient de sa nature même et de ce qu’elle doit être obéie »1012. Ainsi
dans l’exécution des services et l’exercice de ses droits la puissance publique doit être
immédiatement obéie. Le privilège du préalable est alors assimilé à une « obéissance
préalable à la décision »1013, on pourrait même dès lors parler du privilège de l’obéissance
préalable. Cela emporte comme conséquence à l’égard de l’administré d’obéir d’abord et, s’il
le juge nécessaire, de discuter après.
1012
HAURIOU (M), Précis de Droit administratif et de Droit public général, op. cit., p. 246.
1013
MBALLA OWONA (R), La notion d’acte administratif unilatéral au Cameroun, Thèse Ph. D en Droit
public, Université de Youndé II, année académique 2009-2010, p. 423.
1014
GUESSELE ISSEME (LP), L'apport de la Cour Suprême au droit administratif camerounais, op. cit., p.
458.
1015
MBALLA OWONA (R), La notion d’acte administratif unilatéral au Cameroun, op. cit., p. 423.
1016
Ibid., p. 424.
267
Par ailleurs, le privilège du préalable postule surtout d’une modification unilatérale de
l’ordonnancement juridique par la décision exécutoire en dépit de la contestation de
l’administré. Elle évoque le principe d’une exécution juridique de l’acte qu’on oppose à une
exécution matérielle qui, elle entre dans le cadre de l’exécution d’office. En effet, il faut bien
comprendre que l’effet premier et du point de vue juridique essentiel d’une décision
exécutoire est de modifier unilatéralement l’ordonnancement juridique1017. Cet effet qui est un
des aspects de l’exécution de la décision correspond à l’exécution préalable1018. L’exécution
préalable est automatique une fois que les conditions d’entrée en vigueur de la norme
administrative ont été scrupuleusement respectées1019. Il est donc soumis à des exigences
telles que la publication ou la notification de la décision.
Toutefois, en raison de la théorie de la connaissance acquise1020, on peut encore
retrouver la manifestation de ce privilège à travers la possibilité reconnue à des particuliers de
se prévaloir des effets d’une décision dès son adoption et avant sa publication1021.
1017
VEDEL (G), DELVOLVE (P), Droit administratif, PUF, 11ème éd, 1990, p. 128.
1018
AZEBOVE TETANG (G), Le privilège d’exécution d’office en Droit camerounais, Mémoire de DEA en
Droit public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2009-2010, p. 12.
1019
Loc. cit.
1020
C’est une théorie jurisprudentielle selon laquelle le délai du recours contentieux court à l’égard de celui qui a
eu une information suffisante des décisions administratives, et bien que les actes n’aient pas fait l’objet d’une
publicité officielle (in, LANG (A), GONDOUIN (G) et INSERGUET - BRISSET (V), Dictionnaire de droit
administratif, op. cit., p. 95.).
1021
CS/AP, arrêt n°27 du 24 mars 1983, 1) Etat du Cameroun (MINFONPUBLIQUE), 2) NJIKIAKAM TOWA
Maurice c/ 1) NJIKIAKAM TOWA Maurice, 2) Etat du Cameroun (MINFONPUBLIQUE).
1022
Cf. SCHWARTZENBERG (R. G.), L’autorité de chose décidée, Paris, LGDJ, 1969.
1023
Ibid, p. 42.
1024
Ibid., p. 9 et s.
268
décision est assortie d’une présomption de légalité qui emporte pouvoir de
commander »1025.
La filiation entre la loi et l’acte exécutoire confère donc à ce dernier une souveraineté
dérivée exprimée à travers l’autorité de la chose décidée.
Du point de vue pratique, Maurice HAURIOU fait bien de relever que « dans une
administration vaste et compliquée où les affaires doivent être solutionnées d’une façon
quotidienne et régulière, il faut éviter les discussions inutiles, et pour cela, mettre les
intéressés en face du fait accompli, les obliger à l’effort d’une réclamation contentieuse,
afin qu’ils ne fassent résistance que si la chose en vaut la peine »1026. En effet, c’est pour
assurer l’efficacité de l’action administrative que le privilège du préalable a été institué. Il
permet à l’administration de surmonter l’obstacle pouvant découler d’un affrontement contre
l’administré et de mettre ainsi en œuvre ses décisions.
Il a pour cela fallu doter l’administration d’une présomption de vérité légale et surtout
lui assurer la non-suspension de ses décisions à caractère exécutoire, en cas d’un recours pour
excès de pouvoir exercé contre elles. Les seules hypothèses connues de limitation, pour
lesquelles la décision exécutoire pourrait être suspendue avant son contrôle par un juge, sont
le sursis à exécution et le sursis de paiement consacré par le Livre des procédures fiscales1027.
1025
MBALLA OWONA (R), La notion d’acte administratif unilatéral au Cameroun, op. cit., p. 424.
1026
HAURIOU (M), note sous CE, 27 février 1903, Olivier et ZIMMERMANN, S. 1905. 3. 17.
1027
Art. L. 121, Livre des procédures fiscales
269
s’exécute d’office ; afin que force reste à la loi1028. Il propose ainsi de transposer l’idée de
force exécutoire, caractéristique des actes juridictionnels, aux actes administratifs unilatéraux.
C’est en conséquence de cette dernière idée que celui-ci va s’exposer à une certaine
critique. Le Professeur Robert MBALLA OWONA explique à ce sujet que :
L’autre critique faite à Maurice HAURIOU, est celle apportée par Charles
EISENMANN. Ce dernier lui fait le reproche d’avoir infiniment élargi et édulcoré la notion
d’exécution d’office en passant à celle de « l’action d’office ». Il affirme ainsi que ce terme,
selon HAURIOU, évoque l’idée que « exécuter, c’est réaliser ce que la décision prévoit,
c’est en tirer les conséquences, même si cela ne comporte aucun emploi de la force ou de
contrainte. A force exécutoire tout acte qui comporte des suites quelconques, – même
autres que normatives »1030.
Ramener l’exécution d’office à l’action d’office ne doit pas, selon Monsieur Lionel
Pierre GUESSELE ISSEME, être partagé pour la raison que cette conception large de
l’exécution d’office est synonyme d’exécution pure et simple. Dans ce cas, le mot « d’office »
semble avoir une fonction superfétatoire à côté du mot « exécution ». Mais étant donné que ce
1028
HAURIOU (M), rapporté par MBALLA OWONA (R), La notion d’acte administratif unilatéral au
Cameroun, op. cit., p. 228.
1029
Ibid., pp. 428-429.
1030
EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t2, op. cit., pp. 745-746.
270
degré de perception n’est qu’erroné, il faut bien restituer à chaque mot son véritable sens dans
cette expression, de sorte à éviter une analyse hors du jeu de la décision exécutoire1031. Pour
cet auteur, l’exécution d’office doit être regardée, et c’est aussi notre position, comme une
exécution forcée, obligatoire.
Il faut néanmoins relever que cette conception de l’exécution d’office est discutée.
Pour Monsieur Guy AZEBOVE TETANG « l’exécution d’office n’est pas une exécution
forcée ». Car « l’exécution forcée par la voie administrative est une exécution d’office mais
toutes les mesures d’exécution d’office ne s’effectuent pas manu militari c’est-à-dire par
l’usage de la force »1032. Il admet ainsi que même lorsque l’administré n’approuve pas la
décision exécutoire, l’exécution de celle-ci peut être pacifique ou forcée. Elle est dite
pacifique lorsque l’administré décide d’obéir volontairement ou lorsqu’il y a exécution
passive, c’est-à-dire qu’elle est « non consentie mais pacifique car l’administration n’a pas
besoin d’user de la force publique en raison de sa maitrise parfaite et exclusive de la
réalisation de la norme administrative »1033. Elle est dite forcée en revanche lorsqu’il y a
recours à l’usage de la force publique1034.
A la vérité, il s’agit là d’un quiproquo qu’il faut dissiper. Cet auteur semble réduire
l’exécution forcée à l’emploi de la force publique, ce qui l’oblige ainsi à établir dans le cadre
de l’exécution d’office une nuance entre l’exécution forcée et l’exécution pacifique. Or, il
n’en est rien en réalité.
Ce qu’il faut d’abord relever c’est que l’exécution forcée n’est pas synonyme de
recours à l’usage de la force publique. L’exécution forcée peut également traduire l’idée
d’une simple menace de recours à l’usage de cette force publique. C’est le cas par exemple de
la décision ordonnant le paiement de l’impôt. Cette menace constitue déjà en elle-même une
exécution forcée pouvant donc dissuader l’administré récalcitrant et le ramener à des
meilleurs sentiments en vue d’une exécution pacifique de la décision. Car, opter pour la voie
pacifique n’en révèle pas moins le caractère forcé voire autoritaire de l’exécution de l’acte.
C’est donc parce qu’il y a en quelque sorte une épée de Damoclès qui pend au-dessus
de sa tête que celui-ci peut opter pour la voie pacifique. Or même dans ce cas, il y a exécution
1031
GUESSELE ISSEME (LP), L'apport de la Cour Suprême au droit administratif camerounais, op. cit., p.
465.
1032
AZEBOVE TETANG (G), Le privilège d’exécution d’office en Droit camerounais, op. cit., p. 9.
1033
Ibid., p. 40 et s.
1034
Ibid., passim.
271
forcée. Du fait donc de cette dimension psychologique Ŕ malheureusement souvent écartée
voire ignorée dans les analyses Ŕ, l’exécution peut être aussi qualifiée de forcée. L’on ne
saurait donc la réduire à la dimension matérielle qui se traduit uniquement par l’usage de la
force publique.
En somme, l’on doit, davantage et plus qu’autre chose, imaginer l’exécution forcée
comme une exécution obligatoire dont le recours à la force publique n’est que la phase ultime.
L’usage de la force publique reste donc exceptionnel, c’est pourquoi elle est soumise à
certaines conditions1037.
L’administration, du fait des privilèges dont elle dispose, est un justiciable atypique.
L’on dirait volontiers dans le langage de la guerre qu’il est doté des « armes lourdes »,
contrairement à son adverse Ŕ presque toujours un particulier Ŕ qui n’aurait en sa possession
1035
Ibid., p. 42.
1036
CFJ/CAY, arrêt n°187 du 28 mars 1972 ; MBEDEY Norbert c/ République Fédérale du Cameroun ; CS/AP,
arrêt n°1/A du 23 décembre 2000, ONDO OVONO Charles c/ Etat du Cameroun.
1037
L’exécution forcée est tout d’abord licite dans deux hypothèses très générales : lorsque la loi l’autorise
expressément ; lorsque qu’il y a urgence. En l’absence de texte ou d’urgence l’exécution forcée n’est licite que
lorsque les quatre conditions suivantes sont réunies. 1) Il faut qu’il n’y ait aucune sanction légale. 2) Il faut que
l’opération administrative pour laquelle l’exécution est nécessaire ait sa source dans un texte de loi précis. 3) Il
faut qu’il y ait lieu à exécution forcée, que l’exécution de l’acte se soit heurtée à une résistance certaine. 4) Il faut
que les mesures d’exécution tendent uniquement dans leur objet immédiat à la réalisation de l’opération
prescrite par la loi. Cf. LONG (M) et Alii, observation sur TC, 2 décembre, Société immobilière de Saint-Just, in
Les grands arrêts de la jurisprudence administrative, op. cit., pp. 62-65.
272
que des « armes légères ». Même si ces armes lourdes, incarnées par ses privilèges, ne lui
garantissent pas toujours la victoire finale, elles n’en sont pas moins révélatrices de sa
véritable image de « justiciable aristocrate ». La matière probatoire en particulier reflète cet
état de chose. Pour en rendre compte, il importe d’examiner l’influence respective des
privilèges du préalable (1) et de l’exécution d’office (2) sur le régime de la preuve.
Par ailleurs, une conséquence du privilège du préalable, sans cesse évoquée, est
l’inégalité entre l’administration et l’administré. Cette inégalité tient en premier lieu à ce que
1038
GAUDEMET (Y), « La preuve et la conviction du juge en Droit administratif français », in La preuve devant
le juge, RJPIC, n°1 et 2 janvier Ŕmars, 1985, p. 716.
1039
PACTEAU (B), « Preuve », op. cit., n° 35, p. 6.
273
d’une façon quasi générale, en première instance, l’administré est dans la position de
demandeur, et l’administration dans celle de défendeur, et que cette situation inconfortable
pour l’administré, et qui est donc essentiellement la conséquence du privilège du préalable,
n’est pas fondamentalement modifiée par la généralisation du double degré de juridiction1040.
Cela implique que, invoquant une illégalité ou un préjudice, il sera d’abord demandé à
l’administré de prouver en premier ses allégations dont l’administration se contentera de
rejeter. Que dire de l’incidence de l’exécution d’office sur la preuve ?
Tout ce qui a été dit au sujet de l’incidence du privilège du préalable sur le régime
probatoire vaut également en ce qui concerne les conséquences de l’exécution d’office sur la
preuve. Mais l’exécution d’office pose, en outre le problème de la preuve de la légalité de
décision exécutoire, celui de la preuve de la légalité de son exécution. Cette charge qui
incombera principalement à l’administré consistera à démontrer que l’exécution forcée est
irrégulière. C’est-à-dite qu’aucun texte ne le prévoyait ou qu’il n’y avait pas urgence à
procéder à une telle exécution. L’administration quant à elle restera toujours en position de
défendeur et donc de favorisé.
Au final, l’administration détient des pouvoirs et des privilèges qui la situent à une
échelle supérieure par rapport à l’administré. Transposés sur le terrain du contentieux, ces
avantages ne disparaissent pas. Au contraire, ils lui procurent certains avantages liés au
régime probatoire. Ils font d’elle un « aristocrate » parmi les justiciables. Alors qu’au même
moment, l’administré, devenu requérant, n’étant pas muni des mêmes armes, se situe à
l’opposé, c’est-à-dire à une marche inférieure sur l’échelle des justiciables. C’est cette
situation d’infériorité qui justifiera, au besoin, « l’interventionnisme » du juge en vue de
rééquilibrer les rapports entre les deux parties dans l’établissement de la preuve.
1040
LEGER (D), « La preuve devant le juge administratif français », op. cit., p. 36.
274
Ŕ Qui peut être considéré comme requérant dans le contentieux
administratif camerounais ?
Ŕ Et quelles conséquences la qualité de requérant implique-t-elle sur le régime
probatoire ?
L’exercice du droit d’agir en justice crée un rapport nouveau entre les parties,
« doublant » le rapport de droit préexistant éventuellement entre elles 1041. Ce nouveau rapport
procédural va engendrer de nouvelles appellations. Dans le contentieux civil, les « plaideurs »
seront appelés « demandeur et défendeur ». En contentieux répressif, la personne poursuivie,
mise en examen, deviendra prévenue (dans les liens de la prévention) éventuellement accusée
(renvoyée par la chambre d’accusation) pour devenir éventuellement contrevenant,
délinquant, ou criminel. Dans le contentieux administratif, l’administré deviendra
« requérant » et la personne publique « l’administration défenderesse »1042.
1041
Notamment lorsqu’il préexiste entre celles-ci un lien contractuel ou un lien hiérarchique ou de tutelle, entre
autres.
1042
LABBEE (P), Institutions juridictionnelles, op. cit., pp. 48-49.
275
Le requérant désigne, en général, dans la procédure contentieuse administrative,
l’auteur de la requête introductive d’instance, c’est-à-dire le demandeur à l’instance1043. En
d’autres mots, c’est celui qui, en premier, au moyen d’une demande, présente à l’instance
initiale des prétentions contentieuses, des moyens et des conclusions contre son adversaire. Si
le requérant peut avoir la position d’administré ou de participant à l’exécution des services et
ouvrage publics (A), il est dans tous les cas une personne privée (B).
Avant de devenir requérant, la personne est à l’origine dans une position qui permet de
dire s’il se trouvait dans la situation d’administré (1) ou de participant à l’exécution du service
public ou du domaine public (2). S’il pourrait ressortir qu’un administré devenu requérant se
situe d’office dans une relation de dépendance accrue à l’administration, il n’en demeure pas
moins vrai qu’une personne en position de participant pourrait aussi être dans une posture de
dominé par rapport à l’administration. Précisons cependant dans ce dernier cas de figure qu’il
y a un lien de facto ou de jure entre le participant et la personne publique, son service public
ou son domaine public.
1- Le requérant : un administré
1043
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 818.
1044
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 38.
1045
JURVILLIERS-ZUCCARO (E), Le tiers en droit administratif, Thèse de doctorat nouveau régime,
Université de NANCY II, FDSEG, 2010, p. 73.
1046
Larousse, maxipoche, op. cit., p. 19.
1047
Le Robert illustré, op. cit., p. 19.
276
L’administré peut être en position d’usager ou en position de tiers. La question est
maintenant de savoir dans quelle mesure une personne peut-elle être qualifiée d’usager ou de
tiers.
L’usager est un administré qu’on peut qualifier de sujet actif. C’est une personne qui a
un droit réel d’usage ou qui utilise quelque chose1048. Pour être précis, c’est une personne qui
utilise habituellement un service public1049. En droit administratif, l’usager est constitué de
deux définitions différentes. Ces définitions dépendent du référentiel pris en compte. Il faut
distinguer l’usager du service public et celui de l’ouvrage public1050 ou plus généralement du
domaine public1051.
A l’opposé de l’usager, l’on retrouve le tiers qui est un administré que l’on peut
qualifier de sujet passif. En effet, « ce protocole se fonde sur la notion de cercle générateur,
c’est-à-dire la modélisation d’une situation juridique. Les personnes jouant le rôle
d’acteurs au sein d’une situation juridique considérée sont qualifiées de sujets actifs ; ces
personnes sont liées par un rapport de droit constituant l’objet du cercle générateur. Les
1048
Ibid., p. 1948.
1049
Larousse, maxipoche, op. cit., p. 1430.
1050
AUBY (J-M), BON (P), AUBY (J-B), Droit administratif des biens, Dalloz, Précis, 4e éd., 2003, p. 364.
1051
DU BOIS DE GAUDUSSON (J), L’usager du service public administratif, LGDJ, 1974, p. 23.
1052
Ibid., p. 24.
1053
Loc. cit.
1054
AUBY et alii, Droit administratif des biens, op. cit., p. 365.
277
personnes qui ne sont pas, pour leur part, liées par ce rapport sont alors qualifiées de sujets
passifs ou de tiers »1055.
Les auteurs définissent ainsi le tiers par rapport ou plutôt par opposition à l’usager. Le
tiers n’est pas un usager. Cela conduit au constat que les tiers et les usagers forment deux
groupes de personnes différents, mais surtout séparés et totalement indépendants. Ainsi l’on
pourrait prosaïquement considérer que le tiers c’est celui qui, bien qu’en étant en position
d’administré ne tire pas directement profit d’un service public ou d’un domaine public.
2- Le requérant : un participant
1055
JURVILLIERS-ZUCCARO (E), Le tiers en droit administratif, op. cit., p. 32.
1056
BRAIBANT (G.), STIRN (B.), Le droit administratif français, Presses de sciences po et Dalloz, 7e éd., 2005,
p. 124.
278
requérant. Lorsqu’éventuellement il l’est devenu, cette position de dominé de l’agent public
ne s’éteint pas, elle perdure dans l’instance contentieuse.
La qualité d’agent public mérite ainsi une confrontation avec la qualité de requérant.
Pour ce faire, il est important de revenir sur la notion d’agent public, condition sine qua non
pour déterminer sa qualité de justiciable de la juridiction administrative. Pour ensuite mettre
en lumière sa posture de dominé par rapport à la personne publique.
L’agent, en général, désigne une personne chargée d’une mission, une personne qui a
la charge d’administrer pour le compte d’autrui1057. Pour être précis, c’est une personne
employée par un service public ou une entreprise privée servant d’intermédiaire entre la
direction et les usagers1058.
La notion d’agent public en particulier est une « expression générique désignant tout
collaborateur d’un service public, le plus souvent administratif, associé pour une certaine
durée à l’exécution directe de l’activité de celui-ci et relevant à ce titre du droit
administratif. Un grand nombre d’entre eux a la qualité de fonctionnaire et est soumis à
des règles »1059. Cette définition fait apparaître la notion de fonctionnaire.
1057
Larousse, maxipoche, op. cit., p. 28.
1058
Le Robert illustré, [Link]., p. 33.
1059
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 48.
1060
Décret n° 94/199 du 07 octobre 1994 portant Statut Général de la Fonction Publique de l’Etat Modifié et
complété par le décret n° 2000/287 du 12 octobre 2000.
279
l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions »1061. Il s’agit des fonctionnaires par
« prédétermination de la loi »1062.
Les fonctionnaires au sens statutaire sont au premier rang des agents pouvant
éventuellement muter en requérant dans le cadre d’un litige administratif. La raison est qu’ils
entretiennent quotidiennement avec l’administration un lien étroit. Celui-ci étant la plupart du
temps soumis à un régime de puissance publique, les litiges qui en résultent relèvent en
conséquence de la compétence du juge administratif.
D’autres agents publics non fonctionnaires peuvent également être des requérants de la
juridiction administrative. C’est le cas de certains agents permanents non fonctionnaires et des
collaborateurs occasionnels à l’instar respectivement des assistants contractuels des
universités1063 et des fonctionnaires de fait1064 ou des collaborateurs requis.
L’on aurait pu volontiers inscrire dans cette liste, certains agents des entreprises
publiques industrielles et commerciales, précisément les agents de direction. Mais le doute a
été jeté dans la position de la jurisprudence administrative camerounaise1065 à leur sujet. En
effet, après avoir dans un premier temps reconnu la qualité de fonctionnaire aux agents de
direction dans l’affaire MOUNDOUMBOU1066, elle est revenue sur cette position initiale
dans l’affaire BETAYENE1067. Elle considère ainsi qu’un fonctionnaire détaché de la fonction
publique, fut-il pour devenir agent de direction ou non, perd dans son nouvel emploi la qualité
1061
Art. 131 de la loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code pénal.
1062
OWONA (J), Droit de la fonction publique, L’HARMATTAN, 2011, p. 88.
1063
V. en ce sens l’art. 2 du décret n° 76/472 du 18 octobre 1976 portant certaines dispositions applicables aux
personnels cadres de l’Enseignement supérieur ; V. aussi la jurisprudence : CS/CA, n° 3 du 30 avril 1981,
GUIFFO Jean Philippe c/ Etat du Cameroun (Université de Yaoundé).
1064
V. CCA, arrêt n° 24 du 27 mars 1953, Dame CIVRA c/ Administration du Territoire ; CFJ/AP, arrêt n° 4 du
4 novembre 1965, Dame KIEFFER Marguerite c/ Etat du Cameroun.
1065
BILONG (S), Responsabilité de la puissance publique et compétence du juge en droit camerounais, Th.
Université de Douala, FSJP, 2001, p. 28.
1066
CCA, arrêt n° 75 du 22 décembre 1951, MOUNDOUMOU Théodore c/ Administration du Territoire.
1067
CS/CA, arrêt n° 1 du 30 novembre 1972, Jean Faustin BETAYENE c/ Société National des Investissements.
280
de fonctionnaire. Cet arrêt constitue un spectaculaire revirement de jurisprudence par rapport
au précédent1068.
Une fois présentée l’esquisse de l’agent public potentiellement requérant dans
l’instance contentieuse administrative, il convient maintenant de se pencher sur sa situation de
dominé par rapport à l’administration.
La position d’infériorité de l’agent public tient par principe au fait que la personne
publique (administration) est son employeur. En effet, l’agent public exerce une mission pour
le compte de l’administration.
Comme l’usager ou le tiers, l’agent public est dans une situation de dépendance avec
la personne publique. A la différence que si les premiers appartiennent à une catégorie
extérieure à l’administration, celle de l’administré, le second fait partie intégrante de jure ou
de facto du corps de l’administration.
In fine, le requérant, qu’il soit à l’origine un administré ou non, reste dans la situation
d’infériorité par rapport à l’administration. Il le sera davantage à travers sa nature de personne
privée.
A l’origine, le requérant est d’abord est une personne privée. Bien entendu, la notion
de personne ici ne saurait être tributaire des considérations philosophiques ou extra-juridiques
au risque de s’éloigner de l’objectif assignée à ce chapitre : tracer l’origine et démontrer le
1068
BILONG (S), Responsabilité de la puissance publique…, op. cit., p. 30.
1069
Art. 39 (nouveau) du décret n° 94/199 du 07 octobre 1994 portant Statut Général de la Fonction Publique de
l’Etat.
281
déséquilibre des personnes juridiques par rapport au droit administratif et son contentieux en
général et par rapport à la production de la preuve en particulier.
C’est donc dans une opération de qualification juridique et dans le produit de cette
qualification qu’il convient de rechercher la signification de la personne en droit.
En effet, la personne « construite par le droit n’est pas une figure du monde des
réalités, mais une simple qualification. Le sujet de droit a le même statut conceptuel qu’une
figure d’un jeu (par exemple, le roi aux échecs) : sa seule définition passe par un ensemble
de postulats précisant son fonctionnement au sein de ce jeu même, en dehors duquel il n’est
qu’un morceau de matière... Les sujets de droit n’existent qu’en droit, ils possèdent une
existence institutionnelle, propre et irréductible aux êtres qui peuvent leur servir de support
physique... On n’est pas sujet de droit en vertu de certaines propriétés intrinsèques, on le
devient par l’opération de cette interprétation juridique »1070.
Dire ainsi qu’une personne est privée en droit signifie qu’elle est, soit une personne
physique (1), soit une personne morale de droit privé (2).
La notion de personne physique est une notion bien connue du droit privé notamment
du droit civil. Dans sa quintessence et son essence, la personne physique évoque l’idée d’une
personnification juridique de l’individu.
Cette personnification traduit deux états selon DOMAT : « l’état des personnes par la
nature » et « l’état des personnes par les lois civiles »1071. Comme lui, le Professeur Gérard
CORNU oppose, pour identifier la personne physique, les « facteurs d’ordre naturel » et
1070
BERNARD (A), « L'identité des personnes physiques en droit privé remarques en guise d'introduction »,
[Link], consulté le 4 janvier 2017, p. 141.
1071
« Les distinctions qui font l'état des personnes par la nature, sont fondées sur le sexe, sur la naissance, et
sur l'âge de chaque personne, en comprenant sous les distinctions que fait la naissance, celles qui dépendent
de certains défauts ou vices de conformation qu'on a de naissance: comme sont, le double sexe dans les
hermaphrodites, l'incapacité d'engendrer et quelques autres. Et quoique quelques-uns de ces défauts puissent
aussi survenir par des accidents après la naissance; de quelque manière qu'on les considère, les distinctions
qu'ils font des personnes, sont toujours de l'ordre de celles que fait la nature ». « Les distinctions de l'état des
personnes par les lois civiles, sont celles qui sont établies par les lois arbitraires, soit que ces distinctions
n'aient aucun fondement dans la nature, comme celle des personnes libres et esclaves, ou que quelque qualité
naturelle y ait donné lieu, comme sont la majorité et la minorité » ( DOMAT, Les lois civiles dans leur ordre
naturel au XVIIe , cité par BERNARD (A), « L'identité des personnes physiques », op. cit., p. 145 et s.)
282
les « considérations d’ordre social »1072. Pour Gilles GOUBEAUX trois institutions du droit
civile permettent d’identifier la personne physique : le nom, qui désigne l’individu et le relie à
sa famille ; le domicile, qui le situe géographiquement ; les actes de l’état civil, qui l’insèrent
dans la chronologie et enregistrent sa position familiale1073.
A titre d’exemple, le droit administratif préfère l’usage des concepts adaptés à son
régime, mais qui masquent mal la présence des personnes physiques ou morales privées. C’est
le cas entre autres des concepts d’administré, d’usager ou même d’agent public. Ceux-ci
mettent en exergue des personnes qui, par essence, sont des personnes physiques ou morales
privées.
1072
Comme DOMAT, il retient qu'un nombre important d'éléments constitue l'état des personnes. Le sexe ou
l'âge accompagnent la santé comme facteurs « d'ordre naturel ». Alors que les « considérations d'ordre social »
comprendraient la condition matrimoniale, l'origine familiale et d' « autres éléments » comme la profession, le
milieu social, la condition sociale ou le niveau de fortune qui ne seraient que « des considérations d'appoint ». A
ces éléments s'ajoutent le nom et le domicile, finalement essentiels et traités chacun dans une section spéciale
(CORNU (G), Droit civil, Introduction, les personnes, les biens, Montchrestien, 6e éd., 1993, p. 169 et s).
1073
GOUBEAUX (G), Traité de droit civil, L.G.D.J., 1989, p. 116.
283
Pour caractériser ces attributs, Jean-Claude KAMDEM parle de « dimension
personnelle de la demande »1074.
Cette dimension personnelle de la demande ne peut que servir l’idée que le requérant,
en tant que personne physique, revendique un intérêt particulier. Il paraît ainsi
presqu’illogique de prétendre le mettre au même pied d’égalité que l’administration, qui elle a
la charge de défendre l’intérêt général voire supérieur de l’Etat. La qualité de personne
physique du requérant implique que ce dernier a des intérêts propres et personnels à défendre.
Il s’agit des intérêts mineurs voire inférieurs par rapport à l’intérêt général, supérieur.
Les personnes morales, lorsqu’elles n’ont pas eu du mal à être acceptées, c’est par des
théories distinctes voire opposées qu’elles ont été admises. La personne morale a émergé,
s’est affirmée progressivement pour finalement s’imposer en tant que concept, catégorie voire
théorie juridique.
C’est dans le droit romain qu’il faut rechercher la conception embryonnaire des
personnes morales. L’on y trouvait déjà l’opposition entre l’ « universitas » et les « singuli »
qui la composent. Mais ce droit n’est pas parvenu à élaborer une théorie de la personne
morale, la distinction procédait seulement des nécessités pratiques1075. Au moyen âge une
véritable réflexion s’engage sur la nature des personnes morales. L’universitas s’analyse ainsi
en un « nomen intellectuale », « elle ne désigne que des individus unifiés sous un même
nom »1076.
Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que renaît une controverse juridique d’envergure, à
partir duquel s’élaborent des conceptions contemporaines sur la question. En effet, à la théorie
de la fiction légale1077 s’oppose la théorie de la réalité sociale1078. En dépit de leur opposition
1074
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, op. cit., p. 140.
1075
PAYNOT-ROUVILLOIS (A), « Personne morale », in Dictionnaire de la culture juridique, op. cit., p. 1154.
1076
Loc. cit.
1077
La théorie de la fiction légale postule que les personnes morales ne sont pas vraiment des personnes, mais
seulement des fictions de personnes. Les personnes morales ne sont créées que par imitation des personnes
physiques ; il s'agit d’une personnification de groupements ; à la différence des personnes physiques, elles sont
par principe incapables. Par conséquent, c'est à la loi et elle seule de déterminer les droits dont elles jouissent.
284
l’une contre l’autre, ces deux théories font front commun contre les théories
négationnistes1079.
Une chose est certaine, l’existence des personnes morales est admise en droit positif
camerounais où l’on distingue les personnes morales de droit public des personnes morales de
droit privé qui intéressent ici1080.
1078
La théorie de la réalité sociale signifie que, la loi ne fait que constater l'existence réelle de groupements
pourvus de la personnalité leur permettant d'exercer les droits qui leur sont attribués. La personne morale
s'impose au législateur ; les personnes morales sont des êtres sociaux nécessaires, animés d'une volonté propre,
organisés pour satisfaire ces intérêts. C'est l'existence de la volonté collective et la possibilité de l'exprimer, grâce
à des organes sociaux, qui fonde l'existence de la personne morale, indépendamment de toute intervention de
l’État.
1079
Pour ce qui est des théories négationnistes, elles sont divisées en deux groupes : la théorie de la propriété
collective et la théorie du patrimoine affecté à un but. Pour la première, notamment PLANIOL, la personnalité
morale serait en réalité une banale propriété collective : les propriétaires des biens de la personne morale sont
collectivement les membres du groupement. Cette théorie est incompatible avec l’existence d’éléments
extrapatrimoniaux attachés à la personne morale tels que le nom, le domicile ou la nationalité par exemple. Pour
les seconds, la personne morale ne serait en réalité qu’un patrimoine sans sujet, un patrimoine affecté à un but.
Cette théorie s’est essentiellement développée en Allemagne (Zweckvermögen = patrimoine but). Elle est très
bien adaptée à la fondation mais peu compatible avec les autres personnes morales.
1080
Plusieurs indices permettent de réaliser cette distinction : 1°) L’origine de l’établissement. Si sa création
résulte d’une loi ou d’un acte administratif, il a plutôt un caractère public. 2°) Le but de l’activité de
l’établissement. Si c’est un but d’intérêt général, cela va dans le sens de la nature publique de l’établissement. 3°)
Les rapports entre l’établissement et l’administration ou le gouvernement. Plus ils sont étroits, plus
l’établissement a de chances d’avoir une nature publique. 4°) L’existence de « prérogatives de puissance
publique » (comme, par exemple, le pouvoir de prendre des décisions qui s’imposent à leurs destinataires). Si
l’établissement en détient, il s’agit plutôt d’une personne publique.
1081
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, op. cit., p. 142.
285
Dans l’affaire MOUELLE KOULA Eitel1082, le juge administratif reconnaît à la
personne morale de fait un droit de recours pour excès de pouvoir. De même dans l’affaire
MBOUENDEU Jean de Dieu1083, il affirme que :
« Qu’en disposant… que toute association fondée dans les conditions prévues par la
loi peut librement ester en justice, le législateur camerounais n’a nullement voulu exclure
du prétoire administratif les associations non déclarées ».
Quoi qu’il en soit, une personne morale de droit privé demeure en situation
d’infériorité par rapport à l’administration. Comme la personne physique, celle-ci est mue par
des intérêts privés ou propres. Il est donc normal que, de par sa nature de personne privée, elle
se situe sur la marche inférieure de l’échelle des puissances par rapport à l’administration,
garante de l’intérêt général.
Devenue éventuellement, par la suite, requérante elle serait a priori en ballotement
défavorable par rapport à l’administration défenderesse si l’on en croit les implications
auxquelles sa situation d’infériorité donne lieu sur le terrain de la preuve.
De fait, la preuve est fournie devant une juridiction administrative qui a ses exigences
en termes d’accès et de procédure. La posture de dominé originel de l’adversaire de
1082
CFJ/AP, arrêt n° 1 du 9 janvier 1975, MOUELLE KOULA Eitel c/ République Unie du Cameroun.
1083
CS/CA, jugement du 29 novembre 1979, MBOUENDEU Jean de Dieu c/ Etat du Cameroun
286
l’administration fait que celui-ci est en général victime. Il se trouve ainsi traditionnellement
requérant à l’instance. Ce qui ne lui est pas toujours profitable. Il est en effet, et ce de manière
constante, dénoncé le difficile accès à la juridiction administrative (1) et une procédure
généralement très complexe (2) à laquelle il rebute très souvent. Toutes choses qui peuvent
contribuer à faire échec de son droit à la preuve.
1084
Le préambule de la loi constitutionnelle n° 96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 02
juin 1972 est peu ou prou clair : « La loi assure à tous les hommes le droit de se faire rendre justice ».
1085
L’art. 17 (1) de la loi n° 2006/022 sur les tribunaux administratifs dispose que « Le recours devant le
tribunal administratif n’est recevable qu’après rejet d’un recours gracieux adressé à l’autorité auteur de
l’acte attaqué ou à celle statutairement habilité à représenter la collectivité publique ou l’établissement
publique en cause ».
1086
ABANDA ATANGANA (A), « A la recherche d’un cadre juridique approprié… », op. cit., p. 145.
1087
GUIMDO DONGMO (B-R), « Le droit d'accès à la justice administrative au Cameroun », op. cit., p. 476.
287
« chronique du grain de sable dans la fluidité jurisprudentielle »1088 pour exprimer la
difficulté que la jurisprudence administrative éprouve dans ses interprétations à propos de
cette la règle.
Si des raisons légitimes1089 sont souvent évoquées pour justifier cette règle, un doute
est quand même jeté quant à la véritable raison de son existence. D’aucuns pensent en effet
qu’elle est « un véritable verrou protecteur de l’administration »1090. Ce qui paraît contraire
aux exigences de l’Etat de droit1091 et d’un procès équitable.
2- La complexité de la procédure
1088
ABA’A OYONO (J-C), « Chronique du grain sable dans la fluidité jurisprudentielle à la Chambre
administrative du Cameroun », in CJP, Annales de l’Université de Ngaoundéré, n°1, 2008, 259-285.
1089
D’abord elle permet à l’administration d’être informée sur les intentions de l’administré ; ensuite, elle permet
un règlement à l’amiable du litige au niveau de l’administration ; enfin, elle lie le contentieux et éclaire le juge
saisi sur le fait que l’administration et l’administré n’ont pas pu s’entendre (cf. GUIMDO DONGMO (B-R),
« Le droit d'accès à la justice administrative au Cameroun », op. cit., p. 469).
1090
ABA’A OYONO (J-C), La compétence de la juridiction administrative en droit camerounais, op. cit., p.
282.
1091
FANDJIP (O), « Les "citations directes" en droit camerounais du contentieux administratif », Jurisdoctoria
n° 8, 2012, P. 155.
1092
Ces actes décisoires non justiciables sont consacrés dans le cadre de ce que M S. BILONG a appelé « les lois
d’immunité » juridictionnelle (In BILONG (S), « Le déclin de l’Etat de droit au Cameroun : le développement
des immunités juridictionnelles », Juridis Périodique n° 62, Avril-Mai-Juin 2005, p. 53.).
1093
Lire à ce sujet : GUIMDO DONGMO (B-R), « Le droit d'accès à la justice administrative au Cameroun »,
op. cit., p. 476 et s.
288
Professeur Joseph-Marie BIPOUN WOUM parle ainsi de blocage « socio-culturel »1094.
Dans le même ordre d’idées le Professeur Maurice KAMTO constate « l’état de sous-
développement juridique de nos populations, trop souvent désarmées devant le Droit
moderne-occidental qu’elles regardent comme une matière ésotérique »1095.
A la vérité, s’il apparaît que la limitation de l’accès du justiciable au prétoire est due
au blocage socio-culturel, elle le serait davantage à cause de la complexité même de la
procédure administrative contentieuse elle-même. Cette complexité de la procédure qui fait
rebuter le justiciable conduit généralement au rejet de sa demande. L’on a souvent (parfois à
tort) fait reposer la responsabilité de cet échec au justiciable à cause de son ignorance ou de
sa négligence des règles de procédure.
Cela n’est pas certes contesté, mais il convient quand même de le relativiser. C’est
aussi, en réalité et voire en majeure partie, en raison de sa complexité que la procédure est mal
maîtrisée par le justiciable.
En effet, il faut relever que la complexité de la procédure procède des facteurs d’ordre
financier, structurel et temporel. Pour le Professeur Bernard-Raymond GUIMDO
DONGMO, ces facteurs de complexité constituent des facteurs de « dissuasions » des
justiciables à exercer leur droit au juge. Il distingue ainsi les dissuasions financière,
structurelle et temporelle pour mettre en exergue le cortège des méfaits qu’engendre la
complexité de la procédure à l’égard du justiciable.
1094
BIPOUN-WOUM (J-M), « Recherches sur les aspects actuels de la réception du droit administratif… », op.
cit., p. 381 et s.
1095
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 3.
1096
Loc. cit.
289
La dissuasion financière se rapporte au coût financier du recours et à celui lié à l’issue
défavorable du procès. La dissuasion structurelle renvoie à la persistance de la centralisation
et de la dépendance de la justice administrative d’une part et à la complexité de la répartition
des compétences juridictionnelles. La dissuasion temporelle traduit la complexité récurrente
de l’instruction des recours et de l’extension permanente de la phase de jugement1097.
La liste n’étant pas exhaustive, les dissuasions relevées constituent des obstacles à
l’exercice de son droit à la preuve par le justiciable.
Il s’est agi jusque-là des implications d’ordre général affectant le régime probatoire.
Le temps est maintenant venu de s’attarder sur les implications affectant directement le
régime probatoire.
Le mutisme des agents tient à l’obligation du secret professionnel, secret des dossiers
qui tient au principe suivant lequel en l’absence de dispositions législatives ou réglementaires,
un particulier n’a pas droit à communication des actes administratifs en vertu desquels une
décision est intervenue. Cette difficulté est particulièrement aggravée lorsque l’administration
jouissant d’un pouvoir discrétionnaire n’est pas tenue de motiver ses décisions.
1097
GUIMDO DONGMO (B-R), « Le droit d'accès à la justice administrative au Cameroun », op. cit., p. 490 et
s.
290
Le secret est aussi très présent en matière fiscale. Les agents des impôts sont tenus au
secret professionnel et ne peuvent communiquer les informations recueillies dans le cadre de
leurs fonctions. Cette obligation vaut également à l’égard des renseignements obtenus d’une
Administration fiscale étrangère, dans le cadre de l’assistance administrative mutuelle en
matière fiscale prévue par les Conventions internationales. Ne sont ainsi couvertes par le
secret professionnel que les informations exclusivement relatives au dossier médical des
patients, ou à la sécurité nationale et classées secret défense 1098.
Toutefois, par voie de réciprocité, les agents des impôts sont déliés du secret
professionnel à l’égard du Contrôle Supérieur de l’Etat, du Trésor, des Douanes, des Brigades
Economique et Financière agissant dans le cadre de leurs fonctions ainsi que des
administrations fiscales étrangères agissant dans le cadre de l’assistance administrative
mutuelle en matière fiscale prévue par une convention internationale. A la demande du
Directeur Général des Impôts, le Procureur de la République fournit toutes les informations
nécessaires au bon accomplissement des missions de l’Administration fiscale1099.
Dans cette affaire, l’Etat du Cameroun avait constitué le Sieur NJINE GANGLEY
Michel, par l’entremise d’un arrêté, débiteur envers le trésor public. Il lui était reproché de
s’être rendu, durant la période où il a assumé les fonctions de représentant permanent du
Cameroun auprès des Nations Unies à NEW YORK, coupable des malversations et
irrégularités graves d’un montant de 162 208 394 francs. Le sieur NJINE NGANGLEY avait
alors saisi la Chambre administrative d’un recours en excès de pouvoir pour faire annuler ledit
arrêté.
1098
Art. L 47 (1) et (2) du Livre des procédures fiscales.
1099
Art., L 48.
1100
CS/AP, arrêt n° 1 du 18 avril 1996, Etat du Cameroun c/ Michel NJINE GANGLEY.
291
Celle-ci, pour arriver à la manifestation de la vérité, avait ordonné un jugement avant-
dire droit qui autorisait les parties à faire la preuve par tous les moyens de leurs allégations.
Ce jugement précisait par ailleurs que :
Mais, face aux difficultés rencontrées auprès de l’Etat pour exécuter la décision ci-
dessus, la Chambre a partiellement déclaré le recours fondé dans un jugement rendu en
janvier 1980.
Mais l’Etat du Cameroun, qui s’était pourvu en appel contre cette décision, allait la
voir confirmée par l’Assemblée Plénière. Cette dernière, suite à l’improductivité de
l’expertise qu’elle avait ordonnée plus tôt en avant-dire droit le 15 novembre 1984, avait suivi
le sens des arguments du sieur NJINE NGANGLEY d’après lesquels :
« … l’avant-dire droit a entre autres mesures autorisé les parties à faire la preuve
par tous les moyens de leurs allégations, les moyens à la disposition de NJINE, ne peuvent
être des livres comptables, les doubles de correspondances, les souches des chèques qui se
trouvent être la propriété de l’Etat du Cameroun et conservés à la représentation
diplomatique ;
Que c’est l’Etat du Cameroun qui a fait obstacle à son exécution, pour raison d’Etat
et ne peut donc se prévaloir de sa propre turpide ».
« Considérant qu’il est amplement démontré que l’Etat du Cameroun n’a jamais
produit ni les preuves, ni les pièces justificatives de détournement reproché à NJINE
NGANGLEY Michel ;
Considérant que les mesures d’instruction ordonnées aussi bien par la Chambre
Administrative que par l’Assemblée Plénière, ont été bâclées, cas de l’expertise, ou leur
exécution simplement renvoyée par l’Etat du Cameroun, cas du transport sur les lieux de la
Chambre administrative ;
292
Cette affaire met en lumière la capacité qu’a l’Etat de faire obstacle à la manifestation
de la vérité. On voit en effet ici que l’Etat évoque la raison d’Etat pour empêcher une descente
sur les lieux.
Mais cette stratégie de défense de l’administration s’est révélée être une épée à double
tranchant pour celle-ci. En décidant en effet de faire obstacle à la manifestation de la vérité,
l’administration s’est vue discréditer pour la même raison par l’Assemblée Plénière. Car, la
raison d’Etat qui est un terme creux et vague ne pouvait pas suffire à convaincre le juge
administratif dans l’espèce.
293
C ONCLUSION DU CHAPITRE
L’on s’est ensuite appesanti sur le requérant qui, en général, est une personne autre
que l’administration. Et contrairement à cette dernière, il n’est pas un sujet privilégié du droit
administratif. Il est simplement, soit un administré, soit un participant à l’exécution du service
public ou du travail public. Quoi qu’il en soit, dans chacun de ces deux états, il est un
particulier, une personne privée, c’est-à-dire encore soit une personne physique, soit une
personne morale privée. Il se trouve donc en posture de dominé et traditionnellement de
victime. Ce qui le met dans une situation inconfortable, dans la mesure où, c’est lui en
principe qui doit en premier apporter la preuve des faits qu’il invoque et qu’il ne détient pas
toujours. Or l’accès à la juridiction, la complexité de la procédure d’une part, et le mutisme de
l’administration et le secret de ses dossiers d’autre part, ne lui facilitent pas la tâche.
294
En clair, pour toutes les raisons avancées, la preuve n’est pas facilement à la portée du
requérant. C’est au juge administratif qu’il revient en conséquence, usant de ses pouvoirs
inquisitoriaux, de rééquilibrer les forces en présence par l’inversion du fardeau de la preuve.
295
C HAPITRE II : L’OPERATIONNALISATION DU
REEQUILIBRAGE PAR L’INVERSION DE LA CHARGE DE
LA PREUVE
296
La spécificité du régime probatoire en contentieux camerounais repose en majeure
partie sur le pouvoir qu’a le juge administratif d’attribuer de manière autoritaire le fardeau de
la preuve à l’une des parties. C’est bien parce qu’il dispose de ce pouvoir qu’il peut
rééquilibrer le rapport de forces entre les parties. Dans les développements précédents, il a
amplement été démontré que l’administration a des pouvoirs et des privilèges qui l’érigent en
super justiciable ou, pour le moins, en un justiciable pas comme les autres.
Si l’on ne se situe plus à l’époque où les légistes français considéraient que « le roi ne
peut mal faire »1101 ou celle à laquelle les auteurs camerounais évoquaient
« l’institutionnalisation de la légalité de crise »1102 ou encore « la sacralité comme
fondement du pouvoir de l’Etat »1103 pour démontrer « l’accroissement des prérogatives des
autorités administratives »1104, il reste que la puissance de l’administration continue à
imposer et à s’imposer. Cette puissance est telle qu’affronter l’administration en justice
pourrait parfois s’avérer risqué, ne serait-ce que sur le terrain de la preuve.
Ainsi, s’il apparaît excessif de dire que, « plaider et prouver contre l’Etat est un acte
d’imprudence, voire de témérité »1105, il est en revanche tout à fait mesuré d’affirmer que, le
faire, est un lourd fardeau pour le citoyen. En effet, l’administration génère des intérêts
collectifs, considérés comme supérieurs ; ses décisions sont présumées légitimes et
nécessaires ; ses fonds sont ceux de tous les contribuables. Différente est la situation de
l’usager, de l’administré, à l’égard duquel l’Etat dispose de pouvoirs de contrainte sociale et
juridique : pour le citoyen, la preuve des faits est un fardeau, souvent très lourd1106.
Il est donc compréhensible que, dans le procès fait à l’Etat, la première question
décisive, qui se pose au juge ne soit pas celle de la qualité de la preuve mais celle de sa
charge1107.
1101
PLANTEY (A) et BERNARD (F-Ch), La preuve devant le juge administratif, op. cit., p. 89.
1102
OWONA (J), « L’institutionnalisation de la légalité d’exception dans le droit public camerounais », in RCD,
n° 6, Juillet-Décembre, 1974.
1103
KAMTO (M), Pouvoir et droit en Afrique noire, op. cit., p. 65 et s.
1104
NLEP (R-G), L’administration publique camerounaise…, op. cit., p. 284 et s.
1105
PLANTEY (A) et BERNARD (F-Ch), La preuve devant le juge administratif, op. cit., p. 89.
1106
PLANTEY (A), « La preuve devant le juge administratif », in JCP-la semaine juridique, doctrine, 1986, I.
3245, n° 2.
1107
Loc. cit.
297
La question relative à la charge de la preuve devient dès lors une préoccupation
centrale à ce stade de l’étude. C’est en effet du traitement que lui réserve le juge administratif
camerounais que se dessine l’originalité du régime probatoire en contentieux administratif
camerounais et surtout le soubassement de ses pouvoirs de preuve. Que faut-il dès cet instant
entendre par charge de la preuve ?
1108
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., p. 845.
1109
FOUMENA (GT), Le juge administratif et la preuve, op. cit., p. 314.
1110
DARCY (G), « La preuve et le juge administratif », op. cit., p. 114.
298
défendeur, mais au requérant d’apporter la preuve des faits par lesquels il est incriminé. Le
requérant se trouve ainsi être « le principal répondant de la charge de la preuve »1111. Il est
donc normal que l’on fasse peser un doute sur ses allégations s’il ne rapporte la preuve de
celles-ci. L’adage actori incumbit probatio traduit mieux que toute autre règle cette exigence
classique quel qu’en soit le type de contentieux en cause. Le droit du contentieux administratif
camerounais en particulier a fait sienne cette règle classique du droit de la preuve.
L’invocation de cet adage y est alors constante (paragraphe I), notamment dans des
domaines contentieux précis et avec des conséquences pour chaque partie (paragraphe II).
L’adage actori incumbit probatio a une origine civiliste. Elle résulte des dispositions
du Code civil aux termes desquelles : « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit
la prouver. Réciproquement, celui qui se prétend libéré, doit justifier le paiement ou le fait
qui a produit l’extinction de l’obligation »1112. La procédure civile reste dominée par cet
adage qui fait peser le fardeau de la preuve sur le demandeur.
A- La signification
1111
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, [Link], pp. 378.
1112
Art. 1315.
1113
ROLAND (H), Lexique juridique, Expressions latines, Litec, 5è éd., 2010, p. 11.
299
envisagée selon une double conception : une conception extensive (1) à laquelle l’on peut
opposer une conception stricte (2).
1- La conception extensive
Dans une large acception, la règle actori incumbit probatio signifie que la preuve des
faits incombe à celui qui les invoque. Comme le souligne Henri LEVY-BRUHL « la
maxime actori incumbit probatio (…) n’est exacte et ne prend de portée générale que si par
ce mot actor on désigne non pas le demandeur au sens technique, mais celui qui veut
modifier en sa faveur l’ordre existant »1114.
La règle ne signifie donc nullement que dans un procès, la charge de la preuve de tous
les faits pèse sur le requérant, le défendeur devant sans cesse l’obliger à prouver tel ou tel fait,
à détruire telle ou telle allégation1119. Dire donc que la charge de la preuve appartient au
défendeur ne signifie pas nécessairement qu’il doive en personne, apporter toute la preuve1120.
300
La charge de la preuve pèse donc sur toutes les parties. Toutefois, l’on note une
fluctuation selon que l’on est en procédure civile ou en contentieux administratif.
En procédure civile, la règle actori incumbit probatio est adaptée aux exigences du
principe de la neutralité du juge. Le principe de la neutralité dans le domaine des preuves est
considéré en procédure civile, comme la conséquence du pouvoir de direction du juge. On lui
rattache deux caractères fondamentaux du droit des preuves en matière civile. Les parties
seules doivent rechercher et réunir les faits et actes qu’elles invoquent à l’appui de leurs
prétentions respectives. Le juge civil n’a aucun pouvoir d’investigation, il joue le rôle d’un
arbitraire supérieur qui départage les plaideurs sans participer lui-même à la recherche des
preuves.
Le principe de neutralité conduit le juge à être moins actif et non passif dans la
recherche des preuves. Car, si les parties s’affrontent sous son arbitrage, il garde toutefois la
possibilité d’ordonner ex officio les mesures d’instruction.
In fine, de ce qui précède, il importe de retenir que l’acception large de la règle actori
incumbit probatio permet d’impliquer toutes les parties au procès dans la production des
preuves devant servir à établir la véracité des faits. Toutefois, ladite règle s’adapte aux
caractéristiques de chaque contentieux en cause. En procédure civile, elle est sous l’influence
du principe de neutralité du juge et en contentieux administratif, elle reste sous l’effet du
principe d’inquisitorialité.
1121
Ibid., pp.367-368.
301
A cette acception large de la règle actori incumbit probatio se distingue une acception
stricte.
2- La conception restrictive
La conception restrictive de l’adage actori incumbit probatio repose sur le postulat que
le requérant est le principal répondant de la charge de la preuve. Faire subir au requérant le
fardeau de la preuve a sa logique. Il est celui qui réclame, qui prétend, qui « dérange » et qui
a donc à s’en justifier1122. Cela se justifie différemment selon qu’il s’agit de la procédure
civile ou des contentieux administratif et fiscal.
En droit civil processuel d’abord, ce principe obéit à la finalité du procès qui consiste à
pénaliser a priori celui qui, en saisissant le juge est considéré comme l’individu qui trouble la
paix sociale1123. Tout se passe comme si le requérant qui saisit une juridiction venait
compromettre une situation juridique restée paisible jusqu’à la saisine du juge. En sorte que
c’est celui qui prend une initiative, notamment en introduisant un recours devant le juge, qui
doit démontrer le bien-fondé de sa prétention1124.
En contentieux administratif ensuite, cet adage peut trouver son fondement dans le
privilège du préalable. En effet, en raison de sa présomption de conformité à la loi, l’acte
administratif crée d’office des droits ou des obligations à la charge des particuliers. Il
appartient donc à l’administré qui conteste la légalité de l’acte administratif en cause, de
rapporter devant le juge, la preuve de sa contrariété à la loi. Aussi, renvient-il à celui qui
s’estime victime d’un préjudice que lui a causé l’administration de le prouver, d’en établir la
matérialité des faits l’ayant entraîné.
1122
PACTEAU (B), Manuel de contentieux administratif, op. cit., p. 169.
1123
De La MARDIERE (C), La preuve en droit fiscal, Paris, Nexis-Lexis, coll. Litec, 2009, p. 1.
1124
Loc. cit.
1125
AKONO OMGBA SEDENA, L’apport du juge administratif au droit fiscal au Cameroun, op. cit., p. 449.
302
En somme, l’adage actori incumbit probatio peut être résumé autour du principe selon
lequel, « le juge, quel qu’il soit, tiendra à obtenir du demandeur la démonstration de son
droit »1126. Ce principe repose sur des fondements précis.
B- Les fondements
L’on peut, pour l’illustrer, prendre en exemple parmi les textes généraux consacrant
cet adage : le tout premier texte régissant la procédure administrative contentieuse au
Cameroun ou, pour être précis, sur le territoire du Cameroun, le décret du 16 décembre 1921
déterminant la procédure à suivre devant le Conseil du Contentieux Administratif du
Territoire du Cameroun ; et la loi de 2006 actuellement en vigueur fixant l’organisation et le
fonctionnement des tribunaux administratifs.
1126
De La MARDIERE (C), La preuve en droit fiscal, op. cit., p. 1.
1127
C’est le cas du Professeur Maurice KAMTO et du Professeur Célestin SIETCHOUA qui, traitant de la
question, ne font pas la moindre allusion au texte pour justifier sa consécration (in Droit administratif processuel
du Cameroun, op. cit., p. 60 et s., pour le premier ; in L’appel dans le contentieux administratif au Cameroun,
op. cit., p. 258 et s., pour le second). C’est également le cas de Monsieur Gaétan Thierry FOUMENA, in La
charge de la preuve dans le contentieux administratif camerounais, Mémoire de DEA en Droit public,
Université de Yaoundé II, FSJP, 2005/2006, p. 14 et s.
1128
FOUMENA (GT), ibid., p. 15.
303
motive la demande, les moyens et les conclusions, l’énonciation des pièces jointes »1129. La
loi de 2006 énonce de son côté : « La requête introductive d’instance doit contenir…
l’exposé des faits qui servent de base à la demande, les moyens et l’énumération des pièces
à l’appui de la demande »1130. Il faut préciser qu’en dehors de ces deux textes, d’autres qui
n’auront pas été ici cités comportent mutatis mutandis de telles disposition.
Cela est d’autant plus vrai qu’au même moment la loi ne conserve pas à l’égard du
défendeur la même rigueur. L’absence d’objet, de moyens et en fin de compte de mémoire en
défense, ne conduit pas nécessairement et tout de suite à l’annulation de la décision de
l’administration défenderesse ou à sa condamnation au paiement des dommages et intérêts.
L’affaire pourrait plutôt, le cas échéant, être jugée par défaut. Si même dans l’hypothèse d’un
jugement par défaut, il est avéré que les moyens du requérant n’établissent pas suffisamment
l’illégalité de l’acte ou la responsabilité de l’administration, il échouera au procès, malgré
l’absence de défense. C’est dire qu’il reste le principal répondant de la charge de la preuve.
Dans le sillage de ces textes généraux, des textes particuliers font implicitement planer
l’existence d’une charge de la preuve sur le requérant. C’est le cas du décret portant sur les
conditions d’obtention du titre foncier1132. L’article 2 dudit décret dispose que : « …le
1129
Art. 2, décret du 16 décembre 1921 déterminant la procédure à suivre devant le Conseil du Contentieux
Administratif du Territoire du Cameroun.
1130
Art. 35 (1), de la loi n° 2006/022 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
1131
COULIBALEY (B), « Le juge administratif, rempart de protection des citoyens contre l’administration en
Afrique noire francophone », in [Link], consulté le 19 mai 2016, p. 9.
1132
Décret n°2005/481 du 16 décembre 2005.
304
ministre chargé des Affaires foncières peut, en cas de faute de l’administration, résultant
notamment d’une irrégularité commise au cours de la procédure d’obtention du titre
foncier, et au vu des actes authentiques produits, procéder au retrait du titre foncier
irrégulièrement délivré ». Lorsque le requérant souhaite faire annuler ledit titre devant le juge
administratif, il doit apporter la preuve de la faute de l’administration, c’est du moins
l’interprétation donnée à cette disposition par le juge administratif dans l’affaire
NGANTCHOU Isaac1133.
De même la législation fiscale fait peser la charge de la preuve à certains égards sur le
requérant. L’article L. 4 du Livre des procédures fiscales dispose que : « les contribuables
sont tenus de présenter à toute réquisition de l’administration fiscale, tous les documents et
pièces comptables obligatoires complétés, le cas échant, par les éléments de la comptabilité
spécifiques à la nature de l’activité exercée, permettant d’établir la sincérité des éléments
portés sur leurs déclarations ».
Cela suppose que, dans un système déclaratif (à l’instar du Cameroun), l’impôt est
liquidé sur la base des informations contenues dans les documents comptables mis à la
disposition de l’administration fiscale par le contribuable. Si celui-ci soulève devant le juge
administratif, une erreur entachant l’imposition à laquelle il est assujetti, il doit administrer la
preuve, documents comptables à l’appui1134. Le juge administratif l’a admis dans l’affaire
CFC1135. Il déclare en substance que :
1133
CS/CA, jugement n°24/03‐04 du 28 janvier 2004 NGANTCHOU Isaac c/ Etat du Cameroun.
1134
FOUMENA (GT), Le juge administratif et la preuve, op. cit., p. 317.
1135
CCA, arrêt n°450 du 25 février 1956 CFC c/ Administration du Territoire.
305
2- Les fondements jurisprudentiels
L’on est certes d’avis qu’il s’agit de l’une des toutes premières consécrations
jurisprudentielles de cet adage en contentieux administratif camerounais. Mais, il faut dire que
ledit adage en avait déjà reçu consécration textuelle, notamment par l’entremise de l’article 2
de l’arrêté de 1921 précité, comme précédemment démontré. C’est en réalité ce texte qui
marque l’entrée de cet adage en contentieux administratif « camerounais ». La jurisprudence,
en le consacrant, n’a fait qu’à vrai dire appliquer le texte. C’est une réalité qui ne doit pas être
occultée.
Contrairement donc à ce qui faisait foi jusqu’ici en doctrine, l’adage actori incumbit
probatio a d’abord connu un fondement textuel Ŕ qui d’ailleurs s’est immortalisé Ŕ, puis
jurisprudentiel par la suite. La jurisprudence relaie donc, à l’instar de l’affaire NININE sus
évoquée, les textes dans la consécration de cet adage. Si les exemples en sont légions, il
convient cependant de ne distinguer que les hypothèses où le juge affirme explicitement le
principe et celles où, sans l’affirmer clairement, il fait néanmoins reposer le fardeau de la
preuve sur le requérant.
1136
CCA, arrêt n° 101 du 28 juillet 1952, NININE c/ Liste de défense des intérêts régionaux électoraux du
Diamaré.
1137
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 258.
306
« Attendu que le fardeau de la preuve incombe au demandeur qui doit établir le
bien-fondé de sa prétention ».
Pour ce qui est de la seconde hypothèse, le juge administratif matérialise, sans le dire,
l’application de l’adage par des expressions telles entre autres :
L’on peut voir à travers ces formules que le juge administratif fait reposer la charge de
la preuve sur les épaules du requérant. Il suffit pour tout à fait le réaliser d’examiner le champ
d’application de cet adage ainsi que ses conséquences.
1138
CFJ/AP, arrêt n° 8, 28 octobre 1970, ONANA Jean Pierre c/ Etat fédéré du Cameroun Oriental.
1139
CS/CA, jugement n° 8/79-80 du 29 novembre 1979, Elites BANKA représentées par MBOUENDEU Jean de
Dieu c/ Etat du Cameroun
1140
CFJ/SCAY, arrêt n° 31/ du 15 novembre 1966, sieur EKINDI JOËL c/ Etat du Cameroun.
1141
CFJ/AP, arrêt n° 5 du 31 mars 1971, 1) Etat fédéré du Cameroun c/ BABA Youssoufa 2) BABA Youssoufa
c/ Etat fédéré du Cameroun.
1142
CS/AP, arrêt n° 39 du 23 juin 1983, SALA MEDOU Gaston c/ Etat du Cameroun.
1143
CS/AP, arrêt n° 1 du 26 novembre 1981, NOAH MBIA Jean Daniel c/ Etat du Cameroun.
307
A- Le champ d’application
1144
Il faut préciser que l’application de cette règle ne se limite pas à ces deux contentieux. On peut également
l’étendre au contentieux de la répression. Les contestions qui rentrent dans cette dernière division du contentieux
diffèrent (des autres contentieux) en ce qu’elles ont pour objet immédiat non des actes ou des décisions de
l’autorité administrative, mais certains actes émanés des particuliers et dénoncés comme illicite par
l’administration qui en requiert la répression au juge administratif. Mais à cause de sa rareté, l’on ne s’y est pas
intéressé.
1145
LAFERRIERE (E), Traité de la juridiction administrative et des recours contentieux, t1, op. cit., p. 15.
1146
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 233.
1147
MORAND-DEVILLER (J), Cours: Droit administratif, op. cit., p. 774.
1148
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 236.
308
préexistante. Lorsque le sujet soulève pareille question il appartient au contentieux subjectif et
le rôle de la juridiction est de constater l’existence et l’étendue de cette situation et de
prononcer une condamnation en conséquence1149. Son domaine est celui de la responsabilité,
en matière extracontractuelle et en matière contractuelle.
Qu’il s’agisse de l’un ou de l’autre des recours de pleine juridiction, la situation n’est
pas exactement la même qu’en matière d’annulation et précisément de recours pour excès de
pouvoir s’agissant de l’application de la règle actori incumbit probatio. Charles
DEBBASCH relève à ce sujet que, dans le plein contentieux, « des relations antérieures à
l’acte attaqué entre l’administration et le requérant ont créé entre eux des liens qui vont
faciliter la preuve. Le demandeur tirera de ces relations des preuves à l’appui de son
recours »1151. Le juge sera ainsi plus rigoureux et exigeant envers le requérant dans
l’établissement de la preuve de ce qu’il avance.
L’on note, en ce qui concerne par exemple le recours ordinaire (subjectif) du plein
contentieux, précisément en premier lieu de la responsabilité extracontractuelle Ŕ que l’on
n’hésite pas à qualifier de responsabilité civile extracontractuelle1152 Ŕ, que le juge
administratif camerounais exige au requérant les preuves : du dommage ou du préjudice
matériel1153, moral1154 et corporel1155 ; de la faute de l’administration1156, et celle du lien de
1149
DUGUIT (L), Les transformations du droit public, Librairie Armand COLLIN, Paris, 1913, p. 187.
1150
Ibid., p. 239.
1151
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, [Link], p. 381.
1152
ONDOA (M), Le droit de la responsabilité dans les Etats en développement, [Link]., p. 37.
1153
CCA, arrêté n°290 du 27 mars 1954, BEKADA Moïse c/ Administration du Territoire et sieur MOLINATTI,
CCA, arrêt n°322 du 10 décembre 1954, MOUANGUE YOMEWO Joseph c/ Administration du Territoire ;
CCA, arrêt n°317 du 3 septembre 1954, collectivité BONAMINKANO (MINKANO ABEL) c/ Administration
du Territoire ; CCA, arrêt n°796 du 10 juillet 1959 sieur RIBEYRE René c/ Etat du Cameroun. CFJ/SCAY, arrêt
n°40 du 30 avril 1968, BABA YOUSSOUFA c/ État du COR V. également CS/AP, arrêt n°4 du 26 octobre 1978
NDJEUJI Maurice c/ Etat du Cameroun ; CS/AP, arrêt n°12/A du 04 janvier 2001, NGAMY Emmanuel c/ État
du Cameroun ; CS/PCA, ord. n°59 portant rejet d’une demande de sursis à exécution affaire n°16/76‐77 Michel
NJINE NGANGLEY c/ Etat du Cameroun ; jugement n°20/CS/CA du 3 février 1977 ATANGANA ESSOMBA
309
causalité existant entre la faute et le préjudice1157. Concernant ensuite la responsabilité
contractuelle, le juge exige également au requérant d’apporter la preuve de ses allégations 1158.
Protais c/ Etat du Cameroun ; CS/PCA, ord, n°1/OSE /79‐80 portant rejet d’une demande de sursis à exécution,
KOUOH Emmanuel Christian c/ Etat du Cameroun ; CS/CA jugement n°8/ /81‐82 du 28 janvier 1982,
NDOUGSA Joseph Valentin c/ Etat du Cameroun ; CS/PCA, ord./ n°5/ROSE /82‐83, 16 février 1983,
MBIAMA MESSANGA Casimir c/ Etat du Cameroun ; CS/PCA, ord. 21/ORSE/ /82‐83, OBALE AKO
Emmanuel c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°99/04‐05/ du 27 avril 2005, SADOU YAYA c/ Etat du
Cameroun (MINUH) ; CCA, arrêt n°703/ du 13 juin 1958, TUBBE EKWA Samuel c/ Etat du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°44/ ADD du 4 mars 1976, NANA LEVI Lucien c/État du Cameroun ; CA/CS, jugement
n°18/2008 du 16 janvier 2008, KON ABONDO Gérard c/ Etat du Cameroun.
1154
CS/AP, arrêt n°5 du 18 décembre 1980, David René SENDE c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement
n°78/93‐94 du 25 août 1994, OBAMA OTTOU Joseph c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°92/2008/ du
13 août 2008, NKONGO BIDZANGA Maximilien c/ Etat du Cameroun (MFPRA). V. également CS/CA,
jugement n°22/2001‐2002 du 28 février 2002, KON ABONDO Gérard c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement
n°68/2002‐2003 du 24 avril 2003, MBIRVI DJOUMBAL Amadou c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement
106/2002‐2003 du 27 août 2003, BACKINI YETNA Prosper c/ Etat du Cameroun (MINPAT) ; CS/CA,
jugement n°41/04‐05 du 2 février 2005, Mme EBENGUE ESSOMBA née EVA Rose c/ Etat du Cameroun
(MINJUSTICE) ; CA/CS, jugement n°54/2008/ du 02 avril 2008, TCHUINOU David c/ Etat du Cameroun ;
CA/CS, jugement n°183/2010 du 23 juin 2010, WAFFO WOKAM Lucie c/ Etat du Cameroun (C.U.
DOUALA).
1155
CCA, arrêt n°339 du 15 mars 1955, KOH BELLA James c/Administration du Territoire.
1156
CCA, arrêt n°352 du 12 juillet 1955, B.A.O c/ Administration du Territoire ; CFJ/SCAY, arrêt n°33 du 30
avril 1968, Dame ESSOLA Jacqueline c/ République Fédérale du Cameroun ; CCA, arrêt n°495/ du 29
septembre 1956, AMOUGOU MBARGA Basile c/ Territoire V. également CCA, décision n°250/ du 25
septembre 1953, AKONO Jean c/ Administration du Territoire ; CFJ/SCAY, arrêt n°33/ du 30 avril 1968, Dame
ESSOLA Jacqueline c/ République Fédérale du Cameroun ; CS/CA, jugement n°30/82‐83 du 24 février 1983,
ONGBA ONYA c/ Etat du Cameroun V. également CS/CA, jugement n°18/2002‐2003 du 28 novembre 2002,
MOUNDI Daniel c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°113/04‐05 du 29 janvier 2005, Famille SAM
KOUM c/ Etat du Cameroun ; TE, arrêt n°290/ du 31 mai 1963, Dame MENGUE Marie c/ Etat du Cameroun ;
TE, arrêt n°275 du 8 avril 1965, sieur ENYENGUE EKANI Joseph c/ Etat du COR . CFJ/SCAY, arrêt n°44 du
30 avril 1968, ESSIANE AKA’A Jean c/ Etat du COR ; CFJ/SCAY, arrêt n°44 du 30 avril 1968 EBODE,
ONANA Rigobert c/ CPE de Yaoundé.
1157
CFJ/SCAY, arrêt n°33 du 30 avril 1968, dame ESSOLA Jacqueline c/ République Fédérale du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°49 /81‐82 du 27 mai 1982, ESSONO Jean Baptiste c/ Etat du Cameroun ; CFJ/SCAY Arrêt
n°33 du 30 avril 1968, Dame ESSOLA Jacqueline c/ République Fédérale du Cameroun ; CS/CA, jugement
n°45/81‐82 du 27 mai 1982, DZIETHAM Pierre c/ Etat du Cameroun.
1158
CS/AP, arrêt n°63/A du 9 octobre 2008, Pierre Louis GAIL c/État du Cameroun (MINDAF) ; CCA, arrêt
n°702 du 13 juin 1958, MARINO JACQUES c/ Etat du Cameroun ; CA/CS, jugement n°150/2008 du 19
novembre 2008, ENTREPRISE TAGAH Joseph c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°178/2010 du 13 juin
310
Pour ce qui est des recours objectifs de plein contentieux, l’on peut d’abord relever
s’agissant du contentieux administratif de l’impôt que le juge administratif met
traditionnellement en application la règle actori incumbit probatio. Il demande ainsi au
contribuable lorsqu’il est saisi d’apporter les preuves : de l’exagération1159 ou de l’erreur1160
d’une imposition en cas de taxation d’office ; de l’autorisation par le fisc du réinvestissement
des bénéfices en cas de demande d’exonération de taxation 1161; du paiement régulier des
contributions directes1162 ; de l’exactitude des chiffres et bénéfices déclarés 1163; du paiement
d’une taxe de remplacement en cas de demande de dégrèvement1164.
2010, société ECAME et T.P c/État du Cameroun ; CS/CA, jugement n°41/96‐97 du 05 décembre 1996,
DZONGANG Albert c/ Etat du Cameroun ; jugement n°49/2009/CS/CA du 28 janvier 2009, société Cameroun
Plaques Internationales (CPI) c/ Etat du Cameroun (MINTRANSPORT).
1159
Cf. : CCA, arrêt n°450 du 25 février 1956, CFC c/ Administration du Territoire ; CS/AP, arrêt n°15 du 19
juin 1980 NJOUKWE Moïse c/État du Cameroun.
1160
CS/AP, arrêt n°02 du 29 décembre 1994, société Anonyme des brasseries du Cameroun.
1161
CCA, arrêt n°780 du 22 mai 1959, PIPINIS Georges c/ Etat du Cameroun.
1162
CS/CA, jugement n°21/91‐92 du 27 février 1992 CHANA Rose c/ Etat du Cameroun (MINFI).
1163
CCA, décision n°162 du 5 décembre 1952 ABTOUR Georges c/ Administration du Territoire ; CFJ/SCAY,
arrêt n°36 du 30 avril 1968 EBO SAMSON c/ Etat du Cameroun.
1164
CS/CA, jugement n°6/ ‐74‐75 du 28 septembre 1974, Les Boulangeries réunies c/ Etat du Cameroun.
1165
CCA, décision n°123 du 19 septembre 1952, BELL et BEBEY EYIDI c/ SOPPO PRISO Elections dans la
région du Wouri 2e section ; CCA, décision n°119 du 6 août 1952, EVENGUE NSOMOTO c/ WOUNGLY
MASSAGA, Elections dans la région de Kribi 2e section ; CCA, décision n°107 du 26 juillet 1952, ESSI
ESSAMA PHILIPPE c/MEDOU Gaston Élections à l’Assemblée territoriale, région du DJA et LOBO 2e
section ; CCA, décision n°147 du 26 novembre 1952, AMOUGOU René c/ Administration du Territoire ; CCA,
décision n°149 du 26 novembre 1952, NOAH MVOGO Marcel c/ Administration du Territoire ; CCA, décision
n°161 du 12 novembre 1952, ABESSOLO NKOUDOU c/ Territoire ; CCA, décision n°155 du 26 novembre
1952, EFILA MONGO François c/ Territoire ; CCA, arrêté n°343 du 9 juin 1955, NYAPEYE Michelin c/
Administration du Territoire.
1166
CCA, arrêt n°430 du 10 décembre 1955, NGOM Martin c/ Elections Membres du conseil municipal du
groupe B de la commune Rurale de BAFIA ; CCA, arrêt n°438 du 10 décembre 1955, MBEDE Alphonse c/
Elections commune rurale de DOUME section Centre urbain ; CCA, arrêt n°439 du 10 décembre 1955,
NGOMBA Gustave c/ Elections commune rurale de LOUM Section Etrangers‐MOUM B ; TE, Arrêt n°177 du
15 décembre 1961, DIBOUSSI Samuel EITEL c/MOUELA MOUNOS Samuel MPAH GODEFROY ;
311
communale de supervision1167 ; et de l’irrégularité des opérations de vote1168 ; du statut de
membre du collège électoral dans les élections au sein des chambres consulaires1169.
CFJ/CAY, arrêt n°115 du 8 décembre 1970, RINGOM Marcel c/Élections Municipales de MBANG ; Décision
n°212/CCA du 16 janvier 1953 AMOUGOU Adalbert c/Territoire ; Arrêt n°375/CCA du 8 septembre
1955 LOBE Louis Georges c/Administration du Territoire ; Arrêt n°376/CCA du 8 septembre 1955
KOMBO SIMBANG c/Administration du Territoire.
1167
CS/CA, jugement n°01/96‐97 du 31 octobre 1996, SDF c/ Etat du Cameroun (District de BALIKUMBAT) ;
CS/CA, jugement n°81/01‐02 du 03 septembre 2002, KOTIE Emmanuel et autres, candidats UPC (commune
Urbaine de Douala V) c/ ETAT du Cameroun (MINAT) et le RDPC ; CS/CA, jugement n°46/ ADD/ 2001‐2002
du 3 septembre 2002, (Garga Haman ADJI) (commune urbaine de Maroua) c/ Etat du Cameroun et RDPC
(Intervenant volontaire).
1168
CCA, décision n°176 du 9 janvier 1953, MINKOULOU Robert c/Territoire ; CCA, décision n°177 du 9
janvier 1953, OMGBA François c/ATANGANA Laurent ; CCA, décision n°179 du 9 janvier 1953, OWONA
WOLFGANG c/ ATANGANA Laurent ; CCA, décision n°106 du 28 juillet 1952, MAY ABAMET c/ Sultan
MAROUF ; CCA, décision n°109 du 26 juillet 1952, KOUMKANG et MALLON Ebenezer c/ DISSAKE Hans ;
CCA, décision n°10 du 30 juillet 1952, ABESSOLO NKOUDOU c/ Liste des Indépendants NYONG et
SANAGA ; CCA, décision n°115 du 6 août 1952, UM NYOBE RUBEN c/ ABBE MELONE ; /CCA, décision
n°116 du 6 août 1952, SHE ONANA Paul c/ WOUNGLY MASSAGA ; CCA, décision n°122 du 19 septembre
1952, OKALA c/ KOTOUO ; CCA, décision n°213 du 16 janvier 1953, AMBASSA OWONA Gustave c/
BOMBA ; CCA, décision n°214 du 16 janvier 1953 NDOUNA MVONDO Constantin c/ BOMBA Zacharie ;
CCA, arrêt n°415 du 19 novembre 1955, MBANG Fabien c/ Election d’un membre au conseil Municipal de
BAFIA section d’ELIP II ; CCA, arrêt n°47 du 19 novembre 1955, NJANGA Joseph c/ Election sieur
NDOUMBE LOBE ; CCA, arrêt n°418 du 19 novembre 1955, KOUENDJOU HAPPI c/ Election d’un membre
du conseil municipal de LOUM section de BAFANG ; CS/CA, jugement n°03/96‐97 du 31 octobre 1996
UNDPC / Etat du Cameroun (Commune rurale de MEIGANGA) ; CCA, arrêt n°420 du 19 novembe1955,
MOAMIDI Benoit c/ Election sieur TONGA NDAOUSSA ; CCA, arrêt n°421 du 19 novembre 1955, MAM
POUSS MPAH Marcel c/ Élection d’un membre de la commune Mixte rurale section SEGUELENDOM de
DOUME ; CCA, arrêt n°421 du 19novembre 1955, NANFANG Pierre c/ Election membre commune mixe
Rurale de LOUM section de Bafoussam ; CCA, arrêt n°489 du 10 décembre 1955, BIBOK ZE Paul c/ Election
ZOCK Paul ; CCA, arrêt n° 393 du 10 décembre 1955, BIDJOCKA Daniel et KANA MALABERT c/ Election
d’un membre du conseil Municipal de la commune mixte rurale d’ESEKA ; CCA, arrêt n°436 du 10 décembre
1955, BILONG Alexandre c/ Election EONE EONE Gustave ; CCA, arrêt n°518 du 20 décembre 1956, sieur
ABESSOLO Luc c/ Elections Municipales de la comme de Yaoundé ; CCA, arrêt n°358 du 29 Août 1955,
WOUNGUE Pierre c/ Election DONGMO Martin ; CCA ? arrêt n°443 du 11 février 1956 ZE ADANG Martin
c/ Election d’un membre du conseil Municipal de la commune Rurale de SANGMELIMA section de la
commune mixte urbaine ; CCA, arrêt n°734 du 31 décembre 1958, Liste des démocrates camerounais c/
opérations électorales du 30 novembre 1958 dans la commune de plein exercice de SANGMELIMA ; CCA, arrêt
n°758 du 6 mars 1959, sieur MAYI François c/ Elections commune mixte rurale d’ESEKA ; TE, arrêt n°24 du 7
septembre 1959, sieurs ZAMBO EYILI et autres c/ ZAMBO ZAMBO Thomas , NGUELE ZANG Joseph,
312
Le juge administratif camerounais fait donc largement écho à l’adage actori incumbit
probatio dans les recours contentieux de pleine juridiction. Il en va ainsi également des
recours contentieux d’annulation, mais avec parfois plus de retenu.
ZAMBO Wilfried ; TE, arrêt n°23 du 7 septembre 1959, OMGBA François c/ OYOMO Albert AMOUGOU
Thomas et OWONO Basile ; TE, arrêt n°37 du 26 septembre 1959 BESSALA Valère c/ NANA TOBIE, NYEMI
Laurent, EFENGUE Hubert ; TE, arrêt n°43 du 2 octobre 1959, sieur NDZANA MAX c/ MEDZA Paul‐
ONDOBO, Joseph‐ZANA, Joseph‐MANGA Appolinaire Ŕ NYIMI Antoine Ŕ KANA BARNABE ; TE, arrêt
n°73 du 15 janvier 1960, MENGANG Paul c/ SAPAN MEKINDA Jean ; TE, arrêt N°120 du 25 novembre 1960,
sieur NDZANA Max c/ NDOU, BENA Sébastien ; TE, arrêt n°202 du 22 juin, sieur NAOUSSI Anatole Pierre c/
FOTSING Barnabé et autres ; TE, Arrêt n°28 du 10 septembre 2959, sieurs AMOUGOU ATANGANA Victor et
autres c/OMGBA Maurice ; TE, arrêt n°180 du 15 décembre 1961, sieur TCHE François c/ FOKAM Josué et
NOUPA Thomas ; TE, arrêt n°123 du 25 novembre 1960, sieur BIWOLE Jean Paul c/ EDOU BENGONO et
autres ; TE, arrêt n°125 du 26 novembre 1960, sieur OLINGA NKODO Roland c/ ATEBA OKALA Jean Julien
et autres ; TE, arrêt n°193 du 19 mars 1962, FOTSO OUAMBO Joseph c/ KOMGUEM Davis et autres ; TE,
arrêt n°199 du 16 mars 1962, sieur MASSOUSSI Albert c/ MEKA André et Consorts ; CS/CA, jugement n°46/
ADD/2001‐2002 du 3 septembre 2002 (Garga Haman ADJI) (Commune Urbaine de Maroua) c/ Etat du
Cameroun et RDPC (intervenant volontaire) ; CS/CA, jugement n°82/2001‐2002 du 03 septembre 2002,
KAMGA Rigobert, candidat du SDF Commune Rurale de Douala Ve c/ Etat du Cameroun MINAT et RDPC.
1169
CS/CA, jugement n°1/82‐83 du 26 octobre 1982, Mme NJA POUM née NGASSAM Jeanne c/ Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°2/82‐83 du 26 octobre 1982 NOUTCHO GOUING Jean Samuel c/ Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°5/82‐83 du 26 novembre 1982, ESSOME Jean c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n°5/82‐ 83 du 26 novembre 1982, MONTHE Honoré c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°7/82‐
83 du 3 décembre 1982, NGALA TAWONG ABEL c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°3/82‐83 du 26
octobre 1982, KEUATSOP TETAKEUA Pierre c/ Etat du Cameroun. CS/CA, jugement n°4/82‐83 du 26 octobre
1982 DJOMO David c/ Etat du Cameroun.
1170
V. not. CS/CA, jugement n°42 /80‐81 du 30 avril 1981 Dame MBOCKA née MOUSSONGO c/ Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°27 / 93‐94 du 31 mars 1994 FORFU YEHTO Isaak c/ Etat du Cameroun ;
jugement n°47/CS/CA/81‐82 du 27 mars 1982 NLEND EBEDE Jean c/ Etat du Cameroun.
313
rigueur avec laquelle il applique cette règle dans les recours de plein contentieux peut être
assouplie en matière de recours pour excès de pouvoir pour des raisons évidentes.
L’on note, s’agissant du vice de forme, que le juge administratif annule ou non l’acte
litigieux selon que la preuve de son existence ou sa commission est ou non préalablement
1171
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, [Link], p. 380.
1172
Ibid., p. 381.
1173
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 1020.
1174
Loc. cit.
1175
Il convient de faire remarquer qu’en l’absence de précisions législatives, le vice procédure est compris
comme faisant corps avec le vice de forme.
1176
Art. 2 (2) (a), loi n°2006/022 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
314
administrée, selon le cas. Dans l’affaire ONANA Jean Pierre1177, par exemple, le juge refuse
de faire droit à la demande du requérant pour défaut de preuve. Il affirme :
« Considérant que (…) la preuve n’est pas rapportée, que le sieur ONANA ait fait la
moindre réserve devant le Conseil sur la régularité de celui-ci, pas plus que sur la
communication intégrale de son dossier, autre vice entachant selon lui, l’avis du Conseil ;
que par suite, ses griefs articulés (…) devant la Cour sont irrecevables ».
« Considérant qu’à l’appui de son recours, le sieur NAAH a notamment fait valoir
que la décision attaquée est intervenue sans qu’il ait été appelé à prendre connaissance de
son dossier ni à présenter des observations ; que ces faits ne sont pas contestés, qu’aucune
pièce du dossier n’établit le contraire ; qu’il y a donc eu violation des droits de la défense et
que la décision attaquée doit en conséquence être annulée ».
1177
CFJ/SCAY, arrêt n°43/ du 30 avril 1968, ONANA Jean Pierre c/ Etat du Cameroun ; V. aussi : CS/CA,
jugement n°21/2008 du 16 janvier 2008, BELIBI François c/ Etat du Cameroun ; /CS/CA, jugement n°96/2009
du 25 mars 2009, TAMBA Victor c/ Etat du Cameroun (MINUH) et Mission Catholique de DJUMKANG de
BAMENDJOU (intervenant volontaire).
1178
CCA, arrêt n°701 du 13 juin 1958, NAAH Isidore c/État du Cameroun. V. aussi : CS/CA, jugement
n°1/2000‐2001 du 26 octobre 2000 Dame YANKOUE Rebecca (Me NOVGWA KOUONGUENG) c/ Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°130/03‐04 du 25 août 2004, IKAMOU à KOUNG Jean Paul c/ Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°39/89‐90 du 31 mai 1990, ESSONO Michel et autres c/ Etat du Cameroun et
BIKONO Olivier ; CS/CA, jugement n°42/99‐2000 du 30 mars 2000, WABO Rigobert représenté par Dr
GUIMDO D. Bernard Raymond c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°34/04‐05 du 29 décembre 2004,
NOUMSI Jean Bosco c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°107/ADD/03‐04 du 07juillet 2004, Dame
FOTSING née MEGNE Marie Louise c/État du Cameroun (MINUH) et MVOGO ZINDI Daniel (intervenant
volontaire) ; CS/CA, jugement n°95/2003‐2004 du 30 juin 2004, MBIDA Barthélémy c/ Etat du Cameroun
(MINUH) ; CS /CA, jugement n°060/2008 du 18 juin 2008, Jules Roland CHIDIAK c/ Etat du Cameroun
(MINDAF).
1179
CS/CA, jugement n°43/82‐83 du 7 avril 1983, KOUOH Emmanuel Christian c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n°47/2006‐2007 du 17 janvier 2007, Eglise presbytérienne camerounaise orthodoxe c/ Etat du
Cameroun (MINDAF), (EPCO).
315
Quant à l’illégalité interne de l’acte, elle est alléguée en raison de l’illégalité, soit de
son but, soit de son contenu, soit de ses motifs. L’expression consacrée par le législateur pour
désigner l’illégalité portant sur le but de l’acte est celle du « détournement de pouvoir » et
celle consacrée pour désigner l’illégalité portant sur le contenu et les motifs est la « violation
de la loi »1180.
Aussi, admet-il :
De même, il considère :
« Toute autorité administrative qui use de ses pouvoirs, non dans l’intérêt général
qu’elle a pour mission de gérer, mais dans son intérêt propre ou dans l’intérêt d’un tiers,
commet un détournement de pouvoir »1183.
1180
Art. 2 (3) (a), loi n° 2006/022, [Link].
1181
CFJ/CAY, arrêt n°120 du 8 décembre 1970, BILAE Jean c/ Etat du COR.
1182
CS/CA, jugement n°38 du 26 mai 1977, ELOUNDOU ESSOMBA Charles c/ Etat du Cameroun.
1183
CS/CA, arrêt n°63/A du 09 octobre 2008 Pierre Louis GAIL c/ Etat du Cameroun (MINDAF).
1184
V. entre autres : CCA, décision n°39 du 14 septembre 1950, NGOLLO NYACKE c/ Administration du
Territoire ; CFJ/CAY, arrêt n°120 du 8 décembre 1970, BILAE Jean c/ Etat du COR ; CS/CA, jugement n°47/
99‐200 du 25 mai 2000, ZOBA AYISSI Dieudonné c/ Etat du Cameroun ; CS/AP, arrêt du 16 août 1990 Albert
ONO NGAFOR c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°114/2008 du 24 septembre 2008, INACK INACK
Joseph c/ Etat du Cameroun (MINESUP).
316
La violation de la loi quant à elle, doit s’entendre de la violation non pas de la seule
loi, mais de toute règle de droit en général. Cette violation peut consister en une erreur de
droit1185 et en une erreur de fait, c’est-à-dire l’erreur sur la qualification juridique des faits1186
ou sur la matérialité des faits1187, voire même en une erreur manifeste d’appréciation1188.
1185
L’erreur de droit peut d’abord résulter de la mise en œuvre d’une norme inexistante ou inapplicable ; elle
peut aussi tenir au rattachement des dispositions édictées à une norme illégale ; elle peut enfin avoir pour cause,
le rattachement des dispositions édictées à une norme, applicable et régulière, mais inexactement interprétée par
l’auteur de l’acte, qui s’est trompé sur ce qu’elle permet ou impose de faire. V. par ex. CS/CA, jugement n° 55/
du 22 avril 1976, MBARGA Emile c/ Etat du Cameroun
1186
L’erreur sur la qualification juridique des faits est invoquée lorsque les faits ne sont pas de nature à justifier
juridiquement la décision. V. par ex. TE, arrêt n°336 du 22 décembre 1964, sieur BIBA Théophile c/ Etat du
Cameroun.
1187
L’erreur de fait peut aussi survenir lorsque la matérialité des faits n’a pas été établie. V. par ex. CS/CA,
jugement, 31 mai 1990, ATEH Alexander c/ Etat du Cameroun.
1188
Selon M le Professeur Robert MBALLA OWONA, le juge administratif camerounais n’hésite plus à
rechercher si l’autorité compétente a commis une erreur manifeste d’appréciation. Il illustre ses propos en ces
termes : « le juge camerounais a consacré cette solution dans la fonction publique civile. Dans l’affaire
NGAMY Emmanuel (CS-CA, jugement du 31 décembre 1992.) où le concerné demandait l’annulation de sa
note fixée à 10,50/20, le juge reçoit favorablement sa demande au motif qu’une telle notation sans le moindre
rapport avec celles des années précédentes dénote l’intention de nuire de la part de son supérieur
hiérarchique avec lequel les rapports étaient notoirement inamicaux et qui n’a pas manqué de mentionner en
guise d’appréciation : « rapports difficiles tant vis-à-vis des supérieurs que des subordonnées, inaptitude au
travail d’équipe ». Attendu dès lors, dit le juge, que la notation dont il s’agit manque d’objectivité et partant
est illégale ; il y a lieu par conséquent de la déclarer nulle avec toutes les conséquences de droit ». In La
notion d’acte administratif unilatéral au Cameroun, op. cit., p. 152.
1189
V. not. CS/CA, jugement n°2 /81‐82 du 29 octobre 1981, NYEMECK NYEMECK Emmanuel c/ Etat du
Cameroun ; CA/CS, jugement n°115/2009 du 03 juin 2009 FOYET IGNACE c/ Etat du Cameroun (MINUH).
1190
V. not. CFJ/CAY, arrêt n° 201, 18 août 1972, Dame MACKONGO Agnès Flore c/ Etat fédéral du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°46/02‐03 du 27 mars 2003, NJONG MBOCK Guillaume c/ Etat du Cameroun
(MFP).
1191
V. not. Arrêt n°34/CFJ/5CAY du 30 avril 1968 TOKO Daniel c/ Etat du COR ; CFJ/CAY, arrêt n° 201, 18
août 1972, Dame MACKONGO Agnès Flore, [Link]. ; CFJ/CAY, arrêt n° 217, 18 août 1972, NTOWA
317
Au bout du compte, le constat établi est que, qu’il s’agisse des recours contentieux de
pleine juridiction ou des recours contentieux de l’annulation, le juge administratif fait reposer
principalement le fardeau de la preuve sur les épaules du requérant. Dès lors quelles
conséquences cela peut avoir à l’égard des deux parties ?
MONKAM Charles c/ Etat fédéral du Cameroun ; CS/CA, jugement n°06/91‐92 du 28 novembre 1991,
MFOMBAN ABDOU c/ Etat du Cameroun (DGSN). CS/CA, jugement n°56 du 22 avril 1976 Belinga NDO
Paul c/État du Cameroun. CS/CA, jugement n°43/91‐92 du 25 juin 1992, Henri NGATCHOU MBATKAM c/
Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°22/91‐92 du 27 février 1992, YACKANA SANARA Ernest c/ Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°25/89‐90 du 03 mai 1990, MBA Thomas c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n°25/89‐90, MBARGA Symphorien c/ Etat du Cameroun.
318
insuffisante, le juge constate l’irrecevabilité de la requête. Dans l’affaire les Elites BANKA
représentées par MBOUENDEU Jean de Dieu1192, le juge rejette la requête pour défaut de
preuve de qualité et d’intérêt. Il affirme :
« Attendu que (…) MBOUENDEU ne rapporte pas la preuve de sa qualité pour agir
devant la Cour (…) que les élites BANKA ne rapportent nullement la preuve qu’elles
auraient pu être choisies à la place de NITCHEU POKAM, qu’il s’en suit que leur recours
est irrecevable pour défaut de qualité et d’intérêt ».
« Attendu qu’il apparaît du dossier de procédure que le requérant n’a pas fait la
preuve de son recours gracieux préalable, en produisant copie (…) qu’il y a lieu de dire que
son recours contentieux est irrecevable pour défaut de recours gracieux ».
Au demeurant, même lorsque la requête n’a pas été déclarée irrecevable, il faut encore
qu’elle emporte la conviction du juge au fond. Autrement dit, à la recevabilité de la requête
est consécutive l’examen du bien-fondé de la demande, c’est-à-dire son examen quant au
fond. A ce niveau, la preuve du bien-fondé de la requête doit être rapportée, faute de quoi, elle
sera rejetée quant au fond1194.
1192
CS/CA, jugement n° 8/79-780, 29 novembre 1979, Elites BANKA représentées par MBOUENDEU Jean de
Dieu. V. également CS/CA, jugement n° 33/78-79, 22 février 1979, MINELI ELOMO Bernard Marie c/ Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n° 47/78-79, 29 mars 1979, veuve NKILI AHANDA Balbine c/ Etat du
Cameroun.
1193
CS/CA, jugement n° 13/99-2000, 25 novembre 1999, AHANDA NOAH Joseph c/ Etat du Cameroun. V.
aussi : CS/CA, jugement n° 12/99-2000 du 25 novembre 2000, NYAMSI et autres c/ Etat du Cameroun ;
CFJ/CAY, arrêt n° 174, 8 juin 1971, ZOCK Robert Baudelaire c/ Etat fédéral du Cameroun ; CFJ/CAY, arrêt, n°
177, 8 juin 1971, Mme veuve NJIGUI c/ Etat fédéral du Cameroun ; CFJ/CAY, arrêt, n° 176, 8 juin 1971,
ONDO Jean Boulevard c/ Etat du Cameroun.
1194
V. entre autres : CFJ/CAY, 8 décembre 1970, EMINI TINA Etienne c/ Etat du Cameroun ; CFJ/CAY, 30
avril 1968, Dame ESSOLA Jacqueline c/ République fédéral du Cameroun.
319
2- L’octroi d’un crédit à la légalité de l’acte administratif attaqué ou à
l’irresponsabilité de l’administration défenderesse
Elle est particulièrement visible dans les recours en excès de pouvoir où, avant de faire
l’objet de contestation devant le juge administratif, l’acte administratif bénéficie d’une
présomption de conformité au droit. Le juge n’annule ledit acte ou ne répare le préjudice
causé que si la partie demanderesse, rapporte la preuve des griefs qu’elle allègue. Dans le cas
contraire, l’acte administratif attaqué est réputé conforme à la loi1197.
1195
ROLAND (H), Lexique juridique; expressions latines, op. cit., p. 142.
1196
FOUMENA (GT), La charge de la preuve dans le contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 26.
1197
Loc. cit.
320
En définitive, l’adage actori incumbit probatio est une règle civiliste importée et
réceptionnée en contentieux administratif camerounais. Il est évident, du moins en règle
générale, que celle-ci rentre dans la logique normale de tout procès. C’est en effet à celui qui
dénonce l’atteinte portée à un droit, à un intérêt d’en fournir la preuve, à condition d’y avoir
intérêt, capacité et qualité.
1198
PACTEAU (B), « Preuve », op. cit., n° 34, p. 6.
1199
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge
administratif », op. cit., p. 87.
321
inquisitorial (…). Il peut permettre désormais au juge administratif de rétablir dans le
procès une égalité faussée par la présence d’un justiciable public »1200.
1200
DEBBASCH (Ch), « La charge de la preuve devant le juge administratif », Recueil, Dalloz et Sirey, 1983, p.
43.
1201
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 259.
322
recueillir les documents nécessaires ou utiles à leur démonstration, sont limitées ou quasi-
inexistantes, parce que détenus ou maîtrisés par la seule administration, le juge administratif
inverse les charges en matière de preuve. Il effectue une translation de la charge de la preuve
du requérant à l’administration défenderesse. Il faut donc compter avec le caractère
inquisitorial de l’instruction et la préoccupation du juge de ne pas charger le requérant de la
preuve de ses allégations dans les cas, fréquents, où il n’a pas les moyens de faire cette
preuve, parce que ces moyens sont détenus par l’administration1202.
Une fois que cela a été relevé, l’on peut dès lors affirmer très clairement que les règles
probatoires en usage dans le prétoire du juge administratif camerounais sont consacrées en
droit positif camerounais. Il en est ainsi de l’inversion de la charge de la preuve (A). Cette
inversion se fait suivant des modalités qui nécessitent d’être disséquées (B).
1202
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 865.
323
A- La consécration de l’inversion
Selon Monsieur Gaétan Thierry FOUMENA « le juge administratif peut, selon les
cas et si besoin s’en fait, procéder à un renversement de la charge de la preuve vers les
épaules du défendeur en faisant usage de ses pouvoirs d’instruction ou inquisitoriaux. Ce
raisonnement, qui ne rend pas compte de la réalité du contentieux administratif
camerounais, ne saurait prospérer. En effet, le juge administratif n’a pas besoin
d’intervenir spécialement pour demander au défendeur de fournir la preuve de ses
allégations. Il s’agit d’une obligation qui découle logiquement du débat contradictoire et
donc, de l’échange de mémoires ». Pour lui, cela paraît logique, dans la mesure où c’est à la
partie qui supporte le risque de preuve qu’incombe in fine la charge de la preuve1203.
Cette affirmation, pour le moins curieuse, est discutable non seulement au regard que
la signification réelle de la règle actori incumbit probatio, mais aussi au regard du droit positif
camerounais.
Sur le plan définitionnel, il a été démontré dans les précédentes analyses que la règle
actori incumbit probatio est une règle susceptible d’une double acception large et stricte. Au
plan large, elle signifie que la preuve incombe à celui qui l’invoque. Vu sous cet angle
exclusivement, l’on pourrait donner raison à Monsieur FOUMENA. En effet, l’inversion de
la charge de la preuve n’aurait plus vraiment sa raison d’être, chacune des parties étant
astreinte à la même obligation en vertu de la contradiction.
Mais au plan strict, elle signifie que le requérant est le principal répondant de la charge
de la preuve, c’est-à-dire qu’il est fondamentalement celui qui supporte la charge de la
preuve. Lorsque que Monsieur FOUMENA affirme que c’est à la partie qui supporte le risque
de preuve qu’incombe in fine la charge de la preuve, il omet de dire que celle-ci est
principalement la partie requérante. Ce qui ne signifie pas que le défendeur est exempt de
toute preuve, il n’en supporte pas tout simplement le risque au premier plan. Vu sous cet autre
angle, l’inversion de la charge de la preuve aurait logiquement sa raison d’être. Le
déplacement de la charge preuve signifiant alors que c’est le défendeur qui en serait ex nunc
le principal répondant.
1203
FOUMENA (GT), Le juge administratif et la preuve, op. cit., p. 232.
324
1- La consécration textuelle
« Le rapporteur peut, par simple lettre notifiée aux parties, les mettre en demeure de
fournir dans un délai de quinze jours à compter du lendemain de la notification, toutes les
explications écrites ou tous documents dont la production lui paraît nécessaire pour la
solution du litige. Ces documents sont notifiés aux autres parties, qui ont le même délai
pour les discuter »1204.
La grille de lecture que l’on peut proposer à partir de cette disposition de la loi permet
de faire ressortir l’existence du mécanisme de l’inversion.
Explication : d’abord, cette disposition est l’une des manifestations les plus patentes
du caractère inquisitorial de la procédure administrative contentieuse. Elle confère au juge
administratif le pouvoir de donner des « injonctions de procédure »1205 aux deux parties.
Ensuite, il faut relever que ces injonctions de procédure sont orientées vers l’établissement de
la preuve des faits. Il s’agit des ordres donnés aux parties par le juge administratif afin que
celles-ci mettent à sa disposition toutes « explications écrites » ou tous « documents » dont
« la production lui paraît nécessaire pour la solution du litige ».
Enfin, et c’est le plus intéressant, il est important de noter que si le juge administratif
peut s’adresser indifféremment aux deux parties, c’est-à-dire au requérant et à
l’administration défenderesse, la portée symbolique de son pouvoir d’injonction varie selon
que l’on est l’une ou l’autre de ces parties. Lorsqu’il s’agit du requérant, la portée est moins
symbolique. Il n’y a en effet rien d’extraordinaire à ce que le juge en fasse une telle demande
à celui qui est considéré comme étant le principal répondant de la charge de la preuve.
1204
Art. 43, loi n° 2006/022, [Link].
1205
V. infra.
325
fardeau de la preuve survient. L’administration étant défenderesse, elle n’est pas censée
supporter le risque de la preuve. Mais on voit bien qu’à partir de ses pouvoirs inquisitoriaux le
juge, par cette disposition textuelle, peut contraindre l’administration à supporter le risque de
la preuve. Cela est conforté dans la jurisprudence administrative.
2- La consécration jurisprudentielle
A l’analyse, dans cette affaire, le juge administratif procède à une nette translation du
fardeau de la preuve du requérant à l’administration défenderesse. Il fait nettement supporter
le risque de la preuve à l’administration défenderesse.
Cette application s’est clairement perpétuée dans le temps, avec ceci en plus qu’elle
connaît une expansion dans plusieurs matières. En dehors de l’injonction de la motivation de
la décision, le juge a également tendance à renverser la charge de la preuve lorsqu’une mesure
a un caractère de sanction1208. Il y a également transfert de la charge de la preuve, lorsque
l’administration est soumise au respect de certaines formalités, et que le requérant soutient
que ces règles de forme ou de procédure n’ont pas été observées1209. Le juge a également dans
certains cas renversé la charge de la preuve en créant des présomptions de faute1210.
1206
CCA, arrêt n° 463, 23 juin 1956, EMIGNANT PRISANT c/ Territoire du Cameroun.
1207
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 263.
1208
Cf. l’affaire DIWOUTA Loth Pierre c/ Etat du Cameroun oriental où il est demandé à l’administration la
production du dossier disciplinaire du requérant (CFJ/SCAY, 4 novembre 1968).
1209
Cf. par ex. affaire MBENTENGAM Richard c/ Etat du Cameroun dans laquelle le juge indique que « la
preuve de la notification incombe à l’administration » (CS/CA, jugement n° 36/ADD du 27 mars 1986).
1210
Cf. par ex. CS/CA, jugement n° 84/85-86, 26 juin 1986, KOUNTCHOU Levi Bord c/ Etat du Cameroun.
326
En définitive, le droit du contentieux administratif camerounais admet, peut-être pas
toujours explicitement, mais certainement, que la charge de la preuve puisse être déplacée du
requérant au défendeur. Les normes textuelles et jurisprudentielles le certifient
incontestablement et ce, à travers des modalités diverses.
De fait, l’office du juge administratif se compose de deux pouvoirs qui symbolisent les
attributs traditionnels de son autorité : la balance et le glaive. La balance correspond à la
« jurisdictio », pouvoir de dire le droit par application des règles existantes. Le glaive
correspond à l’« imperium » pouvoir de contrainte et d’imposition de ses décisions. Mieux,
l’imperium désigne « l’ensemble des pouvoirs qui ont leur principe dans la détention d’une
fraction de puissance publique »1212.
1211
GAUDEMET (Y), « Réflexions sur l’injonction dans le contentieux administratif », in Mél. offerts à
Georges BURDEAU, Le Pouvoir, LGDJ, 1977, p. 806.
1212
COLSON (R), La fonction de juger : étude historique et positive, op. cit., p. 184.
327
ont un sens, l’expression d’injonction doit être réservée au cas où le juge se borne à
adresser un ordre à l’administration active, mais ne substitue pas sa décision à celle de
cette dernière »1213, « elle n’est finalement que l’expression de la capacité de
commandement inhérente à la fonction juridictionnelle, que la manifestation de
l’imperium du juge »1214.
Ces injonctions sont de deux ordres : les injonctions de procédure qui s’exercent au
moment de l’instruction par simple lettre notifiée ou par des jugements avant-dire-droit et les
injonctions de jugement qui sont incorporés aux jugements de fond1215. Il faut se garder de
1213
GAUDEMET (Y), « Réflexions sur l’injonction dans le contentieux administratif », op. cit., p.
1214
Ibid., p. 810.
1215
Les injonctions de jugement de fond, incontestablement, sont celles qui sont les plus déniées au juge
administratif. Pourtant, à y regarder de près, même si le juge admet son incompétence à adresser des injonctions
à l’administration ou à se substituer à elle (v. not. : TE, arrêt n°58 du 27 novembre 1959, sieur ONANA
EKANGA Théodore c/ Etat du Cameroun ; TE, arrêt n°209 du 22 juin 1962, TONGA Sylvain c/ Etat du
Cameroun ; CFJ/SCAY, arrêt n°44 du 30 avril 1968, ESSIANE AKA’A Jean c/ Etat du COR ; CS/CA jugement
n°87/82‐83 du 30 juin 1983, ONAMBELE Germain c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, n°92 du 28 juillet 1983,
TCHOUANKEU Joseph c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°02/91‐92 du 31 décembre 1992, NGAMY
EMMANUEL c/ Etat du Cameroun; CS/CA, jugement n°137/2004‐2005 du 27 juillet 2005, KANGA KANGA
MBOCK c/ Etat du Cameroun), cela ne doit pas être pris pour absolument vrai. Il serait en effet difficile de
réfuter que le juge, non seulement, se substituerait à l’administration active Ŕ cas du recours en annulation Ŕ,
mais aussi adresserait des injonctions de jugement à l’administration Ŕ cas du recours de plein contentieux.
Lorsqu’en effet le juge annule un acte, il se substituerait à l’administration active : « par elle-même cette
prérogative conféré au juge administratif, et à lui seul, est exorbitante des fonctions normales d’un juge. Elle
aboutit à une substitution de compétence, la décision prise par l’autorité administrative pouvant être ruinée
par l’intervention du juge » (GAUDEMET (Y), « Réflexions sur l’injonction dans le contentieux
administratif », op. cit., p. 818). En matière de recours contentieux de pleine juridiction, le juge adresserait des
injonctions de jugement à l’administration (v. GAUDEMET, loc. cit.), la pratique le démontre. Dans l’affaire
NDOUGSA Bernard, il adresse clairement une injonction à l’administration en ces termes : « Considérant que le
centre de TOULOUSE ne forme plus les contrôleurs des services mixtes, l’Ecole des Postes de Yaoundé ayant
pris sa relève, il échet ainsi d’ordonner l’admission de NDOUGSA et ses acolytes au Centre de Yaoundé pour
un stage spécial des contrôleurs des Services Postaux et Financiers sans leur exiger un nouveau concours et
ce à la rentrée d’octobre 1972 » (CFJ/CAY, 18 aout 1972 NDOUGSA Bernard c/ République Fédérale du
Cameroun).
328
mêler, comme l’a fait le Professeur Yves GAUDEMET, les injonctions de jugement avant-
dire-droit et les injonctions de jugement de fond qui sont dites de jugement proprement dits. Il
affirme notamment que « ces injonctions de jugement – pour les distinguer de la catégorie
des injonctions de procédure – sont matériellement incorporées à une décision de justice.
Selon les cas, elles s’identifient avec le dispositif du jugement (cas des jugements avant-
dire-droit), ou bien correspondent à une partie seulement du dispositif (jugement sur le
fond) »1216.
En réalité, les injonctions de jugement avant-dire-droit sont de véritables injonctions
de procédure. Car, le jugement avant-dire-droit est celui qui se borne dans son dispositif à
ordonner une mesure d’instruction, ou une mesure provisoire. C’est dire que le jugement
avant-dire-droit est, dans sa nature même, une règle d’instruction et donc une règle de
procédure malgré le fait qu’elle épouse la structure d’un jugement. Il n’a pour qualification
« jugement » que parce qu’il dispose d’un exposé de motifs et d’un dispositif. Il n’a dans le
fond rien en commun avec le jugement proprement dit. Cette décision n’a pas l’autorité de la
chose jugée au principal et ne dessaisit pas le juge, puisque celui-ci n’a pas accompli sa tâche
de dire le droit.
Le juge administratif camerounais à la suite des textes s’est déclaré, dans l’affaire
KOFFI Jean ROUSSEAU1217, compétent pour donner des injonctions de procédure à
l’administration. Il affirme que :
1216
Ibid., p. 816.
1217
CS/CA, jugement n°86, 20 septembre 1984 KOFFI Jean ROUSEAU c/ Etat du Cameroun.
1218
V. art. 42 précité, loi n° 2006/022 sur les tribunaux administratifs.
329
Dans l’affaire EMINI TINA Etienne1219 par exemple c’est par un jugement avant-dire-
droit que le juge ordonne à l’administration défenderesse la production des éléments
indispensables à la manifestation de la vérité :
« Considérant enfin (…) que pour agir comme elle l’a fait, elle (administration) a
dû avoir des motifs justes et possibles que seules la production par elle de l’ensemble des
documents au vu desquels a été prise la décision d’exclure le requérant du cadre des
Officiers de Paix-Adjoints stagiaires, peut mettre à jour ; par ces motifs décide: (…) Au
fond avant-dire-droit, ordonne un supplément d’information ».
Les présomptions de faute et les preuves ante-judiciaires sont des procédés par
lesquels le juge administratif camerounais déplace a priori et implicitement le fardeau de la
preuve du requérant au défendeur. Il s’agit des procédés a priori dans la mesure où le juge fait
peser, rétroactivement à sa saisine, le risque de la preuve sur l’administration défenderesse. Il
s’agit des procédés implicites en ce sens que le juge déduit, en raison de la nature de certains
faits ou actes, que le fardeau de la preuve pèse sur les épaules de l’administration
défenderesse.
1219
CFJ/SCAY, arrêt n°55/ ADD du 25 mars 1969, sieur EMINI TINA ETIENNE c/ Etat Fédéré COR. V.
également : CFJ/SCAY, arrêt n° 18, 4 novembre 1966, DIWOUTA Loth Pierre ; CS/CA, jugement/ADD, 27
octobre 1989, KISOB ACHIDI Jacob c/ Etat du Cameroun.
1220
PLANTEY (A) et BERNARD (F-Ch), La preuve devant le juge administratif, op. cit., p. 102.
330
La responsabilité de l’administration pour faute est présumée pour défaut d’entretien
normal si, par exemple, celle-ci « n’a pas correctement mené les travaux ou entretenu
l’ouvrage, si l’obstacle n’est pas signalé, si la tranchée a été mal remblayée, ou si des
précautions n’ont pas été prises pour éliminer le verglas, par exemple par du sablage »1221.
En tout état de cause, l’inversion est bien réelle en matière de défaut d’entretien.
L’illustration peut en être faite dans l’affaire KOUNTCHOU Levi-Bord1222 dont les faits sont
les suivants :
« Attendu que le défendeur ne prouve pas que l’administration se soit acquittée des
obligations que lui imposaient les dispositions du 1er alinéa de l’article 34 (du Code de la
1221
BRAIBANT (G.), STIRN (B.), Le droit administratif français, op. cit., p. 340.
1222
CS/CA, jugement n° 84/85-86, 26 juin 1986, KOUNTCHOU Levi-Bord c/ Etat du Cameroun ; V.
également : CS/AP, arrêt n° 11, 6 mai 1993, Etat du Cameroun (Ministère de l’équipement) c/ KOUNTCHOU
Levi-Bord.
331
route qui dispose que : sur un pont qui n’offre pas de garanties nécessaires à la sécurité du
passage, l’autorité administrative ou le maire territorialement compétent prend toute les
dispositions pour y pourvoir…) (…) ;
Attendu que dans les circonstances de l’espèce, les défaillances relevées contre
l’Etat sont de nature à engager sa responsabilité » ;
Dans cette affaire, le juge inverse clairement la charge de preuve. Il fait ainsi subir le
risque de la preuve au défendeur. Car, il présume sa responsabilité, en raison de son
incapacité à apporter la preuve qu’il a rempli toutes les obligations légales qui lui incombaient
en présence d’un pont qui n’offre pas les garanties de sécurité.
Il faut dire que la présomption de faute pour défaut d’entretien normal de l’ouvrage
public peut être combattue totalement ou partiellement par la preuve contraire. Cette dernière
hypothèse a par exemple connu une illustration dans l’espèce Dame FERRIERE Marie1223.
Dans cette affaire, la requérante, alors qu’elle descendait d’escalier extérieur de l’hôtel
des P.T.T. de Yaoundé qu’elle venait de monter quelques instants auparavant, pour poster son
courrier, a fait une chute qu’elle impute au défaut d’entretien de cet escalier, dont l’une des
marches présentait une cassure. L’Etat incriminé, avait invoqué une cause étrangère qui ne lui
est pas imputable, ainsi que l’imprudence de la victime. Le juge administratif va conclure à un
défaut d’entretien de l’ouvrage par l’Etat, mais aussi à l’imprudence de la victime. Il énonce
alors que :
« Mais attendu que s’il est constant que la Dame FERRIERE qui, quelques instants
auparavant, avait aperçu la cassure incriminée en montant ledit escalier a manqué de
prudence en ne l’évitant pas à la descente, et ce, d’autant plus qu’elle n’invoque qu’aucune
circonstance ayant pu détourner son attention, il n’en demeure pas moins que, dans les
circonstances de l’espèce, la présence même de cette cassure revêtait un défaut d’entretien
de cette voie publique, de nature à engager sa responsabilité ;
Qu’il sera fait une véritable appréciation des circonstances de l’affaire en laissant à
sa charge, 50% des dommages ».
1223
CFJ/AP, arrêt n° 16, 16 mars 1967, Dame FERRIERE Marie c/ Etat du Cameroun.
332
Il s’agit là incontestablement d’un partage par moitié de la responsabilité entre la
requérante et l’Etat. Ce qui démontre que l’Etat a réussi à combattre partiellement, par la
preuve contraire, sa présumée responsabilité pour défaut d’entretien de l’ouvrage public.
« Attendu que (…), il nous importe de constater que le paiement de ces titres à une
personne autre que le véritable bénéficiaire caractérise indubitablement un fonctionnement
défectueux des services postaux, lequel mauvais fonctionnement constitue une faute
engageant la responsabilité de l’Etat du Cameroun ».
Pour ce qui est ensuite des preuves ante-judiciaires1225, il s’agit des preuves
implicitement exigées à l’administration par le juge administratif en dehors et avant toute
saisine de celui-ci. La preuve ante-judiciaire est manifeste à plusieurs niveaux.
1224
CS/CA, jugement n° 13 du 23 novembre 1989, ENYENGUE DIPOKO Bernard c/ Etat du Cameroun.
1225
L’expression est de BENTHAM (J), Traité des preuves judiciaires, tome 2, chap. 2, p. 11. Rapporté par
LAGARDE (X), Réflexion critique sur le droit de la preuve, lui-même rapporté par FOUMENA (GT), Le juge
administratif et la preuve, op. cit., p. 317.
1226
NOLA (BY), La Motivation des actes administratifs unilatéraux en droit administratif camerounais, Thèse
de Doctorat Ph. D, février 2013, p. 4.
1227
FOUMENA (GT), Le juge administratif et la preuve, op. cit., p. 19.
1228
Art. 95 (1), décret n° 94/199 du 07 octobre 1994 portant statut général de la Fonction Publique de l’Etat
modifié et complété par le décret n° 2000/287 du 12 octobre 2000.
333
disposition réglementaire est constamment réitérée en jurisprudence. C’est le cas dans
l’affaire WABO Rigobert1229 où le juge expose que :
1229
CS/CA, jugement n°42/99‐2000 du 30 mars 2000, WABO Rigobert représenté par Dr GUIMDO D. Bernard
Raymond c/ Etat du Cameroun.
1230
CS/CA, jugement n°45/94‐95/ADD, 27 avril 1995, TCHUINOU NANA David c/ Etat du Cameroun.
1231
Cf. CS/CA, jugement n° 12, 26 janvier 1982, Dame BINAM Née NGO NJOM Fidèle c/ Etat du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°37/2000‐2001, 30 août 2001, AFIDI ZOA Parfait Désiré c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n°04/2007‐2008, 16 janvier 2008, ALOLA Dieudonné c/ Etat du Cameroun (MFPRA).
1232
V. supra.
334
de cette notification lui incombe1233. Le défaut de notification implique l’inopposabilité de la
décision litigieuse au requérant. Le juge fait ainsi peser rétroactivement le risque de la preuve
à l’administration.
Enfin, la preuve ante-judiciaire est visible en matière des droits de la défense. Il s’agit
des droits offerts à toute personne incriminée, dans le cadre d’un procès ou dans un cadre en
tenant lieu, pour répondre, se défendre et contredire son accusateur. Les sanctions
disciplinaires en droit de la fonction publique constituent l’un des terreaux privilégiés de ces
droits. Ils « permettent aux personnes contre lesquelles les sanctions sont envisagées de
présenter leur point de vue, de discuter les griefs dont elles font l’objet et d’éclairer
l’administration préalablement au prononcé de la sanction »1234.
Les composantes de ces droits sont les suivants : le droit de l’agent appelé à
comparaître devant une instance disciplinaire à communiquer à tout moment avec son
défenseur ou conseil1235, le droit de la personne poursuivie d’être informée des griefs retenus
contre elle afin de mieux se défendre1236, la notification à l’agent de sa convocation devant le
conseil de discipline1237, le droit de l’agent poursuivi de répondre aux griefs qui lui sont
reprochés1238, dans un délai raisonnable après en avoir pris connaissance1239.
1233
CS/CA, jugement n° 36/ADD du 27 mars 1986, MBENTENGAM Richard c/ Etat du Cameroun ; V.
également : CS/CA, arrêt n° 13, 29 juin 1989, NNA MVONDO Théodore c/ Etat du Cameroun ; CS/AP, arrêt n°
2, 25 février 1999, Procureur Général près la Cour suprême c/ FONGANG Jean-Claude.
1234
NYETAM TAMGA (A), « Les droits de la défense dans la jurisprudence de la Cour suprême du Cameroun
statuant en matière administrative », [Link]., p. 70.
1235
CS/CA, jugement n°71 du 13 mai 1976, BENE BELLA LAMBERT c/ Etat du Cameroun.
1236
CS/CA, jugement n°20 du 25 janvier 1990, ELLA ONDOUA Engelbert c/ Etat du Cameroun.
1237
CS/CA, jugement n°58 du 27 septembre 1990 DJINOU Charles c/ Etat du Cameroun.
1238
CFJ/CAY, jugement n°23 du 15 novembre 1966, BABA YOUSSOUFA c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n°30/89‐90 du 3 mai 1990, TAKOUGANG Jean c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°68 /78‐79
du 31 mai 1979, BOUDOMBO MOUDIO c/ Etat du Cameroun.
1239
CS/CA, jugement n°106 du 30 mai 1999, MBIAMA MESSANGA CASIMIR c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n°35 du 03 mai 1990, EDZOA Georges Maurice c/ Etat du Cameroun.
335
l’annulation pour excès de pouvoir1240. Il fait ainsi peser rétroactivement la charge sur
l’administration.
A- Le champ d’application
1240
CCA, arrêt n°655 du 25 octobre 1957, EBONGE Jean Albert c/ Etat du Cameroun.
336
Mais dans bien de cas, il est incapable de convaincre le juge. Les seuls éléments
qu’elle peut recueillir résultent de l’activité externe de l’administration. L’attitude interne des
personnes publiques ne pourra être découverte devant le juge que par le recours à des
allégations non démontrées, à une sorte de raisonnement intuitif. L’indigence d’une telle
preuve est sensible dans tout le domaine de l’excès de pouvoir. Le juge doit pouvoir ainsi
voler à son secours pour nuancer sa position d’infériorité1241.
Une autre raison pourrait également être avancée. Dans le recours pour excès de
pouvoir, c’est l’adversaire de l’administration qui est le demandeur, à savoir : le requérant, en
tant qu’il s’agit d’un acte administratif faisant grief au requérant. Il cherche devant le juge une
protection contre les mesures illégales de l’administration. C’est un litige où les rôles des
parties sont renversés. C’est donc l’administration qui veut obtenir une prestation déterminée
du requérant, et se trouve, par conséquent, dans la position d’un demandeur avec la
prérogative de prendre une décision unilatérale, et c’est le requérant qui se défend contre les
attaques de l’administration. Il faut donc en tenir compte en ce qui concerne la distribution du
fardeau de la preuve.
1241
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, op. cit, p. 380.
1242
V. les décisions précédemment citées, servant d’illustration aux injonctions de procédure et aux preuves
ante-judiciaires.
337
présomptions de faute pour défaut d’entretien normal de l’ouvrage public ou pour
fonctionnement défectueux du service public est assez illustrative de la présence de
l’inversion du fardeau de la charge de la preuve en matière de pleine juridiction.
Victime d’une voie de fait dans son bureau alors qu’il était dans l’exercice de ses
fonctions, le sieur NJOLE a introduit un recours en indemnisation dirigé contre l’Etat pour
non-respect du principe de protection prévu par les articles 37 et 38 du décret n° 74/138 du 18
février 1974 portant statut général de la fonction publique. Estimant que ce dernier n’est plus
fondé à demander réparation à l’Etat, le représentant de l’Etat fait valoir que le requérant
s’était déjà constitué partie civile devant le tribunal correctionnel et Monsieur MOUKOUTO
MAKEKETE avait été rendu responsable de la voie de fait et condamné à des réparations au
profit du requérant. Mais, le juge n’étant pas en possession d’éléments permettant de le
vérifier, a avait affirmé :
Mais le représentant de l’Etat a soutenu dans son mémoire en défense que le requérant
n’a pas produit l’acte querellé. Le juge exposa alors que :
1243
CS/CA, jugement n° 35/ADD/80-81, 30 avril 1981, NJOLE MONGO Albert c/ Etat du Cameroun.
1244
CS/CA, jugement n° 24, 29 mars 1996, Conseillers municipaux de NANGA EBOKO c/ Etat du Cameroun.
338
« Attendu qu’il ne saurait être demandé au requérant comme l’exige le représentant
de l’Etat, la production de l’acte incriminé alors que les intéressés attaquent plutôt le vote
même des dirigeants de la commune dont s’agit, en soutenant qu’ils n’ont pas signé le
procès-verbal afférent audit vote comme le prévoit l’article 52 (nouveau) de la loi n° 92/003
du 14 août 1992 (…). L’administration étant le seul destinataire du procès-verbal de
l’élection du maire et de ses adjoints, c’est à elle qu’il revient de le produire en cas de
contestation de ladite élection ».
Il en ressort que le juge a attribué la charge de la preuve non pas aux requérants, mais
à l’administration défenderesse. Il a donc effectué un renversement de celle-ci, lequel n’est
pas sans implications.
1245
FOUMENA (GT), La charge de la preuve dans le contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 43.
1246
COLSON (J-P), L'office du juge et la preuve dans le contentieux administratif, op. cit., p. 87.
339
que celui-ci apporte des éléments de nature à faire penser que la décision n’est pas justifiée ou
que les faits laissent fortement présumer la responsabilité de l’administration.
Lorsque que ce minimum de preuve n’est pas établi par le requérant, le juge déclare
non-fondées les allégations du requérant. Dans l’affaire NININE1247, il déclare que :
« Ne sauraient être retenues à l’appui d’une requête, des réclamations fondées sur
de simples témoignages sans commencement de preuve ».
En revanche, lorsque ce minimum de preuve est établi, c’est-à-dire que ces allégations
sont non seulement vraisemblables mais reposent sur de présomptions sérieuses, précises et
concordantes, le juge invite l’administration à s’expliquer et notamment à indiquer les motifs
qui sont à l’origine de son action1249. C’est le cas, entre autres, dans les espèces DIWOUTA
Loth Pierre, KISOB ACHIDI1250.
Le risque de la preuve s’analyse du risque encouru par une partie d’échouer au procès
si elle est incapable de lever le doute qui pèse sur elle. Imputer donc à l’administration ce
1247
CCA, arrêt n° 101 du 28 juillet, 1958, NININE c/ Liste de défense des intérêts régionaux électoraux du
Diamaré.
1248
CCA, arrêts n° 521, 20 décembre 1956, MBOA ESSONO André c/ Elections municipales de commune de
Yaoundé.
1249
GAUDEMET (Y), « La preuve et la conviction du juge en Droit administratif français », op. cit., p. 718.
1250
CFJ/SCAY, arrêt n° 18, 4 novembre 1966, DIWOUTA Loth Pierre c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement/ADD, 27 octobre 1989, KISOB ACHIDI Jacob c/ Etat du Cameroun.
1251
GAUDEMET (Y), « La preuve et la conviction du juge en Droit administratif français », op. cit., p. 718.
340
risque signifie qu’elle s’expose au risque de la perte du procès s’il elle n’apporte pas la preuve
requise. Initialement, ce risque pèse principalement sur le requérant, mais certaines
circonstances propres au contentieux administratif, à la nature des litiges en cause, amènent le
juge à intervenir et à le déplacer du côté de l’administration défenderesse. Dire que la charge
de la preuve a été inversée signifie en réalité que c’est le risque de la preuve qui a été inversé.
Cela est d’autant plus vrai que par-delà la preuve qui incombe naturellement au
défendeur à titre de l’excuse ou des justifications dont il se prévaut, le droit processuel
administratif lui impose de bien participer à la preuve de ce que prétend son adversaire, c’est-
à-dire qu’il ne saurait se borner à opposer aux critiques du requérant le mur de son silence1252.
L’administration défenderesse se trouve, malgré elle, contrainte de prouver le bien-fondé de
son action si elle ne veut pas que l’absence de preuve ne soit interprétée comme son
acquiescement aux allégations du requérant ou si elle ne veut pas simplement perdre le
procès.
1252
PACTEAU (B), « Preuve », op. cit., n° 54, p. 8.
1253
CS/CA, jugement n° 69/78-79, 31 mai 1979, NDI ABOGO Raphaël c/ Etat du Cameroun ; v. également
CS/CA, jugement n° 41/79-80, 26 juin 1980, NJINE NGANGLEY Michel c/ Etat du Cameroun.
1254
CS/CA, jugement n° 44/04-05, 4 février 2005, OHANDJA Séverin c/ Etat du Cameroun.
341
C ONCLUSION DU CHAPITRE
342
C ONCLUSION DU TITRE
Cela est de nature à justifier que le juge administratif procède au rééquilibrage des
rapports entre les parties. Celui-ci opère par l’inversion de la charge de la preuve. Si en
général, il estime que c’est au demandeur qu’incombe la charge de la preuve, cela ne dure et
ne reste valable que tant que l’égalité des parties n’a pas été viciée dans la production de la
preuve. Mais, s’il apparaît que l’égalité est menacée, parce que le requérant se heurterait à la
difficulté de fournir une preuve détenue par l’administration ou dépendante de cette dernière,
le juge inverse la charge de la preuve et en fait peser le risque sur elle.
Tout cela résume en quelque sorte ce qu’il est convenu d’appeler « pouvoir de
rééquilibrage » du juge administratif, lequel est subsumé dans le cadre de ses pouvoirs de
probation. L’autre pan, tout aussi significatif, des pouvoirs de probation concerne la diligence
des mesures d’instruction.
343
T ITRE II : LA PRESCRIPTION DES MESURES
PARTICULIERES D’INSTRUCTION
344
Le juge ne saurait statuer qu’en connaissance de cause. Le contenu des mémoires
échangés et les pièces produites peuvent suffire. Le principe, assurément, est qu’il appartient à
chacune des parties d’apporter, mais par tous les moyens, la preuve des faits qu’elle
invoque1255. De façon générale, le juge forme sa conviction d’après les éléments du dossier et
en présence d’éléments contradictoires ou non décisifs, il se prononcera dans le sens qui lui
paraîtra plus conforme à la réalité1256.
Si les éléments du dossier ne sont pas décisifs, le juge doit normalement éprouver le
besoin de compléter l’instruction de l’affaire en vue de recueillir des éléments qui seront
déterminants pour la solution du litige. Il a l’obligation, en vertu de ses pouvoirs
inquisitoriaux, d’assurer une instruction complète, c’est un droit pour les parties. « Il y a
instruction complète lorsque les parties ont cessé de présenter, sous la direction et le
contrôle du juge, des arguments et moyens utiles à leur défense. La diligence conjointe du
juge et les parties permet de réaliser dans les conditions les plus favorables une instruction
complète qui sauvegarde les droits des parties et fournit au juge la possibilité de se forger
une conviction »1257. Pour assurer une telle instruction destinée à se forger une conviction, le
juge administratif peut recourir à divers procédés qualifiés de « mesures d’instruction » par la
loi1258.
Dès lors, que faut-il entendre par mesures d’instruction, tant est que, cette expression
est imprécise et creuse dans sa formulation, même si la loi lui attribue un contenu. En effet,
toutes les mesures prises par le juge dans le cours de l’instruction sont potentiellement des
mesures d’instruction. Il en va, par exemple, des mesures de régularisation et de recevabilité
des requêtes, de l’exercice contradictoire ou non de la communication des mémoires et pièces,
des mesures destinées à gérer le temps ou encore des mesures incidentes, entre autres.
1255
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 864.
1256
Ibid., p. 865.
1257
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 451.
1258
Cf. chapitre IV de la loi n° 2006/022 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
345
En général, est qualifiée de mesure particulière d’instruction, toute procédure
ordonnée à la demande des parties ou d’office par le juge et tendant à établir la réalité et
l’exactitude des faits sur lesquels porte une difficulté juridique ou un litige1259. Ces mesures
particulières d’instruction participent de l’administration de la preuve par le juge. Elles sont
mises à la disposition du juge administratif pour rechercher la vérité 1260. Elles sont
susceptibles d’éclairer le juge administratif dans la recherche de la vérité 1261. Enfin ces
moyens de preuve sont diverses mesures permettant au juge d’asseoir sa conviction1262.
1259
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit, p. 603.
1260
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », op. cit., p.122.
1261
BINYOUM (J), Contentieux administratif, cours polycopier, op. cit., p.148.
1262
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 61.
1263
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 441.
1264
ODENT (R), Contentieux administratif, t1, op. cit., pp. 943-944.
346
notamment les mesures d’expertise, qui seraient « frustratoires », en raison de leur inutilité.
Le quatrième principe enfin tient à ce que les « exigences du principe de la contradiction
doivent être respectées »1265.
Ces mesures, et c’est un paradoxe1266, sont explicitement, dans leur grande majorité,
organisées par la loi de 2006 précitée fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs. Il s’agit dans l’ordre retenu par le législateur de : l’enquête1267, la descente sur
les lieux1268, l’audition des parties1269, la vérification des écritures1270 et des expertises1271.
1265
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 881 et s.
1266
Dans la mesure où le régime de preuve en contentieux administratif camerounais est réputé libre et non légal.
1267
Section I du chapitre IV de la loi n° 200/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement
des tribunaux administratifs.
1268
Section II.
1269
Section III.
1270
Section IV.
1271
Section V.
1272
ODENT (R), Contentieux administratif, t1, op. cit., p. 944.
347
C HAPITRE I : LA PRESCRIPTION DE L’EXPERTISE
348
S’il est un truisme que l’erreur judiciaire est un mal qui ne peut totalement être
éradiqué, il reste aujourd’hui qu’elle est combattue avec vigueur. Car il devient de plus en
plus difficile de tolérer des bavures judiciaires et surtout les injustices qui peuvent en résulter.
C’est pourquoi en matière de preuve par exemple, le juge n’hésite plus à faire appel à la
science, à la technique ou même à la technologie. C’est le cas notamment lorsque, pour établir
les faits, le juge se trouve confronté à une difficulté d’ordre technique ou scientifique. Il est
alors tenu de recourir à un spécialiste pour lui venir en aide. L’opération qui s’en suit n’est ni
plus ni moins qu’une « expertise judiciaire ».
Mais l’expertise est une mesure singulière par rapport aux autres mesures
d’instruction. Car elle permet de mettre sur la même table le droit et la science. Cela peut être
tantôt perçu comme un duel, tantôt comme un duo. Mais seul le second sens est ici pris en
considération. Ainsi, « la science cherche la vérité tandis que le droit réalise la justice »1274.
S’il est vrai que « la science met l’accent sur le progrès alors que le droit met l’accent sur le
procès »1275, il est aussi vrai que pour être juste, le procès a besoin du progrès. Pour cette
raison le droit ne peut se passer de la science et des évolutions qu’elle génère. C’est d’ailleurs
ce qui fait dire au Professeur Dominique LENCOU, président du conseil national des
compagnies d’expert en France que « dans un monde en constance évolution, le droit
n’échappe pas aux mouvements et les experts y ont été naturellement associés »1276.
L’expertise est avant tout perçue comme la chose des savants. Le savant ici n’est rien
d’autre que l’expert. Il importe dès lors d’identifier la personne de l’expert.
1273
V. la loi n°75/17 du 8 décembre 1975 fixant la procédure devant la Cour Suprême statuant en matière
administrative et la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1274
DUPRET (B), « L'expertise en justice: le regard des sciences humaines », Recherche DROIT ET JUSTICE,
numéro 35, novembre 2010. p. 7.
1275
Loc. cit.
1276
V. Guide des experts devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel 2010, préface,
LENCOU (D), [Link], consulté le 20 juillet 2015, p. 2.
349
L’identification de l’expert commande de retourner aux racines latines de la langue
française. C’est la tâche à laquelle s’était attelé Yves LENOIR, en ressortant l’origine de
l’expression par ces termes: « l’adjectif « expertus » (le substantif n’existait évidemment pas
en latin) adopte deux sens: le premier renvoie à celui qui a essayé, qui sait par expérience,
le second à celui qui a fait ses preuves grâce à l’expérience. Est donc expertus l’être
humain qui experirit, qui a essayé, qui a fait l’essai, qui a mis à l’épreuve, qui a tenté,
risqué, bref qui a appris par l’expérience. Il détient de l’experientia, c’est-à-dire qu’il a
pratiqué des essais en suffisance et qu’il les a mis à l’épreuve par le biais de l’observation
ou des manipulations répétées. Il est alors experiens, entreprenant, actif, mais aussi on lui
reconnaît d’avoir de l’expérience, de la pratique »1277.
L’expertise est en outre une opération matérielle, une action, bref une procédure
judiciaire. Autrement dit, c’est une suite d’actions ordonnées en vue d’un résultat précis. Elle
est un ensemble organisé du processus qui concourt à l’action d’une fonction: la recherche de
la preuve. L’expertise est alors vue comme une « procédure de recours à un technicien
consistant à demander à un spécialiste, dans le cas où le recours à des constatations ou à
une consultation ne permet pas d’obtenir les renseignements nécessaires, d’éclairer le
tribunal sur certains aspects du procès, nécessitant l’avis d’un homme de l’art »1278.
Il apparaît donc que l’expertise est un acte de procédure orchestré par le juge,
savamment mené par l’expert, et dont le but recherché est de concourir à la manifestation de
1277
LENOIR (Y), « L'enseignant expert, regard critique sur une notion non dépourvue d'intérêt pour la recherche
sur les pratiques enseignante » ; CRIE-CRIFPE et Réseau OPEN, Université de Sherbrooke (Québec).
RECHERCHE et FORMATION n°47 – 2004 ; p. 11.
1278
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit, p. 418.
350
la vérité. C’est un mode de preuve original résultant d’un ensemble de procédés, de manières
de faire singulières. Elle est alors « une pratique qui articule un savoir disciplinaire donné et
une question concrète, ce, dans le respect d’un cadre juridique et procédural vu comme
contraignant »1279.
Il existe deux grandes catégories d’expertises judiciaires. Ce sont les expertises civile
et pénale, d’une part et l’expertise en procédure administrative contentieuse qui elle intéresse
ce chapitre, d’autre part.
Les expertises civile et pénale peuvent être classées dans la même catégorie à cause de
la nature privée des règles auxquelles elles obéissent. L’expertise en matière civile, concerne
les instances devant les juridictions civiles, commerciales et sociales. Elle obéit aux règles
telles que fixées par le code de procédure civile1280. Mesure d’instruction prévue au titre
dixième du code de procédure civile consacré à des rapports d’expertise, elle obéit aux
principes directeurs et généraux du procès civil, ainsi qu’aux règles de procédure spécifiques
aux mesures d’instruction1281.
L’expertise pénale, quant à elle, se rapporte aux instances devant les juridictions
pénales ou répressives. Elle est régie par la loi portant Code de procédure pénale1282. Celle-ci
se distingue fondamentalement de l’expertise civile en ceci que dans le civil, la procédure est
1279
DUMOULIN (L), « L'expertise judiciaire dans la construction du jugement: de la ressource à la contrainte ».
Droit et Société 44/45-2000, p. 201.
1280
Cf. arrêté du 16 décembre 1954 portant code de procédure civile.
1281
Selon le professeur Christine HUGON la procédure civile comprend deux catégories de principes
directeurs: les principes relatifs à la répartition des rôles entre les parties et le juge, encore qualifiés de principes
traditionnels de la procédure civile interne et les principes garantissant un procès équitable, essentiellement
d'origine supra-législative. Ainsi sont rangés dans la première catégorie les principes d'initiative et d'impulsion
selon lesquels l'initiative du procès appartient aux parties, juges de leurs intérêts privés; puis, une fois introduite,
l'instance se développe sous l'impulsion des parties et le contrôle du juge. Pour ce qui est de la deuxième
catégorie, peuvent être relevés, le droit à un juge indépendant et impartial, l'égalité des armes, le contradictoire et
les droits de la défense, le principe de publicité et le délai raisonnable. Pour plus d'approfondissement, cf. cours
de procédure civile du professeur Christine HUGON, disponible sur [Link], site consulté le 21
janvier 2013.
1282
Loi n°2005/007 du 27 juillet 2005 portant code de procédure pénale, cf. les articles 203 à 217.
351
contradictoire1283, « alors qu’au pénal l’expert dialogue surtout avec le juge. C’est donc le
juge qui surveille l’aspect objectif de la production d’expertise »1284.
Mais il reste que l’une comme l’autre sont sous l’empire du droit privé, ce qui les
différencie fondamentalement de l’expertise de la procédure administrative contentieuse.
Le procès ici n’est pas la chose des parties comme en matière civile. Celles-ci font
connaître leurs litiges par le juge administratif ; dès lors le procès devient la chose du juge qui
le maîtrise complètement et dirige l’instruction de l’affaire. D’où le caractère inquisitoire de
la procédure. Ainsi dans la conduite de l’expertise, le juge reste incontestablement le maître.
1283
L'aspect contradictoire au civile signifie que toutes les opérations peuvent être discutées par les parties.
1284
RUMEAU (M), « L’expertise en matière judiciaire », 10ème Congrès d'Acoustique, Lyon, 12-16 avril 2010.
Disponible sur [Link]@[Link], p2. Consulté le 26 septembre 2015.
1285
Loi n°2006/022, [Link].
1286
CE, sect., 10 février 1967, Aragon et CE, sect., 26 février 1971, Aragon.
352
Au reste, l’expertise est régie en contentieux administratif camerounais par les articles
84 à 93 de la loi de 2006 sur les tribunaux administratifs précités. L’examen de l’expertise en
procédure administrative contentieuse camerounaise commande de faire une énonciation du
pouvoir du juge en la matière (Section I) et d’envisager la portée de ce même pouvoir
(Section II).
Affirmer que le juge jouit d’une faculté d’ordonner l’expertise, c’est lui reconnaître
d’une part la liberté certaine de décision d’une expertise demandée par les parties (1) et
d’autre part la possibilité d’en ordonner d’office (2).
1287
Art. 84 (1), loi n° 2006/002 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1288
Cf. article 7 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
353
Dans le même sens, le droit comparé de la Cour européenne des droits de l’homme a
indiqué que, en usant de sa faculté d’ordonner ou non une expertise, le juge ne doit pas porter
atteinte au droit à un procès équitable garanti par l’article 6 alinéa 1 de la convention
européenne de sauvegarde des droits de l’homme1289.
En effet, la Cour a fourni une solution dans laquelle elle prend en considération le
refus par le juge administratif français d’une demande d’expertise d’un patient tendant à
établir une relation de causalité entre une injection médicamenteuse administrée par les
services de l’hôpital de Strasbourg et des troubles psychiatriques1290.
« La Cour a décidé que le refus de nommer un expert ayant été précédé d’un
examen circonstancié de la question de savoir s’il y avait ou non présomption de causalité,
ainsi que le révèlent les conclusions du Commissaire du Gouvernement sur lesquelles se
fondait le Conseil d’État, on ne saurait reprocher à celui-ci de n’avoir pas ordonné une
telle mesure d’instruction ni motivé son refus d’accueillir la demande du requérant »1291.
Elle conclut ainsi que « Le fait de ne pas avoir ordonné une expertise n’a pas dans ces
conditions porté atteinte au droit du requérant à un procès équitable »1292.
Il apparaît clairement que le juge n’est pas tenu d’accorder une expertise réclamée
par les parties. Bien plus, en l’absence d’une demande d’expertise, il peut en ordonner
d’office.
La faculté du juge d’ordonner d’office une expertise est absolument générale. En effet
la loi dispose que le tribunal peut, même d’office, ordonner qu’il soit procédé à une
expertise1293. Le juge peut donc prescrire une expertise en dehors de toute demande du
requérant, sans que sa décision puisse le faire considérer comme statuant « ultra petita »1294,
1289
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif », in Revue EXPERTS- N° 68- septembre
2005, p.19.
1290
CEDH, 24 octobre 1989, H. c/ France, A. n° 162.
1291
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif… », [Link], p.19.
1292
Ibid.
1293
Article 84 (1), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs
1294
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif… », op. cit., p.19.
354
alors même que les parties estimeraient qu’il n’y a pas lieu d’y recourir1295. C’est le cas aussi
lorsqu’il y aurait accord entre les parties1296.
De même, le juge peut décider d’ordonner l’expertise même lorsque l’une des parties
aurait retiré sa demande d’expertise ou indépendamment de l’importance des intérêts en
cause1297 et des obligations d’une partie concernant la charge de la preuve1298.
En résumé, la demande d’expertise n’est donc jamais obligatoire pour le juge, même
s’il peut en ordonner une d’office s’il s’estime insuffisamment informé. Le principe de la
faculté pour le juge d’ordonner une expertise étant posé, il reste que l’initiative de l’expertise
conduit à reconnaître certains pouvoirs au juge, en l’occurrence, l’appréciation souveraine de
la demande d’expertise.
Lorsqu’une demande d’expertise est formulée par les parties le juge administratif
l’apprécie souverainement. Il dispose à cet effet de deux types de pouvoirs: le pouvoir relatif
au fond de la demande (1) et le pouvoir relatif à la forme de la demande (2).
Il convient de relever que le juge ne peut prescrire une expertise, quelle qu’elle soit,
que dans la mesure où celle-ci est opportune ou utile à la solution du litige. C’est à lui qu’il
revient de statuer sur le caractère utile ou opportun de la mesure d’expertise. Il dispose donc
du pouvoir de détermination de l’utilité ou de l’opportunité de la demande d’une mesure
d’expertise. L’espèce NOUCTI TCHOKWAGO1299 est illustrative à cet égard. Cette affaire
donne à voir comment le juge statue souverainement sur l’opportunité de la demande
d’expertise formulée par le Sieur NOUCTI. Le juge affirme en effet que
1295
Loc. cit.
1296
CE 23 février 1895, Communauté des Frères de SAINTE-MARIE-DE-THONON.
1297
CE, 29 décembre 1978, GAVOILLE.
1298
CE 8e et 9e sous-sect. 13 mars 1974, req. 88272 et 87408, Dr. Fisc. 1974, n°49, comm.1493 concl. D.
MANDELKERN.
1299
CS/CA, jugement n° 15/97-98, 26 mars 1998 NOUCTI TCHOKWAGO c/Etat du Cameroun.
355
« (…) La mesure ainsi sollicitée n’est pas opportune en l’état de la procédure
comme susceptible de faire double emploi avec les investigations effectuées par le contrôle
général de l’Etat »;
Il résulte de cette affaire que l’inopportunité d’une mesure est évidente lorsqu’une
partie sollicite une expertise alors que dans le même temps il est fait usage d’un autre moyen
d’investigation. Dès lors, la demande est rejetée.
De même, « il n’y a pas lieu de prescrire une expertise si les faits certains qui
ressortent des pièces du dossier permettent de se prononcer en pleine connaissance de
cause sur le fond du litige »1300. C’est également le cas lorsque l’expertise présente un
caractère frustratoire.
D’une manière générale, le juge seul peut décider si une demande d’expertise est
opportune ou inutile, et par conséquent de l’accorder ou de ne pas l’accorder. Le pouvoir du
juge d’apprécier l’opportunité des mesures d’instruction apparaît bien ainsi comme inhérent à
la notion même de contrôle juridictionnel. En plus du pouvoir sur le fond de la demande, le
juge dispose d’un pouvoir sur la forme de la demande.
1300
DEBBASCH (C), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, op. cit., p. 374.
1301
CE, 31 juillet 1908, SA de la Raffinerie de pétrole du Nord.
1302
CE, 9 janvier 1907, BERGES.
1303
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif… », op. cit., p. 20.
356
caractère explicite et formel d’une demande d’expertise lorsque le requérant s’est borné à
déclarer qu’il s’en réservait la faculté s’il n’était pas fait droit à ses observations1304.
Concernant ensuite la motivation de la demande, elle ne peut être accueillie que si elle
est motivée et que si le demandeur indique les points qu’il souhaite voir soumis à expertise
ainsi que les éléments qu’il est en mesure de communiquer à l’expert1305.
« C’est donc à bon droit que le juge rejette une demande d’expertise qui n’est
assortie d’aucun motif et dont les points sur lesquels le contribuable sollicitait cette mesure
ne sont communiqués qu’à l’audience ou qui ne précise pas les éléments de preuve qu’il
désire soumettre à l’appréciation de l’expert, par exemple qui, dans sa demande, ne propose
pas de faire expertiser les factures d’achat qui permettraient d’établir le montant de la
marge bénéficiaire contestée »1306.
1304
CE, 11 février 1903, VALLON.
1305
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif… », op. cit., p. 20.
1306
Loc. cit.
357
1- Le prononcé de la mesure
La mesure d’expertise est ordonnée par jugement avant dire droit. Le juge peut même
d’office décider qu’il soit procédé à une expertise1307. La décision ordonnant l’expertise
mentionne nommément les experts désignés et indique leurs profession et adresse.
Par ailleurs, lorsqu’une expertise en est ordonnée, elle est confiée à un ou plusieurs
experts suivant la nature ou les circonstances de l’affaire1309. La vérité est qu’il est rarement
désigné plus d’un expert.
1307
Art. 84 (1), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1308
CS/CA, jugement n°69/ADD du 25 septembre 2000, James ONOBIONO c/ Etat du Cameroun.
1309
Art. 84 (3), loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1310
TE, arrêt ADD n°369 du 22 décembre 1964, Dame MENGUE Marie c/ Commune Mixte Rurale de
Mbalmayo.
1311
TE, arrêt n° 315 du 30 novembre 1963, Sieur EBANDAN VOULA c/ Etat du Cameroun.
1312
CS/CA, jugement n°1/75 du 19 décembre 1975, NKONG Emmanuel c/ Etat du Cameroun.
358
La désignation d’un seul expert est certainement due à des raisons économiques, le
choix de plusieurs pouvant s’avérer très onéreux.
Lorsque la possibilité leur est offerte, les parties peuvent s’entendre sur le choix des
experts. En cas de désaccord, le juge peut en désigner d’office1313. L’affaire DANDJIN
Esaïe1314 illustre ce dernier cas de figure. En effet, le juge a désigné le Sieur WINKOWO
NEYI Emmanuel en qualité d’expert « faute aux parties d’en convenir ». Elles n’arrivaient
pas à s’entendre sur le choix des experts. Tel n’est forcément pas le cas en matière fiscale.
En matière d’impôts directs, droits et taxes assis par la Direction des impôts, toute
expertise demandée par un contribuable ou ordonnée par la Cour Suprême est faite par trois
experts à moins que les parties ne consentent qu’il y soit procédé par un seul1315. Dans le cas
où il n’y a qu’un seul expert, celui-ci est nommé par le Président de la Chambre
administrative de la Cour Suprême, à moins que les parties ne s’accordent pour le désigner.
Ainsi, dans l’affaire EDINGER François1316, du fait de l’absence d’introduction d’un
mémoire en défense par le défendeur, le juge a lui-même désigné un expert.
Si l’expertise est confiée à trois experts, l’un d’eux est nommé par la Cour et chacune
des parties en désigne le sien1317. L’affaire KADJI DEFOSSO1318 est illustrative à cet égard.
Le juge ordonne une expertise, pour ce faire « nomme en qualité d’expert M. Olivier BRIEN,
l’Etat ayant désigné de son côté M MANGA ELOKAN et le Sieur KADJI DEFOSSO M.
CASSELEGNO (…) ».
Cette décision fixe ensuite les points sur lesquels l’expertise doit porter1319. Dans
l’affaire James ONOBIONO, le juge précise que l’expertise doit avoir lieu « d’une part sur
l’objet et la finalité de la somme du milliard et d’autre part sur la valeur actuelle du
milliard déposé dans le compte n°1010081 tenu à la Standard Chartered Bank ».
1313
Art. 84 (2), loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1314
CS/CA, jugement n°60/ADD/93-94 du 28 avril 1994, DANDJIN Esaïe c/ Etat du Cameroun.
1315
FOTSO (D), Livre des procédures fiscales annoté et commenté, éditions Fotso, 2004, p. 107.
1316
CFJ/CAY, arrêt n°109 du 8 décembre 1970, EDINGER François c/ Etat du Cameroun.
1317
Art. L 134 du Livre des procédures fiscales.
1318
TE, arrêt n°465 du 23 décembre 1965, KADJI DEFOSSO joseph.
1319
Art. 84 (2), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
359
De même, dans l’affaire KADJI DEFOSSO1320 le juge a souligné que l’expertise doit
consister à « déterminer à partir des documents comptables qui seront mis à la disposition
par la requérante les bases exactes sur lesquelles doit être assise l’imposition due aux
contributions directes ». Le juge peut ne pas reprendre les faits dans le dispositif lorsqu’ils
ont été minutieusement exposés dans un Considérant. Il utilise alors la formule « ordonne
une expertise aux fins ci-dessus spécifiées » comme c’est le cas dans l’affaire
SODEGESCA1321.
La décision qui ordonne l’expertise fixe enfin la date à laquelle les experts doivent
prêter serment devant le président ou le magistrat délégué ainsi que le délai qui leur est
imparti pour accomplir leur mission1322. Dans le cas BEBEY André Frank1323, le juge a
souligné que « les experts désignés après serment préalablement prêté déposeront leur
rapport dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ».
Toutefois, les experts peuvent être dispensés de prestation de serment, d’accord partie1324.
Dans les vingt-quatre heures de l’enregistrement, s’il n’en est décidé autrement par la
juridiction, le greffier notifie la décision à l’expert et lui en délivre une expédition. Aussi,
l’expert désigné doit-il, le cas échéant, faire connaître son refus motivé dans les huit jours
suivant sa désignation ou au plus tard à la veille de l’audience à laquelle son serment doit être
reçu. En cas de refus ou d’empêchement il est pourvu à son remplacement par ordonnance
soit d’accord parties, soit d’office dans un délai de quinze jours1325.
1320
TE, arrêt n°465 du 23 décembre 1965, KADJI DEFOSSO joseph.
1321
CFJ/CAY, arrêt n°167 du 8 juin 1971, Société de gestion des services communs du Groupe Descours et
Cabaud c/ Etat du Cameroun ; v. aussi CS/CA, jugement n° 43/82-83, 7 avril 1983, KOUOH Emmanuel
Christian c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n° 2/97-92, 28 novembre 1991, FOH Esther c/ Etat du
Cameroun.
1322
Article 84 (3), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1323
CS/CA, jugement n°53/ADD du 29 juin 1989, BEBEY André Franc c/ Etat du Cameroun.
1324
Art. 84 (3), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1325
Art. 86.
360
2- Le déroulement des opérations
Tout au long des opérations l’expert doit conserver, dans la forme et encore plus dans
le fond, une stricte impartialité. C’est une obligation juridique qui, avec sa compétence
technique fait son autorité.
En outre, pour assurer le bon déroulement de l’expertise, le juge fixe les frais de
l’expertise et les honoraires de l’expert1330. Ainsi, le président de la juridiction ordonne à la
partie qui demande l’expertise d’avancer les frais et honoraires des experts1331. Si l’expertise
est demandée d’accord parties, les honoraires et frais sont avancés par les deux parties 1332.
Lorsque l’expertise est ordonnée d’office, l’expert peut demander la provision sur taxe en cas
de contestation1333. L’issue des opérations est matérialisée par la rédaction d’un rapport.
Toute la mission dévolue à l’expert est reportée dans le rapport d’expertise. La loi de
2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs est assez claire à
ce propos. En effet, elle dispose clairement que « l’expert dresse un rapport de sa
1326
Au sens de cet article l'expert encourt une peine d'amende de 20 000 à 500 000 F.
1327
Art. 87.
1328
Art. 89 (1).
1329
Art. 89 (2).
1330
Les frais renvoient au montant affecté à la mise en œuvre de l'expertise tandis que les honoraires sont des
rétributions versées aux experts compte tenu du fait qu'ils exercent des professions libérales.
1331
Articles 84 (4) et 88 (1) de la loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le
fonctionnement des tribunaux administratifs.
1332
Art. 88 (2).
1333
Art. 88 (3).
361
mission »1334. L’objectif à ce niveau consiste donc d’une part, à envisager la constitution du
rapport d’expertise (1) et d’autre part, à apprécier la valeur probante dudit rapport (2).
L’autre formalité consiste pour l’expert à produire, lors du dépôt du rapport, plusieurs
copies de celui-ci auxquels sont jointes d’autres pièces. En clair, le rapport accompagné de
copies en nombre égal des défendeurs plus deux ainsi que l’état des vacations, frais et
honoraires des experts en quatre exemplaires, est déposé au greffe pour être notifié aux parties
en cause1337. A côté des formalités découlant du dépôt, il y en a qui proviennent de la
présentation du rapport.
1334
Art. 89 (4).
1335
Art. 90 (1).
1336
Art. 90 (2).
1337
Art. 91.
362
travaux et en discuter avant de conclure. Ainsi, en France, les experts dressent un seul rapport
dont les conclusions sont en principe communes sauf à mentionner au rapport l’avis motivé de
chaque expert en cas de désaccord1338.
« Considérant que ces rapports individuels n’ont pas obéit à l’arrêt avant-dire-droit
qui en article 5 a ordonné le dépôt d’un rapport commun par les trois experts après
prestation du serment, ce qui leur enlève tout caractère collégial voulu par l’arrêt »
Il apparaît important de préciser qu’en matière fiscale, l’unicité du rapport est une
faculté pour les experts. Car, ces derniers peuvent décider de présenter des rapports
séparés1341.
Pour ce qui est ensuite des observations des parties et de la communication des parties,
elles présentent un caractère contradictoire. Les parties peuvent discuter le rapport dans les
quinze jours de la notification qui leur est faite ; leurs mémoires sont notifiés aux autres
parties qui, disposent du même délai pour répliquer. La partie la plus diligente peut lever le
1338
V. Guide des experts devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, [Link]., p.15. V.
également l'article R. 621-8 du code de justice administrative.
1339
Art. 89 (3), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1340
CS/AP, arrêt n° 1 du 18 avril 1996, Etat du Cameroun (Ministère des finances) c/ Michel NJINE
GANGLEY.
1341
Art. L. 138, Livre de des procédures fiscales annoté et commenté, éditions Fotso, 2004, p. 107.
363
rapport et le faire signifier à la partie adverse1342. Il s’agit à ce niveau de mettre en avant le
principe du contradictoire. C’est véritablement ici que s’applique le principe du
contradictoire, bien que l’ensemble de la procédure soit réputé contradictoire. Il importe alors
de souligner que le principe de la contradiction se déroule en présence du juge et après dépôt
du rapport.
Il doit par exemple, le cas échéant, dire s’il s’est rendu sur les lieux du litige. Il doit
alors indiquer si les parties ou leurs conseils étaient présents et s’ils l’ont éclairé lors de cette
descente sur certains points d’ombre. Si les tiers au conflit en raison de leur connaissance
1342
Art. 92, loi n° 2006/002 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1343
DUMOULIN (L), « L'expertise judiciaire dans la construction du jugement… », op. cit., p. 214.
364
technique ou de leur connaissance sur les circonstances et faits du litige ont été consultés,
l’expert devrait le faire savoir par son rapport. En bref, « l’auteur du rapport narre ainsi à
son commanditaire les événements intervenus pendant l’expertise »1344. L’expert peut aussi
préciser sa méthode de travail
L’expert procède par la suite aux observations et donne ses conclusions. Les
conclusions de l’expert sont sa réponse aux questions posées et seulement celles-là. Cette
réponse doit figurer à la fin du rapport et être présentées clairement et brièvement. « La
pratique la plus courante consiste à reprendre successivement chacun des points de la
mission et y répondre brièvement, en se référant si nécessaire aux développements figurant
dans le corps du rapport »1345. Tout ceci n’est pas sans lien avec la force probante du rapport.
1344
Loc. cit.
1345
V. Guide des experts devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, op. cit., p. 14.
1346
Michel OLIVIER cité par DUMOULIN (L), « L'expertise judiciaire dans la construction du jugement… »,
op. cit., p. 214.
1347
Loc. cit.
365
points qui sont des données inoxydables et doivent être considérées comme des preuves
irréfutables »1348.
Ainsi, le rapport d’expertise, parce que présumé vrai, est doté d’une force probante.
Le rapport d’expertise est présumé vrai parce qu’il a en premier lieu pour fonction d’établir
les faits. L’expert fait son rapport au sens où il rend compte de ce qu’il a vu et entendu sur le
terrain. C’est justement sur la base et la foi de cet état des lieux que seront établies la réalité et
la vérité judiciaire1349. Le rapport d’expertise en construisant un double récit, participe de la
constitution du réel. Il établit l’histoire de l’expertise, raconte comment elle s’est passée, à
quels échanges elle a donné lieu. Mais plus encore, ce compte-rendu construit la réalité et
l’objet du litige, la nature des désordres en cause. A l’attention du magistrat mais aussi des
parties et de leurs conseils, il dresse le diagnostic de la situation1350.
Le rapport d’expertise est également présumé vrai parce qu’il a pour fonction
d’expliquer les faits. Il ne doit pas se contenter d’établir les faits, encore faut-il les expliquer.
Le juge s’attend non seulement à ce que l’expert établisse les faits, mais aussi et surtout qu’il
lui fournisse des explications par rapport aux faits établis. L’expert est mandaté à cause de ses
connaissances techniques. Il doit pouvoir utiliser ces connaissances et les mettre au service du
juge. Il est tenu d’apporter des explications, pour ce faire, il doit employer un vocabulaire qui
va permettre au juge de prendre connaissance des faits et surtout de les comprendre.
1348
ATIOFACK KENFACK (A), « L'expertise judiciaire au Cameroun », conférence de stage d'avocat sur
l'expertise judiciaire au Cameroun, 2010, disponible sur Google, consulté le 6 avril 2013.
1349
Michel OLIVIER cité par DUMOULIN (L), « L'expertise judiciaire dans la construction du jugement… »,
op. cit., p. 214.
1350
Loc. cit.
1351
Loc. cit.
366
La force probante tient au respect de certaines conditions. C’est une preuve
scientifique faisant foi jusqu’à inscription de faux. Cette force probante tient au respect de la
condition relative au cardinal principe du contradictoire et celle relative à l’impartialité et
l’objectivité de l’expert.
Dans l’affaire ONDO OVONO Charles1357, le juge administratif a en effet, rejeté une
expertise au motif qu’elle n’était pas contradictoire, il fit le constat suivant :
« Le rapport d’expertise (…) était inopposable à l’appelant pour violation des droits
de la défense, ladite expertise ayant été exécutée en l’absence de ce dernier (…) »
1352
LOEPER (P), « L'expertise dans le procès équitable: principe et pratique du contradictoire », XIXe congrès
du CNCEJ, Versailles, 2015, in [Link] , consulté le 10 janvier 2015, p. 3.
1353
FRISON-ROCHE (M-A), « La procédure de l'expertise », in L’expertise, coll. Thèmes et commentaires,
Dalloz, 1995, p. 93.
1354
CE, 4 décembre 1985, WURSMER, RDP, 1986, p.1181; 10 juillet 1987, Société lyonnaise des eaux et de
l'éclairage, Rec., p. 881.
1355
Art. 89, loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1356
Art. 92.
1357
CS/AP, arrêt n° 1, 23 décembre 2000, ONDO OVONO Charles c/ Etat du Cameroun (MINEFI) ; v.
également CS/AP, arrêt n° 1 du 18 avril 1996, Etat du Cameroun c/ Michel NJINE GANGLEY.
367
En matière fiscale la contradiction est affirmée avec vigueur. En amont, le législateur
offre la possibilité à chaque partie, en plus de l’expert désigné par le juge, d’en désigner le
sien1358. Et en aval, après dépôt du rapport, les parties fournissent leurs observations 1359. A
cela, il convient d’ajouter qu’en cas de nécessité de se rendre sur les lieux, le déplacement des
experts est effectué en présence des parties ou de leur représentant1360.
La contradiction est une condition sine qua non de l’efficacité du rapport d’expertise
en tant que moyen de preuve. Il implique alors que lors des opérations d’expertise aucune
partie ne soit défavorisée. Il a de ce fait pour corollaire l’objectivité et l’impartialité de
l’expert.
1358
Article L 134, Livre des procédures fiscales.
1359
Art. L 138.
1360
Art. L 137.
1361
V. Guide des experts devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, op. cit., p.3.
1362
Article R. 621-3 du Code de justice administrative français.
368
L’observation de ce pouvoir du juge tel qu’énoncé supra permet d’envisager quelques pistes
de solution en vue d’apporter la lumière au problème posé.
La relativité de l’expertise est un principe qui mérite des clarifications. Pour ce faire,
la signification (A) et la justification (B) doivent en être données.
A- La signification
Est « relatif », ce « qui ne peut exister d’une façon indépendante »1363, mieux, ce
« qui dépend de l’état d’une personne »1364. Affirmer donc que l’expertise est une procédure
relative ou qui a un caractère relatif, c’est dire en d’autres mots que son enclenchement, son
déroulement et surtout son issue sont placés sous l’autorité d’une personne : « la personne du
juge ». De fait, le juge administratif dispose, en plus de ses pouvoirs inquisitoriaux, d’un
pouvoir souverain qui lui permet de se comporter en maître dans la conduite du processus
expertal. C’est une procédure qui dépend presqu’entièrement de lui et rien que de lui. Il faut
dire que le législateur de 2006 a fait de l’expertise une prérogative facultative dans l’office du
juge. Autrement dit, à la lecture des textes en vigueur, le juge jouit d’une liberté quasi absolue
en la matière. La relativité peut être traduite au travers de cette disposition législative : « l’avis
de l’expert ne lie pas le tribunal »1365. Cela revient à dire que le juge administratif dispose
d’une liberté d’appréciation de cet avis (1), laquelle ne signifie cependant aucunement
l’arbitraire dans l’appréciation (2).
« Il est », selon Monsieur Rémy ZE-MEKA, « fort probable que l’avis de l’expert
influence le juge. Cependant les dispositions législatives fixant la procédure administrative
1363
Dictionnaire Encarta, Microsoft Encarta 2009.
1364
Larousse, maxipoche, op. cit., p. 1189.
1365
Art. 93, loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
369
contentieuse, bien que n’ayant pas défini les questions sur lesquelles peuvent porter les
expertises, établissent tout de même qu’en aucun cas l’avis des experts ne lie ni la chambre
administrative, ni l’assemblée plénière. Le juge ne commettrait donc aucune incorrection
juridique s’il refuse de suivre l’avis d’un expert à qui il a pourtant demandé de constater les
faits »1366.
Le juge administratif a d’ailleurs plusieurs fois rappelé cette indépendance du juge vis-
à-vis des techniciens auxquels il peut avoir recours. Il disait à ce sujet que si les juridictions
administratives :
« Peuvent, dans le cadre des codes et lois relatifs à la procédure, applicables dans
chacun d’eux, commettre des experts en vue d’être éclairée sur les questions relatives aux
litiges dont elles sont saisies, c’est à la condition expresse de se réserver le pouvoir de
décision finale »1367.
Le juge n’est donc pas tenu par les conclusions de l’expertise. Il est libre de les suivre
ou ne pas les suivre. Il ne doit, en aucune manière, aliéner son pouvoir de décision, encore
moins épuiser son pouvoir d’investigation par la prescription d’une expertise ; par conséquent,
il peut ordonner une nouvelle mesure d’instruction1368.
Il est donc clair que les droits écrits et prétoriens sont unanimes que le juge
administratif reste le premier responsable de l’instruction et ne peut en aucun cas céder son
pouvoir juridictionnel aux meilleurs des technocrates1369. C’est en cela même que peut se
résumer la relativité. Toutefois, relativité ne signifie pas arbitraire.
1366
ZE MEKA (R), La procédure du contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 139.
1367
CFJ, arrêt n° 21, 20 mars 1968, Avocat Général Cour Fédéral de Justice c/ Arrêt Court of Appeal de Buéa du
Cameroun Occidental.
1368
KAMDEM (J-C), Contentieux administratif, op. cit., p. 181.
1369
ZE MEKA (R), La procédure du contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 139.
1370
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 883.
370
Il est tenu de prendre en compte toutes les mesures nécessaires à assurer l’instruction
complète de l’affaire. Il ne doit pas rejeter l’avis de l’expert sans l’avoir minutieusement et
préalablement examiné. Les parties ont droit à une telle instruction. Le refus ou l’omission par
un tribunal administratif de prononcer une mesure utile serait censurée en appel ou en
cassation. L’appréciation de l’avis de l’expert par le juge est libre, mais elle n’est pas
arbitraire. La relativité de l’expertise est donc discrétionnaire, mais pas arbitraire. Cette
relativité se justifie pleinement.
B- La justification
1371
Décret n° 60/251 du 31 décembre 1960 fixant les modalités d'établissement des listes des experts, syndics de
faillite, liquidateurs judiciaires, administrateurs de biens et commissaires aux comptes.
1372
CE, sect., 10 février 1967, Aragon et CE, sect., 26 février 1971, Aragon.
1373
VADE-MECUM de l'expert de justice, 3e édition 2009, [Link], consulté le 20 juillet 2015, p. 1.
371
après avoir prêté serment d’accomplir sa mission avec conscience, objectivité, impartialité
et diligence, l’expert a le statut de collaborateur du service public de la justice, agent de
l’Etat, pendant la durée de la mission qui lui a été confiée »1374. Le juge administratif
français considère donc que l’expert est un agent de l’Etat durant sa mission. Son homologue
camerounais reste encore muet. Mais la logique de celui-là peut inspirer celui-ci.
Cependant, la question qui se pose est de savoir si l’expert est requis par le juge ou s’il
est bénévole. En d’autres termes il s’agit de savoir si l’expert est un collaborateur occasionnel
requis ou un collaborateur occasionnel bénévole. Il est difficile de répondre à cette question
dans la mesure où d’une part l’expert est tenu d’apporter son concours au juge et d’autre part
l’expert peut refuser sa mission1375. Toutefois l’hypothèse selon laquelle l’expert est requis
semble être la plus plausible. Car, en l’absence d’une précision du juge administratif en la
matière, le Code pénal considère que l’expert est « requis »1376. Mais pour plus de clarté il
serait de bon ton que le juge administratif, tout comme le législateur, clarifie le statut de
l’expert.
Il faut dire que si l’expert est qualifié par le juge administratif de collaborateur
occasionnel du service public, d’autres qualifications lui sont attribuées. En France la
jurisprudence civile ne considère pas ou pas encore l’expert comme un collaborateur
occasionnel du service public de la justice. Mais, la conception du statut de l’expert par le
juge civil s’est progressivement rapprochée de celle de son homologue administratif.
1374
V. Guide des experts devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, op. cit, p.3.
1375
Cf. art. 86, loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1376
Cf. art. 174 de la loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code pénal.
1377
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, [Link], p. 100.
1378
CC-2ème [Link].-arrêt du 2 juin 2004.
372
premier conseiller à la Cour administrative d’appel de DOUAI qui n’hésite pas à qualifier
l’expert « d’auxiliaire de justice »1379.
Cette position est difficilement admissible. Il serait en effet incongru de dire qu’à
l’instar d’un avocat ou d’un huissier de justice, l’expert est un auxiliaire de justice. Car les
auxiliaires sont des « hommes de loi » et non des personnes investies d’une mission technique
comme l’expert. Fort heureusement le juge judiciaire va revoir sa conception.
1379
MINNE (P), « Le déroulement du procès administratif-la place de l'expert », in
[Link] , consulté le 30 août 2015, p. 1.
1380
CC-2ème [Link].- arrêt du 10 septembre 2010.
1381
BILONG (S), Responsabilité de la puissance publique et compétence du juge en droit camerounais, th.
Université de Douala, FSJP, 2001, p. 33.
1382
CE, sect., 10 février 1967, Aragon et CE, sect., 26 février 1971, Aragon.
373
dommages qu’il peut subir comme ceux qu’il peut causer dans l’exercice de sa fonction
sont, sous certaines conditions, indemnisables par l’Etat. Pour la même raison, en cas
d’insolvabilité définitive du débiteur des honoraires et frais d’expertise, ceux-ci peuvent
être mis à la charge de l’Etat »1383. La responsabilité de l’Etat pourrait donc être recherchée
pour dysfonctionnement du service public de la justice dans le cas de retard d’un expert déjà
surchargé ou dans le cas d’incompétence.
Pour ce qui est de la responsabilité pénale, certaines peines sont justement édictées à
l’article 174 du code pénal. Il est en effet clairement disposé : « est puni d’une amende de
20.000 à 500.000 celui qui étant régulièrement requis comme expert, (…) refuse sans motif
1383
VADE-MECUM de l'expert de justice, op. cit., p. 1.
1384
Art. 4 du décret n° 60/251 du 31 décembre 1960 fixant les modalités d'établissement des listes des experts,
syndics de faillite, liquidateurs judiciaires, administrateurs de biens et commissaire aux comptes.
1385
Art. 87, loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
374
légitime de prêter son concours à l’autorité judiciaire ». D’autres condamnations peuvent
être prononcées en cas de fraude ou de corruption.
Sur le plan civil, l’expert peut être condamné pour faute personnelle et sur le
fondement notamment de l’article 1382 du code civil.
Lorsque le juge définit les attributions de l’expert, il détermine en fait les contours de
sa mission et précise les délais impartis à celui-ci pour accomplir cette mission. L’expert est
au service du juge qui l’a commis afin de l’éclairer techniquement sur des questions de fait,
« objet d’une mission clairement définie ». La mission de l’expert est définie par le jugement
qui décide le recours à l’expertise. Ses contours doivent être rigoureusement respectés : seule
la juridiction a compétence pour la définir. Cette exigence est clairement formulée par le
législateur en ces termes: « la décision qui ordonne l’expertise fixe les points sur lesquels
elle doit porter (…) »1386.
Ainsi, dans toutes les affaires nécessitant le recours à une expertise le juge prend soin
de définir la mission de l’expert. Il doit de ce fait retenir ce qui est le plus simple, mais
suffisamment clair et précis afin qu’il ne puisse y avoir d’autre interprétation que celle qui
permette de comprendre le problème posé par le juge à l’homme de l’art. Dans l’espèce
EDINGER François1387, par exemple, le juge indique de manière claire et précise que l’expert
doit « établir le bilan de l’Etablissement Edinger pour l’exercice 1963-1964, ainsi que
l’imposition afférente audit bilan ».
1386
Art. 84 (4).
1387
CFJ/CAY, arrêt n° 109 du 8 décembre 1970, EDINGER François c/Etat du Cameroun.
375
Le juge dispose donc de toute latitude pour fixer le contenu de la mission de l’expert,
sans même que les éléments de cette mission aient fait l’objet d’une discussion préalable1388.
Ce faisant, il fixe les délais d’accomplissement de cette mission.
Il est fait obligation au juge de rendre la justice dans des délais raisonnables 1389 ce qui
impose de limiter dans le temps la mission de l’expert. Le juge fixe toujours le délai imparti à
l’expert pour la durée des opérations1390. La durée des expertises contribue très largement à la
longueur des procédures dans leur ensemble. Le respect du délai imparti à l’expert est donc
une obligation absolue. Pour respecter ce délai, il lui appartient de faire preuve de fermeté à
l’égard des parties qui auraient une attitude dilatoire et, en cas de grave difficulté, d’en
informer par écrit le juge. Le manquement à l’obligation de respect du délai expose l’expert à
des sanctions.
En effet, « en cas de retard dans le dépôt du rapport, l’expert peut être assigné par la
partie la plus diligente dans les trois jours par-devant le tribunal, qui apprécie la cause du
retard. Si le tribunal ordonne le remplacement de l’expert, celui-ci est condamné aux
dépens de l’incident »1391.
Le délai fixé par le juge rapporteur ou par le juge des référés devrait être déterminé
en fonction des éléments du dossier. Mais il est regrettable de constater, dans le cadre de la loi
en vigueur, l’absence d’une possibilité explicite de demande de prorogation du délai, en
fonction de l’évolution des opérations d’expertise. Or, il est rarement possible d’évaluer
précisément le délai nécessaire à l’expertise lors de la désignation de l’expert par le juge1392.
1388
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif », in Revue EXPERTS- N° 68- septembre
2005.
1389
Art. 7 de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples.
1390
Art. 84 (4), loi n° 2006/002 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1391
Art. 90..
1392
« "50 questions pratiques " sur l'expertise judiciaire », Rencontre Magistrats du tribunal de grande instance
de Nanterre Expert judiciaires du 27 novembre 2001.
376
limitée dans le temps, elle ne l’est pas moins dans l’espace dans la mesure où celle-ci est
réduite au factuel et à la technique.
L’expert ne peut être mandaté que pour examiner et éclairer de sa science des
questions de fait. L’expertise a pour seule fin « d’informer le juge sur l’appréciation
matérielle des faits »1393. L’expert est ainsi régulièrement chargé de :
Ŕ déterminer la valeur d’un bien, c’est le cas de l’affaire NANA LEVI où la mission
de l’expert consistait à « déterminer le nombre exact et la valeur des édifices
qui auraient été bâtis par NANA LEVI Lucien sur les lots n°64 et 64 bis du
lotissement DJELENG IV du centre urbain de Bafoussam »1394 ;
Ŕ collecter des documents, de visiter des lieux, de décrire un processus,
d’auditionner des parties ou des tiers, par exemple des sachants ;
Ŕ donner son avis sur un lien de causalité ;
Ŕ proposer l’évaluation d’un pourcentage d’incapacité ou de la gravité d’un
préjudice esthétique ou d’un pretium doloris, le montant d’un préjudice matériel
ou financier. L’espèce Sieur EBANDAN VOULA1395 est illustratif à cet égard, la
mission de l’expert consistait à examiner le requérant et de « dire le taux de
l’incapacité permanente partielle que lui a occasionné l’accident dont il a été
victime le 18 juin 1962 » ;
Ŕ donner au juge des éléments permettant d’apprécier si des travaux ou une
opération chirurgicale ont été conduits conformément aux règles de l’art ;
Ŕ donner tous les éléments de fait, relatifs notamment à l’imputabilité du
dommage, permettant au juge de répartir les responsabilités.
La liste n’étant pas exhaustive, il convient tout de même de noter que tous les points
ci-dessus énumérés sont purement techniques ou factuels et donc relèvent de la compétence
de l’expert. En revanche, l’expert ne peut être chargé d’examiner et encore moins de trancher
des questions de droit.
1393
DEBBASCH (C) et RICCI (JC), Contentieux administratif, op. cit., p.526.
1394
CS/CA, Jugement n° 44 du 4 mars 1976 NANA LEVI Lucien c/Etat du Cameroun.
1395
TE, arrêt n° 315 du 30 novembre 1963, Sieur EBANDAN VOULA c/Etat du Cameroun.
377
L’expertise ne peut porter « que sur des questions de fait à l’exclusion des questions
de droit »1396. En d’autres termes, « l’objet de l’expertise consiste à informer le juge, donc à
éclairer le juge et non à se substituer à lui en tranchant le point de droit soulevé »1397. Seul
maître de la solution juridique à donner à l’affaire, le juge veille à ce que l’expert se cantonne
aux faits sans dire le droit. L’expert n’est donc pas là pour commenter, par exemple, les
règles de droit applicables au cas soumis ou encore pour faire valoir des principes
jurisprudentiels. Ainsi, une mission qui comporterait la recherche d’une solution de droit
serait entachée de nullité1398.
L’expertise n’étant pas une mesure arbitraire, il devient normal d’encadrer le pouvoir
du juge en la matière voire de procéder à sa limitation. Ainsi le pouvoir du juge, afin d’assurer
la bonne marche et la crédibilité de l’expertise, est soumis à certaines exigences et donc
modulé. Dès lors, il apparaît évident que la relativité de l’expertise n’est pas absolue, elle
connaît des inflexions. Ces inflexions touchent aussi bien la procédure de l’expertise (A) que
le fond du litige en lui-même (B).
1396
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge
administratif », op. cit., p. 78.
1397
NGOLE NGWESE (P) et BINYOUM (J), Eléments de contentieux administratif camerounais, op. cit., p.91.
1398
CE, 12 février 1947, Ministre des finances.
378
A- Les inflexions procédurales
« Par principe et parce que l’expert a davantage rapport au juge qu’aux parties,
c’est la juridiction qui choisit l’expert et non les parties, (…). Mais dès l’instant où la partie
n’interfère en rien dans la désignation de l’expert, on aurait pu penser qu’elle doive
disposer du moyen procédural corrélatif et puisse par exemple le récuser »1399.
1399
FRISON-ROCHE (M-A), « La procédure de l'expertise », op. cit., p.91.
1400
Art. 85 (1), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1401
Art. 85 (2).
1402
Art. 85 (3).
379
Il faut cependant indiquer qu’en matière fiscale, le législateur n’a pas envisagé les
possibilités de récusation des experts par les parties1403.
Dans le cas d’une expertise de référé tout d’abord, il n’existe pas de procédure propre
concernant l’appel contre les ordonnances de référé. La procédure ici est la même que pour
les jugements. Ainsi en tant que décision rendue en premier ressort, l’ordonnance de référé est
susceptible d’appel devant la Chambre administrative dans les délais prévus par le texte1404
fixant la procédure devant la Chambre Administrative de la Cour Suprême1405. En revanche,
concernant le pourvoi des ordonnances de référé, si dans l’ensemble la procédure paraît la
même que celle des jugements, la spécificité repose cependant sur la réduction des délais. En
effet la loi dispose qu’ « en cas de pourvoi contre les ordonnances de référé la procédure à
suivre est celle prévue aux articles 89 à 103 de la présente loi. Toutefois, les délais prévus
sont réduits à cinq (5) jours »1406.
S’agissant ensuite d’une expertise décidée par jugement avant-dire-droit sur le fond, il
faut dire que la procédure du pourvoi est également régie par les articles 89 à 103 de la loi
fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour Suprême. La procédure d’appel des
jugements avant-dire-droit sur le fond est la même que celle applicable en matière de
1403
FOTSO (D), Livre des procédures fiscales annoté et commenté, op. cit., p. 108.
1404
Il s'agit précisément de la loi n° 2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation et le fonctionnement de
la Cour Suprême.
1405
Art. 114 (1), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1406
Art. 108 (1), loi n° 2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation et le fonctionnement de la Cour
Suprême.
380
jugements définitifs et d’ordonnances de référé. Cependant, l’appel d’une décision avant-dire-
droit ne peut être interjeté que conjointement avec l’appel à l’encontre de la décision
définitive sur le fond. Il est recevable même en cas d’exécution sous réserve de la décision
avant -dire- droit1407.
L’expert doit remplir sa mission en toute indépendance, son avis ne saurait être
influencé par le juge. Selon Gilberte CLOSSET-MARCHAL, l’indépendance de l’expert à
l’égard du juge se marque de différentes manières1408 : il peut toujours refuser d’exercer sa
mission et il exerce une maîtrise sur les opérations matérielles de l’expertise, entre autres.
L’expert peut refuser la mission à lui confiée par le juge. Cette possibilité lui est
reconnue par la législation en vigueur. Ainsi, d’après la loi de 2006 sur les tribunaux
administratifs, dans les vingt-quatre heures de l’enregistrement de la décision d’expertise, s’il
n’en est décidé autrement par la juridiction, le greffier notifie cette décision aux experts
désignés et leur en délivre une expédition1409.
L’expert fait connaître son refus motivé dans les huit jours de cette notification ou au
plus tard la veille de l’audience à laquelle son serment doit être reçu 1410. En cas de refus ou
d’empêchement de l’expert, il est pourvu à son remplacement par ordonnance, soit d’accord
parties, soit d’office, dans un délai de quinze (15) jours1411.
Il ne fait donc pas de doute que l’expert peut valablement refuser ou même être
empêché d’exercer sa mission. Il lui suffit de motiver ce refus ou cet empêchement. Il doit
1407
Art. 114 (3), la loi n° 2006/022, 022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des
tribunaux administratifs.
1408
CLOSSET-MARCHAL (G), « Considérations générales sur l'expertise », in L'expertise, Bruxelles, Fac.
Univ. Saint-Louis, 1994, p. 14 et s. n° 11 et s.
1409
Art. 86 (1), loi n° 2006/022, 022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des
tribunaux administratifs.
1410
Art. 86 (2).
1411
Art. 86 (3).
381
toutefois le faire avant la prestation de serment. Cela peut paraître paradoxal au regard de
l’article 174 du code pénal qui considère que l’expert est requis et ne doit pas de ce fait
refuser d’exercer sa mission.
S’il est établi que l’expert procède à sa mission sous le contrôle du juge, il juge
cependant de la manière dont il doit effectuer ses travaux. En droit comparé, notamment en
Belgique, la jurisprudence a clairement relevé que sur le plan technique, le juge n’a pas à
s’immiscer dans le travail de l’expert en cours d’expertise, mais conserve un droit souverain
d’appréciation sur le fond de l’expertise lorsque celle-ci est clôturée1412. Cette solution est
transposable en droit du contentieux administratif camerounais.
Ainsi, en tant que technicien, spécialiste ou même homme de l’art, l’expert a l’entière
maîtrise des opérations matérielles d’expertise. Il ne saurait de ce fait être influencé dans ses
travaux par le juge. Ce dernier doit donc se garder de toute intervention dans les travaux de
l’expert. Toutefois, il n’en irait plus ainsi s’il était avéré que l’expertise ne se déroulait pas
normalement. Le juge récupèrerait alors un droit d’intervention en cours d’expertise pour
tenter de régler les problèmes1413.
Parler des inflexions à la relativité de l’expertise sur le fond, c’est en réalité déterminer
l’influence de la parole expertale sur la solution donnée par le juge quant au fond du litige.
Ainsi parce qu’il lui est nécessaire de connaître pour juger, le juge est obligé d’intégrer le
discours expertal dans sa rhétorique propre. Dès lors, il semble intéressant d’examiner dans
quelle mesure sa décision peut dépendre de la vérité expertale pour dire le droit (1). Et puis
par la suite relever quelques matières où le juge s’en remet presque toujours à l’expertise (2).
1412
CA de Liège, 28 avril 1992.
1413
GILLARDIN (J), « Le déroulement de l’expertise », in L’expertise, Bruxelles, Fac. Univ. Saint-Louis, 1994,
p. 165.
382
1- La dépendance du juge à la vérité expertale pour dire le droit
Il s’agit ici de voir d’une part comment la vérité expertale est intégrée dans la
rhétorique du juge, et d’autre part comment elle est importante pour celle-ci.
En ce sens, dans l’affaire NZETE Emmanuel1416, en plus d’établir la réalité des faits,
l’expert dans ses conclusions s’immisce dans l’application de la règle de droit en faisant des
recommandations claires au juge. Le rapport d’expertise conclut en effet que :
« Eu égard à ce qui précède, dont les détails sont contenus dans les pages qui
suivent et après vérification des actes de vente notariés après les études concernées, nous
sommes arrivés aux conclusions suivantes: le titre foncier immatriculé sous le n° 19498/W
(7 avril 1989), dont les limites sont situées à l’intérieur du premier titre foncier. A cause de
cette irrégularité incombant à des agents de l’Etat soit véreux, soit incompétents, le titre
foncier n° 19498/W devrait être annulé ».
Les conclusions expertales dans cette affaire vont alors peser lourdement sur le
raisonnement du juge et son appréciation sur le litige. De fait, dans son raisonnement le juge
souligne que :
1414
DALBIGNAT-DEHARO (G) « De la vérité scientifique à la vérité judiciaire: comment le juge s'approprie t-
il les connaissances médicales? », sous thématique exposée à l'occasion du rapport d'un groupe de travail sous la
direction de Jacques HUREAU et Claude Henri CHOUARD sur la thématique: Compétence scientifique et
technique de l’expert et qualité de l’expertise en responsabilité médicale, [Link], consulté le 19 avril
2013, p. 32.
1415
Loc. cit.
1416
CA/CS, Jugement n° 063/2008 du 18 juin 2008, NZETE Emmanuel c/Etat du Cameroun (MINDAF).
383
recours de NZETE Emmanuel est justifié et que le titre foncier litigieux encourt
l’annulation ». Et dans l’appréciation du litige, il va déclarer :
En disposant que l’avis de l’expert ne lie pas le tribunal, la loi conduit à admettre que
la vérité expertale peut ou pas être adoptée par le juge. Si malgré tout le tribunal décide de la
suivre, cela pourrait être tout à son intérêt. Car cette vérité pare sa décision de vertus
indéniables. Ainsi, au-delà du simple fait que la vérité expertale permet au tribunal de
solutionner le litige, le recours à celle-ci confère au juge un argument légitimant sa décision.
Il la pare des vertus d’universalité, d’objectivité et même d’irréfutabilité1419.
Au bout du compte, le juge est bien souvent obligé de recourir à la vérité expertale
pour résoudre les litiges caractérisés par une grande complexité technique. Car en l’absence
d’un apport expertal sur de tels litiges sa décision pourrait, être décriée et être taxée
d’illégitime. Certaines matières illustrent bien cette dépendance.
1417
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif », op. cit., p. 19.
1418
DUMOULIN (L), « L’expert technicien, témoin ou acteur de justice », Communication écrite aux Journées
européennes du droit Juger en Europe, communication à paraître aux actes du colloque éponyme,
[Link] , consulté le 19 avril 2013,
1419
DALBIGNAT-DEHARO (G) « De la vérité scientifique à la vérité judiciaire: comment le juge s'approprie t-
il les connaissances médicales? », op. cit., p. 33.
384
L’expertise médicale est une procédure qui permet de trancher un litige d’ordre
médical à l’aide d’un médecin [Link] repose en fait sur la notion de réparation
intégrale du préjudice subi par une personne et qui est énoncé par l’arrêt du 20 octobre 1954
de la Cour de Cassation française rappelant qu’il convient de « (…) replacer la victime dans
la situation où elle se serait trouvée si l’acte dommageable n’avait pas eu lieu »1421. De fait,
la réparation d’un préjudice exige du juge qu’il puisse déterminer les responsabilités, mais
ensuite et surtout qu’il puisse évaluer la gravité du dommage. C’est à ce niveau qu’il est fait
recours à l’expert médecin. Dans l’affaire Sieur EBANDAN VOULA1422 en effet, le juge a
désigné le Docteur AMSTRONG, médecin expert en service à l’hôpital de Yaoundé « à
l’effet d’examiner le Sieur EBANDAN VOULA et de dire le taux de l’incapacité
permanente partielle que lui a occasionné l’accident dont il a été victime (…) ». C’est le cas
également dans l’affaire Dame MENGUE1423.
Il faut dire que le juge suit presque toujours les conclusions de l’expert médical. Elle
est l’une des plus contraignantes pour lui. Ainsi, comme l’atteste si bien Monsieur André
ATIOFACK KENFACK « s’agissant d’un rapport d’expertise médical en considération
duquel le tribunal a caractérisé le lien de causalité entre la faute commise et la survenance
du dommage le tribunal est astreint à suivre l’avis des experts »1424.
D’où une certaine équivoque sur la portée et l’autonomie du juge par rapport à l’expert
dans une sorte d’attelage dont le Doyen SAVATIER avait souligné non sans humour qu’il
ressemblait « à l’aveugle de l’Evangile conduit par un autre aveugle. L’un sait du droit,
l’autre sait la médecine. Pour bien juger, il aurait fallu que ce soit le même homme qui sût
l’un et l’autre »1425.
Quand bien même le juge écarte les conclusions d’une expertise médicale, toujours
est-il qu’il ordonne une contre-expertise ou une nouvelle expertise.
1420
KOERPER (L), L'expertise médicale en matière d'accidents du travail et maladies professionnelles,
Rapport de stage pour l'obtention du Master II en Droit social, Université Robert Schuman, FDSPG, 2006-2007,
p. 26.
1421
SEGONDY (M), « Règles et pratiques de l'expertise médicale pour les juridictions civiles et
administratives », disponible sur hé[Link], 2006, consulté le 26 juillet 2015, p. 1.
1422
TE, arrêt n° 315 du 30 novembre 1963, Sieur EBANDAN VOULA c/ Etat du Cameroun.
1423
TE, arrêt ADD n°369 du 22 décembre 1964, Dame MENGUE c/ Commune Mixte Rurale de MBALMAYO.
1424
ATIOFACK KENFACK (A), « L'expertise judiciaire au Cameroun », op. cit., p. 8.
1425
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif », op. cit., p. 1.
385
En définitive, l’expertise médicale est très employée dans le contentieux de la
responsabilité et le juge en est presqu’autant dépendant. A l’instar de celle-ci, l’expertise
fiscale est elle aussi très sollicitée par le juge administratif eu égard au nombre assez
impressionnant d’affaires s’y rapportant.
L’expertise fiscale, quant à elle, est sans doute la plus sollicitée par le juge
administratif camerounais et l’une des plus complexes. Elle apparaît ainsi comme le lieu
géométrique de toutes les tensions qui animent l’instance juridictionnelle1426. Elle caractérise
la dépendance du juge à l’avis de l’expert malgré le principe selon lequel l’avis de l’expert ne
lie pas le tribunal.
Ainsi, tout d’abord, l’expertise fiscale semble au regard de son objet contraignant pour
le juge. Comme le souligne en effet le Professeur GEFFROY : « l’expertise fiscale touche à
la question de la légalité fiscale et aux règles d’interprétation stricte de la loi fiscale qui
s’imposent au juge. On peut donc se demander, si en subordonnant son pouvoir de juger à
un avis d’expert, le juge n’abandonne pas dans une certaine mesure son pouvoir
d’interprétation de la règle d’impôt »1427.
Ensuite, il peut arriver que le juge conditionne simplement sa décision à l’avis d’un
expert. C’est le cas dans l’affaire KADJI DEFOSSO1428 où le juge affirme clairement que
« Considérant que le problème soumis au tribunal est conditionné par l’appréciation des
faits de nature à être vérifiés par une mesure d’expertise ». Le juge s’en remet ainsi à
l’expertise.
1426
SAID (I), « L'expertise en matière fiscale au centre du droit fiscal marocain », [Link], consulté le
21 juillet 2013, p. 5.
1427
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif », op. cit., p. 1.
1428
TE, arrêt n° 401 du 23 décembre 1965, KADJI DEFOSSO Joseph contre Etat du Cameroun Oriental.
386
C ONCLUSION DU CHAPITRE
1429
ODENT (R), Contentieux administratif, op. cit., p. 1186.
387
C HAPITRE II : LA MOBILISATION DES AUTRES
MESURES PARTICULIERES D’INSTRUCTION
388
L’expertise n’est pas la seule mesure particulière d’instruction mise par le législateur à
la disposition du juge administratif. Il y a aussi l’enquête, la descente sur les lieux, l’audition
des parties et la vérification des écritures. Chacune de ces mesures est instituée pour une
raison particulière. Si leur étude commande de les envisager les unes après les autres, cela doit
se faire dans le cadre d’une classification qui mette en exergue les pouvoirs d’instruction du
juge administratif camerounais. Car, c’est justement dans l’optique de conférer au juge de tels
pouvoirs qu’elles lui ont été dévolues. Il convient donc parmi les classifications connues de
rechercher celle qui permette l’atteinte de cet objectif. Ce faisant, l’on a pu identifier trois
classifications qu’il importe de présenter.
1430
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, op. cit. (Chap. II, Titre II,
Première parties, passim.
1431
V. not. SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L’appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit.,
p. 273 et s.
1432
V. infra.
1433
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit. p. 279.
389
classe de mesures est portée vers la « certification de certains éléments du litige échappant à
l’autorité du juge par leur caractère complexe d’une part, et nécessitant de ce fait un avis
d’ordre technique d’autre part »1434. Il s’agit de l’expertise et de la vérification des écritures.
Cette classification est intéressante dans la mesure où elle permet de distinguer les mesures
portées vers la restitution des faits pouvant être précisées par les parties, témoins ou toutes
personnes utiles, des mesures portées vers des éléments probants complexes nécessitant
l’intervention d’un homme de l’art. Mais elle ne met aucunement en exergue les pouvoirs du
juge.
Cette classification doit être retenue, elle met clairement en lumière les pouvoirs
d’instruction du juge. Il convient dès lors d’analyser d’une part, les mesures pouvant
expressément être demandées par les parties à l’exclusion de l’expertise Ŕ déjà analysée dans
le chapitre précédent. Il s’agit en l’occurrence de l’enquête et de l’audition des parties
(Section I) et d’autre part, celles relevant du seul pouvoir d’instruction du juge, à savoir la
descente sur les lieux et la vérification des écritures (Section II).
L’institution par le législateur des mesures pouvant être demandées par des parties
témoigne de la nécessité d’offrir toutes les garanties d’un procès équitable au justiciable. Si le
juge administratif reste le maître incontestable de l’instance, ce sont les parties qui fixent et
déterminent l’objet du litige qui sera statué par lui. Elles ont quelque part leur mot à dire
1434
Ibid., p. 302.
1435
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 442.
1436
ROUQUETTE (R), Petit traité du procès administratif, op. cit., p. 467.
390
quant aux mesures qui commandent la résolution du litige. Il est donc normal qu’elles doivent
être écoutées et entendues, mais uniquement dans la limite de ce que permet et autorise les
pouvoirs du juge.
L’enquête est un « pouvoir du juge non négligeable ; l’enquête fournit des éléments
complémentaires d’information nécessaires à la manifestation de la vérité »1437. Elle est
régie par les articles 65 à 71 de la loi de 2006 sur les tribunaux administratifs. L’analyse des
mesures d’enquête nécessite que soit au préalable précisé le concept d’enquête (A), avant
d’envisager son développement (B).
A- Précision conceptuelle
1- La définition
1437
ZE MEKA (R), La procédure du contentieux administratif au Cameroun, op. cit, 1980, p. 138.
1438
Le Robert illustré, [Link]., p. 641 ; Larousse, maxipoche, op. cit., p. 492.
391
Dans le biotope du droit, les lexiques perçoivent l’enquête au sens large et au sens
strict. Au sens large, elle est une « procédure selon laquelle est administrée la preuve
1439
testimoniale » . Au sens strict, c’est une « procédure permettant à une partie de
rapporter, par l’audition de témoins, la preuve directe des faits qu’elle allègue »1440.
1439
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, [Link]., p. 399 ; GUINCHARD (S) et DEBARD
(D) (Sous la [Link]), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 389.
1440
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, op. cit., p. 399.
1441
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 445.
1442
GABOLDE (Ch), La procédure des Tribunaux administratif, Dalloz, 3è éd., 1981, p. 312.
1443
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge
administratif », op. cit., p. 78.
1444
PERROT (R), Cours de droit judiciaire privé, Paris. Les cours de droit. 1972-73, p. 975.
1445
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 398.
1446
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 61.
392
2- Les caractères
L’on peut, à partir des précédentes définitions, observer quelques caractères exclusifs
Ŕ ceux qui lui sont propres Ŕ et inclusifs Ŕ ceux qui ne lui sont pas propres Ŕ de la mesure
d’enquête. Il existe en réalité un caractère exclusif et plusieurs caractères inclusifs.
Au niveau du caractère exclusif, l’on remarque que l’enquête est la seule mesure
d’instruction impliquant de manière déterminante les personnes étrangères au litige à titre de
témoin ou de tiers en vue d’éclaircir les faits. Autrement dit, elle ne peut avoir lieu en
l’absence des personnes tierces qui ne sont rien d’autre que des témoins. L’on dit alors qu’elle
est une « preuve par témoin »1447 ou encore une preuve testimoniale. Il s’agit, en quelque
sorte, d’une administration de la preuve par des témoins. Le témoin n’étant qu’un simple
particulier invité à déposer, dans le cadre d’une enquête, sur les faits dont il a eu
personnellement connaissance, après avoir prêté serment de dire la vérité1448.
Ŕ primo, l’enquête est une mesure facultative et inquisitoriale. Elle l’est parce que
le juge est libre de l’ordonner ou pas lorsqu’elle est demandée par les parties ou
l’une d’elles. Au surplus, même en l’absence de toute demande le juge peut
l’ordonner d’office ;
Ŕ deuxio, elle est relative. Elle est dite relative dans la mesure où le juge n’y est
pas lié par les résultats. Il va, en présence de témoignages incohérents, rejeter les
dépositions d’un témoin ;
Ŕ tertio, l’enquête est une mesure contradictoire. Elle doit satisfaire aux exigences
de la contradiction pour assurer l’égalité des armes entre les différentes parties
au litige. Une enquête non contradictoire s’expose à la sanction du juge de
second degré qui peut la rejeter ;
Ŕ quarto, l’enquête est une procédure orale. Elle consiste en la relation orale des
faits par un tiers. A priori, une telle preuve, qui tient à l’oralité, s’accommoderait
1447
JEULAND (E), Droit Processuel, op. cit., p. 447.
1448
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) ( dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 914.
1449
FOUMENA (GT), La charge de la preuve dans le contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 71.
393
mal avec le caractère écrit de la procédure administrative contentieuse. Cela
conforte bien, malgré tout, l’idée que l’oralité est bien présente dans ladite
procédure, mais de manière marginale. L’enquête (l’audition des parties
aussi)1450 vient donc s’ajouter à des éléments d’oralités telles que les
observations des parties sur leurs conclusions écrites à l’audience. Toutefois, il
n’est pas exclu que l’enquête soit faite à partir d’un témoignage écrit lorsque les
circonstances particulières se prêtent à cette éventualité ;
Ŕ quinto, l’enquête a un caractère purement factuel même si la loi ne précise pas
sur quoi elle peut porter. Elle est limitée à la nécessité de mettre en lumière les
faits. L’enquête ne peut porter que sur des questions de purs faits, à l’exclusion
des questions de droit. Il peut s’agir, par exemple, de vérifier si son salaire avait
été payé à un fonctionnaire1451, si l’irrégularité des opérations électorales
alléguée par le requérant est fondée1452 ou encore si la case du requérant n’a pas
été incendiée, mais détruite par les agents de la mairie1453.
B- Le développement de l’enquête
Le développement ici marque l’idée d’une évolution d’un point A à un point B. L’on
parle alors d’un processus, d’un déroulement. Le développement de l’enquête doit donc être
entendu de son déroulement ou de son processus. Ce processus est entamé par une décision
(1) suite à laquelle la procédure d’enquête est mise en œuvre (2).
1450
V. infra.
1451
TE, arrêt n°29 du 19 septembre 1959, ETETA’A AMOUGOU et autres c/ AMOUGOU Jean, NDI Pierre,
MVONDO Pierre, BINAM Gustave, MBASSEGUE Luc ; CCA, décision n°101 du 28 juillet 1952, NININE c/
Liste de défense des intérêts régionaux élection du Diamaré ; CS/CA, jugement n°41/ADD /80 - 81, 30 avril
1981, Société commerciale Africaine c/ Office National de Commercialisation des Produits de Base (ONCPB) ;
CCA, décision n°114 du 06 août 1952, OKALA c/ KOTOUO : TE, arrêt n°05 du 31 août 1989, OLONG
MEKONG Pascal c/ ELEMBE Pierre et OLINGA François ; CS/CA, jugement n°66/ADD/78 - 79 du 31 mai
1979, KOUANG Guillaume c/ Etat du Cameroun.
1452
CCA, arrêt n°631 du 29 juin 1957, NGAM Pascal c/ Etat du Cameroun.
1453
CS/CA, arrêt n°1 du 25 novembre 1976, FOTCHIN Joseph c/ Commune de plein exercice de Yaoundé.
394
1- La décision ordonnant l’enquête et ses formalités consécutives
La décision qui ordonne l’enquête est notifiée aux parties. Celles-ci ont un délai de
cinq jours pour adresser au greffier la liste des témoins qu’elles désirent faire entendre1457.
Toutefois, si les parties sont présentes lors du prononcé de la décision, la notification devient
alors sans objet, et le président les invite à faire connaître leurs témoins au greffier dans les
cinq jours à compter du jour du prononcé de cette décision. Il est fait mention de cet
avertissement au plumitif d’audience1458.
Les témoins sont appelés à comparaître par convocation que le greffier leur adresse par
voie administrative ou par exploit d’huissier1459. Ces convocation doivent leur être remises
trois jours au moins avant la date de l’enquête s’ils demeurent au lieu où celle-ci doit être
diligentée. Ce délai est augmenté d’un délai de distance à un jour par cinquante kilomètres,
sans pouvoir dépasser quinze jours1460. Les convocations précisent que les témoins qui ne se
présentent pas et ne fournissent pas une excuse valable peuvent être condamnés à une amende
civile de cinq mille francs1461. Après réception de la convocation par les témoins, la procédure
d’enquête proprement dite peut débuter.
1454
Art. 65 (1), loi n° 2006/022 022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des
tribunaux administratifs.
1455
Art. 65 (2).
1456
Art. 65 (3).
1457
Art. 66 (1).
1458
Art. 66 (2).
1459
Art. 67 (1).
1460
Art. 67 (2).
1461
Art. 67 (3).
395
2- La procédure proprement dite
L’enquête débute réellement lorsque les témoins comparaissent. Les témoins doivent
donc comparaître le jour et l’heure indiqués dans la décision. Mais si le témoin justifie qu’il
est dans l’impossibilité de se présenter au jour indiqué, la juridiction ou le magistrat chargé de
l’enquête lui accorde un délai suffisant ou se transporte, accompagné du greffier, pour
recevoir sa déposition1462. Lorsque les témoins sont domiciliés hors du ressort du tribunal, il
est donné commission rogatoire au juge du lieu où ils se trouvent pour les entendre1463.
Au jour indiqué, les témoins après avoir décliné leur identité, déposent sous la foi du
serment ou à titre de renseignement s’ils sont parents, alliés ou employés de l’une des
parties1464. Les témoins sont entendus séparément en présence des parties, leur conseils ou
mandataires, les parties, leurs conseils ou mandataires sont tenus de fournir leurs reproches
avant la déposition des témoins1465.
Le témoin reproché est entendu par le juge, à charge pour la juridiction saisie de
statuer sur le bien-fondé du reproche ; en cas d’admission, le témoignage est écarté des
débats1466.
Après les dépositions, les parties peuvent, avec l’autorisation du juge, poser des
questions aux témoins. Car l’enquête est contradictoire dans son développement. Le juge peut
également d’office poser des questions aux témoins1467.
Dans toutes les causes, le greffier dresse un procès-verbal. Ce dernier contient des
éléments de fond tels que : l’identité du témoin, la mention du serment, sa déclaration s’il est
parent, allié ou serviteur de l’une des parties, le cas échéant, les reproches formulés contre lui
et sa déposition1468. Il contient également des éléments de forme telles que la lecture dudit
procès-verbal, sa signature par le témoin, le juge et le greffier1469.
1462
Art. 68 (2).
1463
Art. 68 (3).
1464
Art. 69 (1).
1465
Art. 69 (2).
1466
Art. 69 (4).
1467
Art. 70 (2).
1468
Art. 70 (3).
1469
Art. 70 (4).
396
La présence du ministère public aux enquêtes étant facultative1470, la question est de
savoir s’il doit également signer le procès-verbal lorsqu’il est présent. La réponse doit, pour
notre part, être affirmative. Il y va certainement de l’intérêt et de la crédibilité du procès-
verbal que le procureur y appose sa signature. Cela ne peut que renforcer son caractère
authentique. En effet, le procès-verbal d’enquête ne pourra être contesté que sur la base de la
procédure d’inscription en faux et non sur la base d’une simple preuve contraire.
Au demeurant, lorsque les témoins ont été entendus en l’absence des parties, le greffier
invite celles-ci, dès réception des procès-verbaux d’audition, à en prendre connaissance au
greffe dans un délai de huit jours1471. Chaque partie peut, dans les quinze jours suivant
l’enquête ou à l’expiration du délai ci-dessus, discuter les témoignages1472. Les mémoires sont
communiqués aux parties adverses qui disposent également d’un délai de quinze jours pour y
répliquer1473. Cela démontre que l’enquête est contradictoire non plus simplement dans son
développement, mais aussi dans ses résultats.
1470
Art. 70 (5).
1471
Art. 71 (1).
1472
Art. 71 (2).
1473
Art. 71 (2).
1474
ZE MEKA (R), La procédure du contentieux administratif au Cameroun, Mémoire de Master’s Degree de
Droit Public, Université de Yaoundé, FDSE, 1980, p. 140.
397
A- L’appréhension notionnelle
1- La signification
L’audition des parties comprend des appellations diverses en doctrine, ce qui ne rend
pas toujours aisé la précision de son contenu. D’aucuns, à l’instar de Christian GABOLDE
ou du Professeur Olivier GOHIN, parlent « d’interrogatoire des parties »1475. D’autres, le
cas notamment de Messieurs Alain PLANTEY et François Charles BERNARD, la
désignent sous le vocable de « comparution » des parties1476. D’autres enfin, en l’occurrence
Emmanuel JEULAND, la qualifient de « déclarations des parties »1477.
Si toutes ces appellations convergent vers la même idée, à savoir interroger les parties,
elles peuvent prêter à confusion. Le terme interrogatoire, par exemple, s’il trouve son compte
en procédure pénale1478, n’est pas très approprié pour la procédure administrative contentieuse
et la procédure civile. Elle évoque l’idée d’une audition très rigoureuse, insistante voire
« musclée » qui s’accommode mal avec ces deux dernières procédures. La raison est qu’en
matière pénale, l’on interroge un prévenu, accusé ou suspect pour provoquer son aveu d’où la
nécessité pour le juge de toujours user des méthodes plus sophistiquées ou parfois drastiques
(usage du détecteur de mensonge ou de la torture dans certains pays par exemple). Alors
qu’en procédure administrative contentieuse ou civile, c’est davantage pour rechercher
l’information que les parties sont interrogées.
1475
GABOLDE (Ch), La procédure des Tribunaux administratif, op. cit., p. 311 ; GOHIN (O), La contradiction
dans la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 401.
1476
PLANTEY (A) et BERNARD (F-Ch), La preuve devant le juge administratif, op. cit., p. 151.
1477
CADIET (L) et alii, Théorie générale du procès, op. cit., p. 862.
1478
V. Loi portant Code de procédure pénale camerounais, passim.
1479
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 289 ; v.
également, Titre XI du Code de procédure civile camerounais.
398
La déclaration, quant à elle, n’est pas un terme consacré, mais inventé par la doctrine.
Si dans l’esprit de ceux qui l’emploient, elle traduit la réalité d’une audition des parties, la
déclaration laisse penser par sa formulation qu’elle se ferait librement en dehors de toute
invitation du juge. Elle dévoilerait ainsi le caractère accusatoire de la procédure qui
s’accommode mal de la procédure administrative contentieuse.
Les termes sus évoqués ne sont donc pas appropriés à la procédure administrative
contentieuse pour toutes les raisons avancées. L’audition des parties, en revanche, est le
terme qui correspond à la procédure administrative contentieuse. Bien qu’elle ne traduise pas
l’extrême inquisitorialité, remarquable en matière pénale, elle n’exprime non plus le caractère
accusatoire, visible en matière civile. Il n’est donc pas vrai de considérer qu’elle est une
dérogation au caractère inquisitorial de la procédure contentieuse administrative comme le
laisse penser certains auteurs1480. Deux raisons peuvent suffire à le démontrer. Elle peut non
seulement être ordonnée d’office, surtout c’est le juge lui-même qui interroge les parties.
En somme, l’audition est une procédure qui permet au juge « d’entendre les plaideurs
eux-mêmes »1481. Les parties doivent ainsi, sous la diligence du juge, clarifier et préciser
elles-mêmes leurs prétentions. Elle revêt, un certain nombre de caractères.
2- Les caractères
L’audition des parties revêt plusieurs caractères. A l’instar de l’enquête, ses caractères
peuvent être soit exclusifs, c’est-à-dire propres, soit inclusifs, à savoir communs aux autres
mesures.
Le caractère exclusif : l’audition des parties n’implique pas une audition des personnes
tierces ou témoins, mais des parties elles-mêmes.
L’on pourrait penser que le juge administratif se méprend souvent en la prenant pour
ce qu’elle n’est pas en réalité. Plus précisément, il arrive que le juge administratif ordonne une
enquête en la désignant par le terme d’audition. C’est le cas dans l’affaire OLONG MEKONG
Pascale1482 où il ordonne « une audition de tous autres témoins dont le témoignage pourrait
apparaître nécessaire ».
1480
MEMENO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 289.
1481
DEBBASCH (C) et RICCI (J-C), Le Contentieux administratif, op. cit., p. 78.
1482
TE, arrêt n° 5, 31 août 1959, OLONG MEKONG Pascal c/ ELEMBE Pierre et OLINGA François.
399
L’audition dont il s’agit n’est pas la mesure d’audition des parties. Le problème est
simplement sémantique et non technique. L’audition s’entend alors dans ce cas précis d’une
interrogation, d’une déposition des témoins devant la juridiction, c’est-à-dire d’une enquête.
Ŕ l’audition des parties est une mesure facultative et inquisitoriale ; elle est dite
facultative dans la mesure où le juge est libre d’y recourir lorsqu’elle est
demandée par les différentes parties ou l’une d’elles ; elle est soumise à l’entière
discrétion du juge, ce qui permet d’embrayer sur le caractère inquisitorial ; en
effet, l’audition des parties peut être ordonnée en l’absence de toute demande
formulée en ce sens par les parties, elle peut donc être ordonnée d’office ;
Ŕ l’audition des parties reste relative ; la relativité de cette mesure s’explique par
le fait que les résultats ou l’issue de ladite mesure ne lient aucunement le juge ;
même si le juge en est lui-même le principal artisan, il doit prendre beaucoup de
recul face aux résultats de l’audition ; ce résultat n’étant que le produit des
déclarations des différentes parties, chacune d’elles cherchera certainement à
tirer la couverture de son côté ;
Ŕ l’audition des parties est contradictoire ; la contradiction est visible tout au long
de cette procédure aussi bien dans sa présentation que dans ses résultats ; non
seulement les parties peuvent être confrontées, mais aussi elles peuvent discuter
les résultats ;
Ŕ l’audition des parties est fondamentalement orale ; les parties s’expriment
oralement et, exceptionnellement, sur la base d’un écrit ; si bien que le caractère
écrit de la procédure administrative contentieuse en pâtit quelque peu ; l’audition
des parties vient donc se juxtaposer aux autres éléments d’oralité déjà présents
dans ladite procédure ;
Ŕ l’audition des parties est factuelle ; les parties sont interrogées et invitées à se
prononcer sur les faits et non sur des questions de droit.
Ces caractères de la mesure de l’audition des parties ne sont pas exhaustifs. L’on
pourrait encore en relever d’autres, mais mineurs ou sans grande utilité. C’est le cas du
caractère non-onéreux ou encore du caractère incident, entre autres.
400
B- L’application de l’audition des parties
Comme en matière d’enquête, la décision qui ordonne l’audition des parties est prise
dans le cadre d’un jugement avant-dire-droit. Cette décision peut être ordonnée d’office ou
sur demande par le juge administratif1483. Ladite décision fixe le jour et l’heure de l’audition.
Elle est notifiée aux parties n’ayant pas comparu à l’audience1484. Cela traduit le souci
d’assurer une procédure contradictoire.
La notification de la décision ordonnant l’audition indique que les parties
comparaissent au jour et heure fixés. Si les parties ou l’une d’elles sont dans l’impossibilité de
comparaître, le tribunal peut commettre un de ses juges qui se transporte auprès d’elle
accompagné par le greffier1485.
A défaut de comparution sans excuse valable, le tribunal décide si la décision doit être
levée et notifiée à la partie qui a allégué l’excuse avec sommation à personne ou à domicile
par huissier qu’il commet. Il fixe alors les nouveaux jour et heure1487.
Si l’une des parties ne comparaît pas ou, comparaissant, refuse de répondre, le tribunal
peut tirer toute conséquence de droit et notamment faire état de l’absence ou du refus de
1483
Art. 77 (1), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1484
Art. 77 (2).
1485
Art 78 (2).
1486
Art 78 (2).
1487
Art. 79 (1).
401
répondre comme équivalent à un commencement de preuve prévue par écrit conformément au
droit commun1488.
Selon le droit commun en effet, « …on appelle ainsi commencement de preuve par
écrit tout acte par écrit qui est émané de celui contre lequel la demande est formée, ou de
celui qu’il représente, et qui rend vraisemblable le fait allégué. Peuvent être considérés
comme équivalent à un commencement de preuve par écrit les déclarations faites par une
partie lors de sa comparution personnelle, son refus de répondre ou son absence à la
comparution »1489.
A l’analyse, il est remarquable que la mesure d’audition des parties puisse directement
peser en défaveur de l’une des parties, celle qui ne comparaît pas. La conséquence que le
défaut ou le refus de comparution implique est assez significative : le commencement de
preuve par écrit, c’est-à-dire le commencement de preuve écrite de sa culpabilité.
Si, par contre, les parties comparaissent, la procédure d’audition peut alors se dérouler
sous la houlette du juge.
2- Le déroulement de l’audition
L’audition a lieu devant le tribunal1490. Les parties sont interrogées séparément. Aussi
peuvent-elles être confrontées entre elles1491. La contradiction est ainsi présente dans la
présentation de la procédure de l’audition des parties.
Les parties répondent en personne aux questions qui leur sont posées et sans pouvoir
se servir d’un texte écrit, sauf autorisation expresse du président 1492. Cette disposition est
1488
Art. 79 (2).
1489
Art. 1347 du Code civil.
1490
Art. 78 (1), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1491
Art. 80.
402
assez exubérante en ce qui concerne l’oralité de la procédure d’audition. Si le souci de
rapidité peut être mis en avant pour justifier l’oralité, l’on peut tout de même se demander si
elle est l’unique raison de l’oralité de cette procédure. Rien n’est moins sûr.
L’on s’autorise aussi à penser que le législateur insiste sur l’oralité parce qu’il
chercherait à mettre à l’écart l’éventuel jeu trouble des avocats qui pourrait fausser la sincérité
des déclarations des différentes parties lorsque celles-ci sont écrites ; car lesdites déclarations
seront sans nul doute rédigées par ces avocats et risqueraient de ce fait d’être biaisées par
ceux-ci, mus non pas forcement par le désir de vérité, mais davantage par l’enjeu du litige :
gagner le procès. En posant directement des questions orales aux parties, le juge aurait plus de
possibilité de parvenir à des déclarations sincères de celles-ci à travers des réponses toutes
aussi orales. C’est donc, sans nul doute, à dessein que le législateur a entendu insister sur
l’oralité de l’audition.
Les parties peuvent être assistées par leurs représentants qui, après leur interrogatoire,
peuvent demander au tribunal de poser les questions qu’ils estiment utiles1493.
Il est dressé un procès-verbal des déclarations des parties1494. Lecture en est donnée à
chacune des parties avec interpellation de déclarer si elle a dit la vérité et persiste. Si une
partie ajoute de nouvelles déclarations, l’audition est rédigée en marge ou à la suite de
l’interrogatoire ; elle est lue à la susdite partie et suivie de la même interpellation que ci-
dessus1495.
Le procès est signé par le président, le greffier et les parties ; si l’une de celles-ci ne
peut ou ne veut signer, il en est fait mention1496. Contrairement à l’enquête, l’éventualité de la
présence du procureur n’est pas envisagée en matière d’audition. Celui-ci ne ferait pas partie
des personnes pouvant signer le procès-verbal d’audition.
1492
Art. 81 (1).
1493
Art. 81 (2).
1494
Art. 82 (1).
1495
Art. 82 (2).
1496
Art. 82 (3).
1497
Art. 82 (4).
403
Si, comme cela a été relevé, la procédure serait contradictoire dans sa présentation, il
ne le serait en revanche pas dans ses résultats. En effet, le législateur ne prévoit pas que les
parties puissent discuter ou faire des observations sur les résultats contenus dans le procès-
verbal d’audition.
Ce que l’on peut déplorer. Il n’est pas judicieux de priver les parties d’un débat
contradictoire en ce qui concerne le procès-verbal de l’audition, notamment les résultats de
celui-ci. Si, en effet, les parties n’ont pas été confrontées pendant l’audition et que l’une
d’elles veut contester ou réfuter la déposition de son adversaire, aucune possibilité ne lui est
offerte de la discuter ou d’en faire des observations après signature du procès-verbal. Il est
souhaitable que le législateur, mais le juge aussi puissent garantir la contradiction de la
procédure d’audition non pas seulement à la présentation de celle-ci, mais aussi dans ses
résultats. La contradiction doit donc être observable à tous les stades de la procédure
d’audition des parties.
La mesure de descente sur les lieux, à l’instar de toutes les autres mesures spécifiques
d’instruction, vient compléter l’instruction lorsque l’échange des mémoires ne permet pas à
lui seul de décoder les faits à la base du litige. Le juge-rapporteur peut ainsi éprouver le
404
besoin d’aller sur le terrain, afin que vérité soit faite, en ce qui concerne la matérialité des faits
allégués par les différentes parties. Cette mesure est régie par la loi de 2006 fixant
l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs en ses articles 72 à 76. Il
importe, pour une bonne analyse de celle-ci, d’en présenter l’objet et les traits caractéristiques
d’une part (A), et de décrire le processus y relatif d’autre part (B).
Il convient d’une part, de présenter l’objet de la mesure de descente sur les lieux (1) et
d’autre part, d’en exposer les traits caractéristiques (2).
1- L’objet
Le juge administratif ordonne une mesure de descende sur les lieux pour pallier, dans
certains cas, les insuffisances des éléments d’information et d’appréciation purement écrits
dont il dispose dans son dossier en allant sur place effectuer lui-même des constations qui lui
paraissent commander la solution du litige sans présenter pour autant un caractère de
technicité1498. La mesure de descente sur les lieux permet au juge par lui-même ou la
juridiction toute entière de se faire une idée exacte des données d’une situation, objet du
litige1499.
Son objet est double : reconstituer matériellement les faits litigieux, mais aussi
éventuellement collecter toute information utile.
En effet, s’agissant du premier point, le juge procède à une vérification sur place pour
se faire une idée exacte des faits tels qu’ils se sont déroulés. Les faits à vérifier sont
clairement fixés dans la décision. Les constatations et points à vérifier visent ainsi la
reconstitution des faits à l’origine du différend. Ces faits doivent être déterminants.
L’initiative du juge de recourir à la descente sur les lieux traduit l’importance qu’il accorde à
la situation de fait dont il veut s’enquérir. Cette situation de fait est si précieuse et
incontournable qu’il ne peut s’en passer dans le cadre de son office1500.
405
d’un recours tendant à l’annulation pour excès de pouvoir l’arrêté n° 379 du 27 novembre
1970 du secrétaire d’Etat aux finances et aux domaines qui a attribué les lots n° 64 et 64 bis à
Monsieur NEMBOT KAMDEM Thomas. L’arrêté attaqué avait prévu des impenses par
l’attributaire au recourant. Une expertise fut ordonnée pour déterminer le nombre et la valeur
des édifices qu’auraient bâtis le recourant sur les lots sus mentionnés. Mais deux rapports
d’expertise différents l’un de l’autre produits au mépris de la loi n’ont pas permis de faire la
lumière sur les faits, ce qui a finalement conduit le juge à décider d’une descente sur les lieux.
Le juge administratif fit le constat que :
Par conséquent,
1502
TE, arrêt n°127 du 23 décembre 1960, Dame FERRIERE Marie c/ Etat du Cameroun.
406
« Une descente sur les lieux en vue de faire la lumière sur les points ci-dessus
énumérés apparaît indispensable ».
Toutes les jurisprudences évoquées confortent l’idée que le juge administratif recourt à
la vérification des faits lorsque la connaissance de ceux-ci est déterminante pour se forger une
conviction.
Pour ce qui est de la collecte de toute information utile, il convient de relever que
« l’expression « information utile » met plus avant la nécessité de recueillir les déclarations
d’autres personnes en dehors des parties du procès. En pareil contexte, se limiter aux
contributions des parties rendra les débats tellement passionnés au point de conduire le
procès vers une spirale négative. Alors que recourir aux personnes étrangères, par leur
neutralité présumée, aurait le grand avantage d’aboutir très rapidement vers des résultats
probants grâce à la confrontation qui sera faite de leurs différentes dispositions »1503. La loi
dispose ainsi qu’au cours de la descente, il peut être procédé à l’audition de toutes personnes
utiles1504.
« Il convient, pour établir ces points (lien de causalité entre la cassure et la chute de
dame FERRIERE, défaut d’entretien constitutif de faute), d’ordonner une descente sur les
lieux et l’audition de tous les témoins utiles ».
Pareillement, dans l’espèce NANA Levi Lucien1506, des témoignages ont été recueillis,
lesquels tendaient à attribuer la propriété à YAKAM Richard.
1503
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 295.
1504
Art. 74, loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1505
Arrêt précité.
407
La descente sur les lieux est donc prescrite par le juge dans le double dessein de
reconstituer matériellement les faits et de recueillir toute information utile sur le terrain. Tel
est, en tout cas, son objet, lequel comporte certains traits caractéristiques.
La descente sur les lieux comporte plusieurs traits caractéristiques, mais il convient de
ne s’intéresser qu’aux plus essentiels d’entre eux. Ceux-ci sont de deux ordres : c’est une
mesure dont l’initiative ressortit à la compétence exclusive du juge d’une part et une mesure
qui présente beaucoup de souplesse et attribue au juge de larges pouvoirs d’investigation
d’autre part.
La descente sur les lieux : une mesure dont l’initiative ressortit à la compétence
exclusive du juge administratif. Le législateur n’a réservé aucun interstice à la possibilité pour
les parties de demander une telle mesure. La loi expose en effet que « le tribunal peut, soit se
transporter sur les lieux, soit commettre un juge pour procéder à toutes constations et
vérifications utiles »1507. L’on observe bien que cette disposition n’autorise pas ou ne laisse
pas la moindre latitude aux parties de demander l’application de cette mesure d’instruction.
Cela a souvent conduit les auteurs à parler d’ « une mesure juridictionnelle discrétionnaire »
parce qu’ils estiment que « le juge ne peut être contraint comme dans les autres mesures d’y
recourir. La descente sur les lieux est d’autant plus discrétionnaire qu’aucun article sur la
question ne dispose expressément qu’elle puisse être suggérée par une partie »1508.
S’il n’est pas en effet discuté que la descente sur les lieux soit une mesure
discrétionnaire, il n’est non plus discuté que toutes les autres mesures particulières
d’instruction le soient également. La latitude laissée aux différentes parties de les demander
ne les rend pas moins discrétionnaires, car le juge reste toujours libre de les ordonner ou non.
Il est donc souhaitable, pour mieux caractériser la descente sur les lieux, de mettre en avant
non pas sa « discrétionnalité », mais l’exclusion des parties en ce qui concerne l’initiative de
la demande de celle-ci. Sans être arbitraire, la descente sur les lieux est donc une mesure
autoritaire.
1506
CS/CA, jugement n° 3/76-77 du 25 novembre 1976, NANA Levi Lucien c/ Etat du Cameroun.
1507
Art. 72, loi n° 2006/022, du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1508
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 296.
408
La descente sur les lieux : une mesure qui présente beaucoup de souplesse et attribue
au juge de larges pouvoirs d’investigation. Elle est souple en ce sens qu’elle comporte moins
de formalisme par rapport aux autres mesures telles que l’enquête. Par exemple, la déposition
éventuelle des témoins ou des tiers lors de la vérification ne mobilise pas les éléments de
forme relatifs au serment ou aux conditions de comparution, entre autres.
Le juge en dispose de larges pouvoirs dans la mesure où il peut, ultra petita, vérifier
les points non fixés dans la décision. C’est pour cela même que la loi précise qu’il peut être
procédé à toute vérification utile sur le terrain.
Au surplus, son domaine est plus étendu que celui des autres mesures. La descente sur
les lieux peut, en plus de la vérification proprement dite, être accompagnée d’autres mesures.
Il n’est pas, par exemple, exclu que sur le terrain, les témoins en soient interrogés à titre
d’enquête. Le juge peut donc recueillir les témoignages de toutes personnes utiles.
De même, les parties peuvent être auditionnées au cours de la descente sur les lieux si
le juge l’estime nécessaire.
Enfin, le juge peut faire appel à des personnes tierces en vue de procéder à des
vérifications techniques de moindre envergure. Toutefois, la descente sur les lieux ne saurait
se transformer en une expertise comme tend à le démontrer sa procédure.
B- La procédure
La procédure de la descente sur les lieux débute par une décision à l’initiative
exclusive du juge (1) et elle s’achève par la rédaction d’un procès-verbal (2).
La nature de la décision qui ordonne la descente sur les lieux n’est pas précisée, à
l’instar de toutes les autres décisions à la base des mesures particulières d’instruction. Il ne
fait cependant l’ombre d’aucun doute qu’il s’agisse d’une décision avant-dire-droit.
L’ensemble des affaires intéressant la descente sur les lieux ci-dessus évoquées montre que le
juge ordonne en avant-dire-droit les mesures de descente sur les lieux.
Il convient de rappeler que les jugements avant-dire-droit sont ordonnés soit pour
prendre une décision provisoire (ordonnance de référé ou de sursis), soit pour ordonner une
mesure d’instruction auquel cas la décision de descente sur les lieux peut en être concernée.
409
La décision qui ordonne la descente sur les lieux précise son contenu. La loi énonce en
effet que, « la décision qui ordonne le transport précise les points à constater ou à vérifier et
fixe le jour et l’heure du transport »1509. Dans l’affaire NANA Levi Lucien précitée, le juge
déclare, par exemple, en avant-dire-droit que :
Dans la même mouvance, le juge dans l’affaire BACCINO Jules1510 expose que :
« Pour départager les parties, il est utile d’ordonner (…) une descente sur les lieux
aux fins de vérifier l’existence des établissements imposés ».
Toutefois, si les points à vérifier sont de rigueur, le jour et l’heure ne sont pas toujours
précisés. En effet, le constat de l’absence de fixation de ceux-ci est observable dans l’affaire
Dame FERRIERE et même dans plusieurs autres affaires sus évoquées.
Par ailleurs, la même décision fixe les frais de transport à avancer par le demandeur
qui les consigne au greffe (ce point n’est pas lui aussi toujours mentionné). Elle est notifiée
aux parties qui sont en même temps convoquées et informées des jours et heures du
transport1511.
2- Le procès-verbal de la descente
1509
Art. 73 (1), loi n° 200/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1510
CFJ/ SCAY, arrêt n° 88, 30 septembre 1969, BACCINO Jules c/ Etat du Cameroun Oriental.
1511
Art. 73 (2), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1512
Art. 75 (3).
410
Les formalités non substantielles concernent la mention du jour et heure de rédaction
du procès-verbal. La problématique à ce niveau est de savoir que se passerait-il si le procès-
verbal était entaché d’une omission ou d’une erreur sur la date ou l’heure à laquelle il a été
dressé ? Le juge de second degré peut-il en tenir compte ou non en cas d’appel ? L’hypothèse
négative semble plus plausible dans la mesure où le jour ni l’heure ne semblent pas être
déterminants pour régler le litige. De plus, le jour et l’heure de la rédaction du procès-verbal
peuvent être déduits de ceux fixés dans la décision avant-dire-droit. Ceux-ci concordent à
ceux-là. L’autre formalité non substantielle a trait aux vacations du juge. En effet, il est dressé
dans le procès-verbal un état des frais et vacations dont la taxation est faite par le président de
la juridiction ou le juge délégué à cet effet1513.
Au final, la descente sur les lieux apparaît comme une mesure « à la solde exclusive »
des pouvoirs d’instruction du juge administratif. Seul lui est à mesure non seulement de
l’invoquer, mais aussi de l’ordonner, s’il le juge nécessaire. Il en va également ainsi de la
vérification d’écriture.
De plus, elle n’a jamais été appliquée par le juge. Certains auteurs prophétiseraient
implicitement même sur son inapplication future. Le Professeur Célestin SIETCHOUA
affirme en effet : « qu’on ne s’attende pas à des décisions sur la vérification des écritures
1513
Art. 75 (3).
1514
Art. 75 (1).
1515
Art. 75 (2).
411
dans le contentieux administratif camerounais »1516. C’est donc une mesure qui, à bien des
égards, souffrirait de plus en plus d’un manque d’opérationnalité et de justiciabilité1517.
A- La conception et le régime
1- La conception
1516
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 287.
1517
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 316.
1518
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 450.
1519
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 877.
1520
ROUQUETTE (R), Petit traité du procès administratif, op. cit., p. 479.
1521
GABOLDE (Ch), La procédure des Tribunaux administratifs, op. cit., p. 314.
1522
COLSON (J-P), L'office du juge et la preuve dans le contentieux administratif, op. cit., p. 179.
412
souhaiteraient. C’est au juge administratif qu’incombe la charge, par l’intermédiaire d’un
expert, de vérifier l’authenticité de l’acte.
La question est donc de savoir que faire lorsque le doute est jeté, non pas par le juge,
mais par une partie sur l’authenticité d’une pièce. Le juge français doit-il opposer son refus
pour la raison qu’une telle demande n’est pas autorisée aux parties ; ou, doit-il, au contraire, la
prescrire en dehors de toute prescription textuelle en ce sens ?
Une question demeure néanmoins, celle-là même qui s’est posée à l’égard du juge
administratif français. Le contentieux administratif camerounais n’ayant pas prévu la
possibilité pour les parties de demander de cette mesure, comment arriveraient-elles à en
inciter le juge à la prescrire ? C’est le vide juridique qui prévaut à ce niveau. Les supputations
peuvent, dès lors, aller bon train. L’on ne peut que subodorer que, ayant constaté l’allégation
de la fausseté d’un acte dans un mémoire, le juge prescrive une vérification des écritures, en
dehors de toute demande prévue par les textes en ce sens par les parties.
2- Le régime
413
l’expertise est ouverte à toutes les autres activités techniques que le juge n’est pas en mesure
lui-même de maîtriser pour se forger une conviction.
C’est non quelques réserves significatives qu’il convient d’analyser cette disposition
législative. En effet, lorsque l’on se réfère au droit commun, il y a comme un imbroglio entre
ce qui en résulte et ce qui est dit dans la disposition de l’article 83 sus évoqué de la loi de
2006. Il convient pour ce faire d’identifier les dispositions du droit commun visées par ladite
disposition.
1525
V. SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p.
272 et s. ; MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p.
303 et s. ; FOUMENA (GT), La charge de la preuve dans le contentieux administratif camerounais, op. cit., p.
87 et s.
1526
Loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
414
Le droit commun en question concerne les dispositions du Code de procédure civile
camerounais, notamment les articles 98 et 99. L’article 98 d’abord dispose que « si l’une des
parties allègue la fausseté d’un acte sous seing privé, il appartient à celui qui entend faire
usage de cet acte d’en prouver la sincérité ». L’article 99, quant à lui, énonce que : « s’il
s’agit d’un acte public ou authentique, c’est à la partie qui en soutient la fausseté de
prouver que la pièce est fausse ou falsifiée ».
Une autre réserve, et non des moindres, est relative à l’imprécision de la juridiction
compétente. Qui, en effet, de la juridiction administrative ou de la juridiction de droit
commun doit appliquer le droit commun auquel renvoie la disposition de l’article 83 ?
Autrement dit, la juridiction administrative doit-elle prononcer un sursis à statuer pour que la
juridiction judiciaire tranche ou a-t-elle la compétence de vérifier, par elle-même, une écriture
ou une signature ?
Là encore le vide juridique prévaut. Mais, si l’on convient de ce que le droit commun
est applicable subtilement et même ouvertement en procédure administrative contentieuse
415
camerounaise, celle-ci garde toutefois une « physionomie propre »1527. Ce qui signifie en
réalité que ces dispositions du droit commun seraient appliquées par le juge administratif lui-
même. Ce dernier a donc une compétence exclusive pour connaître du champ d’application
de la vérification des écritures.
B- Le champ d’application
Les actes publics et les actes authentiques constituent des matières qui entrent dans le
champ de la vérification des écritures. Toutefois, ils sont distincts l’un de l’autre. Les actes
publics ont un contenu large. Ils couvrent tous les actes des autorités étatiques,
gouvernementales ou administratives.
Les actes authentiques, de leur côté, sont une catégorie spécifique des actes publics.
D’après le Code civil, « l’acte authentique est celui qui a été reçu par officiers publics ayant
le droit d’instrumenter dans le lieu où l’acte a été rédigé, et avec les formalités
requises »1528. En clair, l’acte authentique est un écrit établi par un officier public dont les
affirmations font foi jusqu’à inscrit de faux1529. L’on peut donc envisager deux critères pour
déterminer les actes authentiques : le critère organique et le critère relatif à sa force probante.
Pour ce qui est du premier critère, il est important de relever que les officiers publics
est une catégorie recouvrant des professions nombreuses. L’officier public exerce une mission
d’intérêt général. Cette mission lui a été conférée par le législateur. On peut ainsi citer les
notaires, les agents diplomatiques (consul à l’étranger), les huissiers de justice et même les
1527
ZE MEKA (R), La procédure du contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 24.
1528
Art. 1317.
1529
TCHAKOUA (J-M), Introduction générale au droit camerounais, op. cit., p. 206.
416
officiers de l’état civil (maire, adjoints, conseillers municipaux) qui ne sont pas nommés par
le gouvernement mais élus.
Ces officiers sont chargés de rédiger les actes auxquels les parties doivent conférer le
caractère d’authenticité et d’en assurer la conservation.
L’acte authentique, et c’est le second critère, est un acte qui fait foi jusqu’à inscription
de faux. L’inscription de faux est une action judiciaire, intentée par voie principale ou
incidente, dirigée contre un acte authentique et visant à démontrer qu’il a été altéré, modifié,
complété par de fausses indications, ou même fabriqué1530.
Ce dernier critère est contestable, car les actes authentiques peuvent être contestés en
dehors de la procédure de l’inscription de faux. La mesure de vérification tend à le démontrer
à juste titre. Les actes authentiques sont contestables dans le cadre de cette mesure
d’instruction alors même que celle-ci n’est ni l’inscription de faux elle-même ni une variété
de celle-ci. La différence entre la vérification des écritures et l’inscription de faux est visibles
à plusieurs niveaux :
Comme cela est perceptible, lorsque la vérification des écritures porte sur un acte
public ou authentique, elle n’a guère de filiation avec la procédure de l’inscription de faux.
L’on peut également se demander ce qu’il en est lorsque la vérification est effectuée sur un
acte sous seing privé.
1530
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 512.
1531
Cf. art. 4 et 588, Code de procédure civile camerounais.
417
2- Les actes sous seing privé
L’acte sous seing privé est un acte, généralement instrumentaire, plus rarement
nécessaire à l’existence de la situation juridique, rédigé par un particulier et comportant la
signature des parties. Il n’a de force probante qu’autant qu’il n’y a pas de dénégation ou
méconnaissance de l’écriture de la signature par celui auquel on l’oppose, à moins que la
partie qui s’en prévaut n’en démontre la sincérité1532. L’acte sous seing privé est donc l’écrit
qui, contenant un acte juridique, comporte la signature des parties. C’est la seule condition de
forme requise par la loi.
L’acte sous seing privé comporte trois éléments caractéristiques, à savoir un support,
une signature, et une force probante.
Le support : l’acte sous seing privé suppose l’existence d’un support papier ; ce
support papier peut être manuscrit, dactylographié ou imprimé ; aujourd’hui le support papier
tend fortement à être concurrencé par les supports technologiques, précisément électroniques.
L’article 1316 du Code civil en vigueur en France dispose en effet que « la preuve littérale ou
par écrit résulte d’une suite de lettres, de caractères, de chiffres ou de tous autres signes ou
symboles dotés d’une signification intelligible, quels que soient leur support et leurs
modalités de transmission ». Cela démontre désormais l’indifférence du support lorsqu’un
acte sous seing privé est en cause.
La signature : l’acte sous seing privé n’est parfait que par sa signature par les parties.
C’est une condition obligatoire. « La signature nécessaire à la perfection d’un acte sous
seing privé identifie celui qui l’appose. Elle manifeste le consentement des parties aux
obligations qui découlent de cet acte. Quand elle est apposée par un officier public, elle
confère l’authenticité à l’acte »1534.
1532
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 24.
1533
Cf. art. 1322 et s. du Code civil appliqué au Cameroun.
1534
Art. 1316-4 (1), Code civil en vigueur en France.
418
En France, en plus de la signature manuscrite, la signature électronique a été
institutionnalisée. Selon le Code civil français, la signature, « lorsqu’elle est électronique,
elle consiste en l’usage d’un procédé fiable d’identification garantissant son lien avec l’acte
auquel elle s’attache (…)1535. La transposition et la consécration de la signature électronique
est encore attendue dans le droit positif camerounais.
La force probante : « l’acte sous seing privée, reconnu par celui auquel on l’oppose,
ou légalement tenu pour reconnu, a, entre ceux qui l’ont souscrit et entre leurs héritiers et
ayants cause, la même foi que l’acte authentique »1536. Aussi, si les parties contestent
l’écriture, l’acte perd momentanément sa force probante. La loi précise que « celui auquel on
oppose l’écrit doit avouer ou désavouer formellement son écriture ou sa signature »1537. Si
l’écrit (écriture et signature) n’est pas désavoué ou s’il est établi qu’il émane bien de celui
auquel on l’oppose, l’écrit va faire preuve de son contenu, jusqu’à preuve contraire.
La question peut aussi être de savoir que se passerait-il si l’écrit n’est pas signé ? L’on
peut penser que le juge pourrait le retenir à titre de commence de preuve par écrit.
La force probante de l’acte sous seing privé peut donc être combattue par la preuve
contraire dans le cadre d’une vérification des écritures notamment.
1535
Art. 1316-4 (2), Code civil en vigueur en France.
1536
Art. 1322, Code civil Code civil appliqué au Cameroun.
1537
Art. 1323, Code civil appliqué au Cameroun.
1538
Art. 1316-4 (2), Code civil français.
419
C ONCLUSION DU CHAPITRE
Certaines d’entre elles peuvent être demandées par les parties. Les parties peuvent
formuler une demande pour les obtenir, mais le juge n’est jamais tenu de les prescrire, sauf
nécessité évidente de le faire. Il peut aussi en dehors de toute demande les ordonner d’office.
Il s’agit en l’occurrence de l’enquête et de l’audition des parties1539. L’enquête d’abord permet
au juge de rétablir la matérialité des faits en se servant des témoignages de personnes tierces à
l’instance. L’audition, quant à elle, permet au juge d’entendre les parties elles-mêmes, en vue
d’obtenir des déclarations sincères qui permettront de faire la lumière sur les faits à la base du
litige.
D’autres d’entre elles ne relèvent que du seul pouvoir d’instruction du juge. Il s’agit
des mesures qui ne peuvent être ordonnées que d’office par le juge, c’est-à-dire qu’elles ne
peuvent pas être formellement demandées par les parties. Les mesures ici visées sont la
descente sur les lieux et la vérification des écritures. La descente sur les lieux a pour objet de
permettre au juge de se faire lui-même une idée exacte des faits en allant sur le terrain. La
vérification des écritures n’est prescrite par le juge que lorsqu’une partie allègue la fausseté
d’un acte public ou authentique ou sous seing privé.
1539
L’expertise est aussi concernée, mais n’est pas prise en compte ici pour la raison qu’elle fait déjà l’objet
d’analyse dans le chapitre précédent.
420
C ONCLUSION DU TITRE
Les autres mesures particulières d’instruction pouvant également être mobilisées par le
juge ont été analysées dans un chapitre commun. Toutefois, dans l’optique de mieux ressortir
les pouvoirs du juge dans ces matières, le besoin s’est fait naître d’opérer une distinction entre
celles d’entre elles qui peuvent être demandées par les parties, en plus de la possibilité d’être
ordonnées d’office et celles d’entre elles qui ne peuvent être ordonnées que d’office.
L’enquête et l’audition des parties figurent dans la première rubrique tandis que la descente
sur les lieux et la vérification des écritures font parties de la seconde catégorie.
421
C ONCLUSION DE LA SECONDE PARTIE
422
Pouvoirs de direction, les pouvoirs d’instruction sont aussi question de pouvoirs de
probation ou de recherche des éléments de preuve indispensables à la manifestation de la
vérité. Les premiers, évoquant l’idée d’une instruction dont le juge détient tous les rouages,
constituent un cadre adéquat pour les secondes qui lui permettent de rechercher les rudiments
nécessaires à l’apparition de la vérité. Les pouvoirs de probation révèlent deux aspects
fondamentaux des pouvoirs d’instruction du juge administratif.
1540
Qui, en général, se trouve être une personne autre qu’une personne publique.
423
C ONCLUSION GENERALE
424
L’étude qui vient d’être faite des pouvoirs d’instruction du juge administratif
camerounais prétend avant toute chose à la modestie. Si l’on pourrait difficilement refuser de
lui reconnaître un effort de systématisation de ces pouvoirs, elle reste forcément incomplète.
D’autres aspects de la question et mêmes ceux qui y sont abordés pourraient en effet être au
menu des travaux de recherches futures. Toute prétention d’avoir épuisé la question ne saurait
donc être admise.
A la problématique quels sont les pouvoirs dont dispose le juge administratif dans
l’instruction contentieuse, l’hypothèse qui a été avancée, et dont l’effort de vérification et de
démonstration a été faite tout au long de cette étude, est que : le juge administratif
camerounais dispose à l’instruction contentieuse d’une dualité de pouvoirs. Il s’agit des
pouvoirs bien distincts mais dont l’objectif commun est de mettre le litige à mesure d’être
jugé.
En effet, le juge excipe de deux séries de pouvoirs dans l’instruction contentieuse dont
les uns consistent en la direction, la conduite de la procédure et les autres en la recherche
virtuose des éléments de preuves. Il s’agit respectivement des pouvoirs de direction et des
pouvoirs de probation.
L’étude des pouvoirs de direction a meublé la première partie de cette étude. Pouvoirs
dont l’objectif principal est de conférer au juge le rôle moteur dans la conduite de la
procédure. Les parties doivent s’y résoudre à la soumission. Et comme le souligne si bien
Charles DEBBASCH : « l’initiative des parties marque l’introduction de l’instance. Celle
du juge marque la solution. Il est donc normal que les parties soient soumises aux pouvoirs
dont le juge dispose à cette fin »1541.
Il en ressort que les pouvoirs de direction sont compartimentés en deux blocs distincts,
mais complémentaires : l’organisation de la communication entre les parties au procès et la
fixation du rythme de l’instruction. L’organisation de la communication est destinée à assurer
1541
DEBBASCH (C), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, op. cit., p. 360.
425
un dialogue écrit entre les parties. La communication peut alors se faire par application
principale de la contradiction ou par dispense marginale de celle-ci.
Les pouvoirs de probation, en ce qui les concerne, ont constitué l’objet de la seconde
partie de l’étude. Ils doivent être compris comme des pouvoirs généraux de preuves dont
dispose le juge administratif à l’instruction. Leur fonction n’est pas nécessairement la
conduite de la procédure, mais la recherche de la vérité par le juge. Ici aussi, deux volets
essentiels sont décelables. La restauration de l’équilibre des parties au travers de la preuve et
la prescription des mesures d’instruction particulières d’instruction.
426
La restauration de l’équilibre entre les parties par l’entremise de la preuve trouve sa
justification du fait de la situation de supériorité de l’administration défenderesse et
d’infériorité du requérant. Les privilèges et les pouvoirs, dont dispose la première, risquent de
rendre inique les règles traditionnelles de preuve si le juge administratif s’abstenait de les
aménager au profit du second. Il n’hésitera pas à renverser la charge de la preuve, si besoin en
est, dans l’optique bien entendu d’éviter que la vérité ne soit faussée par l’inconfort du
requérant à prouver des faits à la portée de l’administration.
Pour ce qui est de la prescription des mesures particulières d’instruction, elle est
comparable à un « joker » qui viendrait débloquer une situation difficile. Les mesures
particulières d’instruction constituent des atouts permettant au juge d’apporter des éléments
de preuve déterminants et décisifs lorsque le rituel de l’échange des mémoires écrits ne lui a
pas permis d’avoir une connaissance suffisante des faits. L’expertise, mais aussi l’enquête,
l’audition des parties, la descente sur les lieux et la vérification peuvent être prescrites
chacune pour répondre à un souci particulier de nature à apporter la lumière sur les faits du
litige.
427
l’idée même de l’inquisitorialité qui « signifie que (la procédure) est entièrement dirigée par
le juge et non pas confiée aux parties en litige »1542.
L’organisation de la communication entre les parties traduit très bien cela. Le juge ici
ne se met pas à l’écart des échanges, il les régule et en impose la ligne de conduite aux parties.
C’est lui qui assure la communication des documents de chaque partie à l’autre. Il n’est donc
pas un simple arbitre passif comme le serait le juge civil qui, à défaut de s’éffacer, se trouve à
bonne distance de la passe d’armes entre les parties.
La fixation du rythme de l’instruction montre elle aussi que le juge a bien les choses
en main. La modulation des délais et la délimitation du temps de l’instruction par lui lui
confèrent d’inestimables pouvoirs dans la direction du procès. Il peut sanctionner la partie qui
ne respecte pas le délai imparti pour accomplir un acte d’instruction ou refuser de prendre en
compte tout document déposé après clôture de l’instruction.
Les pouvoirs de probation donnent eux aussi à l’inquisitorialité une dimension fort
considérable. La restauration de l’égalité des parties sur le terrain de la preuve entre les parties
n’est possible que parce que la procédure est inquisitoriale. Le pouvoir exceptionnel de
l’inversion de la charge de la preuve du requérant au défendeur a pour socle effectivement le
caractère inquisitorial. Enfin, la prescription d’office des mesures d’instruction est-elle aussi
révélatrice de l’inquisitorialité.
Les pouvoirs d’instruction, on l’a vu tout au long de l’étude, sont d’une importance
cruciale dans l’office du juge administratif camerounais. Ils lui permettent non seulement de
diriger la procédure, mais aussi de rassembler les éléments de preuve indispensables à la
manifestation de la vérité. Ces pouvoirs ont donc clairement pour objet de mettre le litige en
mesure d’être jugé. Mais si le juge en fait indubitablement usage, l’on doit cependant déplorer
que ce ne soit pas toujours de façon rationnelle et optimale. Deux pesanteurs sont à la base de
1542
SCHWARTZ (R) et KACZMAREK (M), « La procédure contentieuse devant les juridictions
administratives », in La Gazette, n° 2-17/1739, 24 avril 2004, p. 211.
428
cet état de chose : l’autolimitation du juge face à l’administration et la dépendance de celui-ci
au législateur.
Le juge administratif a souvent répugné à faire usage de manière totale de ses pouvoirs
d’instruction lorsqu’il exerce le contrôle sur l’administration. Quelques cas, entre autres,
peuvent être cités. L’on a, par exemple, relevé que lorsqu’il organise la communication
contradictoire, le juge peut prendre en compte des pièces fournies par l’administration alors
même qu’elles n’ont pas été communiquées au requérant1544. Il va parfois jusqu’à instruire
une affaire sans débat contradictoire alors que rien ne le justifiait ni sur le plan pratique ni
pour des raisons liées à l’urgence1545. Il en est de même du cas où il est réticent au contrôle du
pouvoir discrétionnaire, renonçant ainsi à exercer ses pouvoirs de preuve consistant à établir
la légalité ou l’illégalité d’une mesure discrétionnaire1546.
Cela fait problème dans la mesure où une large part du régime des délais se fait en
dehors et sans le juge. C’est une immixtion du législateur dans son office. Il est dans la
posture du juge ligoté et donc pas à même d’exercer de manière optimale son office.
Heureusement, il peut s’en affranchir de temps à autre à travers son aptitude à moduler lesdits
délais. Mais il est souhaitable qu’il ait la maîtrise entière du délai à l’instruction. Il doit
pouvoir en toute connaissance de cause les fixer, et ce en fonction de la complexité de
l’affaire et non suivant des prescriptions législatives qui n’en tiennent pas toujours compte,
puisque fixées à l’avance.
1543
V. sur le sujet : ATEBA EYONG (A R), Le juge administratif et la création du droit…, op. cit.
1544
Cf. affaire NGUENA Antoine c/ Université de Yaoundé, supra.
1545
Cf. affaire Etat du Cameroun c/ ATANGANA Adalbert, supra.
1546
Cf. NABION Maurice c/ Université de Yaoundé, supra.
429
Si une part d’encadrement législatif est nécessaire, elle ne devrait intervenir que pour
s’assurer que le juge statue dans un délai raisonnable. Mais non de lui imposer une conduite
sans mesure. Il s’agit de laisser le juge librement décider des délais, mais dans la limite de ce
que permet et autorise le délai raisonnable. Il y va certainement de la qualité de la justice.
430
B ibliographie
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86. TURPIN (Dominique), « Le juge est-il représentatif ? Réponse : oui »,
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447
V- COURS POLYCOPIES
V- RAPPORTS ET AUTRES
449
10. Loi n° 99/014 du 22 décembre 1999 régissant les organisations non
gouvernementales.
11. Loi n° 2001/016 du 23 juillet 2001, fixant le statut des Chambres consulaires.
12. Loi n° 2005/007 du 27 juillet 2005 portant Code de procédure Pénale.
13. Loi n°2006/015 du 29 décembre 2006 portant organisation judiciaire.
14. Loi n°2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de
la Cour suprême.
15. Loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement
des tribunaux administratifs.
16. Loi n° 2012/001 du 19 avril 2012 portant Code électoral, modifiée et complétée
par loi n° 2012/017 du 21 décembre 2012.
17. Loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code pénal.
C- TEXTES REGLEMENTAIRES
450
8. Décret n° 2001/381 du 27 novembre 2001 fixant les conditions d’élection des
membres de la Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du
Cameroun.
9. Décret n°2005/481 du 16 décembre 2005portant sur les conditions d’obtention du
titre foncier.
10. Décret n° 2009/249 du 06 aout 2009 portant changement de dénomination et
réorganisation de la chambre d’agriculture, de l’élevage et des forets du Cameroun.
11. Décret n° 2016/194 du 13 avril 2016, portant réorganisation de la Chambre
d’agriculture, des pêches de l’élevage et des forêts.
12. Décret n° 2009/250 du 6 août 2009 fixant les conditions d’élection des membres
de la Chambre d’Agriculture, des Pêches, de l’Elevage et des Forêts du Cameroun.
13. Décret n°2012/119 du 15 mars 2012 portant ouverture de Tribunaux
Administratifs.
14. Arrêté du 16 décembre 1921 déterminant la procédure à suivre devant le Conseil
du Contentieux administratif.
15. Arrêté du 16 décembre 1954 portant Code de procédure civile et commercial.
16. Arrêté n°1784 du 9 juin 1959 relatif au fonctionnement du Tribunal d’Etat.
451
VII- INDEX ALPHABETIQUE DE LA JURISPRUDENCE CITEE
A-
1. ABA Emmanuel c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 35/CS/CA/85-86, du 27
mars 1986.
2. ABESSOLO NKOUDOU c/ Liste des Indépendants NYONG et SANAGA,
décision n°10/CCA du 30 juillet 1952.
3. ABESSOLO NKOUDOU c/ Territoire, décision n°161/CCA du 12 novembre
1952.
4. ABTOUR Georges c/ Administration du Territoire, décision n°162/CCA du 5
décembre 1952.
5. AFIDI ZOA Parfait Désiré c/ Etat du Cameroun, jugement n°37/CS/CA/2000‐
2001, 30 août 2001.
6. AHANDA NOAH Joseph c/ Etat du Cameroun, jugement n° 13/CS/CA/99-2000,
25 novembre 1999.
7. AKONO Jean c/ Administration du Territoire, décision n°250/CCA du 25
septembre 1953.
8. Albert ONO NGAFOR c/ Etat du Cameroun, arrêt CS/AP du 16 août 1990.
9. Alfred WINGO c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 41/CS/CA/85-86, du 27
mars 1986.
10. ALOLA Dieudonné c/ Etat du Cameroun (MFPRA), jugement n°04/CS/CA/2007‐
2008, 16 janvier 2008.
11. Amadou MAI c/ Etat du Cameroun, jugement CS/CA du 23 mars 2011.
12. AMBASSA OWONA Gustave c/ BOMBA, décision n°213/CCA du 16 janvier
1953.
13. AMBOMO KANA c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 5/CS/CA du 29 décembre 1994.
14. AMOUGOU Adalbert c/Territoire, décision n°212/CCA du 16 janvier 1953.
15. AMOUGOU MBARGA Basile c/ Territoire, arrêt n°495/CCA du 29 septembre
1956.
16. AMOUGOU René c/ Administration du Territoire, décision n°147/CCA du 26
novembre 1952.
17. ATANGANA ESSOMBA Protais c/ Etat du Cameroun, jugement n°20/CS/CA du
3 février 1977.
18. ATEH Alexander c/ Etat du Cameroun CS/CA, jugement, 31 mai 1990.
452
19. ATSAMA FOUMENA contre Etat du Cameroun, jugement n°74/CS/CA/86-87 du
13 août 1987.
20. Avocat Général Cour Fédéral de Justice c/ Arrêt Court of Appeal de BUEA du
Cameroun Occidental, arrêt n° 21/CFJ, 20 mars 1968.
B-
21. B.A.O c/ Administration du Territoire, arrêt n°352/CCA du 12 juillet 1955.
22. BABA YOUSSOUFA c/ État du Cameroun oriental, arrêt n°40/CFJ/SCAY du 30
avril 1968.
23. BABA YOUSSOUFA c/ Etat du Cameroun, jugement n°23/CFJ/CAY du 15
novembre 1966.
24. BABA YOUSSOUFA c/ Etat du Cameroun, jugement n°71/CS/CA/86-87 du 13
août 1987.
25. BACCINO Jules c/ Etat du Cameroun Oriental, arrêt n° 88/CFJ/SCAY, 30
septembre 1969.
26. BACKINI YETNA Prosper c/ Etat du Cameroun (MINPAT) CS/CA, jugement
106/2002‐2003 du 27 août 2003.
27. BEBEY André Franc c/ Etat du Cameroun, Jugement ADD n°53/CS/CA du 29
juin 1989.
28. BEGUEL Georges c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n°39/CS/CA/85-86, du 27
mars 1986.
29. BEKADA Moïse c/ Administration du Territoire et sieur MOLINATTI, arrêté
n°290/CCA du 27 mars 1954.
30. BELIBI François c/ Etat du Cameroun (MINUH), arrêt n°11/CS/AP du 3 avril
1997.
31. BELIBI François c/ Etat du Cameroun, jugement n°21/CS/CA, 2008 du 16 janvier
2008.
32. Belinga NDO Paul c/ Etat du Cameroun, jugement n°56/CS/CA du 22 avril 1976.
33. BELL et BEBEY EYIDI c/ SOPPO PRISO Elections dans la région du Wouri 2e
section CCA, décision n°123 du 19 septembre 1952.
34. BENE B’ELLA Lambert c/ Etat du Cameroun, jugement n° 71/CS/CA du 13 mai
1976.
35. BESSALA Valère c/ NANA TOBIE, NYEMI Laurent, EFENGUE Hubert, arrêt
n°37/TE du 26 septembre 1959.
453
36. BIBOK ZE Paul c/ Election ZOCK Paul, arrêt n°489/CCA du 10 décembre 1955.
37. BIDJOCKA Daniel et KANA MALABERT c/ Election d’un membre du conseil
Municipal de la commune mixte rurale d’ESEKA, arrêt n° 393/CCA du 10
décembre 1955.
38. BILAE Jean c/ Etat du Cameroun Oriental, jugement n°120/CFJ/SCAY du 8
décembre 1970.
39. BILONG Alexandre c/ Election EONE EONE Gustave, arrêt n°436/CCA du 10
décembre 1955.
40. BIYO’O OLINGA François c/ Etat du Cameroun (IGERA), arrêt n° 2/A du 27
avril 2000.
41. BODIE Paul Walter c/ Etat du Cameroun, arrêt n°66/CS/AP du 22 février 2007.
42. BOUDOMBO MOUDIO c/ Etat du Cameroun, jugement n°68 /CS/CA/78‐79 du
31 mai 1979.
C-
43. Cabinet Polyclinique médicochirurgical de la Cité c/ Etat du Cameroun jugement
n°3/CS/CA/87-88/88-89 du 27 octobre 1988.
44. CAMAG c/ Etat du Cameroun, jugement n° 9. 10 et 11/CS/CA/82-83 du 13
janvier 1983.
45. Cameroon hotel limited c/ Etat du Cameroun, jugement n°119/CS/CA 2008 du 24
septembre 2008.
46. CAP-Liberté c/ Etat du Cameroun, ordonnance n°21/CS/PCA du 26 septembre
1991.
47. CFC c/ Administration du Territoire, arrêt n°450/CCA du 25 février 1956.
48. CHANA Rose c/ Etat du Cameroun (MINFI), jugement n°21/CS/CA/91‐92 du 27
février 1992.
49. Collectivité BONAMINKANO (MINKANO ABEL) c/ Administration du
Territoire, arrêt n°317/CCA du 3 septembre 1954.
50. Collectivité MVOG ZANGA ATEMGONO c/ Etat du Cameroun (MINUH) et
MBARGA Raphael CS/CA, jugement du 29 décembre 1990.
51. Collectivité NZUONKWELLE c/ Etat du Cameroun, jugement n°38/CS/CA/01-02
du 27 juin 2002.
454
52. Conseillers municipaux de la commune rurale de NANGA EBOKO c/ Etat du
Cameroun, jugement n°24/CS/CA/95-96 du 29 mars 1996.
D-
53. Dame BINAM Née NGO NJOM Fidèle c/ Etat du Cameroun, jugement n°
12/CS/CA, 26 janvier 1982.
54. Dame CIVRA c/ Administration du Territoire, arrêt n° 24/CCA du 27 mars 1953
55. Dame ESSOLA Jacqueline c/ République Fédérale du Cameroun, arrêt
n°33/CFJ/SCAY du 30 avril 1968.
56. Dame FERRIERE Marie c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 16/CFJ/AP, 16 mars 1967
57. Dame FERRIERE Marie c/ Etat du Cameroun, arrêt n°127/TE du 23 décembre
1960.
58. Dame FOTSING née MEGNE Marie Louise c/ Etat du Cameroun (MINUH) et
MVOGO ZINDI Daniel (intervenant volontaire), jugement ADD
n°107/CS/CA/03‐04 du 07juillet 2004.
59. Dame MACKONGO Agnès Flore c/ Etat fédéral du Cameroun, arrêt n°
201/CFJ/CAY, 18 août 1972.
60. Dame MBANKOLO Agnès Téclaire et SOP MOTE Joseph Philibert c/ Etat du
Cameroun et OMGBA ZING Martin, jugement du 30 avril 1981.
61. Dame MBOCKA née MOUSSONGO c/ Etat du Cameroun, jugement
n°42/CS/CA/80‐81 du 30 avril 1981.
62. Dame MENGUE Marie c/ Commune Mixte Rurale de Mbalmayo, arrêt ADD
n°369/TE du 22 décembre 1964.
63. Dame MENGUE Marie c/ Etat du Cameroun, arrêt n°290/TE du 31 mai 1963.
64. Dame TSAFACK née TONLEU c/ Etat du Cameroun, jugement ADD
n°38/CS/CA/85-86 du 27 mars 1986.
65. Dame YANKOUE Rebecca (Me NOVGWA KOUONGUENG) c/ Etat du
Cameroun, jugement n°1/CS/CA/2000‐2001 du 26 octobre 2000.
66. DANDJIN Esaïe c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n°60/CS/CA/93-94 du 28
avril 1994.
67. David René SENDE c/ Etat du Cameroun, arrêt n°5/CS/AP du 18 décembre 1980
68. DIBOUSSI Samuel EITEL c/MOUELA MOUNOS Samuel MPAH GODEFROY,
Arrêt n°177/TE du 15 décembre 1961.
455
69. Divine Kingdom people’s party of Cameroon c/ Etat du Cameroun CS/PCA,
ordonnance n°32/91-2 du 30 septembre 1992.
70. DIWOUTA LOTH Pierre c/ Etat du Cameroun oriental, arrêt n° 18/CFJ/SCAY du
4 novembre 1966.
71. DJIDJOU Prosper c/ Etat du Cameroun, jugement n°73/CS/CA/86-87 du 13 août
1987.
72. DJINOU Charles c/ Etat du Cameroun, jugement n°58/CS/CA du 27 septembre
1990.
73. DJOMO David c/ Etat du Cameroun, jugement n°4/CS/CA/82‐83 du 26 octobre
1982.
74. DJOU Gilbert c/ Communauté Urbaine de Douala, ordonnance de sursis à
exécution n°17/CS/PCA 91-92 du 13 juillet 1992.
75. DOUANLA François c/ Etat du Cameroun, jugement n° 239/CS/CA 2010 du 25
août 2010.
76. DURISOTTI Attilio C/ Etat du Cameroun, arrêt n°153/TE du 09 juin 1961.
77. DZIETHAM Pierre c/ Etat du Cameroun, jugement n°45/CS/CA/81‐82 du 27 mai
1982.
78. DZONGANG Albert c/ Etat du Cameroun, jugement n°41/CS/CA/96‐97 du 05
décembre 1996.
E-
79. EBO Samson c/ Etat du Cameroun Oriental, arrêt n° 35/CFJ/SCAY, 30 avril 1968.
80. EBODE ONANA Rigobert c/ CPE de Yaoundé, arrêt n°44/CFJ/SCAY du 30 avril
1968.
81. EBONGE Jean Albert c/ Etat du Cameroun, arrêt n°655/CCA du 25 octobre 1957.
82. EDINGER François c/Etat du Cameroun, arrêt n° 109/CFJ/CAY du 8 décembre
1970.
83. EDZOA Georges Maurice c/ Etat du Cameroun, jugement n°35/CS/CA du 03 mai
1990.
84. EFILA MONGO François c/ Territoire, décision n°155/CCA du 26 novembre
1952.
85. Eglise presbytérienne camerounaise orthodoxe c/ Etat du Cameroun (MINDAF),
(EPCO), jugement n°47/CS/CA/2006‐2007 du 17 janvier 2007.
456
86. EKOSSONO EMANE Gaston c/ Etat du Cameroun (MINDEF), Ordonnance n°
581/ODS/CS/PCA/CAB du 18 août 2011.
87. EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane c/ Etat du Cameroun, arrêt n°42
CFJ/SCAY, 30 avril 1968.
88. Electrical Construction c/ Etat du Cameroun, jugement n°68/CS/CA/86-87 du 13
août 1987.
89. Elites BANKA représentées par MBOUENDEU Jean de Dieu c/ Etat du
Cameroun, jugement n° 8/CS/CA/79-80 du 29 novembre 1979.
90. ELLA ONDOUA Engelbert c/ Etat du Cameroun, jugement n°20/CS/CA du 25
janvier 1990.
91. ELOUNDOU ESSOMBA Charles c/ Etat du Cameroun, jugement n°38/CS/CA,
26 mai 1977.
92. EMIGNANT PRISANT c/ Territoire du Cameroun, arrêt n° 463/CCA, 23 juin
1956.
93. EMINI TINA Etienne c/ Etat du Cameroun oriental, arrêt n° 55/CFJ/CAY du 25
mars 1969.
94. EMINI TINA Etienne c/ Etat du Cameroun, jugement CFJ/CAY, 8 décembre
1970.
95. ENANDJOUM BWANGA (PCCS) (CR de N’samba), RDPC c/ Etat du
Cameroun, jugement n°33/CS/CA/95-96 du 09 mai 1996.
96. ENTREPRISE TAGAH Joseph c/ Etat du Cameroun, jugement
n°150/CA/CS/2008 du 19 novembre 2008.
97. ENYENGUE DIPOKO Bernard c/ Etat du Cameroun, jugement n° 13/CS/CA du
23 novembre 1989.
98. EPALE Roger Pierre c/ Etat du Cameroun (CR de BARE-MOUNGO), jugement
n°59/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
99. EPOH ADYANG Pierre c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 25/CS/CA, 24
décembre 1983.
100. ESSI ESSAMA PHILIPPE c/MEDOU Gaston Élections à l’Assemblée
territoriale, région du DJA et LOBO 2e section, décision n°107/CCA du 26 juillet
1952.
101. ESSIANE AKA’A Jean c/ Etat du Cameroun oriental, arrêt n°44/CFJ/SCAY
du 30 avril 1968.
457
102. ESSOMBA Liboire, OSSONGHO EDONGHO ZOLLO Ernest, ONGBA Jean-
Baptiste, HOULA Paul et BENG Richard c/ FITONE MASSANGO Joseph et
TOTO Théodore, arrêt n°159/TE du 25 août 1961.
103. ESSOME Jean c/ Etat du Cameroun, jugement n°5/CS/CA/82‐83 du 26
novembre 1982.
104. ESSONO Jean Baptiste c/ Etat du Cameroun, jugement n°49 /CS/CA/81‐82 du
27 mai 1982.
105. ESSONO Michel et autres c/ Etat du Cameroun et BIKONO Olivier, jugement
n°39/CS/CA/89‐90 du 31 mai 1990.
106. Etat du Cameroun (MINAT) c/ TCHAPOCK Michel, arrêt n° 33/CS/AP du 24
mars 1983.
107. Etat du Cameroun (MINFONPUBLIQUE), NJIKIAKAM TOWA Maurice c/
NJIKIAKAM TOWA Maurice, Etat du Cameroun (MINFONPUBLIQUE CS/AP,
arrêt n°27/A du 24 mars 1983.
108. Etat du Cameroun (Ministère de l’équipement) c/ KOUNTCHOU Levi-Bord,
arrêt n° 11/CS/AP, 6 mai 1993.
109. Etat du Cameroun c/ ATANGANA Adalbert, arrêt n° 16/CFJ mars 1967.
110. Etat du Cameroun c/ Michel NJINE GANGLEY, arrêt n° 1/CS/AP du 18 avril
1996.
111. Etat du Cameroun c/ NANA David, arrêt n° 11/CS/AP du 18 décembre 1980.
112. Etat du Cameroun c/ Société Renault-Cameroun, arrêt n ° 9/CS/CA, 26
décembre 1996.
113. Etat du Cameroun c/ TCHALEU WOUAKO Gabriel, arrêt n° 8/CS/CA, 26
décembre 1996.
114. Etat du Cameroun c/ TEGUIA et TEGUIA Gabriel c/ Etat du Cameroun
(MINJUSTICE), arrêt n°10/A du 24 mars 1983.
115. Etat fédéré du Cameroun c/ BABA Youssoufa & BABA Youssoufa c/ Etat
fédéré du Cameroun, arrêt n° 5/CFJ/AP du 31 mars 1971.
116. Etat Fédéré du Cameroun Oriental c/ KELLER NDONGO MAX, arrêt
n°8/CFJ/CAY du 16 octobre 1968.
117. ETETA’A AMOUGOU et autres c/ AMOUGOU Jean, NDI Pierre, MVONDO
Pierre, BINAM Gustave, MBASSEGUE Luc, arrêt n°29/TE du 19 septembre
1959.
458
118. EVENGUE NSOMOTO c/ WOUNGLY MASSAGA, Elections dans la région
de Kribi 2e section, décision n°119/CCA du 6 août 1952.
F-
119. Famille SAM KOUM c/ Etat du Cameroun, jugement n°113/CS/CA 04‐05 du
29 janvier 2005.
120. FETGO Hilaire c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 10/A, 15 novembre 1984.
121. FOH Esther c/ Etat du Cameroun, jugement n° 2/CS/CA/97-92, 28 novembre
1991
122. FORFU YEHTO Isaak c/ Etat du Cameroun, jugement n°27 /CS/CA/93‐94 du
31 mars 1994.
123. FOTCHIN Joseph c/ Commune de plein exercice de Yaoundé, arrêt
n°1/CS/CA du 25 novembre 1976.
124. FOTSO OUAMBO Joseph c/ KOMGUEM Davis et autres, arrêt n°193/TE du
19 mars 1962.
125. FOUDA MABALLA Maurice c/ Etat fédéral du Cameroun oriental, arrêt n°
160/CFJ/CAY, 8 juin 1971.
126. FOYET IGNACE c/ Etat du Cameroun (MINUH), jugement
n°115/CA/CS/2009 du 03 juin 2009.
127. FPN (CR MBOMA) c/ Etat du Cameroun, jugement n°25/CS/CA/95-96 du 29
mars 1996.
128. FPS-PC c/ Etat du Cameroun, ordonnance n°29/CS/PCA/91-92 du 23
septembre 1992.
G-
129. Garga Haman ADJI (commune urbaine de Maroua) c/ Etat du Cameroun et
RDPC (Intervenant volontaire), jugement ADD n°46/CS/CA/2001‐2002 du 3
septembre 2002.
130. Group TECHNICAM Sarl c/ Etat du Cameroun (MINADER), jugement n°
262/CS/CA du 27 septembre 2010.
131. Groupe Trapp Cameroun c/Etat du Cameroun, jugement n°03/CS/CA 99-00 du
09 novembre 1999.
459
132. GUIFFO Jean Philippe c/ Etat du Cameroun (Université de Yaoundé), n°
3/CS/CA du 30 avril 1981.
H-
133. Henri NGATCHOU MBATKAM c/ Etat du Cameroun, jugement
n°43/CS/CA/91‐92 du 25 juin 1992.
134. Hirondelle Voyages c/ Etat du Cameroun, jugement n°14/CS/CA/87-88 du 29
octobre 1987.
I-
135. IKAMOU à KOUNG Jean Paul c/ Etat du Cameroun, jugement
n°130/CS/CA/03‐04 du 25 août 2004.
136. INACK INACK Joseph c/ Etat du Cameroun (MINESUP), jugement
n°114/CS/CA2008 du 24 septembre 2008.
137. Inspecteur de Police BELINGA MFOUMOU Gervais c/ Etat du Cameroun,
jugement n° 77/CS/CA du 20 septembre 1984.
J-
138. James ONOBIONO c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n°69/CS/CA du 25
septembre 2000.
139. Jean Faustin BETAYENE c/ Société National des Investissements, arrêt n°
1/CS/CA du 30 novembre 1972.
140. Jules Roland CHIDIAK c/ Etat du Cameroun (MINDAF), jugement
n°060/CS/CA2008 du 18 juin 2008.
K-
141. KADJI DEFOSSO joseph c/ Etat du Cameroun oriental, arrêt n°465/TE du 23
décembre 1965.
142. KAMGA c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 40/CS/CA/85-86, du 27
mars 1986.
460
143. KAMGA Rigobert, candidat du SDF Commune Rurale de Douala Ve c/ Etat du
Cameroun MINAT et RDPC, jugement n°82/CS/CA/2001‐2002 du 03 septembre
2002.
144. KANGA KANGA MBOCK c/ Etat du Cameroun, jugement
n°137/CS/CA/2004‐2005 du 27 juillet 2005.
145. KEMPAYOU Moïse Débonnaire c/ Etat du Cameroun, jugement n°
7/CS/CA/90-91, 25 juillet 1991.
146. KENKEU Théophile c/ Etat du Cameroun, jugement n° 9/CS/CA/90-91, du 28
novembre 1991.
147. KENMOE Emmanuel c/ KEMEGNE DJENOU WAMBA Auguste et Etat du
Cameroun (MINDAF), arrêt N°04/A du 27 mai 2010.
148. KENNE Salomon Leroy c/ Etat du Cameroun, jugement N°44/CS /CA/83-84
du 28juin 1984.
149. KEUATSOP TETAKEUA Pierre c/ Etat du Cameroun, jugement
n°3/CS/CA/82‐83 du 26 octobre 1982.
150. KISOB ACHIDI c/ Etat du Cameroun, jugement ADD/CS/CA 88-89 du 27
octobre 1989.
151. KOFFI Jean ROUSEAU c/ Etat du Cameroun, jugement n°86/CS/CA, 20
septembre 1984.
152. KOH BELLA James c/Administration du Territoire, arrêt n°339/CCA du 15
mars 1955.
153. KOM Ambroise c/ Etat du Cameroun, ordonnance n°20/CS/PCA du 26
septembre 1991.
154. KOMBO SIMBANG c/Administration du Territoire, arrêt n°376/CCA du 8
septembre 1955.
155. KON ABONDO Gérard c/ Etat du Cameroun, jugement n°18/CA/CS/2008 du
16 janvier 2008.
156. KON ABONDO Gérard c/ Etat du Cameroun, jugement n°22/CS/CA/2001‐
2002 du 28 février 2002.
157. KOTIE Emmanuel et autres, candidats UPC (commune Urbaine de Douala V)
c/ ETAT du Cameroun (MINAT) et le RDPC, jugement n°81/CS/CA/01‐02 du 03
septembre 2002.
158. KOUANG Guillaume c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n°66/CS/CA/78 -
79 du 31 mai 1979.
461
159. KOUENDJOU HAPPI c/ Election d’un membre du conseil municipal de
LOUM section de BAFANG, arrêt n°418/CCA du 19 novembre 1955.
160. KOUMKANG et MALLON Ebenezer c/ DISSAKE Hans, décision
n°109/CCA du 26 juillet 1952.
161. KOUNTCHOU Levi Bord c/ Etat du Cameroun, jugement n° 84/CS/CA/85-86,
26 juin 1986.
162. KOUOGAN Claude c/ Etat du Cameroun (MINUH) & NGOUONPEMEU
Joseph, arrêt n°09/CS/AP du 27 mai 2010.
163. KOUOH Emmanuel Christian c/ Etat du Cameroun CS/PCA, ordonnance de
sursis n°1/79‐80, 1979.
164. KOUOH Emmanuel Christian c/ Etat du Cameroun, jugement n°43/CS/CA/82‐
83 du 7 avril 1983.
L-
165. La succession ROGGOW c/ Etat du Cameroun, ordonnance de référé
n°01/CS/PCA/86-87 du 23 octobre 1986.
166. LELE Gustave c/. CPE de Yaoundé, arrêt n° 3/CFJ/AP du 9 janvier 1975.
167. Les Boulangeries réunies c/ Etat du Cameroun, jugement n°6/CS/CA/74‐75 du
28 septembre 1974.
168. Liste des démocrates camerounais c/ opérations électorales du 30 novembre
1958 dans la commune de plein exercice de SANGMELIMA, arrêt n°734/CCA du
31 décembre 1958.
169. LOBE Louis Georges c/Administration du Territoire, arrêt n°375/CCA du 8
septembre 1955.
M-
170. MAIGARI ALHADJI Hamadjoda c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n°
43/CS/CA, 21 mai 1987.
171. MAM POUSS MPAH Marcel c/ Election CCA, arrêt n°421 du 19 novembre
1955d’un membre de la commune Mixte rurale section SEGUELENDOM de
DOUME.
172. MAMA BILOA Sandrine c/ Université de NGAOUNDERE, jugement du
7décembre 2000.
462
173. MARINO Jacques c/ Etat du Cameroun, arrêt n°702/CCA du 13 juin 1958.
174. MASSO LOBE c/ Etat du Cameroun, jugement n° 8/CS/CA/87-88 du 29
octobre 1987.
175. MAY ABAMET c/ Sultan MAROUF, décision n°106/CCA du 28 juillet 1952.
176. MBA Thomas c/ Etat du Cameroun, jugement n°25/CS/CA/89‐90 du 03 mai
1990.
177. MBANG Fabien c/ Election d’un membre au conseil Municipal de BAFIA
section d’ELIP II, arrêt n°415/CCA du 19 novembre 1955.
178. MBARGA Emile c/ Etat du Cameroun, jugement n° 55/CS/CA du 22 avril
1976.
179. MBARGA Symphorien c/ Etat du Cameroun, jugement n°25/CS/CA89‐90,
1989.
180. MBEDE Alphonse c/ Elections commune rurale de DOUME section Centre
urbain, arrêt n°438/CCA du 10 décembre 1955.
181. MBEDEY Norbert c/ République Fédérale du Cameroun, arrêt
n°187/CFJ/CAY du 28 mars 1972.
182. MBENTENGAM Richard c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 36/CS/CA
du 27 mars 1986.
183. MBIAMA MESSANGA CASIMIR c/ Etat du Cameroun, jugement
n°106/CS/CA du 30 mai 1999.
184. MBIAMA MESSANGA Casimir c/ Etat du Cameroun, ordonnance de sursis
n°5/CS/PCA/82‐83, 16 février 1983.
185. MBIDA Barthélémy c/ Etat du Cameroun (MINUH), jugement n°95/CS/CA,
2003‐2004 du 30 juin 2004.
186. MBIDA Joseph c/ Etat du Cameroun, jugement n° 64/CS/CA 2011, 23 mars
2011.
187. MBIRVI DJOUMBAL Amadou c/ Etat du Cameroun, jugement n°68/CS/CA,
2002‐2003 du 24 avril 2003.
188. MBOA ESSONO André c/ Elections municipales de commune de Yaoundé,
arrêts n° 521/CCA, 20 décembre 1956.
189. MBONGUE Jean Adalbert c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 655/CCA, 25 octobre
1957.
190. MEDJA NLATE Janvier c/ Etat du Cameroun (MINFI), arrêt n° 9/CS/AP du
16 décembre 1982.
463
191. MENGANG Paul c/ SAPAN MEKINDA Jean, arrêt n°73/TE du 15 janvier
1960
192. MFOMBAN ABDOU c/ Etat du Cameroun (DGSN), jugement
n°06/CS/CA/91‐92 du 28 novembre 1991.
193. Michel NJINE NGANGLEY c/ Etat du Cameroun, ord. n°59/CS/PCA/76‐77,
1976.
194. MINELI ELOMO Bernard Marie c/ Etat du Cameroun, jugement n°
33/CS/CA/78-79, 22 février 1979.
195. Ministère de l’environnement et des forêts (MINEF) c/ Société forestière
PETRA, ordonnance de sursis à exécution, n°38/CS/PCA/00-01 du 5 avril 2001.
196. MINKOULOU Robert c/Territoire, décision n°176/CCA du 9 janvier 1953.
197. Mme EBENGUE ESSOMBA née EVA Rose c/ Etat du Cameroun
(MINJUSTICE), jugement n°41/CS/CA 04‐05 du 2 février 2005.
198. Mme NJA POUM née NGASSAM Jeanne c/ Etat du Cameroun, jugement
n°1/CS/CA 82‐83 du 26 octobre 1982.
199. Mme veuve NJIGUI c/ Etat fédéral du Cameroun, arrêt, n° 177/CFJ/CAY, 8
juin 1971.
200. MOAMIDI Benoit c/ Election sieur TONGA NDAOUSSA, arrêt n°420/CCA
du 19 novembe1955.
201. MONTHE Honoré c/ Etat du Cameroun, jugement n°5/CS/CA/82‐ 83 du 26
novembre 1982.
202. MOUANGUE YOMEWO Joseph c/ Administration du Territoire, arrêt
n°322/CCA du 10 décembre 1954.
203. MOUKOKO James Emmanuel c/ Etat du Cameroun Oriental, arrêt n°
14/CFJ/AP, 19 mars 1969.
204. MOUNDI Daniel c/ Etat du Cameroun, jugement n°18/CS/CA/2002‐2003 du
28 novembre 2002.
205. MOUNDOUMOU Théodore c/ Administration du Territoire arrêt n° 75/CCA,
du 22 décembre 1951.
206. MUKETE Plantations Limited c/ Etat du Cameroun, jugement
n°69/CS/CA/86-87 du 13 août 1987.
207. MVONDO NSANG Richard c/ Etat du Cameroun, jugement n°101/CS/CA/90-
91 du 28 mars1991.
464
N-
208. NAAH Isidore c/ Etat du Cameroun, arrêt n°701/CCA du 13 juin 1958.
209. NANA LEVI Lucien c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n°44/CS/CA du 4
mars 1976.
210. NANA Levi Lucien c/ Etat du Cameroun, jugement n° 3/CS/CA/76-77 du 25
novembre 1976.
211. NANDJOUM BWANGA (PCCS) (C.R de N’samba), RDPC c/ Etat du
Cameroun, jugement n°33/CS/CA/95-96 du 09 mai 1996.
212. NANFANG Pierre c/ Election membre commune mixe Rurale de LOUM
section de Bafoussam, arrêt n°421/CCA du 19novembre 1955.
213. NDI ABOGO Raphaël c/ Etat du Cameroun, jugement n° 69/CS/CA/78-79, 31
mai 1979.
214. NDJEUJI Maurice c/ Etat du Cameroun, arrêt n°4/CS/AP du 26 octobre 1978.
215. NDJOCK Edward c/ Université de Yaoundé, jugement n° 96/CS/CA du 7 août
1986.
216. NDJOCK Jean c/ Etat du Cameroun oriental, arrêt n° 636/CCA du 10 août
1957.
217. NDOUGSA Bernard c/ République Fédérale du Cameroun, jugement
CFJ/CAY, 18 aout 1972.
218. NDOUGSA Joseph Valentin c/ Etat du Cameroun jugement n°8/CS/CA/81‐82
du 28 janvier 1982.
219. NDOUMBE Jérémie c/ Sté Marocaine MONOD & Entreprise Climent Frères,
arrêt n°92/TE du 25 mars 1960.
220. NDOUNA MVONDO Constantin c/ BOMBA Zacharie, décision n°214/CCA
du 16 janvier 1953.
221. NGALA TAWONG ABEL c/ Etat du Cameroun, jugement n°7/CS/CA/82‐83
du 3 décembre 1982.
222. NGAM Pascal c/ Etat du Cameroun, arrêt n°631/CCA du 29 juin 1957.
223. NGAMY Emmanuel c/ Etat du Cameroun, arrêt n°12/ CS/AP du 04 janvier
2001.
224. NGAMY Emmanuel c/ Etat du Cameroun, jugement n°02/CS/CA/91‐92 du 31
décembre 1992.
225. NGANTCHOU Isaac c/ Etat du Cameroun, jugement n°24/CS/CA/03‐04 du 28
janvier 2004.
465
226. NGATCHEU Adolphe c/ Etat du Cameroun (DGSN), jugement n° 9/CS/CA du
23 novembre 1989.
227. NGIMBOUS Jean-François c/ Etat du Cameroun, ordonnance de référé
n°7/CS/PCA/86-87 du 18 décembre 1986.
228. NGOLLO NYACKE c/ Administration du Territoire, décision n°39/CCA du
14 septembre 1950.
229. NGOLO MONGO Albert c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 35/CS/CA
80-81 du 30 avril 1981.
230. NGOM Martin c/ Elections Membres du conseil municipal du groupe B de la
commune Rurale de BAFIA, arrêt n°430/CCA du 10 décembre 1955.
231. NGOMBA Gustave c/ Elections commune rurale de LOUM Section Etrangers‐
MOUM B, arrêt n°439/CCA du 10 décembre 1955.
232. NGUENA Antoine c/ Université de Yaoundé, jugement n° 21/CS/CA 85-86 du
30 janvier 1986.
233. NININE c/ Liste de défense des intérêts régionaux électoraux du Diamaré, arrêt
n° 101/CCA du 28 juillet 1952.
234. NJANGA Joseph c/ Election sieur NDOUMBE LOBE CCA, arrêt n°47 du 19
novembre 1955.
235. NJINE NGANGLEY Michel c/ Etat du Cameroun CS/CA, jugement n° 41/79-
80, 26 juin 1980.
236. NJINE NGANGLEY Michel c/ Etat du Cameroun, jugement n° 23 /CS/CA 77-
78 du 13 juillet 1978.
237. NJOLE MONGO Albert c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 35/CS/CA
/80-81, 30 avril 1981.
238. NJONG MBOCK Guillaume c/ Etat du Cameroun (MFP), jugement
n°46/CS/CA/02‐03 du 27 mars 2003.
239. NJOOH Michel Pierrot c/ Etat du Cameroun, jugement n° 32/CS/CA/06-07 du
28 février 2007.
240. NJOUKWE Moïse c/ Etat du Cameroun, arrêt n°15/CS/AP du 19 juin 1980.
241. NKONG Emmanuel c/ Etat du Cameroun, jugement n°1/75/CS/CA du 19
décembre 1975.
242. NKONGO BIDZANGA Maximilien c/ Etat du Cameroun (MFPRA), jugement
n°92/CS/CA/2008 du 13 août 2008.
466
243. NLEND EBEDE Jean c/ Etat du Cameroun, jugement n°47/CS/CA/81‐82 du
27 mars 1982.
244. NNA MVONDO Théodore c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 13/CS/CA, 29 juin
1989.
245. NOAH MBIA Jean Daniel c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 1/CS/AP du 26
novembre 1981.
246. NOAH MVOGO Marcel c/ Administration du Territoire, décision n°149/CCA
du 26 novembre 1952.
247. NOUCTI TCHOKWAGO c/Etat du Cameroun, jugement n° 15/CS/CA/97-98,
26 mars 1998.
248. NOUMSI Jean Bosco c/ Etat du Cameroun, jugement n°34/CS/CA/04‐05 du 29
décembre 2004.
249. NOUTCHO GOUING Jean Samuel c/ Etat du Cameroun, jugement n°2/CS/CA
82‐83 du 26 octobre 1982.
250. NTOWA MONKAM Charles c/ Etat fédéral du Cameroun, arrêt n°
217/CFJ/CAY, 18 août 1972.
251. NYAMSI et autres c/ Etat du Cameroun, jugement n° 12/CS/CA/99-2000 du
25 novembre 2000.
252. NYAPEYE Michelin c/ Administration du Territoire, arrêté n°343/CCA du 9
juin 1955.
253. NYE SAFINDA Maurice c/ Communauté Urbaine de Douala, ordonnance de
sursis n° 16 (bis)/CS/PCA/91-92 du 16 juin 1992.
254. NYEMECK NYEMECK Emmanuel c/ Etat du Cameroun CS/CA, jugement
n°2/81‐82 du 29 octobre 1981.
255. NZETE Emmanuel c/Etat du Cameroun (MINDAF), Jugement n° 063/CA/CS,
2008 du 18 juin 2008.
O-
256. O.C.D.H c/ Etat du Cameroun, ordonnance n°19/CS/PCA du 26 septembre
1991.
257. OBALE AKO Emmanuel c/ Etat du Cameroun, ordonnance de sursis n°
21/CS/PCA /82‐83.
258. OBAMA OTTOU Joseph c/ Etat du Cameroun, jugement n°78/CS/CA/93‐94
du 25 août 1994.
467
259. OHANDJA Séverin c/ Etat du Cameroun, jugement n° 44/CS/CA/04-05, 4
février 2005.
260. OKALA c/ KOTOUO, décision n°114/CCA du 06 août 1952.
261. OKALA c/ KOTOUO, décision n°122/CCA du 19 septembre 1952.
262. OLONG MEKONG Pascal c/ ELEMBE Pierre et OLINGA François, arrêt
n°05/TE du 31 août 1989.
263. OMGBA François c/ OYOMO Albert AMOUGOU Thomas et OWONO
Basile, arrêt n°23/TE du 7 septembre 1959.
264. OMGBA François c/ATANGANA Laurent, décision n°177/CCA du 9 janvier
1953.
265. ONAMBELE Germain c/ Etat du Cameroun, jugement n° 87/CS/CA/82-83 du
30 juin 1983.
266. ONANA Jean Pierre c/ Etat du Cameroun, arrêt n°43/CFJ/SCAY du 30 avril
1968.
267. ONANA Jean Pierre c/ Etat fédéré du Cameroun Oriental, arrêt n° 8/CFJ/AP,
28 octobre 1970.
268. ONDO Jean Boulevard c/ Etat du Cameroun, arrêt, n° 176/CFJ/CAY, 8 juin
1971.
269. ONDO OVONO Charles c/ Etat du Cameroun, arrêt n°1/A du 23 décembre
2000.
270. ONGBA ONYA c/ Etat du Cameroun CS/CA, jugement n°30/82‐83 du 24
février 1983.
271. OWONA WOLFGANG c/ ATANGANA Laurent, décision n°179/CCA du 9
janvier 1953.
272. OWOUNDI Jean Louis c/ Etat du Cameroun, jugement n° 33/CS/CA/04/76-77
du 28 septembre 1978.
P-
273. P.D.C c/ Etat du Cameroun, jugement n° 34/CS/CA/95-96 du 09 mai 1996.
274. PAL c/ Etat du Cameroun, jugement n°36/CS/CA/95-96 du 09 mai 1996.
275. PAMANSIE Josué c/ Etat du Cameroun, ordonnance sursis à exécution
n°07/CS/PAC/88-89 du 15 septembre 1989.
276. PAP (CR de NGAMBE) c/ Etat du Cameroun, jugement n°56/CS/CA/95-96 du
18 juillet 1996.
468
277. PCR c/ Etat du Cameroun, jugement n°58/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
278. PDC (CR d’OBALA), c/ Etat du Cameroun, jugement n°35/CS/CA/95-96 du
09 mai 1996.
279. Peter AWAH NGWAH c/ Etat du Cameroun arrêt n° 19/A du 24 mars 1983.
280. PIABENG c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 43/CS/CA/85-86 du 27
mars 1986.
281. Pierre Louis GAIL c/ Etat du Cameroun (MINDAF), arrêt n°63/CS/AP du 9
octobre 2008.
282. PIPINIS Georges c/ Etat du Cameroun, arrêt n°780/CCA du 22 mai 1959.
283. PNP (CR/MBAM) c/ Etat du Cameroun, jugement n°65/CS/CA/95-96 du 18
juillet 1996.
284. Procureur général de la Cour suprême c/ EBA Emmanuel, arrêt n° 01/CS/AP
du 11 décembre 1997.
285. Procureur Général près la Cour suprême c/ FONGANG Jean-Claude, arrêt n°
2/CS/AP, 25 février 1999.
286. Procureur général près la Cour suprême c/ LELE Gustave, arrêt n° 3/CS/AP du
26 novembre 1981.
287. Procureur général près la Cour suprême c/ NYAMSI Gaston arrêt n°
11/CS/AP, du 31 mars 1998.
288. PSLD c/ Etat du Cameroun, ordonnance n°26/CS/PCA/91-92 du 18 septembre
1992.
Q-
R-
289. RDPC (C.U d’Edéa) c/ Etat du Cameroun, jugement n°29/CS/CA/95-96 du 19
avril 1996.
290. RDPC (CR de PENJA) c/ Etat du Cameroun, jugement n°31/CS/CA/95-96 du
19 avril 1996.
291. RDPC c/ Etat du Cameroun, jugement n°60/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
292. RDR c/ Etat du Cameroun, ordonnance n°25/CS/PCA/91-92 du 18 septembre
1992.
469
293. Recours du Professeur Henri HOGBE NLEND (UPC) CS/AP, arrêt
N°09/CE/97 - 98 du 21 octobre 1997.
294. RIM à KIYECK c/ Etat du Cameroun, jugement n° 22/CS/CA/80-81 du 18
décembre 1980.
295. RINGOM Marcel c/ Elections Municipales de MBANG, arrêt n°115/CFJ/CAY
du 8 décembre 1970.
S-
296. SADOU YAYA c/ Etat du Cameroun (MINUH), jugement n°99/CS/CA04‐05/
du 27 avril 2005.
297. SALA MEDOU Gaston c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 39/CS/AP du 23 juin
1983.
298. SCORTIS et compagnie SARL c/Etat du Cameroun, jugement n°06/CS/CA 84-
85 du 31 octobre 1985.
299. SDF c/ Etat du Cameroun (CR de DEMDENG), jugement n°50/CS/CA95-96
du 18 juillet 1996.
300. SDF c/ Etat du Cameroun (CR de MANJO), jugement n°37/CS/CA/95-96 du
09 mai 1996.
301. SDF c/ Etat du Cameroun (District de BALIKUMBAT), jugement
n°01/CS/CA96‐97 du 31 octobre 1996.
302. SDF et PCR c/ Etat du Cameroun (CU de Yaoundé IIIe), jugement n°
47/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
303. SDF, UNDP, UDC et ADD (CU de Yaoundé Ve) c/ Etat du Cameroun
jugement n°63/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
304. SHE ONANA Paul c/ WOUNGLY MASSAGA, décision n°116/CCA du 6
août 1952.
305. Sieur ABESSOLO Luc c/ Elections Municipales de la comme de Yaoundé,
arrêt n°518/CCA du 20 décembre 1956.
306. Sieur BIBA Théophile c/ Etat du Cameroun, arrêt n°336/TE du 22 décembre
1964.
307. Sieur BIWOLE Jean Paul c/ EDOU BENGONO et autres, arrêt n°123/TE du
25 novembre 1960.
308. Sieur EBANDAN VOULA c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 315/TE du 30
novembre 1963.
470
309. Sieur EKINDI Joël c/ Etat fédéral du Cameroun, arrêt n°31/CFJ/SCAY du 15
novembre 1966.
310. Sieur ENYENGUE EKANI Joseph c/ Etat du Cameroun oriental, arrêt
n°275/TE du 8 avril 1965.
311. Sieur MASSOUSSI Albert c/ MEKA André et Consorts, arrêt n°199/TE du 16
mars 1962.
312. Sieur MAYI François c/ Elections commune mixte rurale d’ESEKA, arrêt
n°758/CCA du 6 mars 1959.
313. Sieur NAOUSSI Anatole Pierre c/ FOTSING Barnabé et autres, arrêt n°202/TE
du 22 juin 1962.
314. Sieur NDZANA Max c/ MEDZA Paul‐ONDOBO, Joseph‐ZANA, Joseph‐
MANGA Appolinaire Ŕ NYIMI Antoine Ŕ KANA BARNABE, arrêt n°43/TE du 2
octobre 1959.
315. Sieur NDZANA Max c/ NDOU, BENA Sébastien, arrêt N°120/TE du 25
novembre 1960.
316. Sieur OLINGA NKODO Roland c/ ATEBA OKALA Jean Julien et autres,
arrêt n°125/TE du 26 novembre 1960.
317. Sieur ONANA EKANGA Théodore c/ Etat du Cameroun, arrêt n°58/TE du 27
novembre 1959.
318. Sieur RIBEYRE René c/ Etat du Cameroun, arrêt n°796/CCA du 10 juillet
1959.
319. Sieur TCHE François c/ FOKAM Josué et NOUPA Thomas, arrêt n°180/TE du
15 décembre 1961.
320. Sieurs AMOUGOU ATANGANA Victor et autres c/OMGBA Maurice, Arrêt
n°28/TE du 10 septembre 1959.
321. SIGHOKO ABRAHAM c/ Etat du Cameroun, ordonnance de sursis
n°05/CS/PCA/92-93 du 05 octobre 1992.
322. SITCHEDIE André c/ Etat du Cameroun, jugement n°23/CS/CA/01-02 du 28
février 2002.
323. SOCADA c/ Etat du Cameroun, jugement n° 18/ CS/CA/82-83 du 27 janvier
1983.
324. SOCIEQUIP Cameroun c/ Etat du Cameroun, jugement n°17/CS/CA/87-88, du
29 octobre 1987.
471
325. Société Anonyme des brasseries du Cameroun, arrêt n°02/CS/AP du 29
décembre 1994.
326. Société Cameroun Plaques Internationales (CPI) c/ Etat du Cameroun
(MINTRANSPORT), jugement n°49/CS/CA/2009du 28 janvier 2009.
327. Société commerciale Africaine c/ Office National de Commercialisation des
Produits de Base (ONCPB), jugement ADD n°41/CS/CA/80 - 81, 30 avril 1981.
328. Société de gestion des services communs du groupe DESCOURS et CABAUD
c/ Etat du Cameroun Oriental, arrêt ADD n°167/CFJ/CAY du 8 juin 1971.
329. Société des Grands Travaux de l’Est (SGTE) c/ Etat du Cameroun, arrêt n°
68/CFJ/CAY, du 30 septembre 1969.
330. Société ECAME et T.P c/ Etat du Cameroun CS/CA, jugement n°178/2010 du
13 juin 2010.
331. Société forestière PETRA c/ Etat du Cameroun, ordonnance de sursis à
exécution n°14CS/PCA/00-01 du 16 janvier 2001.
332. Société forestière PETRA c/ Etat du Cameroun, ordonnance sursis à exécution
n°41/CS/PCA/00-01 du 10 avril 2001.
T-
333. TAGNY Mathieu c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 19/CFJ du 16 mars 1967.
334. TAKOUGANG Jean c/ Etat du Cameroun, jugement n°30/CS/CA/89‐90 du 3
mai 1990.
335. TAMBA Victor c/ Etat du Cameroun (MINUH) et Mission Catholique de
DJUMKANG de BAMENDJOU (intervenant volontaire), jugement n°96/CS/CA,
2009 du 25 mars 2009.
336. TAMO PELAP Jean-Claude c/ Commune Urbaine de Bafoussam, ordonnance
de référé n°09/ CS/PCA/88-89 du 28 septembre 1989.
337. TATSINDA Maurice c/ Etat du Cameroun, arrêt, n° 8/CS/AP du 5 novembre
1984.
338. TCHATCHOUA Jean-Pierre c/ Etat du Cameroun, jugement n°41/CS/CA/88-
89 du 25 mai 1989.
339. TCHOUANKEU Joseph c/ Etat du Cameroun, n°92/CS/CA du 28 juillet 1983.
472
340. TCHUINOU NANA David c/ Etat du Cameroun, jugement ADD
n°45/CS/CA/94‐95, 27 avril 1995.
341. TCHUNGUI Charles c/ Etat du Cameroun, jugement n° 5/CS/CA du 29
novembre 1979.
342. TOKO Daniel c/ Etat du Cameroun oriental, arrêt n°34/CFJ/5CAY du 30 avril
1968.
343. TONGA Sylvain c/ Etat du Cameroun, arrêt n°209/TE du 22 juin 1962.
344. TUBBE EKWA Samuel c/ Etat du Cameroun, arrêt n°703/CCA du 13 juin
1958.
U-
345. UFDC c/ Etat du Cameroun, jugement n°64/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
346. UM NYOBE Ruben c/ ABBE MELONE CCA, décision n°115 du 6 août 1952.
347. UNC c/ Etat du Cameroun, ordonnance n°28/CS/PCA/91-92 du 23 septembre
1992.
348. UNDP (CR de BIYONHA) c/ Etat du Cameroun, jugement n°53/CS/CA/95-96
du 18 juillet 1996.
349. UNDP (CR de BIYOUHA) c/ Etat du Cameroun, jugement n°68/CS/CA/95-96
du 18 juillet 1996.
350. UNDP (CR de MARARY, KOUSSERI et Zina) c/ Etat du Cameroun,
jugement n° 70/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
351. UNDP (CR de Zina) c/ Etat du Cameroun, jugement n°69/CS/CA/95-96 18
juillet 1996.
352. UNDP c/ Etat du Cameroun, jugement n°46/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
353. UNDP c/ Etat du Cameroun, jugement n°52/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
354. UNDP c/ Etat du Cameroun, jugement n°54/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
355. UNDP et SDF (CU de Yaoundé IIe) c/ Etat du Cameroun, jugement
n°44/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
356. UNDPC / Etat du Cameroun (Commune rurale de MEIGANGA), jugement
n°03/CS/CA/96‐97 du 31 octobre 1996.
357. Union des populations du Cameroun c/ Etat du Cameroun ordonnance sursis
n°04/ CS/PCA/93-94 du 19 octobre 1993.
358. UPC - MANIDEM c/ Etat du Cameroun, ordonnance n°02/CS/PCA du 16
décembre 1992.
473
359. UPC (CR de PENKA Michel) c/ Etat du Cameroun, jugement n°40/CS/CA/95-
96 du 18 juillet 1996.
360. UPC c/ Etat du Cameroun (C.R de 1996, affaire UPC contre Etat du Cameroun
et M.L.J.C (CU d’Edéa), jugement n°41/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
361. UPC c/ Etat du Cameroun et M.L.J.C (CU d’Edéa), jugement n°30/CS/CA/95-
96 du 19 avril 1996.
362. UPC contre Etat du Cameroun, jugement n°60/CS/CA/91/92 du 17 septembre
1992.
363. USC c/ Etat du Cameroun, jugement n°66/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
V-
364. Veuve NKILI AHANDA Balbine c/ Etat du Cameroun, jugement n°
47/CS/CA/78-79, 29 mars 1979.
W-
365. WABO Rigobert représenté par Dr GUIMDO D. Bernard Raymond c/ Etat du
Cameroun, jugement n°42/CS/CA/99‐2000 du 30 mars 2000.
366. WAFFO WOKAM Lucie c/ Etat du Cameroun (C.U. DOUALA), jugement
n°183/CA/CS/2010 du 23 juin 2010.
367. WEMECHU MONTHE Jean-Marie c/ Etat Cameroun, jugement ADD n°
44/CS/CA/85-86 du 27 mars 1986.
368. WOUNGUE Pierre c/ Election DONGMO Martin, arrêt n°358/CCA du 29
Août 1955.
X-
Y-
369. YACKANA SANARA Ernest c/ Etat du Cameroun, jugement n°22/CS/CA/91‐
92 du 27 février 1992.
370. YEM Luc c/ Etat du Cameroun, ordonnance sursis à exécution
n°16/CS/PCA/90-91 du 19 septembre 1991.
474
Z-
371. ZAMBO EYILI et autres c/ ZAMBO ZAMBO Thomas, NGUELE ZANG
Joseph, ZAMBO Wilfried, arrêt/TE n°24 du 7 septembre 1959.
372. ZE ADANG Martin c/ Election d’un membre du conseil Municipal de la
commune Rurale de SANGMELIMA section de la commune mixte urbaine, arrêt
n°443/CCA du 11 février 1956.
373. ZO’OBO François c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 37/CS/CA/85-86
du 27 mars 1986.
374. ZOBA AYISSI Dieudonné c/ Etat du Cameroun, jugement n°47/CS/CA/99‐
200 du 25 mai 2000.
375. ZOCK Robert Baudelaire c/ Etat fédéral du Cameroun, arrêt n° 174/CFJ/CAY,
8 juin 1971.
475
A nnexes
476
LISTE DES ANNEXES
477
14. Extrait de l’arrêté du 16 décembre 1954 portant Code de procédure civile et
commerciale………………………………………………………………....637
478
ANNEXE N° 1
Loi n°75/17 du 8 décembre 1975 fixant la procédure devant la Cour Suprême
statuant en matière administrative.
479
480
481
482
483
484
485
486
487
488
489
490
491
492
ANNEXE N° 2
Extrait de la loi n° 2005/007 du 27 juillet 2005 portant Code de procédure Pénale.
493
494
495
496
ANNEXE N° 3
Loi n°2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de
la Cour suprême.
497
498
499
500
501
502
503
504
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518
519
520
521
522
523
524
ANNEXE N° 4
Loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des
tribunaux administratifs.
525
526
527
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530
531
532
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550
551
552
553
554
555
ANNEXE N° 5
Extrait de la loi n° 2012/001 du 19 avril 2012 portant Code électoral, modifiée et
complétée par loi n° 2012/017 du 21 décembre 2012.
556
557
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559
560
561
562
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568
569
570
571
572
573
574
ANNEXE N° 6
Décret n° 60/251 du 31 décembre 1960 fixant les modalités d’établissement des
listes des experts, syndics de faillite, liquidateurs judiciaires, administrateurs de
biens et commissaires aux comptes.
575
576
577
ANNEXE N° 7
Décret n° 2001/381 du 27 novembre 2001 fixant les conditions d’élection des membres de la
Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun.
578
579
580
581
582
583
584
585
586
587
588
589
ANNEXE N° 8
590
591
592
593
594
595
596
597
598
599
ANNEXE N° 9
600
601
602
603
ANNEXE N° 10
604
605
606
ANNEXE N° 11
607
608
609
610
611
612
613
ANNEXE N° 12
614
615
616
617
618
619
620
621
622
623
624
625
626
627
628
ANNEXE N° 13
629
630
631
632
633
634
635
636
ANNEXES N° 14
637
638
639
640
T able des matières
Dédicace __________________________________________________________________ i
Remerciements _____________________________________________________________ ii
Avertissement _____________________________________________________________ iii
Résumé __________________________________________________________________ iv
Abstract ___________________________________________________________________ v
Sigles, abréviations et acronymes _____________________________________________ vi
Sommaire _______________________________________________________________ viii
INTRODUCTION GENERALE _______________________________________________ 1
SECTION I - LE CADRE DE L’ETUDE _____________________________________ 4
PARAGRAPHE I - LE JUGE ADMINISTRATIF CAMEROUNAIS ____________ 5
A- La notion de juge __________________________________________________ 5
1- Les approches philosophiques et idéologiques __________________________ 5
2- Les approches historico-positive et juridique ___________________________ 8
B- La notion de juge administratif _____________________________________ 13
1- L’apparition originelle du juge administratif __________________________ 13
2- Le décryptage du juge administratif _________________________________ 15
C- La détermination du juge administratif camerounais ___________________ 17
1- L’historique ____________________________________________________ 17
2- La physionomie actuelle __________________________________________ 25
641
1- L’usage de la dogmatique _________________________________________ 60
2- L’emploi de la casuistique_________________________________________ 62
PREMIERE PARTIE : LES POUVOIRS DE DIRECTION ________________________ 64
TITRE I: L’ORGANISATION DE LA COMMUNICATION _______________________ 67
CHAPITRE I: LA COMMUNICATION PAR APPLICATION PRINCIPALE DE LA
CONTRADICTION ________________________________________________________ 71
SECTION I - LE PRINCIPE DE LA CONTRADICTION COMME FONDEMENT
DE LA COMMUNICATION ______________________________________________ 73
PARAGRAPHE I - LA PRECISION CONCEPTUELLE DU PRINCIPE DE LA
CONTRADICTION ____________________________________________________ 74
A- Les contours du principe de la contradiction __________________________ 74
1- La distinction entre la contradiction et les droits de la défense ____________ 75
2- La distinction entre la contradiction et l’égalité des armes _______________ 79
B- Le contenu et la valeur de la contradiction ___________________________ 81
1- Le contenu de la contradiction _____________________________________ 81
2- Le statut et la valeur juridique de la contradiction ______________________ 83
642
SECTION I - L’APPARENTE DISPENSE DE LA CONTRADICTION _________ 113
PARAGRAPHE I - LA DISPENSE DE LA CONTRADICTION DANS LES
CONTENTIEUX DE L’URGENCE _____________________________________ 114
A- La dispense dans les contentieux accessoires de l’urgence ______________ 114
1- La dispense totale ______________________________________________ 115
2- La dispense partielle ____________________________________________ 118
B- La dispense dans les contentieux spéciaux de l’urgence ________________ 120
1- La dispense en contentieux électoral _______________________________ 121
2- La dispense dans les « contentieux des droits » _______________________ 125
643
B- L’emprise du législateur sur les délais dans les contentieux ordinaire et fiscal
_______________________________________________________________ 167
1- Les délais relatifs à l’ « instance initiale » ___________________________ 167
2- Les délais relatifs à l’ « instance dérivée » ___________________________ 169
644
2- La discussion des thèses en présence _______________________________ 214
B- Les positions normatives _________________________________________ 215
1- Les modalités textuelles de clôture _________________________________ 216
2- Les modalités jurisprudentielles de clôture __________________________ 217
SECTION II - LES EFFETS DE LA CLOTURE DE L’INSTRUCTION ________ 219
PARAGRAPHE I - LES EFFETS A L’EGARD DES PARTIES ET DES TIERS 219
A- Les exigences de la clôture à l’égard des parties ______________________ 219
1- Le principe d’exclusion des mémoires ______________________________ 219
2- L’exception d’admission des mémoires ______________________________ 221
B- Les exigences de la clôture à l’égard des tiers ________________________ 222
1- Le rejet de l’intervention volontaire ________________________________ 223
2- L’exclusion de l’intervention forcée ________________________________ 224
645
SECTION II - LA JUSTIFICATION LIEE A LA SITUATION D’INFERIORITE DU
REQUERANT _________________________________________________________ 274
PARAGRAPHE I - LA DIVERSITE CATEGORIELLE DES PERSONNES
REQUERANTES _____________________________________________________ 275
A- Le requérant : un administré ou un participant à l’exécution des services
publics ____________________________________________________________ 276
1- Le requérant : un administré ______________________________________ 276
2- Le requérant : un participant _____________________________________ 278
B- Le requérant : une personne privée ________________________________ 281
1- Le requérant comme personne physique _____________________________ 282
2- Le requérant : une personne morale de droit privé ____________________ 284
646
2- La consécration jurisprudentielle __________________________________ 326
B- Les modalités de l’inversion _______________________________________ 327
1- L’inversion a posteriori et explicite à travers des injonctions de procédure _ 327
2- L’inversion a priori et implicite à travers des présomptions de faute et des
preuves ante-judiciaires _____________________________________________ 330
PARAGRAPHE II - LE CHAMP D’APPLICATION ET LES IMPLICATIONS DE
L’INVERSION __________________________________________________________ 336
A- Le champ d’application __________________________________________ 336
1- Les recours en annulation comme cadre favorable ____________________ 336
2- Le contentieux de pleine juridiction comme cadre circonspect ___________ 337
B- Les implications de l’inversion ____________________________________ 339
1- L’atténuation de la difficulté de la preuve pour le requérant _____________ 339
2- L’imputation du risque de la preuve à l’administration _________________ 340
CONCLUSION DU CHAPITRE _____________________________________________ 342
CONCLUSION DU TITRE _________________________________________________ 343
TITRE II : LA PRESCRIPTION DES MESURES PARTICULIERES D’INSTRUCTION
________________________________________________________________________ 344
CHAPITRE I : LA PRESCRIPTION DE L’EXPERTISE ________________________ 348
SECTION I - L’ENONCIATION DU POUVOIR DU JUGE EN MATIERE
D’EXPERTISE ________________________________________________________ 353
PARAGRAPHE I - LA LIBERTE DE PRESCRIPTION DES MESURES
D’EXPERTISE __________________________________________________________ 353
A- Le principe de la faculté de prise des mesures d’expertise ______________ 353
1- La liberté de décision d’une expertise demandée par les parties __________ 353
2- La possibilité pour le juge d’ordonner d’office une expertise ____________ 354
B- L’appréciation souveraine de la demande d’expertise _________________ 355
1- Le pouvoir du juge sur le fond de la demande ________________________ 355
2- Le pouvoir du juge sur la forme de la demande _______________________ 356
PARAGRAPHE II - LA DIRECTION DU PROCESSUS EXPERTAL ____________ 357
A- Le prononcé de la décision et le déroulement des opérations ____________ 357
1- Le prononcé de la mesure ________________________________________ 358
2- Le déroulement des opérations ____________________________________ 361
B- La matérialisation de l’issue par la rédaction d’un rapport _____________ 361
1- La constitution du rapport d’expertise ______________________________ 362
2- La force probante ambivalente du rapport ___________________________ 365
SECTION II Ŕ L’ETENDUE DU POUVOIR DU JUGE EN MATIERE
D’EXPERTISE ________________________________________________________ 368
PARAGRAPHE I - LE PRINCIPE DE LA RELATIVITE DE L’EXPERTISE _ 369
A- La signification _________________________________________________ 369
1- L’appréciation libre de l’avis de l’expert ____________________________ 369
2- L’appréciation non arbitraire de l’avis de l’expert ____________________ 370
B- La justification _________________________________________________ 371
1- La soumission statutaire de l’expert ________________________________ 371
2- La subordination fonctionnelle de l’expert ___________________________ 375
647
PARAGRAPHE II - LES INFLEXIONS A LA RELATIVITE DE L’EXPERTISE
____________________________________________________________________ 378
A- Les inflexions procédurales _______________________________________ 379
1- La possibilité de contestation de la décision ordonnant l’expertise ________ 379
2- L’indépendance de l’expert à l’égard du juge ________________________ 381
B- Les inflexions de fond ____________________________________________ 382
1- La dépendance du juge à la vérité expertale pour dire le droit ___________ 383
2- La dépendance perceptible du juge à l’expertise dans certaines matières ___ 384
CONCLUSION DU CHAPITRE _____________________________________________ 387
CHAPITRE II : LA MOBILISATION DES AUTRES MESURES PARTICULIERES
D’INSTRUCTION ________________________________________________________ 388
SECTION I - LES MESURES D’ENQUETE ET D’AUDITION DES PARTIES __ 390
PARAGRAPHE I - LA PRISE DES MESURES ENQUETES _____________________ 391
A- Précision conceptuelle ____________________________________________ 391
1- La définition __________________________________________________ 391
2- Les caractères _________________________________________________ 393
B- Le développement de l’enquête ____________________________________ 394
1- La décision ordonnant l’enquête et ses formalités consécutives ___________ 395
2- La procédure proprement dite_____________________________________ 396
PARAGRAPHE II - L’ORDONNANCEMENT DE L’AUDITION DES PARTIES __ 397
A- L’appréhension notionnelle _______________________________________ 398
1- La signification ________________________________________________ 398
2- Les caractères _________________________________________________ 399
B- L’application de l’audition des parties ______________________________ 401
1- La présentation de la décision ordonnant l’audition et les conditions de
comparution ______________________________________________________ 401
2- Le déroulement de l’audition _____________________________________ 402
SECTION II - LES MESURES DE DESCENTE SUR LES LIEUX ET DE
VERIFICATION DES ECRITURES ______________________________________ 404
PARAGRAPHE I - L’EDICTION DE LA MESURE DE DESCENTE SUR LES LIEUX
________________________________________________________________________ 404
A- Présentation de l’objet et des traits caractéristiques ___________________ 405
1- L’objet _______________________________________________________ 405
2- Les traits caractéristiques ________________________________________ 408
B- La procédure ___________________________________________________ 409
1- La décision de la descente sur les lieux _____________________________ 409
2- Le procès-verbal de la descente ___________________________________ 410
PARAGRAPHE II - LA PRESCRIPTION DE LA VERIFICATION DES ECRITURES
________________________________________________________________________ 411
A- La conception et le régime ________________________________________ 412
1- La conception _________________________________________________ 412
2- Le régime _____________________________________________________ 413
B- Le champ d’application __________________________________________ 416
1- Les actes publics et authentiques __________________________________ 416
2- Les actes sous seing privé ________________________________________ 418
CONCLUSION DU CHAPITRE _____________________________________________ 420
CONCLUSION DU TITRE _________________________________________________ 421
648
CONCLUSION DE LA SECONDE PARTIE ___________________________________ 422
CONCLUSION GENERALE _______________________________________________ 424
Bibliographie ____________________________________________________________ 431
Annexes _________________________________________________________________ 476
LISTE DES ANNEXES ____________________________________________________ 477
Table des matières ________________________________________________________ 641
649