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These DR Essimi

Cette thèse examine les pouvoirs d'instruction du juge administratif camerounais, soulignant leur importance dans la résolution des litiges administratifs. Le juge dispose de pouvoirs procéduraux pour diriger l'instance et établir des éléments de preuve, garantissant ainsi un équilibre entre les parties. L'étude met en lumière la phase d'instruction comme étant centrale dans le processus judiciaire administratif, où le juge joue un rôle actif pour obtenir les informations nécessaires à la décision.

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Cette thèse examine les pouvoirs d'instruction du juge administratif camerounais, soulignant leur importance dans la résolution des litiges administratifs. Le juge dispose de pouvoirs procéduraux pour diriger l'instance et établir des éléments de preuve, garantissant ainsi un équilibre entre les parties. L'étude met en lumière la phase d'instruction comme étant centrale dans le processus judiciaire administratif, où le juge joue un rôle actif pour obtenir les informations nécessaires à la décision.

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République du Cameroun Republic of Cameroon

Paix Ŕ Travail Ŕ Patrie Peace Ŕ Work Ŕ Fatherland


-------------- --------------
Ministère de l’Enseignement The Ministry of Higher
Supérieur Education
-------------- --------------
Université de Yaoundé II The University of Yaoundé II
Faculté des Sciences Juridiques Faculty of Law and Political
et Politiques Sciences
-------------- --------------
Département de Droit Department of Internal
Public Interne Public Law
-------------- --------------
B.P : 1365 Yaoundé P.O. Box 1365 Yaoundé
Tél : 22 23 65 52 Tel : 22 23 65 52

LES POUVOIRS D’INSTRUCTION DU


JUGE ADMINISTRATIF CAMEROUNAIS

Thèse pour l’obtention du


Doctorat (PH.D) en Droit Public.

Présentée et soutenue publiquement par :

ESSIMI Francis Olivier


Titulaire d’un D.E.A en Droit Public

Sous la direction de :

Professeur ABANE ENGOLO Patrick Edgard


Agrégé des facultés de Droit
Directeur du Centre d’Etudes et de Recherches Constitutionnelles Administratives et
Financières (CERCAF)
Chef de Division des Affaires Juridiques au Ministère de l’Enseignement Supérieur

Année Académique : 2016 - 2017


D édicace

A mes parents :

ESSIMI Bédé Laurent Roger et ETOA BISSONO Magloire Reine,

A mes frères et sœurs :

Christelle, Fabrice, Joël et Nina

Et au :

feu Professeur KOUNOU Michel, très tôt arraché à la vie.

i
R emerciements
J’adresse ma sincère reconnaissance à mon directeur de thèse, le Professeur Patrick
Edgard ABANE ENGOLO, pour m’avoir guidé, conseillé, encouragé au cours de chaque
étape de cette thèse. Je souhaite également lui faire part de ma reconnaissance pour la
confiance qu’il a toujours témoignée à mon égard, sa générosité depuis notre rencontre et la
liberté qu’il m’a accordée dans mes recherches.

Je remercie l’ensemble du corps enseignement, de la Faculté des Sciences Juridiques


et Politiques de l’Université de Yaoundé II, ayant contribué à ma formation, en particulier le
Doyen Magloire ONDOA et les Professeurs : Joseph-Marie BIPOUN-WOUM, Joseph
OWONA, Marcellin NGUELE ABADA, Bernard-Raymond GUIMDO DONGMO, Gérard
PEKASSA NDAM, Robert MBALLA OWONA. Je remercie également Monsieur Alexandre
ANABA MBO, Présisdent du Tribunal Administratif de Yaoundé.

Je tiens également à remercier les Docteurs : Lionel Pierre GUESSELE ISSEME,


Jean-Luc ENGOUTOU, AKONO OMGBA SEDENA, Jean-Jacques Christian MEMONO,
Gaétan Thierry FOUMENA, Achille NGA NGONO ; Monsieur Gervais ZOLO ; les aînés
académiques Thomas d’Aquin MBIDA ELONO et Victorine MBALA, pour leurs précieux et
réguliers conseils. Je remercie la Direction et l’ensemble de mes collègues du Centre d’Etudes
et de Recherches Constitutionnelles Administratives et Financières pour leur soutien.

Je remercie mes camarades de promotion notamment : Magellan SAMBA AVOM,


Noël NDZINA, William ONDO, Docteur Serges NZALI, Idriss DIBANDOU, Roméo MBA
EYIMI, Steve FEUBI et Mermoz BIKORO ; mes amis : Vanessa ZEH BIYO’O, Joëlle
Christine OBE et Raoul ETONGUE, pour leurs aides et encouragements.

Je remercie le Centre Catholique Universitaire (CCU) de Soa pour le soutien spirituel


indispensable à la réalisation de ce travail.

Je remercie Laetitia MANGA dont l’affection a apaisé les difficultés éprouvées durant
la réalisation de ce travail.

Je remercie enfin tous les membres de ma famille, particulièrement Monsieur et


Madame Athanase et Jeanne Félicité TSANGA, Monsieur ESSIMI Hubert, Monsieur
MANGA Etienne et Monsieur MBARGA Etienne pour leur soutien et assistance multiformes.

ii
A vertissement

L’université de Yaoundé II n’entend donner aucune approbation, ou


improbation aux idées émises dans cette thèse. Celles-ci doivent être
considérées comme propres à leurs auteurs.

iii
R ésumé

L’exercice de son office par le juge administratif camerounais en vue de la résolution


des litiges administratifs commande qu’il soit outillé pour une telle mission. L’exercice de
cette noble mission est foncièrement marqué par l’instruction, l’étape où prend corps la
solution du litige. C’est ici que le litige est mis en mesure d’être jugé.

Mais pour mettre le litige en mesure d’être jugé, le juge administratif dispose à
l’instruction contentieuse d’une dualité de pouvoirs. Les premiers, ceux qui sont dans l’ordre
de la procédure, permettent au juge administratif de conduire, de diriger et d’orienter la
procédure. Ils se manifestent par l’organisation de la communication entre les parties au
procès et la fixation du cadre temporel de l’instance. Les seconds, ceux qui sont dans l’ordre
du fond ou encore de la substance du litige, intéressent davantage l’établissement d’éléments
de preuve indispensables à l’éclosion de la vérité. Ceux-ci offrent au juge la faculté
d’aménager le régime probatoire en vue de restaurer l’équilibre entre les parties lorsque celui-
ci est faussé dans l’offre de la preuve. Aussi, lui permettent-ils de prescrire des mesures
spéciales d’instruction lorsqu’une connaissance plus profonde des faits n’a pu être faite au
terme de l’instruction générale.

Mots-clés : Pouvoirs, Instruction, juge administratif

iv
A bstract

The exercise of the duties of the administrative judge in view of the resolution of
administrative litigation demands that he should be equip for such a mission. The exercise of
this noble mission is fundamentally marked by preliminary investigation, the stage where the
solution to the litigation is found. It is here that the litigation can be a measure of judgment.

But for the litigation to be a measure of judgment, the administrative judge disposes of
a duality of competence as concerns the preliminary of the litigation. Firstly, those that are in
the order of the procedure, permits the administrative judge to lead, direct and orientate the
procedure. It is manifested by the organisation of the communication between the parties to
the lawsuit and the fixation of the temporal sphere of the proceeding at law. Secondly, those
in the order of the base or the substance of the litigation, concerning the establishment of the
elements of an indispensable proof to the hatching of the truth. Also, it permits him to
prescribe special investigative measures when a profound knowledge of the facts wasn’t
gotten at the end of the general investigation.

Key words : power, preliminary investigation, administrative judge

v
S igles, abréviations et acronymes

ADD : Arrêt ou jugement Avant Ŕ dire Ŕ droit

AJDA : Actualité Juridique Droit Administratif

AP : Assemblée plénière

APD : Archives de philosophie du droit


CA : Chambre administrative
CAT : Conseil d’Administration du Territoire
CAY : Chambre administrative de Yaoundé
CCA : Conseil du Contentieux Administratif
Cf. : Confère
CFJ : Cour Fédérale de justice
Chr : Chronique
CJA : Code de justice administrative
CJP : Cahiers juridiques et politiques
CMR : Commune mixte rurale
Coll. : Collection
COR : Cameroun oriental
CPE : Commune de plein exercice
CS : Cour suprême
Dir. : Sous la direction de
Ed. : Edition
EDCE : Etudes et documents du Conseil d’État
FSJP/UD : Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Université de Dschang

Ibidem : Même auteur et le même ouvrage qu’à la référence précédente, page différente
Idem : Même auteur, ouvrage différent qu’à la référence précédente
In : Dans

vi
JCP : Jurisclasseur périodique
LGDJ : Libraire générale de droit et de jurisprudence
Loc. cit. : Même auteur, même ouvrage dans la même page que la référence précédente
Mel. : Mélanges
MINAT : Ministre de l’Administration territoriale
MINATD : Ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation
MINUH : Ministère de l’urbanisme et de l’habitat
Op. cit. : Suit le nom de l’auteur et l’ouvrage déjà cité de cet auteur
Ord. : Ordonnance
OSE : Ordonnance de sursis à exécution
PCA : Président de la chambre administrative
PUC : Presses Universitaires du Cameroun
PUD : Presse Uninersitaire de Dschang
PUF : Presses Universitaires de France
PUG : Presse universitaire de Grénoble
RASJ : Revue Africaine des sciences juridiques
RCD : Revue camerounaise de droit
RCSP : Revue camerounaise de droit et de science politique
RDA : Revue de droit administratif Ŕ Cameroun
RDP : Revue du droit public et de la science politique en France et à l’étranger
RFDA : Revue française de droit administratif
RFTJ : Revue française de théorie juridique
RJPIC : Revue Juridique et Politique Indépendance et Coopération
S. : suivant (e) (s)
SCAY : Section de la chambre administrative de Yaoundé.
t. : tome
th. : Thèse
UCAC : Université Catholique d’Afrique Centrale
V. : Voir
Vol. : Volume

vii
S ommaire

INTRODUCTION GENERALE _______________________________________________ 1

PREMIERE PARTIE : LES POUVOIRS DE DIRECTION ________________________ 64

TITRE I: L’ORGANISATION DE LA COMMUNICATION _______________________ 67

Chapitre I: La communication par application principale de la contradiction ___________ 71

Chapitre II: La communication par dispense marginale de la contradiction ____________ 110

TITRE II: LA FIXATION DU RYTHME DE L’INSTRUCTION __________________ 155

Chapitre I: La détermination des delais d’accomplissement des actes d’instruction______ 159

Chapitre II : La délimitation de l’instruction dans le temps _________________________ 201

DEUXIEME PARTIE : LES POUVOIRS DE PROBATION ______________________ 243

TITRE I : LA RESTAURATION DE L’EQUILIBRE ENTRE LES PARTIES A TRAVERS


LE REGIME PROBATOIRE _______________________________________________ 249

Chapitre I : La justification du rééquilibrage par la situation d’inégalité des parties ____ 251

Chapitre II : L’opérationnalisation du rééquilibrage par l’inversion de la charge de la preuve


________________________________________________________________________ 296

TITRE II : LA PRESCRIPTION DES MESURES PARTICULIERES D’INSTRUCTION


________________________________________________________________________ 344

Chapitre I : La prescription de l’expertise ______________________________________ 348

Chapitre II : La mobilisation des autres mesures particulières d’instruction ___________ 388

CONCLUSION GENERALE _______________________________________________ 424

Bibliographie _____________________________________________________________ 431

Annexes _________________________________________________________________ 476

Table des matières _________________________________________________________ 641

viii
I NTRODUCTION GENERALE

1
Il est de l’intérêt de la société que les contestations relatives à une question de droit
fassent l’objet d’une solution juridique dégagée par un juge1. Ce dernier est, en principe, la
personne la mieux placée pour comprendre et éclairer la cause des justiciables2.

C’est donc à dessein que le juge en général et le juge administratif en particulier a été
institué. Il s’est alors trouvé revêtu d’une noble mission : exercer une fonction contentieuse
qui consiste à trancher les litiges mettant en cause l’administration ou ceux auxquels elle est
partie3. Or cette tâche n’est possible que s’il dispose d’un cadre juridique procédural prévu à
cet effet : le procès administratif, mieux la procédure administrative contentieuse. Celle-ci a
des vertus4, il suffira pour en prendre pleinement conscience d’en dégager les fonctions :
rendre la justice d’une part et résoudre les litiges d’autre part5.

Cette communauté de fonctions attachées au procès, démontre à suffisance la place


centrale qu’occupe le juge administratif. Tel un capitaine dans un bateau, celui-ci doit assurer
la direction de l’instance pour son arrivée à bon port. Mais pour y parvenir, des pouvoirs lui
ont été attribués.

Le juge administratif a de ce fait reçu des prérogatives à différents stades de l’instance.


C’est alors qu’à l’instruction et au jugement il s’est trouvé respectivement doté des pouvoirs
d’instruction et des pouvoirs de jugement. Les pouvoirs d’instruction reposent sur la fonction
d’établissement de sa conviction, tandis que les pouvoirs de jugement consistent à donner
force obligatoire à sa conviction grâce à l’autorité de la chose jugée6.

Il s’agit là de deux séries de pouvoirs complémentaires difficilement dissociables eu


égard à l’objectif commun auquel ils aboutissent, c’est-à-dire trouver une solution au litige.
Pourtant, il ne sera question dans cette étude que des pouvoirs d’instruction. Deux raisons
suffisent à justifier une telle prise de position.

1
AUBY (J-M) et DRAGO (R), Traité de contentieux administratif, t1, Paris, LGDJ, 3e éd., 1984, p.14.
2
GUIMDO DONGMO (B-R), « Le droit d’accès à la justice administrative au Cameroun : contribution à l’étude
d’un droit fondamental », in Revue de la recherche juridique, Droit prospectif, n°1, 2008. p.454.
3
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence : recherche sur la place de l’urgence dans le
contentieux administratif camerounais, Thèse de doctorat d'Etat en Droit Public, Université de Yaoundé II,
FSJP, 27 mars 2004, p. 2.
4
GUIMDO DONGMO (B-R), « Le droit d’accès à la justice administrative au Cameroun … », op. cit., p.454.
5
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, PUF, 2010, p. 37.
6
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, th. Droit, Paris, LGDJ, 1962, p.
405.

2
D’abord, il est communément admis que la procédure administrative contentieuse est
de type inquisitoriale alors que la procédure civile l’est moins ou de type accusatoire. En effet,
la nature des litiges soumis au juge administratif et le caractère de l’intérêt en cause7
conduisent naturellement à lui accorder de larges pouvoirs dans la conduite de l’instance.
Mais il faut observer que cette différenciation des deux procédures est manifeste à la phase de
l’instruction exclusivement. Le juge administratif joue ici un rôle très actif contrairement à
son homologue civil. La magnificence des pouvoirs dont il dispose à cette fin s’en trouve
écartée chez ce dernier. Ce qui en revanche n’est pas le cas dans la phase de jugement où « le
juge administratif et le juge civil se retrouvent armés des mêmes pouvoirs »8. Sous le
bénéfice de ce constat, il se dégage que seuls les pouvoirs dévolus au juge administratif à
l’instruction, contrairement donc à ses pouvoirs de jugement, constituent la marque de son
originalité, d’où l’attention qui leur est portée.

Ensuite, « la phase d’instruction est le cœur du procès administratif car c’est au


cours de cette période que le juge va pouvoir obtenir les éléments qui lui permettront de
trancher le litige »9. Comme cela est perceptible, l’instruction est une étape majeure du
procès, une phase déterminante dans la solution finale du litige. Il ne faut donc pas s’étonner
outre mesure de constater que les pouvoirs dont dispose le juge administratif à ce stade soient
tout aussi déterminants pour l’issue du procès.

Il importe de laisser pour le retrouver bientôt l’intérêt d’étudier les pouvoirs


d’instruction et de noter que l’étude s’inscrit dans le contexte camerounais où la juridiction
administrative connaît une kyrielle de mutations. Ce qui peut être bien et mal perçu à la fois.

La première hypothèse mène au constat que la juridiction administrative camerounaise


n’est pas une tente dressée pour le sommeil. Elle est appelée à évoluer dans le temps. Ainsi
« à l’image du climat ou de la végétation qui change ou se renouvelle au gré de la saison
quadripartite, les règles juridiques qui organisent la justice administrative sont aussi
appelées à varier selon l’air du temps. Le droit du contentieux n’est donc jamais figé ou
immuable. Il a par conséquent fait l’objet de réformes qui ne procèdent pas du tout de la

7
Ibid., p. 360.
8
Ibid., p. 405.
9
MAILLOT (J-M), Cours : Contentieux administratif, Leçon n° 4 : L'instruction de l'affaire, Université
Numérique Juridique Francophone, [Link] , consulté le 27 mai 2013 à 12h34, p. 2.

3
sinécure »10. Seulement, et c’est la seconde hypothèse, toute réforme, lorsqu’elle n’est pas
globalement maîtrisée et éclairée comme c’est souvent le cas de celles effectuées sur la
juridiction administrative camerounaise, est source d’instabilité fonctionnelle et
organisationnelle, et partant, conduit à l’alourdissement et à la complexification de celle-ci.

Prétendre alors rendre compte des pouvoirs d’instruction du juge administratif dans
cette atmosphère sinueuse n’est pas chose aisée. Pourtant, c’est la tâche que s’attelle cette
étude lorsqu’elle propose de mener une réflexion sur « Les pouvoirs d’instruction du juge
administratif camerounais ».

Entreprendre une étude sur ce thème de recherche dont l’intitulé vient d’être formulé,
commande d’en appréhender au préalable les contours. Il convient, pour ce faire, de situer le
cadre de l’étude (section I) avant d’envisager son objet et sa méthode (section II).

SECTION I - LE CADRE DE L’ETUDE

Il s’agit de calibrer le sujet, de le circonscrire afin de sortir du niveau d’abstraction au


niveau de compréhension11, et « afin d’éviter les débordements vers lesquels il peut
entraîner »12. Ainsi, toute « étude scientifique a vocation à être située. Par cette opération, il
s’agit de préciser l’origine mais aussi le sens des concepts, qui forment l’intitulé du
sujet »13. Car il faut bien s’entendre sur les termes du sujet en dépit de leur apparente clarté.
On rappellera à ce sujet le conseil d’un auteur : « Il faut bien débuter par définir si l’on ne
veut pas finir par buter »14.

La mise en pratique de ce conseil, commande tout de suite de procéder au découpage


du sujet de la manière suivante : à la circonscription du concept de juge administratif
camerounais (paragraphe I), suivra celle de pouvoir d’instruction (paragraphe II).

10
ABA’A OYONO (J-C), « La nouvelle révision du droit de la justice administrative », RASJ n° 1 vol. 8, 2011,
p. 226.
11
BIOY (X), « Notion et concept en droit : interrogation sur l’intérêt d’une distinction », in Les notions
juridiques, Economica, 2009, p. 23.
12
ONDOA (M), Le droit de la responsabilité dans les Etats en développement : contribution à l’étude de
l'originalité des droits africains postcoloniaux, Paris, L'HARMATTAN, 2010, p. 27.
13
GUESSELE ISSEME (L), L’apport de la cour suprême au droit administratif camerounais, th. /PH.D en droit
public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2010, p. 3.
14
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., p. 43.

4
PARAGRAPHE I - LE JUGE ADMINISTRATIF CAMEROUNAIS

La mise au point de ce concept exige de convoquer préalablement tour à tour les


concepts de juge (A) et de juge administratif (B), avant d’examiner le juge administratif
camerounais proprement dit (C).

A- La notion de juge

Etymologiquement, la notion de juge pourrait provenir « du latin judicem, accusatif


de judex, dérivé de jus (« droit », « justice ») et de dicere (dire), de la racine deik
(« montrer »). Toutefois, la forme française juge ne saurait remonter phonétiquement à
judicem. On attendrait juce (jamais attesté). On peut supposer que la forme juce, si tant
qu’elle ait existé (?), ait pu être refaite, à date pré-littéraire sur juger (issu de judicare).
Autre possibilité : juge pourrait remonter à une forme judicum, analogique de medicum
(« médecin »), qui avait donné miège en ancien français »15.

Il convient alors, si l’on prend en compte ce qui précède, de noter que l’on ne peut
avec exactitude, ne serait-ce que sous la forme française, retracer les racines de cette notion.
Malgré ces incertitudes originelles, il reste que c’est une notion qui comporte une importante
charge théorique dont il convient de dépeindre. C’est une notion qui est tributaire à la fois des
considérations philosophiques et idéologiques (1) d’une part, historiques et juridiques (2)
d’autre part.

1- Les approches philosophiques et idéologiques

L’examen de l’approche philosophique (a) précédera celui de l’approche idéologique


(b).

a) L’approche en philosophie du droit

La notion de juge fait l’objet d’abondantes réflexions en philosophie et plus


précisément en philosophie du droit. Il paraît, toutefois, qu’il convient de ne pas trop s’y
étendre, mais de se limiter à certaines de ces réflexions.

Dans la pensée antique, et même médiévale, deux auteurs se sont considérablement


démarqués. Platon, et c’est le premier, considérait que « la justice est la vertu qui est, d’abord
rapport à soi, question d’ordre interne, de for intérieur, qui conditionne, secondairement

15
Wiktionnaire, [Link] , consulté le 9 janvier 2015 à 15h.

5
l’harmonie dans les relations avec autrui. De ce point de vue les procès et donc les juges
sont un trouble qui signale l’échec de la recherche du juste. Si l’on vient voir le juge, on est
déjà éloigné de toute justice. L’âme est le siège de la justice et non pas le procès ou le
juge »16. Le juge, lorsqu’il n’est pas contesté, en est donc réduit à un rôle second dans la
recherche de la justice, la dimension personnelle de la recherche du juste étant privilégiée.
A sa suite et contrairement à lui, ARISTOTE, dans l’Ethique à Nicomaque, fait du
procès et du juge un élément pertinent dans la définition de la justice et c’est avec lui que la
figure du juge s’installe dans la réflexion de la justice. Le juge apparaît ainsi comme un
instrument de la justice corrective ; « il est pour ainsi dire la justice incarnée ». Dans la
personne du juge, on cherche un tiers impartial et quelques uns appellent les juges des arbitres
ou des médiateurs voulant signifier par-là que, quand on aura trouvé l’homme du juste milieu,
on parviendra à obtenir juste17.

Dans la pensée moderne et contemporaine, les travaux de John RAWLS et Paul


RICŒUR sont ceux qui ont le plus rencontré d’écho. Pour RAWLS, la première vertu des
institutions est la justice. Aux termes de la Théorie de la justice, quatre principes sont dégagés
pour que le système légal soit véritablement juste, c’est-à-dire que le rapport entre le droit et
la liberté soit équilibré. Le premier est le principe de possibilité qui commande d’édicter des
règles qui peuvent être respectées. Le second est le principe d’égalité qui commande de
traiter également les cas semblables. Le troisième est le principe de légalité qui exige que les
lois soient connues et édictées. Le dernier est le principe d’impartialité du procès et donc du
juge dont les procédures doivent assurer l’équité et la transparence du règlement judiciaire des
litiges18. Il ne fait de doute que suivant ce dernier principe, le juge est défini comme une
figure impartiale et neutre et dont l’action doit concourir à garantir l’équité dans la résolution
des litiges.

Paul RICŒUR19 pour sa part, relève que les théorèmes de la théorie du juste sont le
« bon », le « légal » et l’ « équitable ». Si à travers le bon, « le sens de la justice est
organiquement lié au souhait d’une vie bonne » et qu’à travers l’équitable, présenté comme
« l’intime conviction », « le juste n’est plus ni le bon, ni le légal », il note à travers le légal,
que le souhait d’une vie bonne doit être borné par l’impératif et le désir par l’interdiction ; le

16
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., p. 53.
17
Loc. cit.
18
“RAWLS, John” Microsoft ® Encarta ® 2009 [DVD]. Microsoft Corporation, 2008.
19
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., pp. 61-66.

6
prédicat obligatoire identifie alors le juste au légal. C’est ici que la règle de justice s’incarne
dans la figure du juge. Pour lui, l’acte de juger permet grâce au procès le passage d’une
« finalité courte », trancher un conflit, mettre fin à une incertitude, à une « finalité longue »,
contribuer à la paix sociale. Plus précis encore, RICŒUR considère que « c’est dans la
figure du juge que la justice se fait reconnaître comme première vertu des institutions
sociales ».

Si dans l’ensemble, le juge apparaît dans la philosophie en général et dans la


philosophie du droit en particulier comme le garant de ce qui est juste et vertueux pour
l’humain et la société, il reste qu’il n’est pas toujours unanimement perçu. Cela reste
davantage perceptible sur le plan idéologique.

b) L’approche idéologique

Elle oppose le libéralisme au marxisme dans la conception du juste, de la justice et du


juge. C’est une conception ambivalente du juge et de la justice que tente de résumer
Dominique TURPIN lorsqu’il affirme qu’au sens marxiste ou léniniste : « le juge représente
une certaine spécificité de la société civile : au même titre que le politique ou le prêtre, il est
le reflet d’une situation donnée des rapports de production, un instrument d’oppression au
service de la classe dominante, même si le cérémonial théâtral vise à masquer sous les
nobles formules la réalité de cette sèche domination : à Etat bourgeois, justice bourgeoise
et à révolution prolétarienne, justice populaire, l’indépendance du juge ne pouvant être,
dans ces conditions, qu’un mythe s’inscrivant dans le prolongement de celui, plus général
de la séparation des pouvoirs »20.

En revanche, au sens libéral, poursuit-il, « c’est précisément dans le cadre de cette


séparation que prend place le juge c’est bien parce que le peuple ne peut pas, ne veut pas et
sans doute ne doit pas se faire justice lui-même, absorbé qu’il est par ses affaires privées et
rebuté par la complexité de la législation, qu’il convient de faire appel à des spécialistes
professionnels »21.

Une synthèse de cette pensée permet de réaliser que le juge dans la vision marxiste est
instrumentalisé et son indépendance relèverait en conséquence d’une utopie. A contrario, dans

20
TURPIN (D), « Le juge est-il représentatif ? Réponse : oui », [Link] consulté le 8 janvier 2015
à 19h53, p. 381.
21
Loc. cit.

7
la vision libérale le juge serait incarné par des spécialistes professionnels dont l’indépendance
ne souffrirait que d’une contestation faible.

Au demeurant, les approches philosophiques et idéologiques du juge sont dominées


par des considérations très subjectives, c’est pourquoi des conceptions plus objectives et
positives à l’instar des approches historique, positive et juridique s’avèrent nécessaires.

2- Les approches historico-positive et juridique

Il convient en premier lieu d’analyser l’approche historique et positive (a) et en second


lieu l’approche juridique (b).

a) L’approche historico-positive

Cette approche permet de retracer de manière évolutive l’institution du juge et de son


pouvoir. Monsieur Renaud COLSON, tout en mettant à contribution les travaux de plusieurs
auteurs, s’y est attelé dans sa thèse publiée intitulée : « La fonction de juger. Etude
historique et positive »22. Pour ce dernier, l’institution du juge s’est traduite en deux
conceptions successives, l’une ancrée dans la « tradition » et l’autre dans la « raison faite loi
positive ».

Dans la première conception, COLSON relève que « le discours juridique a


longtemps conservé au monarque le statut de source exclusive de la justice séculière rendue
dans son royaume »23. Ce faisant, la fonction de juger a été associée à la souveraineté. En
effet, elle avait été identifiée à cette dernière plus qu’elle en était l’attribut24. La justice royale
était alors fondée sur la souveraineté.

Le caractère souverain de cette justice était légitimé par l’emprise du divin sur les
sociétés médiévales. Monarchie et divinité étaient étroitement liées, lorsqu’elles ne se
confondaient pas tout simplement. Ce lien était traduit non seulement par le « pouvoir royal
de rendre la justice divine », mais aussi par le « pouvoir divin de rendre la justice royale »,
soutient l’auteur. De fait, d’une part le pouvoir du prince a pour corollaire un devoir de justice

22
COLSON (R), La fonction de juger : étude historique et positive, thèse, Nantes, 2003, version du 25 mars
2009, [Link], consulté le 20 juin 2015 à 22h06.
23
Ibid., p. 9.
24
OURLIAC (P), « La puissance de juger : le poids de l’histoire », in La fonction de juger, Droits, RFTJ, 1989,
n° 9, p. 27.

8
Il peut être ajouté à ces considérations de l’office du juge, la vision classique. Pour la
doctrine, classiquement, l’office du juge se confond avec l’acte juridictionnel qui « traduit la
fonction judiciaire dans son essence »40 et le distingue de tout autre acte public, notamment
administratif. L’acte juridictionnel peut être défini soit de manière formelle par la méthode
propre suivie par l’acte de juger, soit de manière substantielle par sa fonction.

D’un point de vue formel, l’office repose sur trois critères : l’organe, la procédure et
l’indépendance du juge. Est juridictionnel l’acte émanant d’un juge étatique statuant au terme
d’une procédure contradictoire41. Ainsi, pour Raymond CARRE DE MALBERG, le critère
n’est pas à chercher « dans le contenu matériel de l’acte mais [dans] sa forme. Le signe
distinctif auquel se reconnaît l’acte juridictionnel, c’est d’une part, son origine, en tant
qu’il est l’œuvre d’une autorité organisée spécialement pour l’exercice de la juridiction, et
d’autre part, sa procédure, en tant qu’il a été accompli selon les règles propres à la fonction
qui consiste à juger. (…) La notion de juridiction a, en droit, un fondement purement
formel et pas matériel »42.

Les critères substantiels de l’office du juge sont essentiellement au nombre de deux :


la « disputatio » et la « jurisdictio »43. Selon le premier critère la fonction de juger a pour trait
distinctif essentiel la mission de trancher un litige, c’est-à-dire de décider entre des
prétentions contraires juridiquement argumentées. Ainsi, de l’affirmation de Pierre
DELVOLVE, l’acte juridictionnel a pour « mission de trancher les litiges, en se fondant sur
des considérations juridiques, avec force de vérité légale »44.

Le second critère substantiel insiste sur le monopole de dire le droit. « La fonction


juridictionnelle », pour Stéphane RIALS, « se borne au dire (jurisdictio) obligatoire
(imperium) du droit »45. Certains auteurs estiment que la jurisdictio est compartimentée en
deux opérations : une constatation initiale d’un droit subjectif ou d’une violation de la loi,

40
CADIET (L), JEULAND (E), Droit judiciaire privé, Paris, LGDJ, 6e éd., 2009, n° 75 et s.
41
« La prudence et l’autorité l’office du juge au XXI e siècle », Rapport de la mission de réflexion confiée par
Madame Christiane TAUBIRA, garde des Sceaux, à l’Institut des hautes études sur la justice, sur l’évolution de
l’office du juge et son périmètre d’intervention, disponible sur [Link], consulté le 27/01/2015 à 10h, p.15.
42
CARRE DE MALBERG (R), Contribution à une théorie générale de l’État, n° 266, Paris, CNRS Éditions,
1985.
43
« La prudence et l’autorité l’office du juge au XXI e siècle », [Link]., p. 15.
44
DELVOLVE (P), « Le juge et la vérité, aspects de droit public », Annales de la faculté de droit de Toulouse, t.
XXVI, 1978, pp. 339-367.
45
RIALS, (S), « L’office du juge », in La fonction de juger, Droits, RFTJ, Paris, PUF, 1989, n° 9, p. 6.

12
Il peut être ajouté à ces considérations de l’office du juge, la vision classique. Pour la
doctrine, classiquement, l’office du juge se confond avec l’acte juridictionnel qui « traduit la
fonction judiciaire dans son essence »40 et le distingue de tout autre acte public, notamment
administratif. L’acte juridictionnel peut être défini soit de manière formelle par la méthode
propre suivie par l’acte de juger, soit de manière substantielle par sa fonction.

D’un point de vue formel, l’office repose sur trois critères : l’organe, la procédure et
l’indépendance du juge. Est juridictionnel l’acte émanant d’un juge étatique statuant au terme
d’une procédure contradictoire41. Ainsi, pour Raymond CARRE DE MALBERG, le critère
n’est pas à chercher « dans le contenu matériel de l’acte mais [dans] sa forme. Le signe
distinctif auquel se reconnaît l’acte juridictionnel, c’est d’une part, son origine, en tant
qu’il est l’œuvre d’une autorité organisée spécialement pour l’exercice de la juridiction, et
d’autre part, sa procédure, en tant qu’il a été accompli selon les règles propres à la fonction
qui consiste à juger. (…) La notion de juridiction a, en droit, un fondement purement
formel et pas matériel »42.

Les critères substantiels de l’office du juge sont essentiellement au nombre de deux :


la « disputatio » et la « jurisdictio »43. Selon le premier critère la fonction de juger a pour trait
distinctif essentiel la mission de trancher un litige, c’est-à-dire de décider entre des
prétentions contraires juridiquement argumentées. Ainsi, de l’affirmation de Pierre
DELVOLVE, l’acte juridictionnel a pour « mission de trancher les litiges, en se fondant sur
des considérations juridiques, avec force de vérité légale »44.

Le second critère substantiel insiste sur le monopole de dire le droit. « La fonction


juridictionnelle », pour Stéphane RIALS, « se borne au dire (jurisdictio) obligatoire
(imperium) du droit »45. Certains auteurs estiment que la jurisdictio est compartimentée en
deux opérations : une constatation initiale d’un droit subjectif ou d’une violation de la loi,

40
CADIET (L), JEULAND (E), Droit judiciaire privé, Paris, LGDJ, 6e éd., 2009, n° 75 et s.
41
« La prudence et l’autorité l’office du juge au XXI e siècle », Rapport de la mission de réflexion confiée par
Madame Christiane TAUBIRA, garde des Sceaux, à l’Institut des hautes études sur la justice, sur l’évolution de
l’office du juge et son périmètre d’intervention, disponible sur [Link], consulté le 27/01/2015 à 10h, p.15.
42
CARRE DE MALBERG (R), Contribution à une théorie générale de l’État, n° 266, Paris, CNRS Éditions,
1985.
43
« La prudence et l’autorité l’office du juge au XXI e siècle », [Link]., p. 15.
44
DELVOLVE (P), « Le juge et la vérité, aspects de droit public », Annales de la faculté de droit de Toulouse, t.
XXVI, 1978, pp. 339-367.
45
RIALS, (S), « L’office du juge », in La fonction de juger, Droits, RFTJ, Paris, PUF, 1989, n° 9, p. 6.

12
d’où découle logiquement la sentence judiciaire. Pour Léon DUGUIT, par exemple, ces deux
éléments « sont indivisibles, et leur union forme le propre de la fonction juridictionnelle »46.
Le travail du juge commence par un acte de qualification d’un fait d’où il déduirait les
conséquences qui s’imposent. Toutefois, ces deux opérations sont passives : car si la loi
s’impose au juge, les faits le contraignent également ; tout juste garde-t-il une certaine latitude
pour trouver et qualifier les faits47.

Déterminer la notion de juge aura, au bout du compte, nécessité de faire une incursion
en philosophie, sur l’idéologie, en histoire et, naturellement, en droit pour tenter d’en dégager
toute la diversité la caractérisant et permettant de mieux la cerner. C’est en quelque sorte le
passage obligé pour comprendre la notion plus spécifique de juge administratif.

B- La notion de juge administratif

Le juge administratif est le produit d’une dérogation du droit commun. C’est un juge à
part entière et surtout entièrement à part à cause de ses origines (1). Cela influe naturellement
sur sa définition, mieux son décryptage (2).

1- L’apparition originelle du juge administratif

Il importe avant toute chose de noter que la notion de juge administratif est
essentiellement d’origine française. Il serait ici, à en croire Edouard LAFERRIERE, né de
la peur de voir en le juge judiciaire le « véritable maître de l’Etat »48. En effet, comme le
souligne le Professeur émérite Jacqueline MORAND-DEVILLER, le juge administratif
« est la conséquence d’une lente évolution historique, et d’une méfiance à l’égard (…) des
juges de droit commun représentés au plus haut niveau par les Parlements »49.

La peur du juge de droit commun tient au fait que sous l’Ancien Régime 50 ce dernier
détenait un droit de remontrance en vertu duquel il se montrait volontiers frondeur à l’égard

46
DUGUIT (L), « L’acte administratif et l’acte juridictionnel », RDP, 1906, pp. 413-471.
47
« La prudence et l’autorité l’office du juge au XXIe siècle », [Link], p. 16.
48
LAFERRIERE (E), Traité de la juridiction administrative et des recours contentieux, t1, Nancy imprimerie
Berger-Levrault et Cie, 2e éd., 1896, p. 13.
49
MORAND-DEVILLER (J), Cours : Droit administratif, Paris, Montchrestien, 11e éd., 2009, p.17.
50
Désignation méprisante attribuée à la monarchie française par les révolutionnaires de 1789. A la suite de
TOCQUEVILLE (L’Ancien régime et la Révolution, 1856), l'expression est reprise au XIXe siècle par les
historiens pour désigner la période qui correspond, globalement, aux règnes d’Henri IV (1589-1610), Louis XIII
(1610-1643), Louis XIV (1643-1715), Louis XV (1715-1774) et Louis XVI jusqu’en juin 1789, soit près de deux

13
de l’absolutisme de l’autorité royale. Du refus d’enregistrer les ordonnances royales, aux
vigoureuses remontrances, en passant par un conservatisme et une hostilité à toute idée
nouvelle, pouvaient se dessiner autant de moyens de résistance et de dissidence à l’actif du
juge judiciaire. Le but étant de bloquer systématiquement l’action du monarque. Toute chose
qui va pousser ce dernier à signer l’Edit de Saint-Germain en date du 21 février 1641 en vue
de limiter strictement les attributions du Parlement au droit de remontrance en leur interdisant
de connaître des affaires « qui peuvent concerner l’Etat, administration ou gouvernement ».

Cette interdiction instinctive au départ sous l’Ancien Régime, devient raisonnée après
la révolution, car admise comme une application normale du principe de la séparation des
pouvoirs51. Consacrée par deux textes fondamentaux52 et rattachée au principe constitutionnel
de la séparation des pouvoirs, elle aboutit elle-même à un autre principe, celui de la séparation
des autorités administratives et judiciaires. Et c’est grâce à ce dernier qu’est né le dualisme
juridictionnel comprenant deux ordres de juridiction séparés, l’un de droit commun et l’autre
spécialisé et auquel s’identifie la juridiction administrative.

Il n’y avait pas, à vrai dire, nécessité absolue de créer une juridiction spécialisée
détachée de l’ordre judiciaire, l’existence d’une juridiction administrative et par ricochet d’un
juge administratif ne s’imposant pas. De nombreux pays s’en accommodent d’ailleurs fort
bien de n’en point avoir53. Des critiques ont souvent été avancées à l’égard du dualisme. Les
plus virulentes furent formulées par le juriste anglais DICEY54. Néanmoins, des raisons
profondes peuvent justifier l’existence de deux ordres de juridictions. Ces raisons mises en

siècles qui peuvent être étudiés comme une entité à laquelle s’opposent radicalement les révolutionnaires de
1789, in « Ancien Régime » Microsoft® Encarta® 2009 [DVD]. Microsoft Corporation, 2008.
51
LAFERRIERE (E), Traité de la juridiction administrative et des recours contentieux, op. cit., p. 12.
52
Il s’agit de la Loi des 16-24 août 1790, Titre II, article 13 et du Décret du 16 fructidor an III, article unique.
Ceux-ci stipulaient pour la première que : « Les fonctions judiciaires sont distinctes et demeureront toujours
séparées des fonctions administratives. Les juges ne pourront, à peine de forfaiture, troubler de quelque
manière que ce soit les opérations des corps administratifs ni citer devant eux les administrateurs pour raison
de leurs fonctions », et pour le second que « Défenses itératives sont faites aux tribunaux de connaître des
actes d'administration, de quelqu'espèce qu'ils soient, aux peines de droit ».
53
ODENT (R), Contentieux administratif, t1, fascicules 1 à 3, Paris, Dalloz, 2007, p. 38.
54
En effet, Dans son ouvrage intitulé Introduction au Droit constitutionnel (1885, traduit en français en 1902), le
juriste anglais DICEY se livre à de sévères critiques à l’égard du Dualisme, vilipendant ces « soi-disant
tribunaux », corps de fonctionnaires ayant un point de vue gouvernemental pour statuer sur des affaires, dans un
esprit bien différent de celui qui anime le juge judiciaire, rapporté par MORAND-DEVILLER (J), Cours : Droit
administratif, op. cit., p. 17.

14
avant par le président ODENT sont de deux ordres et s’articulent de la manière suivante :
d’abord, les techniques juridiques sont devenues si savantes qu’il est difficile pour un même
magistrat d’avoir une connaissance suffisamment approfondie des deux catégories de droit.
Ensuite, les développements d’un droit spécialisé ne sont concevables qu’autant que ce droit
est appliqué par une juridiction également spécialisée55.

Les origines retracées et la justification de son existence établie, le juge administratif


peut alors aisément être défini.

2- Le décryptage du juge administratif

Le juge administratif est ici envisagé en tant que juridiction. Se rangent donc sous
cette étiquette, l’ensemble de juridictions de l’ordre juridictionnel administratif56. Conçu
comme tel, le juge administratif pourrait, selon le Professeur Maryse DEGUERGUE, alors
être défini à l’aide des critères de la juridiction que sont : les critères organique, formel et
matériel.

Elle affirme en ce sens que « le critère organique insiste sur l’indépendance


fonctionnelle de l’organe affecté spécialement à l’examen des questions juridictionnelles ;
le critère formel valorise l’existence des formes procédurales distinctes de celles de
l’administration, notamment la procédure du contradictoire ; enfin le critère matériel se
réfère à la nature des actes émis par l’organe, actes qui sont précisément juridictionnels,
parce qu’ils disent le droit et sont revêtus de l’autorité de la chose jugée qui a force de
vérité légale. Ce dernier élément différencie l’acte juridictionnel par rapport à l’acte
administratif, caractérisé par l’autorité de la chose décidée »57. Aucun de ces critères ne
l’emporterait sur les autres comme cet éminent Professeur semble l’affirmer58.

Mais le dire, c’est ou bien ignorer, ou bien s’opposer d’une part, à la position d’une
certaine doctrine, à l’instar de celle avancée par le Professeur Stéphane RIALS, qui valide
l’idée d’une primauté du critère organique et formel et d’autre part, à la position de la
jurisprudence administrative française qui elle, admet la prééminence du critère matériel et
dont l’analyse est énoncée par le Professeur René CHAPUS.

55
ODENT (R), Contentieux administratif, op. cit., p. 36.
56
GAUDEMET (Y), Les méthodes du juge administratif, Paris, LGDJ, 1972, p. 10.
57
DEGUERGUE (M), Procédure administrative contentieuse, Paris, Montchrestien, 2003, p. 129.
58
Loc. cit.

15
En effet, le Professeur Stéphane RIALS59 fait observer que si pendant longtemps la
fonction juridictionnelle administrative n’a fait l’objet que d’une définition matérielle, c’est-à-
dire trancher des litiges, des difficultés contentieuses au regard du droit, ce qui à ses yeux
n’allait pas même sans inconvénients60 ; cette définition purement matérielle du juge
administratif sera évincée par les très célèbres jurisprudences BLANCO et CADOT61.

L’enseignement qu’il tire de l’arrêt CADOT précisément est qu’ « il démontre que la
position définissant la fonction juridictionnelle de façon purement matérielle était
intenable, car elle ne correspondrait pas à l’esprit profond de celle-ci (…) le juge n’est plus
seulement celui qui tranche les litiges en disant le droit qui lui est applicable, il doit être un
tiers par rapport au litige »62.

A l’analyse, la fonction juridictionnelle administrative consiste, dans sa dimension


matérielle, en une fonction contentieuse et, dans sa dimension organique et formelle, en
l’administration par un tiers selon certaines procédures. La dimension organique et formelle
apparaissant à l’évidence, d’après le Professeur RIALS, comme plus déterminante que celle
des autres fonctions. Car, c’est elle seule qui distingue le contentieux juridictionnel du
contentieux non juridictionnel63. Cette idée trouve un soutien de taille en la personne du
Professeur Jacques CHEVALLIER qui écrit à cet égard : « ce qui fait le caractère propre
d’un acte juridictionnel, ce n’est pas la mission qu’il remplit, mais ses règles spéciales
d’organisation et de procédure »64.

59
RIALS (S), « L’office du juge », in La fonction de juger, Droits, RFTJ, n° 9, Paris, PUF, 1989, op. cit., p. 8.
60
Cet état de chose a, selon lui, favorisé la doctrine de l’administrateur-juge. En effet, l’administrateur se
transformait-il en juge, en dehors de toute condition organique ou même formelle, dès l’instant où il statuait sur
les litiges engendrés par sa propre action. Cela avait pour effet d’étendre extraordinairement les compétences
réputées extraordinaires de l’administration.
61
Avec à l’actif de la première (TC, 8 févr. 1873), l’affirmation de l’autonomie du droit administratif en tant
qu’il est corps de règles spéciales dérogeant au droit commun et de celle de du principe de la liaison de la
compétence et du fond dont la teneur est le rapprochement entre l’application des règles autonomes exorbitantes
du droit commun et la compétence de la jurisprudence administrative ; et à l'actif de la seconde (CE, 13 déc.
1889), l’érection du Conseil d'Etat en tant que juge de droit commun en premier et dernier ressort du contentieux
administratif.
62
RIALS (S), « L’office du juge », op. cit., p. 8.
63
Loc. cit.
64
CHEVALLIER (J), « Fonction contentieuse et fonction juridictionnelle », in Mél. Michel
STASSINOPOULOS, Paris, L.G.D.J., 1974, pp. 275-290. Spéc, p. 288. Sur cette même ligne v.
également CARRE DE MALBERG (R), Contribution à une théorie générale de l’Etat, op. cit.,

16
L’interprétation de la jurisprudence administrative est toute autre si l’on en croit le
Professeur René CHAPUS. L’éminent auteur relève que : le fait pour le Conseil d’Etat65
d’affirmer que le caractère non juridictionnel d’un organisme tient non pas aux formes dans
lesquelles il procède mais à la nature de la matière dans laquelle il décide, celui-ci a par là
même et nécessairement exprimé la réponse qu’il donne à la question de savoir « qu’est-ce
qu’une juridiction ? »66. C’est une position qui se heurte aux vues les plus communes qui
considèrent que la juridiction est conçue comme étant essentiellement, ou bien l’organisme
chargée d’une certaine mission (régler un contentieux), ou bien l’organisme procédant selon
certaines formes (destinées à garantir l’examen complet et impartial des questions à
trancher)67.

Le concept de juge administratif est donc, comme on peut l’apercevoir, le produit


d’une abondante littérature juridique. Il ne fait alors de doute que la notion de juge
administratif telle qu’elle vient d’être analysée, inspire largement celle de juge administratif
camerounais. Cependant, cette dernière présente des particularités propres liées à l’histoire du
Cameroun et à une pratique juridique plus en conformité avec son milieu naturel. La nécessité
s’impose donc de la disséquer en l’analysant dans le détail avec le plus grand soin.

C- La détermination du juge administratif camerounais

Le juge administratif camerounais est le produit d’une longue et lente évolution. C’est
pourquoi l’on doit se préoccuper de comprendre le juge administratif camerounais
d’aujourd’hui (2) à partir du juge administratif camerounais d’hier (1).

1- L’historique

La situation historique du juge administratif camerounais est consubstantiellement liée


à l’évolution politique du Cameroun. Cette évolution correspond à plusieurs étapes reflétant
chacune une période de changement du statut politique du pays.

La première période, que l’on pourrait qualifier de coloniale parce que correspondant à
la domination franco-britannique, court de 1920 à 1959. Suite en effet à la défaite de
l’Allemagne en 1918, le Cameroun va sous forme de mandat, à la faveur d’une résolution du

65
CE, 12 déc. 1953, BAYO.
66
CHAPUS (R), « Qu’est-ce qu’une juridiction ? La réponse de la jurisprudence administrative », in Mél.
EISENMANN, Paris, CUJAS, P. 265.
67
Loc. cit.

17
Conseil de la Société des nations (SDN) en date du 20 juillet 1922, être confié aux français et
aux britanniques.

Dans la partie confiée aux britanniques, en l’occurrence le Cameroun Occidental,


l’institution d’un juge administratif reste absente. Car conformément au principe en vigueur
chez elle, la Grande Bretagne va soumettre l’administration au contrôle des juges de droit
commun, et ce jusqu’en 196568. En revanche au Cameroun Oriental, partie confiée à la
France, la situation se présente autrement. Ce fut à la faveur du décret du 14 avril 1920
portant création d’un Conseil d’administration dans le Territoire (CAT), ayant en son sein un
Conseil du Contentieux administratif (CCA), que la toute première institution faisant office de
juridiction administrative sera introduite. Le processus de création de cette juridiction
primitive sera parachevé par d’autres textes69.

L’institution du CCA ne suffit pas cependant à conclure à l’existence pleine d’une


juridiction administrative et donc d’un juge administratif. Il apparaît en effet mal aisé de
parler de juridiction lorsque la prétendue juridiction n’est pas organiquement séparée de
l’administration comme ce fut le cas de cette juridiction primitive. En effet, si le CCA et le
CAT étaient séparés sur le plan fonctionnel, il y prévalait une dépendance organique70.
« Ainsi pouvait-on se permettre d’alléguer qu’une telle construction institutionnelle prêtait
le flanc à la critique à savoir que l’administration active, se confondait avec la juridiction
administrative, jouait immanquablement le rôle de juge et partie à l’occasion des procès
administratifs »71.

68
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », vol I, RCD, n° 7, Janvier-juin 1975, p. 16.
69
D’abord un arrêté du 16 décembre 1921 viendra par la suite préciser les règles de procédure. Ensuite, le décret
du 13 avril 1927, modifié par deux textes de même nature, l’un en date du 3 novembre 1928 et l’autre plus
important n°52/815 du 8 juillet 1952 (Journal officiel de la République française du 12 juillet 1952) viendra
réformer la juridiction administrative au double plan de la recherche d’une autonomie organique et la séparation
des compétences diffuses entre son action contentieuse, celles de la juridiction judiciaire et même de
l’administration active ( in ABA’A OYONO (J-C), « La nouvelle révision du droit de la justice administrative »,
op. cit., p. 227).
70
Il faut en effet souligner que le CAA était constitué par le CAT, organisme dont la mission était de conseiller
le Commissaire de la République et composé des principaux chefs de service de l'administration du territoire et
de deux représentants des notables locaux, auxquels devaient être associés deux magistrats ou deux
fonctionnaires annuellement désignés par le Commissaire de la République.
71
ABA’A OYONO (J-C), La compétence de la juridiction administrative en droit camerounais, th. en droit
public interne (N-R), Université de Nantes, FSJP, 1994, p. 17.

18
En dépit des réformes apportées par le décret du 13 avril 1927, modifié par celui du 3
novembre 192872 à l’effet de séparer organiquement le Conseil d’administration du territoire
et le Conseil du contentieux administratif, ce dernier « restait ancré dans
l’administration »73. En effet, ces textes placent le Conseil du contentieux administratif sous
la présidence d’un Commissaire de la République président (fonctionnaire comptant au moins
cinq ans de service) ou de son délégué assisté d’un administrateur en chef des colonies, du
chef de service des travaux publics et de deux magistrats.

Le mérite de ces décrets n’aurait été que d’avoir détaché, sur le plan organique, le
CCA du CAT, mais pas d’accorder une indépendance organique au CCA à l’égard de
l’administration. C’est la raison pour laquelle un autre décret du 8 juillet 195274 va opérer un
changement significatif en confiant désormais la présidence du CCA à un magistrat du siège
de la Cour d’appel. Pour autant, les tares du passé ne vont pas totalement disparaître, car on
continue à noter la présence d’administrateurs assistant le président et surtout officiant comme
commissaire du gouvernement75.

Au demeurant, du CCA on note deux imperfections liées à sa composition, relève le


Professeur Henri JACQUOT : « elle ne respectait pas le principe de la séparation des
juridictions administratives et des juridictions de l’ordre judiciaire », ensuite « elle ne
respectait pas pleinement le principe de la séparation de l’administration active et de la
juridiction administrative »76. La qualité de juridiction administrative du CCA ne reposait
donc davantage que sur la fonction contentieuse Ŕ dimension matérielle77Ŕ et dans une

72
Modifiant la composition du Conseil du contentieux administratif.
73
KAMDEM (J-C), Contentieux administratif, Cours polycopié de 3e année de licence, t1, Université de
Yaoundé, FDSE, 1985-1986, p. 20.
74
Décret n°52-815 du 8 juillet 1952 portant modification du décret du 13 avril 1927 réorganisant le Conseil
d’administration et le Conseil du contentieux administratif dans le territoire du Cameroun sous tutelle française
(Journal officiel de la République française du 12 juillet 1952)
75
Article 11(a) du décret n°52-815 du 8 juillet 1952 précité.
76
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », op. cit., p. 17.
77
Le CCA avait une double compétence matérielle, il était d’abord juge administratif de droit commun du
contentieux local à l’exception des recours pour excès de pouvoir portés directement devant le CE. A ce titre, il
connaissait du contentieux administratif en général notamment du contentieux des services public de l’Etat ; du
contentieux des services publics locaux du territoire du Cameroun ; du Contentieux domanial ; du contentieux
des traitements et des pensions des fonctionnaires locaux ; du contentieux électoral local ; et du contentieux de
contravention de voirie. Il était ensuite juge d’attribution, il connaissait ainsi du contentieux des marchés
publics ; du contentieux des dommages de travaux publics ; du contentieux des concessions de terre, de

19
certaine mesure sur son statut procédural Ŕ dimension formelle78. En revanche, elle ne
reposait nullement sur la qualité de ses membres Ŕ dimension organique. Car, du fait de leur
provenance à l’administration active ou à l’ordre judiciaire, les personnes qui en avaient la
charge n’étaient pas spécialement organisées pour l’exercice de la juridiction administrative.
Leur origine rassurait très peu quant à leur indépendance et quant à leur maîtrise réelle des
litiges administratifs. Cet état de chose était de nature à susciter des suspicions sur son
efficacité. Ce qui en théorie ne présentait guère de garantie pour les droits des justiciables.

Néanmoins, il n’en demeure pas moins vrai que, même privé de son indépendance
organique, le CCA va fonctionner comme une véritable juridiction administrative. Il suffit
pour s’en convaincre de noter qu’il a émis une véritable jurisprudence fondatrice du droit
administratif camerounais dans plusieurs domaines79. Mais l’accession du Cameroun à
l’autonomie interne va se traduire sur le plan juridictionnel par sa disparition et son
remplacement par le Tribunal d’Etat et plus tard par la Cour Suprême du Cameroun oriental.

L’évolution du statut politique du Cameroun du fait de son accession à l’autonomie


interne puis à l’indépendance81 marque le passage au deuxième temps fort historique de la
80

juridiction administrative. C’est en effet par un décret en date du 4 juin 195982 complété par
un arrêté du 9 juin 195983 que sera institué le Tribunal d’Etat (TE). Ce dernier se présentait
comme un sérieux compromis entre le changement et la continuité84.

La continuité s’est manifestée sur le plan organique d’abord par le rattachement du TE


à l’administration active et la non-réception à cette époque du principe progressivement établi

l’application du statut des fonctionnaires locaux et des litiges relatifs à la comptabilité et aux contributions (Cf.
OWONA (J), Le Contentieux administratif de la République du Cameroun, Paris, L'Harmattan, 2010, pp. 20-21).
78
La procédure ici présente des aspects communs aux juridictions administratives françaises (écrite, inquisitoire,
contradictoire avec possibilité de voie de recours) mais avec quelques particularités. Ces particularités tiennent
au fait que la requête était adressée au chef du territoire aux fins d’inscription au secrétariat du Conseil, la règle
de la décision préalable ne s’imposait pas, le délai pour attaquer une décision était de trois et non de deux mois
comme en France, le chef d’une administration attaquée ne pouvait être désignée comme rapporteur (in
OWONA (J), Le Contentieux administratif de la République du Cameroun , op. cit., p. 21).
79
Ibid., pp. 21-22.
80
Accession intervenue le 10 mai 1957.
81
Le 1er janvier 1960.
82
Décret n°59/83 du 4 juin 1959 portant réforme du contentieux administratif et organisation du Tribunal d’Etat.
83
Arrêté n°1784 du 9 juin 1959 relatif au fonctionnement du Tribunal d’Etat.
84
OWONA (J), Le Contentieux administratif de la République du Cameroun, op. cit., p. 23.

20
de la séparation de l’administration avec la juridiction administrative85 ; ensuite par la
présence continue des magistrats de l’ordre judiciaire en son sein. En revanche, le changement
est intervenu sur le plan de la compétence matérielle. En premier lieu, le Cameroun ayant
accédé à l’autonomie complète, la distinction entre contentieux local et contentieux de l’Etat
français devient obsolète ; tout n’est désormais que contentieux local86. Ensuite, à l’égard de
ce contentieux local, le juge administratif perd sa qualité de juge de droit commun de
l’administration, il devient juge d’attribution87. Enfin ses compétences, bien qu’énumérées,
sont désormais relativement étendues et à ce titre encadrées par les articles 1er, 2 et 3 du décret
de 195988.

Sur le plan de la procédure, l’on note à la fois du changement et de la continuité.


Ainsi, les grandes règles en vigueur devant le CCA étaient globalement reconduites par le TE,
toutefois l’on ne pouvait manquer de constater un changement concernant l’appel. Il s’est
traduit par sa disparition pure et simple. Le nouveau statut de pays autonome et indépendant
commandait en effet de substituer une juridiction locale, en l’occurrence le TE, au Conseil
d’Etat qui officiait comme juridiction d’appel. Cette situation nouvelle présentait un
inconvénient majeur, celui d’ignorer le double degré de juridiction, le TE devant désormais
officier à la fois comme juge de premier et dernier ressort.
85
Loc. cit.
86
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., p.17.
87
En effet, au sens du décret de 1959, tout le contentieux administratif n’est plus attribué au juge administratif,
car il énumère les matières qui relèvent de sa compétence. L’énumération étant par nature limitative, les matières
non énumérées sont exclues de la compétence du juge administratif faisant ainsi de lui un juge d'attribution. Il
n’est alors compétent que pour connaître les litiges qui lui sont expressément attribués par ledit décret.
88
En ce sens, l’article 1er dispose que: « Le contentieux administratif comprend: 1) les recours en annulation
pour excès contre les actes de diverses autorités administratives ; 2) les litiges relatifs aux contrats et quasi-
contrats administratifs ainsi qu’aux concessions de services publics ; 3) les litiges intéressant à un titre
quelconque le domaine public. Toutefois l’action en réparation des dommages causés au domaine public peut
être poursuivie en même temps et devant le même juge que l’action publique ; 4) les litiges d’ordre individuel
concernant les droits des fonctionnaires de l’Etat, des collectivités locales et les établissements publics
notamment les litiges relatifs à leur nomination, leur avancement, leur discipline, leurs émoluments et leurs
pensions ; 5) les actions mettant en cause la responsabilité des personnes morales de droit public énumérées à
l’alinéa précédent ; 6) les recours en interprétation et les recours en appréciation de la légalité ; 7) les litiges
qui sont expressément attribués par une loi ou un décret ». L’article 2 quant à lui prévoit que : « Les actes des
diverses autorités administratives peuvent être attaqués pour vice de forme, incompétence, détournement de
pouvoir, violation de la loi, par la voie du recours pour excès de pouvoir ». L’article 3 énonce enfin que : « En
toute matière, la juridiction administrative doit se déclarer incompétente lorsque la cause fait apparaître que
l’autorité administrative a commis une voie de fait ou effectué une emprise ».

21
Pour mettre fin à cette entorse au double degré de juridiction, la loi du 20 juin 196189
va donner compétence à la Cour Suprême (CS) du Cameroun oriental, en son article 290, de
connaître les pourvois en annulation contre les décisions du TE. Le double degré de
juridiction est ainsi restauré.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’accession à un nouveau statut
politique du pays va entraîner l’abandon des anciennes juridictions et l’arrivée d’une nouvelle
juridiction. En effet, l’avènement de la réunification et de la fédéralisation91 en l’occurrence,
vont prendre de court le TE et la CS et permettre la mise en place de la Cour Fédérale de
Justice (CFJ).

La création de la CFJ par l’article 33 de la Constitution du 1er septembre 1961 et son


organisation par une Ordonnance du 4 octobre 1961 correspondent au troisième temps fort
historique de la juridiction administrative.

Si économie est faite de ses attributions contentieuses non administratives, il faut noter
que la CFJ était initialement chargée « de statuer sur les recours en indemnité ou en excès
de pouvoir dirigés contre les actes administratifs des autorités fédérales »92.

Mais si l’on veut bien pousser plus avant l’analyse, on constate qu’en étant dans cette
posture initiale celle-ci était réduite à connaître en premier et dernier ressort des litiges
mettant en cause les autorités fédérales. Le soin était ainsi laissé au TE et à la CS, ressuscités
malgré eux pour les besoins de la cause, de connaître respectivement en première instance et
en appel des litiges mettant en cause les autorités administratives du Cameroun oriental. De
leur côté, les Tribunaux de droit commun connaissaient des litiges mettant en cause les
autorités administratives du Cameroun occidental.

Cette conception initiale sera modifiée par l’entremise de deux lois93. Elles vont de
manière très extensive accroitre les attributions de la CFJ. L’article 3 de la loi de 1965 dispose
à cet effet que « La Cour fédérale de justice connaît de l’ensemble du contentieux

89
Loi n°61/12 du 20 juin 1961 relative au contentieux administratif.
90
Si l’on veut être complet on notera que cet article donne également compétence à la CS pour assurer le respect
de la compétence du TE et des autres juridictions.
91
Intervenues à la faveur de la constitution fédérale du 1er septembre 1961.
92
Article 33 (3), constitution du 1er septembre 1961.
93
Lois n°65/LF/29 du 19 novembre 1965 portant réforme du contentieux administratif et n°69/LF/1 du 14 juin
1969 fixant la composition, les conditions de saisine et la procédure devant la CFJ.

22
administratif à l’encontre de la République fédérale, des Etats fédérés, des collectivités et
établissement publics ». Une extension que certains94 ont critiquée pour cause
d’inconstitutionnalité. Une critique certes fondée mais que l’on pourrait cependant minimiser.
D’abord, par la maxime « quod abundat non vitiat »95 qui en réduit considérablement la
portée. Ensuite, par le caractère plutôt favorable de ladite extension à l’essor du juge
administratif eu égard au contexte de l’époque qui ne s’y prêtait forcément pas.

Par ailleurs, la loi du 14 juin 1969 (article 14), à l’instar du décret de 1959 précité,
déterminent le champ du contentieux administratif. Mais contrairement à ce dernier, il le fait
avec plus de clarté et de lisibilité96. Il convient de relever que cette extension restait limitée à
bien des égards97.

Dans sa structure, la CFJ statuant comme juridiction administrative comprenait, au


regard de ce nouveau dispositif textuel98 : une Assemblée plénière, juge d’appel siégeant à
Yaoundé et deux chambres administratives, juges de première instance siégeant dans les deux
capitales respectives des deux Etats fédérés, à savoir Yaoundé et Buea.

L’Assemblée plénière se composait du premier président de la CFJ, de quatre juges


fédéraux titulaires ou suppléants, d’un procureur général ou d’un avocat général et d’un
greffier. Les chambres de leur côté se composaient chacune d’un juge fédéral, titulaire ou
suppléant, président, assisté de deux assesseurs, d’un représentant du parquet général, d’un
greffier. Comme les juridictions administratives qui l’ont précédée, la CFJ continuait à

94
En l’occurrence le Professeur Joseph OWONA, in Le Contentieux administratif de la République du
Cameroun, op. cit., p. 25 et M Jean-Calvin ABA’A OYONO, in La compétence de la juridiction administrative
en droit camerounais, op. cit., p. 24.
95
Cette maxime signifie en effet que « ce qui est surabondant ne nuit pas ».
96
Entrent ainsi dans le champ du contentieux administratif désormais : - les recours en annulation pour excès de
pouvoir et en matière non répressive, les recours incidents en appréciation de légalité. Sont constitutifs d’excès
de pouvoir : le vice de forme, l’incompétence, la violation de la loi, la violation d'une disposition réglementaire
applicable, le détournement de pouvoir ; - les actions en indemnisation du préjudice causé par un acte
administratif ; - les litiges concernant les contrats (sauf ceux conclus même implicitement sous l’emprise du
droit privé) ou les concessions de service public ; - les litiges intéressant le domaine public ; - les litiges qui sont
expressément attribués par la loi.
97
Car la substitution de la responsabilité des personnes morales de droit public à celle de leurs agents auteurs des
dommages causés même dans l'exercice de leurs fonctions, les voies de fait administratives et les emprises
restent du ressort des tribunaux de droit commun. La CFJ ne pouvait non plus connaître des actes de
gouvernement.
98
Article 15 de la loi du 19 novembre 1965 repris par celle du 14 juin 1969.

23
emprunter son personnel aux juridictions de l’ordre judiciaire et dans certains cas ses juges
pouvaient être choisis parmi les fonctionnaires de l’administration active99.

L’avènement de l’Etat unitaire va sonner le glas de la CFJ. A la place de celle-ci, est


instituée une Cour Suprême (CS)100. Malgré le nouveau décor normatif101 lié à son
organisation et à sa procédure lorsqu’elle statue comme juridiction administrative, cette
juridiction nouvelle « présente beaucoup plus d’éléments de classicisme que
d’innovation »102. Ses attributions énumérées à l’article 9 et suivants dans l’ordonnance n°
72/6 portant organisation de la Cour Suprême s’inscrivent ainsi dans la continuité de celles
qui naguère furent celles de la CFJ voire du TE. La précession des attributions pouvant
s’avérer rébarbative, économie sera faite de leur énumération. Dans sa structure, elle est dotée
d’une Assemblée plénière103 et désormais d’une Chambre administrative104 unique siégeant à
Yaoundé, celle de Buea ayant été fusionnée à celle-ci. C’est cette organisation juridictionnelle
prêtant, à coup sûr, le flanc à la critique du fait de sa centralisation excessive105 que la loi
constitutionnelle du 18 janvier 1996106 et ses suites législatives107 aspirèrent d’atténuer.

99
KAMTO (M), « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », in Les cours
suprême en Afrique, vol III, La jurisprudence administrative, sous la direction de CONAC (G) et DE
GAUDUSSON (J), Paris, Economica, 1988, p. 32.
100
Cf. les articles 32 et 33 de la Constitution du 2 juin 1972 consacrant la forme unitaire de l'Etat.
101
En l’occurrence l’ordonnance n°72/6 du 26 août 1972 portant organisation de la Cour Suprême modifiée et
complétée par la loi n°76/28 du 14 décembre 1976 et la loi n°75/17 du 8 décembre 1975 fixant la procédure
devant la Cour Suprême statuant en matière administrative.
102
ABA’A OYONO (J-C), La compétence de la juridiction administrative en droit camerounais, op. cit., p. 26.
103
Juge d’appel, elle comprend cinq magistrats, membres de la Cour, à l’exception de ceux d’entre eux qui
auraient participé au jugement de l’affaire en première instance, du procureur général ou de l’avocat général ou
d’un substitut et d’un greffier.
104
Juge de premier ressort, celle-ci se compose d’un Conseiller titulaire ou suppléant, président, assisté de deux
magistrats ayant voix délibérative, choisis parmi les magistrats du siège des cours et des tribunaux, du procureur
général ou de l’avocat général ou d’un substitut et d’un greffier.
105
La centralisation du système juridictionnel institué par la constitution de 1972 et l’ordonnance de 1972/6
précitées se vérifie à deux niveaux : d’une part l’ordre de juridiction administrative en instance comme en appel
est concentré au sein d’un même organe déjà en lui-même juge de cassation de l’ordre judiciaire ; d’autre part cet
ordre siège uniquement à Yaoundé aussi bien en instance qu’en appel.
106
Loi constitutionnelle n° 96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 02 juin 1972.
107
Il s’agit des lois n°2006/015 du 29 décembre 2006 portant organisation judiciaire, n°2006/016 du 29
décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de la cour suprême et n°2006/022 du 29 décembre
2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.

24
2- La physionomie actuelle

La juridiction administrative doit sa nouvelle physionomie à la faveur des articles 38


et 40 de la loi constitutionnelle de 1996. Il y est respectivement disposé que :

Article 38 - « (1) La Cour Suprême est la plus haute juridiction en matière


judiciaire, administrative et de jugement des comptes. (2) Elle comprend : Une chambre
judiciaire ; Une chambre administrative ; Une chambre de compte ».

Article 40 - « La chambre administrative connaît de l’ensemble du contentieux


administratif de l’Etat et des autres collectivités publiques. Elle connaît en appel du
contentieux des élections régionales et municipales. Elle statue souverainement sur les
décisions rendues en dernier ressort par les juridictions inférieures en matière de
contentieux administratif. Elle connaît de tout autre litige qui lui est expressément attribué
par la loi ».

De la lecture combinée de ces dispositions, il s’ensuit deux innovations majeures.


Primo, une clause générale de compétence à l’échelle constitutionnelle est dévolue à la
juridiction administrative en matière de contentieux administratif. Secundo, l’Assemblée
plénière est évincée comme juge de dernier ressort au profit d’une nouvelle Chambre
administrative, l’ancienne étant supprimée en tant que juge d’instance au bénéfice des
tribunaux administratifs. Tout ceci ne s’est pas immédiatement traduit par une application
effective. La finalisation de cette réforme a d’abord nécessité une phase transitoire.

a) La transition

Le remodelage effectif de la juridiction administrative a été précédé d’une phase


transitoire. La mise en œuvre effective du nouveau visage de la juridiction administrative
ayant été subordonnée, conformément à l’article 42 et suivants108 de la Constitution, à l’entrée
en vigueur (étonnamment tardive) des lois de 2006. La juridiction administrative va

108
Il résulte de cet article que l’organisation, le fonctionnement, la composition ainsi que les conditions de
saisine et la procédure suivie devant la chambre administrative et les tribunaux administratifs sont fixés par des
lois.

25
fonctionner, durant ce long intermède, sur la base du principe de progressivité consacré à
l’article 67 et suivants de la Constitution109.

Il importe de relever à contrecœur que même après être tardivement entrées en


vigueur, les lois fixant l’organisation et le fonctionnement des nouvelles juridictions
administratives vont à leur tour relayer la constitution dans la progressivité, en sorte que l’on
serait incité à parler de progressivité dans la progressivité.

Il en est ainsi d’abord de la loi portant organisation et fonctionnement de la Cour


Suprême110 en ses articles 140, 141 et suivants111. Ensuite de la loi portant organisation et
fonctionnement des tribunaux administratif qui dispose en son article 119 que « (1) La mise
en place des Tribunaux Administratifs s’effectue de manière progressive, en fonction des
besoins et des moyens de l’Etat. (2) En attendant la mise en place des juridictions prévues
par la présente loi, la Chambre Administrative de la Cour Suprême exerce provisoirement
leurs attributions. A cet effet, les sections de ladite chambre statuent par jugement, en
premier ressort et à charge d’appel ou de pourvoi devant les sections réunies (...) ».

Ce qui reste inquiétant quand on sait que la mise en place de tribunaux administratif
n’a eu lieu qu’en 2012112, soit 16 ans après leur institution à l’échelle constitutionnelle, et 6
ans à l’échelle législative.

De ce qui précède, il convient de retenir deux degrés de progressivité. Le premier, à


l’échelle constitutionnelle, puisque consacré à l’article 67 de la loi constitutionnelle de 1996.
C’est lui qui a permis d’assurer la première phase de la transition de la juridiction
administrative qui commence à courir à partir de 1996 jusqu’en 2006.

109
D’après cet article Ŕ « (1) les nouvelles institutions de la République prévues par la présente Constitution
seront progressivement mises en place. (2) Pendant leur mise en place et jusqu’à cette mise en place, les
institutions de la République actuelles demeurent et continuent de fonctionner (…) ».
110
Loi n°2006/016 du 29 décembre 2006 précitée.
111
Article 140 Ŕ « En attendant la mise en place des juridictions inférieures (…) en matière de contentieux
administratif, les procédures antérieurement observées en ces matières restent en vigueur ». Article 141 : « (1)
Dès la mise en place des juridictions inférieures en matière de contentieux administratif, les affaires
pendantes devant la Chambre Administrative et relevant de la compétence de ces dernières leur sont
transférées. (2) Les affaires pendantes devant l’ancienne Assemblée Plénière de la Cour Suprême sur appel
des jugements de la Chambre Administrative sont transférées devant la section compétente de la Chambre
Administrative telle qu’organisée à l’article 9 de la présente loi ».
112
Décret n°2012/119 du 15 mars 2012 portant ouverture de Tribunaux Administratifs.

26
Pendant cette phase, l’ancienne configuration organique de la juridiction
administrative issue de la Constitution de 1972 et ses suites législatives restent en vigueur113,
en sorte que l’Assemblée plénière est « juge transitoire d’appel » et la Chambre
administrative, « juge provisoire d’instance »114. En effet, le mécanisme des dispositions
transitoires implique la reconduction expresse et momentanée des anciennes institutions
juridictionnelles en attendant la mise en place effective de celles nouvellement instituées115.

De même, sur le plan de la compétence matérielle, les attributions dévolues au juge


administratif par l’ordonnance de 1972116 en son article 9, sont reconduites en dépit de la
thèse relativisable de leur caducité avancée par Monsieur Franck TETANG117.

113
Pour déterminer le texte en vigueur il ne suffit pas toujours de prouver la date de son entrée en vigueur, de
prouver qu’il est posé, mais il s’agit aussi de voir s’il est effectivement suivi, appliqué. La validité à elle seule ne
suffit pas, encore faut-il convoquer l’efficacité. C’est en ce sens sans doute que le Professeur Magloire ONDOA
distingue la mise en vigueur formelle et la mise vigueur pratique, in « La constitution duale : recherche sur les
dispositions constitutionnelles transitoires au Cameroun », in RASJ, vol.1, n° 2, 2000, pp. 21-22.
114
TETANG (F), Compétence du juge administratif et constitution : Contribution à l’étude des bases
constitutionnelles du contentieux administratif camerounais, mémoire de D.E.A en droit public, Université de
Yaoundé II, FSJP, 2006, pp. 107-108.
115
ABA’A OYONO (J-C), « La nouvelle révision du droit de la justice administrative », op. cit., p. 237.
116
Ordonnance n°72/6 du 26 août précité.
117
Cette thèse prête le flanc à la critique sur plusieurs points :
- D’abord, elle s'appuie sur la clause générale de compétence dévolue au juge administratif par l’article 40 de la
Constitution pour justifier la caducité réelle de ses attributions limitativement énumérées à l’article 9 de
l'ordonnance n° 72/6 du 26 août 1972. Argument contestable : car il n’existe nulle part dans la constitution de
fondement juridique autorisant cette prise de position, bien au contraire, sans revenir sur l’article 67 sus évoqué
de la constitution, la lettre et l’esprit de l'article 42 de celle-ci évoquent en filigrane une suspension de la clause
générale de compétence à l’adoption des lois fixant les attributions du juge administratif et donc en faveur aussi
d’une reconduction temporaire de ses attributions antérieures.
- Ensuite, elle s’adosse une seconde fois sur la clause générale de compétence pour démontrer que l’article 42 ne
concerne que très peu le juge administratif mais davantage le juge judiciaire dont les attributions ne sont pas
constitutionnellement précisées. Argument contestable, car même dans l’hypothèse d'une clause générale de
compétence au profit du juge administratif, réserve est traditionnellement faite de sa compétence dans certaines
matières telles que les actes de gouvernement, des emprises et des voies de fait. La constitution ne l’ayant elle-
même pas fait, une loi était en conséquence toujours attendue pour fixer et encadrer les attributions du juge
administratif au moins dans ces matières.
- Comme autre argument qu'il avance, les lois auxquelles l'article 42 fait référence ne peuvent intervenir que
pour deux raisons qui n’affectent aucunement la caducité matérielle de la compétence du juge administratif :
étendre les attributions de la chambre administrative au-delà des litiges impliquant directement l’Etat et les
autres collectivités publiques en application du paragraphe 4 de l'article 40 de la constitution et répartir les

27
Dans le sillage de cette première phase transitoire, viendra la seconde correspondant à
l’autre degré de la progressivité consacrée à l’échelle législative et qui court de 2006 à 2012.
Elle est instaurée par les articles 140 et 141 sus mentionnés de la loi portant organisation et
fonctionnement de la Cour Suprême et l’article 119 précité de celle portant organisation et
fonctionnement des tribunaux administratifs.

La grille de lecture de ces dispositions mène au constat amer d’une contradiction.


L’alinéa 2 de l’article 119 de la loi sur les tribunaux administratifs laisse supposer que
l’ancienne configuration jusque-là provisoirement en vigueur est définitivement abandonnée
au bénéfice de la (nouvelle) Chambre administrative qui devra désormais concentrer
temporairement toute la juridiction administrative. L’article 141 de la loi portant organisation
et fonctionnement de la Cour Suprême semble discordant en ce qu’il paraît plutôt manifester
son soutien à la continuité des anciens organes, dans ce cas précis, l’Assemblée plénière et
l’ancienne Chambre administrative. Au regard de ces contradictions, le besoin s’est, plus que
jamais, fait naître d’achever la mise en place définitive de l’ordre de juridiction administratif.

compétences à l’intérieur de la juridiction administrative. Il paraît d'abord présomptueux de réduire le destin des
futures lois devant fixer les attributions des juridictions administratives à ces deux matières. Car la question de la
répartition des compétences entre juridiction administrative et judiciaire demeure concernant par exemple les
voies de fait et les emprises, en dépit de la clause générale de compétence. Ensuite nulle part dans son
argumentaire l’auteur ne démontre que ces matières ne remettent pas en cause la prétendue caducité matérielle.
Et pourtant à y regarder de très près, si une loi doit intervenir soit pour étendre les attributions ou répartir les
compétences entre juges administratifs, il est difficile de faire croire qu’elle échapperait à la progressivité qui
apparaît parfaitement adaptée à la situation.
- Enfin et c’est ce qui est le plus surprenant, l'auteur plaide en faveur la reconduction des anciennes institution-
organes alors qu’en même temps il exclut la reconduction de leurs attributions. Mieux, ces anciennes institutions
doivent statuer, selon lui, sur la base de règles matérielles nouvelles. Du coup, de forts soupçons pourraientt
peser sur lui de ne pas trouver nécessaire de réformer les anciennes institutions. En plus, en admettant que ces
institutions anciennes statuent sur la base des règles matérielles nouvelles, l’on peut légitimement s’inquiéter sur
leur aptitude à s’en approprier fidèlement et à les appliquer. Car comme l’admet l’auteur lui-même, interprétant
l’affaire collectivité NZUONKWELLE du 27 juin 2002 (Jugement n° 38/01-02 du 27 juin 2002): « le juge
administratif, par fidélité à sa ligne jurisprudentielle, refuse d’admettre ce moyen, qui relègue pourtant la loi
écran au rang de crépuscule ». Il faut préciser que selon le requérant, le moyen contentieux en cause, le recours
en annulation, « trouve au plus fort de sa valeur l’approbation du constituant lui-même à travers les articles
38 et 40 de la constitution du 18 janvier 1996 » (…).

28
b) Le parachèvement

L’entrée en vigueur du décret de 2012 portant ouverture des Tribunaux


administratifs118 met fin à la phase transitoire. Elle vient finaliser la réforme entamée et
poursuivie respectivement par la loi fondamentale de 1996 et ses suites législatives de 2006.
L’application définitive de cette réforme était suspendue à la mise en place des Tribunaux
administratifs.

A l’observation, l’entrée en vigueur du décret de 2012 a fait d’une pierre deux coups
en ce qu’elle a premièrement permis de rétablir la normalité au sein de la Chambre
administrative. En plus clair, elle a eu pour effet le passage de la « Chambre administrative
provisoire » dont la particularité reposait sur la concentration de toute la juridiction
administrative119 à la « Chambre administrative définitive » telle qu’organisée à l’article 9 de
la loi portant organisation de la Cour suprême.

Elle a en second lieu permis de rétablir la normalité au sein de la juridiction


administrative en permettant le retour à la règle du double degré de juridiction grâce à
l’ouverture des tribunaux administratifs. Le double degré de juridiction était ainsi subordonné
à la création de ceux-ci120.

Mais ce qu’il convient de relever, en plus, est que l’ossature actuelle de la juridiction
administrative, comprend une Chambre administrative officiant comme juge d’appel et de
cassation, et des Tribunaux administratifs officiant comme juge d’instance.

La Chambre administrative est incorporée au sein de la Cour Suprême à côté de la


Chambre judiciaire et de la Chambre des comptes. Elle est remodelée en sections 121 et
chacune d’elle connaît des appels et des pourvois en cassation relatifs aux matières qui

118
Décret n° 2012/119 du 15 mars 2012 portant ouverture de Tribunaux Administratifs.
119
Cf. article 119 (2) de la loi portant organisation et fonctionnement des Tribunaux administratifs.
120
NDJOCKE (H-C), « Juridiction administrative : une réforme inachevée », in Juridis Périodique n°74, Avril-
Mai 2008, p. 54.
121
En effet selon l’article 9 alinéa 1 de la loi portant organisation et fonctionnement de la Cour Suprême
précitée : La chambre administrative comprend : - une section du contentieux de la fonction publique ; - une
section du contentieux des affaires foncières et domaniales ; - une section du contentieux fiscal et financier ; -
une section du contentieux des contrats administratifs ; - une section du contentieux de l’annulation et des
questions diverses.

29
relèvent de sa compétence122. Le fait notoire ici est que la cassation est instaurée et
l’assemblée plénière supprimée.

Les Tribunaux administratifs, de leur côté, sont présents dans chaque région. Plus
précisément, il est créé un tribunal par région. Ils connaissent, au sens de l’article 2 alinéa 2
de la loi n°2006/022 précitée, en premier ressort du contentieux des élections régionales et
municipales et en dernier ressort de l’ensemble du contentieux administratif concernant l’Etat,
les collectivités publiques territoriales décentralisées et les établissements publics
administratifs. Dans le même temps, l’alinéa 3 énumère les matières entrant dans le champ du
contentieux administratif attribué à leur connaissance123 alors que l’article 3124 comme
l’article 4125 en limitent la portée.

Il est ainsi combiné dans le même texte, la clause générale de compétence et


l’énumération limitative des matières attribuées à la connaissance du juge administratif. Cela
laisse à penser qu’il existe une contradiction interne dans le texte mais aussi entre celui-ci et
la constitution126.

Que dire en définitive sinon qu’à la détermination du juge administratif camerounais


est sous-tendu un ensemble de juridictions ayant, chacune à une période donnée de l’histoire,
incarné l’office du juge administratif. En termes plus explicites, il faut entendre par juge

122
Art. 9 (2).
123
Il énonce que : « le contentieux administratif comprend ainsi : a) les recours en annulation pour excès de
pouvoir et, en matière non répressive, les recours incidents en appréciation de légalité; b) les actions en
indemnisation du préjudice causé par un acte administratif; c) les litiges concernant les contrats (à
l’exception de ceux conclus même implicitement sous l’empire du droit privé) ou les concessions de services
publics; d) les litiges intéressant le domaine public; e) les litiges intéressant les opérations du maintien de
l’ordre ».
124
Lequel dispose que : « (1) Les tribunaux de droit commun connaissent, conformément au droit privé, de
toute autre action ou litige, même s’il met en cause les personnes morales énumérées à l’article 2, la
responsabilité desdites personnes morales étant à l’égard des tiers, substituée de plein droit à celle de leurs
agents auteurs des dommages causés dans l’exercice même de leurs fonctions. (2) Ils connaissent, en outre,
des emprises et des voies de fait administratives et ordonnent toute mesure pour qu’il y soit mis fin. Toutefois,
il est statué par la Chambre Administrative de la Cour Suprême sur l’exception préjudicielle soulevée en
matière de voie de fait administrative et d’emprise ».
125
Lequel prévoit qu’ « Aucune juridiction ne peut connaître des actes de Gouvernement ».
126
La clause générale de compétence consacrée à l’article 40 de la constitution et affirmée à l’article 2 alinéa 2
de la présente loi est formellement remise en question à l’article 2 alinéa 3 qui énumère les matières relevant de
la compétence du juge administratif, puis à l’article 3 du même texte qui limite son domaine de compétence.

30
administratif toutes les juridictions de l’ordre administratif depuis la période coloniale jusqu’à
nos jours. Seule une telle approche permet de véritablement rendre compte de ses pouvoirs
d’instruction.

PARAGRAPHE II - LES POUVOIRS D’INSTRUCTION

Il est des notions et expressions juridiques très fréquemment employées mais dont la
définition est recherchée en vain dans les instruments juridiques pourtant appropriés tels que
les lexiques et les documents assimilés. Tel est assurément le cas s’agissant du terme
« pouvoirs d’instruction », qui pourtant fait partie du vocable juridique doctrinal il y a belle
lurette. Qu’il en soit ainsi, cela ne présage nullement l’impossibilité de le cerner. Mais le faire
exige une bonne dose de clarté. C’est pourquoi, avant de circonscrire le groupe nominal dans
son ensemble (B), il apparaît judicieux de présenter le sens ou plutôt les sens des concepts le
composant pour n’extraire que celui ou ceux qui permettront de mieux le saisir (A).

A- Les concepts de pouvoir et d’instruction

Il convient d’examiner en premier le concept de pouvoir (1) et en second celui


d’instruction (2).

1- Le concept de pouvoir

Le concept de pouvoir, substantif formé à partir du verbe latin « posse » ou « potere »


qui signifie pouvoir, recouvre une variété de sens. Le Robert illustré, à titre d’illustration, en
dénombre six127. C’est une notion flexible. La flexibilité de son contenu permet de saisir
plusieurs phénomènes. Il n’est donc pas pas surprenant qu’il puisse à la fois intéresser les
philosophes, les psychologues, les sociologues, les politistes et les juristes.

En philosophie où pourtant le concept séduit par la qualité des analystes, il est difficile
de s’en faire une idée claire. En ce sens, ANDRE-JEAN Arnaud et alii relèvent que « la
notion de pouvoir en philosophie a été un thème de réflexion chez la plus part des grands
philosophes. On le retrouve à un titre ou à un autre, dans les œuvres de Platon, Socrate,
Aristote, Augustin, Thomas d’Aquin, Rousseau. Il occupe cependant une place
particulièrement importante dans l’œuvre de certains, notamment Hobbes, Machiavel,

127
On peut y lire que le pouvoir désigne successivement : 1) le fait de pouvoir, 2) la capacité légale de faire
quelque chose, 3) propriété physique d’une substance placée dans des conditions déterminées, 4) possibilité
d’agir sur quelqu’un, quelque chose ; 5) situation d’un dirigeant; puissance politique, 6) organes, hommes qui
exercent le pouvoir, in Le Robert illustré et Dixel, Nouvelle édition millésime, 2012, p. 1510.

31
Hegel, Marx, Sorel, Russell. Il est cependant difficile de trouver chez eux une définition
rigoureuse du pouvoir. La plupart, à l’exception peut-être de Hobbes et de Hegel, l’ont
entendu dans le sens courant, généralement pour désigner le pouvoir politique »128.
L’absence de définition précise de ce concept en philosophie pourrait trouver une
explication dans la nature même de cette discipline assez atypique où la métaphysique est
érigée en règle d’or. Du coup pour les philosophes, le pouvoir ne serait qu’ « une réalité
conceptuelle », « il nous transcende et exerce sur nous la puissance de sa Maîtrise »,
affirme le Professeur Maurice KAMTO. « Il plane au-dessus de nous comme l’idée chez
Hegel, la Raison chez Kant, la Volonté chez Rousseau. Il n’est rien de matériel et n’a pas
d’essence du tout »129. Le pouvoir trouve ainsi ses assises dans la pensée des hommes130 .

En revanche, pour les psychologues et les sociologues, les politistes et les juristes, il
est « une réalité sociale soumise à l’expérience concrète »131.

Dans l’approche psychosociologique, le pouvoir dériverait des rapports


interindividuels. C’est fort bien ce que se réclame Robert DHAL lorsqu’il affirme que « A a
du pouvoir sur B dans la mesure où il peut amener B à faire quelque chose qu’il ne ferait
pas autrement »132. Cette conception du pouvoir, lorsqu’elle est dépourvue de toute forme de
contrainte s’apparente pour les uns à la notion d’autorité, c’est-à-dire « la faculté d’entraîner
le consentement d’autrui »133 sans recourir à la force. Pour d’autres en revanche, autorité et
pouvoir désignent la même réalité134.

Pour les politistes, le pouvoir désigne, en général, l’ensemble des moyens dont dispose
l’Etat et les corps qui lui sont reliés pour intervenir effectivement dans l’organisation et la vie
d’une société et dans ses relations avec d’autres sociétés135.

128
ANDRE-JEAN (A) (dir.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologique du droit, Paris, LGDJ,
1993, p. 466.
129
KAMTO (M), Pouvoir et droit en Afrique noire : Essai sur les fondements du constitutionnalisme dans les
Etats d’Afrique noire francophone, Paris, LGDJ, 1987, p. 31.
130
PEUCH (J), « Pouvoir et inconscient », in Mél. offerts à Georges BURDEAU, Le Pouvoir, Paris, LGDJ,
1977, p. 217.
131
KAMTO (M), Pouvoir et droit en Afrique noire…, op. cit., p. 32.
132
ANDRE-JEAN (A) (dir.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologique du droit, op. cit., p. 466.
133
JOUVEL cité KAMTO (M), Pouvoir et droit en Afrique noire…, op. cit., p. 33.
134
BURDEAU (G), cité par KAMTO (M) dans le précédent ouvrage.
135
ANDRE-JEAN (A) (dir.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologique du droit, op. cit., p. 465.

32
Au-delà de cet aperçu général, deux conceptions du pouvoir s’entrechoquent dans
l’approche politique. L’une considère qu’il n’est que rapport de domination d’une minorité
sur une masse. Autrement dit, il est « perçu comme une petite société qui en domine une
plus large. Sa réalité substantielle est le commandement »136.

L’autre estime qu’il est une force certes, mais une force qui est au service d’une cause
juste et commune. Ce qui interdit, déclare le Professeur Jacques PEUCH, de le réduire à un
pur commandement, à un simple phénomène d’ordre mécanique. « Le principe téléologique
du bien commun lui assigne sa finalité de langage, moteur permettant de modifier le
monde »137. En ce sens également Georges BURDEAU affirme que « le pouvoir est une
force au service d’une idée. C’est une force née de la conscience sociale destinée à
conduire le groupe dans la recherche du bien commun et capable le cas échéant, d’imposer
aux membres l’attitude qu’elle commande »138. Regardant dans la même direction André
HAURIOU et alii l’entendent « d’une énergie de la volonté qui se manifeste chez ceux qui
assurent l’entreprise du gouvernement d’un groupe humain et qui leur permet de s’imposer
grâce au double ascendant de la force et de la compétence »139.

Enfin pour les juristes, il convient de distinguer selon que l’on se situe dans une
perspective constitutionnaliste ou dans une perspective purement technique. La première
envisage le pouvoir dans les relations gouvernants/gouvernées. Elle n’est d’ailleurs pas
éloignée du sens politique du terme. Tout comme en science politique, le pouvoir est ici
envisagé en tant qu’instrument, force politique, sauf qu’il se trouve créé et encadré par le
droit. Il est donc manifestation sociale d’une puissance juridiquement instituée et maîtrisée. Et
à ce titre, il est destiné à assurer l’entreprise du gouvernement d’un groupement humain par la
création continuelle de l’ordre et du droit140.

Sur un plan purement technique, le pouvoir est l’aptitude à poser des actes déterminés
que possède une personne ou un organisme en vertu soit d’une disposition législative ou
réglementaire, soit d’un contrat, soit d’un arrêt du tribunal, soit d’un testament ou de tout

136
Loc. cit.
137
PEUCH (J), « Pouvoir et inconscient », op. cit, p.217.
138
BURDEAU (G) cité par KAMTO, Pouvoir et droit en Afrique noire…, op. cit., p. 33.
139
Ibid., p. 34.
140
Loc. cit.

33
autre acte ayant une portée juridique141. Il pourrait en cela être assimilé à une prérogative
juridique, à une fonction ou encore à une capacité voire à une mission.

Au reste, c’est une notion fuyante dont on pourrait rapporter d’autres définitions. L’on
se serait vite rendu compte qu’elles ne sont pas plus satisfaisantes142. Néanmoins, il convient
de retenir la définition qui sied à la présente étude. Pour y parvenir, il importe de procéder par
élimination successive des visions exposées pour ne retenir en définitive que celle qui
convient à cette étude.

Dans l’approche philosophique tout d’abord, le pouvoir reste immatériel, il n’a pas
d’existence concrète. Par conséquent, cette approche ne pourra être d’aucune utilité à
l’analyse des pouvoirs d’instruction du juge administratif qui eux, se veulent concrets et
précis. Dans l’approche psychosociologique, le pouvoir a une existence certaine fondée dans
les rapports interindividuels mais reste diffus dans sa nature en ce qu’il est tantôt assimilé à
l’autorité tantôt opposé à elle. Or la rigueur dans l’analyse de la thématique de l’étude impose
une position claire à laquelle cette approche ne permettrait pas. L’approche politiste
appréhende le pouvoir dans sa dimension politique. C’est une approche nettement éloignée
des préoccupations techniques en vertu desquelles s’inscrit la présente étude. L’on pourrait
mutatis mutandis en dire autant de l’approche juridique s’inscrivant dans une perspective
constitutionnaliste.

Toutes ces approches ayant été mises de côté, le concept de pouvoir sera utilisé dans
cette étude au sens technique telle que les juristes l’appréhendent. Il sera ainsi entendu
comme l’aptitude d’une personne à poser des actes ayant une portée juridique. Au mieux, il
sera question de l’envisager en tant que prérogative juridique. Pour tout dire, il s’agit d’un
pouvoir de droit et fondé en droit. Ce n’est qu’à ce titre qu’il pourrait être associé au concept
d’instruction.

2- Le concept d’instruction

Le concept d’instruction est d’une importance significative en droit processuel général,


son examen commande d’en déterminer le contenu (a), les grands modèles (b).

141
ANDRE-JEAN (A) (dir.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologique du droit, op. cit., p. 465.
142
KAMTO (M), Pouvoir et droit en Afrique noire…, op. cit., p. 34.

34
a) Le contenu

Du latin instructio ou encore instructum, supin de instruere, c’est-à-dire instruire, le


concept d’instruction est essentiellement entendu au sens littéral comme une « action
d’instruire, de donner des connaissances nouvelles »143. Mieux, c’est l’ « action d’enrichir
et de former l’esprit »144. Cette conception littérale, comme les analyses le démontreront,
n’est pas très éloignée du sens juridique et notamment processualiste de ce terme, même s’il
exprime ici une réalité différente.

Mais d’abord, ce terme est d’un usage fréquent en droit administratif où il est assimilé
à un ordre de service. Il est ainsi perçu comme le « vecteur du pouvoir détenu par toute
autorité administrative supérieure à l’égard des subordonnés »145. Il renvoie ainsi au
pouvoir d’instruire, c’est-à-dire celui donné à un agent administratif d’émettre et adresser à un
autre ou d’autres agents administratifs, des « instructions de service », « ordres », ou encore
« circulaires »146. Il prend des formes variées, à ce titre, il peut consister en un instrumentum,
c’est-à-dire une circulaire, une directive ou en un negocium, autrement dit en un ordre verbal.

En droit processuel, l’instruction désigne une phase de l’instance ou du procès mais


aussi la fonction dévolue à cette phase. Comme phase, l’instruction c’est tout ce qui se passe
entre le jour où la saisine est faite jusqu’au jour de l’audience. C’est la phase de l’instance qui
précède, en principe, obligatoirement le jugement. Comme fonction, il s’agit de la phase du
procès au cours de laquelle le dossier est instruit. En termes plus explicites, c’est la phase au
cours de laquelle les parties précisent et prouvent leurs prétentions et au cours de laquelle le
juge réunit les éléments lui permettant de statuer sur elles147. Elle a donc, comme dans la
conception littérale, une fonction de connaissance à la seule différence qu’elle est circonscrite
à la connaissance par le juge des seuls faits du litige en vue de statuer sur une affaire.

C’est une notion qui a une connotation très marquée en droit processuel privé plus
particulièrement en procédure pénale, mais le terme est loin d’être ignoré de la procédure
administrative contentieuse148. Le principe est que les affaires dont une juridiction

143
Larousse, maxipoche, 2011, p. 739.
144
Le Robert illustré, [Link]., p. 982.
145
VAN LANG (A), GONDOUIN (G) et INSERGUET - BRISSET (V), Dictionnaire de droit administratif,
Dalloz, 5e éd, 2008, p. 214.
146
EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t1, Paris, LGDJ, 1982, p. 231.
147
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, Paris, Dalloz, 21e éd., 2013, p. 518.
148
CADIET (L), et alii, Théorie générale du procès…, op. cit., p. 817.

35
administrative est saisie ne peuvent pas être jugées sans avoir fait l’objet d’une instruction
propre à les mettre en état d’être réglées par cette juridiction en aussi bonne connaissance de
cause que possible149. En tout état de cause, il existe deux grands modèles d’instruction.

b) Les modèles

Les deux modèles d’instruction connus sont le modèle de l’instruction autonome et le


modèle de l’instruction intégré. Suivant le premier modèle, « l’instruction de l’affaire est
assurée par un juge spécialisé qui constitue une chambre autonome, ou indépendante, par
rapport à la juridiction de jugement »150. L’archétype de ce modèle est l’instruction
préparatoire en procédure pénale. Le principe ici est celui de la séparation de la fonction
d’instruction avec les fonctions de poursuite et de jugement151.

Le second modèle en revanche tranche avec le premier en ce que l’instruction apparait


ici comme une phase s’inscrivant dans la continuité de l’instance commencée avec la
demande introductive et appelée à se terminer par la décision de la formation de jugement.
Elle n’est pas un incident d’instance, mais fait partie du déroulement normal de l’instance152.
C’est le modèle en usage devant les juridictions administratives mais aussi devant les
juridictions civiles.

Mais, en matière civile bien qu’inscrite dans la même instance, les deux fonctions
d’instruction au sens large de mise en état et de jugement153 sont exercées par des juges
différents et séparés154. Par contre, en procédure administrative contentieuse, l’instruction est
confiée au juge rapporteur qui est en fait un juge de la formation de jugement. C’est tout dire
sur le lien indissoluble qui existe entre cette phase et l’étape du jugement en contentieux
administratif. Le juge rapporteur en contentieux administratif exerce ainsi non seulement une
« instruction-mise à l’état » mais aussi une « instruction-jugement »155 ou instruction de
fond.

149
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif…, op. cit., p. 831.
150
CADIET (L) et alii, Théorie générale du procès…, op. cit., p. 817
151
Ibid., p. 825.
152
JEULAND (E) cité par CADIET (L) et alii, ibid., p. 818.
153
JEULAND (E), Droit Processuel, Paris, LGDJ, 2007, p. 438.
154
Il s’agit du juge de mise à l'état qu’on oppose à la formation de jugement.
155
AWONO ELOUNDOU (E), La fonction du juge rapporteur dans le contentieux administratif camerounais,
Mémoire de DEA, Université de Yaoundé II, FSJP, 2009-2010, p. 17.

36
« La fonction de mise en état consiste à rassembler les éléments permettant la
manifestation de la vérité c’est-à-dire de facilitation du jugement, tandis que celle de
jugement est aussi une fonction d’instruction qui consiste plutôt à déterminer la décision de
justice »156.

Il apparaît ainsi important de relever que la notion d’instruction sera principalement


entendue au sens de l’instruction-mise à l’état. La raison est que l’essentiel ou du moins une
large partie des pouvoirs d’instruction est contenue dans cette phase de l’instruction.
Néanmoins, l’instruction-jugement ou de fond ne sera pas délaissée, elle sera abordée
lorsqu’il s’agira d’évoquer les pouvoirs du juge en rapport avec l’élaboration de son rapport.

Les concepts de pouvoir et d’instruction ainsi clarifiés, il convient de préciser le sens


du groupe nominal qu’ils forment.

B- Le concept de pouvoir d’instruction

Le concept de pouvoir d’instruction renvoie d’une part, à un pouvoir plus large qui
confère au juge la responsabilité d’instruire le litige et dans lequel se dégagent d’autre part,
des pouvoirs spécifiques. Autrement dit, il désigne à la fois le pouvoir d’instruire et les
prérogatives issues de ce pouvoir. Il s’agit en l’occurrence respectivement du pouvoir de
l’instruction (1) et des pouvoirs dans l’instruction (2).

1- Le pouvoir de l’instruction

En droit processuel, le concept de pouvoir correspond au sens technique comme


précisé plus haut. Il comprend essentiellement deux variantes. Il existe ainsi un pouvoir ad
litem par lequel une personne confie à un auxiliaire de justice le soin de la représenter et de
l’assister dans une procédure à laquelle elle est partie et un pouvoir ad agendum qui confère
l’initiative et la direction de l’instance157. Il s’agit en d’autres mots du pouvoir d’instruire.
C’est ce dernier dont il est question ici. Le pouvoir d’instruire est donc une prérogative
générale à travers laquelle le juge a la charge de rassembler tous les éléments lui permettant
de juger une affaire.

En procédure administrative contentieuse, ce pouvoir prend une dimension assez


particulière en raison du caractère inquisitorial de celle-ci. Il est important de préciser que
c’est le trait le plus original de la procédure administrative contentieuse. Il signifie grosso
156
Loc. cit.
157
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 711.

37
modo que c’est le juge administratif lui-même qui dirige l’instruction. Par là, la procédure
administrative contentieuse s’est différenciée de la procédure civile, accusatoire et reposant
donc davantage sur les initiatives des parties158.

Le caractère inquisitorial se justifie dans la mesure où le juge administratif exerce un


pouvoir qui est supérieur à celui de l’administration. Aussi, il « s’explique très largement par
l’origine du juge administratif qui, né au sein de l’administration, s’en est séparé tout en
conservant à l’égard des services publics certaines des prérogatives dont dispose
normalement le supérieur hiérarchique. Le procès administratif n’est pas seulement un
dialogue entre deux parties, arbitré par le juge mais, dans une certaine mesure, un nouvel
examen d’un dossier administratif, limité toutefois par les prétentions des intéressés »159.

Le caractère inquisitorial conduit ainsi le juge administratif à se comporter en


administrateur à l’égard des parties avec de véritables prérogatives de puissance publique. Ce
qui explique sans doute que l’instruction de l’affaire soit entièrement dominée par lui qui a
seul qualité pour l’orienter.

En somme, le pouvoir de l’instruction est celui qui confère au juge administratif


l’initiative et la conduite de l’instruction. Il s’agit donc d’un pouvoir général qui est
directement rattaché au pouvoir inquisitorial dont jouit le juge administratif. Ce dernier
implique d’autres pouvoirs plus spécifiques, à savoir des pouvoirs dans l’instruction.

2- Les pouvoirs dans l’instruction

Les pouvoirs dans l’instruction se rattachent eux aussi au caractère inquisitorial de la


procédure administrative contentieuse, sauf qu’ils sont des corolaires du pouvoir général. Ils
peuvent être considérés comme des éléments dans un ensemble.

En clair, « c’est l’ensemble des moyens de droit dont dispose le juge rapporteur pour
rechercher tous les éléments susceptibles de l’éclairer dans une connaissance plus
profonde de l’affaire. Par ces pouvoirs, il conduit non seulement une instruction normale,

158
SCHWARTZ (R) et KACZMAREK (M), « La procédure contentieuse devant les juridictions
administratives », La gazette, avril 2004, p. 211.
159
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge administratif »,
EDCE, 1970, p. 69.

38
mais aussi règle tous les incidents pouvant surgir au cours de la procédure. On est là dans
la phase dynamique de l’instruction »160.

Les pouvoirs du juge administratif dans l’instruction sont divers. Ils renvoient aux
mesures de communication de la requête à l’adversaire et de fixation des délais ou de clôture
de l’instruction ; aux mesures de prescription des investigations supplémentaires en ordonnant
toutes les mesures qui lui paraissent utiles pour mettre les parties à même de discuter les
éléments du litige ; et aux mesures d’instruction demandées par les parties ou ordonnées par le
juge suite aux difficultés techniques du procès (expertise, enquête, audition des parties, visite
des lieux et vérification d’écriture).

Au final, l’étude prendra en compte ces deux dimensions du concept de pouvoir


d’instruction au regard de leur complémentarité. Mais, elle désignera davantage les pouvoirs
dans l’instruction que le pouvoir de l’instruction. Le cadre de l’étude circonscrit, il faut
désormais se consacrer à son objet et à sa méthode.

SECTION II - L’OBJET ET LA METHODE

Il importe au préalable de présenter l’objet de l’étude (paragraphe I), avant d’exposer


la méthode à suivre (paragraphe II).

PARAGRAPHE I - L’OBJET DE L’ETUDE

L’étude des pouvoirs d’instruction du juge administratif camerounais soulève une


problématique justifiée par une hypothèse déterminée (A) et, partant recèle plusieurs intérêts
(B).

A- La problématique et l’hypothèse

La thématique des pouvoirs d’instruction du juge administratif camerounais s’inscrit


résolument dans un champ scientifique, le contentieux administratif et précisément la
procédure contentieuse administrative camerounaise. Pour ce faire, la formulation d’une
question centrale et d’une hypothèse de recherche (2) à cette étude ne doit pas faire économie
d’un certain nombre de préoccupations préalables qui touchent même à l’autonomie de ladite
procédure contentieuse (1).

160
AWONO ELOUNDOU (E), La fonction du juge rapporteur…, op. cit., p. 49.

39
1- Question préalable : l’autonomie de la procédure administrative
contentieuse au Cameroun

Pour le juge administratif camerounais, la procédure administrative contentieuse


renvoie aux « modalités par lesquelles les juridictions peuvent être saisies, les modalités
selon lesquelles les décisions juridictionnelles doivent intervenir. Ainsi quand on parle de
procédure applicable devant une juridiction, l’on doit nécessairement penser aux
conditions de saisine de cette juridiction avant d’envisager les conditions d’instruction et de
jugement des affaires »161.

La question de l’autonomie de celle-ci est un préalable qui commande d’être


examinée. L’enjeu est le suivant : l’étude des pouvoirs d’instruction n’aurait de portée
véritable s’il est avéré que cette procédure dans laquelle ils interviennent n’aurait pas une
physionomie propre par rapport à ses modèles référentiel et concurrentiel. L’analyse des
rapports que celle-ci entretient avec l’un et l’autre de ces modèles permettra d’y voir clair.

a) Le rapport avec l’archétype référentiel

La justice administrative telle qu’elle est conçue et appliquée au Cameroun, recèle de


nombreux traits identiques à ceux de la justice administrative française 162. Le juge
administratif camerounais vit ainsi, comme semble l’indiquer le professeur Joseph-Marie
BIPOUN-WOUM, davantage dans l’univers du juge administratif français 163. Mais
l’approbation sans réserve d’une telle conception n’irait pas même sans inconvénients. Car le
dire, c’est subodorer que les champs matériel et organique tout comme la procédure
contentieuse sont en tous points les mêmes de part et d’autre. Il suffirait alors pour étudier les
pouvoirs d’instruction du juge administratif camerounais de se reporter simplement à ceux de
son prétendu ancêtre, le Conseil d’Etat.

La question qu’il conviendrait de retenir à ce niveau est alors celle plus générale de
l’autonomie de la juridiction administrative camerounaise164 et celle plus spécifique de la
161
CFJ/SCAY, arrêt n°31 du 15 novembre 1966, Sieur EKINDI Joël c/ Etat fédéral du Cameroun.
162
NGOLE NGWESE (P) et BINYOUM (J), Eléments de contentieux administratif camerounais, Paris,
L'HARMATTAN, 2010, p. 21.
163
BIPOUN-WOUM (J-M), « Recherches sur les aspects actuels de la réception du droit administratif dans les
Etats d’Afrique noire d’expression française : le cas du Cameroun », RJPIC, n°3, 1972, p. 380.
164
Sur la question, le Professeur Magloire ONDOA pense que les facteurs juridiques et sociologiques rendent à
la fois proches et très éloignées les juridictions administratives africaines et les solutions françaises, in ONDOA
(M), « Le droit administratif français en Afrique francophone : contribution à l’étude de la réception des droits

40
procédure contentieuse administrative. Ce d’autant que le sujet conduit à étudier les pouvoirs
d’instruction d’un juge que d’aucuns ont qualifié de juge « non enclin à l’originalité »165 ou
encore de « juge-cadet »166 par rapport à l’archétype référentiel. Pour d’autres encore, le
souvenir de ses origines françaises est matérialisé par « l’application de certaines solutions
du juge administratif français » bien que porté à « la tendance à l’acclimatation
tropicale »167. Toutes ces affirmations suivent ainsi le sens des arguments d’une certaine
doctrine incarnée par Monsieur DEGNI SEGUI d’après laquelle le droit administratif
français, sans hésitation, dans ses versants contentieux et de fond est applicable et même
appliqué en Afrique168. C’est un juge qui plus est, se réfère très explicitement à la
jurisprudence du Conseil d’Etat dans la phase préparatoire de sa décision169. C’est dire à
propos de ses pouvoirs d’instruction qu’il serait fortement inspiré par son homologue français.

Serait-ce donc une juridiction sans procédure contentieuse propre. Il est permis d’en
douter, car l’admission d’une telle hypothèse discréditerait toute étude sur le juge
administratif au Cameroun et viderait ainsi le sujet de toute sa grandeur. Une telle crainte est
partagée par le Doyen Magloire ONDOA, pour qui, « pour être étudié, un système doit, par
sa cohérence supposée ou démontrée, être étudiable; que son existence ne soit pas remise
en cause, par la contestation de son autonomie, et les juges soient considérés avec un
minimum de respect »170. En termes plus simples, toute entreprise consistant à envisager
l’étude des pouvoirs d’instruction du juge administratif camerounais ne peut être crédible et
respectée que si la juridiction administrative camerounaise et, partant, sa procédure
contentieuse n’est pas en carence d’autonomie par rapport au modèle référentiel. Lorsqu’elle
est jugée trop fidèle au Conseil d’Etat ou des juridictions qu’il chapeaute, Ŕ tant par son

étrangers en droit interne », RJPIC, Sep.-Déc., 2000, p. 332. L’auteur fait comprendre par là et sans le dire
explicitement que les juridictions administratives africaines et particulièrement camerounaises sont autonomes
par rapport aux juridictions administratives françaises et leurs solutions de fond bien qu’il s'agisse d’une
autonomie relative.
165
BIPOUN-WOUM (J-M), « Recherches sur les aspects actuels de la réception du droit administratif… », op.
cit., p. 378.
166
SINDJOUN (L), « Esquisse de théorie du droit administratif camerounais (à propos du droit administratif
processuel du Cameroun du Professeur Maurice KAMTO) », PENANT, n° 813, Oct.-Déc. 1993, p. 324.
167
KAMTO (M), « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit., pp. 53-
60.
168
DEGNI SEGUI (R), La succession d'Etat en Côte d'ivoire, th. droit, Aix-Marseille, 1979, t1, p. 74 et s. Du
même Auteur, Droit administratif général, Abidjan, CRES, 1990, pp. 28-29.
169
CFJ/CAY, arrêt n°8 du 16 octobre 1968, Etat Fédéré du Cameroun Oriental c/ KELLER NDONGO MAX.
170
ONDOA (M), Le droit de la responsabilité dans les Etats en développement…, op. cit., p. 57.

41
organisation, ses attributions que par sa procédure contentieuse ou sa jurisprudence Ŕ la
juridiction administrative camerounaise tombe sous le coup de la désaffection 171. Fort
heureusement, cela ne s’est jamais produit.

De ce qui précède, il faut entendre que le juge administratif au Cameroun reste


certainement à bien des égards inféodé par les règles et procédures du Conseil d’Etat et des
juridictions qu’il chapeaute. Mais cette inféodation s’en trouve sérieusement affectée et
affaiblie dans la mesure où elle n’est ni systématique, ni mécanique et ne représente qu’une
part infime. La raison est simple, l’incorporation des droits étrangers dans un Etat souverain
obéit à des mécanismes bien connus.

Seules les règles étrangères adaptées ou ayant des aptitudes à connaître des
changements profonds, réussissent à un tel examen. Cette malléabilité favorise une
démarcation pas forcement toujours soulignée du contentieux administratif camerounais à
l’égard du contentieux administratif français.

La procédure administrative contentieuse camerounaise en particulier reste distante et


autonome par essence sur plusieurs de ses aspects de la procédure contentieuse en vigueur
devant le Conseil d’Etat. Cette distanciation est décelable tant en ce qui concerne la phase
précontentieuse que la phase contentieuse qui intéresse le plus la thématique des pouvoirs
d’instruction.

En France comme au Cameroun, la phase précontentieuse est marquée par le recours


préalable porté devant l’administration avant tout recours contentieux. En France, elle est
connue sous l’appellation décision préalable alors qu’au Cameroun, elle est désignée sous le
vocable recours gracieux préalable. « Mais si la règle du recours gracieux préalable a le
même objet que celle de la décision préalable, elle s’en distingue par son champ
d’application, ses modalités d’application et sa portée »172. Il en résulte ainsi par exemple
que le recours gracieux est absolument obligatoire et d’application générale 173. Au contraire,
la règle de la décision préalable n’est obligatoire que s’agissant du plein contentieux en
dehors des matières relevant des travaux publics174. Car, dans le contentieux de l’annulation
l’existence de la décision attaquée constitue en elle-même déjà une décision préalable. Il n’est
171
Ibid., p. 74.
172
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », vol. II, RCD, n°8, juillet-décembre, 1975, p.
113 et s.
173
Article 17 de la loi sur les tribunaux administratifs.
174
Art. R. 421-1 du Code de justice administrative français.

42
donc plus nécessaire de provoquer la décision de l’administration. Comme on peut l’observer,
l’introduction des recours présente une incontestable originalité devant les juridictions
administratives camerounaises175.

La phase contentieuse qui intéresse la présente étude n’est pas en reste. Si elle est
réputée ne pas être insensible à celle ayant cours devant les juridictions françaises,
l’instruction des affaires notamment et, partant, les pouvoirs qui en sont issus présentent une
certaine originalité devant les juridictions camerounaises. Sans s’y étendre pour l’instant,
puisque l’occasion sera donnée tout au long de l’étude de le relever, l’on peut d’ores et déjà
dire que cette originalité se traduit dans le cadre des modalités d’exercice desdits pouvoirs,
leur champ d’application ainsi que la portée qui peut leur être attribuée. Mais l’originalité
n’est pas jaugée uniquement par confrontation au modèle référentiel, c’est aussi par
comparaison au modèle concurrentiel qu’elle peut l’être.

b) Le rapport avec le modèle concurrentiel

« Loin d’être une juridiction qui, à l’instar du Conseil d’Etat français, s’est auto-
affirmée et qui comme lui, a conquis patiemment son pouvoir de juger, la juridiction
administrative camerounaise est le résultat d’une construction d’ambitions »176. Celle-ci
porte sur le désir de bâtir un système juridictionnel répondant aux exigences d’une justice
efficiente et fiable dans un Etat moderne177. A la séparation nette entre l’ordre judiciaire et
l’ordre administratif, le législateur camerounais a préféré une séparation fonctionnelle et une
juridiction ambivalente. Un tel « dédoublement »178 adopté « pour des raisons de simplicité
et d’économie des moyens »179 a néanmoins conduit la plupart du temps à un « flottement
dans la démarche des juges »180.

Ce flottement a eu pour conséquence la pénétration de la procédure privée notamment


civile dans le champ du droit du contentieux administratif, faisant ainsi resurgir la question de
l’autonomie ou de l’originalité de la procédure administrative contentieuse, cette fois par
rapport au droit privé et particulièrement face à la procédure civile.

175
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », op. cit., p. 113.
176
KAMTO (M), « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit., p.37.
177
Loc. cit.
178
BIPOUN-WOUM (J-M), « Recherches sur les aspects actuels de la réception du droit administratif… », op.
cit., p. 366.
179
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », op. cit., p. 20.
180
KAMTO (M), « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit., p. 38.

43
Il ne pouvait en être autrement quand on sait que les juges naguère de formation
privatiste, siégeaient en tant que juge administratif, cela emportant comme conséquence le
recours à la procédure civile dans leur décision.

A la vérité, si les dispositions des Codes civil et de procédure civile sont inapplicables
aux instances administratives, sauf si un texte le prévoit, le juge peut en appliquer certaines
en tant qu’elles constituent un fonds de principes de procédure dictés par les principes
généraux ou le bon sens, et dont l’application n’est ni écartée par un texte ni inconciliable
avec l’organisation des juridictions administratives.

La question n’est donc pas de savoir si le juge administratif camerounais applique la


procédure civile, cela ne fait aucun doute. La question est plutôt de savoir si le recours à la
procédure civile est volontaire ou non, c’est en effet à ce niveau que peut se mesurer
l’autonomie de la procédure contentieuse administrative et en conséquence des pouvoirs
d’instruction. Le Professeur Célestin KEUTCHA TCHAPNGA en répond par l’affirmative.
Il relève que : « certes, il arrive que les principes de procédure administrative se
rapprochent de ceux du Code de procédure civile ou que le juge administratif applique
certaines dispositions de ce Code. Mais, même dans ce dernier cas, l’application du Code de
procédure civile dépend uniquement de la volonté du juge administratif »181.

Les pouvoirs d’instruction n’échappent donc pas à cette attitude du juge administratif.
Ainsi dans l’affaire Société de gestion des services communs du groupe DESCOURS et
CABAUD182, celui-ci, tout en se référant à la procédure civile, a ordonné à la partie
demanderesse de consigner une somme destinée à avancer les frais et honoraires de
l’expert183.

Il faut cependant tempérer les propos du Professeur Célestin KEUTCHA en ce sens


que le législateur lui aussi impose fréquemment au juge administratif le recours à quelques
règles et principes de procédure civile en ce qui concerne certains pouvoirs d’instruction. Cela

181
KEUTCHA TCHAPNGA (C), Précis de contentieux administratif au Cameroun. Aspects de l’évolution
récente, L'HARMATTANT, 2013, p. 136.
182
CFJ/CAY, arrêt n°167/ADD du 8 juin 1971, Société de gestion des services communs du groupe
DESCOURS et CABAUD contre Etat du Cameroun Oriental.
183
C’est précisément en ces termes que la Chambre Administrative de Yaoundé l’a exprimé : « (…) Statuant
publiquement, contradictoirement en matière administrative et en premier ressort, avant dire droit, décide (…)
Vu l'article 123 du code de procédure civile, ordonne la consignation par la Société demanderesse de la
somme de 150 000 francs au titre d'avance des frais et honoraires des experts (…) ».

44
tend à démontrer que l’application de la procédure civile par le juge administratif ne relève
pas toujours uniquement de sa volonté. C’est le cas de certaines mesures d’instruction à
l’instar de l’audition des parties ou encore de la vérification des écritures où il envoie
explicitement le juge administratif puiser aux solutions de droit commun.

Il affirme ainsi, s’agissant du premier cas : « si l’une des parties ne comparaît pas ou,
comparaissant, refuse de répondre, le tribunal peut tirer toute conséquence de droit et
notamment faire état de l’absence ou du refus de répondre comme équivalent à un
commencement de preuve par écrit conformément au droit commun »184. Et pour ce qui est
du second cas il souligne : « si une partie allègue la fausseté d’un acte sous seing privé,
public ou authentique, elle doit en rapporter la preuve conformément au droit
commun »185. C’est dire que la frontière entre les deux procédures contentieuses reste poreuse
à bien des égards, mais pas assez pour annihiler l’incontestable autonomie que ne cesse de
présenter au jour le jour la procédure administrative administrative par rapport à la procédure
civile.

En définitive, l’analyse menée en réponse à la question préalable permet de poser des


postulats contextuels sur la base desquels la problématique de l’étude doit être dégagée. Il
s’agissait en effet de se demander si la procédure administrative contentieuse camerounaise
est dotée d’une physionomie propre à partir de laquelle l’on peut inférer ses pouvoirs
d’instruction. Le traitement de cette préoccupation préalable autorise à affirmer que l’on ne
peut dénier son autonomie, bien que relative, à la procédure administrative contentieuse
camerounaise par rapport aux deux variables que sont ses modèles référentiel et concurrentiel.
C’est partant donc de l’idée que la procédure administrative contentieuse camerounaise est
bien autonome qu’il convient de poser la problématique centrale directement liée aux
pouvoirs d’instruction du juge administratif camerounais.

2- La question centrale et l’hypothèse

La question centrale renvoie à la problématique proprement dite. Cette dernière est


entendue par Michel BEAUD comme « l’ensemble construit autour d’une question
principale, des hypothèses de recherche, et des signes d’analyse qui permettront de traiter le

184
Art. 79 (2), loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
185
Art. 83.

45
sujet choisi »186. Il y a alors lieu de dire que relativement à ce sujet, le problème est de
savoir : quels sont les pouvoirs dont dispose le juge administratif camerounais dans
l’instruction contentieuse ?

Malgré l’apparence vétilleuse que pourrait revêtir aux yeux de certains un tel
questionnement pourtant au cœur de l’édifice de ce travail, son traitement met au grand jour la
partie cachée de l’iceberg. Il faut en effet procéder au constat que, lorsqu’on évoque les
pouvoirs d’instruction du juge administratif, c’est au pouvoir inquisitorial qu’il est souvent
fait allusion. Le caractère inquisitorial de la procédure suffit ainsi à conférer au juge les
pouvoirs propres à lui permettre d’assurer la manifestation de la vérité187. Quoi de plus normal
pour une doctrine publiciste toujours plus encline à démontrer l’originalité du juge
administratif ! Le caractère inquisitorial de ces pouvoirs reste donc au centre de cette
problématique. Ainsi, au Cameroun en particulier, le débat sur les pouvoirs d’instruction se
cristallise autour de la nature inquisitoriale de ceux-ci.

De nombreux auteurs, si ce n’est la quasi-totalité, laissent entrevoir cet état de chose.


Il s’agit entre autres de Jean-Claude KAMDEM qui pense que le juge administratif dispose
« d’importants pouvoirs qui lui permettent non seulement de conduire une instruction
normale mais aussi de régler tous les incidents pouvant surgir au cours de la
procédure »188. Pour le Professeur Maurice KAMTO : « le juge use de tous les moyens de
droit en son pouvoir pour rechercher tous les éléments susceptibles de l’aider à faire la
lumière dans l’affaire. Il s’agit alors d’une procédure inquisitoire. En ce sens, l’instruction
est dirigée par le juge »189. De même, le Professeur Joseph OWONA constate : « Au
tribunal administratif, le juge se révèle avoir un rôle directeur dans l’instruction du pourvoi
et la charge de la preuve (…) »190. Enfin, pour le Professeur Bernard-Raymond GUIMDO
DONGMO, le juge administratif « est l’unique chef d’orchestre »191 dans la conduite de
l’instruction. Ces affirmations et bien d’autres qui n’auront pas été ici citées tendent toutes à

186
BEAUD (M), L’art de la thèse, Nouvelle édition, La Découverte, 2006, p. 55.
187
GAUDEMET (Y), « La preuve et la conviction du juge en droit administratif français », RJPIC, n°1 et 2
1985, p. 9.
188
KAMDEM (J-C), Contentieux administratif, Cours polycopié de 3e année de licence, t1, Université de
Yaoundé, FDSE, 1985-1986, p. 173.
189
KAMTO (M), « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit., p. 46
190
OWONA (J), Le Contentieux administratif de la République du Cameroun, op. cit. p. 94.
191
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 120.

46
relever que l’instruction est sous la maîtrise du juge administratif, il y dispose d’un pouvoir
inquisitorial.

Mais à la vérité, l’intérêt de la question va au-delà de l’inquisitorialité. Le caractère


inquisitorial ne peut pas à lui tout seul permettre de dégager l’ensemble des pouvoirs du juge
administratif à l’instruction contentieuse. Il faut donc penser ici à l’identification et à la
classification desdits pouvoirs en fonction des critères bien déterminés. En effet, les qualités
de ce qu’il convient d’appeler pouvoir d’instruction n’ont jamais vraiment été établies. C’est
ce qui explique que sous ce vocable on peut tout mettre et tout exclure en même temps. Ainsi,
ce qui pourrait parfois être regardé comme tel, peut vite s’en retourner et devenir une limite à
ce même pouvoir.

Pour faire face à ces incertitudes, l’étude des pouvoirs d’instruction du juge
administratif camerounais nécessite comme postulat de départ l’adoption d’une hypothèse de
recherche. L’hypothèse est généralement conçue comme « une réponse anticipée que l’on
formule à la suite de la question spécifique de recherche »192. Il s’agit de l’idée directrice
dégagée en vue de répondre à la question principale élaborée à partir du sujet. A la
problématique de l’étude, l’hypothèse émise est la suivante : le juge administratif
camerounais dispose à l’instruction contentieuse d’une dualité de pouvoirs. Autrement
dit, les pouvoirs d’instruction du juge administratif sont constitués en deux grands ensembles
distincts, mais complémentaires.

En effet, la distinction provient de ce que l’instruction contentieuse est elle-même


compartimentée en deux fonctions distinctes. La première consiste en l’organisation de
l’instance, à sa discipline et à son orientation. La seconde fonction consiste en la recherche
des éléments de preuve indispensables à la manifestation de la vérité. Chacune de ces
fonctions reflète une catégorie précise de pouvoirs du juge.

D’abord, la fonction d’organisation, reflète les pouvoirs de conduite du procès par le


juge, à travers lesquels il organise la communication entre les parties et fixe le rythme de
l’instruction. Ensuite, la fonction de recherche des éléments de preuve renvoie aux pouvoirs
de quête des éléments probatoires. En effet, pour asseoir sa conviction, le juge administratif
administre la preuve aux parties et ordonne les mesures d’instruction.

192
MACE (G), PETRY (F), Guide de l’élaboration d’un projet de recherches en sciences sociales, Laval, PUL,
2000, p. 24.

47
La complémentarité, quant à elle, repose sur l’idée que les fonctions de l’instruction
contentieuse incarnées par les catégories de pouvoirs évoquées poursuivent un objectif
commun : mettre le litige en mesure d’être jugé. En effet, qu’il s’agisse des pouvoirs de
conduite de la procédure ou des pouvoirs de quête des éléments probatoires, leur finalité
commune est de mettre le juge dans les conditions qui lui permettent de rendre une décision
juste et équitable. Une fois que cela a été dit, quel est l’intérêt dégagé par cette étude ?

B- L’intérêt de l’étude

Une étude sur la thématique des pouvoirs d’instruction du juge administratif


camerounais ne vaudrait rien si elle manquait de susciter un intérêt scientifique. Car
entreprendre une étude comme celle-ci présente un intérêt scientifique qu’il convient
nécessairement de dépeindre. Celui-ci se décline en deux aspects : un aspect théorique (1), et
un aspect pratique (2).

1- L’intérêt théorique

S’il est une question estimée et appréciée ayant donné lieu à de nombreux
commentaires et interprétations dans la doctrine publiciste en général et au Cameroun en
particulier, c’est bien celle qui a trait au juge administratif.

Mais la plupart de ces études, qui ont porté sur le juge administratif camerounais
jusqu’ici, ne sont pas destinées prioritairement à l’analyse de ses pouvoirs d’instruction. Elles
sont davantage orientées soit, à ses pouvoirs d’urgence193, soit à son pouvoir de création du
droit194, soit enfin à son apport au droit administratif195 ou au droit fiscal196.

Toutefois, cela ne présage nullement de l’inexistence absolue des réflexions sur la


question. Pour la raison que la question des pouvoirs d’instruction est une thématique centrale

193
V. par exemple GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit.
194
V. ATEBA EYONG (AR), Le juge administratif et la création du droit: essai sur l'élaboration
jurisprudentielle du droit administratif camerounais, th. pour le doctorat/Ph. D en droit public interne, t1,
Université de Yaoundé II, FSJP, 2013-2014.
195
V. GUESSELE ISSEME (L), L’apport de la cour suprême au droit administratif camerounais, op. cit. ; v.
également ENGOUTOU (JL), La Cour fédérale de justice et le droit administratif camerounais, th. Droit public,
Université de Yaoundé II, FSJP, 2010.
196
V. AKONO OMGBA SEDENA, L’apport du juge administratif au droit fiscal au Cameroun, th. Droit
public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2013.

48
dans tout le contentieux administratif, il importe de faire le point sur quelques-unes de ces
réflexions en France et au Cameroun, avant de s’en démarquer.

En France, malgré l’existence de plusieurs travaux en matière d’instruction, lorsqu’on


évoque les pouvoirs d’instruction du juge administratif, l’étude de référence reste le fameux
article rédigé par les deux anciens auditeurs du Conseil d’Etat précités. Paru en 1970 dans
Etudes et Documents du Conseil d’Etat, il s’intitule « Les pouvoirs d’instruction du juge
administratif »197.

Le mérite de cet article est qu’il apparaît comme la toute première étude connue
entièrement et exclusivement consacrée aux pouvoirs d’instruction du juge administratif. En
outre, il a l’avantage de recenser et de faire l’inventaire desdits pouvoirs en y apportant
quelques explications. Il a ainsi permis, à défaut de les définir clairement, de circonscrire
quelques-uns de ces pouvoirs.

Mais de l’aveu même de ses auteurs, son ambition paraît limitée. Il « exclut les
procédures d’urgence et les règles propres en matière fiscale. Il n’a, au surplus aucune
ambition doctrinale, et se propose seulement d’apporter quelques indications concrètes sur
la façon dont les affaires sont instruites devant le Conseil d’Etat et les tribunaux
administratifs »198.

Il pourrait également lui être reproché qu’une étude d’ensemble des pouvoirs
d’instruction du juge administratif ne peut consister en une simple présentation et
juxtaposition de prérogatives disparates dont dispose le juge à l’instruction. Car ceux-ci ont
besoin, pour être appréhendé et pour que la procédure administrative contentieuse atteigne son
but ultime de toute une construction intellectuelle reposant sur une catégorisation scientifiques
et logiques.

Au Cameroun, la doctrine reconnaît en général que le juge administratif camerounais


dispose de pouvoirs pour instruire le litige, mais elle ne s’est jamais pourtant livrée à des
analyses profondes et systématiques sur le sujet. Il s’agit seulement des analyses accessoires,
parcellaires et éparses. Pour se faire une idée de l’état de la question au Cameroun, il importe
dans une perspective diachronique de présenter quelques travaux scientifiques sur la question.

197
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge administratif »,
op. cit.
198
Loc. cit.

49
Henri JACQUOT est certainement l’un des tous premiers auteurs à retranscrire en
doctrine la procédure administrative contentieuse camerounaise. Dans le second volume de
son article paru en 1975 intitulé « Le contentieux administratif au Cameroun »199, il y
consacre des développements intéressants.

Si « l’instruction des recours »200 y est largement concernée, l’auteur n’examine pas,
à proprement parler, les pouvoirs d’instruction du juge administratif. Il se consacre davantage
à la présentation de la procédure d’instruction. Il en présente, en premier lieu, l’organisation
générale. Sont alors ici successivement analysés, les modalités de désignation du rapporteur,
la mise en cause du défendeur, la procédure d’échange des mémoires, l’établissement du
rapport et les modalités de clôture de l’instruction. En second lieu, il s’intéresse à
l’administration de la preuve201. Il aborde ainsi sans aller plus avant dans l’analyse, les
pouvoirs du juge relatifs à la charge et la recherche de la preuve. Le mérite de cet article est
d’avoir en particulier été, à l’image d’un « puzzle », un tableau comportant des bribes
d’éléments des pouvoirs d’instruction, mais dont le soin est laissé de les reconstituer en de
grands ensembles.

Par la suite, Monsieur Rémy ZE MEKA202 va de manière plus incisive aborder la


question des pouvoirs du juge administratif. La section deuxième du chapitre intitulé « Le rôle
directeur du juge administratif dans l’instance contentieuse »203 porte en effet sur « Les
prérogatives du juge administratif dans l’instance »204. L’auteur identifie trois catégories de
pouvoirs.

Le premier concerne le pouvoir du juge administratif dans les cas d’urgence, en


l’occurrence, le pouvoir d’ordonner les mesures de sursis à exécution et de référé
administratif. Le deuxième intéresse le pouvoir du juge administratif de demander tout
supplément d’information. Ce dernier, affirme-t-il, permet au juge d’avoir facilement les
éléments, souvent difficiles à produire par les parties, mais indispensables pour une prise de
position objective sur les points de droit ou de fait soulevés par la requête. Le dernier pouvoir
199
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », RCD, vol. II, n°8, juillet-décembre, 1975, op.
cit.
200
Ibid., p. 119 et s.
201
Ibid., p. 127 et s.
202
ZE MEKA (R), La procédure du contentieux administratif au Cameroun, Mémoire de Master’s Degree de
Droit Public, Université de Yaoundé, FDSE, 1980.
203
Ibid., p. 101 et s.
204
Ibid., p. 127 et s.

50
porte sur l’administration de la preuve. Il se résume pour l’auteur au pouvoir d’ordonner les
mesures d’instruction. Si à travers l’examen de ces pouvoirs d’instance, un pas important est
fait pour mieux saisir les pouvoirs d’instruction, des zones d’ombre demeurent.

L’auteur s’intéresse en effet aux pouvoirs d’instance qui ne sont pas tous considérés
comme étant des pouvoirs d’instruction. L’on comprend alors pourquoi il évoque les pouvoirs
d’urgence qui en réalité sont plus larges que des pouvoirs d’instruction proprement dits. Car,
la prescription d’une mesure d’urgence comprend, en plus de l’étape de l’instruction du
recours, l’étape de jugement. Les pouvoirs d’urgence comprennent donc à la fois les pouvoirs
d’instruction et de jugement. Il a donc une conception extensive des pouvoirs du juge qui ne
permet pas de spécifier et de mieux saisir les pouvoirs d’instruction. Aussi, l’auteur distingue-
t-il le pouvoir de demander tout supplément d’information des pouvoirs dans l’administration
de la preuve alors même qu’il s’agit des pouvoirs qui appartiennent tous au domaine de la
preuve. Enfin, il omet de mentionner les pouvoirs de direction alors qu’il reconnaît lui-même
que le juge dirige l’instruction.

Dans son Cours de « Contentieux administratif »205, Jean-Claude KAMDEM, de


son côté, propose quelques clés de lecture pouvant aider à comprendre la thématique des
pouvoirs d’instruction. Entre autres éléments de l’instruction, l’auteur s’intéresse à l’aspect
inquisitorial de l’instruction, à son caractère contradictoire, au cadre temporel de celle-ci, à la
charge de la preuve ou encore à l’ensemble des mesures d’instruction voire aux incidents de
procédure. Si ces éléments reflètent les prérogatives dévolues au juge administratif au cours
de l’instruction, l’on peut cependant déplorer que l’auteur s’appuie davantage sur la
jurisprudence française et non camerounaise pour le démontrer. Au surplus, aucune logique
propre n’est proposée pour classer, regrouper ou catégoriser lesdits pouvoirs. On les retrouve
de manière éparse et disparate dans des principes et mesures d’instruction ou dans les règles
d’instruction. Ce qui rend difficile leur identification et surtout leur classification.

La réflexion du Professeur Maurice KAMTO sur la question s’est faite dans le cadre
de deux travaux différents parus respectivement en 1988 et en 1990. Le premier est un article
intitulé « la fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun »206 et
le second est un guide pratique intitulé « Droit administratif processuel du Cameroun »207.

205
KAMDEM (J-C), Contentieux administratif, [Link]., p. 173 et s.
206
KAMTO (M), « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit.
207
Idem, Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit.

51
Au regard de ceux-ci, l’auteur révèle que l’instruction du procès administratif a pour
socle l’aspect inquisitorial de la procédure. En ce sens, l’instruction est pour lui, une étape au
cours de laquelle « le juge use de tous les moyens de droit en son pouvoir » pour rechercher
la vérité208. Ces moyens lui confèrent alors la direction de l’instruction. Il est au cœur du
parcours de l’information, il a la liberté de fixer les délais, ou d’intervenir dans la production
de la preuve. Il peut, en l’occurrence, renverser la charge de la preuve209, ordonner les
mesures d’instruction210. Le mérite de cet auteur est de faire ressortir certains éléments
constitutifs des pouvoirs d’instruction et surtout de se référer de temps à autre à la
jurisprudence camerounaise pour les dégager. Il reste cependant qu’il ne se démarque pas
fondamentalement des auteurs précédents. Car, il demeure très sommaire sur la question et se
contente d’une présentation générale de la procédure.

Monsieur Joseph BINYOUM, dans son Cours de contentieux administratif (1991-


1992)211, accorde des développements sur la question de l’instruction. Dans un chapitre
intitulé l’instruction du recours, il relève que « cette phase du procès comporte plusieurs
stades ; il y a tout d’abord l’instruction proprement dite, procédure écrite et inquisitoriale
qui peut voir son cours normal perturbé par les incidents de procédure ou les mesures
d’urgence… »212. Seulement, l’essentiel de ces développements est réservé aux deux derniers
stades, l’instruction proprement dite ne tenant que sur quelques lignes à peine. S’agissant des
prérogatives d’instruction du juge, l’auteur n’en dit pas mot, si ce n’est de reconnaître à
travers une formule lapidaire que « c’est le juge qui dirige l’instruction » sans plus de
précisions.

Sans doute, le Professeur Célestin SIETCHOUA est l’un de ceux qui, dans l’analyse,
examinent avec plus de détails la question de l’instruction du recours en contentieux
administratif. Dans sa thèse intitulée « L’appel dans le contentieux administratif au
Cameroun »213, l’auteur examine avec soin dans le cadre de deux chapitres « le déroulement

208
Idem, « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit., pp. 46-47.
209
Idem, Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 73.
210
Idem, « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit., p. 47.
211
BINYOUM (J), Contentieux administratif, cours 3e année licence 1991-1192.
212
Ibid., p. 144 et s.
213
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun. « Contribution à
l'étude de la juridiction administrative », th. Droit public, Aix-Marseille, 2000/2001.

52
de l’instruction de l’appel »214 et les « mesures d’instruction de l’appel »215. L’auteur passe
ainsi en revue l’instruction normale, l’instruction incidente et surtout la question de la preuve.

Sur le premier point, l’auteur s’intéresse longuement à la communication des


mémoires et pièces où il aborde successivement les questions de la régularisation de ceux-ci
ainsi que leurs délais de communication. A ce niveau également, il se penche sur la
signification de la communication des mémoires et pièces. Il aboutit alors au constat que
celle-ci exprime le principe de la contradiction, malgré de possibles dérogations dont celui-ci
peut faire l’objet.

Au demeurant, cet auteur aborde la question de la preuve en profondeur. Ses analyses


font ressortir le rôle central joué par le juge grâce aux pouvoirs qui sont les siens en la
matière. L’on y découvre que le juge recherche lui-même la preuve. Cette recherche tourne
autour de deux axes : la charge de la preuve et l’intime conviction du juge. S’agissant de la
charge de la preuve, l’auteur mentionne que la jurisprudence consacre le principe d’après
lequel le demandeur supporte le fardeau de la preuve. Il admet également que la politique
d’allègement voir de transfert de cette charge est aussi très nette dans la jurisprudence. C’est
donc à travers cette charge que va naître l’intime conviction du juge.

L’auteur se projette aussi dans l’avenir en amorçant la question de la preuve


technologique qu’il considère comme un challenge à relever. Aujourd’hui, force est de
constater que ce challenge est en train d’être relevé avec la création d’une section de
magistrats informaticiens à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM).

Au reste, ce dernier auteur, en ce qui concerne les mesures d’instruction distingue les
mesures d’instruction directes, dirigées directement par le juge et les mesures d’instruction
indirectes, confiées à un technicien. Une distinction qui ne reflète pas la réalité du droit positif
camerounais216.

Au bout du compte, cet auteur, comme la plupart de ceux qui l’ont précédé, se
préoccupe moins des prérogatives du juge que de la description de l’instruction. Si l’on relève
çà et là certains de ces pouvoirs dans le domaine de la preuve notamment, il n’existe aucune
logique permettant de les dégager. De plus l’auteur est mû par le désir de cerner la procédure
d’appel que l’instruction elle-même. L’on comprend dès lors qu’il omette d’évoquer les

214
Ibid., p. 209 et s.
215
Ibid., p. 288 et s.
216
V. infra, denier chapitre.

53
instructions des mesures d’urgence et l’instruction dans le cadre du contentieux administratif
de l’impôt.

Monsieur Joseph BINYOUM et Monsieur NGOLE Philippe GWESE, pour leur


part, se sont également intéressés à la question de l’instruction dans leur ouvrage intitulé
« Eléments de contentieux administratif camerounais »217. L’introduction du chapitre
réservé à « l’instruction du recours »218 porte, sans que cela ne soit dit explicitement, sur les
pouvoirs d’instruction du juge. Les auteurs soulignent ainsi le rôle directeur du président de la
juridiction ainsi que le rapporteur qui travaille sous son autorité en matière de signification
des recours, des rapports d’instruction et de la direction des audiences.

Ils font ainsi ressortir successivement : la faculté de faire avertir avec les soins du
greffier en chef le demandeur de régulariser son recours ; le pouvoir de réclamer au
demandeur la communication de tous documents dont la production lui paraît utile à la
manifestation de la vérité ; il peut accorder aux parties des délais supplémentaires pour le
dépôt des mémoires ; il peut mettre en demeure de fournir dans un délai bien déterminé toutes
explications écrites ou tous documents nécessaires à la solution du litige. Par ailleurs, les
auteurs procèdent à la présentation des différentes mesures d’instruction.

Il se trouve ainsi dégagé dans cet ouvrage plusieurs pouvoirs dont dispose le juge
administratif camerounais à l’instruction. Toutefois, une large partie de ceux-ci n’est pas
mentionnée notamment ceux liés à la charge de la preuve. Au surplus, ceux qui sont évoqués
ne sont pas analysés dans le détail ni même classifiés.

Dans son ouvrage intitulé « Le contentieux administratif de la République du


Cameroun »219, le Professeur Joseph OWONA, quant à lui, souligne le rôle directeur du
président de la juridiction dans l’instruction du pourvoi contentieux220. Ce rôle se situe à deux
niveaux : dès l’entame de la procédure, mais aussi dans la direction des audiences. Pour ce qui
de l’entame de la procédure l’auteur relève la désignation du juge rapporteur. Celui-ci dirige
l’instruction en termes de communication de mémoires, de prescription de délais légaux et
supplémentaires, et de clôture de l’instruction. L’auteur affirme, s’agissant de la direction des

217
NGOLE NGWESE (P) et BINYOUM (J), Eléments de contentieux administratif camerounais, op. cit.
218
Ibid., p. 88.
219
OWONA (J), Le Contentieux administratif de la République du Cameroun, op. cit.,
220
Ibid., p. 93 et s.

54
audiences, qu’elle « est rondement menée par le président assisté du greffier ». Par ailleurs,
à l’instar de tous les autres auteurs, il présente l’ensemble des mesures d’instruction.

Si les points évoqués sont d’indéniables indices concourant à l’appréhension des


pouvoirs d’instruction, l’impression qui se dégage est que l’aspect lié à la charge de la preuve
est ignoré. En outre, l’auteur ne fait que retranscrire ce que la loi mentionne déjà sans allusion
aucune aux solutions prétoriennes.

Dans son ouvrage intitulé « Précis de contentieux administratif au Cameroun. Aspect


de l’évolution récente »221, le Professeur Célestin KEUCTCHA TCHAPNGA évoque la
question de l’instruction dans un chapitre intitulé « Le déroulement de la procédure »222. Si
cet auteur relève avec acuité la nature inquisitoriale de l’instruction, il se réserve de présenter
les différents pouvoirs qui sont la conséquence de cette nature inquisitoriale. Le seul pouvoir
auquel il fait allusion est celui que le juge s’est reconnu de donner des injonctions consistant
en la prescription à l’administration la production de tous dossier et document ainsi que de
toute information quant aux motifs de fait et de droit des décisions contestées. L’on n’en tire
pas grand-chose s’agissant des pouvoirs d’instruction.

Monsieur Gaétan Thierry FOUMENA enfin, dans sa thèse intitulée « Le juge


administratif et la preuve : contribution à la construction jurisprudentielle du droit de la
preuve au Cameroun »223, démontre à suffisance les pouvoirs d’instruction du juge
administratif en ce qui concerne la preuve. L’auteur démontre en effet que le juge
administratif camerounais s’appuie sur ses pouvoirs inquisiteurs pour construire le droit de la
preuve. Il a ainsi la liberté des méthodes de construction du droit de la preuve. Il procède soit
par l’application des textes de procédure, soit par la création des règles nouvelles ou enfin soit
par l’importation des techniques probatoires extérieures.

Si cela est caractéristique des pouvoirs du juge dans l’instruction, il faut cependant
reconnaître que l’auteur n’aborde que partiellement la question, l’aspect lié à la preuve en
l’occurrence. A juste titre, le fil Ariane de son sujet porte sur la construction jurisprudentielle
du droit de la preuve. Du coup, les autres aspects de l’instruction restent marginaux. C’est le

221
KEUTCHA TCHAPNGA (C), Précis de contentieux administratif au Cameroun, op. cit.
222
Ibid., p. 165 et s.
223
FOUMENA (GT), Le juge administratif et la preuve : contribution à l’étude de la contribution
jurisprudentielle de droit de la preuve au Cameroun, th. Doctorat PH.D, Université de Yaoundé II, FSJP, 25 juin
2015.

55
cas notamment de l’aspect concernant les pouvoirs du juge dans l’organisation du procès. Il
ne rend donc compte des pouvoirs d’instruction du juge que de manière partielle.

Au regard de l’ensemble des travaux qui précède, il vient à l’esprit le constat d’une
double absence d’analyse systématique et de classification des pouvoirs d’instruction du juge
administratif en général et camerounais en particulier. La présente étude se veut ainsi
opportunément et modestement pour ambition de combler les gaps relevés

D’abord, il s’agit, en plus d’examiner la question dans le cadre du contentieux


ordinaire, d’élargir le champ de l’étude aux procédures d’urgence et au contentieux fiscal.
L’enjeu ici consiste clairement à mener une étude d’ensemble des pouvoirs d’instruction du
juge administratif en général et camerounais en particulier.

Ensuite, il est question d’établir une distinction, une classification voire catégorisation
permettant de mieux les saisir. La classification occupe ainsi une place de premier ordre dans
la valorisation de cette étude. Car elle permet de rendre repérable et précis les pouvoirs
d’instruction du juge administratif. Mais celle-ci ne fera sens que si elle comporte une valeur
logique et scientifique. Par valeur logique il faut entendre, sa valeur au regard de sa logique
formelle, c’est-à-dire sa conformité à un certain nombre de principes postulés par cette
logique. Et par valeur scientifique, on entend son intérêt intellectuel ou de connaissance : une
classification doit apprendre ou relever quelque chose d’important, concernant les objets
classifiés ; elle doit mettre en lumière au moins une vue, un trait, un fait qui compte224.

2- L’intérêt pratique

L’intérêt pratique de cette étude peut être évalué à plus d’un titre. D’abord, l’étude
menée constitue un baromètre permettant d’apprécier la question de la preuve devant les
juridictions administratives camerounaises. L’analyse des pouvoirs d’instruction caractérisés
par le trait inquisitorial de la procédure est inséparable de celle de la preuve225. Cette dernière
« commande la procédure devant la juridiction : en effet, l’instruction du procès, complète
et contradictoire, tend à établir les faits qui mèneront à la solution du litige »226. C’est dire
qu’étudier les pouvoirs d’instruction devant les juridictions administratives, c’est analyser les
conditions dans lesquelles le juge, utilisant la liberté qui lui est laissée et les pouvoirs

224
EISENMANN (Ch), « Essai d’une classification théorique des formes politiques », in LEBEN (C), Ecrits de
théorie du droit, de droit constitutionnel et d'idées politiques, textes réunis, Paris, éd. Panthéon-Assas, 2002.
225
COLSON (J-P), L’office du juge et la preuve dans le contentieux administratif, Paris, LGDJ, 1970, p. 9.
226
PLANTEY (A) et BERNARD (F-C), La preuve devant le juge administratif, Paris, Economica, 2003, p. 2.

56
d’investigation qui lui sont donnés, dose ses exigences à l’égard des parties et fixe les
principes de son intervention dans le domaine de la preuve227.

Dans la même lancée, l’étude s’intéresse au rôle de ces pouvoirs en rapport avec
d’autres champs scientifiques dans le processus de formation de l’intime conviction du juge.
En effet, souvent confronté à la complexité des faits du litige, le juge sollicite plus ou moins
fermement ces pouvoirs pour se faire une conviction et rétablir ainsi la vérité judiciaire. Cela
passe parfois par la consultation des spécialistes des autres sciences sociales et ceux des
sciences exactes mettant parfois à contribution la technologie. Il y a ainsi lieu de noter que la
présente recherche permet d’évaluer les répercussions des pouvoirs d’instruction dans la
délicate opération conduisant au dépoussiérage des faits surtout ceux caractérisés par une
grande technicité.

Cette recherche contribue ensuite à cristalliser les pouvoirs d’instruction du juge


administratif en tant qu’ils constituent le principal moyen par lequel le juge est amené à
corriger l’inégalité existante entre les parties dans la procédure administrative contentieuse.
En plus clair, le juge par l’usage de ses pouvoirs d’instruction, remédie au déséquilibre de
l’instance qui défavorise le particulier. L’importance des pouvoirs dans l’office du juge à
l’instruction s’expliquerait en partie par la nécessité de constituer un contrepoids à la toute-
puissance de l’administration surtout dans la production des preuves. Il est donc dans l’intérêt
du juge d’en faire bon usage pour une meilleure administration de la justice. La présente
recherche se présente ainsi, en toute modestie, comme une vitrine sur laquelle il pourrait
opportunément s’appuyer afin de mener une instruction efficace répondant aux exigences
d’un procès équitable.

Au demeurant, par cette étude, les justiciables pourront pleinement prendre conscience
de l’importance et de l’envergure des pouvoirs d’instruction sur l’issue du litige. Leur
connaissance ou leur ignorance sera pour eux un atout dans la réussite du procès ou une cause
d’échec, selon le cas. L’existence de ces pouvoirs constitue donc, pour les justiciables, une
arme non négligeable. Le juge doit utiliser tous les pouvoirs nécessaires à assurer l’instruction
complète228. Les justiciables ont droit à une telle instruction. Car, certains de ces pouvoirs
peuvent être demandés par les parties au juge afin d’appuyer leurs con clusion.

227
LEGER (D), « La preuve devant le juge administratif français », in [Link] consulté le 21
décembre 2016, p. 28.
228
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 883.

57
L’étude scientifique est tributaire d’une méthodologie jointe à un objet. C’est
pourquoi, après avoir présenté l’objet de l’étude, il devient nécessaire d’exposer la méthode à
adopter.

PARAGRAPHE II - LA METHODE DE L’ETUDE

Chaque discipline a ses postulats nécessaires229 au rang desquels se trouve la méthode.


Ainsi à chaque chose ses mots, à chaque architecture son archéologie et à chaque approche sa
méthode230. Si pour Descartes la méthode semblait unique et universelle, les méthodes sont
aujourd’hui diversifiées selon leur domaine d’application et même à l’intérieur d’un domaine
déterminé231. La méthode, qui étymologiquement désigne le chemin, s’entend « comme la
voie à suivre pour parvenir à un résultat »232. Plus subtilement, elle est constituée de
l’ensemble des opérations intellectuelles par lesquelles une discipline cherche à atteindre les
vérités qu’elle poursuit, les démontre, les vérifie233. Elle est, à l’instar de l’objet, existentielle
pour toute discipline soucieuse de s’affranchir de la tutelle des autres disciplines et désireuse
de s’imposer en tant que science autonome.

Pour donc mener à bien cette étude, il semble nécessaire d’adopter une approche
méthodologique rigoureuse. En effet, la méthode détermine le travail scientifique. Cependant,
il ne suffit pas d’avoir une méthode pour aider à la compréhension du sujet ; encore faut- il
trouver la bonne méthode.
Le champ d’étude se trouvant être le droit, il faut nécessairement privilégier et adopter
la méthode juridique (B). Pour cette raison, le syncrétisme méthodologique n’est pas fondé à
intervenir dans la présence recherche (A).

A- L’éviction du syncrétisme méthodologique

Il convient avant toute chose de manifester le soutien en faveur de la répudiation du


syncrétisme méthodologique inconditionnel ou systématique. Le syncrétisme méthodologique
veut, faut-il le préciser, que l’objet de l’étude soit saisi à partir des apports cumulés de

229
HAURIOU (M), cité par CHANTEBOUT (B) et HAMON (F), « Georges Burdeau et le Pouvoir », in Mél.
offerts à Georges BURDEAU, op. cit., p. 2.
230
PEUCH (J), « Pouvoir et inconscient »…, op. cit, p. 218.
231
BERGEL (J-L), Méthodologie juridique, Paris, PUF, 1ère éd., 2001, p. 19.
232
Loc. cit.
233
GRAWITZ (M), Méthodes des sciences sociales, Dalloz, Paris, 11e éd., 2001, p. 351.

58
sciences sociales diverses. Il devient systématique lorsqu’il se produit invariablement et sans
réserve. C’est une option qu’il faut s’empresser d’évincer, et ce pour plusieurs raisons.

D’abord une telle démarche conduirait à un dangereux mélange des méthodes


abusivement rapprochées. Car, en dépit de l’unité recherchée et souhaitée des sciences
sociales234, l’interdisciplinarité méthodologique connaît de nombreuses difficultés. Les unes
proviennent de ce que celle-ci a certainement été gênée par les cloisonnements universitaires.
Les autres de ce que les sciences sociales, pour la plupart, dépendent des systèmes théoriques
incompatibles entre eux et qui pourtant contiennent une part de vérité235.

Elle contient, au surplus, une tare congénitale : l’absence de hiérarchie de notions et de


problèmes entre sciences sociales. Ainsi comme le révèle Madeleine GRAWITZ, « alors
que les sciences de la nature comportent une hiérarchie des notions et des problèmes : un
physicien utilise constamment les mathématiques, un chimiste, la physique, rien de
semblable n’existe entre les différentes sciences sociales qui ne comportent pas d’ordre
hiérarchique, donc de soumission de l’inférieur au supérieur. Elles se sont de ce fait
longtemps opposées au lieu de s’unir pour progresser »236.

Ensuite, ce syncrétisme laisserait entendre que le droit, mieux, la science du droit ne


serait pas suffisamment autonome. Il va de soi que cela n’est pas vrai, point n’étant besoin de
faire étalage de l’argumentaire contraire pour le désapprouver. Pour toutes ces raisons, le
syncrétisme, doit être évincé dans la démarche à suivre.

L’on ne saurait ainsi, au mieux, expliquer une question hautement juridique que celle
des pouvoirs d’instruction du juge administratif en procédant à un mélange de méthodes
issues de diverses sciences sociales. En effet, les pouvoirs d’instruction étant des pouvoirs de
droit et fondés en droit, leur décryptage doit se faire nécessairement à l’aide des outils et
instruments du droit, mieux, à l’aide d’une méthode propre au droit.

B- L’option pour la méthode juridique

Le syncrétisme répudié, l’étude s’inscrit résolument dans une optique méthodologique


juridique et notamment positiviste normativiste. Systématisée par Hans KELSEN sous
l’appellation « Théorie pure du droit », cette méthode se propose d’ « assurer une

234
GRAWITZ (M), Méthodes des sciences sociales, op. cit., p. 340.
235
Ibid., p. 341.
236
Loc. cit.

59
connaissance du droit, du seul droit en excluant de cette connaissance tout ce qui ne se
rattache pas à l’exacte notion de cet objet »237. Elle cherche ainsi à « éviter un syncrétisme
de méthodes qui obscurcit l’essence propre de la science du droit et qui rend floues et
vagues les bornes qui sont assignées par la nature de son objet : le droit »238.

Sous le bénéfice de cette précision, l’étude des pouvoirs d’instruction est une
problématique essentiellement juridique qui nécessite tout aussi une démarche juridique.
L’analyse passe donc, conformément à la logique positiviste normativiste, par l’usage
primordial de la dogmatique (1) et celui non négligeable de la casuistique (2).

1- L’usage de la dogmatique

Entendue comme domaine de la science du droit consacrée à l’interprétation et à la


systématisation des normes juridiques239, la dogmatique reste une notion complexe.
Néanmoins, il est important de donner quelques indications à son sujet.

Les théoriciens du droit opèrent une distinction entre interprétation et systématisation


considérées comme les deux tâches principales de la dogmatique240. L’interprétation qui a des
bases pratiques renverrait ainsi à la recherche pratique, alors que la systématisation, traitant
d’énoncés théoriques, désignerait la recherche théorique.

Par énoncé pratique, on entend un énoncé qui dit quelque chose sur les normes qui
appartiennent à l’ordre juridique valide. On peut donc déduire que les énoncés en dogmatique
juridique pratique, donnent une information sur le contenu des normes juridiques valides241.
Cet aspect de la dogmatique se rapproche de l’exégèse. Car, « faire l’exégèse des textes, c’est
rechercher leur signification et leur portée par la seule analyse de ces textes eux-mêmes à
l’aide au besoin, des travaux préparatoires »242. Or, on oppose souvent à la méthode
exégétique, la méthode dite dogmatique ou synthétique243. Cette thèse représente une vérité
partielle. Car, comme cela vient d’être dit, l’aspect pratique de la dogmatique signifierait faire

237
KELSEN (H), Théorie pure du droit, Paris, Dalloz., 2e éd., traduction française, EISENMANN (Ch.), 1962,
p. 1.
238
Ibid., p. 2.
239
ANDRE-JEAN (A) (dir.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologique du droit…, op. cit., p.
188.
240
Loc. cit.
241
Loc. cit.
242
BERGEL (J-L), Méthodologie juridique, [Link]., p. 236.
243
Loc. cit.

60
l’exégèse des textes. Elle pourrait, en revanche, tenir lorsqu’on aborde l’autre versant de la
dogmatique consistant à traiter des énoncés théoriques.

Par énoncés théoriques, on entend des énoncés qui traitent du contenu et des
interrelations des concepts qui se produisent dans la recherche pratique. Les énoncés
théoriques sont alors au méta-niveau, comparés aux énoncés pratiques244. C’est dire que la
dogmatique interpelle au même titre que la science du droit des réflexions sur le droit en dépit
de la distinction, pas du tout aisée à établir, que semble effectuer Michel TROPER à propos
des deux notions.

L’auteur souligne en effet que « la différence entre science du droit et dogmatique


juridique concerne l’objet et la méthode. L’objet, car la science du droit porte sur la norme
en vigueur ; la dogmatique sur la norme applicable. La méthode, car la science du droit
décrit, tandis que la dogmatique recommande »245.

Quoiqu’il en soit, l’étude des pouvoirs d’instruction suivra comme démarche les deux
fonctions de la dogmatique juridique : l’interprétation et la systématisation.

Pour ce qui est de la fonction d’interprétation des textes, elle correspond à la méthode
exégétique. Il s’agit en général de procéder à une interprétation qui se rattache soit à une
analyse littérale, soit à la recherche de l’intention du législateur. « L’analyse littérale est
destinée à comprendre le texte lui-même en précisant le sens des termes et en tirant de leur
place dans la phrase, de sa structure, de la ponctuation (…), sa signification exacte. Son
utilité est fondée sur l’idée que le texte exprime très exactement la pensée du législateur et
que celui-ci a employé des formules totalement adéquates à sa pensée. Cette interprétation
grammaticale se réfère aux règles normales et usuelles de la langue »246. A propos de la
recherche de l’intention du législateur, « on a souvent soutenu que le juge doit interpréter un
texte, même lorsque la lettre est claire, quand son sens littéral n’exprime pas exactement la
pensée du législateur. (…) C’est la volonté du législateur qui constitue la loi »247.

Il convient de relever que les textes à interpréter ne sont pas choisis au hasard. Il s’agit
des textes essentiels dont la substance permet d’apporter la lumière nécessaire à l’éclairage de
la problématique du sujet. Il s’agit particulièrement de la législation sur la justice

244
ANDRE-JEAN (A) (dir.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologique du droit, [Link]., p. 189.
245
TROPER (M), La philosophie du droit, Paris, PUF, 2003, p. 61.
246
BERGEL (J-L), Méthodologie juridique…, op. cit., pp. 237-238.
247
Ibid., p. 240.

61
administrative au Cameroun. Cependant, compte tenu du lien qui unit toutes les disciplines du
droit public en particulier et davantage celles du droit en général, doivent intervenir ici
différents textes de droit public, et dans la mesure du possible certains textes de droit privé.
Le but sera donc de faire, sur la base des textes ciblés, l’état des lieux de ces pouvoirs, mais
aussi d’établir un catalogue dans lequel sont définis et classés méthodiquement lesdits
pouvoirs.

S’agissant de la fonction de systématisation, la dogmatique présente le droit positif


sous une formule synthétique. C’est pourquoi, l’on s’autorise souvent, par exemple, à affirmer
que le droit administratif est un droit inégalitaire ou encore que la procédure administrative
contentieuse est essentiellement inquisitoriale ou enfin que le droit civil est fondé sur le
principe de l’autonomie de la volonté. La dogmatique repose donc sur des paradigmes
juridiques. Elle utilise des concepts de valeur comme base de l’interprétation, ou s’y réfère
pour justifier indirectement les évaluations248. C’est en ce sens que TROPER déclare qu’elle
« ne peut alors prétendre être une science, puisqu’elle repose sur des évaluations et qu’elle
aboutit à des prescriptions et non à des propositions indicatives »249.

« Cela ne la rend pourtant pas illégitime. Elle est même indispensable et le système
juridique ne pourrait pas fonctionner sans elle »250. Pour cette raison même, cette étude ne
peut que s’en accommoder..

Au demeurant, la dogmatique fournit à la fois des instruments pour déterminer les


normes applicables et une systématisation des modes de raisonnement. Elle resterait
insuffisante si elle n’était pas associée à une autre méthode plus pratique : la casuistique.

2- L’emploi de la casuistique

Si l’on peut remonter le mot casuistique à la théologie morale, et que l’on pourrait
estimer, aujourd’hui qu’il n’appartient pas pleinement au vocabulaire juridique251, quoi qu’il
en soit, le juriste d’aujourd’hui pratique fréquemment la casuistique comme méthode
d’interprétation.

248
KUHN (T), in ANDRE-JEAN (A) (dir.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologique du
droit…, op. cit., p. 189.
249
TROPER (M), La philosophie du droit, op. cit., p. 62.
250
Ibid., p. 61.
251
DENIS (A) et RIALS (S) (dir.), Dictionnaire de culture juridique, Paris, PUF, 2003, p. 177.

62
La casuistique a pour vocation de préciser de manière concrète les conditions
d’application d’une règle formulée à un haut degré de généralité. Autrement dit, « elle
consiste à résoudre les problèmes pratiques par une discussion entre d’une part des
principes généraux (règles) ou des cas similaires (jurisprudence), et de l’autre la
considération des particularités du cas étudié (cas réel) »252. Elle renverrait ainsi à ce que le
droit anglais appelle la « case method »253, c’est-à-dire la méthode casuelle. Celle-ci
s’entendrait de l’étude des cas et, précisément, de jurisprudence.

L’étude des cas de jurisprudence, mieux, leur commentaire prend ainsi, une part active
dans l’analyse du droit. Du Professeur Alain SERIAUX en effet, on peut lire qu’ « il est (…)
chez nombre de juristes de considérer que le droit, c’est ce que dit le juge »254. C’est dire, si
l’on considère ces propos et pour ne s’en tenir qu’à ceux-ci, le rôle décisif de la jurisprudence
dans la construction du droit.

Décisive, la jurisprudence l’est encore plus à propos du juge administratif ! Car ayant
toujours manifesté une grande indépendance à l’égard du droit écrit, le juge administratif reste
toujours attentif au respect des principes essentiels qu’il a lui-même dégagé255. Cela est vrai
s’agissant de ses pouvoirs d’instruction. De fait, comme le rappellent Renaud DENOIX et
Daniel LABETOULLE, une part de ces pouvoirs a une origine prétorienne256. Au surplus,
même lorsque le législateur en est à l’origine, ces pouvoirs ne trouvent leur meilleure
expression que dans la pratique du juge. Il faut comprendre dès lors que l’étude sur les
pouvoirs d’instruction du juge administratif nécessite pour sa compréhension un commentaire
rigoureux et peu hésitant de la jurisprudence camerounaise.

Au regard de l’hypothèse avancée de la dualité des pouvoirs d’instruction du juge


administratif, l’étude mettra en lumière deux catégories de pouvoirs d’instruction distincts,
mais complémentaire. Il sera analysé dans une première partie, les pouvoirs de direction,
puis dans une seconde, les pouvoirs de probation.

252
Casuistique, [Link] p. 1.
253
Méthode instituée dès 1871 à la Harvard Law school et trouva son expression la plus élaborée à la Harvard
Business entre 1908 et 1920, elle consistait pour le Doyen LANGLED à faire lire une série d’arrêts à ses
étudiants qui devaient ensuite les discuter et répondre au feu roulant de questions posées par le maître.
254
SERIAUX (A), Le commentaire de textes juridiques : Arrêts et jugements, Paris, Ellipses, 1997, p. 3.
255
GAUDEMET (Y), Les méthodes du juge administratif,…op. cit., p.132.
256
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge administratif »,
op. cit., p. 75.

63
P
REMIERE PARTIE : LES POUVOIRS DE DIRECTION

64
Le juge reste incontestablement le maître de l’instruction257. Mais cette maîtrise de
l’instruction ne servirait à rien si cette aptitude ne déterminait pas la capacité à mettre le litige
au point en vue de son jugement. On l’a bien compris, la maîtrise de l’instruction n’a de sens
que si elle conduit à la solution.

Les pouvoirs du juge, notamment d’instruction puisqu’il s’agit d’eux, répondent bien à
cette exigence. Il est donc normal que les parties en soient soumises afin que celui-ci puisse
fixer la solution. Celle-ci ne tomberait pas ainsi du ciel comme de la manne, mais découlerait
pour une large part de l’usage de ses pouvoirs par le juge, à telle enseigne que la solution au
litige serait moins évidente si le juge en était dépourvu. Et inversement, la maîtrise de
l’instruction par celui-ci à travers ces mêmes pouvoirs deviendrait inutile si elle n’était pas
assortie de l’exigence de trouver une solution. Ainsi, la maîtrise de l’instance serait donc
consubstantiellement liée à sa résolution.

Mieux encore, la maîtrise de l’instruction imposerait au juge des pouvoirs de direction


en vue de mettre le litige à mesure d’être jugé. Un examen synoptique de la loi de 2006 sur les
tribunaux administratifs258 autorise à affirmer que le juge dirige l’instruction de l’affaire259.
Qu’il soit donc permis de mentionner que la procédure administrative contentieuse
camerounaise, en tant qu’elle constitue l’ « ensemble de règles suivant lesquelles s’exerce le
pouvoir juridictionnel des juridictions administratives »260, consacre formellement
l’existence des pouvoirs de direction.

Les pouvoirs de direction, le terme apparait assez évocateur tant et si bien qu’il ne
semble guère souhaitable d’aller plus avant dans l’analyse sans au préalable procéder à une
petite précision terminologique.

Par pouvoirs de direction, il faut entendre un ensemble de prérogatives liées à la


procédure de l’instruction contentieuse et par lesquelles le juge administratif organise un
dialogue écrit entre les parties à l’instance, règlemente leurs échanges et les circonscrit dans le

257
Même si de plus en plus sous d'autres cieux cette maîtrise tend à être infléchie par l'impérialisme du droit
communautaire notamment de la Cour européenne des droits de l'homme comme semble le démontrer
Alexandre CIAUDO. Pour lui, « Il semble que l’organisation du procès de même que son bon exercice se
décident désormais au niveau européen », in « La maîtrise du temps en droit processuel », Jurisdoctoria n°3,
2009, p. 31.
258
Loi n° 2006/022 du 29 décebre 2006 portant organisation et fonctionnement des tribunaux administratifs.
259
V. not. L’art. 37 (2).
260
DEBBASCH (Ch), Contentieux administratif, Paris, Dalloz, 2e éd, 1978, p. 345.

65
temps afin de mettre le litige en mesure d’être jugé. Ils participeraient plus de la forme et de la
procédure et moins du fond de l’instruction. Ils renverraient ainsi aux formalités procédurales
suivant lesquelles celle-ci doit être menée pour parvenir à une solution juridictionnelle. Ils
mobilisent ainsi des éléments de forme et de procédure.

Cette précision faite, l’objet de cette partie peut alors être défini très simplement : il
suppose sommairement que par l’emploi des pouvoirs de direction, le juge organise la
communication des mémoires et pièces entre les parties au procès (titre I). L’organisation de
la communication mobilise en plus un « temps incompressible de mise en état »261 nécessaire
non seulement à la production des mémoires et pièces par les parties, mais aussi à la réflexion
du juge. D’où il ressort que le rythme de l’instruction se trouve fixé par ce dernier (titre II).

261
CONNIL (D), L’office du juge administratif et le temps, op. cit., p. 36.

66
T ITRE I: L’ORGANISATION DE LA COMMUNICATION

67
La communication dans le langage courant suppose essentiellement deux acceptions.
La première renvoie au « fait de communiquer, d’établir une relation avec quelqu’un,
quelque chose »262. Autrement dit, il s’agit d’une action d’établir une relation avec
quelqu’un ; échange verbal, gestuel ou écrit entre deux personnes263. La seconde désigne
« l’action de transmettre quelque chose »264, c’est-à-dire encore l’action de communiquer
quelque chose à quelqu’un265. C’est cette seconde acception qui semble mieux cadrer avec le
sens que donne le droit processuel à ce mot.

En effet, en plus d’un simple contact écrit ou oral, peu importe, la communication qui
se déroule devant le juge suppose davantage la transmission d’une information à une partie. Il
s’agit, pour être précis, d’une « communication-transmission ». La communication serait
ainsi au sens de Gérard CORNU, le « fait – et obligation – pour une partie à l’instance de
porter spontanément et en temps utile à la connaissance de toute autre partie à l’instance
des pièces dont il fait état au soutien de ses prétentions »266. Dans le même ordre d’idées,
Messieurs Serge GUINCHARD et Thierry DEBARD affirment que « les plaideurs doivent
se communiquer les pièces dont ils se servent »267.

Ces affirmations sont sans doute intéressantes, mais pas assez pour décrire la
spécificité de la communication en ce qui concerne le contentieux administratif. Elles sont
beaucoup plus ancrées dans des conceptions civilistes de la règle de la communication.
L’impression générale qui s’en dégage est que, ce sont les parties qui font la communication.
Le contentieux administratif tend à démontrer le contraire, c’est le juge qui dirige la
communication et non les parties. Il y a une raison à cela : le caractère inquisitoire de la
procédure. Comme en témoignent ces propos de Jean-Pierre CHAUDET, « les pouvoirs
inquisitoriaux reconnus au juge lui permettent d’exiger des parties, qui ne peuvent refuser,
de lui communiquer tout document aux fins de transmission à l’adversaire »268. Le juge

262
Le Robert illustré, op. cit., p. 404.
263
Larousse, maxipoche, op. cit., p. 273.
264
Loc. cit.
265
Le Robert illustré, op. cit., p. 404.
266
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, Paris, PUF, 2011, p. 207.
267
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 198.
268
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, Paris, LGDJ, 1967, p.
436.

68
administratif est donc au centre de la communication entre les parties, il assure le « dialogue
contentieux »269 entre elles.

La procédure administrative contentieuse camerounaise, vue sous le prisme des textes


et de la jurisprudence qui l’ont régie et qui continuent à la régir, fait largement écho à cette
règle générale de procédure des juridictions administratives.

Il faut en effet rappeler que l’apparition de la règle de la communication des mémoires


et pièces se situe à la genèse même du contentieux administratif au Cameroun270. Cette règle a
été reprise mutatis mutandis par l’ensemble des textes ultérieurs régissant ladite procédure. Il
s’agit en l’occurrence, et fondamentalement, du décret du 4 juin 1959 portant réforme du
contentieux administratif et organisation du Tribunal d’Etat271, du décret du 19 juin 1964
relatif au fonctionnement de la Cour fédérale de justice en matière administrative272, de la loi
du 8 décembre 1975 fixant la procédure devant la Cour Suprême statuant en matière
administrative273, de la loi du 22 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de
la Cour suprême274 et de celle promulguée le même jour fixant l’organisation et le
fonctionnement des tribunaux administratifs275. Le juge de son côté, à n’en point douter, a fait
sienne la règle de la communication des documents276. D’importantes jurisprudences ont, en
outre, été rendues dans les matières impliquant cette règle277.

Au vu de ce qui précède, il faut retenir que la règle de la communication des


documents est une formalité substantielle consacrée par la procédure administrative
contentieuse camerounaise. C’est au juge de la diriger et donc de l’organiser. Le juge
administratif procède de ce fait à une communication rigoureuse par application principale de
269
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge administratif »,
op. cit., p. 17.
270
V. not. les art. 7 à 16 de l'arrêté du 16 décembre 1921 déterminant la procédure à suivre devant le Conseil du
contentieux administratif.
271
Décret n° 53-83. V. les art. 19 à 25.
272
Décret n° 64/DF/218. V. les art. 21 à 34.
273
Loi n°75/17. V. not. les art. 9 à 15.
274
Loi n° 2006/016. V. not. les art. 75 à 88 en appel, les articles 96 à 103 en cassation.
275
Loi n° 2006/022. V. not. les art. 37 à 44.
276
La quasi-totalité de ses décisions y portent l’empreinte, excepté les décisions d'irrecevabilité ou quelques cas
rares en matière d'urgence.
277
V. par exemple en ce sens: CS/CA, jugement n° 8/87-88 du 29 octobre 1987, MASSO LOBE c/ Etat du
Cameroun sur la non communication des mémoires intervenus après clôture; CS/AP, arrêt n°11/A du 3 avril
1997, BELIBI François c/ Etat du Cameroun (MINUH) sur la mise en demeure de régulariser.

69
la contradiction (chapitre I). Mais ce serait une perspective bien étroite que de ne pas prendre
garde que, dans des circonstances précises et parfois dans certains contentieux, le même juge
procède à la communication par dispense marginale de la contradiction (chapitre II).

70
CHAPITRE I: LA COMMUNICATION PAR APPLICATION
PRINCIPALE DE LA CONTRADICTION

71
Le principe de la contradiction est ancien. Il est enraciné dans la loi romaine depuis les
temps anciens et bibliques. Les propos du roi FESTUS dans le Livre des actes des apôtres à
l’occasion du procès de Saint Paul sont illustratifs à cet égard. Celui-ci affirme en substance
que : « …la loi romaine ne permet pas de livrer un accusé sans l’avoir d’abord confronté
avec ses accusateurs, et lui avoir donné la possibilité de présenter sa défense »278.

En procédure administrative contentieuse, le principe de la contradiction est une règle


d’or. C’est le plus important trait de cette procédure à en croire quelques-uns de bons esprits
qui se sont attelés à l’étudier. Loïc CADIET et alii estiment ainsi que « le contradictoire est
l’âme du procès »279. Ils vont même jusqu’à considérer qu’ « il est de la nature des choses
que le procès soit contradictoire. Il en est ainsi depuis le procès d’Adam, sommé par Dieu
de s’expliquer (Genèse, chapitre III) »280. Le Professeur René CHAPUS pense qu’ « il n’y a
(…) pas de choix possible entre une procédure contradictoire et une procédure qui ne le
serait pas »281. De son côté, Raymond ODENT note que « de toutes les règles de procédure,
celle qui impose le caractère contradictoire de la discussion préalable est la plus vénérable
et la plus générale »282. Alain PLANTEY et François-Charles BERNARD y voient « une
norme universelle qui domine la procédure »283. A cela, Charles DEBBASCH ajoute que,
aussi bien en procédure civile qu’en procédure administrative contentieuse, « le juge ne peut
violer le principe du contradictoire »284. Le Professeur Olivier GOHIN quant à lui parvient
au constat que « l’organisation d’une justice pleinement contradictoire est la marque
certaine d’une justice parfaitement évoluée »285.

Le juge administratif au Cameroun comme en d’autres aires y accorde naturellement


un intérêt très grand notamment pour assurer la communication des documents entre les
parties. Il ne faut guère s’en étonner du moment que l’instruction en procédure administrative
contentieuse camerounaise est réputée contradictoire.

278
Livre des actes des apôtres 25, 16.
279
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., p. 628.
280
Ibid., p. 639.
281
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 838.
282
ODENT (R), Contentieux administratif, t1 fasc. 1à 3, Dalloz, 2007, p. 734.
283
PLANTEY (A) et BERNARD (F-Ch), La preuve devant le juge administratif, op. cit., p. 91.
284
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, op. cip, p. 372.
285
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, th. , Université de droit,
d'économie et de sciences sociales de Paris, 1985, p. 14.

72
Toutefois, au Cameroun, en droit interne, le principe du contradictoire n’est pas
proclamé mais traduit, à travers son contenu, par la jurisprudence et les textes qui organisent
la procédure administrative contentieuse286. Les textes organisant la procédure administrative
contentieuse n’y font pas toujours très explicitement référence287. Mais comme la
contradiction appelle un enchaînement de réponses alternés jusqu’au terme de la procédure
dans laquelle elle s’inscrit (demande, réponse ou défense, intervention ou réplique…)288, on
peut donc la voir inscrite en filigrane dans les dispositions textuelles organisant les échanges
de mémoire entre le requérant et la partie défenderesse289.

Malgré donc son apparente discrétion, l’existence du caractère contradictoire de la


procédure ici ne souffre d’aucune contestation. Bien mieux, il semble même connaître une
« sanctuarisation »290 du fait de son application constante en matière de communication. Le
juge en fait le principal instrument pour réglementer les échanges. La contradiction est ainsi
un principe sur lequel repose la règle de la communication des pièces et mémoires (section I)
d’une part, et une procédure qui en constitue le mode d’exercice (section II) d’autre part.

SECTION I - LE PRINCIPE DE LA CONTRADICTION COMME FONDEMENT DE


LA COMMUNICATION

La communication des mémoires et pièces procède de l’application par le juge du


principe de la contradiction. Pour assurer un échange d’informations entre les parties, le juge
se fonde nécessairement et fondamentalement sur la contradiction. Il existerait ainsi une
filiation naturelle entre la règle de la communication des documents et le principe de la
contradiction. Celle-ci trouverait une explication probablement satisfaisante sur la nature
même de la procédure administrative contentieuse. Pour la raison que cette dernière est
essentiellement écrite, scripturale ou graphique selon les préférences, la contradiction ne peut
être traduite par l’oralité des débats. Mais par un échange de correspondances écrites que
paraît mieux traduire la règle de la communication des mémoires et pièces. L’écrit apparaît
alors être déterminant en tant que facteur de liaison entre celle-ci et la contradiction. Les deux
éléments sont donc intimement liés, de sorte que la communication des mémoires et pièces

286
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun »,
RDA-Cameroun, n°3, 2013, p. 242.
287
ATEBA EYONG (AR), Le juge administratif et la création du droit..., p. 429.
288
Loc. cit.
289
Ibid., p. 430.
290
Ibid., p.429.

73
s’avère être à la fois une modalité et surtout un produit du principe de la contradiction. C’est
en cela même que ce dernier paraît en être le socle.

La procédure administrative contentieuse camerounaise semble être en total accord


avec cette vision. L’esprit général qui s’en dégage montre bien que le juge administratif
s’accote sur la contradiction toutes les fois qu’il ordonne la communication des mémoires et
pièces aux parties.

Le principe de la contradiction apparaît ainsi crucial dans la direction de la


communication des documents par le juge qu’il devient impérieux d’y apporter quelques
précisions conceptuelles (paragraphe I), avant d’en mesurer l’intérêt dans cette matière
(paragraphe II).

PARAGRAPHE I - LA PRECISION CONCEPTUELLE DU PRINCIPE DE LA


CONTRADICTION

Le principe de la contradiction en droit processuel s’inscrit dans la lignée des notions


qui donnent tant de remous à quiconque voudrait y porter un intérêt marqué. Il faut pourtant
le reconnaître, malgré le culte de vénération que semblent lui vouer toutes les procédures
contentieuses, toute entreprise de définition de ce principe demeure une tâche ardue, mais pas
impossible pour autant. Pour y voir plus clair, il importe de déterminer ses contours (A) avant
de se prononcer sur son contenu et sa valeur (B).

A- Les contours du principe de la contradiction

Le principe de la contradiction répond à l’exigence du droit à un procès équitable. Or


celui-ci « apparaît comme un droit éclaté »291 dont découlent plusieurs garanties offertes à
toute personne justiciable devant un tribunal. Il en est ainsi notoirement, en plus de la
contradiction elle-même, Ŕ et sans toutefois prétendre à l’exhaustivité Ŕ des garanties
essentielles telles que le droit d’accès au juge, l’impartialité du juge, la loyauté, le droit d’être
entendu, l’égalité des armes ou les droits de la défense. Dans le vaste océan que constituent
ces garanties du procès équitable, le principe de la contradiction doit, dans la mesure de ce qui
est faisable, être distingué des notions adjacentes avec lesquelles une confusion semble
s’établir. La nécessité se fait alors particulièrement sentir de le distinguer d’une part des droits

291
NGUELE ABADA (M), « La réception des règles du procès équitable dans le contentieux de droit public »,
Juris Périodique n°63, juillet-août-septembre 2005, p. 19.

74
de la défense (1) et d’autre part de l’égalité des armes (2) en raison de la très grande proximité
qu’ils entretiennent avec celui-ci.

1- La distinction entre la contradiction et les droits de la défense

Il viendrait à l’esprit de toute personne qui s’intéresse à l’étude du principe du


caractère contradictoire de s’interroger sur les rapports qui existent entre ce dernier et le
principe du respect des droits de la défense. Ils participent tous deux des garanties offertes au
justiciable, et sont souvent pris l’un pour l’autre et pourtant il n’en est rien. Qu’est-ce qui
serait alors à l’origine d’une telle confusion ? Qu’en est-il réellement de l’un et de l’autre ?
Telles sont les principales interrogations auxquelles des éléments de réponses doivent être
apportés pour essayer de tirer au clair la problématique des rapports entre ces deux principes.

A la question de savoir qu’est-ce qui serait à l’origine de la confusion entre le principe


de la contradiction et celui du respect des droits de la défense, il convient d’y répondre en
proposant une lecture diachronique.

Tout d’abord, les droits de la défense sont les plus anciens principes généraux de
procédure. L’idée des droits de la défense est (…) en germe dès la première moitié du XIXe
siècle. Au début du XXe siècle on parle de droits de la défense qui sont des principes généraux
du droit ou des principes de droit commun292. Durant cette période, ils font ombrage à la
contradiction dont pendant cent cinquante ans aucun sort spécial ne fut réservé293. En effet,
seuls les droits de la défense qui constituaient une garantie particulière offerte au justiciable
firent l’objet des sollicitudes du juge administratif294. Les droits de la défense sont ainsi les
seuls invoqués, et la contradiction totalement dissoute dans ceux-ci. Autrement dit, les droits
de la défense vont constituer une « notion monolithique qui englobent (…) tous les éléments
du caractère contradictoire de la procédure »295. Ils ne sont révérés que si la procédure a été
totalement contradictoire. La règle de la contradiction se trouvait en conséquence absorbée
par ceux-ci.

Il faut attendre la moitié du XXe siècle pour voir éclater les droits de la défense et
apparaître progressivement le principe de la contradiction296. Après une période d’incertitude

292
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 369.
293
Loc. cit.
294
Loc. cit.
295
Ibid., p. 373.
296
V. not. CE, 7 février 1947, d'Aillières, Rec. 50 et CE, Section, 27 avril 1949, Millies-Lacroix, Rec. p.182.

75
quant à sa nature et sa valeur, le principe du caractère contradictoire est érigé par le Conseil
d’Etat en 1961 en principe général de procédure297.

Cette lecture diachronique permet de voir une certaine familiarité entre les deux
principes, laquelle, certainement a concouru à établir et faire perdurer la confusion entre eux
et pourtant il s’agit de deux principes bien distincts.

Qu’en est-il réellement de l’un et de l’autre ? Telle est la seconde question qui mérite
l’attention. Si de nos jours, tout le monde ou presque s’accorde à reconnaître que le principe
de la contradiction se démarque considérablement de celui du respect des droits de la défense,
il convient de faire remarquer que, c’est par des arguments différents et parfois opposés.

Une première distinction consiste à soutenir que les droits de la défense ont un
caractère défensif, ce que ne serait pas la contradiction. Ainsi que le révèle Monsieur Joseph
Pierre EFFA, « les droits de la défense visent à compenser une situation avantagée du
demandeur en privilégiant en contrepartie celle du défendeur, c’est-à-dire en donnant à ce
dernier le droit et la possibilité de faire valoir ses arguments dans une instance dont la
solution peut préjudicier (…). En revanche, le principe du contradictoire tend, par une
information réciproque à garantir l’échange des arguments entre les parties (…). De la
sorte, le principe du contradictoire place les parties dans une stricte égalité; il ne s’agit plus
de compenser une situation privilégiée du demandeur en avantageant en contrepartie le
défendeur, mais précisément d’assurer l’égalité des parties au procès. Ici, aux droits de la
défense correspondent exactement les droits de la demande »298.

L’on oppose à cette conception des droits de la défense largement tributaire de la


matière pénale le fait qu’il est des droits de la défense qui profitent aussi bien au demandeur
qu’au défendeur, tels sont les cas de la publicité, de la motivation ou encore des voies de
recours. Elle reste donc insatisfaisante.

Une seconde distinction porte sur la hiérarchisation des droits de la défense et


considère que les droits de la défense sont supérieurs à la contradiction qu’ils limitent. Il en
est ainsi, par exemple, du droit de ne pas s’auto-incriminer qui justifie une absence de

297
CE, 12 mai 1961, Sté La Huta, Rec. p. 313; V. aussi LONG (M) et alii, Les grands arrêts de la jurisprudence
administrative, Paris, Dalloz, 19e éd., p. 423.
298
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 239.

76
contradiction299. Mais pas plus que la précédente, cette distinction n’en est pas moins
insatisfaisante. Car l’absence de contradiction peut s’expliquer par d’autres raisons qui ne
supposent pas la supériorité d’un principe sur l’autre, c’est le cas des procédures par défaut ou
réputées contradictoires qui constatent uniquement l’absence du défendeur300.

Une autre distinction est de dire que la contradiction est un élément des droits de la
défense. Elle se fonde sur la jurisprudence du Conseil d’Etat selon laquelle « les droits de la
défense se trouvent (…) garantis par le caractère contradictoire donné à l’instruction
préalable »301. Au plan logique, la thèse paraît difficilement réfutable, mais elle repose sur
une conception de l’instance discutable et ne donne qu’une explication partielle de la
protection du justiciable dans l’instance302. Elle définit l’instance exclusivement par rapport
aux parties. En ce sens, l’instance est au service des parties. Les parties et, le cas échéant, le
juge, assurent sa régularité parfaite par le respect des droits de la défense dont ils sont
titulaires303. Sous cet angle, la thèse paraît tenable. Or l’instance doit aussi se définir par
rapport à elle-même. En effet, elle constitue une organisation originale du procès qui répond à
certaines caractéristiques dont l’une d’entre elles est le principe du contradictoire. En
conséquence, les droits de la défense n’existeront que soumis ou intégrés au principe du
contradictoire304. Là en revanche la thèse semble intenable.

En plus, si l’on doit considérer que les droits de la défense appartiennent aux droits
subjectifs et que le principe du caractère contradictoire découle du droit objectif, l’on
n’imaginerait pas un seul instant, à tout le moins sur le plan logique, que le second en soit un
élément du premier305, l’inverse s’imposant de lui-même.

Toute autre est la distinction qui veut que les droits de la défense relèvent de la
procédure administrative non contentieuse et la contradiction, de la procédure administrative
contentieuse. Les droits de la défense écrit, Monsieur Raymond ODENT « sont, dans les
procédures non contentieuses où la jurisprudence en impose le respect, l’équivalent de ce
que le caractère contradictoire de l’instruction est dans la procédure contentieuse

299
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, [Link]., p. 630.
300
Loc. cit.
301
CE, ass 6 mars 1959, Syndicat des grandes pharmacies de la région de Paris, Rec. 165.
302
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 377.
303
Ibid., p. 378.
304
Ibid., pp. 377-378.
305
ROLLAND (B), Procédure civile, Levallois-Perret, Studurama, 3e éd., 2013, p. 102.

77
administrative »306. Cette conception paraît dominer l’esprit de la jurisprudence de la Cour
suprême camerounaise si tant est que l’essentiel de la jurisprudence de cette juridiction se
rapporte à la garantie des droits de la défense dans la procédure administrative non
contentieuse, et rarement sinon jamais, dans la procédure administrative contentieuse. En
effet, la quasi-totalité des jugements et arrêts de la Cour suprême qui ont trait aux droits de la
défense concernent les sanctions disciplinaires307. Et inversement, le terme contradiction
n’apparaitrait pas ou n’apparaitrait que très peu dans la jurisprudence de la Cour suprême
garantissant les règles de procédure devant l’administration active. Il semble être réservé à la
seule procédure administrative contentieuse.

Cette distinction trouve ses limites en ce que les droits de la défense sont bien présents
dans la procédure administrative contentieuse. En effet, le droit de se faire représenter par un
avocat, même s’il a un lien avec la contradiction, en est totalement indépendant. L’on peut en
dire autant de la possibilité de récuser un juge partial.

Aucune des distinctions évoquées n’emporte véritablement satisfaction. Pour cette


raison, le choix s’est porté, non sans quelques réserves significatives, sur une autre distinction
qui semble séduire par sa clarté et sa simplicité.

Elle se traduit par le fait que tout ce qui est libre présentation d’arguments et de
moyens relèverait des droits de la défense, tout ce qui est libre et totale communication entre
les parties ou le juge participerait de la contradiction308. Malgré le reproche qu’on peut
formuler à cette conception, à laquelle paraît se rallier Monsieur Guy BRAIBANT309, de ne
pas trouver d’appui jurisprudentiel direct et d’être plus formaliste que réaliste, elle présente
l’avantage de laisser une autonomie aux deux principes. Elle définit clairement leurs champs
respectifs. Mais elle ne vaut qu’en ce qui concerne la distinction avec les droits de la défense,
et pourtant la distinction avec l’égalité des armes est-elle aussi importante.

306
ODENT (R), Contentieux administratif, t2, fasc. 4 à 6, Paris, Dalloz, 2007, p. 472.
307
NYETAM TAMGA (A), « Les droits de la défense dans la jurisprudence de la Cour suprême du Cameroun
statuant en matière administrative », Juridis Périodique, n° 52, Octobre-Novembre-Décembre, 2002, p. 71.
308
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 379.
309
BRAIBANT (G), « L’arrêt Syndicat des Ingénieurs Conseils et les principes généraux de droit », EDCE,
1962, p. 62.

78
2- La distinction entre la contradiction et l’égalité des armes

Le principe de la contradiction doit également être distingué de celui relatif à l’égalité


des armes. Fondée sur la notion de cause entendue équitablement prévue à l’article 6-1 de la
Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme (CESDH), l’égalité des armes a
été dégagée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) et a été définie comme
« l’obligation d’offrir à chaque partie une possibilité raisonnable de présenter sa cause…
dans des conditions qui ne la placent pas dans une situation de net désavantage par rapport
à son adversaire »310. Proche de la contradiction, leurs rapports sont si étroits qu’ils sont
souvent pris l’un pour l’autre. Il y aurait une double raison à cela.

D’abord, les deux principes paraissent prétendre à un même objectif: l’équité entre les
parties au procès. De fait, d’une part, le principe du contradictoire et celui de l’égalité des
armes postulent tous deux l’établissement et le maintien de l’égalité des parties au procès311.
Le Conseil d’Etat français déclare en ce sens que le principe de la contradiction « tend à
assurer l’égalité entre les parties devant le juge »312. D’autre part, et spécialement dans la
jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, la règle de la contradiction
constitue un sous-ensemble du principe de l’égalité des armes313. Ainsi que le révèle la
CEDH, de l’égalité des armes découle le « principe fondamental du procès équitable »314.

Ensuite, la confusion se trouve davantage confortée sur leur contenu qui semble être le
même d’une Cour à une autre. En effet la définition que la CEDH se donne de l’égalité des
armes est, dans le fond, proche de la conception que le Conseil d’Etat se fait du principe de la
contradiction315. Pour le Conseil d’Etat, ce dernier implique « la communication à chacune
des parties de l’ensemble des pièces du dossier »316. Or selon la Cour européenne, le principe
de l’égalité des armes comporte « aussi en principe le droit pour les parties à un procès de

310
CEDH, 27 oct. 1993, DOMBO Beheer.
311
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 240.
312
CE, 29 juillet 1998, Mme ESCLATINE, req. n° 179635 180208. Lebon, p. 320.
313
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 240.
314
V. not. CEDH 18 février 1997, Nideröst-Hubert c/ Suisse, Recueil 1997-I, p. 108, § 21.
315
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 241.
316
CE, 29 juillet 1998, Mme ESCLATINE.

79
prendre connaissance de toute pièce ou observation soumise au juge »317. De la sorte, si
dans les ordres juridiques nationaux européens la Cour a contribué au renforcement de la
norme à sa portée, elle n’a pas cependant aidé à clarifier le concept même318.

On peut en conséquence remarquer avec Monsieur Loïc CADIET et alii que la


jurisprudence n’est pas toujours d’un grand secours319 pour distinguer les deux notions. La
doctrine y jouerait alors un grand rôle.

Il faut tout d’abord prendre acte avec Monsieur Frédéric SUDRE de ce que le
principe de l’égalité des armes impose seulement de traiter les parties de façon égalitaire,
aucune ne pouvant revendiquer un droit dont l’autre n’a pu bénéficier320. Les parties doivent,
d’une façon générale, disposer des mêmes moyens pour faire valoir leurs arguments321.
L’égalité des armes garantit ainsi qu’il n’y ait pas d’inégalité dans la communication des
pièces du dossier. En revanche, la règle du contradictoire requiert que chaque partie ait la
faculté et la possibilité non seulement de faire connaître les éléments nécessaires à la
présentation de sa défense et au succès de ses prétentions, mais aussi de prendre connaissance
et de discuter les pièces ou observations présentées au juge en vue d’influencer la décision du
tribunal322.

Ensuite, il convient de noter, avec Monsieur Joseph Pierre EFFA, que la


contradiction « est enfreinte lorsqu’une pièce du dossier n’a pas été communiquée aux
parties qui ne peuvent pas faire d’observations par conséquent, tandis que si le défaut de
communication ne concerne que l’une d’elle alors que l’autre y a accès, c’est le principe de
l’égalité des armes qui se trouve violé »323.

317
CEDH 18 février 1997, Nideröst-Hubert c/ Suisse, Recueil 1997-I, p. 108, § 21; V. aussi CEDH, 25 1997,
Van Orshoven c/ Belgique, Recueil 1197-III; 20 février 1996, Vermeulen c/ Belgique, Recueil 1996-I.
318
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p.
319
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, [Link]., p. 631.
320
SUDRE (F), cité par EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative
contentieuse au Cameroun », op. cit., p. 241.
321
Loc. cit.
322
V. not. CEDH, 18 mars 1997, Mantovanelli c/ France, Recueil 1997-II, p. 436, § 33; 20 février Lobo
Machado c/ Portugal, Recueil 1997-I, § 31.
323
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 241.

80
Il convient de retenir en définitive que l’égalité des armes consiste en réalité à offrir
aux parties les mêmes possibilités, les mêmes chances, à les mettre dans des conditions
identiques ou semblables en vue de faire valoir leurs prétentions respectives. La contradiction,
quant à elle, renvoie à la possibilité pour chacune des parties d’être à même de recevoir les
allégations de ses adversaires et de les discuter en vue du bien-fondé de ses allégations
propres. La contradiction serait ainsi un aspect particulier et, le plus important, de l’égalité des
armes.

En fin de compte, pour autant que l’on doit admettre que la distinction avec d’autres
notions voisines non moins importantes telles que le droit d’accès au juge, l’impartialité du
juge, la loyauté, le droit d’être entendu, n’ait pas été prise en compte, c’est au regard de celle
effectuée avec les notions de droit de la défense et d’égalité des armes que les contours de la
contradiction apparaissent mieux dégagés. Toute chose de nature à faciliter l’indication de son
contenu et par la suite sa valeur.

B- Le contenu et la valeur de la contradiction

La notion de contradiction comprend une essence propre. Toutefois, il n’était pas


souhaitable de la déterminer sans au préalable avoir dessiné ses contours. Pour la raison
connue que son contenu était assimilé voire phagocyté par d’autres notions et que sa valeur
était sous le couvert des mêmes notions, le besoin s’est fait naître de la démarquer de celles-
ci. C’est en partant d’une telle considération que l’on envisagera d’abord le contenu (1), puis
la valeur et le statut (2) de la contradiction.

1- Le contenu de la contradiction

L’appréhension du contenu de la notion de contradiction nécessite quelques remarques


liminaires liées à sa terminologie. Un arrêt sur le problème sémantique, consistant à savoir s’il
faut parler de contradiction ou de contradictoire, s’impose. A ce sujet, il convient de relever
que l’expression contradictoire ou plus exactement principe du contradictoire est la plus
usuelle en doctrine et dans les prétoires. Mais il est proposé de lui préférer celle de la
contradiction ou de principe de la contradiction. Qualifiée d’ « expression bizarre »324,
l’épithète contradictoire serait chétive. Deux raisons à cela: « l’une pour dire que
transformer un adjectif en un substantif n’est pas nécessaire quand le substantif existe
déjà, l’autre pour rappeler que le nouveau code procédure civile – français – consacre une

324
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., pp. 838-839.

81
section entière comportant quatre articles, à la contradiction, principe directeur du procès
civile »325. Pour pertinente qu’elle soit326, cette vision est encore loin du compte si bien que
l’usage de l’épithète contradictoire demeure. Heureusement, cette « indiscipline de
langage »327 ne paraît pas déterminante.

Plus déterminante le serait en revanche, la signification juridique de la notion de


contradiction ou de contradictoire, selon les sensibilités. Cela commande en premier lieu de
retourner aux racines latines de la langue française. C’est du moins la tâche à laquelle s’était
attelé le Professeur Olivier GOHIN, en ressortant l’origine de l’expression par ces termes :
« contradiction, contradictoire sont formés sur le verbe "contredire" qui vient du latin
"contradicere", c’est-à-dire parler contre, répondre en s’opposant à. Utilisé dans la langue
juridique, il a ainsi le sens de défendre (répondre à la demande) ou de répliquer (répondre
à la défense), les contradicteurs étant les adversaires ou encore les parties »328. L’approche
étymologique permet donc de fixer le but de la contradiction: la discussion des pièces de
l’affaire produites tout au long de l’instance329.

En y faisant fond, plusieurs théoriciens du droit processuel ont pu aisément s’exprimer


sur le contenu de la contradiction.

Le Professeur Olivier GOHIN tout abord entend par contradiction, « le droit pour
toute personne directement intéressée de se voir assurer une information utile dans
l’instance, par la communication des différents éléments du dossier produits dans un délai
suffisant, en vue de leur discussion devant le juge »330.

Pour le Professeur CADIET et alii, « le principe du contradictoire suppose (…), au


minimum, que les parties soient entendues ou appelées et qu’elles puissent avoir
communication des éléments du procès afin de pouvoir débattre utilement. Il implique
outre d’autres exigences, propres à en assurer l’effectivité »331.

325
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 22.
326
Il importe d'ailleurs de relever que le terme contradiction emporte notre conviction.
327
CORNU (G), Linguistique juridique, Paris, Montchrestien, 3e éd., 2005, spéc. n° 80, p. 308.
328
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 24.
329
Loc. cit.
330
Ibid., p. 28.
331
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., p. 642.

82
Pour sa part, Monsieur Raymond ODENT estime en premier lieu que, « dire de la
procédure qu’elle doit être contradictoire, cela signifie que des juges ne peuvent pas faire
intervenir dans leurs décisions des faits, actes ou des renseignements, que les personnes
directement intéressées n’auraient pas été mises à même de connaître et de discuter »332. Il
« donne ensuite aux intéressés le droit de prendre connaissance de tous les documents
versés au dossier »333.

Pour le Professeur Bernard PACTEAU enfin, « le contradictoire, c’est l’association


des parties au procès, le droit d’y être présent, actif, et même acteur »334, il implique ainsi un
« droit à savoir » d’après lequel aucun élément ne saurait être régulièrement soumis au juge
sans que les parties aient été à même d’en prendre connaissance. Et un « droit à faire
savoir », donc de répondre aux observations des adversaires, avec la garantie de disposer à cet
effet d’un délai suffisant.

Somme toute, la contradiction serait le droit reconnu à toute personne intéressée par
l’instance (partie ou tiers) à l’égard du juge ou de son adversaire de prendre connaissance de
toute information utile afin qu’il puisse, au détour d’une discussion réciproque, assurer sa
défense. C’est, grosso modo, ce qui ressort de l’ensemble des affirmations précédentes. C’est
partant de cette perception du contenu que la valeur et le statut juridique de la contradiction
doivent être précisés.

2- Le statut et la valeur juridique de la contradiction

La valeur juridique de la contradiction doit être distinguée de son statut juridique. Le


statut juridique a trait à la catégorie de la règle de droit à laquelle appartient la contradiction.
Tandis que la valeur juridique correspond à la force juridique de la contradiction à l’échelle de
la hiérarchie des normes. En dépit d’une telle différenciation entre les deux notions, elles sont
fortement unies l’une à l’autre. En effet, du statut juridique dépend la valeur juridique.

Cette précision faite, il convient de noter que le statut juridique puis la valeur juridique
de la contradiction y sont allés crescendo. La contradiction a longtemps peiné à se faire un
statut et avoir une valeur pour la raison évoquée de sa dépendance initiale aux droits de la
défense. Car ceux-ci, plus anciens principes généraux de procédure, lui faisaient totalement
ombrage. Cela ne présageait sans doute pas de l’incroyable ascension qu’elle allait connaître.

332
ODENT (R), Contentieux administratif, t1, op. cit., p. 735.
333
Ibid., p. 736.
334
PACTEAU (B), Manuel de contentieux administratif, PUF, 2e éd., 2010, p. 158.

83
D’abord, suite à l’éclatement des droits de la défense, la contradiction va acquérir le
statut de règle générale de procédure, c’est-à-dire de règle obligatoire créée par le juge
administratif335. C’est du moins ce qu’a dû laisser entendre le Conseil d’Etat dans l’affaire
Villes336. Il faut préciser que les règles générales de procédure sont de nature réglementaire337.
Par la suite, dans l’affaire de la Huta, la contradiction devient un principe général de
procédure338. A la différence des règles générales de procédure, les principes généraux de
procédure s’imposent au pouvoir réglementaire. Ils sont assimilés aux principes généraux de
droit dont ils ne sont qu’un aspect particulier en raison de leur domaine. Ils s’appliquent sur la
procédure et non sur le fond comme le reste des principes généraux de droit. Si, comme
l’affirme le juge administratif camerounais339, les principes généraux de droit ont une valeur
égale à la loi ordinaire, par assimilation à ceux-ci, les principes généraux de procédure
auraient la même valeur. Que dire en dernier lieu, si ce n’est que ce long détour en droit
processuel aura permis finalement d’apporter des précisions à la notion de contradiction qui
constitue le principal instrument mis à la disposition du juge administratif pour organiser la
communication. Il importe dès à présent d’en mesurer l’intérêt.

PARAGRAPHE II - L’INTERET D’UNE COMMUNICATION FONDEE SUR LE


PRINCIPE DE LA CONTRADICTION

L’application de la contradiction en matière de communication entraîne l’exigence


d’assurer la moralisation de l’instruction des affaires. Il s’agit de garantir, dans des conditions
d’équité, à chacune des parties toute information devant lui permettre d’organiser ses
prétentions et arguments. Le principe de la contradiction a ainsi une fonction qui consiste à
assurer la défense des parties. C’est la raison pour laquelle il s’est retrouvé inscrit dans le
« code génétique »340 de toute procédure juridictionnelle et particulièrement de la procédure
administrative contentieuse pour ce qui est particulièrement de la communication des
éléments du procès. A juste titre, en cette matière, il permet la mise en œuvre d’une procédure

335
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 5.
336
CE, 10 août 1918, rec. 848, concl. BERGET.
337
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 92.
338
CE, 12 mai 1961 Société de la HUTA.
339
CFJ/CAY, arrêt n° 68 du 30 septembre 1969, Société des Grands Travaux de l'Est (SGTE) c/ Etat du
Cameroun.
340
Expression empruntée à Monsieur ATEBA EYONG (AR), in Le juge administratif et la création du droit…,
op. cit., p. 139.

84
équitable par le juge administratif (A) et la sauvegarde du droit à l’information des parties
dans le procès (B).

A- La mise en œuvre d’une procédure équitable

La garantie d’une procédure équitable par la contradiction en matière de


communication peut être considérée d’un double point de vue. D’un point de vue négatif, elle
est le plus sûr moyen de prévenir tout risque d’arbitraire de la part du juge341 (1). D’un point
de vue positif, il tend à assurer, puis préserver l’équilibre entre les parties dans l’instance342
(2).

1- La prévention de tout risque d’arbitraire

La contradiction participe d’une exigence que le juge est lui-même tenu de respecter.
Elle est consacrée en tant que moyen d’ordre public en contentieux administratif
camerounais343. Il impose au juge de communiquer tous les éléments d’instruction d’où
certainement la provenance de sa qualité de moyen d’ordre public. Les moyens d’ordre public
sont regardés comme étant une « technique juridique »344. Il s’agit en effet « des exigences
procédurales dont le non-respect entraîne une fin de non-recevoir de l’examen au fond de
la demande en justice, c’est une technique juridique, c’est-à-dire des procédés, énoncés
ayant une force obligatoire, des prescriptions, les commandements »345. Le juge
administratif camerounais, dans l’affaire SITCHEDIE contre l’Etat du Cameroun346,
considère que la disposition d’ordre public (autre appellation pour désigner le moyen d’ordre
public) « doit être soulevée d’office par le juge au cas où une des parties au procès ne la
soulèverait pas ».

La qualité de moyen d’ordre public conférée au principe de la contradiction contribue


assurément à faire économie de tout risque d’arbitraire de la part du juge. Pour cette raison, à

341
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 83
342
Loc. cit.
343
V. article 35 de la loi n°2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour
Suprême.
344
NGA NGONO (A), L’élaboration des moyens d’ordre public en contentieux administratif camerounais, th.
Doctorat/Ph. D en Droit public, Université de Yaoundé II, FSJP, année académique 2015-2016, p. 12.
345
NGA NGONO (A), Les moyens d'ordre public en contentieux administratif camerounais, Mémoire de DEA
en droit public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2009-2010, p. 19
346
CS/CA, Jugement n°23/01-02 du 28 février 2002, SITCHEDIE André c/ Etat du Cameroun.

85
défaut pour les parties de le faire, le juge doit communiquer aux parties tout élément en sa
possession et au vu duquel il entend asseoir sa conviction.

Mais force est de constater qu’en contentieux administratif camerounais, le juge peut
se passer de la contradiction à tort ou à raison347, exposant ainsi le justiciable à un éventuelle
arbitraire.

Bien plus, aucune obligation ne lui est faite de communiquer les moyens d’ordre
public348. Or l’obligatoriété de leur communication est nécessaire, sinon ces moyens
apparaitraient comme des éléments étrangers au débat alors qu’ils vont déterminer l’issue du
procès. « L’on constate ainsi que la non consécration de cette obligation juridictionnelle
d’informer porte atteinte sans doute à la sécurité juridique des justiciables »349. En effet,
l’équité et donc l’absence d’arbitraire dans le traitement d’une affaire voudrait que la sécurité
juridique des parties soit prioritairement prise en considération. L’attitude du juge ne doit pas
faire apparaître que l’intérêt des parties ou de l’une d’elles ait été minoré voire ignoré par lui.

Il est donc urgent comme le souligne Monsieur Achille NGA NGONO « de


consacrer cette obligation »350 comme en droit en français afin d’éviter qu’ils « apparaissent
comme les pièges imaginés par des technocrates du formalisme (le législateur et les obsédés
jurisprudentiels) pour duper les plaideurs de bonne foi »351.

Au demeurant, lorsqu’elle est contradictoire, la communication des éléments du


procès, y compris celle des moyens d’ordre public, permet de prévenir et même de juguler
toute tentative d’arbitraire dans la démarche du juge de sorte qu’aucune partie ne se sente
défavorisée. Elle conduit alors, et nécessairement, à l’instauration et à la préservation des
équilibres entre elles.

347
Cf. chapitre suivant.
348
NGA NGONO (A), Les moyens d'ordre public en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 185.
349
Loc. cit.
350
Loc. cit.
351
ODENT (R), « Le destin des fins de non-recevoir », in Mél. WALINE, 1974. t2, p. 653, cité par NGA
NGONO (A), loc. cit.

86
2- L’instauration et la préservation de l’équilibre entre les parties

L’équilibre entre les parties est intégré dans la procédure comme étant un caractère du
procès équitable352. Elle est d’autant plus nécessaire dans la procédure administrative
contentieuse dans la mesure où il s’agit d’une procédure au cours de laquelle un administré
s’affronte à la puissance publique353. Il est clair que le déséquilibre initial entre les parties est
tel que l’administration a des possibilités de le rétablir à son profit si bien que l’exigence de la
contradiction est particulièrement forte354. En effet, c’est par l’organisation de la contradiction
que l’on peut le mieux remédier à l’inégalité naturelle des parties (dont, évidemment, la
justice ne peut pas s’accommoder)355.

La contradiction aurait ainsi pour fonction d’instaurer en premier l’équilibre avant de


le préserver. L’instauration de l’équilibre suppose que, dès l’entame de l’instance, chacune
des parties soit placée dans une position qui ne la désavantagerait pas par rapport à
l’adversaire. Il est donc judicieux s’agissant du requérant, Ŕ qui, on le sait, est en général
l’administré Ŕ avant de procéder à toute communication, de l’inviter par exemple à régulariser
son dossier. C’est aussi le cas lorsque le juge le dispense de produire des copies des
documents volumineux ou encore lorsqu’il donne suite à une demande d’assistance judiciaire.
De son côté, le défendeur doit être directement mis en cause356, c’est-à-dire appelé et entendu
avant d’être jugé. Il s’agit finalement de faire en sorte que chacune des parties en cause soit en
mesure de discuter et de contredire les prétentions, les moyens, les arguments et les éléments
de preuve qui lui sont opposés357.

Pour ce qui est de la préservation de l’équilibre, le juge, par le jeu de la contradiction,


doit de manière effective s’assurer que la discussion a lieu. Il joue le rôle d’intermédiaire dans
le dialogue contentieux entre les parties. Il veille alors non seulement à la réciprocité des
échanges, mais aussi à leur loyauté voire à leur cohérence. Il est en quelque sorte garant de la
bonne conduite de la contradiction. Combiné avec le pouvoir inquisitorial du juge, la
discussion contradictoire contribue donc à la mise en œuvre dans l’instance du principe de
352
NGUELE ABADA (M), « La réception des règles du procès équitable dans le contentieux de droit public »,
op. cit., p. 63.
353
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 838.
354
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 83.
355
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 838.
356
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, Université de Yaoundé, FDSE, 1985-
1986, p. 175.
357
BERGEL (J-L), Méthodes du droit, Théorie générale du droit, Paris, Dalloz, 2e éd., 1989, p. 327.

87
l’égalité des citoyens devant la justice358. Or, ce dernier principe a pour implication profonde
de garantir le droit à l’information des parties.

B- La garantie du droit à l’information

« Il est dans la mission même du juge administratif qui n’est pas un arbitre passif,
d’informer les parties de la survenance d’éléments susceptibles d’influer sur le litige…
parce qu’il n’existe pas de procédure vraiment contradictoire sans information
suffisante »359. La contradiction constitue assurément le socle permettant à la règle de la
communication d’assurer le droit à l’information des parties. Pour que celles-ci puissent se
contredire de manière effective, il faut qu’elles soient informées. Le droit à l’information se
présente donc d’une part, comme le droit, pour l’auteur d’une prétention, d’être entendu sur le
fond de celle-ci afin que le juge la dise bien fondée360. D’autre part, pour l’adversaire, l’action
est le droit de discuter le bien-fondé de cette prétention361. Pour le dire autrement, pour le
requérant la fin recherchée à travers son droit à l’information consiste à convaincre le juge de
la légitimité de sa demande ou de sa réclamation. Pour le défendeur en revanche, l’exercice de
son droit à l’information tend essentiellement à faire échec à ladite demande ou réclamation
pour la dire non fondée par le juge et éventuellement à formuler, à titre reconventionnel, une
accusation à l’encontre du requérant.

Quoi qu’il en soit, le principe de la contradiction implique un droit à l’information


pour les parties et une obligation de les informer pour le juge362. C’est donc au juge qu’il
incombe la charge d’informer les parties (1). De cette obligation découle le droit pour les
parties à recevoir les pièces et mémoires pour en prendre connaissance (2).

1- L’obligation du juge d’informer les parties

L’obligation d’information du juge se décline en obligations : d’informer les parties de


l’existence d’une procédure contentieuse les concernant, de mettre les parties en mesure de
présenter leurs arguments et d’informer chaque partie sur le déroulement de l’instance.
358
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, loc. cit.
359
CE, 26 mars 1976, Conseil régional de l'ordre des pharmaciens de la circonscription d'Aquitaine et autres,
concl. DONDOUX, AJDA, 1977, p. 157.
360
TERRE (F), « Sur la notion de liberté et droits fondamentaux », in Libertés et Droits fondamentaux, Paris,
Dalloz, 10e éd., 2010, p. 907.
361
OND OND (PA), La communication des mémoires dans le contentieux administratif au Cameroun, Mémoire
en vue de l’obtention du Master en Droit public, Université de Dschang, FSJP, 2009-2010, p. 59.
362
KAMDEM (J-C), Contentieux administratif, op. cit., p. 175.

88
L’obligation d’informer la (les) partie (s) de l’existence d’une procédure n’incombe
au juge que consécutivement à sa saisine régulière par l’adversaire. Il faut en effet faire
observer que, l’obligation d’informer à ce stade, constitue un droit pour la partie mise en
cause, en l’occurrence le défendeur. Sa mise en œuvre est subordonnée à la recevabilité de la
requête introductive d’instance du demandeur. Ainsi, l’on peut aisément s’en rendre compte à
la lecture de la procédure contentieuse administrative camerounaise. Il y est disposé qu’ « en
cas de recevabilité de la requête, le rapporteur en ordonne la communication au défendeur
(…) »363. Ce qui conduit logiquement à dire que pour que l’information contenue dans la
requête introductive d’instance parvienne au défendeur, celle-ci doit avoir au préalable
satisfait aux exigences liées à sa recevabilité. Il s’agit de s’assurer notamment qu’un recours
gracieux en bonne et due forme a précédé le recours contentieux, que le recours contentieux a
été introduit dans les délais, que le requérant a intérêt puis qualité pour agir, que le juge
administratif est compétent pour statuer au fond de l’affaire, entre autres.

Une fois l’information parvenue au défendeur par l’intermédiaire du juge, il doit


s’organiser en vue de présenter sa défense ou ses observations en répondant aux prétentions et
arguments du requérant, c’est-à-dire à ses conclusions et moyens. D’où l’obligation pour le
juge de mettre la (les) partie (s) en mesure de présenter ses (leurs) arguments. L’information
est préalable à la réponse, car c’est après avoir pris connaissance des documents et pièces que
le défendeur peut se défendre ou répondre364. L’expression usuelle est celle de « droit de
réponse ». Le droit de réponse implique un temps utile, généralement défini par un texte et
parfois fixé par le juge lui-même, permettant au défendeur d’élaborer sa stratégie de défense.
La loi de 2006 sur les tribunaux administratifs mentionne en ce sens que le défendeur dispose
de « trente jours pour déposer son mémoire en défense »365. Par ailleurs, « lorsqu’il y a
plusieurs défendeurs en cause et qu’ils n’ont pas tous présenté de défense, le rapporteur
met les défaillants en demeure d’avoir à s’exécuter dans un délai supplémentaire de trente
jours (…) »366.

Il faut cependant préciser que le défendeur n’a pas l’apanage du droit de réponse. Le
demandeur l’exerce aussi notamment lorsqu’il a été formulé contre lui une demande

363
Art. 38 (1) de la loi de 2006 sur les tribunaux administratifs.
364
NDZANA NTIGA (AR), L’application du principe du contradictoire dans la procédure administrative
contentieuse au Cameroun, Mémoire de DEA en droit public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2010-2011, p. 28.
365
Art. 38 (1).
366
Art 38 (3).

89
reconventionnelle par le défendeur et lorsque, plus généralement, il réagit au mémoire en
défense ou en duplique, en faisant des observations dans un mémoire en réplique.

Enfin, la dernière obligation d’informer à la charge du juge est celle qui consiste à
informer les parties sur le déroulement de l’instance. Il s’agit pour le juge de porter tout fait
nouveau à la connaissance des parties, tout incident de procédure, tout moyen d’ordre public,
toute mesure d’instruction, entre autres. Dans ce dernier cas, l’information doit alors porter
tout à la fois sur le déroulement de la mesure et sur les résultats367. De même, le juge doit
avertir les parties sur la date de la tenue de l’audience. Car en effet, « dix jours au moins
avant la date de l’audience chaque partie reçoit une convocation d’avoir à s’y présenter.
Cette convocation lui est notifiée par le greffe, conformément aux dispositions de la
présente loi »368.

Au demeurant, l’obligation du juge d’informer est une exigence de la contradiction, et


de ce fait, implique pour les parties un droit à prendre connaissance des mémoires et pièces.

2- Le droit des parties à recevoir les mémoires et pièces

Il faut d’entrée de jeu relever que si le droit à recevoir les mémoires est formellement
encadré par les textes369, celui consistant à recevoir les autres pièces ne l’est que lorsque le
juge en ordonne la production aux parties370. Ainsi, tout document librement produit par une
partie en dehors du mémoire ne serait pas automatiquement communiqué à l’autre. Ce serait
le cas, lorsque le juge est convaincu de son inutilité ou lorsqu’il n’entend pas s’y appuyer pour
statuer au fond. En revanche, dès lors que ledit document se révèle être utile à la décision du
juge, celui-ci aurait l’obligation de le mettre à la disposition de toutes les parties pour
satisfaire aux exigences de la contradiction.

Ce n’est malheureusement pas le choix opéré par le juge administratif dans l’affaire
NGUENA Antoine371. En effet, le Sieur NGUENA a intenté devant la Chambre administrative
un recours tendant à son intégration au grade de chargé de cours pour compter du 1er février

367
CE, ass., 11 mars 1955, Secrétaire à la Guerre c/ COULON, concl. Grevisse RDP, Recueil 1955.995, p. 149.
368
Art. 50 de la loi n° 2006/022 du 29 décemebre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
369
V. art. 32 à 44 de la précédente loi.
370
V. art. 37 (3) et 42.
371
CS/CA, Jugement n° 21/85-86 du 30 janvier 1986, NGUENA Antoine c/ Université de Yaoundé.

90
1981 et à la condamnation de l’Etat au paiement des dommages-intérêts. Il faisait valoir dans
son intervention orale à l’audience par la voie de son conseil que :

« le rapport s’appuie sur le contrat du travail alors que son client n’a jamais eu
connaissance, ni reçu communication de cette pièce; qu’il se demande comment le
rapporteur a pu se procurer ce document qu’il a par ailleurs exploité non
contradictoirement, ajoutant que ceci n’est pas justice et que ladite pièce ne saurait qu’être
écartée des débats ».

Alors que l’on se serait attendu effectivement que le juge écarte des débats la pièce
non communiquée à la partie requérante, sa réponse fut des plus curieuses et ahurissantes. Il
va plutôt rétorquer à la partie requérante que:

« Mais attendu qu’il a été satisfait aux exigences du requérant auquel le contrat de
travail n° 433/UY/ER/PEC du 2 février 1978 a été communiqué en cours d’audience; que
toutefois ni le Sieur NGUENA, ni son conseil, n’ont élevé la moindre discussion sur ce
document, en dépit des remises en cause accordées à cette fin ».

Cet argumentaire du juge prête le flanc à la critique. D’abord parce qu’il porte atteinte
au principe de la contradiction et donc au droit à recevoir les pièces. L’explication tient de ce
qu’en réalité l’audience ne devrait pas être un lieu de rattrapage où le juge tente de
communiquer les documents qui ne l’auraient pas été lors de la phase écrite et au vu desquels
il entend statuer. En tout cas, une chose est claire, la loi de 1975372 régissant la procédure
contentieuse administrative alors en vigueur au moment du règlement de l’affaire, et
contrairement à la loi de 2006373, ne le permettait pas ou, à tout le moins, ne le prévoyait pas.
Si dans l’hypothèse où l’on devait même admettre que, par ses pouvoirs inquisitoriaux, le juge

372
Loi n° 75/17 du 18 décembre 1975 fixant la procédure devant la Cour suprême statuant en matière
administrative. V. art. 19 à 22.
373
Il convient en effet de relever que la loi de 2006 sur les tribunaux administratifs prévoit formellement la
possibilité de produire des pièces à l'appui des débats oraux et donc aussi la possibilité de leur communication à
l'audience. Une partie pouvant demander leur annulation si elle prouve que le vice dont la pièce est entachée lui
a causé préjudice. V. art. 51 (5). Cette disposition paraît peu respectueuse de la contradiction dans le mesure où il
n'est pas aisé pour une partie de discuter à l'audience une pièce dont elle n'a pas eu connaissance à l'avance pour
savoir si effectivement celle-ci lui cause préjudice. La meilleure voie serait celle de la réouverture de l'instruction
en vue de la poursuite des observations écrites malgré les exigences de célérité ou de renvoyer l'affaire à une
prochaine audience pour permettre à la partie requérante de discuter ou de contester la pièce litigieuse.

91
pouvait éventuellement l’envisager, il devait s’en abstenir dès lors que cela allait à l’encontre
de la pleine réalisation de la contradiction comme c’est le cas in casu.

Bien plus, l’article 22 (1) de cette loi de 1975, reprise mutatis mutandis par l’article 52
(1) 374 de la loi de 2006 sus évoquée, exposait que, « après le rapport qui est fait sur chaque
affaire, les parties peuvent présenter, soit en personne, soit par mandataire ou avocats, des
observations orales à l’appui des leurs conclusions écrites ». Il en résulte qu’il n’appartient
pas aux parties de faire des observations orales sur les éléments extérieurs à leurs conclusions
écrites, excepté sur les moyens d’ordre public.

En outre, le défaut de communication des pièces lors de la phase écrite ne saurait être
couvert par leur communication lors des débats oraux à l’audience alors et surtout que ceux-ci
« n’ont qu’un caractère accessoire »375. C’est donc en vain que le juge tente de justifier le
respect de la contradiction en soutenant que la pièce a été communiquée en cours d’audience
et que ni la partie requérante, ni son conseil n’ont élevé la moindre contestation. La
contradiction et le droit à prendre connaissance ont été indiscutablement minorés.

Au vu de l’ensemble des éléments qui précèdent, la contradiction a jusqu’ici été


envisagée en tant que principe de base de l’organisation de la communication par le juge.
Reste maintenant, in concreto, à l’envisager en tant que procédure irrigant cette
communication.

SECTION II - LA PROCEDURE DE LA CONTRADICTION COMME MODE


D’EXERCICE DE LA COMMUNICATION

La contradiction avant d’être un principe, suppose d’abord une procédure. C’est-à-


dire, un ensemble de formalités qui doivent être suivies et tendant à garantir la libre
discussion dans le procès376. Or, le cadre privilégié de la procédure contradictoire est sans
doute la phase de l’instruction. Car, c’est ici qu’intervient fondamentalement la
communication des mémoires et pièces qui, en quelque sorte, en est le reflet. La procédure de
communication des mémoires et pièces constitue par son déroulement, la manifestation la plus
tangible d’une procédure contradictoire. C’est en effet à travers le déroulement de cette

374
Cet article dispose que « après lecture du rapport fait sur chaque affaire, les parties peuvent présenter, soit
en personne, soit par mandataire ou avocats, des observations orales ou plaidoiries à l'appui de leurs
conclusion écrites ».
375
CS/CA, Jugement n° 37 du 6 mai 1982, ONGUENE OBAMA Jean c/Etat du Cameroun.
376
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, [Link]., p. 255.

92
procédure que l’on peut observer comment les mémoires et pièces sont transmis d’une partie à
une autre pour leur information réciproque377. C’est dire que, c’est à travers la communication
dirigée par le juge que s’exerce la contradiction.

Le législateur camerounais n’a pas, en tout cas, résigné sur les pouvoirs qui sont les
siens en vue d’un encadrement rigoureux, et peut-être même à la limite rugueux, de la
procédure contradictoire. D’où il apparaît alors l’impérieuse nécessité de la décrire. Il sied
pour ce faire, de procéder à un double découpage. En premier lieu, la contradiction s’exerce à
travers les personnes et les actes de la communication (paragraphe I). Ensuite, elle se
déploie dans la procédure de la communication dans son ensemble (paragraphe II).

PARAGRAPHE I - LA CONTRADICTION A TRAVERS LES ACTES ET LES


PARTIES A LA COMMUNICATION

La procédure contradictoire liée à la communication des mémoires et pièces doit à ce


niveau être examinée successivement en ce qui concerne son exercice à travers les actes (A),
puis en ce qui concerne son exercice à travers les parties (B).

A- La contradiction à travers les actes

Les lois n° 2006/022 et n° 2006/016 relatives respectivement aux tribunaux


administratifs et à l’organisation et le fonctionnement de la Cour Suprême ont prévu un
certain nombre d’instruments juridiques relatifs à la procédure contradictoire de la
communication des mémoires et pièces. Ceux-ci peuvent être distingués en fonction de leur
origine. Il convient alors d’opérer une nette différence entre les actes de la juridiction
administrative (1) et les actes des parties (2).

1- Les actes de la juridiction

La juridiction administrative prend d’importants actes pour assurer la contradiction


due à la procédure de communication des mémoires et pièces. Il s’agit des actes qui
proviennent soit du juge, soit du greffier.

Lorsqu’ils proviennent du juge, ils prennent essentiellement la forme d’une


ordonnance. Le plus souvent on désigne par ordonnances, « les décisions rendues par le

377
OND OND (PA), La communication des mémoires dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p.
71.

93
Président d’une juridiction ou d’une formation de jugement… »378. Mais il s’agit là d’une
appréhension restrictive de l’ordonnance dans la mesure où celle-ci serait uniquement une
« décision rendue par le chef d’une juridiction »379 ou d’une formation collégiale. A cette
conception restrictive s’opposerait une conception plus large qui considère que l’ordonnance
est le « nom donné à certaines décisions d’un juge unique (président de juridiction, juge
d’instruction, juge de mise en état) qui peut revêtir soit un caractère juridictionnel,
contentieux ou gracieux, soit le caractère d’une mesure d’administration judiciaire et dont
l’objet peut être très divers »380. Cette dernière conception semble plus satisfaisante dans la
mesure où elle traduit bien la lettre et l’esprit de la loi. D’où il apparaît alors que la faculté de
prendre des ordonnance est étendue à d’autres juges, au juge d’instruction (rapporteur)
notamment, qui ne se trouve pas toujours être le président de la juridiction et encore moins le
chef d’une formation collégiale.

Cette précision notionnelle faite, l’on peut dès lors se soucier de la qualité de
l’ordonnance en tant qu’un instrument de la contradiction. Pour cela, il faut commencer par
déterminer le (s) type (s) d’ordonnance (s) concernée (s). Car, le juge administratif
camerounais prend une multitude d’ordonnances. Mais il convient de ne retenir, en excluant
celles ayant un caractère contentieux381, que les ordonnances ayant un caractère de mesure
d’administration judiciaire382. La procédure administrative contentieuse camerounaise en a
prévu plusieurs dont les plus importantes sont : l’ordonnance de soit-communiqué et
l’ordonnance accordant un délai supplémentaire. Quant à l’ordonnance de clôture, elle est
quasi-inexistante et donc sans utilité pour des besoins d’analyse.

Pour ce qui est en premier lieu de l’ordonnance de soit-communiqué, c’est une


ordonnance par laquelle le juge rapporteur ordonne la communication de la requête au
défendeur. C’est le principal instrument dont se sert le juge pour déclencher la communication

378
LANG (A), GONDOUIN (G) et INSERGUET - BRISSET (V), Dictionnaire de droit administratif, op. cit.,
p. 275.
379
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 654.
380
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, [Link]., p. 710.
381
C’est le cas des ordonnances de référé ou de sursis à exécution.
382
Les mesures d'administration judiciaire sont des mesures de caractère non juridictionnels et non susceptibles
de recours, destinées à assurer le fonctionnement de la juridiction dans son ensemble, soit à l'occasion d'un litige.
Pour plus de précision cf. GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p.
601.

94
contradictoire entre les parties et pour l’entretenir. Elle trouve son fondement à l’article 38 (1)
et (2) 383 de la loi n° 2006/022 précitée.

En second lieu, l’ordonnance accordant un délai supplémentaire joue aussi un rôle non
négligeable dans la communication contradictoire. Il s’agit de l’acte par lequel le président de
la Chambre administrative ou le juge rapporteur chargé d’instruire l’affaire devant un tribunal
administratif ordonne qu’un délai supplémentaire soit accordé à la partie qui, après expiration
du premier délai, n’a pas produit son premier mémoire. Elle tire ses bases juridiques des
articles 82 (2) et 99 (3) de la loi fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour Suprême
d’une part. Et de l’article 40 (2) de la loi fixant l’organisation et le fonctionnement des
tribunaux administratifs d’autre part. Le juge administratif en a par exemple fait usage dans
l’affaire EKOSSONO EMANE Gaston384.
L’ordonnance reste ainsi le principal acte par lequel le juge agit en matière de
communication, mais pas seulement ! Il peut également agir par simple lettre notifiée aux
parties385 ou par jugement avant-dire-droit386.

Par ailleurs, certains actes découlent du Greffe de la juridiction. Il s’agit des actes de
notification. S’il en existe une pléthore, en matière de communication l’on ne retrouve
essentiellement que des actes portant : notification de l’ordonnance de soit-communiqué au
défendeur387, notification des mémoires en défense et en réplique388. Ainsi, le greffe par ses
actes se trouve être au centre des échanges entre les parties dont les actes n’en reflètent pas
moins la procédure contradictoire due à la communication.

383
Les termes de cette disposition sont les suivants: (1) « En cas de recevabilité de la requête, le rapporteur en
ordonne communication au défendeur qui a trente jours pour déposer son mémoire en défense »; (2) « Il fixe
dans l'ordonnance de soit-communiqué le délai accordé au défendeur pour produire son mémoire en défense.
Ce délai court du lendemain de la notification de l'ordonnance de soit-communiqué au défendeur (…) ».
384
CS/PCA, Ordonnance n° 581/ODS/CAB du 18 août 2011, EKOSSONO EMANE Gaston c/ Etat du
Cameroun (MINDEF).
385
V. en ce sens l'art. 42 de la loi n° 2006/022.
386
V. en ce sens entre autres : CFJ/SCAY, arrêt n° 18 du 4 novembre 1966, DIWOUTA LOTH Pierre c/ Etat du
Cameroun oriental. CFJ/CAY, Arrêt n° 55 du 25 mars 1969 EMINI TINA Etienne c/ Etat du Cameroun oriental;
CS/CA, Jugement n° 23 /77-78 du 13 juillet 1978, NJINE NGANGLEY Michel c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement ADD/88-89 du 27 octobre 1989, KISOB ACHIDI c/ Etat du Cameroun; CS/CA, Jugement n°
35/ADD/80-81 du 30 avril 1981, NGOLO MONGO Albert c/ Etat du Cameroun.
387
Cf. art. 38 (2) de la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant les tribunaux administratifs.
388
Cf. Art. 39 et 40.

95
2- Les actes des parties

Les actes des parties dans le cadre d’une communication contradictoire désignent les
mémoires et les pièces qu’elles produisent, librement ou de manière forcée, à l’appui de leurs
prétentions et arguments.

Le mémoire renvoie à un écrit destiné à exposer et à soutenir la prétention d’un


plaideur, c’est-à-dire d’une partie à un litige389. Il faut dire que c’est par un mémoire
introductif généralement appelé requête introductive que la partie requérante saisit le juge
administratif. Celui-ci peut être rédigé de manière sommaire, vague ou stéréotypée, il est alors
suivi d’un mémoire ampliatif ou additif390. Le but de ce dernier est de développer les moyens
qui seraient très sommairement exposés dans le mémoire introductif. Il n’est donc pas vrai de
considérer, comme le font certains391, que le mémoire serait distinct de la requête.

Aux mémoires introductifs et ampliatifs, font suite le mémoire en défense et, le cas
échéant, les mémoires en réplique et en duplique. Par mémoire en défense, il faut entendre le
principal document à travers lequel la partie traînée en justice présente ses prétentions et
soulève les moyens nécessaires à la justification de l’acte querellé qu’elle a pris392. Le juge

389
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, Yaoundé, PUC, 1990, p. 232.
390
Cf. CS/CA, jugement n° 9 du 23 novembre 1989, NGATCHEU Adolphe c/ Etat du Cameroun (DGSN). En
l'espèce le juge déclare que: « que par un mémoire additif, daté du 4 septembre 1986 enregistré sous le numéro
1052, le susnommé a réclamé le paiement de la somme de 5 000 000 francs de dommage-intérêts ».
391
C'est le cas de Monsieur Patrick Achille OND OND qui estime que la juridiction administrative est saisie
d'une requête à laquelle le demandeur joint son mémoire. Par là, il tente de dissocier la requête du mémoire. Il
estime ainsi que la requête est une lettre ou demande adressée directement au Président du tribunal, sans mise en
cause d'un adversaire. Il ajoute enfin que c'est le principal mode de saisine des tribunaux administratifs. In La
communication des mémoires dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., pp. 76-77. Il s'agit d'une
interprétation erronée des règles de saisine du juge administratif. Il y a plusieurs raisons à cela. Primo, comme
déjà relevé, la requête introductive d'instance est encore appelée mémoire introductif. Deuxio, celle-ci peut être
déposée sans qu'elle soit nécessairement suivie d'un mémoire ampliatif. C'est le cas lorsqu'elle est suffisamment
détaillée. Tertio, la requête ou mémoire introductif d'instance exige bel et bien une mise en cause de l'adversaire.
La loi de 2006 sur les tribunaux administratifs est d'une clarté certaine à ce propos. Elle énonce que: « La
requête introductive d'instance doit contenir (…) la désignation du défendeur (…) »391. Quarto, il s'agit là
vraisemblablement d'une confusion des règles de procédure administrative contentieuse et de procédure civile.
Cette dernière notamment en France admet l'hypothèse d'une requête sans mise en cause d'un adversaire dans
des circonstances précises. V. en ce sens les art. 58 et s., 494, 812, 851, 897 du Code de procédure civile
français.
392
OND OND (PA), La communication des mémoires dans le contentieux administratif au Cameroun, [Link].,
pp. 78-79.

96
emploie parfois la dénomination « mémoire en réponse »393 pour désigner le mémoire en
défense. Le mémoire en réplique quant à lui est celui que dépose le demandeur pour répondre
au mémoire en défense. Tandis que le mémoire en duplique est celui par lequel le défendeur
répond au mémoire en réplique du demandeur.

Quant aux pièces, elles sont considérées comme des documents utilisés par les
plaideurs à l’appui de leurs prétentions ou de leurs dénégations qu’ils doivent respectivement
se communiquer en vue d’une discussion contradictoire394. Elles sont d’abord exigées à
l’appui de la requête introductive d’instance. L’article 35 (1) de la loi n° 2006/022 expose à ce
propos : « la requête introductive d’instance doit contenir (…), les moyens et l’énumération
des pièces produites à l’appui de la demande ». Cette disposition tend à démontrer
l’obligatoriété de la production desdites pièces. D’où la logique modale exprimée à partir de
« doit ». En effet, leur absence peut entraîner l’acquiescement aux faits d’une des parties.
C’est en tout cas ce qui a motivé la décision du juge dans l’affaire DOUANLA François395.
Cet état de chose masque bien une liberté pourtant réelle en la matière, notamment celle
relative tant au nombre qu’à l’objet de pièces à produire de l’affaire396.

Mais l’on doit ensuite se garder de toute jouissance démesurée d’une telle liberté tant
et si bien que l’article 37 (3) de ladite loi apparaît, dans sa lettre même, rédhibitoire ou, à tout
le moins, moins libéral. Il expose en effet que le « rapporteur peut en outre lui demander de
produire tout autre document jugé utile à la solution du litige ». L’on peut à la lumière de
cette disposition craindre que le juge « opère un tri » et sélectionne les pièces produites,
réduisant ainsi la liberté en la matière397. Ce d’autant plus encore que l’article 42 du même
texte semble, avec plus d’acuité, aller dans le même sens en exigeant une production forcée
des pièces. On y lit alors que: « le rapporteur peut, par simple lettre notifiée aux parties, les
mettre en demeure de fournir (…) toutes explications écrites ou tous documents dont la
production lui paraît nécessaire pour la solution du litige ».

393
V. en ce sens CS/CA, Jugement n° 262 du 27 septembre 2010, Group TECHNICAM Sarl c/ Etat du
Cameroun (MINADER). In casu, le juge précise qu' « attendu que dans son mémoire en réponse en date du 9
juin 2008 enregistré le jour suivant au Greffe de la Chambre administrative sous le n) 418, l'Etat du
Cameroun a fait valoir ce qui suit… ».
394
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op .cit., p. 694.
395
CS/CA, Jugement n° 239/2010 du 25 août 2010 DOUANLA François c/ Etat du Cameroun.
396
V. à ce sujet, l'analyse de M Joseph Pierre EFFA, in « Le principe du contradictoire dans la procédure
administrative contentieuse au Cameroun », op. cit., p. 251.
397
Loc. cit.

97
Néanmoins, la crainte, si elle existe réellement, reste limitée et circonstancielle.
Limitée d’abord, parce qu’elle ne s’étend pas aux pièces exigées à l’article 35 (1) Ŕ librement
produites par les parties Ŕ, mais reste circonscrite à celles demandées par le rapporteur aux
articles 37 (3) et 42. Circonstancielle ensuite, parce que la production exigée desdites pièces
reste conditionnée à leur utilité et à l’usage de son pouvoir inquisitorial par le juge.

Ces pièces, peu importe qu’elles soient librement produites ou non, constituent, au
même titre que les mémoires, des instruments indispensables à la contradiction. Leur
communication par le juge met en exergue l’exercice d’une procédure contradictoire entre les
parties.

B- La contradiction à travers les parties

L’institution de la contradiction dans le procès administratif permet de parer la


distance ontologique existant entre les parties. Pour la simple raison que celle-ci, cela a été
assez relevé plus haut, permet la mise en œuvre d’une procédure équitable entre elles.
Concrètement, des règles propres interpellant les parties au procès ont été mises en place de
manière à assurer leur implication effective dans la contradiction. Il s’agit notamment des
règles liées à la comparution des parties ou à leur la représentation (1) et la règle de leur
notification (2).

1- La comparution et la représentation des parties

Pour comprendre l’intérêt qu’il y a à envisager la comparution et la représentation des


parties dans l’exercice de la contradiction en matière de communication, il convient de mener
une analyse préalable des règles en vigueur en la matière. Deux textes sont généralement
convoqués lorsqu’il s’agit d’évoquer la comparution ou la représentation. L’un de portée
générale398 et l’autre de portée spéciale399. Au regard du premier de ces textes400, l’on pourrait

398
Loi n° 90/059 du 19 décembre 1990 portant organisation de la profession d'avocat.
399
Loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
400
Qui dispose respectivement en ses articles 2 et 3 (1) que « L'avocat a le monopole de la représentation des
parties devant les juridictions »; « Par dérogation aux dispositions de l'article 2 ci-dessus : (1) toute personne
peut, sans l'assistance d'un avocat, se présenter elle-même devant toute juridiction, à l'exception de la Cour
suprême, pour postuler et plaider, soit pour elle-même, soit pour un conjoint, soit pour ses ascendants et
descendants, ses collatéraux privilégiés, soit pour un pupille ».

98
être tenté d’affirmer avec Roger-Gabriel NLEP, que « le ministère d’avocat est facultatif
devant toutes les juridictions camerounaises, à l’exception de la Cour Suprême »401.

Si ce constat peut se vérifier au niveau de l’ordre de juridiction judiciaire, ce qui en


soit ne donne pas lieu à de commentaires particuliers, peut-on en dire autant de l’ordre de
juridiction administratif ? Il est permis d’en douter pour la simple raison que le second texte
de portée spéciale expose que « devant la juridiction administrative, la partie qui ne
comparaît pas en personne peut se faire représenter par un mandataire ou un avocat »402.
En se fondant sur la maxime « specilia generalibus derogant », l’on s’autorise à affirmer que
ce texte semble consacrer le caractère facultatif du ministère d’avocat ou de se faire
représenter devant toutes juridictions administratives et donc devant la chambre
administrative de la Cour suprême. Surtout, mettrait-il fin au monopole supposé ou vécu de
l’avocat dans la procédure administrative contentieuse403. Il est en cela conforté par la loi
portant organisation de la Cour Suprême404.

Devant toutes les juridictions administratives, la comparution personnelle serait ainsi


le principe, et la représentation, l’exception, tout au moins, en ce qui concerne les particuliers,
puisque l’administration personne morale se fait toujours représenter405. Mais dans la pratique

401
NLEP (R-G), L'administration publique camerounaise: « contribution à l'étude des systèmes africain
d'administration publique », Paris, LGDJ, 1986, p. 371.
402
Art. 20, loi n° 2006/022.
403
Si le juge administratif, dans l'affaire LELE Gustave c/. CPE de Yaoundé (CFJ/AP, arrêt n° 3 du 9 janvier
1975, in Recueils MBOUYOM, t 2, p. 142, concl. NGUINI), a exigé de l'appelant un avocat pour se faire
représenter, la nature de la procédure administrative contentieuse commande que soit mis fin à un tel monopole.
Il s'agit d'un litige dont l'administration est partie. Sa représentation doit se faire en fonction des nécessités liées à
l'intérêt général. L'imposition d'un avocat comporterait de nombreux risques. D'abord comme le relève Roger-
Gabriel NLEP, « la plupart des avocats du barreau camerounais ignorent pour l'essentiel le droit qui régit les
rapports entre la puissance publique et les administrés, ou alors ont de celui-ci une connaissance
approximative » (in L'administration camerounaise… op. cit. p. 372). En outre, l'avocat n'étant pas
fonctionnaire de l'administration, le risque est grand de le voir prendre une marge de liberté trop élevée vis-à-vis
de celle-ci, comme il l'est généralement à l'égard des particuliers. Cela s'accommode mal d'une bonne défense de
l'intérêt général dont l'administration a le devoir, et de l'organisation administrative dont l'obéissance
hiérarchique est érigée en tant que principe. C'est pourquoi l'administration se fait toujours représenter par l'un de
ses agents et, rarement sinon exceptionnellement, par un avocat (cf. art. 24 de la loi n° 2006/022).
404
Loi n° 2006/016. En effet, l'art. 74 (2) de cette dernière prévoit que « L'appel est fait, soit par le demandeur
en personne ou par son avocat, soit par un mandataire muni, à peine d'irrecevabilité, d'un pouvoir spécial ».
405
V. art. 23 de la loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.

99
l’on est obligé de se raviser à l’égard de ce principe. Car, « s’il est une notion que l’on
rencontre à chaque pas dans la vie juridique quotidienne, c’est bien celle de représentation.
Un nombre incalculable d’actes juridiques de tous genres intervient, non point entre les
parties directement intéressées (…). Sans elle, pas de vie juridique possible »406. La réalité
est que toutes les parties se font presque toujours représenter. Toutefois, le régime de
représentation n’est pas le même selon qu’il s’agit d’une personne publique ou d’un
particulier. Le juge administratif estime ainsi dans une espèce407 :

« (…) les administration publiques peuvent se faire représenter par devant toutes les
juridictions par un fonctionnaire désigné par l’autorité compétente;...qu’il y a lieu de
rappeler que la représentation de l’Etat en justice est dictée par les nécessités de service;
qu’elle ne saurait être régie par les principes établis à l’égard des particuliers et aux termes
desquels pour être valable, la procuration donnée au mandataire pour se pourvoir devant la
Cour suprême au nom d’une partie doit être postérieure à la décision attaquée ».

En tout état de cause, la représentation telle qu’elle est ici abordée est une
représentation ad litem Ŕ opposée à la représentation ad agendum408. Elle emporte Ŕ après
satisfaction à certaines exigences409 Ŕ le pouvoir et le devoir d’accomplir au nom du mandant,
les actes de procédure410. C’est en cela même qu’elle occupe une place importante dans la
communication contradictoire. En effet, « le mandataire a le pouvoir de signer les requêtes
et mémoires aux lieu et place de son mandant, de recevoir les convocations adressées à son

406
BONNECASE, cité par Joseph-Marie BIPOUN WOUM, in « La représentation de l'Etat en justice au
Cameroun », RCD, n° 28, 1984, p. 41.
407
CS/AP, arrêt n° 3 du 26 novembre 1981, Procureur général près la Cour suprême c/ LELE Gustave.
408
C'est-à-dire représentation dans l'exercice d'une action en justice et non d'acte de procédure (ex.
représentation d'un mineur par un tuteur en justice), pour plus de précision v. CADIET (L), NORMAND (J) et
AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., pp. 740-741 ; ROLAND (H), Lexique juridique ;
expressions latines, Litec, 5e éd, 2010, p. 12.
409
Il s'agit notamment pour les particuliers d'une part, de justifier de leur mandat par la production d'un acte
authentique ou sous seing privé légalisé par l'autorité compétente (v. art. 20 de la loi n° 2006/022, v. aussi
CS/CA, jugement n° 5 du 29 novembre 1979, TCHUNGUI Charles c/ Etat du Cameroun). Et d'autre part, d'élire
domicile au cabinet de l’avocat.
410
Cf. art. 411 du code de procédure civile français. Le code de procédure civile camerounais l'évoque sans la
définir (art. 145). De leur côté les différentes législations sur la procédure administrative contentieuse n'en disent
mot. Et pourtant, c'est bien de la représentation ad litem dont il est question à l'art. 22 de la loi n°2006/22 du 29
décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.

100
mandant et les notifications qui lui sont faites »411. Le jeu de la contradiction, arbitré par le
juge, se joue donc la plupart du temps entre représentants. Ils exercent pour l’essentiel des
actes de communication en lieu et place des représentés. Il n’y a donc pas de liens directs
entre les parties dans la contradiction, sinon très peu et rare, mais plutôt entre représentants.
C’est d’ailleurs par leur intermédiaire que sont notifiés aux parties les actes issus de la
communication contradictoire.

2- La notification des parties

La notification occupe une place cruciale dans la procédure contradictoire due à la


communication des mémoires et des pièces. Dans l’affaire NDJOCK Jean412, le juge
administratif a eu à la définir comme « la remise à l’intéressé de la copie "in extenso" de la
pièce à notifier ou, tout au moins, d’un écrit contenant tous les éléments nécessaires pour
lui permettre de se faire un compte-rendu exact de la mesure prise à son égard, ainsi que
les motifs pour lesquels elle a été prise ». Cette définition sera reprise in extenso par le même
juge dans l’affaire Procureur général de la Cour suprême contre EBA Emmanuel413.

La notification des mémoires et pièces est rigoureusement encadrée en contentieux


administratif camerounais. Les copies des mémoires Ŕ introductif, ampliatif ou additif, en
défense, en réplique et en duplique Ŕ et pièces du recours doivent être notifiées aux parties
pour attester de l’effectivité du respect d’une communication contradictoire. La
communication d’une pièce ou d’un mémoire est réputée contradictoire à l’égard d’une partie
si la pièce ou le document en cause a été effectivement notifié à celle-ci.

Il faut dire que les notifications sont assurées par le greffier en chef, soit dans la forme
administrative, soit par lettre recommandée avec accusé de réception, soit par exploit
d’huissier, soit par tout autre moyen laissant trace écrite414. Il convient de se féliciter du
libéralisme institué en la matière. De fait, le greffier a le libre choix entre plusieurs moyens de
notification. L’avantage de ce libéralisme réside dans le fait que celui-ci, dans les affaires qui
nécessitent un traitement accéléré, aura la faculté de recourir au moyen faisant appel à moins
de formalisme ou qui en est totalement dépourvu. C’est d’ailleurs, semble t-il, le sens de
l’article 42 de la loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 concernant les tribunaux administratifs

411
Art. 22 de la loi n° 2006/002.
412
CCA, arrêt n° 636 du 10 août 1957, NDJOCK Jean c/ Etat du Cameroun oriental.
413
CS/AP, arrêt n° 01 du 11 décembre 1997, Procureur général de la Cour suprême contre EBA Emmanuel.
414
Art. 25 de la loi n° 2006/022.

101
qui donne la possibilité au juge de notifier par simple lettre. Le juge aura alors seulement à se
soucier de laisser, ad probationem, toute trace écrite. Ainsi la preuve de la notification
pourrait être facilement établie, ce qui pourrait attester de l’effectivité de l’exercice de la
contradiction sur la procédure de la communication dans l’ensemble.

PARAGRAPHE II - LA CONTRADICTION A TRAVERS LA COMMUNICATION


DANS SON ENSEMBLE

Si l’on s’est d’abord attaché à présenter la contradiction à travers les actes et les parties
à la communication, c’est que la procédure de la communication prise in globo en dépend très
largement. Ceux-ci en constituent les instruments indispensables. Ce préalable ayant été
satisfait, le moment semble donc venu, d’aborder cette procédure dans l’ensemble. Il s’agit
grosso modo d’examiner les différentes étapes qui concourent à la mise en œuvre par le juge
d’une procédure contradictoire en matière de communication. Ladite procédure débute par la
régularisation du dossier (A) et se poursuit par l’échange des mémoires et pièces entre les
parties (B).

A- La régularisation des mémoires irréguliers

La procédure de communication des mémoires commence véritablement après


l’enregistrement de la requête au greffe de la juridiction. Le président désigne alors un
rapporteur qui, sous son autorité, dirige l’instruction415. Ce dernier, en bonus pater familias,
vérifie si la requête est régulièrement introduite. Si tel n’est pas le cas, en vertu des pouvoirs
inquisitoriaux dont il dispose, celui-ci invite la partie requérante à la régularisation de sa
requête (1). Cette invitation s’accompagne d’une mise en demeure à lui adressée (2).

1- L’invitation à régulariser

Aux termes de l’article 37 (2) de la loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant


l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs, « si le requérant ne s’est pas
conformé aux prescriptions des articles 34 (3), 35 (2) et 36 ci-dessus ou à celle résultant de
la législation sur l’enregistrement et le timbre, le rapporteur l’invite à régulariser sa
demande ou à solliciter une demande d’assistance judiciaire (…) ». L’on retrouve pareilles
dispositions à propos de la Chambre administrative dans la loi n° 2006/016 portant
organisation et fonctionnement de la Cour suprême. Il s’agit en l’occurrence des articles 78

415
Art. 37 (1) de la loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des
tribunaux administratifs.

102
(1)416 pour ce qui est de l’appel et 95 (1)417 pour ce qui est de la cassation. Au regard de ces
dispositions, il semble que le législateur ait pris soin de déterminer les matières susceptibles
de donner lieu à invitation à régulariser. Il s’agit des « irrégularités régularisables »418.
Certaines de ces irrégularités se rapportent « aux conditions financières de recevabilité des
recours »419, d’autres en revanche sont simplement liées à d’autres conditions de production
des mémoires et copies.

S’agissant en premier des conditions financières de recevabilité des recours, il y a lieu


de relever d’une part, l’exigence de la provision ad litem, et d’autre part, les conditions
relatives aux formalités fiscales en l’occurrence, l’enregistrement et le timbre.

La provision ad litem est requise à toute partie requérante lors de l’introduction de sa


requête. En effet, « sauf dispense résultant d’une disposition législative expresse, la requête
introductive d’instance donne lieu à la consignation d’une provision de vingt mille (20
000) »420. Elle est versée au moment du dépôt de la requête introductive d’instance421. Ainsi,
chaque fois que le requérant se soustrait à cette obligation, le juge ou le greffier422 l’invite à
s’y conformer. Le greffier, à titre d’exemple, a exigé du requérant une telle provision dans
l’affaire RIM à KIYECK423. C’est aussi le cas de plusieurs autres affaires424. C’est une

416
Cet article dispose que : « Si le demandeur ne s'est pas conformé aux dispositions des articles 73 à 75 ci-
dessus, le Président de la Chambre l'invite à régulariser son recours… ».
417
Il énonce que : « Si le demandeur ne s'est pas conformé aux dispositions des articles 90 à 94 ci-dessus ou
celles résultant de la législation sur l'enregistrement et le timbre, le président de section l'invite à régulariser
son recours… ».
418
OND OND (PA), La communication des mémoires dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p.
111.
419
AKONO ONGBA SEDENA, L'apport du juge administratif au droit fiscal au Cameroun, op. cit., p. 476.
420
Art. 34 (1) de la loi n° 2006/022.
421
Art. précité.
422
Le greffier en est également compétent comme le fait observer SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), in L'appel
dans le contentieux administratif au Cameroun. « Contribution à l'étude de la juridiction administrative », op.
cit., p. 214.
423
CS/CA, jugement n° 22/80-81 du 18 décembre 1980, RIM à KIYECK c/. Etat du Cameroun. In casu, le
greffier a invité ce dernier à verser une consignation en énonçant en substance que « Attendu que dès réception
du recours et avant communication au ministre, RIM à KIYECK fut invité par le par greffier à verser une
provision de 20 000… ».
424
Il s'agit entre autres : CS/AP, arrêt n° 9 du 16 décembre 1982, MEDJA NLATE Janvier c/ Etat du Cameroun
(MINFI); CS/CA , jugement n°06/84-85 du 31 octobre 1985, SCORTIS et compagnie SARL c/Etat du
Cameroun; CS/CA jugement n°3, 87-88/88-89 du 27 octobre 1988, Cabinet Polyclinique médicochirurgical de la

103
invitation, qui plus est, peut découler du non versement d’une consignation supplémentaire
ordonnée par le Président de la juridiction en cas d’insuffisance de la provision initiale425.
C’est entre autres le cas de l’affaire SCI NJANJO Paul426. Il faut cependant relever que ni les
personnes morales de droit public, ni les personnes physiques admises au régime de
l’assistance judiciaire, ne sont tenues au paiement des frais de consignation427.

Quant à la formalité liée à l’enregistrement et au timbre, il y a lieu de relever que,


aussi bien le recours gracieux428 que la requête proprement dite doivent s’y conformer. Pour
ce qui est de cette dernière, elle est rédigée sur papier timbré429 et les copies jointes tant de
celle-ci que des annexes sont certifiées conformes et donc nécessairement timbrés430. Ensuite,
son dépôt doit également obéir à la législation sur l’enregistrement et le timbre431. Le non-
respect de cette formalité donne lieu à invitation à régulariser de la part du rapporteur432.

En ce qui concerne en second lieu les autres conditions liées à la production des
mémoires et copies, il convient en bref de relever qu’à la requête doivent être jointes des
copies tant de la requête que des pièces annexées433. Celles-ci sont déposées en nombre égal à
celui des défendeurs plus deux434. Le non-respect de ces conditions pourra également donner
lieu à invitation à régulariser suivant la lettre de l’article 37 (2) cité plus haut. De même, en
cas de non production d’un recours gracieux par le requérant, ce dernier est invité par le juge
à le produire435.

Cité c/Etat du Cameroun; CS/CA, arrêt n° 5 du 29 décembre 1994, AMBOMO KANA c/ Etat du Cameroun;
CS/CA, jugement n°03/99-00 du 09 novembre 1999, Groupe Trapp Cameroun c/Etat du Cameroun.
425
Art. 34 (3), loi n° 2006/022 précité.
426
CS/PCA, ordonnance n° 590/2011, SCI NJANJO Paul.
427
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 217.
428
V. en ce sens: CFJ/SCAY jugement du 8 décembre 1970, BILAE Jean c/ Etat du Cameroun Oriental: le juge
estime ainsi : « Considérant que le fait pour l'Etat de recevoir un recours non timbré et d'y répondre sans
donner avertissement au requérant d'avoir à régulariser son recours constitue une renonciation à soulever
une fin de non recevoir fondée sur cette irrégularité ».
429
Art. 35 (2), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
430
Art. 36 (1).
431
Art 32 (1) et 37 (1).
432
Art 37 (2).
433
Art. 36 (1).
434
Art 36 (2).
435
CS/AP, arrêt n° 11 du 31 mars 1998, Procureur général près la Cour suprême c/ NYAMSI Gaston.

104
Ne pourront donc pas donner lieu à invitation à régulariser, toutes les irrégularités
n’entrant pas dans le champ de la disposition précédemment évoquée. Il s’agit des
irrégularités irrecevables. C’est le cas des éléments que doit obligatoirement contenir la
requête436, lesquels sont régis par la disposition de l’article 35 (1) de la loi sur les tribunaux
administratifs. Le juge s’est voulu respectueux de cette disposition pour ce qui est
particulièrement de l’exposé des faits qui servent de base à la demande, des moyens et de
l’énumération des pièces à l’appui de celle-ci437.

Dans l’ensemble, une réjouissance est permise de voir le juge se comporter en bonus
pater familias à l’égard des parties en offrant à celles-ci la possibilité de régulariser leur
dossier. Mais il ne faut pas perdre de vue que l’invitation à régulariser se fait dans le cadre
d’une mise en demeure.

2- La mise en demeure de régulariser

La mise en demeure comporte, en général, une injonction adressée par une autorité Ŕ
administrative ou juridictionnelle Ŕ d’agir dans un certain sens ou de s’abstenir en menaçant
parfois le destinataire de sanction si l’injonction n’est pas observée dans un délai fixé. En
procédure administrative contentieuse camerounaise, la procédure de communication des
documents distingue deux catégories de mises en demeure. Il s’agit de la mise en demeure de
régulariser les recours et la mise en demeure de produire les mémoires.

La mise en demeure de régulariser les recours a pour fondement l’article 37 (2) de la


loi de 2006 sur les tribunaux administratifs. Il y est dit que si le requérant ne s’est pas
conformé aux prescriptions de la loi, « le rapporteur l’invite à régulariser sa demande ou à
solliciter l’assistance judiciaire dans les quinze (15) jours à compter de cet avertissement et
cela sous peine d’irrecevabilité de sa demande ». De son côté, la mise en demeure de
produire les mémoires tire sa base de l’article 38 (3) du même texte. Celui-ci énonce que
« lorsqu’il y a plusieurs défendeurs en cause et qu’ils n’ont pas tous présenté de défense, le
rapporteur met les défaillants en demeure d’avoir à s’exécuter dans un délai
supplémentaire de trente (30) jours dans les autres cas, en les informant que faute de le
faire, la décision à intervenir sera réputée contradictoire ». Il faut dire, en général, que le

436
La requête doit contenir des nom, prénom, profession du demandeur, la désignation du demandeur, l'exposé
des faits qui servent de base à la demande, les moyens et l'énumération des pièces produites à l'appui de la
demande.
437
V. CS/CA, jugement du 23 mars 2011, Amadou MAI c/ Etat du Cameroun.

105
défaut de production du mémoire Ŕ aussi bien de la part du demandeur que du défendeur Ŕ
donne lieu à une mise en demeure de le produire438.

Qu’il s’agisse de l’une et l’autre catégorie de mise en demeure, le juge, et relayé en


cela par la doctrine439, a consacré le caractère obligatoire de la mise en demeure. Dans sa
jurisprudence BELIBI François440 en effet, l’Assemblée plénière a infirmé la décision de la
Chambre administrative rendue conformément aux conclusions du rapporteur. Lesquelles ont
déclaré irrecevable le recours du requérant sans qu’il ait été invité à régulariser ledit recours,
en versant un complément à consigner et en produisant les titres exigées. Cette jurisprudence
tend à remettre en cause celle441 rendue quelques années plutôt par la même Assemblée et
selon laquelle, si à l’expiration du délai initial, l’invitation à régulariser dans les quinze jours
n’a pas été adressée au recourant par le greffier en chef de la Cour suprême, le recours est
déclaré recevable. Cette dernière semblait admettre le caractère facultatif de la mise en
demeure, tout en évitant au justiciable le rejet de sa requête.

Au demeurant, si le juge constate que la mise en demeure de régulariser le recours ou


de produire le mémoire n’a pas été suivie, le recours sera déclaré irrecevable ou la décision
sera rendue par défaut, selon le cas. Si, a contrario, la mise en demeure a été suivie, les
échanges des mémoires et pièces pourront se poursuivre.

B- L’échange des mémoires et pièces

La communication contradictoire des mémoires et pièces entre les parties sous-tend


leur échange entre elles. Elle implique de ce fait que soient analysées les modalités de
l’échange (1) et que soit mis en exergue le rôle du rapporteur en la matière (2).

1- Les modalités de l’échange

Les modalités d’échange des mémoires et pièces en contentieux administratif


obéissent au caractère inquisitorial de la procédure administrative contentieuse. En effet,
contrairement à la pratique civiliste où les parties échangent les pièces sous le contrôle du

438
CS/AP, arrêt n° 33 du 24 mars 1983, Etat du Cameroun (MINAT) c/ TCHAPOCK Michel.
439
V. par ex. SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op.
cit., p. 219; OND OND (PA), La communication des mémoires dans le contentieux administratif au Cameroun,
op. cit., p. 117.
440
CS/AP, arrêt n° 11 du 3 avril 1997, BELIBI François c/ Etat du Cameroun, in Répertoire chronologique de la
Cours suprême du Cameroun, IIe partie, t. V, 2e éd., 1980/2000, pp. 2002-2004.
441
CS/AP, arrêt n° 11 du 18 décembre 1980, Etat du Cameroun c/ NANA David.

106
juge442, le contentieux administratif exige du juge qu’il soit lui-même directement impliqué
voire au cœur des échanges entre les parties.

Cette posture du juge administratif laisse entrevoir deux modalités par lesquelles celui-
ci peut présider aux échanges entre les parties. Ainsi, l’obligation faite au juge d’assurer les
échanges entre les parties peut se manifester par une obligation de transmission de tout ou
partie des pièces du dossier, ou par une obligation d’aviser de la production d’un document443.

L’obligation de transmission, si l’on se place sur le terrain des principes gouvernant la


procédure administrative contentieuse, reviendrait au juge de prendre l’initiative de
l’ensemble des communications des pièces du dossier, au nom à la fois du principe de
contradiction et du caractère inquisitorial de la procédure. Alors qu’au contraire, l’obligation
d’aviser de la production d’un document consiste en un simple avertissement de la possibilité
d’en prendre connaissance sur place. Celle-ci n’incombe au juge que consécutivement à une
demande expresse en ce sens de la part du justiciable444. Il convient de relever qu’en France,
ces deux modalités ont été consacrées devant les juridictions administratives445.

Au Cameroun, la situation se présente différemment devant les juridictions


administratives. Seule l’obligation de transmission y a été formellement consacrée.
L’organisation législative, tout comme jurisprudentielle, de la fonction du juge rapporteur en
matière de communication tend à le prouver.

2- La fonction du juge rapporteur dans les échanges

De manière générale, le juge rapporteur assure une fonction de formation de la


décision de justice. Car il dirige l’instruction de l’affaire et participe au jugement446. Dans la
tâche qui lui incombe de diriger l’instruction, il procède à l’échange des mémoires entre les
parties. Pour ce faire, après enregistrement de la requête, il est désigné par le Président de la
juridiction sous l’autorité duquel il dirige l’instruction de l’affaire447. Une fois désigné le
dossier lui est confié. Il dispose de ce fait de larges pouvoirs.

442
DOUCHY-OUDOT (M), Procédure civile, Paris, Gualino éditeur, 3e éd., 2008, p. 231.
443
EINAUDI (T), L'obligation d'informer dans le procès administratif, Paris, LGDJ, 2002, p. 187.
444
Loc. cit.
445
Ibid., pp. 187-198.
446
AWONO ELOUNDOU (E), La fonction du juge rapporteur…, op. cit., p. 19.
447
Art. 37 (1), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.

107
Il entame la procédure par l’examen de la requête prédisposée à l’échange et, le cas
échéant, invite le requérant, au moyen d’une mise en demeure à régulariser ladite requête448.
Il peut en outre demander au requérant de produire tout autre document jugé utile à la solution
du litige449, même si l’on en convient dans le même temps que le Président de la juridiction
peut le dispenser de produire les copies des documents volumineux450.

Il faut dire que si le rapporteur occupe une place prépondérante dans la direction des
échanges, « il est excessif de dire qu’il en a la maîtrise totale puisqu’en fait le débat est
essentiellement triangulaire demandeur-juge-défenseur avec deux impératifs que sont la
matière du différend et le droit applicable »451. Tout se passe essentiellement par échange de
correspondance écrite452. Ainsi, en cas de recevabilité de la requête en demande, le rapporteur
en ordonne la communication au défendeur qui dispose d’un délai de trente jours pour
déposer son mémoire en défense. Il fixe dans l’ordonnance de soit-communiqué le délai
accordé au défendeur de produire son mémoire en défense. Celui-ci court du lendemain de la
notification de ladite ordonnance au défendeur. Il est prorogé en cas de demande d’assistance
judiciaire.

Dans les quinze jours de la notification du mémoire en défense, le demandeur dépose


un mémoire en réplique auquel le défendeur peut répondre dans le même délai. Sur demande
justifiée, le rapporteur peut accorder aux parties un délai supplémentaire pour déposer leurs
mémoires. Même à l’expiration des délais, le rapporteur peut, par simple lettre notifiée aux
parties, les mettre en demeure de fournir dans un délai de quinze jours à compter du
lendemain de la notification toutes explications écrites ou tous documents dont la production
lui paraît nécessaire pour la solution du litige, ces documents sont notifiés aux parties, qui ont
le même délai pour les discuter.

Compte tenu de tout cela, il ne fait nulle doute que le juge administratif, en
l’occurrence, le rapporteur est le principal acteur de la régulation des échanges entre les
parties.

448
Art. 37 (2).
449
Art. 37 (3).
450
Art. 36 (3).
451
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, op. cit., p. 177.
452
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 72.

108
C ONCLUSION DU CHAPITRE

La règle de la communication des mémoires et pièces dévoile, sans aucun doute, les
procédés usités par le juge administratif pour organiser les échanges entre parties au procès. Il
ressort en effet Ŕ non seulement des textes, mais aussi de la jurisprudence Ŕ que la
contradiction en constitue le procédé principal.

C’est pourquoi, il s’est agi dans ce chapitre de s’étendre sur la contradiction en ce


qu’elle constitue le principe sur lequel repose le pouvoir dévolu au juge administratif de
diriger la communication. Il est ainsi apparu opportun de s’appesantir sur la clarification
sémantique dudit principe avant d’en mesurer l’intérêt en matière de communication des
pièces de l’affaire. De fait, le principe de la contradiction permet à cette règle d’instaurer et de
préserver l’équilibre des parties au procès et de garantir leur droit à l’information.

La nécessité s’est fait naître aussi d’envisager la contradiction, cette fois, non plus
comme un principe, mais en tant qu’une procédure à travers laquelle s’exerce la règle de la
communication des documents de l’affaire. Ainsi, a-t-il été tour à tour question d’examiner la
contradiction à travers les personnes et les actes de la communication d’une part, et la
contradiction à travers la procédure de la communication elle-même, d’autre part.

Au final, l’enseignement à cette étape de l’étude révèle le caractère cardinal de


l’application de la contradiction chez le juge administratif camerounais chaque fois qu’il
instruit le litige dont il a la charge. Un auteur a pu écrire à ce propos que « Dans le
contentieux administratif camerounais (…), le juge ne peut valablement statuer que si tous
les intéressés ont été mis à même de bénéficier de l’ensemble des garanties que leur offre
un débat contradictoire »453. Par là même, la contradiction aurait été purement et simplement
sanctuarisée en matière de communication. En tout cas, les textes et les normes
jurisprudentielles, relayés en cela par la doctrine, tendent à le démontrer. Dès lors, il
apparaîtrait délicat de parler du pouvoir de dispense de la contradiction en la matière par le
juge, sinon que de manière exceptionnelle.

453
ATEBA EYONG (AR), Le juge administratif et la création du droit…, [Link]., p. 429.

109
C HAPITRE II: LA COMMUNICATION PAR DISPENSE
MARGINALE DE LA CONTRADICTION

110
La question de la dispense de la contradiction Ŕ et même celle de la possibilité de juger
sans instruire pour le juge Ŕ en contentieux administratif camerounais semble, à quelques
rares exceptions près, être ignorée par les travaux consacrés à cette matière. La quasi-totalité
des ouvrages généraux, pratiques ou spécialisés, anciens ou récents454, n’y font pas allusion.
Beaucoup d’autres travaux de référence, à l’instar des thèses, articles ou cours dont le risque
de tous les citer ne sera pas pris à cause de leur très grand nombre, s’ajoutent à cette liste 455.
Alors qu’au contraire dans le même temps en France, la presque totalité des travaux consultés
intéressant la procédure administrative contentieuse, à défaut de s’y étendre largement, y
consacrent quelques lignes456.

La justification ou, tout au moins, l’explication du manque d’intérêt accordé à l’étude


de cette question en contentieux administratif camerounais tient au fait que, le législateur n’a
à aucun moment entendu la prévoir expressément. Or, le principe est bien connu, « pas de

454
On peut citer en exemple: OWONA (J), Droit administratif spécial de la République du Cameroun, paris,
EDICEF, 1985; KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, Yaoundé, PUC, 1990, P.232;
NGOLE NGWESE (P) et BINYOUM (J), Eléments de contentieux administratif camerounais, Paris,
L'Harmattan, 2010; OWONA (J), Le Contentieux administratif de la République du Cameroun, L'Harmattan,
2010; KEUTCHA TCHAPNGA (C), Précis de contentieux administratif au Cameroun, Aspects de l'évolution
récente, Paris, L'HARMATTANT, 2013.
455
C'est le cas par exemple de: JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », vol I, RCD, N°7,
Janvier-juin 1975; KAMDEM (J-C), Contentieux administratif, Cours polycopié de 3e année de licence, Tome I,
Université de Yaoundé, FDSE, 1985-1986; KAMTO (M), « La fonction administrative contentieuse de la Cour
suprême du Cameroun », in Les cours suprême en Afrique, vol III, La jurisprudence administrative, sous la
direction de CONAC (G) et DE GAUDUSSON (J), Paris, Economica, 1988, BINYOUM (J), Contentieux
administratif, cours polycopié, 3e année de licence UY, 1991-1992; ABA’A OYONO (J-C), La compétence de
la juridiction administrative en droit camerounais, Thèse de Doctorat en droit public interne (N-R), Université
de Nantes, FSJP, 1994; MOMO (B), « Le problème des délais dans le contentieux administratif camerounais »,
in Annales de la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’université de Dschang, t 1, vol. 1, 1997;
GUIMDO (B-R), « Le droit d'accès à la justice administrative au Cameroun: contribution à l'étude d'un droit
fondamental », in Revue de la recherche juridique, Droit prospectif, n°1, 2008; ABA'A OYONO (J-C), « La
nouvelle révision du droit de la justice administrative », RASJ n° 1 vol. 8, 2011.
456
C'est le cas entre autres de : AUBY (J-M) et DRAGO (R), Traité de contentieux administratif, t1, Paris,
LGDJ, 3e éd., 1984, pp. 961-962 ; GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse,
th., Université de droit, d'économie et de sciences sociales de Paris, 1985, pp.111-130; ODENT (R), Contentieux
administratif, t1, fascicules 1 à 3, Dalloz, 2007, p. 941; CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif,
Montchrestien, 13e éd, 2008, pp. 831-832 ; ROUQUETTE (R), Petit traité du procès administratif, Paris, Dalloz,
4e éd., 2010, p. 466; PACTEAU (B), Manuel de contentieux administratif, Paris, PUF, 2e éd., 2010, p. 166.

111
dispense d’instruction sans texte »457. Ainsi, en France, ce sont les textes qui ont déterminé la
possibilité pour le juge de se dispenser de l’instruction et dès lors de la contradiction458. En ce
sens, les Professeurs Jean-Marie AUBY et Roland DRAGO évoquant l’affaire
RABERENTO et Syndicat fédéral des fonctionnaires malgaches459, affirment que « la
dispense de l’instruction ne peut exister devant une juridiction administrative qu’en vertu
d’un texte spécial »460. Cela découlant de ceci, on comprend pourquoi la question y est
activement traitée.

Pour autant, même en l’absence de textes l’instituant, la question de la dispense de la


contradiction n’est pas totalement absente en droit du contentieux administratif camerounais.
Elle est apparente mais admise avec circonspection. En effet, le juge a, par certaines de ses
décisions, admis la possibilité de se dispenser de la contradiction. Mais, l’intention ici n’est
pas d’autoriser une violation de la contradiction, mais de seulement l’assouplir lorsque
l’urgence ou l’évidence de la situation le commande. Loin d’être totale, cette dispense est
toujours partielle. La contradiction est donc toujours maintenue même dans l’hypothèse où sa
dispense semble pourtant s’imposer.

L’idée même que le juge administratif admette la possibilité de se dispenser ou


d’atténuer la contradiction entre en droite ligne avec son pouvoir d’organisation de la
communication. Ce pouvoir d’organisation de la communication peut se manifester à travers
l’exercice d’une contradiction allégée. Le juge peut ainsi se ménager la possibilité de s’en
dispenser partiellement lorsque l’urgence ou l’évidence de la solution le commande.

Mais, très clairement, le recours à ce pouvoir de dispense ou d’atténuation se fait avec


une grande prudence. En France cette faculté est rarement utilisée 461. Le Conseil d’Etat ne
l’use donc qu’avec beaucoup de circonspection462. « Il n’est pas douteux qu’il en soit

457
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, [Link]., p. 116.
458
V. en ce sens par exemple: décret du 11 juin 1806 fixant les attributions du Conseil d'Etat (art. 29); décret du
22 juillet 1806 sur les affaires contentieuses portées au Conseil d'Etat (art. 4); décret du 30 juillet 1963 pris en
application de la loi du 16 juillet 1980 relative aux astreintes que le Conseil d'Etat peut prononcer pour
l'exécution des décisions rendues par les juridictions administratives (art. 59-3); le Code des tribunaux
administratifs (art. R. 114); Code de justice administrative (art. R 611-8).
459
CE, 25 janvier 1957.
460
AUBY (J-M) et DRAGO (R), Traité de contentieux administratif, op. cit., p.952.
461
ROUQUETTE (R), Petit traité du procès administratif, op. cit., p. 466.
462
ODENT (R), Contentieux administratif, t1, op. cit., p. 941.

112
toujours ainsi, car l’expérience des magistrats ne leur laisse pas ignorer que l’instruction
d’une affaire peut démentir le sentiment de certitude initial »463.

En tout état de cause, tout recours à la dispense de la contradiction ne devrait être


utilisable que si la décision juridictionnelle est insusceptible de porter préjudice aux parties ou
à l’une d’elle. Peut-on alors se fonder à dire qu’en contentieux administratif camerounais,
l’usage de ce pouvoir prend en compte nécessairement les intérêts des parties en conflit ? Rien
n’est moins sûr à en croire le Professeur Bernard-Raymond GUIMDO DONGMO, pour
qui, pour des raisons qui ne sont pas forcément liées à la célérité, la contradiction est limitée
voire supprimée464. Pour y voir plus clair, il importe de se livrer à une introspection du
contentieux administratif camerounais sur ce point.

Dans l’ensemble, si la possibilité d’une dispense de la contradiction est apparente


(Section I) dans les cas de l’urgence ou de l’évidence notamment, la réalité d’une
préservation de celle-ci demeure (Section II).

SECTION I - L’APPARENTE DISPENSE DE LA CONTRADICTION

La dispense de la contradiction en contentieux administratif est apparente dans les cas


de l’urgence et de l’évidence. En effet, l’urgence de la situation peut amener le juge à passer
outre la contradiction en matière de communication sans pourtant que cela soit interprété
comme étant une violation. En effet, l’éventualité même que les droits des parties peuvent être
urgemment menacés a conduit le législateur à impartir au juge des délais réduits. Ce qui aurait
pour implication profonde de limiter la pleine réalisation de la contradiction. De même,
lorsqu’il apparaît de toute évidence que la solution de l’affaire est d’ores et déjà connue, le
juge pourrait juger inutile de poursuivre un débat contradictoire.

La dispense de la contradiction en matière de communication est apparente aussi bien


dans les contentieux de l’urgence (Paragraphe I) que les contentieux ordinaire et fiscal
(Paragraphe II).

463
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 832.
464
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence, op. cit., p. 122.

113
PARAGRAPHE I - LA DISPENSE DE LA CONTRADICTION DANS LES
CONTENTIEUX DE L’URGENCE

La dispense de la contradiction, bien que marginale, est apparente en contentieux


administratif camerounais. Elle peut ou non prendre de l’ampleur en fonction du contentieux
en cause. L’on note ainsi en matière de l’urgence Ŕ accessoire ou spéciale Ŕ une importante
activité du juge en la matière. Cela se justifie aisément dans la mesure où d’une part, les
procédures de l’urgence connaissent un encadrement textuel laconique qui laisse présager une
marge de liberté du juge en la matière et dès lors la possibilité de réduire, d’alléger et donc de
se dispenser de la contradiction. D’autre part, les raisons liées à l’urgence poussent également
et souvent le juge, lorsque cela est nécessaire, à réduire ou se à dispenser de la contradiction.

Il convient alors, suivant le type de l’urgence contentieuse concernée, d’examiner cette


question liée à la dispense de la contradiction. A l’étude de la question en contentieux
accessoire de l’urgence (A), sera consécutif l’examen de celle-ci dans les contentieux
spéciaux de l’urgence (B).

A- La dispense dans les contentieux accessoires de l’urgence

Les procédures accessoires de l’urgence sont, d’après Gilles LEBRETON, celles qui
permettent au juge administratif de protéger les droits et intérêts du requérant « au moyen des
mesures provisoires, valables uniquement dans l’attente du jugement au fond »465. Il s’agit
donc d’une part de procédures qui ne sont pas destinées à résoudre le fond du litige, mais
limitées à prendre des mesures utiles pour la sauvegarde des intérêts des requérants Ŕ la
résolution du litige au fond nécessitant plutôt l’introduction d’un recours principal. D’autre
part, ce sont des procédures en vertu desquelles ne peut être ordonnée aucune mesure qui
porterait à l’égard des parties ou à l’une d’elles des effets définitifs. En plus donc d’être
accessoires, elles sont provisoires466.

La procédure administrative contentieuse camerounaise en a consacré deux sortes : le


sursis à exécution467 et le référé468.

465
LEBRETON (G), Libertés publiques et droits de l’homme, Paris, Armand Colin, 5e éd., 2001, pp. 222-223.
466
V. notre mémoire, Les caractères de l'expertise dans la procédure administrative contentieuse camerounaise,
Mémoire de DEA, Droit public, Université de Yaoundé II, FJSP, 2010-2011, p. 53.
467
Cf. art. 30 à 31, loi n° 2006/022.
468
Cf. art. 27 à 29.

114
Le sursis à exécution est une mesure prononcée par le juge administratif pour retarder
jusqu’à la décision au fond, l’exécution d’un acte administratif attaqué devant lui, quand cette
exécution aurait des conséquences difficilement réparables469. Elle n’est pas explicitement
considérée comme une procédure de l’urgence par le législateur470. L’urgence opère ici de
manière implicite. Elle lui est par conséquent incidente parce que le juge déduit généralement
l’urgence des faits plus que des considérations juridiques471.

Quant au référé, c’est une procédure permettant au juge administratif, en cas


d’urgence, d’ordonner toute mesure utile, à la demande de l’une des parties, sans faire
obstacle à l’exécution d’une décision administrative. Contrairement au sursis à exécution, son
but est de permettre au juge administratif de prendre préalablement des mesures de nature à
préserver les intérêts du requérant, sans toutefois surseoir à l’exécution de la décision472.

Qu’il s’agisse du référé ou du sursis à exécution, le législateur y a entendu alléger la


contradiction, d’où le caractère partiel de la dispense (2). Toutefois, le juge a parfois eu
tendance non pas de simplement l’alléger, mais de s’en dispenser totalement (1). Ce qui
traduit le caractère ambivalent de cette dispense.

1- La dispense totale

Le juge administratif camerounais a eu dans plusieurs affaires, à en croire le


Professeur Bernard-Raymond GUIMDO DONGMO, à supprimer la contradiction dans les
contentieux accessoires de l’urgence. Ce faisant, il l’y a procédé de manière expresse dans
certains cas, tandis que dans d’autres, c’est de manière tacite qu’il a eu à le faire, affirme-t-il.

Il recensait ainsi en 2004 deux cas d’espèce de suppression explicite de la


contradiction par le juge administratif camerounais en matière d’urgence contentieuse
accessoire473.

Il s’agit en l’occurrence des espèces NYE SAFINDA Maurice474 et DJOU Gilbert475.


Dans ces deux espèces, le juge déclare en substance :

469
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) ( dir.), Lexique des termes juridiques, [Link]., p. 899.
470
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 29.
471
Loc. cit.
472
ZE (M-P), Eléments de droit public I, Douala, PUL, 1ère éd., 2006, p. 135.
473
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 123.

115
« Cette requête n’a nullement été communiquée à la communauté Urbaine de
Douala, défendeur dans la présente cause, au motif que le requérant n’a sollicité que le
sursis à l’exécution sans toutefois y joindre la demande principale ».

En réalité, il ne s’agit pas à proprement parler d’une suppression de la contradiction,


mais d’une dispense de l’instruction. Car, ayant constaté que la condition exigée de la
jonction de la demande principale à la demande de sursis476 n’était remplie pour l’ouverture
d’une instruction, le juge a préféré la rejeté. La suppression évoque plutôt l’idée selon laquelle
l’instruction est menée sans débat contradictoire auquel cas l’on parlera de violation ou
dérogation à la contradiction.

Quoi qu’il en soit, il apparaît que le juge administratif recourt à la dispense de la


contradiction. Dans d’autres cas, la dispense est simplement sous-entendue.

L’on nous pardonnera de renvoyer encore au Professeur Bernard-Raymond


GUIMDO DONGMO qui, en ce sens, a fait le constat suivant :

« Alors que dans certaines ordonnances de sursis et de référé le juge indique


clairement que la requête a été communiquée au défendeur ainsi que les moyens de
défense de l’Etat, dans d’autres, par contre, il ne fait nullement mention de la
communication de la requête au défendeur ni de la réponse écrite ou orale de ce
dernier »477.

Trois hypothèses, selon lui, peuvent être émises pour tenter de comprendre cette
« omission », sans pour autant la justifier.

« D’abord, cela peut vouloir signifier que bien que le juge a communiqué la requête
au défendeur, il n’a pas jugé utile de le dire dans l’ordonnance qu’il rend ; mais ceci
paraît surprenant dans la mesure où il le fait dans d’autres ordonnances.

Ensuite, cela peut vouloir signifier que bien que le juge ait effectivement
communiqué la requête au défendeur, celui-ci a, soit répondu ou gardé le silence, mais le

474
CS/PCA, ord. sursis n° 16 (bis) /91-92 du 16 juin 1992, affaire NYE SAFINDA Maurice c/ Communauté
Urbaine de Douala.
475
CS/PCA, ord. sursis à exécution n°17/91-92 du 13 juillet 1992, affaire DJOU Gilbert contre Communauté
Urbaine de Douala.
476
Condition non légale, mais exigée par le juge comme dans les cas d’espèces.
477
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 123.

116
juge n’a pas estimé utile de l’indiquer explicitement dans la décision parce que c’est sans
influence sur l’idée qu’il se fait de l’issue du litige. Seulement, dans d’autres ordonnances,
le juge signale bien que le défendeur – en l’occurrence l’Etat – a réagi ou a gardé le
silence.

Enfin, cette "omission" peut vouloir signifier que le juge n’a pas communiqué la
requête au défendeur, ou qu’il l’a fait mais n’a pas attendu sa réponse pour édicter son
ordonnance »478.

Il estime ainsi que c’est cette dernière hypothèse qui paraît plus probable pour au
moins deux raisons.

La première peut être liée au fait que l’irrecevabilité manifeste de la requête ne


nécessite pas cette communication479. Ce motif d’irrecevabilité s’apparente à ce qu’un auteur
français a qualifié de « procédure de tri »480, c’est-à-dire une forme de tri des requêtes. C’est
une procédure contenue dans le Code de justice administrative481 en France et qui permet au
juge de l’urgence de se dispenser de la contradiction. En plus clair, il s’agit de rejeter une
demande si le requérant ne démontre pas le caractère urgent de sa requête et/ou si
manifestement la demande ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, est
irrecevable, ou est mal fondée. L’intérêt de cette procédure, d’après Monsieur René
GARREC, réside dans le fait que c’est un filtre « indispensable pour rejeter rapidement les
requêtes qui paraissent abusives »482. Toutes proportions gardées, tel semblerait bien en être
également l’intérêt recherché par le juge administratif camerounais.

La seconde raison peut tenir en la précarité de la situation litigieuse qui nécessite une
intervention rapide de la part du juge pour éviter que les droits ou intérêts du requérant ne
soient irrémédiablement atteints483. C’est ce qui ressort des affaires société Forestière PETRA
contre l’Etat du Cameroun484, Etat du Cameroun (MINEF) c/ Société forestière PETRA485 et

478
Loc. cit.
479
Loc. cit.
480
PIASECKI (J), L’office du juge administratif des réfères, op. cit., p. 65.
481
Art. L. 522-3.
482
GARREC (R), Rapport sur le projet de loi relatif au référé devant les juridictions administratives, n°380,
1998-1999, JO Documents parlementaires 1998-1999, Sénat 376-400, p. 68.
483
GUIMDO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 124.
484
CS/PCA, ord. sursis à exécution n°14/00-01 du 16 janvier 2001, affaire société forestière PETRA contre Etat
du Cameroun.

117
Société forestière PETRA c/ Etat du Cameroun486 où la dispense de l’urgence est sous-
entendue en ces termes :

« Attendu que l’urgence est de règle en matière de sursis et que les conséquences de
l’inobservation des délais d’échange de mémoires y afférents ne sont pas d’ordre public ».

En dehors d’être totale, la dispense peut encore se manifester par le choix du juge de
simplement alléger la contradiction.

2- La dispense partielle

La dispense partielle de la contradiction renvoie à son allègement. Comme l’indique


l’article L. 5 du Code de justice administrative français, si « l’instruction des affaires est
contradictoire », « les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l’urgence ».
L’allègement de la contradiction participe largement de ces exigences. Si le juge administratif
camerounais l’a compris à certains égards, le problème est qu’il ne le fait pas savoir
expressément487. De fait, de manière implicite le juge procède soit à un allègement matériel,
soit à un allègement temporel de la contradiction.

L’allègement matériel de la contradiction peut s’entendre de la réductibilité de son


exercice au strict minimum. Il s’agit de simplifier la procédure de la contradiction en limitant
considérablement son étendue matérielle. Cela se traduit concrètement en termes de
diminution de la densité des échanges entre les parties. Il est clair qu’à ce sujet, la loi Ŕ
manifestement laconique Ŕ se contente de prescrire, que ce soit en matière de sursis ou de
référé, la communication de la requête introductive et du mémoire en défense.

Cela ne doit pas être interprété comme excluant la possibilité d’étendre la


communication, le cas échéant, au mémoire en réplique ou en duplique. Mais, le constat
général est que le juge limite, pour des motifs liés à l’urgence Ŕ pourrait-on croire Ŕ, les
échanges au premier niveau, c’est-à-dire en ne communiquant que la requête introductive et le
mémoire en défense du sursis ou du référé. Une limitation à laquelle se trouve associé le
requérant malgré lui. En effet, il n’est pas dans l’intérêt de celui-ci de produire un mémoire en

485
CS/PCA, ord. de sursis à exécution, n°38/00-01 du 5 avril 2001, Ministère de l’environnement et des forêts
(MINEF) contre Société forestière PETRA.
486
CS/PCA, ord. sursis à exécution n°41/00-01 du 10 avril 2001, affaire Société forestière PETRA contre Etat du
Cameroun.
487
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 125.

118
réplique, cela risque d’allonger inutilement la procédure et dès lors de réduire ses chances de
trouver une solution rapide à la préservation de ses droits ou intérêts urgemment menacés.

Mais, les modalités de mise en œuvre de ce minimum de contradiction par le juge ne


sont pas généralement fixées488. L’on peut donc, dans certains cas, remarquer que le juge
évoque la communication de la requête à la partie adverse et ne dit pas si elle a répondu ou
pas489. Le juge déclare grosso modo que :

« Attendu que cette requête a été communiquée pour ses observations, à (…) par
lettre n° (…) du greffier en chef de la Chambre administrative »490.

Dans d’autres cas, il indique la réponse ou les moyens allégués par le défendeur sans
dire si et quand la requête lui a été communiquée491. Mais, on peut déduire de la réponse de
l’Etat qu’il a eu communication de la requête même si on ne peut déterminer la date à laquelle
elle a eu lieu. Dans d’autres cas encore, il est bien indiqué, soit que la requête a été
communiquée au défendeur et qu’il a répondu - par écrit ou oralement492, soit qu’il n’a pas
réagi493dans le délai de réponse que le juge lui a prescrit.

Il ressort, sous le bénéfice de ce qui précède, que le juge fixe en filigrane les limites
matérielles de la contradiction, et de ce fait, procède à son allègement. A cet allègement
matériel, se juxtapose un allègement temporel.

488
Loc. cit.
489
Loc. cit.
490
V. CS/PAC, ord. sursis à exécution n°07/88-89 du 15 septembre 1989, affaire PAMANSIE Josué c/ Etat du
Cameroun ; CS/PCA, ord. sursis à exécution n°16/90-91 du 19 septembre 1991, affaire YEM Luc c/ Etat du
Cameroun ; CS/PCA, ord. sursis n°05/92-93 du 05 octobre 1992, affaire SIGHOKO ABRAHAM c/ Etat du
Cameroun ; ord. sursis n°04/OSE/PCA/CS/93-94 du 19 octobre 1993, Union des populations du Cameroun c/
Etat du Cameroun ; CS/PCA, ord. référé n°01/86-87 du 23 octobre 1986, la succession ROGGOW c/ Etat du
Cameroun ; CS/PCA, ord. référé n°7/86/87 du 18 décembre 1986, NGIMBOUS Jean-François c/ Etat du
Cameroun ; CS/PCA, ord. référé n°09/88-89 du 28 septembre 1989, TAMO PELAP Jean-Claude c/ Commune
Urbaine de Bafoussam.
491
Le Professeur Bernard-Raymond GUIMDO recensait en 2004 à ce sujet, près de 6 ordonnances en matière
de sursis et 26 ordonnances en matière de référé, in Le juge administratif et l'urgence, op. cit., p. 152.
492
En la matière le Professeur dénombrait au cours de la même période 7 ordonnances en matière de sursis et 3
ordonnances en matière de référé.
493
Le Professeur dénombrait à ce sujet 16 ordonnances en matière de sursis et 4 ordonnances en matière de
référé.

119
L’allègement temporel de la contradiction se traduit par la nécessité de réduire d’une
part, les délais de la communication Ŕ des mémoires et autres pièces Ŕ et d’autre part, les
délais de présentation des réponses et observations des parties antagonistes.

A l’inverse de l’allègement matériel, le législateur a pris soin d’encadrer l’allègement


temporel en matière de référé. En effet, une fois la requête de référé introduite, sa
« notification est immédiatement faite au défendeur ». Le juge doit donc, sans marquer de
temps d’arrêt, la communiquer, même s’il n’en est pas toujours ainsi dans la pratique. Ensuite,
cette notification au défendeur s’accompagne « d’un délai de réponse ne pouvant excéder
cinq jours »494.

En matière de sursis, c’est en filigrane et indirectement que le législateur a entendu


prévoir la réduction du temps de la communication tout comme des délais de réponse. Il est
clair que la lettre de l’article 30 (2)495 régissant les modalités d’instruction du sursis reste
muette pour ce qui est des données temporelles des actes d’instruction de ladite procédure. Il
faut donc interroger l’esprit de cette disposition pour réaliser que c’est une véritable procédure
d’urgence et qui de ce fait exige une réduction du temps de communication et des délais de
réponse. Dans la pratique, c’est au juge qu’il revient de déterminer de manière discrétionnaire
les bornes temporelles des actes d’instruction en matière de sursis. Ce qui amène à dire que le
législateur aurait choisi de confier à celui-ci la charge de déterminer la temporalité des actes
d’instruction du sursis.

La réduction de la temporalité de la contradiction est donc, pour le référé,


explicitement prévue par les textes, et pour le sursis, laissée à la discrétion du juge. Cette
réduction de la temporalité entraîne une dispense partielle de la contradiction. Une telle
dispense est également perceptible dans les contentieux spéciaux de l’urgence.

B- La dispense dans les contentieux spéciaux de l’urgence

Les contentieux spéciaux de l’urgence portent sur les matières dont le traitement
requiert une certaine célérité. Ils ont ceci en commun que, chacun d’eux dispose d’une
procédure particulièrement marquée par les exigences liées à l’urgence. « Cette procédure,
qui s’achève par l’édiction de mesures définitives, tient sa spécialité à la constitution de
l’organe de juridiction – c’est en principe un juge unique qui statue –, à la non exigence de

494
Art. 27 (2), loi n°2006/002 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
495
Loi n°2006/022 précitée.

120
la saisine préalable de l’administration au moyen d’un recours gracieux, à la réduction des
délais de saisine du juge et à la fixation de délais relativement courts pour statuer »496.

Cependant, les contentieux spéciaux de l’urgence constituent une catégorie hétérogène


en raison de la diversité de leur domaine matériel et de leur fondement juridique.

D’une part en effet, les uns portent sur les contentieux électoraux, eux-mêmes distincts
les uns par rapport aux autres, en l’occurrence, les contentieux des élections locales Ŕ
municipales, régionales Ŕ ; les contentieux des élections au sein des chambres consulaires Ŕ
chambre d’agriculture, chambre de commerce). Les autres concernent les contentieux
« spéciaux des droits »497. Il s’agit du contentieux de la suspension et de la dissolution des
associations ; du contentieux de la légalisation, de la suspension et de la dissolution des partis
politiques ; du contentieux de la reconduite aux frontières des étrangers ; du contentieux de la
suspension et de la dissolution des organisations non gouvernementales.

D’autre part, chacun de ces contentieux demeure régi par un texte particulier de nature
législative ou décrétale.

En raison de l’urgence qui les unit, la contradiction y a été allégée du moins au regard
des textes les régissant. Cet allègement est constitutif d’une dispense partielle de la
contradiction dans les contentieux électoraux (1) et dans les contentieux spéciaux des droits
(2).

1- La dispense en contentieux électoral

Le contentieux électoral « s’entend à la fois de l’ensemble des contestations ou de


litiges liés à l’organisation, au déroulement et aux résultats des élections, et de l’ensemble
des règles régissant la solution de ces litiges par voie juridictionnelle »498. Il s’agit, en
d’autres termes, de vérifier la régularité externe de l’élection pour un bon accomplissement
des formes, des procédures et des opérations qui l’accompagnent et de vérifier la régularité

496
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence, op. cit., p. 33.
497
Terme emprunté à FANDJIP (O), Les juridictions administratives et le temps : cas du Cameroun et du
Gabon, Mémoire DEA, université de Dschang, FSJP, 2009, [Link].
498
KAMTO (M), « Le contentieux électoral au Cameroun », in Lex Lata n° 020, novembre 1995, p. 3.

121
interne en terme de validité des résultats et de la qualité des élus, tels sont les objets du
contentieux électoral499.

En contentieux électoral, généralement, les textes font place à l’urgence de la situation.


Mais le problème est que cette balise de l’urgence Ŕ conduisant à l’allègement de la
contradiction Ŕ est dans la plupart des cas non précise.

Le contentieux électoral ressortissant à la compétence du juge administratif est très


hétéroclite. Néanmoins, il est possible de distinguer deux grands groupes à savoir : les
contentieux des élections locales et les contentieux des élections au sein des chambres
consulaires.

Il faut dire que s’agissant des élections locales, leur contentieux est régi par la loi
portant Code électoral500. Il se décline en contentieux des élections municipales et régionales.
Ces deux contentieux ressortissent à la compétence du juge administratif tant dans
l’organisation des élections501 que dans le déroulement des opérations électorales502.

Malgré le laconisme du Code électoral pour ce qui de l’instruction en contentieux des


élections locales, l’existence de la contradiction n’est pas contestée. Mais celle-ci est allégée
au regard des différents délais réduits impartis au juge pour statuer.

499
MBARGA NYATTE (D), « Sociologie du contentieux relatif aux élections municipales du 21 janvier 1996
au Cameroun », in Juridis Périodique n° 45, Janvier- Février Ŕ Mars 2001, p. 78.
500
Loi n° 2012/001 du 19 avril 2012, modifiée et complétée par la loi n° 2012/017 du 21 décembre 2012.
501
V. en ce sens l'art. 189 (1) pour les élections communales qui énonce que : « la décision d'acceptation ou de
rejet d'une liste de candidats peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction administrative par un
candidat, le mandataire de la liste intéressée ou de toute autre liste, ou par tout électeur inscrit sur la liste
électorale de la commune concernée » ; et les art. 259 (1) et 260 (1) pour les élections régionales qui exposent
pour le premier : « toute décision d'acceptation ou de rejet d'une candidature ou d'une liste de candidats peut
être attaquée par tout candidat tout mandataire d'une liste, et/ou par tout membre d'un collège électoral », et
pour le second : « en période de campagne électorale, les contestations se rapportant à la couleur, au sigle, au
symbole choisi par un candidat ou une liste de candidats, sont portées devant la juridiction administrative
compétente… ».
502
V. en ce sens l'art 194 (1) pour les élections communales : « tout électeur, tout candidat ou toute personne
ayant la qualité d'agent du Gouvernement pour l'élection, peut réclamer l'annulation des opérations
électorales de la commune concernée, devant la juridiction administrative compétente », et l'art. 267 (1) pour
les élections régionales énonce : « tout électeur, tout candidat ou le représentant de l'Etat dans la Région peut
saisir la juridiction administrative compétente sur simple requête, d'une demande en annulation totale ou
partielle des opérations électorales de la région concernée ».

122
De fait, les délais impartis au juge pour statuer Ŕ soit quarante jours dans l’un et l’autre
cas de contentieux Ŕ sont sensiblement réduits. L’on peut aisément subodorer que la
contradiction y est allégée aussi bien dans sa matérialité que dans sa temporalité.

Pour ce qui est des élections au sein des chambres consulaires, il convient de
distinguer selon qu’il s’agit du contentieux au sein de la chambre de commerce ou du
contentieux au sein de la chambre d’agriculture.

Le contentieux électoral au sein de la chambre de commerce est régi par le décret


fixant les conditions d’élection des membres de la Chambre de Commerce, d’Industrie, des
Mines et de l’Artisanat du Cameroun503. Les contentieux de l’électorat ou du droit de vote et
de l’éligibilité ne ressortissent à la compétence du juge administratif qu’à titre d’appel.

En effet, toute contestation portant sur la répartition des sièges, les inscriptions, les
radiations, les omissions sur les listes électorales et d’une manière générale l’éligibilité, sont
soumises à la commission électorale qui statue en premier ressort504. Ce n’est qu’en cas
d’insatisfaction que la cause est portée devant la Chambre administrative de la Cour suprême
qui statue suivant la procédure de référé administratif505. L’instruction des recours est ici
contradictoire. La procédure de référé administratif, conformément à laquelle doit se dérouler
la procédure du contentieux en cause, est contradictoire506. Mais cette contradiction se trouve
allégée du fait de la réduction de la durée des délais inhérente à toute procédure de référé.

Quant au « contentieux de votation »507, la loi dispose : « Dans les quinze (15) jours
suivant la publication des résultats, tout électeur a le droit de contester par tous moyens
laissant trace, les opérations électorales de sa sous-section dans les conditions du droit
commun »508. La chambre administrative est saisie en appel. Lorsque celle-ci est justement

503
Décret n° 2001/381 du 27 novembre 2001.
504
Art. 33 (1).
505
Art 33 (2).
506
Cf. art. 27 (2), loi n° 2006/022 du 29 décembre fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
507
MOMO (B), « Le problème des délais dans le contentieux administratif camerounais », in Annales FSJP/UD,
t1, vol. 1, 1997, p. 146.
508
Art. 34 (1), décret n° 2001/381 du 27 novembre 2001 fixant les conditions d’élection des membres de la
Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun. Cette disposition reste ambigüe
dans la mesure où l’on ne saurait dire avec exactitude ce à quoi renvoie le droit commun ici. Mais l’on peut
subodorer que le droit commun pourrait être ici assimilé la procédure ordinaire, c’est-à-dire celle qui ne nécessite
pas le référé administratif.

123
saisie, elle statue selon la procédure du référé administratif509. Devant ladite Chambre, « les
membres dont l’élection est contestée sont avisés immédiatement par voie administrative. Ils
ont un délai de dix (10) jours pour présenter leur défense »510. Le caractère contradictoire de
la procédure se trouve donc ici, et contrairement au contentieux de l’éligibilité, explicitement
précisé. Pourtant, il s’agit d’une contradiction allégée au moins dans sa dimension temporelle
notamment du fait de la réduction des délais de réponse. Mais il serait abrupt de parler
d’allègement exprès de la contradiction tant est que la dimension matérielle se trouve
imprécise.

S’agissant du contentieux au sein de la Chambre d’agriculture, il est régi par le décret


du 6 août 2009 fixant les conditions d’élection des membres de la Chambre d’Agriculture, des
Pêches, de l’Elevage et des Forêts du Cameroun511. Il est reparti en contentieux de l’électorat,
de l’éligibilité et des opérations électorales. Pour ce qui est du contentieux de l’électorat et de
l’éligibilité la réglementation dispose :

« (1) Toute contestation portant sur la répartition des sièges, les inscriptions, les
radiations, les omissions sur les listes électorales et, d’une manière générale, l’éligibilité,
sont soumises à la commission électorale régionale qui les transmet à la commission
électorale nationale dans un délai de quarante-huit (48) heures. La commission électorale
statue en premier ressort.

(2) En cas d’insatisfaction, la cause est portée devant la Chambre administrative de


la Cour Suprême suivant la procédure de référé administratif »512.

Concernant le contentieux des opérations électorales, il a lieu dans les conditions du


droit commun devant la commission électorale nationale. Mais il n’est pas précisé s’il a lieu
devant la Cour suprême à titre d’appel et suivant la procédure du référé administratif, comme
c’est le cas dans les contentieux de l’électorat et de l’éligibilité513.

La grille d’analyse d’ensemble que l’on pourrait proposer relativement au contentieux


des élections au sein de la Chambre d’agriculture est qu’il s’agit d’un contentieux qui se

509
Art. 34 (2), décret n° 2001/381 du 27 novembre 2001 fixant les conditions d’élection des membres de la
Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun.
510
Art. 34 (3).
511
Décret n° 2009/250.
512
Art. 27 (1) (2).
513
Art. 28 (1) (2) (3) (4).

124
déroule suivant une procédure contradictoire, la procédure du référé. Mais elle est allégée du
fait des délais réduits qui permettent aux éventuels requérants de rentrer dans leurs droits à
temps514. Que dire la dispense de la contradiction dans les contentieux des droits ?

2- La dispense dans les « contentieux des droits »

Les contentieux spéciaux de l’urgence des droits sont des contentieux de l’urgence
dont les droits subjectifs de certaines organisations ou personnes physiques sont en cause,
d’où l’appellation « contentieux des droits ». Ils portent sur la suspension et la dissolution
des associations ; la légalisation, la suspension et la dissolution des partis politiques ; la
suspension et la dissolution des organisations non gouvernementales ; la reconduite aux
frontières des étrangers.

Les textes régissant les contentieux spéciaux des droits restent imprécis voire muets
sur leurs conditions d’instruction. Mais, l’on peut subodorer que la contradiction qui n’y est
pas expressément prévue, demeure latente. Celle-ci se trouve cependant allégée pour la raison
que les délais impartis au juge pour statuer sont sensiblement réduits.

Si l’on prend en compte en premier lieu le contentieux de la légalisation, de la


suspension et de la dissolution des associations, la loi se contente de prévoir les conditions
d’introduction de la demande Ŕ qui se font sur simple requête devant le président de la
juridiction administrative Ŕ et le temps imparti au juge pour statuer par ordonnance ; lequel est
de dix jours515.

L’on peut formuler la même remarque s’agissant du contentieux de la légalisation, de


la suspension et de la dissolution des partis politiques. Ici encore, le législateur mentionne que
les conditions d’introduction des recours se font sur simple requête et que le temps imparti au
juge pour statuer est de trente jours516.

L’on peut mutatis mutandis en dire autant du contentieux de la suspension et la


dissolution des organisations non gouvernementales. Ici aussi, le législateur évoque
fondamentalement les conditions d’introduction et le délai imparti au juge pour régler

514
MOMO (B), « Le problème des délais dans le contentieux administratif camerounais », op. cit., p. 147.
515
Art. 13, loi n° 90/053 du 19 décembre 1990 portant liberté d'association.
516
Art. 8, loi n° 90/056 du 19 décembre 1990 portant sur la création des parties.

125
l’affaire. Les requêtes sont ainsi introduites sur simple requête tandis que le juge dispose d’un
délai de trente jours pour statuer par ordonnance517.

Enfin, c’est le constat que l’on pose également en ce qui concerne le contentieux de la
reconduite aux frontières des étrangers. En effet, la loi insiste essentiellement d’une part, sur
l’introduction des recours en ces termes : « l’étranger qui a fait l’objet d’une mesure de
reconduite à la frontière peut, dans les 48 heures suivant notification de celle-ci, demander
son annulation devant la juridiction administrative compétente, nonobstant les règles
prévues en matière de recours gracieux préalable »518 Ŕ il s’agit donc d’une introduction sur
requête simple Ŕ ; et d’autre part, sur le temps prévu pour statuer par ordonnance qui est de
huit jours519.

Au vu de tout cela, le constat peut être fait que dans chacun de ces contentieux
spéciaux de l’urgence des droits, les délais impartis au juge tiennent compte de leur caractère
urgent. Il apparaît alors que cette réduction des délais contribue à alléger la contradiction en
ces matières. Cet allègement est manifeste d’une dispense partielle pour le moins apparente de
la contradiction.

Au bout du compte, dans les matières de l’urgence accessoire et spéciale, la dispense


de la contradiction reste apparente. En ces matières en effet, aussi bien la prévision par le
législateur de délais réduits que certaines solutions dégagées par le juge le laissent présager.
Le caractère apparent de la dispense peut aussi être observable dans les contentieux ordinaire
et fiscal.

PARAGRAPHE II - LA DISPENSE DE LA CONTRADICTION DANS LES


CONTENTIEUX ORDINAIRE ET FISCALE

La dispense de la contradiction en contentieux administratif camerounais dans les


matières ordinaire et fiscal apparaît difficilement imaginable au regard de la rigidité des textes
en la matière. Le législateur semble vouloir assurer une stricte et permanente contradiction
entre les parties. Or si la contradiction doit toujours être permanente, il n’est pas souhaitable
qu’elle soit toujours stricte. Une stricte contradiction peut parfois s’avérer vaine. C’est en
considération de cela que le juge administratif a consacré dans l’une de ses décisions la

517
Art. 22, loi n° 99/014 du 22 décembre 1999 régissant les organisations non gouvernementales.
518
Art. 36 (1), loi n° 97/012 du 10 janvier 1997 relative aux conditions d'entrée, de séjour et de sortie des
étrangers au Cameroun.
519
Art 37 (1), loi précitée.

126
possibilité de s’en départir (A). Ce faisant, plusieurs hypothèses peuvent être avancées pour
l’expliquer (B).

A- L’admission de la dispense

L’admission de la possibilité pour le juge de se dispenser de la contradiction a une


base jurisprudentielle dont la quintessence (1) suscite des interprétations (2).

1- La quintessence

Le juge administratif camerounais ne s’est pas toujours montré favorable à la


dérogation des normes textuelles de procédure contentieuse administrative, spécialement en
ce qui concerne l’application du principe de la contradiction. Pourtant, il a semblé lâcher du
lest dans l’affaire KEMPAYOU Moïse Débonnaire520 en consacrant la possibilité de se
dispenser de la contradiction. La quintessence de cette consécration tient à ces propos :

« … Que des exceptions d’ordre public peuvent être soulevées ou invoquées d’office
et en tout état de cause par le juge administratif ; que peu importe que l’instance soit liée
ou non par l’échange des mémoires entre les parties ; peu importe également le caractère
contradictoire de l’instruction inquisitoriale du contentieux administratif lorsqu’il y a
possibilité de mettre un terme à l’instance sans continuation de l’instruction s’il apparaît,
au vu de la requête introductive, ou d’un certain niveau d’instruction, que la solution de
l’affaire est d’ores et déjà acquise ».

L’énoncé de ces propos du juge administratif au sujet de la dispense de la


contradiction mérite quelques interprétations.

2- L’interprétation

Plusieurs clés de lecture peuvent être avancées à la décision KEMPAYOU précitée.


L’une des clés est proposée par le Professeur Célestin SIETCHOUA. Il relève que cette
décision Ŕ d’ailleurs confirmée ultérieurement dans l’affaire KENKEU Théophile521 Ŕ lourde
de conséquences juridiques et pratiques n’a donné lieu, curieusement à aucune réaction de la
doctrine, alors même qu’il est évident qu’elle avait provoqué un petit séisme dans l’univers
juridique jusqu’ici paisible du caractère contradictoire de la procédure. En effet, ni dans les
différents recueils de jurisprudence, ni les chroniques de la jurisprudence administrative des

520
CS/CA, jugement n° 7/90-91, 25 juillet 1991KEMPAYOU Moïse Débonnaire c/ Etat du Cameroun.
521
CS/CA, jugement n° 9/90-91, du 28 novembre 1991, KENKEU Théophile c/ Etat du Cameroun.

127
grandes revues de droit au Cameroun n’en font nullement état, quand bien même certaines
traiteraient le principe du caractère contradictoire dans le contentieux administratif522.

L’on observe également que le juge administratif peut, lorsqu’il soulève un moyen
d’ordre public, ou bien se dispenser totalement de la contradiction ou bien après l’avoir
entamée y mettre fin avant son terme. En effet, lorsque des exceptions d’ordre public sont
soulevées ou invoquées, « peu importe que l’instance soit liée ou non par l’échange des
mémoires entre les parties, peu importe également le caractère contradictoire de
l’instruction (…) il y a possibilité de mettre un terme à l’instance sans continuation de
l’instruction s’il apparaît, au vu de la requête introductive, ou d’un certain niveau
d’instruction, que la solution de l’affaire est d’ores et déjà acquise ».

Le juge admet clairement que l’échange des mémoires entre les parties importe peu
lorsque le moyen d’ordre public invoqué ou soulevé d’office peut tout de suite déterminer la
solution du litige ; auquel cas la poursuite de la contradiction s’avèrerait inutile. Si une telle
exception est soulevée au stade de la seule requête introductive, l’ouverture de l’instruction
contradictoire ne peut être d’aucune utilité puisque la solution du litige apparaîtrait évidente et
d’ores et déjà connue. De même, si elle intervient en cours de l’instruction toute poursuite de
celle-ci devient vaine pour la même raison. L’inutilité de l’instruction constituerait alors une
raison suffisante de dispense de la contradiction comme cela apparaît dans la plupart des
hypothèses de dispense admises.

B- Les hypothèses de dispense

Un auteur français affirme que l’observation de la jurisprudence montre que les


dérogations aux exigences de la contradiction ont une justification liée à un dénominateur
commun qui est l’utilité de l’information. C’est ce seul critère de l’utilité et, a contrario, de
l’inutilité qui, en toutes hypothèses, expliquera les renonciations à communiquer523. Fort de
cela, il ne serait pas inintéressant de questionner le contentieux administratif camerounais à
propos. Sans doute peut-on reconnaître que, sous le ciel camerounais, l’inutilité apparaît
comme une hypothèse admissible de dispense de la contradiction (1). Mais, faudrait-il alors
aller jusqu’à penser que, comme en France, il s’agit d’une hypothèse exclusive ? Il est permis
d’en douter. En effet, partant de l’hypothèse du moyen pris de l’internement d’un requérant, le

522
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., pp. 232-
233.
523
EINAUDI (T), L'obligation d'informer dans le procès administratif, op. cit., p. 198.

128
juge administratif camerounais a fabriqué une solution exceptionnelle et unique de dispense
de la contradiction (2).

1- L’hypothèse relative à l’inutilité de la communication

A l’observation d’une certaine jurisprudence administrative camerounaise, le critère


tiré de l’inutilité de la communication est dans la quasi-totalité des cas mis en avant, même
implicitement, pour justifier l’absence éventuelle de la contradiction. La considération du
caractère inutile de la communication par le juge se manifeste à plusieurs égards.

En premier lieu, le juge administratif considère qu’est inutile toute communication qui
survient alors que la solution de l’affaire est d’ores et déjà certaine. Il déclare ainsi qu’il y a
lieu de mettre un terme à l’instance sans continuation de l’instruction s’il apparaît, au vu de la
requête introductive, ou d’un certain niveau d’instruction que la solution de l’affaire est d’ores
et déjà acquise524. Car, toute poursuite de l’instruction, le cas échéant, perdrait inutilement du
temps, la solution étant déjà connue d’avance.

De même, le juge administratif estime inutile toute demande de communication par


l’administration d’une pièce sur la base de laquelle elle a décidé de sanctionner
d’avertissement le requérant (appelant) alors même et surtout qu’elle a acquiescé en appel au
jugement ayant déclaré illégale cette sanction525.

Par ailleurs, pour le juge, la communication d’une pièce devient sans objet et sans
intérêt, lorsqu’il dispose déjà d’éléments d’appréciation suffisants. A titre illustratif, il affirme
dans l’espèce TATSINDA Maurice précitée :

« Que la Cour (…) dispose d’éléments d’appréciation suffisants pour évaluer


l’étendue de tous les préjudices matériel et moral ; Que par suite, la demande de
communication par l’Etat du dossier administratif de l’appelant pour lui permettre
d’évaluer l’étendue de son préjudice devient sans objet et sans intérêt ».

524
CS/CA, jugement n° 7/90-91, 25 juillet 1991, KEMPAYOU Moïse Débonnaire c/ Etat du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°60/91/92 du 17 septembre 1992, affaire UPC contre Etat du Cameroun.
525
CS/AP, arrêt, n° 8 du 5 novembre 1984, TATSINDA Maurice c/ Etat du Cameroun.

129
Plus courantes encore, sont les hypothèses où le recours est de toute évidence
irrecevable, soit parce qu’il est frappé de forclusion526, soit encore parce qu’il est sans objet527
ou frappée d’une exception d’ordre public528, entre autres.

Est enfin considérée comme inutile, la communication des mémoires déposés


tardivement non seulement parce qu’ils ne peuvent avoir d’influence sur l’issue du litige mais
surtout parce qu’ils ne doivent pas en avoir, faute de quoi la procédure est irrégulière529.

Comme cela est perceptible, même lorsqu’il ne le dit pas de manière expresse, le juge
administratif retient le critère de l’inutilité pour écarter toute contradiction. Il a cependant
invoqué dans une espèce, un critère original et rare pris du motif de l’internement d’une
partie.

2- L’hypothèse liée à l’internement d’une partie

Le juge administratif camerounais a, dans l’affaire Etat du Cameroun c/ ATANGANA


Adalbert530, tacitement admis un critère exceptionnel de dispense de la contradiction. Il
importe avant toute interprétation de cette affaire, d’en déterminer les faits, la procédure, les
conclusions et les moyens du demandeur et la solution du juge.

Les faits : à la suite de l’arrêté du 16 décembre 1954, réglementant l’organisation et le


fonctionnement du service des huissiers, une charge d’huissier était instituée près la Cour
d’Appel du Cameroun et les tribunaux de Yaoundé; un autre arrêté n° 6357 du 22 septembre
1956, créait une deuxième charge d’huissiers à Yaoundé, le Sieur ATANGANA Adalbert, fut
nommé titulaire de cette charge, mais sa nomination était rapportée par l’arrêté du 8 avril
1958, qui ne contient aucun motif, et dont il obtenait l’annulation par arrêt du 22 mai 1959 du
Conseil du contentieux administratif. Cette seconde charge sera supprimée par arrêté n° 2743
du 19 août 1959, mais jusqu’à la suppression de sa charge, Monsieur ATANGANA n’arrivera
pas à prêter serment et à obtenir son installation.

La procédure: l’Etat du Cameroun, par l’intermédiaire de son représentant, s’est


pourvu en annulation contre l’arrêt n° 171 rendu par le Tribunal d’Etat dans l’affaire
ATANGANA Adalbert c/ Etat du Cameroun. L’ordonnance n° 62/OF/1 du 12 janvier 1962
526
Espèce précitée.
527
CS/AP, arrêt n° 01/A du décembre 1997, Procureur Général près la Cour suprême c/ EBA Emmanuel.
528
CS/CA, jugement n°60/91/92 du 17 septembre 1992, affaire UPC contre Etat du Cameroun.
529
CS/ CA, jugement n° 08/87-88, du 29 octobre 1987, MASSO LOBE Jean Charles / Etat du Cameroun.
530
CFJ, arrêt n° 16 mars 1967, Etat du Cameroun c/ ATANGANA Adalbert.

130
ayant dessaisi la Chambre administrative de la Cour suprême de ce pourvoi au profit de la
CFJ, le représentant de la République fédérale du Cameroun a repris son action en annulation
devant cette dernière.

Les conclusions du demandeur : l’Etat du Cameroun conclut à l’annulation par la CFJ


Ŕ juge d’appel en l’occurrence Ŕ de l’arrêt rendu par le tribunal d’Etat le condamnant, par
référence et comparaison aux états de l’étude de Maître MILLOT, à verser des dommages-
intérêts au Sieur ATANGANA pour retard anormal apporté à faire requérir son serment. Il
invoque à l’appui de sa demande, le moyen tiré du défaut de bases légales. Pour lui en effet,
aucun texte n’impose à l’Etat un délai pour faire requérir le serment d’ATANGANA, dès lors
l’absence de réquisition de ce serment ne saurait constituer un fait de l’administration donnant
lieu à réparation. En outre, Celui-ci ne pouvait exercer cette fonction sans avoir prêté serment
et sans avoir donné sa démission de greffier. Ce qui constitue une raison supplémentaire de ne
pas retenir la responsabilité de l’Etat.

La solution: le juge a conclu au rejet du pourvoi.

Dès lors, quelle interprétation donnée à cette affaire ? Il faut préciser d’abord que
l’interprétation à laquelle l’on se livre est orientée et limitée sur la procédure - et non sur le
fond en raison du caractère procédural de la question en cause : la dispense de la
contradiction.

Le fait marquant est que cette affaire s’est déroulée sans débat contradictoire. Les
raisons de cette absence n’étant pas révélées dans la structure de la décision définitive elle-
même, c’est dans les conclusions du rapporteur qu’il a fallu les repérer. C’est en des termes
suivants que celui-ci justifie l’absence de la contradiction :

« Le défendeur le sieur ATANGANA, ne peut, étant interné, produire ses moyens,


consulter ses documents ou entrer en liaison avec son avocat; il n’y a pas lieu au versement
d’une consignation, l’Etat étant demandeur; l’affaire est donc régulière en la forme ».

Le rapporteur, peut-être sans s’en douter, fabriquait là une solution exceptionnelle de


dispense de la contradiction. Le motif pris de l’internement de l’une des parties a suffi pour
justifier que celle-ci ne puisse contredire son adversaire en produisant son mémoire ou en
contactant son avocat. Solution exceptionnelle sans doute, mais pertinente pour autant ?

Il est évident que cette solution reste parfaitement intenable. L’internement, fut-il pour
des raisons criminelles ou psychiatriques, ne peut empêcher le déroulement contradictoire de

131
la procédure qu’après observation des règles propres à certains incidents de procédure. Il
s’agit en l’occurrence de la péremption d’instance531 et de la reprise d’instance532. Le premier
de ces incidents désigne l’anéantissement ou l’extinction des effets d’un acte en raison soit de
la négligence, soit de l’inaction des parties pendant une durée précise 533. Le second se définit
comme la relance de l’instance interrompue en l’état où elle se trouvait avant l’interruption ou
l’acte même par lequel l’instance reprend son cour534.

Le sieur ATANGANA étant interné pour une quelconque raison, le juge gardait-il la
possibilité, ne serait-ce qu’en vertu de ses pouvoirs inquisitoriaux535, de constater la
péremption de son inaction et l’absence de reprise de l’instance par celui-ci, avant de
poursuivre l’instruction de l’affaire.

Cette solution ne convainc donc pas. Il ne faut dès lors pas s’étonner qu’elle soit restée
un cas isolé, qu’elle n’ait pas été suivie par d’autres juges. Elle aurait été encore plus
dramatique si la décision était rendue en défaveur de la partie lésée. Fort heureusement, elle
n’a pas eu de conséquences sur les droits et intérêts de celle-ci.

A l’observation, les cas de dispense possibles de la contradiction dans les contentieux


ordinaire et fiscal sont exclusivement jurisprudentiels. Au surplus, ils ne doivent pas faire
penser à une dispense généralisée ou systématique. L’on en veut pour preuve qu’ils restent
marginaux hormis les cas d’irrecevabilité des recours.

Au total, la dispense de la contradiction est apparente en contentieux administratif


camerounais. En effet, il apparaît à l’examen tant des procédures de l’urgence que des
procédures ordinaire et fiscal que la dispense de la contradiction est envisageable et, même

531
Art. 101 de la loi n° 2006/022 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
532
Art. 102.
533
V. conclusion du rapporteur dans l'affaire Dame FERRIERE Marie (CFJ, 16 mars 1967); v. aussi CS/AP,
Arrêt N°10 du 24 mars 1983, Etat du Cameroun c/ TEGUIA et TEGUIA Gabriel c/ Etat du Cameroun
(MINJUSTICE). Pour amples connaissances sur les péremptions d'instance, v. enfin MEMONO (J-J C), Les
incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, Thèse doctorat Ph/D., Droit public, Université
de Yaoundé II, FSJP, 2015, p. 119 et s.
534
CORNU (G), Vocabulaire juridique, [Link]., p. 897. Pour un aperçu complet, v. MEMONO (J-J C), Les
incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 176 et s.
535
Allusion est ici fait aux pouvoirs inquisitoriaux en raison de ce que le texte censé régir la procédure
administrative contentieuse à cette époque, en l'occurrence le décret n° 59/83 du 4 juin 1959 portant réforme du
contentieux administratif et organisation du tribunal d'Etat, ne prévoyait pas la péremption. C'est donc sans
référence à un texte qu'une telle mesure pouvait être prise.

132
pourrait-on dire, envisagée. Mais cette dispense n’est presque jamais totale, elle reste
davantage partielle. Autrement dit, s’il a été relevé que le juge a eu à se dispenser de manière
totale de la contradiction en matière de communication dans certaine affaires ou a envisagé la
possibilité pour ses successeurs de le faire, il faut dire que cela reste très marginal. La
dispense doit être comprise davantage comme un allègement qu’une suppression. Car dans la
réalité, la contradiction est dans la quasi-totalité des cas toujours préservée.

SECTION II Ŕ LA REELLE PRESERVATION DE LA CONTRADICTION

La dispense de la contradiction en matière de communication est apparente en


contentieux administratif camerounais pour des raisons pratiques qui peuvent être rattachées à
l’urgence ou à l’évidence de la solution. Elle reste toutefois marginale. Celle-ci est en effet la
plupart du temps non totale mais partielle, non définitive mais ponctuelle, non généralisée
mais limitée.

La contradiction est donc presque toujours préservée en contentieux administratif


camerounais. Mais, cette préservation oscille en intensité selon qu’il s’agit des procédures de
l’urgence ou non. La préservation de la contradiction apparaît ainsi minimale dans les
contentieux de l’urgence (Paragraphe I) tandis qu’elle s’avère maximale dans les
contentieux ordinaire et fiscal (Paragraphe II).

PARAGRAPHE I Ŕ LA PRESERVATION MINIMALE DE LA CONTRADICTION


DANS LES CONTENTIEUX DE L’URGENCE

« La contradiction est de rigueur en contentieux administratif camerounais »


affirme Monsieur Alexandre ANABA MBO, Président du Tribunal Administratif de
Yaoundé536. Cela est vrai même lorsqu’une procédure se réclame de l’urgence. La tendance
normale est donc celle d’une contradiction apaisée, adoucie, assouplie ou même allégée, selon
les préférences. La préservation de la contradiction demeure, mais elle apparaît minimale au
regard de l’exigence de l’urgence. Le juge se doit de concilier et de trouver un équilibre entre
la nécessité du respect du principe de la contradiction et l’exigence de la prise en
considération des besoins liés à l’urgence. L’on peut ainsi reprendre pour le compte du
contentieux administratif camerounais, cette disposition du Code de justice administrative
français : « les exigences de la contradiction sont adaptées à celle de l’urgence »537. Ainsi,
536
Affirmation obtenue au cours d’un entretien en date du 27 juillet 2017 dans l’enceinte du Tribunal
administratif de Yaoundé.
537
Art. L. 15, CJA.

133
tant dans les contentieux accessoires de l’urgence (A) que dans les contentieux spéciaux de
l’urgence, la contradiction existe à minima (B).

A- La perpétuation dans les contentieux de l’urgence accessoire

La contradiction existe de manière permanente en matière de sursis (1), et elle est


constante en matière de référé administratif (2).

1- La permanence en matière de sursis

L’examen du régime du sursis à exécution en contentieux administratif camerounais


autorise à affirmer que c’est une procédure qui est contradictoire malgré son caractère urgent.
Cela est vérifiable tant au niveau des textes que de la pratique du juge en la matière.

Du point de vue textuel, le sursis est par essence contradictoire. La loi dispose
clairement que :

« Lorsque l’exécution est de nature à causer un préjudice irréparable et que la


décision attaquée n’intéresse ni l’ordre public, ni la sécurité ou la tranquillité publique, le
président du tribunal administratif peut, saisi d’une requête, après communication à la
partie adverse et conclusion du ministère public, ordonner le sursis à exécution »538.

La communication de la requête de sursis à la partie adverse est obligatoire. Car, le


traitement des demandes de sursis à l’instruction contentieuse obéit à une démarche
contradictoire. Le non-respect de cette exigence légale expose la demande de sursis à
l’infirmation en appel. Puisqu’en fait, celle-ci sera en marge de la légalité.

Du point de vue pratique, « la contradiction se fait toujours par écrit et se limite le


plus souvent à un échange », affirme Monsieur Alexandre ANABA MBO539. Cela laisse
entrevoir que même lorsque le juge ne le mentionne pas dans sa décision, la requête est ici
toujours communiquée à la partie adverse. Mais la contradiction est adaptée aux exigences de
l’urgence. C’est donc une contradiction minimale en matière de sursis, mais qui est
permanemment respectée. C’est le cas aussi, s’agissant du référé.

538
Art. 30 (2), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs
539
Entretien du 27 juillet 2017 v. supra.

134
2- La constance en matière de référé

Tout comme en matière de sursis, l’examen du régime du référé accorde une place
importante à la contradiction malgré la nécessaire prise en compte de l’urgence. En effet,
l’observation de la législation en vigueur et l’attention portée à la pratique du juge
administratif permettent de l’affirmer.

Sur le plan textuel, le législateur camerounais a expressément consacré une procédure


contradictoire en matière de référé administratif. En effet, aux termes des dispositions de
l’article 27 de la loi régissant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs540 :

« (1) Dans les cas d’urgence, le président du tribunal ou le magistrat qu’il délègue
peut, sur requête et si le demandeur justifie de l’introduction d’un recours gracieux, les
parties convoquées et après conclusions du ministère public, ordonner, en référé, toutes les
mesures utiles, sans faire préjudice au principal.

(2) La notification de la requête est immédiatement faite au défendeur avec fixation


d’un délai de réponse ne pouvant excéder cinq (5) jours ».

On voit bien que l’alinéa 2 de cette disposition, loin d’être une simple prescription
législative, s’analyse en une véritable injonction donnée au juge de procéder à la
communication contradictoire de la requête. Non seulement il doit tout de suite communiquer
la requête après qu’il ait été saisi, il doit aussi prévoir un délai de réponse ne pouvant excéder
cinq jours. Si la contradiction est atténuée du fait de l’immédiateté de la communication et de
la fixation d’un délai de réponse réduit, son existence reste indéniable. La pratique du juge le
conforte.

Dans la pratique prétorienne, les décisions du juge administratif de référé font, dans
leur grande majorité, ressortir que l’existence d’un échange contradictoire des mémoires entre
les parties a lieu541. Plus intéressant encore, et contrairement au sursis, « la contradiction peut
se poursuivre dans le cadre des débats oraux à l’audience », affirme Monsieur Alexandre
ANABA MBO542. L’oralité des débats à l’audience en matière de référé administratif vient
donc renforcer le caractère contradictoire d’une procédure déjà en elle-même contradictoire

540
Loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 précitée.
541
V. par ex. CS/PCA, ord. référé n° 7/77-78 du 3 juin 1978, LELE Gustave c/ Etat du Cameroun (MINFI).
542
V. entretien du 27 juillet 2017 supra.

135
dans sa phase écrite. Comme cela est perceptible, la procédure de référé traduit bien
l’application du principe de la contradiction. C’est aussi le cas dans les contentieux spéciaux
de l’urgence.

B- La conservation dans les contentieux spéciaux de l’urgence

Si dans les contentieux accessoires de l’urgence, le principe de la contradiction est


affirmé de manière explicite dans les textes et dans la pratique du juge, l’on observe au
contraire, s’agissant des contentieux spéciaux de l’urgence, qu’il n’existe que de manière
implicite au regard des législations en vigueur en la matière. Toutefois, la jurisprudence du
contentieux électoral révèle une application classique du principe de la contradiction (1).
Cette application de la contradiction est présumable dans les contentieux spéciaux des droits
(2).

1- L’application classique en contentieux électoral

Le synopsis des textes, au demeurant laconiques sur le plan du contentieux électoral,


mène à l’observation que l’instruction des recours en demeure inexistant.

Aucune allusion n’y est faite543. Mais ce serait une erreur que de conclure à une
procédure dépourvue d’instruction contradictoire. Or, comme le relève un auteur, en
contentieux électoral, « est en jeu un exercice croisé d’arguments juridiques et
d’objections : il se déroule un débat contradictoire au terme duquel, sur la forme et sur le
fond, le juge se prononce »544. Il ne fait de doute alors que c’est une procédure contradictoire.

Si le caractère contradictoire de cette procédure n’est pas contesté, il reste qu’il n’est
non plus précisé. C’est donc de manière sous-jacente qu’il se manifeste dans les textes. Mais
en jurisprudence il est clairement appliqué.

En matière de contentieux électoral le juge administratif statue suivant la procédure


classique545. Cela implique qu’il respecte scrupuleusement la contradiction et par conséquent
est moins enclin à l’alléger du fait de l’urgence. De fait, le contentieux électoral au regard de
la jurisprudence ne connaitrait que rarement de dispense liée à l’urgence.

543
En effet, les articles 194, 195 pour le contentieux des élections communales, 267 et 268 pour le contentieux
des élections régionales de la loi sus évoquée sont caractérisés par un mutisme total en la matière.
544
OLINGA (AD), « Contentieux électoral et état de droit au Cameroun », in Juris périodique n° 11, janvier-
février 2000, p. 50.
545
OLINGA (AD), « Contentieux électoral et état de droit au Cameroun », op. cit., p. 45.

136
A la suite d’une excavation poussée et remarquable de la jurisprudence, le Professeur
Bernard-Raymond GUIMDO DONGMO relève que le contentieux électoral municipal
s’avère être le terrain privilégié de la contradiction, car l’échange de documents entre les
parties est, non seulement effectif, mais se fait sous diverses formes ou à des degrés divers546.

Pour lui en effet, « dans certains cas, elle se traduit par la communication de la
requête du demandeur au défendeur suivie de la réponse de ce dernier547 . Dans d’autres
cas, elle se manifeste par l’introduction de la requête d’instance suivie d’une requête
additive puis de la réponse du défendeur548, voire d’un mémoire en défense additif549 . Dans
d’autres cas encore, elle se traduit par l’introduction de la requête d’instance, de sa

546
GUIMDO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 235.
547
En ce sens, v. par ex : CS/CA, jugement n°24/95-96 du 29 mars 1996, affaire conseillers municipaux de la
commune rurale de NANGA EBOKO contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°25/95-96 du 29 mars
1996, affaire FPN (CR MBOMA) contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°29/95-96 du 19 avril 1996,
affaire RDPC (C.U d’Edéa) contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°30/95-96 du 19 avril 1996, affaire
UPC contre Etat du Cameroun et M.L.J.C (CU d’Edéa) ; CS/CA, jugement n°33/95-96 du 09 mai 1996, affaire
NANDJOUM BWANGA (PCCS) (C.R de N’samba), RDPC contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement
n°35/95-96 du 09 mai 1996,affaire PDC (CR d’OBALA), contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°37/95-
96 du 09 mai 1996, affaire SDF contre Etat du Cameroun (CR de MANJO), CS/CA, jugement n°40/95-96 du 18
juillet 1996, affaire UPC (CR de PENKA Michel) contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°41/95-96 du
18 juillet 1996, affaire UPC contre Etat du Cameroun (C.R de 1996, affaire UPC contre Etat du Cameroun et
M.L.J.C (CU d’Edéa) ; CS/CA, jugement n°33/95-96 du 09 mai 1996, affaire ENANDJOUM BWANGA
(PCCS) (CR de N’samba), RDPC contre Etat du Cameroun ; CS/CA jugement n34/95-96 du 09 mai 1996,
affaire P.D.C contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°35/95-96 du 09 mai 1996, affaire PDC (CR
d’OBALA) contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n37/95-96 du 09 mai 1996, affaire SDF contre Etat du
Cameroun (CS de MANJO) ; CS/CA, jugement n°40/95-96 du 18 juillet 1996, affaire UPC (CR de PENKA
Michel) contre Etat du Cameroun CS/CA, jugement n°41/95-96 de 18 juillet 1996, affaire UPC contre Etat du
Cameroun (CR de BAMENDJOU ; CS/CA, jugement n47/95-96 du 18 juillet 1996, affaire SDF et PCR contre
Etat du Cameroun (CU de Yaoundé IIIe ) ; CS/CA, jugement n°56/95-96 du 18 juillet 1996, affaire PAP (CR de
NGAMBE) contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°58/95-96 du 18 juillet 1996 affaire PCR contre Etat
du Cameroun ; CS/CA jugement n°59/95-96 du 18 juillet 1996, affaire EPALE Roger Pierre contre Etat du
Cameroun (CR de BARE-MOUNGO) ; CS/CA, jugement n°60/95-96 du 18 juillet 1996, affaire RDPC contre
Etat du Cameroun, CS/CA, jugement n°65/95-96 du 18 juillet 1996, affaire PNP (CR/MBAM) contre Etat du
Cameroun ; CS/CA jugement n°66/95-96 du 18 juillet 1996, affaire USC contre Etat du Cameroun, CS/CA
jugement n70/95-96 du 18 juillet 1996 affaire UNDP (CR de MARARY, KOUSSERI et Zina) contre Etat du
Cameroun.
548
V. par ex : CS/CA, jugement n°31/95-96 du 19 avril 1996, affaire RDPC (CR de PENJA) contre Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°36/95-96 du 09 mai 1996, affaire PAL contre Etat du Cameroun.
549
Voir par ex CS/CA, jugement n°64/95-96 du 18 juillet 1996, affaire UFDC contre Etat du Cameroun.

137
communication au défendeur, de la réponse de ce dernier, et de la transmission de celle-ci
au demandeur pour la réplique, laquelle peut être faite550 ou non551 »552.

A propos du contentieux électoral dans les chambres consulaires, l’éminent Professeur


note qu’au sein de la Chambre d’Agriculture tout d’abord, « l’instruction contradictoire se
traduit par la communication de la requête du demandeur au défendeur et le dépôt du
mémoire en défense de ce dernier553 »554.

Ensuite, pour ce qui est de l’instruction de la Chambre de commerce, « c’est dans le


cadre du contentieux des listes électorales…que la contradiction est allégée. Ainsi, afin de
statuer d’urgence, le juge porte atteinte au droit du défendeur à présenter ses observations.
Il n’y a donc pas à proprement parler échange d’observations ou de documents, le juge
statuant sur la base de la contestation et de la réglementation applicable au dit
contentieux555 »556. Mais, il est clair que même dans cette hypothèse la requête est

550
V. par ex, CS/CA, jugement n°44/95-96 du 18 juillet, affaire UNDP et SDF (CU de Yaoundé II) e contre Etat
du Cameroun ; CS/CA, jugement n°50/95-96 du 18 juillet 1996 affaire SDF contre Etat du Cameroun (CR de
DEMDENG) ; CS/CA, jugement n°52/95-96 du 18 juillet 1996, affaire UNDP contre Etat du Cameroun ; CS/CA
jugement n°63/95-96 du 18 juillet 1996, affaire SDF, UNDP, UDC et ADD (CU de Yaoundé Ve) contre Etat du
Cameroun.
551
V. par ex : CS/CA, jugement n°46/95-96 du 18 juillet 1996, affaire UNDP contre Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n°53/95-96 du 18 juillet 1996, affaire UNDP (CR de BIYONHA) contre Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n°54/95-96 du 18 juillet 1996 affaire UNDP contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°68/95-96
du 18 juillet 1996, affaire UNDP ( CR de BIYOUHA) contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°69/95-96
18 juillet 1996, affaire UNDP (CR de Zina) contre Etat du Cameroun.
552
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence, op. cit., p. 234.
553
V. par exemple : CS/CA, jugement n°41/88-89 du 25 mai 1989, affaire TCHATCHOUA Jean-Pierre contre
Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°101/90-91 du 28 mars1991, affaire MVONDO NSANG Richard contre
Etat du Cameroun. CS/CA, jugement n°54/95-96 du 18 juillet 1996, affaire UNDP contre Etat du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°68/95-96 18 juillet 1996, affaire UNDP contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement
n°69/95-96 18 juillet 1996, affaire UNDP (CR de Zina) contre Etat du Cameroun
554
GUIMDO DOGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence, op. cit., p. 235.
555
Voir par ex. : CS/CA, jugement n°68/86-87 du 13 août 1987, affaire Electrical Construction contre Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°69/86-87 du 13 août 1987, affaire MUKETE Plantations Limited contre Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°71/86-87 du 13 août 1987, affaire BABA YOUSSOUFA contre Etat du
Cameroun CS/CA, jugement n°73/86-87 du 13 août 1987, affaire DJIDJOU Prosper contre Etat du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°74/86-87 du 13 août 1987, affaire ATSAMA FOUMENA contre Etat du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°14/87-88 du 29 octobre 1987, affaire Hirondelle Voyages contre Etat du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°17/87-88, du 29 octobre 1987, affaire SOCIEQUIP Cameroun contre Etat du Cameroun.
556
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence, op. cit., p. 235.

138
communiquée, malgré le défaut de réponse. Au surplus, le caractère contradictoire s’affirme
dans les autres aspects du contentieux des élections au sein de la Chambre de commerce
notamment le contentieux des opérations électorales.

Au vu de ce qui précède, excepté le contentieux des listes électorales au sein de la


Chambre de commerce, en matière électorale le juge procède à une contradiction intégrale. Il
y a lieu de se demander si cette contradiction intégrale n’est pas en porte-à-faux avec
l’obligation qu’il a de statuer d’urgence en cette matière où la préoccupation d’un jugement
aussi rapide que possible devrait atténuer le caractère contradictoire de l’instruction557.

L’application classique de la contradiction en contentieux électoral contraste avec la


situation dans les contentieux des droits où l’application de celle-ci reste présumable.

2- L’application présumable dans les contentieux spéciaux des droits

A propos des contentieux spéciaux des droits, le Professeur Bernard-Raymond


GUIMDO DONGMO affirme avec une certitude avérée que « dans ces matières,
l’instruction contradictoire est d’office exclue »558. Cette affirmation s’inspire sans doute de
plusieurs espèces559 rendues par le juge administratif dans le contentieux de la légalisation, de
la suspension et de la dissolution des associations. Ce dernier énonce alors :

« Attendu que la procédure instituée par l’article 13 alinéa 3 de la loi n°90/053 du


19 décembre 1990 est celle de l’ordonnance sur requête, que par conséquent le Président de
la Chambre Administrative se prononce sans avoir entendu la partie adverse et sans même
que cette dernière ait été avertie ».

A la vérité, cette position du juge ne peut prospérer pour la raison suivante. Rien
n’autorise d’affirmer que le législateur ait consacré la procédure de l’ordonnance sur requête
en matière de dissolution des associations. Il faut en effet préciser que l’ordonnance sur
requête très présente en procédure civile560, s’entend d’une demande écrite adressée
directement à un magistrat, sans mise en cause d’un adversaire, dans les cas où la situation à

557
Loc. cit.
558
Ibid., p. 245.
559
Ordonnance n°19/O/PCA/CS du 26 septembre 1991, affaire O.C.D.H contre Etat du Cameroun ; ordonnance
n°20/O/PCA/CS du 26 septembre 1991, affaire Kom Ambroise contre Etat du Cameroun ; ordonnance
n°21/O/PCA/CS du 26 septembre 1991, affaire CAP-Liberté contre Etat du Cameroun.
560
Cf. art. 67, 395, 547 du Code de procédure civile camerounais et art. 58 et s., 494, 812, 851, 897, Code de
procédure civile français.

139
régler est urgente et où la nécessité commande qu’il soit procédé non contradictoirement. Il y
est répondu par une ordonnance de caractère provisoire, exécutoire sur minute et susceptible
de rétractation561.

Une telle procédure n’est pas prévue dans les dispositions de l’article 13 alinéa 3 de la
loi n° 90/053 du 19 décembre 1990 comme le laisse entendre le juge. Cet alinéa dispose :

« Par dérogation à l’article 12 de l’ordonnance n°72/6 du 26 août 1972 fixant


l’organisation de la Cour suprême, les actes (de suspension et de dissolution) prévus aux
alinéas 1 et 2 ci-dessus sont susceptible de recours, sur simple requête, devant le président
de la juridiction administrative. Ce recours doit intervenir dans un délai de (10) jours à
compter de la date de notification à personne ou à domicile. Le président statue par
ordonnance dans un délai de dix (10) jours ».

A l’analyse, le fait pour le président de statuer par ordonnance signifie non pas qu’il
s’agisse d’une ordonnance sur requête, mais qu’il va rendre une décision sous la forme d’une
ordonnance. En effet, c’est une procédure qui n’implique pas la collégialité de l’organe de
jugement dont la présence est nécessaire pour rendre un jugement ou un arrêt. Elle implique
plutôt un juge unique dont les décisions prennent la forme d’une ordonnance. Si le législateur
avait donc entendu prévoir une ordonnance sur requête, il n’aurait certainement pas employé
la formulation équivoque : « le président statut par ordonnance ». Il aurait, au contraire,
signifié de manière expresse et formelle qu’il s’agit d’une ordonnance sur requête pour la
raison que la mise à l’écart d’un principe général de procédure aussi important que la
contradiction aurait nécessité une précision et une clarté.

Il est donc regrettable d’observer que le Professeur Bernard-Raymond GUIMDO


DONGMO ait, sans retenu, suivi la position du juge. Surtout que ces trois espèces relevés
avaient été rendues le même jour et donc probablement par le même juge. Il semble que cette
position n’ait pu être reprise ou admise par les successeurs. En effet, Monsieur le Président
du tribunal administratif de Yaoundé, Alexandre ANABA MBO affirme que « le principe de
la contradiction est immunisée en contentieux administratif camerounais, y compris dans
les contentieux spéciaux des droits malgré l’urgence qui les caractérise »562.

A défaut d’être exclue par le législateur, et en la quasi-absence de la jurisprudence


dans les contentieux spéciaux des droits, la contradiction est y « présumable ».
561
GUINCHARD (S) et DEBARD (D) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 818.
562
Entretien du 27 juillet 2017 évoqué supra.

140
En somme, malgré une existence à minima, la contradiction n’est pas remise en cause
dans les contentieux de l’urgence. Elle est avérée dans certains contentieux accessoires et
spéciaux de l’urgence Ŕ précisément en matière de sursis et de référé et en matière en matière
électorale Ŕ et présumable dans d’autres Ŕ en l’occurrence dans les contentieux spéciaux des
droits. Cette existence est renforcée dans les contentieux ordinaire et fiscal.

PARAGRAPHE II Ŕ LA PRESERVATION MAXIMALE DE LA CONTRADICTION


DANS LES CONTENTIEUX FISCAL ET ORDINAIRE

Les contentieux ordinaire et fiscal sont certainement ceux qui admettent le moins la
possibilité d’une dispense de la contradiction en contentieux administratif camerounais. La
dispense n’est pas prévue dans les textes propres au contentieux administratif et ordinaire (A),
elle connaît de surcroit en jurisprudence une quasi-inapplication (B).

A- L’imprévision textuelle de la dispense

Parler de dispense textuelle de la contradiction dans les contentieux ordinaire et fiscal


pourrait, a priori, passer pour étonnant en contentieux administratif camerounais. Très
clairement, le législateur ne l’aurait jamais laissé entendre. Les raisons de cette rigidité
pourraient tenir au fait que celui-ci est partisan d’une conception « extensive et rigide » de la
contradiction, opposée à une conception « restrictive et souple »563 de celle-ci. Si la seconde
se traduit par une application moins exigeante de la contradiction, la première se veut plus
exigeante et se fonde sur une « logique de la contradiction ayant vocation à la plénitude »564.

Sur le plan textuel donc, ces contentieux connaissent un encadrement textuel rigoureux
faisant la part belle à la contradiction, lequel par conséquent, constitue un rempart contre toute
tentative d’éviction de celle-ci.

L’exégèse des textes concernant les contentieux administratif ordinaire et fiscal au


Cameroun fait apparaître que la dispense de la contradiction ne connaît pas de consécration
textuelle propre relative aux dits contentieux. Elle en est presque totalement ignorée. En
contentieux fiscal et ordinaire en effet, le mutisme est quasi-absolu (1), même si l’existence
d’une solution textuelle pénaliste de dispense y serait éventuellement transposable (2).

563
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 247.
564
PACTEAU (B), « Du nouveau en procédure contentieuse administrative: la communication des moyens
d'ordre public », in RFDA, 1992, p. 480.

141
1- Le mutisme des textes du contentieux administratif

L’on observe un mutisme caractérisé en ce qui concerne la dispense de la contradiction


dans les contentieux administratifs de l’impôt et ordinaire.

Pour ce qui est d’abord du contentieux administratif de l’impôt, il apparaît comme le


lieu de toutes les tensions qui animent l’administration fiscale face au contribuable devant
l’instance juridictionnelle565 : « tension entre l’individu recherchant le bonheur individuel et
la collectivité à laquelle il appartient ; tension entre la personne et les institutions qui
gouvernent la société; tension entre les groupes sociaux qui se partagent les richesses
produites »566. C’est un lieu commun qui place l’administration fiscale face au contribuable.

Pour faire face à cette tension permanente entre le contribuable, en général démuni, et
l’administration fiscale dotée de privilèges567, le législateur a prévu une procédure en tout
point contradictoire. Le principe du contradictoire reste ainsi de mise dans le déroulement de
la procédure contentieuse fiscale.

En effet, les dispositions du Livre des procédures fiscales régissant l’instruction


générale568 montrent que celle-ci est contradictoire de bout en bout569 :

« La notification au ministre chargé des Finances de la copie de la requête


introductive d’instance est faite immédiatement après enregistrement au greffe. Il en est de
même de la notification à la partie adverse de la copie des mémoires ampliatifs du
requérant, des mémoires en défense du ministre chargé des Finances et des mémoires en
réplique. Les pièces et documents joints à la requête ou aux mémoires produits sont, dès
réception, adressés d’office en communication au ministre chargé des Finances.

Le ministre chargé des finances dispose, pour produire son rapport, d’un délai de
trois mois dont deux sont accordés au Directeur des impôts pour procéder à l’instruction.
Ce délai peut être prolongé de deux mois, en raison des circonstances exceptionnelles, sur

565
SAID (I), « L'expertise en matière fiscale au centre du droit fiscal marocain », [Link], consulté le 21
juillet 2013, p. 5.
566
DUBOIS (J), « Une psychanalyse du contribuable », Projet, 1912, pp. 145-154.
567
LAMBERT (T), « Le contribuable face à l’administration fiscale », [Link], consulté le 17 juin
2016, p. 102.
568
L’instruction générale se déroule en dehors des mesures d’instruction particulières telles que l’expertise,
l’enquête, l’audition des parties entre autres.
569
Art. L 132 et L 133, Livre des procédures fiscales.

142
demande motivée. Les conclusions du Ministre chargé des finances sont déposées au greffe
du Tribunal administratif en trois (3) copies dont l’une est adressée au contribuable qui
dispose d’un délai d’un (1) mois pour présenter ses observations ou faire connaître s’il
désire recourir à la vérification par voie d’expertise. Si le ministre chargé des Finances ne
produit pas sa réponse dans le délai de trois (3) mois visé ci-dessus, il est réputé avoir
acquiescé aux faits exposés dans la requête du contribuable. Si le contribuable ne produit
pas d’observations à la réponse de l’Administration dans un délai d’un (1) mois qui lui est
imparti, il est réputé s’être désisté de son action ».

De même, l’expertise en tant que mesure d’instruction particulière apparaît ici en tout
point contradictoire570 .

Par ailleurs, si l’on pourrait avancer, au regard de la jurisprudence administrative, que


les règles de la procédure administrative contentieuse valent pour le contentieux fiscal571, il
reste cependant vrai qu’aucune disposition du Livre des procédures fiscales ne consacre les
procédures de l’urgence qui auraient fait appel à des allègements de la contradiction liés à
l’urgence. Tout recours aux procédures de l’urgence en matière fiscale par le juge ne le serait
donc que proprio motu.

En clair, le Livre des procédures fiscales méconnaît des dispenses de la contradiction,


c’est aussi le cas de l’ensemble des textes qui ont régi ou régissent le contentieux ordinaire.
Toutefois, la dispense ici ne serait pas totalement absente en raison de son application à
certains incidents ayant trait aux délits d’audience.

Concernant le contentieux ordinaire, la dispense de la contradiction serait quasiment


inexistante à l’aune des textes qui régissaient ou qui régissent la procédure contentieuse
administrative ordinaire. Cependant, si avant 1975, les textes sont caractérisés par un mutisme
total, depuis cette date, ils y feraient implicitement allusion dans le cadre extraordinaire des
délits d’audience.

Les textes antérieurs à 1975 ayant régi la procédure administrative contentieuse sont
essentiellement au nombre de trois. Le premier, de 1921, détermine la procédure à suivre
devant le Conseil du contentieux administratif du territoire du Cameroun572. Ce texte ne
réserve aucun interstice lié à la dispense de la contradiction. En effet, son chapitre premier,

570
Cf. art. L 134 à L 139.
571
AKONO OMGBA SEDENA, L’apport du juge administratif au droit fiscal au Cameroun, op. cit., p. 56.
572
Arrêté du 16 décembre 1921.

143
intitulé de « De l’instruction et de l’audience publique », comporte dix-neuf articles dont les
dispositions ne laissent présager aucune dispense du principe de la contradiction.

Dans le sillage du texte de 1921, viendra le décret de 1959 portant réforme du


contentieux administratif et organisation du Tribunal d’Etat573. Comme le précédent, ce
dernier texte reste à son tour silencieux et n’ouvre pas la porte à une éventuelle dispense de la
contradiction. En tout cas, son chapitre deuxième, dont le titre est « De l’instruction des
instances », l’atteste fort bien.

Le troisième, à savoir le décret du 19 juin 1964 relatif au fonctionnement de la Cour


Fédérale de Justice en matière administrative574, est muet à l’image des deux autres.

Depuis 1975, deux importants textes encadrant la procédure administrative


contentieuse rendent plausible la dispense de la contradiction. Il s’agit de la loi de 1975 fixant
la procédure devant la Cour suprême statuant en matière administrative575 et de la loi de 2006
fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs576. Ces derniers
consacrent les solutions spéciales de dispense de la contradiction dans le cadre particulier des
délits d’audience.

Les délits d’audience sont des incidents d’audience pouvant consister en un (des)
outrage (s) adressé (s) à un magistrat ou un juré commis au cours de l’audience pour la
sanction duquel le président et le tribunal disposent de pouvoirs exceptionnels à effet
immédiat577. Il s’agit donc des infractions commises à l’audience et soumises à des règles de
poursuite dérogatoires578.

L’expression de ces délits et de leur régime se trouve donc fondée dans les textes
précités en ces termes :

« Si un ou plusieurs individus donnent des signes d’approbation ou de


désapprobation, provoque le tumulte de quelque manière que ce soit, et si, après
avertissement du président, ils ne rentrent pas dans l’ordre sur-le-champ, il leur est enjoint

573
Décret n° 59/83 du 4 juin 1954.
574
Décret n° 64/DF/218 du 19 juin 1964..
575
Loi n° 75/17 du 8 décembre 1975.
576
Loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006.
577
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 310.
578
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, op. cit., p. 316.

144
de se retirer ; les récalcitrants sont, sur ordre du président, saisis et déposés dans la maison
d’arrêt pour vingt-quatre (24) heures ».

« S’il se commet une infraction pénale à l’audience, le président procède aux


constatations utiles qu’il fait consigner au plumitif dont une expédition est transmise au
Procureur de la République. Ce dernier peut faire procéder à l’arrestation de l’auteur de
l’infraction »579.

Compte tenu de ces énoncés, il n’est indiqué nulle part que ceux qui se livreraient à
certains des actes ci-dessus décrits pourront dans le cadre d’une instruction tenter d’apporter
une contradiction au juge. Ils semblent donc déjà condamnés d’avance. Rien de surprenant à
cela, car le juge est ici en soi victime, plaignant et magistrat580, bref juge et partie à la fois.

La dispense de la contradiction dans l’hypothèse atypique des délits d’audience ferait


donc l’objet d’une consécration implicite et marginale. Qu’est-ce qui expliquerait alors cette
attitude du législateur ?

Tout porte à croire que l’explication qui est ici mis en avant c’est moins la volonté de
résoudre rapidement le litige que le souci d’asseoir l’autorité du juge. Celui-ci, de ce fait,
dispose de pouvoirs exceptionnels dont, entre autres, celui de ne pas instruire
contradictoirement le litige.

Il ressort de ce qui précède que les textes directement liés aux Contentieux ordinaire et
fiscal ne prévoient pratiquement pas des dispenses à la contradiction, excepté dans
l’hypothèse exceptionnelle des délits incidents d’audience. Or, le contentieux administratif,
malgré son autonomie, n’est pas en autarcie et peut donc aussi puiser des solutions dans des
textes qui lui sont extérieurs, lesquels consacrent formellement des dispenses de la
contradiction.

2- L’éventuelle transposition des solutions pénalistes de dispense ( ?)

Si les textes liés aux contentieux ordinaire et fiscal demeurent dans l’ensemble muets
pour ce qui est de la dispense de la contradiction, il faut pourtant se garder d’affirmer
qu’aucune dispense n’est absolument envisageable en ces matières en dehors de l’hypothèse
des délits d’audience évoqués supra. En dépit de son autonomie, le contentieux administratif
n’est pas en vase clos. Le juge administratif pourrait être tenté de déborder l’espace réservé au
579
V. Art. 20 de la loi de 1975 et 49 de la loi de 2006.
580
LABBEE (P), Institutions juridictionnelles, Cours 2009-2010, Université de LILLE II, p. 52.

145
seul contentieux administratif et aller en expansion vers d’autres champs pour aménager des
interstices liés à la dispense de la contradiction. Si celui-ci ne s’est pas encore livré à une telle
expérience (à notre connaissance), l’hypothèse reste possible si bien que le législateur l’a
laissée entrevoir dans la loi portant Code pénal581.

En effet, il est stipulé dans le Code pénal camerounais que les documents couverts par
le secret de la défense nationale et le secret médical ne peuvent faire l’objet de
communication de la part du juge administratif et par conséquent sont insusceptibles d’être
débattus contradictoirement.

S’agissant du secret de la défense, au sens de la loi portant Code pénal, « est réputé
secret de la défense nationale, pour l’application du présent Code, tout renseignement de
toute nature susceptible d’aider des entreprises hostiles à la République et qui n’a pas déjà
été rendue public »582. Si par-là, se trouve consacré et défini le secret de la défense nationale,
il reste qu’il s’agit d’une définition cursive et sommaire. La raison tient peut-être de ce que,
c’est une notion fonctionnelle, contingente voire élastique aux contours insaisissables. En
effet, sous réserve de la seule condition qu’un renseignement ne doit pas avoir déjà été rendu
public, elle regroupe toute information discrétionnairement qualifiée secret de la défense
nationale par l’autorité compétente, de sorte que son contenu peut s’étendre à l’infini et est
susceptible de varier583.

La consécration du secret de la défense nationale par la loi constitue une perspective


ouverte voire imposée au juge administratif de déroger à la contradiction ou plus exactement
de ne pas envisager la pleine réalisation de celle-ci. Cela n’est donc envisageable que si une
disposition législative le prévoit. Par conséquent, il n’appartient pas au juge administratif,
pour l’instruction d’une affaire dont il est saisi, de requérir des administrations compétentes la
production de tous documents qu’il juge de nature à permettre la vérification des allégations
des parties en cause, à la seule exception de ceux des documents dont la communication
contreviendrait à une prescription législative584.

581
Loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016.
582
Art. 109, loi précitée.
583
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 267.
584
CE, Sect. 24 octobre 1969, Ministre de l'Equipement et du logement c/ GOUGEON, in LONG (M), et alii,
Les grands arrêts de la Jurisprudence administrative, Dalloz, p. 461.

146
En application de l’article 109 du Code pénal, celui-ci se trouve tenu au respect du
secret de la défense nationale et ne peut pas, dès lors, exiger la communication d’un document
couvert par un tel secret.

Mais, il s’agirait d’une hypothèse qui reste virtuelle puisque le juge administratif
camerounais n’aurait encore eu dans aucune espèce à prendre position quant à l’attitude à
adopter en cas de situation d’un document couvert par le secret de la défense nationale. Or de
son côté, le juge administratif français s’est clairement prononcé sur la question. Il affirme en
substance dans un arrêt de principe585 que le pouvoir de demander communication des pièces
à l’administration ne s’étend pas aux documents dont la divulgation est exclue par les
nécessités de la défense nationale ; toutefois, le juge peut, même dans cette hypothèse, tenir
compte, après avoir demandé éventuellement des explications complémentaires, du silence ou
de la mauvaise volonté de l’administration.

Par ailleurs, le secret de la défense nationale serait absolu. Il est opposable à


l’administré autant qu’au juge, qui doivent rester dans l’ignorance du contenu des documents
couverts, en tant que sans doute ils ne constituent pas des personnes qualifiées pour en
connaître586.

Mais au-delà, il serait intéressant de savoir si le non-respect du secret de la défense


nationale exposerait tout contrevenant (parties et juge) à des sanctions. Autrement dit,
qu’adviendrait-il si les parties d’une part, et le juge d’autre part, décident de passer outre le
secret de la défense nationale. A cette préoccupation, le Code pénal ne donne qu’une réponse
implicite limitée dans sa portée : Il y est énoncé que:

« Est puni d’un emprisonnement de un (1) à dix (10) ans et d’une amende de cent
mille (100 000) à dix millions (10 000 000) de francs ou de l’une de ces deux peines
seulement, celui qui, en temps de paix : dans un but autre que de le livrer à une puissance
étrangère, s’assure la possession d’un secret de la défense nationale ou le révèle à une
personne non qualifiée »587.

585
CE, Ass., 11 mars 1955, Secrétaire d'Etat à la guerre c/ COULON, in LONG (M), et alii, Loc. cit.
586
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 267.
587
Art. 105 (1) de la loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code pénal.

147
« Est puni d’un emprisonnement de dix (10) à vingt (20) ans celui qui, en temps de
guerre : commet une des infractions visées aux articles 105 (…) ci-dessus »588.

Cette solution du Code pénal reste limitée dans sa portée. Si en effet elle vise les
parties, l’on n’imaginerait pas un seul instant qu’elle puisse concerner le juge qui ne peut être
sanctionné du fait des actes d’instruction. Autrement dit, la responsabilité du juge, fut-elle
pénale, administrative ou civile, ne peut être retenue du fait de l’exigence de production et de
la communication d’un document couvert par le secret de la défense nationale.

Le juge administratif fait savoir dans une espèce589 demeurée fameuse que les actes
relevant de la procédure judiciaire en général et de l’instruction en particulier ne peuvent être
déférés devant le juge. Il déclare ainsi que :

« Les faits, dont le requérant demande réparation, sont intimement liés à


l’instruction des manœuvres subversives qui lui étaient reprochées et dont l’administration
avait pu, à juste titre, eu égard à la conjoncture politique de l’époque, se croire victime; que
ces faits, qui ne sauraient être détachés de la procédure suivie devant le juge judiciaire en
vue de la manifestation de la vérité, ne peuvent par conséquent être déférés devant la
juridiction administrative ».

Nul sans doute, cette position serait la même pour les juridictions pénale et civile. Dès
lors, le juge administratif, du fait d’exiger la production et de communiquer un document
couvert par le secret de la défense nationale, ne s’exposerait pas aux sanctions prévues aux
articles 105 et 108 du Code pénal ; mais à une prise à partie, conformément aux dispositions
de la loi n° 75/16 du 8 décembre 1975 fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour
suprême590 et de l’arrêté du 16 décembre 1954 portant Code de procédure civile. Ce dernier,
plus explicite, dispose que les juges peuvent être pris à partie « s’il y a dol, fraude,
concussion ou faute lourde professionnelle qu’on prétendrait avoir été commis, soit dans le
cours de l’instruction, soit lors des jugements »591.

588
Art. 108 (2) (b).
589
CFJ, arrêt n° 19 du 16 mars 1967, TAGNY Mathieu c/ Etat du Cameroun.
590
Cette loi reste en vigueur dans ses dispositions non contraires aux lois entrées en vigueur en 2006 et portant
respectivement organisation judiciaire, organisation et fonctionnement de la Cour suprême et organisation et
fonctionnement des tribunaux administratifs. Ces dernières ne font pas allusion mais ne suppriment non plus la
procédure de prise à partie.
591
Art. 246 (1) du Code de procédure civile.

148
L’exigence de la production et de la communication par le juge d’un document couvert
par le secret professionnel s’apparenterait ainsi à une faute lourde professionnelle commise
dans le cours de l’instruction. Tel devrait également être le cas pour ce qui est du secret
médical.

En matière de secret médical, selon le Code pénal : « (1) Est puni d’un
emprisonnement de trois (3) mois à trois (3) ans et d’une amende de vingt mille (20 000) à
cent mille (100 000) francs, celui qui révèle, sans l’autorisation de celui à qui il appartient,
un fait confidentiel qu’il n’a connu ou qui ne lui a été confié qu’en raison de sa profession
ou de sa fonction.

(2) L’alinéa 1 ci-dessus ne s’applique ni aux déclarations faites aux autorités


judiciaires ou de police judiciaire portant sur des faits susceptibles de constituer un crime
ou un délit, ni aux réponses en justice à quelque demande que ce soit.
(3) L’alinéa 2 ne s’applique pas : a) au médecin et au chirurgien qui sont toujours
tenu au secret, professionnel, sauf dans la limite d’une réquisition légale ou d’une
commission d’expertise (…) »592.

Sous le bénéfice de ces dispositions, il apparaît que le Code pénal consacre en


filigrane Ŕ notamment à l’alinéa 3 de l’article 310 Ŕ le secret médical dans le cadre du secret
professionnel. C’est dire en réalité que le secret médical n’est qu’une variété de secret
professionnel, c’est-à-dire une obligation pour les personnes qui ont eu connaissance de faits
confidentiels dans l’exercice ou à l’occasion de leurs fonctions, de ne pas les divulguer hors
les cas où la loi impose ou autorise la révélation du secret593. Le secret médical serait même
l’aspect principal du secret professionnel594.

La question que l’on serait tenté de poser alors est de savoir en quoi est-ce que le
secret médical constituerait une dispense de la contradiction. La réponse à cette interrogation
exige de déterminer la portée de ce secret professionnel atypique. Pour ce faire, un examen de
la jurisprudence administrative française s’avère nécessaire avant de situer la question au
Cameroun.

Il faut dire qu’en France, c’est au juge, à défaut du législateur, qu’il a appartenu de
déterminer la portée du secret médical. Après avoir suivi dans un premier temps dans

592
Art. 310 de la loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code pénal.
593
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, op. cit., p. 939.
594
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, [Link]., p. 245.

149
plusieurs espèces595, la position de la Chambre criminelle d’après laquelle le secret médical
serait général et absolu596, le Conseil d’Etat a amorcé une évolution dans sa jurisprudence.
Ainsi dans l’affaire Assemblée DEVE597, bien que n’écartant pas encore sa position antérieure,
celui-ci ajoutait en même temps que :

« Le secret médical n’a pas pour objet et ne saurait avoir pour effet d’interdire au
médecin de faire connaître à son client lui-même les constations qu’il est en mesure de
faire sur sa personne ».

Le Conseil va sans détour affirmer par la suite que le secret médical n’est plus
opposable au malade598. Il n’y a donc plus de secret imposé au médecin vis-à-vis de son
malade ni de secret imposé au malade vis-à-vis des tiers. Le secret médical aurait donc
désormais une portée relative.

Au Cameroun, c’est le législateur Ŕ dans le Code pénal Ŕ qui détermine la portée à


attribuer au secret médical. Les termes de l’article 310 dudit Code permettent de l’affirmer.
Cette affirmation peut d’ailleurs se réclamer de l’examen opéré par Monsieur Joseph Pierre
EFFA sur cette disposition.

Ce dernier estime que l’alinéa 3 de l’article 310 peut laisser penser qu’au Cameroun
l’obligation de secret médical est générale et absolue, c’est-à-dire que le médecin ne peut être
délié, sauf dans l’hypothèse d’une réquisition légale ou d’une commission d’expertise. De la
sorte, le malade ne pourrait demander ni le juge ordonner la production de documents
couverts par le secret médical. Or, une lecture complète de l’article 310 du Code pénal et en
particulier la prise en compte de l’alinéa 1 dudit texte, qui introduit la considération d’une
autorisation de celui à qui appartient un fait confidentiel, c’est-à-dire le malade en l’espèce,
vient contredire cette conception rigide du secret médical. La logique inverse est au surplus

595
V. CE, Sect. 9 novembre 1928, Bertrand, Rec. 1149; 20 juillet 1932, GARLOPEAU, Rec. 739; Sect. 27
janvier 1939, RENOUF, Rec. 39; Ass. 20 novembre 1959, Secrétaire d'Etat au budget, Rec. 613; J.C.P. [Link].
11431, concl. POUSSIERE; D. 1960. 157, note SAVATIER.
596
V. Crim. 19 décembre 1885, Bull. crim. n° 360, p. 574; 24 janvier 1957, Bull. crim., n° 86, p. 144. Gaz. Pal.
1957.1.412; Crim., 8 mai 1947, Bull. crim., n° 124, p. 177; Gaz. Pal. 1947.2.12.; Crim 22 décembre 1966, Bull.
crim. n° 305, p. 714; D. 1967. 122, rapport COMBALDIEU.
597
CE, Ass. 12 avril 1957, DEVE.
598
CE, Sect. 24 octobre 1969, Ministre de l'Equipement et du Logement c/ GOUGEON.

150
servie par cette idée, juste, d’un secret médical institué, non dans l’intérêt de la médecine,
mais dans celui du patient599.

Tirant les conséquences de son analyse, l’on peut affirmer avec force qu’au Cameroun,
le secret médical n’est pas absolu en ce sens que, comme en France, il n’est pas opposable au
malade. Pour le dire autrement, il n’existe pas de secret imposé au médecin vis-à-vis de son
patient, ni de secret imposé au patient vis-à-vis des tiers (le juge par exemple). Par contre,
sauf dans la limite d’une réquisition légale ou d’une commission d’expertise, le secret médical
est absolu pour les médecins vis-à-vis des tiers. Le juge ne peut donc ordonner la production
d’un document couvert par le secret médical que sur demande voire autorisation du malade.
Ce qui permet à ce dernier de révéler lui-même ledit document à celui-ci.

En guise de réponse à la préoccupation ci-dessus posée, le secret médical constituerait,


s’il adviendrait à se poser devant le juge administratif, un frein à l’instruction et par
conséquent à la contradiction dans l’hypothèse où le malade s’opposerait à la divulgation d’un
document couvert par lui. Lequel ne pourra, le cas échéant, être soumis à instruction
contradictoire.

Que retenir alors en définitive sinon qu’il n’existe pas de textes propres au contentieux
administratif qui permettent au juge de se dispenser de la contradiction dans le cadre des
contentieux ordinaire et fiscal. C’est au Code pénal qu’on doit finalement toute possibilité de
dispense de la contradiction à travers l’obligation imposée au juge et aux parties de respecter
le secret de la défense nationale et le secret médical. Il faut préciser qu’une telle dispense ne
peut être que partielle. En effet, en présence de documents couverts par le secret de la défense
nationale par exemple, l’administration devrait apporter des explications justifiant leur non-
communication Ŕ et non se contenter de les qualifier comme tels Ŕ lesquelles pourraient être
communiquées à la partie adverse. Aussi, la contradiction va-t-elle se poursuivre pour ce qui
des autres éléments du dossier. La contradiction ne cesse donc pas. En jurisprudence en
revanche, l’exception à la contradiction connaît une quasi-inapplication.

B- La quasi-inapplication jurisprudentielle de la dispense

La quasi-inapplication jurisprudentielle fait suite au constat suivant lequel les cas de


dispense de la contradiction sont rarissimes (1), tandis que les cas d’application de la
contradiction sont en continu (2).
599
EFFA (JP), « Le principe du contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun », op.
cit., p. 269.

151
1- La rareté de la dispense

Si certaines solutions jurisprudentielles relevées plus haut admettent des possibilités de


dispense à la contradiction, il faut dire que celles-ci arrivent très rarement. Car le juge
administratif camerounais est, comme le législateur camerounais, partisan d’une conception
très rigide de la contradiction. Les seuls cas fréquents où la contradiction est absente résident
dans l’hypothèse où le juge s’est dispensé de l’instruction elle-même. C’est le cas des
décisions d’irrecevabilité des requêtes. Lorsqu’une décision est manifestement irrecevable,
elle ne pourrait pas donner lieu à une instruction et par ricochet faire l’objet d’une
contradiction. En revanche, les cas où le juge a, non pas simplement, admis mais, s’est
dispensé de la contradiction pour la raison que la solution est d’ores et déjà acquise ou connue
sont fort rares et recherchés. La rareté de la dispense signifie a contrario que la contradiction
est presque toujours respectée.

2- La continuité de la contradiction

L’examen de la quasi-totalité des décisions du juge administratif concernant les


contentieux administratifs de l’impôt et ordinaire fait apparaître qu’elles ont été rendues
contradictoirement ou par défaut aussi bien depuis l’instruction jusqu’à leur jugement. C’est
une exigence prévue par la loi : « les jugements du tribunal administratif (…) mentionnent
(…) s’ils sont contradictoires ou par défaut »600.

L’application de la contradiction se manifeste à deux niveaux dans les décisions du


juge. Dans l’exposé des motifs le juge expose le contenu de la requête ainsi que la réponse à
celle-ci et, éventuellement, la réplique et l’observation qui y est faite. Cela implique que la
parole est donnée à chacune des parties et que l’instruction contradictoire a eu lieu. Aussi, au
niveau du dispositif, réitère-t-il le caractère contradictoire par cette formulation : « Par ces
motifs statuant (…) contradictoirement, en matière administrative, à l’unanimité des
Membres (…) décide ». La contradiction est donc toujours affirmée par le juge en ce qui
concerne les contentieux administratif ordinaire et fiscal.

600
Art. 54 de la loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.

152
C ONCLUSION DU CHAPITRE

Le juge administratif opère de manière marginale à la dispense de la contradiction


lorsqu’il organise la communication des dossiers entre protagonistes au procès administratif.
Il le fait indifféremment quel qu’en soit le théâtre des opérations.

D’abord, il est donné d’observer que la dispense de la contradiction est apparente,


mais cantonnée à des proportions très faibles dans les contentieux de l’urgence ou des
contentieux ordinaire et fiscal. Pour ce qui est des premiers, il ressort de l’ensemble des textes
les régissant que l’urgence est prise en compte. Celle-ci se manifeste généralement par la
réduction des délais de communication et de réponse. Cette réduction de la temporalité est
généralement constitutive d’une dispense relative de la contradiction. S’agissant des seconds,
les possibilités de dispense sont admises par la jurisprudence dans certains cas, mais rarement
ou exceptionnellement appliqués.

Ensuite, malgré l’apparente dispense dont elle fait l’objet, la contradiction est presque
toujours préservée. Cette préservation est minimale dans les contentieux de l’urgence. Car, la
contradiction étant adaptées aux exigences de l’urgence elle ne peut être exercée que de
manière minimale d’où le caractère limitée de la dispense. Par contre, la préservation est
maximale dans les contentieux ordinaire et fiscal. De fait, le législateur est partisan d’une
conception rigide de la contradiction ayant vocation à la plénitude.

La principale leçon à retenir en définitive est que le juge peut exciper de ses pouvoirs
d’instruction pour se ménager de la contradiction. Mais il le fait généralement dans des
proportions très marginales. Mais le fait-il dans l’intérêt d’une bonne administration de la
justice ? Certainement quelques fois, mais dans bien de cas non. Sinon comment expliquer
que l’urgence soit souvent mise aux confins des raisons avancées pour se dispenser de la
contradiction ?

153
C ONCLUSION DU TITRE

C’est sans doute Ŕ et ce n’est pas la raison exclusive Ŕ parce qu’il organise la
communication entre les parties au procès que le juge administratif camerounais exerce le
pouvoir de direction de l’instruction. Le regard posé sur le régime de la communication des
mémoires et pièces permet de certifier en toute quiétude que c’est au juge et lui seul qu’il
revient d’organiser la communication entre parties protagonistes voire antagonistes.

La communication des mémoires et pièces étant une condition importante voire


primordiale du caractère contradictoire de l’instruction601, le constat est tiré, et tel est la
quintessence de ce titre, que le juge administratif camerounais y procède en faisant, à titre
principal, application de la contradiction et, à titre marginal, dispense de celle-ci.

Il faut pour ainsi réaffirmer que, c’est par ces procédés d’organisation de la
communication des pièces et mémoires que semble être incarné le pouvoir de direction de
l’instruction dévolu au juge administratif camerounais. Mais, c’est une raison qui n’est pas
exclusive, mais à laquelle il faut associer celle relative à la fixation du rythme de
l’instruction.

601
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 850.

154
T ITRE II: LA FIXATION DU RYTHME DE
L’INSTRUCTION

155
La direction de l’instruction par le juge administratif commande d’en maîtriser la
temporalité. Celui-ci ne peut rythmer la procédure et, dès lors, l’instruction que s’il a la
maîtrise du temps. La maîtrise de la donnée temporelle s’avère être d’une importance cruciale
puisqu’elle est l’un des facteurs les plus déterminants du règlement des litiges. La question de
la maîtrise du temps par le juge administratif revient essentiellement à se préoccuper
simplement d’une bonne administration de la justice602. « Le temps peut à lui tout seul
permettre d’apprécier l’efficacité d’une juridiction. Suivant qu’il est plus ou moins long, il
peut faciliter ou obstruer l’exécution d’un acte. C’est pourquoi il est un élément essentiel
du pouvoir d’instruction »603.

Il peut apparaître absurde de parler de maîtrise du temps par le juge administratif parce
que la notion de temps serait une donnée insaisissable604. SAINT-AUGUSTIN, à la question
de savoir « qu’est-ce que donc le temps ? », ne disait-il pas déjà à travers une lumineuse
formule que : « Quand personne ne me le demande, je le sais, dès qu’il s’agit de l’expliquer,
je ne le sais plus »605. Si le temps ne peut être saisi dans toute sa complexité, il est toutefois
possible d’affirmer avec Monsieur Pierre-Claver KOBO, président de la Chambre
administrative de la Cour suprême ivoirienne, qu’il est une « notion polymorphe »606 et avec
le Professeur Henri OBERDORFF qu’il connaît une « déclination multiple »607. Autrement
dit, il est possible de l’imaginer sous plusieurs formes.

Il importe de préciser dans ce sens que pour Monsieur Damien CONNIL deux
conceptions du temps se font jour. Il existe ainsi « un temps qualificatif, perçu et vécu »
opposé à « un temps construit »608.

« Le temps qualificatif, perçu et vécu » est relativement déterminé en ce que le temps


est supposé découpé en parties qui forment des périodes ou des intervalles d’un ensemble sans
discontinuité. Cette conception est présente dans la pensée chinoise qui voit le temps comme
un ensemble d’ères, de saisons ou d’époques possédant chacune des attributs propres.

602
OBERDORFF (H), « Le justiciable, le juge administratif et le temps », in Le juge administratif à l’aube du
XXIe siècle, Grenoble, PUG, 1995, p. 296.
603
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, op. cit., p. 178.
604
CONNIL (D), L'office du juge administratif et le temps, op. cit., p. 2.
605
SAINT-AUGUSTIN, Les confessions, Livre XI, Chapitre XIV, Œuvre, I, coll. La pléiade, p. 1041.
606
KOBO (P-C), « Le juge et le temps », in La tribune de la Chambre administrative, n° 03-septembre 2014-
trimestriel, p. 3.
607
OBERDORFF (H), « Le justiciable, le juge administratif et le temps », op. cit., p. 282.
608
CONNIL (D), L'office du juge administratif et le temps, op. cit., p. 3.

156
LEIBNITZ conforte cette position lorsqu’il affirme que le temps est l’ordre des successions
possibles. Le temps ici n’est donc pas une notion abstraite détachée de la réalité mais apparaît
à l’inverse, comme un élément essentiel de cette réalité. C’est donc une réalité vécue, propre à
l’élan vital et à la liberté créatrice. Il s’agit donc d’un temps naturel.

« Le temps construit » est nettement plus abstrait et indéfini en ceci qu’aucune limite
ne borne le temps pris en lui-même, le temps en général. C’est un temps physique, objectif
qui apparaît comme le support d’une représentation mentale et sociale du temps, un temps
multiple, variable selon les sociétés considérées et les activités sociales concernées. Il s’agit
d’un temps social et artificiel, mieux, « d’une construction sociale, qu’on appelle
"temporalisation" »609. C’est ce temps que le droit utilise et que le juge est appelé à maîtriser.

Dès lors, l’apparente absurdité ferait désormais place au rationnel. Le temps du procès,
de l’instance et de l’instruction est un temps social construit et par conséquent maîtrisable.
C’est dire que le temps du juge devient un temps social, qui ne saurait être dématérialisé ni
enfermé dans une bulle intemporelle610. Il est à la fois le produit d’une conception spirituelle
du juge, du justiciable et de la société. Sans donc ignorer la pression sociale et les exigences
des parties sur le temps, le juge par son rôle constitue l’élément décisif et incisif de la
détermination du temps. Le déroulement de la procédure, en conséquence sa durée, dépend
pour beaucoup des pouvoirs qui lui sont conférés611. Il dispose du pouvoir de maîtriser le
procès612 et, partant, l’instruction. La maîtrise de l’instruction apparaît tout naturellement dans
la fixation du cadre temporel de l’instance613. Ainsi, la direction de l’instruction par le juge
administratif a une influence déterminante sur l’échéance du procès614. La maîtrise du temps
processuel est donc largement tributaire du caractère inquisitorial de la procédure.

609
OST (F), « Copie de secours de "le temps du droit" (Paris, Odile Jacob, 1999) », in [Link] , consulté
le 8 avril 2017, p. 1.
610
CHABANOL (D), « Le temps du juge, le temps de l'administration et le temps de la société », in
[Link], consulté le 27 septembre 2016, p. 56.
611
Le temps judiciaire, mission de recherche droit et justice, in [Link]/wp-con, consulté le
18/08/2016 à 15h06, p. 8.
612
JAUFFRET-SPINOSI (C), « Le temps et le droit », conférence à l'occasion de l'inauguration de la chaire
Jean-Louis BAUDOUIN, Université de Montréal, 11 mais 2006, p. 15.
613
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge administratif »,
op. cit., p. 70.
614
CIAUDO (A), « La maîtrise du temps en droit processuel », op. cit., p. 25.

157
La question de la maîtrise du temps de l’instruction par le juge administratif
camerounais reste encore assez peu traitée. Toutefois, à l’observation des travaux existants Ŕ
de près ou de loin Ŕ en la matière615, le temps est relativement maîtrisé par le juge. Sa gestion,
en revanche, semble poser problème et reste l’un des défis majeurs auquel reste confronté le
juge administratif camerounais. Le constat général est qu’il juge parfois sans tenir compte du
temps et hors du temps, même lorsque les jugements ont pour objet le temps.

Il importe toutefois de lever l’équivoque en précisant que c’est moins la gestion du


temps que sa maîtrise qui intéresse ici.

La maîtrise du temps de l’instruction s’observe donc à l’aune de la cadence, du rythme


fixé par le juge administratif au déroulement de l’instruction. Il apparaît ainsi que le juge
administratif camerounais peut décider du rythme d’un procès en déterminant plus ou moins
les délais pour la production des mémoires et pièces, le dépôt des conclusions et en clôturant
l’instruction. Pour parler autrement, il fixe le rythme de l’instruction en établissant d’une part,
les délais dans lesquels les actes d’instruction doivent être accomplis (Chapitre I) et d’autre
part, en délimitant l’instruction dans le temps (Chapitre II).

615
V. par ex. JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », vol I , op. cit.; KAMTO (M), « La
fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit.; MOMO (B), « Le problème
des délais dans le contentieux administratif camerounais », op. cit.; GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge
administratif et l’urgence, op. cit.; GUIMDO DONGMO (B-R), « Le droit d'accès à la justice administrative au
Cameroun: contribution à l'étude d'un droit fondamental », in Revue de la recherche juridique, Droit prospectif,
n°1, 2008; FANDJIP (O), Les juridiction administratives et le temps: cas du Cameroun et du Gabon, Mémoire
DEA, université de Dschang, FSJP, 2009.

158
C HAPITRE I: LA DETERMINATION DES DELAIS
D’ACCOMPLISSEMENT DES ACTES D’INSTRUCTION

159
Chaque étape d’une procédure est généralement consommatrice de temps et
génératrice de délais616. Mais le délai est généralement posé comme un problème en
contentieux administratif camerounais617. En effet, il lui est souvent reproché de limiter
l’accès des justiciables au prétoire618. Il est ainsi perçu comme une sorte de dissuasion
temporelle à l’égard de ceux-ci619.

Cependant, le délai apparaît dans son acception courante comme quelque chose en soi
de positif. C’est un temps accordé (à quelqu’un) pour faire quelque chose620. C’est plus dans
l’acception juridique, et à cause des conséquences qui s’attacheraient à son non-respect, que le
délai pourrait être un objet de dissuasion et de contrainte pour le justiciable. Il s’entend ainsi
d’un espace de temps à l’écoulement duquel s’attache un effet de droit, un laps de temps fixé
par la loi, le juge ou la convention soit pour interdire, soit pour imposer d’agir avant
expiration de ce temps621. Son inobservation pourrait entraîner des conséquences variables,
toutes aussi importantes les unes que les autres (la prescription, la forclusion, la prématurité,
la déchéance ou la caducité622 voire la péremption).

Le délai serait donc apprécié par rapport à sa portée et ses conséquences et, moins, par
rapport à son but et à son objet. Pris en considération de son but ou de son objet, il constitue
un temps nécessaire à la fois pour préparer la défense de sa cause pour le justiciable et pour
mener une réflexion sur l’affaire pour le juge. La conception limitée à la portée du délai serait
de plus en plus contestée. Elle semble même désormais reléguée au second plan au profit
d’une notion émergente voire émergée et plus partagée, celle du délai raisonnable qui elle,
tiendrait compte de l’objet du délai et de sa finalité623.

616
Célérité et qualité de la justice, Rapport Ministère de la justice en France, [Link],
consulté 27 septembre 2016, p. 32.
617
V. notamment MOMO (B), « Le problème des délais dans le contentieux administratif camerounais », op.
cit., p. 1.
618
GUIMDO DONGMO (B-R), « Le droit d'accès à la justice administrative au Cameroun », op. cit., p. 496.
619
Loc. cit.
620
V. Le Robert illustré, op. cit., p. 414; v. aussi le Larousse, maxipoche, op. cit., p. 373.
621
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, op. cit., p. 311.
622
GUINCHARD (S) et DEBARD (D) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 303.
623
Pour un meilleur aperçu du délai raisonnable en contentieux administratif camerounais, se référer utilement à
BILOA (C), Le délai raisonnable dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun, Mémoire de
Master en droit public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2015.

160
C’est partant davantage du point de vue de son objet et de sa finalité que la question
des délais devrait prioritairement être envisagée, même si l’examen de la portée reste
inévitable voire inséparable de celle-ci. Car, la problématique des délais est d’abord liée à un
souci d’efficacité de la juridiction administrative.

Mais l’objet de l’étude à ce niveau n’est pas nécessairement limitée à l’importance du


délai sur l’efficacité de la juridiction administrative, mais aussi de se demander si le juge
administratif en a la maîtrise notamment lorsqu’il instruit le litige en vue de son dénouement.
A priori, étant investi du pouvoir de diriger l’instruction, la réponse serait-elle affirmative.
L’instruction du litige par le juge administratif nécessite que des pouvoirs lui soient conférés
pour déterminer les délais relatifs à la mise en état du dossier. Il s’agit essentiellement des
délais liés à la communication et à la production des pièces et mémoires. Le caractère
inquisitorial de la procédure administrative contentieuse garantit donc en principe la maîtrise
du délai. Il permet au juge de prendre le temps nécessaire à l’instruction de l’affaire qui lui est
soumise624.

Mais en réalité, au Cameroun le caractère inquisitorial de la procédure aurait bien du


mal à s’affirmer en matière de délai. Puisqu’en fait d’après les textes, c’est le législateur (et
parfois l’autorité réglementaire) qui domine en matière de fixation des délais et notamment
leur durée tandis que le juge en aurait seulement l’initiative625. Le délai d’accomplissement
des actes d’instruction est donc à l’image des délais des autres actes de procédure (recours
gracieux, recours contentieux et voies de recours). Il comprend un régime essentiellement
législatif. Indice certain de l’appropriation législative des délais, certains auteurs parlent des
« délais légaux »626. D’où l’apparent retrait du juge administratif en la matière (section I).
Mais ce dernier, téméraire Ŕ à raison ou à tort Ŕ, arrive pourtant à les moduler comme en
atteste sa jurisprudence (section II).

SECTION I: L’APPARENT RETRAIT DU JUGE EN MATIERE DE DELAIS

En France, le principe est que le juge est libre de fixer les délais, c’est du moins ce
qu’a laissé entendre le juge administratif français dans une espèce627. Ce principe de la liberté
de fixation des délais par le juge trouve un écho large au sein de la classe doctrinale française.

624
CONNIL (D), L'office du juge administratif et le temps, op. cit., p. 35.
625
AWONO ELOUNDOU (E), La fonction du juge rapporteur…, op. cit., p. 54.
626
V. ATEBA EYONG (AR), Le juge administratif et la création du droit…, op. cit., p. 430.
627
CE, 10 mai 1957, sous-secrétaire d'Etat à la marine marchande c/ Commune de Saint-Brevin-Les-Pins.

161
Le Professeur René CHAPUS déclare ainsi que « le principe est qu’il appartient à
chaque juridiction de fixer les délais dans lesquels les parties doivent produire et échanger
entre elles leurs différents mémoires »628. Renaud DENOIX DE SAINT MARC et Daniel
LABETOULLE affirment que le juge administratif « impartit les délais »629. Le président
Raymond ODENT fait observer que le juge ordonne la mise en cause des défendeurs
éventuels et la communication aux ministres intéressés en leur impartissant un délai pour
présenter leurs observations630. Dans la même lancée, Monsieur Damien CONNIL pense que
« l’étape de la mise en l’état du dossier reste déterminée par le juge administratif dans la
mesure où ce dernier fixe les délais de communication des parties (…) »631. Jean-Marie
AUBY et Roland DRAGO indiquent que le juge impartit les délais à chaque partie pour
répondre au mémoire de son adversaire632. Pour sa part Monsieur Rémi ROUQUETTE,
mentionne que « le rapporteur, sous l’autorité du président, fixe les délais accordés aux
parties pour produire leurs mémoires »633.

L’attention portée à ces déclarations Ŕ dont la liste pourrait encore être rallongée Ŕ
conduit inéluctablement à conforter l’idée d’une maîtrise des délais d’accomplissement des
actes d’instruction par le juge administratif en France. La libre fixation des délais ici ne fait de
doute si bien que le législateur n’intervient qu’à titre exceptionnel en la matière. Lorsque les
délais ne sont pas prévus par les textes, ils sont fixés par le juge de façon discrétionnaire634.

Au Cameroun, quelques auteurs, peut-être emportés par l’élan du juge français,


semblent s’y rallier lorsqu’ils déclarent que « la maîtrise qu’a le rapporteur sur l’instruction
lui donne la liberté de fixer les délais dans lesquels les actes de procédure doivent être
exécutés »635. La réalité des textes semble pourtant dénoter autre chose. Le législateur
(quelques fois l’autorité réglementaire) serait prépondérant dans la fixation des délais. Le
Professeur Henri JACQUOT relevait déjà qu’en contentieux administratif camerounais, des

628
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 857.
629
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge administratif »,
op. cit., p. 71.
630
ODENT (R), Contentieux administratif, op. cit., p. 942.
631
CONNIL (D), L'office du juge administratif et le temps, op. cit., p. 36.
632
AUBY (J-M) et DRAGO (R), Traité de contentieux administratif, op. cit., p. 964.
633
ROUQUETTE (R), Petit traité du procès administratif, op. cit., p. 457.
634
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, op. cit., p. 363.
635
V. KAMTO (M), « La fonction administrative contentieuse de la Cour suprême du Cameroun », op. cit., p. 46
et KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, op. cit., p. 178.

162
délais ont été prévus pour le dépôt des différents mémoires636. Il annonçait ainsi la couleur
d’une fixation législative voire réglementaire des délais d’accomplissement des actes
d’instruction qui allait se perpétuer jusqu’à nos jours. En effet, l’examen des textes ayant régi
les délais en cette matière, et davantage ceux encore en vigueur, montre bien que le législateur
a le primat de la fixation des délais. C’est lui, en général, et non le juge, qui définit les
conditions d’application des délais (paragraphe I), et prévoit le régime de sanction auquel ils
sont assortis (paragraphe II).

PARAGRAPHE I - LE PRIMAT LEGISLATIF DANS LA FIXATION DES DELAIS

Il est peut être exagéré de dire qu’au Cameroun la fixation des délais
d’accomplissement des actes d’instruction est la chasse gardée du législateur (et dans une
moindre mesure de l’autorité réglementaire). Toutefois, l’on serait en décalage avec la réalité,
si l’on manquait de relever le primat de celui-ci sur la fixation des délais en procédure
administrative contentieuse et en particulier dans l’instruction contentieuse. Que ce soit les
matières contentieuses qui nécessitent l’urgence, que ce soit celles qui n’en nécessitent pas, il
est donné, à l’analyse des textes, de voir que dans la plupart des cas, le juge est en retrait en
matière de délai. Le législateur se trouve ainsi au-devant de la scène pour ce qui est des délais
d’exécution des acte d’instruction aussi bien dans les contentieux d’urgence (A), que dans les
contentieux ne nécessitant pas l’urgence (B).

A- L’emprise du législateur sur les délais dans les contentieux d’urgence

Les matières contentieuses nécessitant une urgence dans leur traitement renvoient
essentiellement aux contentieux accessoires et aux contentieux spéciaux. Ces matières
connaissent une emprise du législateur sur les délais dans l’instruction. Pour s’en rendre
compte, il importe d’examiner les délais relatifs aux contentieux accessoires (1) et ceux
relatifs aux contentieux spéciaux (2).

1- En contentieux accessoires de l’urgence

Les matières contentieuses accessoires de l’urgence portent sur le référé administratif


et le sursis à exécution. Il faut dire que la politique législative des délais d’accomplissement
des actes d’instruction est nettement distincte dans ces deux matières. Il convient d’observer
que, autant le législateur a entendu encadrer strictement les délais en matière de référé

636
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », op. cit., p. 119.

163
administratif, autant il se montre peu soucieux et laxiste en la matière s’agissant du sursis à
exécution.

Pour ce qui est en premier lieu du référé administratif, la procédure y afférente atteste
que le législateur a la maîtrise des délais dans l’ensemble et particulièrement s’agissant de
l’instruction. Dans les cas d’urgence en effet, le président du tribunal ou le magistrat qu’il
délègue peut, sur requête et si le demandeur justifie de l’introduction d’un recours gracieux,
les parties convoquées et après conclusion du ministère public, ordonner, en référé, toutes les
mesures, sans faire préjudice au principal637. « La notification de la requête est
immédiatement faite au défendeur avec fixation d’un délai de réponse ne pouvant excéder
cinq jours »638. Il est statué sur la requête par ordonnance de référé, l’ordonnance est, dans les
vingt-quatre heures, notifiée aux parties en cause639. L’ordonnance de référé est susceptible
d’appel devant la Chambre administrative de la Cour suprême. Toutefois, elle est exécutoire
par provision640.

Après observation faite, il importe de relever que les délais des actes par lesquels
l’instruction est exécutée sont formellement encadrés. Deux niveaux de remarques permettent
de l’affirmer. La première est que, une fois la requête introduite, l’injonction est
« immédiatement » donnée au juge de la communiquer à la partie défenderesse. Le
législateur, par cet ordre donné au juge, précipite ainsi le cours de la procédure. Dès lors, le
juge ne dispose d’aucune marge pour déterminer le temps de communication de la requête.
Quant à la seconde, elle se rapporte au fait que le délai de réponse Ŕ « ne pouvant excéder
cinq jours » Ŕ accordé au défendeur, est délimité d’avance par le législateur. Le juge n’aurait
donc pas de rôle important si ce n’est de fixer la durée de ce délai dans la fourchette
temporelle prévue par le législateur.

Pour ce qui est en second lieu du sursis à exécution, la procédure y afférente montre
un net changement du législateur en matière de délai d’actes d’instruction par rapport au
référé administratif. De fait, lorsque l’exécution d’un acte administratif est de nature à
causer un préjudice irréparable et que la décision attaquée n’intéresse ni l’ordre public, ni la
sécurité ou la tranquillité publique, le président du tribunal administratif peut, saisi d’une

637
Art. 27 (1), loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
638
Art. 27 (2).
639
Art. 28.
640
Art. 29.

164
requête, après communication à la partie adverse et conclusion du ministère public, ordonner
le sursis à exécution641. Il est statué sur la demande de sursis à exécution par ordonnance642.
L’ordonnance prononçant le sursis à exécution devient caduque si, à l’expiration du délai
prévu pour exercer les recours contentieux, le tribunal n’est pas saisi de la requête
introductive d’instance643. L’ordonnance de sursis à exécution est, dans les vingt-quatre
heures, notifiée aux parties en cause644. L’effet de la décision attaquée est suspendu à compter
du jour de cette notification645.

Il se dégage de cette procédure que les conditions d’application des délais


d’accomplissement des actes d’instruction ne sont pas définies. Le législateur évoque la
communication de la requête à la partie adverse sans déterminer le moment de cette
communication par le juge ni fixer la durée du délai de réponse accordée au défendeur ni
même impartir au juge le délai pour statuer sur la demande646. Ces délais sont ainsi laissés à la
discrétion du juge qui reprend ainsi la main sur le pouvoir de fixer les délais. Le législateur
aurait donc par-là infléchi son pouvoir en matière de délai.

2- En contentieux spéciaux de l’urgence

Compte tenu du fait que l’instruction contradictoire reste simplement présumable dans
les contentieux de l’urgence des droits647, l’examen des délais d’accomplissement des actes y
relevant ne sera pas fait en raison en général de leur indétermination textuelle et
jurisprudentielle. L’analyse est donc limitée à ce niveau aux seuls contentieux spéciaux de
l’urgence en matière électorale.

Il a été relevé plus haut qu’il existe une variété de contentieux électoraux en
contentieux administratif. Ceux-ci sont regroupés en deux classes. La première comprend le
contentieux des élections au sein des Chambres consulaires, la seconde, quant à elle, se
compose du contentieux des élections locales. Si le législateur a entendu fixer les délais pour
ce qui est du contentieux des élections locales, il en a laissé le soin au pouvoir réglementaire

641
Art. 30 (2).
642
Art. 30 (3).
643
Art. 30 (4).
644
Art. 31 (1).
645
Art. 37 (2).
646
Ce qui est regardé comme étant une lacune de cette procédure: v. MOMO (B), « Le problème des délais dans
le contentieux administratif camerounais », op. cit., p. 149.
647
V. supra p. 129 et s.

165
en ce qui concerne le contentieux des élections au sein des Chambres consulaires648. Ces
délais sont dans l’un et l’autre contentieux implicitement déterminés.

S’agissant en premier lieu du contentieux électoral au sein des Chambres consulaires,


il est segmenté en contentieux du droit de vote, de l’éligibilité et des opérations électorales.
Les délais d’exécution des actes de procédure que comprennent ces différents segments sont
implicitement déterminés. Au sein de la Chambre d’agriculture, il est donné de voir que le
juge administratif statue suivant la procédure du référé administratif649. Les délais d’exécution
des actes de procédure sont donc déterminés conformément à ladite procédure. Au sein de la
Chambre de commerce, il est précisé que la procédure applicable aux contentieux du droit de
vote, de l’éligibilité et des opérations électorales ou de votation est celle du référé
administratif650.

Une curiosité apparaît à ce niveau, à savoir que si les délais des actes de procédure au
niveau du contentieux du droit de vote et de l’éligibilité renvoient implicitement à ceux
prévus dans le cadre du référé administratif, le contentieux de votation bien que relevant de
celui-ci, a des délais distincts et explicites. Le décret régissant la Chambre de commerce
dispose en effet que « les membres dont l’élection est contestée sont avisées immédiatement
par voie administrative. Ils ont un délai de dix jours pour présenter leur défense »651. Or,
suivant la procédure du référé administratif, « la notification de la requête est
immédiatement faite au défendeur avec fixation d’un délai de réponse ne pouvant excéder
cinq jours »652. Il apparaît ainsi deux régimes distincts de référés. L’un applicable au
contentieux du droit de vote et de l’éligibilité et l’autre au contentieux de votation.

Concernant en second lieu le contentieux des élections locales, il est également


segmenté en contentieux de droit de vote, d’éligibilité et de votation. Mais la loi portant Code
électoral se contente de prévoir la saisine du juge administratif pour ce qui est du droit de vote

648
En fait, ce dernier a, par l'intermédiaire de l'article 4 de loi n° 2001/016 du 23 juillet 2001, fixant le statut des
Chambres consulaires, confié sa gestion à l'autorité réglementaire.
649
Cf. art. 27 (2), décret n° 2009/250 du 6 août 2009 fixant les conditions d’élection des membres de la Chambre
d’Agriculture, des Pêches, de l’Elevage et des Forêts du Cameroun.
650
Cf. art. 33 (2) et 34 (2), décret n° 2001/381 du 27 novembre 2001 fixant les conditions d'élection des
membres de Chambre de commerce, d'Industrie et des mines et de l'Artisanat au Cameroun.
651
At. 34 (3).
652
Art. 27 (2).

166
et de l’éligibilité sans plus de détails653. En revanche, s’agissant de la votation, elle est on ne
peut plus précise654. Toutefois, les délais d’exécution des actes d’instruction ne sont pas
explicitement déterminés que ce soit pour les élections régionales ou pour les élections
municipales. La loi dispose que la juridiction administrative compétente statue dans un délai
maximum de quarante jours pour lesdites élections655. Le législateur, en fixant cette borne
temporelle, exerce une pression sur le juge qui doit communiquer à temps le dossier à la partie
adverse et lui impartir un délai de réponse. Il participe ainsi de manière implicite à la fixation
des délais aux côtés du juge. Ce qui conforte ainsi son primat en la matière. Le même primat
s’étend aux contentieux ordinaire et fiscal.

B- L’emprise du législateur sur les délais dans les contentieux ordinaire et fiscal

Les contentieux ordinaire et fiscal font l’objet d’un encadrement formel et explicite.
L’examen minutieux des délais d’accomplissement des actes d’instruction y relevant révèle le
rôle prépondérant du législateur en la matière. L’exégèse des textes tend à le démontrer. Pour
ce faire, à l’examen des délais en « instance initiale » (1), succédera l’analyse des délais en
« instance dérivée » (2).

1- Les délais relatifs à l’ « instance initiale »

L’instance a le caractère d’une « instance initiale » lorsqu’elle est déclenchée par


l’exercice d’un « recours »656. Que ce soit en matière ordinaire ou en matière fiscale,
l’instance initiale se déroule devant les Tribunaux administratifs depuis leur mise en place en
2012657. Les délais d’accomplissement des actes d’instruction relatifs à l’instance initiale sont
impartis par les textes.

Pour ce qui est du contentieux ordinaire, lorsque la requête a été déclarée recevable par
le juge, celui-ci en ordonne la communication au défendeur dans le cadre de l’ordonnance de
soit-communiqué. Un délai de trente jours, fixé dans ladite ordonnance, lui est imparti par les
textes pour déposer son mémoire en défense658. Ce délai court du lendemain de la notification
653
V. en ce sens l'art. 189 (1) (pour les municipales); et les art. 259 (1) et 260 (1) (pour régionales) de la loi
portant Code électoral.
654
V. art. 194 et s. pour les municipales et 267 et s. pour les régionales.
655
Cf. art. 194 (4) (pour le contentieux des élections municipales) et art. 267 (3) (pour les régionales).
656
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 769.
657
Décret n°2012/119 du 15 mars 2012 portant ouverture de Tribunaux Administratifs.
658
Art. 38 (1), loi n° 2016/022 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.

167
de cette ordonnance659. Une mise en demeure d’avoir à s’exécuter dans un délai
supplémentaire de trente jours est accordée, lorsque plusieurs défendeurs sont mis en cause et
qu’ils n’ont pas tous présenté de défense660. Le demandeur dispose, après notification du
mémoire en défense, d’un délai de quinze jours pour en faire des observations écrites dans le
cadre d’un mémoire en réplique auquel le défendeur peut répondre dans un mémoire en
duplique dans le même délai661.

Par ailleurs, le rapporteur peut, par simple lettre notifiée aux parties, les mettre en
demeure de fournir dans un délai de quinze jours à compter du lendemain de la notification,
toutes les explications écrites ou tous documents dont la production lui paraît nécessaire pour
la solution du litige. Ces délais sont notifiés aux parties, qui ont le même délai pour les
discuter662.

En contentieux fiscal, une fois la demande introduite, la notification est faite au


ministre chargé des finances « immédiatement » après enregistrement au greffe. Il lui est
imparti, pour produire son rapport, un délai « spécial »663 de trois mois dont deux sont
accordés au Directeur des Impôts pour procéder à l’instruction. Ce délai accordé à
l’administration peut, exceptionnellement, être prolongé de deux mois sur demande motivée.
Une fois le rapport déposé, il est adressé au contribuable qui dispose d’un délai d’un mois
pour faire connaître ses observations ou, s’il le désire, recourir à l’expertise664.

A l’analyse, le constat peut être établi que, au niveau de l’instance initiale, c’est le
législateur Ŕ et en conséquence les textes Ŕ qui fixe les délais d’accomplissement des actes de
procédure relatifs à l’instruction. Le législateur apparaît pratiquement à tous les niveaux dans
la détermination desdits délais. Son interventionnisme en la matière se poursuit au niveau de
l’instance dérivée.

659
Art. 38 (2).
660
Art. 38 (3).
661
Art. 40 (1).
662
Art. 42.
663
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 50.
664
Art. 133, loi n°2002/03 du 19 avril 2002, portant Code Général des Impôts de la République du Cameroun.

168
2- Les délais relatifs à l’ « instance dérivée »

L’« instance dérivée » est celle qui « peut renaître, ou se prolonger (…), en
conséquence de l’exercice contre le jugement rendu (en premier ou en premier et dernier
ressort) d’une voie de recours, portée devant la juridiction même dont ce jugement émane
ou, plus souvent, devant une juridiction supérieure »665. Dans le premier cas, l’on parle de
voie de rétractation et dans le second de voie de réformation. Les voies de rétractation
(opposition, tierce opposition, révision, rectification d’erreur matérielle) portent sur la
contestation de décisions pour lesquelles le débat contradictoire a été ou inexistant (jugements
par défaut, ordonnances sur requête, injonctions, contraintes) ou partiel (telle personne n’a pas
été mise en la cause où elle pouvait avoir intérêt)666. Elles n’emportent pas dessaisissement du
juge667. Les voies de réformation (appel et cassation) sont celles dont le débat qui s’est
déroulé devant la juridiction inférieure est repris, éventuellement dans son intégralité, mais
parfois uniquement sur telle partie où il est estimé qu’il y a erreur668.

Seul l’examen des voies de réformation retiendra l’attention. Il y a une raison à cela.
Au contraire des voie de rétractation qui font appel, en général, aux mêmes règles de délai
d’instruction applicables à l’instance initiale, les voies de réformation sont portées vers
d’autres règles de délai, celles applicables en matière d’appel et de cassation.

La procédure applicable en appel en matière ordinaire a été étendue au contentieux


fiscal si l’on en croit cette disposition de la loi portant Code Général des Impôts : « à l’issue
de la procédure contradictoire, la Chambre administrative de la Cour suprême rend un
arrêt. Les parties peuvent se pourvoir contre cette décision devant l’Assemblée plénière de
la Cour suprême »669. Le pourvoi dont il s’agit est l’appel. En effet, au moment de l’adoption
du Code, la Chambre administrative, alors juridiction d’instance, était compétente en premier
ressort. Et l’Assemblée Plénière, alors juridiction supérieure, n’était compétente que pour
statuer en appel et non en cassation. Mais avec l’institution de la Cassation en 2006, l’on peut
légitimement se demander si celle-ci concerne désormais les matières fiscales. Pour l’heure,
les textes restent muets, il semble donc que l’appel soit encore l’ultime recours en matière
fiscale.

665
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 769.
666
LABBEE (P), Institutions juridictionnelles, op. cit., p. 112.
667
Loc. cit.
668
Loc. cit.
669
Art. L. 140 de la loi portant Code Général des Impôts (Livre des procédures fiscales).

169
Quoi qu’il en soit, les délais d’exécution des actes de procédure relatifs à l’instruction
diffèrent selon que la Chambre administrative statue en appel ou en cassation.

En appel, les pourvois sont formés dans un délai de quinze jours. Le demandeur doit,
dans les quinze jours suivant sa déclaration, déposer son mémoire. Dès réception du mémoire,
le greffier en chef a cinq jours pour transmettre un exemplaire au procureur général près la
Cour Suprême670. Après enregistrement, il transmet le dossier au président. Un délai
supplémentaire de 15 jours peut être accordé au demandeur s’il ne s’est pas conformé au
premier délai de 15 jours à lui attribué ou si son recours n’est pas en règle671. Une fois le
recours régularisé, le président de la Chambre en ordonne communication au défendeur. Cette
communication est assurée par le greffier en chef dans les trois jours de l’ordonnance 672. Une
fois informé, le défendeur a 15 jours pour déposer son mémoire en défense673. Le demandeur
peut déposer un mémoire en réplique dans un délai de 15 jours auquel le défendeur peut
répondre dans le même délai674.

En cassation, sauf dispositions contraires, les pourvois sont formés dans un délai de
quinze jours à compter du lendemain de la notification de la décision de la juridiction
inférieure675. Dès enregistrement du pourvoi, le demandeur est notifié qu’il a trente jours soit
pour communiquer le nom de l’avocat qu’il s’est constitué, soit adresser au greffier une
demande d’assistance judiciaire676.

Dans les trente jours de la réception de l’acte de pourvoi, le demandeur dépose contre
récépissé, un mémoire au Greffe de la Chambre Administrative677. Le président de la section
en ordonne au greffier la communication au défendeur. Celui-ci dispose d’un délai de trente
jours pour déposer son mémoire678. Lorsqu’il y a plusieurs demandeurs et qu’ils n’ont pas
tous présenté de défense, le greffier leur adresse une mise en demeure d’avoir à s’excuser
dans un délai de trente jours s’ils habitent le Cameroun et soixante jours dans les autres cas.

670
Art. 77 (2) de la loi n° 2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation et le fonctionnement de la Cour
Suprême.
671
Art. 78.
672
Art. 80.
673
Art. 81 (1).
674
Art. 81 (2).
675
Art. 89.
676
Art. 90 (4).
677
Art. 91(1).
678
Art. 99 (1).

170
La transmission d’un exemplaire du dossier est faite par le greffier en chef au procureur
général dans les cinq jours dès la réception du mémoire679. Le mémoire en défense est notifié
sans délai au greffier en chef de la Chambre. Chacune des parties dispose d’un délai de quinze
jours pour produire des mémoires en réponse ou en réplique680.

Au bénéfice de ce qui précède, il apparaît que le législateur a une emprise globale sur
les délais d’accomplissement des actes d’instruction en instance, en appel et en cassation.
Cette emprise s’étend à la fixation des sanctions de l’inobservation desdits délais.

PARAGRAPHE II - LA PRIMAUTE LEGISLATIVE EN MATIERE DE SANCTION


DE L’INOBSERVATION DES DELAIS

Généralement, lorsque le délai prévu pour produire un mémoire, une pièce, a expiré,
une sanction est infligée à la partie défaillante.

En contentieux administratif français le juge administratif dispose d’importants


pouvoirs en la matière. En l’absence de mémoire en défense produit dans le délai imparti, le
Code de justice administrative (C.J.A) ouvre la faculté au président de la formation de
jugement ou à la sous-section chargée de l’instruction d’adresser à la partie défaillante une
mise en demeure par voie de lettre recommandée avec demande d’avis de réception681.
L’objet de cette mise en demeure est d’abord de rappeler à la partie en cause la nécessité pour
elle de discuter du bien-fondé des prétentions de la partie adverse. Au-delà, et à défaut de
toute réponse, la partie défenderesse est « réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les
mémoires du requérant » (Article R. 612-6)682. Le juge apparaît ainsi comme maître de la
sanction des délais de production des mémoires hors délais. Charles DEBBASCH, bien
avant l’apparition du Code de justice administrative, affirmait déjà que « la prérogative

679
Art. 98 (1).
680
Art. 99 (2).
681
Art. R. 612-3.
682
Les effets contraignants de ces mises en demeure viennent d’être récemment renforcés par le décret n°2010-
164 du 22 février 2010 relatif aux compétences et au fonctionnement des juridictions administratives. En effet, il
résulte désormais de l’article R. 613-2 du Code de justice administrative que lorsqu'une partie appelée à produire
un mémoire n'a pas respecté, depuis plus d'un mois, le délai qui lui a été assigné par la mise en demeure,
l'instruction peut être close à la date d'émission de l'avis d'audience. Cela signifie donc qu’il ne sera plus possible
de produire de mémoire lorsque la partie défaillante recevra l’avis d’audience. L'acquiescement aux faits vient
ainsi sanctionner une négligence de l'administration à engager un dialogue avec le requérant. Si la procédure
n'est pas satisfaisante au regard de l'exigence de la contradiction, elle offre néanmoins à la juridiction la
possibilité de statuer sur le litige en tenant pour acquis les faits invoqués par le requérant.

171
d’adresser aux parties des mises en demeure, dont dispose le juge, permet d’assortir la
fixation des délais d’une sanction plus directe »683.

En procédure administrative contentieuse camerounaise à l’inverse, le régime de


sanction de l’inobservation des délais de production des mémoires est l’apanage du
législateur. Il fixe la sanction que le juge se contente simplement de mettre en application.
Cette sanction prend la forme d’une déchéance. Ladite sanction est rarement précédée d’une
mise en demeure. Quand bien même c’est le cas, les délais de la mise en demeure ne sont pas
laissés à la discrétion du juge, comme c’est le cas avec le juge français.

En clair, les mémoires déposés hors délai font l’objet d’une prescription législative, en
l’occurrence la déchéance (A), et de cette dernière découlent d’importantes implications (B).

A- La prescription de la déchéance

La garantie d’une procédure contradictoire exige des parties une discipline dans le
respect du calendrier de l’instruction. Dès le début de cette phase d’instruction, les règles de
procédure donnent à la juridiction la possibilité d’encadrer la discussion contentieuse afin de
mettre au jour l’ensemble des aspects du litige. Pour éviter les manœuvres dilatoires des
parties, les délais, rarement laissés à la discrétion du juge, ont été fixés par voie législative
ainsi que la sanction dont ils sont assortis. Ces délais ont un caractère impératif, parce que
sanctionnés par la déchéance, en cas de leur inobservation. Il convient toutefois de relever
qu’initialement aucune sanction n’était en principe prévue en cas de retard accusé par les
parties dans le dépôt de leurs mémoires (1). C’est à partir de 2006, date d’entrée en vigueur de
la loi actuelle régissant les tribunaux administratifs, que la sanction relative à la déchéance a
été fixée (2).

1- La méconnaissance initiale de la déchéance

Avant 2006, la partie qui s’abstenait de produire son mémoire dans le délai qui lui était
imparti n’encourait en principe aucune sanction. Cela est dû au mutisme des textes de cette
période. Ils se contentent tout simplement de relever les délais dans lesquels doivent être
déposés les mémoires des parties684. Ce silence a eu pour conséquence le libéralisme du juge
dans la fixation des délais. Le juge administratif a fait montre d’un grand libéralisme dans

683
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, op. cip, p. 364.
684
ENGOUTOU (JL), La Cour fédérale de justice et le droit administratif camerounais, op. cit., 2010, p. 173.

172
l’application des délais légaux685. De ce fait, il se trouvait au plus fort de sa liberté
d’appréciation en matière de délai.

En effet, confronté à des cas de retard accusé par les parties dans le dépôt de leurs
mémoires, le juge administratif a fait le choix de la flexibilité686. Le Conseil du contentieux
administratif a montré la voie dans l’affaire MBONGUE Jean Adalbert687. Il déclare que :

« Les délais laissés aux parties pour fournir des mémoires ne sont pas impératifs et
qu’un mémoire peut toujours être produit tant que l’affaire n’est pas jugée surtout s’il ne
fait que reprendre et développer des conclusions précédemment déposés (…) ».

La Cour fédérale de justice s’inscrira dans la continuité de cette décision dans les
affaires EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane et FOUDA MBALLA Maurice. Elle
affirme dans la première affaire que :

« Considérant (…) que l’Etat avait (…) jusqu’au mois de juillet 1966, pour
présenter sa défense ; qu’il ne le fait que le 14 décembre 1966 ; que son mémoire est tardif ;
cependant, le délai dans lequel doit être déposé le mémoire en défense n’est assorti par la
loi d’aucune sanction ; qu’en conséquence la Cour ne peut déclarer irrecevable le mémoire
de l’Etat »688.

Dans la seconde affaire, pour réfuter l’accusation de forclusion du mémoire de l’Etat


avancée par le demandeur, le juge expose :

« Le texte qui prévoit les délais de dépôt des mémoires en défense ou en réplique
n’édicte aucune sanction dans le cas d’inobservation de cette formalité ; en plus des droits
de la défense ont été respectés puisque ledit mémoire a été notifié au demandeur qui a eu le
temps d’y répondre que cet incident est en conséquence sans intérêt »689.

Cette solution sera reprise in extenso par la Chambre administrative de la Cour


suprême dans l’affaire ELOUNDOU ESSOMBA Charles690. Le juge énonce alors que :

685
ATEBA EYONG (AR), Le juge administratif et la création du droit…, op. cit., p. 430.
686
Loc. cit.
687
CCA, arrêt n° 655, 25 octobre 1957, MBONGUE Jean Adalbert c/ Etat du Cameroun.
688
CFJ/SCAY, arrêt n°42, 30 avril 1968, EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane c/ Etat du Cameroun.
689
CFJ/CAY, arrêt n° 160, 8 juin 1971, FOUDA MABALLA Maurice c/ Etat fédéral du Cameroun oriental.
690
CS/CA, jugement n°38, 26 mai 1977, ELOUNDOU ESSOMBA Charles c/ Etat du Cameroun.

173
« Considérant qu’il résulte des pièces versées au dossier que d’une part, le requérant
lui-même qui invoque la forclusion de l’Etat, a déposé son mémoire ampliatif le 1 er avril
1976 après avoir formé sa déclaration de recours le 15 janvier 1975, ce mémoire devait être
déposé dans les 45 jours de la déclaration de pourvoi conformément à l’article 21 de
l’ordonnance n°72/06 du 26 août 1972 fixant l’organisation de la Cour Suprême ; que le
représentant de l’Etat, après plusieurs lettres de rappel a également déposé le 27 septembre
1976, un mémoire en défense tardif, compte tenu du délai imparti dans l’ordonnance de
soit communiqué ;

« Considérant que ces mémoires tardifs ont été régulièrement communiqués au


défendeur et au demandeur qui ont produit respectivement en temps opportun, un mémoire
en réponse et en réplique ; que les textes qui fixent les délais de dépôt de mémoires au
greffe de la chambre administrative n’édictant aucune sanction dans le cas d’inobservation
de cette formalité, les mémoires ayant été notifiés aux parties qui ont eu le temps d’y
répondre ; qu’il s’ensuit de là que l’incident de forclusion des mémoires s’avère sans
intérêt » .

Cette position semble trouver un écho favorable chez certains auteurs à l’instar de
Monsieur Jean Luc ENGOUTOU qui pense que « cette solution doit être approuvée. Il
serait en effet aberrant à ce stade, d’interrompre la procédure pour une question de non-
respect des délais. La jurisprudence semble désormais paisible sur ce point »691. Mais, il va
de soi qu’une telle position, poussée à l’excès, paraît légitimer les manœuvres dilatoires des
parties. Ce libéralisme devait donc être limité et c’est le juge lui-même, par le recours à la
mise en demeure, qui a entendu le faire692. La durée de l’instance n’étant pas extensible à
l’infini, le juge pouvait arriver à mettre en demeure la partie défaillante de produire son
mémoire dans un délai par lui fixé sous peine de forclusion. Le mémoire produit en pareilles
circonstances étant purement et simplement écarté des débats693. Telle est bien la solution
adoptée par lui dans l’affaire Peter AWAH NGWA694. Il déclare en substance que :

« Considérant que le représentant de l’Etat, Monsieur Norbert NDOBEDI, a produit


un mémoire en défense le 6 février 1981, alors qu’il ne disposait que d’un délai de 30 jours

691
ENGOUTOU (JL), La Cour fédérale de justice et le droit administratif camerounais, op. cit., p. 176.
692
V. par exemple : CS/CA, jugement n° 71 du 13 mai 1973 BENE B'ELLA Lambert c/ Etat du Cameroun.
693
ATEBA EYONG (AR), Le juge administratif et la création du droit…, op. cit., p. 431.
694
CS/APA, arrêt n° 19/A du 24 mars 1983, Peter AWAH NGWAH c/ Etat du Cameroun.

174
courant du 4 décembre 1980, date de la réception au ministère compétent de la mise en
demeure servie à l’effet de déposer le mémoire en défense ;

Que ledit mémoire en défense est tardif et doit être écarté des débats ».

Cette jurisprudence a été maintenue dans l’affaire Professeur NDJOCK Edward695.

Quelques années plus tard, le juge administratif s’est montré, dans l’affaire Etat du
Cameroun c/ Société Renault-Cameroun696, encore plus rigide en matière de délai. Il a déclaré
forclos le mémoire déposé hors délai du défendeur sans même lui adresser de mise en
demeure. Tout cela était sans doute prémonitoire d’une remise en cause par le législateur de
sa jurisprudence toute en « largesse »697 en la matière.

2- La reconnaissance actuelle de la déchéance

En droit du contentieux administratif, la déchéance constitue la principale sanction


prévue pour le non-respect des délais d’accomplissement des actes d’instruction. Mais parce
qu’une confusion semble être entretenue avec des notions voisines, des précisions
terminologiques préalables sont nécessaires. La déchéance est souvent prise ou confondue
avec des notions telles que la forclusion ou encore la prescription.

Pour ce qui est de la relation déchéance/forclusion, il convient de noter que les deux
notions désignent la même chose. « Déchéance et forclusion » s’entendent d’un délai prévu
« pour entamer une instance, accomplir un acte, exercer un recours, son expiration
entraîne le plus souvent, pour la partie, une forclusion, c’est-à-dire la déchéance de la
faculté d’agir, de former un recours »698. Pour le dire autrement, la déchéance, tout comme
la forclusion, signifie la perte du droit d’agir qui frappe celui qui ne fait pas les diligences
nécessaires dans le délai requis699. Mais encore, la forclusion est la déchéance d’un droit non
exercé dans le délai prescrit700. Il s’agit dans l’un et l’autre cas, d’une sanction consécutive à
une mauvaise computation des délais701.

695
CS/CA, jugement n° 96 du 7 août 1986, Pr. NDJOCK Edward c/ Université de Yaoundé.
696
CS/AP, arrêt n ° 9/A, 26 décembre 1996, Etat du Cameroun c/ Société Renault-Cameroun.
697
ATEBA EYONG (AR), Le juge administratif et la création du droit…, op. cit., p. 431.
698
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 288.
699
CORNU (G), Vocabulaire juridique, op. cit., p. 297.
700
KEUTCHA TCHAPNGA (C), Précis de contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 171.
701
GUESSELE ISSEME (LP), L’apport de la Cour Suprême au droit administratif camerounais, op. cit., p.
339.

175
Pourtant, malgré cette ressemblance, des auteurs trouvent des spécificités à chacune de
ces notions. La forclusion s’apprécierait au moment de l’introduction du recours en instance
tandis que la déchéance se constaterait après expiration des délais impartis pour la production
des mémoires702. Si elle a le mérite de proposer une distinction fluide de ces deux notions,
cette position ne trouve pas d’appui jurisprudentiel. Bien au contraire, le juge n’en tiendrait
aucunement compte. Illustration peut en être faite dans l’affaire Etat du Cameroun c/ Société
Renault-Cameroun703 où le juge préfère le terme forclusion à celui de déchéance alors qu’il
s’agit d’un cas de dépôt tardif du mémoire en défense.

En revanche, plus aisée et nette est la distinction entre ces deux notions et la
prescription. Le juge administratif camerounais a eu à établir cette distinction dans l’espèce
TEGUIA Gabriel704. Dans cette affaire, le juge, tout en distinguant la forclusion de la
prescription, opère un rapprochement entre celle-ci et la déchéance. Il expose en substance
que :

« Considérant que la forclusion, qui est la perte de la faculté de faire valoir un droit
par suite de l’expiration d’un délai, est différente de la prescription qui a pour fonction
d’éteindre un droit qui n’a pas été exercé avant l’achèvement du délai ;

Que par la forclusion, qui s’apparente ainsi à la déchéance, ce que le législateur


prétend enfermer dans le délai qu’il édicte, ce n’est pas à vrai dire l’exercice d’un droit ;

Qu’il s’agit d’un acte, distinct de l’exercice du droit, qui ne peut être utilement
accompli qu’au cours d’un délai (…) ».

La déchéance, au même titre que la forclusion, sanctionne le non-respect du délai


imparti pour l’accomplissement d’un acte de procédure.

Cette précision terminologique faite, il convient de souligner que depuis l’entrée en


vigueur de la loi fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs en
2006, la partie qui s’abstient de produire à temps ses mémoires (surtout en défense, en
réplique et en duplique) et pièces est déchue de la faculté qui lui est reconnue de faire valoir

702
OND OND (PA), La communication des mémoires dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p.
130.
703
CS/AP, arrêt n ° 9/A, 26 décembre 1996, Etat du Cameroun c/ Société Renault-Cameroun.
704
CS/AP, arrêt n° 10, 24 mars 1983, Etat du Cameroun, TEGUIA Gabriel c/ TEGUIA Gabriel et Etat du
Cameroun.

176
ses prétentions et arguments705. Cette loi énonce clairement que les délais « sont prescrits
sous peine de déchéance (…) »706. De cette prescription législative, le juge administratif perd
sa liberté d’appréciation en matière de délai.

Cette prescription fait désormais l’objet d’une application constante bien que le terme
forclusion soit parfois préféré à celui de déchéance707, et surtout elle a de sérieuses
implications.

B- Les implications de la déchéance

La déchéance révèle le caractère d’ordre public de la règle du délai. Elle est une
sanction, et en tant que telle, elle produit des effets. Ces effets se manifestent d’une part, sur la
procédure (1) et d’autre part, sur l’issue du lige (2)

1- L’effet sur le déroulement de la procédure : jugement par défaut

Il convient de relever tout de suite que la déchéance n’entraîne pas l’irrecevabilité du


recours, mais seulement la perte du droit d’agir. Elle ne remet donc pas en cause ce droit708

705
Relevons cependant que la déchéance pour non production du mémoire n'est pas tout à fait une sanction qui
date de 2006. Elle était déjà prévue dans le décret de 1964 relatif au fonctionnement de la Cour fédérale de
justice (Décret n° 64/DF/218 du 19 juin 1964). Mais à la différence de la déchéance consacrée en 2006, qui
intéresse non seulement le premier mémoire du demandeur (introductif d'instance et ampliatif) mais aussi tous
les autres mémoires (en défense, en réplique et en duplique), celle prévue dans le décret de 1964 est limitée au
premier mémoire du demandeur et constitue de ce fait un préalable à l'instruction, bref une condition préalable à
la procédure contentieuse. C'est ce qui ressort des observations de François MBOME (in Grands arrêts de la
jurisprudence administrative du Cameroun, Yaoundé, PAQUES, 1986, pp. 261-264) sur l'affaire NTAH Clovis
c/ Etat du Cameroun (CFJ, arrêt n° 1 du 15 mars 1967). Dans cette affaire, le juge administratif déchoit le
requérant de son recours pour n'avoir pas déposé, dans le délai prescrit par la loi, son mémoire ampliatif (cette
jurisprudence est maintenue dans l'arrêt n°4 du 16 octobre 1968 de la Cour fédérale de justice, MELINGUI
Benoît C/ Etat du Cameroun). Dans ses observations, MBOME relève que « l'intérêt de l'affaire NTAH Clovis
réside dans le rappel des conditions préalables à la procédure contentieuse administrative, et de leur sanction
subséquente ». Ainsi, bien qu'il s'agisse de la sanction du non dépôt du mémoire dans les délais, c'est en réalité
le non respect des conditions préalables à la procédure contentieuse qui est sanctionnée et non les actes
d'instruction comme c'est le cas avec la loi de 2006.
706
Art. 44 de loi n° 2006/022 du 29 décembre fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
707
CS/AP, arrêt N°09/A du 27 mai 2010, KOUOGAN Claude C/ Etat du Cameroun (MINUH) &
NGOUONPEMEU Joseph ; CS/AP, arrêt n°04/A du 27 mai 2010, KENMOE Emmanuel C/ KEMEGNE
DJENOU WAMBA Auguste et Etat du Cameroun (MINDAF).
708
Comme en matière de prescription.

177
qui peut être revendiqué par d’autres voies possibles. Le mémoire déposé hors délai n’est
simplement plus valable, il devient sans effet. Tout se passe alors comme si la partie
concernée n’avait pas produit de mémoire ou n’avait pas comparu709. Lorsque la déchéance
est constatée, le juge administratif peut prononcer une décision par défaut.

Il faut dire, s’agissant des jugements par défaut, qu’ils étaient considérés par le
législateur de 1975 comme des « décisions rendues : a) sans que les défendeurs aient déposé
de mémoire en défense; b) sans que les défenseurs aient reçu notification ou aient été
appelés à prendre connaissance des rapports d’expertise ou des procès-verbaux d’enquête
ou de descente sur les lieux »710. C’est d’ailleurs, le sens donné au jugement par défaut par le
juge administratif dans sa jurisprudence MOUKOKO James Emmanuel711. Le législateur de
2006 quant à lui considère que « les jugements sont rendus par défaut lorsque les parties
n’ont pas déposé les mémoires dans les délais impartis »712. Cette conception du jugement
par défaut se démarque sur plusieurs points de celle de la législation de 1975.

En effet, selon cette dernière, ne pouvait être qualifié de jugement rendu par défaut,
tout jugement sur le déroulement duquel les mémoires étaient déposés même hors délai, mais
avant clôture de l’instruction. Or depuis 2006, il suffit que le mémoire soit produit hors délai
pour que le jugement soit déclaré par défaut. En outre, le législateur a limité le champ des
jugements par défaut en n’y incluant plus le défaut de notification ou d’appel à prendre
connaissance des rapports d’expertise ou des procès-verbaux d’enquête ou de descente sur les
lieux en tant que critères qualificatifs desdits jugements. Quoi qu’il en soit, ces jugements
sont susceptibles d’opposition713. Le juge administratif a eu à rendre plusieurs jugements par
défaut714.

Ces jugements par défaut doivent être distingués des jugements réputés
contradictoires. Il convient de dire que ces derniers sont des jugements pour lesquels ni le

709
OND OND (PA), La communication des mémoires dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p.
131.
710
Art. 114, de la loi n° 75/17 du 8 décembre fixant la procédure devant la Cour suprême statuant en matière
administrative.
711
CFJ/AP, arrêt n° 14, 19 mars 1969, MOUKOKO James Emmanuel c/ Etat du Cameroun Oriental.
712
Art. 109 (1), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
713
Art. 109 (1), loi n° 75/17 fixant la procédure devant la Cour Suprême statuant en matière administrative.
714
V. notamment, CS/CA, jugement n° 32/06/071 du 28 février 2007, NJOOH Michel Pierrot c/ Etat du
Cameroun.

178
demandeur, ni le défendeur ne comparaissent pas, bien que régulièrement convoqués à
l’audience, s’ils ont néanmoins produit leur mémoire715. Autrement dit, il s’agit des jugements
sur le déroulement desquels les parties ont produit leur mémoire sans comparaître à l’audience
bien que régulièrement convoquées716. Les jugements réputés contradictoire se distinguent des
jugements contradictoires qui, non seulement font apparaître que les parties ont produit leur
mémoire, mais en plus, ont comparu ou été représentées à l’audience. Cette distinction est
sans conséquence au niveau de leurs effets, car les deux types de jugement ne sont pas
susceptibles d’opposition.

Malgré cette précision, il faut dire que la jurisprudence administrative camerounaise


n’a pas toujours aidé à établir la distinction entre les deux jugements. Bien au contraire, elle a
semblé parfois entretenir une confusion. Dans l’affaire ONAMBELE Germain717 par exemple,
le juge administratif a qualifié sa décision par défaut, à l’égard de toutes les parties, parce
qu’elles n’avaient ni comparu ni été représentées à l’audience alors même qu’elles avaient
produit des mémoires. Il expose ainsi que :

« Attendu que toutes les parties n’ont pas comparu ni été représentées à l’audience;
Que conformément aux dispositions de l’article 114 (a) de la loi n° 15/17 du 8
décembre 1975 fixant la procédure devant la Cour suprême statuant en matière
administrative, il y a lieu de dire la présente décision par défaut à l’égard de toutes les
parties ».

Il s’agit là d’une interprétation maladroite de l’article 114 (a). Car au sens de cette
disposition, le jugement par défaut n’intervient qu’en l’absence de dépôt du mémoire et non
pour défaut de comparution ou de représentation. Or l’examen de l’affaire montre bien que les
parties ont chacun déposé un mémoire. C’est donc l’hypothèse du jugement réputé
contradictoire qu’il fallait retenir. Il s’agit vraisemblablement là d’une confusion.

Heureusement, quelques années plus tard, le juge administratif va, dans ce qu’il
convient de considérer comme une séance de rattrapage, lever l’équivoque entre les jugements
par défaut et les jugements réputés contradictoires. Dans l’affaire Etat du Cameroun c/

715
CFJ/SCAY, arrêt n° 35, 30 avril 1968, EBO Samson c/ Etat du Cameroun Oriental, in Recueil JACQUOT
1968, 1ère partie, p. 14.
716
Art. 54 (2), loi n° 2006/022 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
717
CS/CA, jugement n° 87/-82/83 du 30 juin 1983, ONAMBELE Germain c/ Etat du Cameroun, in BILONG (S)
Mémento de la Jurisprudence Administrative du Cameroun, Dschang, PUD, 1e éd., 2014, pp. 369-376.

179
TCHALEU WOUAKO Gabriel718, le juge d’appel infirme la position du juge inférieur Ŕ sans
doute inspirée par la jurisprudence ONAMBELE Germain sus évoquée Ŕ qualifiant sa décision
de jugement par défaut alors même que la partie défenderesse avait produit son mémoire bien
que n’ayant pas comparu, ni été représentée, tout comme la partie demanderesse. Il énonce
alors dans une sorte de litanie que :

« (…) Considérant qu’il résulte du dossier qu’un mémoire en défense daté du 18


juillet 1991 et reçu le lendemain au greffe de la Chambre Administrative a été déposé par le
sieur AKOA AKOA Samuel, chef du service de la Fonction publique, désigné pour
représenter l’Etat par décision n° 151/MFP/DR/DAC du ministre de la Fonction publique;

Considérant par ailleurs qu’aux termes de l’article 24 alinéa 2 de la loi


susmentionnée le « jugement est contradictoire soit, lorsque les parties ont comparu ou ont
été représentées à l’audience, soit lorsqu’elles ont produit leurs mémoires sans comparaître
à l’audience bien que régulièrement convoquées » ;

Considérant qu’il ressort une fois de plus du dossier que l’Etat, pris en la personne
du Ministre de la Fonction publique, a été régulièrement convoqué devant la Chambre
administrative, tout comme TCHALEU WOUAKO ;

Considérant qu’il suit des articles 24 alinéa 2 et 114 susvisés que c’est à tort que les
juges ont qualifié leur décision de jugement par défaut ;

Que ledit jugement est contradictoire à l’égard de toutes les parties (…) ».

Il ressort clairement de ces propos du juge que si les mémoires ont été déposés alors
même que les parties, régulièrement convoquées, n’ont pas comparu ou été représentées à
l’audience, le jugement est réputé contradictoire et non rendu par défaut. Il convient de
relever que malgré cette distinction, la jurisprudence tend progressivement à insérer des
décisions mixtes, c’est-à-dire celles qui sont rendues contradictoirement à l’égard d’une
partie, mais par défaut à l’égard de l’autre719.

Au demeurant, en sus des effets sur la procédure, la déchéance peut produire des effets
sur l’issue du litige.

718
CS/AP, arrêt n° 8/A, 26 décembre 1996, Etat du Cameroun c/ TCHALEU WOUAKO Gabriel.
719
CS/CA, jugement n° 64/2011, 23 mars 2011, MBIDA Joseph c/ Etat du Cameroun.

180
2- Les effets sur l’issue du litige : l’acquiescement et le désistement

Il va de soi que tout défaut de production du mémoire dans les délais peut aboutir
d’office à la déchéance de la partie défaillante. Mais il est des cas où, du fait de la déchéance
même simplement déductible ou sous-entendue, le juge conclut soit à l’acquiescement, soit au
désistement de la partie défaillante, mettant ainsi fin au litige précocement sans aboutir à un
jugement par défaut.

Acte juridique unilatéral, « l’acquiescement » est un acte exprès ou tacite par lequel
une partie au procès met fin à l’instance en se soumettant « à la demande » de son adversaire
ou « au jugement » du tribunal720. « L’acquiescement à la demande » est celui, portant sur ce
que réclame l’adversaire, emporte reconnaissance des prétentions de celui-ci et renonciation à
l’action721. « L’acquiescement au jugement » quant à lui, est celui, portant sur ce que le juge
a décidé, emporte soumission aux chefs du jugement et renonciation aux voies de recours,
sauf si postérieurement une autre partie forme régulièrement un recours722. En somme,
l’acquiescement est un « acte juridique unilatéral par lequel le défendeur reconnait le bien-
fondé de la demande formée par son adversaire ou alors se soumet aux chefs du jugement
et renonce aux voies de recours »723. C’est une liberté offerte au défendeur de reconnaître les
prétentions de la partie demanderesse.

Dans son régime724, c’est-à-dire tel qu’il est organisé par les textes, seul
l’acquiescement à la demande est pris en compte. De fait, il est fait soit par acte signé par le
demandeur (ou son avocat, son mandataire) déposé au greffe, soit par déclaration à
l’audience. Il est soumis à l’acceptation de la partie adverse. Le tribunal rend une décision
pour en donner acte.

Il faut relever qu’en cas de non production du mémoire dans les délais, deux cas de
figure retiennent l’attention.

Le premier cas est posé par le Code de justice administrative français. Il survient si,
malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n’a produit aucun mémoire, elle est, alors

720
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, op. cit., p. 17.
721
Loc. cit.
722
Loc. cit.
723
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 331.
724
V. art. 98 et s. de la loi n° 2006/022, op. cit.

181
dans ce cas, réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant725.
Cette solution française semble ne pas emporter l’adhésion du juge administratif camerounais.
Celui-ci préfère écarter ledit mémoire des débats sans conclure à l’acquiescement de la partie
défaillante726. Dans le second cas en revanche, est réputé avoir acquiescé la partie qui, en
appel ne remet pas en cause, dans un mémoire, le jugement rendu en instance initiale. Le juge
administratif camerounais a fait sienne cette solution dans les affaires TASTINDA Maurice727
et FETGO Hilaire728. Dans cette dernière affaire notamment il affirme que :

« Considérant qu’il ressort clairement (…) que les conseils de FETGO Hilaire
n’ont pu formuler aucun grief à l’encontre de la décision de la Chambre administrative ;
Que cette absence de toute critique équivaut à un acquiescement (…) ».

De même, en matière fiscale, en cas d’inobservation par la partie défenderesse (en


l’occurrence le Ministre des Finances), celle-ci sera réputée avoir acquiescé aux faits exposés
par le requérant dans son recours. La circonstance que le mémoire a été déposé avant le
jugement ne peut aucunement annuler la déchéance encourue par le Ministre des Finances729.

Le désistement quant à lui dévoile une summa divisio binaire. En effet, au désistement
volontaire se distingue le désistement d’office. Lorsqu’il est volontaire, le désistement peut
être d’action730 ou d’instance731. Tout désistement volontaire est présumé être un désistement
d’action732. En tout cas, le juge administratif camerounais accorde sa préférence à ce
dernier733. Il faut préciser que bien qu’il soit le seul à être régi par les textes734, le désistement

725
V. art. R.612-6, Code de justice administrative français.
726
V. en exemple: CS/APA, arrêt n° 19/A du 24 mars 1983, Peter AWAH NGWAH c/ Etat du Cameroun;
CS/CA, jugement n° 96 du 7 août 1986, Pr. NDJOCK Edward c/ Université de Yaoundé.
727
CS/AP, arrêt, n° 8 du 5 novembre 1984, TATSINDA Maurice c/ Etat du Cameroun.
728
CS/AP, arrêt n° 10/A, 15 novembre 1984, FETGO Hilaire c/ Etat du Cameroun.
729
CS/CA, jugement n° 9. 10 et 11/82-83 du 13 janvier 1983, CAMAG c/ Etat du Cameroun; CS/CA, jugement
n° 18/82-83 du 27 janvier 1983, SOCADA c/ Etat du Cameroun.
730
Le désistement d'action, emporte la renonciation, non pas simplement à poursuivre l'instance en cours, mais
aussi au droit même de faire valoir, de nouveau, ultérieurement la prétention soumise au juge (CHAPUS (R),
Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 950).
731
Le désistement d'instance, justifié par l'erreur dans la saisine d'un tribunal incompétent, n'emporte pas
renonciation au droit d'agir en justice (LANG (A), GONDOUIN (G) et INSERGUET - BRISSET (V),
Dictionnaire de droit administratif, op. cit., p. 140).
732
Loc. cit.
733
Ce choix, selon Monsieur Jean-Jacques Christian MEMONO se justifie pour des raisons d'opportunité et
d’efficacité. Ce choix est opportun parce que toute action en justice engagée doit conduire à sa résolution

182
volontaire n’intéresse pas le défaut de production du mémoire dans les délais. Il faut pour cela
se reporter au désistement d’office. Le désistement d’office est la sanction à l’inobservation
des délais impartis au demandeur pour produire des mémoires complémentaires et les pièces
correspondantes735. Autrement dit, « (…) si le demandeur, malgré la mise en demeure qui
lui a été adressée, n’a pas produit le mémoire complémentaire dont il avait expressément
annoncé l’envoi (…) il est réputé s’être désisté »736.

Ce désistement n’a malheureusement pas de fondement textuel et voire jurisprudentiel


en contentieux administratif camerounais. Cela pourrait être la conséquence du mutisme des
textes d’avant 2006 au sujet de la déchéance et du libéralisme jurisprudentiel ambiant qui
avait cours en la matière à cette époque. En cas de non dépôt du mémoire ampliatif du
demandeur dans les délais, le juge considérait que :

« Les textes qui fixent les délais de dépôt de mémoires au greffe de la chambre
administrative n’édictant aucune sanction dans le cas d’inobservation de cette formalité
(…) qu’il s’ensuit de là que l’incident de forclusion (désistement d’office) des mémoires
s’avère sans intérêt »737.

Toutefois, fort de l’institution de la déchéance, le désistement d’office reste ex nunc


transposable en contentieux administratif camerounais.

Le législateur laisse finalement peu de marge au juge de librement fixer les délais
d’accomplissement des actes de procédure et particulièrement d’instruction. Le législateur
détermine ainsi la durée des délais et définit la sanction applicable. L’on peut se réjouir qu’il
ait conscience de l’importance du temps dans la résolution des litiges ; qu’il ait entendu
encadrer les délais pour assurer aux justiciables un dénouement rapide de leurs différends.

définitive par jugement. En d’autres termes, une action ne peut normalement faire l'objet de plusieurs jugements
au sein d’une même juridiction. Les parties ne peuvent vivre dans un état permanent de conflit. L'efficacité de ce
parti pris quant à elle se démontre au regard du grand besoin de fluidité du processus de traitement des affaires
enregistrées. Maintenir le désistement d'instance aboutirait à des doublons. Ce qui alourdirait le circuit,
provoquant de graves erreurs d'appréciation et par conséquent l'allongement sans fin des délais. In Les incidents
de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 390.
734
V. art. 98 et s. de la loi n° 2006/022.
735
LANG (A), GONDOUIN (G) et INSERGUET - BRISSET (V), Dictionnaire de droit administratif, op. cit., p.
140.
736
Art. R.612-5, Code de justice administrative.
737
CS/CA, jugement n°38, 26 mai 1977, ELOUNDOU ESSOMBA Charles c/ Etat du Cameroun.

183
Mais on peut cependant craindre que cette entreprise législative ligote le juge dans son
action. En effet, ce dernier, étant seul habilité à examiner les faits relatifs au litige, est plus à
même de définir le temps nécessaire pour les dépoussiérer en vue de solutionner le litige.
Mais les délais préalablement définis, même dans un souci de célérité, risquent de fortement
compromettre l’efficacité du juge dans la recherche de la vérité. L’on serait ainsi dans une
logique de célérité sans justice efficace ou de qualité. Or, c’est la combinaison de ces deux
impératifs qui permet au juge de faire du temps un élément maîtrisé du procès. Le juge ne doit
donc pas subir le temps du législateur, mais le dominer sans pour autant l’ignorer. C’est ce qui
explique sa tendance à la modulation des délais.

SECTION II - LA MODULATION DES DELAIS PAR LE JUGE

La procédure administrative contentieuse fait du juge le maître incontesté de la gestion


du litige. Certes, il ne fait de doute qu’en contentieux administratif camerounais le législateur
détermine largement le temps relatif aux délais dans le cadre de l’instruction contentieuse.
Mais le juge, sans ignorer le temps prédéfini par le législateur, doit pourtant le dominer. Car,
faut-il le rappeler, le caractère inquisitorial de la procédure administrative confie au juge la
gestion et la maîtrise du temps738.

Résoudre les litiges dans le délai imparti est certes un devoir pour le juge, mais
maintenir une justice de qualité en se donnant à soi-même du temps l’est tout autant. Quel que
soit l’interventionnisme législatif sur les délais, il existe un temps incompressible de la mise
en état qui reste déterminé par le juge administratif. Les délais prédéfinis par le législateur
restent imparfaits dans la mesure où ils ne peuvent couvrir le nombre infini de cas de litiges
possibles qui demanderaient dans leur traitement pour certains, plus temps et pour d’autres,
moins de temps.

Par la mise à l’état du dossier, le juge peut réduire les délais ou peut, inversement,
prendre plus de temps. Pour ce faire, il importe d’envisager l’expression de cette modulation
(paragraphe I), puis son incidence sur le caractère raisonnable des délais (paragraphe II).

PARAGRAPHE I - L’EXPRESSION DE LA MODULATION DES DELAIS

Il peut paraître paradoxal en contentieux administratif camerounais de relever que,


dans un domaine où il reste pourtant prépondérant, le législateur ait compris en premier la
nécessité pour le juge de parfois fixer librement les délais. Car la définition législative des

738
CONNIL (D), L'office du juge administratif et le temps, op. cit., p. 33.

184
délais, si elle doit être suivie, n’exclut pour autant pas le fait que chaque litige a ses
caractéristiques propres. C’est seulement en fonction de celles-ci que la durée des délais doit
normalement être établie et qu’il incombe au juge de le faire.

Dans le cadre de l’instruction contentieuse, les délais législatifs sont davantage des
esquisses à grands traits que de réelles mesures concrètes. Il ne faut dès lors s’étonner que le
législateur octroie formellement au juge de larges pouvoirs en la matière. Les textes régissant
les contentieux ordinaire et fiscal font apparaître que le juge peut opter pour une prorogation
ou une réduction des délais prédéterminés par le législateur (A).

Par ailleurs, le juge peut passer outre l’onction législative pour s’octroyer de réels
pouvoirs dans la fixation des délais. C’est généralement le cas des procédures d’urgence où,
du fait de leur laconisme ambiant, les délais d’instruction contentieuse sont flexibles (B).

A- La prorogation et la réduction des délais en matière d’instruction contentieuse


ordinaire et fiscale

L’apparente rigueur des délais de communication des mémoires et des pièces


n’interdit pas cependant au Président ou au rapporteur de les moduler dans un sens plus large
ou dans un sens plus restreint739. L’on parlera dans le sens large de prorogation (1) et dans le
sens restreint de réduction (2).

1- La prorogation des délais

Contrairement au prolongement qui a un rapport avec l’espace, la prorogation renvoie


au temps, au délai. C’est certainement la raison pour laquelle les juristes ont préféré le terme
prorogation au lieu de prolongement740. Mais il faut dire que l’étude de la question liée à la
prorogation des délais en contentieux administratif camerounais est habituellement limitée
aux seuls délais des recours contentieux741. Pourtant, la prorogation figure elle aussi dans le
cadre des délais relatifs à l’instruction contentieuse et mérite aussi qu’on s’y attarde. Car, elle
permet de se rendre compte de l’envergure des pouvoirs du juge sur le temps.

739
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 225.
740
ESSO ATEBA (YR), La prorogation des délais de recours contentieux dans le contentieux administratif
camerounais, Mémoire de DEA en Droit public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2008-2009, p. 10.
741
V. en ce sens entre autres, KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, [Link]., pp.
156-158; KEUTCHA TCHAPNGA (C), Précis de contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 171;
OWONA (J), Droit administratif spécial de la République du Cameroun, op. cit., pp. 87-88; ESSO ATEBA (Y
R), La prorogation des délais de recours contentieux dans le contentieux administratif camerounais, op. cit.

185
Les hypothèses de prorogation des délais d’accomplissement des actes d’instruction
peuvent être distinguées en fonction de ce que le juge y dispose d’un pouvoir limité ou d’un
pouvoir étendu. Le pouvoir du juge est limité lorsque, bien que maître de l’opportunité
d’accorder des délais supplémentaires, il ne peut librement les déterminer quant à leur durée.
A contrario, ce pouvoir est étendu lorsqu’il lui est reconnu non seulement d’accorder des
délais supplémentaires, mais aussi de les déterminer librement quant à leur durée.

Les hypothèses de prorogation dans lesquelles le juge dispose d’un pouvoir limité
concernent les cas de sollicitation de l’assistance judiciaire par la partie demanderesse et les
cas où plusieurs défendeurs n’ont pas présenté de défense. Dans le premier cas, il est disposé
que si le requérant ne s’est pas conformé à certaines règles prescrites, « le rapporteur l’invite
(…) à solliciter l’assistance judiciaire dans les quinze jours (…) »742. En accordant ce délai
au requérant pour solliciter l’assistance judiciaire, le juge proroge en réalité le délai de dépôt
de son recours et donc du mémoire introductif. Dans le second cas, il est énoncé que
« lorsqu’il y a plusieurs défendeurs en cause et qu’ils n’ont pas tous présenté de défense, le
rapporteur met les défaillants en demeure d’avoir à s’exécuter dans un délai
supplémentaire de trente jours dans les autres cas, en les informant que, faute de le faire, la
décision à intervenir sera réputée contradictoire »743. Le délai de production du mémoire en
défense étant normalement de trente jours, le juge, d’après cette disposition, garde dans cette
hypothèse, la latitude d’accorder trente jours supplémentaires aux défendeurs n’ayant pas
produit de défense dans les délais. Dans ces deux cas, comme on peut l’observer, le juge a le
pouvoir d’accorder des délais supplémentaires sans pour autant fixer librement leur durée.

Les hypothèses dans lesquelles le juge dispose d’un pouvoir étendu intéressent le cas
de demande d’assistance judiciaire par la partie défenderesse et le cas de demande de dépôt de
leurs mémoires par les parties dans un délai supplémentaire. Dans le premier cas, il est énoncé
que : le délai imparti au défendeur pour produire son mémoire en défense « est prorogé en cas
de demande d’assistance judiciaire »744 sans autre précision. Dans le second cas, il est
précisé que « le rapporteur peut, sur demande justifiée, accorder aux parties un délai
supplémentaire pour le dépôt de leurs mémoires »745. Il faut relever que c’est exactement au
même régime qu’obéit cette hypothèse de prorogation en appel et en cassation. Seulement,
742
Art. 37 (2), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
743
Art. 38 (3).
744
Art. 38 (2).
745
Art. 40 (2).

186
cette prérogative n’est plus reconnue au juge rapporteur, mais plutôt en appel au président de
la Chambre, et en cassation au président de la section de la Chambre compétente746.

Il est permis de penser qu’il revient au rapporteur, au président de la Chambre ou de la


Section de la Chambre, selon les cas, de déterminer librement sans autre considération la
nécessité même de maîtriser le temps du procès747. Par ailleurs, l’on observe la totale latitude
du juge administratif d’analyser l’opportunité des faits justificatifs au regard desquels il
accordera le délai supplémentaire748.

La prorogation des délais par le juge lui assure une certaine maîtrise du temps du
procès. Ainsi, lorsque les faits présentent une certaine complexité, il peut accorder aux parties
plus de temps pour produire leurs mémoires voire pièces utiles. Mais lorsque les faits
nécessitent une certaine célérité, il peut, au contraire, réduire les délais.

2- La réduction des délais

En contentieux administratif camerounais, tout se passe comme si les seules


possibilités de connaître en urgence les litiges résident uniquement dans les contentieux
accessoires (sursis à exécution et référé administratif) ou dans certains contentieux spéciaux
(contentieux électoral et contentieux des droits). Or le contentieux ordinaire connaît lui aussi
de réelles possibilités pour le juge de statuer en urgence. Mais, hélas!, cet aspect de l’urgence
n’est pas assez mise en exergue ni par le juge lui-même, ni par la doctrine.

Pourtant le législateur est clair là-dessus. Il précise en ce sens que devant les tribunaux
administratifs, « dans les affaires qui requièrent célérité, le président peut décider, après
avis du ministère public , que les délais prévus aux articles 17, 18 et 19 seront réduits de
moitié ou de deux tiers »749. Il s’agit en l’occurrence d’une part, des délais relatifs à
l’introduction du recours gracieux. Ils sont de trois mois en cas de recours dirigé contre une
décision administrative, de six mois en cas de demande d’indemnisation et de quatre ans en
cas d’abstention d’une autorité ayant compétence liée. D’autre part, il s’agit du délai relatif à
746
C’est ce qui ressort de l’art. 82 (2) en appel ; et en cassation de l'article 99 (3) de la loi n° 2006/016 du 29
décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour Suprême.
747
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L’appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., pp. 225-
226.
748
BAKY NNA (T), Les pouvoirs inquisitoriaux du juge administratif camerounais, Mémoire de DEA en Droit
Public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2009-2010, p. 53.
749
Art. 41, loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.

187
l’introduction des recours contentieux, lesquels doivent intervenir dans les soixante jours à
compter du rejet du recours gracieux.

En appel et en cassation, la réduction porte directement sur les délais accordés aux
parties pour produire leurs mémoires. En appel tout d’abord, il est disposé que:

« Dans les affaires qui requièrent une célérité particulière, le président de la


Chambre peut, après avis du procureur général, réduire ces délais de moitié ou de deux
tiers »750.

En cassation ensuite, il est disposé que:

« (…) Dans les affaires qui requièrent une célérité particulière, le président de la
section peut décider, après avis du procureur général, que ces délais seront réduits de
moitié ou de deux tiers »751.

Pour le Professeur Célestin SIETCHOUA DJUITCHOKO, si se trouve précisée la


durée de ces délais, en revanche aucune information n’est donnée sur la nature des affaires qui
requièrent « une célérité particulière »752. Or, il faut penser que le faire s’avère difficulteux,
dans la mesure où il pourrait exister d’infinies situations nécessitant une célérité dans leur
traitement. Il est donc pratiquement impossible de prétendre les déterminer à l’avance.
L’appréciation de la nature desdites affaires doit se faire par le juge et en fonction des faits
exposés devant lui.

Au bout du compte, en dépit de requérir l’avis du ministère public ou du procureur


général, selon les cas, le juge, par la latitude qui lui est reconnue de réduire les délais, exerce
un pouvoir sur ceux-ci dans les matières contentieuses ordinaire et fiscal. Ce pouvoir du juge
sur les délais s’étend dans les matières contentieuses urgentes, en conséquence de leur
flexibilité.

B- La flexibilité des délais en matière d’instruction contentieuse de l’urgence

L’instruction contentieuse de l’urgence est compartimentée en deux classes. D’une


part, elle concerne les contentieux accessoires de l’urgence. D’autre part elle porte sur les
contentieux spéciaux de l’urgence. Il faut dire que dans l’un et l’autre cas, les délais

750
Art. 82 (3), loi n° 2006/016 du 29 décembre fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour Suprême.
751
Art. 99 (3), loi précitée.
752
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 226.

188
d’accomplissement des actes d’instruction sont malléables en conséquence du laconisme
textuel auquel ils font l’objet. De fait, les délais sont, dans la pratique, flexibles et élastiques à
l’instruction contentieuse accessoire (1) et spéciale (2).

1- La flexibilité des délais à l’instruction contentieuse accessoire

Le législateur camerounais n’a pas prescrit au juge administratif de délais pour statuer
en matière de sursis et de référé, lui laissant ainsi la faculté d’apprécier, voire le pouvoir de
déterminer les affaires accessoires urgentes et de statuer dans des délais qu’il estime
raisonnables753. Il se contente de prévoir qu’il est statué « sur la requête par ordonnance de
référé »754 et « sur la demande de sursis à exécution par ordonnance »755. Cette situation a
pour conséquence que les délais subséquents d’accomplissement des actes d’instruction sont,
lorsqu’ils ne sont pas encadrés de manière timorée Ŕ cas du référé administratif Ŕ, laissés à la
discrétion totale du juge Ŕ cas du sursis à exécution. Ce qui favorise leur flexibilité dans la
pratique.

En matière de référé, malgré la prescription législative du moment de la


communication de la requête et du délai imparti au défendeur pour répondre à ladite requête,
il n’est pas toujours indiqué dans les ordonnances de référé des dates permettant de se rendre
compte du respect effectif de ladite prescription. Ce qui, par contre, est évident, c’est que le
juge met parfois beaucoup de temps à prononcer les ordonnances de référé.

Des statiques établies par le Professeur Bernard-Raymond GUIMDO DONGMO,


tendent à le corroborer. Pour celui-ci, le dépouillement de 54 ordonnances rendues en la
matière, de 1977 à 2000, montre que le juge met beaucoup de temps pour statuer756.

En effet, sur ces 54 ordonnances, 11 seulement Ŕ soit 20,37 % Ŕ sont intervenues en


deçà d’un mois ; tandis que les 43 autres Ŕ soit 79,62 % Ŕ ont été rendues après plus d’un
mois comme suit : 11 plus d’un mois après ; 09 après deux mois ; 08 après trois mois ; 05
après quatre mois ; 01 après cinq mois ; 02 après six mois ; 02 après sept mois ; 01 après huit
mois ; 01 après neuf mois ; 01 après onze mois ; 01 après un an et 01 quatre ans après.
Lorsqu’on se rend compte que parmi ces ordonnances qui sont intervenues plus d’un mois

753
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence, op. cit., p. 138.
754
Art. 28, loi n° 2006/022 du 29 décembre fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
755
Art. 30 (3).
756
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence, op. cit., p. 141.

189
après la saisine du juge il y en a qui prescrivaient soit des mesures d’instruction, soit des
mesures conservatoires757.

Eu égard à ce qui précède, l’on peut, de plusieurs choses, penser l’une. Ou bien, le
juge veille scrupuleusement au respect par la partie défenderesse du délai à lui imparti pour
produire sa défense, mais met trop de temps pour statuer ; ou bien, il ne communique pas
immédiatement la requête et se montre peu soucieux du respect par la partie défenderesse du
délai à lui imparti pour produire sa défense, mais statue tout de suite après ; ou bien enfin, il
se montre peu soucieux à la fois du respect du délai de communication et de réponse, et du
temps mis pour statuer. Tout cela témoigne de la flexibilité des délais dans la pratique.

En matière de sursis à exécution, et contrairement au référé, il n’existe pas de


prescriptions législatives quant au délai de communication ou de réponse. Mais comme en
référé, il n’est non plus toujours précisé dans les ordonnances de sursis le moment de la
communication ou le temps accordé au défendeur pour produire un mémoire en réponse. Mais
il est certain de voir que le juge met parfois trop de temps à se prononcer. Pour cela, il faut
encore utilement se référer aux statiques établies par le Professeur Bernard-Raymond
GUIMDO DONGMO en la matière.

Le dépouillement systématique de 185 ordonnances rendues par le juge administratif


camerounais de 1977 à 2001 a permis de réaliser que le sursis reste une procédure très
longue758.

Ainsi, sur ces 185 ordonnances, 18 Ŕ soit 9,72% Ŕ ont été rendues en moins d’un
mois ; 38 entre un et deux mois ; 42 entre deux et trois mois ; 31 entre trois et quatre mois ;
11 entre quatre et cinq mois ; 07 entre cinq et six mois ; 09 entre six et sept mois ; 09 entre
sept et huit mois ; 01 entre huit et neuf mois ; 04 entre neuf et dix mois ; 02 entre onze et
douze mois ; 10 après un an et 02 après deux ans. En somme, 167 ordonnances Ŕ soit 90, 27%
Ŕ ont été rendues après un mois759.

La longueur du temps mis pour prononcer les ordonnances du sursis peut s’expliquer
par une absence dans les textes de toute contrainte temporelle liée à cette procédure. Cela est
de nature à rendre flexible les délais de communication ou de réponse et par conséquent à

757
Loc. cit.
758
Ibid., p. 139.
759
Loc. cit.

190
favoriser un traitement long des demandes de sursis. Cette flexibilité n’est pas étrangère à
l’instruction contentieuse spéciale.

2- L’élasticité des délais à l’instruction contentieuse spéciale

Il importe d’emblée de préciser que si les contentieux spéciaux de l’urgence


comprennent les contentieux électoraux et les contentieux des droits, seuls les premiers seront
soumis à l’analyse tandis que les seconds en seront exclus. La raison de cette exclusion tient
au fait que l’instruction contradictoire dans les contentieux des droits ne serait que
présumable760. De ce fait, il serait périlleux, voire hasardeux de procéder à une analyse ici
des délais d’accomplissement des actes d’instruction, c’est-à-dire des délais de
communication ou de réponse dans lesdits contentieux, et dès lors d’en mesurer l’élasticité.

Cette précision faite, il convient de relever que la question des délais


d’accomplissement des actes d’instruction dans les contentieux électoraux n’est pas aisée pour
la raison que ces délais ne sont pas formellement fixés par le législateur. Celui-ci se contente
généralement de fixer les délais impartis au juge pour statuer. Mais cette absence ne présage
nullement de l’inexistence des délais des actes d’instruction. Car, en matière de contentieux
électoral le juge administratif statue suivant la procédure classique. Cela implique un jeu
d’arguments croisés entre les parties et organisé par le juge. Pour ce faire, celui-ci dirige la
communication et fixe les délais conséquents.

Mais le problème reste le même que dans les procédures accessoires de l’urgence, à
savoir que le juge ne donne pas généralement des indications quant au moment de la
communication ou quant au délai de réponse. Toutefois, au vu de la variation de la longueur
du temps mis en pratique pour statuer, l’on peut en déduire que ces délais sont élastiques et
flexibles ainsi que le démontre globalement sa jurisprudence.

Somme toute, par sa faculté à moduler les délais d’accomplissement des actes
d’instruction, le juge administratif contribue à rendre flexibles lesdits délais, lesquels ne
manquent pas, par ailleurs, d’avoir une incidence sur le délai raisonnable.

760
Cf. Titre Ier, Chapitre II, Section I, Paragraphe II, B.

191
PARAGRAPHE II - L’INCIDENCE DE LA MODULATION SUR LE DELAI
RAISONNABLE

L’office juridictionnel du juge administratif ne saurait être exercé sans délai mais ces
délais ne doivent non plus être excessifs761. Un temps raisonnable doit être retenu et ce temps
raisonnable ne peut pas être le même pour toutes les affaires762. Par référence à la doctrine et à
la jurisprudence ou même aux textes, ce temps raisonnable est vulgarisé sous l’appellation de
« délai raisonnable ». La notion de délai raisonnable est contingente dans sa quintessence et
dans son essence. En effet, Monsieur Benoît DELAUNAY affirme que « c’est un concept à
contenu variable qu’on doit évaluer dans chaque cas d’espèce, mais il a pu être défini
comme le juste temps, celui qui permet au juge d’apprécier l’affaire et d’adopter la
décision, sans retard excessif, afin d’éviter un décalage exagéré entre le temps de la justice
et le temps des justiciables »763. Pour Monsieur Damien CONNIL, la difficulté à définir cette
notion semble provenir de l’épithète « raisonnable », il parle ainsi à son sujet de « délicate
notion »764. En dépit de cela, ce dernier auteur appréhende le délai raisonnable dans des
termes identiques à ceux employés par le précédent765.

C’est par l’approche critériologique que la Cour européenne des droits de l’homme
(CEDH) 766 et la Haute juridiction française appréhendent plutôt le délai raisonnable767.

761
CONNIL (D), L'office du juge administratif et le temps, op. cit., p. 126.
762
Loc. cit.
763
DELAUNAY (B), « L’appréciation du délai raisonnable de jugement », in R.F.D.A. 2009, P. 551.
764
L’auteur renvoie ainsi à l’article de SALMON (JJA) intitulé le « Concept de raisonnable en droit international
public » (in Mél. P. Reuter, éd. Pedone, 1981, p. 447) à partir duquel ce dernier cite plusieurs auteurs pour tenter
de cerner la notion. On y lit que pour TIXIER, la raison en Common Law est plus « la mesure » des grecs que
la « raison » de PASCAL. C’est elle qui conduit au « raisonnable » (…). « L’homme raisonnable est une
personne qui fait preuve d’une certaine mesure dans son comportement ». Selon LEGROS, « raisonnable :
c’est le retour à l’ars aequi et boni, la recherche de la solution juste, acceptable, admissible, emportant
l'adhésion, convaincante, c’est la volonté constante de servir la justice ». Enfin, pour PERELMAN, « alors
que les notions de "raison" et de "rationalité" se rattachent à des critères biens connus de la tradition
philosophique tels que les idées de vérité, cohérence et d’efficacité, le raisonnable et le déraisonnable sont liés
à une marge d’appréciation admissible et à ce qui, excédant les bornes permises paraît socialement
inacceptable ». In CONNIL (D), L'office du juge administratif et le temps, op. cit., pp. 156-157.
765
Ibid., p. 126.
766
La CEDH retient quatre critères. En premier lieu il s’apprécie au regard de la complexité de l’affaire, c’est-à-
dire au regard des faits et au regard des problèmes juridiques soulevés (CEDH, 27 octobre 1994, KLITSHE De
la Grande c/ Italie Req. N°12539/86). Ensuite du comportement du requérant. Une diligence normale est exigée

192
Pourtant souvent évoquée, au Cameroun, la notion de délai raisonnable n’a pas
beaucoup attiré l’attention ni des auteurs, ni du législateur ; car malheureusement, ni la
législation camerounaise, ni la doctrine administrative n’en parlent768. La jurisprudence de son
côté, pas plus que la doctrine et le législateur, ne renseigne pas sur la notion. Toutefois, ce
vide sur la précision de la notion du délai raisonnable ne signifie pas absence ou ignorance de
la notion. En effet, les instruments juridiques nationaux et les instruments juridiques
internationaux ratifiés par le Cameroun font régulièrement pression sur le juge de juger dans
un délai raisonnable769. Le juge ne peut donc pas l’ignorer même s’il lui est globalement
reproché de juger dans un temps « déraisonnable ».

Si l’on convient avec Madame Carole BILOA que le délai raisonnable est « une prise
de décision par le juge dans le temps imparti » et « une prise de décision par le juge dans
un temps acceptable »770, l’on peut s’interroger sur l’incidence qu’aurait son pouvoir de

et seules les manœuvres dilatoires sont sanctionnées (CEDH, 28 février 1993, DOBBERTIN c/ France, Req.
N°13089/87). Le comportement des autorités nationales entre également en ligne de compte dans l’appréciation
de la durée des procédures. L’ensemble des autorités en cause est alors visé, qu’il s’agisse de l’Etat, partie à la
procédure ou des juridictions en charge de trancher le litige. Par conséquent, les Etats ont l’obligation
« d’organiser leurs juridictions de manière à leur permettre de répondre aux exigences de l’article » du
comportement des autorités nationales (CEDH, 6 mai 1981, BUCHHLZ c/ RFA Req. N°7759/77). Enfin, le
dernier critère est celui de l’enjeu du litige pour le requérant mieux, son intérêt à vouloir intenter un recours est
pris en compte. Par exemple si l’espérance de vie de ce dernier est faible, il doit bénéficier d’un délai de
jugement relativement court.
767
Le Conseil d’Etat adopte une grille de lecture similaire dans l'arrêt MAGIERA (CE, Ass., 28 juin 2002,
ministère de la justice c/ M. MAGIERA). Dans cet arrêt, la haute juridiction administrative précise que « le
caractère raisonnable du délai de jugement d’une affaire doit s’apprécier de manière à la fois globale et
concrète ». Le juge poursuit en indiquant que sont pris en compte « la complexité (de l’affaire), les conditions
de déroulement de la procédure et en particulier, le comportement des parties tout au long de celle-ci, mais
aussi dans la mesure où la juridiction saisie a connaissance de tels éléments, l’intérêt qu’il peut y avoir, pour
l’une ou l’autre, compte tenu de sa situation particulière, des circonstances propres au litige et le cas échéant
de sa nature même, à ce qu’il soit tranché rapidement ».
768
BILOA (C), Le délai raisonnable dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun, op. cit., p. 14.
769
Sur le plan national le délai raisonnable est un corollaire du principe constitutionnel selon lequel « la loi
assure à tous les hommes le droit de se faire rendre justice » (préambule de la loi constitution constitutionnelle
n°96/06 du 18 janvier 1996) et sur le plan international, la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples
consacre cette notion en son article 7 (1): « Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue. Ce droit
comprend : (…) le droit d'être jugé dans un délai raisonnable par une juridiction impartiale ».
770
BILOA (C), Le délai raisonnable dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun, op. cit., pp.
23 et 77.

193
modulation des délais sur celui-ci. L’usage de ce pouvoir est-il toujours guidé par la nécessité
de juger dans un temps raisonnable ? Telle est la difficulté qui se pose à ce niveau. Il apparaît
alors que la modulation se pose à la fois comme moyen (A) et entrave (B) à la nécessité de
juger dans un délai raisonnable ou acceptable.

A- La modulation comme nécessité de juger dans un délai raisonnable

La modulation est une opération qui permet au juge d’adapter le temps à la difficulté
que pose le litige à résoudre. Mais l’on s’accorde généralement à caractériser deux temps qui
paraissent être souvent en franche opposition, mais qu’il faudrait pourtant arriver à concilier :
le temps des parties et le temps du juge. Cela dit, le temps raisonnable s’analysant en un
temps acceptable, la modulation doit être faite pour un temps acceptable par le juge (1) et
pour un temps acceptable par les parties (2).

1- La modulation pour un temps acceptable pour le juge

Le raisonnable du délai est davantage perçu du point de vue des intérêts des parties.
Or, le juge a tout aussi intérêt à juger dans un délai raisonnable pour entretenir la confiance
entre les parties et la juridiction administrative. Le raisonnable du délai pour le juge est
beaucoup plus complexe dans la mesure où il doit concilier deux exigences : juger
rapidement, mais aussi juger efficacement. Ce que l’on doit souligner ici est que l’objectif est
moins d’aller vite, de juger toutes affaires cessantes, que de juger utilement771. Autrement dit,
le juge administratif porte une double attention au temps de son intervention. Ce temps doit
correspondre à une durée « raisonnable ». Le moment de sa décision doit d’autre part être
opportun et utile772.

En clair, l’objet de la fonction juridictionnelle du juge administratif étant de trancher le


litige qui lui est soumis773, il est important qu’il prenne le temps de réfléchir à la solution qu’il
va retenir afin d’éviter de rendre une justice expéditive. Ce faisant, il procède à une
modulation du temps pouvant conduire à un dépassement des délais légaux.

Or, pour le grand public le délai raisonnable s’apprécie à travers le respect par le juge
du temps imparti par les textes. Pourtant, le délai imparti, s’il est présumé être raisonnable,

771
CHABANOL (D), « Le temps du juge, le temps de l'administration et le temps de la société », op. cit., p. 56.
772
Loc. cit.
773
D’AMBRA (D), L'objet de la fonction juridictionnelle : dire le droit et trancher les litiges, LGDJ, Paris,
1994, p. 257.

194
peut paraître déraisonnable à certains égards. C’est le cas généralement lorsque la complexité
de l’affaire est telle que le délai légal prévu est insuffisant pour la résoudre774. Dans l’affaire
Cameroon Hotel Limited775 par exemple, le juge administratif Camerounais a mis plus de
temps pour juger l’affaire parce que cette dernière avait des éléments de complexité776. Ce
qui justifie le rejet en l’espèce de la requête introduite devant la chambre administrative de la
Cour Suprême en date du 21 décembre 1994. Le sort n’a été connu que le 24 septembre 2008,
c’est-à-dire pratiquement treize (13) ans après la saisine du juge administratif.

Le raisonnable du délai doit donc tenir compte de la complexité de l’affaire comme


l’ont si bien signifié la Cour européenne des droits et la Haute juridiction administrative
française. Ce critère lié à la complexité de l’affaire justifie implicitement mais certainement le
pouvoir de modulation des délais par le juge pour un temps acceptable par lui. Toute autre
chose serait la modulation pour un temps acceptable par les parties.

2- La modulation pour un temps acceptable par les parties

La modulation des délais relatifs à l’instruction contentieuse peut aussi être faite pour
un temps acceptable par les parties. Mais le temps des parties est un temps hétéroclite et
antagoniste dans la mesure où le temps qui convient au requérant n’est pas nécessairement
celui qui convient à l’administration défenderesse.

Il faut dire en effet que le requérant est, en général, plus diligent que l’administration
défenderesse. Il exprime mieux que l’administration défenderesse le souhait de voir le litige
se dénouer rapidement, à l’inverse de cette dernière qui tente de gagner toujours plus de
temps. Car, en matière administrative, l’allongement du délai de jugement profite le plus
souvent à l’administration défenderesse. Le caractère exécutoire des décisions administratives
et l’absence d’effet suspensif des recours administratifs et contentieux lui donnent
l’opportunité d’aborder le procès administratif avec la plus grande sérénité. En principe, la
saisine du juge administratif n’emporte par elle-même aucune conséquence sur la décision
attaquée ou l’engagement de la responsabilité publique recherchée777.

774
C'est le cas généralement des conflits liés à l'urbanisme ou à la protection de l'environnement qui justifient et
nécessitent une procédure plus longue.
775
CS/CA, jugement n°119/2008 du 24 septembre 2008, affaire Cameroon hotel limited c/ Etat du Cameroun.
776
Le décès de l’ancien président du conseil d’administration de la société, qui avait intenté le recours,
constituait l’un des critères de complexité qui a été pris en compte dans cette affaire.
777
CIAUDO (A), « La maîtrise du temps en droit processuel », op. cit., p. 26.

195
Le juge doit alors, dans la mesure de ce qui est faisable, trancher entre ces deux temps
antagonistes. Il peut le faire en procédant à la modulation des délais dans un sens tendant à la
réduction des délais ou dans un sens tendant à leur prorogation. Lorsqu’il choisit de proroger,
le temps est nécessairement plus long. Or un temps long peut être soit acceptable, soit
inacceptable. Il devient acceptable lorsque le justiciable rentre finalement dans ses droits, en
dépit d’une durée plus ou moins longue de l’instance pour des raisons compréhensibles. A
contrario, il devient inacceptable lorsque l’écoulement du temps préjudicie aux droits ou
intérêts du justiciable, si bien que, même quand le jugement lui est favorable, cela reste sans
effet sur la sauvegarde de ses droits et intérêts.

Lorsqu’il choisit en revanche de réduire les délais, deux conséquences sont possibles,
soit il précipite l’instance et rend une justice expéditive quitte à mal juger l’affaire, soit il
accélère l’instance lorsque les circonstances le justifient et permet ainsi au justiciable de
rentrer dans ses droits. En ce sens, le juge administratif camerounais Ŕ il est peu fréquent pour
le souligner Ŕ a permis à un justiciable de rentrer dans ses droits en accélérant la procédure. Il
s’agit en l’occurrence de l’affaire MAMA BILOA Sandrine778, rendue en matière de sursis à
exécution, la chambre administrative, après avoir souligné l’urgence et l’importance de la
matière, a pris en compte les conséquences sur l’avenir de la requérante.

En l’espèce en effet, MAMA BILOA est accusée d’être une étudiante titulaire d’un
faux baccalauréat Tchadien et le recteur a pris une décision portant annulation de
l’inscription. La requérante a alors saisi directement le président de la chambre à fin
d’urgence contentieuse. Toutefois, le juge n’a pas tenu compte du délai de défense imparti à la
partie adverse. Le commandement du sursis à exécution au détriment de la puissance publique
a été considéré. Le juge déclare en substance que:

« Attendu que cette demande de sursis introduite conformément aux dispositions des
articles 16 et suivant de la loi n°75/17 du 8 décembre 1975 fixant la procédure devant la
cour suprême statuant en matière administrative, est recevable en la forme ;

Attendu que son exécution ne concerne ni l’ordre public, ni la sécurité ou la


tranquillité publique ;

Attendu qu’elle est de nature à causer un préjudice irréparable à la requérante pour


les raisons pertinentes exposées par elle dans sa requête contentieuse ;

778
CS/CA du 7 décembre 2000 MAMA BILOA Sandrine c/ Université de Ngaoundéré.

196
Qu’il échait de faire droit à sa demande ».

L’ignorance du délai imparti à la partie défenderesse témoigne de ce que le juge a


entendu, dans cette affaire, accélérer la procédure pour que l’écoulement du temps ne
préjudicie pas aux droits de la requérante.

Au final, malgré ce cas salutaire, au Cameroun, l’observation du délai raisonnable


n’est pas encore véritablement ancrée dans les mœurs du juge administratif, la modulation se
justifierait davantage pour d’autres raisons que celle liée à la nécessité de juger dans un délai
raisonnable. En ce sens, la modulation tendrait à être une entrave à la nécessité de juger dans
un délai raisonnable.

B- La modulation comme entrave à juger dans un délai raisonnable

La modulation du temps n’est pas toujours faite dans le but de juger dans un délai
raisonnable. Elle peut bien au contraire contribuer à juger dans un temps peu ou prou long.
C’est généralement le cas lorsque celle-ci est l’émanation d’un certain nombre de facteurs
explicatifs de la lenteur excessive du juge. En effet, le juge est souvent bien obligé de moduler
les délais pour faire face à certaines insuffisances. Il s’agit en l’occurrence d’une part, de
l’insuffisance des moyens humains et financiers (1) et d’autre part, de l’insuffisance des
moyens matériels, structurels et procéduriers (2).

1- La modulation due à l’insuffisance des moyens humains et financiers

Les moyens humains et financiers peuvent conduire le juge administratif à moduler les
délais d’exécution des actes d’instruction et de méconnaître ainsi le délai raisonnable, c’est-à-
dire le temps qui lui est normalement imparti pour statuer ou encore le temps acceptable de
jugement.

Pour ce qui est de la teneur de l’insuffisance de ces moyens, il importe de noter que,
sur le plan des ressources humaines, il y a le problème de la non-spécialisation des magistrats
en charge du contentieux administratif. Ils proviennent tous des juridictions de l’ordre
judiciaire. Il y a ensuite, le problème de leur effectif et de leur disponibilité ; juges
polyvalents, ils sont également sollicités pour le règlement des contentieux judiciaires. Il faut
ajouter à cela le fait que certains assesseurs de la Chambre administrative sont souvent mutés

197
pendant l’année judiciaire dans d’autres juridictions779. Il y a enfin le problème lié aux
comportements empreints de laxisme habituel des fonctionnaires africains780.

Il convient toutefois de relever que s’agissant de ce personnel magistrat, une réforme


récente est intervenue pour désormais spécialiser les juges du contentieux administratif. Mais,
ces juges étant en cours de spécialisation ou nouvellement spécialisés et donc sans expérience,
plusieurs juges anciens (non spécialisés) restent encore en fonction.

En ce qui concerne le personnel non magistrat, il faut dire que l’effectif qui intervient
dans le contentieux administratif est très faible ; il faut ajouter à cela la faiblesse de leur
rémunération781.

Sur le plan financier, les crédits ne sont pas toujours mobilisés à temps pour le bon
fonctionnement des juridictions administratives.

Ces facteurs obligent le juge à moduler le temps de l’instruction et du jugement dans


un sens tendant à leur prolongement. Il en est également des facteurs structurels et matériels.

2- La modulation due à l’insuffisance des moyens matériels et structurels

Les facteurs matériels et structurels peuvent également justifier la modulation des


délais. Il importe dès lors d’en déterminer la teneur.

Sur le plan matériel, il est à noter que le matériel technique de bureau reste largement
insuffisant et obsolète. C’est le cas du matériel technique tels que les ordinateurs et autres.
Non seulement certains sont anciens, mais en plus, d’autres fonctionnent avec des anomalies
cybernétiques dues à un défaut de maintenance et d’entretien. Papier et carbone font le plus
souvent défaut. Les autres fournitures indispensables au bon fonctionnement d’une juridiction
font également défaut. Il en est ainsi des imprimés et des chemises cartonnées. Celles-ci sont
donc exigées aux requérants lors du dépôt de leurs dossiers782.

779
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 25.
780
DEGNI SEGUI (R), « L’accès à la justice et ses obstacles », in L’effectivité des droits fondamentaux dans les
pays de la communauté francophone, Actes du Colloque de Maurice, 29 septembre Ŕ 1er octobre 1993,
AUPELF-UREF, 1994, p. 245.
781
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence…, op. cit., p. 26.
782
Loc. cit.

198
Sur le plan structurel, la centralisation de la justice administrative783 naguère dénoncée
n’a pas totalement disparu bien que considérablement réduite. Il faudrait relever le nombre
limité des juridictions administratives. Alors que dans certains pays africains, il existe un
tribunal administratif par département784 au Cameroun, il en existe un par région. Cela n’est
pas sans poser de problème dans la gestion des dossiers. Par ailleurs, les bureaux sont
insuffisants et exigus, par conséquent peu propices à faciliter le travail des agents qui les
occupent.

Ces facteurs conduisent le juge sur le plan procédural, à moduler les délais. Ce qui
implique une « complexité récurrente de l’instruction des recours » et une « extension
récurrente de la phase du jugement »785. Tout ceci se traduit concrètement par un certain
nombre de faits, il s’agit entre autres : des retards dans la transmission des dossiers à instruire
du greffe au magistrat-rapporteur ; des retards dans la transmission de son rapport par le
rapporteur ; des délais qui, dans la plupart des affaires à instruire, ne sont pas toujours
respectés ; de l’application des procédures de sursis à exécution et référé administratif pendant
l’instruction qui ne tient pas toujours compte de leur caractère urgent.

Face à de telles insuffisances, le juge est bien souvent obligé de moduler les délais.
Cela a pour conséquence l’allongement des délais. Mais généralement dans un tel contexte, la
modulation constitue une entrave à la nécessité de juger dans un délai raisonnable.

783
Sur les inconvénients de cette centralisation et les aménagements possibles de la justice administrative pour
une meilleure protection des droits des justiciables, lire Anicet ABANDA ATANGANA, « A la recherche d’un
cadre juridique approprié pour une meilleure protection des droits des administrés au Cameroun », PENANT, n°
818, 1995, pp. 133-155.
784
Cas du Gabon.
785
GUIMDO DONGMO (B-R), « Le droit d’accès à la justice administrative au Cameroun… », op. cit., pp. 496-
497.

199
C ONCLUSION DU CHAPITRE

Les analyses observables dans ce chapitre qui concerne le pouvoir du juge


administratif camerounais vis-à-vis des délais d’accomplissement des actes d’instruction,
permettent maintenant de répondre à la question qu’on se posait dans le propos introductif du
chapitre: le juge a une maîtrise relative des délais dans l’instruction contentieuse.

Il ressort en effet que le juge partage avec le législateur le pouvoir de détermination


des délais d’exécution des actes d’instruction. Les textes font même du législateur la
principale autorité régulatrice des délais dans l’instruction contentieuse. L’on est ainsi amené
à constater l’apparent retrait du juge en la matière, notamment sur le plan formel. Ainsi,
suivant les textes, le législateur définit les conditions d’application desdits délais et fixe la
sanction dont ils sont assortis.

Pourtant dans la pratique, le juge se retrouve être un véritable maître dans la


détermination des délais. Il a le pouvoir de moduler les délais légaux. Il peut dès lors décider
de les proroger ou de les réduire. Ce qui n’est pas sans conséquence sur l’exigence du respect
du caractère raisonnable des délais. En effet, la modulation des délais peut produire des
incidences variables et opposées. Ou bien elle conduit le juge à juger dans un délai
raisonnable, ou bien elle l’éloigne de cette exigence.

Toutefois, malgré l’emprise relative du juge administratif camerounais sur le délai


d’accomplissement des actes d’instruction, le juge continue de marquer de son empreinte le
temps notamment en délimitant le temps de l’instruction.

200
C HAPITRE II : LA DELIMITATION DE L’INSTRUCTION
DANS LE TEMPS

201
Dire que le juge administratif « est maître de son instruction »786, c’est lui reconnaître
la maîtrise du temps de l’instruction. Cette maîtrise de la temporalité de l’instruction pose, en
plus de la question de la maîtrise des délais d’accomplissement des actes d’instruction, le
problème de la délimitation de l’instruction dans le temps.

Le pouvoir de délimitation de l’instruction dans le temps confère au juge la maîtrise du


calendrier de l’instruction. Le juge est donc celui qui décide en principe du moment de
l’extinction de l’instruction ou de sa clôture. La clôture de l’instruction est l’un des aspects les
plus révélateurs de la procédure administrative et de l’obligation du juge de diriger une
instruction complète787. C’est à lui de décider à partir de quel moment il n’est plus
possible de produire, répliquer, compléter. Autrement dit, il détermine quand il n’est plus
possible de produire un mémoire, une pièce ou tout autre document. Ainsi, il juge de
l’opportunité de poursuivre l’instruction ou de la surseoir, d’ordonner un supplément
d’instruction, d’y mettre fin ou de la rouvrir.

Ce pouvoir lui est conféré à la fois pour s’assurer de prendre un temps nécessaire pour
instruire le dossier, mais aussi pour faire face aux manœuvres dilatoires des parties. La
question de la clôture de l’instruction répond à la nécessité de ne pas laisser s’éterniser un
débat sans utilité entre les parties.

Ainsi à la question de savoir à quel moment l’instruction doit-elle être regardée


comme close, il convient de répondre qu’ « il est traditionnellement admis – et c’est évident
– que l’instruction ne peut être close et que le juge ne peut régulièrement statuer que
lorsque l’affaire est en état, c’est-à-dire lorsque tous les intéressés ont été mis à même de
faire valoir leurs observations et lorsque ceux d’entre eux qui ont produit des mémoires ont
épuisé leurs arguments »788. Lorsqu’il estime donc l’affaire en état d’être jugée, il peut alors
en toute souveraineté clore les débats.

La question n’est pas si simple en contentieux administratif camerounais. Si comme


partout d’ailleurs l’instruction doit être close lorsque l’affaire est en état d’être jugée, il n’est
pas aisé de déterminer ce moment. Pour le dire autrement, il est difficultueux de déterminer le

786
DAEL (S), Contentieux administratif, Paris, PUF, 2ème éd., 2008, p. 147.
787
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 452.
788
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge administratif »,
op. cit., p. 73.

202
moment à partir duquel l’affaire est regardée comme étant en état d’être jugée. Car ni la
doctrine, ni les textes et la jurisprudence ne permettent pas toujours d’y voir clair.

La doctrine tout d’abord s’y est peu intéressée. Elle a souvent eu à reconnaître que le
juge administratif clôture l’instruction, mais sans véritablement se passionner sur la
détermination du moment exact de cette clôture et sur les mécanismes ou techniques par
lesquels celle-ci survient. Les quelques auteurs qui s’y sont intéressés Ŕ l’occasion sera
donnée de le voir Ŕ ne sont pas toujours parvenus à des résultats satisfaisants.

Pour ce qui est de la jurisprudence, il n’existe que très rarement de décisions


consacrant le moment de clôture de l’instruction. Les textes de leur côté restent superficiels.
Tantôt, certains d’entre eux déterminent clairement le moment de clôture de l’instruction,
tantôt, certains autres n’y font pas la moindre allusion.

Ces difficultés pourtant évidentes ne présagent pas de l’inexistence des modalités par
lesquelles le juge administratif camerounais clôt son instruction (Section I), ni des effets
attachés à cette clôture (Section II).

SECTION I - LES MODALITES DE CLOTURE DE L’INSTRUCTION

Envisager les modalités de clôture de l’instruction par le juge administratif


camerounais, c’est en réalité chercher à déterminer les procédés de clôture mais surtout le
moment où l’affaire est regardée comme en état d’être jugée. Mais avant de s’intéresser à la
question dans le cadre propre du contentieux administratif camerounais (paragraphe II), il a
semblé judicieux de jeter un regard liminaire sur l’état de la question dans les contentieux
autres que le contentieux administratif camerounais (paragraphe I).

PARAGRAPHE I - LES MODALITES DE CLOTURE EXTERIEURES AU


CONTENTIEUX ADMINISTRATIF CAMEROUNAIS

Choisir de poser un regard liminaire sur les contentieux extérieurs, c’est-à-dire de droit
privé (A) et de contentieux administratif de droit comparé (B) en ce qui concerne la clôture de
l’instruction n’est pas anodin. En effet le contentieux administratif camerounais peut parfois
être mieux compris à partir des considérations relevant des contentieux de droit privé ou du
contentieux administratif de droit comparé. Par ailleurs, cela permet de mieux cerner le
particularisme de la procédure administrative contentieuse en la matière. Car si la clôture de

203
l’instruction existe dans tous les contentieux, elle ne revêt pas la même portée789 ni la même
importance790 ici et là. Une introspection analytique de ces contentieux s’avère être utile pour
comprendre les lignes de démarcation du contentieux administratif camerounais en la matière.

A- Les modalités de clôture de l’instruction dans les contentieux de droit privé

Le régime de clôture de l’instruction n’est pas le même selon que l’on se situe dans le
cadre du contentieux répressif Ŕ en matière pénale en l’occurrence Ŕ ou dans le cadre du
contentieux non répressif Ŕ en matière civile notamment. Il y a une raison à cela. Ces deux
contentieux de droit privé obéissent à des modèles d’instruction différents. Le contentieux
répressif, concrètement, la procédure pénale, fait partie du modèle de l’instruction autonome,
alors que le contentieux non répressif, précisément la procédure civile, appartient au modèle
de l’instruction intégrée791. Ces deux modèles ont chacun leurs caractéristiques propres. Cela
dit, il importe d’examiner le régime de clôture de l’instruction dans le modèle de l’instruction
autonome qu’est la procédure pénale d’une part, (1) et dans le modèle de l’instruction intégrée
qu’est la procédure civile d’autre part (2).

1- En procédure pénale

En procédure pénale, la clôture de l’instruction ou selon le terme consacré, « la clôture


de l’information judiciaire » est diligentée par le juge d’instruction. Ce dernier,
contrairement au rapporteur ou au juge de mise en l’état, est un juge spécialisé qui constitue
une chambre autonome, ou indépendante, par rapport à la juridiction de jugement. C’est la
raison pour laquelle son instruction est qualifiée d’autonome.

Dès qu’il estime que l’information judiciaire est achevée, celui-ci communique le
dossier au procureur de la République pour son « réquisitoire définitif »792. Le dossier,
accompagné du réquisitoire définitif est, dans les cinq jours de sa réception retourné au
cabinet d’instruction par le procureur de la République793. Le juge d’instruction s’assure qu’il
existe ou non contre l’inculpé des éléments constitutifs d’infraction à la loi pénale et rend, soit

789
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., p. 825.
790
JEULAND (E), Droit Processuel, op. cit., p. 458.
791
Sur la différenciation des deux modèles d'instruction voir supra, p. 36 et s.
792
Art. 256 (1) de la loi n° 2005/007 du 27 juillet 2005 portant Code de procédure pénale.
793
Art. 256 (2).

204
une ordonnance de non-lieu, de non-lieu partiel, soit une ordonnance de renvoi794. Le terme
générique pour désigner ces ordonnances est « ordonnance de règlement »795.

Si le juge d’instruction estime que les faits de la poursuite constituent une


contravention ou un délit, il rend une ordonnance de renvoi devant le tribunal ayant
compétence en matière de simple police ou en matière correctionnelle796. S’il estime que les
faits constituent un crime, il rend une ordonnance de renvoi devant une juridiction ayant
compétence en la matière797. Si le juge d’instruction estime au contraire que les faits ne
constituent aucune infraction ou que l’auteur n’est pas identifié ou qu’il n’y a pas de charges,
il rend une ordonnance de non-lieu798. Toutefois, cette dernière ne fait pas obstacle à la
réouverture de l’information en cas de survenance de faits nouveaux799.

Les ordonnances de non-lieu, de non-lieu partiel et de renvoi contiennent les noms,


prénoms, date et lieu de naissance, filiation, domicile et profession de l’inculpé, l’exposé et la
qualification pénale des faits ainsi que l’indication des textes de la loi applicables. Elles
indiquent en outre avec précision, et concision les motifs pour lesquels il existe ou non des
charges contre l’inculpé800.

La grande spécificité de l’ordonnance de clôture en procédure pénale est qu’il s’agit


non pas d’une simple mesure d’administration judiciaire mais d’un véritable acte
juridictionnel. Elle constitue ainsi un jugement avant-dire droit801. A ce titre, elle peut être
frappée d’appel ou revêtir l’autorité de la chose jugée802. Cependant, le ministère public a
seule qualité pour faire appel d’une ordonnance de clôture. Car, sauf dispositions contraires,
le ministère public peut interjeter appel contre les ordonnances rendues par le juge
d’instruction803 .

794
Alinéa précité.
795
FOURMENT (F), Procédure pénale, éd. Paradigme, 2004, p. 242.
796
Art 256 (4), loi n° 2005/007 précitée.
797
Art. 256 (5).
798
Art. 256 (6).
799
Art. 259.
800
Art. 257.
801
JEULAND (E), Droit processuel, op. cit., p. 458.
802
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., p. 826.
803
Art. 268, loi n° 2006/007 précitée.

205
L’inculpé quant à lui ne peut relever appel que des ordonnances relatives à la détention
provisoire, à la mesure de surveillance judiciaire, à la demande d’expertise ou de contre-
expertise et à la restitution des objets saisis804. La partie civile, de son côté, ne peut relever
appel que des ordonnances de refus d’informer, d’irrecevabilité de la constitution de partie
civile, de rejet d’une demande d’expertise ou de contre-expertise, de restitution des objets
saisis ou de non-lieu805.

Du fait donc de son caractère juridictionnel, l’acte de clôture de l’instruction en


matière répressive reste largement déterminé par le juge. Ce qui n’est pas le cas en matière
non répressive, précisément en procédure civile.

2- En procédure civile

La procédure civile camerounaise n’a pas expressis verbis institué un mécanisme de


clôture de l’instruction. Mais, tout porte à croire que ce sont les parties et non le juge qui
déterminent la clôture de l’instruction. Il existerait une raison à cela: le caractère
fondamentalement accusatoire et non écrit de la procédure. En effet, la procédure civile
camerounaise confère aux parties un pouvoir considérable dans l’introduction et le
déroulement de l’instance d’une part, et privilégie l’oralité des débats d’autre part. Ce qui
limite la marge de manœuvre du juge en matière de clôture de l’instruction.

Il faut ainsi observer en premier lieu que le principal mode d’introduction de l’instance
est l’assignation806. Il s’agit de l’acte d’huissier de justice par lequel le demandeur fait inviter
le défendeur à comparaître devant la juridiction appelée à trancher le litige qui les oppose, soit
dans un délai déterminé, soit à jour et heure fixes ou même, en cas d’extrême urgence,
d’heure en heure807. C’est donc la partie demanderesse et non le juge Ŕ comme c’est le cas en
procédure administrative contentieuse Ŕ qui invite celle défenderesse à comparaître.

Le pouvoir des parties est ensuite conforté dans le déroulement de la procédure. En


effet, l’instance est dominée par les débats entre différentes parties que le juge se contente
d’arbitrer. Celles-ci sont autorisées à présenter des observations orales ou à développer leurs
conclusions. Ce sont elles qui, en réalité, déterminent l’instruction. L’instruction prend ainsi
fin lorsque les parties ont épuisé leurs arguments.

804
Art. 269.
805
Art. 270.
806
V. art. 5 du Code de procédure civile.
807
CORNU (G), Vocabulaire juridique, op. cit., p. 90.

206
Toutefois, les parties peuvent introduire l’instance sur requête et plaider sur mémoire,
mais uniquement dans des circonstances précises. Le Code de procédure civile mentionne
que, « en toute matière, les parties peuvent saisir la juridiction compétente par requête et
plaider sur mémoires, même par avocat-défenseur, lorsqu’elles résident à plus de 20
kilomètres du lieu où siège la juridiction saisie »808.

La requête introductive d’instance, qui doit contenir toutes les indications figurant à
l’article 6 (1°, 3° et 4°809) et un exposé complet de l’affaire et des moyens, est adressée avec
autant de copies qu’il y a de défendeurs par le demandeur au Président de la juridiction
compétente par lettre recommandée. La requête doit également contenir la mention que le
demandeur entend plaider suivant la procédure des articles 19 et suivants. Dans les vingt-
quatre heures de sa réception, le magistrat rend une ordonnance fixant la date de l’audience et
remet le dossier au greffier qui, dans les vingt-quatre heures, envoie par pli recommandé avec
avis de réception810.

Lorsque les parties veulent plaider sur mémoire, elles peuvent le faire de la façon
suivante: la requête introductive d’instance ou l’assignation, tiennent lieu de mémoire en
demande ; le défendeur ou son avocat-défenseur adresse au greffe, avant la date de l’audience
fixée par la citation ou l’ordonnance, un mémoire accompagné d’autant de copies qu’il y a de
demandeurs. Le greffier notifie ce mémoire par lettre recommandée, avec demande d’avis de
réception au demandeur ou à l’avocat-défenseur qui sera constitué par lui, en l’avertissant
qu’il aura un délai d’un mois, compte non tenu des vacances judiciaires s’il y a lieu, pour
produire un mémoire en réplique accompagné d’autant de copies qu’il y a de défenseurs. Dans
la huitaine de la réception de ce mémoire, en réplique, le greffier le notifie de semblable façon
au défenseur, lequel jouira également pour répondre d’un délai d’un mois. Lorsque la lettre
recommandée n’a pu toucher le destinataire, ou lorsque le greffier sait que la transmission par
la poste n’est pas possible, le demandeur en est informé par le greffier ; il procède alors par la
voie d’huissier811.

808
Art. 19, Code de procédure civile.
809
Il s’agit de :(1°) la date des jours, mois et an, les nom, profession et domicile du demandeur ; (2°) les nom,
demeure et matricule de l’huissier ou de l’agent d'exécution, les nom et demeure du défendeur, et mention de la
personne à laquelle copie de l’exploit sera laissée ; (3°) l’objet de la demande, l’exposé sommaire des moyens.
810
Art. 20, Code de procédure civile.
811
Art 21.

207
L’institution par le Code de procédure civile de la « plaidoirie sur mémoire » conduit,
contrairement à la « plaidoirie orale », à l’ « inquisitorialisation » de la procédure civile.
Cependant, la question demeure de savoir si, lorsque les parties plaident sur mémoire, qui du
juge ou des parties clôture l’instruction ? Par ailleurs l’instruction prend-elle fin avant,
pendant l’audience ou à la fin de celle-ci ? Il faut dire que le Code de procédure civile
n’apporte pas de réponses claires à ces interrogations. Il mentionne tout de même qu’ « à
l’audience, les parties (ou leurs mandataires) sont autorisées à présenter des observations
orales ou à développer leurs conclusions. Les conclusions déposées au greffe et
communiquées à la partie adverse moins de trois jours avant l’audience où l’affaire doit
être plaidée pourront être rejetées des débats comme tardives, ainsi que les pièces qui y
seront jointes »812.

Doit-on alors comprendre par-là que l’instruction est clôturée à l’issue des plaidoiries,
auquel cas ce sont les parties qui déterminent la clôture ? Ou bien que l’instruction est
clôturée à l’issue de la communication des mémoires, laquelle doit intervenir trois jours avant
l’audience fixée par le juge, auquel cas c’est ce dernier qui détermine la clôture. La première
de ces deux hypothèses reste la plus plausible. Car, la possibilité donnée aux parties de
développer leurs conclusions à l’audience montre bien que l’instruction se poursuit, malgré la
mise à l’écart, le cas échéant, des conclusions produites trois jours au moins avant l’audience.
Ce n’est que lorsqu’elles auront fini de développer leurs conclusions que l’instruction prendra
fin.

Le juge en matière civile n’aurait pas alors un pouvoir de clôture, comme le serait par
exemple son homologue administratif au Cameroun ou en contentieux administratif de droit
comparé.

B- Les modalités de clôture de l’instruction en contentieux administratif de droit


comparé

Il importe de prime abord de relever que le contentieux administratif de droit comparé


sera essentiellement réduit au contentieux administratif français. Cette précision faite, il
convient de relever que la question de la clôture de l’instruction en contentieux administratif
français est ancienne. Des auteurs classiques, à l’instar d’Edouard LAFERRIERE, François
GAZIER, Jean-Pierre CHAUDET, Renaud DENOIX DE SAINT MARC et Daniel
LABETOULLE y ont accordé un grand intérêt. Si tous s’accordent à reconnaître que la

812
Art. 31.

208
clôture de l’instruction est un des aspects les plus révélateurs de la procédure contentieuse
administrative, ils sont cependant en désaccord sur le temps précis de cette clôture.

Certains auteurs pensent que l’instruction est terminée lorsque l’affaire est en état
d’être jugée813. D’autres pensent que la clôture de l’instruction se situe au moment où à
l’audience, le rapporteur termine la lecture de son rapport814. Pour d’autres encore « il était
possible de choisir deux temps soit au moment où l’affaire est appelée pour les débats, soit
celui où le commissaire se lève pour prononcer ses conclusions »815. Par ailleurs,
l’instruction est close au moment de l’appel au rôle, affirment d’autres auteurs816. Pour
certains autres enfin, il n’existe pas un temps prédéterminé de clôture, le juge reste libre de ce
moment817.

Aujourd’hui encore, « ni les textes, ni la jurisprudence n’instituent de régime


général de détermination de la date de clôture de l’instruction »818. Toutefois, le Code de
justice administrative distingue différentes hypothèses dans lesquelles l’instruction peut être
close devant les tribunaux administratifs et cours administratives (1) et devant le Conseil
d’Etat (2).

1- Devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d’appel

Devant les juridictions inférieures, la clôture de l’instruction peut être prononcée par
voie d’ordonnance ou non. Lorsqu’elle est prononcée par voie d’ordonnance, cette dernière
est prise par le président de la formation de jugement819. Cette ordonnance non motivée n’est
pas susceptible de faire l’objet d’un recours et se borne à fixer la date à partir de laquelle
l’instruction sera close. Il appartient néanmoins à la juridiction d’assurer à l’ensemble des
parties la notification de cette ordonnance au moyen d’une lettre recommandée avec demande
d’avis de réception quinze jours au moins avant la date de la clôture. Ce délai doit permettre,

813
TESSIER et CHAPSAL, cités par DEBBASCH (C) et RICCI (J-C), Le Contentieux administratif, 4e éd,
Dalloz, 1985, p. 471.
814
LAFERRIERE (E), Traité de la juridiction administrative et des recours contentieux, t1, op. cit., p. 331 et s.
815
GAZIER (F), « La clôture de l’instruction », AJDA, 1956, p. 94.
816
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 545.
817
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge administratif »,
op. cit., p. 73.
818
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 888.
819
Article R. 613-1 du C.J.A.

209
le cas échéant, aux parties de présenter une ultime argumentation avant la fin du débat
contradictoire.

Le plus souvent, cette ordonnance de clôture intervient après un échange


contradictoire des arguments considéré comme suffisant par le rapporteur. Mais les
juridictions inférieures disposent également de la faculté de déterminer Ŕ dès l’enregistrement
de la requête Ŕ la date à partir de laquelle l’instruction sera close820. Cette procédure peut être
employée lorsque les circonstances de l’affaire le justifient notamment caractérisées par une
situation d’urgence. Cette programmation initiale du calendrier de l’instruction offre une
meilleure lisibilité de la procédure mais exige des parties davantage de discipline pour
permettre un audiencement rapide de l’affaire. Enfin, les parties ne peuvent adresser
d’injonction au juge pour qu’il inscrive une affaire au rôle821.

En l’absence d’ordonnance de clôture de l’instruction, les dispositions de l’article R.


613-2 du C.J.A. précisent que l’instruction est close trois jours francs avant la date de
l’audience. Cette précision issue du décret du 19 mai 1997 met un terme à la règle selon
laquelle l’instruction était close au moment de l’audience. Il appartient donc aux parties
informées par l’avis d’audience de la règle posée par l’article R. 613-2 de faire parvenir au
greffe de la juridiction leurs observations trois jours au moins avant la date d’audience. Sur ce
point, le Conseil d’État a indiqué que « ce délai qui a été adopté dans l’intérêt d’un bon
fonctionnement de la justice (...) doit être dans tous les cas compté sans qu’il y ait lieu de
distinguer selon qu’il comporte ou non un samedi, un dimanche ou un jour férié, ou selon
qu’il est ou non précédé d’un tel jour »822.

2- Devant le Conseil d’Etat

Devant la Haute Assemblée, le régime de clôture de l’instruction se révèle moins


complexe car celle-ci intervient au moment de l’audiencement de l’affaire. Les dispositions de
l’article R. 613-5 du C.J.A. envisagent néanmoins deux hypothèses selon que les conseils des
parties ont présenté ou non des observations orales.

Si tel est le cas, l’instruction est close après que les avocats au Conseil d’État ont
formulé leurs observations orales. En d’autres termes, s’il y a des avocats, la procédure est
close lorsque le Commissaire du Gouvernement se lève pour donner ses conclusions. Dans

820
Article R. 611-11.
821
CE, 14 décembre 2004, BALHOUL.
822
C.E. Avis, 9 avril 1999, CRETON, req. n° 202.344.

210
l’hypothèse inverse ou en l’absence d’avocat, l’instruction est alors close après appel de
l’affaire à l’audience. Autrement dit, quand il n’y a pas d’avocat, l’affaire est close quand
l’affaire est appelée au cours de l’audience.

Dans l’état antérieur du droit, affirme le Professeur René CHAPUS, les textes étaient
muets et leur silence n’était que mal compensé par la jurisprudence. Cette dernière était
représentée par un arrêt implicite823, dont on pouvait déduire que la clôture de l’instruction
survenait au moment de l’appel de l’affaire824. « Mais on pouvait hésiter à reconnaître à
cette solution une portée générale. Il aurait été en effet, normal qu’elle ne concerne que le
cas où des observations orales ne sont pas présentées. Au cas contraire, on devait estimer
que la clôture n’avait lieu qu’après formulation de ces observations, c’est-à-dire qu’au
moment où le commissaire du gouvernement s’apprête à donner lecture de ses conclusions.
Il est, en tout cas, singulier que l’incertitude de l’état du droit quant à la date de clôture de
l’instruction n’ait pas emporté d’inconvénients pour la bonne administration de la
justice »825.

L’éminent auteur relève ensuite que pour ce qui est de l’état présent du droit, « on
constate que l’article R. 613-5 consacre la solution équilibrée et simple que l’on pouvait
souhaiter. Il reste qu’on peut s’étonner que la technique de l’ordonnance de clôture
demeure étrangère au régime procédural du Conseil d’Etat826.

Un regard liminaire sur les modalités de clôture de l’instruction dans les contentieux
de droit privé et de contentieux administratif de droit comparé aura permis finalement de se
rendre compte de la très grande diversité qu’offre le droit processuel en la matière. Une
diversité que ne manque pas de conforter le contentieux administratif camerounais du fait de
ses spécificités sur le sujet.

PARAGRAPHE II - LES MODALITES DE CLOTURE PROPRES AU


CONTENTIEUX ADMINISTRATIF CAMEROUNAIS

Le caractère inquisitorial de la procédure administrative contentieuse camerounaise


assure au juge administratif le pouvoir de clôture de l’instruction. Autrement dit, la clôture de
l’instruction par le juge administratif camerounais est une autre illustration de son pouvoir

823
CE, 16 mars 1996, PAISNEL.
824
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 890.
825
Loc. cit.
826
Loc. cit.

211
inquisitorial. Les modalités de cette clôture peuvent être envisagées doublement : du point de
vue doctrinal (A) et du point de vue normatif (B).

A- Les positions doctrinales

Les études relatives à la clôture de l’instruction par le juge administratif camerounais


sont rares. Par ailleurs, lorsqu’elles existent, c’est de manière accessoire qu’elles abordent la
question de la clôture, le principal étant consacré à d’autres sujets. Quelques auteurs ont
toutefois permis de se faire une idée de certaines positions doctrinales en la matière. Ceux-ci
offrent de constater que les visions sont partagées quant à la détermination d’un temps précis
de clôture de l’instruction. Il importe en conséquence de présenter les quelques thèses en
présence (1) avant de les discuter (2).

1- La présentation de quelques thèses en présence

A la recherche d’un temps précis du moment et des modalités de clôture de


l’instruction en contentieux administratif camerounais, plusieurs auteurs émettent des visions
différentes qui se rejoignent néanmoins sur certains points.

Monsieur Henri NTAH A MATSAH, tout d’abord, relève que le moment de clôture
de l’instruction n’est possible qu’à l’expiration des délais ou à l’éviction du rapport827. Pour
ce qui est du premier point, cet auteur relève que « le non-respect des conditions de délai ne
saurait constituer un frein à la clôture de l’instruction. C’est ainsi que le législateur a
prévu qu’à l’expiration des délais prescrits, le rapporteur clôture l’instruction et rétablit le
dossier au greffe sans y joindre son rapport (…) »828.

S’agissant du second point, il affirme que « l’introduction de l’affaire peut également


connaître sa clôture suite à une éviction du rapport déposé par le rapporteur. Le rapport
évincé ou rejeté peut parfois ne pas être conforme aux exigences de l’instruction. Dans ce
cas, le rapporteur, qui agit sous l’autorité du Président du Tribunal, se retrouve limité. Le
Président du Tribunal qui encadre l’instruction de l’affaire, via le rapporteur, peut donc à
tout moment mettre fin aux fonctions de ce dernier et décider de l’éviction d’un rapport
défaillant, tout comme il intervient pendant l’instruction pour dispenser le requérant de

827
NTAH A MATSAH (H), Le ministère public dans le contentieux administratif au Cameroun : contribution à
l’étude des organes de la juridiction administrative camerounaise, Thèse de doctorat /Ph. D en Droit Public,
Université de Yaoundé II, FSJP, septembre 2010, p. 310.
828
Loc. cit.

212
produire les copies des documents volumineux. Puisque le Président du Tribunal a la
possibilité de rejeter un rapport défaillant, il a donc la possibilité de mettre fin à
l’instruction par ce moyen, avant que le dossier ne soit rétabli au greffe »829.

Pour sa part, Monsieur Emmanuel AWONO ELOUNDOU distingue la clôture de


l’instruction dans la procédure normale et la clôture de l’instruction en cas d’incident de
procédure830. Dans la procédure normale, déclare-t-il, « le rapporteur clôture l’instruction à
l’expiration des délais prescrits. Cela signifie que la clôture de l’instruction ne dépend pas
de son bon vouloir, mais de la durée des délais qui sont fonction de la matière. Ainsi, les
délais orientent la fin de l’instruction et le juge rapporteur est libre de l’établir par voie
d’ordonnance ou pas. En cas de procédure normale de l’instruction, la compétence du juge
rapporteur par rapport à la clôture est donc liée par les délais qui sont à leur tour liées par
la matière »831.

En cas d’incident de procédure, poursuit l’auteur, « le problème de la clôture de


l’instruction se pose davantage lorsque les parties présentent des pièces et mémoires
complémentaires. Dans ces cas, l’affaire a besoin d’un supplément d’enquête dans la
mesure où les pièces complémentaires présentent des éléments nouveaux »832. En principe,
le juge rapporteur se doit d’accorder des délais supplémentaires pour permettre au principe du
contradictoire de jouer833. Le délai de prorogation est laissé à la discrétion du rapporteur. « A
l’expiration de ce délai, il peut mettre un terme à l’instruction »834.

Au surplus, dit-il, « même au stade de l’étude du dossier c’est-à-dire lorsque les


échanges de mémoires sont terminés ou lorsque les délais fixés pour leur dépôt et les délais
supplémentaires sont expirés, le rapporteur peut encore par lettre exiger des explications ou
des documents qu’il juge nécessaires pour la solution du litige. Dans ce cas, la loi ne
détermine non plus le délai. Il lui revient de le déterminer. Cela signifie en clair que la
clôture de l’instruction est laissée à la discrétion du juge rapporteur »835.

829
Ibid., p. 312.
830
AWONO ELOUNDOU (E), La fonction du juge rapporteur…, op. cit., p. 56.
831
Ibid. p. 57.
832
Loc. cit.
833
Encore que cela se fait dans le cas particulier de demande d’assistance judiciaire.
834
AWONO ELOUNDOU (E), La fonction du juge rapporteur…, op. cit., p. 57.
835
Loc. cit.

213
Pour Monsieur Thomas BAKY NNA enfin, la date de clôture ne « figure pas de
manière explicite ni dans la jurisprudence, ni dans les textes en vigueur (…). Mais la loi
reconnaît implicitement que à l’expiration des délais prescrits, le rapporteur clôture
l’instruction et rétablit le dossier au greffe sans y joindre son rapport »836. Par ailleurs,
estime-t-il, l’instruction prend officiellement fin lorsque la date de l’audience fixée par le
président de la juridiction compétente est notifiée au procureur général et aux autres membres
du tribunal par le greffier qui assure la confection et l’affichage au rôle837. Les différentes
visions exposées, il convient d’y apporter quelques commentaires.

2- La discussion des thèses en présence

Les différentes thèses présentées au sujet de la clôture de l’instruction, bien que fort
pertinentes, appellent néanmoins à des observations. Avant de faire des observations
relativement à chacune d’elle, il importe de faire des observations générales. La première
observation qu’on peut formuler est que les différentes thèses en présence se recoupent sur un
point. Elles s’accordent toutes sur le fait que, si l’expiration des délais prescrits constitue la
principale modalité de clôture de l’instruction, elle n’est pas unique. La seconde observation
est que toutes les autres modalités de clôture sont distinctes d’une thèse à une autre.

Pour ce qui est des observations spécifiques à chaque thèse, il faut relever, à titre de
rappel, que, selon la thèse de Monsieur Henri NTAH A MATSAH, le moment de clôture de
l’instruction n’est possible qu’à l’expiration des délais ou à l’éviction du rapport. Si
l’expiration des délais prescrits en tant que moment de clôture ne donne pas lieu en soi à des
commentaires spécifiques Ŕ parce que prévue par les textes Ŕ, l’éviction du rapport comme
moment de clôture peut en revanche être questionnée.

Dire en effet que l’instruction est close par l’éviction du rapport voudrait en réalité
signifier que l’affaire sera jugée sans tenir compte de l’instruction et donc sans instruction. Ce
qui paraît peu plausible, car les hypothèses à travers lesquelles l’affaire peut être jugée sans
instruction sont connues838. L’éviction d’un rapport défaillant par le président pourrait
simplement donner lieu au prononcé d’un jugement avant-dire droit ordonnant la poursuite
voire la réouverture de l’instruction et l’élaboration d’un nouveau rapport839. L’éviction
836
BAKY NNA (T), Les pouvoirs inquisitoriaux du juge administratif camerounais, op. cit., p. 104.
837
Ibid., p. 105.
838
Cf. Chapitre II, Titre Ier, Première partie.
839
CS/CA, jugement n° 36/ADD du 27 mars 1986, MBENTENGAM Richard c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, n°
43/ADD, 21 mai 1987, MAIGARI ALHADJI Hamadjoda.

214
apparaît alors moins comme une modalité de clôture mais plus comme une modalité de
réouverture ou de poursuite de l’instruction. En outre, la thèse de l’éviction en tant que
modalité de clôture ne trouve pas d’appui textuel ni jurisprudentiel.

Pour ce qui est de la thèse de Monsieur Emmanuel AWONO ELOUNDOU, elle


offre l’avantage de distinguer les hypothèses normales de clôture et les hypothèses incidentes
de clôture. Mais elle poserait un problème de compréhension dans l’hypothèse normale de
clôture. Dans cette dernière hypothèse en effet, l’auteur considère que « le rapporteur clôture
l’instruction à l’expiration des délais prescrits » et que ces délais « sont fonction de la
matière ». Mais, de quelle matière ces délais sont-ils fonction ? Puisque le législateur n’a
préalablement prédéterminé aucune matière. En réalité, un délai prescrit ne peut être fonction
d’une matière non prédéterminée. Cette idée est plutôt servie par la logique inverse. C’est le
cas notamment lorsqu’après avoir pris connaissance du litige (de la matière), le juge fixe, en
toute connaissance de cause, les délais à l’expiration desquels l’instruction prend fin. Mais
cette hypothèse reste encore étrangère au contentieux administratif camerounais.

S’agissant enfin de la thèse de Monsieur Thomas BAKY NNA, d’après laquelle la


date de clôture ne « figure pas de manière explicite ni dans la jurisprudence, ni dans les
textes en vigueur (…). Mais la loi reconnaît implicitement qu’à l’expiration des délais
prescrits, le rapporteur clôture l’instruction ». Au regard de cette affirmation, l’on peut
légitiment se demander, si après avoir précisé que le rapporteur clôture l’instruction à
l’expiration des délais, le législateur ne pouvait être aussi clair sur la date de clôture. Par
ailleurs, en affirmant que l’instruction prend officiellement fin lorsque la date de l’audience
est fixée et que l’affaire est inscrite au rôle, l’auteur remettrait en cause, sans le dire,
l’expiration des délais comme moment de clôture. Ce qui pourrait paraître paradoxal au vu de
sa position initiale.

Il faut souligner au final, qu’en dépit de leurs dissonances et de leurs limites


respectives, les quelques visions exposées ont le mérite de poser les jalons d’une étude sur les
modalités de clôture de l’instruction en contentieux administratif camerounais. Une question
pas évidente à cerner même sur le plan normatif.

B- Les positions normatives

Faire allusion aux positions normatives, c’est en fait renvoyer au droit positif. En clair,
il s’agit d’interroger le droit en vigueur concernant les modalités de clôture de l’instruction
par le juge administratif camerounais. Il convient, pour ce faire, de rechercher les solutions

215
posées par les textes et celles posées par la jurisprudence. Ainsi, à l’examen des modalités
textuelles de clôture (1), suivra celui des modalités jurisprudentielles de clôture (2).

1- Les modalités textuelles de clôture

Jusqu’en 2006, la question de la clôture de l’instruction n’était pas traitée, in concreto,


dans les textes régissant la procédure contentieuse administrative camerounaise. La plupart
des textes antérieurs à cette date se contentait de disposer que « lorsque les échanges de
mémoires sont terminés ou lorsque les délais fixés pour leur dépôt sont expirés, le
rapporteur procède à l’étude du dossier. Il peut par simple lettre notifiée aux parties, les
mettre en demeure de fournir toutes explications écrites ou tous documents dont la
production lui paraît nécessaire pour la solution du litige. Ces documents sont notifiés aux
parties en cause qui ont un délai de quinze jours pour les discuter. Une fois le rapport
établi, le greffier le transmet, avec le dossier au procureur général qui le rétablit dans les
trente jours au greffe avec ses conclusions »840.

Ces dispositions textuelles ne permettaient pas de dire à quel moment l’instruction


devait être regardée comme close. Cette absence de précisions textuelles à ce sujet laisserait
fortement penser que cette question était laissée à l’entière discrétion du juge

Depuis 2006, cette incertitude a été dissipée, mais en partie seulement. Car, autant le
législateur a clairement déterminé la date de clôture de l’instruction devant les tribunaux
administratifs, autant il est resté muet sur la date de la clôture devant la Chambre
administrative.

La loi de 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux


administratifs841 énonce en de termes précis, qu’« à l’expiration des délais prescrits, le
rapporteur clôture l’instruction et rétablit le dossier au greffe, sans y joindre son
rapport »842. Par cette disposition, le législateur aurait mis le contentieux administratif à
l’abri des controverses autour de la détermination de la date clôture au moins en ce qui
concerne les tribunaux administratifs. Par délais prescrits, il faut entendre les délais légaux ou
jurisprudentiels fixés pour le dépôt des différents mémoires. Ces délais sont pour l’essentiel

840
V. notamment les articles 14 et 15 de la loi n° 75/17 du 8 décembre 1975, fixant la procédure devant la Cour
suprême statuant en matière administrative et 24 et 25 du décret n° 59/83 du 4 juin 1959 portant réforme du
contentieux administratif.
841
Loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
842
Art. 44.

216
légaux dans la mesure où ils sont à titre principal prescrits par le législateur. C’est à titre
exceptionnel en revanche qu’ils sont jurisprudentiels. Car, le juge ne les prescrit que dans le
cadre des délais supplémentaires accordés par lui aux parties pour le dépôt de leurs mémoires.

Devant la Chambre administrative statuant aussi bien en appel qu’en cassation, le


législateur n’a pas déterminé de moment précis de clôture. Il expose simplement que: « après
échange des mémoires, ou à l’expiration des délais fixés pour leur dépôt, le Président de
chambre désigne un rapporteur et lui transmet le dossier »843. Face à cette absence de
précision, l’on peut alors de deux choses penser l’une. Soit, la solution applicable devant les
tribunaux administratifs y est simplement et purement transposée. Soit alors, l’on assiste à un
retour au statu quo ante où il fallait se reporter au juge pour avoir des précisions sur le
moment de cette clôture.

2- Les modalités jurisprudentielles de clôture

Du fait de l’indétermination de la clôture de l’instruction dans les textes avant 2006 ou


d’une réponse partielle à celle-ci dans les textes depuis 2006, il appartenait au juge
administratif de mettre tout le monde d’accord sur cette délicate question. Pourtant, il n’existe
pas une jurisprudence en nombre en ce qui concerne cette question liée à la clôture de
l’instruction. Toutefois, ce n’est pas tant l’abondance de la jurisprudence qui importe, mais
son aspect qualitatif et significatif. Ce qu’il faut avant tout mettre en avant, c’est le contenu
de celle-ci. C’est, semble-t-il, par sa qualité que la jurisprudence peut être prise au sérieux ou
non et non forcément à cause de son nombre.

A défaut d’une abondante jurisprudence sur cette question liée aux modalités de
clôture de l’instruction, le juge administratif y a, néanmoins dans l’affaire Professeur
NDJOCK Georges Edward844, précisé de manière claire sa position.

Dans cette affaire, le requérant, en l’occurrence le Professeur NDJOCK, s’est vu


infliger, par une décision contenue dans la lettre du chancelier de l’Université de Yaoundé,
une sanction de déplacement d’office pour un emploi équivalent du cadre de l’enseignement
supérieur. Cette sanction avait été aggravée par celle de retrait des enseignements naguère
assurés par l’intéressé. Trouvant ces sanctions infondées, il a intenté devant la Chambre
administrative un recours. Celui-ci tendait d’une part, à l’annulation pour excès de pouvoir de

843
Art. 84 (1) et 101 (1) de la loi n° 2006/016 du 22 décembre 2006 fixant l'organisation et le fonctionnement de
la Cour suprême.
844
CS/CA, jugement n° 96 du 7 août 1986, Professeur NDJOCK Edward c/ Université de Yaoundé.

217
la décision contenue dans la lettre du chancelier sus évoquée et d’autre part, à l’allocation des
dommages-intérêts en raison des préjudices subis en raison de l’acte incriminé.

Le fait saisissant dans cette affaire est que le juge administratif a rejeté le mémoire de
la partie défenderesse, en l’occurrence l’Université de Yaoundé, pour avoir été déposé après
clôture de l’instruction. Ce faisant, il s’est saisi de l’occasion pour préciser le moment à partir
duquel l’instruction est réputée close. Dans des considérants fort significatifs, il déclare que :

« Attendu que par lettre n° 1233/L/G/CS/CAY du 23 juillet 1984, le chancelier de


l’Université a été notifié du recours formé par le susnommé et invité par ailleurs à désigner
telle personne de choix pour assurer la défense des intérêts de son établissement dans cette
affaire, à charge par le mandataire désigné de déposer son mémoire en défense au greffe,
conformément aux prescriptions légales;

Attendu qu’il n’a pas été produit de mémoire en défense dans le délai de soixante
jours imparti par cette mise en demeure ;

Que le représentant de l’Etat de l’Université commis par décision n°


001/UY/ER/PEC du 5 octobre 1984 ne s’est pas davantage exécuté dans le délai
supplémentaire de quinze jours à lui accordé par décision n° 211/OPCA/CS du 24 avril
1985 et implicitement prolongé jusqu’à la clôture de l’instruction intervenue le 30 avril
1986 par le dépôt des conclusions du ministère public ».

A l’analyse, selon le juge administratif camerounais, l’instruction doit être regardée


comme close lorsque le ministère public dépose ses conclusions. Cette solution
jurisprudentielle présente l’avantage de combler le vide laissé par les textes avant 2006 en la
matière. Par contre, la pertinence de cette solution pourrait être questionnée depuis que le
législateur a consacré l’expiration des délais de dépôt des mémoires comme moment de
clôture de l’instruction en 2006.

Pour conclure sur ce point, l’on notera en premier lieu qu’aucune mesure spécifique
n’est exigée au juge administratif camerounais pour clore l’instruction. Il peut alors librement
décider de le faire par ordonnance ou non. Il opte généralement pour la seconde hypothèse.
L’on notera ensuite que la clôture de l’instruction n’est pas un acte de nature juridictionnelle,
mais une simple mesure d’administration judiciaire ne pouvant être contestée par les parties.
L’on notera enfin que si la doctrine n’est pas toujours sur le même diapason en ce qui
concerne le moment de clôture de l’instruction par le juge, ce moment a connu une évolution

218
dans le droit positif. Initialement, il était implicitement laissé à la discrétion du juge
administratif. Depuis 2006, ce dernier clôture l’instruction à l’expiration des délais prévus
pour le dépôt des différents mémoires des parties. Ce faisant, il a le pouvoir de déterminer les
effets de cette clôture.

SECTION II - LES EFFETS DE LA CLOTURE DE L’INSTRUCTION

Le pouvoir de clôture de l’instruction par le juge administratif camerounais ne se


réduit pas à sa faculté de fixer souverainement une date mettant fin à l’instruction. Il s’étend
aussi à la capacité qu’a celui-ci de déterminer les effets de la clôture de l’instruction. Celle-
ci emporte des effets particulièrement énergiques qui en font sa force réelle. Le juge
administratif dispose de réels pouvoirs en ce sens. Ces pouvoirs peuvent engendrer des effets
à deux niveaux: d’abord à l’égard des parties et des tiers (paragraphe I), ensuite par rapport
au juge administratif lui-même (paragraphe II).

PARAGRAPHE I - LES EFFETS A L’EGARD DES PARTIES ET DES TIERS

Après avoir clôturé son instruction, le juge administratif fixe à l’égard des parties et
des tiers un certain nombre d’exigences. Le travail à ce niveau va donc consister à dégager
d’une part, les exigences de la clôture à l’égard des parties (A) et d’autre part, ces exigences à
l’égard des tiers (B).

A- Les exigences de la clôture à l’égard des parties

La clôture de l’instruction par le juge administratif entraîne, en principe, la mise à


l’écart, lors des débats, des mémoires déposés après clôture (1). Toutefois, de tels mémoires
peuvent, à titre exceptionnel, être pris en compte par le juge dans certaines hypothèses (2).

1- Le principe d’exclusion des mémoires

La clôture de l’instruction a pour effet de mettre fin au droit des parties de produire de
nouveaux mémoires. Elle comporte donc comme conséquence l’absence d’obligation pour les
juridictions de les communiquer845. Car, la communication de pièces produites après
l’instruction est en principe exclue846. La production tardive des mémoires s’avère inutile non
seulement parce qu’ils ne peuvent avoir d’influence sur l’issue du litige, mais surtout parce
qu’ils ne doivent pas en avoir, faute de quoi la procédure est irrégulière. Autrement dit, le juge

845
EINAUDI (T), L’obligation d'informer dans le procès administratif, op. cit., p. 201.
846
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 358.

219
administratif ne doit pas communiquer à la partie adverse une pièce qui, produite après la
clôture de l’instruction, est irrecevable et ne doit pas, dès lors, la prendre en considération,
sauf irrégularité de la procédure.

En contentieux administratif camerounais, les textes ne se sont pas prononcés, comme


l’a fait le Code de justice administrative en France847, sur la mise à l’écart, lors des débats,
des mémoires déposés après clôture. Mais ce silence n’enlève en rien l’existence d’un
principe d’exclusion des mémoires déposés après clôture de l’instruction. Il reste en effet
sous-entendu. La jurisprudence s’est, en revanche, voulue très claire sur ce point. Dans
l’affaire Professeur NDJOCK848, le juge administratif camerounais rejette catégoriquement
les mémoires de la partie défenderesse dont le dépôt survient seulement après clôture de
l’instruction. Il fait valoir que :

« Attendu qu’ayant évité le débat contradictoire en observant un mutisme total tout


au long de la phase écrite de la procédure administrative contentieuse, l’Université est mal
venue à produire seulement au stade de l’audience ses moyens de défense autant
irrecevables qu’inefficaces ».

De même, dans l’affaire MASSO LOBE Jean Charles849, le juge tolère le dépôt des
mémoires après expiration des délais, mais se refuse d’accepter les mémoires déposés après
clôture de l’instruction. Il affirme en ce sens que :

« Les délais relatifs à la production des mémoires et pièces ne sont pas prévus à
peine d’irrecevabilité : (…) l’institution de ces délais procède de la préoccupation
d’empêcher autant qu’il est possible que la procédure soit retardée par le comportement des
parties tout en veillant à ce que le principe du caractère contradictoire de l’instruction soit
respecté : (…) seuls, par conséquent, doivent être écartés des débats les mémoires après la
clôture de l’instruction ».

Dans ces deux affaires, la position du juge administratif ne fait l’ombre d’aucun doute
sur le fait qu’il entend donner force de chose décidée à l’acte de clôture de l’instruction.

847
L’art. R. 613-3 de ce Code dispose que : « Les mémoires produits après la clôture de l’instruction ne
donnent pas lieu à communication et ne sont pas examinés par la juridiction. Si les parties présentent avant la
clôture de l’instruction des conclusions nouvelles ou des moyens nouveaux, la juridiction ne peut les adopter
sans ordonner un supplément d'instruction ».
848
CS/CA, jugement n° 96 du 7 août 1986, Professeur NDJOCK Edward c/ Université de Yaoundé.
849
CS/CA, jugement n° 08/87-88, du 29 octobre 1987, MASSO LOBE Jean Charles c/ Etat du Cameroun.

220
Pourtant, l’on verrait difficilement ce même juge maintenir sa position catégorique face à
certaines hypothèses qui nécessiteraient d’assouplir la règle du rejet des mémoires après
clôture de l’instruction.

2- L’exception d’admission des mémoires

Certaines situations peuvent conduire le juge administratif à tenir compte d’un


mémoire déposé après clôture de l’instruction. C’est le cas lorsque le mémoire comporte des
éléments nouveaux. C’est aussi le cas lorsque les parties présentent leurs observations au
moyen d’ordre public qui leur a été communiqué. C’est enfin le cas lorsque le mémoire porte
désistement ou acquiescement de l’une des parties.

Mais il faut tout de suite confesser que l’on n’a pas connaissance des cas où le juge
administratif camerounais, mis à part l’hypothèse concernant le désistement et
l’acquiescement, a donné suite à un mémoire déposé après clôture de l’instruction. Toutefois,
cela ne signifie en rien qu’il ne s’est pas encore prononcé ou ne se prononcera pas sur ces
questions. Mais pour l’heure, c’est de manière hypothétique qu’elles seront traitées.

Si en effet, le mémoire déposé après instruction comporte des éléments nouveaux, le


juge administratif camerounais, sauf à ne pas se soucier de rétablir les justiciables dans leurs
droits, pourrait en tenir compte. En France, la jurisprudence l’a clairement admis. Elle énonce
qu’en cas de présentation d’un mémoire nouveau, le juge doit « en prendre connaissance »,
le viser et en tant que de besoin « en tenir compte », en particulier s’il contient l’exposé d’une
circonstance dont cette partie n’était pas en mesure de faire état plus tôt et le soumettre à
débat contradictoire850. Rien ne s’oppose donc à ce que le juge administratif camerounais en
fasse autant, surtout que c’est une solution qui paraît conforme à la bonne administration de la
justice administrative.

De même, si le juge administratif décide de communiquer le moyen d’ordre public aux


parties après clôture de l’instruction, l’on verrait mal celui-ci s’abstenir de demander ou
refuser à celles-ci d’y faire des observations écrites. Seulement, encore faudra-t-il compter sur
sa volonté de communiquer ces moyens aux parties. Car, « l’on constate qu’il n’existe pas
l’obligation de communication des moyens d’ordre public au Cameroun »851.

850
CE (s.), 27 février 2004, Préfet P.-orientales c/ M. ABOUNKHILA, Rec., 93, AJDA, 2004, 650, chron.
DONNAT (F) et D. CASAS).
851
NGA NGONO (A), Les moyens d'ordre public en contentieux administratif camerounais, [Link]., p. 185.

221
La seule hypothèse d’application certaine à portée est celle de la présentation du
mémoire dans lequel une partie exprime sa volonté de désister ou d’acquiescer après clôture.
Pourtant, le législateur n’en fait pas mention dans les textes. De fait, la loi en vigueur prévoit
que « le désistement ou l’acquiescement est fait (…) par déclaration à l’audience »852.
«Cette disposition admet explicitement que l’acquiescement ou le désistement en audience
de jugement ne peut se faire que de vive voix ou de façon orale »853. Pourtant, « il n’existe
pas d’espèces en la matière au Cameroun »854.

C’est plutôt l’hypothèse du désistement ou de l’acquiescement fait par écrit (c’est-à-


dire dans un mémoire) en audience de jugement, bien que non prévue dans les textes, qui est
présente en jurisprudence855. La raison est que l’administration opte généralement pour
l’expression écrite. La clôture de l’instruction ne ferait pas obstacle à la prise en compte de
tels mémoires. Par contre, elle en ferait à l’égard des interventions des tiers.

B- Les exigences de la clôture à l’égard des tiers

Les exigences de la clôture de l’instruction à l’égard des tiers s’analysent du pouvoir


que détient le juge de rejeter les interventions de ceux-ci à l’issue de l’instruction. La base
d’une telle affirmation est posée par la loi en ces termes : « les demandes d’intervention et les
appels en cause sont recevables en tout état de cause, jusqu’au prononcé de la décision »856.
Il convient dès lors de relever que le prononcé de la décision ne peut intervenir que si l’affaire
est en état d’être jugée et donc si l’instruction est close. L’intervention, qui s’entend alors
d’une demande incidente par laquelle un tiers entre dans un procès, de son propre mouvement
(intervention volontaire) ou à l’initiative de l’une des parties en cause (intervention forcée)857,
n’est permise qu’avant clôture de l’instruction. Ce qui signifie qu’aucun tiers ne peut greffer
son action volontairement (1) ou de manière forcée (2) sur l’action des parties à l’instance
après extinction de l’instruction.

852
Art. 98 (1), loi n° 2006/022, fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
853
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 358.
854
Loc. cit.
855
V. not. CS/AP, arrêt N°09/CE/97 - 98 du 21 octobre 1997, Recours du Professeur Henri HOGBE NLEND
(UPC) ; CS /CA, jugement N°44/83-84 du 28juin 1984, KENNE Salomon Leroy c/ Etat du Cameroun.
856
Art. 97, loi n°2006/022.
857
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, op. cit., p. 567.

222
1- Le rejet de l’intervention volontaire

L’intervention volontaire est celle dans laquelle un tiers, c’est-à-dire une personne qui
n’est ni partie ni représentée à une instance ouverte entre d’autres, peut estimer avoir intérêt à
y être présent et saisir en conséquence le juge de conclusions en interventions 858. Elle peut
être principale ou accessoire. L’intervention principale est celle du tiers qui soumet au juge
des prétentions distinctes de celles des parties859. Elle est destinée à valoir une prétention au
bénéfice du tiers qui la forme860.

Il faut cependant distinguer si, comme l’exige le Professeur René CHAPUS, elle est
« innovatoire » ou « non innovatoire »861. Car, si la seconde est admise, la première est en
principe exclue. La raison : le principe est qu’un intervenant ne peut pas soumettre au juge
une prétention à la fois propre et originale862. Il peut, en revanche, arriver qu’un intervenant
soumette au juge une prétention qui lui est propre, sans pour autant lui poser d’autres
questions que celles auxquelles il doit répondre pour statuer sur les conclusions des parties
originaires863. II faut relever que cette considération entre intervention principale
« innovatoire » et intervention principale « non innovatoire » est propre au contentieux
administratif français.

Sous le ciel camerounais, l’on dénie à l’intervention principale toute éventualité


d’application voire d’existence. Car, une intervention qui se présenterait comme une véritable
demande nouvelle poserait des problèmes de recevabilité devant les juridictions
administratives camerounaises864. En réalité cette forme d’intervention n’existe pas dans le
contentieux administratif865. L’admettre nuirait gravement à la structure classique866. En effet,
lorsqu’elle est dirigée contre l’administration, sa recevabilité est en principe subordonnée à
l’existence d’un recours gracieux préalable, ce qui risque d’en compliquer singulièrement le
mécanisme ; lorsqu’elle est dirigée contre une personne privée, elle ne relève pas de la

858
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 777.
859
LANG (A), GONDOUIN (G) et INSERGUET - BRISSET (V), Dictionnaire de droit administratif, op. cit.,
p. 220.
860
LABBEE (P), Institutions juridictionnelles, op. cit., p. 53.
861
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 783.
862
Ibid, p. 784.
863
Ibid., p.783.
864
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 88.
865
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, op. cit., p. 209.
866
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 163.

223
compétence de ces juridictions (administratives)867. Pour cette raison même, elle semble
difficilement praticable devant les juridictions administratives camerounaises868.

Du coup, le seul type d’intervention volontaire admis est celui dont la recevabilité ne
soulève pas de problème particulier devant les juridictions administratives camerounaises, en
l’occurrence l’intervention accessoire. C’est celui dans lequel l’intervenant se limite à
présenter des arguments supplémentaires à l’appui des prétentions de l’une des parties. Il doit
s’associer aux conclusions du demandeur ou du défendeur869. Il est ainsi fait pour appuyer la
position de l’une des parties. L’intervenant ne fait que s’associer aux conclusions du requérant
(intervention en demande) ou à celles de son adversaire (intervention en défense), sans rien
demander d’autre ou de plus que ce que demande la partie à laquelle il apporte son appui 870.
C’est la plus usuelle en jurisprudence871.

Quoi qu’il en soit, cette dernière ne pourra prospérer qu’à la condition qu’elle
survienne avant l’extinction de l’instruction. Elle doit donc être intentée en tout état de cause
avant clôture de l’instruction872. C’est une interprétation qui entre en droite ligne avec les
dispositions de la loi de 2006 sur les tribunaux administratifs précédemment citée. Cela vaut
également pour l’intervention forcée.

2- L’exclusion de l’intervention forcée

Il y a intervention forcée lorsqu’au cours d’une instance, l’une des parties oblige un
tiers au procès à y participer873. En effet, une personne externe au procès peut être appelée
dans la cause s’il apparaît, qu’en raison de l’évolution du dossier, une partie entende obtenir
contre elle une décision de condamnation ou des effets résultant de celle-ci. Le demandeur ou
le défendeur appelle dans la cause, l’intervenant pour lui faire supporter les effets du
jugement874. L’intervention ici n’est pas consentie, mais subie. La demande n’émane pas du
867
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », op. cit., p. 125.
868
Loc. cit.
869
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 88.
870
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 778.
871
V. par exemple : CS/CA, jugement du 30 avril 1981, Dame MBANKOLO Agnès Téclaire et SOP MOTE
Joseph Philibert c/ Etat du Cameroun et OMGBA ZING Martin ; CS/CA, jugement n° 25/ADD, 24 décembre
1983, EPOH ADYANG Pierre c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement du 29 décembre 1990, collectivité
MVOG ZANGA ATEMGONO c/ Etat du Cameroun (MINUH) et MBARGA Raphael.
872
GUIMDO DONGMO (B-R), Le juge administratif et l’urgence, op. cit., p. 129.
873
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 88.
874
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, op. cit., p. 210.

224
tiers, il y est contraint par le juge de s’immiscer dans les débats. L’une des parties au procès
en est l’instigateur. Ladite demande enjoignant le juge soit de le convoquer, soit de l’inviter à
être partie875. Autrement dit, l’intervention forcée est subordonnée à une demande présentée
par une partie estimant pour elle qu’un tiers soit introduit dans l’instance876.

Trois types d’intervention forcée doivent être distingués : la mise en cause (encore
appelée l’appel en cause), l’appel en garantie et l’appel en déclaration de jugement commun.

S’agissant de la mise en cause, elle émane, d’après le Professeur René CHAPUS,


« du demandeur et il tend à obtenir la condamnation d’un tiers, en même temps que celle,
ou même à la place de celle, du défendeur originaire »877. C’est une définition qui pourrait
être en désaccord avec celle avancée par certains auteurs camerounais, ou même avec la
pratique du juge administratif camerounais sur la question. Pour certains auteurs camerounais
en effet, elle permet non pas au défendeur exclusivement, mais à « l’une des parties »878,
c’est-à-dire « au demandeur ou au défendeur »879 d’appeler un tiers pour obtenir contre lui
une condamnation. Le juge administratif camerounais de son côté, si l’on en croit sa
jurisprudence, étend, sans le dire, la liste du nombre de personnes ayant qualité pour mettre en
cause un tiers en s’auto-conférant lui-même cette qualité. C’est du moins la lecture qui se
dégage de l’affaire DURISOTTI Attilio880.

Dans cette affaire, le requérant avait introduit un recours tendant à faire condamner
l’Etat à lui payer les sommes de 8.769.424 et 990.000 F. En effet, il avait, dans le cadre d’un
marché public, été désigné pour construire un bâtiment à usage de bureaux pour les
communes rurale et urbaine de BAFANG. Le coût dudit marché s’élevant à 4.755.000 F. Au
cours des travaux, il reçut l’ordre des autorités administratives de démolir les travaux déjà
exécutés et d’en faire de nouveaux suivant le nouveau plan. Or le préjudice subi s’élevait déjà
à 8.524.424 F, somme largement supérieure au montant du marché initial. Incriminée,
l’administration a refusé de lui payer ladite somme et lui a plutôt infligé une amende de
990.000 F représentant les pénalités de retard.

875
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 165.
876
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 778.
877
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 786.
878
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 88.
879
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, op. cit., p. 210.
880
TE, Arrêt N°153 du 09 juin 1961, DURISOTTI Attilio C/ Etat du Cameroun.

225
Le juge va proprio motu mettre en cause les communes rurales et urbaines de
BAFANG, tiers au litige opposant le Sieur DURISOTTI à l’Etat. Pour lui :

« Considérant, au fond, qu’il résulte des documents figurant au dossier que le


marché a été souscrit au nom et pour le compte, tant de l’Etat que des communes rurale et
urbaine de BAFANG, que la mise en cause de ces communes est donc indispensable pour
permettre au tribunal de statuer en toute connaissance de cause, le cas échéant, sur le
partage de responsabilité incombant à l’Etat ».

La mise en cause a également été observable dans l’affaire ESSOMBA Liboire et


881
autres .

L’appel en garantie quant à lui, est formé par le défendeur contre un tiers tenu, en
vertu de la loi ou de clause contractuelle, de le garantir des condamnations dont il peut faire
l’objet882. Il se caractérise par un lien particulier existant entre le défendeur et le tiers,
justifiant la garantie totale ou partielle par le second de la responsabilité qui incombe au
premier. Elle a été appliquée par le juge dans l’espèce NDOUMBE Jérémie883.

In casu, le demandeur avait par la voie de son conseil introduit un recours tendant à
faire condamner la Société MONOD à lui payer la somme de 109.830 F. En effet, en circulant
avec sa motocyclette à Douala, il heurta un tas de graviers non éclairé laissé sur la chaussée
par l’entrepreneur. Ne contestant pas sa responsabilité, l’entreprise estime néanmoins que la
responsabilité doit être partagée, le requérant ayant commis une imprudence. C’est ainsi
qu’elle évalue à 22.915 F le montant à lui octroyer et affirme que la société Climent qui avait
transporté et déposé le tas de gravier qui a causé l’accident, devait la garantir des
conséquences de cet accident.

Pour ce qui est de l’appel en déclaration de jugement commun, elle n’a pas pour objet
d’obtenir comme la mise en cause ou l’appel en garantie la condamnation de l’appelé en
cause, mais seulement l’associer à l’autorité de la chose jugée de manière que le jugement

881
TE, arrêt n°159du 25 août 1961, ESSOMBA Liboire, OSSONGHO EDONGHO ZOLLO Ernest, ONGBA
Jean-Baptiste, HOULA Paul et BENG Richard c/ FITONE MASSANGO Joseph et TOTO Théodore
882
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, [Link]., p. 787.
883
TE, arrêt n°92 du 25 mars 1960, NDOUMBE Jérémie c/ Sté Marocaine MONOD & Entreprise Climent
Frères.

226
rendu lui soit opposable et qu’il ne puisse pas former tierce opposition884. L’occasion n’aurait
pas encore été offerte au juge administratif camerounais de se prononcer sur la question.

La clôture de l’instruction a pour conséquence, de mettre fin à la possibilité pour les


tiers d’intervenir de manière forcée ou volontairement dans l’instance. Le rejet est donc le
sort réservé, en principe, à toute action des tiers ou des parties produites après clôture de
l’instruction. L’action ne pourra aboutir que si celle-ci n’est pas d’ores et déjà clôturée par le
juge. L’effet attaché à la clôture peut aussi déterminer le comportement du juge.

PARAGRAPHE II - LES EFFETS A L’EGARD DU JUGE LUI-MEME

La clôture de l’instruction par le juge administratif marque le passage à une autre étape
du procès : celle du jugement. Elle a donc, à l’égard du juge, pour principale conséquence, la
préparation du projet de jugement. Ce dernier ne doit sa teneur qu’à la rédaction de son
rapport par le juge rapporteur. Toutefois, au lieu de préparer le projet de jugement, le juge
peut éprouver le besoin d’effectuer « un flashback » sur l’instruction de l’affaire, s’il réalise
que celle-ci n’est pas encore en état d’être jugée.

En clair, la clôture de l’instruction peut manifester deux attitudes différentes du juge


administratif. Soit, il va de l’avant, auquel cas, il procède à la rédaction de son rapport (A).
Soit, il fait un retour en arrière pour mieux étoffer son instruction qui aurait manqué certaines
données utiles à la manifestation de la vérité, auquel cas, il procède à la réouverture de
l’instruction (B).

A- La rédaction du rapport

La rédaction du rapport n’intervient que lorsque l’affaire est définitivement en état


d’être jugée. Il s’agit d’établir un bilan dans lequel le juge administratif présente les résultats
de l’instruction. Saisi du dossier dont la phase de la mise en l’état est achevée, « il procède à
la lecture de toutes les pièces du dossier, les étudie, procède aux recherches nécessaires
(quant à la compréhension des faits, quant au droit applicable, quant à la jurisprudence
pertinente »885. La rédaction du rapport pose deux problèmes essentiels : d’une part, le
problème de l’analyse de l’affaire (1), d’autre part, celui du système de concepts et des modes
de raisonnement utilisés par le rapporteur pour établir son rapport (2).

884
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », op. cit., p. 125.
885
CONNIL (D), L’office du juge administratif et le temps, op. cit., p. 50.

227
1- Le résumé et l’analyse juridique des faits

Le dossier qui est soumis à l’appréciation du rapporteur constitue un tout, un ensemble


qu’il faut décomposer en vue de rétablir la vérité. Le juge rapporteur dispose désormais de
tous les éléments matériels qui lui semblent nécessaires à la solution du litige, il ne lui reste
plus que de confronter les faits à la règle de droit, à l’appui des moyens de preuve 886. C’est
pourquoi l’analyse de l’affaire commence par un résumé des faits avant l’analyse juridique.

Le rapport du juge commence par résumer les faits. Cet exercice consiste pour le juge
à retenir les éléments essentiels de l’affaire. Il a pour objet de ne pas surcharger le dossier en
s’encombrant des éléments jugés inutiles pour la solution du litige. En réalité, il n’est pas
encore question d’analyser les faits, encore moins de les apprécier. Il est plutôt question de les
restituer fidèlement887.

Le résumé des faits peut poser de sérieux problèmes en cas d’erreur, d’oubli ou de
négligence d’un fait apparemment banal mais qui en réalité constituerait le nœud de l’affaire.
Dans une telle mesure, des répercutions peuvent survenir influençant gravement la décision
du juge administratif et par ricochet les droits de la partie lésée à tort888.

Il serait donc préférable pour le juge rapporteur, au lieu de résumer les faits de joindre
les mémoires dans son rapport et de considérer les faits authentiques, c’est-à-dire les faits
dans leur originalité leur intégrité et dans leur intégralité sans modification ni résumé. Cela lui
permettra de faire une meilleure analyse juridique de l’affaire889.

L’analyse juridique de l’affaire consiste à analyser la demande sur la base de la règle


de droit, mais le juge rapporteur n’est pas strictement tenu par elle, il peut aller au-delà. Dans
le cadre de l’analyse juridique, le rapporteur examine la demande tant sur la forme que sur le
fond.

Sur la forme, le juge administratif examine les questions de compétence et de


recevabilité. La première question qu’examine le rapporteur d’une affaire a trait à la
compétence de la juridiction saisie du litige : il s’agit de savoir si le requérant ne s’est pas

886
AWONO ELOUNDOU (E), La fonction du juge rapporteur dans le contentieux administratif camerounais,
op. cit., p. 69.
887
Loc. cit.
888
Loc. cit.
889
Loc. cit.

228
trompé sur l’ordre de juridiction compétent puis, à l’intérieur de cet ordre, sur la juridiction à
laquelle il a dressé son pourvoi890. L’incompétence prévaut, en effet, sur toute autre question.

Quant à la recevabilité, les questions que se posent le juge administratif portent,


généralement entre autres, sur le point de savoir si : le requérant est-il capable, a-t-il qualité,
a-t-il intérêt ou l’administration avait-elle compétence liée, le requérant est-il forclos, la
demande a-t-elle une cause, est-elle conclue891. Une fois ces questions résolues, le juge
administratif examine l’affaire au fond.

« Abordant le fond du litige, le rapporteur étudie successivement tous les moyens


invoqués au soutien de la requête et toutes les exceptions opposées en défense à l’encontre
des prétentions du requérant. En principe, il ne doit examiner que les moyens et les
exceptions expressément soulevés dans l’instance, à l’exception des moyens d’ordre public
qui doivent être soulevés d’office »892. Tout ceci exige de la part du juge qui en est chargé,
une bonne maîtrise du droit. Le risque du mimétisme est grand, c’est donc un travail de
« haute technicité » que le rapporteur est appelé à faire893.

L’après examen de l’affaire au fond et sur la forme débouche sur l’établissement d’un
projet de décision par le rapporteur qui comprend les considérants et le dispositif dont il
envisage l’adoption, compte tenu de son opinion personnelle sur le sort à faire au pourvoi. La
rédaction du projet révèle le système de concepts et les modes de raisonnement du juge
administratif.

2- Le système de concepts et les modes de raisonnement utilisés par le juge

L’analyse juridique des faits par le juge rapporteur exige l’usage d’un système de
concepts et de modes de raisonnement juridiques appropriés à la manifestation de la vérité.
Pour ce qui est de l’usage des concepts tout d’abord, il suppose l’adoption d’ « instrument
intellectuel permettant d’effectuer un aller-retour entre la réalité juridique et l’essence des
choses (…)»894. Le Professeur Yves GAUDEMET, parlant des concepts utilisés par le juge
administratif, réserve à certains le terme de « constructions » et à d’autres celui de

890
ODENT (R), Contentieux administratif, t1, op. cit., p. 951.
891
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, op. cit., p. 237.
892
ODENT (R), Contentieux administratif, t1, op. cit., p. 957.
893
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, op. cit., p. 237.
894
CHAMPEIL-DESPLATS (V), Méthodologie du droit et des sciences du droit, Paris, Dalloz, 2014, p. 321.

229
« techniques »895. Dans les « constructions » s’abritent les « théories », les « principes », les
« notions » et les « catégories »896. Dans les « techniques », il faut y voir le « formalisme »,
la « fiction », la « présomption » et les « standards jurisprudentiels »897.

Qu’il s’agisse des « constructions » ou des « techniques », les concepts sont


particulièrement importants dans l’opération de qualification juridique des faits. Ils sont un
« instrument d’abstraction et d’analyse de la réalité (…), un outil à des fins de
connaissance et de la démonstration »898. Le juge administratif use de la confrontation de
l’espèce à ce système de concepts de caractère « synthétique » (construit) ou « fonctionnel »
(technique).

Concernant les modes de raisonnement du juge administratif, ils sont divers. C’est ce
que le Professeur Jean-Louis BERGEL appelle « l’éclectisme du raisonnement
juridique »899. On distingue ainsi, selon le professeur Yves GAUDEMET, parmi les modes
de raisonnement usités par le juge administratif, les « raisonnements logiques » à savoir, le

895
GAUDEMET (Y), Les méthodes du juge administratif, op. cit., p. 27.
896
Le Professeur GAUDEMET propose des définitions à chacune de ces constructions. Ainsi, la « théorie »
serait : « un ensemble logique autonome dans lequel les règles secondes se déduisent immédiatement des
règles premières, lesquelles se regroupent elles-mêmes autour d’une donnée unique ». Le « principe » quant à
lui « se caractérise comme une règle première, de portée suffisamment large, et comprenant virtuellement, à
titre de conséquence, une théorie générale de règles juridiques qui se justifie par référence à ce principe ».
S’agissant du concept de « notion », il se caractérise par son caractère « opérationnel ». Il se distingue de celui
de théorie parce qu’il n’en a pas la puissance logique, de celui de principe parce qu’il présente un caractère plus
immédiatement « fonctionnel ». Les catégories enfin, désignent un travail de mise en ordre des notions,
« conduit par une double démarche de découverte des analogies et des contraires ». (Pour plus amples
connaissances v. GAUDEMET (Y), ibid., p. 32 et s.)
897
Le concept de « formalisme » n’est pas défini par l’auteur, mais il s’entend, comme on peut s’en douter, du
respect scrupuleux des formes ou de la tendance à la multiplication des formalités (LANG (A), GONDOUIN (G)
et INSERGUET - BRISSET (V), Dictionnaire de droit administratif, op. cit., p. 191). Mais pour les autres
techniques, il propose des esquisses de définition. La « fiction » est l’artifice qui consiste à interpréter la réalité,
à « faire comme si… », pour que le raisonnement, conduit sur ces bases nouvelles, puisse déboucher sur une
solution raisonnable. La « présomption » quant à elle se ramène à « une fiction conditionnelle ». Les standards
enfin se définissent « comme des pôles de référence construits autour d’un comportement moyen, de l’attitude
qui serait d’un individu moyen, qui par définition n’est personne, mais chacun ». In GAUDEMET (Y), Ibid.,
p. 41 et s.
898
CHAMPEIL-DESPLATS (V), Méthodologie du droit et des sciences du droit, op. cit., p. 321.
899
BERGEL (J-L), Méthodologie juridique, op. cit., p. 137.

230
« raisonnement syllogistique », les raisonnements « a contrario », « par analogie » et
« l’analyse », et les raisonnements non logiques ou les « raisonnements finalistes ».

Le raisonnement syllogistique « consiste à subsumer sous une prémisse majeure – un


énoncé général – une prémisse mineure – un énoncé particulier –, pour tirer une
conclusion »900. Elle suppose ainsi la confrontation d’une règle primitive qualifiée de majeure
Ŕ qui existe antérieurement au litige Ŕ au cas de l’espèce qualifié de mineure, et de laquelle
découle logiquement une solution.

Les autres raisonnements logiques. Par le raisonnement a contrario, le juge


« découvre » une règle nouvelle fondée précisément sur une « raison juridique » contraire à
celle qui était à la base de la règle dont il est parti901. Le raisonnement par analogie est celui
« qui, partant d’une règle existante et connue, vise à créer une règle nouvelle et distincte, à
partir de l’identité de raison juridique de ces deux règles »902. L’analyse se caractérise
comme une méthode de raisonnement qui concourt, « soit à la juxtaposition de questions
particulières à la question globale que pose l’affaire, soit à la distinction parmi les données
du litige de données particulières que le juge appréciera chacune individuellement »903.

Les raisonnements finalistes, ensuite, sont un mode de raisonnement particulier guidé


par la considération du but à atteindre. Ce but à atteindre est souvent complexe voire
hétérogène. « S’y rencontrent des considérations simples de justice : le souci d’aboutir,
dans l’espèce considérée, à un résultat équitable ; s’y ajoutent d’autres impératifs, dont le
juge fera moins volontiers l’aveu, qui tiennent à la politique générale qu’il poursuit, elle-
même toute entière dominée par le grand principe d’adaptation progressive du droit à la
réalité sociale ; s’y mêle enfin, fréquemment, le souci du juge de préserver ou d’enrichir le
système de concepts qui, instruments internes au prétoire, lui servent de cadre de référence
dans chaque espèce »904.

Pour le professeur Yves GAUDEMENT, « il n’y a aucune opposition entre


l’adoption générale d’un raisonnement finaliste et l’attention à tel ou tel mode de
raisonnement logique : celui-ci apporte la rigueur, celui-là le réalisme de la solution
juridictionnelle. Toutefois, le raisonnement finaliste occupe sans doute la première place,
900
CHAMPEIL-DESPLATS (V), Méthodologie du droit et des sciences du droit, op. cit., p. 357.
901
GAUDEMET (Y), Les méthodes du juge administratif, op. cit., p. 63.
902
Ibid, p. 61.
903
Ibid., p. 65.
904
Ibid., p. 66.

231
mais cela suppose précisément que d’autres types de raisonnement aient la leur,
subordonnée »905.

Les raisonnements finalistes déterminent largement les décisions du juge administratif


camerounais dans l’élaboration du droit administratif. Un auteur, pour l’illustrer, parle ainsi
de « politique jurisprudentielle » ou de « stratégie jurisprudentielle » du juge administratif
camerounais qui serait autolimitative906.

La rédaction du rapport par le juge administratif obéit donc à l’orthodoxie des


raisonnements juridiques et du système de concepts y afférent. Une fois établi, le rapport est
transmis sous pli confidentiel au président du tribunal qui en communique copie au procureur
général. Cependant, il n’est pas exclu que l’instruction soit rouverte, ce qui aurait pour effet
de retarder la rédaction du rapport ou de conduire à la rédaction d’un nouveau rapport.

B- Les possibilités de réouverture de l’instruction

Une instruction bouclée peut renaître lorsque, tous comptes faits, l’affaire dont
l’instruction a été close apparaît comme n’étant pas en état d’être jugée (2) ou même lorsque
l’affaire déjà jugée est remise en cause par les parties ou les tiers dans le cadre des voies de
rétractation (1).

1- La réouverture de l’instruction en cas de rétractation

Le législateur n’a pas consacré la réouverture de l’instruction en procédure


administrative contentieuse camerounaise. Pourtant, l’on ne peut s’empêcher d’observer que
le juge y sera contraint chaque fois qu’il entendra donner suite à certains recours en
rétractation. Mais avant de l’illustrer, il faut apporter des précisions terminologiques sur les
notions de recours en rétractation et des différents recours y relevant.

Les recours en rétractation désignent les voies de recours qui saisissent la juridiction
même qui a rendu la décision critiquée pour lui demander de la rapporter et de statuer à
nouveau en fait et en droit907. Il s’agit des voies de « rejugement » ouvertes devant le juge

905
Ibid., pp. 67-68.
906
Lire sur la question : ATEBA EYONG (AR), Le juge administratif et la création du droit…, op. cit.
907
LANG (A), GONDOUIN (G) et INSERGUET - BRISSET (V), Dictionnaire de droit administratif, op. cit.,
p. 833.

232
même dont émane la décision entreprise908. Entrent dans cette catégorie, l’opposition, la tierce
opposition, le recours en révision, et le recours en rectification d’erreur matérielle.

Le recours en opposition tout d’abord tire son fondement des articles 107 à 111 de la
loi sur les tribunaux administratifs909. Il se définit comme une voie de recours ouverte à la
personne condamnée par défaut, c’est-à-dire sans avoir participé, elle-même ou par
l’intermédiaire d’un représentant, à l’instance à l’issue de laquelle a été rendu le jugement ou
l’arrêt910. Il faut y voir en d’autres termes, une voie de recours ouverte devant la juridiction
qui a statué, à la partie défaillante, c’est-à-dire qui n’a pas produit (ou n’a pas produit
régulièrement) d’observations écrites au cours de l’instruction911. Il tend à y faire rejuger ce
qui avait été examiné sans la participation de ceux que le procès impliquait et qui a donc été
rendu à leur égard par défaut912. Il ne concerne donc que les parties qui n’ont produit ni
mémoires ni observations, bref des personnes à l’égard desquelles le jugement a été rendu par
défaut.

La tierce opposition ensuite trouve sa base à l’article 115 de la loi sur tribunaux
administratif. C’est une voie de recours destinée à permettre à des personnes de remettre en
cause un jugement qui, prononcé dans une instance dans laquelle elles n’ont été ni présentes
ni représentées, préjudicie à leurs droits913. Elle est offerte à ceux qui tout à la fois n’ont pas
figuré à l’instance, et qui ne disposent donc pas des voies de recours non plus que de
l’opposition mais qui sont concernés par ce qui y a été jugé914. Contrairement à l’opposition,
la tierce opposition intéresse les tiers, c’est-à-dire les personnes ni présentes ni représentées,
mais qui auraient dû intervenir ou être appelées à l’instance.

Le recours en révision vise à obtenir d’un tribunal qui n’aurait pas statué correctement
sur un procès qu’il le « réinstruise » et le « rejuge »915. L’article 118 (1) de la loi sus évoquée
précise qu’elle intervient dans trois cas : lorsqu’il y a dol personnel ; lorsqu’il y a été statué
sur les pièces reconnues ou déclarées fausses depuis la décision ; lorsqu’une partie a
succombé, faute de présenter une pièce décisive retenue par son adversaire.
908
PACTEAU (B), Manuel de contentieux administratif, op. cit., p. 292.
909
Loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
910
VEDEL (G) et DELVOLVE (P), Droit administratif, t 2, 12e éd., Paris, PUF, 1992, p. 237.
911
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 1329.
912
PACTEAU (B), Manuel de contentieux administratif, op. cit., p. 292.
913
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 1331.
914
PACTEAU (B), Manuel de contentieux administratif, op. cit., p. 293.
915
Ibid., p. 296.

233
Le recours en rectification d’erreur matérielle enfin vise à redresser les inexactitudes,
méprises et confusions commises par le juge dans le jugement916. Il a pour fondement l’article
117 de la loi sur les tribunaux administratifs.

Tous les recours en rétractation, à l’exception de du recours en rectification d’erreur,


entraînent la réouverture de l’instruction. La rectification d’erreur amène seulement le juge à
corriger une erreur et non à « réinstruire » le litige. Contrairement donc à ce dernier,
l’opposition vise à intégrer dans l’instruction les prétentions et les arguments de la partie
absente à la première instance. De son côté, la tierce opposition vise à subsumer dans
l’instruction ceux du tiers à l’égard duquel la décision rendue atteint les intérêts ou les droits.
Le recours en révision oblige le juge à s’intéresser à des situations ou documents qui, s’il en
avait eu connaissance en cours d’instruction, auraient largement influencé sa décision.

Dans tous ces cas de rétractation, le juge administratif rouvre l’instruction en


permettant à tous les intéressés de présenter des observations écrites. Il s’y engage ainsi, sous
la houlette de celui-ci, de véritables échanges d’arguments et de prétentions entre les
intéressés à l’instance. Très clairement, le juge administratif va « réformer » l’instruction
menée dans l’instance initiale. L’on dira alors de l’instruction qu’elle a été rouverte. D’autres
cas d’ouverture, en dehors de celui-ci, peuvent également survenir.

2- La réouverture de l’instruction d’une affaire non encore en état d’être


jugée

La réouverture de l’instruction peut, de façon générale, être décidée lorsqu’il apparaît


que l’affaire dont l’instruction a été close n’est pas en état d’être jugée. Cela a été mis en
évidence dans l’affaire MAIGARI ALHADJI Hamadjoda917.

Dans cette affaire, le requérant, ex-adjoint d’administration de 2e classe, 2e échelon,


avait introduit un recours tendant successivement : à l’annulation de l’arrêté de Monsieur le
Ministre de la fonction publique le concernant ; à la reconstitution de sa carrière interrompue ;
et à l’intégration dans le cadre des secrétaires des affaires étrangères. Le rapporteur, emboitant
les conclusions du représentant de l’Etat, a conclu à l’irrecevabilité du recours gracieux pour
cause de forclusion.

916
Ibid., p. 299.
917
CS/CA, jugement n° 43/ADD du 21 mai 1987, MAIGARI ALHADJI Hamadjoda c/ Etat du Cameroun.

234
Mais après lecture du rapport d’instruction faite à l’audience le requérant est intervenu
aux débats pour rappeler que les décisions querellées ne lui ont jamais été notifiées, mais que
la notification à laquelle il est fait allusion a consisté à la simple lecture faite des décisions
querellées par le sous-préfet dans la prison de REY-BOUBA où il était interné. Le juge
administratif, suivant son argumentaire, va affirmer que :

« Attendu que la notification s’opère normalement par la remise du texte même de


la décision à son destinataire ou au représentant de ce dernier ; que s’il n’est exclu, ni que
l’envoi d’une lettre faisant connaître la teneur de la décision soit considéré comme valant
notification, ni même que la notification soit faite verbalement, toujours est-il que, quelle
qu’en soit la forme, la notification doit, pour déclencher le délai, être faite dans les
conditions garantissant le libre droit de recours ;

Attendu qu’en l’espèce, il n’est pas contesté qu’aux différentes époques où il reçut
notification des actes attaqués, le requérant faisait l’objet d’une mesure d’assignation à
résidence surveillée et obligatoire, situation qui le mettait dans l’impossibilité absolue
d’exercer ses recours ».

A la suite de cet argumentaire, le juge va, en « avant-dire droit, ordonner la


poursuite au fond », pour ne pas dire réouverture « de l’instruction », laquelle avait pourtant
déjà été bouclée par le juge rapporteur. Cela laisse entrevoir que, pour le juge, malgré la
clôture de l’instruction par le rapporteur, l’affaire n’était pas encore en état d’être jugée. Le
juge administratif a eu à rendre plusieurs décisions similaires918.

Par ailleurs, le juge d’appel peut ordonner au juge de premier ressort la réouverture de
l’instruction d’une affaire déjà jugée par ce dernier. Dans l’affaire BIYO’O OLINGA
François919 par exemple, une requête, déclarée irrecevable par la Chambre administrative,

918
CS/CA, jugement n° 35/ADD/85-86, du 27 mars 1986, ABA Emmanuel c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n° 36/ADD/85-86 du 27 mars 1986, MBENTENGAM Richard c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n° 37/ADD/85-86 du 27 mars 1986, ZO’OBO François c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement
n°38/ADD/85-86 du 27 mars 1986, Dame TSAFACK née TONLEU c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement
n°39/ADD/85-86, du 27 mars 1986, BEGUEL Georges c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n° 40/ADD/85-
86, du 27 mars 1986, KAMGA c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n° 41/ADD/85-86, du 27 mars 1986,
Alfred WINGO c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n° 43/ADD/85-86 du 27 mars 1986, PIABENG c/ Etat
du Cameroun ; CS/CA, jugement n° 44/ADD/85-86 du 27 mars 1986, WEMECHU MONTHE Jean-Marie c/
Etat Cameroun.
919
CS/AP, arrêt n° 2/A du 27 avril 2000, BIYO’O OLINGA François c/ Etat du Cameroun (IGERA).

235
avait été jugée recevable en appel par l’Assemblée plénière. Cette dernière, en conséquence, a
opéré un renvoi de l’affaire devant la Chambre administrative pour qu’elle y soit statuée au
fond. Ce qui l’a logiquement conduite à rouvrir l’instruction

Il faut dire que hormis ces cas de figure, lorsqu’apparaissent, en général, des éléments
nouveaux après clôture de l’instruction, le juge peut rouvrir l’instruction. Il faut tout de même
préciser que, sur demande des parties, le juge n’est pas tenu de rouvrir l’instruction. Il a ainsi
opposé, dans l’espèce Inspecteur de Police BELINGA MFOUMOU Gervais920, une fin de
non-recevoir à une partie qui demandait un supplément d’instruction après clôture de
l’instruction. Il déclare à cet effet que :

« (…) la Cour ne saurait accéder à la demande de supplément d’informations


formulée dans la note en délibéré déposée par le conseil du requérant longtemps après
clôture des débats oraux (…) ».

Le juge administratif reste ainsi maître de l’opportunité de la réouverture de


l’instruction.

920
CS/CA, jugement n° 77 du 20 septembre 1984, Inspecteur de Police BELINGA MFOUMOU Gervais c/ Etat
du Cameroun.

236
C ONCLUSION DU CHAPITRE

La clôture de l’instruction par le juge administratif camerounais apparaît comme le


dernier acte fort de ses pouvoirs de direction. Deux niveaux de réflexions ont permis de le
mettre en exergue, l’une liée aux modalités de clôture et l’autre aux effets attachés à ladite
clôture. L’examen des modalités montre que celles-ci posent essentiellement deux
problèmes : celui de la détermination de la date exacte de clôture et celui des mécanismes de
clôture.

La question des mécanismes ne suscite pas une attention particulière. Les mécanismes
de clôture n’ont pas trop d’importance dans le contexte camerounais. En effet, il s’agit
seulement de savoir si le juge clôture l’instruction par ordonnance ou non. Il apparaît que si
celui-ci n’est contraint à aucun mécanisme en particulier, il opte traditionnellement pour une
clôture sans ordonnance.

La question de la détermination du moment exacte de la clôture, au contraire, suscite


un grand intérêt. Elle permet de dire à quel moment l’affaire doit être regardée comme étant
en état d’être jugée. Elle permet, d’autre part, à chaque partie de savoir quand est-ce qu’il
n’est plus possible de présenter ses conclusions. L’analyse de cette question en contentieux
administratif camerounais révèle deux temps caractéristiques. Initialement, la fixation de la
date de clôture était laissée à la discrétion du juge, avant que le législateur ne se l’approprie
depuis 2006, en prescrivant ce moment à l’expiration des délais d’échange.

Pour ce qui est des effets attachés à la clôture, elles impriment une autorité certaine à
la décision de clôture de l’instruction. Le juge met fin à l’action des parties voire des tiers
dans l’instance, les contraignant désormais au silence, sinon, les invitant à faire de simples
observations orales à l’audience sur leurs conclusions écrites. Cela a l’avantage de ne pas
étendre indéfiniment l’instruction dans le temps et de faire rebuter les parties qui seraient
tentées par des manœuvres dilatoires visant à la retarder.

237
Par ailleurs, consécutivement à la clôture, « le rapporteur cesse d’assurer sa fonction
de juge instructeur pour entreprendre sa tâche de juge proprement dite »921. Cela se traduit
préalablement par la rédaction de son rapport. Toutefois, dans l’intérêt d’une bonne
administration de la justice, la réouverture de l’instruction reste possible avant et après le
jugement s’il apparaît des éléments nouveaux et utiles au règlement de l’affaire.

921
AWONO ELOUNDOU (E), La fonction du juge rapporteur dans le contentieux administratif camerounais,
op. cit., p. 64.

238
C ONCLUSION DU TITRE

La fixation du rythme de l’instruction par le juge administratif camerounais est sous-


tendue par deux grandes articulations : la délimitation des délais d’accomplissement des actes
d’instruction et la délimitation de l’instruction dans le temps. Ces deux grandes articulations
liées au temps constituent des adjuvants aux pouvoirs de direction du juge administratif
camerounais.

Pour ce qui est de la première de ces grandes articulations, il convient de retenir que le
juge en a une maîtrise relative ou imparfaite à cause de la forte implication du législateur. Le
pouvoir du juge se traduit donc davantage à ce niveau par la modulation des délais qui, pour
la plupart, sont préalablement fixés par le législateur. Cette faculté lui permet, néanmoins, de
les adapter au contexte particulier qu’exige l’instruction de chaque affaire.

Par la seconde articulation, l’on peut garder à l’esprit que le juge administratif
camerounais a la maîtrise du calendrier de l’instruction. Il met autoritairement fin à
l’instruction et, parfois, peut la rouvrir même en l’absence de dispositions textuelles le
prévoyant expressément.

239
C ONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE

240
C’est sans doute Ŕ parmi d’autres raisons922 Ŕ parce que, pour paraphraser le vers de
Corneille, « il a des qualités au-dessus du vulgaire »923 le juge administratif camerounais a
des pouvoirs d’instruction particuliers en ce qui concerne l’instruction des affaires. Nul
n’ignore que chaque juge doit, en principe, instruire le litige avant de le juger. Mais le
particularisme du juge administratif camerounais réside dans le fait que l’instruction des
affaires lui confère des pouvoirs de direction révélateurs du caractère inquisitorial de la
procédure et traduisant ses originalités intrinsèques. Deux axes majeurs ont à cet effet retenu
l’attention.

D’abord le juge administratif camerounais organise le dialogue contentieux entre les


parties au procès. Il les confine au respect d’une certaine conduite fixée par lui en vue de
mettre le litige à mesure d’être jugée. Il résulte ainsi qu’il opte principalement pour une
application rigoureuse voire rugueuse de la contradiction. Il l’a en quelque sorte inscrite dans
son « code génétique ». La contradiction apparaît ainsi dans son principe comme dans sa
procédure l’ « ADN » du dialogue contentieux assuré par le juge entre les parties au procès.
La règle de communication des mémoires et des pièces qui paraît mieux l’incarner s’inscrit
résolument dans cette logique.

Toutefois, en admettant que les règles génétiques peuvent être faussées voire
troublées, la contradiction a parfois fait l’objet d’une mise à l’écart en matière de
communication. Mais ce n’est que de manière très marginale et souvent prudente que le juge
administratif camerounais dispense les parties de la contradiction dans le dialogue contentieux
qu’il assure entre elles.

Ensuite, le juge administratif camerounais fixe le rythme, ou mieux, impose son


« tempo » au déroulement de l’instruction avec des spécificités que lui offre le contexte
procédural camerounais. En y étant confronté en effet à l’omniprésence et à la concurrence du
législateur dans la détermination du régime des délais, il parvient pourtant à s’affirmer. Il
excelle ainsi dans la modulation des délais prescrits. Au surplus, il exerce un réel pouvoir de
fixation du calendrier de l’instruction qui lui permet de délimiter l’instruction dans le temps.
De fait, il lui revient de mettre fin à l’instruction ou de rouvrir celle déjà close lorsqu’il
apparaît que l’affaire est en état d’être jugée ou non, selon le cas. Au final, il a la maîtrise du
temps de l’instruction.

922
Celles liées par exemple à son organisation ou à son historicité.
923
CORNEILLE, Le menteur, acte I, scène IV, cité par GAUDEMET (Y), Les méthodes du juge administratif,
op. cit., p. 115.

241
Il convient en définitive de relever que les pouvoirs de direction ainsi décryptés ont un
caractère formel, en ce sens qu’ils concernent la forme de l’instruction, c’est-à-dire sa
conduite et son organisation. C’est le contraire des pouvoirs de probation, avec lesquels ils
concourent pourtant à mettre le litige à mesure d’être jugé, qui eux, présentent un caractère
substantiel.

242
D EUXIEME PARTIE : LES POUVOIRS DE
PROBATION

243
Etre maître de l’instruction ne se limite pas pour le juge administratif camerounais à la
diriger. Mais bien plus encore, il s’agit pour lui, à partir de cette direction, de rechercher la
preuve des faits du litige afin d’y statuer en bonne connaissance de cause que possible. C’est
en cela même que renvoient « ses pouvoirs de probation ».

« Les pouvoirs de probation » du juge évoquent une idée simple : le juge, en plus du
devoir de provoquer l’établissement de la preuve par les parties, dispose surtout du pouvoir
d’en déterminer lui-même la production. En termes clairs, les pouvoirs de probation
s’entendent de l’ensemble des prérogatives du juge sur la preuve. Il s’agit des pouvoirs de
nature substantielle plus que ne le sont les pouvoirs de direction, qui eux, présentent une
nature beaucoup plus de l’ordre de la procédure et de la forme. En effet, alors que les pouvoirs
de probation s’intéressent à la preuve des faits du litige, les pouvoirs de direction s’attèlent à
encadrer la conduite de la procédure.

Les pouvoirs de probation gardent ainsi un lien direct avec les faits qui doivent être
prouvés. Dans « probation » en effet, du latin « probare » (prouver), il faut y voir l’action de
prouver, de rechercher la preuve. « C’est un pouvoir général de recherche de la vérité »924. Il
va ainsi sans dire que la notion de preuve, « tréfonds de notre être de justiciable »925, occupe
une place centrale dans le cadre des pouvoirs du juge et précisément de ses pouvoirs
d’instruction926. Il importe dès lors de s’y appesantir un moment.

La preuve a une histoire, un contenu et une finalité qu’il convient subrepticement


d’évoquer.

Du point de vue historique, il convient de faire remarquer avec le Professeur Jean-


Philippe LEVY qu’ « on peut considérer que trois grands systèmes ont existé,
successivement ou simultanément : la preuve surnaturelle ou révélée, la preuve libre, la
preuve légale »927.

924
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, op. cit., p. 383.
925
DARCY (G), « La preuve et le juge administratif », in La Preuve, coll. Études juridiques, Paris, Economica,
2004, p. 99.
926
La précision en vaut la peine, puisque le problème de la preuve peut être porté en dehors de l’instruction
contentieuse, notamment dans la procédure précontentieuse ou dans la phase de jugement ou même dans la phase
postcontentieuse.
927
LEVY (J‐P), « Coup d’œil d’ensemble sur l’histoire de la preuve », in La Preuve devant le juge, RJPIC,
janvier - mars 1985, n°1 et 2, p. 564.

244
La preuve surnaturelle ou « preuve révélée » est encore appelée « preuve primitive »,
parce qu’elle a existé partout dans un passé plus ou moins lointain et qu’elle n’est conservée
que par des populations demeurées au stade premier de l’évolution928. Elle désigne ainsi que
«la question de l’établissement d’un fait est tranchée par l’interprétation d’un signe
attribué à une puissance surnaturelle ou divine»929. Preuve incarnée par l’ordalie, elle vient
de l’allemand « Gottessurteil » et signifie jugement de Dieu930. La preuve surnaturelle a
quasiment disparu931.

La preuve libre, quant à elle, « se caractérise surtout par son esprit qui procède
moins d’un raisonnement analytique que de l’intuition »932. Elle repose sur l’intime
conviction du juge. L’un de ses précurseurs, l’empereur romain HADRIEN, le faisait déjà
savoir au IIe siècle dans l’avertissement adressé aux jurés des cours d’assise au moment où ils
vont délibérer. Il affirme qu’aucune règle ne leur prescrit d’apprécier la plénitude ou la
suffisance d’une preuve et leur dit de « s’interroger eux-mêmes dans le silence et le
recueillement et de chercher dans la sincérité de leur conscience quelle impression » les
preuves ont faite sur leur raison, et conclut : « La loi ne (vous) fait que cette seule question,
qui renferme toute la mesure de (vos) devoirs : Avez-vous une intime conviction ? »933. Ce
système de preuves a connu un essor en raison de l’effritement de la preuve légale934, mais il
est arrivé à des périodes troublées, qu’il ait mené à des abus935.

928
LEVY (J‐P), « Preuve », in Dictionnaire de la culture juridique, Paris, PUF, 2003, p. 1195.
929
VERGES (E), VIAL (G), LECLERC (O), Droit de la preuve, Paris, PUF, 2015, p. 45.
930
LEVY (J‐P), « L’apport de l’antiquité au droit de la preuve », in Revue Droits, n°23, 1996, p. 3.
931
Elles demeurent toutefois en Afrique et dans certaines autres régions restées en marge de la civilisation
universelle. D’obscures survivances se sont révélées dans les sociétés dites civilisées, c’est le cas du serment qui
n’est au fond qu’un jugement de Dieu d’une nature particulière. V. en ce sens LEVY (J-P), « La preuve », op.
cit., p. 1196.
932
Loc. cit.
933
Loc. cit.
934
Monsieur FOUMENA, prenant à son compte les écrits de VERGES et alii (Droit de la preuve, op. cit, pp. 67
et 116), affirme que la preuve libre a connu un essor, en raison de l’effritement progressif de la preuve légale,
notamment en matière pénale, et le privilège accordé au pouvoir d’appréciation personnelle des juges. En
France, la législation révolutionnaire sous l’influence de BECCARIA franchit le pas et établit la liberté de la
preuve en matière pénale dès 1791. Cela conduit à l’institution d’un jury criminel et l’abandon par l’assemblée
nationale constituante du système de preuve légale, relativement aux questions pénales. La volonté de rompre
avec les preuves légales s’est accompagnée par l’édiction de textes : le décret des 16 et 29 septembre 1791,
Instituant les jurys criminels, prévoyait que le serment prêté par les jurés leur commanderait de « se décider
d’après les charges et les moyens de défense et suivant votre intime conviction avec l’impartialité et la fermeté

245
Le système dit des preuves légales enfin repose sur l’idée que « le plus souvent, on
veut assurer une plus sûre recherche de la vérité et ne pas faire totalement confiance au
juge, qui n’est qu’un homme sujet à faillir » 936. Il faut le guider en le faisant bénéficier de
l’apport de ses prédécesseurs ou du législateur937. Ce système fut développé par le droit
romano-canonique au moyen âge. Il admettait dès le XIIIe siècle une hiérarchie entre les
preuves938.

Du point de vue définitionnel, la preuve n’est pas facilement saisissable. Le Professeur


Jacques FOYER le confesse, à travers une série d’affirmations, dans son rapport de synthèse
sur les actes du colloque organisé sur le thème : « La Preuve »939. Il relève ainsi, entre autres,

qui conviennent à un homme libre » (titre VI, article 24). De même, le code des délits et des peines rédigé par
MERLIN DE DOUAI et voté par la convention le 3 Brumaire an IV (25 octobre 1795) reprit la formule : « (...)
Le président du tribunal adresse aux jurés et à leurs adjoints le discours suivant : « citoyens, vous promettez
d’examiner avec l’attention la plus scrupuleuse, les charges portées contre un tel ; (...) de n’en communiquer
avec personne jusqu’après votre déclaration ; de n’écouter ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou
l’affection ; de vous décider d’après les charges et moyens de défense, suivant votre conscience et votre intime
et profonde conviction, avec l’impartialité et la fermeté qui conviennent à un homme libre ». Cf. FOUMENA
(GT), Le juge administratif et la preuve : contribution à l’étude de la contribution jurisprudentielle de droit de la
preuve au Cameroun, op. cit., pp. 23-24.
935
Le Professeur Jean-Philippe LEVY évoque à cet égard les « preuves morales » dont se satisfaisait la fameuse
loi de prairial an II au plus fort de la Terreur robespierriste, ou les convictions du procureur général Vychinski,
instrument de la répression stalinienne (in « Preuve », op. cit., p. 1196).
936
Loc. cit.
937
Loc. cit.
938
« Au sommet était placé le fait notoire, notorium facti, tellement évident qu’il n’avait pas besoin d’être
prouvé. On lui assimilait l’aveu en justice, la chose jugée et la présomption, qui dispensent aussi de preuves.
Au dessous venaient les preuves pleines, littérale et testimoniale, à condition pour les témoins d’être au moins
deux. Ces preuves suffisaient pour condamner. On avait prévu la possibilité d’une contradiction entre elles :
les témoins étaient alors préférés aux actes écrits. A l’échelon au-dessous on avait la preuve semi-pleine,
lorsqu’il ne se présentait qu’un seul témoin au lieu des deux nécessaire à la preuve pleine. Au même niveau
se situaient les présomptions ordinaires, dites présomption de l’homme. Mais quelques unes, comme la
publique renommée, étaient tenues pour si faibles qu’elles étaient rangées plus bas encore et n’étaient que de
simples indices. Elles ne permettaient pas de condamner, même en se cumulant, mais elles autorisaient
l’emploi de la torture, la question. Le serment déféré par le juge pouvait jouer un rôle subsidiaire, pour
compléter une demi-preuve (serment supplétoire), ou encore être prêté par un accusé contre lequel aucune
preuve n’avait été établie, pour achever de se libérer de tout soupçon (serment purgatoire). Bien entendu, les
ordalies étaient absolument interdites. C’est une classification qui répondait aux méthodes de la scolastique ».
(Cf. Jean-Philippe LEVY, ibid., pp. 1196-1197).
939
FOYER (J), « Rapport de synthèse », in La Preuve, op. cit., pp. 235-246.

246
que « la preuve est une notion extraordinairement ambiguë », elle a « des reflets
changeants » et « elle n’est pas un lac paisible »940.

Mais, pour ambiguë, changeante ou non paisible qu’elle soit, la notion de preuve
connaît différentes définitions qui, malheureusement, ne pourront toutes être ici déclinées941.
Seules quelques-unes, mais essentielles et synthétiques, retiendront l’attention.

Le Robert illustré d’abord, la définit prosaïquement comme « ce qui sert à établir une
chose vraie »942. En droit, pour le Professeur Bernard PACTEAU, la preuve apparaît à la
fois comme un objet, mais aussi comme un moyen. En tant qu’objet, elle consiste à « établir
la réalité d’un acte ou d’une action, l’existence, la consistance ou les caractères d’une
situation »943. Comme moyen, elle est « l’élément, le document ou l’instrument grâce
auquel une prétention sera considérée comme fondée, une accusation avérée, ou encore
une revendication justifiée »944. De son côté, le Professeur Hervé GAUDEMAR observe que
le mot preuve désigne « à la fois la production des éléments de conviction pour établir la
vérité d’une allégation, les éléments de preuve eux-mêmes et la conviction déterminée dans
l’esprit du juge »945.

Cette seconde définition complète la première en y incluant l’intime conviction du


juge. Sous le bénéfice de ces définitions, l’on peut retenir globalement que la preuve est une
opération (par référence à sa production), un moyen (par référence aux éléments de preuve) et
une conclusion (par référence à l’intime conviction du juge).

Pour ce qui est de sa finalité, la preuve vise essentiellement, trois choses : l’adhésion
de la collectivité à la décision du juge issue des preuves fournies ou recherchées, la recherche
de la vérité et convaincre le juge946. Autrement dit, la preuve est ce qui sert à établir devant le
juge la véracité d’une allégation. Elle vise également à convaincre le juge dont la décision
doit susciter l’adhésion des membres du corps social947.

940
Ibid., pp. 236-237.
941
Pour plus amples définitions de la notion de preuve, se référer utilement aux travaux de Monsieur Gaétan
Thierry FOUMENA : Le juge administratif et la preuve, op. cit., p. 25 et s.
942
Le Robert illustré, op. cit., p. 1523.
943
PACTEAU (B), « Preuve », in Rep. Cont. Adm., Dalloz, septembre 2009, n° 1, p. 2.
944
Loc. cit.
945
GAUDEMAR (H), « La preuve devant le juge administratif », Droit administratif n° 6, juin 2009, n°1.
946
FOUMENA (GT) : Le juge administratif et la preuve, op. cit., p. 30 et s.
947
Ibid., p. 37.

247
En somme, la preuve est une « notion carrefour », « une notion charnière », mieux
« une transition entre l’inconnu et le connu, entre l’informel et le formel, entre le virtuel et
le réel, entre le fait et le droit, entre le non juridique et le juridique, entre le fond et la
procédure, entre le système de droit et le sujet de droit »948.

Justement parce qu’elle constitue une transition entre le fait et le droit d’une part, et
entre le fond et la procédure d’autre part, la preuve est au cœur des « pouvoirs instructeurs »
du juge en procédure administrative contentieuse camerounaise. Ici, le juge détient en effet de
larges pouvoirs en matière de preuve. Plusieurs raisons peuvent être avancées pour le
comprendre.

D’abord, le régime de preuve en contentieux administratif camerounais est libre, il


n’existe pas de règles strictes déterminant impérativement l’objet, la charge, l’administration
des preuves et la formation de l’intime conviction du juge.

De plus, le caractère inquisitoire de l’office du juge administratif camerounais, s’il


n’est pas radicalement incompatible avec le système de preuves légales, s’accommode
davantage d’une grande liberté dans la recherche, l’administration des preuves ou la formation
de la conviction du juge.

Enfin, le régime de la preuve est largement d’essence jurisprudentielle en contentieux


administratif camerounais. Monsieur Gaétan Thierry FOUMENA n’intitule-t-il pas sa thèse,
soutenue en 2015, « Le juge administratif et la preuve : contribution à l’étude de la
construction jurisprudentielle du droit de la preuve au Cameroun » ; titre qui donne une
allure dynamique au caractère jurisprudentiel du régime probatoire au Cameroun. C’est dire
que le juge tient, pour une large part, ses pouvoirs de probation de sa propre jurisprudence,
contrairement aux pouvoirs de direction qui sont davantage octroyés par les textes.

Le lien entre les pouvoirs d’instruction et la preuve étant circonscrit, la question que
l’on se pose maintenant est de savoir quelles sont les composantes des pouvoirs de probation
du juge administratif camerounais ? Il faut simplement relever que les pouvoirs de probation
évoquent deux axes essentiels :

− la restauration de l’équilibre entre les parties à travers le régime probatoire


(Titre I);
− la prescription des mesures particulières d’instruction (Titre II).

948
FOYER (J), « Rapport de synthèse », op. cit., p. 236.

248

T ITRE I : LA RESTAURATION DE L’EQUILIBRE ENTRE


LES PARTIES A TRAVERS LE REGIME PROBATOIRE

249
La procédure administrative contentieuse camerounaise est caractérisée par la présence
à l’instance de parties d’inégales forces. La raison en est que l’instance oppose
l’administration à un particulier. A la différence des particuliers, l’administration est un
instrument de puissance publique poursuivant une mission d’intérêt général voire « d’intérêt
supérieur »949. On ne saurait donc par conséquent mettre au même niveau son action et celle
des personnes privées motivées par des intérêts particuliers.

Cela implique sur le terrain du contentieux, et particulièrement de la preuve, que


l’administration soit dans une position a priori confortable par rapport au requérant, le plus
souvent un particulier. En effet, l’administration détient les moyens de preuve dont le
requérant a besoin. Ce dernier peut difficilement en obtenir connaissance. D’autre part,
l’administration occupe, dans la plupart des cas, la position privilégiée de défendeur à
l’instance. Le demandeur, sur lequel pèsent les charges essentielles de la preuve, se trouve
donc être la personne la plus défavorisée950.

Or cette inégalité évidente entre les parties risque de fortement compromettre le


caractère équitable du procès. Le juge administratif doit, de façon obligatoire, intervenir en
mettant en avant ses pouvoirs inquisiteurs pour pallier à ce risque. Car, l’intervention du juge,
qui donne à la procédure son caractère inquisitorial, permet de rétablir l’égalité dans
l’instance951.

De fait, les pouvoirs généraux du juge sur la preuve garantissent une certaine équité
dans la quête des éléments probatoires. Ils trouvent ainsi, au plus fort, leur justification dans la
nécessité de remédier à la situation d’inégalité des parties (Chapitre I). La traduction
marquée de l’exercice de ces pouvoirs par le juge administratif se caractérise, au besoin, par
un bouleversement des règles classiques liées à l’attribution de la charge de la preuve aux
parties. C’est bien souvent par des mécanismes de l’inversion de cette charge que l’on assiste
à un retour à l’équilibre entre elles (Chapitre II).

949
ABANE ENGOLO (PE), « Existe-t-il un droit administratif camerounais ? », in Les fondements du droit
administratif camerounais, Actes du colloque organisé à l’Université de Yaoundé-II, les 3 et 4 novembres 2015,
CERCAF, L’Harmattan, 2016, p. 18.
950
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, op. cit., pp. 369-370.
951
Loc. cit.

250
C HAPITRE I : LA JUSTIFICATION DU REEQUILIBRAGE
PAR LA SITUATION D’INEGALITE DES PARTIES

251
L’inégalité des parties en contentieux administratif camerounais n’est que la
conséquence de la nature particulière du droit substantiel, c’est-à-dire du droit administratif
lui-même. Ce dernier, c’est un truisme, est considéré comme le droit de la puissance publique
et/ou du service public. Il est fondé sur la prérogative de l’administration, c’est-à-dire qu’il
règle les rapports de l’administration et des administrés en admettant entre les deux parties
une inégalité fondamentale, en reconnaissant que l’administration est soustraite au droit
commun, en organisant juridiquement pour elle des privilèges952.

C’est parce que l’administration est en charge de l’intérêt général que ces prérogatives
lui sont dévolues. L’intérêt général, peut-être, est « appréhendé comme la satisfaction des
besoins ou de l’intérêt du plus grand nombre. L’intérêt général est alors l’intérêt collectif,
l’intérêt commun »953. C’est dans le cadre du service public que l’objectif d’atteinte de
l’intérêt général est réalisé. Le service public est ainsi entendu comme un procédé Ŕ et non pas
le seul procédé Ŕ pour donner satisfaction à l’intérêt général954. Mieux, il est une organisation
gérée par une administration publique ou au nom d’une administration publique en vue de la
satisfaction d’un besoin collectif955. L’objectif de satisfaction de l’intérêt général par
l’administration à travers l’exécution des missions de service public la place donc au-dessus
des particuliers qui, eux, poursuivent un intérêt personnel.

Si cela est bien connu dans tous les pays disposant d’un droit administratif, l’on
rencontre en Afrique en général et au Cameroun en particulier, à un degré plus grand encore,
le motif d’un déséquilibre entre l’administration et les particuliers. Ici, ce n’est non plus
simplement l’intérêt général, mais aussi « l’intérêt supérieur de l’Etat » et par ricochet celui
de l’administration qui accentue le déséquilibre entre l’administration et les particuliers.

Pour le Professeur Patrick Edgard ABANE ENGOLO, la notion d’« intérêt


supérieur de l’Etat » « révèle la formulation et l’acceptation dans notre conscience
collective de la domination de l’Etat sur toute chose. Elle signifie en fait que, coûte que

952
HAURIOU (M), « Introduction à l’étude du droit administratif français. Les caractères et l’esprit du droit
administratif français », in RGA, T. LXXV, décembre 1902, p. 386.
953
ABANE ENGOLO (P E), « Existe-t-il un droit administratif camerounais ? », [Link]., pp. 18-19.
954
JEZE (G), Cours de droit public, Licence, Faculté de Droit de Paris, 2ème semestre 1923-1924, Paris Marcel
GIARD, P. 273
955
HAURIOU (M), Précis de Droit administratif et de droit public général, premier fascicule, Paris, Librairie de
la Société Recueil général des Lois et des Arrêts, 4e éd., 1900, p. 217.

252
vaille, l’administration est au-dessus, elle doit rester debout. Aussi, les institutions doivent
être protégées, même si la conséquence sera préjudiciable aux intérêts de l’administré »956.

L’intérêt supérieur de l’Etat est véhiculé au Cameroun à partir même des critères
théoriques « déformés » du droit administratif. Ce fait est incarné d’abord par un critère du
service public dénaturé et ensuite par un critère de la puissance publique renforcé957.

La dénaturation du service public est due au fait que l’intérêt général est conditionné
par l’intérêt de l’Etat. L’explication en est que, après les indépendances, les administrations,
et partant, les Etats africains postcoloniaux étaient plus préoccupés par le souci de
développement que par la garantie des droits et des libertés des citoyens. Le renforcement de
la puissance publique de son côté est matérialisé par la prépondérance des privilèges de
l’administration visible durant les circonstances exceptionnelles et en période normale.

La conséquence directe de la mise en place de cet Etat qu’on a pu qualifier d’ « Etat


développeur »958 Ŕ disposant de prérogatives marquées Ŕ en a été l’instauration d’un droit
administratif dans lequel la raison d’Etat est au-dessus de toute autre finalité comme l’intérêt
général.

Transposé en contentieux administratif, l’intérêt général, de surcroit, conditionné par


l’intérêt supérieur de l’Etat, place l’administration dans une position a priori favorable sur le
terrain de la preuve. Le juge administratif, tirant les conséquences de cette situation, peut et
doit actionner ses pouvoirs inquisiteurs en matière probatoire.

A l’analyse, l’usage de ses pouvoirs de probation par le juge administratif tend à


remédier au déséquilibre que justifient la situation de supériorité de l’administration (Section
I) et la situation d’infériorité du requérant (Section II).

SECTION I - LA JUSTIFICATION RELATIVE A LA SITUATION DE


SUPERIORITE DE L’ADMINISTRATION

La supériorité de l’administration est justifiée par l’enjeu de sa mission, à savoir :


satisfaire les besoins d’intérêt général auquel se juxtapose l’intérêt supérieur de l’Etat. En
conséquence de l’accomplissement de cette tâche, l’administration s’est dotée des
prérogatives à la mesure de celle-ci. Ce qui, en soi, paraît normal. Seulement, ces prérogatives

956
ABANE ENGOLO (P E), « Existe-t-il un droit administratif camerounais ?», op. cit., p. 18.
957
Ibid., p. 11.
958
ONDOA (M), « Le droit administratif français en Afrique francophone… », op. cit., p. 313.

253
ont des incidences sur le terrain du contentieux administratif, notamment en ce qui concerne
la production des preuves. Lesdites prérogatives consistent en l’exercice des pouvoirs par
l’administration (Paragraphe I). Aussi, consistent-elles en l’exercice des privilèges par celle-
ci (Paragraphe II).

PARAGRAPHE I - L’EXERCICE DES POUVOIRS PAR L’ADMINISTRATION ET


LEUR IMPACT SUR LA PREUVE

L’administration, du fait de la mission qui est la sienne de sauvegarder l’intérêt


commun, exerce deux pouvoirs qui lui sont immanents. Il s’agit en l’occurrence de la liberté
de décision ou pouvoir discrétionnaire d’une part, et du pouvoir prédéterminé et prescrit par
une règle959 ou compétence liée d’autre part (A). Qu’il s’agisse de la compétence liée ou
surtout du pouvoir discrétionnaire, ils engendrent des incidences sur le régime probatoire
lorsque l’on se situe sur le terrain du contentieux administratif (B).

A- Le pouvoir discrétionnaire et la compétence liée

Pour une meilleure clarté dans l’analyse, il importe d’examiner distinctement les
pouvoirs dont l’administration est dotée en vue de l’exercice de ses activités. A l’examen du
pouvoir discrétionnaire (1), se juxtaposera l’étude de la compétence liée (2).

1- Le pouvoir discrétionnaire

« S’il fallait donner en quelques mots une définition du droit administratif, je dirais,
laissant de côté la partie purement descriptive d’institutions… qu’il est essentiellement
l’étude du pouvoir discrétionnaire des autorités administratives et de sa limitation en vue de
la sauvegarde des droits des tiers »960. Autrement dit, l’étude du droit administratif est
fortement marquée par l’exercice du pouvoir discrétionnaire.

En fait, depuis les débuts du droit administratif comme discipline scientifique, la


grande majorité de la doctrine a considéré la notion de pouvoir discrétionnaire comme une des
« notions maîtresses », comme une « notion tout à fait fondamentale de cette branche du
droit »961.

959
EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t2, Paris, LGDJ, 1982, p. 292.
960
WALINE (M), cité par MORAND-DEVILLER (J), Cours de Droit administratif, op. cit., p. 319.
961
EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t2, op. cit., p. 289.

254
Le pouvoir discrétionnaire serait de l’essence de l’administration Ŕ une propriété, une
prérogative essentielle à l’administration ; il lui serait presque consubstantiel. Ce n’est même
pas assez dire : non seulement le pouvoir discrétionnaire serait de l’essence de
l’administration, mais encore il lui serait propre, il en serait une caractéristique. Ce serait un
trait propre à l’administration, un trait original, un monopole, et par conséquent un de ses
éléments distinctifs962.

Vu l’importance de cette notion en droit administratif, que signifie-t-elle au juste ?


Quelles en sont les conditions d’existence ? Quelles en sont les expressions ?

Plusieurs auteurs ont eu à définir la notion de pouvoir discrétionnaire, mais celle


apportée par Charles EISENMANN séduit par sa clarté. Pour la définir, il procède à une
démarche simple. Il part d’une définition approximative pour la peaufiner voire l’affiner au
fur et à mesure.

Dans un premier temps en effet, il perçoit le pouvoir discrétionnaire comme « un


pouvoir d’agir discrétionnairement ; le pouvoir discrétionnaire se traduit, s’exprime par des
actes discrétionnaires »963. De cette définition approximative, l’on n’en tirera quelque chose
que si, l’épithète « discrétionnaire » est elle-même précisée. L’affinement de la notion n’est
alors entamé qu’à partir de la clarification de ce qualificatif.

L’éminent auteur propose ainsi de remonter au sens du substantif originaire tel que le
révèlent les dictionnaires. Ainsi, le mot discrétionnaire en droit se situe dans la ligne de l’une
des acceptions où le langage courant prend le substantif dont il dérive : discrétion. C’est
l’acception où discrétion signifie un pouvoir de libre décision, un pouvoir de disposer
librement964.

Le sens de l’adjectif « discrétionnaire » est directement dérivé de l’acception du


substantif discrétion. « Discrétionnaire = comportant des décisions libres, ou de la liberté de
décision ; empreint de liberté »965. Il en ressort que la liberté est au centre de ce qualificatif.
Celle-ci signifie au sens juridique la faculté de choix entre plusieurs décisions.
« Discrétionnaire » implique par conséquent une « autodétermination » du sujet ou de
l’organe de décision. Ainsi donc, chaque fois que l’idée de « discrétionnaire » vient à l’esprit,

962
Loc. cit.
963
Ibid., p. 290.
964
Loc. cit.
965
Loc. cit.

255
qu’il s’agisse de pouvoir ou d’acte, on doit penser : carrefour, possibilité de s’engager dans
plusieurs voies, et droit de l’agent de choisir celle des voies dans laquelle il va s’engager966.

L’auteur relève par ailleurs que le caractère discrétionnaire est une donnée
« quantitativement variable ». Un pouvoir peut être absolument discrétionnaire tout comme il
peut l’être plus ou moins. C’est une donnée que l’on peut considérer sous l’angle de l’idée
d’augmentation et de diminution, de variation progressive.

Suite à cette précision du qualificatif « discrétionnaire », l’éminent auteur peut alors


définitivement affiner la notion de pouvoir discrétionnaire. Il affirme de ce fait qu’ « un
pouvoir est discrétionnaire dans la mesure où il comporte de la liberté de décision ; ou,
mieux, il est discrétionnaire en raison directe (en proportion) de la liberté de décision qu’il
comporte pour son auteur »967.

D’autres auteurs proposent de semblables définitions à la notion de pouvoir


discrétionnaire. C’est le cas du Professeur émérite Jacqueline MORAND-DEVILLER qui
considère qu’ « il y a pouvoir discrétionnaire lorsque l’administration dispose d’une
certaine liberté d’action – agir ou ne pas agir –, et de décision – choix entre plusieurs
solutions légales. C’est une compétence modulable, graduée selon une échelle de
discrétionnalité »968.

Pour le Professeur René CHAPUS, « le pouvoir discrétionnaire des autorités


administratives n’est rien d’autre que le pouvoir de choisir entre deux décisions ou deux
comportements (deux au moins) également conforme à la légalité »969.

Dans le même sillage, pour le Professeur Patrick Edgard ABANE ENGOLO « le


pouvoir discrétionnaire peut être défini comme la compétence donnée à l’administration
pour prendre des règles de droit sans être trop contrainte »970.

En faisant fond de ces définitions, il en ressort une constance : le pouvoir


discrétionnaire est une liberté variable de décision fondée sur la légalité, et non un arbitraire Ŕ

966
Loc. cit.
967
Ibid., p. 294.
968
MORAND-DEVILLER (J), Cours: Droit administratif, op. cit., p. 320.
969
CHAPUS (R), Droit administratif général, t1, Montchrestien, 15e éd., 2001, p. 1056.
970
ABANE ENGOLO (PE), L'application de la légalité par l'administration au Cameroun, op. cit., p. 184

256
comme le prétendent certains auteurs971 Ŕ, puisqu’il n’est qu’un « jeu » dans la réglementation
juridique972. D’ailleurs, il convient d’ajouter que c’est un pouvoir contrôlé par le juge
administratif et donc qui n’échappe pas au contrôle de légalité.

S’agissant des conditions d’existence du pouvoir discrétionnaire, il en existe deux : la


situation des textes d’affichage et ceux peu expressifs.

Un texte d’affichage est un texte qui peut bien obéir aux conditions de forme de la
norme, mais qui se présente explicitement et même implicitement comme dépourvu de force
contraignante973. L’absence de terme mettant en jeu l’obligation pour l’administration de
s’exécuter dans un sens prédéterminé confère un pouvoir discrétionnaire à l’administration.
La trop grande généralité peut aussi être perçue comme un facteur de pouvoir discrétionnaire.

Loin d’être seulement confinés aux lois Ŕ d’orientation Ŕ les textes ou les règles
d’affichage se retrouvent dans des lois dont la normativité est pourtant avérée974.

Ces facteurs préposent l’administration à voir son pouvoir d’appréciation augmenter


de telle sorte qu’elle peut alors disposer de la possibilité de s’exécuter à son gré, tout en y
joignant souvent la faculté de choisir l’application à faire du texte servant de référent975.

Les textes peu expressifs sont ceux qui, soit présentent des situations équivoques, soit
sont laconiques. Un texte est équivoque lorsqu’il manque de clarté. C’est alors
l’administration qui, dans l’interprétation, doit pouvoir clarifier la norme à appliquer en la
sortant de l’obscurité apparente dans laquelle elle se trouve. Il va alors sans dire que le
pouvoir discrétionnaire s’exerce lorsqu’il y a « imperfection »976 du texte de loi.

Un texte laconique est un texte trop général ou silencieux sur plusieurs éléments
nécessitant des précisions. Le laconisme dans le contexte camerounais serait
971
C’est l’exemple du Professeur Amadou NCHOUWAT qui affirme que « le prétendu domaine
discrétionnaire n’est qu’une sorte d’écran d’arbitraire ». In Le juge et l’évolution du droit administratif au
Cameroun, Thèse pour le Doctorat de 3ème cycle, Université de Yaoundé, FSJP, 1993-1994, p. 277.
972
EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t2, op. cit., p. 296.
973
ABANE ENGOLO (PE), L'application de la légalité par l'administration au Cameroun, op. cit., p. 185.
974
C’est le cas du principe de précaution dont le caractère vague de sa substance, et sa considération sans plus de
principe directeur de l’action gouvernementale en matière environnementale, fait l’entrevoir comme un principe
d’orientation qui laisse le pouvoir d’appréciation à l’administration.
975
ABANE ENGOLO (PE), L'application de la légalité par l'administration au Cameroun, op. cit., p. 185.
976
Une imperfection que François GENY estime nécessairement immanente à tout texte de loi, in Méthode
d’interprétation et sources en droit privé positif. Essai critique, t1, LGDJ, 2nde éd., 1919 n° 83, p. 205.

257
« stratégique »977 à en croire le Professeur Amadou NCHOUWAT, parce qu’ayant pour but
de mettre l’administration dans une situation avantageuse978. C’est donc le laconisme du texte,
c’est-à-dire sa généralité ou son silence, qui va permettre à l’administration de s’exprimer
discrétionnairement.

Sur les expressions du pouvoir discrétionnaire enfin, il convient de retenir que celui-ci
se traduit par la liberté d’action et la liberté dans le choix de l’action. La liberté d’action se
situe au début de l’acte de l’administration. Elle confère à l’administration dans un premier
sens la faculté d’apprécier si oui ou non elle doit agir, et dans un second sens la disponibilité
du moment d’agir979.

Concernant la liberté dans le choix de l’action, l’administration peut se retrouver en


situation de choisir le moyen lui permettant d’atteindre le résultat. Dans un premier temps, le
résultat peut être posé mais sans être accompagné de propositions de moyens.
L’administration va alors sans contrainte déterminer les moyens de ce résultat. Une autre
configuration est celle où les moyens sont prédéterminés ; l’administration va avoir à choisir
entre ces moyens dont elle dispose980.

Le constat final qu’on peut établir est que la notion de pouvoir discrétionnaire est
révélatrice des prérogatives exceptionnelles dévolues à l’administration pour
l’accomplissement de ses missions. Elle est caractéristique d’une majeure partie de l’activité
administrative. L’autre partie, non moins importante, est fondée sur un autre pouvoir qui lui
est opposé : la compétence liée.

2- La compétence liée

La compétence liée, lorsqu’elle n’est pas simplement opposée au pouvoir


discrétionnaire, en est considérée comme la limitation. Le droit administratif n’est pas que
l’étude du pouvoir discrétionnaire. Il est aussi l’étude de la limitation de celui-ci, c’est-à-dire
de la compétence liée. Dès lors, l’on peut s’interroger sur le sens profond de celle-ci.

L’expression désigne la situation où se trouve l’autorité administrative quand aucune


possibilité de choix ne lui est ouverte981. De même il y a compétence liée lorsque
977
NCHOUWAT (A), Le juge et l’évolution du droit administratif au Cameroun, op. cit., p. 292.
978
ABANA ENGOLO (PE), L'application de la légalité par l'administration au Cameroun, op. cit., p. 189.
979
Ibid., p. 190.
980
Ibid., p. 194.
981
CHAPUS (R), Droit administratif général, t1, op. cit., p. 1058.

258
l’administration est, d’une part tenue d’agir, d’autre part tenue d’agir dans un sens déterminé,
sans possibilité d’appréciation ou de choix982. Autrement dit, la compétence liée est la
situation dans laquelle l’administration se trouve quand le texte qui lui donne compétence est
précis sur l’attitude qu’elle doit avoir983.

La compétence liée est alors une compétence « prescrite », « obligée »,


984
« obligatoire », « fixe » et « déterminée » . Elle ne laisse, par définition, aucune place à la
volonté personnelle Ŕ c’est-à-dire libre Ŕ de celui qui fait l’acte. Bien plus, elle implique
soumission à une règle, c’est-à-dire à une volonté étrangère985.

Comme le pouvoir discrétionnaire, la compétence liée est un véritable pouvoir. Mais


contrairement à celui-là, celle-ci ne comporte pas pour son auteur, de liberté de décision, de
liberté de choix. Il s’agit d’ « un pouvoir doublé d’obligations ». Car l’organe a un pouvoir
parce que ce qu’il fera est consacré par le droit, mais aussi parce que l’exercice de ce pouvoir
est obligatoire986. Pour mieux le comprendre, l’on peut donc poser comme point de repère
cette argumentation a contrario ou « antithèse » :

« Si discrétionnaire = non-obligatoire (non-lié), obligatoire (lié) = non-


discrétionnaire »987.

En clair, la compétence liée n’emporte pas simplement l’obligation d’agir, mais aussi
d’agir dans un sens déterminé, c’est-à-dire l’absence de choix. L’obligation d’agir est la
contrainte que subit l’administration pour agir.

L’obligatoriété de la compétence de l’administration ne se justifie pas par l’existence


d’une sanction. En d’autres termes, ce n’est pas parce que l’administration craint une sanction
qu’elle se croirait obligée. L’obligatoriété est parfaite par la règle elle-même et de la logique
du droit. C’est ce que semble mettre en évidence le Professeur Paul AMSELEK lorsqu’il
affirme que KELSEN « a été amené à soutenir que lorsqu’une norme juridique oblige à
faire telle chose sans que soit prévue une sanction en cas d’inexécution de cette obligation,

982
MORAND-DEVILLER (J), Cours: Droit administratif, op. cit., p. 320.
983
ABANE ENGOLO (PE), L’application de la légalité par l’administration au Cameroun, th. doctorat/PH. D
en droit public, université de Yaoundé II, 2009, p. 196.
984
EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t2, op. cit., p. 292.
985
Loc. cit.
986
Loc. cit.
987
Ibid., p. 293.

259
cette obligation n’en serait pas vraiment une et il n’y aurait pas véritablement de norme
dans cette hypothèse : Comme si la catégorie modale du devoir n’était pas parfaite par elle-
même et avait besoin du secours de cet élément complètement étranger »988.

Par ailleurs, l’obligation d’agir ne souffre aucunement du silence de l’administration.


En effet, même lorsqu’elle reste silencieuse, s’il y a obligation prescrite, l’on en déduit que
celle-ci a agi. Ce silence est interprété, tantôt comme un « silence refus », auquel cas l’on
parlera de « silence normateur de sens négatif », tantôt comme un « silence acceptation »,
auquel cas il s’agira d’ « un silence normateur d’effet positif »989. L’on peut donc déduire
que dans le cadre de la compétence liée, « le refus de satisfaire une demande est toujours
une décision »990.

L’autre face de la compétence liée est qu’au-delà de se traduire par une obligation
d’action, elle est également le plus souvent assortie d’absence de choix. Etant donné que
l’acte supérieur est largement prédictif, il y aura absence de choix d’agir, absence de choix de
moyens, absence de choix du résultat991.

L’absence de choix de moyens désigne le fait que les procédés et techniques que
l’administration doit utiliser sont connus et que pour chaque situation d’espèce, il y a un seul
moyen qui est prévu ce qui enlève à l’administration la possibilité d’effectuer un quelconque
choix992. Concernant l’absence de résultat, l’administration doit agir dans le sens du référent
en atteignant le résultat préétabli. Le fait que l’administration soit liée et que le résultat
attendu soit clairement identifié évite que l’autorité administrative fasse un détournement de
pouvoir qui traduit un détournement du résultat escompté993.

Au demeurant, la compétence liée peut s’exprimer à des degrés divers. La compétence


peut être totalement liée ou partiellement liée. Dans l’hypothèse d’une compétence totalement
liée, la législation est pleine ; c’est-à-dire que l’autorité administrative ne trouve aucun
élément non préréglé. Elle doit alors simplement ajuster son opération à la norme

988
AMSELEK (P), « Les fonctions normatives ou catégories modales », in L’architecture du droit. Mél. en
l’honneur du professeur Michel TROPER, Economica 2006, n° 62-63.
989
Sur la question, lire KAMTO (M) et GUIMDO DONGMO (B-R), « Le silence de l’administration en droit
positif camerounais », in Lex Lata, 15 décembre 1994, pp. 10-14.
990
CHAPUS (R), Droit administratif général, t1, op. cit., p. 502.
991
ABANE ENGOLO (PE), L'application de la légalité par l'administration au Cameroun, op. cit., p. 200.
992
Loc. cit.
993
Ibid., p. 201.

260
indicative994. L’administration est tenue de se référer aux moyens qui lui sont imposés pour
parvenir à une fin préétablie. De même, elle ne peut en usant des moyens offerts qu’arriver au
résultat qui lui est indiqué.

Pour ce qui est du cas où la compétence n’est que partiellement liée, les textes
imposent une obligation de résultat, mais laissent à l’administration le choix des moyens 995. Il
ressort dans ce cas de figure que le résultat est lié alors que l’initiative ou le choix des moyens
est laissée à la discrétion de l’administration.

Au bout du compte, le pouvoir discrétionnaire, tout comme sa limitation, la


compétence liée, sont des prérogatives indispensables à l’accomplissement de ses missions
par l’administration. Elles contribuent à conforter la position de supériorité de
l’administration non seulement en droit administratif substantiel, mais aussi et surtout en droit
administratif processuel, c’est-à-dire en droit du contentieux administratif. Et dans cette
dernière matière justement, ceux-ci placent, a priori, l’administration dans une position
favorable en matière de preuve où ils engendrent des incidences considérables.

B- L’incidence des pouvoirs de l’administration sur la preuve

L’exercice de ses pouvoirs par l’administration n’influence pas que la relation


administration/administré ou usager. L’influence se déporte aussi dans l’arène du contentieux
administratif, à savoir la procédure administrative contentieuse. Ici, les pouvoirs de
l’administration, presque toujours défenderesse, lui procurent souvent (mais pas toujours) un
avantage certain en matière probatoire par rapport à l’administré, devenu requérant. La mise
en évidence de cette influence peut s’appuyer sur une explication (1) et une illustration
jurisprudentielle (2).

1- L’explication

L’explication de l’incidence du pouvoir discrétionnaire et de la compétence liée sur la


preuve est fournie par le professeur Jean-Philippe COLSON996.

994
Ibid., p. 202.
995
MORAND-DEVILLER (J), Cours: Droit administratif, op. cit., p. 320.
996
COLSON (J-P), L'office du juge et la preuve dans le contentieux administratif, op. cit., p. 116 et s., p. 119 et
s.

261
Pour lui, en matière de pouvoir discrétionnaire, le juge est confronté essentiellement à
un problème d’exactitude des faits pour lequel il a tendance à considérer que le requérant doit
fournir l’essentiel des preuves.

Cela est d’abord vrai en ce qui concerne le détournement de pouvoir où la présomption


de légalité du but de l’action administrative demeure encore très forte.

Certes, une présomption inverse peut être créée, mais cette possibilité est bien limitée
et l’on peut constater que le moyen tiré du détournement de pouvoir incite rarement le juge à
venir en aide au requérant.

Le rôle du requérant n’est pas moindre pour ce qui a trait à la contestation des motifs
d’un acte.

« Considérant que l’inexactitude matérielle des faits allégués ne ressort pas des
pièces du dossier »997. La formule indique implicitement que le requérant n’est pas parvenu à
faire naître un doute dans l’esprit du juge.

A l’inverse, si, par la précision de premiers arguments, le requérant parvient à faire


naître ce doute, que l’attitude équivoque du défendeur peut naturellement renforcer, le juge
pourra demander à l’administration des précisions complémentaires, et, faute de les obtenir,
considérer que « la preuve de l’exactitude matérielle des faits qui lui incombait, ne ressort
pas de l’instruction ».

La contradiction des formules n’est qu’apparente, chacune d’elles caractérisant un


moment de l’instruction. Le second naissant du doute que les magistrats retirent
éventuellement du premier.

C’est très exactement dans ce domaine qu’est intervenue la jurisprudence BAREL, en


permettant de multiplier les hypothèses dans lesquelles le juge s’adresse à l’administration
pour répartir équitablement le fardeau de la preuve.

Dans cette première hypothèse du pouvoir discrétionnaire, l’intervention du juge se


révèle donc particulièrement nécessaire du fait de la tendance des magistrats à exiger d’abord
du requérant un commencement de preuve. La théorie moderne du pouvoir discrétionnaire
repose de plus en plus sur une accentuation de la pression du juge dans le but de contraindre

997
Police des étrangers : CE, 12 juin 1953, Dame de SAVITCH-RITCKGORSKY, p. 281.

262
l’administration à justifier une action que les particuliers auront, au départ, utilement
contestée.

Dans le cas où la compétence est liée, le régime de preuve est favorable au requérant
notamment lorsqu’elle existe pour l’octroi d’un droit, il lui suffira de prouver qu’il remplit les
conditions exigées ce qui, en principe, ne devrait pas lui être impossible.

Comme on peut l’apercevoir l’exercice de ses pouvoirs par l’administration influence


largement sur le plan théorique le régime de la preuve. Cette influence s’illustre davantage sur
le plan jurisprudentiel.

2- L’illustration dans l’affaire NABION Maurice

L’influence des pouvoirs de l’administration sur la preuve a été constatée dans


l’affaire NABION Maurice998. Les faits de cette affaire méritent un rappel.

Suite au constat par les responsables de l’Université de Yaoundé que la courbe


générale des résultats proclamés en septembre 1987 n’était pas bonne, ceux-ci avaient décidé
d’instituer certaines mesures de clémence afin de permettre l’admissibilité en 3ème année des
étudiants de 2ème année Droit privé francophone arrivée en fin de mandant, c’est-à-dire qui ont
épuisé leur droit de redoublement légal aux conditions d’avoir eu la moyenne aux travaux
dirigés, avoir obtenu une moyenne générale de 206/432, soit 9,50/20. A cet effet, il a été mis
sur pied un jury spécial. Les étudiants remplissant les conditions requises et qui en avaient fait
la demande devaient bénéficier de cette mesure de clémence.

NABION Maurice, étudiant en 2ème année de Droit privé francophone, s’estimant avoir
été lésé dans ses droits pour n’avoir pas bénéficié des effets de cette décision alors que, selon
lui, il remplissait toutes les conditions requises, avait introduit un recours tendant : à faire
reporter ladite décision ; à condamner l’administration au paiement des dommages-intérêts de
27 000 000 à titre de réparation du préjudice subi en raison de celle-ci.

A ces prétentions et arguments du requérant, le juge avance que :

« Qu’à la publication de la liste des bénéficiaires, NABION Maurice qui, sûrement,


n’en avait pas formulé la demande, puisqu’il n’en rapporte pas la preuve (la photocopie de
la lettre manuscrite fabriquée pour les besoins de la cause ne pouvant nullement faire foi)
se mit donc à revendiquer le bénéfice de la même mesure ».

998
CS/CA, jugement n° 44/92/93 du 24 juin 1993, NABION Maurice c/ Université de Yaoundé.

263
Surtout, il ajoute que :

« Attendu que NABION Maurice ne conteste pas qu’il n’a pas obtenu la moyenne
de 10/20 requise pour être admissible ; qu’on ne voit pas quel grief lui cause une mesure de
clémence dont il n’a pas demandé le bénéfice, étant entendu par ailleurs que toute mesure
de clémence est discrétionnaire, et ne crée par conséquent pas de droit ».

A l’analyse, ces déclarations montrent bien non seulement le malaise du juge, mais
surtout la position inconfortable du requérant en matière de preuve lorsqu’on est en présence
d’un pouvoir qualifié de discrétionnaire.

En effet, lorsque le juge affirme que « …toute mesure de clémence est


discrétionnaire, et ne crée par conséquent pas de droit », il écarte en réalité la possibilité
pour le requérant de prouver qu’une telle mesure peut créer des droits.

Cela n’est pas du tout vrai et apparaît même blasphématoire envers le sacro-saint
principe de la juridicité Ŕ qui est au cœur de tout « l’archipel de la norme »999 Ŕ en général et
envers celui de la légalité administrative en particulier ; auquel ne se soustraient pas les actes
à caractère discrétionnaire. Car l’admettre, c’est considérer que : discrétionnaire = arbitraire.
Or, un acte discrétionnaire peut revêtir le caractère d’un acte administratif unilatéral et par
conséquent être susceptible de créer des droits et des obligations pour des particuliers.

S’il l’on doit reconnaître objectivement dans le cas d’espèce que le requérant ne
pouvait pas se prévaloir d’un droit, pour n’avoir pas rempli toutes les conditions requises Ŕ
l’absence de formulation de la demande pour bénéficier de ladite mesure notamment Ŕ, l’on
doit néanmoins réfuter l’argumentaire du juge, comme quoi, une mesure discrétionnaire ne
crée pas de droit. Ce qui impliquerait selon lui Ŕ et à tort Ŕ qu’elle n’est pas soumise au
contrôle de légalité.

En somme, les pouvoirs de l’administration ne facilitent pas toujours la tâche au


requérant lorsqu’il s’agit de prouver les agissements illégaux de celle-ci. On peut en dire
autant des privilèges dont elle dispose.

999
V. TIMISIT (G), Archipel de la norme, Paris, PUF, 1997.

264
PARAGRAPHE II - L’EXERCICE DES PRIVILEGES PAR L’ADMINISTRATION
ET LEUR INCIDENCE SUR LA PREUVE

Dire que l’administration exerce des privilèges, c’est en fait reconnaître qu’elle édicte
les décisions à caractère exécutoire, ou simplement qu’elle détient le privilège de la décision
exécutoire. « La théorie de la décision exécutoire » est abondamment évoquée en doctrine. Il
semble que la paternité en revient à Maurice HAURIOU1000. De fait, c’est lui qui, dans son
Précis de Droit administratif et de Droit public général, a, en premier largement, fait écho à
ladite théorie. Selon cette théorie, la décision exécutoire évoque « toute décision en vue de
produire un effet de droit prise par une autorité administrative dans une forme
exécutoire »1001. A partir de cette conception de la décision exécutoire, Maurice HAURIOU
opère une distinction entre ses éléments de forme et ses éléments de fond.

Les éléments de forme de la décision exécutoire sont qu’elle doit émaner d’une
« autorité administrative » et être « dans une forme exécutoire ». Pour lui, par autorité
administrative, il faut entendre un agent de l’administration ayant reçu dans ses attributions le
pouvoir de prendre des décisions produisant effet juridique1002 ; et être dans la forme
exécutoire signifie pour la décision, être exécutoire, « tendre désormais à l’exécution par sa
seule vertu, sans qu’il s’interpose entre la décision et le commencement de l’exécution
aucun délai moratoire ni aucune approbation d’autorité supérieure »1003.

Les éléments de fond renvoient au fait que la décision exécutoire est d’abord « une
décision », c’est-à-dire une manifestation de volonté positive. Elle est ensuite prise « en vue
de produire un effet de droit », c’est-à-dire qu’elle tend à modifier par elle-même une
situation juridique antérieure1004. Par rapport à ces éléments de fond, l’acte exécutoire
s’apparente à « l’acte décisoire », c’est-à-dire un acte qui fait grief, celui qui modifie une
situation juridique1005.

1000
EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t2, op. cit., p. 743.
1001
HAURIOU (M), Précis de Droit administratif et de Droit public général, 1er fascicule, Paris, Librairie de la
Société du Recueil des Lois & des Arrêts, 4e éd., 1900, p. 277.
1002
Loc. cit.
1003
Ibid., p. 278.
1004
Ibid., p. 280.
1005
GUESSELE ISSEME (LP), L'apport de la Cour Suprême au droit administratif camerounais, op. cit., p.
444.

265
D’autres auteurs vont emboiter le pas au Doyen Maurice HAURIOU en apportant
leur pierre à l’édifice de la théorie de l’acte exécutoire. Georges VEDEL d’abord considère
que prendre des décisions exécutoires, « c’est faire naître unilatéralement des obligations et
éventuellement des droits au profit ou à la charge de tiers sans le consentement de ceux-
ci »1006. Cette définition, bien qu’omettant les éléments de forme de l’acte décisoire, a le
mérite de préciser les effets de droit qui consistent à conférer aux tiers des obligations et/ou
des droits sans leur consentement. Pour Jean RIVERO, « la décision exécutoire est l’acte
dans lequel l’administration met en œuvre ce pouvoir de modification unilatérale des
situations juridiques »[Link] définition met l’accent sur l’effet juridique de l’acte. Pour le
Professeur René CHAPUS, il faut entendre par décision exécutoire, « celle qui permet à
l’administration de décider en édictant des obligations ou des interdictions ou en conférant
des droits, sans avoir à saisir préalablement un juge de ses prétentions »1008. Cette dernière
définition met également l’accent sur l’effet juridique de l’acte.

En droit camerounais, c’est au juge administratif, qu’il convient de reconnaître la


particularité d’avoir consacré et expliqué la règle du caractère exécutoire dont sont dotées
certaines décisions, et pas d’autres1009. En effet, le juge administratif, dans l’affaire
OWOUNDI Jean Louis1010, a proprio motu établi les critères de ce qu’il convient d’appeler la
décision exécutoire :

« Considérant que le fait que l’Administration ait pris directement les actes attaqués
et soit passée à leur exécution sans décision préalable d’un tribunal, découle de ce qui est
appelé en Droit administratif les privilèges du préalable et de l’exécution d’office ;

Que ces privilèges permettent à l’administration de prendre des décisions sans avoir
recours à un juge et de passer immédiatement à leur exécution par la contrainte ».

De ces considérants, l’on retient que « les fanfares » de la décision exécutoire sont le
« privilège du préalable » et le « privilège de l’exécution d’office »1011. C’est l’exercice de
ces privilèges par l’administration qui contribue à favoriser l’administration au détriment de

1006
VEDEL (G), cité par EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t2, op. cit., p. 753.
1007
RIVERO (J), cité par Charles EISENMANN, ibid., p. 756.
1008
CHAPUS (R), Droit administratif général, t1, op. cit., p. 504.
1009
GUESSELE ISSEME (LP), L'apport de la Cour Suprême au droit administratif camerounais, op. cit., p.
456.
1010
CS/CA, jugement n° 33/04/76-77 du 28 septembre OWOUNDI Jean Louis c/ Etat du Cameroun.
1011
EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t2, op. cit., p. 760.

266
son adversaire sur le terrain de la preuve. Pour ce faire, analysons d’une part, les privilèges
du préalable et de l’exécution d’office (A) et leurs influences respectives sur le fardeau de la
preuve (B).

A- Les privilèges du préalable et de l’exécution d’office

Les privilèges du préalable (1) et de l’exécution d’office (2) sont parmi les privilèges
de l’administration celles qui expriment parfaitement sa suprématie à l’égard des administrés.
L’acte administratif unilatéral y trouve toute l’autorité nécessaire pour s’imposer aux
administrés.

1- Le privilège du préalable

Le privilège du préalable renvoie à l’idée que « l’administration a dans ses actes une
sorte de privilège qui provient de sa nature même et de ce qu’elle doit être obéie »1012. Ainsi
dans l’exécution des services et l’exercice de ses droits la puissance publique doit être
immédiatement obéie. Le privilège du préalable est alors assimilé à une « obéissance
préalable à la décision »1013, on pourrait même dès lors parler du privilège de l’obéissance
préalable. Cela emporte comme conséquence à l’égard de l’administré d’obéir d’abord et, s’il
le juge nécessaire, de discuter après.

En effet, ce privilège permet à l’Administration de prendre ses décisions sans requérir


une décision préalable du juge1014. Devant une décision ordonnant ou défendant quelque
chose, les particuliers doivent s’incliner. L’Administration ne recourt pas au juge pour faire
valoir ses droits face aux particuliers, c’est plutôt à ces derniers de le faire. Et jusqu’à la
décision du juge, l’acte même illégal vaut. L’administré est obligé de s’y soumettre, et
l’Administration fondée à exiger son obéissance1015. « Aussitôt qu’elle est prise, la décision
administrative s’impose à tous par sa seule vertu et requiert obéissance immédiate ; à la
différence des actes privés unilatéraux »1016.

1012
HAURIOU (M), Précis de Droit administratif et de Droit public général, op. cit., p. 246.
1013
MBALLA OWONA (R), La notion d’acte administratif unilatéral au Cameroun, Thèse Ph. D en Droit
public, Université de Youndé II, année académique 2009-2010, p. 423.
1014
GUESSELE ISSEME (LP), L'apport de la Cour Suprême au droit administratif camerounais, op. cit., p.
458.
1015
MBALLA OWONA (R), La notion d’acte administratif unilatéral au Cameroun, op. cit., p. 423.
1016
Ibid., p. 424.

267
Par ailleurs, le privilège du préalable postule surtout d’une modification unilatérale de
l’ordonnancement juridique par la décision exécutoire en dépit de la contestation de
l’administré. Elle évoque le principe d’une exécution juridique de l’acte qu’on oppose à une
exécution matérielle qui, elle entre dans le cadre de l’exécution d’office. En effet, il faut bien
comprendre que l’effet premier et du point de vue juridique essentiel d’une décision
exécutoire est de modifier unilatéralement l’ordonnancement juridique1017. Cet effet qui est un
des aspects de l’exécution de la décision correspond à l’exécution préalable1018. L’exécution
préalable est automatique une fois que les conditions d’entrée en vigueur de la norme
administrative ont été scrupuleusement respectées1019. Il est donc soumis à des exigences
telles que la publication ou la notification de la décision.
Toutefois, en raison de la théorie de la connaissance acquise1020, on peut encore
retrouver la manifestation de ce privilège à travers la possibilité reconnue à des particuliers de
se prévaloir des effets d’une décision dès son adoption et avant sa publication1021.

Au demeurant, il faut relever que le privilège du préalable résulte de l’autorité de la


chose décidée1022, et entraîne de ce fait une présomption de légalité ou de conformité au droit
de la décision exécutoire et du caractère non suspensif du recours pour excès de pouvoir.

Ce privilège tirerait sa force de la loi qui est un acte de souveraineté. En effet, si la


décision exécutoire n’est pas en elle-même un acte de souveraineté initial comme l’est la loi,
elle devient un acte de souveraineté dérivé dans la mesure où elle intervient pour l’exécution
de celle-ci1023. Elle se fonde sur la loi et à ce titre emprunte à cet acte de souveraineté sa
majesté, sa puissance et son éclat1024. « Revêtue de la majesté et des mérites de la loi, la

1017
VEDEL (G), DELVOLVE (P), Droit administratif, PUF, 11ème éd, 1990, p. 128.
1018
AZEBOVE TETANG (G), Le privilège d’exécution d’office en Droit camerounais, Mémoire de DEA en
Droit public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2009-2010, p. 12.
1019
Loc. cit.
1020
C’est une théorie jurisprudentielle selon laquelle le délai du recours contentieux court à l’égard de celui qui a
eu une information suffisante des décisions administratives, et bien que les actes n’aient pas fait l’objet d’une
publicité officielle (in, LANG (A), GONDOUIN (G) et INSERGUET - BRISSET (V), Dictionnaire de droit
administratif, op. cit., p. 95.).
1021
CS/AP, arrêt n°27 du 24 mars 1983, 1) Etat du Cameroun (MINFONPUBLIQUE), 2) NJIKIAKAM TOWA
Maurice c/ 1) NJIKIAKAM TOWA Maurice, 2) Etat du Cameroun (MINFONPUBLIQUE).
1022
Cf. SCHWARTZENBERG (R. G.), L’autorité de chose décidée, Paris, LGDJ, 1969.
1023
Ibid, p. 42.
1024
Ibid., p. 9 et s.

268
décision est assortie d’une présomption de légalité qui emporte pouvoir de
commander »1025.

La filiation entre la loi et l’acte exécutoire confère donc à ce dernier une souveraineté
dérivée exprimée à travers l’autorité de la chose décidée.

Du point de vue pratique, Maurice HAURIOU fait bien de relever que « dans une
administration vaste et compliquée où les affaires doivent être solutionnées d’une façon
quotidienne et régulière, il faut éviter les discussions inutiles, et pour cela, mettre les
intéressés en face du fait accompli, les obliger à l’effort d’une réclamation contentieuse,
afin qu’ils ne fassent résistance que si la chose en vaut la peine »1026. En effet, c’est pour
assurer l’efficacité de l’action administrative que le privilège du préalable a été institué. Il
permet à l’administration de surmonter l’obstacle pouvant découler d’un affrontement contre
l’administré et de mettre ainsi en œuvre ses décisions.

Il a pour cela fallu doter l’administration d’une présomption de vérité légale et surtout
lui assurer la non-suspension de ses décisions à caractère exécutoire, en cas d’un recours pour
excès de pouvoir exercé contre elles. Les seules hypothèses connues de limitation, pour
lesquelles la décision exécutoire pourrait être suspendue avant son contrôle par un juge, sont
le sursis à exécution et le sursis de paiement consacré par le Livre des procédures fiscales1027.

En dernière analyse, le privilège du préalable signifie que toute décision exécutoire


entre automatiquement en vigueur dès lors qu’elle est édictée suivant les modalités prescrites
et ne peut de ce fait être contestée ou écartée, sinon que, dans le cadre et au terme d’une
procédure contentieuse. L’obligatoriété qui s’attache à l’exécution de l’acte décisoire, et qui
n’est que la conséquence de ce privilège, donne lieu à un autre privilège, celui de l’exécution
d’office.

2- Le privilège de l’exécution d’office

La notion du privilège de l’exécution d’office est le second volet fondamental de la


décision exécutoire. C’est encore à Maurice HAURIOU que l’on doit la conception
originelle de cette notion. Pour lui, la résistance de l’administré à la force exécutoire de l’acte
doit être vaincue par l’exécution forcée de l’acte présumé conforme à la loi qui, elle-même,

1025
MBALLA OWONA (R), La notion d’acte administratif unilatéral au Cameroun, op. cit., p. 424.
1026
HAURIOU (M), note sous CE, 27 février 1903, Olivier et ZIMMERMANN, S. 1905. 3. 17.
1027
Art. L. 121, Livre des procédures fiscales

269
s’exécute d’office ; afin que force reste à la loi1028. Il propose ainsi de transposer l’idée de
force exécutoire, caractéristique des actes juridictionnels, aux actes administratifs unilatéraux.

C’est en conséquence de cette dernière idée que celui-ci va s’exposer à une certaine
critique. Le Professeur Robert MBALLA OWONA explique à ce sujet que :

« En attribuant la force exécutoire aux actes administratifs, HAURIOU s’est exposé


à la censure générale de la doctrine. La critique à lui adressée se résume à ce que la
formule exécutoire, propre aux décisions juridictionnelles, donne le droit à leur
bénéficiaire d’obtenir, s’il y a lieu, l’intervention de la force publique, le secours des
officiers ministériels et des forces de l’ordre dont l’Administration a la maîtrise pour
ramener le jugement à exécution. Or, toutes les décisions juridictionnelles ne sont pas
exécutoires, et ce terme signifiant que le jugement tend directement à la réalisation par
contrainte, il est impropre à la décision administrative. En effet, toute décision
administrative n’est pas susceptible d’exécution forcée. La voie ordinaire pour l’exécution
des lois et règlements consiste dans l’intervention du pouvoir judiciaire, ou plus exactement
du pouvoir juridictionnel. La coercition administrative constitue une voie extraordinaire.
Autant le pouvoir administratif est compétent pour assurer l’exécution volontaire des lois,
autant, en principe, il est incompétent pour assurer leur exécution forcée »1029.

L’autre critique faite à Maurice HAURIOU, est celle apportée par Charles
EISENMANN. Ce dernier lui fait le reproche d’avoir infiniment élargi et édulcoré la notion
d’exécution d’office en passant à celle de « l’action d’office ». Il affirme ainsi que ce terme,
selon HAURIOU, évoque l’idée que « exécuter, c’est réaliser ce que la décision prévoit,
c’est en tirer les conséquences, même si cela ne comporte aucun emploi de la force ou de
contrainte. A force exécutoire tout acte qui comporte des suites quelconques, – même
autres que normatives »1030.

Ramener l’exécution d’office à l’action d’office ne doit pas, selon Monsieur Lionel
Pierre GUESSELE ISSEME, être partagé pour la raison que cette conception large de
l’exécution d’office est synonyme d’exécution pure et simple. Dans ce cas, le mot « d’office »
semble avoir une fonction superfétatoire à côté du mot « exécution ». Mais étant donné que ce

1028
HAURIOU (M), rapporté par MBALLA OWONA (R), La notion d’acte administratif unilatéral au
Cameroun, op. cit., p. 228.
1029
Ibid., pp. 428-429.
1030
EISENMANN (Ch), Cours de droit administratif, t2, op. cit., pp. 745-746.

270
degré de perception n’est qu’erroné, il faut bien restituer à chaque mot son véritable sens dans
cette expression, de sorte à éviter une analyse hors du jeu de la décision exécutoire1031. Pour
cet auteur, l’exécution d’office doit être regardée, et c’est aussi notre position, comme une
exécution forcée, obligatoire.

Il faut néanmoins relever que cette conception de l’exécution d’office est discutée.
Pour Monsieur Guy AZEBOVE TETANG « l’exécution d’office n’est pas une exécution
forcée ». Car « l’exécution forcée par la voie administrative est une exécution d’office mais
toutes les mesures d’exécution d’office ne s’effectuent pas manu militari c’est-à-dire par
l’usage de la force »1032. Il admet ainsi que même lorsque l’administré n’approuve pas la
décision exécutoire, l’exécution de celle-ci peut être pacifique ou forcée. Elle est dite
pacifique lorsque l’administré décide d’obéir volontairement ou lorsqu’il y a exécution
passive, c’est-à-dire qu’elle est « non consentie mais pacifique car l’administration n’a pas
besoin d’user de la force publique en raison de sa maitrise parfaite et exclusive de la
réalisation de la norme administrative »1033. Elle est dite forcée en revanche lorsqu’il y a
recours à l’usage de la force publique1034.
A la vérité, il s’agit là d’un quiproquo qu’il faut dissiper. Cet auteur semble réduire
l’exécution forcée à l’emploi de la force publique, ce qui l’oblige ainsi à établir dans le cadre
de l’exécution d’office une nuance entre l’exécution forcée et l’exécution pacifique. Or, il
n’en est rien en réalité.

Ce qu’il faut d’abord relever c’est que l’exécution forcée n’est pas synonyme de
recours à l’usage de la force publique. L’exécution forcée peut également traduire l’idée
d’une simple menace de recours à l’usage de cette force publique. C’est le cas par exemple de
la décision ordonnant le paiement de l’impôt. Cette menace constitue déjà en elle-même une
exécution forcée pouvant donc dissuader l’administré récalcitrant et le ramener à des
meilleurs sentiments en vue d’une exécution pacifique de la décision. Car, opter pour la voie
pacifique n’en révèle pas moins le caractère forcé voire autoritaire de l’exécution de l’acte.

C’est donc parce qu’il y a en quelque sorte une épée de Damoclès qui pend au-dessus
de sa tête que celui-ci peut opter pour la voie pacifique. Or même dans ce cas, il y a exécution

1031
GUESSELE ISSEME (LP), L'apport de la Cour Suprême au droit administratif camerounais, op. cit., p.
465.
1032
AZEBOVE TETANG (G), Le privilège d’exécution d’office en Droit camerounais, op. cit., p. 9.
1033
Ibid., p. 40 et s.
1034
Ibid., passim.

271
forcée. Du fait donc de cette dimension psychologique Ŕ malheureusement souvent écartée
voire ignorée dans les analyses Ŕ, l’exécution peut être aussi qualifiée de forcée. L’on ne
saurait donc la réduire à la dimension matérielle qui se traduit uniquement par l’usage de la
force publique.

En outre, en parlant de maitrise parfaite et exclusive de la réalisation de la norme par


l’administration, pour désigner son exécution passive, il ne peut que s’agir d’un moyen pour
elle d’assurer une exécution forcée de ladite norme. Comme il le reconnaît lui-même,
l’administré ici « subit l’opération avec ou contre son gré »1035. C’est le cas à travers
l’exécution des ordres de recette1036 que cela se manifeste le plus. L’administré est ainsi
contraint, forcé d’accepter la décision administrative. Ainsi, tout comme l’exécution
pacifique, l’exécution passive est-elle aussi caractéristique de l’exécution forcée.

En somme, l’on doit, davantage et plus qu’autre chose, imaginer l’exécution forcée
comme une exécution obligatoire dont le recours à la force publique n’est que la phase ultime.
L’usage de la force publique reste donc exceptionnel, c’est pourquoi elle est soumise à
certaines conditions1037.

Le privilège de l’exécution d’office et celui de l’exécution du préalable traduisent la


toute-puissance de l’administration, c’est pourquoi ils peuvent servir de couverture à celle-ci
dans le fardeau de la preuve en contentieux administratif.

B- L’influence des privilèges de l’administration sur la charge de la preuve

L’administration, du fait des privilèges dont elle dispose, est un justiciable atypique.
L’on dirait volontiers dans le langage de la guerre qu’il est doté des « armes lourdes »,
contrairement à son adverse Ŕ presque toujours un particulier Ŕ qui n’aurait en sa possession

1035
Ibid., p. 42.
1036
CFJ/CAY, arrêt n°187 du 28 mars 1972 ; MBEDEY Norbert c/ République Fédérale du Cameroun ; CS/AP,
arrêt n°1/A du 23 décembre 2000, ONDO OVONO Charles c/ Etat du Cameroun.
1037
L’exécution forcée est tout d’abord licite dans deux hypothèses très générales : lorsque la loi l’autorise
expressément ; lorsque qu’il y a urgence. En l’absence de texte ou d’urgence l’exécution forcée n’est licite que
lorsque les quatre conditions suivantes sont réunies. 1) Il faut qu’il n’y ait aucune sanction légale. 2) Il faut que
l’opération administrative pour laquelle l’exécution est nécessaire ait sa source dans un texte de loi précis. 3) Il
faut qu’il y ait lieu à exécution forcée, que l’exécution de l’acte se soit heurtée à une résistance certaine. 4) Il faut
que les mesures d’exécution tendent uniquement dans leur objet immédiat à la réalisation de l’opération
prescrite par la loi. Cf. LONG (M) et Alii, observation sur TC, 2 décembre, Société immobilière de Saint-Just, in
Les grands arrêts de la jurisprudence administrative, op. cit., pp. 62-65.

272
que des « armes légères ». Même si ces armes lourdes, incarnées par ses privilèges, ne lui
garantissent pas toujours la victoire finale, elles n’en sont pas moins révélatrices de sa
véritable image de « justiciable aristocrate ». La matière probatoire en particulier reflète cet
état de chose. Pour en rendre compte, il importe d’examiner l’influence respective des
privilèges du préalable (1) et de l’exécution d’office (2) sur le régime de la preuve.

1- L’influence du privilège du préalable sur la preuve

Le privilège du préalable constitue pour l’administration une sorte de


« mastodonte » dont les tentacules s’étendent et affectent le domaine du contentieux
administratif en général et le régime de la preuve en particulier. C’est dire en réalité à quel
point ce privilège impacte sur la preuve.

En ce sens, le Professeur Yves GAUDEMET croit savoir que « si en règle générale,


la preuve incombe au demandeur, c’est parce que celui-ci prend l’initiative de la procédure,
qu’il ne se satisfait pas de l’état de fait ou de droit existant dans le domaine de sa requête. Il
n’en va pas de même en droit administratif où l’administration dispose du privilège du
préalable ; en vertu de celui-ci, l’administration a, hors le juge, la possibilité d’agir par voie
unilatérale et de prendre d’elle-même à l’égard de tel ou tel administré les mesures qui lui
paraissent s’imposer »1038.

Le Professeur Bernard PACTEAU relève dans le même sens que, en contentieux


administratif, l’attribution du fardeau de la preuve peut se recommander d’arguments tirés de
la théorie de l’acte exécutoire. Il déclare alors que « la première prérogative de
l’administration est de pouvoir de sa propre volonté modifier les situations juridiques. Ses
actes ne sont pas toujours passibles de l’exécution forcée ; du moins ont-il immédiatement
la perfection juridique qui les rend invocables, opposables et au besoin applicables. Ils
bénéficient ainsi d’une présomption de légalité, c’est pourquoi le recours à leur encontre
n’a normalement pas d’effet suspensif (…) Dès lors que les autorité administratives ont la
capacité de créer du droit, comment leur imposer de s’en justifier du seul fait que leur acte
serait contesté et dénoncé ? »1039.

Par ailleurs, une conséquence du privilège du préalable, sans cesse évoquée, est
l’inégalité entre l’administration et l’administré. Cette inégalité tient en premier lieu à ce que

1038
GAUDEMET (Y), « La preuve et la conviction du juge en Droit administratif français », in La preuve devant
le juge, RJPIC, n°1 et 2 janvier Ŕmars, 1985, p. 716.
1039
PACTEAU (B), « Preuve », op. cit., n° 35, p. 6.

273
d’une façon quasi générale, en première instance, l’administré est dans la position de
demandeur, et l’administration dans celle de défendeur, et que cette situation inconfortable
pour l’administré, et qui est donc essentiellement la conséquence du privilège du préalable,
n’est pas fondamentalement modifiée par la généralisation du double degré de juridiction1040.

Cela implique que, invoquant une illégalité ou un préjudice, il sera d’abord demandé à
l’administré de prouver en premier ses allégations dont l’administration se contentera de
rejeter. Que dire de l’incidence de l’exécution d’office sur la preuve ?

2- L’influence de l’exécution d’office sur la preuve

Tout ce qui a été dit au sujet de l’incidence du privilège du préalable sur le régime
probatoire vaut également en ce qui concerne les conséquences de l’exécution d’office sur la
preuve. Mais l’exécution d’office pose, en outre le problème de la preuve de la légalité de
décision exécutoire, celui de la preuve de la légalité de son exécution. Cette charge qui
incombera principalement à l’administré consistera à démontrer que l’exécution forcée est
irrégulière. C’est-à-dite qu’aucun texte ne le prévoyait ou qu’il n’y avait pas urgence à
procéder à une telle exécution. L’administration quant à elle restera toujours en position de
défendeur et donc de favorisé.

Au final, l’administration détient des pouvoirs et des privilèges qui la situent à une
échelle supérieure par rapport à l’administré. Transposés sur le terrain du contentieux, ces
avantages ne disparaissent pas. Au contraire, ils lui procurent certains avantages liés au
régime probatoire. Ils font d’elle un « aristocrate » parmi les justiciables. Alors qu’au même
moment, l’administré, devenu requérant, n’étant pas muni des mêmes armes, se situe à
l’opposé, c’est-à-dire à une marche inférieure sur l’échelle des justiciables. C’est cette
situation d’infériorité qui justifiera, au besoin, « l’interventionnisme » du juge en vue de
rééquilibrer les rapports entre les deux parties dans l’établissement de la preuve.

SECTION II - LA JUSTIFICATION LIEE A LA SITUATION D’INFERIORITE DU


REQUERANT

La situation d’infériorité du requérant dans l’instance contentieuse administrative


soulève une double interrogation :

1040
LEGER (D), « La preuve devant le juge administratif français », op. cit., p. 36.

274
Ŕ Qui peut être considéré comme requérant dans le contentieux
administratif camerounais ?
Ŕ Et quelles conséquences la qualité de requérant implique-t-elle sur le régime
probatoire ?

En clair, la situation d’infériorité du requérant commande d’examiner la question


relative à la diversité catégorielle des personnes requérantes (Paragraphe I), ensuite celle liée
aux implications auxquelles celle-ci donne lieu en matière probatoire (Paragraphe II).

PARAGRAPHE I - LA DIVERSITE CATEGORIELLE DES PERSONNES


REQUERANTES

L’exercice du droit d’agir en justice crée un rapport nouveau entre les parties,
« doublant » le rapport de droit préexistant éventuellement entre elles 1041. Ce nouveau rapport
procédural va engendrer de nouvelles appellations. Dans le contentieux civil, les « plaideurs »
seront appelés « demandeur et défendeur ». En contentieux répressif, la personne poursuivie,
mise en examen, deviendra prévenue (dans les liens de la prévention) éventuellement accusée
(renvoyée par la chambre d’accusation) pour devenir éventuellement contrevenant,
délinquant, ou criminel. Dans le contentieux administratif, l’administré deviendra
« requérant » et la personne publique « l’administration défenderesse »1042.

Dans cette dernière matière, les exceptions aux positions de l’administré et de la


personne publique respectivement en tant que requérant et défendeur sont rares : on en trouve
quelques exemples en matière de contravention de voirie, et, en matière contractuelle où
l’administration peut ou doit s’adresser au juge pour faire prononcer une sanction à l’encontre
de son cocontractant. La personne publique devient alors, le cas échéant, requérante tandis
que l’administré devient la partie défenderesse. Ce cas de figure est rare, même s’il convient
néanmoins de reconnaître que l’administration est plus fréquemment requérante en appel.
Mais, ses privilèges et pouvoirs ne sont pas fondamentalement modifiés par la généralisation
du double degré de juridiction. Pour ces raisons, le requérant est ici envisagé en tant que sujet
autre que la personne publique.

1041
Notamment lorsqu’il préexiste entre celles-ci un lien contractuel ou un lien hiérarchique ou de tutelle, entre
autres.
1042
LABBEE (P), Institutions juridictionnelles, op. cit., pp. 48-49.

275
Le requérant désigne, en général, dans la procédure contentieuse administrative,
l’auteur de la requête introductive d’instance, c’est-à-dire le demandeur à l’instance1043. En
d’autres mots, c’est celui qui, en premier, au moyen d’une demande, présente à l’instance
initiale des prétentions contentieuses, des moyens et des conclusions contre son adversaire. Si
le requérant peut avoir la position d’administré ou de participant à l’exécution des services et
ouvrage publics (A), il est dans tous les cas une personne privée (B).

A- Le requérant : un administré ou un participant à l’exécution des services publics

Avant de devenir requérant, la personne est à l’origine dans une position qui permet de
dire s’il se trouvait dans la situation d’administré (1) ou de participant à l’exécution du service
public ou du domaine public (2). S’il pourrait ressortir qu’un administré devenu requérant se
situe d’office dans une relation de dépendance accrue à l’administration, il n’en demeure pas
moins vrai qu’une personne en position de participant pourrait aussi être dans une posture de
dominé par rapport à l’administration. Précisons cependant dans ce dernier cas de figure qu’il
y a un lien de facto ou de jure entre le participant et la personne publique, son service public
ou son domaine public.

1- Le requérant : un administré

Selon le Lexique des termes juridiques, administré est un terme traditionnellement


employé pour désigner le citoyen dans ses rapports avec l’administration1044. Si cette
définition a l’avantage d’être inclusive, elle omet cependant ce qui fait le propre d’un
administré, à savoir sa dépendance à l’administration. L’administré s’inscrit en effet dans une
relation de dominé par rapport à l’ensemble des personnes publiques dont il dépend.
Autrement dit, il est une personne dépendante de l’Administration, c’est un citoyen
s’inscrivant dans une relation avec l’Administration, mais aussi avec toute autre personne
publique1045. C’est en clair une personne dépendante de l’administration1046 ou soumise à
celle-ci1047.

1043
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 818.
1044
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 38.
1045
JURVILLIERS-ZUCCARO (E), Le tiers en droit administratif, Thèse de doctorat nouveau régime,
Université de NANCY II, FDSEG, 2010, p. 73.
1046
Larousse, maxipoche, op. cit., p. 19.
1047
Le Robert illustré, op. cit., p. 19.

276
L’administré peut être en position d’usager ou en position de tiers. La question est
maintenant de savoir dans quelle mesure une personne peut-elle être qualifiée d’usager ou de
tiers.

L’usager est un administré qu’on peut qualifier de sujet actif. C’est une personne qui a
un droit réel d’usage ou qui utilise quelque chose1048. Pour être précis, c’est une personne qui
utilise habituellement un service public1049. En droit administratif, l’usager est constitué de
deux définitions différentes. Ces définitions dépendent du référentiel pris en compte. Il faut
distinguer l’usager du service public et celui de l’ouvrage public1050 ou plus généralement du
domaine public1051.

« Revêt normalement la qualité d’utilisateur du domaine public l’administré qui


profite anonymement du domaine affecté à l’usage de tous… »1052. L’usager du domaine
public est donc celui qui utilise non pas le service public, mais l’œuvre accomplie par le
service public. L’usager du service public quant à lui, doit être considéré comme l’administré
qui utilise le domaine affecté aux services publics1053.

La confrontation de cette notion d’usager avec la qualité de requérant, permet de


distinguer l’usager du domaine public devenu requérant et l’usager du service public devenu
requérant. Le premier est celui, qui au moment du dommage, utilisait effectivement l’ouvrage
public ou le travail public qui est à son origine1054. Le second est celui qui au moment du
dommage utilisait non plus le domaine public, mais le service public.

A l’opposé de l’usager, l’on retrouve le tiers qui est un administré que l’on peut
qualifier de sujet passif. En effet, « ce protocole se fonde sur la notion de cercle générateur,
c’est-à-dire la modélisation d’une situation juridique. Les personnes jouant le rôle
d’acteurs au sein d’une situation juridique considérée sont qualifiées de sujets actifs ; ces
personnes sont liées par un rapport de droit constituant l’objet du cercle générateur. Les

1048
Ibid., p. 1948.
1049
Larousse, maxipoche, op. cit., p. 1430.
1050
AUBY (J-M), BON (P), AUBY (J-B), Droit administratif des biens, Dalloz, Précis, 4e éd., 2003, p. 364.
1051
DU BOIS DE GAUDUSSON (J), L’usager du service public administratif, LGDJ, 1974, p. 23.
1052
Ibid., p. 24.
1053
Loc. cit.
1054
AUBY et alii, Droit administratif des biens, op. cit., p. 365.

277
personnes qui ne sont pas, pour leur part, liées par ce rapport sont alors qualifiées de sujets
passifs ou de tiers »1055.

Les auteurs définissent ainsi le tiers par rapport ou plutôt par opposition à l’usager. Le
tiers n’est pas un usager. Cela conduit au constat que les tiers et les usagers forment deux
groupes de personnes différents, mais surtout séparés et totalement indépendants. Ainsi l’on
pourrait prosaïquement considérer que le tiers c’est celui qui, bien qu’en étant en position
d’administré ne tire pas directement profit d’un service public ou d’un domaine public.

Un contribuable, par exemple, n’est pas directement en position d’usager, mais


demeure un administré, c’est-à-dire soumis à la personne publique. On peut en dire autant des
personnes qu’oppose un litige électoral, lesquelles ne sont pas toujours des usagers d’un
quelconque service ou domaine public. Plus loin, en matière de droit de la responsabilité
publique le tiers est « celui qui ne profite en aucune façon de l’ouvrage, qui n’en tire aucun
avantage, aucun bénéfice », « des personnes n’ayant, ni la qualité de participant à un
travail public, ni celle d’usagers d’un ouvrage public »1056.

Au total, l’administré reste soumis, dépendant, dominé par l’administration. Le fait


qu’un requérant soit donc à l’origine un administré, le place a priori dans une situation
d’infériorité par rapport à l’administration défenderesse. Qu’en serait-il d’un requérant,
participant à l’exécution du service public ou du domaine public ?

2- Le requérant : un participant

Le participant à l’exécution du service public ou du travail voire de l’ouvrage public


suppose une personne, il est vrai, qui est sous la dépendance ou la domination de
l’administration, mais qui se présente davantage en situation de collaboration avec elle. Sans
prétendre à l’exhaustivité, le cas des agents publics se montre particulièrement attractif à
l’analyse.

A l’image de ce qu’est la position de dominé de l’usager ou du tiers par rapport à


l’administration, l’agent public a, lui aussi, une position non moins révélatrice de sa situation
d’infériorité. Et comme l’usager ou le tiers, celui-ci peut se prévaloir de la qualité de

1055
JURVILLIERS-ZUCCARO (E), Le tiers en droit administratif, op. cit., p. 32.
1056
BRAIBANT (G.), STIRN (B.), Le droit administratif français, Presses de sciences po et Dalloz, 7e éd., 2005,
p. 124.

278
requérant. Lorsqu’éventuellement il l’est devenu, cette position de dominé de l’agent public
ne s’éteint pas, elle perdure dans l’instance contentieuse.

La qualité d’agent public mérite ainsi une confrontation avec la qualité de requérant.
Pour ce faire, il est important de revenir sur la notion d’agent public, condition sine qua non
pour déterminer sa qualité de justiciable de la juridiction administrative. Pour ensuite mettre
en lumière sa posture de dominé par rapport à la personne publique.

L’agent, en général, désigne une personne chargée d’une mission, une personne qui a
la charge d’administrer pour le compte d’autrui1057. Pour être précis, c’est une personne
employée par un service public ou une entreprise privée servant d’intermédiaire entre la
direction et les usagers1058.

La notion d’agent public en particulier est une « expression générique désignant tout
collaborateur d’un service public, le plus souvent administratif, associé pour une certaine
durée à l’exécution directe de l’activité de celui-ci et relevant à ce titre du droit
administratif. Un grand nombre d’entre eux a la qualité de fonctionnaire et est soumis à
des règles »1059. Cette définition fait apparaître la notion de fonctionnaire.

Le fonctionnaire est doublement défini en droit positif camerounais. Sur le plan


statutaire « est considéré comme fonctionnaire, toute personne qui occupe un poste de
travail permanent et est titularisée dans un cadre de la hiérarchie des Administrations de
l’Etat »1060. Cette définition est trop restrictive et par conséquent n’est pas assez
représentative des agents publics potentiellement requérants.

La conception extensive de la notion de fonctionnaire est contenue dans le Code pénal.


On y lit que : « est considéré comme fonctionnaire pour l’application de toute loi pénale,
tout magistrat, tout officier public ou ministériel, tout préposé ou commis de l’Etat ou toute
autre personne morale de droit public, d’une société d’Etat ou d’économie mixte, d’un
officier public ou ministériel, tout militaire des forces armées ou de gendarmerie, tout agent
de la sûreté nationale ou de l’administration pénitentiaire et toute personne chargée, même
occasionnellement, d’un service, d’une mission ou d’un mandat public agissant dans

1057
Larousse, maxipoche, op. cit., p. 28.
1058
Le Robert illustré, [Link]., p. 33.
1059
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 48.
1060
Décret n° 94/199 du 07 octobre 1994 portant Statut Général de la Fonction Publique de l’Etat Modifié et
complété par le décret n° 2000/287 du 12 octobre 2000.

279
l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions »1061. Il s’agit des fonctionnaires par
« prédétermination de la loi »1062.

Cette conception a le mérite de concerner le plus d’agents publics pouvant


éventuellement se réclamer de la qualité de requérant. Toutefois, elle est trop large au point
qu’elle intéresse même ceux ne pouvant pas s’en revendiquer. Dès lors, il importe de
n’évoquer que les agents publics concernés.

Les fonctionnaires au sens statutaire sont au premier rang des agents pouvant
éventuellement muter en requérant dans le cadre d’un litige administratif. La raison est qu’ils
entretiennent quotidiennement avec l’administration un lien étroit. Celui-ci étant la plupart du
temps soumis à un régime de puissance publique, les litiges qui en résultent relèvent en
conséquence de la compétence du juge administratif.

D’autres agents publics non fonctionnaires peuvent également être des requérants de la
juridiction administrative. C’est le cas de certains agents permanents non fonctionnaires et des
collaborateurs occasionnels à l’instar respectivement des assistants contractuels des
universités1063 et des fonctionnaires de fait1064 ou des collaborateurs requis.

L’on aurait pu volontiers inscrire dans cette liste, certains agents des entreprises
publiques industrielles et commerciales, précisément les agents de direction. Mais le doute a
été jeté dans la position de la jurisprudence administrative camerounaise1065 à leur sujet. En
effet, après avoir dans un premier temps reconnu la qualité de fonctionnaire aux agents de
direction dans l’affaire MOUNDOUMBOU1066, elle est revenue sur cette position initiale
dans l’affaire BETAYENE1067. Elle considère ainsi qu’un fonctionnaire détaché de la fonction
publique, fut-il pour devenir agent de direction ou non, perd dans son nouvel emploi la qualité

1061
Art. 131 de la loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code pénal.
1062
OWONA (J), Droit de la fonction publique, L’HARMATTAN, 2011, p. 88.
1063
V. en ce sens l’art. 2 du décret n° 76/472 du 18 octobre 1976 portant certaines dispositions applicables aux
personnels cadres de l’Enseignement supérieur ; V. aussi la jurisprudence : CS/CA, n° 3 du 30 avril 1981,
GUIFFO Jean Philippe c/ Etat du Cameroun (Université de Yaoundé).
1064
V. CCA, arrêt n° 24 du 27 mars 1953, Dame CIVRA c/ Administration du Territoire ; CFJ/AP, arrêt n° 4 du
4 novembre 1965, Dame KIEFFER Marguerite c/ Etat du Cameroun.
1065
BILONG (S), Responsabilité de la puissance publique et compétence du juge en droit camerounais, Th.
Université de Douala, FSJP, 2001, p. 28.
1066
CCA, arrêt n° 75 du 22 décembre 1951, MOUNDOUMOU Théodore c/ Administration du Territoire.
1067
CS/CA, arrêt n° 1 du 30 novembre 1972, Jean Faustin BETAYENE c/ Société National des Investissements.

280
de fonctionnaire. Cet arrêt constitue un spectaculaire revirement de jurisprudence par rapport
au précédent1068.
Une fois présentée l’esquisse de l’agent public potentiellement requérant dans
l’instance contentieuse administrative, il convient maintenant de se pencher sur sa situation de
dominé par rapport à l’administration.

La position d’infériorité de l’agent public tient par principe au fait que la personne
publique (administration) est son employeur. En effet, l’agent public exerce une mission pour
le compte de l’administration.

Il en découle pour le fonctionnaire par exemple l’obligation d’obéissance hiérarchique


ou le devoir d’obéissance. Tout fonctionnaire est responsable de l’exécution des tâches qui lui
sont confiées. A ce titre, il est tenu d’obéir aux instructions individuelles ou générales
données par son supérieur hiérarchique dans le cadre du service, conformément aux lois et
règlements en vigueur1069. L’on peut en dire autant de tous les autres agents publics, potentiels
requérants. La qualité d’agent public met donc la personne concernée dans une position
hiérarchiquement inférieure à la personne publique. L’agent public est de ce fait un serviteur
de l’administration et à ce titre, il lui doit loyauté et obéissance.

Comme l’usager ou le tiers, l’agent public est dans une situation de dépendance avec
la personne publique. A la différence que si les premiers appartiennent à une catégorie
extérieure à l’administration, celle de l’administré, le second fait partie intégrante de jure ou
de facto du corps de l’administration.

In fine, le requérant, qu’il soit à l’origine un administré ou non, reste dans la situation
d’infériorité par rapport à l’administration. Il le sera davantage à travers sa nature de personne
privée.

B- Le requérant : une personne privée

A l’origine, le requérant est d’abord est une personne privée. Bien entendu, la notion
de personne ici ne saurait être tributaire des considérations philosophiques ou extra-juridiques
au risque de s’éloigner de l’objectif assignée à ce chapitre : tracer l’origine et démontrer le

1068
BILONG (S), Responsabilité de la puissance publique…, op. cit., p. 30.
1069
Art. 39 (nouveau) du décret n° 94/199 du 07 octobre 1994 portant Statut Général de la Fonction Publique de
l’Etat.

281
déséquilibre des personnes juridiques par rapport au droit administratif et son contentieux en
général et par rapport à la production de la preuve en particulier.

C’est donc dans une opération de qualification juridique et dans le produit de cette
qualification qu’il convient de rechercher la signification de la personne en droit.

En effet, la personne « construite par le droit n’est pas une figure du monde des
réalités, mais une simple qualification. Le sujet de droit a le même statut conceptuel qu’une
figure d’un jeu (par exemple, le roi aux échecs) : sa seule définition passe par un ensemble
de postulats précisant son fonctionnement au sein de ce jeu même, en dehors duquel il n’est
qu’un morceau de matière... Les sujets de droit n’existent qu’en droit, ils possèdent une
existence institutionnelle, propre et irréductible aux êtres qui peuvent leur servir de support
physique... On n’est pas sujet de droit en vertu de certaines propriétés intrinsèques, on le
devient par l’opération de cette interprétation juridique »1070.

Dire ainsi qu’une personne est privée en droit signifie qu’elle est, soit une personne
physique (1), soit une personne morale de droit privé (2).

1- Le requérant comme personne physique

La notion de personne physique est une notion bien connue du droit privé notamment
du droit civil. Dans sa quintessence et son essence, la personne physique évoque l’idée d’une
personnification juridique de l’individu.

Cette personnification traduit deux états selon DOMAT : « l’état des personnes par la
nature » et « l’état des personnes par les lois civiles »1071. Comme lui, le Professeur Gérard
CORNU oppose, pour identifier la personne physique, les « facteurs d’ordre naturel » et

1070
BERNARD (A), « L'identité des personnes physiques en droit privé remarques en guise d'introduction »,
[Link], consulté le 4 janvier 2017, p. 141.
1071
« Les distinctions qui font l'état des personnes par la nature, sont fondées sur le sexe, sur la naissance, et
sur l'âge de chaque personne, en comprenant sous les distinctions que fait la naissance, celles qui dépendent
de certains défauts ou vices de conformation qu'on a de naissance: comme sont, le double sexe dans les
hermaphrodites, l'incapacité d'engendrer et quelques autres. Et quoique quelques-uns de ces défauts puissent
aussi survenir par des accidents après la naissance; de quelque manière qu'on les considère, les distinctions
qu'ils font des personnes, sont toujours de l'ordre de celles que fait la nature ». « Les distinctions de l'état des
personnes par les lois civiles, sont celles qui sont établies par les lois arbitraires, soit que ces distinctions
n'aient aucun fondement dans la nature, comme celle des personnes libres et esclaves, ou que quelque qualité
naturelle y ait donné lieu, comme sont la majorité et la minorité » ( DOMAT, Les lois civiles dans leur ordre
naturel au XVIIe , cité par BERNARD (A), « L'identité des personnes physiques », op. cit., p. 145 et s.)

282
les « considérations d’ordre social »1072. Pour Gilles GOUBEAUX trois institutions du droit
civile permettent d’identifier la personne physique : le nom, qui désigne l’individu et le relie à
sa famille ; le domicile, qui le situe géographiquement ; les actes de l’état civil, qui l’insèrent
dans la chronologie et enregistrent sa position familiale1073.

La notion de personne physique est en revanche apparemment méconnue ou n’est pas


appréciée à sa juste valeur en droit public. Pourtant, elle s’impose à lui ou, pour le moins,
trouve en son sein une place importante bien que de manière discrète.

A titre d’exemple, le droit administratif préfère l’usage des concepts adaptés à son
régime, mais qui masquent mal la présence des personnes physiques ou morales privées. C’est
le cas entre autres des concepts d’administré, d’usager ou même d’agent public. Ceux-ci
mettent en exergue des personnes qui, par essence, sont des personnes physiques ou morales
privées.

Il en est ainsi également du droit du contentieux administratif où le requérant est, à


l’origine, une personne physique ou morale. L’on en veut pour preuve le fait qu’il lui est
demandé de mentionner dans la requête les nom, prénom, profession et domicile. De même, il
est exigé au requérant certains attributs de la personne physique pour déposer un recours, à
savoir :

Ŕ la capacité physique : ainsi une demande en justice ne peut provenir d’une


personne imaginaire, le requérant doit exister, être né et demeurer en vie au
moment où la demande est faite ;
Ŕ la capacité juridique : le requérant doit avoir l’âge de la majorité civile ;
Ŕ la capacité morale : le requérant doit être en possession de toutes ses facultés ; il
doit être capable de discernement.

1072
Comme DOMAT, il retient qu'un nombre important d'éléments constitue l'état des personnes. Le sexe ou
l'âge accompagnent la santé comme facteurs « d'ordre naturel ». Alors que les « considérations d'ordre social »
comprendraient la condition matrimoniale, l'origine familiale et d' « autres éléments » comme la profession, le
milieu social, la condition sociale ou le niveau de fortune qui ne seraient que « des considérations d'appoint ». A
ces éléments s'ajoutent le nom et le domicile, finalement essentiels et traités chacun dans une section spéciale
(CORNU (G), Droit civil, Introduction, les personnes, les biens, Montchrestien, 6e éd., 1993, p. 169 et s).
1073
GOUBEAUX (G), Traité de droit civil, L.G.D.J., 1989, p. 116.

283
Pour caractériser ces attributs, Jean-Claude KAMDEM parle de « dimension
personnelle de la demande »1074.

Cette dimension personnelle de la demande ne peut que servir l’idée que le requérant,
en tant que personne physique, revendique un intérêt particulier. Il paraît ainsi
presqu’illogique de prétendre le mettre au même pied d’égalité que l’administration, qui elle a
la charge de défendre l’intérêt général voire supérieur de l’Etat. La qualité de personne
physique du requérant implique que ce dernier a des intérêts propres et personnels à défendre.
Il s’agit des intérêts mineurs voire inférieurs par rapport à l’intérêt général, supérieur.

La dimension personnelle du requérant ne se limite pas au seul cas de la personne


physique, elle s’étend à la situation de la personne morale de droit privée.

2- Le requérant : une personne morale de droit privé

Les personnes morales, lorsqu’elles n’ont pas eu du mal à être acceptées, c’est par des
théories distinctes voire opposées qu’elles ont été admises. La personne morale a émergé,
s’est affirmée progressivement pour finalement s’imposer en tant que concept, catégorie voire
théorie juridique.

C’est dans le droit romain qu’il faut rechercher la conception embryonnaire des
personnes morales. L’on y trouvait déjà l’opposition entre l’ « universitas » et les « singuli »
qui la composent. Mais ce droit n’est pas parvenu à élaborer une théorie de la personne
morale, la distinction procédait seulement des nécessités pratiques1075. Au moyen âge une
véritable réflexion s’engage sur la nature des personnes morales. L’universitas s’analyse ainsi
en un « nomen intellectuale », « elle ne désigne que des individus unifiés sous un même
nom »1076.

Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que renaît une controverse juridique d’envergure, à
partir duquel s’élaborent des conceptions contemporaines sur la question. En effet, à la théorie
de la fiction légale1077 s’oppose la théorie de la réalité sociale1078. En dépit de leur opposition

1074
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, op. cit., p. 140.
1075
PAYNOT-ROUVILLOIS (A), « Personne morale », in Dictionnaire de la culture juridique, op. cit., p. 1154.
1076
Loc. cit.
1077
La théorie de la fiction légale postule que les personnes morales ne sont pas vraiment des personnes, mais
seulement des fictions de personnes. Les personnes morales ne sont créées que par imitation des personnes
physiques ; il s'agit d’une personnification de groupements ; à la différence des personnes physiques, elles sont
par principe incapables. Par conséquent, c'est à la loi et elle seule de déterminer les droits dont elles jouissent.

284
l’une contre l’autre, ces deux théories font front commun contre les théories
négationnistes1079.

Une chose est certaine, l’existence des personnes morales est admise en droit positif
camerounais où l’on distingue les personnes morales de droit public des personnes morales de
droit privé qui intéressent ici1080.

Ces précisions faites, la confrontation de la personne morale de droit privé avec la


qualité de requérant peut alors être engagée. La personne morale n’agit pas directement. Son
action transite toujours par ses organes. En principe les statuts désignent l’organe chargé de
représenter la personne morale. Mais pour être recevable en justice la personne morale doit
exister juridiquement. Le juge administratif exige la condition minimale d’existence juridique
ou encore de personnalité civile. Il n’en va pas toujours ainsi et pour des raisons pratiques le
droit prend en considération certaines situations de fait. Il y a existence de fait en cas de
défaut de formalités juridiques de création1081.

1078
La théorie de la réalité sociale signifie que, la loi ne fait que constater l'existence réelle de groupements
pourvus de la personnalité leur permettant d'exercer les droits qui leur sont attribués. La personne morale
s'impose au législateur ; les personnes morales sont des êtres sociaux nécessaires, animés d'une volonté propre,
organisés pour satisfaire ces intérêts. C'est l'existence de la volonté collective et la possibilité de l'exprimer, grâce
à des organes sociaux, qui fonde l'existence de la personne morale, indépendamment de toute intervention de
l’État.
1079
Pour ce qui est des théories négationnistes, elles sont divisées en deux groupes : la théorie de la propriété
collective et la théorie du patrimoine affecté à un but. Pour la première, notamment PLANIOL, la personnalité
morale serait en réalité une banale propriété collective : les propriétaires des biens de la personne morale sont
collectivement les membres du groupement. Cette théorie est incompatible avec l’existence d’éléments
extrapatrimoniaux attachés à la personne morale tels que le nom, le domicile ou la nationalité par exemple. Pour
les seconds, la personne morale ne serait en réalité qu’un patrimoine sans sujet, un patrimoine affecté à un but.
Cette théorie s’est essentiellement développée en Allemagne (Zweckvermögen = patrimoine but). Elle est très
bien adaptée à la fondation mais peu compatible avec les autres personnes morales.
1080
Plusieurs indices permettent de réaliser cette distinction : 1°) L’origine de l’établissement. Si sa création
résulte d’une loi ou d’un acte administratif, il a plutôt un caractère public. 2°) Le but de l’activité de
l’établissement. Si c’est un but d’intérêt général, cela va dans le sens de la nature publique de l’établissement. 3°)
Les rapports entre l’établissement et l’administration ou le gouvernement. Plus ils sont étroits, plus
l’établissement a de chances d’avoir une nature publique. 4°) L’existence de « prérogatives de puissance
publique » (comme, par exemple, le pouvoir de prendre des décisions qui s’imposent à leurs destinataires). Si
l’établissement en détient, il s’agit plutôt d’une personne publique.
1081
KAMDEM (J-C), Cours polycopié de contentieux administratif, t1, op. cit., p. 142.

285
Dans l’affaire MOUELLE KOULA Eitel1082, le juge administratif reconnaît à la
personne morale de fait un droit de recours pour excès de pouvoir. De même dans l’affaire
MBOUENDEU Jean de Dieu1083, il affirme que :

« Qu’en disposant… que toute association fondée dans les conditions prévues par la
loi peut librement ester en justice, le législateur camerounais n’a nullement voulu exclure
du prétoire administratif les associations non déclarées ».

Quoi qu’il en soit, une personne morale de droit privé demeure en situation
d’infériorité par rapport à l’administration. Comme la personne physique, celle-ci est mue par
des intérêts privés ou propres. Il est donc normal que, de par sa nature de personne privée, elle
se situe sur la marche inférieure de l’échelle des puissances par rapport à l’administration,
garante de l’intérêt général.
Devenue éventuellement, par la suite, requérante elle serait a priori en ballotement
défavorable par rapport à l’administration défenderesse si l’on en croit les implications
auxquelles sa situation d’infériorité donne lieu sur le terrain de la preuve.

PARAGRAPHE II : LES IMPLICATIONS DE LA SITUATION DE REQUERANT EN


MATIERE PROBATOIRE

Il a été démontré dans les développements précédents que le requérant a, à l’origine,


un statut qui le met dans une posture de dominé par rapport à l’administration. Cela a des
implications dans le prétoire du juge administratif notamment en matière probatoire. Ces
implications sont d’une part d’ordre général (A) et d’autre part, directement liées à la preuve
(B).

A- Les implications d’ordre général

L’analyse des implications d’ordre général s’avère nécessaire à ce niveau dans la


mesure où la preuve s’inscrit dans un processus juridictionnel d’ensemble. L’administré ou le
participant devenu requérant doit observer et passer par des étapes intermédiaires pour
convaincre le juge. Ces étapes traduisent en réalité un certain malaise de l’état de l’administré
ou du participant devenu justiciable.

De fait, la preuve est fournie devant une juridiction administrative qui a ses exigences
en termes d’accès et de procédure. La posture de dominé originel de l’adversaire de
1082
CFJ/AP, arrêt n° 1 du 9 janvier 1975, MOUELLE KOULA Eitel c/ République Unie du Cameroun.
1083
CS/CA, jugement du 29 novembre 1979, MBOUENDEU Jean de Dieu c/ Etat du Cameroun

286
l’administration fait que celui-ci est en général victime. Il se trouve ainsi traditionnellement
requérant à l’instance. Ce qui ne lui est pas toujours profitable. Il est en effet, et ce de manière
constante, dénoncé le difficile accès à la juridiction administrative (1) et une procédure
généralement très complexe (2) à laquelle il rebute très souvent. Toutes choses qui peuvent
contribuer à faire échec de son droit à la preuve.

1- Le difficile accès à la juridiction

L’accès à la juridiction administrative est le point de départ du cheminement de la


preuve fournie par le justiciable à ses allégations. Celui-ci conditionne son droit à la preuve.
La pleine réalisation de ce droit n’est garantie que par l’accès au prétoire. Que ne l’on ne
s’étonne dès lors guère de son érection en un droit fondamental1084. Mais pour un certain
nombre de considérations liées aux caractéristiques propres du droit administratif et à
l’armature même de la procédure administrative contentieuse, l’accès à la juridiction
administrative a été rendu difficile.

En effet, la procédure administrative contentieuse tout d’abord comprend une phase


précontentieuse et une phase contentieuse. C’est dans la phase précontentieuse qu’est logée la
règle du recours gracieux préalable1085. Or, le recours gracieux préalable serait en pole
position des règles rendant difficile l’accès des justiciables à la juridiction administrative.

Ainsi, la généralisation du recours gracieux préalable en tant que condition même de


l’existence du recours juridictionnel dans le système constitue un obstacle majeur pour
l’accès des justiciables à la juridiction administrative1086.

En effet beaucoup d’administrés se perdent en conjectures lorsqu’il faut introduire un


recours gracieux auprès de l’administration. Cela est dû à la complexité des textes et à
l’organisation de l’administration1087. Cela est également dû à la jurisprudence qui n’a pas
toujours réussi à bien situer sur la question. En usant de la métaphore, un auteur parlera de

1084
Le préambule de la loi constitutionnelle n° 96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 02
juin 1972 est peu ou prou clair : « La loi assure à tous les hommes le droit de se faire rendre justice ».
1085
L’art. 17 (1) de la loi n° 2006/022 sur les tribunaux administratifs dispose que « Le recours devant le
tribunal administratif n’est recevable qu’après rejet d’un recours gracieux adressé à l’autorité auteur de
l’acte attaqué ou à celle statutairement habilité à représenter la collectivité publique ou l’établissement
publique en cause ».
1086
ABANDA ATANGANA (A), « A la recherche d’un cadre juridique approprié… », op. cit., p. 145.
1087
GUIMDO DONGMO (B-R), « Le droit d'accès à la justice administrative au Cameroun », op. cit., p. 476.

287
« chronique du grain de sable dans la fluidité jurisprudentielle »1088 pour exprimer la
difficulté que la jurisprudence administrative éprouve dans ses interprétations à propos de
cette la règle.

Si des raisons légitimes1089 sont souvent évoquées pour justifier cette règle, un doute
est quand même jeté quant à la véritable raison de son existence. D’aucuns pensent en effet
qu’elle est « un véritable verrou protecteur de l’administration »1090. Ce qui paraît contraire
aux exigences de l’Etat de droit1091 et d’un procès équitable.

D’autres éléments traduisent également la limitation de l’accès au juge. C’est le cas


entre autres de la multiplication des actes juridiques insusceptibles de recours contentieux.
L’on assiste ainsi à une extension de la catégorie des actes de gouvernement, à la prolifération
d’actes décisoires non justiciables1092 et enfin à l’admission de l’injusticiabilité des actes
unilatéraux non décisoires1093.

De tels actes limitent considérablement le droit d’accès à la juridiction administrative


et en conséquence le droit à la preuve. Ils révèlent au surplus, la complexité de la procédure
administrative contentieuse.

2- La complexité de la procédure

La procédure administrative contentieuse affirment certains auteurs a souvent été


regardé par le justiciable camerounais comme une matière ésotérique, étrangère aux us et
coutumes locaux. Ce qui a fortement contribué à limiter l’accès de ceux-ci au prétoire. Le

1088
ABA’A OYONO (J-C), « Chronique du grain sable dans la fluidité jurisprudentielle à la Chambre
administrative du Cameroun », in CJP, Annales de l’Université de Ngaoundéré, n°1, 2008, 259-285.
1089
D’abord elle permet à l’administration d’être informée sur les intentions de l’administré ; ensuite, elle permet
un règlement à l’amiable du litige au niveau de l’administration ; enfin, elle lie le contentieux et éclaire le juge
saisi sur le fait que l’administration et l’administré n’ont pas pu s’entendre (cf. GUIMDO DONGMO (B-R),
« Le droit d'accès à la justice administrative au Cameroun », op. cit., p. 469).
1090
ABA’A OYONO (J-C), La compétence de la juridiction administrative en droit camerounais, op. cit., p.
282.
1091
FANDJIP (O), « Les "citations directes" en droit camerounais du contentieux administratif », Jurisdoctoria
n° 8, 2012, P. 155.
1092
Ces actes décisoires non justiciables sont consacrés dans le cadre de ce que M S. BILONG a appelé « les lois
d’immunité » juridictionnelle (In BILONG (S), « Le déclin de l’Etat de droit au Cameroun : le développement
des immunités juridictionnelles », Juridis Périodique n° 62, Avril-Mai-Juin 2005, p. 53.).
1093
Lire à ce sujet : GUIMDO DONGMO (B-R), « Le droit d'accès à la justice administrative au Cameroun »,
op. cit., p. 476 et s.

288
Professeur Joseph-Marie BIPOUN WOUM parle ainsi de blocage « socio-culturel »1094.
Dans le même ordre d’idées le Professeur Maurice KAMTO constate « l’état de sous-
développement juridique de nos populations, trop souvent désarmées devant le Droit
moderne-occidental qu’elles regardent comme une matière ésotérique »1095.

A la vérité, s’il apparaît que la limitation de l’accès du justiciable au prétoire est due
au blocage socio-culturel, elle le serait davantage à cause de la complexité même de la
procédure administrative contentieuse elle-même. Cette complexité de la procédure qui fait
rebuter le justiciable conduit généralement au rejet de sa demande. L’on a souvent (parfois à
tort) fait reposer la responsabilité de cet échec au justiciable à cause de son ignorance ou de
sa négligence des règles de procédure.

C’est du moins ce que laisse entrevoir le Professeur Maurice KAMTO lorsqu’il


constate : « le rejet de la plupart des pourvois devant le juge administratif pour des
questions de procédure ». Il note ainsi qu’ « une exploitation systématique des minutes des
greffes des deux juridictions administratives (chambre administrative et assemblée plénière
de la cour suprême) montre en effet que nombre de camerounais perdent leur procès
administratif avant de les avoir commencés, alors qu’ils ont des moyens juridiques sérieux
quant au fond. La faute revient en général au requérant, mais elle est bien souvent hélas!,
imputable au conseil des parties qui, par négligence ou par ignorance se mettent en porte à
faux par rapport à tel aspect de la procédure devant les juridictions administratives »1096.

Cela n’est pas certes contesté, mais il convient quand même de le relativiser. C’est
aussi, en réalité et voire en majeure partie, en raison de sa complexité que la procédure est mal
maîtrisée par le justiciable.

En effet, il faut relever que la complexité de la procédure procède des facteurs d’ordre
financier, structurel et temporel. Pour le Professeur Bernard-Raymond GUIMDO
DONGMO, ces facteurs de complexité constituent des facteurs de « dissuasions » des
justiciables à exercer leur droit au juge. Il distingue ainsi les dissuasions financière,
structurelle et temporelle pour mettre en exergue le cortège des méfaits qu’engendre la
complexité de la procédure à l’égard du justiciable.

1094
BIPOUN-WOUM (J-M), « Recherches sur les aspects actuels de la réception du droit administratif… », op.
cit., p. 381 et s.
1095
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 3.
1096
Loc. cit.

289
La dissuasion financière se rapporte au coût financier du recours et à celui lié à l’issue
défavorable du procès. La dissuasion structurelle renvoie à la persistance de la centralisation
et de la dépendance de la justice administrative d’une part et à la complexité de la répartition
des compétences juridictionnelles. La dissuasion temporelle traduit la complexité récurrente
de l’instruction des recours et de l’extension permanente de la phase de jugement1097.

La liste n’étant pas exhaustive, les dissuasions relevées constituent des obstacles à
l’exercice de son droit à la preuve par le justiciable.

Le difficile accès à la juridiction tout comme la complexité de la procédure


administrative contentieuse sont des éléments qui permettent de confirmer la position
désavantageuse du requérant à l’instance contentieuse surtout en ce qui concerne le régime
probatoire.

Il s’est agi jusque-là des implications d’ordre général affectant le régime probatoire.
Le temps est maintenant venu de s’attarder sur les implications affectant directement le
régime probatoire.

B- Les implications spécifiques

La situation d’infériorité du requérant a des implications directes sur le régime


probatoire. Le requérant, administré, participant ou personne privée à l’origine ferait face à de
sérieuses difficultés pour apporter la preuve de ses allégations. La raison : l’administration
détient la plupart du temps les moyens de preuve. Or celle-ci oppose aux citoyens deux sortes
de barrages : le mutisme de leurs agents et le secret de leur dossier (1). Elle peut de ce fait
refuser de communiquer ou de faciliter la production des documents devant servir à
l’établissement de la preuve tel que l’illustre la jurisprudence administrative (2).

1- Le mutisme des agents et le secret des dossiers

Le mutisme des agents tient à l’obligation du secret professionnel, secret des dossiers
qui tient au principe suivant lequel en l’absence de dispositions législatives ou réglementaires,
un particulier n’a pas droit à communication des actes administratifs en vertu desquels une
décision est intervenue. Cette difficulté est particulièrement aggravée lorsque l’administration
jouissant d’un pouvoir discrétionnaire n’est pas tenue de motiver ses décisions.

1097
GUIMDO DONGMO (B-R), « Le droit d'accès à la justice administrative au Cameroun », op. cit., p. 490 et
s.

290
Le secret est aussi très présent en matière fiscale. Les agents des impôts sont tenus au
secret professionnel et ne peuvent communiquer les informations recueillies dans le cadre de
leurs fonctions. Cette obligation vaut également à l’égard des renseignements obtenus d’une
Administration fiscale étrangère, dans le cadre de l’assistance administrative mutuelle en
matière fiscale prévue par les Conventions internationales. Ne sont ainsi couvertes par le
secret professionnel que les informations exclusivement relatives au dossier médical des
patients, ou à la sécurité nationale et classées secret défense 1098.

Toutefois, par voie de réciprocité, les agents des impôts sont déliés du secret
professionnel à l’égard du Contrôle Supérieur de l’Etat, du Trésor, des Douanes, des Brigades
Economique et Financière agissant dans le cadre de leurs fonctions ainsi que des
administrations fiscales étrangères agissant dans le cadre de l’assistance administrative
mutuelle en matière fiscale prévue par une convention internationale. A la demande du
Directeur Général des Impôts, le Procureur de la République fournit toutes les informations
nécessaires au bon accomplissement des missions de l’Administration fiscale1099.

Malgré cette légère inflexion, il n’est pas toujours évident d’obtenir de


l’administration certaines informations en vue d’établir la preuve de ses allégations. Il n’est
donc pas rare de voir le requérant se voir opposer par l’administration défenderesse un secret
aux demandes d’information. Les exemples sont légions en jurisprudence.

2- L’illustration dans l’affaire Michel NJINE GANGLEY

L’administration défenderesse se refuse souvent de faciliter la production ou de livrer,


de fournir les pièces dont elle a à sa disposition au requérant. L’affaire Etat du Cameroun c/
Michel NJINE GANGLEY1100 le démontre à suffisance.

Dans cette affaire, l’Etat du Cameroun avait constitué le Sieur NJINE GANGLEY
Michel, par l’entremise d’un arrêté, débiteur envers le trésor public. Il lui était reproché de
s’être rendu, durant la période où il a assumé les fonctions de représentant permanent du
Cameroun auprès des Nations Unies à NEW YORK, coupable des malversations et
irrégularités graves d’un montant de 162 208 394 francs. Le sieur NJINE NGANGLEY avait
alors saisi la Chambre administrative d’un recours en excès de pouvoir pour faire annuler ledit
arrêté.

1098
Art. L 47 (1) et (2) du Livre des procédures fiscales.
1099
Art., L 48.
1100
CS/AP, arrêt n° 1 du 18 avril 1996, Etat du Cameroun c/ Michel NJINE GANGLEY.

291
Celle-ci, pour arriver à la manifestation de la vérité, avait ordonné un jugement avant-
dire droit qui autorisait les parties à faire la preuve par tous les moyens de leurs allégations.
Ce jugement précisait par ailleurs que :

« En cas de déplacement des membres de la Cour …, tant à l’intérieur qu’à


l’extérieur, les frais en ce qui concerne lesdits membres seront supportés par l’Etat… ».

Mais, face aux difficultés rencontrées auprès de l’Etat pour exécuter la décision ci-
dessus, la Chambre a partiellement déclaré le recours fondé dans un jugement rendu en
janvier 1980.

Mais l’Etat du Cameroun, qui s’était pourvu en appel contre cette décision, allait la
voir confirmée par l’Assemblée Plénière. Cette dernière, suite à l’improductivité de
l’expertise qu’elle avait ordonnée plus tôt en avant-dire droit le 15 novembre 1984, avait suivi
le sens des arguments du sieur NJINE NGANGLEY d’après lesquels :

« … l’avant-dire droit a entre autres mesures autorisé les parties à faire la preuve
par tous les moyens de leurs allégations, les moyens à la disposition de NJINE, ne peuvent
être des livres comptables, les doubles de correspondances, les souches des chèques qui se
trouvent être la propriété de l’Etat du Cameroun et conservés à la représentation
diplomatique ;

Que c’est l’Etat du Cameroun qui a fait obstacle à son exécution, pour raison d’Etat
et ne peut donc se prévaloir de sa propre turpide ».

L’Assemblée Plénière affirme ainsi que :

« Considérant qu’il est amplement démontré que l’Etat du Cameroun n’a jamais
produit ni les preuves, ni les pièces justificatives de détournement reproché à NJINE
NGANGLEY Michel ;

Considérant que les mesures d’instruction ordonnées aussi bien par la Chambre
Administrative que par l’Assemblée Plénière, ont été bâclées, cas de l’expertise, ou leur
exécution simplement renvoyée par l’Etat du Cameroun, cas du transport sur les lieux de la
Chambre administrative ;

…il convient par conséquent de confirmer la décision attaquée ».

292
Cette affaire met en lumière la capacité qu’a l’Etat de faire obstacle à la manifestation
de la vérité. On voit en effet ici que l’Etat évoque la raison d’Etat pour empêcher une descente
sur les lieux.

Mais cette stratégie de défense de l’administration s’est révélée être une épée à double
tranchant pour celle-ci. En décidant en effet de faire obstacle à la manifestation de la vérité,
l’administration s’est vue discréditer pour la même raison par l’Assemblée Plénière. Car, la
raison d’Etat qui est un terme creux et vague ne pouvait pas suffire à convaincre le juge
administratif dans l’espèce.

293
C ONCLUSION DU CHAPITRE

Le régime probatoire en contentieux administratif camerounais tient sa spécificité d’un


certain nombre de considérations propres au droit administratif en général et au droit
administratif camerounais en particulier. La principale de ces considérations est que celui-ci,
on le sait, porte les gènes de l’inégalité, lesquels prennent structure dans la nécessité de servir
l’intérêt général voire l’intérêt supérieur de l’Etat. L’objectif assigné au présent chapitre était
donc de mettre en exergue les attributs de cette inégalité et leur impact sur le régime
probatoire afin de justifier le pouvoir de rééquilibrage du juge administratif. Cela a nécessité
par conséquent deux étapes dans la réflexion.

L’on s’est d’abord intéressé à l’administration défenderesse, dans l’optique de


démontrer que sa supériorité supposée ou vécue en tant que sujet privilégié du droit
administratif lui offre a priori des faveurs dans l’établissement de la preuve. L’analyse a ainsi
permis de relever que l’administration possède d’une part, des pouvoirs, en l’occurrence le
pouvoir discrétionnaire et la compétence liée et d’autre part, des privilèges, notamment du
préalable et de l’exécution d’office. Ceux-ci lui garantissent, même s’ils ne lui donnent pas
toujours raison, une position confortable par rapport à l’adversaire en matière probatoire.

L’on s’est ensuite appesanti sur le requérant qui, en général, est une personne autre
que l’administration. Et contrairement à cette dernière, il n’est pas un sujet privilégié du droit
administratif. Il est simplement, soit un administré, soit un participant à l’exécution du service
public ou du travail public. Quoi qu’il en soit, dans chacun de ces deux états, il est un
particulier, une personne privée, c’est-à-dire encore soit une personne physique, soit une
personne morale privée. Il se trouve donc en posture de dominé et traditionnellement de
victime. Ce qui le met dans une situation inconfortable, dans la mesure où, c’est lui en
principe qui doit en premier apporter la preuve des faits qu’il invoque et qu’il ne détient pas
toujours. Or l’accès à la juridiction, la complexité de la procédure d’une part, et le mutisme de
l’administration et le secret de ses dossiers d’autre part, ne lui facilitent pas la tâche.

294
En clair, pour toutes les raisons avancées, la preuve n’est pas facilement à la portée du
requérant. C’est au juge administratif qu’il revient en conséquence, usant de ses pouvoirs
inquisitoriaux, de rééquilibrer les forces en présence par l’inversion du fardeau de la preuve.

295
C HAPITRE II : L’OPERATIONNALISATION DU
REEQUILIBRAGE PAR L’INVERSION DE LA CHARGE DE
LA PREUVE

296
La spécificité du régime probatoire en contentieux camerounais repose en majeure
partie sur le pouvoir qu’a le juge administratif d’attribuer de manière autoritaire le fardeau de
la preuve à l’une des parties. C’est bien parce qu’il dispose de ce pouvoir qu’il peut
rééquilibrer le rapport de forces entre les parties. Dans les développements précédents, il a
amplement été démontré que l’administration a des pouvoirs et des privilèges qui l’érigent en
super justiciable ou, pour le moins, en un justiciable pas comme les autres.

Si l’on ne se situe plus à l’époque où les légistes français considéraient que « le roi ne
peut mal faire »1101 ou celle à laquelle les auteurs camerounais évoquaient
« l’institutionnalisation de la légalité de crise »1102 ou encore « la sacralité comme
fondement du pouvoir de l’Etat »1103 pour démontrer « l’accroissement des prérogatives des
autorités administratives »1104, il reste que la puissance de l’administration continue à
imposer et à s’imposer. Cette puissance est telle qu’affronter l’administration en justice
pourrait parfois s’avérer risqué, ne serait-ce que sur le terrain de la preuve.

Ainsi, s’il apparaît excessif de dire que, « plaider et prouver contre l’Etat est un acte
d’imprudence, voire de témérité »1105, il est en revanche tout à fait mesuré d’affirmer que, le
faire, est un lourd fardeau pour le citoyen. En effet, l’administration génère des intérêts
collectifs, considérés comme supérieurs ; ses décisions sont présumées légitimes et
nécessaires ; ses fonds sont ceux de tous les contribuables. Différente est la situation de
l’usager, de l’administré, à l’égard duquel l’Etat dispose de pouvoirs de contrainte sociale et
juridique : pour le citoyen, la preuve des faits est un fardeau, souvent très lourd1106.

Il est donc compréhensible que, dans le procès fait à l’Etat, la première question
décisive, qui se pose au juge ne soit pas celle de la qualité de la preuve mais celle de sa
charge1107.

1101
PLANTEY (A) et BERNARD (F-Ch), La preuve devant le juge administratif, op. cit., p. 89.
1102
OWONA (J), « L’institutionnalisation de la légalité d’exception dans le droit public camerounais », in RCD,
n° 6, Juillet-Décembre, 1974.
1103
KAMTO (M), Pouvoir et droit en Afrique noire, op. cit., p. 65 et s.
1104
NLEP (R-G), L’administration publique camerounaise…, op. cit., p. 284 et s.
1105
PLANTEY (A) et BERNARD (F-Ch), La preuve devant le juge administratif, op. cit., p. 89.
1106
PLANTEY (A), « La preuve devant le juge administratif », in JCP-la semaine juridique, doctrine, 1986, I.
3245, n° 2.
1107
Loc. cit.

297
La question relative à la charge de la preuve devient dès lors une préoccupation
centrale à ce stade de l’étude. C’est en effet du traitement que lui réserve le juge administratif
camerounais que se dessine l’originalité du régime probatoire en contentieux administratif
camerounais et surtout le soubassement de ses pouvoirs de preuve. Que faut-il dès cet instant
entendre par charge de la preuve ?

Lorsqu’on évoque la charge de la preuve, il se pose la question de savoir qui doit


prouver. La charge de la preuve détermine quelle partie au procès doit administrer la preuve
si elle ne veut pas succomber1108. Il s’agit là d’une notion fondamentale à laquelle le juge
administratif camerounais accorde une importance de premier plan et qui constitue l’un de ses
particularismes. La particularité du contentieux administratif camerounais tient en effet à la
désignation « a priori » par le juge de l’une des parties devant lui fournir une preuve précise,
dans un domaine précis1109.

Il faut bien comprendre que ce postulat du juge administratif camerounais répond à


une inquiétude bien réelle. Il peut en effet avoir des conséquences d’autant plus fâcheuses
pour le requérant, et cela a été abondamment évoqué, que c’est souvent l’administration qui
détient dans ses dossiers les éléments de preuve. L’administré subit donc une défaveur que la
jurisprudence doit compenser1110.

Si en règle générale, et en vertu de l’adage actori incumbit probatio, le juge


administratif camerounais désigne en premier lieu le requérant pour apporter la preuve de ses
allégations comme le démontre sa jurisprudence (Section I) ; il ne résigne non plus Ŕ ce qui
est une originalité Ŕ à déplacer cette charge du côté de l’administration défenderesse (Section
II). C’est le cas lorsqu’il est avéré que le requérant se trouve dans l’impossibilité de produire
les moyens de preuve qui sont détenus par l’administration défenderesse.

SECTION I - L’EXIGENCE GENERALE DE LA PREUVE A LA CHARGE DU


REQUERANT

Les parties doivent, normalement chacune en ce qui la concerne, apporter la preuve de


leurs allégations. Exiger la preuve au requérant ne dédouane en rien le défendeur de se livrer
au même exercice. Mais l’on ne peut ignorer le fait que si la partie défenderesse se trouve
devant le juge, c’est par le fait du requérant. Pour cette raison même, ce n’est pas au

1108
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., p. 845.
1109
FOUMENA (GT), Le juge administratif et la preuve, op. cit., p. 314.
1110
DARCY (G), « La preuve et le juge administratif », op. cit., p. 114.

298
défendeur, mais au requérant d’apporter la preuve des faits par lesquels il est incriminé. Le
requérant se trouve ainsi être « le principal répondant de la charge de la preuve »1111. Il est
donc normal que l’on fasse peser un doute sur ses allégations s’il ne rapporte la preuve de
celles-ci. L’adage actori incumbit probatio traduit mieux que toute autre règle cette exigence
classique quel qu’en soit le type de contentieux en cause. Le droit du contentieux administratif
camerounais en particulier a fait sienne cette règle classique du droit de la preuve.
L’invocation de cet adage y est alors constante (paragraphe I), notamment dans des
domaines contentieux précis et avec des conséquences pour chaque partie (paragraphe II).

PARAGRAPHE I - L’INVOCATION DE L’ADAGE ACTORI INCUMBIT PROBATIO

L’adage actori incumbit probatio a une origine civiliste. Elle résulte des dispositions
du Code civil aux termes desquelles : « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit
la prouver. Réciproquement, celui qui se prétend libéré, doit justifier le paiement ou le fait
qui a produit l’extinction de l’obligation »1112. La procédure civile reste dominée par cet
adage qui fait peser le fardeau de la preuve sur le demandeur.

Le droit du contentieux administratif camerounais a importé ledit adage au point que,


comme en procédure civile, elle semble être enracinée fortement dans la procédure
contentieuse administrative. Elle revêt même le caractère d’une règle classique dans le régime
probatoire en contentieux administratif camerounais. Si plusieurs études s’y sont intéressées,
cela ne présage nullement toutefois d’un manque d’intérêt à toute étude nouvelle qui y est
consacrée. Ce d’autant plus que, la présente étude s’y intéresse dans la perspective de mettre
en lumière les pouvoirs généraux de preuve du juge administratif camerounais.

S’il est convenu de considérer comme ancrée dans le régime probatoire du


contentieux administratif camerounais l’adage actori incumbit probatio, il faut en rechercher
la signification (A) et les fondements (B).

A- La signification

L’adage « actori incumbit probatio » signifie que la preuve incombe au


demandeur1113. Mais la charge théorique attachée à cet adage montre qu’elle peut être

1111
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, [Link], pp. 378.
1112
Art. 1315.
1113
ROLAND (H), Lexique juridique, Expressions latines, Litec, 5è éd., 2010, p. 11.

299
envisagée selon une double conception : une conception extensive (1) à laquelle l’on peut
opposer une conception stricte (2).

1- La conception extensive

Dans une large acception, la règle actori incumbit probatio signifie que la preuve des
faits incombe à celui qui les invoque. Comme le souligne Henri LEVY-BRUHL « la
maxime actori incumbit probatio (…) n’est exacte et ne prend de portée générale que si par
ce mot actor on désigne non pas le demandeur au sens technique, mais celui qui veut
modifier en sa faveur l’ordre existant »1114.

En ce sens également, le Professeur Jean-Marie TCHAKOUA affirme que cette


règle doit être « comprise comme signifiant que chacun doit apporter la preuve de ses
allégations »1115. Toutes les parties au procès ont l’obligation de prouver. La preuve ne serait
pas à la charge exclusive du requérant, mais aussi du défendeur. C’est ce que tend à
démontrer la maxime « reus in excipiendo fit actor »1116. Le fardeau de la preuve se déplace
donc au cours de l’instance. Il pèse alternativement sur chacune des parties en fonction de
leurs allégations et de leurs dénégations respectives1117. Le juge administratif camerounais le
conforte lorsqu’il affirme que « … celui qui allègue un fait doit le prouver»1118.

La règle ne signifie donc nullement que dans un procès, la charge de la preuve de tous
les faits pèse sur le requérant, le défendeur devant sans cesse l’obliger à prouver tel ou tel fait,
à détruire telle ou telle allégation1119. Dire donc que la charge de la preuve appartient au
défendeur ne signifie pas nécessairement qu’il doive en personne, apporter toute la preuve1120.

Si cette solution était retenue le requérant ne pourrait pratiquement jamais arriver à


fournir certaines preuves : la partie défenderesse allègue, par exemple, que le requérant était
imprudent, il peut être très difficile, pour ce dernier, de prouver qu’il ne l’était pas. C’est pour
éviter une telle issue qu’il est exigé au défendeur de participer à la matérialité des faits en
prouvant ce qu’il allègue ou en fournissant des documents devant servir à établir la vérité.
1114
Rapporté par CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit.,
p. 850.
1115
TCHAKOUA (J-M), Introduction générale au droit camerounais, Presse de l’UCAC, 2008, p. 201.
1116
Elle signifie que le défendeur en excipant devient demandeur.
1117
CADIET (L), NORMAND (J) et AMRANI MEKKI (S), Théorie générale du procès, op. cit., p. 850.
1118
CS/AP, arrêt n°66 du 22 février 2007 BODIE Paul Walter c/ Etat du Cameroun.
1119
TCHAKOUA (J-M), Introduction générale au droit camerounais, op. cit., p. 201.
1120
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, [Link], p. 379.

300
La charge de la preuve pèse donc sur toutes les parties. Toutefois, l’on note une
fluctuation selon que l’on est en procédure civile ou en contentieux administratif.

En procédure civile, la règle actori incumbit probatio est adaptée aux exigences du
principe de la neutralité du juge. Le principe de la neutralité dans le domaine des preuves est
considéré en procédure civile, comme la conséquence du pouvoir de direction du juge. On lui
rattache deux caractères fondamentaux du droit des preuves en matière civile. Les parties
seules doivent rechercher et réunir les faits et actes qu’elles invoquent à l’appui de leurs
prétentions respectives. Le juge civil n’a aucun pouvoir d’investigation, il joue le rôle d’un
arbitraire supérieur qui départage les plaideurs sans participer lui-même à la recherche des
preuves.

Cette conception du principe de la neutralité est fortement contestée par Charles


DEBBASCH, parce que, elle tend selon lui à démontrer que, l’instance étant la chose des
parties, le juge doit rester neutre. Or, souligne-t-il, même en contentieux administratif,
l’instance est fixée par les parties, mais le juge intervient dans le domaine des preuves grâce à
ses pouvoirs inquisitoriaux. La neutralité doit donc se justifier seulement parce que le juge
civil dispose de pouvoirs réduits et non parce que ce sont les parties qui fixent le cadre de
l’instance1121.

Le principe de neutralité conduit le juge à être moins actif et non passif dans la
recherche des preuves. Car, si les parties s’affrontent sous son arbitrage, il garde toutefois la
possibilité d’ordonner ex officio les mesures d’instruction.

En contentieux administratif, l’on parle non plus de neutralité, mais d’inquisitorialité.


Car le juge dispose d’un pouvoir particulièrement important dans le contentieux administratif,
en matière probatoire notamment. Il n’hésite pas à désigner laquelle des parties doit apporter
la preuve. Il distribue en réalité la charge de la preuve entre les différentes parties.

In fine, de ce qui précède, il importe de retenir que l’acception large de la règle actori
incumbit probatio permet d’impliquer toutes les parties au procès dans la production des
preuves devant servir à établir la véracité des faits. Toutefois, ladite règle s’adapte aux
caractéristiques de chaque contentieux en cause. En procédure civile, elle est sous l’influence
du principe de neutralité du juge et en contentieux administratif, elle reste sous l’effet du
principe d’inquisitorialité.

1121
Ibid., pp.367-368.

301
A cette acception large de la règle actori incumbit probatio se distingue une acception
stricte.

2- La conception restrictive

La conception restrictive de l’adage actori incumbit probatio repose sur le postulat que
le requérant est le principal répondant de la charge de la preuve. Faire subir au requérant le
fardeau de la preuve a sa logique. Il est celui qui réclame, qui prétend, qui « dérange » et qui
a donc à s’en justifier1122. Cela se justifie différemment selon qu’il s’agit de la procédure
civile ou des contentieux administratif et fiscal.

En droit civil processuel d’abord, ce principe obéit à la finalité du procès qui consiste à
pénaliser a priori celui qui, en saisissant le juge est considéré comme l’individu qui trouble la
paix sociale1123. Tout se passe comme si le requérant qui saisit une juridiction venait
compromettre une situation juridique restée paisible jusqu’à la saisine du juge. En sorte que
c’est celui qui prend une initiative, notamment en introduisant un recours devant le juge, qui
doit démontrer le bien-fondé de sa prétention1124.

En contentieux administratif ensuite, cet adage peut trouver son fondement dans le
privilège du préalable. En effet, en raison de sa présomption de conformité à la loi, l’acte
administratif crée d’office des droits ou des obligations à la charge des particuliers. Il
appartient donc à l’administré qui conteste la légalité de l’acte administratif en cause, de
rapporter devant le juge, la preuve de sa contrariété à la loi. Aussi, renvient-il à celui qui
s’estime victime d’un préjudice que lui a causé l’administration de le prouver, d’en établir la
matérialité des faits l’ayant entraîné.

Enfin, l’applicabilité du principe du privilège du préalable dans le contentieux de


l’imposition implique également une présomption de légalité de l’acte administratif
d’imposition. Il s’en suit que c’est le contribuable qui invoque l’illégalité dudit acte, qui doit
en administrer la preuve devant le juge administratif de l’impôt1125.

1122
PACTEAU (B), Manuel de contentieux administratif, op. cit., p. 169.
1123
De La MARDIERE (C), La preuve en droit fiscal, Paris, Nexis-Lexis, coll. Litec, 2009, p. 1.
1124
Loc. cit.
1125
AKONO OMGBA SEDENA, L’apport du juge administratif au droit fiscal au Cameroun, op. cit., p. 449.

302
En somme, l’adage actori incumbit probatio peut être résumé autour du principe selon
lequel, « le juge, quel qu’il soit, tiendra à obtenir du demandeur la démonstration de son
droit »1126. Ce principe repose sur des fondements précis.

B- Les fondements

L’adage actori incumbit probatio a en droit du contentieux administratif camerounais


des fondements à deux facettes : ils sont à la fois textuels (1) et jurisprudentiels (2).

1- Les fondements textuels

La doctrine publiciste camerounaise a souvent laissé penser que l’adage actori


incumbit probatio a un fondement exclusivement jurisprudentiel1127. Monsieur Gaétan
Thierry FOUMENA affirme par exemple que « les textes législatifs et assimilés qui
régissent la procédure administrative contentieuse n’en font pas cas »1128. Et pourtant à y
regarder de près, certains textes généraux ou particuliers relatifs, de près ou de loin, à la
procédure administrative ont esquissé ou esquissent dans leur lettre et parfois esprit la
présence de cet adage.

L’on peut, pour l’illustrer, prendre en exemple parmi les textes généraux consacrant
cet adage : le tout premier texte régissant la procédure administrative contentieuse au
Cameroun ou, pour être précis, sur le territoire du Cameroun, le décret du 16 décembre 1921
déterminant la procédure à suivre devant le Conseil du Contentieux Administratif du
Territoire du Cameroun ; et la loi de 2006 actuellement en vigueur fixant l’organisation et le
fonctionnement des tribunaux administratifs.

Ceux-ci attribuent d’une certaine façon la charge de la preuve au requérant. L’arrêté de


1921 dispose que : « la requête introductive d’instance doit contenir… l’exposé des faits qui

1126
De La MARDIERE (C), La preuve en droit fiscal, op. cit., p. 1.
1127
C’est le cas du Professeur Maurice KAMTO et du Professeur Célestin SIETCHOUA qui, traitant de la
question, ne font pas la moindre allusion au texte pour justifier sa consécration (in Droit administratif processuel
du Cameroun, op. cit., p. 60 et s., pour le premier ; in L’appel dans le contentieux administratif au Cameroun,
op. cit., p. 258 et s., pour le second). C’est également le cas de Monsieur Gaétan Thierry FOUMENA, in La
charge de la preuve dans le contentieux administratif camerounais, Mémoire de DEA en Droit public,
Université de Yaoundé II, FSJP, 2005/2006, p. 14 et s.
1128
FOUMENA (GT), ibid., p. 15.

303
motive la demande, les moyens et les conclusions, l’énonciation des pièces jointes »1129. La
loi de 2006 énonce de son côté : « La requête introductive d’instance doit contenir…
l’exposé des faits qui servent de base à la demande, les moyens et l’énumération des pièces
à l’appui de la demande »1130. Il faut préciser qu’en dehors de ces deux textes, d’autres qui
n’auront pas été ici cités comportent mutatis mutandis de telles disposition.

A l’analyse, il est demandé au requérant à travers ces dispositions, de présenter ses


conclusions dans sa requête. Or celles-ci contiennent d’une part, « l’objet » de la demande,
c’est-à-dire ce que demande le requérant, ses prétentions, le résultat qu’il attend (l’annulation
d’un acte administratif, une somme d’argent). Surtout d’autre part, elles contiennent les «
moyens » de fait et de droit, c’est-à-dire l’argumentation sur laquelle elles se fondent pour
justifier leur demande, démontrer et expliquer le bien-fondé de l’objet de cette demande1131.

A l’aune de la disposition sus évoquée, il est incontestable que le requérant supporte la


charge de la preuve. Tout requérant qui ne parvient pas en effet à produire ces moyens ou qui
ne convainc pas par ces moyens verra sa requête rejetée ou déclarée non fondée par le juge,
selon le cas. Le requérant endosse ainsi le risque du doute, soit le risque de perdre le procès
s’il ne parvient pas à apporter la démonstration requise.

Cela est d’autant plus vrai qu’au même moment la loi ne conserve pas à l’égard du
défendeur la même rigueur. L’absence d’objet, de moyens et en fin de compte de mémoire en
défense, ne conduit pas nécessairement et tout de suite à l’annulation de la décision de
l’administration défenderesse ou à sa condamnation au paiement des dommages et intérêts.
L’affaire pourrait plutôt, le cas échéant, être jugée par défaut. Si même dans l’hypothèse d’un
jugement par défaut, il est avéré que les moyens du requérant n’établissent pas suffisamment
l’illégalité de l’acte ou la responsabilité de l’administration, il échouera au procès, malgré
l’absence de défense. C’est dire qu’il reste le principal répondant de la charge de la preuve.

Dans le sillage de ces textes généraux, des textes particuliers font implicitement planer
l’existence d’une charge de la preuve sur le requérant. C’est le cas du décret portant sur les
conditions d’obtention du titre foncier1132. L’article 2 dudit décret dispose que : « …le

1129
Art. 2, décret du 16 décembre 1921 déterminant la procédure à suivre devant le Conseil du Contentieux
Administratif du Territoire du Cameroun.
1130
Art. 35 (1), de la loi n° 2006/022 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.
1131
COULIBALEY (B), « Le juge administratif, rempart de protection des citoyens contre l’administration en
Afrique noire francophone », in [Link], consulté le 19 mai 2016, p. 9.
1132
Décret n°2005/481 du 16 décembre 2005.

304
ministre chargé des Affaires foncières peut, en cas de faute de l’administration, résultant
notamment d’une irrégularité commise au cours de la procédure d’obtention du titre
foncier, et au vu des actes authentiques produits, procéder au retrait du titre foncier
irrégulièrement délivré ». Lorsque le requérant souhaite faire annuler ledit titre devant le juge
administratif, il doit apporter la preuve de la faute de l’administration, c’est du moins
l’interprétation donnée à cette disposition par le juge administratif dans l’affaire
NGANTCHOU Isaac1133.

De même la législation fiscale fait peser la charge de la preuve à certains égards sur le
requérant. L’article L. 4 du Livre des procédures fiscales dispose que : « les contribuables
sont tenus de présenter à toute réquisition de l’administration fiscale, tous les documents et
pièces comptables obligatoires complétés, le cas échant, par les éléments de la comptabilité
spécifiques à la nature de l’activité exercée, permettant d’établir la sincérité des éléments
portés sur leurs déclarations ».

Cela suppose que, dans un système déclaratif (à l’instar du Cameroun), l’impôt est
liquidé sur la base des informations contenues dans les documents comptables mis à la
disposition de l’administration fiscale par le contribuable. Si celui-ci soulève devant le juge
administratif, une erreur entachant l’imposition à laquelle il est assujetti, il doit administrer la
preuve, documents comptables à l’appui1134. Le juge administratif l’a admis dans l’affaire
CFC1135. Il déclare en substance que :

« Considérant qu’il appartient à tout contribuable de rapporter la preuve de ses


allégations ; que si l’imposition à laquelle il a été assujetti est erronée, il doit lors de sa
réclamation présenter tous documents et pièces comptables permettant de juger de la
situation réelle du contribuable et redresser s’il y a lieu les erreurs commises par le service
des contributions directes ».

Cette considération jurisprudentielle de la racine textuelle de l’adage actori incumbit


probatio peut en cacher la sienne propre.

1133
CS/CA, jugement n°24/03‐04 du 28 janvier 2004 NGANTCHOU Isaac c/ Etat du Cameroun.
1134
FOUMENA (GT), Le juge administratif et la preuve, op. cit., p. 317.
1135
CCA, arrêt n°450 du 25 février 1956 CFC c/ Administration du Territoire.

305
2- Les fondements jurisprudentiels

L’on peut commencer à dater la consécration jurisprudentielle de l’adage actori


incumbit probatio à partir de l’arrêt NININE1136. Le juge y énonce que :

« Considérant qu’il appartient au requérant de faire la preuve des griefs allégués


(…) ; que ne sauraient être retenues à l’appui d’une requête des réclamations fondées sur
des simples témoignages sans commencement de preuve, notamment lorsqu’ils émanent de
colistiers ou d’agents électoraux du requérant (…) ; que de tels témoignages doivent être en
conséquence tenus pour des affirmations gratuites dénuées de tout fondement »

Le Professeur Célestin SIETCHOUA considère que cet arrêt marque la réception de


ce classique principe de la preuve dans le contentieux administratif au Cameroun 1137. Cela est
discutable.

L’on est certes d’avis qu’il s’agit de l’une des toutes premières consécrations
jurisprudentielles de cet adage en contentieux administratif camerounais. Mais, il faut dire que
ledit adage en avait déjà reçu consécration textuelle, notamment par l’entremise de l’article 2
de l’arrêté de 1921 précité, comme précédemment démontré. C’est en réalité ce texte qui
marque l’entrée de cet adage en contentieux administratif « camerounais ». La jurisprudence,
en le consacrant, n’a fait qu’à vrai dire appliquer le texte. C’est une réalité qui ne doit pas être
occultée.

Contrairement donc à ce qui faisait foi jusqu’ici en doctrine, l’adage actori incumbit
probatio a d’abord connu un fondement textuel Ŕ qui d’ailleurs s’est immortalisé Ŕ, puis
jurisprudentiel par la suite. La jurisprudence relaie donc, à l’instar de l’affaire NININE sus
évoquée, les textes dans la consécration de cet adage. Si les exemples en sont légions, il
convient cependant de ne distinguer que les hypothèses où le juge affirme explicitement le
principe et celles où, sans l’affirmer clairement, il fait néanmoins reposer le fardeau de la
preuve sur le requérant.

S’agissant de la première hypothèse, le juge administratif, emboitant le pas à sa


jurisprudence NININE, s’y est illustré dans l’affaire ONANA Jean Pierre1138 entre autres. Il
affirme ainsi sans ambages que :

1136
CCA, arrêt n° 101 du 28 juillet 1952, NININE c/ Liste de défense des intérêts régionaux électoraux du
Diamaré.
1137
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 258.

306
« Attendu que le fardeau de la preuve incombe au demandeur qui doit établir le
bien-fondé de sa prétention ».

Pour ce qui est de la seconde hypothèse, le juge administratif matérialise, sans le dire,
l’application de l’adage par des expressions telles entre autres :

− « Attendu que les (requérants) ne rapportent nullement la preuve qu’elles


auraient pu… ; qu’il s’en suit que leur recours est irrecevable (…) »1139 ;
− « Mais attendu que les faits qui servent de support aux conclusions du
requérant tendant à l’annulation, pour excès de pouvoir de la décision
attaquée ne constituent la preuve, ni de..., ni… d’un… » ; le requérant se
borne « à faire état de… dont il ne rapporte pas la preuve »1140 ;
− « Que pas davantage (le requérant) n’a rapporté la preuve de…d’où serait
résulté (la faute) lui portant préjudice »1141 ;
− « Qu’aucune preuve n’est au dossier de ce qui est avancé au moyen »1142 ;
− « Considérant que (le requérant) ne prouve ni n’offre de prouver que… pour
prétendre à… »1143.

L’on peut voir à travers ces formules que le juge administratif fait reposer la charge de
la preuve sur les épaules du requérant. Il suffit pour tout à fait le réaliser d’examiner le champ
d’application de cet adage ainsi que ses conséquences.

PARAGRAPHE II - LE CHAMP D’APPLICATION DE L’ADAGE ET SES


CONSEQUENCES

La consécration de l’adage actori incumbit probatio ne fait l’ombre d’aucun doute


dans le contentieux administratif camerounais. C’est donc une règle qui en est enracinée. Cet
enracinement se matérialise à travers son application dans un champ précis (A), ainsi qu’à
travers ses conséquences (B).

1138
CFJ/AP, arrêt n° 8, 28 octobre 1970, ONANA Jean Pierre c/ Etat fédéré du Cameroun Oriental.
1139
CS/CA, jugement n° 8/79-80 du 29 novembre 1979, Elites BANKA représentées par MBOUENDEU Jean de
Dieu c/ Etat du Cameroun
1140
CFJ/SCAY, arrêt n° 31/ du 15 novembre 1966, sieur EKINDI JOËL c/ Etat du Cameroun.
1141
CFJ/AP, arrêt n° 5 du 31 mars 1971, 1) Etat fédéré du Cameroun c/ BABA Youssoufa 2) BABA Youssoufa
c/ Etat fédéré du Cameroun.
1142
CS/AP, arrêt n° 39 du 23 juin 1983, SALA MEDOU Gaston c/ Etat du Cameroun.
1143
CS/AP, arrêt n° 1 du 26 novembre 1981, NOAH MBIA Jean Daniel c/ Etat du Cameroun.

307
A- Le champ d’application

L’adage actori incumbit probatio se déploie en contentieux administratif camerounais


dans le cadre des contentieux de l’annulation et de pleine juridiction1144. Mais le degré de
déploiement n’est pas toujours le même dans l’un et l’autre de ces contentieux. Le juge se
montre plus enclin à faire peser la charge de la preuve sur le requérant dans le contentieux de
pleine juridiction, alors qu’il l’est moins dans le contentieux de l’annulation. Toute chose qui
conduit au constat que le contentieux de pleine juridiction constitue le cadre d’expression
privilégié dudit adage (1), tandis que le contentieux de l’annulation en constitue le cadre
d’expression mesuré (2).

1- Le contentieux de pleine juridiction comme cadre d’expression privilégié

Le contentieux de pleine juridiction, selon Edouard LAFERRIERE, « comprend de


nombreuses affaires dans lesquelles la juridiction administrative exerce les pouvoirs les
plus larges »1145. La mission du juge du plein contentieux est de remplacer les décisions dont
il est saisi, et qui sont contestées à juste titre par ses propres décisions, qui se substituent à
celles qui étaient ainsi contestées1146. Ses pouvoirs sont comparables à celles du juge
judiciaire dans les procès entre les particuliers : il peut condamner pécuniairement
l’administration, réformer totalement ou partiellement la décision attaquée1147.

Dans le contentieux de pleine juridiction, Monsieur le Professeur René CHAPUS


distingue « le recours ordinaire (subjectif) de plein contentieux » et « les recours objectifs
de plein contentieux »1148.

Le premier pourrait correspondre à ce que Léon DUGUIT considérait en son temps


comme une question qui se pose lorsque, un acte administratif ayant été fait, il s’agit de savoir
s’il a donné une situation juridique subjective ou s’il a pu modifier ou éteindre une situation

1144
Il faut préciser que l’application de cette règle ne se limite pas à ces deux contentieux. On peut également
l’étendre au contentieux de la répression. Les contestions qui rentrent dans cette dernière division du contentieux
diffèrent (des autres contentieux) en ce qu’elles ont pour objet immédiat non des actes ou des décisions de
l’autorité administrative, mais certains actes émanés des particuliers et dénoncés comme illicite par
l’administration qui en requiert la répression au juge administratif. Mais à cause de sa rareté, l’on ne s’y est pas
intéressé.
1145
LAFERRIERE (E), Traité de la juridiction administrative et des recours contentieux, t1, op. cit., p. 15.
1146
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 233.
1147
MORAND-DEVILLER (J), Cours: Droit administratif, op. cit., p. 774.
1148
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 236.

308
préexistante. Lorsque le sujet soulève pareille question il appartient au contentieux subjectif et
le rôle de la juridiction est de constater l’existence et l’étendue de cette situation et de
prononcer une condamnation en conséquence1149. Son domaine est celui de la responsabilité,
en matière extracontractuelle et en matière contractuelle.

Quant au second, ils concernent essentiellement les contentieux électoral et fiscal. De


façon certaine, parce qu’ils soumettent au juge une question de légalité, ils ont la nature de
recours objectifs. Mais en dépit de cette nature, qui est celle-là même du recours pour excès
de pouvoir, ils sont traités comme des recours subjectifs, du fait leur appartenance au plein
contentieux1150.

Qu’il s’agisse de l’un ou de l’autre des recours de pleine juridiction, la situation n’est
pas exactement la même qu’en matière d’annulation et précisément de recours pour excès de
pouvoir s’agissant de l’application de la règle actori incumbit probatio. Charles
DEBBASCH relève à ce sujet que, dans le plein contentieux, « des relations antérieures à
l’acte attaqué entre l’administration et le requérant ont créé entre eux des liens qui vont
faciliter la preuve. Le demandeur tirera de ces relations des preuves à l’appui de son
recours »1151. Le juge sera ainsi plus rigoureux et exigeant envers le requérant dans
l’établissement de la preuve de ce qu’il avance.

L’on note, en ce qui concerne par exemple le recours ordinaire (subjectif) du plein
contentieux, précisément en premier lieu de la responsabilité extracontractuelle Ŕ que l’on
n’hésite pas à qualifier de responsabilité civile extracontractuelle1152 Ŕ, que le juge
administratif camerounais exige au requérant les preuves : du dommage ou du préjudice
matériel1153, moral1154 et corporel1155 ; de la faute de l’administration1156, et celle du lien de

1149
DUGUIT (L), Les transformations du droit public, Librairie Armand COLLIN, Paris, 1913, p. 187.
1150
Ibid., p. 239.
1151
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, [Link], p. 381.
1152
ONDOA (M), Le droit de la responsabilité dans les Etats en développement, [Link]., p. 37.
1153
CCA, arrêté n°290 du 27 mars 1954, BEKADA Moïse c/ Administration du Territoire et sieur MOLINATTI,
CCA, arrêt n°322 du 10 décembre 1954, MOUANGUE YOMEWO Joseph c/ Administration du Territoire ;
CCA, arrêt n°317 du 3 septembre 1954, collectivité BONAMINKANO (MINKANO ABEL) c/ Administration
du Territoire ; CCA, arrêt n°796 du 10 juillet 1959 sieur RIBEYRE René c/ Etat du Cameroun. CFJ/SCAY, arrêt
n°40 du 30 avril 1968, BABA YOUSSOUFA c/ État du COR V. également CS/AP, arrêt n°4 du 26 octobre 1978
NDJEUJI Maurice c/ Etat du Cameroun ; CS/AP, arrêt n°12/A du 04 janvier 2001, NGAMY Emmanuel c/ État
du Cameroun ; CS/PCA, ord. n°59 portant rejet d’une demande de sursis à exécution affaire n°16/76‐77 Michel
NJINE NGANGLEY c/ Etat du Cameroun ; jugement n°20/CS/CA du 3 février 1977 ATANGANA ESSOMBA

309
causalité existant entre la faute et le préjudice1157. Concernant ensuite la responsabilité
contractuelle, le juge exige également au requérant d’apporter la preuve de ses allégations 1158.

Protais c/ Etat du Cameroun ; CS/PCA, ord, n°1/OSE /79‐80 portant rejet d’une demande de sursis à exécution,
KOUOH Emmanuel Christian c/ Etat du Cameroun ; CS/CA jugement n°8/ /81‐82 du 28 janvier 1982,
NDOUGSA Joseph Valentin c/ Etat du Cameroun ; CS/PCA, ord./ n°5/ROSE /82‐83, 16 février 1983,
MBIAMA MESSANGA Casimir c/ Etat du Cameroun ; CS/PCA, ord. 21/ORSE/ /82‐83, OBALE AKO
Emmanuel c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°99/04‐05/ du 27 avril 2005, SADOU YAYA c/ Etat du
Cameroun (MINUH) ; CCA, arrêt n°703/ du 13 juin 1958, TUBBE EKWA Samuel c/ Etat du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°44/ ADD du 4 mars 1976, NANA LEVI Lucien c/État du Cameroun ; CA/CS, jugement
n°18/2008 du 16 janvier 2008, KON ABONDO Gérard c/ Etat du Cameroun.
1154
CS/AP, arrêt n°5 du 18 décembre 1980, David René SENDE c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement
n°78/93‐94 du 25 août 1994, OBAMA OTTOU Joseph c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°92/2008/ du
13 août 2008, NKONGO BIDZANGA Maximilien c/ Etat du Cameroun (MFPRA). V. également CS/CA,
jugement n°22/2001‐2002 du 28 février 2002, KON ABONDO Gérard c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement
n°68/2002‐2003 du 24 avril 2003, MBIRVI DJOUMBAL Amadou c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement
106/2002‐2003 du 27 août 2003, BACKINI YETNA Prosper c/ Etat du Cameroun (MINPAT) ; CS/CA,
jugement n°41/04‐05 du 2 février 2005, Mme EBENGUE ESSOMBA née EVA Rose c/ Etat du Cameroun
(MINJUSTICE) ; CA/CS, jugement n°54/2008/ du 02 avril 2008, TCHUINOU David c/ Etat du Cameroun ;
CA/CS, jugement n°183/2010 du 23 juin 2010, WAFFO WOKAM Lucie c/ Etat du Cameroun (C.U.
DOUALA).
1155
CCA, arrêt n°339 du 15 mars 1955, KOH BELLA James c/Administration du Territoire.
1156
CCA, arrêt n°352 du 12 juillet 1955, B.A.O c/ Administration du Territoire ; CFJ/SCAY, arrêt n°33 du 30
avril 1968, Dame ESSOLA Jacqueline c/ République Fédérale du Cameroun ; CCA, arrêt n°495/ du 29
septembre 1956, AMOUGOU MBARGA Basile c/ Territoire V. également CCA, décision n°250/ du 25
septembre 1953, AKONO Jean c/ Administration du Territoire ; CFJ/SCAY, arrêt n°33/ du 30 avril 1968, Dame
ESSOLA Jacqueline c/ République Fédérale du Cameroun ; CS/CA, jugement n°30/82‐83 du 24 février 1983,
ONGBA ONYA c/ Etat du Cameroun V. également CS/CA, jugement n°18/2002‐2003 du 28 novembre 2002,
MOUNDI Daniel c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°113/04‐05 du 29 janvier 2005, Famille SAM
KOUM c/ Etat du Cameroun ; TE, arrêt n°290/ du 31 mai 1963, Dame MENGUE Marie c/ Etat du Cameroun ;
TE, arrêt n°275 du 8 avril 1965, sieur ENYENGUE EKANI Joseph c/ Etat du COR . CFJ/SCAY, arrêt n°44 du
30 avril 1968, ESSIANE AKA’A Jean c/ Etat du COR ; CFJ/SCAY, arrêt n°44 du 30 avril 1968 EBODE,
ONANA Rigobert c/ CPE de Yaoundé.
1157
CFJ/SCAY, arrêt n°33 du 30 avril 1968, dame ESSOLA Jacqueline c/ République Fédérale du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°49 /81‐82 du 27 mai 1982, ESSONO Jean Baptiste c/ Etat du Cameroun ; CFJ/SCAY Arrêt
n°33 du 30 avril 1968, Dame ESSOLA Jacqueline c/ République Fédérale du Cameroun ; CS/CA, jugement
n°45/81‐82 du 27 mai 1982, DZIETHAM Pierre c/ Etat du Cameroun.
1158
CS/AP, arrêt n°63/A du 9 octobre 2008, Pierre Louis GAIL c/État du Cameroun (MINDAF) ; CCA, arrêt
n°702 du 13 juin 1958, MARINO JACQUES c/ Etat du Cameroun ; CA/CS, jugement n°150/2008 du 19
novembre 2008, ENTREPRISE TAGAH Joseph c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°178/2010 du 13 juin

310
Pour ce qui est des recours objectifs de plein contentieux, l’on peut d’abord relever
s’agissant du contentieux administratif de l’impôt que le juge administratif met
traditionnellement en application la règle actori incumbit probatio. Il demande ainsi au
contribuable lorsqu’il est saisi d’apporter les preuves : de l’exagération1159 ou de l’erreur1160
d’une imposition en cas de taxation d’office ; de l’autorisation par le fisc du réinvestissement
des bénéfices en cas de demande d’exonération de taxation 1161; du paiement régulier des
contributions directes1162 ; de l’exactitude des chiffres et bénéfices déclarés 1163; du paiement
d’une taxe de remplacement en cas de demande de dégrèvement1164.

De même en matière de contentieux électoral, le juge administratif soumet les


justiciables à l’obligation de rapporter la preuve de leurs allégations. Il en est ainsi lorsqu’il
exige la preuve : du préjudice causé par l’administration à un candidat dans la phase
préélectorale1165 ; de l’éligibilité ou non d’un candidat1166 ; de la saisine d’une commission

2010, société ECAME et T.P c/État du Cameroun ; CS/CA, jugement n°41/96‐97 du 05 décembre 1996,
DZONGANG Albert c/ Etat du Cameroun ; jugement n°49/2009/CS/CA du 28 janvier 2009, société Cameroun
Plaques Internationales (CPI) c/ Etat du Cameroun (MINTRANSPORT).
1159
Cf. : CCA, arrêt n°450 du 25 février 1956, CFC c/ Administration du Territoire ; CS/AP, arrêt n°15 du 19
juin 1980 NJOUKWE Moïse c/État du Cameroun.
1160
CS/AP, arrêt n°02 du 29 décembre 1994, société Anonyme des brasseries du Cameroun.
1161
CCA, arrêt n°780 du 22 mai 1959, PIPINIS Georges c/ Etat du Cameroun.
1162
CS/CA, jugement n°21/91‐92 du 27 février 1992 CHANA Rose c/ Etat du Cameroun (MINFI).
1163
CCA, décision n°162 du 5 décembre 1952 ABTOUR Georges c/ Administration du Territoire ; CFJ/SCAY,
arrêt n°36 du 30 avril 1968 EBO SAMSON c/ Etat du Cameroun.
1164
CS/CA, jugement n°6/ ‐74‐75 du 28 septembre 1974, Les Boulangeries réunies c/ Etat du Cameroun.
1165
CCA, décision n°123 du 19 septembre 1952, BELL et BEBEY EYIDI c/ SOPPO PRISO Elections dans la
région du Wouri 2e section ; CCA, décision n°119 du 6 août 1952, EVENGUE NSOMOTO c/ WOUNGLY
MASSAGA, Elections dans la région de Kribi 2e section ; CCA, décision n°107 du 26 juillet 1952, ESSI
ESSAMA PHILIPPE c/MEDOU Gaston Élections à l’Assemblée territoriale, région du DJA et LOBO 2e
section ; CCA, décision n°147 du 26 novembre 1952, AMOUGOU René c/ Administration du Territoire ; CCA,
décision n°149 du 26 novembre 1952, NOAH MVOGO Marcel c/ Administration du Territoire ; CCA, décision
n°161 du 12 novembre 1952, ABESSOLO NKOUDOU c/ Territoire ; CCA, décision n°155 du 26 novembre
1952, EFILA MONGO François c/ Territoire ; CCA, arrêté n°343 du 9 juin 1955, NYAPEYE Michelin c/
Administration du Territoire.
1166
CCA, arrêt n°430 du 10 décembre 1955, NGOM Martin c/ Elections Membres du conseil municipal du
groupe B de la commune Rurale de BAFIA ; CCA, arrêt n°438 du 10 décembre 1955, MBEDE Alphonse c/
Elections commune rurale de DOUME section Centre urbain ; CCA, arrêt n°439 du 10 décembre 1955,
NGOMBA Gustave c/ Elections commune rurale de LOUM Section Etrangers‐MOUM B ; TE, Arrêt n°177 du
15 décembre 1961, DIBOUSSI Samuel EITEL c/MOUELA MOUNOS Samuel MPAH GODEFROY ;

311
communale de supervision1167 ; et de l’irrégularité des opérations de vote1168 ; du statut de
membre du collège électoral dans les élections au sein des chambres consulaires1169.

CFJ/CAY, arrêt n°115 du 8 décembre 1970, RINGOM Marcel c/Élections Municipales de MBANG ; Décision
n°212/CCA du 16 janvier 1953 AMOUGOU Adalbert c/Territoire ; Arrêt n°375/CCA du 8 septembre
1955 LOBE Louis Georges c/Administration du Territoire ; Arrêt n°376/CCA du 8 septembre 1955
KOMBO SIMBANG c/Administration du Territoire.
1167
CS/CA, jugement n°01/96‐97 du 31 octobre 1996, SDF c/ Etat du Cameroun (District de BALIKUMBAT) ;
CS/CA, jugement n°81/01‐02 du 03 septembre 2002, KOTIE Emmanuel et autres, candidats UPC (commune
Urbaine de Douala V) c/ ETAT du Cameroun (MINAT) et le RDPC ; CS/CA, jugement n°46/ ADD/ 2001‐2002
du 3 septembre 2002, (Garga Haman ADJI) (commune urbaine de Maroua) c/ Etat du Cameroun et RDPC
(Intervenant volontaire).
1168
CCA, décision n°176 du 9 janvier 1953, MINKOULOU Robert c/Territoire ; CCA, décision n°177 du 9
janvier 1953, OMGBA François c/ATANGANA Laurent ; CCA, décision n°179 du 9 janvier 1953, OWONA
WOLFGANG c/ ATANGANA Laurent ; CCA, décision n°106 du 28 juillet 1952, MAY ABAMET c/ Sultan
MAROUF ; CCA, décision n°109 du 26 juillet 1952, KOUMKANG et MALLON Ebenezer c/ DISSAKE Hans ;
CCA, décision n°10 du 30 juillet 1952, ABESSOLO NKOUDOU c/ Liste des Indépendants NYONG et
SANAGA ; CCA, décision n°115 du 6 août 1952, UM NYOBE RUBEN c/ ABBE MELONE ; /CCA, décision
n°116 du 6 août 1952, SHE ONANA Paul c/ WOUNGLY MASSAGA ; CCA, décision n°122 du 19 septembre
1952, OKALA c/ KOTOUO ; CCA, décision n°213 du 16 janvier 1953, AMBASSA OWONA Gustave c/
BOMBA ; CCA, décision n°214 du 16 janvier 1953 NDOUNA MVONDO Constantin c/ BOMBA Zacharie ;
CCA, arrêt n°415 du 19 novembre 1955, MBANG Fabien c/ Election d’un membre au conseil Municipal de
BAFIA section d’ELIP II ; CCA, arrêt n°47 du 19 novembre 1955, NJANGA Joseph c/ Election sieur
NDOUMBE LOBE ; CCA, arrêt n°418 du 19 novembre 1955, KOUENDJOU HAPPI c/ Election d’un membre
du conseil municipal de LOUM section de BAFANG ; CS/CA, jugement n°03/96‐97 du 31 octobre 1996
UNDPC / Etat du Cameroun (Commune rurale de MEIGANGA) ; CCA, arrêt n°420 du 19 novembe1955,
MOAMIDI Benoit c/ Election sieur TONGA NDAOUSSA ; CCA, arrêt n°421 du 19 novembre 1955, MAM
POUSS MPAH Marcel c/ Élection d’un membre de la commune Mixte rurale section SEGUELENDOM de
DOUME ; CCA, arrêt n°421 du 19novembre 1955, NANFANG Pierre c/ Election membre commune mixe
Rurale de LOUM section de Bafoussam ; CCA, arrêt n°489 du 10 décembre 1955, BIBOK ZE Paul c/ Election
ZOCK Paul ; CCA, arrêt n° 393 du 10 décembre 1955, BIDJOCKA Daniel et KANA MALABERT c/ Election
d’un membre du conseil Municipal de la commune mixte rurale d’ESEKA ; CCA, arrêt n°436 du 10 décembre
1955, BILONG Alexandre c/ Election EONE EONE Gustave ; CCA, arrêt n°518 du 20 décembre 1956, sieur
ABESSOLO Luc c/ Elections Municipales de la comme de Yaoundé ; CCA, arrêt n°358 du 29 Août 1955,
WOUNGUE Pierre c/ Election DONGMO Martin ; CCA ? arrêt n°443 du 11 février 1956 ZE ADANG Martin
c/ Election d’un membre du conseil Municipal de la commune Rurale de SANGMELIMA section de la
commune mixte urbaine ; CCA, arrêt n°734 du 31 décembre 1958, Liste des démocrates camerounais c/
opérations électorales du 30 novembre 1958 dans la commune de plein exercice de SANGMELIMA ; CCA, arrêt
n°758 du 6 mars 1959, sieur MAYI François c/ Elections commune mixte rurale d’ESEKA ; TE, arrêt n°24 du 7
septembre 1959, sieurs ZAMBO EYILI et autres c/ ZAMBO ZAMBO Thomas , NGUELE ZANG Joseph,

312
Le juge administratif camerounais fait donc largement écho à l’adage actori incumbit
probatio dans les recours contentieux de pleine juridiction. Il en va ainsi également des
recours contentieux d’annulation, mais avec parfois plus de retenu.

2- Le contentieux de l’annulation comme cadre d’expression mesuré

Dans le contentieux de l’annulation ou de la légalité, le juge statue en droit sur la


validité d’un acte administratif ou d’une décision d’une juridiction administrative. Il ne peut
qu’annuler l’acte. Le recours pour excès de pouvoir constitue la principale trame du
contentieux de l’annulation. Il vise à contrôler la légalité de l’acte exécutoire1170

Dans le contentieux dit de l’excès de pouvoir, le juge met également en application la


règle actori incumbit probatio. Toutefois, comme le fait remarquer Charles DEBBASCH, la

ZAMBO Wilfried ; TE, arrêt n°23 du 7 septembre 1959, OMGBA François c/ OYOMO Albert AMOUGOU
Thomas et OWONO Basile ; TE, arrêt n°37 du 26 septembre 1959 BESSALA Valère c/ NANA TOBIE, NYEMI
Laurent, EFENGUE Hubert ; TE, arrêt n°43 du 2 octobre 1959, sieur NDZANA MAX c/ MEDZA Paul‐
ONDOBO, Joseph‐ZANA, Joseph‐MANGA Appolinaire Ŕ NYIMI Antoine Ŕ KANA BARNABE ; TE, arrêt
n°73 du 15 janvier 1960, MENGANG Paul c/ SAPAN MEKINDA Jean ; TE, arrêt N°120 du 25 novembre 1960,
sieur NDZANA Max c/ NDOU, BENA Sébastien ; TE, arrêt n°202 du 22 juin, sieur NAOUSSI Anatole Pierre c/
FOTSING Barnabé et autres ; TE, Arrêt n°28 du 10 septembre 2959, sieurs AMOUGOU ATANGANA Victor et
autres c/OMGBA Maurice ; TE, arrêt n°180 du 15 décembre 1961, sieur TCHE François c/ FOKAM Josué et
NOUPA Thomas ; TE, arrêt n°123 du 25 novembre 1960, sieur BIWOLE Jean Paul c/ EDOU BENGONO et
autres ; TE, arrêt n°125 du 26 novembre 1960, sieur OLINGA NKODO Roland c/ ATEBA OKALA Jean Julien
et autres ; TE, arrêt n°193 du 19 mars 1962, FOTSO OUAMBO Joseph c/ KOMGUEM Davis et autres ; TE,
arrêt n°199 du 16 mars 1962, sieur MASSOUSSI Albert c/ MEKA André et Consorts ; CS/CA, jugement n°46/
ADD/2001‐2002 du 3 septembre 2002 (Garga Haman ADJI) (Commune Urbaine de Maroua) c/ Etat du
Cameroun et RDPC (intervenant volontaire) ; CS/CA, jugement n°82/2001‐2002 du 03 septembre 2002,
KAMGA Rigobert, candidat du SDF Commune Rurale de Douala Ve c/ Etat du Cameroun MINAT et RDPC.
1169
CS/CA, jugement n°1/82‐83 du 26 octobre 1982, Mme NJA POUM née NGASSAM Jeanne c/ Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°2/82‐83 du 26 octobre 1982 NOUTCHO GOUING Jean Samuel c/ Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°5/82‐83 du 26 novembre 1982, ESSOME Jean c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n°5/82‐ 83 du 26 novembre 1982, MONTHE Honoré c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°7/82‐
83 du 3 décembre 1982, NGALA TAWONG ABEL c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°3/82‐83 du 26
octobre 1982, KEUATSOP TETAKEUA Pierre c/ Etat du Cameroun. CS/CA, jugement n°4/82‐83 du 26 octobre
1982 DJOMO David c/ Etat du Cameroun.
1170
V. not. CS/CA, jugement n°42 /80‐81 du 30 avril 1981 Dame MBOCKA née MOUSSONGO c/ Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°27 / 93‐94 du 31 mars 1994 FORFU YEHTO Isaak c/ Etat du Cameroun ;
jugement n°47/CS/CA/81‐82 du 27 mars 1982 NLEND EBEDE Jean c/ Etat du Cameroun.

313
rigueur avec laquelle il applique cette règle dans les recours de plein contentieux peut être
assouplie en matière de recours pour excès de pouvoir pour des raisons évidentes.

En effet, excepté l’hypothèse des sanctions infligées par l’administration où le


manquement au respect des droits de la défense peut, peu ou prou sans grande peine, être
prouvé par la personne requérante, elle « n’a pas en général, de relation avec
l’administration antérieurement à l’acte attaquée. Sur le plan de la preuve, elle est un tiers
à l’acte. Elle n’a pas participé à son élaboration même si l’acte a été pris sur sa demande. Il
lui est extrêmement difficile d’apporter une preuve de l’illégalité commise par
l’administration »1171. Le juge peut décider pour cette raison de lui alléger le fardeau de la
preuve. Ainsi, le « problème de la preuve pour le demandeur en excès de pouvoir reste donc
entier si on l’examine en dehors de l’intervention du juge »1172.

Au demeurant, le juge de l’excès de pouvoir exige du requérant qu’il rapporte la


preuve de l’illégalité entachant la décision qu’il attaque. En effet, les moyens qui
correspondent aux illégalités n’étant pas d’ordre public, il appartient à la partie qui entend
s’en prévaloir de les invoquer1173. Le requérant doit ainsi prouver, l’un ou l’autre des deux
fondements juridiques possibles de la contestation de la légalité d’un acte que sont l’illégalité
externe et l’illégalité interne.

Lorsque la contestation de la légalité se fonde sur l’illégalité externe, ce qui fait


problème c’est non ce qui a été décidé, mais la façon dont on a décidé1174. Autrement dit, il
s’agit dans le cadre de l’illégalité externe du non-respect des règles de compétence, de forme
et de procédure. La loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le
fonctionnement des tribunaux administratifs, sans les ranger sous la bannière du critère de
l’illégalité externe, les prévoit de manière expresse. On y lit que : « est constitutif d’excès de
pouvoir (…) : le vice de forme1175 ; l’incompétence (…) »1176.

L’on note, s’agissant du vice de forme, que le juge administratif annule ou non l’acte
litigieux selon que la preuve de son existence ou sa commission est ou non préalablement

1171
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, [Link], p. 380.
1172
Ibid., p. 381.
1173
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 1020.
1174
Loc. cit.
1175
Il convient de faire remarquer qu’en l’absence de précisions législatives, le vice procédure est compris
comme faisant corps avec le vice de forme.
1176
Art. 2 (2) (a), loi n°2006/022 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.

314
administrée, selon le cas. Dans l’affaire ONANA Jean Pierre1177, par exemple, le juge refuse
de faire droit à la demande du requérant pour défaut de preuve. Il affirme :

« Considérant que (…) la preuve n’est pas rapportée, que le sieur ONANA ait fait la
moindre réserve devant le Conseil sur la régularité de celui-ci, pas plus que sur la
communication intégrale de son dossier, autre vice entachant selon lui, l’avis du Conseil ;
que par suite, ses griefs articulés (…) devant la Cour sont irrecevables ».

En revanche, dans l’affaire NAAH Isidore1178 le juge accède à la demande du requérant


lorsque la preuve est établie :

« Considérant qu’à l’appui de son recours, le sieur NAAH a notamment fait valoir
que la décision attaquée est intervenue sans qu’il ait été appelé à prendre connaissance de
son dossier ni à présenter des observations ; que ces faits ne sont pas contestés, qu’aucune
pièce du dossier n’établit le contraire ; qu’il y a donc eu violation des droits de la défense et
que la décision attaquée doit en conséquence être annulée ».

De même, en cas d’incompétence, le juge n’accède (ou non) à la demande du


requérant que lorsque la preuve de son existence est établie (ou non)1179.

1177
CFJ/SCAY, arrêt n°43/ du 30 avril 1968, ONANA Jean Pierre c/ Etat du Cameroun ; V. aussi : CS/CA,
jugement n°21/2008 du 16 janvier 2008, BELIBI François c/ Etat du Cameroun ; /CS/CA, jugement n°96/2009
du 25 mars 2009, TAMBA Victor c/ Etat du Cameroun (MINUH) et Mission Catholique de DJUMKANG de
BAMENDJOU (intervenant volontaire).
1178
CCA, arrêt n°701 du 13 juin 1958, NAAH Isidore c/État du Cameroun. V. aussi : CS/CA, jugement
n°1/2000‐2001 du 26 octobre 2000 Dame YANKOUE Rebecca (Me NOVGWA KOUONGUENG) c/ Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°130/03‐04 du 25 août 2004, IKAMOU à KOUNG Jean Paul c/ Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°39/89‐90 du 31 mai 1990, ESSONO Michel et autres c/ Etat du Cameroun et
BIKONO Olivier ; CS/CA, jugement n°42/99‐2000 du 30 mars 2000, WABO Rigobert représenté par Dr
GUIMDO D. Bernard Raymond c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°34/04‐05 du 29 décembre 2004,
NOUMSI Jean Bosco c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°107/ADD/03‐04 du 07juillet 2004, Dame
FOTSING née MEGNE Marie Louise c/État du Cameroun (MINUH) et MVOGO ZINDI Daniel (intervenant
volontaire) ; CS/CA, jugement n°95/2003‐2004 du 30 juin 2004, MBIDA Barthélémy c/ Etat du Cameroun
(MINUH) ; CS /CA, jugement n°060/2008 du 18 juin 2008, Jules Roland CHIDIAK c/ Etat du Cameroun
(MINDAF).
1179
CS/CA, jugement n°43/82‐83 du 7 avril 1983, KOUOH Emmanuel Christian c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n°47/2006‐2007 du 17 janvier 2007, Eglise presbytérienne camerounaise orthodoxe c/ Etat du
Cameroun (MINDAF), (EPCO).

315
Quant à l’illégalité interne de l’acte, elle est alléguée en raison de l’illégalité, soit de
son but, soit de son contenu, soit de ses motifs. L’expression consacrée par le législateur pour
désigner l’illégalité portant sur le but de l’acte est celle du « détournement de pouvoir » et
celle consacrée pour désigner l’illégalité portant sur le contenu et les motifs est la « violation
de la loi »1180.

D’après le juge administratif camerounais :

« En droit administratif, est entaché de détournement de pouvoir, l’acte accompli


par l’administration dans un but autre que celui en vue duquel les pouvoirs dont elle
dispose lui ont été confiés »1181.

Aussi, admet-il :

« Il y a détournement de pouvoir quand une autorité administrative prend une


décision ou utilise une procédure dans un but différent de celui que les dispositions
législatives ou réglementaires avaient en vue lorsqu’elles lui ont confié ces compétences ou
lorsqu’elles ont institué cette procédure »1182.

De même, il considère :

« Toute autorité administrative qui use de ses pouvoirs, non dans l’intérêt général
qu’elle a pour mission de gérer, mais dans son intérêt propre ou dans l’intérêt d’un tiers,
commet un détournement de pouvoir »1183.

Comme on peut noter, en jurisprudence le détournement de pouvoir se prête à de


nombreuses définitions, c’est une notion fonctionnelle voire contingente, il le serait a fortiori
en doctrine. Quoi qu’il en soit, et malgré sa dimension psychologique, le juge administratif
exige que soit administrée la preuve du détournement de pouvoir1184.

1180
Art. 2 (3) (a), loi n° 2006/022, [Link].
1181
CFJ/CAY, arrêt n°120 du 8 décembre 1970, BILAE Jean c/ Etat du COR.
1182
CS/CA, jugement n°38 du 26 mai 1977, ELOUNDOU ESSOMBA Charles c/ Etat du Cameroun.
1183
CS/CA, arrêt n°63/A du 09 octobre 2008 Pierre Louis GAIL c/ Etat du Cameroun (MINDAF).
1184
V. entre autres : CCA, décision n°39 du 14 septembre 1950, NGOLLO NYACKE c/ Administration du
Territoire ; CFJ/CAY, arrêt n°120 du 8 décembre 1970, BILAE Jean c/ Etat du COR ; CS/CA, jugement n°47/
99‐200 du 25 mai 2000, ZOBA AYISSI Dieudonné c/ Etat du Cameroun ; CS/AP, arrêt du 16 août 1990 Albert
ONO NGAFOR c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°114/2008 du 24 septembre 2008, INACK INACK
Joseph c/ Etat du Cameroun (MINESUP).

316
La violation de la loi quant à elle, doit s’entendre de la violation non pas de la seule
loi, mais de toute règle de droit en général. Cette violation peut consister en une erreur de
droit1185 et en une erreur de fait, c’est-à-dire l’erreur sur la qualification juridique des faits1186
ou sur la matérialité des faits1187, voire même en une erreur manifeste d’appréciation1188.

La violation de la loi ne peut être admise que si au préalable le justiciable administre la


preuve de son existence. Le juge administratif demande ainsi au requérant de rapporter la
preuve la de violation des dispositions légales ou réglementaires 1189 ou encore la preuve de
l’illégalité des motifs de droit (ou erreur de droit)1190 ou enfin l’illégalité des motifs de faits
(erreur de fait)1191.

1185
L’erreur de droit peut d’abord résulter de la mise en œuvre d’une norme inexistante ou inapplicable ; elle
peut aussi tenir au rattachement des dispositions édictées à une norme illégale ; elle peut enfin avoir pour cause,
le rattachement des dispositions édictées à une norme, applicable et régulière, mais inexactement interprétée par
l’auteur de l’acte, qui s’est trompé sur ce qu’elle permet ou impose de faire. V. par ex. CS/CA, jugement n° 55/
du 22 avril 1976, MBARGA Emile c/ Etat du Cameroun
1186
L’erreur sur la qualification juridique des faits est invoquée lorsque les faits ne sont pas de nature à justifier
juridiquement la décision. V. par ex. TE, arrêt n°336 du 22 décembre 1964, sieur BIBA Théophile c/ Etat du
Cameroun.
1187
L’erreur de fait peut aussi survenir lorsque la matérialité des faits n’a pas été établie. V. par ex. CS/CA,
jugement, 31 mai 1990, ATEH Alexander c/ Etat du Cameroun.
1188
Selon M le Professeur Robert MBALLA OWONA, le juge administratif camerounais n’hésite plus à
rechercher si l’autorité compétente a commis une erreur manifeste d’appréciation. Il illustre ses propos en ces
termes : « le juge camerounais a consacré cette solution dans la fonction publique civile. Dans l’affaire
NGAMY Emmanuel (CS-CA, jugement du 31 décembre 1992.) où le concerné demandait l’annulation de sa
note fixée à 10,50/20, le juge reçoit favorablement sa demande au motif qu’une telle notation sans le moindre
rapport avec celles des années précédentes dénote l’intention de nuire de la part de son supérieur
hiérarchique avec lequel les rapports étaient notoirement inamicaux et qui n’a pas manqué de mentionner en
guise d’appréciation : « rapports difficiles tant vis-à-vis des supérieurs que des subordonnées, inaptitude au
travail d’équipe ». Attendu dès lors, dit le juge, que la notation dont il s’agit manque d’objectivité et partant
est illégale ; il y a lieu par conséquent de la déclarer nulle avec toutes les conséquences de droit ». In La
notion d’acte administratif unilatéral au Cameroun, op. cit., p. 152.
1189
V. not. CS/CA, jugement n°2 /81‐82 du 29 octobre 1981, NYEMECK NYEMECK Emmanuel c/ Etat du
Cameroun ; CA/CS, jugement n°115/2009 du 03 juin 2009 FOYET IGNACE c/ Etat du Cameroun (MINUH).
1190
V. not. CFJ/CAY, arrêt n° 201, 18 août 1972, Dame MACKONGO Agnès Flore c/ Etat fédéral du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°46/02‐03 du 27 mars 2003, NJONG MBOCK Guillaume c/ Etat du Cameroun
(MFP).
1191
V. not. Arrêt n°34/CFJ/5CAY du 30 avril 1968 TOKO Daniel c/ Etat du COR ; CFJ/CAY, arrêt n° 201, 18
août 1972, Dame MACKONGO Agnès Flore, [Link]. ; CFJ/CAY, arrêt n° 217, 18 août 1972, NTOWA

317
Au bout du compte, le constat établi est que, qu’il s’agisse des recours contentieux de
pleine juridiction ou des recours contentieux de l’annulation, le juge administratif fait reposer
principalement le fardeau de la preuve sur les épaules du requérant. Dès lors quelles
conséquences cela peut avoir à l’égard des deux parties ?

B- Les conséquences à l’égard des parties

Les conséquences de l’application de l’adage actori incumbit probatio peuvent être


envisagées selon que le requérant n’a pas ou a rapporté la preuve qui lui était demandée. Seul,
néanmoins, le premier cas de figure, celui relatif à la carence de preuve, sera analysé. La
raison en est que les effets attachés au second sont déductibles des effets contraires du
premier. Il serait ainsi superflu d’y revenir.

L’absence de preuve fait donc supporter le risque de preuve au requérant. Ce risque,


pour le requérant, pourrait se traduire par l’irrecevabilité ou le rejet au fond de la requête (1)
et, pour l’administration, par l’octroi d’un crédit à la légalité de l’acte administratif attaqué ou
à l’absence d’une mise en cause de la responsabilité de l’administration (2).

1- L’irrecevabilité et le rejet de la demande au fond du requérant

L’exigence de la charge de la preuve peut, si elle n’est pas satisfaite, entraîner à


l’égard du requérant deux types de conséquences. Il peut voir sa requête déclarée irrecevable
avant examen au fond, ou alors, il peut la voir déclarée non fondée.

La saisine du juge administratif s’accompagne d’un certain nombre d’exigences dont


le défaut de production de la preuve de leur respect par le requérant peut entrainer
l’irrecevabilité de sa requête. Les unes sont subjectives et l’autre objective. Les conditions
subjectives sont relatives à la capacité (physique, juridique et morale), à l’intérêt et à la
qualité. La condition objective est relative au recours gracieux préalable.

Lorsque le doute plane sur l’accomplissement de ces conditions par le requérant, le


juge administratif l’invite à faire la preuve de leur respect. Si la preuve n’est pas établie ou est

MONKAM Charles c/ Etat fédéral du Cameroun ; CS/CA, jugement n°06/91‐92 du 28 novembre 1991,
MFOMBAN ABDOU c/ Etat du Cameroun (DGSN). CS/CA, jugement n°56 du 22 avril 1976 Belinga NDO
Paul c/État du Cameroun. CS/CA, jugement n°43/91‐92 du 25 juin 1992, Henri NGATCHOU MBATKAM c/
Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°22/91‐92 du 27 février 1992, YACKANA SANARA Ernest c/ Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n°25/89‐90 du 03 mai 1990, MBA Thomas c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n°25/89‐90, MBARGA Symphorien c/ Etat du Cameroun.

318
insuffisante, le juge constate l’irrecevabilité de la requête. Dans l’affaire les Elites BANKA
représentées par MBOUENDEU Jean de Dieu1192, le juge rejette la requête pour défaut de
preuve de qualité et d’intérêt. Il affirme :

« Attendu que (…) MBOUENDEU ne rapporte pas la preuve de sa qualité pour agir
devant la Cour (…) que les élites BANKA ne rapportent nullement la preuve qu’elles
auraient pu être choisies à la place de NITCHEU POKAM, qu’il s’en suit que leur recours
est irrecevable pour défaut de qualité et d’intérêt ».

De même, le juge administratif sanctionne le défaut de preuve de l’introduction


préalable d’un recours gracieux préalable. Dans l’affaire AHANDA NOAH Joseph1193
notamment, il a conclu à l’irrecevabilité de la requête du requérant au motif que la preuve n’a
pas été faite que le recours gracieux préalable a été introduit. Il énonce que :

« Attendu qu’il apparaît du dossier de procédure que le requérant n’a pas fait la
preuve de son recours gracieux préalable, en produisant copie (…) qu’il y a lieu de dire que
son recours contentieux est irrecevable pour défaut de recours gracieux ».

Au demeurant, même lorsque la requête n’a pas été déclarée irrecevable, il faut encore
qu’elle emporte la conviction du juge au fond. Autrement dit, à la recevabilité de la requête
est consécutive l’examen du bien-fondé de la demande, c’est-à-dire son examen quant au
fond. A ce niveau, la preuve du bien-fondé de la requête doit être rapportée, faute de quoi, elle
sera rejetée quant au fond1194.

1192
CS/CA, jugement n° 8/79-780, 29 novembre 1979, Elites BANKA représentées par MBOUENDEU Jean de
Dieu. V. également CS/CA, jugement n° 33/78-79, 22 février 1979, MINELI ELOMO Bernard Marie c/ Etat du
Cameroun ; CS/CA, jugement n° 47/78-79, 29 mars 1979, veuve NKILI AHANDA Balbine c/ Etat du
Cameroun.
1193
CS/CA, jugement n° 13/99-2000, 25 novembre 1999, AHANDA NOAH Joseph c/ Etat du Cameroun. V.
aussi : CS/CA, jugement n° 12/99-2000 du 25 novembre 2000, NYAMSI et autres c/ Etat du Cameroun ;
CFJ/CAY, arrêt n° 174, 8 juin 1971, ZOCK Robert Baudelaire c/ Etat fédéral du Cameroun ; CFJ/CAY, arrêt, n°
177, 8 juin 1971, Mme veuve NJIGUI c/ Etat fédéral du Cameroun ; CFJ/CAY, arrêt, n° 176, 8 juin 1971,
ONDO Jean Boulevard c/ Etat du Cameroun.
1194
V. entre autres : CFJ/CAY, 8 décembre 1970, EMINI TINA Etienne c/ Etat du Cameroun ; CFJ/CAY, 30
avril 1968, Dame ESSOLA Jacqueline c/ République fédéral du Cameroun.

319
2- L’octroi d’un crédit à la légalité de l’acte administratif attaqué ou à
l’irresponsabilité de l’administration défenderesse

En procédure pénale, en vertu de la maxime « in dubio pro reo », c’est-à-dire que


dans le doute, faveur à l’accusé, la personne poursuivie au pénal étant présumée innocente
tant que les preuves décisives de sa culpabilité ne sont pas rapportées, le prévenu ou l’accusé
doit être relaxé ou acquitté dès que l’accusation ne parvient pas à démontrer sa responsabilité
dans les divers éléments de l’infraction, il n’a pas à démontrer son innocence par des preuves
complètes, à l’opposé du ministère public quant à la preuve contraire, si bien que le seul doute
est équipollent à une preuve de non culpabilité1195.

Cette maxime est transposable voire transposée en contentieux administratif. Le juge


administratif ne peut rendre une décision s’il n’a au préalable examiné les éléments de preuve
à lui fournis par le requérant qui veut bouleverser l’état du droit existant. En l’absence de telle
preuve, le juge ne peut statuer et, le cas échéant, il ne peut que rejeter la demande du
requérant même s’il aurait pu avoir gain de cause au fond. Le doute va ainsi profiter à
l’administration défenderesse. Par conséquent l’administration, bien qu’ayant pris un acte
manifestement illégal ou causé un dommage à un particulier, ne peut voir sa responsabilité
engagée ou ses actes annulés1196.

Elle est particulièrement visible dans les recours en excès de pouvoir où, avant de faire
l’objet de contestation devant le juge administratif, l’acte administratif bénéficie d’une
présomption de conformité au droit. Le juge n’annule ledit acte ou ne répare le préjudice
causé que si la partie demanderesse, rapporte la preuve des griefs qu’elle allègue. Dans le cas
contraire, l’acte administratif attaqué est réputé conforme à la loi1197.

Le juge administratif confirme voire renforce, si la preuve de l’illégalité de l’acte n’est


pas fournie par le requérant, la légalité de l’acte en cause. D’innombrables décisions vont en
tout cas dans ce sens.

Les recours en responsabilité ne sont pas en reste. En cas de carence de la preuve du


préjudice, de la faute de l’administration ou du lien de causalité entre la faute et le préjudice,
le juge administratif n’impute aucune responsabilité à l’administration.

1195
ROLAND (H), Lexique juridique; expressions latines, op. cit., p. 142.
1196
FOUMENA (GT), La charge de la preuve dans le contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 26.
1197
Loc. cit.

320
En définitive, l’adage actori incumbit probatio est une règle civiliste importée et
réceptionnée en contentieux administratif camerounais. Il est évident, du moins en règle
générale, que celle-ci rentre dans la logique normale de tout procès. C’est en effet à celui qui
dénonce l’atteinte portée à un droit, à un intérêt d’en fournir la preuve, à condition d’y avoir
intérêt, capacité et qualité.

A l’analyse, si le droit du contentieux administratif camerounais partage


indiscutablement avec le droit civil processuel l’usage de l’adage actori incumbit probatio, il
faut en prendre garde. L’application de celle-ci en est parfois exclue à cause la nature
intrinsèque du contentieux administratif. C’est un contentieux qui oppose deux parties à
forces inégales : l’administration et l’administré. Le juge est donc conduit, au besoin, à
inverser le fardeau de la preuve pour rééquilibrer les rapports entre les parties en présence.

SECTION II - LE RENVERSEMENT EXCEPTIONNEL DE LA PREUVE A LA


CHARGE DE L’ADMINISTRATION DEFENDERESSE

Le principe actori incumbit probatio se justifie de lui-même dans le procès


administratif comme en toute action en justice1198. Il est normal qu’il trouve application
devant le juge administratif comme devant le juge judiciaire. La justification de cette règle
réside dans l’initiative qu’a prise le demandeur d’engager une procédure contentieuse. Il émet
des prétentions ; il présente des conclusions tendant à modifier l’ordre juridique et la stabilité
des situations ; à lui donc, de justifier du bien-fondé de son action1199.

Toutefois, l’application dans l’absolu de ce principe civiliste peut s’avérer dangereux


en contentieux administratif. Une transposition sans nuance de cette règle générale peut
conduire, à l’aggravation de l’inégalité déjà existante entre les parties. Charles DEBBASCH
expose en effet que « le principe appliqué dans l’absolu n’est pourtant guère équitable dans
les instances portées devant le juge administratif. L’inégalité des pouvoirs entre
l’administration et les administrés, le privilège d’action d’office reconnu à la puissance
publique conduisent à une situation spécifique en contentieux administratif (…) c’est
l’intervention du juge qui va rétablir dans l’instance l’égalité faussée par les prérogatives
de puissance publique. Le juge administratif dispose traditionnellement d’un pouvoir

1198
PACTEAU (B), « Preuve », op. cit., n° 34, p. 6.
1199
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge
administratif », op. cit., p. 87.

321
inquisitorial (…). Il peut permettre désormais au juge administratif de rétablir dans le
procès une égalité faussée par la présence d’un justiciable public »1200.

Le contentieux administratif camerounais constitue assurément un terreau fertile au


rééquilibrage par le juge des forces entre les parties. Le Professeur Célestin SIETCHOUA
explique que : « avec le recul, on se rend compte que dans notre contrée marquée par le
sous-développement où l’administration publique, levier du développement et acteur de
premier plan de la modernité dispose des prérogatives les plus étendues, souvent gagnées
par l’arbitraire sur les droits des administrés, cette action du juge pour rééquilibrer les
forces entre la puissance publique et l’administré est non seulement primordiale, mais
salutaire. Plus significatif affirme-t-il, « si elle n’existait pas, il fallait certainement songer à
l’inventer »1201.

Cela est de nature à conférer au régime probatoire un caractère original en contentieux


administratif en général et camerounais en particulier. Il ne s’agit pas pour le juge
administratif de seulement susciter la preuve des faits, mais encore et surtout qu’à partir de la
preuve, de garantir l’équité et l’égalité des armes entre les parties. Son interventionnisme s’en
trouve dès lors justifié.

L’originalité des règles de preuve en droit du contentieux administratif réside donc


dans la capacité qu’a le juge administratif, à travers l’application desdites règles, à
rééquilibrer les forces en présence. Le régime probatoire constitue ainsi la voie la mieux
indiquée pour le juge administratif camerounais de rééquilibrer le rapport de force entre
l’administré requérant et l’administration défenderesse. L’on ne peut en réalité s’empêcher
d’y voir une bonne dose de l’usage des pouvoirs d’inquisitorialité du juge en la matière. Ces
pouvoirs lui offrent la particularité de s’immiscer, de s’incruster, d’être partie prenante dans
l’établissement de la preuve et non d’être neutre comme le juge civil dans la procédure civile,
accusatoire.

L’administration défenderesse et le requérant font les frais de l’usage de ces pouvoirs


de probation du juge administratif à forte coloration inquisitoriale. Cela est encore plus
saisissant lorsque c’est la première Ŕ toute puissante avec ses privilèges et pouvoirs Ŕ qui en
fait les frais. Lorsqu’en effet pour le requérant les possibilités de rassembler les preuves, de

1200
DEBBASCH (Ch), « La charge de la preuve devant le juge administratif », Recueil, Dalloz et Sirey, 1983, p.
43.
1201
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 259.

322
recueillir les documents nécessaires ou utiles à leur démonstration, sont limitées ou quasi-
inexistantes, parce que détenus ou maîtrisés par la seule administration, le juge administratif
inverse les charges en matière de preuve. Il effectue une translation de la charge de la preuve
du requérant à l’administration défenderesse. Il faut donc compter avec le caractère
inquisitorial de l’instruction et la préoccupation du juge de ne pas charger le requérant de la
preuve de ses allégations dans les cas, fréquents, où il n’a pas les moyens de faire cette
preuve, parce que ces moyens sont détenus par l’administration1202.

La translation du fardeau de la preuve n’existe donc pas ex-nihilo. Outre qu’elle


résulte du caractère inquisitorial de l’instruction, elle est consacrée et comprend plusieurs
modalités (Paragraphe I), un champ d’application et des implications directes à l’égard des
parties (paragraphe II).

PARAGRAPHE I - LA CONSECRATION ET LES MODALITES D’INVERSION

Le déplacement de la charge de la preuve en contentieux administratif camerounais


n’est pas un vœu pieux ni quelque chose de platonique. Elle est réelle même si elle reste
exceptionnelle. Par ailleurs, beaucoup n’y verraient certainement qu’une transposition pure et
simple des règles du droit contentieux administratif français. Ce qui n’est qu’une vision
tronquée de la réalité. Car, si le droit du contentieux administratif camerounais s’en inspire
assurément et largement, il ne saurait être question d’une transposition des règles du droit
français. Car, l’inversion de la charge de la preuve par le juge administratif camerounais
résulte non pas de l’application des règles du droit positif français, mais de la seule
jurisprudence et des textes camerounais. Au fond, elle ne s’impose au juge administratif
camerounais que dans la mesure où celui-ci reste confronté aux mêmes faits et réalités qui ont
généré son application par son homologue français : à savoir l’inégalité des parties à
l’instance.

Une fois que cela a été relevé, l’on peut dès lors affirmer très clairement que les règles
probatoires en usage dans le prétoire du juge administratif camerounais sont consacrées en
droit positif camerounais. Il en est ainsi de l’inversion de la charge de la preuve (A). Cette
inversion se fait suivant des modalités qui nécessitent d’être disséquées (B).

1202
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 865.

323
A- La consécration de l’inversion

Selon Monsieur Gaétan Thierry FOUMENA « le juge administratif peut, selon les
cas et si besoin s’en fait, procéder à un renversement de la charge de la preuve vers les
épaules du défendeur en faisant usage de ses pouvoirs d’instruction ou inquisitoriaux. Ce
raisonnement, qui ne rend pas compte de la réalité du contentieux administratif
camerounais, ne saurait prospérer. En effet, le juge administratif n’a pas besoin
d’intervenir spécialement pour demander au défendeur de fournir la preuve de ses
allégations. Il s’agit d’une obligation qui découle logiquement du débat contradictoire et
donc, de l’échange de mémoires ». Pour lui, cela paraît logique, dans la mesure où c’est à la
partie qui supporte le risque de preuve qu’incombe in fine la charge de la preuve1203.

Cette affirmation, pour le moins curieuse, est discutable non seulement au regard que
la signification réelle de la règle actori incumbit probatio, mais aussi au regard du droit positif
camerounais.

Sur le plan définitionnel, il a été démontré dans les précédentes analyses que la règle
actori incumbit probatio est une règle susceptible d’une double acception large et stricte. Au
plan large, elle signifie que la preuve incombe à celui qui l’invoque. Vu sous cet angle
exclusivement, l’on pourrait donner raison à Monsieur FOUMENA. En effet, l’inversion de
la charge de la preuve n’aurait plus vraiment sa raison d’être, chacune des parties étant
astreinte à la même obligation en vertu de la contradiction.

Mais au plan strict, elle signifie que le requérant est le principal répondant de la charge
de la preuve, c’est-à-dire qu’il est fondamentalement celui qui supporte la charge de la
preuve. Lorsque que Monsieur FOUMENA affirme que c’est à la partie qui supporte le risque
de preuve qu’incombe in fine la charge de la preuve, il omet de dire que celle-ci est
principalement la partie requérante. Ce qui ne signifie pas que le défendeur est exempt de
toute preuve, il n’en supporte pas tout simplement le risque au premier plan. Vu sous cet autre
angle, l’inversion de la charge de la preuve aurait logiquement sa raison d’être. Le
déplacement de la charge preuve signifiant alors que c’est le défendeur qui en serait ex nunc
le principal répondant.

Sur le plan du droit positif, le mécanisme de l’inversion de la charge de la preuve a


reçu une consécration textuelle (1) et une consécration jurisprudentielle (2).

1203
FOUMENA (GT), Le juge administratif et la preuve, op. cit., p. 232.

324
1- La consécration textuelle

L’inversion de la charge de la preuve, à l’instar de la plupart des règles probatoires en


vigueur devant le prétoire du juge administratif, a reçu une consécration textuelle. En effet,
des dispositions législatives revêtent, au-delà de leur lettre, dans leur esprit même la présence
du mécanisme de l’inversion de la charge de la preuve en leur sein. La loi sur les tribunaux
administratifs énonce que :

« Le rapporteur peut, par simple lettre notifiée aux parties, les mettre en demeure de
fournir dans un délai de quinze jours à compter du lendemain de la notification, toutes les
explications écrites ou tous documents dont la production lui paraît nécessaire pour la
solution du litige. Ces documents sont notifiés aux autres parties, qui ont le même délai
pour les discuter »1204.

La grille de lecture que l’on peut proposer à partir de cette disposition de la loi permet
de faire ressortir l’existence du mécanisme de l’inversion.

Explication : d’abord, cette disposition est l’une des manifestations les plus patentes
du caractère inquisitorial de la procédure administrative contentieuse. Elle confère au juge
administratif le pouvoir de donner des « injonctions de procédure »1205 aux deux parties.
Ensuite, il faut relever que ces injonctions de procédure sont orientées vers l’établissement de
la preuve des faits. Il s’agit des ordres donnés aux parties par le juge administratif afin que
celles-ci mettent à sa disposition toutes « explications écrites » ou tous « documents » dont
« la production lui paraît nécessaire pour la solution du litige ».

Enfin, et c’est le plus intéressant, il est important de noter que si le juge administratif
peut s’adresser indifféremment aux deux parties, c’est-à-dire au requérant et à
l’administration défenderesse, la portée symbolique de son pouvoir d’injonction varie selon
que l’on est l’une ou l’autre de ces parties. Lorsqu’il s’agit du requérant, la portée est moins
symbolique. Il n’y a en effet rien d’extraordinaire à ce que le juge en fasse une telle demande
à celui qui est considéré comme étant le principal répondant de la charge de la preuve.

En revanche, lorsque c’est à l’administration défenderesse qu’il s’adresse, cela


apparaît comme un acte fort. Non seulement il donne un ordre à l’administration, mais en plus
il déplace la charge de la preuve du requérant à celle-ci. C’est à ce niveau que la translation du

1204
Art. 43, loi n° 2006/022, [Link].
1205
V. infra.

325
fardeau de la preuve survient. L’administration étant défenderesse, elle n’est pas censée
supporter le risque de la preuve. Mais on voit bien qu’à partir de ses pouvoirs inquisitoriaux le
juge, par cette disposition textuelle, peut contraindre l’administration à supporter le risque de
la preuve. Cela est conforté dans la jurisprudence administrative.

2- La consécration jurisprudentielle

La consécration jurisprudentielle du déplacement du fardeau de la preuve du requérant


au défendeur peut se déduire de nombreuses applications jurisprudentielles. Si l’on assiste en
effet à une floraison des applications jurisprudentielles qui en sont faites, il importe de relever
que cette pratique est ancienne.

Elle était déjà visible dans la jurisprudence du Conseil du contentieux administratif


notamment dans l’affaire EMIGNANT Prisant c/ Territoire du Cameroun1206 dont le
Professeur Célestin SIETCHOUA en donne la teneur en ces termes : dans cette affaire,
affirme-t-il, « le Conseil du contentieux administratif du Cameroun avait enjoint à
l’administration de motiver la décision attaquée, réserve faite des conséquences qu’il serait
en droit de tirer à l’expiration des délais à lui impartis »1207.

A l’analyse, dans cette affaire, le juge administratif procède à une nette translation du
fardeau de la preuve du requérant à l’administration défenderesse. Il fait nettement supporter
le risque de la preuve à l’administration défenderesse.

Cette application s’est clairement perpétuée dans le temps, avec ceci en plus qu’elle
connaît une expansion dans plusieurs matières. En dehors de l’injonction de la motivation de
la décision, le juge a également tendance à renverser la charge de la preuve lorsqu’une mesure
a un caractère de sanction1208. Il y a également transfert de la charge de la preuve, lorsque
l’administration est soumise au respect de certaines formalités, et que le requérant soutient
que ces règles de forme ou de procédure n’ont pas été observées1209. Le juge a également dans
certains cas renversé la charge de la preuve en créant des présomptions de faute1210.

1206
CCA, arrêt n° 463, 23 juin 1956, EMIGNANT PRISANT c/ Territoire du Cameroun.
1207
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 263.
1208
Cf. l’affaire DIWOUTA Loth Pierre c/ Etat du Cameroun oriental où il est demandé à l’administration la
production du dossier disciplinaire du requérant (CFJ/SCAY, 4 novembre 1968).
1209
Cf. par ex. affaire MBENTENGAM Richard c/ Etat du Cameroun dans laquelle le juge indique que « la
preuve de la notification incombe à l’administration » (CS/CA, jugement n° 36/ADD du 27 mars 1986).
1210
Cf. par ex. CS/CA, jugement n° 84/85-86, 26 juin 1986, KOUNTCHOU Levi Bord c/ Etat du Cameroun.

326
En définitive, le droit du contentieux administratif camerounais admet, peut-être pas
toujours explicitement, mais certainement, que la charge de la preuve puisse être déplacée du
requérant au défendeur. Les normes textuelles et jurisprudentielles le certifient
incontestablement et ce, à travers des modalités diverses.

B- Les modalités de l’inversion

Lorsque le juge administratif décide de mettre en branle ses pouvoirs inquisitoriaux


pour contraindre l’administration défenderesse de supporter le fardeau de la preuve, il use de
deux types de modalités. Il peut de manière explicite adresser des injonctions de procédure à
l’administration (1). Aussi peut-il à travers des présomptions et des preuves ante-judiciaires
reposer la charge de la preuve sur les épaules de celle-ci (2).

1- L’inversion a posteriori et explicite à travers des injonctions de procédure

Donner des injonctions à l’administration paraît relever de l’invraisemblance en


contentieux administratif. C’est un dogme bien connu en droit du contentieux administratif
que l’impossibilité pour le juge administratif d’adresser des injonctions à l’administration
active. Sans doute, les partisans de cette conception de l’office du juge administratif, pour
justifier leur position, s’adossent volontiers sur le principe très connu de la séparation de la
juridiction administrative et de l’administration active. Cela paraît logique. Mais envisagé à
l’excès, ce principe se détacherait de la réalité. Comme le souligne à juste titre le Professeur
Yves GAUDEMET, « la distinction entre la fonction juridictionnelle et la fonction
administrative n’a pas le caractère tranché qu’on lui attribue parfois »1211.

De fait, l’office du juge administratif se compose de deux pouvoirs qui symbolisent les
attributs traditionnels de son autorité : la balance et le glaive. La balance correspond à la
« jurisdictio », pouvoir de dire le droit par application des règles existantes. Le glaive
correspond à l’« imperium » pouvoir de contrainte et d’imposition de ses décisions. Mieux,
l’imperium désigne « l’ensemble des pouvoirs qui ont leur principe dans la détention d’une
fraction de puissance publique »1212.

Si ce pouvoir d’imperium est bien attaché à la fonction juridictionnelle, que l’on ne


s’en émeuve pas que le juge puisse disposer d’un pouvoir d’injonction. En effet, « si les mots

1211
GAUDEMET (Y), « Réflexions sur l’injonction dans le contentieux administratif », in Mél. offerts à
Georges BURDEAU, Le Pouvoir, LGDJ, 1977, p. 806.
1212
COLSON (R), La fonction de juger : étude historique et positive, op. cit., p. 184.

327
ont un sens, l’expression d’injonction doit être réservée au cas où le juge se borne à
adresser un ordre à l’administration active, mais ne substitue pas sa décision à celle de
cette dernière »1213, « elle n’est finalement que l’expression de la capacité de
commandement inhérente à la fonction juridictionnelle, que la manifestation de
l’imperium du juge »1214.

La capacité de commandement, outre qu’elle est inhérente à toute fonction


juridictionnelle, paraît être renforcée par le pouvoir inquisitorial du juge administratif. Ce
pouvoir commande de prendre des initiatives de commandement, des ordres à l’égard de
toutes les parties, y compris donc à l’égard de l’administration.

Ces injonctions sont de deux ordres : les injonctions de procédure qui s’exercent au
moment de l’instruction par simple lettre notifiée ou par des jugements avant-dire-droit et les
injonctions de jugement qui sont incorporés aux jugements de fond1215. Il faut se garder de

1213
GAUDEMET (Y), « Réflexions sur l’injonction dans le contentieux administratif », op. cit., p.
1214
Ibid., p. 810.
1215
Les injonctions de jugement de fond, incontestablement, sont celles qui sont les plus déniées au juge
administratif. Pourtant, à y regarder de près, même si le juge admet son incompétence à adresser des injonctions
à l’administration ou à se substituer à elle (v. not. : TE, arrêt n°58 du 27 novembre 1959, sieur ONANA
EKANGA Théodore c/ Etat du Cameroun ; TE, arrêt n°209 du 22 juin 1962, TONGA Sylvain c/ Etat du
Cameroun ; CFJ/SCAY, arrêt n°44 du 30 avril 1968, ESSIANE AKA’A Jean c/ Etat du COR ; CS/CA jugement
n°87/82‐83 du 30 juin 1983, ONAMBELE Germain c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, n°92 du 28 juillet 1983,
TCHOUANKEU Joseph c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°02/91‐92 du 31 décembre 1992, NGAMY
EMMANUEL c/ Etat du Cameroun; CS/CA, jugement n°137/2004‐2005 du 27 juillet 2005, KANGA KANGA
MBOCK c/ Etat du Cameroun), cela ne doit pas être pris pour absolument vrai. Il serait en effet difficile de
réfuter que le juge, non seulement, se substituerait à l’administration active Ŕ cas du recours en annulation Ŕ,
mais aussi adresserait des injonctions de jugement à l’administration Ŕ cas du recours de plein contentieux.
Lorsqu’en effet le juge annule un acte, il se substituerait à l’administration active : « par elle-même cette
prérogative conféré au juge administratif, et à lui seul, est exorbitante des fonctions normales d’un juge. Elle
aboutit à une substitution de compétence, la décision prise par l’autorité administrative pouvant être ruinée
par l’intervention du juge » (GAUDEMET (Y), « Réflexions sur l’injonction dans le contentieux
administratif », op. cit., p. 818). En matière de recours contentieux de pleine juridiction, le juge adresserait des
injonctions de jugement à l’administration (v. GAUDEMET, loc. cit.), la pratique le démontre. Dans l’affaire
NDOUGSA Bernard, il adresse clairement une injonction à l’administration en ces termes : « Considérant que le
centre de TOULOUSE ne forme plus les contrôleurs des services mixtes, l’Ecole des Postes de Yaoundé ayant
pris sa relève, il échet ainsi d’ordonner l’admission de NDOUGSA et ses acolytes au Centre de Yaoundé pour
un stage spécial des contrôleurs des Services Postaux et Financiers sans leur exiger un nouveau concours et
ce à la rentrée d’octobre 1972 » (CFJ/CAY, 18 aout 1972 NDOUGSA Bernard c/ République Fédérale du
Cameroun).

328
mêler, comme l’a fait le Professeur Yves GAUDEMET, les injonctions de jugement avant-
dire-droit et les injonctions de jugement de fond qui sont dites de jugement proprement dits. Il
affirme notamment que « ces injonctions de jugement – pour les distinguer de la catégorie
des injonctions de procédure – sont matériellement incorporées à une décision de justice.
Selon les cas, elles s’identifient avec le dispositif du jugement (cas des jugements avant-
dire-droit), ou bien correspondent à une partie seulement du dispositif (jugement sur le
fond) »1216.
En réalité, les injonctions de jugement avant-dire-droit sont de véritables injonctions
de procédure. Car, le jugement avant-dire-droit est celui qui se borne dans son dispositif à
ordonner une mesure d’instruction, ou une mesure provisoire. C’est dire que le jugement
avant-dire-droit est, dans sa nature même, une règle d’instruction et donc une règle de
procédure malgré le fait qu’elle épouse la structure d’un jugement. Il n’a pour qualification
« jugement » que parce qu’il dispose d’un exposé de motifs et d’un dispositif. Il n’a dans le
fond rien en commun avec le jugement proprement dit. Cette décision n’a pas l’autorité de la
chose jugée au principal et ne dessaisit pas le juge, puisque celui-ci n’a pas accompli sa tâche
de dire le droit.

Le juge administratif camerounais à la suite des textes s’est déclaré, dans l’affaire
KOFFI Jean ROUSSEAU1217, compétent pour donner des injonctions de procédure à
l’administration. Il affirme que :

« Attendu que la procédure administrative est inquisitoriale ; que la doctrine et la


jurisprudence reconnaissent à la juridiction administrative le pouvoir d’exiger de
l’administration compétente la production de tout document susceptible d’établir la
conviction du juge et de permettre la vérification des allégations respectives des parties ».

Pour inverser le fardeau de la preuve à travers son pouvoir d’injonction de procédure,


deux possibilités s’offrent au juge administratif camerounais. Il peut le faire soit par simple
lettre notifiée, soit par la technique du jugement avant-dire-droit. Le premier procédé pourtant
consacré1218, est inexistant dans la jurisprudence camerounaise. Le second non pourtant
consacré à cette fin, est très présent dans le prétoire du juge administratif camerounais.

1216
Ibid., p. 816.
1217
CS/CA, jugement n°86, 20 septembre 1984 KOFFI Jean ROUSEAU c/ Etat du Cameroun.
1218
V. art. 42 précité, loi n° 2006/022 sur les tribunaux administratifs.

329
Dans l’affaire EMINI TINA Etienne1219 par exemple c’est par un jugement avant-dire-
droit que le juge ordonne à l’administration défenderesse la production des éléments
indispensables à la manifestation de la vérité :

« Considérant enfin (…) que pour agir comme elle l’a fait, elle (administration) a
dû avoir des motifs justes et possibles que seules la production par elle de l’ensemble des
documents au vu desquels a été prise la décision d’exclure le requérant du cadre des
Officiers de Paix-Adjoints stagiaires, peut mettre à jour ; par ces motifs décide: (…) Au
fond avant-dire-droit, ordonne un supplément d’information ».

A l’observation, l’injonction de procédure est directe, explicite et intervient a


posteriori. Directe dans la mesure où le juge s’adresse sans détour à l’administration afin
qu’elle fournisse la preuve. Explicite en ce sens que le juge formule l’injonction en des termes
suffisamment clairs. A posteriori par le fait que la preuve est exigée après que le juge ait été
saisi. C’est le contraire des présomptions de faute ou plus généralement des preuves ante-
judiciaires.

2- L’inversion a priori et implicite à travers des présomptions de faute et des


preuves ante-judiciaires

Les présomptions de faute et les preuves ante-judiciaires sont des procédés par
lesquels le juge administratif camerounais déplace a priori et implicitement le fardeau de la
preuve du requérant au défendeur. Il s’agit des procédés a priori dans la mesure où le juge fait
peser, rétroactivement à sa saisine, le risque de la preuve sur l’administration défenderesse. Il
s’agit des procédés implicites en ce sens que le juge déduit, en raison de la nature de certains
faits ou actes, que le fardeau de la preuve pèse sur les épaules de l’administration
défenderesse.

Les présomptions de faute tout d’abord interviennent dans le cadre du contentieux de


la responsabilité. Ces présomptions se sont multipliées en raison de la difficulté voire de
l’impossibilité de certaines preuves dans les actions en responsabilité1220. Les hypothèses
courantes en droit du contentieux administratif camerounais sont celles du défaut d’entretien
normal des ouvrages publics et du fonctionnement défectueux des services publics.

1219
CFJ/SCAY, arrêt n°55/ ADD du 25 mars 1969, sieur EMINI TINA ETIENNE c/ Etat Fédéré COR. V.
également : CFJ/SCAY, arrêt n° 18, 4 novembre 1966, DIWOUTA Loth Pierre ; CS/CA, jugement/ADD, 27
octobre 1989, KISOB ACHIDI Jacob c/ Etat du Cameroun.
1220
PLANTEY (A) et BERNARD (F-Ch), La preuve devant le juge administratif, op. cit., p. 102.

330
La responsabilité de l’administration pour faute est présumée pour défaut d’entretien
normal si, par exemple, celle-ci « n’a pas correctement mené les travaux ou entretenu
l’ouvrage, si l’obstacle n’est pas signalé, si la tranchée a été mal remblayée, ou si des
précautions n’ont pas été prises pour éliminer le verglas, par exemple par du sablage »1221.

Cette présomption constitue en filigrane une inversion de la charge de la preuve. Cette


inversion exige néanmoins au préalable un commencement de preuve apporté par le
requérant. Il doit notamment faire la preuve du préjudice et du lien entre la faute présumée et
ledit préjudice.

En tout état de cause, l’inversion est bien réelle en matière de défaut d’entretien.
L’illustration peut en être faite dans l’affaire KOUNTCHOU Levi-Bord1222 dont les faits sont
les suivants :

Le camion appartenant au sieur KOUNTCHOU Levi-Bord se renversait, suite à


l’effondrement du pont, dans la rivière MAKENENE, subissant de nombreux dégâts ainsi que
de sérieuses avaries de la quasi-totalité de son important chargement.

Celui-ci a, de ce fait, attrait l’Etat du Cameroun devant la Chambre administrative par


une requête, en vue d’obtenir réparation des dommages à lui causés par ce dernier des suites
dudit accident. Il fait notamment valoir à l’appui de sa requête que le fait générateur de cet
accident réside d’une part dans l’état défectueux de ce pont et d’autre part dans la non-
signalisation de cet obstacle et encore moins de son état défectueux aux usagers de la route. Il
résulte de ce qui précède, ajoute-t-il, que la responsabilité de l’Etat est entière dans cet
accident. Un argumentaire que va réfuter la défense, car pour elle, l’accident est dû à la
surcharge non autorisée à la traversée d’un pont provisoire et l’imprudence du conducteur du
camion endommagé.

Mais, entre ces deux argumentaires opposés, le juge va trancher en faveur du


requérant. Il affirme :

« Attendu que le défendeur ne prouve pas que l’administration se soit acquittée des
obligations que lui imposaient les dispositions du 1er alinéa de l’article 34 (du Code de la

1221
BRAIBANT (G.), STIRN (B.), Le droit administratif français, op. cit., p. 340.
1222
CS/CA, jugement n° 84/85-86, 26 juin 1986, KOUNTCHOU Levi-Bord c/ Etat du Cameroun ; V.
également : CS/AP, arrêt n° 11, 6 mai 1993, Etat du Cameroun (Ministère de l’équipement) c/ KOUNTCHOU
Levi-Bord.

331
route qui dispose que : sur un pont qui n’offre pas de garanties nécessaires à la sécurité du
passage, l’autorité administrative ou le maire territorialement compétent prend toute les
dispositions pour y pourvoir…) (…) ;

Attendu que dans les circonstances de l’espèce, les défaillances relevées contre
l’Etat sont de nature à engager sa responsabilité » ;

Dans cette affaire, le juge inverse clairement la charge de preuve. Il fait ainsi subir le
risque de la preuve au défendeur. Car, il présume sa responsabilité, en raison de son
incapacité à apporter la preuve qu’il a rempli toutes les obligations légales qui lui incombaient
en présence d’un pont qui n’offre pas les garanties de sécurité.

Il faut dire que la présomption de faute pour défaut d’entretien normal de l’ouvrage
public peut être combattue totalement ou partiellement par la preuve contraire. Cette dernière
hypothèse a par exemple connu une illustration dans l’espèce Dame FERRIERE Marie1223.

Dans cette affaire, la requérante, alors qu’elle descendait d’escalier extérieur de l’hôtel
des P.T.T. de Yaoundé qu’elle venait de monter quelques instants auparavant, pour poster son
courrier, a fait une chute qu’elle impute au défaut d’entretien de cet escalier, dont l’une des
marches présentait une cassure. L’Etat incriminé, avait invoqué une cause étrangère qui ne lui
est pas imputable, ainsi que l’imprudence de la victime. Le juge administratif va conclure à un
défaut d’entretien de l’ouvrage par l’Etat, mais aussi à l’imprudence de la victime. Il énonce
alors que :

« Mais attendu que s’il est constant que la Dame FERRIERE qui, quelques instants
auparavant, avait aperçu la cassure incriminée en montant ledit escalier a manqué de
prudence en ne l’évitant pas à la descente, et ce, d’autant plus qu’elle n’invoque qu’aucune
circonstance ayant pu détourner son attention, il n’en demeure pas moins que, dans les
circonstances de l’espèce, la présence même de cette cassure revêtait un défaut d’entretien
de cette voie publique, de nature à engager sa responsabilité ;

Qu’il sera fait une véritable appréciation des circonstances de l’affaire en laissant à
sa charge, 50% des dommages ».

1223
CFJ/AP, arrêt n° 16, 16 mars 1967, Dame FERRIERE Marie c/ Etat du Cameroun.

332
Il s’agit là incontestablement d’un partage par moitié de la responsabilité entre la
requérante et l’Etat. Ce qui démontre que l’Etat a réussi à combattre partiellement, par la
preuve contraire, sa présumée responsabilité pour défaut d’entretien de l’ouvrage public.

La responsabilité de l’administration défenderesse peut également être présumée en


cas de fonctionnement défectueux des services publics. L’Affaire ENYENGUE DIPOKO
Bernard1224 en est une parfaite illustration.

En l’espèce, le sieur ENYENGUE a adressé de Paris douze mandats télégraphiques de


100. 000 francs chacun, soit 1.200. 000 francs à ses propres noms et adresse ; arrivés à
destination, ils ont été touchés par quelqu’un d’autre et non par le requérant qui était en même
temps expéditeur et destinataire desdits mandats. Le juge va sans ambages engager la
responsabilité de l’Etat pour fonctionnement défectueux des services. Il affirme :

« Attendu que (…), il nous importe de constater que le paiement de ces titres à une
personne autre que le véritable bénéficiaire caractérise indubitablement un fonctionnement
défectueux des services postaux, lequel mauvais fonctionnement constitue une faute
engageant la responsabilité de l’Etat du Cameroun ».

Pour ce qui est ensuite des preuves ante-judiciaires1225, il s’agit des preuves
implicitement exigées à l’administration par le juge administratif en dehors et avant toute
saisine de celui-ci. La preuve ante-judiciaire est manifeste à plusieurs niveaux.

L’exigence de la motivation des décisions administratives tout d’abord peut être


considérée comme une preuve ante-judiciaire. S’il est vrai que la motivation est une opération
de justification de la légalité voire de la légitimité1226, elle n’en est pas moins érigée en mode
probatoire, précisément en preuve ante-judiciaire1227. Cela est perceptible en matière de
sanction disciplinaire des fonctionnaires. Selon le statut général de la fonction publique,
« toute sanction disciplinaire doit être motivée, à peine de nullité absolue »1228. Cette

1224
CS/CA, jugement n° 13 du 23 novembre 1989, ENYENGUE DIPOKO Bernard c/ Etat du Cameroun.
1225
L’expression est de BENTHAM (J), Traité des preuves judiciaires, tome 2, chap. 2, p. 11. Rapporté par
LAGARDE (X), Réflexion critique sur le droit de la preuve, lui-même rapporté par FOUMENA (GT), Le juge
administratif et la preuve, op. cit., p. 317.
1226
NOLA (BY), La Motivation des actes administratifs unilatéraux en droit administratif camerounais, Thèse
de Doctorat Ph. D, février 2013, p. 4.
1227
FOUMENA (GT), Le juge administratif et la preuve, op. cit., p. 19.
1228
Art. 95 (1), décret n° 94/199 du 07 octobre 1994 portant statut général de la Fonction Publique de l’Etat
modifié et complété par le décret n° 2000/287 du 12 octobre 2000.

333
disposition réglementaire est constamment réitérée en jurisprudence. C’est le cas dans
l’affaire WABO Rigobert1229 où le juge expose que :

« Conformément aux dispositions de l’article 95 alinéa 1 du décret n°94/199 du 7


octobre 1994 portant statut de la fonction publique de l’État, « toute sanction disciplinaire
doit être motivée à peine de nullité absolue. Qu’il résulte de ces dispositions que toute
décision administrative infligeant une sanction disciplinaire à un fonctionnaire doit
énoncer les motifs propres et suffisants justifiant la sanction prise contre ce fonctionnaire».

L’obligation de motivation permet à l’administration de produire la preuve des faits. Il


l’a clairement fait savoir dans l’affaire TCHUINOU NANA David1230 :

« Que l’obligation où l’administration se trouve de motiver suffisamment la


sanction disciplinaire qu’elle inflige à un fonctionnaire la contraint en même temps à
réfléchir, à s’assurer d’une part qu’elle a la preuve des faits et des circonstances de la
cause à vérifier, d’autre part que la loi ou la réglementation qu’elle propose d’appliquer est
bien celle qui convient à l’espèce ».

L’exigence de la motivation des décisions fait peser le risque de la preuve sur


l’administration défenderesse. Cette exigence constitue une inversion de la charge de la
preuve avant même que la juridiction ne soit saisie. Si la preuve de la motivation n’est pas
apportée, l’administration défenderesse échoue au procès. Car, le défaut ou l’absence de
motivation de l’acte est sanctionné par l’annulation de l’acte pour excès de pouvoir1231.

La preuve ante-judiciaire est aussi manifeste en matière de notification des actes


administratifs. Pour le juge administratif, la notification est « la remise à l’intéressé de la
copie " in extenso" de la pièce à notifier ou, tout au moins, d’un écrit contenant tous les
éléments nécessaires pour lui permettre de se faire un compte rendu exact de la mesure
prise à son égard, ainsi que les motifs pour lesquels elle a été prise »1232. L’administration a
l’obligation d’administrer la preuve de la notification au destinataire de sa décision. La preuve

1229
CS/CA, jugement n°42/99‐2000 du 30 mars 2000, WABO Rigobert représenté par Dr GUIMDO D. Bernard
Raymond c/ Etat du Cameroun.
1230
CS/CA, jugement n°45/94‐95/ADD, 27 avril 1995, TCHUINOU NANA David c/ Etat du Cameroun.
1231
Cf. CS/CA, jugement n° 12, 26 janvier 1982, Dame BINAM Née NGO NJOM Fidèle c/ Etat du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°37/2000‐2001, 30 août 2001, AFIDI ZOA Parfait Désiré c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n°04/2007‐2008, 16 janvier 2008, ALOLA Dieudonné c/ Etat du Cameroun (MFPRA).
1232
V. supra.

334
de cette notification lui incombe1233. Le défaut de notification implique l’inopposabilité de la
décision litigieuse au requérant. Le juge fait ainsi peser rétroactivement le risque de la preuve
à l’administration.

Enfin, la preuve ante-judiciaire est visible en matière des droits de la défense. Il s’agit
des droits offerts à toute personne incriminée, dans le cadre d’un procès ou dans un cadre en
tenant lieu, pour répondre, se défendre et contredire son accusateur. Les sanctions
disciplinaires en droit de la fonction publique constituent l’un des terreaux privilégiés de ces
droits. Ils « permettent aux personnes contre lesquelles les sanctions sont envisagées de
présenter leur point de vue, de discuter les griefs dont elles font l’objet et d’éclairer
l’administration préalablement au prononcé de la sanction »1234.

Les composantes de ces droits sont les suivants : le droit de l’agent appelé à
comparaître devant une instance disciplinaire à communiquer à tout moment avec son
défenseur ou conseil1235, le droit de la personne poursuivie d’être informée des griefs retenus
contre elle afin de mieux se défendre1236, la notification à l’agent de sa convocation devant le
conseil de discipline1237, le droit de l’agent poursuivi de répondre aux griefs qui lui sont
reprochés1238, dans un délai raisonnable après en avoir pris connaissance1239.

Si le destinataire de la sanction en conteste la légalité devant le juge administratif,


l’administration doit administrer la preuve de leur respect. En cas de constatation par le juge
de leur carence dans la procédure disciplinaire ayant entraîné la sanction, celui-ci en prononce

1233
CS/CA, jugement n° 36/ADD du 27 mars 1986, MBENTENGAM Richard c/ Etat du Cameroun ; V.
également : CS/CA, arrêt n° 13, 29 juin 1989, NNA MVONDO Théodore c/ Etat du Cameroun ; CS/AP, arrêt n°
2, 25 février 1999, Procureur Général près la Cour suprême c/ FONGANG Jean-Claude.
1234
NYETAM TAMGA (A), « Les droits de la défense dans la jurisprudence de la Cour suprême du Cameroun
statuant en matière administrative », [Link]., p. 70.
1235
CS/CA, jugement n°71 du 13 mai 1976, BENE BELLA LAMBERT c/ Etat du Cameroun.
1236
CS/CA, jugement n°20 du 25 janvier 1990, ELLA ONDOUA Engelbert c/ Etat du Cameroun.
1237
CS/CA, jugement n°58 du 27 septembre 1990 DJINOU Charles c/ Etat du Cameroun.
1238
CFJ/CAY, jugement n°23 du 15 novembre 1966, BABA YOUSSOUFA c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n°30/89‐90 du 3 mai 1990, TAKOUGANG Jean c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°68 /78‐79
du 31 mai 1979, BOUDOMBO MOUDIO c/ Etat du Cameroun.
1239
CS/CA, jugement n°106 du 30 mai 1999, MBIAMA MESSANGA CASIMIR c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement n°35 du 03 mai 1990, EDZOA Georges Maurice c/ Etat du Cameroun.

335
l’annulation pour excès de pouvoir1240. Il fait ainsi peser rétroactivement la charge sur
l’administration.

Au total, le juge peut inverser la charge de la preuve à travers des injonctions de


procédure, des présomptions de faute et des preuves ante-judiciaires. Ces modalités
d’inversion sont observables dans des champs contentieux précis et comprennent des
implications qu’il faut dépeindre.

PARAGRAPHE II - LE CHAMP D’APPLICATION ET LES IMPLICATIONS DE


L’INVERSION

Il convient à ce niveau d’analyser en premier lieu le champ d’application de


l’inversion (1), avant de s’appesantir sur ses implications (2).

A- Le champ d’application

Le déplacement de la charge de la preuve du requérant à l’administration défenderesse


connaît une oscillation de l’intensité dans l’application selon les recours contentieux. Si
l’inversion de la preuve est toujours exceptionnelle, le recours en annulation en constitue le
cadre favorable (1), tandis que le recours de pleine juridiction en constitue le cadre
circonspect (2).

1- Les recours en annulation comme cadre favorable

Le recours en annulation, précisément le recours en excès de pouvoir, est un terreau


fertile à l’inversion de la charge de la preuve. Si ce recours est un cadre d’expression mesuré
de l’adage actori incumbit probatio comme évoqué plus haut, l’on en déduit, a contrario en se
référant aux mêmes raisons avancées pour l’illustrer, qu’il est un cadre favorable pour
l’inversion.

En effet, la personne privée n’a pas de relation avec l’administration antérieurement à


l’acte litigieux. Sur le plan de la preuve elle est un tiers à l’acte, elle n’a pas participé à son
élaboration. Il n’est pas aisé pour lui d’apporter la preuve de l’illégalité commise par
l’administration. Car pour obtenir l’annulation d’un acte administratif pour illégalité, elle doit
percer une vérité intérieure à l’administration, rechercher et produire des actes, des mobiles,
au juge.

1240
CCA, arrêt n°655 du 25 octobre 1957, EBONGE Jean Albert c/ Etat du Cameroun.

336
Mais dans bien de cas, il est incapable de convaincre le juge. Les seuls éléments
qu’elle peut recueillir résultent de l’activité externe de l’administration. L’attitude interne des
personnes publiques ne pourra être découverte devant le juge que par le recours à des
allégations non démontrées, à une sorte de raisonnement intuitif. L’indigence d’une telle
preuve est sensible dans tout le domaine de l’excès de pouvoir. Le juge doit pouvoir ainsi
voler à son secours pour nuancer sa position d’infériorité1241.

Une autre raison pourrait également être avancée. Dans le recours pour excès de
pouvoir, c’est l’adversaire de l’administration qui est le demandeur, à savoir : le requérant, en
tant qu’il s’agit d’un acte administratif faisant grief au requérant. Il cherche devant le juge une
protection contre les mesures illégales de l’administration. C’est un litige où les rôles des
parties sont renversés. C’est donc l’administration qui veut obtenir une prestation déterminée
du requérant, et se trouve, par conséquent, dans la position d’un demandeur avec la
prérogative de prendre une décision unilatérale, et c’est le requérant qui se défend contre les
attaques de l’administration. Il faut donc en tenir compte en ce qui concerne la distribution du
fardeau de la preuve.

Parce qu’il en tient compte certainement, le juge administratif camerounais n’hésite


pas, au besoin, à inverser le fardeau de la preuve à l’occasion de l’examen des recours
contentieux pour excès de pouvoir1242. Que dire du contentieux de pleine juridiction ?

2- Le contentieux de pleine juridiction comme cadre circonspect

Partant également d’une analyse a contrario, il importe de relever que si le recours de


pleine juridiction constitue un cadre privilégié de l’adage actori incumbit probatio, il en
constitue un cadre circonspect en matière d’inversion de la preuve. Il a été en effet mentionné
plus haut, avec des propos attribués à Charles DEBBASCH, que dans le cadre des recours en
responsabilité par exemple, des relations antérieures à l’acte attaqué entre l’administration et
le requérant ont créé entre eux des liens qui vont faciliter la preuve ; le demandeur tirera de
ces relations des preuves à l’appui de son recours qui ne seront pas purement externes.

Mais si l’intervention doit rester plus exceptionnelle en plein contentieux, il ne fait


cependant nul doute que le juge administratif ait le pouvoir de porter remède à l’iniquité de la
règle qui impose la charge de la preuve au requérant. En effet, l’hypothèse réservée à des

1241
DEBBASCH (Ch), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, op. cit, p. 380.
1242
V. les décisions précédemment citées, servant d’illustration aux injonctions de procédure et aux preuves
ante-judiciaires.

337
présomptions de faute pour défaut d’entretien normal de l’ouvrage public ou pour
fonctionnement défectueux du service public est assez illustrative de la présence de
l’inversion du fardeau de la charge de la preuve en matière de pleine juridiction.

Le juge administratif en fait également application en dehors des présomptions de


faute. C’est le cas en matière de recours en responsabilité extracontractuelle. L’affaire NJOLE
MONGO Albert1243 en est une parfaite illustration.

Victime d’une voie de fait dans son bureau alors qu’il était dans l’exercice de ses
fonctions, le sieur NJOLE a introduit un recours en indemnisation dirigé contre l’Etat pour
non-respect du principe de protection prévu par les articles 37 et 38 du décret n° 74/138 du 18
février 1974 portant statut général de la fonction publique. Estimant que ce dernier n’est plus
fondé à demander réparation à l’Etat, le représentant de l’Etat fait valoir que le requérant
s’était déjà constitué partie civile devant le tribunal correctionnel et Monsieur MOUKOUTO
MAKEKETE avait été rendu responsable de la voie de fait et condamné à des réparations au
profit du requérant. Mais, le juge n’étant pas en possession d’éléments permettant de le
vérifier, a avait affirmé :

« Qu’il importe au représentant de l’Etat à faire preuve de la réparation accordée à


NJOLE MONGO par le juge judiciaire ».

Il ainsi inversé la charge de la preuve en faisant peser le fardeau de celle-ci sur


l’administration défenderesse.

En matière de contentieux électoral le juge administratif inverse également les rôles en


matière de preuve. C’est le cas dans l’affaire dit Conseillers municipaux de NANGA
EBOKO1244. Les faits de l’espèce sont les suivants : le jour de l’élection du maire et ses
adjoints, les conseillers municipaux de NANGA EBOKO avaient fait figure de frondeur
contre une décision du président national du RDPC les invitant à voter les individus désignés
à l’avance par lui à cent pour cent, s’ils ne voulaient pas être exclus du parti. A la suite de
cette désignation aucun procès-verbal n’a été signé. Les conseillers ont par la suite saisi le
juge pour solliciter l’annulation de cette élection.

Mais le représentant de l’Etat a soutenu dans son mémoire en défense que le requérant
n’a pas produit l’acte querellé. Le juge exposa alors que :

1243
CS/CA, jugement n° 35/ADD/80-81, 30 avril 1981, NJOLE MONGO Albert c/ Etat du Cameroun.
1244
CS/CA, jugement n° 24, 29 mars 1996, Conseillers municipaux de NANGA EBOKO c/ Etat du Cameroun.

338
« Attendu qu’il ne saurait être demandé au requérant comme l’exige le représentant
de l’Etat, la production de l’acte incriminé alors que les intéressés attaquent plutôt le vote
même des dirigeants de la commune dont s’agit, en soutenant qu’ils n’ont pas signé le
procès-verbal afférent audit vote comme le prévoit l’article 52 (nouveau) de la loi n° 92/003
du 14 août 1992 (…). L’administration étant le seul destinataire du procès-verbal de
l’élection du maire et de ses adjoints, c’est à elle qu’il revient de le produire en cas de
contestation de ladite élection ».

Il en ressort que le juge a attribué la charge de la preuve non pas aux requérants, mais
à l’administration défenderesse. Il a donc effectué un renversement de celle-ci, lequel n’est
pas sans implications.

B- Les implications de l’inversion

La translation de la charge de preuve du requérant à l’administration emporte deux


conséquences majeures à l’égard des parties. Elle conduit à l’atténuation de la difficulté de la
preuve pour le requérant (1) et elle entraîne une imputation du risque de la preuve à
l’administration (2).

1- L’atténuation de la difficulté de la preuve pour le requérant

L’inversion du fardeau de la preuve ne signifie en rien que le requérant soit exempt de


toute preuve. Bien au contraire, quel qu’en soit les cas, la preuve est toujours demandée à la
partie requérante d’une manière ou d’une autre. L’inversion doit donc être entendue comme le
fait d’alléger le fardeau de la charge au requérant et non la suppression intégrale de cette
charge. C’est en ce sens que le juge administratif s’appuie sur un minimum de preuves
apportées par le requérant afin d’inverser, au besoin, la charge de celle-ci.

Pour inverser le fardeau de la preuve, les allégations du requérant doivent être


assorties d’un commencement de preuve. « Le commencement de preuve apparaît ainsi
comme étant la circonstance à laquelle est subordonnée l’intervention du juge, mieux
l’inversion de la charge de la preuve »1245. Le juge n’accepte d’intervenir que s’il trouve déjà
dans la requête, un apport minimum du requérant1246. Le juge administratif n’estime pas
nécessaire que le requérant fasse la preuve entière des faits qu’il allègue. Il exige simplement

1245
FOUMENA (GT), La charge de la preuve dans le contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 43.
1246
COLSON (J-P), L'office du juge et la preuve dans le contentieux administratif, op. cit., p. 87.

339
que celui-ci apporte des éléments de nature à faire penser que la décision n’est pas justifiée ou
que les faits laissent fortement présumer la responsabilité de l’administration.

Lorsque que ce minimum de preuve n’est pas établi par le requérant, le juge déclare
non-fondées les allégations du requérant. Dans l’affaire NININE1247, il déclare que :

« Ne sauraient être retenues à l’appui d’une requête, des réclamations fondées sur
de simples témoignages sans commencement de preuve ».

De même dans l’affaire MBOA ESSONO1248, il expose que :

« Les allégations non assorties de commencement de preuve ou de présomptions


précises et concordantes doivent être rejetées ».

En revanche, lorsque ce minimum de preuve est établi, c’est-à-dire que ces allégations
sont non seulement vraisemblables mais reposent sur de présomptions sérieuses, précises et
concordantes, le juge invite l’administration à s’expliquer et notamment à indiquer les motifs
qui sont à l’origine de son action1249. C’est le cas, entre autres, dans les espèces DIWOUTA
Loth Pierre, KISOB ACHIDI1250.

A travers l’inversion du fardeau de la preuve, le juge utilise son pouvoir d’inquisition


pour rétablir une forme d’équilibre entre l’administration et le requérant en réduisant à ce qui
lui paraît raisonnable les obligations de preuve de ce dernier1251. Il importe donc de garder à
l’esprit que le renversement de la charge de la preuve implique non pas suppression de celle-
ci, mais atténuation, allègement de la difficulté de celle-ci pour le requérant et imputation du
risque de la preuve à l’administration défenderesse.

2- L’imputation du risque de la preuve à l’administration

Le risque de la preuve s’analyse du risque encouru par une partie d’échouer au procès
si elle est incapable de lever le doute qui pèse sur elle. Imputer donc à l’administration ce

1247
CCA, arrêt n° 101 du 28 juillet, 1958, NININE c/ Liste de défense des intérêts régionaux électoraux du
Diamaré.
1248
CCA, arrêts n° 521, 20 décembre 1956, MBOA ESSONO André c/ Elections municipales de commune de
Yaoundé.
1249
GAUDEMET (Y), « La preuve et la conviction du juge en Droit administratif français », op. cit., p. 718.
1250
CFJ/SCAY, arrêt n° 18, 4 novembre 1966, DIWOUTA Loth Pierre c/ Etat du Cameroun ; CS/CA,
jugement/ADD, 27 octobre 1989, KISOB ACHIDI Jacob c/ Etat du Cameroun.
1251
GAUDEMET (Y), « La preuve et la conviction du juge en Droit administratif français », op. cit., p. 718.

340
risque signifie qu’elle s’expose au risque de la perte du procès s’il elle n’apporte pas la preuve
requise. Initialement, ce risque pèse principalement sur le requérant, mais certaines
circonstances propres au contentieux administratif, à la nature des litiges en cause, amènent le
juge à intervenir et à le déplacer du côté de l’administration défenderesse. Dire que la charge
de la preuve a été inversée signifie en réalité que c’est le risque de la preuve qui a été inversé.

Cela est d’autant plus vrai que par-delà la preuve qui incombe naturellement au
défendeur à titre de l’excuse ou des justifications dont il se prévaut, le droit processuel
administratif lui impose de bien participer à la preuve de ce que prétend son adversaire, c’est-
à-dire qu’il ne saurait se borner à opposer aux critiques du requérant le mur de son silence1252.
L’administration défenderesse se trouve, malgré elle, contrainte de prouver le bien-fondé de
son action si elle ne veut pas que l’absence de preuve ne soit interprétée comme son
acquiescement aux allégations du requérant ou si elle ne veut pas simplement perdre le
procès.

Le juge administratif estime, par exemple s’agissant de la première hypothèse, qu’ « à


défaut de la production de cette pièce, la carence de cette haute autorité sera interprétée
comme un acquiescement de sa part et la Cour statuera ce qu’il appartiendra »1253. En
général, et c’est la seconde hypothèse, le juge administratif donne gain de cause au requérant
lorsque l’administration défenderesse est incapable ou refuse de fournir les pièces qui lui sont
exigées. « La non production [des pièces par l’administration défenderesse] corrobore
l’argument du recourant »1254, le juge en tire les conséquences en annulant la décision ou en
déclarant bien-fondée la demande de réparation du ce dernier.

1252
PACTEAU (B), « Preuve », op. cit., n° 54, p. 8.
1253
CS/CA, jugement n° 69/78-79, 31 mai 1979, NDI ABOGO Raphaël c/ Etat du Cameroun ; v. également
CS/CA, jugement n° 41/79-80, 26 juin 1980, NJINE NGANGLEY Michel c/ Etat du Cameroun.
1254
CS/CA, jugement n° 44/04-05, 4 février 2005, OHANDJA Séverin c/ Etat du Cameroun.

341
C ONCLUSION DU CHAPITRE

Le rééquilibrage des rapports entre les parties à travers l’inversion de la charge de la


preuve est un aspect très révélateur des pouvoirs d’instruction du juge administratif en général
et de ses pouvoirs de probation en particulier. L’enjeu a consisté dans le présent chapitre non
plus de justifier ce rééquilibrage, mais d’envisager son opérationnalisation.

L’on y retient alors que le juge administratif n’inverse la charge de la preuve


qu’exceptionnellement et si la nécessité le commande. Dans la généralité des cas, il applique
l’adage actori incumbit probatio. La logique voudrait qu’il en soit ainsi, car l’on n’accuse pas
son vis-à-vis sans démontrer le bien-fondé de son accusation. Mais l’inégalité des parties au
procès administratif tout comme la nature des litiges en cause en commande un usage limité
en contentieux administratif camerounais. Car à l’appliquer dans l’absolu, cet adage sera
inique. Il peut contribuer à favoriser l’administration défenderesse au détriment du recourant.

Il appartient alors au juge administratif d’intervenir pour exiger de l’administration


défenderesse de fournir la preuve que le requérant n’est pas objectivement en mesure de
produire à cause de sa position externe à l’administration ou à la décision administrative. Le
juge administratif inverse ainsi la charge de la preuve pour venir en quelque sorte au secours
du requérant. Il opère donc, soit en adressant à l’administration des injonctions de procédure,
soit en retenant des présomptions de faute, soit enfin en s’appuyant sur des preuves ante-
judiciaires.

342
C ONCLUSION DU TITRE

Le rééquilibrage des rapports entre les parties dans l’établissement de la preuve


constitue le premier pan des pouvoirs de probation du juge administratif camerounais. L’étude
de la question tout au long de ce titre a permis d’aboutir au constat selon lequel : la nécessité
de rééquilibrer les rapports de forces entre les parties en matière de preuve se justifie par la
situation d’inégalité des parties d’une part, et elle s’opère par un renversement de la charge de
la preuve d’autre part.

L’inégalité entre les parties s’explique par l’opposition à l’administration d’une


personne privée. L’administration, du fait des privilèges et des pouvoirs dont elle dispose,
apparaît naturellement supérieure. Ces attributs de puissance publique, justifiés par la
nécessité de servir l’intérêt général voire son intérêt supérieur propre, la placent a priori dans
une position favorable dans l’instance en général et en matière probatoire en particulier. C’est
tout le contraire de son adversaire, personne privée, administré ou simple participant à
l’exécution du service public qui apparaît inférieur et en position défavorable.

Cela est de nature à justifier que le juge administratif procède au rééquilibrage des
rapports entre les parties. Celui-ci opère par l’inversion de la charge de la preuve. Si en
général, il estime que c’est au demandeur qu’incombe la charge de la preuve, cela ne dure et
ne reste valable que tant que l’égalité des parties n’a pas été viciée dans la production de la
preuve. Mais, s’il apparaît que l’égalité est menacée, parce que le requérant se heurterait à la
difficulté de fournir une preuve détenue par l’administration ou dépendante de cette dernière,
le juge inverse la charge de la preuve et en fait peser le risque sur elle.

Tout cela résume en quelque sorte ce qu’il est convenu d’appeler « pouvoir de
rééquilibrage » du juge administratif, lequel est subsumé dans le cadre de ses pouvoirs de
probation. L’autre pan, tout aussi significatif, des pouvoirs de probation concerne la diligence
des mesures d’instruction.

343
T ITRE II : LA PRESCRIPTION DES MESURES
PARTICULIERES D’INSTRUCTION

344
Le juge ne saurait statuer qu’en connaissance de cause. Le contenu des mémoires
échangés et les pièces produites peuvent suffire. Le principe, assurément, est qu’il appartient à
chacune des parties d’apporter, mais par tous les moyens, la preuve des faits qu’elle
invoque1255. De façon générale, le juge forme sa conviction d’après les éléments du dossier et
en présence d’éléments contradictoires ou non décisifs, il se prononcera dans le sens qui lui
paraîtra plus conforme à la réalité1256.

Si les éléments du dossier ne sont pas décisifs, le juge doit normalement éprouver le
besoin de compléter l’instruction de l’affaire en vue de recueillir des éléments qui seront
déterminants pour la solution du litige. Il a l’obligation, en vertu de ses pouvoirs
inquisitoriaux, d’assurer une instruction complète, c’est un droit pour les parties. « Il y a
instruction complète lorsque les parties ont cessé de présenter, sous la direction et le
contrôle du juge, des arguments et moyens utiles à leur défense. La diligence conjointe du
juge et les parties permet de réaliser dans les conditions les plus favorables une instruction
complète qui sauvegarde les droits des parties et fournit au juge la possibilité de se forger
une conviction »1257. Pour assurer une telle instruction destinée à se forger une conviction, le
juge administratif peut recourir à divers procédés qualifiés de « mesures d’instruction » par la
loi1258.

Dès lors, que faut-il entendre par mesures d’instruction, tant est que, cette expression
est imprécise et creuse dans sa formulation, même si la loi lui attribue un contenu. En effet,
toutes les mesures prises par le juge dans le cours de l’instruction sont potentiellement des
mesures d’instruction. Il en va, par exemple, des mesures de régularisation et de recevabilité
des requêtes, de l’exercice contradictoire ou non de la communication des mémoires et pièces,
des mesures destinées à gérer le temps ou encore des mesures incidentes, entre autres.

En réalité, l’expression mesures d’instruction telle que la loi a voulu l’envisager


renvoie à des mesures particulières destinées à asseoir la conviction du juge. Au lieu de se
limiter à la formulation équivoque de mesures d’instruction, le législateur Ŕ parfois la
doctrine et le juge aussi Ŕ aurait mieux fait de parler de mesures particulières
d’instruction ou de mesures d’investigation particulières.

1255
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 864.
1256
Ibid., p. 865.
1257
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 451.
1258
Cf. chapitre IV de la loi n° 2006/022 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs.

345
En général, est qualifiée de mesure particulière d’instruction, toute procédure
ordonnée à la demande des parties ou d’office par le juge et tendant à établir la réalité et
l’exactitude des faits sur lesquels porte une difficulté juridique ou un litige1259. Ces mesures
particulières d’instruction participent de l’administration de la preuve par le juge. Elles sont
mises à la disposition du juge administratif pour rechercher la vérité 1260. Elles sont
susceptibles d’éclairer le juge administratif dans la recherche de la vérité 1261. Enfin ces
moyens de preuve sont diverses mesures permettant au juge d’asseoir sa conviction1262.

Au demeurant, bien que le fardeau de la preuve incombe au requérant, le caractère


inquisitorial de la procédure autorise, et même parfois, oblige le juge à imposer les mesures
particulières d’instruction pour mieux faire apparaître des droits respectifs des parties1263.
Autrement dit, les juges administratifs, plus encore que les juge civils, parce qu’ils dirigent
l’instruction des affaires, peuvent prescrire des mesures particulières d’instruction très variées
pour tenter de dégager la vérité et d’éclaircir des questions de fait incertaines, controversées
ou obscures. Leur pouvoir n’est limité que par la règle qu’ils se sont toujours imposés à eux-
mêmes de ne pas empiéter sur les attributions de l’administration active1264.

Ces mesures d’instruction sont, pour la plupart, soumises à un régime général


résultant de quatre principes. Selon le Professeur René CHAPUS en effet, le premier principe
est la conséquence du « caractère inquisitorial » de la procédure, le juge détient en la matière
un pouvoir indépendant. Ainsi une demande présentée par une partie n’est, ni une condition
nécessaire, ni une condition suffisante du prononcé d’une mesure d’instruction quelle qu’elle
soit. Le deuxième principe résulte de ce que les « mesures d’instruction ne peuvent se
rapporter qu’à des questions de fait ». Le troisième principe est que « la liberté du juge n’est
pas l’arbitraire du juge ». Qu’il ait été saisi ou non d’une demande, il doit veiller à se
conformer à trois obligations. D’abord, s’il n’est pas lié par le résultat des opérations, il ne
saurait les rejeter en conséquence de leur fausse interprétation. Ensuite, il doit ordonner les
mesures nécessaires à assurer l’instruction complète de l’affaire. Les parties ont droit à une
telle instruction. Le refus ou l’omission par un tribunal administratif de prononcer une mesure
utile serait censuré en appel. Enfin, il doit refuser ou s’abstenir d’ordonner les mesures, et

1259
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit, p. 603.
1260
JACQUOT (H), « Le contentieux administratif au Cameroun », op. cit., p.122.
1261
BINYOUM (J), Contentieux administratif, cours polycopier, op. cit., p.148.
1262
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 61.
1263
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 441.
1264
ODENT (R), Contentieux administratif, t1, op. cit., pp. 943-944.

346
notamment les mesures d’expertise, qui seraient « frustratoires », en raison de leur inutilité.
Le quatrième principe enfin tient à ce que les « exigences du principe de la contradiction
doivent être respectées »1265.

Ces mesures, et c’est un paradoxe1266, sont explicitement, dans leur grande majorité,
organisées par la loi de 2006 précitée fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs. Il s’agit dans l’ordre retenu par le législateur de : l’enquête1267, la descente sur
les lieux1268, l’audition des parties1269, la vérification des écritures1270 et des expertises1271.

L’analyse de ces mesures doit se faire en considération d’un certain nombre de


facteurs tenant à leur technicité et à leur fréquence d’emploi. Eu égard à cela, l’expertise
apparaît naturellement dans le peloton de tête. C’est une mesure singulière, à cause
notamment de la très grande technicité qu’elle requiert et de sa fréquence d’emploi régulière
par le juge. Le président ODENT affirme en effet en ce sens : « l’expertise est la mesure
d’instruction à la quelle pense tout juge embarrassé par une difficulté de fait »1272. Suivent
ensuite toutes les autres mesures : enquête, audition des parties, descente sur les lieux,
vérification des écritures.

Il convient, au regard de cela, d’analyser distinctement l’expertise des autres mesures


particulières d’instruction. Il importe donc d’envisager successivement :

− La prescription de l’expertise (Chapitre I) ;


− La mobilisation des autres mesures particulières d’instruction (Chapitre II).

1265
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 881 et s.
1266
Dans la mesure où le régime de preuve en contentieux administratif camerounais est réputé libre et non légal.
1267
Section I du chapitre IV de la loi n° 200/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement
des tribunaux administratifs.
1268
Section II.
1269
Section III.
1270
Section IV.
1271
Section V.
1272
ODENT (R), Contentieux administratif, t1, op. cit., p. 944.

347
C HAPITRE I : LA PRESCRIPTION DE L’EXPERTISE

348
S’il est un truisme que l’erreur judiciaire est un mal qui ne peut totalement être
éradiqué, il reste aujourd’hui qu’elle est combattue avec vigueur. Car il devient de plus en
plus difficile de tolérer des bavures judiciaires et surtout les injustices qui peuvent en résulter.
C’est pourquoi en matière de preuve par exemple, le juge n’hésite plus à faire appel à la
science, à la technique ou même à la technologie. C’est le cas notamment lorsque, pour établir
les faits, le juge se trouve confronté à une difficulté d’ordre technique ou scientifique. Il est
alors tenu de recourir à un spécialiste pour lui venir en aide. L’opération qui s’en suit n’est ni
plus ni moins qu’une « expertise judiciaire ».

Conscient de l’apport indéniable de cette dernière à la justice administrative, le


législateur camerounais a tôt fait de l’adopter. C’est ainsi qu’en contentieux administratif
camerounais et particulièrement pour ce qui est du volet procédural, l’expertise figure en
bonne place parmi les mesures d’instruction1273. L’expertise est donc à côté des enquêtes, des
descentes sur les lieux, de l’audition des parties et de la vérification des écritures, une mesure
d’instruction permettant au juge d’asseoir sa conviction.

Mais l’expertise est une mesure singulière par rapport aux autres mesures
d’instruction. Car elle permet de mettre sur la même table le droit et la science. Cela peut être
tantôt perçu comme un duel, tantôt comme un duo. Mais seul le second sens est ici pris en
considération. Ainsi, « la science cherche la vérité tandis que le droit réalise la justice »1274.
S’il est vrai que « la science met l’accent sur le progrès alors que le droit met l’accent sur le
procès »1275, il est aussi vrai que pour être juste, le procès a besoin du progrès. Pour cette
raison le droit ne peut se passer de la science et des évolutions qu’elle génère. C’est d’ailleurs
ce qui fait dire au Professeur Dominique LENCOU, président du conseil national des
compagnies d’expert en France que « dans un monde en constance évolution, le droit
n’échappe pas aux mouvements et les experts y ont été naturellement associés »1276.

L’expertise est avant tout perçue comme la chose des savants. Le savant ici n’est rien
d’autre que l’expert. Il importe dès lors d’identifier la personne de l’expert.
1273
V. la loi n°75/17 du 8 décembre 1975 fixant la procédure devant la Cour Suprême statuant en matière
administrative et la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1274
DUPRET (B), « L'expertise en justice: le regard des sciences humaines », Recherche DROIT ET JUSTICE,
numéro 35, novembre 2010. p. 7.
1275
Loc. cit.
1276
V. Guide des experts devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel 2010, préface,
LENCOU (D), [Link], consulté le 20 juillet 2015, p. 2.

349
L’identification de l’expert commande de retourner aux racines latines de la langue
française. C’est la tâche à laquelle s’était attelé Yves LENOIR, en ressortant l’origine de
l’expression par ces termes: « l’adjectif « expertus » (le substantif n’existait évidemment pas
en latin) adopte deux sens: le premier renvoie à celui qui a essayé, qui sait par expérience,
le second à celui qui a fait ses preuves grâce à l’expérience. Est donc expertus l’être
humain qui experirit, qui a essayé, qui a fait l’essai, qui a mis à l’épreuve, qui a tenté,
risqué, bref qui a appris par l’expérience. Il détient de l’experientia, c’est-à-dire qu’il a
pratiqué des essais en suffisance et qu’il les a mis à l’épreuve par le biais de l’observation
ou des manipulations répétées. Il est alors experiens, entreprenant, actif, mais aussi on lui
reconnaît d’avoir de l’expérience, de la pratique »1277.

A partir de cette définition étymologique, la personne de l’expert devient aisée à


déterminer. D’abord, contrairement aux autres catégories de personnels en place dans les
juridictions, l’expert n’est pas forcément un professionnel du droit. Son identité se construit
autour de la maîtrise d’une spécialité technique ou scientifique.

Ensuite, ce technicien prend part au déroulement de l’instance et à la préparation du


jugement, que ce soit en matière d’administration de la preuve, d’établissement des faits ou
d’évaluation des responsabilités. Aussi, l’expert peut-il être considéré comme un acteur
technico-scientifique, qui en dépit d’une légitimité non juridique intervient dans les
mécanismes judiciaires et plus spécialement dans la construction du jugement.

L’expertise est en outre une opération matérielle, une action, bref une procédure
judiciaire. Autrement dit, c’est une suite d’actions ordonnées en vue d’un résultat précis. Elle
est un ensemble organisé du processus qui concourt à l’action d’une fonction: la recherche de
la preuve. L’expertise est alors vue comme une « procédure de recours à un technicien
consistant à demander à un spécialiste, dans le cas où le recours à des constatations ou à
une consultation ne permet pas d’obtenir les renseignements nécessaires, d’éclairer le
tribunal sur certains aspects du procès, nécessitant l’avis d’un homme de l’art »1278.

Il apparaît donc que l’expertise est un acte de procédure orchestré par le juge,
savamment mené par l’expert, et dont le but recherché est de concourir à la manifestation de

1277
LENOIR (Y), « L'enseignant expert, regard critique sur une notion non dépourvue d'intérêt pour la recherche
sur les pratiques enseignante » ; CRIE-CRIFPE et Réseau OPEN, Université de Sherbrooke (Québec).
RECHERCHE et FORMATION n°47 – 2004 ; p. 11.
1278
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit, p. 418.

350
la vérité. C’est un mode de preuve original résultant d’un ensemble de procédés, de manières
de faire singulières. Elle est alors « une pratique qui articule un savoir disciplinaire donné et
une question concrète, ce, dans le respect d’un cadre juridique et procédural vu comme
contraignant »1279.

Il existe deux grandes catégories d’expertises judiciaires. Ce sont les expertises civile
et pénale, d’une part et l’expertise en procédure administrative contentieuse qui elle intéresse
ce chapitre, d’autre part.

Les expertises civile et pénale peuvent être classées dans la même catégorie à cause de
la nature privée des règles auxquelles elles obéissent. L’expertise en matière civile, concerne
les instances devant les juridictions civiles, commerciales et sociales. Elle obéit aux règles
telles que fixées par le code de procédure civile1280. Mesure d’instruction prévue au titre
dixième du code de procédure civile consacré à des rapports d’expertise, elle obéit aux
principes directeurs et généraux du procès civil, ainsi qu’aux règles de procédure spécifiques
aux mesures d’instruction1281.

L’expertise pénale, quant à elle, se rapporte aux instances devant les juridictions
pénales ou répressives. Elle est régie par la loi portant Code de procédure pénale1282. Celle-ci
se distingue fondamentalement de l’expertise civile en ceci que dans le civil, la procédure est

1279
DUMOULIN (L), « L'expertise judiciaire dans la construction du jugement: de la ressource à la contrainte ».
Droit et Société 44/45-2000, p. 201.
1280
Cf. arrêté du 16 décembre 1954 portant code de procédure civile.
1281
Selon le professeur Christine HUGON la procédure civile comprend deux catégories de principes
directeurs: les principes relatifs à la répartition des rôles entre les parties et le juge, encore qualifiés de principes
traditionnels de la procédure civile interne et les principes garantissant un procès équitable, essentiellement
d'origine supra-législative. Ainsi sont rangés dans la première catégorie les principes d'initiative et d'impulsion
selon lesquels l'initiative du procès appartient aux parties, juges de leurs intérêts privés; puis, une fois introduite,
l'instance se développe sous l'impulsion des parties et le contrôle du juge. Pour ce qui est de la deuxième
catégorie, peuvent être relevés, le droit à un juge indépendant et impartial, l'égalité des armes, le contradictoire et
les droits de la défense, le principe de publicité et le délai raisonnable. Pour plus d'approfondissement, cf. cours
de procédure civile du professeur Christine HUGON, disponible sur [Link], site consulté le 21
janvier 2013.
1282
Loi n°2005/007 du 27 juillet 2005 portant code de procédure pénale, cf. les articles 203 à 217.

351
contradictoire1283, « alors qu’au pénal l’expert dialogue surtout avec le juge. C’est donc le
juge qui surveille l’aspect objectif de la production d’expertise »1284.

Mais il reste que l’une comme l’autre sont sous l’empire du droit privé, ce qui les
différencie fondamentalement de l’expertise de la procédure administrative contentieuse.

L’expertise en procédure administrative contentieuse est celle concernée par ce


chapitre. Il s’agit de l’expertise applicable devant les juridictions administratives. Elle est
régie par la loi fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs1285. Elle
n’est que l’un des reflets du caractère particulier de la procédure administrative contentieuse.
De ce point de vue, elle se démarque des autres expertises notamment de celle dite civile au
moins sur trois points.

Le procès ici n’est pas la chose des parties comme en matière civile. Celles-ci font
connaître leurs litiges par le juge administratif ; dès lors le procès devient la chose du juge qui
le maîtrise complètement et dirige l’instruction de l’affaire. D’où le caractère inquisitoire de
la procédure. Ainsi dans la conduite de l’expertise, le juge reste incontestablement le maître.

L’expert ici a le statut de collaborateur occasionnel du service public de la justice1286,


par contre en matière civile ou pénale la jurisprudence ne s’est pas encore clairement
prononcée sur son statut. Elle hésite entre le statut de collaborateur occasionnel du service
public de la justice et celui d’auxiliaire de justice (prestataire de service).

L’avis de l’expert en procédure contentieuse administrative n’est pas diffusé aux


parties en cours d’expertise ; le débat sur les conclusions de l’expert n’ayant normalement sa
place que devant le juge. Autrement dit, le principe de la contradiction se déroule en présence
du juge et après le dépôt du rapport d’expertise. Par contre, en matière civile, le principe du
contradictoire s’applique à tous les stades de l’expertise. Dans ce sens l’article 16 du code de
procédure civile français précise que: « le juge doit, en toute circonstances, faire observer et
observer lui-même le principe de la contradiction ». La particularité de l’expertise ici ne fait
aucun doute par rapport à l’expertise civile et pénale.

1283
L'aspect contradictoire au civile signifie que toutes les opérations peuvent être discutées par les parties.
1284
RUMEAU (M), « L’expertise en matière judiciaire », 10ème Congrès d'Acoustique, Lyon, 12-16 avril 2010.
Disponible sur [Link]@[Link], p2. Consulté le 26 septembre 2015.
1285
Loi n°2006/022, [Link].
1286
CE, sect., 10 février 1967, Aragon et CE, sect., 26 février 1971, Aragon.

352
Au reste, l’expertise est régie en contentieux administratif camerounais par les articles
84 à 93 de la loi de 2006 sur les tribunaux administratifs précités. L’examen de l’expertise en
procédure administrative contentieuse camerounaise commande de faire une énonciation du
pouvoir du juge en la matière (Section I) et d’envisager la portée de ce même pouvoir
(Section II).

SECTION I - L’ENONCIATION DU POUVOIR DU JUGE EN MATIERE


D’EXPERTISE

L’énonciation du pouvoir du juge administratif en matière d’expertise doit être


comprise comme sa présentation, sa déclination voire l’exposé de celui-ci. Cette énonciation
traduit deux choses : le juge a la liberté de prescription des mesures d’expertise (paragraphe
I). Aussi, a-t-il le pouvoir de direction de celle-ci (paragraphe II).

PARAGRAPHE I - LA LIBERTE DE PRESCRIPTION DES MESURES


D’EXPERTISE

La liberté de prescription des mesures d’expertise par le juge administratif se traduit


par le principe de la faculté de prise des mesures d’expertise (A) d’une part et par
l’appréciation souveraine de la demande d’expertise (B) d’autre part.

A- Le principe de la faculté de prise des mesures d’expertise

Affirmer que le juge jouit d’une faculté d’ordonner l’expertise, c’est lui reconnaître
d’une part la liberté certaine de décision d’une expertise demandée par les parties (1) et
d’autre part la possibilité d’en ordonner d’office (2).

1- La liberté de décision d’une expertise demandée par les parties

Le tribunal « peut » ordonner qu’il soit procédé à une expertise1287. La demande


d’expertise n’est jamais obligatoire. Le juge peut refuser une expertise sollicitée par les
parties, mais sous réserve de certaines conditions. En effet, si le juge est libre d’ordonner ou
non une expertise, c’est sous réserve que son refus ne porte pas atteinte au droit reconnu à
toute personne par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples de faire entendre
sa cause par un juge1288.

1287
Art. 84 (1), loi n° 2006/002 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1288
Cf. article 7 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

353
Dans le même sens, le droit comparé de la Cour européenne des droits de l’homme a
indiqué que, en usant de sa faculté d’ordonner ou non une expertise, le juge ne doit pas porter
atteinte au droit à un procès équitable garanti par l’article 6 alinéa 1 de la convention
européenne de sauvegarde des droits de l’homme1289.

En effet, la Cour a fourni une solution dans laquelle elle prend en considération le
refus par le juge administratif français d’une demande d’expertise d’un patient tendant à
établir une relation de causalité entre une injection médicamenteuse administrée par les
services de l’hôpital de Strasbourg et des troubles psychiatriques1290.

« La Cour a décidé que le refus de nommer un expert ayant été précédé d’un
examen circonstancié de la question de savoir s’il y avait ou non présomption de causalité,
ainsi que le révèlent les conclusions du Commissaire du Gouvernement sur lesquelles se
fondait le Conseil d’État, on ne saurait reprocher à celui-ci de n’avoir pas ordonné une
telle mesure d’instruction ni motivé son refus d’accueillir la demande du requérant »1291.
Elle conclut ainsi que « Le fait de ne pas avoir ordonné une expertise n’a pas dans ces
conditions porté atteinte au droit du requérant à un procès équitable »1292.

Il apparaît clairement que le juge n’est pas tenu d’accorder une expertise réclamée
par les parties. Bien plus, en l’absence d’une demande d’expertise, il peut en ordonner
d’office.

2- La possibilité pour le juge d’ordonner d’office une expertise

La faculté du juge d’ordonner d’office une expertise est absolument générale. En effet
la loi dispose que le tribunal peut, même d’office, ordonner qu’il soit procédé à une
expertise1293. Le juge peut donc prescrire une expertise en dehors de toute demande du
requérant, sans que sa décision puisse le faire considérer comme statuant « ultra petita »1294,

1289
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif », in Revue EXPERTS- N° 68- septembre
2005, p.19.
1290
CEDH, 24 octobre 1989, H. c/ France, A. n° 162.
1291
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif… », [Link], p.19.
1292
Ibid.
1293
Article 84 (1), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs
1294
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif… », op. cit., p.19.

354
alors même que les parties estimeraient qu’il n’y a pas lieu d’y recourir1295. C’est le cas aussi
lorsqu’il y aurait accord entre les parties1296.

De même, le juge peut décider d’ordonner l’expertise même lorsque l’une des parties
aurait retiré sa demande d’expertise ou indépendamment de l’importance des intérêts en
cause1297 et des obligations d’une partie concernant la charge de la preuve1298.

En résumé, la demande d’expertise n’est donc jamais obligatoire pour le juge, même
s’il peut en ordonner une d’office s’il s’estime insuffisamment informé. Le principe de la
faculté pour le juge d’ordonner une expertise étant posé, il reste que l’initiative de l’expertise
conduit à reconnaître certains pouvoirs au juge, en l’occurrence, l’appréciation souveraine de
la demande d’expertise.

B- L’appréciation souveraine de la demande d’expertise

Lorsqu’une demande d’expertise est formulée par les parties le juge administratif
l’apprécie souverainement. Il dispose à cet effet de deux types de pouvoirs: le pouvoir relatif
au fond de la demande (1) et le pouvoir relatif à la forme de la demande (2).

1- Le pouvoir du juge sur le fond de la demande

Le pouvoir du juge sur le fond de la demande porte essentiellement sur l’appréciation


souveraine de la condition d’opportunité ou d’utilité de la demande.

Il convient de relever que le juge ne peut prescrire une expertise, quelle qu’elle soit,
que dans la mesure où celle-ci est opportune ou utile à la solution du litige. C’est à lui qu’il
revient de statuer sur le caractère utile ou opportun de la mesure d’expertise. Il dispose donc
du pouvoir de détermination de l’utilité ou de l’opportunité de la demande d’une mesure
d’expertise. L’espèce NOUCTI TCHOKWAGO1299 est illustrative à cet égard. Cette affaire
donne à voir comment le juge statue souverainement sur l’opportunité de la demande
d’expertise formulée par le Sieur NOUCTI. Le juge affirme en effet que

1295
Loc. cit.
1296
CE 23 février 1895, Communauté des Frères de SAINTE-MARIE-DE-THONON.
1297
CE, 29 décembre 1978, GAVOILLE.
1298
CE 8e et 9e sous-sect. 13 mars 1974, req. 88272 et 87408, Dr. Fisc. 1974, n°49, comm.1493 concl. D.
MANDELKERN.
1299
CS/CA, jugement n° 15/97-98, 26 mars 1998 NOUCTI TCHOKWAGO c/Etat du Cameroun.

355
« (…) La mesure ainsi sollicitée n’est pas opportune en l’état de la procédure
comme susceptible de faire double emploi avec les investigations effectuées par le contrôle
général de l’Etat »;

Qu’il y a lieu par conséquent de débouter le recourant de ce chef de demande (…) ».

Il résulte de cette affaire que l’inopportunité d’une mesure est évidente lorsqu’une
partie sollicite une expertise alors que dans le même temps il est fait usage d’un autre moyen
d’investigation. Dès lors, la demande est rejetée.

De même, « il n’y a pas lieu de prescrire une expertise si les faits certains qui
ressortent des pièces du dossier permettent de se prononcer en pleine connaissance de
cause sur le fond du litige »1300. C’est également le cas lorsque l’expertise présente un
caractère frustratoire.
D’une manière générale, le juge seul peut décider si une demande d’expertise est
opportune ou inutile, et par conséquent de l’accorder ou de ne pas l’accorder. Le pouvoir du
juge d’apprécier l’opportunité des mesures d’instruction apparaît bien ainsi comme inhérent à
la notion même de contrôle juridictionnel. En plus du pouvoir sur le fond de la demande, le
juge dispose d’un pouvoir sur la forme de la demande.

2- Le pouvoir du juge sur la forme de la demande

Le pouvoir du juge consiste ici à exiger du requérant de formuler explicitement sa


demande et surtout qu’il la motive.

S’agissant d’abord de l’exigence du caractère explicite de la demande, il convient de


souligner que la demande d’expertise doit être formulée en termes suffisamment précis. Ainsi
le juge considère comme ayant suffisamment manifesté l’intention de recourir à l’expertise le
requérant qui demande cette mesure d’instruction soit à titre subsidiaire1301, soit en vue de la
sauvegarde de ses intérêts1302.

En revanche, un requérant « ne peut s’en remettre à l’initiative du juge pour qu’il se


substitue à lui dans une demande d’expertise »1303. Ainsi, le juge ne reconnaît pas le

1300
DEBBASCH (C), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, op. cit., p. 374.
1301
CE, 31 juillet 1908, SA de la Raffinerie de pétrole du Nord.
1302
CE, 9 janvier 1907, BERGES.
1303
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif… », op. cit., p. 20.

356
caractère explicite et formel d’une demande d’expertise lorsque le requérant s’est borné à
déclarer qu’il s’en réservait la faculté s’il n’était pas fait droit à ses observations1304.

Concernant ensuite la motivation de la demande, elle ne peut être accueillie que si elle
est motivée et que si le demandeur indique les points qu’il souhaite voir soumis à expertise
ainsi que les éléments qu’il est en mesure de communiquer à l’expert1305.

« C’est donc à bon droit que le juge rejette une demande d’expertise qui n’est
assortie d’aucun motif et dont les points sur lesquels le contribuable sollicitait cette mesure
ne sont communiqués qu’à l’audience ou qui ne précise pas les éléments de preuve qu’il
désire soumettre à l’appréciation de l’expert, par exemple qui, dans sa demande, ne propose
pas de faire expertiser les factures d’achat qui permettraient d’établir le montant de la
marge bénéficiaire contestée »1306.

En définitive, la libre prescription de la mesure d’expertise est un aspect


symptomatique des pouvoirs d’instruction du juge administratif camerounais, il en est de
même de la direction du processus de ladite mesure.

PARAGRAPHE II - LA DIRECTION DU PROCESSUS EXPERTAL

La direction du processus expertal débute avec le prononcé de la mesure d’expertise. Il


s’agit de voir ici la décision par laquelle le juge ordonne l’expertise et d’examiner le
déroulement des opérations d’expertise (A). Il s’agit aussi d’analyser la matérialisation de
l’issue des opérations par la rédaction du rapport (B).

A- Le prononcé de la décision et le déroulement des opérations

L’examen du déroulement des opérations d’expertise sera consécutive (2) à celui du


prononcé de la mesure (1).

1304
CE, 11 février 1903, VALLON.
1305
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif… », op. cit., p. 20.
1306
Loc. cit.

357
1- Le prononcé de la mesure

La mesure d’expertise est ordonnée par jugement avant dire droit. Le juge peut même
d’office décider qu’il soit procédé à une expertise1307. La décision ordonnant l’expertise
mentionne nommément les experts désignés et indique leurs profession et adresse.

Dans l’affaire James ONOBIONO1308, le juge administratif a commis comme expert:


M. DISSAKE Dieudonné BP 12994 Douala expert financier agréé et désigné en tant que tel
par arrêté N°009/DAG/MJ du 10 mai 2000 du ministre de la justice garde des sceaux portant
désignation des experts dans le ressort de la Cour d’appel du Littoral au titre des années
1999/2000; M BIKIMTOUM et Mme FOUMENA née BIABI A NGON résidant à Yaoundé
et agrées comme experts financiers par la délibération de l’assemblée générale de la Cour
d’appel du Centre en date du 19 janvier 2000 désignant les experts au titre de l’année
1999/2000.

Par ailleurs, lorsqu’une expertise en est ordonnée, elle est confiée à un ou plusieurs
experts suivant la nature ou les circonstances de l’affaire1309. La vérité est qu’il est rarement
désigné plus d’un expert.

C’est le cas de la plupart des recours introduits en indemnisation du préjudice causé


par l’administration. Ainsi, dans l’affaire Dame MENGUE Marie1310, par exemple, la
requérante a introduit un recours tendant à faire condamner la Commune Rurale Mixte de
Mbalmayo à réparer le préjudice qu’elle lui a causé des suites d’un accident de circulation. Le
juge a, par un jugement avant dire droit, désigné un seul expert. De même dans l’affaire sieur
EBANDAN VOULA1311 le juge n’a désigné qu’un expert. C’est également le cas des recours
introduits en annulation d’un acte administratif pour excès de pouvoir. Dans l’affaire NKONG
Emmanuel1312 où le requérant a introduit un recours en annulation d’un titre foncier, le juge a,
également par un jugement avant dire droit, désigné un seul expert.

1307
Art. 84 (1), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1308
CS/CA, jugement n°69/ADD du 25 septembre 2000, James ONOBIONO c/ Etat du Cameroun.
1309
Art. 84 (3), loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1310
TE, arrêt ADD n°369 du 22 décembre 1964, Dame MENGUE Marie c/ Commune Mixte Rurale de
Mbalmayo.
1311
TE, arrêt n° 315 du 30 novembre 1963, Sieur EBANDAN VOULA c/ Etat du Cameroun.
1312
CS/CA, jugement n°1/75 du 19 décembre 1975, NKONG Emmanuel c/ Etat du Cameroun.

358
La désignation d’un seul expert est certainement due à des raisons économiques, le
choix de plusieurs pouvant s’avérer très onéreux.

Lorsque la possibilité leur est offerte, les parties peuvent s’entendre sur le choix des
experts. En cas de désaccord, le juge peut en désigner d’office1313. L’affaire DANDJIN
Esaïe1314 illustre ce dernier cas de figure. En effet, le juge a désigné le Sieur WINKOWO
NEYI Emmanuel en qualité d’expert « faute aux parties d’en convenir ». Elles n’arrivaient
pas à s’entendre sur le choix des experts. Tel n’est forcément pas le cas en matière fiscale.

En matière d’impôts directs, droits et taxes assis par la Direction des impôts, toute
expertise demandée par un contribuable ou ordonnée par la Cour Suprême est faite par trois
experts à moins que les parties ne consentent qu’il y soit procédé par un seul1315. Dans le cas
où il n’y a qu’un seul expert, celui-ci est nommé par le Président de la Chambre
administrative de la Cour Suprême, à moins que les parties ne s’accordent pour le désigner.
Ainsi, dans l’affaire EDINGER François1316, du fait de l’absence d’introduction d’un
mémoire en défense par le défendeur, le juge a lui-même désigné un expert.
Si l’expertise est confiée à trois experts, l’un d’eux est nommé par la Cour et chacune
des parties en désigne le sien1317. L’affaire KADJI DEFOSSO1318 est illustrative à cet égard.
Le juge ordonne une expertise, pour ce faire « nomme en qualité d’expert M. Olivier BRIEN,
l’Etat ayant désigné de son côté M MANGA ELOKAN et le Sieur KADJI DEFOSSO M.
CASSELEGNO (…) ».

Cette décision fixe ensuite les points sur lesquels l’expertise doit porter1319. Dans
l’affaire James ONOBIONO, le juge précise que l’expertise doit avoir lieu « d’une part sur
l’objet et la finalité de la somme du milliard et d’autre part sur la valeur actuelle du
milliard déposé dans le compte n°1010081 tenu à la Standard Chartered Bank ».

1313
Art. 84 (2), loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1314
CS/CA, jugement n°60/ADD/93-94 du 28 avril 1994, DANDJIN Esaïe c/ Etat du Cameroun.
1315
FOTSO (D), Livre des procédures fiscales annoté et commenté, éditions Fotso, 2004, p. 107.
1316
CFJ/CAY, arrêt n°109 du 8 décembre 1970, EDINGER François c/ Etat du Cameroun.
1317
Art. L 134 du Livre des procédures fiscales.
1318
TE, arrêt n°465 du 23 décembre 1965, KADJI DEFOSSO joseph.
1319
Art. 84 (2), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.

359
De même, dans l’affaire KADJI DEFOSSO1320 le juge a souligné que l’expertise doit
consister à « déterminer à partir des documents comptables qui seront mis à la disposition
par la requérante les bases exactes sur lesquelles doit être assise l’imposition due aux
contributions directes ». Le juge peut ne pas reprendre les faits dans le dispositif lorsqu’ils
ont été minutieusement exposés dans un Considérant. Il utilise alors la formule « ordonne
une expertise aux fins ci-dessus spécifiées » comme c’est le cas dans l’affaire
SODEGESCA1321.

La décision qui ordonne l’expertise fixe enfin la date à laquelle les experts doivent
prêter serment devant le président ou le magistrat délégué ainsi que le délai qui leur est
imparti pour accomplir leur mission1322. Dans le cas BEBEY André Frank1323, le juge a
souligné que « les experts désignés après serment préalablement prêté déposeront leur
rapport dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ».
Toutefois, les experts peuvent être dispensés de prestation de serment, d’accord partie1324.

Dans les vingt-quatre heures de l’enregistrement, s’il n’en est décidé autrement par la
juridiction, le greffier notifie la décision à l’expert et lui en délivre une expédition. Aussi,
l’expert désigné doit-il, le cas échéant, faire connaître son refus motivé dans les huit jours
suivant sa désignation ou au plus tard à la veille de l’audience à laquelle son serment doit être
reçu. En cas de refus ou d’empêchement il est pourvu à son remplacement par ordonnance
soit d’accord parties, soit d’office dans un délai de quinze jours1325.

La prestation de serment ou sa dispensation est suivie par le déroulement des


opérations.

1320
TE, arrêt n°465 du 23 décembre 1965, KADJI DEFOSSO joseph.
1321
CFJ/CAY, arrêt n°167 du 8 juin 1971, Société de gestion des services communs du Groupe Descours et
Cabaud c/ Etat du Cameroun ; v. aussi CS/CA, jugement n° 43/82-83, 7 avril 1983, KOUOH Emmanuel
Christian c/ Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n° 2/97-92, 28 novembre 1991, FOH Esther c/ Etat du
Cameroun.
1322
Article 84 (3), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1323
CS/CA, jugement n°53/ADD du 29 juin 1989, BEBEY André Franc c/ Etat du Cameroun.
1324
Art. 84 (3), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1325
Art. 86.

360
2- Le déroulement des opérations

Lorsque les préalables de désignation et de prestation de serment ont été satisfaits,


l’expert doit accomplir sa mission. En effet, l’expert qui, après l’avoir accepté, ne remplit pas
sa mission peut sans préjudice des peines édictées à l’article 174 du code pénal 1326 être
condamné à tous les frais frustratoires et à des dommages-intérêts à moins qu’il ne justifie
d’un empêchement légitime1327. Pendant la phase de déroulement des opérations, les experts
indiquent aux parties les lieux, jours et heures de leurs opérations, et reçoivent du greffier les
pièces et documents nécessaires contre décharge1328. Les parties ou tous autres sachants
peuvent être entendus par les experts1329.

Tout au long des opérations l’expert doit conserver, dans la forme et encore plus dans
le fond, une stricte impartialité. C’est une obligation juridique qui, avec sa compétence
technique fait son autorité.

En outre, pour assurer le bon déroulement de l’expertise, le juge fixe les frais de
l’expertise et les honoraires de l’expert1330. Ainsi, le président de la juridiction ordonne à la
partie qui demande l’expertise d’avancer les frais et honoraires des experts1331. Si l’expertise
est demandée d’accord parties, les honoraires et frais sont avancés par les deux parties 1332.
Lorsque l’expertise est ordonnée d’office, l’expert peut demander la provision sur taxe en cas
de contestation1333. L’issue des opérations est matérialisée par la rédaction d’un rapport.

B- La matérialisation de l’issue par la rédaction d’un rapport

Toute la mission dévolue à l’expert est reportée dans le rapport d’expertise. La loi de
2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs est assez claire à
ce propos. En effet, elle dispose clairement que « l’expert dresse un rapport de sa

1326
Au sens de cet article l'expert encourt une peine d'amende de 20 000 à 500 000 F.
1327
Art. 87.
1328
Art. 89 (1).
1329
Art. 89 (2).
1330
Les frais renvoient au montant affecté à la mise en œuvre de l'expertise tandis que les honoraires sont des
rétributions versées aux experts compte tenu du fait qu'ils exercent des professions libérales.
1331
Articles 84 (4) et 88 (1) de la loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le
fonctionnement des tribunaux administratifs.
1332
Art. 88 (2).
1333
Art. 88 (3).

361
mission »1334. L’objectif à ce niveau consiste donc d’une part, à envisager la constitution du
rapport d’expertise (1) et d’autre part, à apprécier la valeur probante dudit rapport (2).

1- La constitution du rapport d’expertise

La constitution du rapport d’expertise peut s’apprécier au plan formel et au plan


matériel. Le formalisme du rapport, tout d’abord, oblige à examiner un certain nombre
d’exigences liées à la forme et à la procédure employées lors de la constitution de celui-ci.
Ces exigences, parce que prévues par la législation en vigueur, doivent être respectées. Le
juge administratif veille donc à leur respect. Elles sont de deux ordres: elles résultent soit des
formalités découlant du dépôt du rapport, soit des formalités provenant de la présentation de
celui-ci.

Au rang des formalités découlant du dépôt du rapport au greffe, figure d’abord le


respect du délai qui a été assigné par le jugement ordonnant l’expertise. En effet, le juge fixe
le délai au terme duquel l’expert doit déposer son rapport. Car, en cas de retard dans le dépôt
du rapport, l’expert peut être assigné par la partie la plus diligente dans les trois jours par-
devant le tribunal qui apprécie la cause du retard1335. Si le tribunal ordonne le remplacement
de l’expert, celui-ci est condamné aux dépens de l’incident1336.

L’autre formalité consiste pour l’expert à produire, lors du dépôt du rapport, plusieurs
copies de celui-ci auxquels sont jointes d’autres pièces. En clair, le rapport accompagné de
copies en nombre égal des défendeurs plus deux ainsi que l’état des vacations, frais et
honoraires des experts en quatre exemplaires, est déposé au greffe pour être notifié aux parties
en cause1337. A côté des formalités découlant du dépôt, il y en a qui proviennent de la
présentation du rapport.

Les formalités résultant de la présentation du rapport portent sur l’unicité du rapport


ainsi que sur le caractère contradictoire de la communication et des observations des parties.
S’agissant du premier point, à savoir l’unicité du rapport d’expertise, elle ne pose évidemment
pas de problème lorsque, ce qui heureusement est le cas en général, il n’y a qu’un seul expert.
Mais lorsqu’il y a plusieurs experts, ils procèdent ensemble aux opérations d’expertise. Ce qui
signifie qu’au cas où ils se sont répartis les tâches, ils doivent au moins confronter leurs

1334
Art. 89 (4).
1335
Art. 90 (1).
1336
Art. 90 (2).
1337
Art. 91.

362
travaux et en discuter avant de conclure. Ainsi, en France, les experts dressent un seul rapport
dont les conclusions sont en principe communes sauf à mentionner au rapport l’avis motivé de
chaque expert en cas de désaccord1338.

Au Cameroun, la procédure semble identique à la seule différence qu’en cas de


désaccord, les experts ne font pas connaître quel est l’avis personnel de chacun d’eux. Ainsi la
loi dispose-t-elle clairement que « (…) s’il y a plusieurs experts, ils ne dressent qu’un seul
rapport et ils ne formulent qu’un seul avis, à la majorité des voix. Le rapport est signé de
tous. Ils indiquent néanmoins, en cas d’avis différents, les motifs des divers avis, sans faire
connaître quel a été l’avis personnel de chacun d’eux »1339.

Le juge, en exigeant un rapport commun, cherche à conférer à l’expertise un caractère


collégial. Ce qui lui donne plus de visibilité et de crédibilité. Lorsque cette exigence n’est pas
respectée, le juge ne tient pas compte des rapports rédigés séparément. A titre d’illustration,
dans l’affaire Miche NJINE NGANGLEY1340, le juge a rejeté les rapports des experts au motif,
entre autres, que ceux-ci n’ont pas déposé un rapport commun comme il le leur avait
demandé. Il affirme :

« Considérant que ces rapports individuels n’ont pas obéit à l’arrêt avant-dire-droit
qui en article 5 a ordonné le dépôt d’un rapport commun par les trois experts après
prestation du serment, ce qui leur enlève tout caractère collégial voulu par l’arrêt »

Il apparaît important de préciser qu’en matière fiscale, l’unicité du rapport est une
faculté pour les experts. Car, ces derniers peuvent décider de présenter des rapports
séparés1341.

Pour ce qui est ensuite des observations des parties et de la communication des parties,
elles présentent un caractère contradictoire. Les parties peuvent discuter le rapport dans les
quinze jours de la notification qui leur est faite ; leurs mémoires sont notifiés aux autres
parties qui, disposent du même délai pour répliquer. La partie la plus diligente peut lever le

1338
V. Guide des experts devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, [Link]., p.15. V.
également l'article R. 621-8 du code de justice administrative.
1339
Art. 89 (3), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1340
CS/AP, arrêt n° 1 du 18 avril 1996, Etat du Cameroun (Ministère des finances) c/ Michel NJINE
GANGLEY.
1341
Art. L. 138, Livre de des procédures fiscales annoté et commenté, éditions Fotso, 2004, p. 107.

363
rapport et le faire signifier à la partie adverse1342. Il s’agit à ce niveau de mettre en avant le
principe du contradictoire. C’est véritablement ici que s’applique le principe du
contradictoire, bien que l’ensemble de la procédure soit réputé contradictoire. Il importe alors
de souligner que le principe de la contradiction se déroule en présence du juge et après dépôt
du rapport.

De ce qui précède, il apparaît que le formalisme du rapport se traduit essentiellement


par le respect du délai de dépôt, la production de plusieurs copies du rapport et de certaines
autres pièces, l’obligation d’émettre un avis commun ou encore le respect du contradictoire.
Ce formalisme est sous le contrôle du juge et de son respect dépend la prise en compte du
contenu matériel du rapport.

La matérialité du rapport consiste essentiellement au contenu de celui-ci, c’est-à-dire


sa constitution matérielle. Cette dernière a trait au préambule tout d’abord. Ensuite le rapport
doit comporter le compte-rendu des opérations matérielles et les conclusions de l’expert.

Tout rapport d’expertise comporte un préambule. Ce préambule donne les références


de l’arrêt qui ordonne l’expertise. Il reprend par conséquent la partie du dispositif qui ordonne
l’expertise et commet l’expert pour y procéder. Le préambule précise ensuite l’objet du litige
et les parties prenantes au litige, leurs positions et prétentions réciproques. Le préambule
contient également le rappel des termes de la mission. Enfin, il contient le résumé du contexte
procédural. Il est suivi par un corpus contenant le compte-rendu des opérations.

Le contenu d’un rapport d’expertise comprend la description de l’ensemble des


activités menées par l’expert dans le cadre de la mission qui lui est impartie. L’expert
« restitue le produit brut de ses déplacements sur le terrain, la matière première de son
compte-rendu : observations, constats, cotes, relevés (...) autour de l’objet ou du sujet
expertisé et des désordres qui l’affectent. La description physique des lieux ou des
personnes, la mesure et le pesage, la prise de photos constituent autant de manières de
restituer une certaine réalité et de la rendre accessible au magistrat »1343.

Il doit par exemple, le cas échéant, dire s’il s’est rendu sur les lieux du litige. Il doit
alors indiquer si les parties ou leurs conseils étaient présents et s’ils l’ont éclairé lors de cette
descente sur certains points d’ombre. Si les tiers au conflit en raison de leur connaissance

1342
Art. 92, loi n° 2006/002 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1343
DUMOULIN (L), « L'expertise judiciaire dans la construction du jugement… », op. cit., p. 214.

364
technique ou de leur connaissance sur les circonstances et faits du litige ont été consultés,
l’expert devrait le faire savoir par son rapport. En bref, « l’auteur du rapport narre ainsi à
son commanditaire les événements intervenus pendant l’expertise »1344. L’expert peut aussi
préciser sa méthode de travail

L’expert procède par la suite aux observations et donne ses conclusions. Les
conclusions de l’expert sont sa réponse aux questions posées et seulement celles-là. Cette
réponse doit figurer à la fin du rapport et être présentées clairement et brièvement. « La
pratique la plus courante consiste à reprendre successivement chacun des points de la
mission et y répondre brièvement, en se référant si nécessaire aux développements figurant
dans le corps du rapport »1345. Tout ceci n’est pas sans lien avec la force probante du rapport.

2- La force probante ambivalente du rapport

Le rapport de l’expert se fonde sur une légitimité de nature scientifique et bénéficie


d’une incontestable caution juridique. Sur ce dernier point en effet, le mandatement par le
magistrat, assorti de la prestation de serment confère un statut spécifique au rapport de
l’expert. « Celui-ci est en effet revêtu tout comme l’acte authentique de la force probante
absolue. Le discours expert est alors assimilé aux actes certifiés et authentifiés. Comme
eux, il est constitutif de faits établis qui ne pourront être contestés, sauf inscription en
faux »1346.

Au fil de l’évolution de la jurisprudence, le préambule, l’exposé de la mission et la


description des constatations ont conservé leur force probante absolue. En revanche, la
discussion et les conclusions sont soumises à la simple preuve contraire1347. Ce qui rend
ambivalente la force probante du rapport. Il convient de noter qu’au regard du droit positif
camerounais, une telle position n’est pas expressément affirmée, mais rien n’interdit de
l’admettre.

Ainsi, pour l’expert judiciaire Monsieur André ATIOFACK KENFACK, « si le juge


n’est pas tenu par l’avis de l’expert, par contre il ne peut pas occulter les trois premiers

1344
Loc. cit.
1345
V. Guide des experts devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, op. cit., p. 14.
1346
Michel OLIVIER cité par DUMOULIN (L), « L'expertise judiciaire dans la construction du jugement… »,
op. cit., p. 214.
1347
Loc. cit.

365
points qui sont des données inoxydables et doivent être considérées comme des preuves
irréfutables »1348.

Ainsi, le rapport d’expertise, parce que présumé vrai, est doté d’une force probante.
Le rapport d’expertise est présumé vrai parce qu’il a en premier lieu pour fonction d’établir
les faits. L’expert fait son rapport au sens où il rend compte de ce qu’il a vu et entendu sur le
terrain. C’est justement sur la base et la foi de cet état des lieux que seront établies la réalité et
la vérité judiciaire1349. Le rapport d’expertise en construisant un double récit, participe de la
constitution du réel. Il établit l’histoire de l’expertise, raconte comment elle s’est passée, à
quels échanges elle a donné lieu. Mais plus encore, ce compte-rendu construit la réalité et
l’objet du litige, la nature des désordres en cause. A l’attention du magistrat mais aussi des
parties et de leurs conseils, il dresse le diagnostic de la situation1350.

Le rapport d’expertise joue donc pleinement un rôle de construction et d’attestation de


la réalité. La parole de l’expert est bien une parole instituante qui a le pouvoir de constituer la
réalité sur laquelle le juge travaille. C’est également une parole explicative qui met en œuvre
des démonstrations, des schémas causaux capables d’éclairer le réel, de le rendre
compréhensible1351.

Le rapport d’expertise est également présumé vrai parce qu’il a pour fonction
d’expliquer les faits. Il ne doit pas se contenter d’établir les faits, encore faut-il les expliquer.
Le juge s’attend non seulement à ce que l’expert établisse les faits, mais aussi et surtout qu’il
lui fournisse des explications par rapport aux faits établis. L’expert est mandaté à cause de ses
connaissances techniques. Il doit pouvoir utiliser ces connaissances et les mettre au service du
juge. Il est tenu d’apporter des explications, pour ce faire, il doit employer un vocabulaire qui
va permettre au juge de prendre connaissance des faits et surtout de les comprendre.

Les conclusions expertales participent directement de l’établissement des faits et plus


encore de la solution du litige. Tout compte fait la parole expertale est dotée de la valeur
probante, mais celle-ci repose sur certaines conditions.

1348
ATIOFACK KENFACK (A), « L'expertise judiciaire au Cameroun », conférence de stage d'avocat sur
l'expertise judiciaire au Cameroun, 2010, disponible sur Google, consulté le 6 avril 2013.
1349
Michel OLIVIER cité par DUMOULIN (L), « L'expertise judiciaire dans la construction du jugement… »,
op. cit., p. 214.
1350
Loc. cit.
1351
Loc. cit.

366
La force probante tient au respect de certaines conditions. C’est une preuve
scientifique faisant foi jusqu’à inscription de faux. Cette force probante tient au respect de la
condition relative au cardinal principe du contradictoire et celle relative à l’impartialité et
l’objectivité de l’expert.

Condition du procès équitable, la contradiction constitue aussi une attitude


d’approfondissement dans la recherche de la vérité1352. La crédibilité d’un rapport d’expertise
tient en partie au respect de la contradiction. Autrement dit, la pertinence de l’avis exprimé
par l’expert dépend de la possibilité offerte aux parties de participer aux opérations
d’expertise. C’est pourquoi cette participation, approuvée par principe en doctrine, est plus
encore un devoir qu’un droit1353. Toute expertise qui se déroule en marge du contradictoire est
purement et simplement annulée. Dans les affaires WURSMER et Société lyonnaise des eaux
et de l’éclairage, le Conseil d’Etat a annulé les jugements fondés sur les résultats d’une
expertise non contradictoire1354.

Au Cameroun, la contradiction est une formalité requise lors des opérations


d’expertise. Le législateur exige de l’expert qu’il indique aux parties les lieux, jours et heures
des opérations1355. Il permet ainsi aux parties d’être informées du calendrier des opérations.
Les parties peuvent alors s’y rendre et faire des observations. Mais c’est surtout devant le
juge, comme cela a été évoqué, et sur la base des observations faites lors des opérations que le
rapport est discuté par les parties1356.

Dans l’affaire ONDO OVONO Charles1357, le juge administratif a en effet, rejeté une
expertise au motif qu’elle n’était pas contradictoire, il fit le constat suivant :

« Le rapport d’expertise (…) était inopposable à l’appelant pour violation des droits
de la défense, ladite expertise ayant été exécutée en l’absence de ce dernier (…) »
1352
LOEPER (P), « L'expertise dans le procès équitable: principe et pratique du contradictoire », XIXe congrès
du CNCEJ, Versailles, 2015, in [Link] , consulté le 10 janvier 2015, p. 3.
1353
FRISON-ROCHE (M-A), « La procédure de l'expertise », in L’expertise, coll. Thèmes et commentaires,
Dalloz, 1995, p. 93.
1354
CE, 4 décembre 1985, WURSMER, RDP, 1986, p.1181; 10 juillet 1987, Société lyonnaise des eaux et de
l'éclairage, Rec., p. 881.
1355
Art. 89, loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1356
Art. 92.
1357
CS/AP, arrêt n° 1, 23 décembre 2000, ONDO OVONO Charles c/ Etat du Cameroun (MINEFI) ; v.
également CS/AP, arrêt n° 1 du 18 avril 1996, Etat du Cameroun c/ Michel NJINE GANGLEY.

367
En matière fiscale la contradiction est affirmée avec vigueur. En amont, le législateur
offre la possibilité à chaque partie, en plus de l’expert désigné par le juge, d’en désigner le
sien1358. Et en aval, après dépôt du rapport, les parties fournissent leurs observations 1359. A
cela, il convient d’ajouter qu’en cas de nécessité de se rendre sur les lieux, le déplacement des
experts est effectué en présence des parties ou de leur représentant1360.

La contradiction est une condition sine qua non de l’efficacité du rapport d’expertise
en tant que moyen de preuve. Il implique alors que lors des opérations d’expertise aucune
partie ne soit défavorisée. Il a de ce fait pour corollaire l’objectivité et l’impartialité de
l’expert.

Il apparaît évident qu’une expertise de qualité faite avec rigueur, objectivité et


impartialité demeure le gage d’une plus grande valeur probante. Elle prédispose à ce que la
balance des probabilités penche en faveur de la personne qui l’a produite. A ce propos, le
Guide des experts devant les tribunaux administratifs les cours administratives d’appel en
France souligne que l’expert prête serment d’accomplir sa mission avec objectivité et
impartialité1361. De son côté, le code de justice administrative français dispose formellement
que « Par le serment, l’expert s’engage à accomplir sa mission avec conscience, objectivité,
impartialité et diligence »1362. Afin de s’assurer d’une force probante plus élevée, le rapport
de l’expert doit non seulement être contradictoire, mais aussi être rédigé en toute objectivité et
impartialité.

Au final, l’énonciation du pouvoir du juge administratif, consistant en la faculté qu’il a


à prescrire une expertise et en assurer la direction, préfigure l’étendue dudit pouvoir.

SECTION II Ŕ L’ETENDUE DU POUVOIR DU JUGE EN MATIERE D’EXPERTISE

S’interroger sur l’étendue du pouvoir du juge administratif camerounais en matière


d’expertise, c’est poser la problématique de la portée, de l’envergure voire de l’ampleur de ce
pouvoir. Autrement dit, il est question de savoir jusqu’où peut aller le juge administratif, dans
son pouvoir d’instruction, lorsqu’il s’agit pour lui de prescrire une mesure d’expertise.

1358
Article L 134, Livre des procédures fiscales.
1359
Art. L 138.
1360
Art. L 137.
1361
V. Guide des experts devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, op. cit., p.3.
1362
Article R. 621-3 du Code de justice administrative français.

368
L’observation de ce pouvoir du juge tel qu’énoncé supra permet d’envisager quelques pistes
de solution en vue d’apporter la lumière au problème posé.

En effet, l’étendue du pouvoir du juge s’apprécie à travers le caractère relatif de


l’expertise. En d’autres mots, la relativité de l’expertise est le porte étendard du pouvoir du
juge administratif en cette matière. Il importe donc dans un premier temps d’envisager l’étude
de cette relativité qui se poserait en principe (paragraphe I), avant d’en dégager les
inflexions (paragraphe II).

PARAGRAPHE I - LE PRINCIPE DE LA RELATIVITE DE L’EXPERTISE

La relativité de l’expertise est un principe qui mérite des clarifications. Pour ce faire,
la signification (A) et la justification (B) doivent en être données.

A- La signification

Est « relatif », ce « qui ne peut exister d’une façon indépendante »1363, mieux, ce
« qui dépend de l’état d’une personne »1364. Affirmer donc que l’expertise est une procédure
relative ou qui a un caractère relatif, c’est dire en d’autres mots que son enclenchement, son
déroulement et surtout son issue sont placés sous l’autorité d’une personne : « la personne du
juge ». De fait, le juge administratif dispose, en plus de ses pouvoirs inquisitoriaux, d’un
pouvoir souverain qui lui permet de se comporter en maître dans la conduite du processus
expertal. C’est une procédure qui dépend presqu’entièrement de lui et rien que de lui. Il faut
dire que le législateur de 2006 a fait de l’expertise une prérogative facultative dans l’office du
juge. Autrement dit, à la lecture des textes en vigueur, le juge jouit d’une liberté quasi absolue
en la matière. La relativité peut être traduite au travers de cette disposition législative : « l’avis
de l’expert ne lie pas le tribunal »1365. Cela revient à dire que le juge administratif dispose
d’une liberté d’appréciation de cet avis (1), laquelle ne signifie cependant aucunement
l’arbitraire dans l’appréciation (2).

1- L’appréciation libre de l’avis de l’expert

« Il est », selon Monsieur Rémy ZE-MEKA, « fort probable que l’avis de l’expert
influence le juge. Cependant les dispositions législatives fixant la procédure administrative

1363
Dictionnaire Encarta, Microsoft Encarta 2009.
1364
Larousse, maxipoche, op. cit., p. 1189.
1365
Art. 93, loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.

369
contentieuse, bien que n’ayant pas défini les questions sur lesquelles peuvent porter les
expertises, établissent tout de même qu’en aucun cas l’avis des experts ne lie ni la chambre
administrative, ni l’assemblée plénière. Le juge ne commettrait donc aucune incorrection
juridique s’il refuse de suivre l’avis d’un expert à qui il a pourtant demandé de constater les
faits »1366.

Le juge administratif a d’ailleurs plusieurs fois rappelé cette indépendance du juge vis-
à-vis des techniciens auxquels il peut avoir recours. Il disait à ce sujet que si les juridictions
administratives :

« Peuvent, dans le cadre des codes et lois relatifs à la procédure, applicables dans
chacun d’eux, commettre des experts en vue d’être éclairée sur les questions relatives aux
litiges dont elles sont saisies, c’est à la condition expresse de se réserver le pouvoir de
décision finale »1367.

Le juge n’est donc pas tenu par les conclusions de l’expertise. Il est libre de les suivre
ou ne pas les suivre. Il ne doit, en aucune manière, aliéner son pouvoir de décision, encore
moins épuiser son pouvoir d’investigation par la prescription d’une expertise ; par conséquent,
il peut ordonner une nouvelle mesure d’instruction1368.

Il est donc clair que les droits écrits et prétoriens sont unanimes que le juge
administratif reste le premier responsable de l’instruction et ne peut en aucun cas céder son
pouvoir juridictionnel aux meilleurs des technocrates1369. C’est en cela même que peut se
résumer la relativité. Toutefois, relativité ne signifie pas arbitraire.

2- L’appréciation non arbitraire de l’avis de l’expert

Le Professeur René CHAPUS, parlant des mesures d’instruction et particulièrement


de l’expertise, affirme que : « la liberté du juge n’est pas l’arbitraire du juge »1370. Lorsqu’il
est saisi d’une demande d’expertise ou lorsqu’il ordonne d’office une telle demande, le juge
doit veiller à se conformer à l’obligation suivante : s’il n’est pas lié par le résultat des
opérations d’expertise, il ne saurait les rejeter en conséquence de leur fausse interprétation.

1366
ZE MEKA (R), La procédure du contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 139.
1367
CFJ, arrêt n° 21, 20 mars 1968, Avocat Général Cour Fédéral de Justice c/ Arrêt Court of Appeal de Buéa du
Cameroun Occidental.
1368
KAMDEM (J-C), Contentieux administratif, op. cit., p. 181.
1369
ZE MEKA (R), La procédure du contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 139.
1370
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 883.

370
Il est tenu de prendre en compte toutes les mesures nécessaires à assurer l’instruction
complète de l’affaire. Il ne doit pas rejeter l’avis de l’expert sans l’avoir minutieusement et
préalablement examiné. Les parties ont droit à une telle instruction. Le refus ou l’omission par
un tribunal administratif de prononcer une mesure utile serait censurée en appel ou en
cassation. L’appréciation de l’avis de l’expert par le juge est libre, mais elle n’est pas
arbitraire. La relativité de l’expertise est donc discrétionnaire, mais pas arbitraire. Cette
relativité se justifie pleinement.

B- La justification

La justification de la relativité de l’expertise renvoie aux éléments qui légitiment ladite


relativité. De fait, il en existe deux : la soumission statutaire de l’expert (1) au juge d’une part
et sa soumission fonctionnelle (2) au même juge d’autre part.

1- La soumission statutaire de l’expert

Affirmer que l’expert est statutairement subordonné au juge oblige de commencer à


déterminer son statut, pour par la suite dégager les conséquences attachées à ce statut.

Relativement au statut de l’expert, ni la loi de 2006 sur les tribunaux administratifs, ni


le décret fixant les modalités d’établissement des listes d’expert1371 ni enfin le juge
administratif camerounais ne définissent à ce jour clairement le statut de l’expert. Toutefois à
la suite du juge administratif français, il est possible de dire que l’expert est un collaborateur
occasionnel du service public de la justice, même si cette qualification n’est pas exclusive.

En France, en l’absence d’une définition apportée par le code de justice administrative,


la jurisprudence du Conseil d’Etat donne à l’expert le statut de collaborateur occasionnel du
service public1372. Cette position est confortée par le vade-mecum de l’expert de justice en ces
termes: « l’expert de justice désigné par le juge administratif a le statut de collaborateur
occasionnel du service public de la justice, agent de l’Etat pour l’exercice de la mission qui
lui a été confiée »1373.

De même, le Guide de l’expert devant les tribunaux administratifs et les cours


administratives d’appel reprenant la solution du juge indique que : « dès sa désignation, et

1371
Décret n° 60/251 du 31 décembre 1960 fixant les modalités d'établissement des listes des experts, syndics de
faillite, liquidateurs judiciaires, administrateurs de biens et commissaires aux comptes.
1372
CE, sect., 10 février 1967, Aragon et CE, sect., 26 février 1971, Aragon.
1373
VADE-MECUM de l'expert de justice, 3e édition 2009, [Link], consulté le 20 juillet 2015, p. 1.

371
après avoir prêté serment d’accomplir sa mission avec conscience, objectivité, impartialité
et diligence, l’expert a le statut de collaborateur du service public de la justice, agent de
l’Etat, pendant la durée de la mission qui lui a été confiée »1374. Le juge administratif
français considère donc que l’expert est un agent de l’Etat durant sa mission. Son homologue
camerounais reste encore muet. Mais la logique de celui-là peut inspirer celui-ci.

Cependant, la question qui se pose est de savoir si l’expert est requis par le juge ou s’il
est bénévole. En d’autres termes il s’agit de savoir si l’expert est un collaborateur occasionnel
requis ou un collaborateur occasionnel bénévole. Il est difficile de répondre à cette question
dans la mesure où d’une part l’expert est tenu d’apporter son concours au juge et d’autre part
l’expert peut refuser sa mission1375. Toutefois l’hypothèse selon laquelle l’expert est requis
semble être la plus plausible. Car, en l’absence d’une précision du juge administratif en la
matière, le Code pénal considère que l’expert est « requis »1376. Mais pour plus de clarté il
serait de bon ton que le juge administratif, tout comme le législateur, clarifie le statut de
l’expert.

Il faut dire que si l’expert est qualifié par le juge administratif de collaborateur
occasionnel du service public, d’autres qualifications lui sont attribuées. En France la
jurisprudence civile ne considère pas ou pas encore l’expert comme un collaborateur
occasionnel du service public de la justice. Mais, la conception du statut de l’expert par le
juge civil s’est progressivement rapprochée de celle de son homologue administratif.

Dans un premier temps, le juge civil a qualifié l’expert judiciaire d’auxiliaire de


justice. Il convient de rappeler qu’un auxiliaire de justice est un homme de loi dont la mission
est destinée à faciliter la marche de l’instance et la bonne administration de la justice1377.
Ainsi la qualification « auxiliaire de justice » a été donnée par la Cour de cassation dans un
arrêt rendu le 2 juin 20041378. Une partie de la doctrine et curieusement certains personnels en
place dans les juridictions administratives sont de cet avis. C’est le cas de Patrick MINNE,

1374
V. Guide des experts devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, op. cit, p.3.
1375
Cf. art. 86, loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1376
Cf. art. 174 de la loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code pénal.
1377
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, [Link], p. 100.
1378
CC-2ème [Link].-arrêt du 2 juin 2004.

372
premier conseiller à la Cour administrative d’appel de DOUAI qui n’hésite pas à qualifier
l’expert « d’auxiliaire de justice »1379.

Cette position est difficilement admissible. Il serait en effet incongru de dire qu’à
l’instar d’un avocat ou d’un huissier de justice, l’expert est un auxiliaire de justice. Car les
auxiliaires sont des « hommes de loi » et non des personnes investies d’une mission technique
comme l’expert. Fort heureusement le juge judiciaire va revoir sa conception.

Dans un second temps, selon la jurisprudence privée (civile, pénale et commerciale)


« l’expert, considéré comme un collaborateur occasionnel du juge, est investi de ses
pouvoirs par celui-ci et ne peut être choisi que par lui dans un litige donné »1380. De fait,
l’expert est de manière occasionnelle un commis du juge. Cette position du juge judiciaire est
très proche de celle de son homologue administratif qui considère que l’expert est un commis,
non pas simplement du juge, mais du service public de la justice dans son ensemble.

En épousant l’idée que l’expert serait un collaborateur occasionnel du service public


de la justice, il s’ensuit que sa responsabilité est soumise aux règles de droit public. Le régime
de responsabilité des collaborateurs occasionnels du service public obéit aux règles de droit
public. Ils sont donc soumis à un régime de responsabilité publique. A ce propos, Monsieur
Salomon BILON affirme clairement : « sans conteste, la responsabilité de l’administration
peut être engagée (…), lorsque du fait de l’action d’un fonctionnaire de fait ou d’un requis
(qu’il considère comme des collaborateurs occasionnels du service public), les particuliers
ou l’administration subissent un préjudice »1381. Il est donc légitime et autorisé de penser
que même en l’absence de toute précision apportée par le juge ou le législateur, la
responsabilité de l’administration peut être engagée en cas de faute de l’expert, collaborateur
occasionnel du service public.

En France le juge administratif a clairement décidé, sous certaines conditions, de


retenir la responsabilité de l’administration en cas de faute commise ou subie par l’expert1382.
A sa suite et allant dans le même sens, le Vade-mecum de l’expert de justice considère qu’en
tant que collaborateur du service public l’expert est un agent de l’Etat : « il s’en suit que les

1379
MINNE (P), « Le déroulement du procès administratif-la place de l'expert », in
[Link] , consulté le 30 août 2015, p. 1.
1380
CC-2ème [Link].- arrêt du 10 septembre 2010.
1381
BILONG (S), Responsabilité de la puissance publique et compétence du juge en droit camerounais, th.
Université de Douala, FSJP, 2001, p. 33.
1382
CE, sect., 10 février 1967, Aragon et CE, sect., 26 février 1971, Aragon.

373
dommages qu’il peut subir comme ceux qu’il peut causer dans l’exercice de sa fonction
sont, sous certaines conditions, indemnisables par l’Etat. Pour la même raison, en cas
d’insolvabilité définitive du débiteur des honoraires et frais d’expertise, ceux-ci peuvent
être mis à la charge de l’Etat »1383. La responsabilité de l’Etat pourrait donc être recherchée
pour dysfonctionnement du service public de la justice dans le cas de retard d’un expert déjà
surchargé ou dans le cas d’incompétence.

Malgré son statut présumé de collaborateur occasionnel du service public de la justice,


l’expert n’est pas dégagé de ses responsabilités personnelles. Il peut être condamné pour des
fautes disciplinaires et des actes pénalement et civilement répréhensibles.

Ainsi, s’agissant de la responsabilité disciplinaire, le décret fixant les modalités des


listes d’expert dispose : « lorsque dans son activité professionnelle ou dans sa vie privée,
une personne inscrite sur l’une des listes aura commis une faute quelconque de nature soit
à mettre en cause sa compétence ou sa probité, soit à porter atteinte à l’honneur et à la
considération qui doivent rester attachés à sa qualité, le procureur général sur instruction
du garde des sceaux, ministre de la justice en saisira l’assemblée générale de la Cour
(d’appel) qui pourra après avoir recueilli les explications orales et écrites de l’intéressé soit
lui adresser un avertissement soit le radier de la liste précédemment établie »1384.

En outre, d’après la loi fixant l’organisation et le fonctionnement les tribunaux


administratifs, « l’expert qui, après l’avoir acceptée, ne remplit pas sa mission peut, sans
préjudice des peines édictées par l’article 174 du code pénal être condamné à tous les frais
frustratoires et même à des dommages-intérêts, à moins qu’il ne justifie d’un empêchement
légitime »1385. Tout de même, cette disposition apparaît imprécise dans la mesure où le
législateur n’indique pas si la condamnation de l’expert à des frais frustratoires et à des
dommages-intérêts relève de la compétence du juge administratif ou d’une autre juridiction.

Pour ce qui est de la responsabilité pénale, certaines peines sont justement édictées à
l’article 174 du code pénal. Il est en effet clairement disposé : « est puni d’une amende de
20.000 à 500.000 celui qui étant régulièrement requis comme expert, (…) refuse sans motif

1383
VADE-MECUM de l'expert de justice, op. cit., p. 1.
1384
Art. 4 du décret n° 60/251 du 31 décembre 1960 fixant les modalités d'établissement des listes des experts,
syndics de faillite, liquidateurs judiciaires, administrateurs de biens et commissaire aux comptes.
1385
Art. 87, loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.

374
légitime de prêter son concours à l’autorité judiciaire ». D’autres condamnations peuvent
être prononcées en cas de fraude ou de corruption.

Sur le plan civil, l’expert peut être condamné pour faute personnelle et sur le
fondement notamment de l’article 1382 du code civil.

En définitive, le statut de collaborateur occasionnel du service public de la justice


attribué à l’expert permet au juge d’asseoir son autorité et d’entretenir la relativité de
l’expertise à son égard. Cela est davantage exprimé dans les fonctions de l’expert.

2- La subordination fonctionnelle de l’expert

La subordination de l’expert au juge s’affirme également sur le plan fonctionnel. En


effet, c’est le juge qui fixe les attributions de l’expert. En agissant ainsi, le juge limite la
compétence de l’expert à un domaine purement technique et factuel.

Lorsque le juge définit les attributions de l’expert, il détermine en fait les contours de
sa mission et précise les délais impartis à celui-ci pour accomplir cette mission. L’expert est
au service du juge qui l’a commis afin de l’éclairer techniquement sur des questions de fait,
« objet d’une mission clairement définie ». La mission de l’expert est définie par le jugement
qui décide le recours à l’expertise. Ses contours doivent être rigoureusement respectés : seule
la juridiction a compétence pour la définir. Cette exigence est clairement formulée par le
législateur en ces termes: « la décision qui ordonne l’expertise fixe les points sur lesquels
elle doit porter (…) »1386.

Ainsi, dans toutes les affaires nécessitant le recours à une expertise le juge prend soin
de définir la mission de l’expert. Il doit de ce fait retenir ce qui est le plus simple, mais
suffisamment clair et précis afin qu’il ne puisse y avoir d’autre interprétation que celle qui
permette de comprendre le problème posé par le juge à l’homme de l’art. Dans l’espèce
EDINGER François1387, par exemple, le juge indique de manière claire et précise que l’expert
doit « établir le bilan de l’Etablissement Edinger pour l’exercice 1963-1964, ainsi que
l’imposition afférente audit bilan ».

1386
Art. 84 (4).
1387
CFJ/CAY, arrêt n° 109 du 8 décembre 1970, EDINGER François c/Etat du Cameroun.

375
Le juge dispose donc de toute latitude pour fixer le contenu de la mission de l’expert,
sans même que les éléments de cette mission aient fait l’objet d’une discussion préalable1388.
Ce faisant, il fixe les délais d’accomplissement de cette mission.

Il est fait obligation au juge de rendre la justice dans des délais raisonnables 1389 ce qui
impose de limiter dans le temps la mission de l’expert. Le juge fixe toujours le délai imparti à
l’expert pour la durée des opérations1390. La durée des expertises contribue très largement à la
longueur des procédures dans leur ensemble. Le respect du délai imparti à l’expert est donc
une obligation absolue. Pour respecter ce délai, il lui appartient de faire preuve de fermeté à
l’égard des parties qui auraient une attitude dilatoire et, en cas de grave difficulté, d’en
informer par écrit le juge. Le manquement à l’obligation de respect du délai expose l’expert à
des sanctions.

En effet, « en cas de retard dans le dépôt du rapport, l’expert peut être assigné par la
partie la plus diligente dans les trois jours par-devant le tribunal, qui apprécie la cause du
retard. Si le tribunal ordonne le remplacement de l’expert, celui-ci est condamné aux
dépens de l’incident »1391.

Le délai fixé par le juge rapporteur ou par le juge des référés devrait être déterminé
en fonction des éléments du dossier. Mais il est regrettable de constater, dans le cadre de la loi
en vigueur, l’absence d’une possibilité explicite de demande de prorogation du délai, en
fonction de l’évolution des opérations d’expertise. Or, il est rarement possible d’évaluer
précisément le délai nécessaire à l’expertise lors de la désignation de l’expert par le juge1392.

Le législateur devrait donc prévoir explicitement la possibilité pour l’expert de


formuler par écrit une demande motivée de prorogation du délai d’accomplissement de sa
mission. Le juge y ferait alors droit si elle paraît raisonnable compte tenu des circonstances de
l’affaire. Mais en cas de dépassement injustifié du délai, l’expert pourrait être considéré
comme défaillant et être remplacé. Il importe de souligner que si la mission de l’expert est

1388
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif », in Revue EXPERTS- N° 68- septembre
2005.
1389
Art. 7 de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples.
1390
Art. 84 (4), loi n° 2006/002 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1391
Art. 90..
1392
« "50 questions pratiques " sur l'expertise judiciaire », Rencontre Magistrats du tribunal de grande instance
de Nanterre Expert judiciaires du 27 novembre 2001.

376
limitée dans le temps, elle ne l’est pas moins dans l’espace dans la mesure où celle-ci est
réduite au factuel et à la technique.

Il est ainsi reconnu à l’expert une compétence technique et factuelle, à l’exclusion de


toute compétence juridique.

L’expert ne peut être mandaté que pour examiner et éclairer de sa science des
questions de fait. L’expertise a pour seule fin « d’informer le juge sur l’appréciation
matérielle des faits »1393. L’expert est ainsi régulièrement chargé de :

Ŕ déterminer la valeur d’un bien, c’est le cas de l’affaire NANA LEVI où la mission
de l’expert consistait à « déterminer le nombre exact et la valeur des édifices
qui auraient été bâtis par NANA LEVI Lucien sur les lots n°64 et 64 bis du
lotissement DJELENG IV du centre urbain de Bafoussam »1394 ;
Ŕ collecter des documents, de visiter des lieux, de décrire un processus,
d’auditionner des parties ou des tiers, par exemple des sachants ;
Ŕ donner son avis sur un lien de causalité ;
Ŕ proposer l’évaluation d’un pourcentage d’incapacité ou de la gravité d’un
préjudice esthétique ou d’un pretium doloris, le montant d’un préjudice matériel
ou financier. L’espèce Sieur EBANDAN VOULA1395 est illustratif à cet égard, la
mission de l’expert consistait à examiner le requérant et de « dire le taux de
l’incapacité permanente partielle que lui a occasionné l’accident dont il a été
victime le 18 juin 1962 » ;
Ŕ donner au juge des éléments permettant d’apprécier si des travaux ou une
opération chirurgicale ont été conduits conformément aux règles de l’art ;
Ŕ donner tous les éléments de fait, relatifs notamment à l’imputabilité du
dommage, permettant au juge de répartir les responsabilités.

La liste n’étant pas exhaustive, il convient tout de même de noter que tous les points
ci-dessus énumérés sont purement techniques ou factuels et donc relèvent de la compétence
de l’expert. En revanche, l’expert ne peut être chargé d’examiner et encore moins de trancher
des questions de droit.

1393
DEBBASCH (C) et RICCI (JC), Contentieux administratif, op. cit., p.526.
1394
CS/CA, Jugement n° 44 du 4 mars 1976 NANA LEVI Lucien c/Etat du Cameroun.
1395
TE, arrêt n° 315 du 30 novembre 1963, Sieur EBANDAN VOULA c/Etat du Cameroun.

377
L’expertise ne peut porter « que sur des questions de fait à l’exclusion des questions
de droit »1396. En d’autres termes, « l’objet de l’expertise consiste à informer le juge, donc à
éclairer le juge et non à se substituer à lui en tranchant le point de droit soulevé »1397. Seul
maître de la solution juridique à donner à l’affaire, le juge veille à ce que l’expert se cantonne
aux faits sans dire le droit. L’expert n’est donc pas là pour commenter, par exemple, les
règles de droit applicables au cas soumis ou encore pour faire valoir des principes
jurisprudentiels. Ainsi, une mission qui comporterait la recherche d’une solution de droit
serait entachée de nullité1398.

L’expert ne peut alors, par exemple :

Ŕ se prononcer sur la qualification juridique des faits ;


Ŕ se prononcer sur la qualification de faute ;
Ŕ se prononcer sur la responsabilité juridique ;
Ŕ se prononcer sur le caractère indemnisable ou non d’un chef de préjudice.

En dernière analyse, la relativité de l’expertise a pour socle le pouvoir souverain du


juge. Ce pouvoir fait de lui le seul maître dans la fonction de juger et donc dans la direction de
l’expertise. Ce faisant, il se retrouve sur le plan statutaire et fonctionnel supérieur à l’expert.
Cela justifie qu’il ne soit pas obligé de recourir à une expertise ni d’être lié par l’avis de
l’expert. Cependant, si la justification de la relativité de l’expertise est établie, les inflexions à
celle-ci restent à déterminer.

PARAGRAPHE II - LES INFLEXIONS A LA RELATIVITE DE L’EXPERTISE

L’expertise n’étant pas une mesure arbitraire, il devient normal d’encadrer le pouvoir
du juge en la matière voire de procéder à sa limitation. Ainsi le pouvoir du juge, afin d’assurer
la bonne marche et la crédibilité de l’expertise, est soumis à certaines exigences et donc
modulé. Dès lors, il apparaît évident que la relativité de l’expertise n’est pas absolue, elle
connaît des inflexions. Ces inflexions touchent aussi bien la procédure de l’expertise (A) que
le fond du litige en lui-même (B).

1396
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge
administratif », op. cit., p. 78.
1397
NGOLE NGWESE (P) et BINYOUM (J), Eléments de contentieux administratif camerounais, op. cit., p.91.
1398
CE, 12 février 1947, Ministre des finances.

378
A- Les inflexions procédurales

Les inflexions procédurales à la relativité de l’expertise s’entendent des règles de


procédure susceptibles de fléchir le pouvoir du juge tout au long de la procédure d’expertise.
Il s’agit essentiellement de la possibilité reconnue aux parties de contester la décision
ordonnant l’expertise (1) et de l’exigence de l’indépendance de l’expert à l’égard du juge (2).

1- La possibilité de contestation de la décision ordonnant l’expertise

La décision initiale concernant l’expertise a plusieurs objets : ordonner ou refuser la


mesure d’instruction, et dans la première hypothèse en préciser l’objet et désigner l’expert
auquel elle est confiée. Concernant ses éléments cruciaux, les parties peuvent avoir le droit de
contester la personne même de l’expert, et former des voies de recours pour contester la
décision prise par le juge.

« Par principe et parce que l’expert a davantage rapport au juge qu’aux parties,
c’est la juridiction qui choisit l’expert et non les parties, (…). Mais dès l’instant où la partie
n’interfère en rien dans la désignation de l’expert, on aurait pu penser qu’elle doive
disposer du moyen procédural corrélatif et puisse par exemple le récuser »1399.

La récusation est un moyen garantissant l’impartialité de l’expert et visant à s’assurer


de la probité morale de ce dernier. De fait, la loi fixant l’organisation et le fonctionnement des
tribunaux administratifs dispose que, peuvent être récusés les experts commis d’office, qui
sont parents ou alliés de l’une des parties jusqu’au quatrième degré inclusivement ou qui ont
été condamnés pour crime ou délit contre la probité1400. La récusation des experts ne peut être
proposée que dans les quinze jours de leur désignation. Elle est faite par déclaration au greffe
compétent. Il est statué en chambre du conseil après observation de l’expert mis en cause1401.
La décision acceptant la récusation désigne un nouvel expert ou de nouveaux experts à la
place de celui ou de ceux récusés1402.

1399
FRISON-ROCHE (M-A), « La procédure de l'expertise », op. cit., p.91.
1400
Art. 85 (1), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1401
Art. 85 (2).
1402
Art. 85 (3).

379
Il faut cependant indiquer qu’en matière fiscale, le législateur n’a pas envisagé les
possibilités de récusation des experts par les parties1403.

Si la récusation de l’expert est admise, hormis bien évidemment en matière fiscale, il y


a lieu de s’interroger sur le point de savoir si l’expert est admis à contester la décision qui le
récuse. Pour l’heure, le législateur ne l’y autorise pas. En fait, aucune disposition allant dans
ce sens n’est contenue dans la législation en vigueur.

En plus de la contestation de la personne même de l’expert, la décision ordonnant


l’expertise peut elle-même faire l’objet de contestation par des voies de recours. Toute partie
qui entend contester la décision prise par le juge d’ordonner une expertise dispose de voies de
recours légales que sont l’appel et le pourvoi en cassation. Cependant les cadres d’exercice
desdites voies de recours ne sont pas toujours les mêmes selon qu’il s’agit d’une expertise de
référé ou d’une expertise d’un jugement avant dire droit sur le fond.

Dans le cas d’une expertise de référé tout d’abord, il n’existe pas de procédure propre
concernant l’appel contre les ordonnances de référé. La procédure ici est la même que pour
les jugements. Ainsi en tant que décision rendue en premier ressort, l’ordonnance de référé est
susceptible d’appel devant la Chambre administrative dans les délais prévus par le texte1404
fixant la procédure devant la Chambre Administrative de la Cour Suprême1405. En revanche,
concernant le pourvoi des ordonnances de référé, si dans l’ensemble la procédure paraît la
même que celle des jugements, la spécificité repose cependant sur la réduction des délais. En
effet la loi dispose qu’ « en cas de pourvoi contre les ordonnances de référé la procédure à
suivre est celle prévue aux articles 89 à 103 de la présente loi. Toutefois, les délais prévus
sont réduits à cinq (5) jours »1406.

S’agissant ensuite d’une expertise décidée par jugement avant-dire-droit sur le fond, il
faut dire que la procédure du pourvoi est également régie par les articles 89 à 103 de la loi
fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour Suprême. La procédure d’appel des
jugements avant-dire-droit sur le fond est la même que celle applicable en matière de

1403
FOTSO (D), Livre des procédures fiscales annoté et commenté, op. cit., p. 108.
1404
Il s'agit précisément de la loi n° 2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation et le fonctionnement de
la Cour Suprême.
1405
Art. 114 (1), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1406
Art. 108 (1), loi n° 2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation et le fonctionnement de la Cour
Suprême.

380
jugements définitifs et d’ordonnances de référé. Cependant, l’appel d’une décision avant-dire-
droit ne peut être interjeté que conjointement avec l’appel à l’encontre de la décision
définitive sur le fond. Il est recevable même en cas d’exécution sous réserve de la décision
avant -dire- droit1407.

La possibilité offerte aux parties de contester la décision ordonnant l’expertise est à


coup sûr une voie qui permet de moduler les pouvoirs du juge et qui de ce fait garantit une
procédure non arbitraire. Pour les mêmes raisons, il est demandé au juge de s’abstenir de toute
action qui mettrait en cause l’indépendance de l’expert.

2- L’indépendance de l’expert à l’égard du juge

L’expert doit remplir sa mission en toute indépendance, son avis ne saurait être
influencé par le juge. Selon Gilberte CLOSSET-MARCHAL, l’indépendance de l’expert à
l’égard du juge se marque de différentes manières1408 : il peut toujours refuser d’exercer sa
mission et il exerce une maîtrise sur les opérations matérielles de l’expertise, entre autres.

L’expert peut refuser la mission à lui confiée par le juge. Cette possibilité lui est
reconnue par la législation en vigueur. Ainsi, d’après la loi de 2006 sur les tribunaux
administratifs, dans les vingt-quatre heures de l’enregistrement de la décision d’expertise, s’il
n’en est décidé autrement par la juridiction, le greffier notifie cette décision aux experts
désignés et leur en délivre une expédition1409.

L’expert fait connaître son refus motivé dans les huit jours de cette notification ou au
plus tard la veille de l’audience à laquelle son serment doit être reçu 1410. En cas de refus ou
d’empêchement de l’expert, il est pourvu à son remplacement par ordonnance, soit d’accord
parties, soit d’office, dans un délai de quinze (15) jours1411.

Il ne fait donc pas de doute que l’expert peut valablement refuser ou même être
empêché d’exercer sa mission. Il lui suffit de motiver ce refus ou cet empêchement. Il doit

1407
Art. 114 (3), la loi n° 2006/022, 022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des
tribunaux administratifs.
1408
CLOSSET-MARCHAL (G), « Considérations générales sur l'expertise », in L'expertise, Bruxelles, Fac.
Univ. Saint-Louis, 1994, p. 14 et s. n° 11 et s.
1409
Art. 86 (1), loi n° 2006/022, 022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des
tribunaux administratifs.
1410
Art. 86 (2).
1411
Art. 86 (3).

381
toutefois le faire avant la prestation de serment. Cela peut paraître paradoxal au regard de
l’article 174 du code pénal qui considère que l’expert est requis et ne doit pas de ce fait
refuser d’exercer sa mission.

Si malgré tout, l’expert accepte sa mission, le juge ne peut intervenir dans le


déroulement des opérations matérielles d’expertise.

S’il est établi que l’expert procède à sa mission sous le contrôle du juge, il juge
cependant de la manière dont il doit effectuer ses travaux. En droit comparé, notamment en
Belgique, la jurisprudence a clairement relevé que sur le plan technique, le juge n’a pas à
s’immiscer dans le travail de l’expert en cours d’expertise, mais conserve un droit souverain
d’appréciation sur le fond de l’expertise lorsque celle-ci est clôturée1412. Cette solution est
transposable en droit du contentieux administratif camerounais.

Ainsi, en tant que technicien, spécialiste ou même homme de l’art, l’expert a l’entière
maîtrise des opérations matérielles d’expertise. Il ne saurait de ce fait être influencé dans ses
travaux par le juge. Ce dernier doit donc se garder de toute intervention dans les travaux de
l’expert. Toutefois, il n’en irait plus ainsi s’il était avéré que l’expertise ne se déroulait pas
normalement. Le juge récupèrerait alors un droit d’intervention en cours d’expertise pour
tenter de régler les problèmes1413.

En somme, la possibilité de contestation de la décision ordonnant l’expertise, tout


comme l’indépendance de l’expert, sont autant de facteurs justifiant les inflexions sur le plan
de la procédure. Toutefois, à côté des inflexions liées à la procédure, il y a lieu de noter que
d’autres se rapportent au fond du litige.

B- Les inflexions de fond

Parler des inflexions à la relativité de l’expertise sur le fond, c’est en réalité déterminer
l’influence de la parole expertale sur la solution donnée par le juge quant au fond du litige.
Ainsi parce qu’il lui est nécessaire de connaître pour juger, le juge est obligé d’intégrer le
discours expertal dans sa rhétorique propre. Dès lors, il semble intéressant d’examiner dans
quelle mesure sa décision peut dépendre de la vérité expertale pour dire le droit (1). Et puis
par la suite relever quelques matières où le juge s’en remet presque toujours à l’expertise (2).

1412
CA de Liège, 28 avril 1992.
1413
GILLARDIN (J), « Le déroulement de l’expertise », in L’expertise, Bruxelles, Fac. Univ. Saint-Louis, 1994,
p. 165.

382
1- La dépendance du juge à la vérité expertale pour dire le droit

Il s’agit ici de voir d’une part comment la vérité expertale est intégrée dans la
rhétorique du juge, et d’autre part comment elle est importante pour celle-ci.

Le juge ne peut refuser de se prononcer en raison du caractère scientifique du litige


sous peine de déni de justice. L’intervention de l’expert s’impose donc parfois au juge. Cela
étant, certains juristes n’hésitent pas à reconnaître un rôle normatif important à l’expert. Pour
Madame Gaëlle DALBIGNAT-DEHARO, par exemple, affirmer que le juge se prononce
sur le fondement de la règle de droit et que l’expert a un rôle technique est une distinction
théorique1414. D’après elle en effet, « l’expert influence directement l’application de la règle
de droit »1415. Ainsi, l’avis de l’expert serait directement associé à la décision du juge.

En ce sens, dans l’affaire NZETE Emmanuel1416, en plus d’établir la réalité des faits,
l’expert dans ses conclusions s’immisce dans l’application de la règle de droit en faisant des
recommandations claires au juge. Le rapport d’expertise conclut en effet que :

« Eu égard à ce qui précède, dont les détails sont contenus dans les pages qui
suivent et après vérification des actes de vente notariés après les études concernées, nous
sommes arrivés aux conclusions suivantes: le titre foncier immatriculé sous le n° 19498/W
(7 avril 1989), dont les limites sont situées à l’intérieur du premier titre foncier. A cause de
cette irrégularité incombant à des agents de l’Etat soit véreux, soit incompétents, le titre
foncier n° 19498/W devrait être annulé ».

Les conclusions expertales dans cette affaire vont alors peser lourdement sur le
raisonnement du juge et son appréciation sur le litige. De fait, dans son raisonnement le juge
souligne que :

« Attendu que cette conclusion met ainsi en évidence la faute de l’administration


dans l’établissement du titre foncier n° 19498/W attaqué ; Attendu qu’il s’ensuit que le

1414
DALBIGNAT-DEHARO (G) « De la vérité scientifique à la vérité judiciaire: comment le juge s'approprie t-
il les connaissances médicales? », sous thématique exposée à l'occasion du rapport d'un groupe de travail sous la
direction de Jacques HUREAU et Claude Henri CHOUARD sur la thématique: Compétence scientifique et
technique de l’expert et qualité de l’expertise en responsabilité médicale, [Link], consulté le 19 avril
2013, p. 32.
1415
Loc. cit.
1416
CA/CS, Jugement n° 063/2008 du 18 juin 2008, NZETE Emmanuel c/Etat du Cameroun (MINDAF).

383
recours de NZETE Emmanuel est justifié et que le titre foncier litigieux encourt
l’annulation ». Et dans l’appréciation du litige, il va déclarer :

« (...) Au fond, le recours de NZETE Emmanuel justifié. Par conséquent, la


mutation du titre foncier n° 19498/W est annulée ».

A l’analyse, et à l’instar de ce qui précède, « il peut arriver que la formulation de


l’avis d’expertise tienne simplement lieu de solution juridique de sorte que l’avis de l’expert
lie le juge »1417. Il en est ainsi parce que les savoirs de l’expert apportent effectivement une
réponse ferme aux interrogations du juge1418. D’où leur importance.

En disposant que l’avis de l’expert ne lie pas le tribunal, la loi conduit à admettre que
la vérité expertale peut ou pas être adoptée par le juge. Si malgré tout le tribunal décide de la
suivre, cela pourrait être tout à son intérêt. Car cette vérité pare sa décision de vertus
indéniables. Ainsi, au-delà du simple fait que la vérité expertale permet au tribunal de
solutionner le litige, le recours à celle-ci confère au juge un argument légitimant sa décision.
Il la pare des vertus d’universalité, d’objectivité et même d’irréfutabilité1419.

Au bout du compte, le juge est bien souvent obligé de recourir à la vérité expertale
pour résoudre les litiges caractérisés par une grande complexité technique. Car en l’absence
d’un apport expertal sur de tels litiges sa décision pourrait, être décriée et être taxée
d’illégitime. Certaines matières illustrent bien cette dépendance.

2- La dépendance perceptible du juge à l’expertise dans certaines matières

Il existe de multiples domaines où le juge doit presque toujours s’en remettre à la


vérité expertale. Dans le droit du contentieux administratif camerounais, après consultation de
la jurisprudence, il apparaît que les expertises les plus sollicitées sont, entre autres, les
expertises médicales et fiscales.

1417
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif », op. cit., p. 19.
1418
DUMOULIN (L), « L’expert technicien, témoin ou acteur de justice », Communication écrite aux Journées
européennes du droit Juger en Europe, communication à paraître aux actes du colloque éponyme,
[Link] , consulté le 19 avril 2013,
1419
DALBIGNAT-DEHARO (G) « De la vérité scientifique à la vérité judiciaire: comment le juge s'approprie t-
il les connaissances médicales? », op. cit., p. 33.

384
L’expertise médicale est une procédure qui permet de trancher un litige d’ordre
médical à l’aide d’un médecin [Link] repose en fait sur la notion de réparation
intégrale du préjudice subi par une personne et qui est énoncé par l’arrêt du 20 octobre 1954
de la Cour de Cassation française rappelant qu’il convient de « (…) replacer la victime dans
la situation où elle se serait trouvée si l’acte dommageable n’avait pas eu lieu »1421. De fait,
la réparation d’un préjudice exige du juge qu’il puisse déterminer les responsabilités, mais
ensuite et surtout qu’il puisse évaluer la gravité du dommage. C’est à ce niveau qu’il est fait
recours à l’expert médecin. Dans l’affaire Sieur EBANDAN VOULA1422 en effet, le juge a
désigné le Docteur AMSTRONG, médecin expert en service à l’hôpital de Yaoundé « à
l’effet d’examiner le Sieur EBANDAN VOULA et de dire le taux de l’incapacité
permanente partielle que lui a occasionné l’accident dont il a été victime (…) ». C’est le cas
également dans l’affaire Dame MENGUE1423.

Il faut dire que le juge suit presque toujours les conclusions de l’expert médical. Elle
est l’une des plus contraignantes pour lui. Ainsi, comme l’atteste si bien Monsieur André
ATIOFACK KENFACK « s’agissant d’un rapport d’expertise médical en considération
duquel le tribunal a caractérisé le lien de causalité entre la faute commise et la survenance
du dommage le tribunal est astreint à suivre l’avis des experts »1424.

D’où une certaine équivoque sur la portée et l’autonomie du juge par rapport à l’expert
dans une sorte d’attelage dont le Doyen SAVATIER avait souligné non sans humour qu’il
ressemblait « à l’aveugle de l’Evangile conduit par un autre aveugle. L’un sait du droit,
l’autre sait la médecine. Pour bien juger, il aurait fallu que ce soit le même homme qui sût
l’un et l’autre »1425.

Quand bien même le juge écarte les conclusions d’une expertise médicale, toujours
est-il qu’il ordonne une contre-expertise ou une nouvelle expertise.

1420
KOERPER (L), L'expertise médicale en matière d'accidents du travail et maladies professionnelles,
Rapport de stage pour l'obtention du Master II en Droit social, Université Robert Schuman, FDSPG, 2006-2007,
p. 26.
1421
SEGONDY (M), « Règles et pratiques de l'expertise médicale pour les juridictions civiles et
administratives », disponible sur hé[Link], 2006, consulté le 26 juillet 2015, p. 1.
1422
TE, arrêt n° 315 du 30 novembre 1963, Sieur EBANDAN VOULA c/ Etat du Cameroun.
1423
TE, arrêt ADD n°369 du 22 décembre 1964, Dame MENGUE c/ Commune Mixte Rurale de MBALMAYO.
1424
ATIOFACK KENFACK (A), « L'expertise judiciaire au Cameroun », op. cit., p. 8.
1425
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif », op. cit., p. 1.

385
En définitive, l’expertise médicale est très employée dans le contentieux de la
responsabilité et le juge en est presqu’autant dépendant. A l’instar de celle-ci, l’expertise
fiscale est elle aussi très sollicitée par le juge administratif eu égard au nombre assez
impressionnant d’affaires s’y rapportant.

L’expertise fiscale, quant à elle, est sans doute la plus sollicitée par le juge
administratif camerounais et l’une des plus complexes. Elle apparaît ainsi comme le lieu
géométrique de toutes les tensions qui animent l’instance juridictionnelle1426. Elle caractérise
la dépendance du juge à l’avis de l’expert malgré le principe selon lequel l’avis de l’expert ne
lie pas le tribunal.

Ainsi, tout d’abord, l’expertise fiscale semble au regard de son objet contraignant pour
le juge. Comme le souligne en effet le Professeur GEFFROY : « l’expertise fiscale touche à
la question de la légalité fiscale et aux règles d’interprétation stricte de la loi fiscale qui
s’imposent au juge. On peut donc se demander, si en subordonnant son pouvoir de juger à
un avis d’expert, le juge n’abandonne pas dans une certaine mesure son pouvoir
d’interprétation de la règle d’impôt »1427.

Ensuite, il peut arriver que le juge conditionne simplement sa décision à l’avis d’un
expert. C’est le cas dans l’affaire KADJI DEFOSSO1428 où le juge affirme clairement que
« Considérant que le problème soumis au tribunal est conditionné par l’appréciation des
faits de nature à être vérifiés par une mesure d’expertise ». Le juge s’en remet ainsi à
l’expertise.

1426
SAID (I), « L'expertise en matière fiscale au centre du droit fiscal marocain », [Link], consulté le
21 juillet 2013, p. 5.
1427
GEFFROY (J-B), « L'expertise fiscale et le juge administratif », op. cit., p. 1.
1428
TE, arrêt n° 401 du 23 décembre 1965, KADJI DEFOSSO Joseph contre Etat du Cameroun Oriental.

386
C ONCLUSION DU CHAPITRE

L’expertise apparaît comme le moyen d’investigation par excellence auquel fait


recours « tout juge embarrassé par une difficulté de fait »1429, précisément une difficulté
technique. L’on s’est donc interrogé sur l’état du pouvoir du juge en la matière. Il s’est en
effet agi dans ce chapitre de se faire une idée claire des pouvoirs du juge administratif en la
matière. Il a fallu, pour cela en premier lieu, les énoncer avant d’en mesurer la portée.

L’énonciation du pouvoir du juge administratif en matière d’expertise révèle des traits


essentiels de celui-ci. Le juge a une liberté de prescription de la mesure d’expertise et surtout,
il en assure la direction. De fait, il a, en principe, la faculté de prise des mesures d’expertise
demandées par les parties ou de les ordonner d’office. Au surplus, il exerce un pouvoir
d’appréciation souveraine de la demande du point de vue de la forme ou du contenu de celle-
ci. La direction du processus expertal s’observe du prononcé de la décision au déroulement de
la procédure.

L’étendue du pouvoir du juge en la matière, quant à elle, met en exergue le principe de


la relativité de l’expertise. Une relativité qui tient essentiellement au caractère relatif de l’avis
de l’expert et qui se justifie par des considérations statutaires et fonctionnelles. L’expert étant
statutairement et fonctionnellement soumis au juge, ce dernier ne saurait être contraint de
suivre son avis. Cette relativité connaît cependant des inflexions du point de vue de la
procédure et du fond. Il est en effet avéré que la décision de recourir à l’expertise peut être
combattue ou contestée par des voies juridictionnelles et que le juge malgré lui est souvent
bien obligé de suivre l’avis de l’expert dans bien de cas. D’autres mesures, en dehors de
l’expertise, peuvent être prescrites par le juge administratif.

1429
ODENT (R), Contentieux administratif, op. cit., p. 1186.

387
C HAPITRE II : LA MOBILISATION DES AUTRES
MESURES PARTICULIERES D’INSTRUCTION

388
L’expertise n’est pas la seule mesure particulière d’instruction mise par le législateur à
la disposition du juge administratif. Il y a aussi l’enquête, la descente sur les lieux, l’audition
des parties et la vérification des écritures. Chacune de ces mesures est instituée pour une
raison particulière. Si leur étude commande de les envisager les unes après les autres, cela doit
se faire dans le cadre d’une classification qui mette en exergue les pouvoirs d’instruction du
juge administratif camerounais. Car, c’est justement dans l’optique de conférer au juge de tels
pouvoirs qu’elles lui ont été dévolues. Il convient donc parmi les classifications connues de
rechercher celle qui permette l’atteinte de cet objectif. Ce faisant, l’on a pu identifier trois
classifications qu’il importe de présenter.

La première classification est énoncée par le Professeur Olivier GOHIN1430. Elle


distingue les mesures directes des mesures indirectes. Les premières sont assurées par le juge
lui-même. C’est le cas des enquêtes, de l’audition des parties et de la descende sur les lieux.
Alors même que les secondes sont confiées par le juge à un technicien. Il s’agit précisément
de l’expertise et la vérification des écritures.

C’est certainement, et malheureusement, la classification la plus reprise par les auteurs


camerounais, du moins par ceux d’entre eux qui y ont tenté une classification1431. Si en
France, elle garde toute sa pertinence parce qu’effectivement le juge recourt à l’expert pour ce
qui est de l’expertise proprement dite et de la vérification des écritures, au Cameroun ce n’est
pas le cas, concernant cette dernière mesure1432. Mais au-delà, c’est une classification qui, si
elle aurait un lien avec les pouvoirs du juge, n’en rend véritablement pas compte. Elle se
focalise davantage sur la personne en charge d’appliquer lesdites mesures.

La deuxième, plus récente, exposée par Monsieur Jean-Jacques Christian


MEMONO, propose de distinguer les mesures tendant à l’authentification des éléments
probants des mesures tendant à la restitution des éléments probants. D’après celui-ci, la
seconde classe de mesures « se justifie généralement par le manque ou le peu d’indices
permettant au juge de reconstituer les faits à la base du différend »1433. Il s’agit en
l’occurrence des enquêtes, de l’audition des parties et de la descente sur les lieux. La première

1430
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, op. cit. (Chap. II, Titre II,
Première parties, passim.
1431
V. not. SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L’appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit.,
p. 273 et s.
1432
V. infra.
1433
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit. p. 279.

389
classe de mesures est portée vers la « certification de certains éléments du litige échappant à
l’autorité du juge par leur caractère complexe d’une part, et nécessitant de ce fait un avis
d’ordre technique d’autre part »1434. Il s’agit de l’expertise et de la vérification des écritures.
Cette classification est intéressante dans la mesure où elle permet de distinguer les mesures
portées vers la restitution des faits pouvant être précisées par les parties, témoins ou toutes
personnes utiles, des mesures portées vers des éléments probants complexes nécessitant
l’intervention d’un homme de l’art. Mais elle ne met aucunement en exergue les pouvoirs du
juge.

La troisième, et c’est la dernière, formulée par Jean-Pierre CHAUDET1435 et Rémi


ROUQUETTE1436, distingue les mesures que le juge peut prendre sur la demande des parties
sans être lié par leur demande et les mesures qu’il ordonne d’autorité en dehors de toute
demande formulée par les parties. La première classe de mesures concerne l’expertise, les
enquêtes et l’audition des parties tandis que la seconde porte sur la descente des lieux et la
vérification des écritures. C’est cette dernière classification qui met véritablement en exergue
les pouvoirs du juge. Dans le premier cas, si les parties peuvent, au même titre que le juge,
demander ces mesures, celui-ci peut toutefois manifester son refus. Et dans le second cas, les
parties ne sont même pas habilitées à demander ces mesures, elles relèvent du seul pouvoir
d’instruction du juge.

Cette classification doit être retenue, elle met clairement en lumière les pouvoirs
d’instruction du juge. Il convient dès lors d’analyser d’une part, les mesures pouvant
expressément être demandées par les parties à l’exclusion de l’expertise Ŕ déjà analysée dans
le chapitre précédent. Il s’agit en l’occurrence de l’enquête et de l’audition des parties
(Section I) et d’autre part, celles relevant du seul pouvoir d’instruction du juge, à savoir la
descente sur les lieux et la vérification des écritures (Section II).

SECTION I - LES MESURES D’ENQUETE ET D’AUDITION DES PARTIES

L’institution par le législateur des mesures pouvant être demandées par des parties
témoigne de la nécessité d’offrir toutes les garanties d’un procès équitable au justiciable. Si le
juge administratif reste le maître incontestable de l’instance, ce sont les parties qui fixent et
déterminent l’objet du litige qui sera statué par lui. Elles ont quelque part leur mot à dire

1434
Ibid., p. 302.
1435
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 442.
1436
ROUQUETTE (R), Petit traité du procès administratif, op. cit., p. 467.

390
quant aux mesures qui commandent la résolution du litige. Il est donc normal qu’elles doivent
être écoutées et entendues, mais uniquement dans la limite de ce que permet et autorise les
pouvoirs du juge.

Deux mesures particulières d’instruction sont susceptibles d’être demandées


ouvertement par les parties : les enquêtes et l’audition des parties. Ces mesures peuvent être
prescrites par le juge lorsque la relation des faits peut aider à établir la vérité. Malgré cette
similitude, elles comportent chacune des particularités qui commandent de les examiner
séparément. L’étude de la prise des mesures d’enquêtes (Paragraphe I) précèdera celle de
l’ordonnancement de la mesure de l’audition des parties (Paragraphe II).

PARAGRAPHE I - LA PRISE DES MESURES D’ENQUETE

L’enquête est un « pouvoir du juge non négligeable ; l’enquête fournit des éléments
complémentaires d’information nécessaires à la manifestation de la vérité »1437. Elle est
régie par les articles 65 à 71 de la loi de 2006 sur les tribunaux administratifs. L’analyse des
mesures d’enquête nécessite que soit au préalable précisé le concept d’enquête (A), avant
d’envisager son développement (B).

A- Précision conceptuelle

La précision conceptuelle de la notion d’enquête commande d’en déterminer la


définition (1) ainsi que ses caractères (2).

1- La définition

L’on ne saurait mesurer l’utilité et la portée de la mesure d’enquête sans préciser ce à


quoi elle renvoie conceptuellement. Or, bien que prévue par la loi, celle-ci n’y est pas définie.
Du coup, il faut se remettre aux lexiques et documents assimilés et à la doctrine pour la
définir.

Le terme enquête, du latin inquaesita d’inquaerere (s’enquérir), puis d’inquierere


(rechercher), désigne littéralement l’étude d’une question réunissant des témoignages, des
expériences, des documents. L’on parle alors, en ce sens, d’enquêtes d’opinion ou de
sondage1438.

1437
ZE MEKA (R), La procédure du contentieux administratif au Cameroun, op. cit, 1980, p. 138.
1438
Le Robert illustré, [Link]., p. 641 ; Larousse, maxipoche, op. cit., p. 492.

391
Dans le biotope du droit, les lexiques perçoivent l’enquête au sens large et au sens
strict. Au sens large, elle est une « procédure selon laquelle est administrée la preuve
1439
testimoniale » . Au sens strict, c’est une « procédure permettant à une partie de
rapporter, par l’audition de témoins, la preuve directe des faits qu’elle allègue »1440.

La doctrine participe également, et largement, de la définition de la notion d’enquête.


Jean-Pierre CHAUDET estime que « l’enquête fournit au juge le moyen de compléter les
indications fournies par les pièces du dossier par une audition directe de ceux qui peuvent
contribuer à faire la lumière sur des faits contestés »1441. Pour Christian GABOLDE,
l’enquête est une procédure « essentiellement destinée à porter à la connaissance des
parties, les dépositions des tiers et des témoins »1442. Pour leur part, Renaud DENOIX DE
SAINT MARC et Daniel LABETOULLE, « l’enquête (…) est un effort face à des versions
contradictoires pour appréhender la vérité par des témoignages oraux »1443. Roger
PERROT, quant à lui, la conçoit comme « une procédure au moyen de laquelle sont
recueillis les témoignages de personnes étrangères à l’instance et qui sont invitées à relater
devant le juge ce qu’elles ont vu et entendu au sujet des faits litigieux »1444. Le Professeur
Olivier GOHIN de son côté, considère qu’ « elle a pour objet de recueillir, à la barre ou sur
place, des témoignages sous serment relatifs aux faits de l’espèce »1445. Pour le Professeur
Maurice KAMTO, c’est une procédure qui « permet au juge de s’informer auprès des
personnes étrangères au litige mais dont le témoignage peut éclairer l’instruction »1446.

En considération de ces définitions, l’on peut retenir que le juge a la faculté


d’ordonner contradictoirement une enquête si la relation orale des faits par des personnes
tierces à l’instance peut contribuer à combler le manquement résultant d’une absence
d’indices suffisants concernant les véritables mobiles à la base du litige. De cette définition,
l’on peut inférer que l’enquête comporte un certain nombre de caractères.

1439
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, [Link]., p. 399 ; GUINCHARD (S) et DEBARD
(D) (Sous la [Link]), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 389.
1440
CORNU (G), ass. CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, op. cit., p. 399.
1441
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 445.
1442
GABOLDE (Ch), La procédure des Tribunaux administratif, Dalloz, 3è éd., 1981, p. 312.
1443
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge
administratif », op. cit., p. 78.
1444
PERROT (R), Cours de droit judiciaire privé, Paris. Les cours de droit. 1972-73, p. 975.
1445
GOHIN (O), La contradiction dans la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 398.
1446
KAMTO (M), Droit administratif processuel du Cameroun, op. cit., p. 61.

392
2- Les caractères

L’on peut, à partir des précédentes définitions, observer quelques caractères exclusifs
Ŕ ceux qui lui sont propres Ŕ et inclusifs Ŕ ceux qui ne lui sont pas propres Ŕ de la mesure
d’enquête. Il existe en réalité un caractère exclusif et plusieurs caractères inclusifs.

Au niveau du caractère exclusif, l’on remarque que l’enquête est la seule mesure
d’instruction impliquant de manière déterminante les personnes étrangères au litige à titre de
témoin ou de tiers en vue d’éclaircir les faits. Autrement dit, elle ne peut avoir lieu en
l’absence des personnes tierces qui ne sont rien d’autre que des témoins. L’on dit alors qu’elle
est une « preuve par témoin »1447 ou encore une preuve testimoniale. Il s’agit, en quelque
sorte, d’une administration de la preuve par des témoins. Le témoin n’étant qu’un simple
particulier invité à déposer, dans le cadre d’une enquête, sur les faits dont il a eu
personnellement connaissance, après avoir prêté serment de dire la vérité1448.

Pourtant, la jurisprudence administrative laisse perplexe à propos de l’enquête. Elle


laisse entrevoir certaines confusions. Celle-ci peut impliquer, en dehors du témoin, les parties
elles-mêmes1449.

S’agissant des caractères inclusifs :

Ŕ primo, l’enquête est une mesure facultative et inquisitoriale. Elle l’est parce que
le juge est libre de l’ordonner ou pas lorsqu’elle est demandée par les parties ou
l’une d’elles. Au surplus, même en l’absence de toute demande le juge peut
l’ordonner d’office ;
Ŕ deuxio, elle est relative. Elle est dite relative dans la mesure où le juge n’y est
pas lié par les résultats. Il va, en présence de témoignages incohérents, rejeter les
dépositions d’un témoin ;
Ŕ tertio, l’enquête est une mesure contradictoire. Elle doit satisfaire aux exigences
de la contradiction pour assurer l’égalité des armes entre les différentes parties
au litige. Une enquête non contradictoire s’expose à la sanction du juge de
second degré qui peut la rejeter ;
Ŕ quarto, l’enquête est une procédure orale. Elle consiste en la relation orale des
faits par un tiers. A priori, une telle preuve, qui tient à l’oralité, s’accommoderait

1447
JEULAND (E), Droit Processuel, op. cit., p. 447.
1448
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) ( dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 914.
1449
FOUMENA (GT), La charge de la preuve dans le contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 71.

393
mal avec le caractère écrit de la procédure administrative contentieuse. Cela
conforte bien, malgré tout, l’idée que l’oralité est bien présente dans ladite
procédure, mais de manière marginale. L’enquête (l’audition des parties
aussi)1450 vient donc s’ajouter à des éléments d’oralités telles que les
observations des parties sur leurs conclusions écrites à l’audience. Toutefois, il
n’est pas exclu que l’enquête soit faite à partir d’un témoignage écrit lorsque les
circonstances particulières se prêtent à cette éventualité ;
Ŕ quinto, l’enquête a un caractère purement factuel même si la loi ne précise pas
sur quoi elle peut porter. Elle est limitée à la nécessité de mettre en lumière les
faits. L’enquête ne peut porter que sur des questions de purs faits, à l’exclusion
des questions de droit. Il peut s’agir, par exemple, de vérifier si son salaire avait
été payé à un fonctionnaire1451, si l’irrégularité des opérations électorales
alléguée par le requérant est fondée1452 ou encore si la case du requérant n’a pas
été incendiée, mais détruite par les agents de la mairie1453.

Tous les caractères relevés sont visibles dans le développement de la mesure


d’enquête.

B- Le développement de l’enquête

Le développement ici marque l’idée d’une évolution d’un point A à un point B. L’on
parle alors d’un processus, d’un déroulement. Le développement de l’enquête doit donc être
entendu de son déroulement ou de son processus. Ce processus est entamé par une décision
(1) suite à laquelle la procédure d’enquête est mise en œuvre (2).

1450
V. infra.
1451
TE, arrêt n°29 du 19 septembre 1959, ETETA’A AMOUGOU et autres c/ AMOUGOU Jean, NDI Pierre,
MVONDO Pierre, BINAM Gustave, MBASSEGUE Luc ; CCA, décision n°101 du 28 juillet 1952, NININE c/
Liste de défense des intérêts régionaux élection du Diamaré ; CS/CA, jugement n°41/ADD /80 - 81, 30 avril
1981, Société commerciale Africaine c/ Office National de Commercialisation des Produits de Base (ONCPB) ;
CCA, décision n°114 du 06 août 1952, OKALA c/ KOTOUO : TE, arrêt n°05 du 31 août 1989, OLONG
MEKONG Pascal c/ ELEMBE Pierre et OLINGA François ; CS/CA, jugement n°66/ADD/78 - 79 du 31 mai
1979, KOUANG Guillaume c/ Etat du Cameroun.
1452
CCA, arrêt n°631 du 29 juin 1957, NGAM Pascal c/ Etat du Cameroun.
1453
CS/CA, arrêt n°1 du 25 novembre 1976, FOTCHIN Joseph c/ Commune de plein exercice de Yaoundé.

394
1- La décision ordonnant l’enquête et ses formalités consécutives

L’enquête est ordonnée par décision avant-dire-droit. La décision qui ordonne


l’enquête peut être prise soit d’office, soit à la demande des parties1454. Cette décision indique
soigneusement les faits sur lesquels l’enquête doit porter en précisant si elle aura lieu devant
un juge désigné ou encore sur commission rogatoire en audience publique ou en chambre du
conseil. Dans ces deux derniers cas, la décision fixe la date de l’audience1455. La preuve
contraire étant de droit, la décision qui fixe la contre-enquête est soumise aux mêmes règles
que celle qui fixe l’enquête1456.

Par ailleurs, certaines formalités sont consécutives à la prise de la décision d’enquête :


il s’agit de la notification de la décision et de la convocation des témoins.

La décision qui ordonne l’enquête est notifiée aux parties. Celles-ci ont un délai de
cinq jours pour adresser au greffier la liste des témoins qu’elles désirent faire entendre1457.
Toutefois, si les parties sont présentes lors du prononcé de la décision, la notification devient
alors sans objet, et le président les invite à faire connaître leurs témoins au greffier dans les
cinq jours à compter du jour du prononcé de cette décision. Il est fait mention de cet
avertissement au plumitif d’audience1458.

Les témoins sont appelés à comparaître par convocation que le greffier leur adresse par
voie administrative ou par exploit d’huissier1459. Ces convocation doivent leur être remises
trois jours au moins avant la date de l’enquête s’ils demeurent au lieu où celle-ci doit être
diligentée. Ce délai est augmenté d’un délai de distance à un jour par cinquante kilomètres,
sans pouvoir dépasser quinze jours1460. Les convocations précisent que les témoins qui ne se
présentent pas et ne fournissent pas une excuse valable peuvent être condamnés à une amende
civile de cinq mille francs1461. Après réception de la convocation par les témoins, la procédure
d’enquête proprement dite peut débuter.

1454
Art. 65 (1), loi n° 2006/022 022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des
tribunaux administratifs.
1455
Art. 65 (2).
1456
Art. 65 (3).
1457
Art. 66 (1).
1458
Art. 66 (2).
1459
Art. 67 (1).
1460
Art. 67 (2).
1461
Art. 67 (3).

395
2- La procédure proprement dite

L’enquête débute réellement lorsque les témoins comparaissent. Les témoins doivent
donc comparaître le jour et l’heure indiqués dans la décision. Mais si le témoin justifie qu’il
est dans l’impossibilité de se présenter au jour indiqué, la juridiction ou le magistrat chargé de
l’enquête lui accorde un délai suffisant ou se transporte, accompagné du greffier, pour
recevoir sa déposition1462. Lorsque les témoins sont domiciliés hors du ressort du tribunal, il
est donné commission rogatoire au juge du lieu où ils se trouvent pour les entendre1463.

Au jour indiqué, les témoins après avoir décliné leur identité, déposent sous la foi du
serment ou à titre de renseignement s’ils sont parents, alliés ou employés de l’une des
parties1464. Les témoins sont entendus séparément en présence des parties, leur conseils ou
mandataires, les parties, leurs conseils ou mandataires sont tenus de fournir leurs reproches
avant la déposition des témoins1465.

Le témoin reproché est entendu par le juge, à charge pour la juridiction saisie de
statuer sur le bien-fondé du reproche ; en cas d’admission, le témoignage est écarté des
débats1466.

Après les dépositions, les parties peuvent, avec l’autorisation du juge, poser des
questions aux témoins. Car l’enquête est contradictoire dans son développement. Le juge peut
également d’office poser des questions aux témoins1467.

Dans toutes les causes, le greffier dresse un procès-verbal. Ce dernier contient des
éléments de fond tels que : l’identité du témoin, la mention du serment, sa déclaration s’il est
parent, allié ou serviteur de l’une des parties, le cas échéant, les reproches formulés contre lui
et sa déposition1468. Il contient également des éléments de forme telles que la lecture dudit
procès-verbal, sa signature par le témoin, le juge et le greffier1469.

1462
Art. 68 (2).
1463
Art. 68 (3).
1464
Art. 69 (1).
1465
Art. 69 (2).
1466
Art. 69 (4).
1467
Art. 70 (2).
1468
Art. 70 (3).
1469
Art. 70 (4).

396
La présence du ministère public aux enquêtes étant facultative1470, la question est de
savoir s’il doit également signer le procès-verbal lorsqu’il est présent. La réponse doit, pour
notre part, être affirmative. Il y va certainement de l’intérêt et de la crédibilité du procès-
verbal que le procureur y appose sa signature. Cela ne peut que renforcer son caractère
authentique. En effet, le procès-verbal d’enquête ne pourra être contesté que sur la base de la
procédure d’inscription en faux et non sur la base d’une simple preuve contraire.

Au demeurant, lorsque les témoins ont été entendus en l’absence des parties, le greffier
invite celles-ci, dès réception des procès-verbaux d’audition, à en prendre connaissance au
greffe dans un délai de huit jours1471. Chaque partie peut, dans les quinze jours suivant
l’enquête ou à l’expiration du délai ci-dessus, discuter les témoignages1472. Les mémoires sont
communiqués aux parties adverses qui disposent également d’un délai de quinze jours pour y
répliquer1473. Cela démontre que l’enquête est contradictoire non plus simplement dans son
développement, mais aussi dans ses résultats.

En fin de compte, la prescription de l’enquête traduit l’idée que le juge administratif


camerounais n’est pas neutre dans la recherche des preuves. En décidant d’y recourir, il
s’immisce dans la production de la preuve et ce n’est certainement pas avec l’ordonnance de
l’audition des parties que cela devrait prendre fin.

PARAGRAPHE II - L’ORDONNANCEMENT DE L’AUDITION DES PARTIES

Le juge administratif peut, dans une procédure essentiellement écrite, ordonner


l’audition des parties. Il a ainsi un moyen d’information à sa disposition en plus des
documents écrits et des mémoires1474. L’audition des parties est régie par les articles 77 à 82
de la loi de 2006 sur les tribunaux administratifs. L’étude de ce moyen d’information passe
par son appréhension conceptuelle (A) d’une part, et la déclination de la procédure y afférente
(B), d’autre part.

1470
Art. 70 (5).
1471
Art. 71 (1).
1472
Art. 71 (2).
1473
Art. 71 (2).
1474
ZE MEKA (R), La procédure du contentieux administratif au Cameroun, Mémoire de Master’s Degree de
Droit Public, Université de Yaoundé, FDSE, 1980, p. 140.

397
A- L’appréhension notionnelle

Pour appréhender la notion de l’audition des parties, il importe doublement d’en


donner la signification (1) et d’en disséquer la procédure (2).

1- La signification

L’audition des parties comprend des appellations diverses en doctrine, ce qui ne rend
pas toujours aisé la précision de son contenu. D’aucuns, à l’instar de Christian GABOLDE
ou du Professeur Olivier GOHIN, parlent « d’interrogatoire des parties »1475. D’autres, le
cas notamment de Messieurs Alain PLANTEY et François Charles BERNARD, la
désignent sous le vocable de « comparution » des parties1476. D’autres enfin, en l’occurrence
Emmanuel JEULAND, la qualifient de « déclarations des parties »1477.

Si toutes ces appellations convergent vers la même idée, à savoir interroger les parties,
elles peuvent prêter à confusion. Le terme interrogatoire, par exemple, s’il trouve son compte
en procédure pénale1478, n’est pas très approprié pour la procédure administrative contentieuse
et la procédure civile. Elle évoque l’idée d’une audition très rigoureuse, insistante voire
« musclée » qui s’accommode mal avec ces deux dernières procédures. La raison est qu’en
matière pénale, l’on interroge un prévenu, accusé ou suspect pour provoquer son aveu d’où la
nécessité pour le juge de toujours user des méthodes plus sophistiquées ou parfois drastiques
(usage du détecteur de mensonge ou de la torture dans certains pays par exemple). Alors
qu’en procédure administrative contentieuse ou civile, c’est davantage pour rechercher
l’information que les parties sont interrogées.

Les termes comparutions et déclarations, quant à eux, sont plus proches de la


procédure civile. Ils n’expriment pas l’idée d’une procédure où le juge est beaucoup plus
dirigiste. La comparution des parties, dite précisément comparution personnelle, traduit l’idée
qu’il est normal et fréquent que ce soit les parties qui renseignent le juge sur les faits1479,
même si la décision d’y recourir peut être ordonnée d’office.

1475
GABOLDE (Ch), La procédure des Tribunaux administratif, op. cit., p. 311 ; GOHIN (O), La contradiction
dans la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 401.
1476
PLANTEY (A) et BERNARD (F-Ch), La preuve devant le juge administratif, op. cit., p. 151.
1477
CADIET (L) et alii, Théorie générale du procès, op. cit., p. 862.
1478
V. Loi portant Code de procédure pénale camerounais, passim.
1479
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 289 ; v.
également, Titre XI du Code de procédure civile camerounais.

398
La déclaration, quant à elle, n’est pas un terme consacré, mais inventé par la doctrine.
Si dans l’esprit de ceux qui l’emploient, elle traduit la réalité d’une audition des parties, la
déclaration laisse penser par sa formulation qu’elle se ferait librement en dehors de toute
invitation du juge. Elle dévoilerait ainsi le caractère accusatoire de la procédure qui
s’accommode mal de la procédure administrative contentieuse.

Les termes sus évoqués ne sont donc pas appropriés à la procédure administrative
contentieuse pour toutes les raisons avancées. L’audition des parties, en revanche, est le
terme qui correspond à la procédure administrative contentieuse. Bien qu’elle ne traduise pas
l’extrême inquisitorialité, remarquable en matière pénale, elle n’exprime non plus le caractère
accusatoire, visible en matière civile. Il n’est donc pas vrai de considérer qu’elle est une
dérogation au caractère inquisitorial de la procédure contentieuse administrative comme le
laisse penser certains auteurs1480. Deux raisons peuvent suffire à le démontrer. Elle peut non
seulement être ordonnée d’office, surtout c’est le juge lui-même qui interroge les parties.

En somme, l’audition est une procédure qui permet au juge « d’entendre les plaideurs
eux-mêmes »1481. Les parties doivent ainsi, sous la diligence du juge, clarifier et préciser
elles-mêmes leurs prétentions. Elle revêt, un certain nombre de caractères.

2- Les caractères

L’audition des parties revêt plusieurs caractères. A l’instar de l’enquête, ses caractères
peuvent être soit exclusifs, c’est-à-dire propres, soit inclusifs, à savoir communs aux autres
mesures.

Le caractère exclusif : l’audition des parties n’implique pas une audition des personnes
tierces ou témoins, mais des parties elles-mêmes.

L’on pourrait penser que le juge administratif se méprend souvent en la prenant pour
ce qu’elle n’est pas en réalité. Plus précisément, il arrive que le juge administratif ordonne une
enquête en la désignant par le terme d’audition. C’est le cas dans l’affaire OLONG MEKONG
Pascale1482 où il ordonne « une audition de tous autres témoins dont le témoignage pourrait
apparaître nécessaire ».

1480
MEMENO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 289.
1481
DEBBASCH (C) et RICCI (J-C), Le Contentieux administratif, op. cit., p. 78.
1482
TE, arrêt n° 5, 31 août 1959, OLONG MEKONG Pascal c/ ELEMBE Pierre et OLINGA François.

399
L’audition dont il s’agit n’est pas la mesure d’audition des parties. Le problème est
simplement sémantique et non technique. L’audition s’entend alors dans ce cas précis d’une
interrogation, d’une déposition des témoins devant la juridiction, c’est-à-dire d’une enquête.

Les caractères inclusifs :

Ŕ l’audition des parties est une mesure facultative et inquisitoriale ; elle est dite
facultative dans la mesure où le juge est libre d’y recourir lorsqu’elle est
demandée par les différentes parties ou l’une d’elles ; elle est soumise à l’entière
discrétion du juge, ce qui permet d’embrayer sur le caractère inquisitorial ; en
effet, l’audition des parties peut être ordonnée en l’absence de toute demande
formulée en ce sens par les parties, elle peut donc être ordonnée d’office ;
Ŕ l’audition des parties reste relative ; la relativité de cette mesure s’explique par
le fait que les résultats ou l’issue de ladite mesure ne lient aucunement le juge ;
même si le juge en est lui-même le principal artisan, il doit prendre beaucoup de
recul face aux résultats de l’audition ; ce résultat n’étant que le produit des
déclarations des différentes parties, chacune d’elles cherchera certainement à
tirer la couverture de son côté ;
Ŕ l’audition des parties est contradictoire ; la contradiction est visible tout au long
de cette procédure aussi bien dans sa présentation que dans ses résultats ; non
seulement les parties peuvent être confrontées, mais aussi elles peuvent discuter
les résultats ;
Ŕ l’audition des parties est fondamentalement orale ; les parties s’expriment
oralement et, exceptionnellement, sur la base d’un écrit ; si bien que le caractère
écrit de la procédure administrative contentieuse en pâtit quelque peu ; l’audition
des parties vient donc se juxtaposer aux autres éléments d’oralité déjà présents
dans ladite procédure ;
Ŕ l’audition des parties est factuelle ; les parties sont interrogées et invitées à se
prononcer sur les faits et non sur des questions de droit.

Ces caractères de la mesure de l’audition des parties ne sont pas exhaustifs. L’on
pourrait encore en relever d’autres, mais mineurs ou sans grande utilité. C’est le cas du
caractère non-onéreux ou encore du caractère incident, entre autres.

L’appréhension notionnelle ayant été faite, il convient dès à présent de s’intéresser à


l’application de la mesure de l’audition des parties.

400
B- L’application de l’audition des parties

L’application de la mesure de l’audition comprend deux aspects fondamentaux. Le


premier volet a trait à la prise de la décision ordonnant l’audition des parties. Le second est
relatif à la procédure d’application qui en résulte. Cela dit, il importe d’analyser la
présentation de la décision de l’audition et les conditions de comparution (1) d’une part et le
déroulement de l’audition (2) d’autre part.

1- La présentation de la décision ordonnant l’audition et les conditions de


comparution

Comme en matière d’enquête, la décision qui ordonne l’audition des parties est prise
dans le cadre d’un jugement avant-dire-droit. Cette décision peut être ordonnée d’office ou
sur demande par le juge administratif1483. Ladite décision fixe le jour et l’heure de l’audition.
Elle est notifiée aux parties n’ayant pas comparu à l’audience1484. Cela traduit le souci
d’assurer une procédure contradictoire.
La notification de la décision ordonnant l’audition indique que les parties
comparaissent au jour et heure fixés. Si les parties ou l’une d’elles sont dans l’impossibilité de
comparaître, le tribunal peut commettre un de ses juges qui se transporte auprès d’elle
accompagné par le greffier1485.

En cas d’éloignement des parties ou de l’une d’elles rendant le déplacement difficile


ou onéreux, la juridiction saisie peut donner commission rogatoire au tribunal de leur
domicile ou de leur résidence, pour les entendre ensemble ou séparément, suivant les
circonstances1486.

A défaut de comparution sans excuse valable, le tribunal décide si la décision doit être
levée et notifiée à la partie qui a allégué l’excuse avec sommation à personne ou à domicile
par huissier qu’il commet. Il fixe alors les nouveaux jour et heure1487.

Si l’une des parties ne comparaît pas ou, comparaissant, refuse de répondre, le tribunal
peut tirer toute conséquence de droit et notamment faire état de l’absence ou du refus de

1483
Art. 77 (1), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1484
Art. 77 (2).
1485
Art 78 (2).
1486
Art 78 (2).
1487
Art. 79 (1).

401
répondre comme équivalent à un commencement de preuve prévue par écrit conformément au
droit commun1488.

Selon le droit commun en effet, « …on appelle ainsi commencement de preuve par
écrit tout acte par écrit qui est émané de celui contre lequel la demande est formée, ou de
celui qu’il représente, et qui rend vraisemblable le fait allégué. Peuvent être considérés
comme équivalent à un commencement de preuve par écrit les déclarations faites par une
partie lors de sa comparution personnelle, son refus de répondre ou son absence à la
comparution »1489.
A l’analyse, il est remarquable que la mesure d’audition des parties puisse directement
peser en défaveur de l’une des parties, celle qui ne comparaît pas. La conséquence que le
défaut ou le refus de comparution implique est assez significative : le commencement de
preuve par écrit, c’est-à-dire le commencement de preuve écrite de sa culpabilité.

A la différence de l’enquête, où le défaut ou le refus de comparution du témoin n’est


sanctionné que par une amende civile de cinq mille à l’égard de celui-ci Ŕ et donc sans
conséquence directe à l’égard des parties Ŕ, en matière d’audition, le défaut de comparution
des partie est soumis à un régime strict organisé par le droit commun. C’est dire que les
parties en matière d’audition, plus encore que les témoins en matière d’enquête, ont intérêt à
comparaître parce que directement concernées par l’affaire, faute de quoi il sera retenu contre
elles un commencement de preuve par écrit.

Si, par contre, les parties comparaissent, la procédure d’audition peut alors se dérouler
sous la houlette du juge.

2- Le déroulement de l’audition

L’audition a lieu devant le tribunal1490. Les parties sont interrogées séparément. Aussi
peuvent-elles être confrontées entre elles1491. La contradiction est ainsi présente dans la
présentation de la procédure de l’audition des parties.

Les parties répondent en personne aux questions qui leur sont posées et sans pouvoir
se servir d’un texte écrit, sauf autorisation expresse du président 1492. Cette disposition est
1488
Art. 79 (2).
1489
Art. 1347 du Code civil.
1490
Art. 78 (1), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1491
Art. 80.

402
assez exubérante en ce qui concerne l’oralité de la procédure d’audition. Si le souci de
rapidité peut être mis en avant pour justifier l’oralité, l’on peut tout de même se demander si
elle est l’unique raison de l’oralité de cette procédure. Rien n’est moins sûr.

L’on s’autorise aussi à penser que le législateur insiste sur l’oralité parce qu’il
chercherait à mettre à l’écart l’éventuel jeu trouble des avocats qui pourrait fausser la sincérité
des déclarations des différentes parties lorsque celles-ci sont écrites ; car lesdites déclarations
seront sans nul doute rédigées par ces avocats et risqueraient de ce fait d’être biaisées par
ceux-ci, mus non pas forcement par le désir de vérité, mais davantage par l’enjeu du litige :
gagner le procès. En posant directement des questions orales aux parties, le juge aurait plus de
possibilité de parvenir à des déclarations sincères de celles-ci à travers des réponses toutes
aussi orales. C’est donc, sans nul doute, à dessein que le législateur a entendu insister sur
l’oralité de l’audition.

Les parties peuvent être assistées par leurs représentants qui, après leur interrogatoire,
peuvent demander au tribunal de poser les questions qu’ils estiment utiles1493.

Il est dressé un procès-verbal des déclarations des parties1494. Lecture en est donnée à
chacune des parties avec interpellation de déclarer si elle a dit la vérité et persiste. Si une
partie ajoute de nouvelles déclarations, l’audition est rédigée en marge ou à la suite de
l’interrogatoire ; elle est lue à la susdite partie et suivie de la même interpellation que ci-
dessus1495.

Le procès est signé par le président, le greffier et les parties ; si l’une de celles-ci ne
peut ou ne veut signer, il en est fait mention1496. Contrairement à l’enquête, l’éventualité de la
présence du procureur n’est pas envisagée en matière d’audition. Celui-ci ne ferait pas partie
des personnes pouvant signer le procès-verbal d’audition.

Toute partie peut se faire délivrer à ses frais, expédition du procès-verbal


d’audition1497.

1492
Art. 81 (1).
1493
Art. 81 (2).
1494
Art. 82 (1).
1495
Art. 82 (2).
1496
Art. 82 (3).
1497
Art. 82 (4).

403
Si, comme cela a été relevé, la procédure serait contradictoire dans sa présentation, il
ne le serait en revanche pas dans ses résultats. En effet, le législateur ne prévoit pas que les
parties puissent discuter ou faire des observations sur les résultats contenus dans le procès-
verbal d’audition.

Ce que l’on peut déplorer. Il n’est pas judicieux de priver les parties d’un débat
contradictoire en ce qui concerne le procès-verbal de l’audition, notamment les résultats de
celui-ci. Si, en effet, les parties n’ont pas été confrontées pendant l’audition et que l’une
d’elles veut contester ou réfuter la déposition de son adversaire, aucune possibilité ne lui est
offerte de la discuter ou d’en faire des observations après signature du procès-verbal. Il est
souhaitable que le législateur, mais le juge aussi puissent garantir la contradiction de la
procédure d’audition non pas seulement à la présentation de celle-ci, mais aussi dans ses
résultats. La contradiction doit donc être observable à tous les stades de la procédure
d’audition des parties.

Au total, l’enquête et l’audition des parties sont deux mesures d’investigation


particulières contenues dans la cuve des pouvoirs de probation du juge. Leur filiation est
qu’elles peuvent, toutes les deux Ŕ avec l’expertise Ŕ, être demandées formellement par les
parties. Elles se démarquent ainsi de certaines autres mesures particulières d’instruction qui ne
relèvent que du seul pouvoir d’instruction du juge.

SECTION II - LES MESURES DE DESCENTE SUR LES LIEUX ET DE


VERIFICATION DES ECRITURES

Les pouvoirs d’instruction du juge administratif sont le réceptacle de plusieurs


mesures particulières d’instruction. Parmi ces mesures, il y en a qui ne relèvent que de ce seul
pouvoir. Autrement dit, certaines mesures d’instruction ont pour particularité de ne dépendre
que de l’initiative et de l’autorité du juge administratif pour être administrées. Les parties n’en
ont pas au regard des textes la faculté de demande. Il en va ainsi de la décision d’ordonner la
mesure de descente sur les lieux (paragraphe I) et celle d’ordonner la mesure de la
vérification des écritures (paragraphe II).

PARAGRAPHE I - L’EDICTION DE LA MESURE DE DESCENTE SUR LES LIEUX

La mesure de descente sur les lieux, à l’instar de toutes les autres mesures spécifiques
d’instruction, vient compléter l’instruction lorsque l’échange des mémoires ne permet pas à
lui seul de décoder les faits à la base du litige. Le juge-rapporteur peut ainsi éprouver le

404
besoin d’aller sur le terrain, afin que vérité soit faite, en ce qui concerne la matérialité des faits
allégués par les différentes parties. Cette mesure est régie par la loi de 2006 fixant
l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs en ses articles 72 à 76. Il
importe, pour une bonne analyse de celle-ci, d’en présenter l’objet et les traits caractéristiques
d’une part (A), et de décrire le processus y relatif d’autre part (B).

A- Présentation de l’objet et des traits caractéristiques

Il convient d’une part, de présenter l’objet de la mesure de descente sur les lieux (1) et
d’autre part, d’en exposer les traits caractéristiques (2).

1- L’objet

Le juge administratif ordonne une mesure de descende sur les lieux pour pallier, dans
certains cas, les insuffisances des éléments d’information et d’appréciation purement écrits
dont il dispose dans son dossier en allant sur place effectuer lui-même des constations qui lui
paraissent commander la solution du litige sans présenter pour autant un caractère de
technicité1498. La mesure de descente sur les lieux permet au juge par lui-même ou la
juridiction toute entière de se faire une idée exacte des données d’une situation, objet du
litige1499.
Son objet est double : reconstituer matériellement les faits litigieux, mais aussi
éventuellement collecter toute information utile.

En effet, s’agissant du premier point, le juge procède à une vérification sur place pour
se faire une idée exacte des faits tels qu’ils se sont déroulés. Les faits à vérifier sont
clairement fixés dans la décision. Les constatations et points à vérifier visent ainsi la
reconstitution des faits à l’origine du différend. Ces faits doivent être déterminants.
L’initiative du juge de recourir à la descente sur les lieux traduit l’importance qu’il accorde à
la situation de fait dont il veut s’enquérir. Cette situation de fait est si précieuse et
incontournable qu’il ne peut s’en passer dans le cadre de son office1500.

Dans la jurisprudence administrative, l’affaire NANA Levi Lucien1501 en est une


illustration. Dans cette affaire, le sieur NANA Levi Lucien avait saisi le juge administratif
1498
DENOIX DE SAINT MARC (R) et LABETOULLE (D), « Les pouvoirs d'instruction du juge
administratif », op. cit., p. 78.
1499
BINYOUM (J), Contentieux administratif, cours polycopier, op. cit., p. 150.
1500
FOUMENA (GT), La charge de la preuve dans le contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 81.
1501
CS/CA, jugement n° 3/76-77 du 25 novembre 1976, NANA Levi Lucien c/ Etat du Cameroun.

405
d’un recours tendant à l’annulation pour excès de pouvoir l’arrêté n° 379 du 27 novembre
1970 du secrétaire d’Etat aux finances et aux domaines qui a attribué les lots n° 64 et 64 bis à
Monsieur NEMBOT KAMDEM Thomas. L’arrêté attaqué avait prévu des impenses par
l’attributaire au recourant. Une expertise fut ordonnée pour déterminer le nombre et la valeur
des édifices qu’auraient bâtis le recourant sur les lots sus mentionnés. Mais deux rapports
d’expertise différents l’un de l’autre produits au mépris de la loi n’ont pas permis de faire la
lumière sur les faits, ce qui a finalement conduit le juge à décider d’une descente sur les lieux.
Le juge administratif fit le constat que :

« La chambre administrative n’est pas en mesure de statuer sereinement sur cette


affaire au vu des rapports d’expertise qui ont été établis distinctement sans contact
préalable entre les experts et ce, en violant les dispositions de l’article 65 de la loi du 8
décembre 1975 (…). Dans les circonstances présentes de cette affaire, il échet d’ordonner
une descente sur les lieux pour une bonne administration de la justice ».

De même, dans l’affaire Dame FERRIERE Marie1502, le juge affirme que :

« En ce qui concerne le bien-fondé de la demande (…) les éléments du dossier ne


permettent pas de dire de façon certaine, si la cassure de la marche dont parle la
requérante présente une importance suffisante pour avoir pu provoquer sa chute et que sa
non réparation constitue un défaut d’entretien constitutif d’une faute, ni, si cette cassure a
joué un rôle direct dans la chute de la dame de la Dame FERRIERE (…) il convient pour
établir ces points d’ordonner une descente sur les lieux (…) ».

Dans l’affaire Dame NGUE Andrée, le juge expose que :

« La Cour ne dispose pas de tous les éléments lui permettant de statuer


définitivement au fond qu’en effet, la circonstance que le lot sur lequel la requérante a
construit lui a été attribué à la fois à titre provisoire et gratuit par la commune ne peut
constituer une cause d’exonération au profit de celle-ci. En revanche, il importe de vérifier
si la dame NGUE a excédé la superficie de terrain qui lui avait été concédée et de combien ;
et si elle a creusé sa fosse d’aisance en violation des instructions formelles du géomètre
communal ».

Par conséquent,

1502
TE, arrêt n°127 du 23 décembre 1960, Dame FERRIERE Marie c/ Etat du Cameroun.

406
« Une descente sur les lieux en vue de faire la lumière sur les points ci-dessus
énumérés apparaît indispensable ».

Toutes les jurisprudences évoquées confortent l’idée que le juge administratif recourt à
la vérification des faits lorsque la connaissance de ceux-ci est déterminante pour se forger une
conviction.

Pour ce qui est de la collecte de toute information utile, il convient de relever que
« l’expression « information utile » met plus avant la nécessité de recueillir les déclarations
d’autres personnes en dehors des parties du procès. En pareil contexte, se limiter aux
contributions des parties rendra les débats tellement passionnés au point de conduire le
procès vers une spirale négative. Alors que recourir aux personnes étrangères, par leur
neutralité présumée, aurait le grand avantage d’aboutir très rapidement vers des résultats
probants grâce à la confrontation qui sera faite de leurs différentes dispositions »1503. La loi
dispose ainsi qu’au cours de la descente, il peut être procédé à l’audition de toutes personnes
utiles1504.

La jurisprudence administrative le conforte dans les espèces ci-dessus évoquées. Dans


le cas Dame FERRIERE1505, le juge administratif affirme que :

« Il convient, pour établir ces points (lien de causalité entre la cassure et la chute de
dame FERRIERE, défaut d’entretien constitutif de faute), d’ordonner une descente sur les
lieux et l’audition de tous les témoins utiles ».

En conséquence, il avait été procédé à l’audition de tous les témoins susceptibles de


dire si la cassure incriminée a pu jouer un rôle direct dans la chute de la requérante,
notamment GAILLARD, employé de la société immobilière du Cameroun et CASTEL du
Ministère des Finances, témoins cités dans le constat d’huissier du 10 janvier 1958 de
MILLOT-CERE. Ces derniers devant préciser si la requérante au moment même où elle
tombait était au lieu de situation de la cassure.

Pareillement, dans l’espèce NANA Levi Lucien1506, des témoignages ont été recueillis,
lesquels tendaient à attribuer la propriété à YAKAM Richard.

1503
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 295.
1504
Art. 74, loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1505
Arrêt précité.

407
La descente sur les lieux est donc prescrite par le juge dans le double dessein de
reconstituer matériellement les faits et de recueillir toute information utile sur le terrain. Tel
est, en tout cas, son objet, lequel comporte certains traits caractéristiques.

2- Les traits caractéristiques

La descente sur les lieux comporte plusieurs traits caractéristiques, mais il convient de
ne s’intéresser qu’aux plus essentiels d’entre eux. Ceux-ci sont de deux ordres : c’est une
mesure dont l’initiative ressortit à la compétence exclusive du juge d’une part et une mesure
qui présente beaucoup de souplesse et attribue au juge de larges pouvoirs d’investigation
d’autre part.

La descente sur les lieux : une mesure dont l’initiative ressortit à la compétence
exclusive du juge administratif. Le législateur n’a réservé aucun interstice à la possibilité pour
les parties de demander une telle mesure. La loi expose en effet que « le tribunal peut, soit se
transporter sur les lieux, soit commettre un juge pour procéder à toutes constations et
vérifications utiles »1507. L’on observe bien que cette disposition n’autorise pas ou ne laisse
pas la moindre latitude aux parties de demander l’application de cette mesure d’instruction.
Cela a souvent conduit les auteurs à parler d’ « une mesure juridictionnelle discrétionnaire »
parce qu’ils estiment que « le juge ne peut être contraint comme dans les autres mesures d’y
recourir. La descente sur les lieux est d’autant plus discrétionnaire qu’aucun article sur la
question ne dispose expressément qu’elle puisse être suggérée par une partie »1508.

S’il n’est pas en effet discuté que la descente sur les lieux soit une mesure
discrétionnaire, il n’est non plus discuté que toutes les autres mesures particulières
d’instruction le soient également. La latitude laissée aux différentes parties de les demander
ne les rend pas moins discrétionnaires, car le juge reste toujours libre de les ordonner ou non.
Il est donc souhaitable, pour mieux caractériser la descente sur les lieux, de mettre en avant
non pas sa « discrétionnalité », mais l’exclusion des parties en ce qui concerne l’initiative de
la demande de celle-ci. Sans être arbitraire, la descente sur les lieux est donc une mesure
autoritaire.

1506
CS/CA, jugement n° 3/76-77 du 25 novembre 1976, NANA Levi Lucien c/ Etat du Cameroun.
1507
Art. 72, loi n° 2006/022, du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1508
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 296.

408
La descente sur les lieux : une mesure qui présente beaucoup de souplesse et attribue
au juge de larges pouvoirs d’investigation. Elle est souple en ce sens qu’elle comporte moins
de formalisme par rapport aux autres mesures telles que l’enquête. Par exemple, la déposition
éventuelle des témoins ou des tiers lors de la vérification ne mobilise pas les éléments de
forme relatifs au serment ou aux conditions de comparution, entre autres.

Le juge en dispose de larges pouvoirs dans la mesure où il peut, ultra petita, vérifier
les points non fixés dans la décision. C’est pour cela même que la loi précise qu’il peut être
procédé à toute vérification utile sur le terrain.

Au surplus, son domaine est plus étendu que celui des autres mesures. La descente sur
les lieux peut, en plus de la vérification proprement dite, être accompagnée d’autres mesures.
Il n’est pas, par exemple, exclu que sur le terrain, les témoins en soient interrogés à titre
d’enquête. Le juge peut donc recueillir les témoignages de toutes personnes utiles.

De même, les parties peuvent être auditionnées au cours de la descente sur les lieux si
le juge l’estime nécessaire.
Enfin, le juge peut faire appel à des personnes tierces en vue de procéder à des
vérifications techniques de moindre envergure. Toutefois, la descente sur les lieux ne saurait
se transformer en une expertise comme tend à le démontrer sa procédure.

B- La procédure

La procédure de la descente sur les lieux débute par une décision à l’initiative
exclusive du juge (1) et elle s’achève par la rédaction d’un procès-verbal (2).

1- La décision de la descente sur les lieux

La nature de la décision qui ordonne la descente sur les lieux n’est pas précisée, à
l’instar de toutes les autres décisions à la base des mesures particulières d’instruction. Il ne
fait cependant l’ombre d’aucun doute qu’il s’agisse d’une décision avant-dire-droit.
L’ensemble des affaires intéressant la descente sur les lieux ci-dessus évoquées montre que le
juge ordonne en avant-dire-droit les mesures de descente sur les lieux.

Il convient de rappeler que les jugements avant-dire-droit sont ordonnés soit pour
prendre une décision provisoire (ordonnance de référé ou de sursis), soit pour ordonner une
mesure d’instruction auquel cas la décision de descente sur les lieux peut en être concernée.

409
La décision qui ordonne la descente sur les lieux précise son contenu. La loi énonce en
effet que, « la décision qui ordonne le transport précise les points à constater ou à vérifier et
fixe le jour et l’heure du transport »1509. Dans l’affaire NANA Levi Lucien précitée, le juge
déclare, par exemple, en avant-dire-droit que :

« La Chambre se transportera sur les lieux pour procéder à toutes constatation et


vérification utile, notamment aux fins de vérifier d’une part le nombre et la valeur des
édifices qu’aurait bâtis NANA sur le terrain litigieux ; d’autre part la date précise à
laquelle ont été élevées ces constructions ».

Dans la même mouvance, le juge dans l’affaire BACCINO Jules1510 expose que :

« Pour départager les parties, il est utile d’ordonner (…) une descente sur les lieux
aux fins de vérifier l’existence des établissements imposés ».

Toutefois, si les points à vérifier sont de rigueur, le jour et l’heure ne sont pas toujours
précisés. En effet, le constat de l’absence de fixation de ceux-ci est observable dans l’affaire
Dame FERRIERE et même dans plusieurs autres affaires sus évoquées.

Par ailleurs, la même décision fixe les frais de transport à avancer par le demandeur
qui les consigne au greffe (ce point n’est pas lui aussi toujours mentionné). Elle est notifiée
aux parties qui sont en même temps convoquées et informées des jours et heures du
transport1511.

2- Le procès-verbal de la descente

Le procès-verbal matérialise l’issue de la procédure de la descente sur les lieux.


Comme cela a été précisé, c’est une procédure relativement simple, souple et moins
formaliste. Le juge procède aux vérifications utiles et interroge toutes les personnes utiles. Le
résultat de la descente est consigné dans un procès-verbal. Une expédition de celui-ci est
notifiée par le greffier à chaque partie1512. Celui-ci contient des formalités que l’on peut
qualifier de non substantielles et de substantielles.

1509
Art. 73 (1), loi n° 200/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1510
CFJ/ SCAY, arrêt n° 88, 30 septembre 1969, BACCINO Jules c/ Etat du Cameroun Oriental.
1511
Art. 73 (2), loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.
1512
Art. 75 (3).

410
Les formalités non substantielles concernent la mention du jour et heure de rédaction
du procès-verbal. La problématique à ce niveau est de savoir que se passerait-il si le procès-
verbal était entaché d’une omission ou d’une erreur sur la date ou l’heure à laquelle il a été
dressé ? Le juge de second degré peut-il en tenir compte ou non en cas d’appel ? L’hypothèse
négative semble plus plausible dans la mesure où le jour ni l’heure ne semblent pas être
déterminants pour régler le litige. De plus, le jour et l’heure de la rédaction du procès-verbal
peuvent être déduits de ceux fixés dans la décision avant-dire-droit. Ceux-ci concordent à
ceux-là. L’autre formalité non substantielle a trait aux vacations du juge. En effet, il est dressé
dans le procès-verbal un état des frais et vacations dont la taxation est faite par le président de
la juridiction ou le juge délégué à cet effet1513.

Les formalités substantielles sont d’abord relatives à la mention dans le procès-verbal


de ce qui s’est passé sur le terrain. La loi énonce à cet effet que : « procès-verbal est dressé
tant des opérations que des dires et observations des parties et des dépositions des
témoins »1514. Le procès-verbal doit obligatoirement contenir tous ces éléments. Aussi,
comme autre formalité substantielle, le procès-verbal doit-il être signé par le président, le juge
commis, le greffier et éventuellement, les témoins et les parties1515. La signature du procès-
verbal de la descente par l’ensemble des personnes ayant participé à celle-ci est requise.

Au final, la descente sur les lieux apparaît comme une mesure « à la solde exclusive »
des pouvoirs d’instruction du juge administratif. Seul lui est à mesure non seulement de
l’invoquer, mais aussi de l’ordonner, s’il le juge nécessaire. Il en va également ainsi de la
vérification d’écriture.

PARAGRAPHE II - LA PRESCRIPTION DE LA VERIFICATION DES ECRITURES

La prescription de la vérification des écritures est certainement la plus problématique


de toutes les mesures d’investigation particulières mises à la disposition du juge administratif
camerounais. Cette mesure est laconique, car régie dans un article unique, l’article 83 de la loi
de 2006 sur les tribunaux administratifs. Elle est, en outre, mal retranscrite par la doctrine.

De plus, elle n’a jamais été appliquée par le juge. Certains auteurs prophétiseraient
implicitement même sur son inapplication future. Le Professeur Célestin SIETCHOUA
affirme en effet : « qu’on ne s’attende pas à des décisions sur la vérification des écritures

1513
Art. 75 (3).
1514
Art. 75 (1).
1515
Art. 75 (2).

411
dans le contentieux administratif camerounais »1516. C’est donc une mesure qui, à bien des
égards, souffrirait de plus en plus d’un manque d’opérationnalité et de justiciabilité1517.

Si la vérification des écritures a pour objet globalement de faire reconnaître en justice


la véracité de l’écriture ou de la signature d’une pièce1518, elle n’a pas, en France et au
Cameroun, la même conception, ni le même le régime (A), malgré la clarté de son champ (B).

A- La conception et le régime

La déclination de la conception (1) de la vérification des écritures sera suivie de celle


de son régime (2).

1- La conception

La vérification des écritures a une conception spécifique en contentieux administratif


camerounais par rapport au contentieux administratif français.

En France, le Professeur René CHAPUS l’appréhende comme une mesure prescrite


lorsque le juge ne s’estimera pas en mesure d’apprécier lui-même l’authenticité d’un
document ou d’une signature comme il est, en principe, en droit de le faire s’agissant des
actes administratifs1519. Monsieur Remi ROUQUETTE estime qu’elle ne peut être décidée
que d’office, lorsque le juge a un doute sur l’authenticité d’un document 1520. Elle est destinée,
au sens de Monsieur Christian GABOLDE, à permettre au tribunal de vider un incident
provoqué par la mise en doute de l’authenticité d’une pièce manuscrite de l’instruction1521.
Pour Jean-Pierre COLSON enfin, la vérification des écritures permet au juge de s’assurer de
l’authenticité d’une pièce lorsque son écriture ou sa signature est contestée1522.

A l’analyse, la vérification des écritures en contentieux administratif français évoque


l’idée que le doute sur l’authenticité de la pièce émanerait non pas des parties, mais du juge.
D’ailleurs celles-ci ne peuvent demander l’application de cette mesure s’il elles le

1516
SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 287.
1517
MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p. 316.
1518
CHAUDET (J-P), Les principes généraux de la procédure administrative contentieuse, op. cit., p. 450.
1519
CHAPUS (R), Droit du contentieux administratif, op. cit., p. 877.
1520
ROUQUETTE (R), Petit traité du procès administratif, op. cit., p. 479.
1521
GABOLDE (Ch), La procédure des Tribunaux administratifs, op. cit., p. 314.
1522
COLSON (J-P), L'office du juge et la preuve dans le contentieux administratif, op. cit., p. 179.

412
souhaiteraient. C’est au juge administratif qu’incombe la charge, par l’intermédiaire d’un
expert, de vérifier l’authenticité de l’acte.

La question est donc de savoir que faire lorsque le doute est jeté, non pas par le juge,
mais par une partie sur l’authenticité d’une pièce. Le juge français doit-il opposer son refus
pour la raison qu’une telle demande n’est pas autorisée aux parties ; ou, doit-il, au contraire, la
prescrire en dehors de toute prescription textuelle en ce sens ?

La conception de la vérification des écritures en contentieux administratif camerounais


est différente. Ici, la vérification des écritures tend à démontrer que le doute sur l’authenticité
émane non pas du juge, mais des parties. Autrement dit, la vérification n’est possible que si
une partie allègue la fausseté d’un acte sous seing privé, public ou authentique.

Une question demeure néanmoins, celle-là même qui s’est posée à l’égard du juge
administratif français. Le contentieux administratif camerounais n’ayant pas prévu la
possibilité pour les parties de demander de cette mesure, comment arriveraient-elles à en
inciter le juge à la prescrire ? C’est le vide juridique qui prévaut à ce niveau. Les supputations
peuvent, dès lors, aller bon train. L’on ne peut que subodorer que, ayant constaté l’allégation
de la fausseté d’un acte dans un mémoire, le juge prescrive une vérification des écritures, en
dehors de toute demande prévue par les textes en ce sens par les parties.

La vérification est donc essentiellement fluctuante dans sa conception et son régime


n’en fait pas exception.

2- Le régime

Le régime de la vérification des écritures au Cameroun est fondamentalement distinct


du régime en vigueur en la matière en France.

En France en effet, la juridiction peut décider une vérification d’écritures par un ou


plusieurs experts, en présence, le cas échéant, d’un de ses membres1523. L’expert a droit à des
honoraires et, le cas échéant, au remboursement de ses frais et débours1524. Ici, le régime de la
mesure de vérification est autonome par rapport à la procédure civile. Surtout, elle est une
mesure d’expertise bis. La vérification a un régime identique à l’expertise. La seule différence
avec cette dernière se situe dans son domaine d’application. La vérification porte
exclusivement sur l’authentification de l’écriture de l’acte ou de sa signature tandis que
1523
Art. R. 624-1, CJA.
1524
R. 624-2.

413
l’expertise est ouverte à toutes les autres activités techniques que le juge n’est pas en mesure
lui-même de maîtriser pour se forger une conviction.

C’est ce régime en vigueur en France qu’une certaine doctrine a transposé au mépris


des textes en vigueur au Cameroun. En effet, pour plusieurs des auteurs camerounais, la
vérification des écritures est une mesure confiée par le juge à un technicien1525. Il n’en est rien
pourtant. Cette mesure ne nécessite pas le recours à l’expertise par le juge tel que cela a
souvent été avancé par ces auteurs. Ce sont les parties elles-mêmes qui, dans l’optique de
dénier ou de certifier l’authenticité d’un acte écrit et à l’occasion de la prescription d’office de
celle-ci par le juge, peuvent faire appel à des experts. Encore que les parties gardent la
possibilité d’apporter la preuve de l’authenticité ou de la fausseté de l’acte par tous autres
moyens en dehors de l’expertise. Aucune obligation en effet ne leur est faite de recourir à un
technicien. Il n’est pas donc exact de considérer que c’est une mesure confiée par le juge à un
technicien. C’est à la partie qui en a la charge de la preuve qu’il revient de faire le choix,
parmi toutes les autres possibilités, de l’expert.

Contrairement donc au contentieux administratif français qui a son propre régime en la


matière, le contentieux administratif camerounais, par l’entremise de la loi de 2006 précitée,
renvoie au régime de droit commun en matière de vérification des écritures.

Aux termes en effet de l’article 83 de la loi sur les tribunaux administratifs1526 : « si


une partie allègue la fausseté d’un acte sous seing privé, public ou authentique, elle doit en
rapporter la preuve conformément au droit commun ». C’est dire que le régime de la
vérification dépend dans sa totalité du droit commun.

C’est non quelques réserves significatives qu’il convient d’analyser cette disposition
législative. En effet, lorsque l’on se réfère au droit commun, il y a comme un imbroglio entre
ce qui en résulte et ce qui est dit dans la disposition de l’article 83 sus évoqué de la loi de
2006. Il convient pour ce faire d’identifier les dispositions du droit commun visées par ladite
disposition.

1525
V. SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), L'appel dans le contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p.
272 et s. ; MEMONO (J-J C), Les incidents de procédure en contentieux administratif camerounais, op. cit., p.
303 et s. ; FOUMENA (GT), La charge de la preuve dans le contentieux administratif camerounais, op. cit., p.
87 et s.
1526
Loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.

414
Le droit commun en question concerne les dispositions du Code de procédure civile
camerounais, notamment les articles 98 et 99. L’article 98 d’abord dispose que « si l’une des
parties allègue la fausseté d’un acte sous seing privé, il appartient à celui qui entend faire
usage de cet acte d’en prouver la sincérité ». L’article 99, quant à lui, énonce que : « s’il
s’agit d’un acte public ou authentique, c’est à la partie qui en soutient la fausseté de
prouver que la pièce est fausse ou falsifiée ».

La confrontation de ces dispositions du droit commun avec l’article 83 de la loi de


2006 permet d’établir un constat désolant. Le recours au droit commun est biaisé dès le
départ. Le législateur ne peut prétendre soumettre au droit commun la vérification des
écritures alors même qu’il a une lecture erronée dudit droit.

L’explication : la charge de la preuve telle qu’envisagée à l’article 83 de la loi de 2006


est attribuée sans tenir compte de la nature de l’acte en cause. Il y est prescrit que la partie qui
allègue la fausseté d’un acte sous seing privé, public ou authentique doit en rapporter la
preuve. Or, les dispositions précitées du Code de procédure civile prennent le soin de
déterminer la charge de la preuve selon qu’il s’agit d’un acte sous seing privé ou d’un acte
authentique ou public. Lorsque c’est un acte sous seing privé, la charge de la preuve de
l’authenticité de l’acte incombe à la partie qui entend en faire usage. Par contre, si l’acte a une
nature authentique ou publique, c’est à la partie qui allègue la fausseté dudit acte d’en
rapporter la preuve.

La prise en considération des observations ci-dessus effectuées devrait normalement


conduire à la réformation de la disposition de l’article 83, car le décalage avec le droit
commun, auquel elle est pourtant censée s’y référer, est perceptible.

Une autre réserve, et non des moindres, est relative à l’imprécision de la juridiction
compétente. Qui, en effet, de la juridiction administrative ou de la juridiction de droit
commun doit appliquer le droit commun auquel renvoie la disposition de l’article 83 ?
Autrement dit, la juridiction administrative doit-elle prononcer un sursis à statuer pour que la
juridiction judiciaire tranche ou a-t-elle la compétence de vérifier, par elle-même, une écriture
ou une signature ?

Là encore le vide juridique prévaut. Mais, si l’on convient de ce que le droit commun
est applicable subtilement et même ouvertement en procédure administrative contentieuse

415
camerounaise, celle-ci garde toutefois une « physionomie propre »1527. Ce qui signifie en
réalité que ces dispositions du droit commun seraient appliquées par le juge administratif lui-
même. Ce dernier a donc une compétence exclusive pour connaître du champ d’application
de la vérification des écritures.

B- Le champ d’application

La vérification des écritures a pour champ d’application les documents écrits.


Autrement dit, lorsque l’écriture ou la signature d’un acte est remise en cause devant le juge
administratif, celui-ci ordonne d’office une vérification d’écritures. Il faut dire que cette
mesure d’instruction, même si elle s’en distingue nettement, est proche de la preuve littérale
telle qu’envisagée par le droit commun. Elle a, avec cette dernière, un champ commun. A
l’instar de la preuve littérale, la vérification des écritures peut être effectuée sur des actes
publics ou authentiques (1) ou sur les actes sous seing privé (2).

1- Les actes publics et authentiques

Les actes publics et les actes authentiques constituent des matières qui entrent dans le
champ de la vérification des écritures. Toutefois, ils sont distincts l’un de l’autre. Les actes
publics ont un contenu large. Ils couvrent tous les actes des autorités étatiques,
gouvernementales ou administratives.

Les actes authentiques, de leur côté, sont une catégorie spécifique des actes publics.
D’après le Code civil, « l’acte authentique est celui qui a été reçu par officiers publics ayant
le droit d’instrumenter dans le lieu où l’acte a été rédigé, et avec les formalités
requises »1528. En clair, l’acte authentique est un écrit établi par un officier public dont les
affirmations font foi jusqu’à inscrit de faux1529. L’on peut donc envisager deux critères pour
déterminer les actes authentiques : le critère organique et le critère relatif à sa force probante.

Pour ce qui est du premier critère, il est important de relever que les officiers publics
est une catégorie recouvrant des professions nombreuses. L’officier public exerce une mission
d’intérêt général. Cette mission lui a été conférée par le législateur. On peut ainsi citer les
notaires, les agents diplomatiques (consul à l’étranger), les huissiers de justice et même les

1527
ZE MEKA (R), La procédure du contentieux administratif au Cameroun, op. cit., p. 24.
1528
Art. 1317.
1529
TCHAKOUA (J-M), Introduction générale au droit camerounais, op. cit., p. 206.

416
officiers de l’état civil (maire, adjoints, conseillers municipaux) qui ne sont pas nommés par
le gouvernement mais élus.

Ces officiers sont chargés de rédiger les actes auxquels les parties doivent conférer le
caractère d’authenticité et d’en assurer la conservation.

L’acte authentique, et c’est le second critère, est un acte qui fait foi jusqu’à inscription
de faux. L’inscription de faux est une action judiciaire, intentée par voie principale ou
incidente, dirigée contre un acte authentique et visant à démontrer qu’il a été altéré, modifié,
complété par de fausses indications, ou même fabriqué1530.

Ce dernier critère est contestable, car les actes authentiques peuvent être contestés en
dehors de la procédure de l’inscription de faux. La mesure de vérification tend à le démontrer
à juste titre. Les actes authentiques sont contestables dans le cadre de cette mesure
d’instruction alors même que celle-ci n’est ni l’inscription de faux elle-même ni une variété
de celle-ci. La différence entre la vérification des écritures et l’inscription de faux est visibles
à plusieurs niveaux :

− il convient de faire savoir que l’inscription de faux est, en droit positif


camerounais, une procédure propre au juge judiciaire1531 ; elle ne peut avoir
lieu devant le juge administratif comme l’est la vérification des écritures ;
− l’inscription de faux est une procédure qui peut être exercée à titre principal ou
de manière incidente alors que la vérification des écritures ne peut être exercée
que de manière incidente ;
− la procédure d’inscription de faux mobilise tout le formalisme que peut
requérir toute action en justice alors même que la vérification des écritures
n’est qu’une simple mesure d’instruction dont le formalisme reste
considérablement réduit.

Comme cela est perceptible, lorsque la vérification des écritures porte sur un acte
public ou authentique, elle n’a guère de filiation avec la procédure de l’inscription de faux.
L’on peut également se demander ce qu’il en est lorsque la vérification est effectuée sur un
acte sous seing privé.

1530
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 512.
1531
Cf. art. 4 et 588, Code de procédure civile camerounais.

417
2- Les actes sous seing privé

L’acte sous seing privé est un acte, généralement instrumentaire, plus rarement
nécessaire à l’existence de la situation juridique, rédigé par un particulier et comportant la
signature des parties. Il n’a de force probante qu’autant qu’il n’y a pas de dénégation ou
méconnaissance de l’écriture de la signature par celui auquel on l’oppose, à moins que la
partie qui s’en prévaut n’en démontre la sincérité1532. L’acte sous seing privé est donc l’écrit
qui, contenant un acte juridique, comporte la signature des parties. C’est la seule condition de
forme requise par la loi.

L’acte sous seing privé comporte trois éléments caractéristiques, à savoir un support,
une signature, et une force probante.

Le support : l’acte sous seing privé suppose l’existence d’un support papier ; ce
support papier peut être manuscrit, dactylographié ou imprimé ; aujourd’hui le support papier
tend fortement à être concurrencé par les supports technologiques, précisément électroniques.
L’article 1316 du Code civil en vigueur en France dispose en effet que « la preuve littérale ou
par écrit résulte d’une suite de lettres, de caractères, de chiffres ou de tous autres signes ou
symboles dotés d’une signification intelligible, quels que soient leur support et leurs
modalités de transmission ». Cela démontre désormais l’indifférence du support lorsqu’un
acte sous seing privé est en cause.

Au Cameroun, la législation privilégie encore le support papier1533, même si l’on


assiste à un passage en force du support électronique dans les actes juridiques. L’usage de
l’électronique est de plus en plus visible et considérable à tous les niveaux de la vie en
société.

La signature : l’acte sous seing privé n’est parfait que par sa signature par les parties.
C’est une condition obligatoire. « La signature nécessaire à la perfection d’un acte sous
seing privé identifie celui qui l’appose. Elle manifeste le consentement des parties aux
obligations qui découlent de cet acte. Quand elle est apposée par un officier public, elle
confère l’authenticité à l’acte »1534.

1532
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, op. cit., p. 24.
1533
Cf. art. 1322 et s. du Code civil appliqué au Cameroun.
1534
Art. 1316-4 (1), Code civil en vigueur en France.

418
En France, en plus de la signature manuscrite, la signature électronique a été
institutionnalisée. Selon le Code civil français, la signature, « lorsqu’elle est électronique,
elle consiste en l’usage d’un procédé fiable d’identification garantissant son lien avec l’acte
auquel elle s’attache (…)1535. La transposition et la consécration de la signature électronique
est encore attendue dans le droit positif camerounais.

La force probante : « l’acte sous seing privée, reconnu par celui auquel on l’oppose,
ou légalement tenu pour reconnu, a, entre ceux qui l’ont souscrit et entre leurs héritiers et
ayants cause, la même foi que l’acte authentique »1536. Aussi, si les parties contestent
l’écriture, l’acte perd momentanément sa force probante. La loi précise que « celui auquel on
oppose l’écrit doit avouer ou désavouer formellement son écriture ou sa signature »1537. Si
l’écrit (écriture et signature) n’est pas désavoué ou s’il est établi qu’il émane bien de celui
auquel on l’oppose, l’écrit va faire preuve de son contenu, jusqu’à preuve contraire.

La question peut aussi être de savoir que se passerait-il si l’écrit n’est pas signé ? L’on
peut penser que le juge pourrait le retenir à titre de commence de preuve par écrit.

Le législateur français affirme, s’agissant de la force probante des actes électroniques,


que : « (…) la fiabilité de ce procédé est présumée jusqu’à preuve contraire, lorsque la
signature électronique est créée, l’identité du signataire assurée et l’intégrité de l’acte
garantie, dans des conditions fixées par décret en Conseil d’Etat »1538.

La force probante de l’acte sous seing privé peut donc être combattue par la preuve
contraire dans le cadre d’une vérification des écritures notamment.

1535
Art. 1316-4 (2), Code civil en vigueur en France.
1536
Art. 1322, Code civil Code civil appliqué au Cameroun.
1537
Art. 1323, Code civil appliqué au Cameroun.
1538
Art. 1316-4 (2), Code civil français.

419
C ONCLUSION DU CHAPITRE

Le juge administratif camerounais dispose, en plus de l’expertise, d’une batterie de


mesures particulières destinées à compléter l’instruction d’une affaire pendante devant lui.
Chaque fois qu’il estimera que l’échange des mémoires écrits ne permet pas de se faire une
conviction, le juge aura recours à divers procédés spécifiques d’instruction. Ces procédés se
distinguent en fonction de l’intensité des pouvoirs d’instruction du juge.

Certaines d’entre elles peuvent être demandées par les parties. Les parties peuvent
formuler une demande pour les obtenir, mais le juge n’est jamais tenu de les prescrire, sauf
nécessité évidente de le faire. Il peut aussi en dehors de toute demande les ordonner d’office.
Il s’agit en l’occurrence de l’enquête et de l’audition des parties1539. L’enquête d’abord permet
au juge de rétablir la matérialité des faits en se servant des témoignages de personnes tierces à
l’instance. L’audition, quant à elle, permet au juge d’entendre les parties elles-mêmes, en vue
d’obtenir des déclarations sincères qui permettront de faire la lumière sur les faits à la base du
litige.

D’autres d’entre elles ne relèvent que du seul pouvoir d’instruction du juge. Il s’agit
des mesures qui ne peuvent être ordonnées que d’office par le juge, c’est-à-dire qu’elles ne
peuvent pas être formellement demandées par les parties. Les mesures ici visées sont la
descente sur les lieux et la vérification des écritures. La descente sur les lieux a pour objet de
permettre au juge de se faire lui-même une idée exacte des faits en allant sur le terrain. La
vérification des écritures n’est prescrite par le juge que lorsqu’une partie allègue la fausseté
d’un acte public ou authentique ou sous seing privé.

1539
L’expertise est aussi concernée, mais n’est pas prise en compte ici pour la raison qu’elle fait déjà l’objet
d’analyse dans le chapitre précédent.

420
C ONCLUSION DU TITRE

Au terme de ces développements consacrés à la prescription des mesures particulières


d’instruction par le juge administratif camerounais, il ressort que le juge garde la latitude de
se servir d’une variété de mesures spécifiques d’investigation, lorsque l’instruction générale,
celle consistant à se forger une conviction à travers les différents mémoires écrits, ne permet
pas de réunir les éléments de preuve indispensables à la vérité. Ainsi, à la base de mesures
particulières d’instruction se trouvent des mesures de diverses sortes dont l’expertise,
l’enquête, l’audition des parties, la descente sur les lieux et la vérification des écritures.

L’expertise, contrairement aux autres mesures d’instruction, a été analysée dans un


chapitre autonome. Sa singularité a justifié l’adoption de cette ligne de conduite dans
l’analyse. Elle reste, assurément, la mesure d’instruction la plus sollicitée par le juge et la plus
atypique au regard des considérations techniques dont elle fait l’objet. Au regard de
l’importance de celle-ci dans la constitution de la réalité des faits et de l’explication de ceux-
ci, le devoir de restitution du pouvoir du juge administratif en la matière s’est posé en un
impératif. L’énonciation et la portée de ce pouvoir révèle alors qu’elle est une mesure relative,
c’est-à-dire qu’elle serait soumise à l’autorité du juge, malgré des inflexions relevées çà et là
du point de vue de la procédure et du fond du litige.

Les autres mesures particulières d’instruction pouvant également être mobilisées par le
juge ont été analysées dans un chapitre commun. Toutefois, dans l’optique de mieux ressortir
les pouvoirs du juge dans ces matières, le besoin s’est fait naître d’opérer une distinction entre
celles d’entre elles qui peuvent être demandées par les parties, en plus de la possibilité d’être
ordonnées d’office et celles d’entre elles qui ne peuvent être ordonnées que d’office.
L’enquête et l’audition des parties figurent dans la première rubrique tandis que la descente
sur les lieux et la vérification des écritures font parties de la seconde catégorie.

421
C ONCLUSION DE LA SECONDE PARTIE

422
Pouvoirs de direction, les pouvoirs d’instruction sont aussi question de pouvoirs de
probation ou de recherche des éléments de preuve indispensables à la manifestation de la
vérité. Les premiers, évoquant l’idée d’une instruction dont le juge détient tous les rouages,
constituent un cadre adéquat pour les secondes qui lui permettent de rechercher les rudiments
nécessaires à l’apparition de la vérité. Les pouvoirs de probation révèlent deux aspects
fondamentaux des pouvoirs d’instruction du juge administratif.

Concernant le premier aspect, le juge se résout à la restauration de l’équilibre entre les


parties au procès en se servant de ses prérogatives en matière de preuve. En effet, l’inégalité
des parties exprimée d’une part, par la situation de supériorité de l’administration et d’autre
part, par la situation d’infériorité du requérant1540, justifie la nécessité pour le juge de
rééquilibrer le rapport de forces entre les parties sur le terrain de la preuve.
L’opérationnalisation de ce rééquilibrage passe, lorsque le juge l’estime nécessaire, par
l’inversion de la charge de la preuve du requérant à l’administration défenderesse.

S’agissant du second aspect, le juge peut prescrire des mesures particulières


d’investigation destinées à suppléer à l’insuffisance de la procédure traditionnelle d’échange
des mémoires à susciter la vérité. Il peut précisément ordonner des mesures d’expertise,
d’enquête, d’audition des parties, de la descente sur les lieux et de la vérification des écritures
lorsqu’elles apparaissent déterminantes en vue de la solution du litige.

1540
Qui, en général, se trouve être une personne autre qu’une personne publique.

423
C ONCLUSION GENERALE

424
L’étude qui vient d’être faite des pouvoirs d’instruction du juge administratif
camerounais prétend avant toute chose à la modestie. Si l’on pourrait difficilement refuser de
lui reconnaître un effort de systématisation de ces pouvoirs, elle reste forcément incomplète.
D’autres aspects de la question et mêmes ceux qui y sont abordés pourraient en effet être au
menu des travaux de recherches futures. Toute prétention d’avoir épuisé la question ne saurait
donc être admise.

Au terme de cette étude, il paraît cependant possible d’avancer en guise de conclusion,


deux faits importants qui en ressortent : d’une part, les pouvoirs d’instruction sont adaptés à la
mission du juge administratif camerounais, d’autre part, ils contribuent en retour à caractériser
l’office de dernier. Mais au-delà, un plaidoyer pour qu’il en fasse un usage optimal mérité
d’être fait.

A la problématique quels sont les pouvoirs dont dispose le juge administratif dans
l’instruction contentieuse, l’hypothèse qui a été avancée, et dont l’effort de vérification et de
démonstration a été faite tout au long de cette étude, est que : le juge administratif
camerounais dispose à l’instruction contentieuse d’une dualité de pouvoirs. Il s’agit des
pouvoirs bien distincts mais dont l’objectif commun est de mettre le litige à mesure d’être
jugé.

En effet, le juge excipe de deux séries de pouvoirs dans l’instruction contentieuse dont
les uns consistent en la direction, la conduite de la procédure et les autres en la recherche
virtuose des éléments de preuves. Il s’agit respectivement des pouvoirs de direction et des
pouvoirs de probation.

L’étude des pouvoirs de direction a meublé la première partie de cette étude. Pouvoirs
dont l’objectif principal est de conférer au juge le rôle moteur dans la conduite de la
procédure. Les parties doivent s’y résoudre à la soumission. Et comme le souligne si bien
Charles DEBBASCH : « l’initiative des parties marque l’introduction de l’instance. Celle
du juge marque la solution. Il est donc normal que les parties soient soumises aux pouvoirs
dont le juge dispose à cette fin »1541.

Il en ressort que les pouvoirs de direction sont compartimentés en deux blocs distincts,
mais complémentaires : l’organisation de la communication entre les parties au procès et la
fixation du rythme de l’instruction. L’organisation de la communication est destinée à assurer

1541
DEBBASCH (C), Procédure administrative contentieuse et procédure civile, op. cit., p. 360.

425
un dialogue écrit entre les parties. La communication peut alors se faire par application
principale de la contradiction ou par dispense marginale de celle-ci.

Dans la première hypothèse, la contradiction se pose à la fois en principe sur lequel


doit prendre corps la communication et en procédure en constituant le mode d’exercice. La
seconde hypothèse évoque l’idée selon laquelle la communication peut se faire, pour des
raisons pratiques ou liées à l’urgence Ŕ respectivement dans les contentieux ordinaires et
fiscaux et dans les contentieux d’urgence Ŕ, en marge de la contradiction. Mais cela reste très
marginal puisque la dispense de la contradiction est, lorsqu’elle a lieu, presque toujours
partielle et limitée. Ce qui implique que la contradiction est dans la plupart du temps
préservée

La fixation du rythme de l’instruction, quant à elle, est liée à des préoccupations


d’ordre temporel. Vu que le temps est déterminant dans la résolution du litige, le juge
administratif se doit de maîtriser deux dimensions fondamentales de la temporalité de
l’instruction : les délais d’accomplissement des actes d’instruction et la délimitation du temps
de l’instruction. Pour ce qui est des délais, l’apparent retrait du juge au profit du législateur en
la matière n’élague pas son pouvoir de modulation des délais qui reste intact ; pouvoir
davantage conquis de manière autonome que conféré par la loi.

La délimitation du temps de l’instruction pose fondamentalement le problème de la


clôture de l’instruction en termes de modalité et d’effet de cette clôture. Les modalités mettent
en exergue le temps précis de clôture de l’instruction qui est partagé entre les solutions
doctrinales et les solutions normatives. Il ressort globalement que la clôture de l’instruction
était initialement laissée à la discrétion du juge, mais aujourd’hui le législateur a mis tout le
monde d’accord en prescrivant ce moment à l’expiration des délais d’échange des mémoires.
Les effets de cette clôture étant principalement de mettre fin à toute action des parties ou des
tiers, malgré la possibilité d’une éventuelle réouverture de l’instruction.

Les pouvoirs de probation, en ce qui les concerne, ont constitué l’objet de la seconde
partie de l’étude. Ils doivent être compris comme des pouvoirs généraux de preuves dont
dispose le juge administratif à l’instruction. Leur fonction n’est pas nécessairement la
conduite de la procédure, mais la recherche de la vérité par le juge. Ici aussi, deux volets
essentiels sont décelables. La restauration de l’équilibre des parties au travers de la preuve et
la prescription des mesures d’instruction particulières d’instruction.

426
La restauration de l’équilibre entre les parties par l’entremise de la preuve trouve sa
justification du fait de la situation de supériorité de l’administration défenderesse et
d’infériorité du requérant. Les privilèges et les pouvoirs, dont dispose la première, risquent de
rendre inique les règles traditionnelles de preuve si le juge administratif s’abstenait de les
aménager au profit du second. Il n’hésitera pas à renverser la charge de la preuve, si besoin en
est, dans l’optique bien entendu d’éviter que la vérité ne soit faussée par l’inconfort du
requérant à prouver des faits à la portée de l’administration.

Pour ce qui est de la prescription des mesures particulières d’instruction, elle est
comparable à un « joker » qui viendrait débloquer une situation difficile. Les mesures
particulières d’instruction constituent des atouts permettant au juge d’apporter des éléments
de preuve déterminants et décisifs lorsque le rituel de l’échange des mémoires écrits ne lui a
pas permis d’avoir une connaissance suffisante des faits. L’expertise, mais aussi l’enquête,
l’audition des parties, la descente sur les lieux et la vérification peuvent être prescrites
chacune pour répondre à un souci particulier de nature à apporter la lumière sur les faits du
litige.

L’on peut au regard de l’ensemble de ces différents pouvoir d’instruction comprendre


aisément qu’ils ont véritablement pour objet de mettre le litige à mesure d’être jugé. Ils
apparaissent donc adaptés à la mission de juger conférée au juge qu’ils contribuent à
caractériser en retour.

Les pouvoirs d’instruction contribuent à caractériser l’office administratif en lui


donnant une dimension inquisitoriale. Il est vrai, tous mesures et actes d’instruction ne sont
pas nécessairement inquisitoriaux. L’on en veut, à titre d’exemple, la prescription des mesures
d’instruction demandées par des parties, ou le fait que le juge se contente de suivre le
législateur sans véritable initiative personnelle dans la fixation de la durée d’un délai légal. Si
d’autres exemples allant en ce sens peuvent être multipliés, l’on ne peut cependant pas réfuter
que le caractère inquisitorial est foncièrement et consubstantiellement lié à la phase
d’instruction et donc aux pouvoirs d’instruction. Mieux, l’inquisitorialité n’est relative qu’à
l’office du juge administratif à l’instruction.

Les pouvoirs d’instruction constituent ainsi le reflet du caractère inquisitorial de la


procédure d’instruction. L’on peut à plusieurs niveaux les observer dans les deux classes de
pouvoirs étudiées. Les pouvoirs de direction par leur formulation même laissent connoter

427
l’idée même de l’inquisitorialité qui « signifie que (la procédure) est entièrement dirigée par
le juge et non pas confiée aux parties en litige »1542.

L’organisation de la communication entre les parties traduit très bien cela. Le juge ici
ne se met pas à l’écart des échanges, il les régule et en impose la ligne de conduite aux parties.
C’est lui qui assure la communication des documents de chaque partie à l’autre. Il n’est donc
pas un simple arbitre passif comme le serait le juge civil qui, à défaut de s’éffacer, se trouve à
bonne distance de la passe d’armes entre les parties.

La fixation du rythme de l’instruction montre elle aussi que le juge a bien les choses
en main. La modulation des délais et la délimitation du temps de l’instruction par lui lui
confèrent d’inestimables pouvoirs dans la direction du procès. Il peut sanctionner la partie qui
ne respecte pas le délai imparti pour accomplir un acte d’instruction ou refuser de prendre en
compte tout document déposé après clôture de l’instruction.

Les pouvoirs de probation donnent eux aussi à l’inquisitorialité une dimension fort
considérable. La restauration de l’égalité des parties sur le terrain de la preuve entre les parties
n’est possible que parce que la procédure est inquisitoriale. Le pouvoir exceptionnel de
l’inversion de la charge de la preuve du requérant au défendeur a pour socle effectivement le
caractère inquisitorial. Enfin, la prescription d’office des mesures d’instruction est-elle aussi
révélatrice de l’inquisitorialité.

Somme toute, grâce au caractère inquisitorial de la procédure, les pouvoirs


d’instruction caractérisent l’office du juge administratif camerounais en permettant à ce
dernier d’être à même d’exercer sur l’administration un contrôle plus approprié que ne le
permettrait un débat contentieux dirigé par les parties. Une plaidoirie pour un usage optimal
et rationnel desdits pouvoirs est nécessaire pour rendre efficace le contrôle juridictionnel.

Les pouvoirs d’instruction, on l’a vu tout au long de l’étude, sont d’une importance
cruciale dans l’office du juge administratif camerounais. Ils lui permettent non seulement de
diriger la procédure, mais aussi de rassembler les éléments de preuve indispensables à la
manifestation de la vérité. Ces pouvoirs ont donc clairement pour objet de mettre le litige en
mesure d’être jugé. Mais si le juge en fait indubitablement usage, l’on doit cependant déplorer
que ce ne soit pas toujours de façon rationnelle et optimale. Deux pesanteurs sont à la base de

1542
SCHWARTZ (R) et KACZMAREK (M), « La procédure contentieuse devant les juridictions
administratives », in La Gazette, n° 2-17/1739, 24 avril 2004, p. 211.

428
cet état de chose : l’autolimitation du juge face à l’administration et la dépendance de celui-ci
au législateur.

L’autolimitation du juge administratif camerounais est érigée en « politique


jurisprudentielle »1543 par la doctrine. C’est dire qu’elle s’étend à toute l’activité
jurisprudentielle, voire juridictionnelle du juge administratif. Les pouvoirs d’instruction n’y
échappent pas.

Le juge administratif a souvent répugné à faire usage de manière totale de ses pouvoirs
d’instruction lorsqu’il exerce le contrôle sur l’administration. Quelques cas, entre autres,
peuvent être cités. L’on a, par exemple, relevé que lorsqu’il organise la communication
contradictoire, le juge peut prendre en compte des pièces fournies par l’administration alors
même qu’elles n’ont pas été communiquées au requérant1544. Il va parfois jusqu’à instruire
une affaire sans débat contradictoire alors que rien ne le justifiait ni sur le plan pratique ni
pour des raisons liées à l’urgence1545. Il en est de même du cas où il est réticent au contrôle du
pouvoir discrétionnaire, renonçant ainsi à exercer ses pouvoirs de preuve consistant à établir
la légalité ou l’illégalité d’une mesure discrétionnaire1546.

L’autre pesanteur est la dépendance du juge au législateur. Cet aspect se fait


particulièrement ressentir dans la fixation du rythme de l’instruction notamment en ce qui
concerne les délais. Cette dépendance est volontairement entretenue par le législateur. Il faut
dire qu’au Cameroun le régime des délais est pour l’essentiel légal et non jurisprudentiel.

Cela fait problème dans la mesure où une large part du régime des délais se fait en
dehors et sans le juge. C’est une immixtion du législateur dans son office. Il est dans la
posture du juge ligoté et donc pas à même d’exercer de manière optimale son office.
Heureusement, il peut s’en affranchir de temps à autre à travers son aptitude à moduler lesdits
délais. Mais il est souhaitable qu’il ait la maîtrise entière du délai à l’instruction. Il doit
pouvoir en toute connaissance de cause les fixer, et ce en fonction de la complexité de
l’affaire et non suivant des prescriptions législatives qui n’en tiennent pas toujours compte,
puisque fixées à l’avance.

1543
V. sur le sujet : ATEBA EYONG (A R), Le juge administratif et la création du droit…, op. cit.
1544
Cf. affaire NGUENA Antoine c/ Université de Yaoundé, supra.
1545
Cf. affaire Etat du Cameroun c/ ATANGANA Adalbert, supra.
1546
Cf. NABION Maurice c/ Université de Yaoundé, supra.

429
Si une part d’encadrement législatif est nécessaire, elle ne devrait intervenir que pour
s’assurer que le juge statue dans un délai raisonnable. Mais non de lui imposer une conduite
sans mesure. Il s’agit de laisser le juge librement décider des délais, mais dans la limite de ce
que permet et autorise le délai raisonnable. Il y va certainement de la qualité de la justice.

430
B ibliographie

431
I- OUVRAGES

A- Ouvrages de théorie et de philosophie du droit

1. BERGEL (Jean-Louis), Méthodes du droit, Théorie générale du droit, Paris,


Dalloz, 2e éd., 342p.
2. BERGEL (Jean-Louis), Méthodologie juridique, Paris, PUF, 2001,1989, 1ère éd.,
404p.
3. BOSSUET (Jacques-Bégnine), Politique tirée des propres paroles de l’Ecriture
sainte, Paris, 1709, Liv. 8.
4. CADIET (Loïc), NORMAND (Jacques) et AMRANI MEKKI (Soraya),
Théorie générale du procès, Paris, PUF, 2010, 993p.
5. CARRE DE MALBERG (Raymond), Contribution à une théorie générale de
l’Etat, n° 266, Paris, CNRS Éditions, 1985, 1530p.
6. CHAMPEIL-DESPLATS (Véronique), Méthodologie du droit et des sciences
du droit, Dalloz, 2014, 429p.
7. CORNU (Gérard), Linguistique juridique, Paris, Montchrestien, 3e éd., 2005,
443p.
8. D’AMBRA (Dominique), L’objet de la fonction juridictionnelle : dire le droit et
trancher les litiges, Paris, LGDJ, 1994, 339p.
9. DUGUIT (Léon), Les transformations du droit public, Paris, Librairie Armand
COLLIN, 1913, 285p.
10. GAUDEMET (Yves), Les méthodes du juge administratif, Paris, LGDJ, 1972,
321p.
11. GENY (François), Méthode d’interprétation et sources en droit privé positif.
Essai critique, t1, LGDJ, 1919, réimprimé en 1996, 446p.
12. GRAWITZ (Madeleine), Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, 11e éd.,
2001, 1019p.
13. JEULAND (Emmanuel), Droit Processuel, Paris, LGDJ, 2007, 614p.
14. KELSEN (Hans), Théorie pure du droit, Paris, Dalloz., 2e éd., traduction
française, EISENMANN (Charles), 1962, 496p.
15. ROUSSEAU (Jean-Jacques), Du Contrat Social ou Principes du Droit Politique,
édition produite à partir du texte publié en 1762. Paris : Union Générale
d’Éditions, 1963, 114p.

432
16. SAINT-AUGUSTIN, Les confessions, Livre XI, Chapitre XIV, Œuvre, I, coll. La
pléiade, 2000, 1344p.
17. TCHAKOUA (Jean-Marie), Introduction générale au droit camerounais,
Yaoundé, Presse de l’UCAC, 2008, 335p.
18. TIMISIT (Gérard), Archipel de la norme, Paris, PUF, 1997, 252p.
19. TROPER (Michel), La philosophie du droit, Paris, PUF, 2003, 127p.

B- Ouvrages de droit public

 Ouvrages généraux

1. AUBY (Jean-Marie) et DRAGO (Roland), Traité de contentieux administratif,


T1, Paris, LGDJ, 3e éd., 1984, 1014p.
2. BILONG (Salomon), Mémento de la jurisprudence administrative du Cameroun,
Dschang, PUD, 2014, 576p.
3. BINYOUM (Joseph), Les grands arrêts de la jurisprudence administrative
camerounaise, août 2008, 281p.
4. BOUCHER (Philippe) et JACQUOT (Henri), Recueil de la jurisprudence
administrative Camerounaise, année 1972.
5. BRAIBANT (Guy), STIRN (Bernard), Le droit administratif français, Paris,
Presses de sciences po et Dalloz, 7e éd., 2005, 652p.
6. CHAPUS (René), Droit administratif général, t1, Paris, Montchrestien, 15e éd.,
2001, 1426p.
7. CHAPUS (René), Droit du contentieux administratif, Paris, Montchrestien, 13e
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2. CHAUDET (Jean-Pierre), Les principes généraux de la procédure
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C- Ouvrages de droit privé

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Montchrestien, 6e éd., 1993.
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3. DOUCHY-OUDOT (Mélina), Procédure civile, Paris, Gualino éditeur, 3e éd.,
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4. FOURMENT (François), Procédure pénale, Orléans, éd. Paradigme, 2004, 322p.
5. GOUBEAUX (Gilles), Traité de droit civil, Paris, L.G.D.J., 1989.
6. ROLLAND (Blandine), Procédure civile, Levallois-Perret, Studurama, 3e éd.,
2013, 399p.

D- Ouvrages de méthodologie

1. BEAUD (Michel), L’art de la thèse, Nouvelle édition, La Découverte, 2006, 202p.


2. MACE (Gordon), PETRY (François), Guide de l’élaboration d’un projet de
recherches en sciences sociales, Laval, PUL, 2000, 134p.
3. SERIAUX (Alain), Le commentaire de textes juridiques : Arrêts et jugements,
Paris, Ellipses, 1997, 160p.

II- DICTIONNAIRES ET LEXIQUES

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III- THESES ET MEMOIRES

A- Thèses

1. ABA’A OYONO (Jean-Calvin), La compétence de la juridiction administrative


en droit camerounais, thèse de Doctorat en droit public interne (N-R), Université
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2. ABANE ENGOLO (Patrick Edgard), L’application de la légalité par
l’administration au Cameroun, thèse de doctorat/Ph. D en droit public, université
de Yaoundé II, 2009, 515p.
3. AKONO OMGBA SEDENA, L’apport du juge administratif au droit fiscal au
Cameroun, thèse de doctorat/Ph. D en Droit public, Université de Yaoundé II,
FSJP, 2013, 615p.
4. ATEBA EYONG (Aimé Raphaël), Le juge administratif et la création du droit :
essai sur l’élaboration jurisprudentielle du droit administratif camerounais, thèse
pour le doctorat/Ph. D en droit public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2 tomes,
2013-2014, 844p.
5. BILONG (Salomon), Responsabilité de la puissance publique et compétence du
juge en droit camerounais, thèse en droit public, Université de Douala, FSJP,
2001, 467p.
6. DEGNI SEGUI (René), La succession d’Etat en Côte d’ivoire, thèse de droit,
Aix-Marseille, 1979, 504p.
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FSJP, octobre 2010, 411p.
8. FOUMENA (Gaétan Thierry), Le juge administratif et la preuve : contribution à
l’étude de la construction jurisprudentielle du droit de la preuve au Cameroun,
Thèse de Doctorat/Ph. D en Droit public, Université de Yaoundé II, FSJP, 25 juin
2015, 691p.
9. GOHIN (Olivier), La contradiction dans la procédure administrative
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sociales de Paris, 1985, 689p.
10. GUESSELE ISSEME (Lionel Pierre), L’apport de la cour suprême au droit
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Yaoundé II, 2010, 703p.

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thèse de doctorat d’Etat en Droit Public, Université de Yaoundé II, FSJP, 27 mars
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académique 2009-2010, 675p.
14. MEMONO (Jean-Jacques Christian), Les incidents de procédure en contentieux
administratif camerounais, thèse doctorat/Ph. D., Droit public, Université de
Yaoundé II, FSJP, 2015, 639p.
15. NCHOUWAT (Amadou), Le juge et l’évolution du droit administratif au
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Yaoundé II, FSJP, année académique 2015-2016, 464p.
17. NOLA (Bienvenu Yannick), La Motivation des actes administratifs unilatéraux
en droit administratif camerounais, Thèse de Doctorat/Ph. D, février 2013, 830p.
18. NTAH A MATSAH (Henri), Le ministère public dans le contentieux
administratif au Cameroun : contribution à l’étude des organes de la juridiction
administrative camerounaise, thèse de doctorat/Ph. D en Droit Public, Université
de Yaoundé II, FSJP, septembre 2010, 465p.
19. PIASECKI (Julien), L’office du juge administratif des réfères, thèse, Université
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20. SIETCHOUA DJUITCHOKO (Célestin), L’appel dans le contentieux
administratif au Cameroun. « Contribution à l’étude de la juridiction
administrative », thèse de Droit public, Université d’Aix-Marseille, 2000/2001,
471p.

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B- Mémoires et Rapports de stage

1. AWONO ELOUNDOU (Emmanuel), La fonction du juge rapporteur dans le


contentieux administratif camerounais, Mémoire de DEA, Université de Yaoundé
II, FSJP, 2009-2010, 142p.
2. AZEBOVE TETANG (Guy), Le privilège d’exécution d’office en Droit
camerounais, Mémoire de DEA en Droit public, Université de Yaoundé II, FSJP,
2009-2010, 154p.
3. BAKY NNA (Thomas), Les pouvoirs inquisitoriaux du juge administratif
camerounais, Mémoire de DEA en Droit Public, Université de Yaoundé II, FSJP,
2009-2010, 126p.
4. BILOA (Carole), Le délai raisonnable dans la procédure administrative
contentieuse au Cameroun, Mémoire de Master en droit public, Université de
Yaoundé II, FSJP, 2015, 177p.
5. ESSIMI (Francis Olivier), Les caractères de l’expertise dans la procédure
administrative contentieuse camerounaise, Mémoire de DEA, Droit public,
Université de Yaoundé II, FJSP, 2010-2011, 199p.
6. ESSO ATEBA (Yves Ronald), La prorogation des délais de recours contentieux
dans le contentieux administratif camerounais, Mémoire de DEA en Droit public,
Université de Yaoundé II, FSJP, 2008-2009.
7. FANDJIP (Olivier), Les juridictions administratives et le temps : cas du
Cameroun et du Gabon, Mémoire DEA, université de Dschang, FSJP, 2009,
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8. FOUMENA (Gaétan Thierry), La charge de la preuve dans le contentieux
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Yaoundé II, FSJP, 2005-2006, 125p.
9. KOERPER (Laurence), L’expertise médicale en matière d’accidents du travail et
maladies professionnelles, Rapport de stage pour l’obtention du Master II en Droit
social, Université Robert Schuman, FDSPG, 2006-2007,
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10. NDZANA NTIGA (Athanase Roland), L’application du principe du
contradictoire dans la procédure administrative contentieuse au Cameroun,
Mémoire en droit public, Université de Yaoundé II, FSJP, 2010-2011, 191p.

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11. NGA NGONO (Achille), Les moyens d’ordre public en contentieux administratif
camerounais, Mémoire de DEA en droit public, Université de Yaoundé II, FSJP,
2009-2010, 207p.
12. OND OND (Patrick Achille), La communication des mémoires dans le
contentieux administratif au Cameroun, Thèse en vue de l’obtention du Master en
Droit public, Université de Dschang, FSJP, 2009-2010, 152p.
13. TETANG (Franc De Paul), Compétence du juge administratif et constitution :
Contribution à l’étude des bases constitutionnelles du contentieux administratif
camerounais, mémoire de D.E.A en droit public, Université de Yaoundé II, FSJP,
2006, 162p.
14. ZE MEKA (Rémy), La procédure du contentieux administratif au Cameroun,
Mémoire de Master’s Degree de Droit Public, Université de Yaoundé, FDSE,
1980, 204p.

IV- COLLOQUES, MELANGES ET ARTICLES

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2. ABA’A OYONO (Jean-Calvin), « La nouvelle révision du droit de la justice
administrative », RASJ n° 1 vol. 8, 2011, pp. 225-266.
3. ABANE ENGOLO (Patrick Edgard), « Existe-t-il un droit administratif
camerounais ? », in Les fondements du droit administratif camerounais, Actes du
colloque organisé à l’Université de Yaoundé-II, les 3 et 4 novembres 2015,
CERCAF, L’Harmattan, 2016, pp. 13-31.
4. AMSELEK (Paul), « Les fonctions normatives ou catégories modales », in
L’architecture du droit, Mélanges en l’honneur du professeur Michel TROPER,
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5. ATANGANA (Anicet), « A la recherche d’un cadre juridique approprié pour une
meilleure protection des droits des administrés au Cameroun », in Penant, n° 818,
mai-septembre, 1995, pp. 133-155.
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8. BILONG (Salomon), « Le déclin de l’Etat de droit au Cameroun : le
développement des immunités juridictionnelles », in Juridis Périodique n° 62,
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distinction », in Les notions juridiques, Economica, 2009, pp. 21-37.
10. BIPOUN WOUM (Joseph-Marie), « La représentation de l’Etat en justice au
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11. BIPOUN-WOUM (Joseph-Marie), « Recherches sur les aspects actuels de la
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V- COURS POLYCOPIES

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année de licence, Université de Yaoundé, FDSE, 1985-1986, 2 tomes, 421p.
3. LABBEE (Pascale), Institutions juridictionnelles, Cours 2009-2010, Université de
LILLE II, [Link] , consulté le 19 juillet 2013,130p.
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5. PERROT (Roger), Cours de droit judiciaire privé, Paris. Les cours de droit.
1972-73.

IV- NOTES DE JURISPRUDENCE, OBSERVATION ET COMMENTAIRE DE


DECISIONS DE JUSTICE

- MBOME (François), observations sur l’affaire NTAH Clovis c/ Etat du


Cameroun, arrêt n° 1/CFJ du 15 mars 1967, in Grands arrêts de la jurisprudence
administrative du Cameroun, [Link].

V- RAPPORTS ET AUTRES

1. BERGASSE (Nicolas), Rapport du comité de constitution, sur l’organisation du


pouvoir judiciaire présenté à l’Assemblée nationale, Paris, 1789.
2. Célérité et qualité de la justice, Rapport Ministère de la justice en France, in
[Link], consulté 27 septembre 2016, 211p.
3. Compagnie des Experts près la Cour d'Appel de Versailles, « "50 questions
pratiques" sur l’expertise judiciaire », Rencontre Magistrats du tribunal de grande
instance de Nanterre Expert judiciaires du 27 novembre 2001,
[Link].
4. Conseil national des compagnies d’expert de justice, VADE-MECUM de l’expert
de justice, 3e édition 2009, [Link], consulté le 20 juillet 2015, 119p.
5. Conseil national des compagnies d’expert de justice, Guide des experts devant les
tribunaux administratifs et les cours administratives d’appel, 2010,
[Link], consulté le 20 juillet 2015, 22p.
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6. GARREC (René), Rapport sur le projet de loi relatif au référé devant les
juridictions administratives, n°380, 1998-1999, JO Documents parlementaires
1998-1999, Sénat 376-400.
7. La prudence et l’autorité l’office du juge au XXIe siècle, Rapport de la mission de
réflexion confiée par Madame Christiane TAUBIRA, garde des Sceaux, à l’Institut
des hautes études sur la justice, sur l’évolution de l’office du juge et son périmètre
d’intervention, disponible sur [Link], consulté le 27/01/2015, 218p.
8. Le temps judiciaire, mission de recherche droit et justice. in [Link]-recherche-
[Link]/wp-con, consulté le 18/08/2016, 9p.
9. “RAWLS, John” Microsoft ® Encarta ® 2009 [DVD]. Microsoft Corporation,
2008.

VI- TEXTES JURIDIQUES

A- Constitutions et lois constitutionnelles

1. Constitution du 1er septembre 1961.


2. Constitution du 2 juin 1972.
3. Loi constitutionnelle n° 96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la
constitution du 02 juin 1972.
B- Textes législatifs

1. Loi n°61/12 du 20 juin 1961 relative au contentieux administratif.


2. Lois n°65/LF/29 du 19 novembre 1965 portant réforme du contentieux
administratif.
3. Loi n°69/LF/1 du 14 juin 1969 fixant la composition, les conditions de saisine et la
procédure devant la Cour fédérale de justice.
4. Ordonnance n°72/6 du 26 août 1972 portant organisation de la Cour Suprême
modifiée et complétée par la loi n°76/28 du 14 décembre 1976.
5. Loi n°75/17 du 8 décembre 1975 fixant la procédure devant la Cour Suprême
statuant en matière administrative.
6. Loi n° 90/053 du 19 décembre 1990 portant liberté d’association.
7. loi n° 90/056 du 19 décembre 1990 portant sur la création des parties.
8. Loi n° 90/059 du 19 décembre 1990 portant organisation de la profession d’avocat
9. Loi n° 97/012 du 10 janvier 1997 relative aux conditions d’entrée, de séjour et de
sortie des étrangers au Cameroun.

449
10. Loi n° 99/014 du 22 décembre 1999 régissant les organisations non
gouvernementales.
11. Loi n° 2001/016 du 23 juillet 2001, fixant le statut des Chambres consulaires.
12. Loi n° 2005/007 du 27 juillet 2005 portant Code de procédure Pénale.
13. Loi n°2006/015 du 29 décembre 2006 portant organisation judiciaire.
14. Loi n°2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de
la Cour suprême.
15. Loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement
des tribunaux administratifs.
16. Loi n° 2012/001 du 19 avril 2012 portant Code électoral, modifiée et complétée
par loi n° 2012/017 du 21 décembre 2012.
17. Loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code pénal.

C- TEXTES REGLEMENTAIRES

1. Décret du 13 avril 1927 portant réorganisation du Conseil d’administration et du


Conseil du contentieux administratif dans le territoire du Cameroun sous mandat
français.
2. Décret n°52/815 du 8 juillet 1952 portant modification du décret du 13 avril 1927
réorganisant le Conseil d’administration et le Conseil du contentieux administratif
dans le territoire du Cameroun sous tutelle française.
3. Décret n°59/83 du 4 juin 1959 portant réforme du contentieux administratif et
organisation du Tribunal d’Etat.
4. Décret n° 60/251 du 31 décembre 1960 fixant les modalités d’établissement des
listes des experts, syndics de faillite, liquidateurs judiciaires, administrateurs de
biens et commissaires aux comptes.
5. Décret n° 64/DF/218 du 19 juin 1964 relatif au fonctionnement de la Cour
Fédérale de Justice en matière administrative.
6. Décret n° 76/472 du 18 octobre 1976 portant certaines dispositions applicables aux
personnels cadres de l’Enseignement supérieur.
7. Décret n° 94/199 du 07 octobre 1994 portant Statut Général de la Fonction
Publique de l’Etat Modifié et complété par le décret n° 2000/287 du 12 octobre
2000.

450
8. Décret n° 2001/381 du 27 novembre 2001 fixant les conditions d’élection des
membres de la Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du
Cameroun.
9. Décret n°2005/481 du 16 décembre 2005portant sur les conditions d’obtention du
titre foncier.
10. Décret n° 2009/249 du 06 aout 2009 portant changement de dénomination et
réorganisation de la chambre d’agriculture, de l’élevage et des forets du Cameroun.
11. Décret n° 2016/194 du 13 avril 2016, portant réorganisation de la Chambre
d’agriculture, des pêches de l’élevage et des forêts.
12. Décret n° 2009/250 du 6 août 2009 fixant les conditions d’élection des membres
de la Chambre d’Agriculture, des Pêches, de l’Elevage et des Forêts du Cameroun.
13. Décret n°2012/119 du 15 mars 2012 portant ouverture de Tribunaux
Administratifs.
14. Arrêté du 16 décembre 1921 déterminant la procédure à suivre devant le Conseil
du Contentieux administratif.
15. Arrêté du 16 décembre 1954 portant Code de procédure civile et commercial.
16. Arrêté n°1784 du 9 juin 1959 relatif au fonctionnement du Tribunal d’Etat.

451
VII- INDEX ALPHABETIQUE DE LA JURISPRUDENCE CITEE

A-
1. ABA Emmanuel c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 35/CS/CA/85-86, du 27
mars 1986.
2. ABESSOLO NKOUDOU c/ Liste des Indépendants NYONG et SANAGA,
décision n°10/CCA du 30 juillet 1952.
3. ABESSOLO NKOUDOU c/ Territoire, décision n°161/CCA du 12 novembre
1952.
4. ABTOUR Georges c/ Administration du Territoire, décision n°162/CCA du 5
décembre 1952.
5. AFIDI ZOA Parfait Désiré c/ Etat du Cameroun, jugement n°37/CS/CA/2000‐
2001, 30 août 2001.
6. AHANDA NOAH Joseph c/ Etat du Cameroun, jugement n° 13/CS/CA/99-2000,
25 novembre 1999.
7. AKONO Jean c/ Administration du Territoire, décision n°250/CCA du 25
septembre 1953.
8. Albert ONO NGAFOR c/ Etat du Cameroun, arrêt CS/AP du 16 août 1990.
9. Alfred WINGO c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 41/CS/CA/85-86, du 27
mars 1986.
10. ALOLA Dieudonné c/ Etat du Cameroun (MFPRA), jugement n°04/CS/CA/2007‐
2008, 16 janvier 2008.
11. Amadou MAI c/ Etat du Cameroun, jugement CS/CA du 23 mars 2011.
12. AMBASSA OWONA Gustave c/ BOMBA, décision n°213/CCA du 16 janvier
1953.
13. AMBOMO KANA c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 5/CS/CA du 29 décembre 1994.
14. AMOUGOU Adalbert c/Territoire, décision n°212/CCA du 16 janvier 1953.
15. AMOUGOU MBARGA Basile c/ Territoire, arrêt n°495/CCA du 29 septembre
1956.
16. AMOUGOU René c/ Administration du Territoire, décision n°147/CCA du 26
novembre 1952.
17. ATANGANA ESSOMBA Protais c/ Etat du Cameroun, jugement n°20/CS/CA du
3 février 1977.
18. ATEH Alexander c/ Etat du Cameroun CS/CA, jugement, 31 mai 1990.

452
19. ATSAMA FOUMENA contre Etat du Cameroun, jugement n°74/CS/CA/86-87 du
13 août 1987.
20. Avocat Général Cour Fédéral de Justice c/ Arrêt Court of Appeal de BUEA du
Cameroun Occidental, arrêt n° 21/CFJ, 20 mars 1968.

B-
21. B.A.O c/ Administration du Territoire, arrêt n°352/CCA du 12 juillet 1955.
22. BABA YOUSSOUFA c/ État du Cameroun oriental, arrêt n°40/CFJ/SCAY du 30
avril 1968.
23. BABA YOUSSOUFA c/ Etat du Cameroun, jugement n°23/CFJ/CAY du 15
novembre 1966.
24. BABA YOUSSOUFA c/ Etat du Cameroun, jugement n°71/CS/CA/86-87 du 13
août 1987.
25. BACCINO Jules c/ Etat du Cameroun Oriental, arrêt n° 88/CFJ/SCAY, 30
septembre 1969.
26. BACKINI YETNA Prosper c/ Etat du Cameroun (MINPAT) CS/CA, jugement
106/2002‐2003 du 27 août 2003.
27. BEBEY André Franc c/ Etat du Cameroun, Jugement ADD n°53/CS/CA du 29
juin 1989.
28. BEGUEL Georges c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n°39/CS/CA/85-86, du 27
mars 1986.
29. BEKADA Moïse c/ Administration du Territoire et sieur MOLINATTI, arrêté
n°290/CCA du 27 mars 1954.
30. BELIBI François c/ Etat du Cameroun (MINUH), arrêt n°11/CS/AP du 3 avril
1997.
31. BELIBI François c/ Etat du Cameroun, jugement n°21/CS/CA, 2008 du 16 janvier
2008.
32. Belinga NDO Paul c/ Etat du Cameroun, jugement n°56/CS/CA du 22 avril 1976.
33. BELL et BEBEY EYIDI c/ SOPPO PRISO Elections dans la région du Wouri 2e
section CCA, décision n°123 du 19 septembre 1952.
34. BENE B’ELLA Lambert c/ Etat du Cameroun, jugement n° 71/CS/CA du 13 mai
1976.
35. BESSALA Valère c/ NANA TOBIE, NYEMI Laurent, EFENGUE Hubert, arrêt
n°37/TE du 26 septembre 1959.

453
36. BIBOK ZE Paul c/ Election ZOCK Paul, arrêt n°489/CCA du 10 décembre 1955.
37. BIDJOCKA Daniel et KANA MALABERT c/ Election d’un membre du conseil
Municipal de la commune mixte rurale d’ESEKA, arrêt n° 393/CCA du 10
décembre 1955.
38. BILAE Jean c/ Etat du Cameroun Oriental, jugement n°120/CFJ/SCAY du 8
décembre 1970.
39. BILONG Alexandre c/ Election EONE EONE Gustave, arrêt n°436/CCA du 10
décembre 1955.
40. BIYO’O OLINGA François c/ Etat du Cameroun (IGERA), arrêt n° 2/A du 27
avril 2000.
41. BODIE Paul Walter c/ Etat du Cameroun, arrêt n°66/CS/AP du 22 février 2007.
42. BOUDOMBO MOUDIO c/ Etat du Cameroun, jugement n°68 /CS/CA/78‐79 du
31 mai 1979.

C-
43. Cabinet Polyclinique médicochirurgical de la Cité c/ Etat du Cameroun jugement
n°3/CS/CA/87-88/88-89 du 27 octobre 1988.
44. CAMAG c/ Etat du Cameroun, jugement n° 9. 10 et 11/CS/CA/82-83 du 13
janvier 1983.
45. Cameroon hotel limited c/ Etat du Cameroun, jugement n°119/CS/CA 2008 du 24
septembre 2008.
46. CAP-Liberté c/ Etat du Cameroun, ordonnance n°21/CS/PCA du 26 septembre
1991.
47. CFC c/ Administration du Territoire, arrêt n°450/CCA du 25 février 1956.
48. CHANA Rose c/ Etat du Cameroun (MINFI), jugement n°21/CS/CA/91‐92 du 27
février 1992.
49. Collectivité BONAMINKANO (MINKANO ABEL) c/ Administration du
Territoire, arrêt n°317/CCA du 3 septembre 1954.
50. Collectivité MVOG ZANGA ATEMGONO c/ Etat du Cameroun (MINUH) et
MBARGA Raphael CS/CA, jugement du 29 décembre 1990.
51. Collectivité NZUONKWELLE c/ Etat du Cameroun, jugement n°38/CS/CA/01-02
du 27 juin 2002.

454
52. Conseillers municipaux de la commune rurale de NANGA EBOKO c/ Etat du
Cameroun, jugement n°24/CS/CA/95-96 du 29 mars 1996.

D-
53. Dame BINAM Née NGO NJOM Fidèle c/ Etat du Cameroun, jugement n°
12/CS/CA, 26 janvier 1982.
54. Dame CIVRA c/ Administration du Territoire, arrêt n° 24/CCA du 27 mars 1953
55. Dame ESSOLA Jacqueline c/ République Fédérale du Cameroun, arrêt
n°33/CFJ/SCAY du 30 avril 1968.
56. Dame FERRIERE Marie c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 16/CFJ/AP, 16 mars 1967
57. Dame FERRIERE Marie c/ Etat du Cameroun, arrêt n°127/TE du 23 décembre
1960.
58. Dame FOTSING née MEGNE Marie Louise c/ Etat du Cameroun (MINUH) et
MVOGO ZINDI Daniel (intervenant volontaire), jugement ADD
n°107/CS/CA/03‐04 du 07juillet 2004.
59. Dame MACKONGO Agnès Flore c/ Etat fédéral du Cameroun, arrêt n°
201/CFJ/CAY, 18 août 1972.
60. Dame MBANKOLO Agnès Téclaire et SOP MOTE Joseph Philibert c/ Etat du
Cameroun et OMGBA ZING Martin, jugement du 30 avril 1981.
61. Dame MBOCKA née MOUSSONGO c/ Etat du Cameroun, jugement
n°42/CS/CA/80‐81 du 30 avril 1981.
62. Dame MENGUE Marie c/ Commune Mixte Rurale de Mbalmayo, arrêt ADD
n°369/TE du 22 décembre 1964.
63. Dame MENGUE Marie c/ Etat du Cameroun, arrêt n°290/TE du 31 mai 1963.
64. Dame TSAFACK née TONLEU c/ Etat du Cameroun, jugement ADD
n°38/CS/CA/85-86 du 27 mars 1986.
65. Dame YANKOUE Rebecca (Me NOVGWA KOUONGUENG) c/ Etat du
Cameroun, jugement n°1/CS/CA/2000‐2001 du 26 octobre 2000.
66. DANDJIN Esaïe c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n°60/CS/CA/93-94 du 28
avril 1994.
67. David René SENDE c/ Etat du Cameroun, arrêt n°5/CS/AP du 18 décembre 1980
68. DIBOUSSI Samuel EITEL c/MOUELA MOUNOS Samuel MPAH GODEFROY,
Arrêt n°177/TE du 15 décembre 1961.

455
69. Divine Kingdom people’s party of Cameroon c/ Etat du Cameroun CS/PCA,
ordonnance n°32/91-2 du 30 septembre 1992.
70. DIWOUTA LOTH Pierre c/ Etat du Cameroun oriental, arrêt n° 18/CFJ/SCAY du
4 novembre 1966.
71. DJIDJOU Prosper c/ Etat du Cameroun, jugement n°73/CS/CA/86-87 du 13 août
1987.
72. DJINOU Charles c/ Etat du Cameroun, jugement n°58/CS/CA du 27 septembre
1990.
73. DJOMO David c/ Etat du Cameroun, jugement n°4/CS/CA/82‐83 du 26 octobre
1982.
74. DJOU Gilbert c/ Communauté Urbaine de Douala, ordonnance de sursis à
exécution n°17/CS/PCA 91-92 du 13 juillet 1992.
75. DOUANLA François c/ Etat du Cameroun, jugement n° 239/CS/CA 2010 du 25
août 2010.
76. DURISOTTI Attilio C/ Etat du Cameroun, arrêt n°153/TE du 09 juin 1961.
77. DZIETHAM Pierre c/ Etat du Cameroun, jugement n°45/CS/CA/81‐82 du 27 mai
1982.
78. DZONGANG Albert c/ Etat du Cameroun, jugement n°41/CS/CA/96‐97 du 05
décembre 1996.

E-
79. EBO Samson c/ Etat du Cameroun Oriental, arrêt n° 35/CFJ/SCAY, 30 avril 1968.
80. EBODE ONANA Rigobert c/ CPE de Yaoundé, arrêt n°44/CFJ/SCAY du 30 avril
1968.
81. EBONGE Jean Albert c/ Etat du Cameroun, arrêt n°655/CCA du 25 octobre 1957.
82. EDINGER François c/Etat du Cameroun, arrêt n° 109/CFJ/CAY du 8 décembre
1970.
83. EDZOA Georges Maurice c/ Etat du Cameroun, jugement n°35/CS/CA du 03 mai
1990.
84. EFILA MONGO François c/ Territoire, décision n°155/CCA du 26 novembre
1952.
85. Eglise presbytérienne camerounaise orthodoxe c/ Etat du Cameroun (MINDAF),
(EPCO), jugement n°47/CS/CA/2006‐2007 du 17 janvier 2007.

456
86. EKOSSONO EMANE Gaston c/ Etat du Cameroun (MINDEF), Ordonnance n°
581/ODS/CS/PCA/CAB du 18 août 2011.
87. EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane c/ Etat du Cameroun, arrêt n°42
CFJ/SCAY, 30 avril 1968.
88. Electrical Construction c/ Etat du Cameroun, jugement n°68/CS/CA/86-87 du 13
août 1987.
89. Elites BANKA représentées par MBOUENDEU Jean de Dieu c/ Etat du
Cameroun, jugement n° 8/CS/CA/79-80 du 29 novembre 1979.
90. ELLA ONDOUA Engelbert c/ Etat du Cameroun, jugement n°20/CS/CA du 25
janvier 1990.
91. ELOUNDOU ESSOMBA Charles c/ Etat du Cameroun, jugement n°38/CS/CA,
26 mai 1977.
92. EMIGNANT PRISANT c/ Territoire du Cameroun, arrêt n° 463/CCA, 23 juin
1956.
93. EMINI TINA Etienne c/ Etat du Cameroun oriental, arrêt n° 55/CFJ/CAY du 25
mars 1969.
94. EMINI TINA Etienne c/ Etat du Cameroun, jugement CFJ/CAY, 8 décembre
1970.
95. ENANDJOUM BWANGA (PCCS) (CR de N’samba), RDPC c/ Etat du
Cameroun, jugement n°33/CS/CA/95-96 du 09 mai 1996.
96. ENTREPRISE TAGAH Joseph c/ Etat du Cameroun, jugement
n°150/CA/CS/2008 du 19 novembre 2008.
97. ENYENGUE DIPOKO Bernard c/ Etat du Cameroun, jugement n° 13/CS/CA du
23 novembre 1989.
98. EPALE Roger Pierre c/ Etat du Cameroun (CR de BARE-MOUNGO), jugement
n°59/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
99. EPOH ADYANG Pierre c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 25/CS/CA, 24
décembre 1983.
100. ESSI ESSAMA PHILIPPE c/MEDOU Gaston Élections à l’Assemblée
territoriale, région du DJA et LOBO 2e section, décision n°107/CCA du 26 juillet
1952.
101. ESSIANE AKA’A Jean c/ Etat du Cameroun oriental, arrêt n°44/CFJ/SCAY
du 30 avril 1968.

457
102. ESSOMBA Liboire, OSSONGHO EDONGHO ZOLLO Ernest, ONGBA Jean-
Baptiste, HOULA Paul et BENG Richard c/ FITONE MASSANGO Joseph et
TOTO Théodore, arrêt n°159/TE du 25 août 1961.
103. ESSOME Jean c/ Etat du Cameroun, jugement n°5/CS/CA/82‐83 du 26
novembre 1982.
104. ESSONO Jean Baptiste c/ Etat du Cameroun, jugement n°49 /CS/CA/81‐82 du
27 mai 1982.
105. ESSONO Michel et autres c/ Etat du Cameroun et BIKONO Olivier, jugement
n°39/CS/CA/89‐90 du 31 mai 1990.
106. Etat du Cameroun (MINAT) c/ TCHAPOCK Michel, arrêt n° 33/CS/AP du 24
mars 1983.
107. Etat du Cameroun (MINFONPUBLIQUE), NJIKIAKAM TOWA Maurice c/
NJIKIAKAM TOWA Maurice, Etat du Cameroun (MINFONPUBLIQUE CS/AP,
arrêt n°27/A du 24 mars 1983.
108. Etat du Cameroun (Ministère de l’équipement) c/ KOUNTCHOU Levi-Bord,
arrêt n° 11/CS/AP, 6 mai 1993.
109. Etat du Cameroun c/ ATANGANA Adalbert, arrêt n° 16/CFJ mars 1967.
110. Etat du Cameroun c/ Michel NJINE GANGLEY, arrêt n° 1/CS/AP du 18 avril
1996.
111. Etat du Cameroun c/ NANA David, arrêt n° 11/CS/AP du 18 décembre 1980.
112. Etat du Cameroun c/ Société Renault-Cameroun, arrêt n ° 9/CS/CA, 26
décembre 1996.
113. Etat du Cameroun c/ TCHALEU WOUAKO Gabriel, arrêt n° 8/CS/CA, 26
décembre 1996.
114. Etat du Cameroun c/ TEGUIA et TEGUIA Gabriel c/ Etat du Cameroun
(MINJUSTICE), arrêt n°10/A du 24 mars 1983.
115. Etat fédéré du Cameroun c/ BABA Youssoufa & BABA Youssoufa c/ Etat
fédéré du Cameroun, arrêt n° 5/CFJ/AP du 31 mars 1971.
116. Etat Fédéré du Cameroun Oriental c/ KELLER NDONGO MAX, arrêt
n°8/CFJ/CAY du 16 octobre 1968.
117. ETETA’A AMOUGOU et autres c/ AMOUGOU Jean, NDI Pierre, MVONDO
Pierre, BINAM Gustave, MBASSEGUE Luc, arrêt n°29/TE du 19 septembre
1959.

458
118. EVENGUE NSOMOTO c/ WOUNGLY MASSAGA, Elections dans la région
de Kribi 2e section, décision n°119/CCA du 6 août 1952.

F-
119. Famille SAM KOUM c/ Etat du Cameroun, jugement n°113/CS/CA 04‐05 du
29 janvier 2005.
120. FETGO Hilaire c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 10/A, 15 novembre 1984.
121. FOH Esther c/ Etat du Cameroun, jugement n° 2/CS/CA/97-92, 28 novembre
1991
122. FORFU YEHTO Isaak c/ Etat du Cameroun, jugement n°27 /CS/CA/93‐94 du
31 mars 1994.
123. FOTCHIN Joseph c/ Commune de plein exercice de Yaoundé, arrêt
n°1/CS/CA du 25 novembre 1976.
124. FOTSO OUAMBO Joseph c/ KOMGUEM Davis et autres, arrêt n°193/TE du
19 mars 1962.
125. FOUDA MABALLA Maurice c/ Etat fédéral du Cameroun oriental, arrêt n°
160/CFJ/CAY, 8 juin 1971.
126. FOYET IGNACE c/ Etat du Cameroun (MINUH), jugement
n°115/CA/CS/2009 du 03 juin 2009.
127. FPN (CR MBOMA) c/ Etat du Cameroun, jugement n°25/CS/CA/95-96 du 29
mars 1996.
128. FPS-PC c/ Etat du Cameroun, ordonnance n°29/CS/PCA/91-92 du 23
septembre 1992.

G-
129. Garga Haman ADJI (commune urbaine de Maroua) c/ Etat du Cameroun et
RDPC (Intervenant volontaire), jugement ADD n°46/CS/CA/2001‐2002 du 3
septembre 2002.
130. Group TECHNICAM Sarl c/ Etat du Cameroun (MINADER), jugement n°
262/CS/CA du 27 septembre 2010.
131. Groupe Trapp Cameroun c/Etat du Cameroun, jugement n°03/CS/CA 99-00 du
09 novembre 1999.

459
132. GUIFFO Jean Philippe c/ Etat du Cameroun (Université de Yaoundé), n°
3/CS/CA du 30 avril 1981.

H-
133. Henri NGATCHOU MBATKAM c/ Etat du Cameroun, jugement
n°43/CS/CA/91‐92 du 25 juin 1992.
134. Hirondelle Voyages c/ Etat du Cameroun, jugement n°14/CS/CA/87-88 du 29
octobre 1987.

I-
135. IKAMOU à KOUNG Jean Paul c/ Etat du Cameroun, jugement
n°130/CS/CA/03‐04 du 25 août 2004.
136. INACK INACK Joseph c/ Etat du Cameroun (MINESUP), jugement
n°114/CS/CA2008 du 24 septembre 2008.
137. Inspecteur de Police BELINGA MFOUMOU Gervais c/ Etat du Cameroun,
jugement n° 77/CS/CA du 20 septembre 1984.

J-
138. James ONOBIONO c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n°69/CS/CA du 25
septembre 2000.
139. Jean Faustin BETAYENE c/ Société National des Investissements, arrêt n°
1/CS/CA du 30 novembre 1972.
140. Jules Roland CHIDIAK c/ Etat du Cameroun (MINDAF), jugement
n°060/CS/CA2008 du 18 juin 2008.

K-
141. KADJI DEFOSSO joseph c/ Etat du Cameroun oriental, arrêt n°465/TE du 23
décembre 1965.
142. KAMGA c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 40/CS/CA/85-86, du 27
mars 1986.

460
143. KAMGA Rigobert, candidat du SDF Commune Rurale de Douala Ve c/ Etat du
Cameroun MINAT et RDPC, jugement n°82/CS/CA/2001‐2002 du 03 septembre
2002.
144. KANGA KANGA MBOCK c/ Etat du Cameroun, jugement
n°137/CS/CA/2004‐2005 du 27 juillet 2005.
145. KEMPAYOU Moïse Débonnaire c/ Etat du Cameroun, jugement n°
7/CS/CA/90-91, 25 juillet 1991.
146. KENKEU Théophile c/ Etat du Cameroun, jugement n° 9/CS/CA/90-91, du 28
novembre 1991.
147. KENMOE Emmanuel c/ KEMEGNE DJENOU WAMBA Auguste et Etat du
Cameroun (MINDAF), arrêt N°04/A du 27 mai 2010.
148. KENNE Salomon Leroy c/ Etat du Cameroun, jugement N°44/CS /CA/83-84
du 28juin 1984.
149. KEUATSOP TETAKEUA Pierre c/ Etat du Cameroun, jugement
n°3/CS/CA/82‐83 du 26 octobre 1982.
150. KISOB ACHIDI c/ Etat du Cameroun, jugement ADD/CS/CA 88-89 du 27
octobre 1989.
151. KOFFI Jean ROUSEAU c/ Etat du Cameroun, jugement n°86/CS/CA, 20
septembre 1984.
152. KOH BELLA James c/Administration du Territoire, arrêt n°339/CCA du 15
mars 1955.
153. KOM Ambroise c/ Etat du Cameroun, ordonnance n°20/CS/PCA du 26
septembre 1991.
154. KOMBO SIMBANG c/Administration du Territoire, arrêt n°376/CCA du 8
septembre 1955.
155. KON ABONDO Gérard c/ Etat du Cameroun, jugement n°18/CA/CS/2008 du
16 janvier 2008.
156. KON ABONDO Gérard c/ Etat du Cameroun, jugement n°22/CS/CA/2001‐
2002 du 28 février 2002.
157. KOTIE Emmanuel et autres, candidats UPC (commune Urbaine de Douala V)
c/ ETAT du Cameroun (MINAT) et le RDPC, jugement n°81/CS/CA/01‐02 du 03
septembre 2002.
158. KOUANG Guillaume c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n°66/CS/CA/78 -
79 du 31 mai 1979.

461
159. KOUENDJOU HAPPI c/ Election d’un membre du conseil municipal de
LOUM section de BAFANG, arrêt n°418/CCA du 19 novembre 1955.
160. KOUMKANG et MALLON Ebenezer c/ DISSAKE Hans, décision
n°109/CCA du 26 juillet 1952.
161. KOUNTCHOU Levi Bord c/ Etat du Cameroun, jugement n° 84/CS/CA/85-86,
26 juin 1986.
162. KOUOGAN Claude c/ Etat du Cameroun (MINUH) & NGOUONPEMEU
Joseph, arrêt n°09/CS/AP du 27 mai 2010.
163. KOUOH Emmanuel Christian c/ Etat du Cameroun CS/PCA, ordonnance de
sursis n°1/79‐80, 1979.
164. KOUOH Emmanuel Christian c/ Etat du Cameroun, jugement n°43/CS/CA/82‐
83 du 7 avril 1983.

L-
165. La succession ROGGOW c/ Etat du Cameroun, ordonnance de référé
n°01/CS/PCA/86-87 du 23 octobre 1986.
166. LELE Gustave c/. CPE de Yaoundé, arrêt n° 3/CFJ/AP du 9 janvier 1975.
167. Les Boulangeries réunies c/ Etat du Cameroun, jugement n°6/CS/CA/74‐75 du
28 septembre 1974.
168. Liste des démocrates camerounais c/ opérations électorales du 30 novembre
1958 dans la commune de plein exercice de SANGMELIMA, arrêt n°734/CCA du
31 décembre 1958.
169. LOBE Louis Georges c/Administration du Territoire, arrêt n°375/CCA du 8
septembre 1955.

M-
170. MAIGARI ALHADJI Hamadjoda c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n°
43/CS/CA, 21 mai 1987.
171. MAM POUSS MPAH Marcel c/ Election CCA, arrêt n°421 du 19 novembre
1955d’un membre de la commune Mixte rurale section SEGUELENDOM de
DOUME.
172. MAMA BILOA Sandrine c/ Université de NGAOUNDERE, jugement du
7décembre 2000.

462
173. MARINO Jacques c/ Etat du Cameroun, arrêt n°702/CCA du 13 juin 1958.
174. MASSO LOBE c/ Etat du Cameroun, jugement n° 8/CS/CA/87-88 du 29
octobre 1987.
175. MAY ABAMET c/ Sultan MAROUF, décision n°106/CCA du 28 juillet 1952.
176. MBA Thomas c/ Etat du Cameroun, jugement n°25/CS/CA/89‐90 du 03 mai
1990.
177. MBANG Fabien c/ Election d’un membre au conseil Municipal de BAFIA
section d’ELIP II, arrêt n°415/CCA du 19 novembre 1955.
178. MBARGA Emile c/ Etat du Cameroun, jugement n° 55/CS/CA du 22 avril
1976.
179. MBARGA Symphorien c/ Etat du Cameroun, jugement n°25/CS/CA89‐90,
1989.
180. MBEDE Alphonse c/ Elections commune rurale de DOUME section Centre
urbain, arrêt n°438/CCA du 10 décembre 1955.
181. MBEDEY Norbert c/ République Fédérale du Cameroun, arrêt
n°187/CFJ/CAY du 28 mars 1972.
182. MBENTENGAM Richard c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 36/CS/CA
du 27 mars 1986.
183. MBIAMA MESSANGA CASIMIR c/ Etat du Cameroun, jugement
n°106/CS/CA du 30 mai 1999.
184. MBIAMA MESSANGA Casimir c/ Etat du Cameroun, ordonnance de sursis
n°5/CS/PCA/82‐83, 16 février 1983.
185. MBIDA Barthélémy c/ Etat du Cameroun (MINUH), jugement n°95/CS/CA,
2003‐2004 du 30 juin 2004.
186. MBIDA Joseph c/ Etat du Cameroun, jugement n° 64/CS/CA 2011, 23 mars
2011.
187. MBIRVI DJOUMBAL Amadou c/ Etat du Cameroun, jugement n°68/CS/CA,
2002‐2003 du 24 avril 2003.
188. MBOA ESSONO André c/ Elections municipales de commune de Yaoundé,
arrêts n° 521/CCA, 20 décembre 1956.
189. MBONGUE Jean Adalbert c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 655/CCA, 25 octobre
1957.
190. MEDJA NLATE Janvier c/ Etat du Cameroun (MINFI), arrêt n° 9/CS/AP du
16 décembre 1982.

463
191. MENGANG Paul c/ SAPAN MEKINDA Jean, arrêt n°73/TE du 15 janvier
1960
192. MFOMBAN ABDOU c/ Etat du Cameroun (DGSN), jugement
n°06/CS/CA/91‐92 du 28 novembre 1991.
193. Michel NJINE NGANGLEY c/ Etat du Cameroun, ord. n°59/CS/PCA/76‐77,
1976.
194. MINELI ELOMO Bernard Marie c/ Etat du Cameroun, jugement n°
33/CS/CA/78-79, 22 février 1979.
195. Ministère de l’environnement et des forêts (MINEF) c/ Société forestière
PETRA, ordonnance de sursis à exécution, n°38/CS/PCA/00-01 du 5 avril 2001.
196. MINKOULOU Robert c/Territoire, décision n°176/CCA du 9 janvier 1953.
197. Mme EBENGUE ESSOMBA née EVA Rose c/ Etat du Cameroun
(MINJUSTICE), jugement n°41/CS/CA 04‐05 du 2 février 2005.
198. Mme NJA POUM née NGASSAM Jeanne c/ Etat du Cameroun, jugement
n°1/CS/CA 82‐83 du 26 octobre 1982.
199. Mme veuve NJIGUI c/ Etat fédéral du Cameroun, arrêt, n° 177/CFJ/CAY, 8
juin 1971.
200. MOAMIDI Benoit c/ Election sieur TONGA NDAOUSSA, arrêt n°420/CCA
du 19 novembe1955.
201. MONTHE Honoré c/ Etat du Cameroun, jugement n°5/CS/CA/82‐ 83 du 26
novembre 1982.
202. MOUANGUE YOMEWO Joseph c/ Administration du Territoire, arrêt
n°322/CCA du 10 décembre 1954.
203. MOUKOKO James Emmanuel c/ Etat du Cameroun Oriental, arrêt n°
14/CFJ/AP, 19 mars 1969.
204. MOUNDI Daniel c/ Etat du Cameroun, jugement n°18/CS/CA/2002‐2003 du
28 novembre 2002.
205. MOUNDOUMOU Théodore c/ Administration du Territoire arrêt n° 75/CCA,
du 22 décembre 1951.
206. MUKETE Plantations Limited c/ Etat du Cameroun, jugement
n°69/CS/CA/86-87 du 13 août 1987.
207. MVONDO NSANG Richard c/ Etat du Cameroun, jugement n°101/CS/CA/90-
91 du 28 mars1991.

464
N-
208. NAAH Isidore c/ Etat du Cameroun, arrêt n°701/CCA du 13 juin 1958.
209. NANA LEVI Lucien c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n°44/CS/CA du 4
mars 1976.
210. NANA Levi Lucien c/ Etat du Cameroun, jugement n° 3/CS/CA/76-77 du 25
novembre 1976.
211. NANDJOUM BWANGA (PCCS) (C.R de N’samba), RDPC c/ Etat du
Cameroun, jugement n°33/CS/CA/95-96 du 09 mai 1996.
212. NANFANG Pierre c/ Election membre commune mixe Rurale de LOUM
section de Bafoussam, arrêt n°421/CCA du 19novembre 1955.
213. NDI ABOGO Raphaël c/ Etat du Cameroun, jugement n° 69/CS/CA/78-79, 31
mai 1979.
214. NDJEUJI Maurice c/ Etat du Cameroun, arrêt n°4/CS/AP du 26 octobre 1978.
215. NDJOCK Edward c/ Université de Yaoundé, jugement n° 96/CS/CA du 7 août
1986.
216. NDJOCK Jean c/ Etat du Cameroun oriental, arrêt n° 636/CCA du 10 août
1957.
217. NDOUGSA Bernard c/ République Fédérale du Cameroun, jugement
CFJ/CAY, 18 aout 1972.
218. NDOUGSA Joseph Valentin c/ Etat du Cameroun jugement n°8/CS/CA/81‐82
du 28 janvier 1982.
219. NDOUMBE Jérémie c/ Sté Marocaine MONOD & Entreprise Climent Frères,
arrêt n°92/TE du 25 mars 1960.
220. NDOUNA MVONDO Constantin c/ BOMBA Zacharie, décision n°214/CCA
du 16 janvier 1953.
221. NGALA TAWONG ABEL c/ Etat du Cameroun, jugement n°7/CS/CA/82‐83
du 3 décembre 1982.
222. NGAM Pascal c/ Etat du Cameroun, arrêt n°631/CCA du 29 juin 1957.
223. NGAMY Emmanuel c/ Etat du Cameroun, arrêt n°12/ CS/AP du 04 janvier
2001.
224. NGAMY Emmanuel c/ Etat du Cameroun, jugement n°02/CS/CA/91‐92 du 31
décembre 1992.
225. NGANTCHOU Isaac c/ Etat du Cameroun, jugement n°24/CS/CA/03‐04 du 28
janvier 2004.

465
226. NGATCHEU Adolphe c/ Etat du Cameroun (DGSN), jugement n° 9/CS/CA du
23 novembre 1989.
227. NGIMBOUS Jean-François c/ Etat du Cameroun, ordonnance de référé
n°7/CS/PCA/86-87 du 18 décembre 1986.
228. NGOLLO NYACKE c/ Administration du Territoire, décision n°39/CCA du
14 septembre 1950.
229. NGOLO MONGO Albert c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 35/CS/CA
80-81 du 30 avril 1981.
230. NGOM Martin c/ Elections Membres du conseil municipal du groupe B de la
commune Rurale de BAFIA, arrêt n°430/CCA du 10 décembre 1955.
231. NGOMBA Gustave c/ Elections commune rurale de LOUM Section Etrangers‐
MOUM B, arrêt n°439/CCA du 10 décembre 1955.
232. NGUENA Antoine c/ Université de Yaoundé, jugement n° 21/CS/CA 85-86 du
30 janvier 1986.
233. NININE c/ Liste de défense des intérêts régionaux électoraux du Diamaré, arrêt
n° 101/CCA du 28 juillet 1952.
234. NJANGA Joseph c/ Election sieur NDOUMBE LOBE CCA, arrêt n°47 du 19
novembre 1955.
235. NJINE NGANGLEY Michel c/ Etat du Cameroun CS/CA, jugement n° 41/79-
80, 26 juin 1980.
236. NJINE NGANGLEY Michel c/ Etat du Cameroun, jugement n° 23 /CS/CA 77-
78 du 13 juillet 1978.
237. NJOLE MONGO Albert c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 35/CS/CA
/80-81, 30 avril 1981.
238. NJONG MBOCK Guillaume c/ Etat du Cameroun (MFP), jugement
n°46/CS/CA/02‐03 du 27 mars 2003.
239. NJOOH Michel Pierrot c/ Etat du Cameroun, jugement n° 32/CS/CA/06-07 du
28 février 2007.
240. NJOUKWE Moïse c/ Etat du Cameroun, arrêt n°15/CS/AP du 19 juin 1980.
241. NKONG Emmanuel c/ Etat du Cameroun, jugement n°1/75/CS/CA du 19
décembre 1975.
242. NKONGO BIDZANGA Maximilien c/ Etat du Cameroun (MFPRA), jugement
n°92/CS/CA/2008 du 13 août 2008.

466
243. NLEND EBEDE Jean c/ Etat du Cameroun, jugement n°47/CS/CA/81‐82 du
27 mars 1982.
244. NNA MVONDO Théodore c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 13/CS/CA, 29 juin
1989.
245. NOAH MBIA Jean Daniel c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 1/CS/AP du 26
novembre 1981.
246. NOAH MVOGO Marcel c/ Administration du Territoire, décision n°149/CCA
du 26 novembre 1952.
247. NOUCTI TCHOKWAGO c/Etat du Cameroun, jugement n° 15/CS/CA/97-98,
26 mars 1998.
248. NOUMSI Jean Bosco c/ Etat du Cameroun, jugement n°34/CS/CA/04‐05 du 29
décembre 2004.
249. NOUTCHO GOUING Jean Samuel c/ Etat du Cameroun, jugement n°2/CS/CA
82‐83 du 26 octobre 1982.
250. NTOWA MONKAM Charles c/ Etat fédéral du Cameroun, arrêt n°
217/CFJ/CAY, 18 août 1972.
251. NYAMSI et autres c/ Etat du Cameroun, jugement n° 12/CS/CA/99-2000 du
25 novembre 2000.
252. NYAPEYE Michelin c/ Administration du Territoire, arrêté n°343/CCA du 9
juin 1955.
253. NYE SAFINDA Maurice c/ Communauté Urbaine de Douala, ordonnance de
sursis n° 16 (bis)/CS/PCA/91-92 du 16 juin 1992.
254. NYEMECK NYEMECK Emmanuel c/ Etat du Cameroun CS/CA, jugement
n°2/81‐82 du 29 octobre 1981.
255. NZETE Emmanuel c/Etat du Cameroun (MINDAF), Jugement n° 063/CA/CS,
2008 du 18 juin 2008.

O-
256. O.C.D.H c/ Etat du Cameroun, ordonnance n°19/CS/PCA du 26 septembre
1991.
257. OBALE AKO Emmanuel c/ Etat du Cameroun, ordonnance de sursis n°
21/CS/PCA /82‐83.
258. OBAMA OTTOU Joseph c/ Etat du Cameroun, jugement n°78/CS/CA/93‐94
du 25 août 1994.
467
259. OHANDJA Séverin c/ Etat du Cameroun, jugement n° 44/CS/CA/04-05, 4
février 2005.
260. OKALA c/ KOTOUO, décision n°114/CCA du 06 août 1952.
261. OKALA c/ KOTOUO, décision n°122/CCA du 19 septembre 1952.
262. OLONG MEKONG Pascal c/ ELEMBE Pierre et OLINGA François, arrêt
n°05/TE du 31 août 1989.
263. OMGBA François c/ OYOMO Albert AMOUGOU Thomas et OWONO
Basile, arrêt n°23/TE du 7 septembre 1959.
264. OMGBA François c/ATANGANA Laurent, décision n°177/CCA du 9 janvier
1953.
265. ONAMBELE Germain c/ Etat du Cameroun, jugement n° 87/CS/CA/82-83 du
30 juin 1983.
266. ONANA Jean Pierre c/ Etat du Cameroun, arrêt n°43/CFJ/SCAY du 30 avril
1968.
267. ONANA Jean Pierre c/ Etat fédéré du Cameroun Oriental, arrêt n° 8/CFJ/AP,
28 octobre 1970.
268. ONDO Jean Boulevard c/ Etat du Cameroun, arrêt, n° 176/CFJ/CAY, 8 juin
1971.
269. ONDO OVONO Charles c/ Etat du Cameroun, arrêt n°1/A du 23 décembre
2000.
270. ONGBA ONYA c/ Etat du Cameroun CS/CA, jugement n°30/82‐83 du 24
février 1983.
271. OWONA WOLFGANG c/ ATANGANA Laurent, décision n°179/CCA du 9
janvier 1953.
272. OWOUNDI Jean Louis c/ Etat du Cameroun, jugement n° 33/CS/CA/04/76-77
du 28 septembre 1978.

P-
273. P.D.C c/ Etat du Cameroun, jugement n° 34/CS/CA/95-96 du 09 mai 1996.
274. PAL c/ Etat du Cameroun, jugement n°36/CS/CA/95-96 du 09 mai 1996.
275. PAMANSIE Josué c/ Etat du Cameroun, ordonnance sursis à exécution
n°07/CS/PAC/88-89 du 15 septembre 1989.
276. PAP (CR de NGAMBE) c/ Etat du Cameroun, jugement n°56/CS/CA/95-96 du
18 juillet 1996.

468
277. PCR c/ Etat du Cameroun, jugement n°58/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
278. PDC (CR d’OBALA), c/ Etat du Cameroun, jugement n°35/CS/CA/95-96 du
09 mai 1996.
279. Peter AWAH NGWAH c/ Etat du Cameroun arrêt n° 19/A du 24 mars 1983.
280. PIABENG c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 43/CS/CA/85-86 du 27
mars 1986.
281. Pierre Louis GAIL c/ Etat du Cameroun (MINDAF), arrêt n°63/CS/AP du 9
octobre 2008.
282. PIPINIS Georges c/ Etat du Cameroun, arrêt n°780/CCA du 22 mai 1959.
283. PNP (CR/MBAM) c/ Etat du Cameroun, jugement n°65/CS/CA/95-96 du 18
juillet 1996.
284. Procureur général de la Cour suprême c/ EBA Emmanuel, arrêt n° 01/CS/AP
du 11 décembre 1997.
285. Procureur Général près la Cour suprême c/ FONGANG Jean-Claude, arrêt n°
2/CS/AP, 25 février 1999.
286. Procureur général près la Cour suprême c/ LELE Gustave, arrêt n° 3/CS/AP du
26 novembre 1981.
287. Procureur général près la Cour suprême c/ NYAMSI Gaston arrêt n°
11/CS/AP, du 31 mars 1998.
288. PSLD c/ Etat du Cameroun, ordonnance n°26/CS/PCA/91-92 du 18 septembre
1992.

Q-

R-
289. RDPC (C.U d’Edéa) c/ Etat du Cameroun, jugement n°29/CS/CA/95-96 du 19
avril 1996.
290. RDPC (CR de PENJA) c/ Etat du Cameroun, jugement n°31/CS/CA/95-96 du
19 avril 1996.
291. RDPC c/ Etat du Cameroun, jugement n°60/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
292. RDR c/ Etat du Cameroun, ordonnance n°25/CS/PCA/91-92 du 18 septembre
1992.

469
293. Recours du Professeur Henri HOGBE NLEND (UPC) CS/AP, arrêt
N°09/CE/97 - 98 du 21 octobre 1997.
294. RIM à KIYECK c/ Etat du Cameroun, jugement n° 22/CS/CA/80-81 du 18
décembre 1980.
295. RINGOM Marcel c/ Elections Municipales de MBANG, arrêt n°115/CFJ/CAY
du 8 décembre 1970.

S-
296. SADOU YAYA c/ Etat du Cameroun (MINUH), jugement n°99/CS/CA04‐05/
du 27 avril 2005.
297. SALA MEDOU Gaston c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 39/CS/AP du 23 juin
1983.
298. SCORTIS et compagnie SARL c/Etat du Cameroun, jugement n°06/CS/CA 84-
85 du 31 octobre 1985.
299. SDF c/ Etat du Cameroun (CR de DEMDENG), jugement n°50/CS/CA95-96
du 18 juillet 1996.
300. SDF c/ Etat du Cameroun (CR de MANJO), jugement n°37/CS/CA/95-96 du
09 mai 1996.
301. SDF c/ Etat du Cameroun (District de BALIKUMBAT), jugement
n°01/CS/CA96‐97 du 31 octobre 1996.
302. SDF et PCR c/ Etat du Cameroun (CU de Yaoundé IIIe), jugement n°
47/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
303. SDF, UNDP, UDC et ADD (CU de Yaoundé Ve) c/ Etat du Cameroun
jugement n°63/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
304. SHE ONANA Paul c/ WOUNGLY MASSAGA, décision n°116/CCA du 6
août 1952.
305. Sieur ABESSOLO Luc c/ Elections Municipales de la comme de Yaoundé,
arrêt n°518/CCA du 20 décembre 1956.
306. Sieur BIBA Théophile c/ Etat du Cameroun, arrêt n°336/TE du 22 décembre
1964.
307. Sieur BIWOLE Jean Paul c/ EDOU BENGONO et autres, arrêt n°123/TE du
25 novembre 1960.
308. Sieur EBANDAN VOULA c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 315/TE du 30
novembre 1963.

470
309. Sieur EKINDI Joël c/ Etat fédéral du Cameroun, arrêt n°31/CFJ/SCAY du 15
novembre 1966.
310. Sieur ENYENGUE EKANI Joseph c/ Etat du Cameroun oriental, arrêt
n°275/TE du 8 avril 1965.
311. Sieur MASSOUSSI Albert c/ MEKA André et Consorts, arrêt n°199/TE du 16
mars 1962.
312. Sieur MAYI François c/ Elections commune mixte rurale d’ESEKA, arrêt
n°758/CCA du 6 mars 1959.
313. Sieur NAOUSSI Anatole Pierre c/ FOTSING Barnabé et autres, arrêt n°202/TE
du 22 juin 1962.
314. Sieur NDZANA Max c/ MEDZA Paul‐ONDOBO, Joseph‐ZANA, Joseph‐
MANGA Appolinaire Ŕ NYIMI Antoine Ŕ KANA BARNABE, arrêt n°43/TE du 2
octobre 1959.
315. Sieur NDZANA Max c/ NDOU, BENA Sébastien, arrêt N°120/TE du 25
novembre 1960.
316. Sieur OLINGA NKODO Roland c/ ATEBA OKALA Jean Julien et autres,
arrêt n°125/TE du 26 novembre 1960.
317. Sieur ONANA EKANGA Théodore c/ Etat du Cameroun, arrêt n°58/TE du 27
novembre 1959.
318. Sieur RIBEYRE René c/ Etat du Cameroun, arrêt n°796/CCA du 10 juillet
1959.
319. Sieur TCHE François c/ FOKAM Josué et NOUPA Thomas, arrêt n°180/TE du
15 décembre 1961.
320. Sieurs AMOUGOU ATANGANA Victor et autres c/OMGBA Maurice, Arrêt
n°28/TE du 10 septembre 1959.
321. SIGHOKO ABRAHAM c/ Etat du Cameroun, ordonnance de sursis
n°05/CS/PCA/92-93 du 05 octobre 1992.
322. SITCHEDIE André c/ Etat du Cameroun, jugement n°23/CS/CA/01-02 du 28
février 2002.
323. SOCADA c/ Etat du Cameroun, jugement n° 18/ CS/CA/82-83 du 27 janvier
1983.
324. SOCIEQUIP Cameroun c/ Etat du Cameroun, jugement n°17/CS/CA/87-88, du
29 octobre 1987.

471
325. Société Anonyme des brasseries du Cameroun, arrêt n°02/CS/AP du 29
décembre 1994.
326. Société Cameroun Plaques Internationales (CPI) c/ Etat du Cameroun
(MINTRANSPORT), jugement n°49/CS/CA/2009du 28 janvier 2009.
327. Société commerciale Africaine c/ Office National de Commercialisation des
Produits de Base (ONCPB), jugement ADD n°41/CS/CA/80 - 81, 30 avril 1981.
328. Société de gestion des services communs du groupe DESCOURS et CABAUD
c/ Etat du Cameroun Oriental, arrêt ADD n°167/CFJ/CAY du 8 juin 1971.
329. Société des Grands Travaux de l’Est (SGTE) c/ Etat du Cameroun, arrêt n°
68/CFJ/CAY, du 30 septembre 1969.
330. Société ECAME et T.P c/ Etat du Cameroun CS/CA, jugement n°178/2010 du
13 juin 2010.
331. Société forestière PETRA c/ Etat du Cameroun, ordonnance de sursis à
exécution n°14CS/PCA/00-01 du 16 janvier 2001.
332. Société forestière PETRA c/ Etat du Cameroun, ordonnance sursis à exécution
n°41/CS/PCA/00-01 du 10 avril 2001.

T-
333. TAGNY Mathieu c/ Etat du Cameroun, arrêt n° 19/CFJ du 16 mars 1967.
334. TAKOUGANG Jean c/ Etat du Cameroun, jugement n°30/CS/CA/89‐90 du 3
mai 1990.
335. TAMBA Victor c/ Etat du Cameroun (MINUH) et Mission Catholique de
DJUMKANG de BAMENDJOU (intervenant volontaire), jugement n°96/CS/CA,
2009 du 25 mars 2009.
336. TAMO PELAP Jean-Claude c/ Commune Urbaine de Bafoussam, ordonnance
de référé n°09/ CS/PCA/88-89 du 28 septembre 1989.
337. TATSINDA Maurice c/ Etat du Cameroun, arrêt, n° 8/CS/AP du 5 novembre
1984.
338. TCHATCHOUA Jean-Pierre c/ Etat du Cameroun, jugement n°41/CS/CA/88-
89 du 25 mai 1989.
339. TCHOUANKEU Joseph c/ Etat du Cameroun, n°92/CS/CA du 28 juillet 1983.

472
340. TCHUINOU NANA David c/ Etat du Cameroun, jugement ADD
n°45/CS/CA/94‐95, 27 avril 1995.
341. TCHUNGUI Charles c/ Etat du Cameroun, jugement n° 5/CS/CA du 29
novembre 1979.
342. TOKO Daniel c/ Etat du Cameroun oriental, arrêt n°34/CFJ/5CAY du 30 avril
1968.
343. TONGA Sylvain c/ Etat du Cameroun, arrêt n°209/TE du 22 juin 1962.
344. TUBBE EKWA Samuel c/ Etat du Cameroun, arrêt n°703/CCA du 13 juin
1958.

U-
345. UFDC c/ Etat du Cameroun, jugement n°64/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
346. UM NYOBE Ruben c/ ABBE MELONE CCA, décision n°115 du 6 août 1952.
347. UNC c/ Etat du Cameroun, ordonnance n°28/CS/PCA/91-92 du 23 septembre
1992.
348. UNDP (CR de BIYONHA) c/ Etat du Cameroun, jugement n°53/CS/CA/95-96
du 18 juillet 1996.
349. UNDP (CR de BIYOUHA) c/ Etat du Cameroun, jugement n°68/CS/CA/95-96
du 18 juillet 1996.
350. UNDP (CR de MARARY, KOUSSERI et Zina) c/ Etat du Cameroun,
jugement n° 70/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
351. UNDP (CR de Zina) c/ Etat du Cameroun, jugement n°69/CS/CA/95-96 18
juillet 1996.
352. UNDP c/ Etat du Cameroun, jugement n°46/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
353. UNDP c/ Etat du Cameroun, jugement n°52/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
354. UNDP c/ Etat du Cameroun, jugement n°54/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
355. UNDP et SDF (CU de Yaoundé IIe) c/ Etat du Cameroun, jugement
n°44/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
356. UNDPC / Etat du Cameroun (Commune rurale de MEIGANGA), jugement
n°03/CS/CA/96‐97 du 31 octobre 1996.
357. Union des populations du Cameroun c/ Etat du Cameroun ordonnance sursis
n°04/ CS/PCA/93-94 du 19 octobre 1993.
358. UPC - MANIDEM c/ Etat du Cameroun, ordonnance n°02/CS/PCA du 16
décembre 1992.

473
359. UPC (CR de PENKA Michel) c/ Etat du Cameroun, jugement n°40/CS/CA/95-
96 du 18 juillet 1996.
360. UPC c/ Etat du Cameroun (C.R de 1996, affaire UPC contre Etat du Cameroun
et M.L.J.C (CU d’Edéa), jugement n°41/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.
361. UPC c/ Etat du Cameroun et M.L.J.C (CU d’Edéa), jugement n°30/CS/CA/95-
96 du 19 avril 1996.
362. UPC contre Etat du Cameroun, jugement n°60/CS/CA/91/92 du 17 septembre
1992.
363. USC c/ Etat du Cameroun, jugement n°66/CS/CA/95-96 du 18 juillet 1996.

V-
364. Veuve NKILI AHANDA Balbine c/ Etat du Cameroun, jugement n°
47/CS/CA/78-79, 29 mars 1979.

W-
365. WABO Rigobert représenté par Dr GUIMDO D. Bernard Raymond c/ Etat du
Cameroun, jugement n°42/CS/CA/99‐2000 du 30 mars 2000.
366. WAFFO WOKAM Lucie c/ Etat du Cameroun (C.U. DOUALA), jugement
n°183/CA/CS/2010 du 23 juin 2010.
367. WEMECHU MONTHE Jean-Marie c/ Etat Cameroun, jugement ADD n°
44/CS/CA/85-86 du 27 mars 1986.
368. WOUNGUE Pierre c/ Election DONGMO Martin, arrêt n°358/CCA du 29
Août 1955.

X-

Y-
369. YACKANA SANARA Ernest c/ Etat du Cameroun, jugement n°22/CS/CA/91‐
92 du 27 février 1992.
370. YEM Luc c/ Etat du Cameroun, ordonnance sursis à exécution
n°16/CS/PCA/90-91 du 19 septembre 1991.

474
Z-
371. ZAMBO EYILI et autres c/ ZAMBO ZAMBO Thomas, NGUELE ZANG
Joseph, ZAMBO Wilfried, arrêt/TE n°24 du 7 septembre 1959.
372. ZE ADANG Martin c/ Election d’un membre du conseil Municipal de la
commune Rurale de SANGMELIMA section de la commune mixte urbaine, arrêt
n°443/CCA du 11 février 1956.
373. ZO’OBO François c/ Etat du Cameroun, jugement ADD n° 37/CS/CA/85-86
du 27 mars 1986.
374. ZOBA AYISSI Dieudonné c/ Etat du Cameroun, jugement n°47/CS/CA/99‐
200 du 25 mai 2000.
375. ZOCK Robert Baudelaire c/ Etat fédéral du Cameroun, arrêt n° 174/CFJ/CAY,
8 juin 1971.

475
A nnexes

476
LISTE DES ANNEXES

1. Loi n°75/17 du 8 décembre 1975 fixant la procédure devant la Cour Suprême


statuant en matière administrative…………………………………………..479.
2. Extrait de la loi n° 2005/007 du 27 juillet 2005 portant Code de procédure
Pénale..............................................................................................................493
3. Loi n°2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le
fonctionnement de la Cour suprême…………………………………………497
4. Loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le
fonctionnement des tribunaux administratifs………………………………525
5. Extraits de la loi n° 2012/001 du 19 avril 2012 portant Code électoral,
modifiée et complétée par loi n° 2012/017 du 21 décembre 2012…………..556
6. Décret n° 60/251 du 31 décembre 1960 fixant les modalités d’établissement
des listes des experts, syndics de faillite, liquidateurs judiciaires,
administrateurs de biens et commissaires aux comptes……………………..575
7. Décret n° 2001/381 du 27 novembre 2001 fixant les conditions d’élection des
membres de la Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat
du Cameroun………………………………………………………………...578
8. Décret n° 2009/249 du 06 aout 2009 portant changement de dénomination et
réorganisation de la chambre d’agriculture, de l’élevage et des forets du
Cameroun……………………………………………………………………590
9. Décret du 13 avril 1927 portant réorganisation du Conseil d’administration et
du Conseil du contentieux administratif dans le territoire du Cameroun sous
mandat français……………………………………………………………...600
10. Décret n°52/815 du 8 juillet 1952 portant modification du décret du 13 avril
1927 réorganisant le Conseil d’administration et le Conseil du contentieux
administratif dans le territoire du Cameroun sous tutelle française…………604
11. Décret n°59/83 du 4 juin 1959 portant réforme du contentieux administratif et
organisation du Tribunal d’Etat……………………………………………...607
12. Décret n° 64/DF/218 du 19 juin 1964 relatif au fonctionnement de la Cour
Fédérale de Justice en matière administrative……………………………….614
13. Arrêté du 16 décembre 1921 déterminant la procédure à suivre devant le
Conseil du Contentieux administratif………………………………………..629

477
14. Extrait de l’arrêté du 16 décembre 1954 portant Code de procédure civile et
commerciale………………………………………………………………....637

478
ANNEXE N° 1
Loi n°75/17 du 8 décembre 1975 fixant la procédure devant la Cour Suprême
statuant en matière administrative.

479
480
481
482
483
484
485
486
487
488
489
490
491
492
ANNEXE N° 2
Extrait de la loi n° 2005/007 du 27 juillet 2005 portant Code de procédure Pénale.

493
494
495
496
ANNEXE N° 3
Loi n°2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de
la Cour suprême.

497
498
499
500
501
502
503
504
505
506
507
508
509
510
511
512
513
514
515
516
517
518
519
520
521
522
523
524
ANNEXE N° 4
Loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des
tribunaux administratifs.

525
526
527
528
529
530
531
532
533
534
535
536
537
538
539
540
541
542
543
544
545
546
547
548
549
550
551
552
553
554
555
ANNEXE N° 5
Extrait de la loi n° 2012/001 du 19 avril 2012 portant Code électoral, modifiée et
complétée par loi n° 2012/017 du 21 décembre 2012.

556
557
558
559
560
561
562
563
564
565
566
567
568
569
570
571
572
573
574
ANNEXE N° 6
Décret n° 60/251 du 31 décembre 1960 fixant les modalités d’établissement des
listes des experts, syndics de faillite, liquidateurs judiciaires, administrateurs de
biens et commissaires aux comptes.

575
576
577
ANNEXE N° 7

Décret n° 2001/381 du 27 novembre 2001 fixant les conditions d’élection des membres de la
Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun.

578
579
580
581
582
583
584
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588
589
ANNEXE N° 8

Décret n° 2009/249 du 06 aout 2009 portant changement de dénomination et réorganisation


de la chambre d’agriculture, de l’élevage et des forets du Cameroun.

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ANNEXE N° 9

Décret du 13 avril 1927 portant réorganisation du Conseil d’administration et du Conseil du


contentieux administratif dans le territoire du Cameroun sous mandat français.

600
601
602
603
ANNEXE N° 10

Décret n°52/815 du 8 juillet 1952 portant modification du décret du 13 avril 1927


réorganisant le Conseil d’administration et le Conseil du contentieux administratif dans le
territoire du Cameroun sous tutelle française.

604
605
606
ANNEXE N° 11

Décret n°59/83 du 4 juin 1959 portant réforme du contentieux administratif et organisation du


Tribunal d’Etat.

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610
611
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613
ANNEXE N° 12

Décret n° 64/DF/218 du 19 juin 1964 relatif au fonctionnement de la Cour


Fédérale de Justice en matière administrative.

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ANNEXE N° 13

Arrêté du 16 décembre 1921 déterminant la procédure à suivre devant le Conseil du


Contentieux administratif.

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634
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ANNEXES N° 14

Arrêté du 16 décembre 1954 portant Code de procédure civile et commercial

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640
T able des matières

Dédicace __________________________________________________________________ i
Remerciements _____________________________________________________________ ii
Avertissement _____________________________________________________________ iii
Résumé __________________________________________________________________ iv
Abstract ___________________________________________________________________ v
Sigles, abréviations et acronymes _____________________________________________ vi
Sommaire _______________________________________________________________ viii
INTRODUCTION GENERALE _______________________________________________ 1
SECTION I - LE CADRE DE L’ETUDE _____________________________________ 4
PARAGRAPHE I - LE JUGE ADMINISTRATIF CAMEROUNAIS ____________ 5
A- La notion de juge __________________________________________________ 5
1- Les approches philosophiques et idéologiques __________________________ 5
2- Les approches historico-positive et juridique ___________________________ 8
B- La notion de juge administratif _____________________________________ 13
1- L’apparition originelle du juge administratif __________________________ 13
2- Le décryptage du juge administratif _________________________________ 15
C- La détermination du juge administratif camerounais ___________________ 17
1- L’historique ____________________________________________________ 17
2- La physionomie actuelle __________________________________________ 25

PARAGRAPHE II - LES POUVOIRS D’INSTRUCTION ____________________ 31


A- Les concepts de pouvoir et d’instruction _____________________________ 31
1- Le concept de pouvoir ____________________________________________ 31
2- Le concept d’instruction __________________________________________ 34
B- Le concept de pouvoir d’instruction _________________________________ 37
1- Le pouvoir de l’instruction ________________________________________ 37
2- Les pouvoirs dans l’instruction _____________________________________ 38
SECTION II - L’OBJET ET LA METHODE ________________________________ 39
PARAGRAPHE I - L’OBJET DE L’ETUDE _______________________________ 39
A- La problématique et l’hypothèse ____________________________________ 39
1- Question préalable : l’autonomie de la procédure administrative contentieuse
au Cameroun ______________________________________________________ 40
2- La question centrale et l’hypothèse __________________________________ 45
B- L’intérêt de l’étude _______________________________________________ 48
1- L’intérêt théorique_______________________________________________ 48
2- L’intérêt pratique _______________________________________________ 56

PARAGRAPHE II - LA METHODE DE L’ETUDE _________________________ 58


A- L’éviction du syncrétisme méthodologique ___________________________ 58
B- L’option pour la méthode juridique _________________________________ 59

641
1- L’usage de la dogmatique _________________________________________ 60
2- L’emploi de la casuistique_________________________________________ 62
PREMIERE PARTIE : LES POUVOIRS DE DIRECTION ________________________ 64
TITRE I: L’ORGANISATION DE LA COMMUNICATION _______________________ 67
CHAPITRE I: LA COMMUNICATION PAR APPLICATION PRINCIPALE DE LA
CONTRADICTION ________________________________________________________ 71
SECTION I - LE PRINCIPE DE LA CONTRADICTION COMME FONDEMENT
DE LA COMMUNICATION ______________________________________________ 73
PARAGRAPHE I - LA PRECISION CONCEPTUELLE DU PRINCIPE DE LA
CONTRADICTION ____________________________________________________ 74
A- Les contours du principe de la contradiction __________________________ 74
1- La distinction entre la contradiction et les droits de la défense ____________ 75
2- La distinction entre la contradiction et l’égalité des armes _______________ 79
B- Le contenu et la valeur de la contradiction ___________________________ 81
1- Le contenu de la contradiction _____________________________________ 81
2- Le statut et la valeur juridique de la contradiction ______________________ 83

PARAGRAPHE II - L’INTERET D’UNE COMMUNICATION FONDEE SUR LE


PRINCIPE DE LA CONTRADICTION ___________________________________ 84
A- La mise en œuvre d’une procédure équitable _________________________ 85
1- La prévention de tout risque d’arbitraire _____________________________ 85
2- L’instauration et la préservation de l’équilibre entre les parties ___________ 87
B- La garantie du droit à l’information _________________________________ 88
1- L’obligation du juge d’informer les parties ___________________________ 88
2- Le droit des parties à recevoir les mémoires et pièces ___________________ 90
SECTION II - LA PROCEDURE DE LA CONTRADICTION COMME MODE
D’EXERCICE DE LA COMMUNICATION _________________________________ 92
PARAGRAPHE I - LA CONTRADICTION A TRAVERS LES ACTES ET LES
PARTIES A LA COMMUNICATION ____________________________________ 93
A- La contradiction à travers les actes __________________________________ 93
1- Les actes de la juridiction _________________________________________ 93
2- Les actes des parties _____________________________________________ 96
B- La contradiction à travers les parties ________________________________ 98
1- La comparution et la représentation des parties _______________________ 98
2- La notification des parties ________________________________________ 101

PARAGRAPHE II - LA CONTRADICTION A TRAVERS LA


COMMUNICATION DANS SON ENSEMBLE ___________________________ 102
A- La régularisation des mémoires irréguliers __________________________ 102
1- L’invitation à régulariser ________________________________________ 102
2- La mise en demeure de régulariser _________________________________ 105
B- L’échange des mémoires et pièces __________________________________ 106
1- Les modalités de l’échange _______________________________________ 106
2- La fonction du juge rapporteur dans les échanges _____________________ 107
CONCLUSION DU CHAPITRE _____________________________________________ 109
CHAPITRE II: LA COMMUNICATION PAR DISPENSE MARGINALE DE LA
CONTRADICTION _______________________________________________________ 110

642
SECTION I - L’APPARENTE DISPENSE DE LA CONTRADICTION _________ 113
PARAGRAPHE I - LA DISPENSE DE LA CONTRADICTION DANS LES
CONTENTIEUX DE L’URGENCE _____________________________________ 114
A- La dispense dans les contentieux accessoires de l’urgence ______________ 114
1- La dispense totale ______________________________________________ 115
2- La dispense partielle ____________________________________________ 118
B- La dispense dans les contentieux spéciaux de l’urgence ________________ 120
1- La dispense en contentieux électoral _______________________________ 121
2- La dispense dans les « contentieux des droits » _______________________ 125

PARAGRAPHE II - LA DISPENSE DE LA CONTRADICTION DANS LES


CONTENTIEUX ORDINAIRE ET FISCALE _____________________________ 126
A- L’admission de la dispense ________________________________________ 127
1- La quintessence ________________________________________________ 127
2- L’interprétation ________________________________________________ 127
B- Les hypothèses de dispense _______________________________________ 128
1- L’hypothèse relative à l’inutilité de la communication __________________ 129
2- L’hypothèse liée à l’internement d’une partie ________________________ 130
SECTION II Ŕ LA REELLE PRESERVATION DE LA CONTRADICTION ____ 133
PARAGRAPHE I Ŕ LA PRESERVATION MINIMALE DE LA
CONTRADICTION DANS LES CONTENTIEUX DE L’URGENCE _________ 133
A- La perpétuation dans les contentieux de l’urgence accessoire ___________ 134
1- La permanence en matière de sursis ________________________________ 134
2- La constance en matière de référé _________________________________ 135
B- La conservation dans les contentieux spéciaux de l’urgence ____________ 136
1- L’application classique en contentieux électoral ______________________ 136
2- L’application présumable dans les contentieux spéciaux des droits _______ 139

PARAGRAPHE II Ŕ LA PRESERVATION MAXIMALE DE LA


CONTRADICTION DANS LES CONTENTIEUX FISCAL ET ORDINAIRE __ 141
A- L’imprévision textuelle de la dispense ______________________________ 141
1- Le mutisme des textes du contentieux administratif ____________________ 142
2- L’éventuelle transposition des solutions pénalistes de dispense ( ?) _______ 145
B- La quasi-inapplication jurisprudentielle de la dispense ________________ 151
1- La rareté de la dispense _________________________________________ 152
2- La continuité de la contradiction __________________________________ 152
CONCLUSION DU CHAPITRE _____________________________________________ 153
CONCLUSION DU TITRE _________________________________________________ 154
TITRE II: LA FIXATION DU RYTHME DE L’INSTRUCTION __________________ 155
CHAPITRE I: LA DETERMINATION DES DELAIS D’ACCOMPLISSEMENT DES
ACTES D’INSTRUCTION _________________________________________________ 159
SECTION I: L’APPARENT RETRAIT DU JUGE EN MATIERE DE DELAIS __ 161
PARAGRAPHE I - LE PRIMAT LEGISLATIF DANS LA FIXATION DES
DELAIS _____________________________________________________________ 163
A- L’emprise du législateur sur les délais dans les contentieux d’urgence ____ 163
1- En contentieux accessoires de l’urgence ____________________________ 163
2- En contentieux spéciaux de l’urgence _______________________________ 165

643
B- L’emprise du législateur sur les délais dans les contentieux ordinaire et fiscal
_______________________________________________________________ 167
1- Les délais relatifs à l’ « instance initiale » ___________________________ 167
2- Les délais relatifs à l’ « instance dérivée » ___________________________ 169

PARAGRAPHE II - LA PRIMAUTE LEGISLATIVE EN MATIERE DE


SANCTION DE L’INOBSERVATION DES DELAIS ______________________ 171
A- La prescription de la déchéance ___________________________________ 172
1- La méconnaissance initiale de la déchéance _________________________ 172
2- La reconnaissance actuelle de la déchéance _________________________ 175
B- Les implications de la déchéance ___________________________________ 177
1- L’effet sur le déroulement de la procédure : jugement par défaut _________ 177
2- Les effets sur l’issue du litige : l’acquiescement et le désistement _________ 181
SECTION II - LA MODULATION DES DELAIS PAR LE JUGE ______________ 184
PARAGRAPHE I - L’EXPRESSION DE LA MODULATION DES DELAIS ___ 184
A- La prorogation et la réduction des délais en matière d’instruction
contentieuse ordinaire et fiscale _______________________________________ 185
1- La prorogation des délais ________________________________________ 185
2- La réduction des délais __________________________________________ 187
B- La flexibilité des délais en matière d’instruction contentieuse de l’urgence 188
1- La flexibilité des délais à l’instruction contentieuse accessoire ___________ 189
2- L’élasticité des délais à l’instruction contentieuse spéciale ______________ 191

PARAGRAPHE II - L’INCIDENCE DE LA MODULATION SUR LE DELAI


RAISONNABLE _____________________________________________________ 192
A- La modulation comme nécessité de juger dans un délai raisonnable _____ 194
1- La modulation pour un temps acceptable pour le juge __________________ 194
2- La modulation pour un temps acceptable par les parties ________________ 195
B- La modulation comme entrave à juger dans un délai raisonnable _______ 197
1- La modulation due à l’insuffisance des moyens humains et financiers _____ 197
2- La modulation due à l’insuffisance des moyens matériels et structurels ____ 198
CONCLUSION DU CHAPITRE _____________________________________________ 200
CHAPITRE II : LA DELIMITATION DE L’INSTRUCTION DANS LE TEMPS _____ 201
SECTION I - LES MODALITES DE CLOTURE DE L’INSTRUCTION ________ 203
PARAGRAPHE I - LES MODALITES DE CLOTURE EXTERIEURES AU
CONTENTIEUX ADMINISTRATIF CAMEROUNAIS ____________________ 203
A- Les modalités de clôture de l’instruction dans les contentieux de droit privé _
_______________________________________________________________ 204
1- En procédure pénale ____________________________________________ 204
2- En procédure civile _____________________________________________ 206
B- Les modalités de clôture de l’instruction en contentieux administratif de droit
comparé ___________________________________________________________ 208
1- Devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d’appel ___ 209
2- Devant le Conseil d’Etat _________________________________________ 210

PARAGRAPHE II - LES MODALITES DE CLOTURE PROPRES AU


CONTENTIEUX ADMINISTRATIF CAMEROUNAIS ____________________ 211
A- Les positions doctrinales__________________________________________ 212
1- La présentation de quelques thèses en présence _______________________ 212

644
2- La discussion des thèses en présence _______________________________ 214
B- Les positions normatives _________________________________________ 215
1- Les modalités textuelles de clôture _________________________________ 216
2- Les modalités jurisprudentielles de clôture __________________________ 217
SECTION II - LES EFFETS DE LA CLOTURE DE L’INSTRUCTION ________ 219
PARAGRAPHE I - LES EFFETS A L’EGARD DES PARTIES ET DES TIERS 219
A- Les exigences de la clôture à l’égard des parties ______________________ 219
1- Le principe d’exclusion des mémoires ______________________________ 219
2- L’exception d’admission des mémoires ______________________________ 221
B- Les exigences de la clôture à l’égard des tiers ________________________ 222
1- Le rejet de l’intervention volontaire ________________________________ 223
2- L’exclusion de l’intervention forcée ________________________________ 224

PARAGRAPHE II - LES EFFETS A L’EGARD DU JUGE LUI-MEME ______ 227


A- La rédaction du rapport __________________________________________ 227
1- Le résumé et l’analyse juridique des faits ____________________________ 228
2- Le système de concepts et les modes de raisonnement utilisés par le juge ___ 229
B- Les possibilités de réouverture de l’instruction _______________________ 232
1- La réouverture de l’instruction en cas de rétractation __________________ 232
2- La réouverture de l’instruction d’une affaire non encore en état d’être jugée 234
CONCLUSION DU CHAPITRE _____________________________________________ 237
CONCLUSION DU TITRE _________________________________________________ 239
CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE __________________________________ 240
DEUXIEME PARTIE : LES POUVOIRS DE PROBATION ______________________ 243
TITRE I : LA RESTAURATION DE L’EQUILIBRE ENTRE LES PARTIES A TRAVERS
LE REGIME PROBATOIRE _______________________________________________ 249
CHAPITRE I : LA JUSTIFICATION DU REEQUILIBRAGE PAR LA SITUATION
D’INEGALITE DES PARTIES _____________________________________________ 251
SECTION I - LA JUSTIFICATION RELATIVE A LA SITUATION DE
SUPERIORITE DE L’ADMINISTRATION ________________________________ 253
PARAGRAPHE I - L’EXERCICE DES POUVOIRS PAR L’ADMINISTRATION
ET LEUR IMPACT SUR LA PREUVE __________________________________ 254
A- Le pouvoir discrétionnaire et la compétence liée ______________________ 254
1- Le pouvoir discrétionnaire _______________________________________ 254
2- La compétence liée _____________________________________________ 258
B- L’incidence des pouvoirs de l’administration sur la preuve _____________ 261
1- L’explication __________________________________________________ 261
2- L’illustration dans l’affaire NABION Maurice ________________________ 263

PARAGRAPHE II - L’EXERCICE DES PRIVILEGES PAR


L’ADMINISTRATION ET LEUR INCIDENCE SUR LA PREUVE __________ 265
A- Les privilèges du préalable et de l’exécution d’office __________________ 267
1- Le privilège du préalable ________________________________________ 267
2- Le privilège de l’exécution d’office _________________________________ 269
B- L’influence des privilèges de l’administration sur la charge de la preuve _ 272
1- L’influence du privilège du préalable sur la preuve ____________________ 273
2- L’influence de l’exécution d’office sur la preuve ______________________ 274

645
SECTION II - LA JUSTIFICATION LIEE A LA SITUATION D’INFERIORITE DU
REQUERANT _________________________________________________________ 274
PARAGRAPHE I - LA DIVERSITE CATEGORIELLE DES PERSONNES
REQUERANTES _____________________________________________________ 275
A- Le requérant : un administré ou un participant à l’exécution des services
publics ____________________________________________________________ 276
1- Le requérant : un administré ______________________________________ 276
2- Le requérant : un participant _____________________________________ 278
B- Le requérant : une personne privée ________________________________ 281
1- Le requérant comme personne physique _____________________________ 282
2- Le requérant : une personne morale de droit privé ____________________ 284

PARAGRAPHE II : LES IMPLICATIONS DE LA SITUATION DE


REQUERANT EN MATIERE PROBATOIRE ____________________________ 286
A- Les implications d’ordre général ___________________________________ 286
1- Le difficile accès à la juridiction ___________________________________ 287
2- La complexité de la procédure ____________________________________ 288
B- Les implications spécifiques _______________________________________ 290
1- Le mutisme des agents et le secret des dossiers _______________________ 290
2- L’illustration dans l’affaire Michel NJINE GANGLEY _________________ 291
CONCLUSION DU CHAPITRE _____________________________________________ 294
CHAPITRE II : L’OPERATIONNALISATION DU REEQUILIBRAGE PAR
L’INVERSION DE LA CHARGE DE LA PREUVE _____________________________ 296
SECTION I - L’EXIGENCE GENERALE DE LA PREUVE A LA CHARGE DU
REQUERANT _________________________________________________________ 298
PARAGRAPHE I - L’INVOCATION DE L’ADAGE ACTORI INCUMBIT
PROBATIO __________________________________________________________ 299
A- La signification _________________________________________________ 299
1- La conception extensive _________________________________________ 300
2- La conception restrictive _________________________________________ 302
B- Les fondements _________________________________________________ 303
1- Les fondements textuels __________________________________________ 303
2- Les fondements jurisprudentiels ___________________________________ 306

PARAGRAPHE II - LE CHAMP D’APPLICATION DE L’ADAGE ET SES


CONSEQUENCES ___________________________________________________ 307
A- Le champ d’application __________________________________________ 308
1- Le contentieux de pleine juridiction comme cadre d’expression privilégié __ 308
2- Le contentieux de l’annulation comme cadre d’expression mesuré ________ 313
B- Les conséquences à l’égard des parties ______________________________ 318
1- L’irrecevabilité et le rejet de la demande au fond du requérant___________ 318
2- L’octroi d’un crédit à la légalité de l’acte administratif attaqué ou à
l’irresponsabilité de l’administration défenderesse ________________________ 320
SECTION II - LE RENVERSEMENT EXCEPTIONNEL DE LA PREUVE A LA
CHARGE DE L’ADMINISTRATION DEFENDERESSE_______________________ 321
PARAGRAPHE I - LA CONSECRATION ET LES MODALITES D’INVERSION _ 323
A- La consécration de l’inversion _____________________________________ 324
1- La consécration textuelle ________________________________________ 325

646
2- La consécration jurisprudentielle __________________________________ 326
B- Les modalités de l’inversion _______________________________________ 327
1- L’inversion a posteriori et explicite à travers des injonctions de procédure _ 327
2- L’inversion a priori et implicite à travers des présomptions de faute et des
preuves ante-judiciaires _____________________________________________ 330
PARAGRAPHE II - LE CHAMP D’APPLICATION ET LES IMPLICATIONS DE
L’INVERSION __________________________________________________________ 336
A- Le champ d’application __________________________________________ 336
1- Les recours en annulation comme cadre favorable ____________________ 336
2- Le contentieux de pleine juridiction comme cadre circonspect ___________ 337
B- Les implications de l’inversion ____________________________________ 339
1- L’atténuation de la difficulté de la preuve pour le requérant _____________ 339
2- L’imputation du risque de la preuve à l’administration _________________ 340
CONCLUSION DU CHAPITRE _____________________________________________ 342
CONCLUSION DU TITRE _________________________________________________ 343
TITRE II : LA PRESCRIPTION DES MESURES PARTICULIERES D’INSTRUCTION
________________________________________________________________________ 344
CHAPITRE I : LA PRESCRIPTION DE L’EXPERTISE ________________________ 348
SECTION I - L’ENONCIATION DU POUVOIR DU JUGE EN MATIERE
D’EXPERTISE ________________________________________________________ 353
PARAGRAPHE I - LA LIBERTE DE PRESCRIPTION DES MESURES
D’EXPERTISE __________________________________________________________ 353
A- Le principe de la faculté de prise des mesures d’expertise ______________ 353
1- La liberté de décision d’une expertise demandée par les parties __________ 353
2- La possibilité pour le juge d’ordonner d’office une expertise ____________ 354
B- L’appréciation souveraine de la demande d’expertise _________________ 355
1- Le pouvoir du juge sur le fond de la demande ________________________ 355
2- Le pouvoir du juge sur la forme de la demande _______________________ 356
PARAGRAPHE II - LA DIRECTION DU PROCESSUS EXPERTAL ____________ 357
A- Le prononcé de la décision et le déroulement des opérations ____________ 357
1- Le prononcé de la mesure ________________________________________ 358
2- Le déroulement des opérations ____________________________________ 361
B- La matérialisation de l’issue par la rédaction d’un rapport _____________ 361
1- La constitution du rapport d’expertise ______________________________ 362
2- La force probante ambivalente du rapport ___________________________ 365
SECTION II Ŕ L’ETENDUE DU POUVOIR DU JUGE EN MATIERE
D’EXPERTISE ________________________________________________________ 368
PARAGRAPHE I - LE PRINCIPE DE LA RELATIVITE DE L’EXPERTISE _ 369
A- La signification _________________________________________________ 369
1- L’appréciation libre de l’avis de l’expert ____________________________ 369
2- L’appréciation non arbitraire de l’avis de l’expert ____________________ 370
B- La justification _________________________________________________ 371
1- La soumission statutaire de l’expert ________________________________ 371
2- La subordination fonctionnelle de l’expert ___________________________ 375

647
PARAGRAPHE II - LES INFLEXIONS A LA RELATIVITE DE L’EXPERTISE
____________________________________________________________________ 378
A- Les inflexions procédurales _______________________________________ 379
1- La possibilité de contestation de la décision ordonnant l’expertise ________ 379
2- L’indépendance de l’expert à l’égard du juge ________________________ 381
B- Les inflexions de fond ____________________________________________ 382
1- La dépendance du juge à la vérité expertale pour dire le droit ___________ 383
2- La dépendance perceptible du juge à l’expertise dans certaines matières ___ 384
CONCLUSION DU CHAPITRE _____________________________________________ 387
CHAPITRE II : LA MOBILISATION DES AUTRES MESURES PARTICULIERES
D’INSTRUCTION ________________________________________________________ 388
SECTION I - LES MESURES D’ENQUETE ET D’AUDITION DES PARTIES __ 390
PARAGRAPHE I - LA PRISE DES MESURES ENQUETES _____________________ 391
A- Précision conceptuelle ____________________________________________ 391
1- La définition __________________________________________________ 391
2- Les caractères _________________________________________________ 393
B- Le développement de l’enquête ____________________________________ 394
1- La décision ordonnant l’enquête et ses formalités consécutives ___________ 395
2- La procédure proprement dite_____________________________________ 396
PARAGRAPHE II - L’ORDONNANCEMENT DE L’AUDITION DES PARTIES __ 397
A- L’appréhension notionnelle _______________________________________ 398
1- La signification ________________________________________________ 398
2- Les caractères _________________________________________________ 399
B- L’application de l’audition des parties ______________________________ 401
1- La présentation de la décision ordonnant l’audition et les conditions de
comparution ______________________________________________________ 401
2- Le déroulement de l’audition _____________________________________ 402
SECTION II - LES MESURES DE DESCENTE SUR LES LIEUX ET DE
VERIFICATION DES ECRITURES ______________________________________ 404
PARAGRAPHE I - L’EDICTION DE LA MESURE DE DESCENTE SUR LES LIEUX
________________________________________________________________________ 404
A- Présentation de l’objet et des traits caractéristiques ___________________ 405
1- L’objet _______________________________________________________ 405
2- Les traits caractéristiques ________________________________________ 408
B- La procédure ___________________________________________________ 409
1- La décision de la descente sur les lieux _____________________________ 409
2- Le procès-verbal de la descente ___________________________________ 410
PARAGRAPHE II - LA PRESCRIPTION DE LA VERIFICATION DES ECRITURES
________________________________________________________________________ 411
A- La conception et le régime ________________________________________ 412
1- La conception _________________________________________________ 412
2- Le régime _____________________________________________________ 413
B- Le champ d’application __________________________________________ 416
1- Les actes publics et authentiques __________________________________ 416
2- Les actes sous seing privé ________________________________________ 418
CONCLUSION DU CHAPITRE _____________________________________________ 420
CONCLUSION DU TITRE _________________________________________________ 421

648
CONCLUSION DE LA SECONDE PARTIE ___________________________________ 422
CONCLUSION GENERALE _______________________________________________ 424
Bibliographie ____________________________________________________________ 431
Annexes _________________________________________________________________ 476
LISTE DES ANNEXES ____________________________________________________ 477
Table des matières ________________________________________________________ 641

649

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