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86 Dictionnaire des mouvements sociaux

TOMBS Robert, La Guerre contre Paris, 1871, TRAUGOTT Mark (ed.), Repertoires and
Paris, Aubier, 1997. Cycles of Collective Action, Durham (N. C.),
Duke University Press, 1995.

Danielle Tartakowsky

Voir aussi
Cycle de mobilisation · Espace géographique et mouvements sociaux ·
Insurrections, émeutes · Répertoire d’action

Boycott
Le terme « boycott » trouve son origine dans l’Irlande de la fin du
XIXe siècle. C’est un leader nationaliste irlandais, Charles Stewart Par-
nell, qui propose une tactique de rupture de contact social pour
« punir » ceux qui compromettent la lutte pour une réforme agraire.
L’appellation vient du capitaine Boycott, propriétaire terrien visé par
ce mode d’action de mise en quarantaine par ses tenanciers et
employés, et par toute la population de son village, le contraignant
finalement à quitter son domicile pour s’enfuir en Angleterre. La
tactique se retrouve ensuite aux États-Unis dans les milieux des immi-
grés irlandais, d’abord, quand des travailleurs évitent leurs collègues
qui retournent au travail durant une grève. Des syndicats vont
reprendre la stratégie et viser des fabricants qui ne respectent pas
certaines normes de travail. L’étymologie révèle ainsi la proximité du
boycott avec la grève, puisque dans les deux cas, il s’agit d’un refus
de coopération. Dans l’affaire du capitaine Boycott, il s’agissait en
effet d’un évitement général de tout type d’échange, qu’il concerne
les relations de travail (ses employés faisant grève), marchandes (ne
plus lui vendre du pain) ou sociales (ne plus le saluer dans la rue).
Boycott 87

Par la suite, le terme de boycott est utilisé prioritairement pour dési-


gner les refus de relations marchandes ou de services, mais d’autres
usages continuent à exister, comme lorsqu’on parle par exemple de
boycott d’élections.
James Jasper (1997), en analysant le boycott des paysans irlandais
contre le capitaine Boycott, montre que celui-ci a pu être efficace
parce qu’il eut lieu dans une communauté restreinte, dense et unie,
capable de réprimer ceux qui faisaient défection. Les boycotts locaux
seraient donc plus efficaces parce qu’ils bénéficient d’une solidarité
culturelle qui permet la mobilisation et garantit en même temps le
contrôle social qui assure la participation suivie. Le bus boycott à
Montgomery en 1955, fameux épisode du mouvement pour les droits
civiques a, lui aussi, lieu dans une communauté dense et soudée. Cet
exemple révèle en outre l’importance des substituts aux produits ou
services boycottés pour le maintien du boycott dans la durée. C’est
seulement grâce à la mise en place d’un service de taxi que peut
s’expliquer le maintien du boycott pendant un an. Dans un autre
contexte, l’historien Lawrence B. Glickman (2005) montre la centra-
lité de produits de substitution : lors du boycott de la soie japonaise
durant les années 1930, les initiateurs du mouvement organisent des
événements où des actrices connues défilent avec des bas en laine
plutôt qu’en soie, afin de rendre plus attractif le produit de
substitution.

L’importance de la médiatisation
Si le boycott est donc l’abstention ou le refus d’un échange,
concertés, mais sans qu’il y ait coprésence, il ne se limite cependant
pas à la seule défection (exit), mais y allie une forme de prise de
parole (voice). Ainsi, pour Albert Hirschman, dans le cas du boycott,
« la menace de défection est effectivement mise à exécution, mais
c’est expressément dans le but d’amener un changement d’orienta-
tion au sein de l’organisation qui en fait l’objet » (Hirschman, 1995,
p. 137). Cela signifie que les raisons de l’exit doivent être communi-
quées, afin que le message puisse passer. C’est cet aspect de prise de
88 Dictionnaire des mouvements sociaux

parole sur lequel insiste la définition de Monroe Friedman qui pense


que la caractéristique principale des boycotts est leur médiatisation.
Pour lui, un boycott est « une tentative d’une ou plusieurs parties
d’atteindre des objectifs en poussant des consommateurs individuels
à s’abstenir de faire certaines acquisitions dans le marché »
(Friedman, 1999, p. 4). Le boycott consiste ainsi en premier lieu en
l’appel au boycott, et souvent il en resterait là : l’impact de la seule
annonce de boycott peut permettre d’atteindre les objectifs des ini-
tiateurs. L’importance de la médiatisation des boycotts a été
confirmée par des études empiriques. Une enquête de King (2008),
portant sur les boycotts rapportés dans la presse américaine entre
1990 et 2005, montre que les entreprises cibles de boycotts sont
davantage susceptibles de concéder aux revendications, lorsque le
boycott bénéficie d’une attention médiatique conséquente. Cet effet
est amplifié si la réputation de l’entreprise ciblée a décliné durant les
années précédentes. Les boycotts ont donc des effets lorsqu’ils met-
tent en péril la réputation d’une entreprise. Ce n’est pas tant la
menace économique (liée au processus de défection) qui compte,
mais la menace réputationnelle (liée au processus de prise de parole).
Les organisateurs à l’origine d’appels au boycott le savent et accom-
pagnent leurs appels généralement par de nombreuses autres actions
que Jasper (1997) appelle « tactiques d’accompagnement » – des modes
de protestation destinés à faire du bruit, susciter l’engagement et main-
tenir la motivation des boycotteurs. Dans le cas du bus boycott, par
exemple, des manifestations devant les tribunaux et des rassemble-
ments dans les églises sont organisés. Plus récemment, la campagne
de boycott international contre l’Afrique du Sud au début des
années 1990 s’appuya sur des comités locaux qui montèrent des stands
d’information sur les lieux de vente, voire empêchèrent les consom-
mateurs d’acheter des produits boycottés ; d’autres tactiques avaient
pour but de créer une solidarité pour la cause comme la création et
le port de badges et d’autocollants ou les manifestations anti-
Apartheid. Pour Jasper, ces tactiques d’accompagnement sont cruciales
parce qu’elles permettent une expression forte de l’indignation (1997,
p. 256). Ainsi, ce que l’on appelle un boycott est en réalité une
Boycott 89

campagne d’action composée d’une variété de modes d’action diffé-


rents. C’est cela qui permet d’être visible et éventuellement d’obtenir
des concessions.

Usages du boycott
Au moment de son émergence, le boycott est une « arme des
faibles » (Scott, 1985), une forme de résistance passive qui peut dif-
ficilement être combattue par les autorités. On trouve de nombreux
exemples d’utilisations de boycott par des groupes dominés : le mou-
vement indépendantiste de Gandhi, les protestations des Noirs contre
l’Apartheid en Afrique du Sud, ou le mouvement des droits civiques
aux États-Unis. Mais si les populations à faibles ressources se servent
du boycott pour appuyer leurs revendications parce que ce mode
d’action est à leur portée, il peut aussi être un moyen de stigmatisa-
tion et d’oppression, comme dans le cas du boycott des magasins
juifs en Allemagne durant les années 1930. Loin d’être exclusivement
une arme des faibles, le boycott est donc une façon de protester qui
peut servir tous les groupes et toutes les causes possibles, qui peut
s’adresser à une multiplicité de cibles, et dont l’usage varie selon les
contextes nationaux. On voit ainsi que si le boycott est fortement
ancré dans les répertoires d’action aux États-Unis ou en Angleterre,
il reste rarement utilisé (et étudié) en France, malgré un usage crois-
sant du répertoire de la consommation engagée. Ce faible ancrage du
boycott en France par rapport à d’autres pays a été expliqué par la
législation très favorable aux entreprises s’estimant victimes de désin-
formation, la différence entre les cultures protestante et catholique,
ou encore le fait que la forte tendance centralisatrice ferait qu’en
France la responsabilité individuelle serait moins développée et les
modes d’action s’appuyant sur les consommateurs moins légitimes
(Trautmann, 2004).
Concernant la diversité des cibles et les causes des boycotts
contemporains, une enquête récente (Makarem et Jae, 2016) peut
donner quelques indications. Elle est fondée sur une analyse de
messages Twitter relayant des appels au boycott. Portant sur un
90 Dictionnaire des mouvements sociaux

échantillon de 1 422 tweets en anglais envoyés pendant un mois


durant l’année 2013, cette étude donne à voir une image très diver-
sifiée des boycotts. Diversité des causes d’abord : alors qu’un quart
des boycotts sont liés à des décisions stratégiques des entreprises (par
exemple, une augmentation de prix ou un mauvais service client), la
plupart des autres boycotts concernent des enjeux sociaux et politi-
ques comme les droits humains, le conflit israélo-palestinien, ou
l’éthique animale. Ensuite, cette enquête montre que dans plus de
deux tiers des cas, ce sont des entreprises (y compris les médias) qui
sont visées par les messages de boycott, alors que près de 20 % concer-
nent des régions géographiques. Et finalement, sans l’évoquer expli-
citement, l’étude révèle un dernier aspect de la diversité d’usage du
boycott. Il est fort à parier que parmi la multitude de messages de
boycott analysés, il y en a qui s’inscrivent dans des campagnes for-
tement appuyées, alors que d’autres proviennent d’actions indivi-
duelles plus ou moins spontanées. L’étude ne permet pas de
différencier entre les deux mais saisit ainsi une caractéristique essen-
tielle du boycott. Si son aspect visible et efficace est constitué par les
grandes campagnes de boycotts ayant fait histoire (Afrique du Sud,
Shell, bus boycott, etc.), et si ce sont ces boycotts-là qui sont les plus
susceptibles d’avoir des effets, il ne faut pas oublier les innombrables
instances de boycott individuel attestant autant de manières de
s’exprimer personnellement en refusant d’acheter tel ou tel produit
pour des motifs variés.

Bibliographie
FRIEDMAN Monroe, Consumer Boycotts. JASPER James M., The Art of Moral Protest,
Effecting Change Through the Marketplace Chicago (Ill.), University of Chicago Press,
and the Media, Londres, Routledge, 1999. 1997.
GLICKMAN Lawrence B., « “Make Lysle the KING Brayden, « A Political Mediation Model
Style”. The Politics of Fashion in the Japa- of Corporate Response to Social Movement
nese Silk Boycott, 1937-1940 », Journal of Activism », Administrative Science Quar-
Social History, 38 (3), 2005, p. 573-608. terly, 53 (3), 2008, p. 395-421.
HIRSCHMAN Albert, Défection et prise de
parole, Paris, Fayard, 1995.
Carrière militante 91

MAKAREM Suzanne C. et JAE Haeran, TRAUTMANN Flore, « Pourquoi boycotter ?


« Consumer Boycott Behavior : An Explora- Logique collective et expressions indivi-
tory Analysis of Twitter Feeds », Journal of duelles : analyse de systèmes de représen-
Consumer Affairs, 50 (1), 2016, p. 193-223. tations à partir du cas Danone », Le
SCOTT James C., Weapons of the Weak. Mouvement social, 207, avril-juin 2004,
Everyday Forms of Peasant Resistance, p. 39-55.
New Haven (Conn.), Yale University Press,
1985.

Philip Balsiger

Voir aussi
Analyse des cadres · Consommation engagée · Grève · Marché et
mouvements sociaux · Médias · Répertoire d’action

Carrière militante
Depuis une vingtaine d’années, la sociologie du militantisme a été
profondément renouvelée par une conception du militantisme
comme activité sociale inscrite dans le temps, et qui articule des
phases d’enrôlement, de maintien de l’engagement et de défection
(Fillieule, 2001 ; Fillieule et Neveu, 2019 ; Agrikoliansky, 2017). D’où
le recours à l’expression de carrière militante qui renvoie directement
à la tradition interactionniste de l’École de Chicago.

La notion de carrière
La notion de carrière est mise en œuvre par Everett Hughes (1958)
pour appréhender les étapes d’accès et d’exercice d’une profession
comme une suite de changements objectifs de positions et la série
des remaniements subjectifs qui y sont associés. Comme le souligne

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