Dalet Thomas 2004
Dalet Thomas 2004
Thèse
Présentée à
L'UNIVERSITÉ BORDEAUX 1
ÉCOLE DOCTORALE DES SCIENCES CHIMIQUES
DOCTEUR
SPÉCIALITÉ : POLYMÈRES
*********************
Après avis de :
Mr. F. PÉRUCH Chargé de Recherche, Institut Charles Sadron, Strasbourg Rapporteur
Mme. M. R. RIBEIRO Professeur, Instituto Superior Técnico de Lisbonne Rapporteur
- 2004 -
À la mémoire de mon père
Et de mes grands-parents
À ma mère, mon frère, Flo et à ma marraine pour leur aide et leur soutien.
Ces trois années de recherche ont été effectuées au sein du Laboratoire de Chimie des
Polymères Organiques (LCPO).
Je tiens tout d’abord à remercier son directeur, Monsieur Yves Gnanou, de m’avoir permis
d’intégrer son laboratoire.
Je souhaite remercier sincèrement mon directeur de thèse, Monsieur Alain Deffieux, pour
avoir suivi et orienté ces travaux.
Je ne peux oublier de remercier également Monsieur Henri Cramail, mon directeur de thèse
« officieux », pour l’intérêt qu’il a porté à mes recherches et ses nombreux conseils.
En dehors de leurs compétences scientifiques, j’ai su apprécier leur bonne humeur, leur
soutien et leur disponibilité pendant ces trois années. J’ai particulièrement apprécié la
confiance et la liberté qu’ils m’ont accordées.
Qu’ils trouvent en ces quelques mots ma sincère reconnaissance.
Bien sûr, je n’oublie pas l’ensemble du personnel du LCPO, sans lesquels ce séjour n’aurait
pas été aussi agréable. En particulier, j’aimerais remercier Nicole, Mimi et Michel, Sophie,
Manu (vive la GPC HT!), Nico (y’a foot Jeudi?), Juanito (belle chemise) et surtout Éric (dit
« la cloute »).
Bien sûr, en trois ans, j’ai eu l’occasion de rencontrer beaucoup de personnes avec lesquelles
j’ai pu partager de nombreux moments de complicité. Alors un grand merci à mes petits
camarades de laboratoire :
Honneur aux anciens : les Chécot-Moinard (Fred et Delphine), le Juju baroudeur (Julien) ,
Patrick dit « Le Nonier » (vive les machos !), Abraham (le Sage), la blonde Céline, Arnaud (le
Patrick Vieira du labo), le Damien Berthier, J2M, la fondation Bergeot, Jeannot et Alex (le
poète).
Je suis obligé de finir par la fine équipe de mon bureau et de mon laboratoire ; cette
complicité et les nombreuses crises de rire resteront gravées dans ma mémoire :
Cédric « Papy » Dever (mon maître), Pierrot « le fou » (non, pas la raquette !), mon pote
Rachid (t’as le bonjour de Skweeny la pieuvre…), Anne qui n’a pas eu d’autre choix que de
nous supporter, Huaxiang mon chinois préféré (free Tibet !), Jan, l’homme qui n’a jamais
froid et enfin Éric (ça fait deux fois que je le cite, mais c’est un gars qui en vaut vraiment la
peine).
Toutes ces personnes de qualité m’ont permis de passer ces trois ans de thèse dans une
ambiance formidable.
TMA Triméthylaluminium
AB Acide benzoïque
BZ Benzophénone
CES Chromatographie d’exclusion stérique
CDCl3 Chloroforme-D
Met Métal
UV Ultraviolet
MAO Méthylaluminoxane
MAOcom Méthylaluminoxane commercial
PE Polyéthylène
PH Polyhexène
RMN Résonance Magnétique Nucléaire
IP Indice de polymolécularité
Mw Masse molaire moyenne en masse
Nous serait-il possible de vivre aujourd’hui sans les polymères et les matériaux qui en sont
issus? Légers et « résistants » à la fois, employés pour des applications multiples, ils sont
partie intégrante de notre vie au quotidien. Avec une production de plusieurs dizaines de
millions de tonnes chaque année, ils représentent un secteur majeur de l’économie.
Correspondant approximativement à 70% du volume total des « matières plastiques » avec
une production respective d’environ 60 et 35 millions de tonnes, le polyéthylène et le
polypropylène sont les polymères de commodité les plus utilisés de nos jours. Il y a cinquante
ans, ces derniers ne contribuaient pourtant qu’à environ 5% du tonnage global des polymères.
Leur incessante progression est due à des progrès scientifiques et technologiques continus
depuis 50 ans. La première avancée fut la découverte, dès les années 50, de la polymérisation
par coordination à partir de catalyseurs « Ziegler-Natta », généralement composés d’un métal
de transition du groupe IV à XIII activé par un dérivé aluminique (typiquement AlRxCl(3-x)).
Ceux-ci ont permis les premières synthèses de polyéthylène linéaire haute densité puis de
polypropylène isotactique cristallin. Jusqu’au début des années 80, l’amélioration constante
de ces systèmes catalytiques a permis de développer un marché alors inexistant.
Une autre étape majeure a été l’apparition d’un nouvel activateur aluminique permettant
d’atteindre des rendements catalytiques jusqu’alors insoupçonnés. Découvert en 1977 à
l’université de Hambourg, par Walter Kaminsky et Hansberg Sinn, le méthylaluminoxane
(MAO), issu de l’hydrolyse partielle du triméthylaluminium, a relancé l’intérêt de la catalyse
de coordination ouvrant le champ de la catalyse par les métallocènes.
Comparés aux catalyseurs Ziegler-Natta conventionnels, les métallocènes présentent, une fois
activés, un site unique de coordination ainsi qu’une géométrie bien définie permettant
d’élaborer des polymères et des copolymères homogènes à structures variées. Ce n’est
qu’avec la découverte du MAO que ces spécificités ont pu être exploitées. Ainsi, ces vingt
dernières années ont vu apparaître un nombre sans cesse croissant de nouveaux dérivés
métallocène dont la structure de mieux en mieux contrôlée a permis d’accéder à des
polyoléfines toujours plus performantes, tels le polypropylène syndiotactique et le polystyrène
syndiotactique qui figurent au rang des matières plastiques de demain. Pourtant, la production
de polyoléfines par catalyse métallocène ne représente encore qu’une infime partie de la
production mondiale. Ceci est en partie dû au coût encore élevé des métallocènes et du MAO.
Outre le prix, des quantités importantes de MAO ([MAO]/[Met]> 2000) sont nécessaires pour
activer les métallocènes. Ces rapports élevés rendent l’étude et l’utilisation de ces systèmes
catalytiques peu aisées, d’autant plus que la structure même du MAO n’a toujours pas été
totalement élucidée. C’est en partant de ce constat que cette thèse a été initiée. Les travaux
réalisés s’articulent autour de trois axes principaux. En premier, la synthèse contrôlée par voie
non-hydrolytique de composés aluminiques de structure proche de celle du MAO a été
examinée dans la seconde partie de ce mémoire. L’utilisation de ces dérivés en tant
qu’activateur potentiel des métallocènes a ensuite été étudiée par une approche
spectroscopique dans la troisième partie afin de mieux comprendre les différents processus
occurrents. Enfin, en dernière partie, des mesures directes d’activité catalytique en
polymérisation des oléfines ainsi que l’analyse des caractéristiques des polymères obtenus ont
été effectuées à partir de ces systèmes. Les résultats obtenus ont permis de dégager plusieurs
paramètres importants de la catalyse de polymérisation par les dérivés de transition en
particulier au niveau des processus d’activation par des composés aluminiques.
Sommaire
Première Partie :
Étude Bibliographique
A. La genèse ....................................................................................................................... 3
a
C.1.iii. Activation par d’autres dérivés borés .......................................................... 26
C.2. Activation par le méthylaluminoxane .................................................................. 27
C.2.i. Synthèse du MAO ......................................................................................... 27
x Hydrolyse du triméthylaluminium (TMA) ........................................................ 27
x Voie non hydrolytique ...................................................................................... 28
C.2.ii. Caractérisation du méthylaluminoxane hydrolytique .................................. 30
x Masse molaire .................................................................................................. 30
x Etude du MAO par spectroscopie infra-rouge ................................................. 30
x Etudes du MAO par résonance magnétique nucléaire (RMN) ........................ 32
x Etude du MAO par spectrométrie de masse..................................................... 33
x Etude du MAO par diffraction des rayons X (RX) ........................................... 34
x Etude du MAO par modélisation...................................................................... 35
x Détermination du taux de TMA et de son influence ......................................... 37
C.2.iii. Les MAO « modifiés » et autres aluminoxanes ............................................ 38
C.2.iv. Conclusions .................................................................................................. 40
C.2.v. Analyse des systèmes catalytiques métallocène/MAO ................................. 41
x Le processus de méthylation ............................................................................ 41
x Le processus de cationisation .......................................................................... 42
x Influence du rapport [MAO]/[Met].................................................................. 44
x Influence de la température de polymérisation................................................ 46
x Influence du solvant de polymérisation............................................................ 46
C.3. Comparaison entre les activateurs borés et le méthylaluminoxane...................... 48
E. Conclusion................................................................................................................... 59
b
Deuxième Partie :
Synthèse de nouveaux activateurs pour la catalyse Ziegler-Natta
c
Troisième Partie:
Étude de l’activation de rac-Et(Ind)2ZrCl2 par spectroscopie UV-visible
d
Quatrième Partie :
Polymérisation des oléfines en présence de catalyseurs activés par des
par les nouveaux composés aluminiques
………………………………………Conclusion générale……….……………………169
Techniques expérimentales………………………………………………………………..175
e
Étude bibliographique
Première Partie :
Étude bibliographique
1
Étude bibliographique
A. La genèse
3
Étude bibliographique
Malgré ces nombreuses améliorations, ces systèmes catalytiques contiennent plusieurs types
de sites actifs de réactivité différente. Cette caractéristique conduit à des polymères d’indice
de polymolécularité élevé ainsi qu’à des copolymères dont la distribution des unités co-
monomères est hétérogène entre chaînes. Ce manque d’uniformité altère certaines propriétés
des polymères obtenus. Par ailleurs, l’activité catalytique est fortement dépendante de la
nature du monomère : une brutale chute de celle-ci est observée dans le cas d’oléfines
encombrées.
L’emploi des catalyseurs à base de métallocènes a permis d’apporter des améliorations
significatives sur ces différents points.
Les premiers métallocènes sont apparus dès le début des années 50[5, 6]. L’un des premiers, le
dichlorure de dicyclopentadiényle titane (voir Schéma 1), fut d’abord utilisé comme un
catalyseur Ziegler-Natta classique dans le but d’élucider les mécanismes élémentaires de
polymérisation des oléfines. En effet, ce catalyseur, activé par un dérivé aluminique
(AlRxX3-x) présente une très faible activité catalytique ; le mécanisme d’insertion s’effectuant
un million de fois plus lentement comparé aux catalyseurs Ziegler classiques de l’époque, il
permet ainsi d’observer beaucoup plus facilement le processus d’insertion de l’oléfine.
Cl
Ti
Cl
De ce fait, l'association des métallocènes et des dérivés aluminiques classiques est longtemps
restée confinée à des études académiques. Ce n’est qu’au début des années 70 que la catalyse
par les métallocènes a connu un développement important suite aux travaux de Reicher et
Meyer[7]. Ils purent en effet constater que l’ajout d’eau en quantité catalytique au système
titanocène Cp2TiCl2/EtAlCl2 augmentait de façon considérable l’activité catalytique (environ
d’un facteur 100). Le même phénomène fut observé par Long et Breslow[8] pour le système
Cp2TiCl2/Me2AlCl. L’étape décisive fut franchie par Kaminsky et Sinn, qui établirent par la
4
Étude bibliographique
Cl Zr Cl
Zr
Cl Cl
Suite logique à ces études, on dispose maintenant d’une connaissance et d’un savoir faire tel
qu’il est possible de moduler la géométrie d’un métallocène pour contrôler la tacticité d’un
polymère.
Contrairement aux catalyseurs Ziegler-Natta conventionnels, les métallocènes ont pour eux
l’avantage d’une structure bien définie. Il en découle une unicité de structure des sites actifs,
une fois le catalyseur activé. Cette particularité permet de préparer des polymères présentant
5
Étude bibliographique
de fusion élevée (TF | 270°C) et vitesse de cristallisation rapide _ en font un concurrent direct
des polyamides.
Dans l’objectif d’améliorer les propriétés des polyoléfines, il est indispensable de pouvoir
associer aux oléfines des co-monomères fonctionnels comme les diènes ou les monomères
polaires. C’est dans ce but que les chimistes organométalliciens ont conçu de nouveaux
ligands, autres que les ligands cènes caractéristiques des métallocènes, pour « habiller » divers
métaux de transition.
Dans les années 90 est apparue pléthore de nouveaux catalyseurs monosites recouvrant une
gamme étendue de métaux puisqu’ils concernent (principalement) les composés de la colonne
IV à la colonne X. L’entrée en scène de complexes à base de métaux de transition situés à
droite de la classification périodique a changé la donne quant à l’incompatibilité des
molécules polaires avec les systèmes de polymérisation. En effet, les métaux des colonnes de
gauche de la classification périodique (Ti, Zr) sont des acides « durs » qui ont une affinité
avec les bases « dures », notamment les composés porteurs d’hétéroatomes. Dès lors,
l’utilisation de monomères polaires est exclue ; les catalyseurs issus de ces métaux ayant une
forte tendance à se lier de manière irréversible à ces derniers. A l’opposé, les métaux
« mous » de la droite de la classification (Fe, Ni, Pd) sont dans la situation inverse et
présentent plus d’affinité pour les alcènes, considérés comme des bases molles. Cette avancée
résulte de la mise au point de nouveaux types de ligands spécifiques. Ceux-ci ont en commun
la présence d’hétéroatomes, oxygène ou azote, liés au métal par leur doublet électronique libre
ou par une liaison covalente directe. Tout comme dans le cas des métallocènes (zirconocène et
titanocène), les différents groupements portés par ces ligands ont une grande influence sur
l’activité catalytique et les caractéristiques des polymères obtenus. En 1995, Brookhart décrit
l’emploi d’un catalyseur très actif à base de nickel porteur d’un ligand D-diimine, conduisant
à la formation de polyéthylène de structure très ramifiée[13]. Ce même auteur a également
réalisé la première copolymérisation de l’éthylène avec des acrylates en utilisant un complexe
à base de palladium complexé par le même ligand diimine[14-16]. La structure de ces deux
complexes est représentée Schéma 3.
6
Étude bibliographique
R1 R1
R R
R3 N N R3
Met
X X
R2 R2
Met : Ni ou Pd
En 1998, Brookhart et Gibson ont décrit indépendamment une nouvelle série de catalyseurs à
base de fer liés à des ligands imino-pyridine[17, 18]
. Ces nouveaux systèmes présentent une
activité catalytique comparable à celle des métallocènes. Plus récemment, des complexes
porteurs d’un nouveau type de ligand, les ligands phénoxy-imines, sont apparus. Wang
rapporte que le nickel, associé à ce type de ligand, forme un catalyseur très actif vis-à-vis de
la polymérisation de l’éthylène[19]. Doublement lié au zirconium (Schéma 4), ce même ligand
conduit à des catalyseurs capables de produire des polyéthylènes de masses molaires très
élevées et ce, avec une activité catalytique supérieure à celle des métallocènes[20]. Un tel
catalyseur, dont le métal central appartient au groupe IV, est aussi appelé « catalyseur FI », du
japonais « Fenokishi-Imin Haiishi ».
R
Cl
N Zr
Cl
2
O
R'' R'
7
Étude bibliographique
8
Étude bibliographique
Bien que découverts depuis un demi-siècle, les mécanismes mis en jeu lors de la
polymérisation des oléfines par les catalyseurs Ziegler-Natta ne sont toujours pas totalement
élucidés. Ce n’est pas totalement surprenant au regard de la complexité de ces systèmes. Il est
pourtant maintenant admis que l’addition du monomère dans la chaîne active s’effectue par
une étape de coordination de l’oléfine sur une lacune électronique du métal suivie de son
insertion dans la liaison métal-carbone.
Un des modèles les plus couramment utilisés pour décrire cette réaction est celui proposé par
Cossee[25] et Arlman[26] au début des années 60 (Schéma 5).
R
Mt Mt Mt R
CH3 CH3 C
H3
coordination état de transition
R
CH3 n CH3
Mt Mt
n+1
R R
insertion
9
Étude bibliographique
C
C Met
CH
Met H
H
Ces liaisons agostiques, d’énergie supérieure à une liaison de Van der Walls, permettent la
stabilisation de la lacune électronique du métal actif et facilite les étapes de coordination et
d’insertion de l’oléfine (Schéma 7).
H CH H CH H CH
CH2
CH2 CH2
M et + M et M et
CH2
CH2 CH2
H 2C
H 2C
CH2
CH2
M et
M et CH
CH
H
H
Schéma 7: Mécanisme de polymérisation proposé par Brookhart et Green dans le cas d’une
interaction de type D - agostique
10
Étude bibliographique
A l’exception de certains systèmes monosites apparus à partir de la seconde moitié des années
90, la polymérisation des D-oléfines par les métallocènes et les catalyseurs Ziegler – Natta
classiques ne présente pas de caractère vivant. La responsabilité incombe aux diverses
réactions de transfert de chaînes qui limitent les masses molaires des polymères et entraînent
une augmentation de l’indice de polymolécularité. En l’absence de transfert et de
l’intervention d’un processus à caractère vivant, le terme catalyse n’est plus approprié et l’on
doit alors parler d’amorçage car il y aura autant de chaînes polymères que de complexes
activés.
Les réactions de transfert traduisent une certaine instabilité des espèces actives. Elles sont
principalement de trois types différents : élimination d’un groupe en E de la chaîne en
croissance (E-élimination), transfert au co-catalyseur et transfert au monomère.
11
Étude bibliographique
C E- hydrure élimination C
Met C Met-H + C
H CH3 CH3
C E- méthyle élimination C
Met C Met-Me + C
Me H H
Al R
R transfert à CH2
CH2
R2Al + Met-R
Met
l'aluminium
12
Étude bibliographique
R R R
CH2 CH2
Met C Met C CH2 C
+ H H +
H2C CH2
H2C CH
Met CH2
CH
R
R
R
Ce mécanisme de transfert substitue la chaîne en croissance sur le métal par la forme alkyle
de l’oléfine.
Historiquement, le terme métallocène a été utilisé pour la première fois en 1952 dans le cas du
dicyclopentadiényle fer. Ce ferrocène, dont la structure S-coordinée fut démontrée pour la
première fois par Wilkinson[5] et Fisher[6], se compose d’un atome central de Fer entouré par
deux groupements cyclopentadiényle. Par extension, cette terminologie fut appliquée aux
composés constitués d’un métal de transition central de la colonne III (Y, La, Sm, Yb) et IV
(Zr, Ti, Hf) lié à différents types de ligands. Contrairement à la plupart des composés
organométalliques qui ont tendance à saturer leur couche de valence par 18 électrons, les
métallocènes sont, pour des raisons essentiellement stériques, stables avec seulement 16
électrons de valence. En polymérisation des oléfines, les métallocènes appartiennent
généralement au groupe IV ; le métal de transition possède alors 4 électrons de valence ; les
12 électrons manquants sont apportés par deux types de ligands :
- les ligands de forte hapticité : ce sont des ligands aromatiques (ligands cènes)
d’hapticité 5 (ligands L2X : K5), tels le cyclopentadiényle (Cp), l’indényle (Ind) ou le
fluorényle (Fluo). Il est possible de greffer divers groupements sur ces ligands qui
13
Étude bibliographique
vont alors pouvoir influencer la densité électronique du métal ainsi que son
environnement stérique.
- les ligands de faible hapticité : il s’agit la plupart du temps des ligands chloro (Cl) ou
méthyle (CH3) d’hapticité 1 (ligands X : K1).
La structure type d’un métallocène du groupe IV est représentée Schéma 11.
Les particularités structurales des métallocènes leur confèrent des propriétés que les
catalyseurs ZN classiques n’ont pas. Outre le fait qu’ils ont la spécificité d’être des
catalyseurs homogènes en milieu réactionnel, leur principal atout est de présenter un unique
site actif. Cette différence permet, entre autre, d’obtenir des polymères avec une distribution
des masses étroite et une incorporation homogène d’un comonomère. Dans le cas de
catalyseurs classiques, coexistent plusieurs types de sites actifs qui ne possèdent pas les
mêmes environnements aussi bien électronique que stérique. De ce fait, ces différents sites ne
présentent pas la même réactivité vis à vis du monomère et il en découle donc une distribution
des masses molaires large.
La grande diversité d’assemblage et de construction est la seconde force des métallocènes.
L’introduction de ligands spécifiques peut conférer au métallocène une géométrie particulière
et lui attribuer un caractère stéréospécifique. Ainsi, les premiers métallocènes isospécifique
(rac-Et(Ind)2ZrCl2, Brintzinger[11]) et syndiospécifique (iPr(Cp)(Fluo)ZrCl2, Ewen[12]) ont
pour particularité un pont reliant les ligands L2X (ansa – métallocène, voir le Schéma 2). Ces
ponts confèrent au métallocène une structure rigide et imposent une symétrie particulière des
sites de polymérisation une fois le catalyseur activé. Nous verrons par la suite que l’activation
14
Étude bibliographique
d’un métallocène se fait par abstraction d’un de ses ligands de faible hapticité. Dès lors, deux
sites de coordination sont possibles et la rigidité imposée pour les ansa – métallocènes peut
entraîner une symétrie incitant la stéréosélectivité. En fonction de leur organisation spatiale,
Farina[39, 40] a établi une classification des métallocènes (voir Schéma 12).
X M et X X M et X
C 2v Cs
E x : C p 2 Z rC l 2 E x : m é s o -E t(In d ) 2 Z rC l 2
C2 Cs C1
Me
X M et X X M et X X M et X
Les catalyseurs de symétrie C2 sont dits isospécifiques. En effet, une fois activé, le
métallocène montre une homotopie des sites de coordination. Cela signifie que tous ces sites
présentent des environnements électroniques et stériques identiques, comme le montre le
Schéma 13.
Zr Zr
Schéma 13: Homotopie des sites de coordination pour le métallocène rac-Et(Ind)2ZrCl2 (C2)
Cette homotopie des sites n’est pas l’élément déterminant permettant d’accéder à des
polymères isotactiques. En effet, lors du mécanisme de coordination sur le métallocène, il
existe deux configurations possibles de l’oléfine notée Si ou Re en fonction de l’orientation de
la face prochirale du monomère (CH2=CH-R) (voir Schéma 15).
15
Étude bibliographique
sites Zr
Zr
énantiomères
Schéma 14: Enantiomérie des sites de coordination pour le métallocène iPr(Cp)(Fluo)ZrCl2 (Cs)
16
Étude bibliographique
Position Si Position Re
R
Zr Zr
R
Zr Zr
Zr activation Zr Zr
Cl Cl
17
Étude bibliographique
Cl
Cl
Ti Ti
Cl Cl
A l’opposé, la création de ponts entre les ligands aromatiques permet une augmentation de
l’espace de coordination entraînant un taux d’incorporation de l’D-oléfine dans le copolymère
plus important. Plusieurs résultats expérimentaux illustrant ces phénomènes sont regroupés
dans le Tableau 2.
18
Étude bibliographique
Cp2ZrCl2 50 48 0,015
(Me2Si)Cp2ZrCl2 50 24 0,03
Effet du pont
Et(Ind)2ZrCl2 50 6 0,06
Tableau 2: Influence des ligands et de la présence d’un pont dans le cas d’une
copolymérisation éthylène-propylène
De plus, comme déjà évoqué précédemment, la présence d’un pont peut permettre d’obtenir
un copolymère ayant une tacticité définie.
Les métallocènes du groupe IV (Ti, Zr, Hf) sont les plus couramment utilisés pour la
polymérisation des oléfines. Ces trois métaux de transition ayant des structures électroniques
différentes, les activités catalytiques des métallocènes correspondant sont par conséquent
différentes. Kaminsky et al. ont démontré que pour les systèmes Cp2Met(CH3)2 / MAO
(Met= Ti, Zr, Hf), le catalyseur à base de zirconium montrait une meilleure activité
catalytique[45] que ceux à base de titane ou d’hafnium, particulièrement pour des températures
de polymérisation dépassant les 50°C. Ce résultat est aussi rapporté par Gianetti[46]. Chien et
al. attribuent cette différence au nombre de centres actifs plus importants dans le cas des
catalyseurs à base de zirconium[47]. Cela explique que les métallocènes à base de zirconium
(zirconocènes) sont les plus couramment utilisés en polymérisation des oléfines.
19
Étude bibliographique
Si la nature du métal central est essentielle, son environnement aussi bien électronique que
stérique reste un élément qui influence très fortement l’activité catalytique globale. Ces deux
paramètres doivent donc être pris en compte quant au choix des différents ligands entourant le
métal[48-60]. Il est à vrai dire impossible de faire un recensement de tous les ligands et de leur
influence sur l’activité catalytique tant le développement de nouveaux métallocènes, par
conséquent de nouveaux ligands, n’a jamais cessé depuis une vingtaine d’années. Il est
pourtant possible de dégager quelques généralités. Ainsi, il est démontré que l’ajout de
substituants électro-donneurs, tels les alkyles, sur les ligands aromatiques, permettait
d’augmenter l’activité du catalyseur[48, 61, 62]
. Ceci s’explique par une augmentation de la
densité électronique sur le métal de transition, ce qui affaiblit la liaison métal-carbone et
favorise ainsi l’insertion de l’oléfine. Cet effet peut être contre-balancé par la gêne stérique
occasionnée par le ligand et ses substituants ; l’accès de l’oléfine au site catalytique peut alors
être défavorisé, ce qui se caractérise par une diminution de l’activité catalytique[43, 48, 63-65].
Une étude de Spaleck[66], portant sur l’utilisation de nombreux catalyseurs, montre que
l’activité catalytique peut être très bien expliquée seulement par les effets électroniques, alors
que les effets stériques auront une plus grande répercussion sur la structure même du
polymère (masse molaire et tacticité).
20
Étude bibliographique
Dans le but de mieux comprendre les mécanismes mis en jeu lors de la polymérisation des
oléfines par les catalyseurs métallocènes, des recherches ont été effectuées permettant
d’obtenir une espèce active isolable et de structure caractérisable. Il fallut donc s’orienter vers
des composés capables de créer une lacune électronique sur le métal de transition ; les travaux
ont donc porté sur les acides de Lewis et plus précisément sur les dérivés borés. Il a ainsi été
montré que certains organoboranes[67, 68]
et organoborates[69, 70]
permettent l’activation des
métallocènes, dans le cas où ces derniers sont porteurs de ligands X alkyle. L’utilisation de
tels activateurs a permis l’isolation et la caractérisation des espèces actives.
Les dérivés cités précédemment ne sont capables d’activer que les métallocènes dialkylés (ou
dibenzylés). Malheureusement, la sensibilité de ces catalyseurs diméthylés est bien plus
importante que celle de leurs homologues dihalogénés. En effet, ils se décomposent très
facilement en présence d’eau, d’air ou même à la lumière. Ceci est un facteur limitant
l’utilisation de tels systèmes, particulièrement à l’échelle industrielle. Pourtant, contrairement
au méthylaluminoxane, la réaction de ces organoborates et organoboranes avec les
métallocènes est stoechiométrique ; une molécule de co-catalyseur permet l’activation d’une
21
Étude bibliographique
molécule de métallocène. Dès lors, l’analyse de tels systèmes est rendue aisée et des
paramètres influençant l’activité catalytique, la stabilité des centres actifs ou encore la
stéréorégulation ont pu être établis.
L’activation des métallocènes par les dérivés borés génère des paires d’ions mono-métalliques
du type [Met]+ [B] - . La réaction stœchiométrique entre plusieurs zirconocènes porteurs de
ligands cyclopentadiényle substitués et B(C6F5)3 a été effectuée par Marks[67] ; l’analyse par
diffraction des rayons X des complexes isolés montre clairement le caractère ionique du
zirconocène. La Figure 1 représente les résultats obtenus pour les complexes
+
(Me2C5H3)ZrMe , MeB(C6F5)-3 et (Me5C5)2ZrMe , +
MeB(C6F5)-3 .
La comparaison des longueurs de liaison entre l’atome de zirconium et les deux groupements
méthyle les plus proches montre une différence notable. La distance la plus petite désignant le
méthyle lié de façon covalente ; la plus grande étant attribuée au méthyle le plus proche porté
par l’atome de bore. De même, la distance entre l’atome de zirconium et l’atome de bore ont
pu être relevées (voir le Tableau 3). Une plus grande séparation entre ces deux espèces peut
être expliquée par une faiblesse de l’interaction coulombienne ou une augmentation des
répulsions stériques.
22
Étude bibliographique
Cp2ZrMe2 2,280
L’existence de paires d’ions bi-métalliques a aussi été observée. Leur formation est fortement
dépendante du rapport Met/Bore ; les espèces mono-métalliques étant obtenues
majoritairement pour des rapports proches de l’unité alors que les espèces bi-métalliques sont
généralement obtenues pour des rapports proches de 2. Ces différentes espèces ont pu être
identifiées par analyses RMN[71, 72]
. De cette manière, il a été montré que l’espèce bi-
métallique obtenue dans la cas de la réaction entre Cp2ZrMe2 et [Ph3C]+[B(C6F5)4]- (R=2)
pouvait se décomposer en espèce mono-métallique sous l’effet de l’augmentation de la
température (voir le Schéma 19).
Me Me
T
Zr Zr , [MeB(C6F5)3]- Zr , [MeB(C6F5)3]-
Me
Me
23
Étude bibliographique
La forte instabilité des métallocènes activés par les dérivés borés est un vrai problème. Les
facteurs influençant la durée de vie sont principalement la nature des ligands du métal, mais
aussi la nature de son contre-ion. Pour exemples, les métallocènes Cp2ZrCl2 et Cp*2ZrMe2
activés par B(C6F5)3 sont stables pendant des jours à température ambiante, alors que
[(1,3-SiMe3)2Cp]2ZrMe2 activé dans les mêmes conditions est dégradé en une journée par
[67]
redistribution des ligands pour donner [(1,3-SiMe3)2Cp]2ZrMe(C6F5) et MeB(C6F5)2 . De
même, il a été montré que le métallocène {(1,3-tBu)2Cp}2ZrMe2 traité par le dérivé boré
B(C6F5)3 peut subir une réaction de désactivation qui libère du méthane suivant le mécanisme
présenté Schéma 20 [70].
espèce active
H3C
CH3
désactivation - CH4
tBu
CH2
[CH3B(C6F5)3]
tBu
Zr
tBu
espèce inactive
En complément, Deck et al. rapportent que la stabilité de l’espèce active dépend aussi de la
nature du métal de transition. Leur étude montre que le système [(1,2-Me2Cp)2MetCH3]+
[MeB(C6F5)3]- est plus stable lorsque le métal est un atome de zirconium plutôt qu’un atome
d’hafnium[73].
24
Étude bibliographique
x Effet du contre-ion
Activité Temps de
Activateur
(gPP/(molMet.h) Polymérisation (h)
Me2Si(Me4C5)(C5H3R)HfMe2
[Ph3C]+,[B(C6F5)4]- 1,9*105 0,5
Me
Met + - Me
+ [PhNHMe2] [B(C6F5)4] Met -
Me , [B(C6F5)4] + CH4
+ PhNMe2
25
Étude bibliographique
Dans le but d’accroître l’activité catalytique de tels systèmes, des modifications sur les
dérivés borés ont été apportées. Des groupements spécifiques permettant une meilleure
délocalisation de la charge sur le cocatalyseur sont alors apparus. Tout comme les ligands
portés par le métal, de telles modifications engendrent un changement de l’environnement
électronique et stérique, ce qui se répercute sur l’activité et la stéréospécificité. Marks et al.
ont montré que les cocatalyseurs contenant des groupements triisopropylsillyle (TIPS) ou ter-
butyldiméthylsillyle (TBS), [Ph3C]+[B(C6F4TIPS)4] - et [Ph3C]+[B(C6F4TBS)4] -, conduisent à
une meilleure activité que les homologues perfluorés[76]. De même, l’utilisation de
groupements diphényle et naphtyle perfluorés (voir Schéma 22) peut conduire à une meilleure
activité [77-79].
F
F F F
F F F F
F F
B F
F
F F 2
F F
B F F
F
F B
F F
F F F F F
3
F 3 F
F
26
Étude bibliographique
La polymérisation des oléfines a pris un tournant décisif au début des années 80 suite à la
découverte du pouvoir spécifique du méthylaluminoxane (MAO)[9] vis à vis des métallocènes.
Utilisé en grande quantité ([MAO]/[Met]>3000), cet agent activateur, a permis d’atteindre des
activités jusqu’alors insoupçonnées avec les métallocènes. Depuis, nombre d’études ont été
menées concernant la synthèse, la caractérisation du MAO et son rôle d’activateur envers les
métallocènes. Si le MAO peut être considéré en tout premier lieu comme un oligomère de
motif de répétition –[Al(Me)O]- , nous allons voir que sa structure est beaucoup plus
complexe et n’est d’ailleurs toujours pas totalement élucidée.
Le MAO est généralement obtenu par hydrolyse partielle du TMA (Schéma 23).
Cette réaction très exothermique doit être maîtrisée, d’abord parce qu’elle présente des risques
d’emballement et d’explosion, mais aussi pour limiter l’hydrolyse et réduire la quantité
d’aluminoxanes insolubles donc inutilisables. Ainsi, l’eau est d’abord dispersée dans un
solvant organique (toluène ou benzène) et l’ajout de TMA est ensuite contrôlé. Si la synthèse
par hydrolyse directe de l’eau sous sa forme liquide fut la première à être développée[80],
l’utilisation sous ses autres états physiques furent ensuite testés. Ainsi, le MAO peut être
préparé à partir de glace[81, 82] ou de vapeur d’eau[83].
L’eau nécessaire à la synthèse du MAO peut aussi être apportée par des sels hydratés. Dans ce
cas, la réaction est moins rapide et on obtient un meilleur contrôle de l’hydrolyse. Les sels
hydratés généralement utilisés sont à base de cuivre (CuSO4.5H2O)[46], d’aluminium
(Al2(SO4)3.15H2O)[84] et de fer (FeSO4.7H2O)[85].
L’hydrolyse étant partielle, les MAO synthétisés de la sorte contiennent une part non
négligeable de TMA estimée entre 10 et 30% de l’aluminium total.
27
Étude bibliographique
Des voies d’accès alternatives ont été explorées permettant la synthèse de MAO sans apport
d’eau. Ces nouvelles approches consistent à faire réagir le TMA avec des dérivés organiques à
base d’étain[86] ou de bore tels que Me2SnO[87], Ph3SnOH[88], l’acide phénylboronique[89] ou le
trialkylboroxine[90] (voir le Schéma 24).
Me
B
AlMe3 + O O -[Al(Me)O]- + B(CH3)3
B B
Me O Me
Plusieurs brevets décrivent le synthèse de MAO par réaction du TMA avec des composés
contenant des fonctions carbonyle tels que les cétones, les acides carboxyliques et même le
dioxyde de carbone[91-94]. Dans ces cas, on dénote la présence de produits organiques
provenant de la réaction de C-méthylation du composé de départ correspondant. Il a été
montré que cette synthèse est catalysée par la présence de traces d’H2O ou de MAO, comme
le montre le Schéma 25.
toluène
Ph H3C CH3 a) 60°C, 1h Ph CH3
C O + Al C + MAO
Ph CH3 b) MAOcom (2% Al) Ph CH3
60°C, 4h
3 / 4
28
Étude bibliographique
1,09 0
Plus récemment, Barron et al.[95] ont montré que le MAO peut être synthétisé par
décomposition thermique du composé [Me2Al(P-OCPh3)]2 en présence de TMA (Schéma 26).
CPh3
Me O Me
TMA (1 eq par dimère)
Al Al [MeAlO]n + Ph3CMe
Me O Me toluene, 80°C, 16h
CPh3
Cette étude montre que cette réaction est aussi possible en utilisant d’autres acides de Lewis
du type AlClxMe(3-x), l’étude cinétique montrant que plus l’atome d’aluminium est porteur de
chlore, plus l’acidité de Lewis sera grande et plus la réaction sera facilitée (AlCl3> AlCl2Me>
AlClMe2). Si dans un premier temps la réaction est catalysée par l’acide de Lewis, il a été
montré que le MAO formé agit lui aussi comme acide de Lewis et participe à la
décomposition de [Me2Al(P-OCPh3)]2.
Contrairement aux MAO synthétisés par voie hydrolytique, tous ces MAO sont décrits
comme étant dépourvus de TMA résiduel.
29
Étude bibliographique
Le MAO se présente comme une solide blanc qui réagit vivement par contact avec l’humidité
de l’air. Il est employé dissous dans des solvants aromatiques tels le toluène et le benzène et
précipite dans les solvants non polaires comme les alcanes ou le cyclohexane. Le MAO,
oligomère de motif répétitif -[Al(Me)O]-, a une structure complexe et qui dépend en partie de
son mode de préparation.
x Masse molaire
Des mesures de masse molaire par chromatographie d’exclusion stérique révèlent la présence
de plusieurs types d’oligomères ; Cam et al.[82] rapportent que la masse molaire du MAO
serait de l’ordre de 250 à 1500 g/mole. Les analyses par ébullioscopie et cryoscopie
permettent un affinage de ce résultat et font état de masses molaires de 1000 à 1200g/mole.
Toutefois, il est à noter que la masse molaire du MAO est très dépendante de son mode de
préparation. Plusieurs études révèlent que les métallocènes activés par des MAO de masse
molaire élevée (> 1000g/mole) présentent une meilleure activité que ceux activés par un
MAO de masse molaire plus faible[96, 97].
Le spectre infra-rouge du MAO réalisé par Giannetti montre l’existence d’une bande aux
environs de 800 cm-1 attribuée à l’énergie de vibration de la liaison Al-O-Al[98]. Récemment,
Rytter et al. ont permis une caractérisation affinée par IR du MAO (représenté Figure 2) et
mis en évidence les bandes de vibration du MAO seul et du TMA[99]. Les nombres d’ondes
ainsi que l’attribution du mode de vibration des divers signaux sont indiqués Tableau 6. Parmi
tous les signaux observés, ils attribuent celui situé à 1257cm-1 à la déformation des
groupements méthyle pontants.
30
Étude bibliographique
2863 2850
2827 2827
31
Étude bibliographique
658 Rock. Me
605
500
Deux signaux distincts peuvent être observés et attribués respectivement au TMA résiduel
(G= -0,36 ppm) et aux méthyles du MAO (de 0,3 à –0,8 ppm) dans le toluène. Cette largeur de
bande spectrale témoigne de la complexité de la structure et des nombreuses interactions au
sein du MAO. Par déconvolution des signaux respectifs, l’auteur estime le taux de TMA
résiduel à 3,5% molaire (calcul effectué par rapport au motif MAO). Par la suite, l’analyse
RMN du proton couplée à celle du carbone a conduit à envisager une structure en trois
dimensions en forme de cage[100]. Cette technique combinée à des méthodes de dosage de
l’aluminium indique que le rapport Me/Al de la structure MAO est environ égal à 1,5 , ce qui
va donc à l’encontre du modèle type -[Al(Me)O]- [101]. Il est à noter que dans des solvants tels
32
Étude bibliographique
le dioxane et le THF, ces deux signaux sont déplacés vers les champs forts, le TMA
comparativement plus que le MAO.
27 17
Des études par RMN de l’aluminium Al et de l’oxygène O ne donnent que peu de
renseignements sur la structure du MAO à cause de la trop grande largeur des signaux
obtenus.
Me
Me Me
Al O Me
O Al Al Al
Me Al O O O
O O
O Al Al Al
Me O Me Al
Al O Me
Me Me
Ces structures possèdent des atomes d’aluminium tri-coordinés. Or, il est connu que
l’aluminium présente très souvent un nombre de coordination de quatre. C’est pourquoi
plusieurs auteurs proposèrent suite à ces travaux des structures contenant des atomes
d’aluminium tétra-coordinés[98, 102] (voir Schéma 28).
O O O O
Al Al Al Al
Me Me Me Me Me Me Me Me
Al Al Al Al
O O O
Schéma 28: Structure contenant des atomes d’Al tétra-coordinés proposée pour le MAO
33
Étude bibliographique
En raison de nature amorphe, la détermination directe du MAO par diffraction des RX n’est
pas possible. Toutefois, l’analyse par diffraction des RX de plusieurs composés de structure
voisine à celle du MAO a été effectuée. Ainsi, l’analyse de l’espèce [Al7O6Me16]-, K+ par
Atwood et Zawarotko montre que tous les atomes d’aluminium et d’oxygène de l’anion sont
respectivement tétra et tri-coordinés[103] (voir Schéma 29a). La similitude de formule entre cet
anion et le MAO suggère que ce dernier présente cette particularité. Cette observation
conforta l’idée de structures cycliques contenant des atomes d’aluminum tétra-coordinés[104]
(voir Schéma 29b). Le défaut majeur de ces modèles est la présence d’aluminium 3-coordiné
et d’oxygène 2-coordiné. Il fut alors suggéré la présence de méthyles pontants[105], on
s’écarterait alors de la structure type du MAO (Me/Al= 1). Ceci serait en accord avec les
résultats de plusieurs études[101].
Me Me Me Me
Al Al Me Me
Me Me
O O O Me Al Al
Me Al O O O
Me Al Al Al Me
,K O Al Al Al
O O
Me Me O O Me
Me Me
Al Al
Me Me
O
Me Me
Me (29b)
(29a)
Schéma 29: (a) Structure de l’anion [Al7O6Me16]- ; (b) structure MAO proposée
contenant des Al 4-coordinés
L’étude effectuée par Barron et al. sur des composés de type tert-butylaluminoxane
([(tBu)Al(P3-O)]n , n= 6, 7, 8, 9, 12) montre que ceux-ci ont une structure cage où tous les
atomes d’aluminium et d’oxygène sont respectivement tri et tétra-coordinés (voir exemples du
Schéma 30)[106, 107].
34
Étude bibliographique
Ces mêmes auteurs ont démontré que le composé [(tBu)2Al{P-OAl(tBu)2] qui ne possède que
des atomes d’aluminium trivalents n’active pas le métallocène Cp2ZrCl2, alors que les
structures décrites ci-dessus le permettent. Il est surprenant que ce soit les composés
coordinativement saturés, donc a priori d’acidité de Lewis plus faible, qui permettent
l’activation des métallocènes. Barron explique ce résultat par la notion d’acidité de Lewis
latente. Sous l’effet de la tension de cycle, la liaison Al-O peut s’ouvrir en présence du métal
de transition (voir Schéma 31).
t
Bu
t t
Bu Bu
t
Bu O Al Al O
t
Al
Al Bu Me t
Bu
O Cp2ZrMe2 O
t
Bu O Al t
Bu O Al
Al O Al O
O Me
Al Al
Al O t
Bu Zr O Al t
O Bu
t Cp
Bu t
Bu
Cp
Les calculs de DFT (Density Functional Theory) effectués par Zakharov indiquent que les
structures cage sont énergiquement plus favorables que les structures cycliques[108].
35
Étude bibliographique
Indirectement, les résultats obtenus par Pakkanen[109] vont aussi dans ce sens : il a montré que
pour des MAO ne comportant que de l’aluminium trivalent, les structures linéaires et
cycliques sont préférées aux structures cage. L’étude de Zurek[110] portant sur 36 compositions
différentes de MAO de type (AlOMe)n (n= 4 à 16) composés de faces octogonales, carrées et
hexagonales montre que pour n=6, 7, 8, 9 et 12, les géométries les plus stables sont identiques
à celles trouvées par Barron pour [(tBu)Al(P3-O)]n . Le modèle le plus stable est obtenu pour
n= 12 quel que soit la température et ne comporte que des faces carrées et hexagonales.
Cependant, une étude similaire effectuée par Ystenes et al.[111] désigne la géométrie la plus
stable pour n=18. Cette différence est expliquée par l’absence de terme enthalpique et
entropique dans le modèle mathématique de ce dernier. Après correction, il s’avère que la
structure la plus stable est obtenue pour n= 9 ou 12, recoupant ainsi les résultats de Zurek. Il
est généralement accepté que le TMA interagit avec le MAO selon un processus équilibré et
que le rapport théorique Me/Al=1 est sous-estimé. Des tentatives de prédiction du mode de
coordination suggèrent que le TMA se lie au MAO par ouverture d’une des faces carrées[108,
110-114]
. En effet, les calculs montrent que les sites situés sur les arêtes des faces carrées
présentent la plus forte acidité de Lewis. D’après ce résultat, il apparaît alors que la structure
la plus stable proposée auparavant [Al(Me)O]12 est la moins réactive puisque c’est la seule à
ne pas présenter une arête appartenant à deux faces carrées voisines. Différents assemblages
pour la réaction entre [Al(Me)O]6 et une ou deux molécules de TMA sont présentés Schéma
32, la géométrie la plus stable est entourée.
Me Me Me
Al Al Al Al Al Al
O Al O O O
O Me Me O Me O Me O Me
Al Al
Al Al Al Al
O O O O
O O O O
Al Al Al Al
Al Al Al Al
O O O Me O Me
Me
O O Al O Al O
Al Al Al Al Al
Me Me
Me
Me Me
Me Me
Al Al Al Al Al
O Me O O
O O Me O Me Me
Al Me Al
Al Al Al
O O O
O O O
Al Al Al
Al Al Al Me
O Al O O Al
O O Me
Al Al O Me
Me Al Al
Me Me
Me Me
Me
Schéma 32: Structures envisagées pour la réaction entre [Al(Me)O]6 et x TMA (x= 1 et 2) ; les
méthyles d’importance moindre ont été supprimés
36
Étude bibliographique
Cependant, la non prise en compte de certains paramètres énergétiques dans les modèles
entraîne un fort degré d’incertitude dans les résultats.
Le MAO étant principalement préparé par hydrolyse partielle du TMA, ce dernier est toujours
présent dans les conditionnements commerciaux du MAO, la plupart du temps dissous dans le
toluène. Le TMA existe en fait sous une forme unimère AlMe3 et sous une forme dimère
[115]
Me2Al(P2-CH3)2AlMe2 . Les méthodes permettant de déterminer ou plus exactement
d’estimer le taux de TMA présent dans les solutions de MAO sont la spectroscopie RMN et
les méthodes de titration. En RMN 1H, la complexation du THF avec le TMA provoque un
déplacement du pic de ce dernier qui ne se confond plus avec celui du MAO, rendant
l’intégration des méthyles relatifs à chaque structure possible[101]. De la même manière, le
complexe particulier formé par le TMA et la triphénylphosphine (Ph3P) peut être identifié et
quantifié par RMN du phosphore (RMN 31P)[116]. La spectroscopie UV-visible permet elle de
quantifier le complexe spécifiquement formé par WOCl4 et le TMA[117].
Il apparaît de ces études que le TMA est présent sous deux formes différentes dans le MAO :
sous une forme libre (TMA libre) ou associée au MAO. La quantité de TMA présent semble
avoir une influence non négligeable sur la structure du MAO. Howie[118] a montré que le
TMA peut être associé au MAO selon l’équilibre décrit Schéma 33.
De plus, l’étude RMN 1H de l’ajout de TMA deutéré sur du MAO dépourvu de TMA (par
évaporation de ce dernier sous vide poussé) provoque l’apparition d’un signal à –0,25 ppm,
caractéristique du TMA[119].
Selon plusieurs auteurs[82, 97, 120], l’ajout de TMA dans une solution de MAO diminue la masse
molaire de ce dernier et par extension modifie sa structure. Il apparaît également que plus le
taux de TMA est important, plus l’activité catalytique diminue[46, 97]
. Pourtant, une récente
étude révèle que l’addition de TMA sur du MAO dépourvu de TMA ne montre aucune
modification du spectre infra-rouge du MAO ; le spectre IR obtenu n’est que la superposition
37
Étude bibliographique
de ces deux composés pris indépendamment[99]. Sur la Figure 4 sont représentés les spectres
IR du TMA seul (a) et du MAOcom (MAO + TMA résiduel) pour lequel la contribution du
MAO est soustraite ; la similarité entre les deux spectres laisse supposer qu’il n’y a aucune
interaction entre le MAO et le TMA.
Il existe des dérivés aluminoxanes autres que le MAO ; ainsi l’hydrolyse de triéthylaluminium
(TEA) ou de tri(iso-butyl)aluminium (TIBA) engendre la formation de triéthylaluminoxane
(TEAO) et de tri(iso-butyl)aluminoxane (TIBAO). Même si l’activation des métallocènes par
ces composés ne nécessite pas l’emploi de rapports [Al]/[Met] élevés, ils ne permettent pas
d’atteindre les activités obtenues avec le MAO (voir Tableau 7)[121].
Activité
Catalyseur Activateur [Al]/[Zr]=
KgPE/(MolZr.H.bar)
38
Étude bibliographique
Récemment, une approche nouvelle a été considérée ; l’hydrolyse d’un mélange TEA/TIBA
pour former un nouveau dérivé éthyl-iso-butylaluminoxane (EBAO). Ce composé se révèle
être aussi efficace que le MAO mais seulement pour certains métallocènes, comme présenté
Tableau 8.
Activité
Catalyseur Activateur [Al/Zr]= Ip
KgPE/(MolZr.H.bar)
39
Étude bibliographique
R1
-(AlO)n-
O + CH4
-(AlO)n- + HO R2
R1 R1
Me
R1
R2
Sur ce principe, l’étude RMN menée par Busico révèle pourtant que l’addition contrôlée du
dérivé phénolique 2,6-di-tert-butylphénol (tBu2PhOH) tel que OH/Al < 0,5 entraîne la
formation des composés MeAl(OPh(tBu)2) et Me2Al(OPh(tBU)2) uniquement par réaction
avec le TMA libre et non avec le MAO directement[124]. Cet apparent désaccord entre les deux
auteurs sur la réaction ne remet pas en cause les résultats obtenus, à savoir une augmentation
de l’activité catalytique, ici constatée lors de la polymérisation du propylène par le
métallocène rac-Me2Si(1-Ind)2ZrCl2 (voir Tableau 9).
Activité
Activateur [Al/Zr] IP
KgPP/(molZr.[C3H6].h)
C.2.iv. Conclusions
A la vue des résultats décrits précédemment, il apparaît clairement que le MAO demeure un
produit dont la composition et la structure sont encore mal définies et ce, malgré la littérature
conséquente traitant du sujet. En recoupant ces nombreuses données, il est possible de
dégager quelques critères qui conduisent à une description plausible du MAO :
40
Étude bibliographique
x Le processus de méthylation
Le MAO contenant toujours un certain taux de TMA, il existe encore des incertitudes quand
au rôle effectif de ce dernier dans le processus de méthylation. Tritto et coll.[125] ont montré
par spectroscopie RMN que l’addition de MAO sur le métallocène Cp2TiMeCl entraîne la
formation de l’espèce diméthylée Cp2TiMe2 avec un rendement de 86% alors que le signal lié
au TMA reste intact. L’addition de TMA sur le même système engendre seulement 2%
d’espèces diméthylées. Ce résultat indiquerait que le TMA ne participe pas à l’étape de
méthylation du métallocène. A l’inverse, pour Cp2ZrCl2, Cam et al.[82] observent par RMN 1H
la disparition du signal lié au TMA, témoignant donc de son rôle actif. Des analyses par
spectroscopie UV-visible réalisées dans notre laboratoire montrent clairement que le TMA est
capable de monométhyler les métallocènes EBIZrCl2 [126, 127] et Ipr(CpFluo)ZrCl2 [128].
41
Étude bibliographique
x Le processus de cationisation
L’étape de méthylation est suivie d’une étape de cationisation du métal de transition, pour
créer une lacune électronique sur laquelle l’oléfine peut se coordiner. Ce processus se fait par
extraction du deuxième ligand X par le MAO ; le cation alors formé est appelé cation
métallocénium. Une des premières mises en évidence directe de ce cation a été réalisée par
Eisch et al.[129] pour le système Cp2TiClCH2SiMe3/AlCl3. Grâce à la spectroscopie RMN, la
structure cationique du métal a pu être démontrée pour la première fois par l’identification du
composé [Cp2TiCH2SiMe3]+, [AlCl4]-. La première preuve de la formation du cation
métallocénium pour un système métallocène/MAO a été apportée par Marks et al.[130] dans le
cas du système Cp2Zr(13CH3)2/MAO. En présence de MAO, le déplacement chimique des
groupes méthyle vers les champs faibles traduit l’électrodéficience du métal, ce qui est en
accord avec une structure cationique ; la structure de l’espèce active serait du type
[Cp2ZrCH3+], [MAO-]. Sur la base de travaux précédents portant sur l’étude de systèmes
catalytiques Cp2ZrX2/TMA (X= Me, Ph, CH2Ph), Resconi et al. désignent le TMA comme
agent ionisant[85]. Ce résultat n’est pas en accord avec des études plus récentes qui montrent
que les ansa-métallocènes ne sont pas activables par le TMA[128, 131]
. De plus, les activités
catalytiques des systèmes activés par le TMA sont nettement inférieures à celles obtenues
avec le MAO. Les études menées indépendamment par Kaminsky[132] et Chien[47] sur le
système Cp2ZrCl2/MAO montrent elles aussi l’existence d’une espèce active cationique.
Chien suggère que le MAO a la double capacité de sublimer l’activité catalytique et de
1 13
minimiser les réactions de désactivation. Les analyses RMN H et C du système
[133]
Cp2TiClMe/MAO par Tritto ont mis en évidence qu’il y a formation de la paire d’ions
[Cp2TiMe]+, [Cl-MAO]- suivant la réaction décrite Schéma 35.
MAO/Ti=10
Cp2TiClMe + MAO Cp2TiMe2 + [Cp2TiMe]+, [Cl-MAO]-
Très récemment, une étude par voltamétrie cyclique du système Cp2ZrCl2/MAO met en
évidence l’électro-déficience de l’espèce active[134].
Toutes ces premières études tendent donc à confirmer les mécanismes pressentis, à savoir une
étape de méthylation (mono ou di) suivie d’une étape de cationisation par abstraction d’un
42
Étude bibliographique
ligand X. Il est maintenant acquis que coexistent plusieurs sortes de paires d’ions qui ne sont
pas toutes capables de permettre la coordination et l’insertion de l’oléfine.
Ainsi, l’analyse par RMN 13C du système Cp2Zr(13CH3)2/MAO par Tritto[135] met en évidence
l’existence de trois complexes cationiques différents dont les proportions varient en fonction
du rapport [MAO]/[Met] et de la température : un complexe monométallique « classique »
[Cp2ZrMe]+, [Me-MAO]- (a), un second complexe monométallique avec la participation du
TMA [Cp2ZrMe(P-Me)2AlMe2]+, [Me.MAO]- (c) et un complexe bi-métallique [Cp2ZrMe(P-
Me)]2+, [Me.MAO]- (b), voir le Schéma 36.
Me Me Me Me
Cp2Zr , [MeMAO] Me Cp2Zr Al
Cp2Zr ZrCp2 ,[MeMAO] , [MeMAO]
Me Me
Me
36a: 36b : 36c :
[Cp2ZrMe]+,[Me.MAO]- [Cp2ZrMe(P-Me)]2+, [Me.MAO]- [Cp2ZrMe(P-Me)2AlMe2]+,
[Me.MAO]-
Une étude plus précise de ce système effectuée par Babushkin[136] montre que le rapport
(c)/(a) croît avec l’ajout de MAO, tout comme l’activité catalytique. L’auteur suggère alors
l’existence d’un équilibre entre ces deux espèces, mais seul [Cp2ZrMe]+, [Me-MAO]- (a)
permettrait la coordination de l’oléfine.
Les différentes études de l’activation du métallocène rac-Et(Ind)2ZrCl2 par spectroscopie
UV-visible menées au laboratoire suggèrent un résultat similaire[127, 137]
. Pour des rapports
[MAO]/[Zr] relativement faibles (150- 200), l’espèce monométhylée (Omax= 390nm) est
convertie en une espèce électro-déficiente (Omax= 440nm). Cependant, pour de tels rapports,
l’activité catalytique résultante est nulle. Ce n’est que pour des rapports plus importants
([MAO]/[Zr]>2000), provoquant alors un déplacement de cette bande d’absorbance de 440 à
470nm, que l’activité catalytique devient importante. Or, une seule espèce électro-déficiente
(Omax= 440nm) est détectée dans le cas où l’activation s’effectue par du MAO dépourvu de
TMA libre (obtenu par évaporation sous vide poussé). L’ajout de TMA sur cette dernière
espèce conduit à la création de l’entité de Omax= 470nm, témoignant ainsi de sa participation
active à sa formation. L’activation de ce métallocène par le MAO sera plus amplement
détaillée ultérieurement. Les structures suggérées pour ces entités sont représentées Schéma
37.
43
Étude bibliographique
Me Me ,
Zr Al MAO Me Me
Me Me Zr Zr , MAO
Cl-MAO
espèce
Omax= 440nm espèce
inactive Omax= 440nm
Omax= 470nm active
44
Étude bibliographique
Dans le but d’expliquer la nécessité d’activer le métallocène par une grande quantité de MAO,
des études cinétiques approfondies du système catalytique ont été entreprises. Pour un rapport
[MAO]/[Met] donné, les résultats montrent que la vitesse de polymérisation augmente dans
un premier temps, puis décline progressivement (voir Figure 6).
CH3
L2Zr
- CH4
H ZrL2 L2Zr CH2 ZrL2 espèce faiblement
active
H2C MAO
CH3
O
Al - CH4
H ZrL2 espèce très active
O L2Zr CH2 Al
H2C MAO
Schéma 38: Mécanismes conduisant à la formation des deux espèces dormantes selon Kaminsky[140]
45
Étude bibliographique
46
Étude bibliographique
R Cl
solvant peu polaire Cl
Cp2TiClR + AlCl3 Cp2Ti Al CIP
Cl Cl
solvant polaire
Cp2TiClR + AlCl3 SSIP
Cp2Ti-R AlCl4
Me
Cl
mésitylène Cp2Ti
Cp2TiCl2 + AlMeCl2 Me , AlMeCl3 PACS
(C6H3Me3)
Me
Dans le but de dégager l’espèce la plus active en polymérisation, diverses expériences ont été
menées en changeant les paramètres expérimentaux permettant un ajustement de la proportion
de ces trois types de paires d’ions : CIP, SSIP et PACS. La comparaison des diverses activités
catalytiques relevées pour ces trois types de paires d’ions a permis de les classer par ordre de
[141]
réactivité croissante : SSIP>> CIP> PACS . L’utilisation de solvants polaires permet
également un taux d’insertion du comonomère plus important lors des copolymérisations
éthylène/D-oléfines. En effet, la distension entre le cation et l’anion engendrée par la
solvatation de la paire d’ions facilite l’insertion de l’ D-oléfine sur le métal[142]. Comme
expliqué précédemment, la stéréospécificité d’un catalyseur métallocène est principalement
due à la géométrie imposée par ses ligands. Cependant, la syndiospécificité du catalyseur
iPr(Fluo)(Cp)ZrCl2 diminue proportionnellement à l’ajout d’un co-solvant polaire
(dichlorométhane)[143]. La contribution de ce solvant à la formation de paires d’ions plus ou
moins lâches a donc une répercussion notable, ce qui en fait un paramètre important à prendre
en compte.
47
Étude bibliographique
48
Étude bibliographique
Les résultats les plus intéressants sont obtenus avec les métaux de transition des groupes IV,
IX, X et VIII, seuls ceux-ci sont développés dans les paragraphes suivants.
R R
X Ti n X
X Ti X
N
X X
Lorsque l’atome d’azote est lié de façon covalente au métal, on obtient alors un catalyseur à
géométrie contrainte (CGC). En fonction de la structure des différents ligands et du métal, ces
49
Étude bibliographique
Il a été rapporté que la présence de ligands phosphinimide (-N=PR3) sur le métal permet la
polymérisation d’éthylène avec une bonne activité catalytique[146, 147]
. Pour exemples, les
résultats de plusieurs polymérisations de l’éthylène par des catalyseurs du type
CpTiR2(NPR’3) (R=Me ou Cl et R’=iPr ou tBu) activés par le MAO ou Ph3C[B(C6F5)4] sont
présentés Tableau 10.
50
Étude bibliographique
Temps Activité Mw
CpTiR2(NPR’3) Activateur IP
(h) (g/(mmolTi.h)) (g/mol)
R= Cl 44.4
i
MAO (500eq) 3 49 578000
R’= Pr (bimodal)
R= Cl
MAO(500eq) 3 500 89900 1,6
R’= tBu
R= Me Ph3C[B(C6F5)4]
i
3 225 163800 3,9
R’= Pr (2eq)
R= Me Ph3C[B(C6F5)4]
t
3 401 165800 3,4
R’= Bu (2eq)
Sont apparus ensuite des catalyseurs dépourvus de ligands Cp. Ceux-ci ont été remplacés par
des ligands contenant des hétéroatomes (N, O) liés au métal soit de façon covalente, soit par
coordination du doublet électronique. En 1996, McConville a démontré la forte capacité à
polymériser les D-oléfines des catalyseurs « habillés » de ligands diamide[148, 149]
. Le
catalyseur 42a (Met= Ti, X= Me), est ainsi capable de polymériser l’hexène de façon vivante.
Les catalyseurs 42b et 42c activés par le MAO[150] se révèlent être de très bon composés pour
la polymérisation de l’éthylène. Dans le but de stabiliser le cation formé, ces ligands peuvent
posséder des entités donneurs d’électrons, comme un atome d’oxygène[151] (42d et 42e).
Ar Ar R
SiR3 SiiPr3 N N
N X N X
X N R
X
M M O Zr O Zr
Zr
R
N X N X X X
N N N
Ar SiR3 SiiPr3 Ar R
Sur ces principes, une multitude de catalyseurs à base de titane et de zirconium ont été
développés à partir de ligands iminopyrolide et amidinates[152]. Le remplacement des atomes
51
Étude bibliographique
d’azote par des atomes d’oxygène a aussi été considéré. Ainsi, toute une gamme de ligands est
apparue pour « habiller » le métal central : ligands phénoxy-amine, phénoxy-imine,
aryloxyde, alkoxyde etc… Pour exemples, les composés 43a (bisphénoxy-amine) et 43b
(bisphénoxy-imine (FI)) présentent une forte activité catalytique vis-à-vis de la
polymérisation de l’éthylène[20, 153].
Pour comparaison, le composé 43b présente une activité de 519 kgPE/(mmol.h) contre
seulement 27 kgPE/(mmol.h) pour Cp2ZrCl2 (conditions : [MAO]/[Zr]= 5000, 25°C, toluène).
Activé par le mélange Ph3C[B(C6F5)4] (B/Zr= 0,5), ce même complexe présente une activité
similaire à Cp2ZrCl2 mais il permet de produire des chaînes de polyéthylène de masse molaire
exceptionnellement élevée (> 5*106 g/mol).
R CH2Ph
O CH2Ph Cl
R
M N
O Zr
R D Cl
N O
R 2
iBu
R= tBu D = OMe
43a 43b
52
Étude bibliographique
F F
F F F F
F F Cl F F H
propylène
N Ti N
Cl Ti
MAO (125 eq) n
O O Me CH3
2 6h, 25°C 2
t
Bu t
Bu
a) b)
Parmi les métaux composant le groupe IX, l’utilisation du cobalt comme atome central du
catalyseur donne les meilleurs résultats. Lié à un ligand bis(imino)pyridine, le cobalt
démontre la plus grande activité catalytique de toute la colonne IX ; activité qui reste
néanmoins inférieure à celles des catalyseurs des groupes IV et X. Dérivant de la structure
bis(imino)pyridine (45a), des ligands bis(phosphinimide)pyridine[154] (45b) et
iminopyrrolide[155] (45c) ne démontrent qu’une faible aptitude à polymériser l’éthylène (voir
Schéma 45).
R Ar R Ar
Ar
N R P N Li(thf) 4
N
Cl
Cl Cl Co
N Co N Co Cl
Cl Cl N
N P N
R N
R Ar R Ar Ar
45a 45b 45c
Schéma 45: Catalyseur à base de cobalt lié à des ligands bis(imino)pyridine (a),
bis(phosphinimide)pyridine (b) et iminopyrrolide (c)
53
Étude bibliographique
D’autres essais ont été réalisés avec des ligands de type Cp-amine et D-diimine, mais les
activités catalytiques relevées restent faibles et les polymères obtenus ne présentent pas de
caractéristique particulière.
De tous les catalyseurs récemment apparus, les complexes à base de palladium et de nickel
sont peut-être ceux qui suscitent le plus d’intérêt. En effet, en fonction des différents ligands
portés, l’activité catalytique, la masse molaire du polymère ou encore l’indice de
polymolécularité sont autant de paramètres pouvant être plus ou moins ajustés. La famille des
catalyseurs (Ni et Pd) porteurs de ligand D-diimine introduite en 1995 par Brookhart et al.[13]
est encore source de nombreuses publications[156, 157]
. Récemment, l’étude de la
polymérisation de l’éthylène par un catalyseur cationique du type (46a) porteur d’un ligand D-
54
Étude bibliographique
Ar i
Pr
X 2
R N N P
Br Br
Pd Ni N Ni
Br P Br
R N N
iPr
Ar
2
Une série de nouveaux complexes salicylaldiminato (voir Schéma 47a) a été examinée par
Grubbs et son équipe[19]. Si ces catalyseurs ne présentent qu’une faible activité catalytique vis
à vis de la polymérisation des oléfines, leur tolérance pour les composés polaires et les
solvants protiques est leur principal atout. L’incorporation de norbornène substitué ainsi que
d’oléfines D, Z-fonctionnalisées est ainsi possible[159, 160]. Récemment, Brookhart et Hicks[161]
ont développé un complexe au nickel possédant un ligand anilinotropone (47b) ; c’est un des
rares catalyseurs au nickel capable de synthétiser du polyéthylène de forte masse molaire
(environ 300000g/mol).
Ar
N PPh3
Ph O
Ph
Ni Ni
R O L
N
Ar
R'
Ar = 2,6-iPr2C6H3 Ar = 2,6-iPr2C6H3
47a 47b
Schéma 47: Complexe du nickel avec un ligand salicylaldiminato (a) et anilinotropone (b)
Des résultats très intéressants sont obtenus par le remplacement total de l’azote par l’oxygène
ou le phosphore. Ainsi, la polymérisation de l’éthylène par le complexe (48a) permet
d’obtenir un polymère hautement linéaire avec un très faible indice de polymolécularité[162].
De plus, la copolymérisation de l’éthylène avec des D-oléfines par ce même complexe a été
effectuée en émulsion dans l’eau, chose impossible avec les catalyseurs classiques[163]. Il est
aussi rapporté que l’emploi du catalyseur (48b) permet la copolymérisation de l’éthylène avec
le méthacrylate de méthyle[164]. L’étude un peu plus poussée de ce catalyseur montre que la
55
Étude bibliographique
Ph Ph Ph
Ph
R R P
P
Ph R''
Ni Ph3P H Ni
Ph L
L
R' O O
O
48a 48b
Les récents progrès effectués sur les catalyseurs de polymérisation à base de métaux de
transition du groupe VIII ne concernent que les complexes à base de fer. Plus précisément, ces
recherches se sont orientées vers les systèmes possédant un ligand bis(imino)pyridine, déjà
évoqué dans le cas du cobalt. Cette famille de catalyseurs suscite beaucoup d’intérêt, aussi
bien sur le plan académique qu’industriel[18, 156, 157, 166-177]
. Initialement découverts par
[17] [18]
Brookhart et Gibson , ces catalyseurs peuvent présenter une forte activité catalytique et
produire du polyéthylène linéaire de masse molaire élevée[167]. Les substituants portés par la
fonction imino ont une grande influence sur les mécanismes de propagation et de terminaison,
donc sur l’activité du catalyseur et sur la masse molaire du polymère obtenu, comme on peut
le constater dans le Tableau 11.
56
Étude bibliographique
R4
R1 R2 R3 R4 X catalyseur N°
R2
R1 Me i
Pr i
Pr H Cl 1
N R3
Me Me Me H Cl 2
X
N Fe
X Me Me Me Me Cl 3
N R3
Me Me Me Me Br 4
R1
R2 t
Me Bu H H Cl 5
R4
Activité Mw
Catalyseur N° [MAO]/[Fe]
KgPE/(mol.h.bar) (g/mol)
Tableau 11: Influence des ligands pour un complexe du fer activé par le MAO
L’étude de l’action du MAO sur les complexes dichlorés bis(imino)pyridine du fer par
spectroscopie Mösbauer révèle que l’état d’oxydation du fer passe d’un degré +II à un degré
[168]
+III . Activé par un dérivé aluminique (MAO ou AlRxCl(3-x)), les réactions de transfert
sont courantes, ce qui engendre un indice de polymolécularite élevé, voire une bimodalité.
L’activation par le couple TMA/B(C6F5)3 permet de limiter les réactions de transfert à
l’aluminium, donc d’obtenir un polymère d’indice faible. Il a été rapporté que les complexes
pourvus de substituants aryles peu encombrants ne produisent que des oligomères de
polyéthylène[174]. A l’opposé, du polyéthylène de très forte masse molaire peut être obtenu si
les susbtituants aryles sont stériquement encombrants[17, 18, 167], qui semblent alors stabiliser
les espèces actives. Il a été montré que le type d’activateur, ainsi que le rapport activateur/Fer
sont des paramètres importants pouvant influer grandement l’activité catalytique ainsi que les
propriétés intrinsèques du polymère[177]. La faiblesse de tels complexes est leur incapacité à
polymériser des oléfines autres que l’éthylène et le propylène ; les oléfines polaires tel
l’acétate de vinyle conduisent à la désactivation du catalyseur. Contrairement aux catalyseurs
57
Étude bibliographique
Ni et Pd porteurs de ligands diimine, le poly(éthylène) obtenu est strictement linéaire ; ceci est
expliqué par l’inaptitude du catalyseur à polymériser les oléfines issues des réactions de E-
élimination et de transfert au monomère (voir Schéma 49).
Met
n
R R
R
Met-H +
+ n n Met
R R R R
Met
m
R
R R
R
n
58
Étude bibliographique
B(ArF)4
X
Cl Cl
R Cl Cl
O
V Cl Mn Ru
M (X)n Fe Co
O Cl
Cl Cl
R
N
A B
D N S O N
Y N
D M (X)n
Y N
Y N N N NH
A N
B P N
R X H R Ph
A
Rn Ph
R'
N N
N N
N N
N R'
B O
R iPr
Bien que très sélectifs vis à vis du monomère, les catalyseurs au fer porteurs de ligand
bis(imino)pyridine restent des complexes grandement étudiés par les industriels du fait de leur
stabilité à des températures élevées.
E. Conclusion
59
Étude bibliographique
ramification etc… Les barrières que l’on pensait infranchissables par les métallocènes sont
tombées en une dizaine d’années par l’emploi de ces nouveaux complexes. Même si les
résultats les plus probants restent confinés à seulement quelques métaux (Ti, Zr, Fe, Ni, Pd,
Co), nul doute que d’ici peu de temps, l’émergence de nouveaux ligands permettra d’agrandir
cette famille ainsi que le nombre de monomères polymérisables.
60
Étude bibliographique
61
Étude bibliographique
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[151] J. C. Flores, M. R. Manzoni, R. Baumann, W. M. Davis, R. R. Schrock, in
Organometallics, Vol. 18, 1999, p. 3220.
[152] Y. Matsuo, K. Mashima, K. Tani, in Chem. Letters, 2000, p. 1114.
67
Étude bibliographique
68
Étude bibliographique
69
Deuxième Partie :
pour la
catalyse Ziegler-Natta
71
I. Synthèse d’activateurs type MAO par voie non hydrolytique
Sur le marché, la principale forme disponible du MAO est obtenue par hydrolyse partielle du
TMA. Les caractéristiques, les performances mais également les limites de ce composé ont
été évoquées dans la partie bibliographique. Récemment, des études menées dans diverses
équipes mais également au LCPO ont montré que des structures de type MAO peuvent
également être obtenues par réaction du TMA avec des composés organiques, la plupart du
temps porteurs de fonctions carbonyle ou alcool. Suivant cette voie, nous avons décidé
d’étudier les réactions mises en jeu entre le TMA et l’acide benzoïque conduisant à des
structures méthyluminoxane, en essayant de dégager les paramètres pouvant influer sur la
structure des produits de réaction obtenus et leur efficacité en tant qu’activateur de catalyseurs
Ziegler- Natta.
Il est mentionné dans la littérature qu’une structure de type MAO peut être obtenue par
réaction entre le TMA et l’acide benzoïque[1-3] ; cependant une réelle étude de la réaction et
des paramètres qui gouvernent les produits formés n’a jamais été effectuée. Dans les années
70, Mole et al. ont été les premiers à décrire la réaction de C-méthylation des acides
carboxyliques, dont celle de l’acide benzoïque, par réaction avec le TMA[4]. Le principe de
cette réaction est présenté Schéma 1.
TMA (excès)
RCO2H RCMe3
T>120°C
Schéma 1: Principe de la réaction de C-méthylation
Le but étant alors à l’époque de récupérer les produits de réaction organiques, les composés
aluminiques formés étaient détruits par hydrolyse et non caractérisés ; de plus aucun schéma
réactionnel détaillé n’a été proposé. C’est avec un tout autre objectif que nous avons entrepris
une analyse plus poussée de la réaction entre le TMA et l’acide benzoïque. Pour ce faire, nous
73
avons fait varier deux paramètres de la réaction, le rapport entre le TMA et l’acide et la
température de réaction. Le TMA étant un composé sensible à l’hydrolyse, toutes les
manipulations sont effectuées sous pression d’azote sec. Pour une facilité d’écriture, l’acide
benzoïque sera désigné par l’abréviation AB.
Dans un premier temps, il a été examiné l’impact du rapport TMA/BA (R) sur les produits
obtenus. Bien qu’existant sous une forme dimère en milieu organique, le TMA sera décrit et
considéré sous sa forme unimère. L’acide benzoïque est tout d’abord dissous dans du toluène
anhydre (voir partie expérimentale) puis la solution est portée à 0°C. La quantité de TMA
désirée (en solution dans le toluène) est alors ajoutée goutte à goutte. En fin d’addition, on
laisse la solution revenir lentement à 20°C sous agitation pendant 60 heures. Les différentes
solutions obtenues à 20°C seront notées MAO20°C(R), (R) indiquant le rapport TMA/AB utilisé.
Premièrement, la réaction équimolaire (R= 1) a été envisagée. Dès les premières gouttes de
TMA, un dégagement gazeux apparaît à la surface de la solution. Une fois le temps de
réaction écoulé, l’analyse du milieu réactionnel est alors effectuée par RMN 1H dans le
CDCl3. Les différents déplacements chimiques, en particulier ceux des protons en D du
carbonyle (G= 8,4 ppm) ainsi que les intégrations des différents signaux indiquent la
formation d’un unique produit. Il s’agit d’un carboxylate de diméthylaluminium,
PhCOOAlMe2 ; son spectre RMN 1H obtenu est représenté Figure 1.
74
Figure 1: Spectre RMN 1H du produit obtenu pour R= 1 à 20°C (CDCl3)
On distingue les protons des groupements méthyle liés à l’aluminium (OAl(CH3)2, G= -0,35
ppm), largement déplacés par rapport à Al(CH3)3 (G= -0,25 ppm). L’intégration des signaux
concorde avec la formation de méthane, ce qui explique le dégagement gazeux observé lors de
l’addition. Dans ces conditions de réaction, on n’observe ni formation de structure MAO, ni
de produit de C-méthylation (PhCMe3) et la réaction est quantitative. Tout comme le TMA, il
est possible que ce composé existe en fait sous une forme dimère plutôt qu’unimère, mais il
n’est pas possible de distinguer l’une ou l’autre des deux formes sur le spectre.
Le schéma réactionnel pour la réaction entre le TMA et l’AB, à 20°C est le suivant :
20°C,
PhCOOH + AlMe3 PhCOOAlMe2 + CH4
toluène
Dans les mêmes conditions de réaction (20°C, 60h), la nature et les proportions relatives des
produits formés pour des rapports TMA/AB compris entre 1 et 4 ont ensuite été déterminées.
75
Les spectres RMN 1H des composés obtenus pour R= 1 ; 1,5 ; 2 ; 2,5 ; 3 sont présentés Figure
2. Le spectre RMN des produits de réaction formés pour R= 4 est identique à celui pour R= 3.
Figure 2: Spectres RMN 1H des produits de réaction obtenus pour R=1 ;1,5 ;2 ;2,5 ;3 (CDCl3)
Alors qu’à la stœchiométrie (R= 1) un unique composé est formé, PhCOOAlMe2, pour des
rapports supérieurs, un mélange de plusieurs composés est observé. En se basant sur
l’intensité relative des protons en D du carbonyle du composé carboxylique, on s’aperçoit que
la proportion de PhCOOAlMe2 diminue avec l’augmentation de R, pour totalement disparaître
à partir de R= 3. Cette diminution s’accompagne de la formation de deux autres composés
identifiés comme étant PhCMe2OAlMe2 (į= 1.83 ppm (CH3), -0.9 ppm (AlCH3)2) et
Me2AlOAlMe2. Ce dernier est caractérisé par un large signal qui s’étend de –1,5 à 0,7 ppm,
de façon similaire à celui obtenu avec les structures MAO (voir Figure 3 partie
bibliographique). Il est important d’indiquer que la formule « Me2AlOAlMe2 » ne représente
qu’une vision théorique et simplifiée du composé de type MAO ; sa structure est
probablement plus complexe comme généralement les composés aluminoxane. Les
proportions de chaque composé en fonction du rapport R, déterminées par RMN 1H, sont
indiquées dans le Tableau 1.
76
[TMA]/[AB] Composition des solution MAO20°C(R)
1 1 0 0 0
3 0 1 1 0
4 0 1 1 1
(I)
O O
1 eq TMA
C C + CH 4
rapide
OH OAlMe 2
1 à 2 eq lent
de TMA
( II )
Me
OAlMe 2
OAlMe 2
rapide
C Me
Me
"Me 2 AlOAlMe 2 " OAlMe 2
+
espèces stables espèce intermédiaire non observée
La première réaction, évoquée dans le paragraphe précédent (R= 1), se produit rapidement
conduisant à la formation de PhCOOAlMe2. Il reste alors (R-1) mole(s) de TMA qui peuvent
77
réagir avec ce carboxylate d’aluminium. Dans une deuxième étape supposée cinétiquement
plus lente, le TMA restant réagit avec PhCOOAlMe2 pour donner une espèce intermédiaire
di(alcoxy-aluminique) instable, PhCMe(OAlMe2)2. Cette espèce se décompose facilement en
présence d’une autre molécule de TMA pour donner simultanément PhCMe2OAlMe2 et
Me2AlOAlMe2, ce qui explique les proportions similaires de ces deux composés et l’absence
du composé PhCOOAlMe2 pour des rapports TMA/AB> 3. A partir de ces observations, et en
considérant la première étape (formation de PhCOOAlMe2) et la dernière (décomposition de
PhCMe(OAlMe2)2) comme instantanées, il est alors possible de proposer une équation de la
réaction, à 20°C, entre l’acide benzoïque et le TMA et ainsi de prédire la composition finale
du mélange. Cette équation bilan est présentée Schéma 3.
O O
C + x TMA (3-x)/2 C + CH4
OH OAlMe
( 1<x<3 ) 2
Me
+ [1-(3-x)/2] C Me
OAlMe2
+ [1-(3-x)/2] Me2AlOAlMe2
1 1 1 0 0 0 0
3 0 0 1 1 1 1
78
Les valeurs expérimentales sont relativement bien en accord avec les valeurs
théoriques déduites du Schéma 3, ce qui confirme notre interprétation. Dans le but de mieux
comprendre les aspects cinétiques de cette réaction, la consommation en TMA en fonction du
temps pour une réaction TMA/AB= 3, à 20°C, est suivie par RMN 1H (voir Figure 3).
100
80
60
40
20
0
0 8 16 24 32 40 48
T e m p s (h )
On constate que très rapidement (quelques minutes), 1/3 du TMA environ est consommé ;
cela correspond à la formation de PhCOOAlMe2. En à peine deux heures, 70% du TMA a
réagi, puis, la réaction ralentit, peut-être à cause de la diminution conjuguée du TMA et de
PhCOOAlMe2 dans le milieu. Finalement, le TMA est totalement consommé au bout de 48
heures. Avec ces données cinétiques, nous avons tenté de déterminer l’ordre de la réaction en
considérant la première étape instantanée (formation de PhCOOAlMe2). L’équation bilan
devient alors :
k
PhCOOAlMe2 + 2 TMA PhCMe2OAlMe2 + Me2AlOAlMe2
On peut écrire :
d [TMA]
-1/2. = k.[PhCOOAlMe2].[TMA]2
dt
or, à tout moment on peut considérer que [TMA]= 2[PhCOOAlMe2]
d [TMA]
donc -1/2. = -1/2.k.[TMA]3
dt
79
d [TMA]
- = k.dt
[TMA]3
1 1
( - ) = 2.k.t [TMA0] : concentration initiale en TMA
[TMA]2 [TMA0]2
1 1
= 2.k.t + [TMA] = [TMA0](1-convTMA)
[TMA]2 [TMA0]2
d’où: 1/(1-convTMA)2 =2.[TMA0]2.k.t + 1
Un des problèmes auquel nous avons été confrontés lors de la préparation de MAO par cette
voie est l’hétérogénéité de certaines solutions, lorsque l’on fait varier le rapport TMA/AB et
la température de réaction (Tt 60°C). Ainsi, des solutions correspondant à des rapports
TMA/AB compris entre 2 à 4 ont été préparées et mises à chauffer de 60°C à 120°C pendant
80
plusieurs heures. Ces expériences montrent qu’à la fois la température et le rapport TMA/AB
utilisé sont deux facteurs importants influant fortement sur les caractéristiques de la solution
finale. Ainsi, pour des rapports TMA/AB< 3, la solution obtenue est hétérogène pour une
température de 60°C. Nous nous sommes donc concentrés sur les solutions TMA/AB 3 en
faisant varier le paramètre température (60, 80, 110 et 130°C). Les résultats ont montré que la
solution restait homogène seulement pour une température de 60°C.
Dans le but de garder la solution homogène, nous avons étudié les produits formés lors de la
réaction entre le TMA et l’AB pour un rapport de 3, à 60°C.
L’analyse par RMN 1H de la solution confirme la présence du produit de C-méthylation,
(tert-butylbenzène, PhCMe3) ainsi que d’autres produits organiques : le 1,1,3-triméthyl-3-
phénylindane (A) et le 2,4-diméthyl-2,4-diphénylpentane (B). Un large signal (G= -0,5 à 0,9
ppm) est attribué à la formation conjointe de MAO. La réaction est quantitative et le spectre
nous indique qu’il n’y a pas de composés carboxy et alcoxy-aluminiques (PhCOOAlMe2 et
PhCMe2OAlMe2) présents. Le spectre 1H de la solution obtenue pour un rapport TMA/AB= 3
après chauffage à 60°C pendant 60 heures est représenté Figure 4.
L’intégration des différents signaux permet de remonter à la proportion de chaque produit
organique présent dans la solution. L’analyse RMN de la phase liquide récupérée après
évaporation des composés les plus volatils révèle la présence de PhCMe3 (60%) et de TMA en
très faible quantité. Dès lors, l’équation bilan de la réaction entre l’acide benzoïque et le TMA
tel que TMA/AB= 3, à 60°C pendant 60 heures peut être établie. Elle est représentée
Schéma 4.
81
Figure 4: Spectre RMN 1H de la solution obtenue pour R= 3, à 60°C
pendant 60 heures (Toluène D-8)
Me Me
H
0,60 PhCMe3 + 0,149
H
Ph Me
Me Ph Ph Me
60°C, 60 heures
PhCOOH + 3 TMA + 0,05
toluène
Me Me
MAO60°C
Schéma 4: Synthèse de la solution MAO60°C par réaction de l’acide benzoïque
avec le TMA (R= 3), à 60°C pendant 60 heures
82
Cette solution entière (MAO + produits organiques + traces de TMA) est dénommée
MAO60°C(3). La formation des produits organiques 1,1,3-triméthyl-3-phénylindane (A) et
2,4-diméthyl-2,4-diphénylpentane (B) peut être expliquée par réaction de l’ion
diméthylphénylcarbénium avec l’Į-méthylstyrène formés durant le processus de
C-méthylation, comme présenté Schéma 5.
acide de Lewis
Me
(MAO ou AlMe3)
-H
OAlMe 2
T>60°C
Me
CMe2 MeC CH 2
H Me
CMePh
Ph
Me Me Me Me
-H AlMe3
Me
CMe 2Ph
Ph
Me Me Me Me
1,1,3-triméthyl-3-phénylindane 2,4-diméthyl-2,4-diphénylpentane
Dans la mesure où partant des mêmes composant initiaux, les produits formés sont
significativement différents lorsque la réaction est réalisée à 20 et 60°C, nous avons examiné
l’effet de la température sur les solutions de MAO20°C(3), contenant uniquement
PhCMe2OAlMe2 et Me2AlOAlMe2 en égales proportions. Tout comme précédemment, la
température de la réaction est un paramètre important. Les systèmes obtenus pour des
températures supérieures ou égales à 80°C étant hétérogènes, la température de 60°C a été
retenue. Après 10 heures de chauffage, le mélange réactionnel est analysé par RMN 1H. Le
spectre obtenu est similaire à celui obtenu pour la solution de MAO60°C(3) et les proportions
des divers composés sont identiques. Il n’y a plus de dérivé PhCMe2OAlMe2, la réaction est
donc quantitative. Par contre, la présence de dérivés aromatiques (Schéma 5) est à nouveau
observée. Tout comme l’expérience précédente, la présence de TMA en très petite quantité est
83
détectée alors que ce composé est absent avant le chauffage de la solution. Sa présence peut
s’expliquer par la condensation de deux structures MAO, cette réaction est décrite Schéma 6
reaction de
2 Me2AlOAl(Me)OAlMe2 Me2Al[OAl(Me)]OAlMe2 + AlMe3
3
condensation
Schéma 6: Réaction de condensation expliquant la formation de TMA
Dans cette équation, le MAO est décrit comme un oligomère contenant 3 atomes
d’aluminium. Cette écriture est déduite du fait que dans le schéma réactionnel, trois
équivalents d’aluminium sont totalement consommés pour conduire à une structure MAO.
Dans le cas du MAO20°C(3), un MAO avec seulement deux atomes d’aluminium
(Me2AlOAlMe2) est présent dans la mesure où il provient de la décomposition de
PhCMe(OAlMe2)2 et qu’un tiers de l’aluminium total appartient à l’alcoxy-aluminique
PhCMe2OAlMe2. Le processus conduisant à la formation du mélange MAO60°C(3) à partir d’un
mélange équimolaire de PhCMe2OAlMe2 et Me2AlOAlMe2 (solution MAO20°C(3)) est présenté
Schéma 7.
Me Me
H
PhCMe2OAlMe2 0,60 PhCMe3 + 0,149
60°C, 10 heures H
+
Me2AlOAlMe2 toluène Ph Me
Me Ph Ph Me
(MAO20°C(3)) + 0,05
Me Me
MAO60°C
Schéma 7: Formation de MAO60°C(3) à partir du MAO20°C (3)
84
différence, nous avons préparé l’alcoxy-aluminique PhCMe2OAlMe2 seul, par réaction
équimolaire entre le TMA et le 2-phényl-2-propanol (PhCMe2OH) dans le toluène à 20°C.
Cette réaction est présentée Schéma 8.
Me Me
20°C, 24 heures
Ph C OH + AlMe3 Ph C OAlMe2 + CH4
toluène
Me Me
Schéma 8: Synthèse de PhCMe2OAlMe2
La réaction est quantitative et le produit obtenu se présente sous forme de poudre blanche
facilement soluble dans le toluène. Son spectre RMN 1H est présenté Figure 5.
Une fois ce composé redissous dans le toluène, cinq équivalents de TMA sont alors
additionnés et la solution est laissée à 60°C pendant 4 jours. L’analyse par RMN 1H ne
montre aucune différence avant et après traitement thermique indiquant qu’il n’y a aucune
réaction entre PhCMe2OAlMe2 et le TMA à 60°C.
Cette expérience démontre que la réaction de C-méthylation entre le TMA et l’acide
benzoïque n’est possible que si le composé « Me2AlOAlMe2 » est présent dans le milieu
réactionnel pour catalyser la réaction. Ce résultat permet d’expliquer pourquoi la réaction de
85
C-méthylation est plus lente en partant de l’acide benzoïque puisqu’il faut nécessairement que
le composé Me2AlOAlMe2 soit premièrement formé. En partant de l’acide benzoïque, 60
heures sont nécessaires pour avoir une réaction totale alors qu’en partant du mélange du
MAO20°C(3) (PhCMe2OAlMe2 + Me2AlOAlMe2), 10 heures suffisent. Cette différence
correspond au temps nécessaire pour une réaction totale entre l’acide benzoïque et le TMA
(R=3), comme nous l’avons vu précédemment (cf. page 81).
Le schéma réactionnel correspondant à la réaction entre l’acide benzoïque et le TMA (R=3) à
60°C peut être représenté comme suit :
PhCMe2OAlMe2
x +
( x< 1 ) Me2 AlOAlMe2
A titre comparatif, nous avons examiné la réaction entre l’acide benzoïque et le TMA (R= 3),
à 100°C pendant 90 heures dans le toluène. Comme décrit précédemment, la solution obtenue
est hétérogène et on note la présence d’un composé insoluble qui a l’apparence d’un gel. Par
décantation de cette partie insoluble, il est possible de séparer les deux phases. Après une
première séparation, la partie insoluble est lavée deux fois avec du toluène pour récupérer les
produits organiques et la phase liquide est de nouveau récupérée. L’analyse des composés les
plus volatils par RMN 1H montre la présence du produit de C-méthylation (PhCMe3) et de
TMA (Figure 6).
86
Figure 6: Spectre RMN 1H des produits récupérés après évaporation de la phase liquide de la
solution MAO100°C(3)
Après séchage de la phase insoluble, on obtient donc le composé MAO qui se présente sous
forme de poudre blanche insoluble dans les solvants organiques.
L’impact électronique est une méthode de détermination des masses molaires pour les
composés sous forme de poudre. Le produit à analyser est d’abord mis sous vide primaire puis
sous vide secondaire. Ensuite, un bombardement électronique provoque l’ionisation du
produit et le composé est alors chauffé graduellement. La montée en température est de 25°C
à 800°C en seulement 10 minutes. Le produit ionisé se vaporise et est accéléré par un champ
électromagnétique ; chacune des espèces chargées subit alors une déflection proportionnelle
au rapport m/z où m représente la masse de la particule et z le nombre de charges qu’elle
porte. Après ionisation, de nombreuses recombinaisons sont susceptibles de se produire, ce
qui explique que pour un composé défini, le spectre indiquera la présence de plusieurs entités
différentes, de rapport m/z inférieur à celui du pic de masse et dans des proportions souvent
importantes.
87
Le spectre obtenu indique la quantité relative de chaque composé en fonction du rapport m/z.
Ce dernier est en fait la masse molaire puisque c’est sa masse à laquelle est soustraite la masse
d’un électron (négligeable). Les pics satellites autour des pics principaux sont dûs aux
différents isotopes des atomes.
B.2. MAO20°C(3)
B.3. MAO60°C(3)
L’échantillon de MAO60°C est préparé par traitement thermique du MAO20°C(3) à 60°C pendant
20 heures. La solution est alors mise sous vide jusqu’à l’obtention d’une poudre blanche, qui
est stockée sous atmosphère inerte pour l’analyse. Les résultats de l’analyse sont présentés
Figure 7.
88
Les deux masses détectées les plus élevées sont m/z= 236 et 252g/mol. Elles correspondent
parfaitement aux masses des sous-produits de C-méthylation déjà identifiés : respectivement
le 1,1,3-triméthyl-3-phénylindane (A :M+ =236g/mol) et le 2,4-diméthyl-2,4-diphénylpentane
(B : M+=252g/mol). A m/z= 221 correspond la masse du composé A privé d’un groupe
méthyle. Il est très difficile d’indexer tous les pics tellement les possibilités de fractionnement
et de réarrangement sont nombreuses. Cependant, certains pics sont couramment observés et
identifiés pour des composés hydrocarbonés. Ainsi, les pics à m/z= 77, 91 et 119 peuvent être
attribués à C6H5+, PhCH2+et PhCMe2+ respectivement.
Après environ neuf minutes d’analyse, de nouveaux composés sont détectés (voir Figure 8).
On distingue un nombre important de pics. Le pic correspondant à la masse la plus élevée est
obtenu pour m/z= 311g/mol. De cette masse semble découler un grand nombre de composés
de masse molaire moins élevée par fractionnements successifs. Les différences de valeur
correspondent pour la plupart au départ de un ou plusieurs groupes méthyle (mCH3= 15). On
distingue aussi des écarts qui peuvent correspondre à l’abstraction d’un atome d’aluminium
(mAl= 27) et d’oxygène (mO= 16). Ces fractionnements probables sont représentés sur le
spectre. Il est important de préciser qu’après examen du tube contenant l’échantillon, aucune
trace de produit résiduel n’est présente ; ceci signifie que tout le composé de départ a été
vaporisé. Ce résultat suggère que ce spectre est celui de la structure MAO contenue dans la
solution MAO60°C(3). Ce dernier aurait donc une masse molaire maximum de 311g/mol (peut-
être à un groupe méthyle près, dans ce cas M= 326g/mol).
89
Nous avons considéré plusieurs structures théoriques pour des MAO linéaires, des cycles ou
des cages avec participation ou non du TMA (cf. étude bibliographique) et comparé les
masses molaires théoriques avec celles obtenues. Les résultats sont rassemblés dans le
Tableau 3.
Cyclique ou
Linéaire Cage liée à 1 TMA Cage liée à 2 TMA
Structure cage
Me2Al[OAlMe]nOAlMe2 [OAl(Me)]n•TMA [OAl(Me)]n•2TMA
envisagée [OAl(Me)]n
M= 130+ 58n M= 58n + 72 M= 58n + 144
M= 58n
Quelle que soit la structure envisagée et le degré d’oligomérisation (n), une masse molaire
théorique de 311 ou 326 g/mol n’est pas répertoriée dans le tableau ci-dessus. Ce résultat peut
être expliqué de plusieurs manières. Premièrement, la technique en elle-même est incertaine ;
on ne sait pas quel est le comportement du MAO soumis à un bombardement électronique et
de nombreuses recombinaisons ne sont pas à exclure. Deuxièmement, les structures proposées
ne sont que des modèles théoriques repris dans la littérature, modèles figés et donc limités.
Enfin, même si toutes les précautions ont été prises, l’échantillon est malheureusement exposé
à l’air ambiant avant d’être introduit dans la chambre d’ionisation. Dès lors, le MAO peut
avoir subi une hydrolyse partielle en contact avec l’humidité ambiante.
D’après le Tableau 3, une masse molaire de 311g/mol correspondrait en moyenne à une
structure contenant 6 à 7 atomes d’aluminium, donc éloignée de l’écriture utilisée dans
l’équation du Schéma 4 (Me2AlOAl(Me)OAlMe2).
90
B.4. MAO100°C(3)
91
Le pic de masse a une valeur de 249g/mole. En regardant les pics de masse inférieure, on
aperçoit entre chaque un écart de 14g/mole. Cette valeur est représentative des produits
décomposés sous l’effet de la température (départ de CH2). En effet, en fin d’analyse, la
température est alors de 800°C. Ces pics sont donc sûrement dus à la thermolyse partielle du
MAO et donc ne peuvent renseigner sur sa masse molaire. De plus, une fois l’analyse
effectuée, on remarque que le tube contenant l’échantillon n’est pas vide, donc que tout le
produit n’a pas été vaporisé. Cela peut s’expliquer par une masse molaire trop importante du
MAO. On peut donc en déduire que le MAO formé à 100°C a une masse molaire plus
importante que le MAO formé à 60°C, expliquant son insolubilité dans le toluène.
C. Conclusion
Nous avons montré que la synthèse d’un composé type méthylaluminoxane est possible par
réaction de l’acide benzoïque avec le triméthylaluminium. Contrairement à la voie
hydrolytique, leur synthèse s’accompagne de la formation de composés organiques ou
organo-aluminiques tiers. L’étude de plusieurs paramètres (rapport entre le TMA et l’acide
benzoïque et la température de réaction) a permis de montrer que les caractéristiques du MAO
obtenu sont très dépendantes de son mode de préparation. Les analyses effectuées laissent
présumer que la masse molaire du méthylaluminoxane du MAO20°C(3) est plus faible que celle
contenue dans le MAO60°C(3), elle même plus faible que pour le MAO100°C(3). Ces différences
de structure présagent des différences de propriétés et de comportement, spécialement dans
leur utilisation en tant qu’activateurs de catalyseurs Ziegler-Natta.
92
II. Synthèse d’activateurs alcoxy-alumininiques par voie non-hydrolytique
La réaction entre le TMA et la benzophénone a fait l’objet d’une étude vers la fin des années
70. A partir d’une étude cinétique[5], Ashby a montré que le mécanisme de la réaction
dépendait du rapport TMA/BZ. Ainsi, pour un rapport TMA/BZ égal à 1, la formation de
Ph2C(Me)OAlMe2 procède par un intermédiaire à 4 centres alors qu’en présence d’un excès
de TMA (TMA/BZ>1), un mécanisme à 6 centres est préféré (voir Schéma 9).
POUR TMA/BZ= 1 Ph G G
C O
Ph2CO + Al(CH3)3 Ph2CO ...... Al(CH3)3 Ph CH3 Ph2C(CH3)OAlMe2
Al(CH3)3
H3C Al
CH3
POUR TMA/BZ> 1
Ph CH3
O
Al(CH3)3 Ph C Al
CH3
Ph2CO + Al(CH3)3 Ph2CO ...... Al(CH3)3 H3C CH3
Ph2C(CH3)OAlMe2 + Al(CH3)3
Al
H3C CH3
93
Des analyses par RMN du proton montrent l’existence d’interactions entre Ph2C(Me)OAlMe2
et le TMA[6]. Bien qu’ayant été apparemment étudiée, la nature des produits de réaction issus
de la réaction entre le TMA et la benzophénone est très peu, voire très mal identifiée. En effet,
la plupart des articles concernant cette réaction fondent leur interprétation sur l’analyse des
complexes intermédiaires ou sur les produits obtenus après hydrolyse. En fait, il n’existe
aucune équation bilan de la réaction entre le TMA et la benzophénone. Notre premier travail a
donc été d’analyser et de caractériser les produits obtenus en faisant varier les paramètres
expérimentaux que sont le rapport TMA/BZ (R’) et la température de réaction.
94
Figure 11: Spectre RMN 1H de Ph2C(Me)OAlMe2 obtenu pour TMA/Bz= 1, à 20°C
après 48 heures (CDCl3)
Après 2 minutes d’analyse, les premiers composés vaporisés sont détectés. La suite de
l’analyse ne révèle pas la présence d’autres composés. Le spectre obtenu est présenté Figure
12.
Figure 12: Spectre d’impact électronique du produit obtenu pour TMA/BZ=1, 20°C, tps= 48 h
95
Le pic de masse a une valeur de 493g/mole, correspondant à la masse de la forme dimère
[Ph2C(Me)OAlMe2]2 privée d’un méthyle (254*2 – 15). Nous n’avons pas réussi à indexer les
autres pics, particulièrement le pic de base (M= 179g/mole). Ce résultat indique que le
composé unique (ou très majoritaire) formé pour R’=1 à 20°C se présente sous une forme
dimère [Ph2C(Me)OAlMe2]2 (III) probablement par affectivité électronique entre le doublet
libre de l’atome d’oxygène et la lacune électronique de l’atome d’aluminium, comme illustré
sur la Figure 12.
Dès le début de l’ajout de TMA la solution devient jaunâtre. Cependant, contrairement au cas
précédent (R’= 1), la couleur s’estompe presque totalement une fois tout le TMA additionné.
Après 48 heures d’agitation, la solution, devenue totalement incolore est mise à évaporation et
l’on obtient un solide blanc. L’analyse RMN 1H dans CDCl3 est présentée Figure 13.
96
Comme pour R’= 1, l’apparition d’un signal à 2,2 ppm attribué à la fixation d’un groupement
méthyle sur le carbonyle est observé. Alors que pour R’= 1 un signal étroit apparaît à –1,1
ppm, à R’= 2 un large signal s’étalant de –1,8 à 0 ppm est détecté. Ce déplacement chimique
peut être également attribué à des liaisons Al-(CH3), mais d’environnement différent. Les
déplacements chimiques et l’intégration des signaux permettent d’affirmer que toute la
benzophénone a réagi et que tous les protons « apportés » par le TMA sont présents.
L’intégration des signaux aromatiques et de ceux situés à 2,2 ppm indique que chaque
molécule de benzophénone est mono-méthylée (nHaro /nH(Me) = 10/3). La formation de
Ph2C(Me)OAlMe2 est donc envisagée. L’intégration des protons situés entre –1,8 et 0 ppm
indique pourtant un excédent de 3 groupes méthyle par molécule de Ph2C(Me)OAlMe2. On
peut donc penser que le solide récupéré a une structure correspondant à l’association d’une
molécule de TMA par molécule de Ph2C(Me)OAlMe2. Ce TMA ne peut être « libre » (car
plus volatil que le toluène), ce qui explique l’absence d’un signal étroit situé à –0,2 ppm ; on
suppose donc une interaction entre Ph2C(Me)OAlMe2 et le TMA, permettant à l’aluminium
de combler sa lacune électronique. Nous assimilerons par la suite ce composé à une espèce
hétéro-bimétallique P diphényléthoxy)-Pméthyl-tétraméthyldialuminium (IV)
représentée Figure 13.
Figure 14: Spectre d’impact électronique du dérivé (IV) obtenu pour TMA/BZ= 2 à 25°C
97
La comparaison avec les bases de données montre que le spectre enregistré correspond au 1,1-
diphényléthanol (Ph2C(Me)OH), résultant probablement de l’hydrolyse de l’alcoxy-
aluminique. Le composé à analyser a donc été dégradé. Son apparente plus grande sensibilité
que [Ph2C(Me)OAlMe2]2 (III) est sans doute liée à la présence du motif TMA, très réactif au
contact de l’air. Cela nous conforte dans l’écriture du produit obtenu pour TMA/BZ = 2 à
20°C.
Nous avons effectué la même réaction pour des rapports R’= 5 et 10. L’analyse par RMN des
produits obtenus montre qu’il y a formation exclusive du composé hétéro-bimétallique
P diphényléthoxy)-Pméthyle-tétraméthyldialuminium (IV), déjà obtenu pour R’=2.
L’excès de TMA (R’- 2) reste sous forme libre dans la solution, sans qu’il n’y ait évolution de
la réaction.
Toujours par analyse RMN 1H et 13C, l’analyse de solutions préparées pour R’= 1,24 ; 1,33 ;
1,45 ; 1,58 et 1,79 montre la présence d’un mélange des composés homo-dimère (III) et
hétéro-bimétallique obtenus à l’état pur respectivement pour R’= 1 et 2. Pour exemple, les
spectres RMN 1H et 13C des composés obtenus pour R’= 1,33 sont présentés Figure 15.
98
Figure 15: Spectres RMN 1H et 13C des produits obtenus pour TMA/BZ= 1,33 à 20°C
Les proportions relatives des composés (III) et (IV) en fonction de R’ sont rapportées dans le
Tableau 4 (détermination par RMN 1H).
99
TMA/BZ (R’) % (III) % (IV)
1 100 0
1.24 61 39
1.33 51 49
1.45 40 60
1.58 31 69
1.79 11 89
2 0 100
Tableau 4: Proportions relatives des composés (III) et (IV) en fonction du rapport TMA/BZ
Nous avons réalisé in situ un suivi par spectroscopie RMN de la réaction pour R’=1, le
produit final attendu est donc le dimère [Ph2C(Me)OAlMe2]2 (III). Le spectre obtenu après 30
minutes de réaction est présenté Figure 16.
Figure 16: Spectre RMN 1H in situ de la réaction TMA/BZ= 1 à 25°C, après 30mn de réaction
100
Comme attendu, on voit que le composé (III) est déjà présent dans la solution. Les protons
situés à G= 7,85 et 7,65 ppm prouvent cependant que toute la benzophénone n’a pas encore
totalement réagi. Contre toute attente, on distingue également le composé (IV) alors que le
signal du TMA « libre » est absent (G= -0,25 ppm) et un pic de haute intensité à –0,8 ppm est
aussi présent. Plusieurs spectres ont été réalisés à des temps de réaction croissants. Leur
analyse montre que le rapport (III) / (IV) augmente au cours du temps jusqu’à la disparition
totale du composé (IV). On note aussi la disparition progressive des signaux de la
benzophénone et du signal à –0,8 ppm. Ces résultats montrent que le composé (IV) est un
composé intermédiaire amenant à la formation du composé (III). La benzophénone n’étant pas
totalement consommée dans les premiers temps de la réaction mais le signal du TMA « libre »
étant absent, on peut supposer que le signal à -0,8 ppm est celui du TMA mais sous une forme
différente, probablement en interaction avec la benzophénone.
101
CH 3
Ph C Ph CH 3
Me O Me Ph C Ph
Al Al Me O Me
Me O Me Al Al
Ph C Ph
Me CH 3 Me
CH 3
(III) (IV)
L’ensemble de ces résultats laisse supposer que lors de la réaction entre le TMA et la
benzophénone, il y a d’abord formation du composé hétéro-bimétallique (IV), puis, la
benzophénone restante réagit avec ce dernier pour donner le composé (III) qui n’est plus
réactif vis à vis des composés présents (notamment le TMA), ce qui implique que (III) ne peut
redonner (IV). Dans ce cas là, il est possible de déduire les proportions de chaque composé en
fonction de R’. L’équation proposé est présentée Schéma 11.
CMePh2 CMePh2
O O
Me Me Me Me
Ph2CO + x TMA (x-1) Al Al + (2-x)/2 Al Al
1<x<2 Me Me Me Me
Me O
CMePh2
(IV)
(III)
Schéma 11: Equation bilan proposée pour la réaction le TMA et la benzophénone
102
% (III) % (III) % (IV) % (IV)
TMA/BZ (R’)
expérimental théorique expérimental théorique
1 100 100 0 0
1.24 61 61 39 39
1.33 51 50 49 50
1.45 40 37 60 63
1.58 31 27 69 73
1.79 11 12 89 88
2 0 0 100 100
Tableau 5: Comparaison des pourcentages expérimentaux et théoriques des dérivés (III) et (IV)
Les valeurs théoriques calculées selon cette hypothèse rejoignent les données expérimentales,
le mécanisme proposé paraît donc valable.
Comme indiqué précédemment, la réaction entre le 1,1-diphényléthanol et le TMA
(TMA/OH> 1) donne exclusivement le composé (III) et aucun changement de coloration n’est
observé. Cela signifie que dans ce cas, le mécanisme réactionnel est totalement différent. Au
regard des résultats, on peut envisager que la réaction entre le TMA et la benzophénone passe
par un complexe intermédiaire et fait appel à un mécanisme à 6 centres dans lequel deux
molécules de TMA (ou une seule si le TMA est sous forme dimère) viendraient se coordiner
avec une molécule de benzophénone. Le passage par une coloration jaunâtre peut être
expliqué par la formation de ce complexe intermédiaire. Un tel mécanisme est présenté
Schéma 12 :
103
Ph CH 3
TMA Ph
O C Ph C Ph
Me
+ Al Me O Me
Me
Me
Me Al Al Al
Ph 2 CO Me Me
Me Me Me
Ph 2 CO
CH 3
Me
Ph C Ph
Ph C Ph
O Me Me Me
Me O
Al Al Me Al Al Me
Me O Me Me O
C
Ph C Ph
Ph Ph
CH 3
104
A.3. Influence de la température de réaction
De la même manière que pour l’acide benzoïque, la réaction de C-méthylation des cétones par
le TMA sous l’effet de la température a déjà été brièvement décrite[9]. Plus récemment, la
synthèse de MAO par réaction de la benzophénone avec du TMA a été étudiée[10]. Il est à
noter que la synthèse s’effectue par addition d’un taux catalytique de MAO commercial ou
d’eau au cours de leur synthèse[2, 3, 10], comme présenté Schéma 13.
2 AlMe3
(b) Ph2CO + 0,1 H2O Ph2CMe2 + MAO
toluène, 80°C, 3h
Tout d’abord, la synthèse a été réalisée selon la procédure décrite sur le Schéma 13(a), l’ajout
de MAO commercial s’effectuant après 2 heures de réaction à 60°C. Après 3 heures de
réaction supplémentaires à 60°C, la réaction est stoppée et l’on obtient une solution limpide.
L’analyse par RMN 1H révèle que la benzophénone est quantitativement C-méthylée pour
former le 2,2-diphénylpropane (Ph2C(CH3)2 G= 1,7 ppm). Un large signal révélateur de la
formation de MAO est détecté (G 0,8 à 0,4 à ppm). La comparaison de son signal RMN 1H
(Figure 17) avec celui du MAO commercial (voir Figure 3 de l’étude bibliographique) montre
l’absence de TMA « libre ».
Figure 17: Spectre RMN 1H du MAO obtenu pour R’=1,33 à 60°C pendant 5 heures ; un taux
catalytique de MAOcom (2% Al) est ajouté après 2 heures à 60°C
105
Nous avons ensuite étudié la réaction benzophénone - TMA en faisant varier le rapport R’ et
la température de réaction, cela sans ajout de MAO commercial ou d’eau.
Nous avons répété cette dernière réaction sans ajout de MAOcom (R’=1,33 ; T= 60°C ; t= 6
heures). Le spectre RMN révèle la seule présence des composés (III) et (IV), dans des
proportions sensiblement égales à celles trouvées pour une réaction à 20°C (| 50/ 50). Cette
même solution laissée à 60°C pendant 48 heures ne subit aucune modification. De même, le
remplacement du MAO par du TMA n’a aucun effet sur l’évolution du système. Cette
expérience révèle donc que l’ajout d’un taux catalytique de MAO est nécessaire à la réaction
de C-méthylation à 60°C et par conséquent à la formation de MAO soluble dans le toluène.
Plusieurs expériences ont été ensuite réalisées en augmentant la température de réaction (de
80°C à 130°C) et en faisant varier R’ (1,24<R’<11). De telles conditions ont permis
d’effectuer la réaction de C-méthylation sans ajout de catalyseur, la réaction apparaissant
facilitée avec l’augmentation de R’. Ainsi, à 90°C, la réaction est totale en 27 heures pour
R’=11 alors que pour R’=1,24 , 40 heures au minimum sont nécessaires pour transformer en
totalité la benzophénone en 2,2-diphénylpropane.
Malheureusement, ces MAO obtenus directement par réaction du TMA sur la benzophénone
ne sont pas solubles dans le toluène contrairement à celui obtenu par addition de MAOcom ou
d’eau comme catalyseurs. Ainsi, à la fin des réactions, les solutions obtenues sont hétérogènes
et le MAO synthétisé a l’aspect d’un gel. Ces expériences indiquent que l’ajout de MAOcom
en cours de réaction permet d’une part de baisser la valeur de la température nécessaire pour
synthétiser le MAO (60°C au lieu de 80°C minimum) et d’autre part d’obtenir un MAO
soluble, donc facilement utilisable.
A.4. Conclusion
Cette étude montre que les produits issus de la réaction entre le TMA et la benzophénone sont
très dépendants des paramètres expérimentaux que sont le rapport TMA/BZ et la température
de réaction. Ainsi, dans des conditions dîtes douces (20°C) et pour des rapports supérieurs à
un, deux principaux dérivés aluminiques sont formés : un homo-dimère (III) et un hétéro-
bimétallique (IV). Le suivi par RMN de l’évolution de la réaction entre le TMA et la
benzophénone permet de proposer un mécanisme réactionnel théorique en accord avec les
résultats expérimentaux. Pour des températures supérieures à 80°C, la présence du produit de
106
C-méthylation (Ph2CMe2) et de MAO est détectée, ce dernier étant malheureusement
insoluble dans le toluène donc difficilement manipulable.
107
Troisième Partie :
Étude de l’activation
de rac-Et(Ind)2ZrCl2
109
Cette troisième partie concerne l’utilisation des systèmes aluminiques synthétisés dans la
partie précédente en tant qu’activateur de dérivés de métaux de transition pour la
polymérisation des oléfines. Le catalyseur étudié est le métallocène rac-Et(Ind)2ZrCl2, ce
choix est fondé sur l’expérience acquise au laboratoire sur le comportement de ce composé en
présence de MAO et sur sa capacité à polymériser nombre d’oléfines[11-14].
L’activation du dérivé rac-Et(Ind)2ZrCl2 par ajout de dérivés aluminiques est suivie par
spectroscopie UV-visible. Cette méthode spectroscopique a précédemment permis à
Giannetti[15] de montrer que la bande d’absorption du métallocène type Cp2ZrX2 peut se
déplacer en fonction du rapport [MAOcom]/[Zr] employé, en accord avec la théorie des
orbitales moléculaires. Le diagramme des orbitales moléculaires pour un composé type
(L2X)2ZrX2, construit à partir de la combinaison des orbitales de « (L2X)2Zr » et «X », est
représenté comme suit :
111
associée à la transition électronique diminue ; c’est l’effet hypsochrome. Le déplacement de la
bande d’absorption du métallocène est donc une sonde indicatrice de l’environnement
électronique du métal.
1,2
A l/Z r
fig 16
0
1,0
10
50
0,8 30
70
14 0
Abs
0,6 50 0
20 00
0,4
0,2
0,0
350 400 450 500 550
O (n m )
112
Avant introduction du MAOcom, la solution contenant le métallocène dichloré dans le toluène
est de couleur jaune. Dès les premiers ajouts de MAOcom, le milieu réactionnel vire
rapidement à l’orange.
La courbe indexée « [Al]/[Zr]= 0 » correspond au spectre du métallocène rac-Et(Ind)2ZrCl2
seul dans le toluène ; son maximum d’absorbance est alors centré à Omax= 428 nm. Cette
valeur de 428 nm pour ce même système a déjà été rapportée par Van Tol[16]. L’intensité du
maximum d’absorbance reste inchangée pendant plusieurs jours, indiquant que
rac-Et(Ind)2ZrCl2 est stable dans ces conditions.
L’évolution du maximum d’absorbance en fonction de l’ajout de MAOcom peut être
décomposée en trois phases successives.
A. [Al]/[Zr] < 10
L’influence de l’addition d’une faible proportion de MAOcom ([Al]/[Zr]< 10) sur le spectre
UV-visible du métallocène dichloré est présentée Figure 19.
1,2
Al/Zr
428nm 0
1,0 392nm
10
0,8
0,6
Abs
0,4
0,2
0,0
350 400 450 500 550
O (nm)
113
avec le rac-Et(Ind)2ZrCl2 présente un Omax à 367 nm[12], cela conforte dans l’idée que l’espèce
à 392 nm est mono-méthylée (de longueur d’onde intermédiaire à celle de l’espèce dichlorée
et diméthylée). Comme expliqué précédemment, ce déplacement hypsochrome est significatif
d’une augmentation de la densité électronique du métal.
Dans l’objectif de déterminer la nature de l’agent alkylant (MAO et/ou TMA), nous avons
examiné l’effet de l’addition de TMA sur le métallocène dichloré. Pour un faible rapport
[TMA]/[Zr] (|10), un déplacement hypsochrome identique à celui observé en présence de
MAOcom est observé. Par contre, contrairement au MAOcom, le spectre obtenu pour des
rapports TMA/Zr supérieurs ([TMA]/[Zr]= 1000) n’est plus modifié. Cette expérience révèle
donc que le TMA « libre » présent dans le MAOcom est susceptible de contribuer au
processus de mono-méthylation du zirconocène dichloré.
Le spectre UV-visible obtenu pour 10< [Al]/[Zr]< 140 est présenté Figure 20.
1,2
A l/Z r
1,0 392nm 10
30
50
0,8 440nm 70
140
Abs
0,6
0,4
0,2
0,0
350 400 450 500 550
O (n m )
114
[Al]/[Zr]= 140, le maximum d’absorbance situé à 392 nm disparaît, attestant ainsi de la totale
conversion du dérivé rac-Et(Ind)2ZrClMe. Ce déplacement bathochrome est l’indicateur d’un
déficit électronique du métal. Le processus d’abstraction d’un ligand X (Cl ou CH3),
conduisant à la cationisation du métallocène peut être légitimement envisagé. Cependant,
comme nous le verrons par la suite, pour un rapport [Al]/[Zr]= 150, l’activité catalytique pour
la polymérisation des oléfines est nulle ou très faible, ce qui signifie que l’espèce formée dans
ces conditions n’est pas «catalytiquement active ». Ce phénomène peut être expliqué par
l’établissement d’interactions fortes entre la lacune électronique du cation zirconocénium
formé et un composé nucléophile présent dans le milieu.
Les dernières études menées dans notre laboratoire ont mis en avant le rôle inhibiteur des
atomes de chlore portés initialement par le zirconocène[12, 13]. En effet, l’ajout de MAOcom
sur le zirconocène diméthylé rac-Et(Ind)2ZrMe2, tel que [Al]/[Zr]= 150, provoque un
déplacement bathochrome du maximum d’absorbance de 367 nm à 440 nm (voir Figure 21).
Alors que pour un rapport [Al]/[Zr]= 150, l’espèce cationique obtenue à partir du métallocène
dichloré ne présente pas d’activité catalytique, celle provenant du métallocène diméthylé se
révèle très active en polymérisation. Pour ces raisons, il est proposé que l’espèce découlant de
l’addition de MAOcom sur le catalyseur rac-Et(Ind)2ZrCl2 et dont le maximum d’absorbance
est situé à 440 nm présente une interaction avec un atome de chlore arraché lors de l’étape de
cationisation voire de monométhylation. Une telle structure est présentée Schéma 14.
115
H3C Zr Cl- MAO
Ce résultat est en accord avec l’étude menée par Rytter[17]. L’auteur suggère une structure du
MAO pour laquelle existent des groupes méthyle pontants (Mepontant/Metotal | 0,2) participant à
l’étape de méthylation par échange d’un méthyle par un atome de chlore. Le MAO
présenterait alors une arête contenant un atome de chlore, pouvant facilement interagir avec la
lacune électronique créée après arrachement du second groupe chlore.
1,0
Al/Zr
140
0,8 500
440nm
2000
0,6
Abs
0,4
470nm
0,2
0,0
350 400 450 500 550
O (nm )
116
Cette nouvelle évolution en présence d’un très large excès de MAOcom peut être expliquée
par une baisse de la densité électronique du métal encore plus importante que celle observée
pour l’espèce à 440 nm. Celle-ci peut provenir de la suppression de l’interaction entre l’atome
de zirconium et l’atome de chlore ou de son affaiblissement ; ceci est en accord avec la forte
activité catalytique observée pour cette nouvelle espèce. Notons qu’ensuite, aucune
modification du spectre n’est observée pour des rapports [Al]/[Zr]> 2000.
Afin de tenter d’identifier la structure de l’espèce à 470 nm, l’entité caractérisée par
Omax= 440 nm est préalablement formée par réaction du métallocène dichloré avec le
MAOcom ([Al]/[Zr]= 150). Puis, l’effet d’ajouts successifs de TMA (jusqu’à [TMA]/[Zr]=
1500) sur cette espèce est examiné par spectroscopie UV-visible (Figure 23). On constate que
l’addition de TMA provoque alors un déplacement bathochrome progressif de Omax= 440 nm à
Omax= 470 nm. Cette modification du spectre est similaire à celle observée lors de l’ajout de
MAOcom pour des rapports [Al]/[Zr] supérieurs à 150.
0,8
Al/Zr
150 (MAO)
0,7
150 (MAO) + 500 TMA
150 (MAO) + 1000 TMA
0,6 440nm 150 (MAO) + 1500 TMA
0,5
450nm
Abs
0,4 460nm
470nm
0,3
0,2
0,1
0,0
350 400 450 500 550
O (nm)
Figure 23: Effet de l’ajout de TMA sur l’espèce obtenue par réaction de rac-Et(Ind)2ZrCl2 et de
MAOcom tel que [Al]/[Zr]= 150
Une seconde étude a été menée en utilisant un MAO dépourvu de TMA libre (noté MAO*)
obtenu par évaporation de ce dernier sous vide poussé à 80°C. Des ajouts successifs de
MAO* sur le métallocène rac-Et(Ind)2ZrCl2 montrent tout d’abord que l’évolution du spectre
UV-visible pour 0< [MAO*]/[Zr]< 150 est identique à celui obtenu avec le MAOcom. Ainsi,
une première étape de mono-méthylation est observée (Omax= 392 nm), suivie de la création de
l’espèce métallocénium (Omax= 440 nm). Cependant, pour des rapports supérieurs
117
([MAO*]/[Zr]> 1500), aucun nouveau déplacement du maximum d’absorbance (notamment
de 440 à 470 nm) n’est observé. Par contre, tout comme la première expérience, l’ajout de
TMA ([TMA]/[Zr]< 1000) provoque un déplacement bathochrome et la transformation de
l’espèce à Omax= 440 nm en celle absorbant à Omax= 470 nm.
Ces deux résultats arguent de la participation effective du TMA dans la création de l’espèce
absorbant à 470 nm. Il est proposé que le TMA a la capacité de « s’intercaler » entre le métal
et le MAO. Cela a pour effet de réduire l’interaction néfaste entre le zirconium et l’atome de
chlore porté par le MAO. La structure suggérée pour l’espèce à 470 nm est présentée
Schéma 15.
CH3 CH3
Zr Al , Cl- MAO
CH3 CH3
Schéma 15: Structure proposée pour l’espèce absorbant à 470 nm issue de la réaction entre
rac-Et(Ind)2ZrCl2 et le MAO tel que [MAO]/[Zr]| 2000
Notons que ces résultats sont tout à fait en accord avec les données de la littérature[18] et avec
le fait qu’il faille un très large excès de MAOcom pour générer une espèce métallocène active
à partir d’un métallocène dichoré.
Dans une telle configuration, l’oléfine ne peut en principe pas venir se coordiner ; or l’activité
catalytique observée en présence de cette espèce est importante. On peut donc supposer que la
structure décrite est une espèce dormante, en équilibre avec la véritable espèce active capable
d’accepter la coordination de l’oléfine (voir Schéma 16).
118
CH3 CH3 Me Me
Zr Al , Cl- MAO Zr , Al MAO
CH3 CH3 CH3 Me Cl
R
n
Me Me
CH3
Zr n , Al MAO
Me Cl
R
Schéma 16: Equilibre supposé entre les espèces actives et les espèces dormantes
II. Etude de l’activation par les dérivés issus de la réaction entre le TMA et l’acide
benzoïque
119
0,5
Al/Zr
392nm
0,4 0
428nm 10
100
0,3
300
1000
1500
Abs
0,2
0,1
0,0
350 400 450 500 550
O (nm)
L’addition de MAO20°C(1,5) jusqu’à [Al]/[Zr]= 300 n’a aucune influence sur la position du
maximum d’absorbance. Ce n’est que pour des rapports supérieurs à 1000 que la bande
d’absorbance du métallocène dichloré (Omax= 428 nm) décroît au profit de celle caractéristique
de l’espèce mono-méthylée (Omax= 392 nm). L’ajout de MAO20°C(1,5) pour des rapports
[Al]/[Zr]< 1500 n’engendre donc que le processus de mono-méthylation (à partir de
[Al]/[Zr]> 300). Pour de tels rapports, aucune formation d’espèce cationique, susceptible
d’amener une activité catalytique, n’est observée.
Les spectres obtenus après les incréments de MAO20°C(2) sont présentés Figure 25.
120
0,40
392nm Al/Zr
0,35 0
428nm 10
0,30 20
50
0,25 100
250
0,20
500
Abs
750
1000
0,15
1250
1500
0,10
2000
0,05
0,00
350 400 450 500 550
O (nm)
Comme précédemment, l’ajout de MAO20°C(2) jusqu’à un rapport [Al]/[Zr]| 250 n’a aucun
effet sur le spectre UV-visible obtenu. Pour des rapports supérieurs, le métallocène dichloré
est petit à petit transformé en espèce mono-méthylée (Omax= 392 nm) ; pour un rapport
[Al]/[Zr]= 1500, le processus de mono-méthylation est total. Encore une fois, la présence
d’espèce cationique correspondant à un déplacement bathochrome de l’espèce mono-méthylée
n’est pas détectée.
121
0,16
392nm
428nm
Al/Zr
0,12 0
50
100
250
Abs
0,08
0,04
0,00
350 400 450 500 550
O (nm)
0,20
A l/Z r
250
0,15 392nm 400
650
435nm 900
1500
2000
0,10
Abs
0,05
0,00
350 400 450 500 550
O (n m )
122
A.4. Activation par le MAO20°C(3)
0,8 392nm
428nm Al/Zr
435nm 0
10
0,6 50
100
250
Abs
0,4
400
600
0,2
0,0
350 400 450 500 550
O (nm)
Pour mémoire, le MAO20°C(4) présente une composition proche de celle du MAO20°C(3) avec du
TMA libre (PhCMe2OAlMe2 + « Me2AlOAlMe2 » + AlMe3). Les effets de l’addition de
MAO20°C(4) sur le métallocène rac-Et(Ind)2ZrCl2 sont les mêmes que ceux observés avec le
MAO20°C(3), à la différence principale que les rapports [Al]/[Zr] requis pour l’achèvement de
mono-méthylation et de cationisation sont plus élevés. Ainsi, un rapport [Al]/[Zr]= 100 est
123
requis pour mono-méthyler totalement le métallocène (Figure 29 (a)), tandis qu’un rapport
[Al]/[Zr]= 2500 est nécessaire pour former totalement l’espèce supposée « cationique »
(Figure 29 b)).
0,5
0,5
b) Al/Zr
a)
100
Al/Zr 0,4
0,4 200
0
350
20
500
50
0,3 750
0,3 70
1000
100
Abs
1500
Abs
2000
0,2 0,2
2500
0,1 0,1
0,0 0,0
350 400 450 500 550 350 400 450 500 550
O (nm) O(nm)
Ces différentes expériences montrent tout d’abord que l’ajout de solutions obtenues par
réaction de l’acide benzoïque avec le TMA dans des conditions douces induit des
changements du spectre UV-visible du métallocène rac-Et(Ind)2ZrCl2. Les différentes
positions du maximum d’absorbance sont très similaires à celles observées lors de l’ajout de
MAOcom sur ce même métallocène indiquant la formation du métallocène mono-méthylé
rac-Et(Ind)2ZrClMe ainsi que d’une espèce métallique électro-déficitaire. On peut en déduire
que la solution générée à partir du mélange AlMe3/acide benzoïque (R>2,5) apparaît apte à
« mimer » l’action du MAO dans les processus de mono-méthylation et de cationisation du
métallocène. D’autre part, cette étude révèle que le MAO20°C(3) est le mélange le plus efficace,
le processus de cationisation étant achevé pour un rapport [Al]/[Zr] de seulement 600. Ce
résultat est a priori logique puisque il s’agit du mélange dans lequel le pourcentage d’atomes
d’aluminium appartenant à la structure MAO (Me2AlOAlMe2) est le plus important (66% de
l’aluminium total). Une comparaison entre les processus élémentaires d’activation du
métallocène observés par spectroscopie UV-visible ainsi que les compositions établies pour
chaque système est présentée Tableau 6.
124
Processus de Processus de
Solutions Composition (%)
Mono-méthylation Cationisation
PhCOOAlMe2 (52%)
OUI, total pour
MAO20°C(1,5) PhCMe2OAlMe2 (24%) NON
[Al]/[Zr] § 1500
Me2AlOAlMe2 (24%)
PhCOOAlMe2 (30%)
OUI, total pour
MAO20°C(2) PhCMe2OAlMe2 (35%) NON
[Al]/[Zr] § 1500
Me2AlOAlMe2 (35%)
PhCOOAlMe2 (14%)
OUI, total pour OUI, total pour
MAO20°C(2,5) PhCMe2OAlMe2 (43%)
[Al]/[Zr] § 250 [Al]/[Zr] § 2500
Me2AlOAlMe2 (43%)
PhCMe2OAlMe2 (33%)
OUI, total pour OUI, total pour
MAO20°C(4) Me2AlOAlMe2 (33%)
[Al]/[Zr] § 100 [Al]/[Zr] § 2500
AlMe3 (33%)
Comme le montre le Tableau 6, les MAO20°C(R) sont des mélanges de plusieurs constituants de
type alcoxyde d’aluminium. Nous avons voulu déterminer l’action de chacun de ces dérivés
sur le métallocène rac-Et(Ind)2ZrCl2 afin d’identifier le ou les responsables des changements
observés en spectroscopie UV-visible.
125
A.6.i. Réaction du composé PhCMe2OAlMe2 avec le métallocène
L’étude par spectroscopie UV-visible désigne le MAO20°C(3) comme étant le mélange le plus
actif et donc le plus intéressant à étudier. Pour mémoire, il est composé d’un mélange
équimolaire de PhCMe2OAlMe2 et de « Me2AlOAlMe2 ». Afin d’étudier l’effet de l’alcoxy-
aluminique PhCMe2OAlMe2 seul, nous l’avons synthétisé séparément à partir du
2-phényl-2-propanol (voir partie expérimentale). PhCMe2OAlMe2 est ensuite additionné par
incréments sur le zirconocène rac-Et(Ind)2ZrCl2 et la réaction est suivie par spectroscopie
UV-visible. L’absence de modification du spectre permet d’affirmer que PhCMe2OAlMe2
n’est pas capable de provoquer la mono-méthylation du métallocène. La capacité de
PhCMe2OAlMe2 à cationiser le métallocène mono-méthylé a aussi été étudiée. Pour ce faire,
le dérivé rac-Et(Ind)2ZrMeCl est préalablement formé par réaction du métallocène dichloré
avec 20 équivalents de TMA[14] puis PhCMe2OAlMe2 est additionné. Encore une fois, aucun
changement du spectre UV-visible n’est observé (Omax= 392 nm). Il n’y a donc pas réaction
entre le métallocène dichloré ou mono-méthylé et PhCMe2OAlMe2.
126
être effectuée permettant de mettre en avant le rôle négatif des composés aluminiques (autres
que la structure MAO) présents dans les mélanges MAO20°C(R). A titre d’exemple, le
MAO20°C(3) est constitué d’un équivalent de PhCMe2OAlMe2 et de « Me2AlOAlMe2 », donc
seulement 66% de l’aluminium total appartient à la structure MAO. En multipliant par 0,66
les rapports [Al]/[Zr] de l’étude UV-visible de l’activation de rac-Et(Ind)2ZrCl2 par le
MAO20°C(3), on peut évaluer l’effet de l’aluminium véritablement « efficace » appartenant à la
structure MAO du mélange, noté AlMAO. Le Tableau 7 récapitule la composition des
MAO20°C(R) et indique le facteur correctif à employer selon la valeur de R.
Facteur correctif à
MAO20°C(R) PhCOOAlMe2 PhCMe2OAlMe2 Me2AlOAlMe2 AlMe3
appliquer
MAO20°C(3) 0 1 1 0 0,66
MAO20°C(4) 0 1 1 1 0,5
Sur chaque spectre corrigé présenté sur la page suivante, sont indiqués les rapports pour
lesquels les processus de mono-méthylation et de cationisation sont complets (Figure 30).
127
Figure 30: Représentation des spectres UV-visible obtenus après correction du rapport [Al]/[Zr]
128
Le dérivé « Me2AlOAlMe2 » étant le seul responsable des processus d’alkylation et de
méthylation (exception faite pour le MAO20°C(4) où le TMA peut jouer le rôle d’agent
alkylant), une grande similitude entre les spectres UV-visible corrigés était attendue. Pourtant,
on constate que plus le rapport TMA/AB est élevé (R= 1,5 ; 2 ; 2,5 ; 3), plus le rapport
[AlMAO]/[Zr] nécessaire pour achever les processus de mono-méthylation puis la cationisation
du zirconocène est petit. Ainsi, un rapport [AlMAO]/[Zr]= 780, 150 et 7 est nécessaire pour une
totale mono-méthylation du métallocène en présence de MAO20°C(2), MAO20°C(2,5) et
MAO20°C(3) respectivement. De la même façon, le processus de cationisation n’est achevé que
pour un rapport [AlMAO]/[Zr]= 1500 en présence de MAO20°C(2,5) alors qu’un rapport
[AlMAO]/[Zr]= 400 est suffisant en présence de MAO20°C(3).
On peut attribuer cet effet de « retardement » de l’activation à la présence des composés
PhCOOAlMe2 et PhCMe2OAlMe2. En effet, plus le rapport TMA/AB est faible, plus la
proportion de ces composés dans les MAO20°C(R) est grande. Pour expliquer ce phénomène, on
peut proposer que la création d’interactions Al-O avec les dérivés alcoxy ou carboxy
aluminiques entraîne une baisse de l’acidité de Lewis du MAO accompagnée d’une gène
stérique (voir Schéma 17 (a)). Une affinité électronique entre l’atome d’aluminium d’un de
ces dérivés et les ligands X (X= Cl ou Me) portés par le métallocène peut également
empêcher l’approche du MAO et limiter son action d’agent alkylant et ionisant (Schéma 17
(b)).
a) Me Me Me Me
Me Me Me Me
Al Al Al Al
O O
Me
Ph
Ph C O C O
Al Al
Me O
Me Me
Me Me
O
b) Me R= Ph C
R O
Al Me ou
X R Me
O
Zr Me Ph C
Al
X Me
Me
129
A.6.iv. Rôle négatif du TMA
Me Me
Me Me
Al Al
O
Me
Al
Me
Me
130
A.7. Conclusion
Les spectres UV-visible obtenus après additions successives de solution MAO60°C(3) sont
présentés Figures 31(a) et 31(b).
131
qu’une partie du catalyseur est déjà transformée en espèce métallocénium (Omax= 435 nm) :
pour un rapport [Al]/[Zr]= 150, le processus d’abstraction du deuxième ligand chlore est total.
Pour des rapports [Al]/[Zr] supérieurs ([Al]/[Zr]= 2000), on observe également un
déplacement bathochrome du maximum d’absorbance de 435 à 448 nm. Ceci traduit une plus
grande électro-déficience de l’atome de zirconium. On peut alors espérer une meilleure
affinité électronique entre le catalyseur et l’oléfine et de facto une activité catalytique
améliorée. Rappelons qu’un tel déplacement a déjà été observé dans le cas du système
rac-Et(Ind)2ZrCl2/MAOcom et est attribué à la présence de TMA libre qui se coordine sur
l’espèce métallocénium. Du TMA ([TMA]/[Zr]= 1200) a donc été additionné sur l’espèce
cationique formée par addition de MAO60°C(3) ([Al]/[Zr]= 100) ; le spectre obtenu est présenté
Figure 32.
Figure 32: Influence du TMA ([TMA]/[Zr]= 1200) sur l’espèce formée par addition
de MAO60°C(3) sur rac-Et(Ind)2ZrCl2 ([Al]/[Zr]= 100)
132
TMA vis à vis de ces espèces métallocénium laisse supposer une différence probablement
d’ordre structural des structures méthylaluminoxane contenues dans les MAO20°C(3) et
MAO60°C(3). Dans le cas du MAO20°C(3), une probable interaction entre la structure MAO et le
TMA s’opère, diminuant l’acidité de Lewis de chacun.
Dans le cas du MAO60°C(3), une toute autre interaction semble avoir lieu, conduisant à la
création d’une espèce plus électro-déficitaire, sans doute par l’intercalation de TMA et
d’oligomères de MAO entre le MAO et le catalyseur comme il est pressenti lors de
l’activation de rac-Et(Ind)2ZrCl2 par le MAOcom.
133
2000), on observe un déplacement bathochrome de 435nm à 448nm semblable à celui observé
pour le système rac-Et(Ind)2ZrCl2/MAO60°C(3). Sur la base des résultats précédents, nous
attribuons ce phénomène à l’unique présence d’oligomères de MAO vu l’absence de TMA
libre dans le MAO100°C(3).
D. Conclusion
La spectroscopie UV-visible permet de montrer que les divers MAO synthétisés par réaction
entre l’acide benzoïque et le triméthylaluminium sont capables de générer des cations
métallocénium [rac-Et(Ind)2ZrMe]+. Il apparaît que le rapport [Al]/[Zr] nécessaire pour créer
ce cation n’est pas le même suivant le MAO utilisé même en appliquant un coefficient
correctif prenant en compte uniquement l’aluminium réellement actif. Si l’on a pu montrer
que la présence de composés tiers joue un rôle « néfaste » probablement en venant se
coordiner sur l’espèce métallocénium, une différence de structure des MAO peut aussi être
envisagée pour expliquer cette différence de propension à activer les zirconocènes.
Le mode de préparation de MAO semble donc un facteur déterminant quant à son aptitude à
cationiser les métallocènes.
III. Activation par les dérivés aluminiques issus de la réaction entre le TMA et la
benzophénone
134
est modifié ; les incréments de (III) provoquant un léger déplacement hypsochrome de 440
nm à 435 nm, le spectre correspondant est présenté Figure 34.
Une étude similaire a été effectuée avec l’hétéro-dimère (IV). En présence de ce composé, le
spectre UV-visible de rac-Et(Ind)2ZrCl2 est modifié et l’on observe la transformation de ce
dernier en espèce mono-méthylée (Omax= 392 nm). D’autres incréments de ce composé ne
permettent pas une cationisation du métallocène. On peut attribuer cette similarité de
comportement avec le TMA (qui n’engendre que le processus de mono-méthylation) au motif
AlMe3 présent dans la structure, comme représenté Figure 35.
135
Figure 35: Représentation du dérivé (IV)
Nous savons que pour des rapports TMA/BZ compris entre 1 et 2, la solution obtenue est un
mélange des composés (III) et (IV). Pour des rapport supérieurs à 2, la solution sera
exclusivement constituée de composé (IV) et de TMA libre. Il apparaît donc que les dérivés
alcoxy-aluminiques obtenus par réaction entre la benzophénone et le TMA à 20°C, et ce pour
n’importe quel rapport TMA/BZ >1, sont incapables de cationiser le métallocène
rac-Et(Ind)2ZrCl2. Pourtant, de cette étude apparemment peu concluante se dégage un résultat
particulièrement intéressant. En effet, il apparaît que le motif AlMe3 présent dans la structure
de l’hétéro-dimère (IV) ait une réactivité comparable à celle du TMA « libre », résultat déjà
pressenti lors de l’étude de la réaction entre le TMA et la benzophénone.
136
Quatrième Partie :
137
Les systèmes aluminiques synthétisés précédemment ont été utilisés en tant qu’activateurs
potentiels de complexes de métaux de transition pour la polymérisation des oléfines. Deux
dérivés distincts vont être testés comme complexes témoins (représentés Figure 36) : le
métallocène rac-Et(Ind)2ZrCl2, modèle des composés du groupe IV, et un dérivé du fer
(2,6-diacétylpyridinebis(2,6-diisopropylanil)) fer (ou MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2), modèle d’une
nouvelle génération de catalyseurs issus du groupe VIII. Deux oléfines ont été retenues
comme monomère : l’éthylène et l’hex-1-ène.
Me
N
Cl
Cl Zr Cl N Fe
Cl
N
Me
rac-Et(Ind)2ZrCl2 MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2
Ces deux complexes métalliques possèdent des propriétés spécifiques aussi bien dans leur
capacité à être activés que dans les caractéristiques des polymères qu’ils peuvent générer.
L’étude spectroscopique a montré l’incapacité des composés (III) et (IV) issus de la réaction
entre le TMA et la benzophénone à cationiser le métallocène rac-Et(Ind)2ZrCl2 ; ceci explique
pourquoi les polymérisations effectuées avec ce métallocène s’effectuent uniquement en
présence des dérivés issus de la réaction entre l’acide benzoïque et le TMA.
139
I. Polymérisation de l’hexène par rac-Et(Ind)2ZrCl2 activé par MAOcom,
MAO20°C(3), MAO60°C(3), MAO100°C(3)
Les études UV-visible précédentes ont montré l’aptitude des différents MAO obtenus par
réaction entre le TMA et l’acide benzoïque (MAO20°C(3), MAO60°C(3), MAO100°C(3)) à
« cationiser » le métallocène rac-Et(Ind)2ZrCl2. Cependant, la véritable capacité de ces
systèmes à activer les dérivés de métaux de transition ne peut être déduite qu’à partir de
l’activité catalytique mesurée en polymérisation. Pour évaluer ce paramètre, nous avons
premièrement choisi d’étudier la polymérisation d’un oléfine classique, l’hex-1-ène. Le suivi
de la polymérisation s’effectue par dilatométrie à 25°C. L’évolution de la contraction de
volume dans le capillaire en fonction du temps permet d’estimer la conversion du monomère
et de remonter à l’activité catalytique. Celle-ci, exprimée en KgPolyhexène/(h.[Zr].[Hexène]) est
estimée suivant la formule :
Activité catalytique = (60.10-3.84.D)/([Zr].[Hexène]) où D représente la pente de la droite
obtenue en traçant Ln([M0]/[Mt])= f(tpsmin), [M0] et [Mt] désignant respectivement la
concentration initiale (t=0) et au temps t de l’hexène relevée. De plus amples détails sont
donnés dans la partie expérimentale. Pour chaque expérience, les concentrations initiales en
zirconocène et en monomère sont respectivement de l’ordre de [Zr]0= 1.5 x 10-4 mol/L et
[hex-1-ène]0 =0.5 mol/L. Pour exemple, les courbes obtenues dans le cas de la polymérisation
de l’hexène par le système rac-Et(Ind)2ZrCl2/ MAO100°C(3), à un rapport [Al]/[Zr]= 1340 sont
représentées Figure 37.
1,2 100
Ln ([M 0]/[M t])
Conversion du monomère
99
1,0
0,
80
R=
x
26
0,8
01
Conversion %
0,
Ln ([M0]/[Mt])
60
+
26
,0
0,6
-0
=
y
40
0,4
20
0,2
0,0 0
0 20 40 60 80 100 120 140
temps (mn)
140
L’activité catalytique de chaque système hexène/rac-Et(Ind)2ZrCl2/MAO est déterminée pour
plusieurs rapports [Altotal]/[Zr]. L’évolution de l’activité en fonction du rapport [Al]/[Zr] et de
la source de MAO utilisée est présentée Figure 38.
Comme généralement observé, l’activité catalytique augmente avec le rapport [Al]/[Zr] pour
les systèmes activés par le MAOcom ainsi que pour le MAO20°C(3) et le MAO60°C(3). Dans le
cas du MAO100°C(3), on remarque que l’activité relative n’évolue pas suivant cette tendance,
ceci pouvant être expliqué par la non solubilité de ce dernier dans le milieu réactionnel. Ces
résultats indiquent que le MAO20°C(3) est un moins bon activateur que le MAO100°C(3), lui-
même moins efficace que le MAO60°C(3). Bien que ce dernier conduise à des activités
appréciables (> 1500 KgPH/([Zr].[Hex].h)), il apparaît que le MAO hydrolytique (MAOcom)
donne les meilleures activités ; à rapport [Al]/[Zr] équivalent, la valeur obtenue avec le
MAOcom est environ 1,5 fois supérieure à celle observée avec le MAO60°C(3). Une étude
menée par Tritto suggère que l’effet activant d’un MAO augmente avec sa masse molaire[19].
La comparaison des activités obtenues avec les MAO20°C(3) et MAO60°C(3) est en accord avec ce
résultat puisque nous avons précédemment conclu que la masse molaire de la structure MAO
contenue dans les MAO20°C(3) et MAO60°C(3) augmente avec la température de préparation.
L’étude par spectroscopie UV-visible de l’action de MAO20°C(R) sur le dérivé
rac-Et(Ind)2ZrCl2 précédemment effectuée a également montré que la présence de composés
141
alcoxy-aluminiques PhCOOAlMe2 et PhCMe2OAlMe2 est néfaste aussi bien pour le
processus de mono-méthylation que de cationisation. Dans le but de confirmer l’effet de ces
composés qui sont générés lors du processus d’élaboration de MAO à partir de l’acide
benzoïque et de TMA, un mélange de PhCMe2OAlMe2 et de MAOcom a été effectué tel que
nAlMAOcom/n(PhCMe2OAlMe2)= 3 et testé comme agent activateur (nAlMAOcom/nZr= 3000).
Me
Me
Al
Me
O
C
Ph
Zr Me
Me
Les poly(hexène)s obtenus dans ces conditions sont ensuite analysés par chromatographie
d’exclusion stérique (CES). Les masses molaires des polymères obtenus en absence et en
présence de dérivés alkoxy-aluminiques ne montrent pas de variation majeure,
142
Mn ~ 6500g/mol et Mw ~ 15000g/mol. En accord avec l’unicité du site actif des
métallocènes, la distribution molaire est mono-modale et l’indice de polymolécularité est
environ égal à 2,2.
Les données relatives à ces précédentes expériences sont rassemblées dans le Tableau 9.
Activité Mn Mw
Activateur [Altotal]/[Zr] Ip
KgPH/(h.[Zr].[Hexène]) (g/mole) (g/mole)
150 0
143
II. Polymérisation de l’éthylène par rac-Et(Ind)2ZrCl2 activé par MAOcom,
MAO20°C(3), MAO60°C(3), MAO100°C(3)
Selon le même principe, nous avons examiné la polymérisation de l’éthylène ; c’est l’oléfine
la plus simple et la plus utilisée dans la littérature dans le cadre de la catalyse Ziegler-Natta.
Contrairement à l’hexène, l’éthylène est un gaz dans les conditions normales de température
et de pression, ce qui interdit l’utilisation de la technique de dilatométrie. Les polymérisations
s’effectuent dans un Schlenk, en gardant constante la pression d’éthylène (1 Bar), et
s’effectuent durant 1 heure à 30°C. L’activité catalytique résultante est exprimée en
KgPE/(molZr.h.Bar) (voir la partie expérimentale pour de plus amples explications).
Du fait de leur insolubilité dans les solvants communs (THF etc..), les polyéthylènes sont
ensuite analysés par chromatographie d’exclusion stérique à haute température (150°C) en
utilisant comme éluant le 1,2,4-trichlorobenzène.
La masse molaire des différents échantillons est d’environ Mw = 200000g/mol, à l’exception
de celui obtenu en utilisant le MAOcom à un rapport peu élevé ([Al]/[Zr]= 500). Les faibles
masses molaires de ce dernier, Mw = 18000, pourraient être représentatives d’espèces
cationiques métallocénium peu électrophiles. Ceci recouperait l’étude spectroscopique
précédente de l’activation de rac-Et(Ind)2ZrCl2 par le MAOcom où l’on observe un effet
bathochrome de 440 ([MAOcom]/[Zr]= 140) à 470nm ([MAOcom]/[Zr]= 2000). Ce
déplacement progressif vers 470nm est significatif d’une électrophilie croissante de l’atome
de zirconium et peut donc rejoindre l’observation concernant la masse molaire du polymère.
L’activité catalytique vis à vis de l’éthylène déterminée pour chaque système
rac-Et(Ind)2ZrCl2/ MAO à divers rapports [Al]/[Zr] ainsi que les indices de polymomécularité
sont rapportés Tableau 10.
144
Activité Mw
Activateur [Al]/[Zr] Ip
(KgPE/(molZr.h.Bar) (g/mole)
2000 quasi-nulle
1500 quasi-nulle
MAO20°C(3)
1000 quasi-nulle
500 quasi-nulle
A nouveau, l’activité catalytique la plus élevée est obtenue avec le MAOcom. Il est difficile
d’expliquer que l’ordre des activités soit différent de celui observé pour la polymérisation de
l’hexène. En effet, se classent ensuite par ordre décroissant d’activité le MAO100°C(3), le
MAO60°C(3) et le MAO20°C(3). Etrangement, ce dernier se révèle quasiment inactif vis à vis de
la polymérisation de l’éthylène, monomère pourtant moins sélectif que l’hexène. Puisqu’on ne
peut remettre en cause la formation d’espèces cationiques actives, une explication possible
reste une baisse de la nucléophilie de l’oléfine due, une fois de plus, à la présence de
composés aluminiques.
Les polyéthylènes obtenus présentent tous une distribution des masses molaires étroite ; pour
exemple, les chromatogrammes obtenus en utilisant les MAOcom, MAO60°C(3) et MAO100°C(3)
pour un rapport [Al]/[Zr]= 2000 sont présentés Figure 39.
145
M w = 2 0 0 0 0 0 g /m o l
A l/Z r= 2 0 0 0
'n
M AO com
M A O 6 0 °C (3 )
M A O 1 0 0 °C (3 )
16 20 24 28
T e m p s d 'é lu tio n (m n )
Notons que les indices de polymolécularité les plus faibles sont obtenus avec le MAO100°C(3)
(I=2,5), pouvant être indicatif de la présence d’un seul type d’espèces actives contrairement
aux autres MAO (I|4). Ceci pourrait s’expliquer par le fait que le TMA contenu dans les
MAO60°C(3) et MAOcom interagisse avec l’espèce cationique formée, ce qui génèrerait une
deuxième espèce de réactivité légèrement différente. Dans le cas du MAO100°C(3), le TMA
séparé lors des phases de lavage et de séchage de ce dernier expliquerait l’indice de
polymolécularité plus faible.
CONCLUSION
146
aluminiques dans le milieu réactionnel diminue de façon significative le pouvoir activant du
MAO et conduit à des activités catalytiques plus faibles. De plus, la différence des résultats
obtenus en polymérisation de l’éthylène et de l’hexène en présence de MAO20°C(3) semble
indiquer que les monomères eux-mêmes peuvent être affectés par les dérivés alcoxy-
aluminiques.
Initialement introduit par Brookhart [20] et Gibson[21], la famille des dérivés du fer porteurs de
ligand bis(imino)pyridine a la particularité d’être activable, par des composés
trialkylaluminium classiques tels le triéthylaluminium (TEA) ou le triisobutylaluminium
(TIBAL)[22]. Il est reconnu que l’activité catalytique des ces systèmes et la masse molaire des
polymères obtenus sont fortement dépendantes des groupements portés par le ligand
bis(imino)pyridine (voir paragraphe IV.D de l’étude bibliographique). Activé par le
MAOcom, le complexe utilisé est un très bon catalyseur pour la polymérisation de l’éthylène
et produit du polyéthylène de masse élevée et strictement linéaire ; par contre il est un très
mauvais catalyseur pour la polymérisation d’oléfines autres que l’éthylène et le propylène ;
ceci explique pourquoi les études qui suivent ne traitent que de la polymérisation de
l’éthylène.
147
Activité % massique Mw (g/mole)
[TMA]/[Fer] Ip
KgPE/(molFe.h.Bar) d’oligomères (Fraction polymère)
1400
1200
KgPE/(molFe.h.Bar)
1000
Activité
800
600
400
200
0
0 200 400 600 800 1000
Al/Fer
Figure 40: Evolution de l’activité catalytique de MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2 activé par le TMA lors de
la polymérisation de l’éthylène en fonction du rapport [Al]/[Fer]
L’activité dépend fortement du rapport [TMA]/[Fer] utilisé. Jusqu’à un rapport de 400, elle
est comprise entre 1000 et 1300 KgPE/(molFe.h.Bar), puis diminue régulièrement pour des
rapports [Al]/[Fer] supérieurs.
148
Les CES des polyéthylènes obtenus dans ces conditions sont présentés Figure 41.
Fraction
oligomères
Fraction
polymère
Al/Fer
1000
800
'n 600
500
400
300
200
100
16 20 24 28
Temps d'élution (mn)
Figure 41: CES des polyéthylènes obtenus par le couple MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2 /TMA
Tous les polymères présentent une double distribution ; une première population de masse
molaire très élevée (fraction polymère) et une seconde de masse molaire beaucoup plus faible
(fraction oligomères). Les données rassemblées Tableau 11 indiquent que le pourcentage
massique d’oligomères augmente avec le rapport [TMA]/[Fer], suggérant ainsi que cette
population de faible masse molaire est directement liée à la quantité de TMA qui jouerait
donc le rôle d’agent de transfert. A partir de la masse totale de polyéthylène récupérée, on
peut déduire la masse d’oligomères présent dans chaque échantillon. En considérant qu’une
molécule de TMA est à même de provoquer du transfert, on peut calculer la masse molaire
théorique des oligomères. Ces résultats sont présentés dans le Tableau 12.
149
400 3,2*10-4 0,9936 36 0,357 1120
La masse molaire de la fraction oligomères est estimée par CES à environ 1000 à 2000
g/mole ; cette valeur correspond aux valeurs théoriques du Tableau 12 calculées pour des
rapports [TMA]/[Fer]< 500. On peut donc conclure que pour de tels rapports, la quasi totalité
du TMA est consommée par les réactions de transfert à l’aluminium. La bonne séparation des
deux fractions laisse supposer que ce transfert est indépendant de la concentration en TMA.
En effet, si tel était le cas, on observerait une gamme de masses molaires beaucoup plus
étendue et non pas une si bonne séparation des deux populations. On peut supposer une
interaction très forte entre l’espèce active et le TMA : la vitesse de transfert étant constante, la
masse molaire des oligomères formés ne varierait quasiment pas. Un tel mécanisme est
illustré Schéma 20.
TMA coordiné
à l'espèce active
Cl TMA CH2
Fe Fe Fe
Cl Me n
Al
Me Me Me
Al Me
Me
Transfert au
TMA coordiné
TMA
Me CH2
+ Al
Fe Me n
Me
oligomère
Schéma 20: Coordination du TMA sur l’espèce active expliquant la formation d’oligomères de
masses molaires sensiblement identiques
150
L’existence de deux populations peut aussi être expliquée par l’existence de deux sites
catalytiques différents. Dans le but d’éliminer cette hypothèse, la polymérisation de l’éthylène
à un rapport [TMA]/[Fer]= 400 a été stoppée seulement après 10 minutes de réaction. Le
chromatogramme du polyéthylène ainsi formé est comparé à celui obtenu pour ce même
rapport, mais après 1 heure de polymérisation (Figure 42). Après 10 minutes de
polymérisation, on observe que le pourcentage massique d’oligomères est d’environ 85% et
les calculs montrent que la masse d’oligomères obtenue correspond presque à la masse
molaire théorique obtenue pour une consommation totale du TMA (Mthéo= moligo/nTMA=
990g/mole). Après une heure de polymérisation, la fraction oligomères ne représente plus que
36% massique et la masse molaire de la fraction polymère a fortement évolué. Ce résultat
prouve qu’il n’existe qu’un seul site catalytique ; si deux sites de polymérisation co-existaient,
deux populations apparaîtraient peu de temps après l’ajout du monomère et l’écart entre les
deux pourcentages de population ne cesserait d’augmenter. Une telle conclusion a déjà été
émise par Gibson[23] et Brookhart[20] lors de la polymérisation de l’éthylène par ce même
dérivé du fer activé par le MAOcom.
T M A /F e r= 4 0 0 ; t= 1 0 m n
T M A /F e r= 4 0 0 ; t= 6 0 m n
'n
16 20 24 28
Tem ps d'élution (m n)
Figure 42: CES des polyéthylènes obtenus par le couple MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2 /TMA à t= 10mn
et t= 60mn pour [Al]/[Fer]=400
En accord avec les données de la littérature, les masses molaires obtenues de la fraction
polymère sont élevées (> 500000g/mol). De façon surprenante, les valeurs les plus élevées
sont obtenues pour des forts rapports [TMA]/[Fer]> 500, qui correspondent aux activités les
plus faibles. On peut attribuer ce résultat à la présence d’un excès de TMA qui agirait comme
un poison en venant directement bloquer le site catalytique, ce qui expliquerait la déviation
151
observée de la masse molaire théorique de l’oligomère ; cette diminution du nombre de sites
actifs permettant de générer des chaînes polymères moins nombreuses mais plus grandes.
1500 4387 20 nd bi
4000
KgPE/(molFe.h.Bar)
3000
Activité
2000
1000
0
0 500 1000 1500 2000
MAOcom/Fer
Figure 43: Evolution de l’activité catalytique de MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2 activé par le MAOcom lors
de la polymérisation de l’éthylène en fonction du rapport [MAOcom]/[Fer]
152
L’activité catalytique croît de façon régulière avec le rapport [MAOcom]/[Fer] jusqu’à
atteindre un palier. Les valeurs d’activité sont très supérieures à celles observées avec le TMA
comme activateur.
Les analyses SEC des polyéthylènes obtenus sont présentées Figure 44.
Al/Fe
2000
1500
'n
1000
500
250
15 20 25
Temps d'élution (mn)
Figure 44: CES des polyéthylènes obtenus par le couple MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2 /MAOcom
A l’instar des expériences réalisées avec le TMA, les polyéthylènes présentent une
distribution large des masses molaires, due à la présence d’une fraction d’oligomères, dont le
pourcentage augmente avec le rapport [MAOcom]/[Fer] employé (voir Tableau 13). Cette
fraction oligomère est imputable aux réactions de transfert causées par le TMA présent dans
le MAOcom ; plus la quantité de MAOcom utilisée est grande, plus il y a de TMA et donc
plus le pourcentage d’oligomères augmente. On constate également sur la Figure 44 que la
masse molaire de la fraction polymère augmente avec le rapport [MAOcom]/[Fer] utilisé pour
atteindre environ 600000 g/mol pour un rapport de 2000, valeur toutefois inférieure à celle
obtenue avec le TMA (>3000000 g/mol).
153
Activité % massique Mw (g/mol)
[Al]/[Fer] Ip
KgPE/(molFe.h.Bar) d’oligomères (Fraction polymère)
L’activité catalytique augmente avec le rapport [Al]/[Fer] alors que la masse molaire de la
partie macromoléculaire varie peu (environ 350000g/mol). A rapport [Al]/[Fer] équivalent,
l’activité obtenue avec le MAO20°C(3) n’atteint que la moitié de celle obtenue avec le
MAOcom. De la même manière que pour les polyéthylènes synthétisés en présence de
MAOcom et de TMA, les polymères présentent une population d’oligomères dont la
proportion augmente avec le rapport [Al]/[Fer], comme on peut le constater sur la Figure 45.
Al/Fe MAO20°C(3)
2000
1500
1000
500
'n
16 20 24 28
Temps d'élution (mn)
Figure 45: CES des polyéthylènes obtenus par le couple MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2 /MAO20°C(3)
Pour le MAOcom, le transfert est expliqué par la présence de TMA ; or, le MAO20°C(3) ne
contient en principe pas de TMA libre. Il est possible que les oligomères de MAO de très
faibles masses molaires tel « Me2AlOAlMe2 » ou même le composé PhCMe2OAlMe2 peuvent
jouer le rôle d’agents de transfert, comme le décrit le Schéma 21.
154
CH2
Met
n Me
Al R
+ Me O
Me CH2
Met
Al n
R O Me
R = PhCMe2 , Me2Al
Met Me
O CH2
R Al
n
Me
155
On constate à nouveau qu’à la fois l’activité catalytique (Figure 46 (a)) et la masse molaire
Figure 46(b) de la fraction haut polymère augmentent avec la rapport [Al]/[Fer]. Les valeurs
d’activité sont très supérieures à celles obtenues avec le MAO20°C(3) et s’approchent des
valeurs observées avec le MAOcom.
Augmentant avec le rapport [Al]/[Fer], la valeur maximale des masses molaires des PE atteint
530000g/mol pour [Al]/[Fer]=2000, valeur comparable à celle obtenue avec le MAOcom. A
nouveau, une population d’oligomères est présente ; nous avons tenté de vérifier si cette
bimodalité est uniquement liée à la petite quantité de TMA qui accompagne la formation du
MAO60°C(3). Pour ce faire, une quantité de MAO60°C(3) correspondant à un rapport [Al]/[Fer] =
2000 a été maintenue sous vide pendant une nuit afin d’éliminer le TMA. Le solide obtenu,
redissous dans le toluène, a été ensuite utilisé comme activateur. On peut noter que dans ce
cas, le rapport final [Al]/[Fer] est légèrement inférieur à 2000 ; mais la faible quantité de
TMA permet d’affirmer que la valeur finale reste toutefois proche de celle indiquée.
b)
4000 a)
KgPE/(molFe.h.Bar)
Al/Fe
Activité
3000
2000
'n 1500
2000
1000
1000
500
0
0 500 1000 1500 2000 12 16 20 24 28
Al/Fer Temps d'élution (mn)
Les CES obtenus pour un rapport [Al]/[Fer]=2000 avant et après élimination du TMA sont
présentés Figure 47.
156
avant évaporation du TMA après évaporation du TMA
Al/Fe = 2000 Al/Fe = 2000
-1 -1
Mw= 532000g.mol Mw= 166000g.mol
'n
16 20 24 28
Temps d'élution (mn)
Figure 47: CES des polyéthylènes obtenus par le couple MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2 /MAO60°C(3) avant
et après élimination du TMA ([Al]/[Fer]=2000) ;
0,8*10-6 molFe, 30°C, 50mL de toluène, PEt=1 Bar
En absence de TMA la bimodalité disparaît, indiquant de ce fait que ce dernier est bien
responsable des réactions de transfert conduisant à la formation d’oligomères. On observe
également que sans TMA, l’activité catalytique chute de 4050 à 1213 kgPE/(molFe.h.Bar). La
grande différence d’activité, environ 3000 kgPE/(molFe.h.Bar), ne peut simplement être
expliquée par le fait que le TMA participe lui-aussi à l’activation. Deux possibilités peuvent
être envisagées pour expliquer ce phénomène : le TMA, même libre, est intimement lié au
MAO ; de ce fait, l’évaporation du TMA peut entraîner une modification structurale du MAO,
ce qui se répercute sur l’activité catalytique. On peut aussi supposer que le TMA contenu dans
le MAO60°C(3) permette d’augmenter le potentiel d’activateur de ce dernier, expliquant aussi la
baisse des masses molaires en son absence. Notons que nous avons déjà observé un
comportement similaire lors de l’activation de rac-Et(Ind)2ZrCl2 par le MAOcom, où le TMA
conduit à la formation d’une entité plus active.
157
E. Activation par le MAO100°C(3)
Activité Mw (g/mol)
[Al]/[Fer] Ip
KgPE/(molFe.h.Bar) (Fraction polymère)
'n 2000
1500
1000
500
12 16 20 24 28
Temps d'élution (mn)
158
Conclusion
5000
MAOcom
MAO 20°C(3)
MAO 60°C(3)
4000
MAO 100°C(3)
KgPE(molFe.h.Bar)
Activité
3000
2000
1000
MAOcom/Fer
0
0 500 1000 1500 2000
Al/Fer
159
IV. Polymérisation de l’éthylène par MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2 activé par les dérivés
issus de la réaction entre le TMA et la benzophénone à 20°C
CH3
Ph C Ph CH3
Me O Me Ph C Ph
Al Al Me O Me
Me O Me Al Al
Ph C Ph Me CH3 Me
CH3
Figure 50: Structure des composés (III) et (IV) issus de la réaction entre le TMA
et la benzophénone à 25°C dans le toluène
Les nombreux essais effectués montrent que le dérivé (III) est incapable d’activer le
catalyseur à base de fer, et ce quel que soit le rapport [(III)]/[Fer] utilisé. Ce résultat n’est pas
surprenant puisque ce composé ne contient pas de motif MAO ou TMA et nous avons
précédemment montré par spectroscopie UV-visible son incapacité à méthyler ou cationiser le
métallocène rac-EBIZrCl2.
160
B. Activation par l’hétéro-dimère (IV) (R’=2)
Contrairement au dérivé précédent formé pour R’=1, l’hétéro-dimère (IV) permet d’activer le
catalyseur à base de fer. Le Tableau 17 regroupe les caractéristiques des essais réalisés.
Activité % massique
[(IV)]/[Fer] Mw (g/mol) Ip
KgPE/(molFe.h.Bar) d’oligomères
(IV)/Fer
1000
'n
500
400
300
200
100
16 20 24 28
Temps d'élution (mn)
Figure 51: CES des polyéthylènes obtenus lors des polymérisations par le système
MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2/ (IV)
161
Jusqu’à un rapport [(IV)]/[Fer] = 300, une seule population est présente dont l’indice de
polymolécularité augmente avec le rapport [(IV)]/[Fer]. Au delà de 300, on observe un
élargissement du pic à sa base dû à la présence de chaînes de masse molaire plus faible.
Nous pouvons expliquer le potentiel de l’hétéro-dimère (IV) à activer le catalyseur au fer par
la présence du motif TMA complexé dans sa structure. A la vue des chromatogrammes
obtenus, ce complexe ne peut être considéré comme un simple « donneur de TMA ». En effet,
alors qu’avec le TMA « libre », les polyéthylènes contiennent toujours une forte fraction
d’oligomères, ceux obtenus avec l’hétéro-dimère (IV) ne présentent pas (ou très peu) de
deuxième population de faibles masses molaires. Ainsi, dans cette configuration, le « motif
TMA » voie sa capacité à générer du transfert à l’aluminium fortement diminuée voire
annihilée. Ceci peut s’expliquer par la lacune électronique de l’atome d’aluminium déjà
occupée par l’atome d’oxygène, interdisant ainsi l’interaction AloCH2D, comme il est
proposé Schéma 22.
CH 2 CH 2
Met n Met n
+
CH 3 +
Ph C Ph
Me Me
Me O Me Al
Al Al
Me
Me Me Me
Me Me
Al
Me
CH 2
D
Met n
Me CH 2 oligomères
Al n
Me
+ M et Me
162
C. Activation par les mélanges composés d’homo-dimère (III) et d’hétéro-dimère
(IV)
Tableau 18: Polymérisation de l’éthylène par MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2 activé par des mélanges de
(III) et (IV) obtenus pour 1<TMA/BZ<2, à 25°C ; 0,8*10-6 molFe, 30°C, toluène, PEt=1 Bar
L’activité catalytique augmente de façon régulière avec le rapport TMA/BZ, pour un rapport
[Al]/[Fer] constant. Cela paraît logique dans la mesure où plus le rapport TMA/BZ est élevé,
plus la proportion de (IV), seule entité capable d’activer le dérivé du fer, augmente dans le
mélange. Si l’on considère uniquement la concentration en hétéro-dimère (IV) dans le
mélange, on peut s’attendre à une correspondance avec la courbe d’activité obtenue lors d’une
activation du fer par l’hétéro-dimère seul. Or, comme on peut le constater Figure 52, l’activité
catalytique observée à la même concentration par le mélange des composés (III) et (IV) est
toujours inférieure à celle obtenue avec le dérivé (IV) seul. Cette baisse d’activité est
attribuable à la présence de l’homo-dimère (III) pour les raisons déjà évoquées, à savoir un
comportement de base de Lewis de ce dernier venant créer une interaction avec les espèces
actives. Cet effet néfaste a notamment été mis en évidence lors de l’étude par spectroscopie
UV-visible de l’activation de rac-EBIZrCl2 par MAOcom pour [Al]/[Zr]=200 en présence de
163
(III). La baisse de l’activité n’est pas la seule répercussion de la présence de (III) ; les indices
de polymolécularité des polymères obtenus dans le cas d’une activation par les mélanges de
(III) et (IV) sont beaucoup plus faibles. Cette diminution de l’indice de polymolécularité est
imputable à une diminution des réactions de transfert en présence de l’homo-dimère (III).
1200
Ip=bim
1000 Ip=22.8
KgPE/(molFe.h.Bar)
Ip=6.67
Activité
800
Ip=5.99
600
Ip=11.3
Ip=7.74
Ip=5.3
400 Ip=4.66
200
Ip=4.68
0
0 100 200 300 400 500
(IV)/Fer
16 20 24 28
Temps d'élution (mn)
Figure 53: CES des polyéthylènes obtenus lors des polymérisations par le système
MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2/ [(III)+(IV)]
164
Les masses molaires des polymères obtenus en présence de dimère (R’= 1,1 ; 1,33 ; 1,45 ;
1,58 et 1,79) sont toujours nettement inférieures à celles observées lors de l’activation par
l’hétéro-dimère (IV) seul (< 200000g.mol-1), même à rapport [(IV)]/[Fer] égal ; leur évolution
ne semble pas présenter d’évolution logique en fonction de la proportion de (III) et (IV).
Cette étude montre que lors de l’activation par l’hétéro-dimère (IV), la présence de l’homo-
dimère (III) diminue l’activité catalytique ainsi que la masse molaire des polyéthylènes. Il
permet toutefois de réduire l’indice de polymolécularité des polyéthylènes obtenus, en
limitant les réactions de transfert.
Le Tableau 19 rassemble les donnée des polymérisations effectuées lors de l’activation par un
mélange composé de (IV) et de TMA, obtenu pour TMA/BZ> 2. Ces essais sont effectués
pour un rapport [Al]/[Fer] constant et égal à 1000.
L’évolution de l’activité catalytique en fonction du rapport TMA/BZ est présentée Figure 54.
165
1400
Al/Fer=1000
1200
1000
KgPE/(molFe.h.Bar)
800
Activité
600
400
200
0
2 4 6 8 10 12 14
TMA/BZ
Nous avons vu précédemment que l’hétéro-dimère (IV) et le TMA sont tout deux capables
d’activer ce complexe du fer. Plus le rapport TMA/BZ augmente (R’>2), plus la proportion de
TMA présent est importante ; ceci se traduit par un fort taux d’oligomères. Si l’on fait
abstraction du TMA et que l’on trace l’évolution de l’activité en fonction du rapport
[(IV)]/[Fer], on trouve une tendance similaire à celle observée lors d’une activation par le
dérivé (IV) seul, (Figure 55). Cette observation laisse supposer que l’activation est
préférentiellement causée par l’hétéro-dimère (IV) par rapport au TMA, ce dernier étant pour
sa part responsable des réactions de transfert expliquant la présence des chaînes de faible
masse molaire. Par contre, l’activité est toujours inférieure à celle obtenue en présence de
l’hétéro-dimère seul, ce qui suggère à nouveau de possibles interactions défavorables entre le
TMA et, soit les espèces actives, soit le dérivé (IV).
166
1400
(IV) mélange avec TMA Bim
(IV) seul
1200
Bim
1000
Ip=22.8
Bim
KgPE/(molFe.h.Bar)
800
Activité
600
Ip=11.3
Ip=5.3
400
Bim
200
Bim
0
0 100 200 300 400 500
(IV)/Fer
L’analyse des masses molaires de la fraction polymère des polyéthylènes (Figure 56) montre
que celles-ci sont très supérieures à celles obtenues avec l’hétéro-dimère seul et sont
comparables à celles observées dans le cas d’une activation par le TMA seul. Cette
observation recoupe l’hypothèse précédente, à savoir que du TMA en excès peut venir se
complexer fortement sur le site catalytique, ce qui diminue le nombre de sites actifs et
entraîne une augmentation de la masse molaire des chaînes.
Mw = 525300 g/mol
TMA/BZ
13.33
Mw = 5205000 g/mol
'n 4
Mw = 2271000 g/mol
16 20 24 28
Temps d'élution (mn)
Figure 56: CES des polyéthylènes obtenus lors des polymérisations par le système
MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2/ [(IV)+TMA]
167
CONCLUSION
Les dérivés (III) et (IV) issus de la réaction entre le TMA et la benzophénone ont été testés
comme activateur du dérivé MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2 pour la polymérisation de l’éthylène.
Même s’il ne permet pas d’atteindre les activités observées lors d’une activation par le
MAOcom, le dérivé (IV) obtenu pour TMA/BZ= 2, est un meilleur activateur comparé au
TMA seul. Pourtant, nous attribuons sa capacité d’activation à la présence du motif TMA qui,
complexé, voit son aptitude à venir bloquer les sites actifs et sa propension à transférer
grandement diminuées, évitant ainsi la formation d’oligomères comme c’est le cas avec le
MAOcom. Encore fois, nous avons montré que la présence de composé alcoxy-aluminiques,
ici le dérivé (III) obtenu pour TMA/BZ= 1, entraîne une diminution de l’activité globale du
système catalytique.
CH 3
Ph C Ph CH 3
Me O Me Ph C Ph
Al Al Me O Me
Me O Me Al Al
Ph C Ph
Me CH 3 Me
CH 3
(III) (IV)
168
Conclusion
Générale
169
Au cours de ce travail de thèse, nous avons montré que la synthèse de composés de type
méthylaluminoxane peut être réalisée par voie non hydrolytique, en particulier par réaction
entre l’acide benzoïque (AB) ou la benzophénone (BZ) et le triméthylaluminium (TMA).
Dans le cas de l’acide benzoïque, l’analyse des réactions élémentaires intervenant avec le
TMA montre que le rapport TMA/AB initial utilisé ainsi que la température de réaction sont
deux paramètres ayant une grande influence sur les caractéristiques du MAO obtenu. Ainsi, le
degré d’oligomérisation du MAO augmente avec la température de réaction. Nous avons
montré que la synthèse de ces MAO non-hydrolytiques est accompagnée de la formation de
composés tiers. La nature de ces sous-produits dépend du mode de préparation ; à 20°C,
plusieurs dérivés organo-aluminiques peuvent se former (PhCOOAlMe2 et PhCMe2OAlMe2),
alors qu’à plus haute température la quasi totalité des sous-produits est constituée de
composés organiques. Ces sous-produits ne sont pas toujours inertes et peuvent affecter le
pouvoir activateur des structures MAO. L’analyse par spectroscopie UV-visible de l’évolution
du spectre du métallocène rac-Et(Ind)2ZrCl2 en présence de ces MAO de synthèse a démontré
leur capacité à monométhyler puis cationiser l’atome de zirconium. Bien que légèrement
inférieures à celles relevées avec le MAO hydrolytique, les valeurs des activités catalytiques
observées lors de la polymérisation de l’éthylène ou de l’hex-1-ène par rac-Et(Ind)2ZrCl2 et
MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2 activés par ces MAO démontrent leur efficacité en tant qu’activateur
pour les dérivés des métaux de transition.
Contrairement à l’acide benzoïque, en présence de TMA, la benzophénone ne conduit pas, à
20°C, à la formation de structures de type méthylaluminoxane. En fonction du rapport
TMA/BZ initial, deux dérivés alcoxy-aluminiques peuvent être formés. Les études
spectroscopiques réalisées en présence du dérivé (IV), obtenu pour un rapport TMA/BZ= 2,
ont montré sa capacité à monométhyler le catalyseur rac-Et(Ind)2ZrCl2. Cette similitude de
comportement avec le TMA « libre » peut être expliquée par la présence d’un motif TMA
dans la structure du composé hétéro-bimétallique formé. La caractérisation des polyéthylènes
obtenus à partir de MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2 associé au dérivé (IV) a montré que dans cette
configuration, le TMA voit sa capacité à transférer fortement diminuée.
171
Les études spectroscopiques et les polymérisations effectuées en présence des dérivés
PhCOOAlMe2, PhCMe2OAlMe2 et [Ph2CMeOAlMe2]2 issus de la réaction entre l’acide
benzoïque ou la benzophénone et le TMA montrent que ces dérivés ont également une action
néfaste sur le processus d’activation des catalyseurs et entraînent une baisse significative de
l’activité catalytique. Ces résultats peuvent s’expliquer par le comportement de base de Lewis
de ces composés vis à vis du métal de transition ou des sites acides du MAO créant ainsi des
interactions défavorables avec les espèces actives ou en charge de l’activation.
172
Références Bibliographiques
173
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..….…………………….………Techniques expérimentales…...…………………………..
Le catalyseurs ainsi que les dérivés aluminiques utilisés sont très sensibles à l’air.
Les solvants, comme les réactifs, doivent donc être préalablement séchés et manipulés sous
atmosphère inerte, ici l’azote. Ce dernier est purifié par passage successif au travers d’une
colonne de P2O5 puis de tamis moléculaires (mélange 13X et 3A). Avant la mise en contact
avec un quelconque composé, la verrerie utilisée est toujours flammée sous vide au moins
deux fois.
L’éthylène (Air Liquide) est séché par passage à travers deux colonnes de P2O5.
L’hex-1-ène (Sigma-Aldrich, 97%) est tout d’abord passé à travers une colonne d’alumine
basique puis stocké en présence de trihexylaluminium (THA) sous azote. Il est distillé sur
paroi froide avant son utilisation.
Le toluène (J.T Baker) est d’abord distillé sous hydrure de calcium (CaH2), puis séché en
présence de polystyryllithium. Il est ensuite distillé sur paroi froide avant utilisation.
Le 2-phényl-2-propanol (Sigma-Aldrich, 97%) est laissé toute une nuit dans un bain
d’azote liquide, sous vide poussé et sous vive agitation puis stocké sous azote.
Le méthylaluminoxane (MAO) (Witco, 10%w dans le toluène) est utilisé sans purification
particulière. Il est prélevé sous courant d’azote à la seringue (préalablement purgée sous N2)
et introduit dans le milieu réactionnel au travers d’un septum.
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Le triméthylaluminium (TMA) (Sigma-Aldrich, 2M dans le toluène) est transféré par canule
dans une burette de 20mL séchée. Son introduction dans le milieu réactionnel est effectuée à
la canule ou à la seringue.
Les solvants deutérés, CDCl3 et toluène d-8 (Sigma-Aldrich), sont séchés en présence de
tamis moléculaires (13X et 3A), et sont stockés sous N2.
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[Zr] désigne la concentration (en mol/L) et l la longueur en cm du trajet optique soit
l’épaisseur de la cuve.
Polymérisation de l’éthylène
Dans un Schlenk, sont introduits successivement 0,8*10-6 mole de catalyseur
(rac-Et(Ind)2ZrCl2 ou MeDIP(2,6-iPrPh2)FeCl2) déjà en solution, et du toluène est ajouté
jusqu’à obtenir un volume total de 50mL. L’éthylène est ensuite introduit à débit constant (1
Bar) dans le Schlenk et la solution est laissée sous agitation à 30°C pendant 10 minutes. La
quantité désirée d’activateur (en solution dans le toluène) est alors introduite par seringue. Au
bout d’une heure, la polymérisation est stoppée par ajout d’éthanol acidifié. Pour une
meilleure précipitation du polymère, de l’éthanol est alors ajouté dans le Schlenk. Le
polymère est ensuite filtré (papier filtre), et séché sous vide jusqu’à ce que sa masse n’évolue
plus.
L’activité est mesurée en fonction de la masse de polyéthylène récupérée, de la pression
d’éthylène et du temps de polymérisation et est exprimée en KgPE/(molcata.heure.Bar).
Dans le cas d’une activation par le MAO100°(3) qui est insoluble, il est introduit en premier
dans le Schlenk. Sont alors additionnés le toluène, l’éthylène et enfin le catalyseur.
Polymérisation de l’hex-1-ène
La polymérisation de l’hexène s’effectue dans un dilatomètre afin d’estimer l’activité du
système catalytique en présence de ce monomère. La technique de dilatométrie est fondée sur
la différence de densité entre le monomère et le polymère (plus dense), se traduisant par une
contraction du volume réactionnel, directement reliée à la consommation du monomère. Le
type de dilatomètre utilisé est représenté Figure 57.
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Figure 57: Description des dilatomètres utilisés
Il est en partie composé d’un réacteur de polymérisation (16mL) et d’un tube capillaire gradué
permettant de mesurer la contraction de volume en fonction du temps.
Dans le dilatomètre préalablement séché et thermorégulé à 25°C, sont introduits
successivement par seringue le catalyseur rac-Et(Ind)2ZrCl2 et l’activateur. Du toluène est
alors ajouté par canule jusqu’à ce que le volume de la solution atteigne le bas du capillaire.
L’origine des temps est prise dès l’introduction de l’hexène dans le dilatomètre.
Les concentrations initiales en zirconocène et en hexène sont respectivement de l’ordre de
[Zr0]= 1,5x10-4 mol/L et [Hex0]= 0,5 mol/L.
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Les polyhexènes sont recueillis par précipitation dans l’éthanol acidifié puis lavés et séchés
sous vide.
Synthèse typique des dérivés aluminiques par réaction entre l’acide benzoïque, la
benzophénone, l’acide benzoïque, 2-phényl-2-propanol ou 1,1-diphényléthanol et le
TMA.
Spectroscopie UV-visible
Les spectres UV-visible ont été réalisés à l’aide d’un spectromètre Varian Cary 3E. Pour
éviter tout contact avec l’environnement extérieur, le système à étudier est préparé
directement dans un ballon hermétique équipé d’une cellule en quartz de 0,5mm de trajet
optique (voir Figure 58).
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Figure 58: Description du montage utilisé en spectroscopie UV-visible
Les masses molaires et les indices de polymolécularité des polyhexènes ont été déterminés par
CES sur un appareil de type Varian 5500 équipé d’une colonne PSS SDV linear M
(8x300mm) de porosité 5µm. Il est équipé de deux détecteurs : un réfractomètre (Varian) et
un spectromètre UV-visible (Jasco) centré à 254nm. L’éluant utilisé est le THF à température
ambiante (1mL/mn) et le système est calibré à partir de polystyrène étalons.
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Impact électronique
Les spectres d’impact électronique ont été réalisés au CESAMO (UBx1). Les produits à
analyser étant sensibles à l’environnement ambiant, les échantillons ont été préparés en boîte
à gants. Les porte échantillons utilisés (diamètre de 1mm) n’étant pas hermétiques, ils ont été
stockés sous argon dans des petits flacons, eux-mêmes stockés dans un Schlenk. La seule
mise en contact de l’échantillon avec l’air ambiant s’effectue juste avant son introduction dans
l’appareil.
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Résumé :
ÉTUDE DE L’ACTIVATION DES MÉTALLOCÈNES PAR DE NOUVEAUX DÉRIVÉS
ALUMINIQUES : APPLICATION À LA POLYMÉRISATION DES OLÉFINES
Summary :
STUDY OF METALLOCENES ACTIVATION BY NEW ALUMINIC DERIVATIVES :
APPLICATION TO OLEFINS POLYMERISATION
Access by non-hydrolytic route to new aluminium catalyst activators for Ziegler-Natta polymerisation
has been investigated. The procedure involves the reaction of trimethylaluminium (TMA) with
benzoic acid (AB) or benzophenone (BZ). Concerning benzoic acid systems, it has been shown that
methylaluminoxane-type derivatives can be obtained. Detailed study of occurring reactions reveals
clearly the importance of the reaction temperature and TMA/AB or TMA/BZ ratio on the structure and
composition of formed products. The follow up by UV/visible spectroscopy of rac-Et(Ind)2ZrCl2
metallocene behaviour in presence of these aluminic systems allowed to estimate their capacity in the
“cationisation” process of zirconocenes. Finally, a study of ethylene and hexene polymerisations
confirmed that some of the obtained aluminium-based systems are efficient activators for coordinated
olefin polymerisation.