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Les changements globaux

J. Blondel

To cite this version:


J. Blondel. Les changements globaux. Forêt Méditerranéenne, 2008, XXIX (2), pp.119-126. �hal-
03565215�

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Etat des connaissances : situations et perspectives

Changements globaux
par Jacques BLONDEL

Le changement climatique n’est La domination humaine des écosystèmes


qu’une des composantes
de ce qu’il est convenu d’appeler Tous les organismes modifient plus ou moins profondément leur
environnement et les humains ne dérogent pas à cette règle. Mais ce
“changements globaux”. qui caractérise ces derniers par rapport à tous les autres êtres vivants,
Jacques Blondel replace ici le c’est que les effectifs de leurs populations, le cosmopolitisme de leur
réchauffement planétaire dans répartition et la puissance de leur technologie ont radicalement changé
son contexte global à travers la nature et l’ampleur des modifications qu’ils imposent à leur environ-
nement. C’est au point qu’aucun écosystème de la planète n’est totale-
quelques exemples. Ces derniers ment indemne d’influences humaines, même les plus extrêmes qui
montrent à quel point les subissent les retombées de pollutions atmosphériques. On estime
problèmes soulevés par l’analyse qu’entre un tiers et la moitié de la surface de la planète a été transfor-
mée d’une manière ou d’une autre par l’action humaine 1, que la concen-
des réponses des organismes à ces tration en CO2 dans l’atmosphère a augmenté de 30%, passant de 280
changements sont complexes. ppm à 362 ppm depuis le début de la révolution industrielle, que la
La question majeure reste quantité d’azote atmosphérique fixée par les activités humaines est
la compatibilité des réponses supérieure à celle de tous les autres êtres vivants et que plus de la moi-
tié de l’eau douce accessible est utilisée par les humains, 70% de cette
adaptatives avec la vitesse eau étant utilisée pour l’agriculture (V ITOUSEK et al. 1997). Ces
des changements observés. influences vont encore s’intensifier dans les prochaines décennies, car
la dynamique démographique implique que, sauf accident majeur, la
population mondiale devrait passer des quelques 6 milliards
1 - Données obtenues par imagerie satellitaire d’individus actuels à 9 milliards au milieu du XXI e siècle, quelles que
à haute résolution. soient les échéances régionales de la transition démographique atten-

forêt méditerranéenne t. XXIX, n° 2, juin 2008 119


Etat des connaissances : situations et perspectives
due dans la plupart des pays, même ceux effectifs, sa répartition et sa puissance tech-
dont la natalité reste très soutenue. C’est en nologique, est la variable motrice principale
tout cas ce que prévoient les différents scéna- des changements globaux. Ses besoins
rios démographiques des Nations-Unies vitaux, que l’on peut exprimer à travers dif-
(Millenium Ecosystem Assessment 2005, férents types d’indicateurs comme par
[MEA]) même si une décroissance de la exemple « l’empreinte écologique » telle
population humaine devient plausible à la qu’elle fut définie par WACKERNAGEL & REES
fin du XXI e siècle. Le but de cet article est de (1995) puis largement utilisée par de nom-
préciser les contours de ce qu’on appelle breux organismes (par exemple le WWF)
« changements globaux ». Après avoir été nécessitent de nombreux usages et pratiques
longtemps controversée, voire niée, la réalité tels que l’exploitation des ressources,
de ces changements n’est plus discutable, l’agriculture, l’industrie, les activités récréa-
même s’il est difficile de les identifier, de les tives et les échanges de marchandises et de
quantifier et de mesurer leurs conséquences personnes. Toutes ces pratiques n’ont cessé
et même si bien des incertitudes demeurent de croître en importance et en consommation
quant à leurs trajectoires à court et à long d’espace et d’énergie. L’accroissement de la
terme. population humaine associée à la légitime
aspiration à une élévation des niveaux de
Par définition désormais acceptée par la
vie, en particulier dans les pays émergents et
plupart des chercheurs, les changements glo-
ceux qui sont en quête de développement,
baux se distinguent de toute forme de trans-
entraînent une hausse de tous ces besoins
formation ou perturbation naturelle des éco-
comme l’expriment les simulations sur
systèmes par trois caractères : le premier est
l’évolution de l’empreinte écologique. C’est
qu’il s’agit de modifications de grande
au point que les pressions exercées sur les
ampleur qui affectent de manière « globale »
écosystèmes de la planète ont d’ores et déjà
l’environnement de la planète, notamment la
dépassé leurs capacités de régénération. La
biosphère et l’atmosphère. Le deuxième est
situation devrait encore s’aggraver car dans
que ces modifications sont d’origine anthro-
la logique des tendances actuelles du déve-
pique et le troisième est que leur inertie est
loppement, il faudra qu’en 2050 la produc-
telle que l’inflexion de leurs trajectoires ne
tion alimentaire soit doublée en Asie et en
pourra se faire que sur des durées très
Amérique Latine et sans doute quintuplée en
longues, de l’ordre de plusieurs siècles à plu-
Afrique. Pour arriver à de telles perfor-
sieurs millénaires. Leurs conséquences sur le
mances, il faudra accroître les surfaces culti-
fonctionnement des écosystèmes est un sujet
vées au détriment des forêts et des jachères,
de préoccupation majeur pour les scienti-
et augmenter considérablement les rende-
fiques chargés de les étudier, puis d’informer
ments. L’accroissement de la population
les acteurs qui devront ensuite prendre des
conduit donc à accentuer les pressions exer-
décisions en matière d’information et
cées par l’agriculture sur les écosystèmes,
d’action. Il ne s’agit pas ici d’énumérer la
sans parler d’autres besoins émergents tels
litanie des désastres que ces changements
ceux liés à la production d’agrocarburants. Si
infligent ou risquent d’infliger à
l’on projette cette évolution sur le long
l’environnement ni de faire du catastro-
terme, plusieurs risques liés à
phisme, même si l’exposé qui suit n’a rien de
l’intensification de l’agriculture paraissent
particulièrement réjouissant. Il s’agit plutôt
difficilement supportables par la biosphère,
d’explorer comment l’humanité, telle qu’elle
en particulier l’extension des superficies
se compose et se comporte actuellement,
cultivées et l’aggravation des conflits
exerce un impact tel que la structure et le
d’usage. L’agriculture, prise au sens large,
fonctionnement des écosystèmes ne peuvent
constitue en effet un secteur d’activité mul-
plus être compris et interprétés sans réfé-
tifonctionnel central quant à son impact
rence à son influence et comment
sur le changement global. Entre 2000 et
l’anticipation des changements socio-écono-
2050, la planète comptera vraisemblable-
miques et politiques qui ne manqueront pas
ment 3 milliards d’habitants de plus et
de survenir implique de repenser les fonde-
beaucoup devront vivre de l’agriculture. Ils
ments mêmes de notre culture.
2 - Le mot altération seront en grande partie les héritiers des
signifie « rendu autre » La figure 1 synthétise les processus inter- populations pauvres actuelles. Ainsi, sous-
et ne comporte donc pas actifs qui conduisent à l’altération 2 du sys- alimentation, pauvreté et agriculture sont-
de jugement de valeur. tème Terre. La population humaine, par ses elles indissociablement liées.

120
Etat des connaissances : situations et perspectives

Les composantes POPULATION HUMAINE


des changements globaux Effectifs Répartition Technologie

Les conséquences d’une emprise croissante


de l’humanité sur la biosphère se déclinent Exploitation Agriculture Industrie Récréation Echanges globaux
en quatre rubriques majeures, désormais
bien analysées, mais dont la description
détaillée dépasserait le cadre de cet article
(Cf. Fig. 1) : A - Transformation des habitats C - Invasions biologiques (OGM)
B - Intrants chimiques D - Surexploitation des ressources
1. La destruction et la transformation des
espaces naturels par une multitude de fac-
teurs, parmi lesquels la déforestation et la
fragmentation des habitats, ont certaine- Déréglements climatiques Erosion de la biodiversité
ment les conséquences les plus lourdes. La Réchauffement global Extinction des espèces
destruction des forêts tropicales pluviales se Evénements extrêmes Appauvrissement des fonctions
fait actuellement au rythme moyen d’une Niveau des mers écosystémiques
quarantaine d’hectares à la minute (MEA).
2. La généralisation de l’utilisation des
intrants chimiques, engrais et pesticides, uti-
lisés en agriculture, mais aussi toutes sortes
de molécules de synthèse fabriquées par « forme de vie » nouvelle artificiellement Fig. 1 :
l’Homme et utilisées dans de multiples introduite dans l’écosystème. Modèle illustrant les
4. La surexploitation des ressources natu- effets directs et indirects
domaines. Tous ces produits chimiques, dont
des activités humaines
certains comme les PCB se sont massive- relles dont on pourrait donner de multiples
sur la planète Terre
ment accumulés dans les sédiments et les exemples, l’un des plus dramatiques étant (modifié d’après
chaînes trophiques, produisent des charges certainement celui de l’excès des prélève- Vitousek et al. 1997).
de polluants et de produits eutrophisants qui ments de poissons dans l’ensemble des
affectent la plupart des écosystèmes dont ils océans. « The ‘fishing down’ effect is ubiqui-
altèrent les cycles biogéochimiques. tous. It describes the systematic extirpation of
L’industrie chimique produit chaque année marine megafauna” explique M. Jackson
plus de 100 000 tonnes de produits représen- (2001). On assiste par ailleurs à une diminu-
tant quelque 70 000 composés, dont un mil- tion généralisée de la taille des grands poi-
lier est nouveau (V ITOUSEK et al. 1997). sons, tous les records de taille des grandes
L’augmentation des composés azotés dans espèces comme les thons, espadons ou mar-
les eaux continentales contribue à lins étant antérieurs à 1950 (G. BŒUF com.
l’eutrophisation des rivières et des estuaires, pers.). La capture sélective des poissons pré-
causant de multiples nuisances, y compris la dateurs modifient la structure et le fonction-
prolifération d’algues toxiques. Dans les nement des communautés en raison des
régions de grande concentration urbaine et mécanismes complexes de relations préda-
industrielle, comme c’est le cas dans la zone teurs-proies au sein des écosystèmes.
Marseille-Fos, des composés organiques et A toutes ces modifications de l’état initial
oxydes d’azote favorisent la production des systèmes naturels sont associées les acti-
d’ozone, polluant photochimique dont les vités industrielles que chaque type de société
effets sur la végétation et la santé humaine a développées pour réaliser sa propre cul-
risquent de devenir préoccupants. ture. Ces activités sont consommatrices de
3. Les invasions biologiques, de plus en quantités croissantes d’énergie dont on sait
plus considérées comme un facteur de des- maintenant les effets sur le climat global de
truction et de banalisation de la biodiversité, la planète et les mutations économiques,
car elles cassent les barrières biogéogra- sociales et politiques que leur épuisement va
phiques qui contiennent les espèces dans nécessairement entraîner. Tous ces change-
leurs enveloppes naturelles de distribution. ments sont maintenant bien documentés ; ils
Dans la catégorie des espèces envahissantes entraînent des altérations profondes du fonc-
on peut inclure les Organismes génétique- tionnement du système Terre, à commencer
ment modifiés (OGM) puisque qu’un orga- par de sérieux dérèglements climatiques et
nisme transgénique est nécessairement une une perte irréversible de la biodiversité.

forêt méditerranéenne t. XXIX, n° 2, juin 2008 121


Etat des connaissances : situations et perspectives

Changements globaux niveau de la mer des 50 dernières années


(Lettre du Changement global, n°19). Au
et dérèglements climatiques réchauffement du climat et à l’élévation du
niveau des mers sont associées une multipli-
Dans son quatrième rapport d’évaluation cation et une aggravation des événements
« Climate change 2007 », le GIEC (Groupe dits extrêmes, cyclones, inondations, séche-
d’experts intergouvernemental sur l’évolution resses, incendies, canicules. La fréquence des
du climat) fait état pour le XXI e siècle, d’une anomalies annuelles de température a consi-
augmentation de la température de la pla- dérablement augmenté depuis le début des
nète située dans une fourchette de 1,4°C à années 1990 et les experts du GIEC sont una-
5,8°C en fonction des scénarii socio-politiques nimes pour associer ces phénomènes au dérè-
qui seront appliqués par les sociétés. A cette glement climatique global (WALTHER et al.
élévation des températures, d’ailleurs inéga- 2005).
lement répartie sur la planète, sera associée
une remontée du niveau de l’océan mondial
de l’ordre de 30 à 60 cm. Lors de la période la
plus froide de la dernière glaciation, il y a Changements globaux
environ 20 000 ans, le niveau de la mer était et biodiversité
en moyenne 120 m plus bas qu’aujourd’hui,
ce qui permettait aux humains de ces D’une manière générale, la transformation
époques d’habiter la grotte Cosquer au pied des espaces naturels pour les besoins des
des Calanques. La fonte des glaciers conti- sociétés humaines est la force principale
nentaux et des calottes polaires a fait remon- conduisant à l’érosion de la diversité biolo-
ter le niveau de l’océan mondial pendant plu- gique (VITOUSEK et al. 1997). On ne reviendra
sieurs millénaires pour le stabiliser à son pas ici sur la définition du concept de biodi-
niveau actuel ou subactuel entre 6 000 et 3 versité qui relève des sciences de la nature
000 BP 3. Des observations géologiques et comme celle de l’Homme et de la société (Cf.
archéologiques permettent d’affirmer que le B LONDEL 2005a). Malgré tous les efforts
niveau moyen de la mer a peu varié (moins consentis par la communauté scientifique,
de 0.1 mm par an globalement) jusqu’à une notamment depuis la Conférence de Rio de
période récente, mais depuis le début des 1992, pour en faire l’inventaire et com-
années 1990, les satellites altimétriques qui prendre ses fonctions, nous sommes encore
surveillent en permanence les variations du bien loin de savoir ce qu’elle est et ce qu’elle
niveau de la mer montrent que ce dernier fait dans les systèmes écologiques. La raison
s’est élevé de près de 3 mm par an, valeur essentielle tient au fait que la biodiversité
significativement supérieure à celle mesurée qui se voit et se laisse décrire, en particulier
par les marégraphes au cours du XXe siècle et celle qui touche le grand public parce qu’elle
20 fois supérieure à celle des derniers siècles. concerne les grandes et belles espèces qu’on
Des prévisions de l’élévation du niveau des dit « patrimoniales », n’est que la partie
mers au cours des prochaines décennies pour émergée de l’iceberg, la biodiversité réelle-
différents scénarios d’émissions de gaz à effet ment fonctionnelle, celle qui fait tourner les
de serre et d’expansion démographique révè- écosystèmes étant essentiellement invisible
lent que quel que soit le scénario proposé par et largement inconnue. Par ailleurs, plus que
le GIEC, la hausse du niveau de la mer, les espèces ou les populations en elles-
d’environ 20 cm au cours du XX e siècle, se mêmes, ce qui importe surtout, ce sont les
poursuivra au cours des prochains siècles à interactions entre elles et l’ensemble des pro-
une vitesse qui dépendra des réponses appor- cessus qui assurent les échanges de matière
tées par les humains au réchauffement cli- et d’énergie au sein des systèmes écolo-
matique, mais qui sera en général supérieure giques. La variabilité génétique des popula-
à ce que nous connaissons aujourd’hui. Cette tions, gage de leur adaptabilité au change-
élévation est due à deux processus : la fonte ment, est aussi une composante essentielle
des glaciers continentaux et des calottes de la biodiversité.
polaires et la dilatation thermique des Nous savons maintenant que l’extinction
masses océaniques due à la chaleur accumu- des espèces et des populations se fait à un
lée dans l’océan, jusqu’à des profondeurs de rythme accéléré, au point que de nombreux
l’ordre de 1000 mètres. Le réchauffement de chercheurs estiment que près de 50% des
3 - BP = Before Present l’océan explique environ 25% de la hausse du espèces de la planète pourraient avoir dis-

122
Etat des connaissances : situations et perspectives
paru autour du milieu du XXI e siècle THUILLIER 2007, CHUINE & THUILLIER 2005),
(V ITOUSEK et al. 1997, S ALA et al. 2000), il n’en va pas de même pour celles qui vivent
avant même d’avoir été découvertes et en conditions extrêmes comme l’ours polaire
décrites. Le déclin des populations est géné- qui est probablement condamné à
ralisé bien que variable selon les groupes. Il l’extinction avant la fin de ce siècle. D’autres
est particulièrement sévère chez les amphi- effets dont on commence seulement à mesu-
biens, les vertébrés des milieux aquatiques, rer l’importance sont des modifications dans
marin et d’eau douce, ainsi que chez les les traits d’histoire de vie des espèces comme
oiseaux insulaires (BALMFORD et al. 2003). Le l’époque de reproduction et la fécondité, le
paléontologiste STEADMAN (1995) estime que comportement migratoire et bien d’autres
plus de 2000 espèces d’oiseaux, soit près du traits démographiques, physiologiques et
quart de l’avifaune mondiale, ont été exter- comportementaux. On sait par exemple que
minées par les humains dans les archipels de l’augmentation du CO2 favorise la croissance
l’Océan Pacifique lors de la conquête de ce des végétaux, mais la composition chimique
dernier par les Polynésiens, il y a plus de des tissus s’en trouve modifiée dans le sens
3000 ans. Le déclin de la biodiversité dû à d’une diminution de sa qualité nutritive pour
l’Homme ne date donc pas d’aujourd’hui. On les insectes herbivores et l’ensemble des
estime à partir des archives fossiles que le chaînes trophiques. Les réponses aux chan-
taux naturel d’extinction des espèces est de gements globaux, et notamment celles des
l’ordre d’une espèce sur mille et par millé- végétaux à l’augmentation du CO2 étant dif-
naire, mais ce taux a été multiplié par mille férentes d’une espèce à l’autre, l’une des
au cours de la période historique et on conséquences les plus imprévisibles et peut-
s’accorde à prévoir qu’il sera plus de dix fois être les plus préoccupantes de ces phéno-
plus sévère dans un proche futur (MEA mènes, est le changement des interactions
2005). L’incertitude qui entoure les consé- entre espèces au sein des communautés qui
quences de cette érosion de la diversité biolo- aura des effets encore imprévisibles sur la
gique et la gravité des problèmes qu’elle sou- structure et la dynamique de tous les écosys-
lève justifie que l’acquisition des tèmes terrestres. Il s’agit là d’un problème
connaissances en ce domaine soit faite avec presque totalement inconnu que la commu-
le plus grand soin et le maximum nauté scientifique commence à peine à défri-
d’objectivité. C’est ce but que s’est assigné le cher.
Millenium Ecosystem Assessment pour éta- Nous ne savons pas comment seraient et
blir un « état des lieux » de la biodiversité à comment fonctionneraient les écosystèmes si
l’échelle mondiale. La qualité du document toutes les espèces déjà disparues existaient
est garantie par le système d’acquisition des encore. A plus forte raison pour celles qui
données qui repose sur des outils efficaces de vont disparaître dans les années et décen-
contrôle et de recoupement des données par nies à venir. D’où une mobilisation de la
des chercheurs indépendants. L’aspect le communauté scientifique à travers de nom-
plus préoccupant de cette érosion est certai- breux programmes visant à élucider le rôle
nement la perte de diversité génétique, donc des espèces dans les écosystèmes (LOREAU et
la diminution de l’aptitude des organismes à al. 2002). Ces recherches se déploient à
s’adapter aux changements en cours et à toutes les échelles d’espace, depuis les tra-
venir, ainsi que l’émergence de nouveaux vaux à grande échelle qui relèvent de la
« possibles évolutifs » (BLONDEL 2005b). macro-écologie aux recherches en enceintes
Les dérèglements climatiques ont de mul- contrôlées comme les écotrons. Toutes les
tiples effets sur les organismes : ils modifient composantes des changements globaux inter-
les aires de distribution des espèces en les viennent isolément ou en synergie pour 4 - L’une des fonctions
obligeant à pratiquer une traque à l’habitat, modifier le fonctionnement des systèmes éco- du programme NATURA
laquelle n’est possible que s’il existe une logiques et éroder la biodiversité, d’où la 2000 et de la Trame
continuité des habitats, ce qui est de plus en mise en place d’une recherche de type inté- verte du Grenelle de
plus problématique dans les paysages frag- gratif pour aborder ces questions par l’Environnement est
précisément d’assurer la
mentés par les multiples usages de l’espace 4. l’observation et l’expérimentation. Un
continuité territoriale qui
Si une remontée en latitude et/ou en altitude agenda de travail a été dessiné dans le cadre permettra aux espèces de
est possible pour beaucoup d’espèces, notam- de la Stratégie nationale pour la biodiversité. suivre la progression de
ment celles qui ont un bon pouvoir de disper- Il fixe les principaux objectifs à atteindre et leurs habitats en réponse
sion, comme l’ont déjà montré de nom- s’attache à sensibiliser le grand public, le aux changements
breuses études (e.g. PARMESAN et al. 1999, monde agricole, le monde industriel et les du climat.

123
Etat des connaissances : situations et perspectives
responsables de la santé publique sur tous ment favorables à la transmission des mala-
ces problèmes qui concernent les domaines dies. La proximité des sociétés animales et
de l’alimentation, de la santé, de humaines a toujours existé et a été à
l’environnement et de la culture. l’origine d’épidémies, puis de l’acquisition
par les sociétés humaines des résistances
correspondantes. Mais les densités
d’individus dans les élevages industriels et
Changements globaux leur proximité de sociétés humaines qui sont
et santé humaine souvent elles-mêmes d’une grande densité,
particulièrement en Asie, mais aussi en
Les changements globaux entraînent de Europe occidentale, y compris dans l’espace
sérieux risque sanitaires dont on commence méditerranéen, multiplient les probabilités
seulement à entrevoir les risques potentiels d’épidémies. Ces problématiques devraient
et que les communautés scientifiques concer- amener la recherche vétérinaire et la
nées abordent avec d’autant plus d’attention recherche médicale humaine à collaborer
que les maladies ne connaissent pas de fron- plus étroitement car l’épidémiologie devient
tières dans un monde où l’intensité et la un domaine clé de compréhension des méca-
rapidité des échanges intercontinentaux des nismes de transmission et un outil de pré-
personnes et des marchandises ne cessent de vention.
croître (THOMAS et al. 2007). De nombreuses L’utilisation de nouveaux espaces par
maladies autrefois cantonnées dans certains l’agriculture, l’élevage et la production
espaces géographiques risquent ainsi de se d’agrocarburants risque de mettre en circu-
propager rapidement et largement, consti- lation de nouvelles maladies qui pourraient
tuant pour certaines d’entre elles une bénéficier d’un espace mondial de proliféra-
menace sérieuse de pandémie dévastatrice. tion, notamment dans le cas de certains
C’est peut-être l’une des conséquences les virus passant de l’animal à l’Homme. Dans
plus préoccupantes de la mondialisation. La la mesure où l’extension de l’élevage amè-
liste des maladies émergentes infectieuses nera les animaux domestiques à côtoyer des
ne cesse de s’allonger avec le Sida, la mala- réservoirs de virus constitués par la faune
die de Creutzfeldt-Jakob (maladie de la sauvage, les risques d’épidémie s’accroîtront.
vache folle), le Sras, la grippe aviaire, le Enfin, le réchauffement climatique pourrait
Chikungunya, la maladie du Nil Occidental, modifier les aires de présence des vecteurs et
la fièvre d’Ebola, la dengue hémorragique, la étendre les maladies à de nouveaux espaces.
maladie de la langue bleue et d’autres encore La région méditerranéenne est à cet égard
non identifiées. La réapparition de patholo- particulièrement exposée à l’émergence ou la
gies que l’on croyait éradiquées dans nos ré-émergence de nouvelles pathologies.
pays comme la tuberculose, les trypanoso-
miases, sans parler de l’extension de ces
maladies vers de nouveaux territoires que le
réchauffement climatique leur permettra de Conséquences socio-
conquérir sont également de nouveaux défis.
On pense en particulier aux modifications économiques et politiques
possibles de la carte épidémiologique des des changements globaux
arboviroses (infections dues aux virus véhi-
culés par les moustiques) qui peuvent coloni- Cette question d’une importance cruciale
ser la planète et occuper des niches ne saurait être qu’effleurée ici tant elle est
jusqu’alors occupées par d’autres espèces. complexe. Dans 50 ans, selon toute vraisem-
Dans certains cas, la combinaison de plu- blance, la plus grande partie de la population
sieurs facteurs peut transformer en bombe à humaine de la planète habitera dans des
retardement le risque sanitaire encouru. On villes et près de 60% de l’humanité vivra à
pense par exemple à un changement sani- moins de 100 km des côtes (VITOUSEK et al.
taire résultant d’une combinaison de fac- 2007). Dans ce contexte, l’ampleur et les
teurs démographiques, évolutifs (adaptation variations spatiales de l’intensité des chan-
des agents pathogènes), épidémiologiques, gements globaux ne vont pas manquer
écologiques par modification du climat et des d’entraîner de multiples problèmes sociaux-
habitats, et socio-culturels liés à des compor- économiques et politiques. Il se pourrait que
tements et pratiques d’hygiène éventuelle- les tensions soulevées directement ou non

124
Etat des connaissances : situations et perspectives
par les changements globaux se traduisent La conclusion qu’on peut tirer de la situa-
par les déplacements de près de 50 millions tion actuelle, notamment au vu des informa-
de réfugiés écologiques d’ici 2010. D’ores et tions scientifiques qui nous parviennent quo-
déjà, des réfugiés écologiques commencent à tidiennement, par exemple les conclusions du
quitter certaines régions, notamment les quatrième rapport du PNUE sur l’avenir de
populations des petits états insulaires du l’environnement mondial (GEO4), est que
Pacifique qui sont de plus en plus menacés nous sommes entrés dans une période de
par la montée des eaux. Des migrations éco- grande turbulence qui devrait nous faire
logiques de populations exposées aux risques réfléchir sur les nouveaux rapports au monde
d’inondations ou à des sécheresses prolon- qu’il va falloir inventer et qui appelle six com-
gées vont entraîner de profondes distribu- mentaires :
tions dans l’espace des populations 1. Il faut se faire à l’idée que le risque et
humaines en fonction de facteurs variés tels l’incertitude sont inhérents à la vie. Les sys-
que les disponibilités en espaces productifs, tèmes naturels ont développé des méca-
et la localisation des emplois, sans parler des nismes de résistance et de résilience qui leur
tensions que ne manqueront pas de provo- permettent de se perpétuer et de se renouve-
quer l’acquisition de ressources essentielles ler. Apprendre à les comprendre et à les assu-
qui vont se raréfier comme l’eau douce. mer permettrait de s’engager sur le chemin
d’un renversement ou d’un renouveau cultu-
rel que les défis qui se profilent vont néces-
sairement entraîner.
2. Les tendances et prévisions sur
Conclusion l’évolution des changements globaux (au sens
le plus large donné à cette expression) néces-
L’implication de toutes les composantes sitent malheureusement de repenser à la
des changements globaux dans tous les com- hausse toutes les mesures actuellement envi-
partiments de la vie de nos contemporains sagées pour atténuer leurs conséquences.
implique une concertation étroite entre les 3. Le concept de développement durable
chercheurs des sciences humaines et sociales, sera un oxymore tant que le(s) sens du mot
et ceux des sciences de la nature. Il est néces- développement ne sera (seront) pas
saire en particulier de consacrer un effort repensé(s) et que l’incertitude ne sera pas
tout particulier en modélisation et simulation acceptée et gérée dans un esprit de solidarité
des effets des changements globaux sur les et de partage des risques.
grands équilibres de la biosphère tels que les
4. Le concept de durabilité doit nécessaire-
échanges océans - atmosphère, le cycle du
ment être associé à ceux de solidarité et de
carbone, la régulation du climat et l’usage des
globalité, car la solidarité est la meilleure
molécules chimiques de synthèse dans la ges-
assurance contre les risques que la crise de
tion des espaces agricoles. La fonction de ces
l’environnement va entraîner.
modèles sera de proposer des scénarii qui
5. La modération n’est pas antinomique du
tiennent compte des plages d’incertitude liées
développement dès lors que le concept de
aux estimations de phénomènes de grande
développement ne se limite pas à sa dimen-
ampleur et d’une grande complexité. La pers-
sion quantitative et matérielle.
pective d’un réchauffement général de la pla-
nète auquel seront associés des risques de 6. Un renouveau culturel ne sera possible
refroidissement local, d’un accroissement de qu’au prix d’un développement considérable
la variabilité de la température et des préci- de l’effort de recherche, ce qui nécessite
pitations, de l’avènement d’événements cli- d’exploiter, de valoriser les gisements
matiques extrêmes, du risque de montée des d’intelligence et d’en explorer de nouveaux
pour construire de nouvelles approches scien- Jacques BLONDEL
eaux et du déplacement des zones clima-
tifiques et développer de nouvelles technolo- Directeur
tiques conduit à de redoutables problèmes de recherche émérite
d’adaptation. A ce jour, l’ensemble des consé- gies. Nous avons un urgent besoin de faire
faire un bond aux frontières du savoir, res- CEFE – CNRS
quences à long terme des changements glo- 1919 Route
baux n’a pas encore été l’objet d’une anticipa- ponsabilité qui relève de la communauté
scientifique, car c’est elle et elle seule qui est de Mende
tion permettant de définir une réponse 34293 Montpellier
adaptative qui soit à la hauteur des enjeux, aux avant-postes de la production des
cedex 5
c’est-à-dire qui revienne à revoir de fond en connaissances.
Mél : jacques.
comble notre modèle culturel. J.B. [email protected]

125
Etat des connaissances : situations et perspectives

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Résumé
L’expression « changements globaux » désigne l’ensemble des conséquences de la domination humaine des écosys-
tèmes qui se manifeste sur la totalité de la planète, y compris dans les milieux extrêmes comme les régions polaires qui
sont touchées par les pollutions atmosphériques. Ces changements se déclinent en une série de composantes dont la
dégradation et la fragmentation des habitats, l’utilisation massive d’intrants chimiques, les invasions biologiques, les
dérèglements climatiques et la surexploitation des ressources naturelles. Isolément ou en synergie, ces changements
entraînent un appauvrissement de la diversité biologique et une altération du fonctionnement des écosystèmes. Les
pressions actuellement exercées sur les écosystèmes de la planète et les projections que l’on peut faire sur leur accen-
tuation dans les décennies à venir ont d’ores et déjà dépassé les capacités de régénération des écosystèmes. D’où une
dégradation qui risque de s’aggraver dans la logique des tendances actuelles de développement et de risque de pénu-
ries en énergie et en ressources alimentaires. Nous sommes encore loin d’avoir fait l’inventaire de la biodiversité et de
connaître ses fonctions dans les écosystèmes. L’incertitude qui entoure les conséquences de son érosion accélérée et la
gravité des problèmes qu’elle soulève justifie une mobilisation croissante de la communauté scientifique, notamment à
travers la Stratégie Nationale pour la Biodiversité, mais aussi grâce à l’activité des associations et de tous ceux qui sont
concernés par la gestion des espaces et des espèces. Parmi les incertitudes liées à ces changements, il faut prêter une
attention toute particulière aux risques sanitaires qu’ils entraînent en raison de l’émergence ou de la ré-émergence de
pathologies, surtout en région méditerranéenne qui devrait être particulièrement touchée par une diminution des pré-
cipitations et une augmentation plus élevée qu’ailleurs des températures, notamment en été. La conclusion qu’on peut
tirer de la situation actuelle est que les sociétés sont en train d’entrer dans une période de grande turbulence qui
devrait nous faire réfléchir sur les nouveaux rapports au monde qu’il va falloir inventer.

Summary
Global changes
The expression ‘global changes’ refers to the totality of the consequences stemming from human domination of ecosys-
tems which can be evidenced worldwide, over the whole planet, including in extreme environments such as the polar
regions where atmospheric pollution has an impact. Such changes involve a series of factors including the deterioration
and fragmentation of habitats, the massive use of chemical compounds in production, biological invasions, climatic
upsets and the over-use of natural resources. Separately or in combination, these changes lead to a loss of biological
diversity and modifications in the functioning of ecosystems. Pressures presently affecting the planet’s ecosystems, as
well as actual forecasts about their intensification over the coming decades, already exceed these ecosystems’ capacity
for self-regeneration. Hence an overall deterioration that is likely to get worse, given the present-day tendancies related
to development and the threat of scarcities in energy and foodstuffs,. As yet, we are a long way from having a
complete inventory of global biodiversity or understanding its functioning within ecosystems. Uncertainty surround-
ing the impact of the accelerating shrinkage of biodiversity and the seriousness of the problems this gives rise to,
justify increasing the active and committed awareness of the scientific community, notably through the National
Strategy for Biodiversity but, also, via the activity of associations and everyone involved in species management and the
use of space. Of the uncertainty connected to climate change, particular attention needs to be given to the risk to
health deriving from the appearance or reoccurence of pathological conditions. This is especially so in Mediterranean
regions which are expected to suffer from a lack of rainfall and a rise in temperatures more severe than elsewhere,
especially in summer. The present situation leads to the conclusion that societies are entering a period of major
turbuence which should make us reflect on a possible new relationship to the world we live in.

126 forêt méditerranéenne t. XXIX, n° 2, juin 2008

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