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LE MONDE
SELON TRUMP
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De la même auteure

Du sexe en Amérique. Une autre histoire des États-Unis, Robert Laffont,


2016.
First Ladies. À la conquête de la Maison-Blanche (avec Dominique
Simonnet), Perrin, 2016.
Les Secrets de la Maison-Blanche (avec Dominique Simonnet), Perrin, 2014 ;
« Pocket », 2016 (prix national du document littéraire 2014).
11 septembre. Le jour du chaos (avec Dominique Simonnet), Perrin, 2011 ;
« Pocket », 2013.
La Plus Belle Histoire des femmes (avec Françoise Héritier, Michelle
Perrot, Sylviane Agacinski), Seuil, 2011 ; « Points Seuil », 2013.
Le Guide des élections américaines (avec Dominique Simonnet), Perrin,
2012.
Les Noirs américains. Des champs de coton à la Maison-Blanche, Perrin,
« Tempus », 2010.
La Plus Belle Histoire de la liberté (avec André Glucksmann, Abdelwahab
Meddeb et Vaclav Havel), Seuil, 2009.
Le Petit Livre des élections américaines, Panama, 2008.
Pourquoi nous avons besoin des Américains, Seuil, 2007.
Américains-Arabes. L’affrontement (avec Antoine Sfeir), Seuil, 2006.
Faut-il avoir peur de l’Amérique ?, Seuil, 2005.
Good Morning America, Seuil, 2000.
L’Amour expliqué à nos enfants (avec Dominique Simonnet), Seuil, 2000.
Le Piège. Quand la démocratie perd la tête, Seuil, 1999.

Romans avec Dominique Simonnet

Némo dans les étoiles, Seuil, 2004.


Némo en Égypte, Seuil, 2002.
Némo en Amérique, Seuil, 2001.
Le Livre de Némo, Seuil, 1998.
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Nicole Bacharan

LE MONDE
SELON TRUMP
Tweets, mensonges, provocations, stratagèmes
Pourquoi ça marche ?

Tallandier
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© Éditions Tallandier, 2019


48, rue du Faubourg-Montmartre – 75009 Paris
www.tallandier.com
ISBN : 979‑10‑210‑3296‑5
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Avant-propos

Donald Trump :
l’Amérique des cow-boys

L’homme affole la planète. Ses volte-face inquiètent, ses


caprices embarrassent, ses coups de sang effraient jusqu’à son
plus proche entourage qui tente en coulisse de les tempérer.
Sans cesse en mouvement, toujours en représentation, il prend
plaisir à bafouer les usages, mépriser les institutions, briser les
alliances et s’admirer dans le miroir de son pouvoir. Il se veut
imprévisible. Il est surtout constant dans son amoralité et sa
volonté acharnée de déstabilisation. Il aime prendre le contre-
pied de ses propres décisions, désavouant ses déclarations de
la veille, revenant sur ses engagements, soufflant le chaud et
le froid. Versatile, infantile, égocentrique ? Les qualificatifs
dont on l’affuble n’ont pas de prise sur lui. Critiquez-le, il
vous vilipendera. Accusez-le, il vous calomniera. Attaquez-le,
il vous cognera. La provocation est sa stratégie. Le mensonge
est son arme. Le cynisme est sa force. Il est le président de la
plus grande puissance mondiale.
Les « hommes forts » – c’est du moins ainsi que leurs courti-
sans aiment les qualifier – sont aujourd’hui légion sur la planète.
En une petite décennie, des autocrates populistes et arrogants
ont surgi sur différents continents dont l’Europe, de nouveau
asphyxiée par les terribles et vieux relents du totalitarisme :

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LE MONDE SELON TRUMP

le Russe Poutine, le Hongrois Orban, les Italiens Conte et


Salvini, le Turc Erdogan, le Philippin Duterte, le Chinois Xi
Jinping, le Nord-Coréen Kim Jong-un… Chacun a son style.
Chacun a sa manière. Mais tous utilisent les mêmes artifices
populistes. Tous célèbrent la détestation de l’humanisme.
On croyait ce retour impossible dans nos démocraties, à
commencer par la plus ancienne, celle des États-Unis. Nos
systèmes républicains, nos Constitutions, nos Déclarations
des droits n’ont-ils pas précisément pour mission de s’y
­opposer ? Les partis politiques, la presse libre, le processus
électoral n’ont-ils pas été fondés pour empêcher la mainmise
sur le pouvoir de l’arbitraire, de l’inculture et de la férocité ?
­N’ont-ils pas pour but de sélectionner des hommes et des
femmes intègres, conscients de représenter la communauté
tout entière, soucieux de leurs devoirs et de leurs responsabili-
tés, tendus vers la poursuite du bien commun ? La présidence
de Donald Trump nous en fait douter.
Depuis son élection le 8 novembre 2016, on cherche obs-
tinément à comprendre ce président hors norme et cette
Amérique qui l’a portée au pouvoir et qu’il incarne. Que
veut-il vraiment, ce cabotin agité qui fait tout pour nous
troubler, nous épuiser, nous empêcher de penser ? Nourrit-il
une conception personnelle du monde, a-t‑il développé une
stratégie plus complexe qu’il n’y paraît ? À première vue, on
trouve chez Donald Trump quelques convictions instinctives,
un peu de bon sens populaire, des principes qui s’apparentent
surtout à des slogans (« L’Amérique d’abord ! », « Ça nous
coûte trop cher ! »). Au-delà de son fameux mantra « Rendons
sa grandeur à l’Amérique », il semble bien que le principal
projet de Donald Trump se résume en un seul mot : moi.
Être l’homme le plus célèbre du monde, le plus riche, le plus
puissant, le plus courtisé. Susciter l’envie. Avoir le monde

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AVANT-PROPOS

entier suspendu à ses lèvres et à ses tweets. C’est assurément


un dessein. C’est difficilement une politique.

Les sables mouvants du populisme

Pourtant, la vision de Donald Trump n’est peut-être pas aussi


simpliste et incohérente qu’on pourrait le penser tout d’abord.
Pour aller plus avant, j’ai puisé ici à la source, directement dans
ses déclarations et ses affirmations, dans ses tweets et ses invec-
tives – comme autant de fragments d’un puzzle à rassembler.
Disons-le sans détour : cette accumulation de propos éton-
nants, souvent d’une grande violence, compose une nature à
l’évidence mégalomane et infantile, obsédée par le pouvoir et
par sa propre image. Mais ce n’est pas l’essentiel : elle révèle
aussi d’une manière limpide les mécanismes du discours popu-
liste, celui qu’utilisent nombre d’autocrates dans le monde
d’aujourd’hui, une tactique à base de slogans martelés et de
mensonges répétés qui ont toujours le même but : jeter systé-
matiquement le doute sur la réalité des faits (« Fake News ! »),
affaiblir la parole de l’adversaire en discréditant sa personne,
créer un climat permanent de suspicion et de complot. Les
populistes construisent ainsi un monde de sables mouvants
où s’engloutissent la vérité et le bon sens : tout est relatif et
sujet à caution, toute parole (fût-elle la plus ignorante ou
malveillante) en vaut une autre (fût-elle la plus experte), rien
n’est jamais avéré… C’est par le doute et l’instabilité que les
autocrates exercent leur emprise. Dans ce domaine-là, Trump
est assurément un maître. Avec lui, Barack Obama n’est pas
américain, le réchauffement du climat est une supercherie,
Kim Jong-un est un homme charmant, et Trump le plus
grands des présidents de l’Histoire…

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LE MONDE SELON TRUMP

Pourquoi, dira-t‑on, s’intéresser à la vision du monde d’une


personnalité qui nous apparaît aussi consternante ? La réponse
est simple et terrible : parce que le regard que porte Donald
Trump sur le monde, sur son pays, sur l’Europe, sur la société,
sur les hommes, sur les femmes, sur nous en somme, c’est
aussi le regard d’une partie des Américains, une vision fondée
sur des convictions et des croyances profondément ancrées en
eux. Parce que Donald Trump est incontestablement l’un des
visages de l’Amérique. Parce que 63 millions d’Américains (qui,
rappelons-le, ne constituent cependant pas la majorité) l’ont
choisi et persistent à le soutenir.
Oui, Donald Trump incarne une certaine Amérique dont
il a exploité les peurs, les failles, les échecs pour se faire
élire et qu’il continue de flatter. D’où ce flot de questions :
Quelle est-elle, cette Amérique du xxie siècle qui s’est don-
née à cet homme-là ? Pourquoi une partie des Américains
se reconnaissent-ils en lui ? Quels sont les points de vue, les
déclarations, les attitudes, les décisions du candidat puis du
quarante-cinquième président des États-Unis qui résonnent
favorablement auprès d’eux ? À quoi s’identifient-ils ?
Comment voient-ils leur pays ? Que perçoivent-ils du
monde ? Dans quel imaginaire se meuvent-ils pour se recon-
naître ainsi dans cet homme balourd, vulgaire et arrogant ?
Lui ressemblent-ils ? Ont-ils envie de lui ressembler ? Quelle
forme de réussite incarne à leurs yeux Donald Trump ? Son
ascension représente-t‑elle pour eux une revanche, une appro-
bation, un rêve longtemps caressé ? D’où vient la colère qui
les anime ?
Il nous faut aller plus loin encore : analyser le phéno-
mène Trump oblige à s’interroger sur la santé de la démo-
cratie américaine et la pérennité de ses valeurs. Comment
des citoyens libres, héritiers de deux cent quarante ans de

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AVANT-PROPOS

démocratie, peuvent-ils en effet accorder leur préférence à un


homme qui, pendant toute la campagne électorale et depuis
qu’il a accédé à la Maison-Blanche, ne cesse d’afficher non
seulement son ignorance mais son mépris des institutions
et de l’histoire américaines, sa méconnaissance de la poli-
tique mondiale, et son refus de se hisser à la hauteur de sa
fonction ? En quoi la démocratie, le libre marché et l’État
providence ont-ils failli ?

Ma femme, mon cheval, mon fusil

Surgit alors cette ultime et angoissante question : et si


Donald Trump n’était pas un phénomène nouveau, s’il n’était
que le dernier avatar d’une histoire dont nous évitons de voir
la face cachée, remontant aux origines, à ces temps obscurs
mais mythifiés où la morale se réduisait à une formule : « Ma
femme, mon cheval, mon fusil » ? Le fantôme du cow-boy en
somme, conquérant et sans scrupule, que les Pères fondateurs
de la démocratie américaine avaient voulu chasser mais qui,
pourtant, revient périodiquement la hanter ?
Même s’il fait figure d’ovni dans la galerie des présidents
américains modernes, Trump n’est pas une aberration de
l’Histoire. Il s’inscrit dans le droit fil d’un courant violent,
intolérant et paranoïaque, présent dans l’aventure américaine
depuis son commencement, un courant que nous appelle-
rons par commodité « l’Amérique du cow-boy » (précisons :
il s’agit là de la figure symbolique d’autrefois, de la caricature
de l’homme sans foi ni loi. Nulle intention ici de pointer du
doigt les honnêtes cavaliers et vachers qui ne sont ni plus
ni moins démocrates que les autres). Ou plutôt, à défaut de
mouvement structuré, parlons d’une pulsion originelle qui

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LE MONDE SELON TRUMP

plonge ses racines dans la brutalité de l’Ouest sauvage, le


massacre des Indiens, l’esclavage, la ségrégation et l’effroyable
tradition du lynchage.
On l’avait déjà vue réapparaître, portée par le Ku Klux
Klan après la guerre de Sécession, organisation qui ne fut
jamais aussi populaire que dans les années 1920, puis par les
groupes pro-nazis des années 1930, puis encore par la féroce
chasse aux sorcières du maccarthysme des années 1950, et de
nouveau par les appels – « Ségrégation aujourd’hui, ségréga-
tion demain, ségrégation pour toujours ! » – des gouverneurs
sudistes des années 1960.
Et depuis quelques décennies, on le voit encore resurgir, ce
fantôme du cow-boy, soutenu aujourd’hui par le parti répu-
blicain qui, par complaisance, par opportunisme, par cupi-
dité, l’a accepté en son sein et s’y est soumis. Le Grand Old
Party était autrefois abolitionniste et libre-échangiste. Il est
désormais enchaîné à une base électorale protectionniste et
anti-immigration dont le président attise chaque jour la rage.
Ce n’est plus le parti d’Abraham Lincoln. C’est devenu celui
de Donald Trump.

Le parti des ignorants

Cette pulsion s’incruste périodiquement dans la sphère


politique comme le lierre autour d’un arbre fatigué. Au
cœur de ces poussées récurrentes, il s’est toujours trouvé des
hommes d’affaires cyniques et des politiciens opportunistes
pour ressusciter le fantôme du cow-boy et appâter leur clien-
tèle électorale favorite : le White Trash. Sous ce terme ancien
(souvent traduit en France par « petits Blancs », mais qui lit-
téralement signifie « déchet, rebut, poubelle »), on trouve les

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AVANT-PROPOS

petites gens, les paysans sans terre, les ouvriers pauvres, les
moins éduqués, tous ceux qui se sentent frappés par ce ter-
rible mépris social datant des premiers colons en Amérique,
marqués de la honte de n’avoir pas su, pas pu, pas voulu, se
hisser au niveau des « élites », fortunées, instruites, policées
et aujourd’hui mondialisées. Ces Blancs qui se sentent laissés
pour compte nourrissent souvent à l’égard de la société et du
monde un terrible ressentiment.
Au fil du temps, on les a regroupés sous divers vocables
infamants qui sonnent comme autant de condamnations sans
appel : White Trash, mais aussi Trailer Trash (« déchets de
caravane », pour ceux qui vivent à l’année dans des mobil
homes immobiles), Rednecks (littéralement « cous rouges »,
c’est-à-dire « péquenots »), Waste People (« rebuts humains »),
Mudsills (littéralement ceux de la « base de boue », de l’étage
le plus bas). Dans les années 1850, cette population composite
s’était même donné un parti, The American Party, surnommé
le parti des Know Nothing (« ceux qui ne savent rien »), en
révolte contre les inégalités sociales auxquelles ils attribuaient,
souvent par ignorance, une seule cause : l’afflux des immi-
grants. Ils voulaient ainsi expulser du pays les mendiants et
les « criminels » étrangers, imposer la lecture quotidienne de
la Bible dans les écoles, exclure les catholiques (jugés inféo-
dés au Vatican) de tout mandat public, interdire l’entrée du
pays aux Irlandais, aux Allemands et aux Juifs, tous accusés
de menacer la grande Amérique et de vivre aux crochets
des honnêtes travailleurs. Au plus fort de leur succès, les
Know Nothing purent se vanter d’avoir une bonne centaine
de représentants au Congrès, huit gouverneurs, des milliers
d’élus locaux, avant de disparaître dans les tranchées de la
guerre de Sécession.

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LE MONDE SELON TRUMP

Leur parti est mort depuis longtemps. Mais pas leurs idées.
Aujourd’hui, la vision « nativiste » des Know Nothing, qui
privilégiait les citoyens blancs, anglo-saxons, protestants, nés
sur le sol américain, rencontre de bien troublants échos chez
Donald Trump et ses partisans. Certes, le président ne sou-
haite pas remonter aux années 1850, mais les années 1950,
celles de sa jeunesse, lui conviendraient bien. On le lira ici,
il aime le charbon, l’acier et l’aluminium ; il rêve de défilés
militaires avec « plein d’avions qui nous survolent » ; il pré-
fère à toute nourriture les hamburgers, les steaks et le Coca-
Cola ; il attend des femmes qui l’entourent qu’elles s’affichent
en playmates à la poitrine opulente mais filent doux et se
montrent toutes dévouées au patriarche ; il voudrait que les
minorités arrêtent de revendiquer ; il rêve que les frontières
soient fermées une fois pour toutes aux étrangers qui ne lui
ressemblent pas.
Une main sur la Bible, l’autre sur le fusil, prête à tout
pour défendre son territoire contre l’étranger considéré sys-
tématiquement comme un ennemi, la vieille Amérique du
cow-boy, raciste et haineuse, est toujours là. Avec Donald
Trump, elle tient le haut du pavé. Non pas que tous ceux
qui le soutiennent soient racistes et haineux comme l’est leur
président, bien loin de là. Mais ils sont assez naïfs et crédules
pour lui faire crédit.

Le venin partisan

Comme tous les démagogues, l’actuel président pré-


tend donner la parole « au peuple ». Mais ce procédé usé
jusqu’à la corde par tous les populistes était, on l’ignore
trop souvent, à l’opposé des souhaits des Pères fondateurs,

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AVANT-PROPOS

rédacteurs de la Constitution américaine : conscients du


danger des pulsions populaires et de la nécessité de garan-
tir l’équilibre entre libertés individuelles et bien commun,
ils avaient précisément fait en sorte de contenir les élans
du peuple comme ceux des gouvernants. Les institutions
américaines ont ainsi été conçues pour empêcher tout bou-
leversement de grande ampleur. La démocratie américaine
est un lourd paquebot sur lequel toutes les parties prenantes
doivent accepter le « juste milieu ». Chaque branche du
gouvernement (exécutif, législatif, judiciaire) a le pouvoir
de bloquer les deux autres ; chacune peut aussi être bloquée
« verticalement » par les juridictions, les parlements, les gou-
verneurs des États, toutes institutions locales qui peuvent
aussi se bloquer entre elles… En somme, quand le système
coince, c’est paradoxalement la preuve qu’il fonctionne car,
alors, il faut négocier. Et on finit toujours par dépasser
l’obstacle…
C’est du moins ainsi que les Pères fondateurs ont pensé la
démocratie : obliger les différents acteurs à faire des compro-
mis. Et ce sont bien des accords bipartisans entre démocrates
et républicains qui ont permis au xxe siècle d’accomplir des
avancées majeures telles que les grandes alliances internatio-
nales et les grandes réformes sociales (ONU, OTAN, système
des retraites, assurances médicales des seniors et des plus
pauvres, etc.). En dépit de ses lourdeurs et de ses soubre-
sauts, cette démocratie du moyen terme et des concessions a
traversé les siècles… jusqu’à ces dernières décennies au cours
desquelles le venin partisan a gagné.
Depuis le scandale du Watergate en 1974, les lois cen-
sées « moraliser la politique », certes nécessaires, ont pro-
duit d’étranges effets : elles sont devenues des outils de lutte
dans une animosité partisane plus âpre que jamais. Démolir

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LE MONDE SELON TRUMP

l’adversaire, l’humilier publiquement, notamment en exposant


sa vie sexuelle, répandre des bruits de couloir relayés d’abord
par les radios et les tabloïds puis sur Internet et les réseaux
sociaux sont à présent les tactiques habituelles. Les auditions
de juges et de ministres devant le Sénat se sont transformées
en gymkhanas où la recherche de la vérité se corrompt en
volonté d’anéantir le camp adverse, aucun des deux partis,
dans ce domaine, n’étant en reste.
Cette entreprise de démolition est montée au plus haut
degré au temps de Bill Clinton, quand la machine politico-
judiciaire se mit au service d’un camp pour tenter de renver-
ser un président volage en le piégeant délibérément dans un
procès qui n’aurait jamais dû avoir lieu. Sous Barack Obama,
le mouvement des Tea Parties, né à la droite du parti républi-
cain puis intégré à celui-ci, a lui aussi rivalisé de coups bas,
propageant des rumeurs angoissantes et perverses : Obama
n’aurait pas été américain (Donald Trump fut le premier à
réclamer son certificat de naissance) ; la réforme de la santé
Obamacare allait mettre en place des « commissions de la
mort » dans lesquelles des « bureaucrates » auraient droit de
vie ou de mort sur chaque citoyen ; le gouvernement fédé-
ral allait arracher leurs fusils à d’honnêtes chasseurs ; l’ONU
serait en train de prendre le pouvoir ; les démocrates se pré-
pareraient à installer la tyrannie… Dans le monde politique,
la calomnie, le mensonge et la paranoïa se sont substitués au
débat. Ces armes-là ne sont plus des dérives du jeu démocra-
tique. Elles en sont devenues les normes.
C’est ainsi que, au fil de ces dernières années, le cow-boy
a repris du poil de la bête : à cause de cette démolition sys-
tématique des institutions, à cause du refus du compromis,
à cause aussi de l’avènement des réseaux sociaux qui char-
rient mensonges, anathèmes et paroles extrémistes, l’esprit

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AVANT-PROPOS

démocratique s’est perdu et les garde-fous construits par les


Pères fondateurs sont tombés. Rongé par le venin partisan,
le monde politique américain a laissé remonter à la surface
la pulsion archaïque : « Ma femme, mon cheval, mon fusil. »
Ainsi a-t‑on vu s’imposer la version xxie siècle d’une Amérique
profondément angoissée, intolérante et brutale.

Un homme du peuple ?

À l’évidence, Donald Trump a su profiter de cette régres-


sion des valeurs. Richissime et entouré de milliardaires, étalant
sans pudeur ses millions de dollars, ses clubs de golf et ses
meubles plaqués or, il a réussi à se faire passer pour un homme
du peuple. Par quelle prouesse d’illusionniste ? Pour son élec-
torat, il est possible d’être (prétendument) un « homme du
peuple » et en même temps milliardaire. Il s’agit plus d’une
affaire de mentalité que d’argent. Et puis, bâtir une fortune
fait toujours partie du rêve américain : même aux yeux des
plus pauvres, la richesse ne suscite pas le reproche comme
en France, mais l’admiration.
Dans la grande tradition populiste, Donald Trump affirme
porter la voix de tous ceux qu’on voudrait « faire taire » : les
Blancs modestes, les ouvriers sous-employés dans les anciennes
régions industrielles qui ont le sentiment qu’on leur a tout
pris, leur travail, leur mode de vie, le respect de leur entre-
prise et de leur communauté, leur appartenance solide à la
middle class. Paradoxalement, leur peur du déclassement les
relie spontanément au très fortuné Donald Trump, lui aussi
obsédé par la crainte de l’humiliation, le sentiment de ne pas
être pris au sérieux, le rejet qu’il a toujours essuyé de la part
des élites new-yorkaises cultivées.

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LE MONDE SELON TRUMP

Le président en effet craint tant qu’on se moque de lui, son


ego surdimensionné est d’une telle fragilité, que la moindre
critique le met en fureur. « Not fair ! » (« Pas juste ! ») est
l’une de ses expressions préférées. Quand il répète « On va
arrêter de se moquer de nous ! », c’est moins de l’Amérique
que de lui-même qu’il parle. À tout propos (accord de Paris
sur le climat, pactes commerciaux, alliances militaires, immi-
gration), il tonne : « Nous sommes la risée du monde, on nous
exploite ! » Donald Trump incarne la revanche des humiliés
et il les flatte : « Vous n’avez pas besoin de changer ! » Il
aimerait susciter le respect, mais ne résiste jamais au plaisir
d’écraser l’adversaire ou le simple critique de la manière la
plus grossière et la plus agressive. À ses électeurs, il ne promet
pas une éducation de qualité accessible à tous. Il répète au
contraire : « J’aime les gens sans éducation ! » Il ne s’intéresse
pas à la science. Méprise le savoir. Ne croit pas à la civilité. Le
sous-texte, informulé mais bien perceptible, de la plupart de
ses discours dit en réalité ceci : « Nous avons le droit d’être
vulgaires, brutaux, ignorants et racistes ! Car nous sommes
les plus forts ! La vraie Amérique, c’est nous ! »

Le vrai Trump

Si la corruption des mœurs politiques et la dégradation de


la gouvernance américaine ont commencé avant le règne de
Donald Trump, celui-ci a contribué incontestablement à les
banaliser. Ce qui était inacceptable hier est toléré aujourd’hui :
conflits d’intérêts, népotisme, argent versé à des call-girls pour
prix de leur silence, insultes aux membres de son propre
gouvernement, mensonges à répétition… Routine que tout
cela ! Un scandale chasse l’autre. Comme l’a écrit Michael

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AVANT-PROPOS

Hayden, ancien directeur de la CIA et de la NSA : « Trump


a normalisé le mensonge à un degré jamais atteint1 ! » Ses
partisans n’en ont cure. Ils le jugent « authentique » et voient
en lui « un vrai Américain qui dit ce qu’il pense ».
Donald Trump ne souhaitait pas vraiment être président
et il ne pensait pas gagner l’élection. Il ne s’est pas préparé
à sa fonction. Le soir de sa victoire, il est apparu assommé,
catastrophé par la charge qui lui tombait dessus. Et puis, il
s’est convaincu qu’il était tout à fait capable d’être président
et même qu’il était le meilleur. Dès lors, il est entré en guerre,
sans trop savoir contre qui. Toute sa vie, il a vécu au milieu
des conflits, des procès et des règlements de comptes. Donald
Trump adore la bagarre. C’est son mode de vie. Et – les Pères
fondateurs de la démocratie américaine en seraient effondrés –
il déteste les compromis et tout ce qui pourrait arrondir les
angles. De toutes façons, répète-t‑il, quoi qu’il fasse, il ne sera
jamais accepté par « les élites ». Il se trompe. Lorsque, à de
rares occasions, on a cru le voir se comporter en président (par
exemple lors de son premier discours sur l’état de l’Union, au
contenu plutôt traditionnel), les médias mainstream, ces journa-
listes qu’il vomit, ont battu leur coulpe, se reprochant d’avoir
mal jugé le nouvel élu et sous-évalué sa capacité d’adaptation…
Brève illusion ! C’était là l’un des rares moments où le
président était sous le contrôle de ses conseillers et n’a pas
dérapé hors du discours écrit. Les tweets présidentiels des
jours suivants dissipèrent vite le mirage. On l’a compris : il y a
le Trump des prompteurs, le tartuffe, celui que son entourage
tente – souvent en vain – de garder sur les rails. Et le Trump
des tweets et des meetings, le vrai Trump, celui qui dit sa vérité,
celui qui, pour satisfaire « les siens » – « my people », comme il
aime appeler sa chère « base » qui l’a élu –, juge nécessaire de
fustiger en permanence les grands médias. C’est l’homme des

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LE MONDE SELON TRUMP

propos assassins et des blagues douteuses, celui des insultes


répétées et des coups de menton mussoliniens, qu’il égrène
dans ses one-man shows devant des salles conquises.
Dans quel état sera la démocratie américaine transmise par
ce drôle de président ? Ceux qui lui succéderont suivront-ils
sa voie, concluant que dorénavant « tout est permis » ? Ou
tenteront-ils de rétablir le bon sens et le droit ? Pour survivre,
la démocratie doit respecter les institutions et les principes,
mais aussi obéir à des règles non écrites, comme la conscience
du bien commun, le respect des rivaux, la civilité du débat.
Gouverner ne consiste pas seulement à gagner une élection, à
faire appel au peuple à la télévision et sur les réseaux sociaux,
à signer une multitude de décrets. Il est plus difficile, et plus
important, de négocier pas à pas un programme législatif avec
les deux partis au Congrès, de faire preuve de vision et per-
sévérance et d’affirmer un leadership moral.
On aurait cependant tort de considérer tous les électeurs de
Donald Trump comme des fascistes en puissance. Il y a parmi
eux beaucoup de déçus du parti démocrate, des gens qui ont
la vie difficile, sont parfois désespérés et voudraient simple-
ment « que ça change ». Ils aimeraient bien que le président
actuel se montre plus honnête et moins grossier, mais ils se
disent : « Lui au moins, il ne nous regarde pas de haut, il nous
défend. » Et n’oublions pas non plus les autres, tous ceux que
l’on a appelés « la coalition Obama », ceux qui ont élu à deux
reprises un président noir et sont souvent issus des minorités,
métissés, féministes, généralement diplômés, progressistes sur
le plan des mœurs. Beaucoup ont voté Hillary Clinton, mais
certains ont choisi Trump. Ils n’ont pas disparu, ils existent
toujours. Ce n’est pas un bloc monolithique qui appartien-
drait au parti démocrate, mais au contraire une population
diverse, attachée à des valeurs de liberté, de tolérance et de

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AVANT-PROPOS

modernité. Et sur le plan démographique, elle gagne chaque


jour du terrain.

Le devoir de l’historienne

Il n’y a donc pas deux Amérique, l’une des purs, l’autre


des méchants, et il faut se garder de tout manichéisme en la
matière. La réalité est complexe et évolutive. Mais il n’y a
qu’un seul Donald Trump. Et sur ce point, il faut appeler
un chat un chat. Par souci de déontologie et par nature de
caractère, l’analyste et l’historienne que je suis a toujours fui
l’esprit partisan. Exposée aux projecteurs des médias et donc
à l’inévitable pluie des commentaires, j’ai parfois été critiquée
pour tout et son contraire : sous George W. Bush, certains
m’accusaient de complaisance envers les républicains ; sous
Barack Obama, j’aurais été trop indulgente ou trop sévère
envers le président démocrate. La recherche de la vérité, que je
m’efforce d’exercer avec honnêteté, sincérité et humanité, est
mon seul objectif, et je n’ai que faire des querelles partisanes.
Mais Donald Trump ne peut être considéré comme les
autres présidents. Il s’extrait de lui-même du cadre démocra-
tique. Il en rejette les usages, les règles et les lois. Il bafoue
cette fragile civilité qui s’est lentement tissée au fil des décen-
nies et qui est si précieuse car elle concerne nos biens les plus
chers : la vie, la liberté et la recherche du bonheur, comme
l’édicte la Déclaration d’indépendance. Il m’est donc impé-
ratif d’expliquer clairement les dangers que fait courir cet
homme-là non seulement à la société américaine mais aussi à
nous tous. Ce n’est pas une affaire de gauche contre droite,
de démocrates versus républicains. Le dénoncer n’est pas
faire preuve de partialité. C’est au contraire un devoir, non

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LE MONDE SELON TRUMP

seulement celui de l’experte et de l’historienne, mais celui de


toute personne attachée à la démocratie.
La plupart des élus de son propre parti ne reconnaissent
d’ailleurs pas Trump comme l’un des leurs. Pendant plusieurs
années à l’université de Stanford en Californie, j’ai travaillé en
tant que National Fellow à la Hoover Institution, un institut
de tradition reaganienne où j’ai beaucoup appris. Eh bien, j’y
connais nombre de collègues farouchement républicains qui,
en 2016, ont refusé de voter pour Donald Trump (les uns ont
voté Hillary Clinton ; les autres, n’arrivant pas à franchir ce
pas, ne se sont pas rendus aux urnes).
Le principe de la collection à laquelle appartient ce livre est
de faire découvrir une personnalité à travers ses déclarations
et ses propos. Une fois de plus, Donald Trump, qui use du
mensonge et de l’invective, pose une difficulté particulière.
Faut-il le prendre au sérieux quand il rivalise de superlatifs,
s’enivre de compliments sur lui-même ou menace de déclen-
cher une guerre totale ? On aurait tort de ne pas le faire.
Car lui, Donald Trump, se prend très au sérieux. Il croit à
ce qu’il dit, même à ses propres mensonges. Quand ceux-ci
sont avérés, mon rôle sera de rétablir la vérité des faits.
Le portrait de Donald Trump qui se dessine ici peut
aussi éclairer un peu ce qui se passe ailleurs. Rappelons-le,
­l’Amérique n’est pas une île. Donald Trump s’inscrit dans la
vague d’autoritarisme qui enfle au sein d’un monde qui doute
de la capacité des démocraties libérales à faire face aux défis
et aux peurs du xxie siècle : la globalisation, l’accroissement
des inégalités, les grands mouvements migratoires, les avancées
ultra-rapides des nouvelles technologies, le changement cli-
matique, les guerres civiles. Au cœur de la tempête mondiale,
Donald Trump a-t‑il réussi à ébranler durablement le lent
paquebot de la démocratie Amérique ? Une chose est sûre :

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AVANT-PROPOS

avec lui, les États-Unis ont perdu toute légitimité pour rappeler
les grands principes, voire sanctionner les dérives autoritaires
à travers le monde. On le comprendra en lisant ces pages,
Donald Trump, l’homme fort, est assurément un ­président
faible qui isole son pays et mine le système qui a si longtemps
fondé la réussite américaine.

Nicole Bacharan
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Première partie

TRUMP ET LES AUTRES


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Chapitre premier

TRUMP SELON TRUMP

« Je suis un génie très stable »

Donald Trump est sans nul doute la personne qui intéresse


le plus Donald Trump. Pourtant, si le « je » est le leitmotiv
de tous ses discours, si l’égocentrisme est le principe directeur
de ses actions, il refuse absolument de se livrer à la moindre
introspection. Il aura même un jour cette surprenante lucidité :
« Je n’aime pas m’analyser, car je n’aimerais peut-être pas ce
que je verrais. » C’est à travers ses déclarations tout au long du
parcours qu’il faudra deviner qui se cache derrière le personnage
public fanfaron et sans complexe qu’il a construit de toutes
pièces et que ses électeurs adorent.

« Les deals sont ma forme d’art »

Enfant, Donald Trump s’est vite révélé indiscipliné, bagarreur,


violent. Il n’aime guère revenir sur son enfance gâtée mais diffi-
cile. Il trouvera sa vocation dans les « deals » (c’est-à-dire dans
le monde des affaires, des ententes, des accords).

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TRUMP ET LES AUTRES

« C’est pour ça que je suis aussi bousillé, parce que j’avais


un père qui me mettait tellement sous pression1. »

À l’école primaire, l’élève Trump donne un coup de poing au


professeur de musique, qui se retrouve avec un œil au beurre
noir. Trump se justifie ainsi :

« Je pensais qu’il ne connaissait rien à la musique2. »

À treize ans, Donald se retrouve en pension dans une académie


militaire, la New York Military Academy.

« À cette époque, on vous flanquait de sacrées raclées.


Pas comme aujourd’hui, où si vous frappez quelqu’un vous
vous retrouvez en prison. Le drill sergeant [l’instructeur]
pouvait être un vrai connard. Il pouvait être extrêmement
brutal. Il fallait apprendre à survivre. Une fois où je lui ai
dit : “Foutez-moi la paix !”, il m’est tombé dessus comme
vous pouvez pas imaginer3. »

Il intègre ensuite Fordham University dans le Bronx, puis fait


un passage par la Wharton School of Finance à l’université de
Pennsylvanie. Tout au long de sa carrière, il ira partout répétant :

« La Wharton School of Finance est la meilleure univer-


sité du monde », « Wharton, l’université la plus sélective du
monde », « Je suis allé à Wharton, qui est considérée comme la
meilleure business school du monde, il faut être très intelligent
pour entrer dans cette école. »

(Ses références à Wharton suscitent pourtant la controverse.


Il semblerait qu’il ne soit pas allé jusqu’au bout de ses études,

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TRUMP SELON TRUMP

ayant plutôt obtenu un diplôme de business « undergraduate »,


au niveau de la licence, à l’université de Pennsylvanie, et non
un MBA – master – à Wharton.)

« Peut-être parce que j’ai grandi dans le Queens, j’ai tou-


jours été convaincu que Manhattan serait le meilleur endroit
où vivre, le centre du monde. [Quand New York s’est trouvé
au bord de la faillite au début des années 1970], j’ai vu une
grande chance pour moi4. »

« Je ne le fais pas pour l’argent. J’en ai assez, bien plus


qu’il ne m’en faudra jamais. Je le fais pour le faire. Les deals
sont ma forme d’art. D’autres personnes peignent sur des
toiles ou écrivent de magnifiques poèmes. Moi j’aime faire
des deals, de préférence des grands deals. C’est comme ça
que je m’éclate5. »

« Je voulais bâtir quelque chose de monumental »

« J’ai eu la chance d’être attiré par le business de l’immo-


bilier très jeune, et je n’ai jamais été intimidé par mon père,
alors que la plupart des gens l’étaient. Je savais m’opposer
à lui, et il me respectait. Nous avions une relation quasi
professionnelle. Parfois je me demande si nous nous serions
si bien entendus si je n’avais pas été aussi doué pour les
affaires6. »

Donald Trump niera toujours un accroc dans la légende fami-


liale : la brève arrestation de son père Fred, en 1927, lors d’une
manifestation à laquelle participait aussi le Ku Klux Klan :

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TRUMP ET LES AUTRES

« Ça n’a jamais eu lieu. Et on a dit qu’il n’y avait pas eu de


plainte, rien du tout. C’est injuste d’en parler, franchement,
parce qu’il n’y a pas eu de plainte. On a dit qu’il y avait eu
des plaintes contre d’autres personnes, mais il n’y a eu aucune
plainte, absolument faux… Vous avez vu qu’il n’y avait pas
eu de plainte ? Alors s’il n’y a pas eu de plainte, ça veut dire
qu’il ne faudrait pas en parler… Parce que mon père, il n’y
a pas eu de plainte contre lui, je ne sais pas pour les autres.
Mais il y a eu zéro plainte contre lui. En supposant que c’était
lui – je ne crois même pas que c’était lui. Je n’en ai même
jamais entendu parler. Alors ce n’est vraiment pas juste d’en
parler. Ça n’a pas eu lieu… S’il n’y a pas de plainte, ça veut
dire qu’il ne faut pas en parler7. »

Fred Trump aide son fils à démarrer, finance ses premiers


­projets. La plupart de leurs immeubles sont sous le contrôle de
la ville, les loyers sont bas, souvent bloqués. Pour Donald, c’est
du gagne-petit, et lui veut du grandiose :

« Je ne voulais pas juste bien gagner ma vie… Je voulais bâtir


quelque chose de monumental. Beaucoup de gens peuvent
acheter et vendre des petits immeubles ou construire des bâti-
ments de briques rouges tous pareils. Moi, ce que je voulais,
c’était le défi de construire un projet spectaculaire sur les cent
acres au bord de la rivière du côté ouest de Manhattan, ou
créer un nouvel hôtel géant près de Grand Central Station et
de la 42e Rue. Le même défi m’a attiré à Atlantic City. C’est
bien de bâtir un hôtel qui marche. C’est bien mieux de bâtir un
hôtel avec un énorme casino qui peut vous rapporter cinquante
fois plus que ce que vous gagneriez en louant des chambres
d’hôtel. Vous êtes dans un tout autre ordre de grandeur8. »

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