25droit Processuel
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Bibliographie
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Plan
Introduction générale
Titre 1- Les concepts généraux et les personnes du droit processuel
Chapitre I- Les concepts généraux
Section I- Définition
Section II- Théorie du procès
Chapitre II- Les personnes du droit processuel
Section I- les intervenants principaux
Section II- L’application aux MARC des principes fondamentaux de la procédure
Les tribunaux pénaux internationaux et la Cour pénale internationale (CPI) ont des procédures
hybrides. D'abord accusatoires, elles ont intégré des éléments inquisitoires (juge enquêteur
devant le TPIY – Tribunal pénal international de l’ex-Yougoslavie – ou chambre préliminaire
devant la CPI) pour ne pas laisser tous les pouvoirs d'instruction au procureur et éviter une
trop grande longueur des audiences. Il existe également des tribunaux pénaux qui sont à la
fois nationaux et internationaux (pour le Cambodge, le Kosovo, la Sierra Leone et le Timor
Leste). Ils mêlent des éléments de procédure interne (parfois traditionnelle comme des formes
de médiation) et des éléments de procédure pénale internationale inspirée de la CIJ ou de la
CPI. Ils sont parfois créés en parallèle à des commissions Vérité tendant à la réconciliation
nationale. Les premiers se consacrent généralement aux criminels les plus hauts placés quand
les seconds traitent des exécutants. Il s'agit de reconstruire l'État ; c'est pourquoi l'on peut
parler à leur propos de justice reconstructive ou transitionnelle. Les juridictions
internationales (CIJ, CPI, ORD, etc.) visent en somme à reconstruire les liens entre les États
d'un point de vue politique (CIJ), économique (ORD), voire à sauvegarder le lien humain
fondamental à travers la répression des crimes contre l'humanité (CPI et tribunaux pénaux ad
hoc).
La justice est également dite restaurative en procédure pénale. Il s'agit tout d'abord de
permettre à la victime de sortir du lien pathologique créé par l'infraction avec son auteur et de
retrouver une certaine confiance pour pouvoir recréer des liens de droit. Un magistrat
canadien 459, favorable à une justice « relationnelle », écrit ainsi à propos de la victime,
qu'elle exprime deux besoins : « 1o le besoin d'être certain que le délinquant comprend bien,
aussi complètement et fortement que possible, la manière exacte dont il a porté atteinte aux
capacités de la victime à maintenir ou à construire des relations saines, confiantes ; et 2o le
besoin de poser un grand nombre de questions au délinquant, toutes découlant du fait
incontestable que chaque infraction crée instantanément une relation unique et puissante
entre la victime et son offenseur ». Une réserve que l’on peut émettre à propos de la justice
restaurative est qu’elle tend, dans sa version anglo-américaine, à une certaine déformalisation,
désymbolisation et désacralisation. Elle prétend restaurer des relations humaines, plus que des
rapports de droit. Or, les relations saines dont il est question sont essentiellement des rapports
de droit. Par ailleurs, le lien litigieux créé par l'infraction doit être transformé par le procès en
un nouveau lien de droit qui est l'obligation de réparation. Il s'agit aussi pour le coupable de se
réinsérer dans la société qu'il a quittée en commettant son infraction et éventuellement en
étant mis à l'écart de la société, c'est-à-dire en prison. Se réinsérer signifie retrouver un travail
(lien juridique né du contrat de travail), un logement (contrat de bail) et une vie familiale
normale. Il s'agit bien pour le coupable de (re)construire des rapports de droit. On peut ajouter
que, dans le procès pénal, il s'agit de reconstruire une partie de l'architecture des liens de droit
à laquelle il est porté atteinte par une infraction. C'est pourquoi le procès comporte également
une condamnation que l'on analyse comme une dette à payer à la société. Il s'agit donc de
nouveau d'un lien de droit. C'est particulièrement net pour les tribunaux pénaux
internationaux qui ont aussi pour but de reconstruire l'État et la société. Un auteur parle à leur
propos de justice reconstructive. Les crimes contre l'humanité portent en effet atteinte à
l'organisation humaine tout entière. La justice pénale internationale a alors pour caractère de «
rechercher un équilibre entre la restauration des droits des victimes, qui participent
directement au processus d'établissement de la vérité en confrontation avec leurs bourreaux
et la reconstitution de la société par la réintégration de ceux qui avaient contribué à la
détruire mais reconnaissent leur responsabilité ». La notion de lien s’exprime en ce que « les
tribunaux pénaux internationalisés se voient presque toujours assigner pour objectif la
promotion d'un processus de réconciliation ou de conciliation, nationale, devant conduire,
par la reconnaissance et l'acceptation mutuelle de groupes ou de communautés déchirés par
une fracture de prime abord irréductible, à une coexistence pacifique préfigurant, à terme,
les nouveaux liens de solidarité ». Or, ces liens de solidarité sont les rapports de droit qui
structurent la société, ce qui peut paraître utopique. Il apparaît, en somme, que le procès est un
dispositif complexe permettant de créer des rapports de droit ou de transformer des liens de
droit pathologiques – soit un lien de droit devenu litigieux, soit une infraction ayant créé
immédiatement un lien litigieux entre la victime et l'auteur –, en une mise à distance
formalisée et provisoire par un tiers impartial, permettant le débat, pour parvenir, au terme du
procès, à des liens de droit non litigieux. On peut dès lors voir le droit processuel comme une
sorte de « science » de la construction des rapports interhumains. Or la personne juridique
peut être vue comme un nœud de rapports de droit. Elle se définit autrement dit par ses
relations. Le rapport de droit processuel implique ainsi des personnes qu’il contribue à
définir : les parties en litige, le juge, mais aussi des auxiliaires de justice. Ces juristes sont des
fonctions d’avantage que des entités, qui sont incarnées par des personnes conçues comme
des nœuds de relation, avocat, juge, greffier, officier d’état civil et ministériel, notaire, légiste
et représentant ad agendum. Le dispositif symbolique de la justice est une construction
dynamique assurée par des gens de justice qui sont comme des nœuds de relations dans
l’espace judiciaire.
En raison de son caractère supranational, il est peu ouvert aux particuliers et intervient
souvent dans une procédure préexistante au plan interne.
Sur le plan régional,
La CCJA
La CJCEMAC
La CIJ, Cour Internationale de Justice est une juridiction purement interétatique, tout comme
l'ORD ; l’organe de règlement des différends de l’OMC. La première porte sur des questions
de relations politiques internationales quand la seconde porte sur les relations économiques, si
bien qu'elle implique indirectement des parties privées. Seuls les États peuvent être partie
devant ces tribunaux. La première est plutôt lente et lourde car chaque État souverain doit
pouvoir présenter longuement et complètement son point de vue ; la seconde se veut efficace
pour mettre fin rapidement à la violation d'accords de commerce internationaux. La procédure
de la CIJ est hybride ; elle mêle des éléments accusatoriaux et inquisitoriaux puisque sa
procédure comporte une instruction et des débats contradictoires. Le juge est passif vis-à-vis
des États souverains. La procédure de l'ORD est de tradition plus anglo-saxonne et donc
plutôt accusatoire. Elle est, à vrai dire, relativement inclassable car elle comprend de
nombreuses possibilités de négociation, des groupes spéciaux proches de groupes d'experts et
un recours en appel qui constitue, selon les qualifications de droit romano-germanique, un
recours en cassation (car elle porte sur une question de droit).
Les tribunaux pénaux internationaux et la Cour pénale internationale (CPI) ont des procédures
hybrides. D'abord accusatoires, elles ont intégré des éléments inquisitoires (juge enquêteur
devant le TPIY – Tribunal pénal international de l’ex-Yougoslavie – ou chambre préliminaire
devant la CPI) pour ne pas laisser tous les pouvoirs d'instruction au procureur et éviter une
trop grande longueur des audiences. Il existe également des tribunaux pénaux qui sont à la
fois nationaux et internationaux (pour le Kosovo, la Sierra Leone …). Ils mêlent des éléments
de procédure interne (parfois traditionnelle comme des formes de médiation) et des éléments
de procédure pénale internationale inspirée de la CIJ ou de la CPI. Ils sont parfois créés en
parallèle à des commissions Vérité tendant à la réconciliation nationale. Les premiers se
consacrent généralement aux criminels les plus hauts placés quand les seconds traitent des
exécutants. Il s'agit de reconstruire l'État ; c'est pourquoi l'on peut parler à leur propos de
justice reconstructive ou transitionnelle. Les juridictions internationales (CIJ, CPI, ORD, etc.)
visent en somme à reconstruire les liens entre les États d'un point de vue politique (CIJ),
économique (ORD), voire à sauvegarder le lien humain fondamental à travers la répression
des crimes contre l'humanité (CPI et tribunaux pénaux ad hoc).
Quant au Conseil constitutionnel, il se caractérisait par la faible présence du contradictoire, la
souplesse de sa procédure et sa fermeture aux recours des particuliers lorsqu’il n’opérait
qu’un contrôle a priori de la loi. Il vise principalement à garantir la conformité des lois avec la
Constitution qui, comme son nom l'indique, est l'acte fondateur de la République et de l'État
français. L'on peut considérer que la République est un ensemble structuré de liens de droit et
que l'État est le pivot de cette structure. Dans cette optique, le Conseil constitutionnel
contribue à construire l'État et la République. Il exerce ainsi « une fonction de construction
progressive de la démocratie constitutionnelle ».
Enfin, les autorités administratives indépendantes ont un caractère hybride : elles sont à la fois
des administrations et des juridictions ayant des caractères civil, répressif et administratif.
Elles constituent depuis une trentaine d'années une manière nouvelle d'administrer des
domaines entiers de la société et de l'économie. Elles sont inquisitoriales dans la mesure où
elles disposent d’organes d’investigation puissants.
Un esprit différent. – Cependant, les différences entre les contentieux ne peuvent se réduire à
quelques formules, car les procédures ont, à la fois, renforcé leur singularité et se sont
rapprochées. Ainsi, d'un côté, on ne peut plus affirmer que la procédure administrative est
écrite puisque le référé administratif peut être oral, elle se rapproche donc des autres
procédures ; mais, d'un autre côté, le référé administratif, en particulier le référé liberté,
comporte des aspects tout à fait originaux. Les spécificités sont en réalité difficiles à
exprimer, elles tiennent sans doute à un esprit et à un but différents : la procédure pénale, c'est
une évidence de l'affirmer, a un esprit à la fois sanctionnateur et protecteur des droits de la
défense. Elle vise notamment à réinsérer un condamné dans le réseau des liens de droit que
constitue la société (liens familiaux, économiques et politiques) dont il s'est sorti en
commettant une infraction. La procédure administrative a un esprit proche du service de l'État
et vise à restaurer les liens entre l'administration et les administrés, notamment en contrôlant
les actes administratifs. La procédure civile est plus égalitaire et a pour but de créer, réparer
ou dissoudre des liens de droits civils ou commerciaux (contrat, filiation, mariage).
L'existence d'ordres juridictionnels paraît ainsi reposer sur les spécificités des liens de droit
abstraits en jeu. Les liens civils et économiques n'impliquent pas le groupe en son entier, mais
seulement deux ou plusieurs particuliers (le ministère public joue un rôle important dans
certains domaines tels que la sauvegarde des entreprises et la nationalité). La procédure doit
tenir compte de cette égalité juridique entre les parties. Dans le procès administratif, l'État ou
une autre personne publique est partie. Il n'était pas concevable qu'une personne publique soit
traitée comme une personne privée et relève du contentieux civil. C'est pourquoi cet ordre
juridictionnel a été créé. Le procès pénal touche des particuliers mais aussi l’ordre juridique
dans son ensemble au travers du ministère public. Constituer un ordre juridictionnel spécialisé
est une première étape dans la résolution des litiges, car cela permet de créer des règles de
procédure en conformité avec les liens juridiques en cause. L'identité de chaque ordre de
juridiction pourrait aussi dépendre de ses relations avec les autres ordres juridictionnels. La
procédure pénale paraissait à plusieurs égards l'emporter sur la procédure civile (par ex. le
criminel tient le civil en l'état, cette règle a cependant évolué et moins nettement sur la
procédure administrative (par ex. l'autorité externe de chose jugée des jugements répressifs est
relativement faible à l'égard des tribunaux administratifs).
Chapitre II- Les personnes du droit processuel
Section I- les intervenants principaux
§ I- Les parties au procès
Le point de départ de tout procès est de déterminer l'identité des parties en litige. Il s'agit peut-être déjà
de les mettre à distance en les nommant. En matière pénale, le président de la juridiction commence
l'audience par l'interrogatoire d'identité pour éviter toute erreur. C'est peut-être aussi une façon de
rappeler que la procédure est faite pour des personnes singulières et irremplaçables dans le procès.
Une action en justice implique souvent le protagoniste de manière profonde, au point où l'on rencontre
des fous du procès appelés de manière neutre les requérants d'habitude, ceux qui ont la manie de se
plaindre en justice. On parle à ce propos de quérulence processuelle. Il est difficile de lutter contre ces
récidivistes du procès. Ils peuvent être condamnés à des dommages et intérêt pour abus d’action.
En pratique, la qualification de partie n'est pas toujours aisée, car il arrive fréquemment que l'on se
trompe sur le nom d'une partie. Il arrive aussi qu'une entité n'ait pas la personnalité morale et ne puisse
donc agir en justice. Seules les personnes peuvent agir en justice. Certaines procédures n'impliquent
pas deux parties. Il s'agit notamment de la procédure gracieuse en matière civile. Il faut noter
cependant la tendance qu'ont toutes les procédures à recréer un défendeur. Une élévation du gracieux
au contentieux n'est pas rare en matière civile.
La personne qui dépose une plainte n'est pas considérée comme une partie devant certaines de ces
juridictions si bien qu'elle ne peut faire appel. Mais si la loi estime que la décision de la juridiction doit
lui être notifiée, alors le plaignant peut être qualifié de partie et peut faire appel. Plus généralement, la
victime ne gagne que progressivement les droits d’une partie dans le procès pénal indépendamment de
l’action civile. La question de la qualification de partie est donc de savoir si on qualifie une entité de
partie car elle doit bénéficier des droits de la défense ou si elle bénéficie des droits de la défense parce
qu’elle est qualifiée de partie. Il se peut qu’il existe à la fois un critère téléologique – une qualification
en fonction d’un but à atteindre – et un critère logique – une qualification en raison du positionnement
du participant dans le lien processuel.
§ II- Les auxiliaires de justice/ personnes de confiance
Un auxiliaire de justice est une personne qui concourt par profession de manière principale et
habituelle à l’administration de la justice. Ces professionnels remplissent des fonctions nécessaires à
une procédure et qui peuvent, pour certaines, être assumées occasionnellement par des non
professionnels.
La fonction d’aider les parties dans leur procès est assumée par l’avocat. Cette aide peut prendre
la forme d’une assistance, de conseils et de représentation. Il s’agit de mettre des distances entre les
litigants, de préparer le dossier et le débat dans le but de transformer les rapports de droit au fond. Le
recours à cet assistant n’est pas obligatoire dans toutes les procédures et l’on peut se défendre soi-
même devant certains tribunaux.
L’huissier de justice également permet par l’assignation d’introduire l’instance civile. Les instances
en matière civile et commerciale sont introduites par assignations. L’article 6 du code de procédure
civile applicable au Cameroun français applicable avant les indépendances pose que
« L'assignation contiendra : 1° La date des jours, mois et an, les nom, profession et domicile du
demandeur ; 2° Les nom, demeure et matricule de l'huissier ou de l'agent d'exécution, les nom et
demeure du défendeur, et mention de la personne à laquelle copie de l'exploit sera laissée ; 3° L'objet
de la demande, l'exposé sommaire des moyens ; 4° L'indication du tribunal qui doit connaître de la
demande, la date et l'heure de l'audience.
L’article 7 précise que « Toutes assignations seront faites à personne ou domicile, mais si l'huissier ou
l'agent d'exécution ne trouve au domicile, ni la partie, ni aucun de ses parents ou serviteurs, ou si ceux-
ci refusent de recevoir la copie, il remettra sans délai la copie au maire ou adjoint de la commune ou
au fonctionnaire en faisant fonction, au chef de l'unité administrative locale (chef de subdivision, de
poste, etc.) ou encore à défaut de ceux-ci, aux chefs de groupement ou de village. Celui qui aura reçu
la copie visera l'original sans frais. Toutefois, les huissiers ou agents d'exécution ne sont tenus de se
déplacer que lorsque la personne assignée sera domiciliée dans un rayon de 20 kilomètres de leur
résidence. Ils peuvent également en être dispensés par ordonnance du président lorsque la personne à
citer réside dans une localité située à plus de 7 kilomètres de toute voie carrossable. Dans ces cas,
l'huissier ou l'agent d'exécution fait parvenir sous pli recommandé les pièces nécessaires à l'assignation
à l'autorité administrative la plus proche du domicile de la partie à assigner. Cette autorité fait remettre
dans le plus bref délai l'assignation contre récépissé. Le récépissé daté est signé par la personne
intéressée si elle le peut et le sait, sinon mention en est faite. Il fait foi de la remise de l'assignation et
est retourné à l'huissier ou à l'agent d'exécution par pli recommandé. Dans le cas d'assignation faite
conformément aux dispositions qui précèdent, le délai de l'article 14 est majoré de quinze jours.
Lorsque la copie sera remise à toute autre personne que la partie elle-même ou le Procureur de la
République, elle sera délivrée sous enveloppe fermée, ne portant d'autre indication, d'un côté, que les
nom et demeure de la partie et, de l'autre, que le cachet de l'étude de l'huissier ou de l'agent
d'exécution, apposé sur la fermeture du pli. L'huissier ou l'agent d'exécution fera mention du tout, tant
sur l'original que sur la copie.
Le rôle de ces derniers est de participer à la bonne qualité de la justice, en permettant aux litigants
d’être informé de l’existence du procès et ainsi préparer leurs arguments de défense. L’idée est
clairement de préparer le débat contradictoire, principe essentiel de bonne justice. Simplement, les
fonctions de communication des actes processuels et de garde de l’espace judiciaire sont assurées par
l’huissier. L'huissier au sens statutaire a une fonction multiple qui va de la notification à l'exécution.
Ce n’est pas un auxiliaire des parties ou du juge car il peut intervenir pour toutes ces personnes, c’est
un auxiliaire de la procédure.
Les fonctions d’assistance des juges sur le fond des dossiers sont assurées par des juristes
référendaires notamment au sein de certaines juridictions. On les retrouve au niveau de la CCJA
(Juriste référendaire). Dans le système angloxason, ce statut est un passage obligé pour l’exercice de
toute profession judiciaire. Sur le plan national, cette fonction est inexistante au Cameroun.
La fonction de témoin, de garant et de mémoire du procès est assurée par un greffier au statut public.
Section II- L’application aux MARC des principes fondamentaux de la procédure
Il s'agit indirectement de savoir si l'État entend se décharger de sa mission juridictionnelle en
favorisant le développement des MARC ou s'il s'agit d'une manière de se faire oublier pour mieux
assurer son contrôle.
Certes, le respect du choix fait par les parties est bien protégé.
Nomination proprement dite : L’article 6 nouveau, reprend les dispositions des articles 5 et 8 anciens
en les précisant et en renforçant le pouvoir des parties quant à la nomination des arbitres. A tire de
rappel, l’acte uniforme ancien posait à cet effet à l’article 5 al 1 que « les arbitres sont nommés,
révoqués ou remplacés conformément à la convention des parties ». L’article 8 al. 2 ancien posait que
« si les parties désignent les arbitres en nombre pair, le tribunal arbitral est complété par un arbitre
choisi, soit conformément aux prévisions des parties, soit, en l’absence de telles prévisions, par les
arbitres désignés, soit à défaut d’accord entre ces derniers, par le juge compétent dans l’Etat partie. Il
en est de même en cas de récusation, d’incapacité, de décès, de démission ou de révocation d’un
arbitre ».
L’article 6 nouveau énonce d’éclairantes précisions sur cette conformité « à la convention des
parties ». Il y est notamment mentionné que :
« Lorsque les parties ont prévu la désignation de deux arbitres nonobstant les dispositions de l'article 5
alinéa 2 du présent Acte uniforme, le tribunal arbitral est complété par un troisième arbitre choisi par
les parties d'un commun accord.
En l'absence d'accord, le tribunal arbitral est complété par les arbitres désignés ou, à défaut d'accord
entre ces derniers, par la juridiction compétente dans l'Etat Partie. Il en est de même en cas de
nomination rendue nécessaire pour cause de récusation, d'incapacité, de décès, de démission ou de
révocation d'un arbitre ».
Reste inchangée, l’hypothèse du défaut de la convention d’arbitrage ou si la convention est
insuffisante. Voir article 5 al. 2 a) & b) ancien ou 6 al. 4 a) & b) nouveau :
« a) en cas d’arbitrage par trois arbitres, chaque partie nomme un arbitre et les deux autres arbitres
ainsi nommés choisissent un troisième arbitre ; si une des parties ne nomme pas un arbitre dans un
délai de trente jours à compter de la réception d’une demande à cette fin émanant de l’autre partie, ou
si les deux arbitres ne s’accordent pas sur le choix du troisième arbitre dans un délai de trente jours à
compter de leur désignation, la nomination est effectuée, sur la demande d’une partie, par le juge
compétent dans l’Etat partie
b) en cas d’arbitrage par un arbitre unique, si les parties ne peuvent s’accorder sur le choix de l’arbitre,
celui-ci est nommé, sur la demande d’une partie, par la juridiction compétente dans l’Etat partie».
Pouvoir des parties sur la sentence arbitrale : la rédaction nouvelle de l’article 19 al. 1 er reprend la
disposition suivant laquelle « la sentence arbitrale est rendue dans la procédure et selon les formes
convenues par les parties ». Mais un clin d’œil est également fait dans l’optique de la procédure
conduisant à rendre la sentence arbitrale pour tenir compte de l’institution dans l’espace OHADA d’un
autre mode alternatif de règlement des différends, en l’occurrence la médiation : l’article 19 contient
désormais un alinéa 3 nouveau aux termes duquel :
« Si les parties se mettent d'accord au cours de la procédure arbitrale, elles peuvent demander au
tribunal arbitral que cet accord soit constaté en la forme d'une sentence rendue d'accord parties. Cette
sentence a le même statut et produit les mêmes effets que toute autre sentence mettant fin au
différend ».
Limites du pouvoir des parties : Lorsque les parties décident de s’en remettre à un organisme
d’arbitrage, elles ne peuvent écarter expressément certaines dispositions du règlement d’arbitrage de
cet organisme, qu’en accord avec ledit organisme (art. 10 nouveau).
D’ailleurs, on ne saurait déroger sans conséquence au choix des parties pour un règlement arbitral du
différend. L’article 13 al. 2 AUA précise que : « Si le tribunal arbitral n'est pas encore saisi ou si
aucune demande d'arbitrage n'a été formulée, la juridiction étatique doit également se déclarer
incompétente à moins que la convention d'arbitrage ne soit manifestement nulle ou manifestement
inapplicable à l'espèce. Dans ce cas, la juridiction étatique compétente statue sur sa compétence en
dernier ressort dans un délai maximum de quinze (15) jours. Sa décision ne peut faire l'objet que d'un
pourvoi en cassation devant la Cour Commune de Justice et d'arbitrage dans les conditions prévues par
son règlement de procédure ».
Application des principes fondamentaux à l’arbitrage : Sur les règles procédurales d’instance :
Comme par le passé, le choix est laissé aux parties, qui peuvent directement ou par référence à un
règlement d’arbitrage régler la procédure arbitrale, ou la soumettre à la loi de procédure de leur choix.
Toutefois, l’innovation tient à la prise en compte de la loyauté processuelle. Ainsi, à l’article 14, on a
inséré les alinéas 4 et 5 qui disposent que : « Les parties agissent avec célérité et loyauté dans la
conduite de la procédure et s'abstiennent de toutes mesures dilatoires.
Si, sans invoquer de motif légitime
a) le demandeur ne présente pas sa demande, le tribunal arbitral met fin à la procédure arbitrale ;
b) le défendeur ne présente pas sa défense, le tribunal arbitral poursuit la procédure arbitrale sans
toutefois considérer ce défaut en soi comme une acceptation des allégations du demandeur ;
c) l'une des parties omet de comparaître à l'audience ou de produire des documents, le tribunal arbitral
peut poursuivre la procédure et statuer sur la base des éléments de preuve dont il dispose ».
Par ailleurs, les deux derniers alinéas de cet article 14 postule que le tribunal peut, en cas de besoin,
après consultation des parties ou à leur demande, nommer un ou plusieurs experts. Bien plus, l’écriture
nouvelle confère au tribunal arbitral la compétence pour prononcer les mesures provisoires et
conservatoires à l’exclusion des saisies conservatoires et des sûretés conservatoires.
« En cas de besoin, le tribunal arbitral peut, après consultation des parties ou à leur demande, nommer
un ou plusieurs experts chargés de lui faire rapport sur les points qu'il détermine et entendre ces
derniers à l'audience.
Le tribunal arbitral peut également, à la demande de l'une ou l'autre partie, prononcer des mesures
provisoires ou conservatoires à l'exclusion des saisies conservatoires et des sûretés judiciaires qui
restent de la compétence des juridictions étatiques ». Bien plus, la précision faite à l’article 11 al. 1
n’est pas innocente : « Le tribunal arbitral est seul compétent pour statuer sur sa propre compétence, y
compris sur toutes questions relatives à l'existence ou à la validité de la convention d'arbitrage ».
L’acte uniforme sur la médiation (AUM) prescrit également le respect tout au moins du principe de la
contradiction à l’instance de médiation. L’article 9 AUM dispose : « Le médiateur peut rencontrer les
parties ou communiquer avec elles, ensemble ou séparément. Lorsque le médiateur souhaite rencontrer
ou s'entretenir avec l'une des parties et/ou son conseil séparément, il en informe l'autre partie et/ou son
conseil au préalable ou dès que possible après sa rencontre ou communication unilatérale avec l'une
des parties. Lorsque le médiateur reçoit d'une partie des informations concernant le différend, il peut
en révéler la teneur à toute autre partie à la médiation. Toutefois, lorsqu'une partie donne au médiateur
une information sous la condition expresse qu'elle demeure confidentielle, celle-ci ne doit être révélée
à aucune autre partie à la médiation ». Il faut relever qu’en cette matière, il n'est pas question
d'appliquer des règles de droit pour trancher le litige. Il n'est pas non plus question de répartir les
taches concernant le droit applicable. Les parties doivent apporter des éléments de fait de bonne foi, ce
qui relève plutôt des principes contractuels :
Article 7. Conduite de la médiation : Les parties sont libres de convenir, y compris par référence à un
règlement de médiation, de la manière dont la médiation doit être conduite. A défaut, le médiateur
mène la médiation comme il l'estime approprié, compte tenu des circonstances de l'affaire, des
souhaits exprimés par les parties et de la nécessité de parvenir rapidement à un règlement du différend.
Dans tous les cas, le médiateur accomplit sa mission avec diligence et accorde, dans la conduite de la
médiation, un traitement équitable aux parties et, ce faisant, prend en compte les circonstances de
l'affaire. Le médiateur n'impose pas aux parties une solution au différend. Toutefois, il peut, à tout
stade de la médiation, en fonction des demandes des parties et des techniques qu'il estime les plus
appropriées au vu des circonstances du différend, faire des propositions en vue du règlement du
différend. Après consultation des parties, le médiateur peut inviter celles-ci à désigner un expert en
vue de recueillir un avis technique.
Article 8. Principes directeurs de la médiation : Le médiateur et toute institution établie dans l'un des
Etats Parties offrant des services de médiation adhèrent aux principes garantissant le respect de la
volonté des parties, l'intégrité morale, l'indépendance et l'impartialité du médiateur, la confidentialité
et l'efficacité du processus de médiation. Le médiateur s'assure que la solution envisagée reflète
réellement la volonté des parties dans le respect des règles d'ordre public.
Titre 2- Les principes fondamentaux du droit processuel
Les principes fondamentaux de la procédure : Les principes procéduraux sont des condensations de
différentes règles de droit ayant une même finalité. Ainsi, les règles sur la récusation prennent
aujourd'hui la forme du principe d'impartialité. Ces principes construisent l'espace-temps du procès –
autrement dit le lien d'instance – en indiquant quels sont les places et les rôles des juges et des parties.
Le juge doit être impartial et les parties à égale distance du juge comme le symbolise et le concrétise
l'architecture d'une salle d'audience. Les principes fondamentaux de la procédure garantissent l'état de
droit. On peut parler d'ordre public procédural dans la mesure où ils structurent le procès. Ils restent
cependant abstraits et supposent, pour leur mise en œuvre, une approche in concreto.
La mise en œuvre des principes fondamentaux de la procédure pose des difficultés. Ils sont devenus un
argument fréquent dans les procès car les avocats font, comme le veut leur métier, feu de tout bois.
Les procès sont ainsi prolongés et relancés, alors qu'un procès doit avoir une fin et un délai
raisonnable, ce qui est d'ailleurs un des principes fondamentaux. De plus, les règles de procédure
risquent toujours d'être remises en cause pour des raisons d'équité ; le risque est de casser le droit de la
procédure et de le rendre imprévisible, ce qui est contraire au principe de sécurité juridique.
Les principes directeurs sont des principes techniques entrant dans la catégorie plus générale des
principes fondamentaux de la procédure. Le terme de procès équitable employé par la Cour
européenne des droits de l'homme est très général et englobe plusieurs sous-principes : le droit au juge,
le juge indépendant et impartial et le contradictoire. Il existe aussi des devoirs tels que la loyauté,
l'interdiction de se contredire soi-même, la confidentialité, la réserve et la mesure qui empêchent
d'abuser de la procédure. Ces principes comportent à leur tour des applications plus particulières, ainsi
l'égalité des armes, au sens large, comprend les droits de la défense et le contradictoire. Il se dégage
des principes qui sont tournés vers le juge, – le droit au juge impartial comprenant lui-même des sous
principes comme la publicité, la motivation des jugements, la collégialité et le droit au recours – et des
principes qui sont tournés vers les parties, même s'ils concernent aussi le juge, l'égalité des armes et
l'équilibre des rôles. Il faudrait, peut-être, encore ajouter les principes qui concernent l'administration
judiciaire comme le principe de qualité, de célérité et d'efficacité procédurale. Il s'agit de principes
ayant un parfum managérial qui ne se marient pas toujours bien avec les principes de justice. Les
principes tournés vers le juge sont les principes qui, tout en bénéficiant aux parties, s'appliquent avant
tout à l'organisation juridictionnelle on peut donc parler de principes institutionnels (…..) par
opposition aux principes fonctionnels (….).
Chapitre I- Les principes institutionnels et fonctionnels
Section I- les principes institutionnels
§ I- Le droit à un tribunal
Le droit à un tribunal prend également le nom de droit d'accès au juge. Il s'agit d'un droit dont
bénéficient les citoyens dans leur rapport à leur État – donc dans les liens étatiques – ainsi que les
étrangers dans les liens administratifs qu'ils peuvent avoir avec leur État d'accueil. Il s'agit d'un
principe fondamental dans le sens où il comporte une valeur : être en mesure de s'adresser à un
tribunal pour trancher une contestation juridique et empêcher ainsi le recours à la vengeance. C'est
aussi un principe essentiel au fonctionnement de l'état de droit. L'état de droit implique que toute
personne physique et morale, dont l’État, respecte la loi et ne commette aucun abus vis-à-vis des
autres citoyens. Mais ce droit d'accès a aussi des limites car les individus ne doivent pas non plus
porter atteinte à l'État et à l'organisation de la justice par des recours abusifs. Plusieurs auteurs
proposent alors de « retourner » les concepts et de considérer que le droit au juge est un véritable droit
substantiel, en ce qu'il garantit la prééminence du droit. C’est le cas de S. Guinchard. C’est également
le cas de L. Milano qui écrit ainsi : « au-delà du texte de l'article 6 § 1 qui énonce un droit procédural,
le droit à un tribunal tel que développé par le juge européen ne peut être réduit à sa seule nature
procédurale. L'enrichissement et la valorisation dont a été l'objet le droit à un tribunal dans la
jurisprudence européenne ont conféré à ce droit une nature substantielle qui est la conséquence de la
“fondamentalité” de sa fonction en tant que droit-garantie des droits ».
De là, on ne peut pas concevoir une justice sans juge, car comme le veut la maxime « nemo judex in re
sua », on ne peut pas être juge de sa propre cause, au risque de sacrifier l’un des autres principes
cardinaux du procès qui impose un juge impartial. Afin de donner tout son écho au droit au juge, les
juridictions sont organisées suivant deux principes : celui de la disponibilité et celui de la qualité.
§-II La disponibilité
L’article 7 de la CADHP dispose que : « Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue. Ce
droit comprend:
a. le droit de saisir les juridictions nationales compétentes de tout acte violant les droits
fondamentaux qui lui sont reconnus et garantis par les conventions, les lois, règlements et
coutumes en vigueur… ».
L’Etat a l’obligation de débloquer des moyens humains, matériels et financiers pour mettre à
disposition, les juridictions devant connaître des différends entre les citoyens. Ces moyens sont
déterminés et débloqués par le gouvernement, qui dès lors, doit assumer la responsabilité de
l’engorgement des prétoires consécutifs à l’insuffisance des ressources nécessaires. La jurisprudence
montre que les problèmes budgétaires souvent évoqués par les Etats pour justifier la non création ou
l’ouverture de certaines juridictions sont systématiquement rejetés 3. L’obligation d’assurer la
disponibilité des juridictions passe par l’aménagement d’une répartition tant substantielle que
géographique.
B- La répartition substantielle
Chaque Etat a l’obligation de mettre sur pied des organes juridictionnels divers, compétents pour
connaître de tout type de contentieux. L’impossibilité de soumettre sa cause à un juge constitue un
1
N. FRICERO, note sous CEDH, 30 oct. 1998, Podbielski c/ Pologne, n° 12-1998-915-1127, D. 1999, somm.
comm., p. 271. Cet arrêt reprend entièrement un motif déjà développé antérieurement par la CEDH, 26
novembre 1992, Lombardo c/ Italie, série A, n° 249-B, § 23 ; CEDH, 23 mars 1994, Muti c/ Italie, série A, n°
281-C.
2
CEDH, 12 février 1985, Colozza c/ Italie, série A, n° 89, § 29.
3
J. M. COULON, L’effectivité de l’accès à la justice et le contrôle de la durée des procédures, in L’Honnête
Homme et le Droit, Mélanges en l’honneur de Jean-Claude SOYER, Paris, LGDJ, Nov. 2000, p. 75.
déni de justice de la part de l’Etat concerné qui encourt de ce fait une condamnation pour violation du
droit à un juge. On peut ainsi remarquer que dans les Etats du monde, la physionomie de
l’organisation judiciaire est systématiquement plurielle pour tenir compte de la variété et de la
différence de complexité qu’appellent les situations de la vie juridique et sociale.
Voir constitution Gabonaise : Article 67 La Justice est rendue au nom du Peuple gabonais par la Cour
constitutionnelle, les Juridictions de l’ordre judiciaire, les Juridictions de l’ordre administratifs, les
Juridictions de l’ordre financier, la Haute Cour de justice et les autres Juridictions d’exception.
Voir Loi organique n°009/2019 du 05 juillet 2019 portant organisation de la justice en République
Gabonaise :
Article 2 : La justice est rendue au nom du peuple gabonais par la Cour Constitutionnelle, les
juridictions de l’ordre judiciaire, les juridictions de l’ordre administratif, les juridictions de l’ordre
financier, la Haute Cour de Justice, la Cour de Justice de la République et les autres juridictions
d’exception.
Article 4 : Sans préjudice des dispositions relatives à la Cour Constitutionnelle, à la Haute Cour de
Justice, à la Cour de Justice de la République et aux autres juridictions d’exception, la justice est
organisée selon le principe du double degré de juridiction.
Article 11 : L’ensemble des Juridictions ayant la charge de rendre la justice en matière administrative
constitue l’ordre administratif.
Les juridictions de l’ordre administratif comprennent :
-le Conseil d’Etat ;
-les Cours d’appel administratives ;
-les Tribunaux administratifs
Article 13 : L’ensemble des juridictions ayant la charge de rendre la justice en matière financière
constitue l’ordre financier.
Les juridictions de l’ordre financier comprennent :
-la Cour des Comptes ;
-les Chambres Provinciales des Comptes.
Droit à une voie de recours : Au-delà de l’extension sur le territoire, le droit à une voie de recours est
indispensable. Sur le plan interne, en dehors des juridictions spécialisées, on constate que l’ordre
judiciaire, administratif et financier structure la perspective d’un recours après la décision d’instance.
Il existe cependant un droit au recours en matière pénale consacré par le pacte sur les droits civils et
politiques de 1966 (art. 14 5o), ainsi que par le protocole additionnel nº 7 de la CESDH.
C- La répartition géographique
Au-delà de la diversité des types de juridictions, le droit à un juge suppose aussi que les diverses
juridictions soient étalées de manière équitable sur le territoire. Les seules dérogations possibles
doivent émaner de la loi, les difficultés budgétaires étant insuffisantes pour justifier l’inertie d’un Etat.
Il faut reconnaître que de nos jours, la justice s’internationalise à telle enseigne même que
l’impossibilité de disposer d’un juge local ouvre la voie à solliciter des instances internationales. En
général, la seule condition exigée est la preuve de l’épuisement des voies de recours interne, ou celle
de l’inefficacité des recours internes.
Rendre la justice c’est permettre un dialogue entre les parties d’abord, et entre celles-ci et le juge. Dès
lors, le droit au juge en tant que droit fondamental de tout être humain, ne saurait être dénié à des
personnes défavorisées, notamment en raison de leur niveau intellectuel ou de leur condition sociale.
Le PIDCP pose à l’article 14, alinéa 1 (3 a) que toute personne accusée d’une infraction pénale a droit,
en pleine égalité, au moins aux garanties suivantes : à être informée, dans le plus court délai, dans une
langue qu’elle comprend et de façon détaillée, de la nature et des motifs de l’accusation portée contre
elle. L’alinéa f ajoute qu’elle a droit à se faire assister gratuitement d’un interprète si elle ne comprend
pas ou ne parle pas la langue employée à l’audience. La matérialisation de l’accessibilité des
personnes analphabètes à la justice découle, dans la plupart des Etats africains, de la consécration d’un
dualisme juridique et judiciaire, avec coexistence d’un droit dit moderne avec un droit traditionnel
appliqué respectivement par deux ordres de juridictions intervenant parfois dans les mêmes
contentieux.
4
Déc. Anthony Currie c/ Jamaïque, n° 377/1989, A/49/40, p. 84.
5
R. Assontsa, « Un virus en pleine expansion contre le droit d’accès à la justice au Cameroun : la consignation »,
Juridis Périodique n° 81, Janvier-février-mars 2010, p. 111.
6
Eyike-Vieux, « La procédure d’injonction de payer au Cameroun en 10 questions. Des réponses pour
l’harmonisation de la jurisprudence », Juridis Périodique n°106, avril-mai-juin 2016, p. 142.
7
Elle a été abrogée en France. L'article 128 de la loi n° 2013-1278 du 29 décembre 2013 de finances pour 2014
(JO 30 déc., p. 21829) abroge, à compter du 1e r janvier 2014, l'article 1635 bis Q du code général des impôts
qui prévoyait une contribution pour l'aide juridique acquittée sous forme de timbre par tous les justiciables
demandeurs ne bénéficiant pas de l'aide juridictionnelle. Lire N. Fricero, « Procédure civile, Janvier 2013 –
février 2014 », D. 2014, p. 795.
différends individuels de travail. Au Cameroun, l’article 138 du code du travail 8 énonce que, « 1) La
procédure de règlement des différends individuels du travail est gratuite tant en premier ressort que
devant la juridiction d’appel. 2) Les décisions et documents produits sont enregistrés en débet et toutes
les dépenses de procédure sont assimilées aux frais de justice criminelle en ce qui concerne leur
paiement, leur imputation. Leur liquidation et leur mode de recouvrement ». Dans le même sens,
l’article 164 al. 5 dispose que « les procédures de conciliation et d’arbitrage sont gratuites ». Il s’agit
de procédures dédiées à la résolution de différends collectifs de travail, lesquels sont caractérisés par
l’intervention d’une collectivité de salariés organisés ou non en groupements professionnels et la
nature collective de l’intérêt en jeu9. Au-delà de cette matière spécifique, la mise à l’écart de la
consignation et la mise à disposition d’outils pour une justice gratuite dans son ensemble ressortit du
mécanisme de l’assistance judiciaire. Tel est aussi le cas dans une certaine mesure en matière pénale
lorsque la victime agit simplement par voie de plainte 10.
L’accès à la justice est un moyen d’assurer la garantie des droits, il est ainsi un droit fondamental
destiné à assurer l’effectivité des droits subjectifs. Il ne s’agit plus de poser simplement un principe
idéal d’égalité d’accès à la justice mais d’assurer la garantie des droits des justiciables par un recours
effectif au juge, en permettant l’accès au juge aux personnes démunies 11. L’idée est de s’assurer que
l’intérêt de la justice est sauvegardé, que soient préservés les principes essentiels du procès, en
l’occurrence la contradiction et les voies de recours éventuels. L'aide juridictionnelle participe du droit
au procès équitable et du principe de protection juridictionnelle effective 12.
En ce sens, les directives et principes sur le droit à un procès équitable et à l’assistance judiciaire
en Afrique posent au point H (a) et (b) que « l’accusé ou la partie à une affaire civile a le droit, chaque
fois que l’intérêt de la justice l’exige, de se voir attribuer d’office un défenseur sans frais, s’il n’a pas
les moyens de le rémunérer ». « Pour déterminer les intérêts de la justice, il faudra tenir compte : 1.
dans les affaires pénales : i) de la gravité de l’infraction ; ii) de la rigueur de la peine encourue. 2. dans
les affaires civiles : i) de la complexité de l’affaire et de l’aptitude de la partie concernée à se faire
représenter de manière efficace ; ii) des droits lésés ; iii) de l’impact probable des résultats de l’affaire
sur la communauté en général ».
L’assistance judiciaire13 peut être accordée sur demande aux catégories de personnes physiques, en
raison de l’insuffisance de leurs ressources pour faire valoir leurs droits en justice ou pour poursuivre
l’exécution de tout acte et procédure d’exécution antérieurement obtenus sans le bénéfice de cette
assistance judiciaire. Sont réputées personnes à ressources insuffisantes, les indigents, les hommes de
rang de toutes armés pendant la durée de leur service, les personnes assujetties à l’impôt libératoire,
les personnes dont les frais à exposer ne peuvent être supportés par leurs ressources initialement
réputées insuffisantes, le conjoint en charge d’enfants mineurs, en instance de divorce qui ne dispose
d’aucun revenu propre. Il est tenu compte, pour apprécier la capacité à faire face ou non aux frais
d’une procédure, des éléments extérieurs du train de vie, de l’existence de biens meubles ou
immeubles, qu’ils soient ou non productifs de revenus, à l’exclusion toutefois de ceux qui ne
pourraient être vendus ou donnés en gage sans qu’il n’en résulte un déséquilibre de la situation
économique du propriétaire. Les ressources du conjoint du demandeur et celle des personnes vivant
habituellement à son foyer sont également prises en considération, sauf si la procédure oppose entre
eux les conjoints ou lesdites personnes ou s’il existe entre eux, eu égard à l’objet du litige, une
opposition ou une divergence d’intérêts rendant nécessaire une appréciation distincte de ressources. A
titre exceptionnel, l’assistance judiciaire peut être accordée aux personnes morales dont l’insuffisance
des ressources ne permet pas de faire valoir leurs droits en justice. Indépendamment des cas où les
8
Loi n°92-007 du 14 août 1992 portant code du travail au Cameroun.
9
Art. 157, Loi n°92-007 du 14 août 1992 portant code du travail au Cameroun.
10
La consignation n’est requise qu’en cas de plainte avec constitution de partie civile. Par ailleurs, l’alinéa 4-b de
l’article 135 CP dispose que « les plaintes ne sont assujetties à aucune forme et sont dispensées du droit de
timbre ».
11
D. D’Ambra, « Réformer l’aide juridictionnelle », in Mélanges en l’honneur de Serge Guinchard, Justice et
droit du procès, du légalisme procédural à l’humanisme processuel, Dalloz 2010, p. 85 et s.
12
L. Cadiet, « L'accès à la justice : Réflexions sur la justice à l'épreuve des mutations contemporaines de l'accès
à la justice », D. 2017 p.522, n° 5.
13
Au Cameroun, voir Art. 5 et 6, loi n° 2009/004 du 14 avril 2009 portant organisation de l’assistance judiciaire.
procédures judiciaires sont gratuites, bénéficient de plein droit de l’assistance judiciaire, le travailleur
victime d’un accident du travail, pour les actions en indemnisation qu’il engage contre l’employeur, la
personne sans emploi et sans ressource, abandonnée par son conjoint, aux fins d’obtenir du tribunal
une pension alimentaire pour elle-même ou pour les enfants laissés à sa charge, le condamné à mort,
demandeur au pourvoi.
L’assistance judiciaire ne doit donc pas être perçue comme un acte de clémence, mais, comme un droit
pour le citoyen en état de nécessité. L’État camerounais, se rendant à l’évidence que l’essentiel de sa
population ne pourra pas faire face aux frais qu’impose un procès, a mis sur pied un régime de
l’assistance judiciaire14, l’effet étant pour le bénéficiaire d’une telle mesure d’être dispensé totalement
ou partiellement de l’obligation de supporter les frais de justice. La procédure couverte par une
assistance judiciaire est alors en principe gratuite. Mais, à la réalité, cette gratuité ne couvre pas le
service des auxiliaires de justice comme les avocats.
Les autres lacunes de ce dispositif tiennent essentiellement à la composition de la commission qui en
est chargée. En effet, cette commission a un effectif relativement pléthorique et multisectoriel 15 qu’il
est pénible de réunir en raison, entre autres, de l'inertie qui gangrène le fonctionnement des organes
administratifs au Cameroun et des lenteurs judiciaires bien ancrées 16. À titre d’illustration de cette
lacune, il est établi qu’en 2013, « la Commission d’assistance judiciaire de la Cour Suprême n’a tenu
aucune session au cours de l’année 2013 bien qu’elle ait enregistré 15 demandes »17
Par ailleurs, les conditions à remplir par le candidat à l’assistance judiciaire sont assez difficiles. À
titre d’illustration et en application de la loi camerounaise, pour établir l'insuffisance de ses ressources,
le candidat doit produire un certificat d'indigence délivré par le maire, après enquête du service
social18. Dans la pratique, l'obtention de ce certificat est loin d’être une simple formalité puisque
l’autorité compétente cherche aussi à s’assurer de la véracité de l’allégation. L’obtention de ce
certificat ne marque pas la fin du parcours dans la mesure où la commission d'assistance doit elle aussi
prendre toute mesure d'information nécessaire et peut, dans ce cadre, aller jusqu'aux enquêtes, pour,
d'une part, s'éclairer sur l'insuffisance des ressources du demandeur au pourvoi, et, d'autre part,
déterminer l'importance que revêt pour lui l'exercice de ses droits 19. La partie adverse peut être
convoquée pour fournir toute explication permettant d'apprécier le niveau suffisant ou non des
ressources du demandeur20.
500MILLEGISLATIVE
1million élection présidentielle
14
Elle est actuellement régie par la loi n° 2009/004 du 14 septembre 2009 portant organisation de l’assistance
judiciaire. Ce texte abroge le décret n° 76/521 du 09 novembre 1976.
15
Elle est composée de huit membres : un magistrat du parquet général de la Cour Suprême ; un représentant du
ministère chargé de l'administration territorial ; le représentant du ministère chargé des affaires sociales ; le
représentant du ministère en charge de la promotion de la femme et de la famille ; le responsable du ministère
chargé des finances ; un avocat au barreau ; un huissier de justice. Elle est présidée par un magistrat du siège de
la Cour Suprême (art. 12 al. 2, loi précitée).
16
I. L. Miendjiem, précité.
17
Ministère de la Justice, Rapport du ministère de la justice sur l’état des droits de l’homme au Cameroun en
2013, n° 84, p. 46.
18
Art. 19 al. l.b, Loi n° 2009/004 précitée.
19
Art. 20 al. 1, Loi n° 2009/004 précitée.
20
Art. 20 al. 2, Loi précitée.
conditions qui ne la placent pas dans une situation de net désavantage par rapport à son adversaire »
(Dombo Beheer, 27 octobre 1993). Elle est fondée sur la notion de cause entendue équitablement,
prévue à l'article 6-1, Conv. ESDH. Ce principe comprend le principe du contradictoire qui est le fait
d'être entendu et le principe des droits de la défense qui met l'accent sur la possibilité de se défendre et
d'avoir un défenseur. On pourrait aussi soutenir que c'est le principe du contradictoire qui comprend
les deux autres ; à vrai dire s'agissant de principes généraux, une solution précise ne s'impose pas.
Limite – Les actions collectives : L'égalité des armes est un principe qui récuse l'organisation de
procédure fortement asymétrique. Ainsi, le fait que le défendeur ne connaisse pas les membres de la
classe n'est pas un obstacle en soi, c'est la rupture d'égalité entre le représentant de la classe et le
défendeur qui constitue une difficulté, car il est inéquitable que l'un connaisse l'autre et pas
inversement. Dès lors, il faut craindre que n'importe quel juge, en charge de faire respecter la
supériorité de la charte africaine sur les lois nationales, puisse neutraliser par voie d'exception
une class action adoptée par le législateur, au nom de l'article 36.
Plus encore, cette rupture d'égalité heurte elle-même les droits de la défense car le défendeur ne peut
se prévaloir d'une spécificité d'un des demandeurs virtuels, par exemple une victime fautive, parce
qu'il ne connaîtra celle-ci qu'une fois condamnée, lorsque le membre de la classe se présentera pour
tirer bénéfice du jugement collectif. Dès lors, le débat entre représentant de la classe et défendeur en
est faussé.
En réalité l'action en représentation conjointe diffère fortement de la class action dans sa nature
même, puisque la class action ne requiert pas de mandat alors que les actions en représentation
conjointe restent dépendantes de mandats, même tacites, de personne identifiées
Dans la class action, la personne concernée sera dans la classe sauf volonté exprimée en sens
contraire (opt out), ce qui engendre des classes très nombreuses conférant un impact fort à l'action
collective attentée alors que l'action en représentation conjointe suppose que la personne concernée
soit d'accord pour être comptée dans l'action (opt in), ce qui ne permet que la constitution de classes
bien maigrelettes, n'impressionnant guère l'entreprise défenderesse.
Débat : participation de l’avocat général au délibéré ; participation du juge rapporteur au délibéré…
21
Expression suggérée par M. MEKKI, au motif que la charge de la preuve, notion traditionnelle en usage
lorsqu’on envisage la répartition des rôles des parties en matière de preuve, serait mal nommée, in MEKKI, «
Regard substantiel sur le "risque de la preuve". Essai sur la notion de charge probatoire », in [Link], M.
MEKKI et C. GRIMALDI, [Sous la dir.], La preuve : regards croisés, Dalloz, coll. Thèmes et commentaires, 2015.
22
Idem., p.15.
23
H. MOTULSKY (H.), Principes d'une réalisation méthodique du droit privé, op. cit., p. 87, n°85.
- l’accusé peut s’abstenir de faire quoi que ce soit pour établir son innocence
- Le doute profite à l’accusé « in dubio pro reo », c’est dire que pour relaxer la personne poursuivie, il
n’est pas nécessaire de démontrer son innocence. Il suffit de ne pas pouvoir établir sa culpabilité.
En matière civile, on se souvient du principe posé par l’article 1315 du code civil 24 selon
lequel « Celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver. Réciproquement, celui qui se
prétend libéré, doit justifier le payement ou le fait qui a produit l'extinction de son obligation ».
Mais les procédures spéciales opèrent de plus en plus un renversement de la charge de la preuve.
C’est le cas en matière de consommation, où il revient au professionnel de justifier que le produit est
de bonne qualité, que le produit n’est pas de nature en l’état de la science, d’altérer la santé des
consommations.
MOTULSKY écrivait que « la partie, (…), qui veut s’assurer une décision favorable se trouve,
puisque les parties sont « maîtresses du litige » 25, dans la nécessité d’apporter spontanément tous les
matériaux de fait indispensables à la solution qu’elle requiert. Si elle succombe à cette tâche elle
succombera. Sous peine de voir le sort de son procès compromis, elle doit donc satisfaire à cette
nécessité, qui dès lors, pèse sur elle comme un fardeau ; aussi la terminologie processualiste a-t-elle
choisi, afin de caractériser la situation, l’expression juste et parfaitement évocatrice, de « charge » 26. Il
est traditionnellement admis que la charge de la preuve renvoie à la nécessité pour le plaideur
d’établir, s’ils sont contestés, les faits dont dépend le succès de sa prétention 27. Plus spécifiquement la
charge de la preuve renvoie à la charge de la vraisemblance des faits allégués. Il est désormais acquis
que les principes directeurs exercent une action sur les parties à un procès judiciaire 28. Aussi bien pour
ce qui est de leur action, qu’en ce qui concerne la preuve.
L’expression charge de la preuve évoque bien l’idée que la preuve est un fardeau que l’on
porte. Un fardeau qu’on pourrait assimiler à une épée de Damoclès, car on court le risque de ne pas
arriver à convaincre le juge de la véracité de nos allégations. De là, une première certitude : la charge
de la preuve pèse non sur le juge mais bien sur les parties, la seconde certitude est que cette charge
pèse sur celle des parties qui allègue le fait à prouver. Ainsi, en évoquant les adages latin « Da mihi
factum, dabo tibi jus », ou « Actori incumbit probatio »29, il demeure que la preuve incombe aux
parties. Plus clairement, C'est au demandeur de prouver ce qu'il allègue. Selon la présentation d'Henri
MOTULSKY, celui qui invoque un droit doit alléguer les faits qui figurent dans le présupposé de la
règle30.
24
Code civil français de 1804 encore applicable au Cameroun.
25
En vertu du principe dispositif.
26
H. MOTULSKY, Principes d'une réalisation méthodique du droit privé (La théorie des éléments générateurs
des droits subjectifs), Sirey, 1948, p. 106.
27
G. CORNU (dir.), vocabulaire juridique précité, p.167
28
E. VERGÈS, les principes directeurs du procès judiciaire Etude d’une catégorie juridique, op. cit., p. 433 et ss.
29
Il convient, toutefois, de relativiser la répartition traditionnelle et dogmatique de la charge de la preuve. La
charge de la preuve ne concerne pas les seules parties au procès. Le juge joue dorénavant un rôle actif dans la
répartition de la charge probatoire. Prédomine désormais dans le procès civil un principe de coopération entre les
parties et le juge, qui rejaillit sur le processus probatoire. L'article 10 du code civil dispose en ce sens que chacun
doit contribuer à la recherche de la vérité. Cette contribution à la vérité peut être encouragée par le juge qui peut
ordonner la production de pièces ou ordonner des mesures d'instruction (art. 11 et 142 s. c. pr. civ.). Les parties
peuvent également solliciter l'aide du juge au moyen du référé probatoire de l'article 145 du code de procédure
civile. Cette procédure permet « de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait
dépendre la solution d'un litige. Il s’agit donc d’un renforcement des droits des parties au procès incitant ainsi le
juge à jouer un rôle plus actif. Cette coopération entre le juge et les parties est particulièrement utile dans le
cadre du principe de précaution en raison du difficile accès matériel, intellectuel et financier à l'information.
30
H. MOTULSKY, Principes d'une réalisation méthodique du droit privé (La théorie des éléments générateurs
des droits subjectifs), Sirey, 1948, p. 106.
Une doctrine estime que la charge de la preuve a quelque peu usurpé l’importance qu’on lui attribue 31.
Elle n'est, en somme, qu'un prolongement de la charge de l'allégation, qui peut la rendre inutile: si, en
effet, il résulte des propres indications d'une partie que celle-ci ne dispose pas des matériaux
nécessaires à la construction de son droit 32. Envisagé ainsi, elle ne permet pas réellement de justifier
pourquoi un tel aurait perdu le procès ou pas. Elle ne met pas en exergue la question du risque de la
preuve. De ce fait, il est suggéré de lui substituer la notion de charge probatoire.
Le principe de célérité ou le délai raisonnable s’impose aujourd’hui au juge pour minimiser les effets
néfastes de la méprise du temps dans l’activité judiciaire. En effet, outre le fait que les lenteurs
excessives discréditent tout le système judiciaire aux yeux des potentiels investisseurs qui rechignent
33
Communications n° 238/1987, Affaire Floresmilo BOLANOS c/ Equateur, Décision du 26 juillet 1989(32 e
session), Sélection de décisions du comite des droits de l’homme prises en vertu du protocole facultatif volume
III, ONU, New York et Génève 2002, p 177 ; Dans le même sens, affaire MUNOZ c/ PEROU, Communication
n° 203/1986, constatations adoptées le 4 novembre 1988, par 11.2.
34
Texte d’une conférence de Y. STRICKLER à l’Université de Strasbourg, 2008, paragraphe n° 9.
35
Voir J. C. MAGENDIE, Célérité et qualité de la justice, la gestion du temps dans le procès, Paris, La
Documentation française, 2004.
ainsi à placer leurs fonds dans un pays où la certitude de la sanction judiciaire n’est nullement
garantie, les effets dans la situation même des nationaux sont multiples :
En matière pénale, la réponse non diligente au déclenchement de l’action publique entretient l’idée du
développement de l’impunité chez les victimes et peut à terme instaurer un climat de jungle, où les
plus forts dictent leur loi aux plus vulnérables. Chez les mis en cause, dans un système judiciaire où la
pratique de la détention provisoire est monnaie courante et la durée parfois plus longue que la peine
légalement encourue, la lenteur s’apparenterait à la négation de la liberté physique. Et même lorsque
l’accusé comparaît libre, sa conscience est permanemment perturbée par l’incertitude dans laquelle on
le maintien indéfiniment sur son sort à l’issue du procès ;
En matière de contentieux administratif, l’observation des délais excessifs de jugement renforce la
conviction de la complaisance du juge à l’égard de l’Administration qui bénéficie déjà du privilège du
préalable et de l’immunité d’exécution ;
Au civil, le temps est susceptible de ruiner toute la portée d’un contrat lorsqu’une situation imprévue
vient modifier considérablement l’objet de l’engagement de l’une ou des parties, comme une
dévaluation36, sans compter que le demandeur, las d’attendre la reconnaissance et la réalisation de son
droit, est porté à rechercher la solution à son problème par des voies privées illégales et dangereuses.
Sur un plan général, les blocages de procédures éreintent les faibles, découragent les
justiciables, créent un climat d’insécurité juridique individuelle ou collective, confortent les forts dans
l’idée qu’ils sont au-dessus du droit 37. De fait, « les délais excessifs de départage se traduisent souvent
par des abandons de procédure »38. Les victimes de ces lenteurs sont habituellement portées à se
rendre elles-mêmes justice, en recourant à une justice parallèle dont les méfaits sont connus.
Quoiqu’il en soit, la méprise du délai raisonnable est source de responsabilité pécuniaire de l’Etat pour
dysfonctionnement du service public de la justice.
A- Indépendance du juge
La quête d’une justice indépendante est le gage d’une protection des libertés. « Le droit d’être jugé par
un tribunal indépendant et impartial » revêt une dimension universelle marquée par son inscription,
aux lendemains de la seconde guerre mondiale, dans la Déclaration universelle des droits de l’homme
du 10 décembre 1948 et sa reprise dans les textes régionaux comme le protocole relatif à la charte
africaine portant création d’une cour africaine des droits de l’homme et des peuples (art 17), la
Convention européenne des droits de l’homme adoptée en 1950 ou la Charte des droits fondamentaux
de l’Union européenne de 2000 et sur le plan interne, la constitution du Gabon et constitution du
Cameroun (art. 37).
36
On sait que depuis l’arrêt Canal de Craponne (Cass civ, 6 mars 1876, D. 1876, I, p 193, note GIBOULOT ;
GAJCiv, p 406), la jurisprudence ignore l’imprévision et impose aux parties de respecter leurs engagements
clairs et précis.
37
J. M. BELORGEY, La situation générale du temps des procédures devant les juridictions, in Le temps dans la
procédure, Paris, Dalloz, 1996, p 9.
38
J. E. ONGOLO FOE, op. cit, p. 67.
L’indépendance du juge signifie que le juge saisi ne doit avoir aucun lien juridique avec l’une des
parties au litige et aucun lien de dépendance avec l’Etat dans lequel se trouve la juridiction pour que le
juge ne subisse aucune pression ni des parties ni de l’Etat. Il exprime l'autonomie du juge dans les
liens processuels.
Cette conception dérive incontestablement de la doctrine de la séparation des pouvoirs exposée par
Montesquieu. « II n'y a point de liberté, a écrit en effet l'auteur de l’Esprit des Lois, si la puissance de
juger n'est pas séparée de la puissance législative, et de l'exécutive. Si elle était jointe à la puissance
législative, le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens serait arbitraire car le juge serait législateur.
Si elle était jointe à la puissance exécutive, le juge pourrait avoir la forme d'un oppresseur ». Il
convient néanmoins de rappeler que les magistrats du ministère public ont un lien de dépendance avec
le garde des Sceaux car il s'agit « d'agent du pouvoir exécutif auprès des tribunaux ».
Les incursions en direction de cette restriction ont tout le temps été perçues, mais toujours dénoncées,
renouvelant dès lors en permanence l’actualité du débat sur cette question.
Certes la constitution pose que « Les magistrats du siège ne relèvent dans leur fonctions
juridictionnelles que de la loi et de leur conscience » (constitution camerounaise : art. 37 al 2, tiret 2 ;
Constitution du Gabon : art. 68 al 2).
La même constitution indique, ce qui est raisonnable, que Le Président de la République est garant de
l’indépendance du pouvoir judiciaire (art. 68 al 1, constitution Gabon).
Seulement, Il nomme les magistrats, bien que, dans l’exercice de cette mission, il est assisté par le
Conseil Supérieur de la Magistrature qui lui donne son avis sur les propositions de nomination et sur
les sanctions disciplinaires concernant les magistrats du siège (C. Cameroun :art. 37al 3 ; art. 69 C.
Gabon).
Il faut donc, pour apprécier la mise en œuvre de la séparation des pouvoirs à l’égard de la justice, aller
au-delà des mots de la loi et rechercher concrètement la réalité de l’indépendance du juge. Si les
modalités de sa nomination, de son inamovibilité sont des facteurs déterminants de l’indépendance de
la justice, sa garantie repose aussi, notamment, sur les procédures encadrant le déroulement de
carrière, sur l’existence d’une évaluation des compétences professionnelles et ses modalités, sur le
niveau d’exigence déontologique, sur les mécanismes de mise en cause de la responsabilité des
magistrats, sur le rôle de la hiérarchie, sur les modalités d’organisation des services des juridictions et
de mise à disposition des moyens matériels et humains nécessaires à l’œuvre de justice
Les récentes affaires ayant impliqué des hauts responsables de la vie politique contribuent à alimenter
le débat sur l’indépendance de la justice, taxée de ne plus être complètement garantie, au regard de la
séparation stricte des pouvoirs.
A la lecture des textes qui organisent le statut de la magistrature, il en découle que le magistrat est un
fonctionnaire qui « fait carrière », qui vit dans l’allégeance administrative du pouvoir exécutif.
Les magistrats vivent dans l’incertitude permanente d’une affectation, d’une mutation ou d’une
sanction. D’ailleurs, la sanction peut être explicite et très souvent discrète voire implicite par le biais
d’une affectation ou d’une mutation. Le magistrat est d’abord un fonctionnaire, devant servir sur toute
l’étendue du territoire. Cependant, en fonction de son grade et de son expérience, on subodore qu’une
certaine affectation ou mutation serait perçu comme indice de sanction. Par ailleurs, le magistrat du
siège qui instruit un dossier ne comprendrait pas que sa mutation soit laissée à la discrétion du
président de la République, fusse sur avis du conseil supérieur de la magistrature.
Pour un corps qui doit inspirer la confiance aux citoyens, la centralisation de leur plan de carrière, non
entre les mains des pairs, mais autour du président de la république reste préoccupante.
On n’est dès lors pas à l’abri d’une instrumentalisation de la justice sous fond de marchandage de plan
de bonne carrière. On n’est encore pas à l’abri de crainte révérencieuse, empêchant souvent le juge de
défier l’orientation souvent silencieuse et vicieuse de l’administration dans le cadre d’une procédure
particulière. Le désaveu du juge peut souvent être perçu lorsque, après avoir rendu une décision, le
justiciable ne retrouve pas sa liberté et se voit immédiatement signifié de nouvelles charges par le
ministère public justifiant son maintien en incarcération.
De manière simple, l’accès au siège devrait être rigoureusement encadré pour conférer une certaine
stabilité au titulaire. Le magistrat du siège ne devrait être muté au parquet et même affecté, sans son
avis préalable. Son affectation devrait être rigoureusement encadrée, afin de donner sens à la notion
de l’inamovibilité du magistrat du siège.
Dans cette quête permanente de l’indépendance de la justice, une réforme du conseil supérieur de la
magistrature devrait être pensée, afin que la présence de l’exécutif et du législatif soit réduite à une
peau de chagrin. Par ailleurs, le régime de l’avis de ce conseil devrait être recadré. Il serait pertinent
qu’il s’agisse d’avis conforme, s’imposant à l’autorité de nomination qu’est le Président de la
république.
Par ailleurs, les carrières des magistrats du parquet ne doivent plus dépendre de l’exécutif. Pour cela,
nous proposons qu’un avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) soit obligatoire
pour toute nomination. L’allégeance servile du parquet au ministère de la justice enlève aux magistrats
de ce secteur, la liberté inhérente au statut de magistrat. Comme l’avait rappelé l’auteur de L’Esprit
des lois, « Tout serait perdu, si le même homme, ou le même corps des principaux, ou des nobles, ou
du peuple, exerçaient ces trois pouvoirs : celui de faire des lois, celui d’exécuter les résolutions
publiques, et celui de juger les crimes ou les différends des particuliers. »
Il ne faut pas que s’incruste l’impression d’un retour au « fonctionnaire juge », hiérarchisés, appelés à
faire carrière, où la justice était conçue comme une administration de l’Etat, entourée d’un certain
prestige, mais une administration comme toute autre, au service de l’Etat.
En réalité, l’indépendance de la justice est l’élément central du droit à un procès équitable, tel qu’il
résulte de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme.
« Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai
raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des
contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en
matière pénale dirigée contre elle ».
Cette orientation est reprise par les directives et principes sur le droit à un procès équitable et à
l’assistance judiciaire en Afrique parmi les principes généraux applicables à toute procédure
judiciaire :
« Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par une
instance juridictionnelle compétente, indépendante et impartiale, établie par la loi, qui décidera soit du
bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle, soit des contestations sur ses
droits et obligations ».
Le caractère renouvelable de son mandat le place dans la même perspective que le juge ordinaire,
« juge fonctionnaire », dont la hiérarchie est celle de l’autorité l’ayant désignée. L’indépendance dans
ces conditions ne peut s’exprimer qu’avec réserve.
B- Impartialité du juge
Impartialité subjective/ Moyen éliminant l’impartialité : Le juge ne doit avoir aucun lien juridique ou
affectif avec l'une des parties. Il s'agit d'éviter que naisse un soupçon de partialité sachant qu'il doit se
tenir à égale distance des parties, ce qui est une position difficile à tenir. Il ne doit pas non plus avoir
un préjugé ce qui pose un problème de preuve. Ce préjugé devient objectif lorsqu'un juge est dans la
situation de connaître deux fois de suite d'une affaire. Il a littéralement déjà jugé, « pré-jugé » l'affaire
et ne peut donc facilement se déjuger. Il se trouve en quelque sorte lié à lui-même. Ce dernier
fondement pose le problème de savoir dans quel cas il a déjà jugé une affaire – par un référé, une
mesure d'instruction ? On peut noter que, dans ce cas, le juge est partial car il se trouve dans la
situation de juger deux fois de suite une même affaire comme si avoir un œil neuf était aussi une
condition du procès. La notion de temps paraît jouer en effet un rôle. Tout se passe comme si le
moment opportun pour juger d'une affaire était unique. Quoi qu'il en soit du fondement, l'impartialité
n'est pas une règle parmi d'autres, elle est de l'essence du jugement : par définition le juge doit être
désintéressé, sinon il n'est pas tiers à l'affaire. En ce sens, il s'agit d'un principe directeur du procès
C’est l’hypothèse où l’impartialité de la personne chargée de prononcer le jugement est
contestée. Dans ces circonstances, soit la procédure de récusation est engagée, soit il est purement et
simplement demandé un renvoi devant une autre juridiction. Dans un cas comme dans l’autre le juge
saisi ou la juridiction saisie est ponctuellement dessaisi. En ce sens, l’article 162 du Code de procédure
civile et commerciale applicable au Cameroun (CPCC) pose que « le renvoi ou la récusation seront
demandés avant le commencement de la plaidoirie. A partir de la demande, tout jugement et opération
seront suspendus ».
Aux termes de l’article 158 CPCC, lorsqu'une partie aura deux parents ou alliés jusqu'au
degré de cousin issu de germain inclusivement, parmi les juges d'un tribunal de première instance, ou
trois parents ou alliés au même degré dans la cour d'appel, ou lorsqu'elle aura un parent audit degré
parmi les juges du tribunal de première instance, ou deux parents dans la cour d'appel, et qu'elle-même
sera membre du tribunal ou de cette cour, l'autre partie pourra demander le renvoi. On observe que les
causes de renvoi sont rigoureusement conçues. Mais lorsque la suspicion porte sur le président de la
juridiction saisie, la Cour suprême n’hésite pas à prononcer le renvoi d’une cour d’appel à une autre.
La récusation, elle, consiste à provoquer l'éloignement préalable et préventif de ceux dont la
situation ne garantit pas qu'ils puissent exercer leur fonction de juge en climat de pleine sérénité. Elle
constitue une exception déclinatoire. Ce dessaisissement institutionnel s'opérant au profit d'une autre
juridiction analogue, de même nature et de même niveau. La récusation fait corps avec la justice.
L’article 159 CPCC énumère les cas de récusation : « Tout juge peut être récusé pour les
causes ci-après : 1° S'il est parent ou allié des parties, ou de l'une d'elles, jusqu'au degré de cousin issu
de germain inclusivement ; 2° Si la femme du juge est parente ou alliée, employeur ou employée de
l'une des parties, ou si le juge est parent ou allié de la femme de l'une des parties, au degré ci-dessus,
lorsque la femme est vivante, ou qu'étant décédée, il en existe des enfants : si elle est décédée, et qu'il
n'y ait point d'enfant, le beau-père, le gendre, ni les beaux-frères ne pourront être juges ; La disposition
relative à la femme décédée s'appliquera à la femme divorcée, s'il existe des enfants du mariage
dissous ; 3° Si le juge, sa femme, leurs ascendants et descendants, ou alliés dans la même ligne, ont un
différend sur pareille question que celle dont il s'agit entre les parties ; 4° S'ils ont un procès en leur
nom dans un tribunal ou l'une des parties sera juge ; s'ils sont créanciers ou débiteurs d'une des
parties ; 5° Si, dans les cinq ans qui ont précédé la récusation, il y a eu procès criminel entre eux et
l'une des parties, ou son conjoint, ou ses parents ou alliés en ligne directe ; 6° S'il y a procès civil entre
le juge, sa femme, leurs ascendants et descendants, ou alliés dans la même ligne, et l'une des parties, et
que ce procès, s'il a été intenté par la partie, l'ait été avant l'instance dans laquelle la récusation est
proposée ; si ce procès étant terminé, il ne l'a été que dans les six mois précédant la récusation ; 7° Si
le juge est tuteur, subrogé-tuteur ou curateur, héritier présomptif ou donataire, maître ou commensal
de l'une des parties, s'il est administrateur de quelque établissement, société ou direction, partie dans la
cause ; si l'une des parties est sa présomption héritière ; 8° Si le juge a donné conseil, plaidé ou écrit
sur le différend ; s'il en a précédemment connu comme juge ou comme arbitre ; s'il a sollicité
recommandé ou fourni aux frais du procès ; s'il a déposé comme témoin ; si, depuis le commencement
du procès, il a bu ou mangé avec l'une ou l'autre des parties dans leur maison, ou reçu d'elle des
présents ; 9° S'il y a inimitié capitale entre lui et l'une des parties ; 10° S'il y a eu, de sa part, agression,
injures ou menaces, verbalement ou par écrit, depuis l'instance ou dans les six mois précédant la
récusation proposée.
Les éléments permettant de suspecter la partialité du juge peuvent avoir une origine
subjective, tenant à ses relations personnelles avec l'une des parties, ou encore une origine objective ou
fonctionnelle, tenant au fait que le juge a déjà été amené à intervenir dans l'affaire, de telle sorte qu'il a
pu se faire une opinion sur celle-ci39. A l’analyse, le risque de partialité découle de l’existence d’un
lien de parenté du juge avec une partie, du fait que le juge soit créancier ou débiteur de l’une des
parties, qu’il ait eu des antécédents judiciaires ou d’une relation sociale « orageuse » avec une partie
au procès. Dans ces circonstances, une procédure de récusation doit être introduite auprès de la cour
d’appel du ressort pour connaître de ce procès des gens de la justice 40.
Ces hypothèses peuvent s’appliquer dans la procédure arbitrale. En cette matière, il est même
fait obligation à l’arbitre de s’auto-récuser à travers l’obligation de révélation de son indépendance.
Simplement, l’arbitre doit révéler « toutes les circonstances de nature à provoquer dans l'esprit des
parties un doute raisonnable sur son indépendance », notamment lorsqu’il a des liaisons avec l’avocat
de l’une des parties41. Il s’agit d’une responsabilité contractuelle, découlant du contrat de prestation de
service, appelé contrat d'arbitre, lequel impose aux arbitres et aux parties des obligations réciproques.
Il en est de même en ce qui concerne l’expert judiciaire, lorsque son impartialité n’est pas
objectivement garantie.
La procédure de renvoi et de récusation est précisée à l’article164 et s. Cpcc. Le renvoi et la
récusation seront proposés par déclaration au greffe qui en contiendra les moyens et sera signée de la
partie ou du fondé de sa procuration authentique et spéciale, laquelle sera annexée à la déclaration.
Copie en sera donnée dans les vingt-quatre heures par le greffier aux juges à raison desquels le renvoi
est demandé ou aux juges récusés. Dans le même délai de vingt-quatre heures à compter de la remise
de la copie, les juges seront tenus de donner leur déclaration par écrit, portant ou leur acquiescement à
la récusation, ou leur refus de s'abstenir, avec leurs réponses aux moyens de la récusation ou leurs
observations sur la demande de renvoi. Dans tous les cas et quelle que soit la nature de ces réponses ou
observations, ou si les juges refusent ou s'abstiennent de répondre, le dossier est transmis dans les
vingt-quatre heures de la déclaration au premier président de la Cour d'appel.
Le juge doit s’abstenir jusqu’à ce qu’il ait été statué sur la récusation. En cas d'urgence, un autre juge
peut être désigné pour procéder aux opérations nécessaires.
39
N. Fricero, « Récusation et abstention des juges : analyse comparative de l'exigence commune
d'impartialité », Nouveaux Cahiers du Conseil constitutionnel, 01 juin 2013 n° 40, P. 37.
40
J. Viatte, « La compétence juridictionnelle et le procès des gens de justice », Gaz. Pal. 1976, p. 270 et s.
41
E. Loquin, « Les liaisons dangereuses de l'arbitre avec l'avocat de l'une des parties », RTD Com. 2012 p. 518.
vérifiables autorisent à suspecter son impartialité. Un adage anglais dit que « Justice must only be
done, and it must be seen to be done ». Cette exigence d’une justice qui se donne à voir est essentielle.
Sur la base de ces principes, deux autres règles sont posées en droit processuel. La première est celle
du double degré de juridiction, qui met à la disposition des justiciables, une voie de réformation leur
permettant de soumettre l’examen de leur affaire pour une seconde fois à des juges d’un degré plus
élevé qui statueront aussi bien en fait qu’en droit. (double degré de juridiction et publicité). La même
règle interdit l’exercice successif de fonctions juridictionnelles différentes par un même juge dans
une même affaire : ainsi, l’exercice de fonctions de juge de poursuite ou de juge d’instruction est-il
incompatible avec celle de juge du fond. Cela se justifie par la nécessité de permettre au juge
d’aborder l’affaire sans aucun préjugé tiré de son expérience passée dans le dossier. La cour suprême
du Cameroun a eu l’occasion de relever que « la loi, en instituant le double degré de juridiction et en
confiant l’examen des recours aux juges d’un rang hiérarchiquement supérieur, a voulu assurer une
garantie efficace à la justice ; ce recours serait illusoire si le même magistrat pourrait dans la même
affaire remplir son office durant les deux degrés de juridiction ; il s’ensuit que la composition de la
juridiction du second degré doit être entièrement différente de celle du tribunal de première
instance »42.
Ensuite, la recherche de l’impartialité objective justifie l’imposition de la publicité des débats qui
ouvre aux particuliers, la possibilité de juger de la manière dont le procès se conduit et empêche au
juge de faire valoir devant le public son inclinaison éventuelle en faveur de l’une des parties. A cet
égard, le huis-clos doit demeurer une mesure exceptionnelle commandée par le consentement des
parties ou par des considérations impérieuses évidentes qu’il incombe de caractériser de manière
suffisamment précise.
La recherche d’une qualité toujours accrue de la justice laisse de nos jours apparaître une propension à
instituer même un troisième degré de juridiction au niveau de certaines juridictions de cassation 43
(Cour suprême, CCJA). Il est surprenant qu’à contre-courant de cette tendance, le législateur
camerounais n’ait prévu que la voie du pourvoi contre les décisions rendues par le Tribunal Criminel
Spécial, même s’il a pris le soin de ménager les principes régissant l’organisation du procès.
Dans le même sens, le principe de collégialité garantit l'impartialité du jugement, car il est rendu par
au moins trois juges qui se contrôlent mutuellement. L'avantage de la collégialité, outre l'indépendance
et l'impartialité, est d'imposer une délibération et de renforcer l'autorité du jugement. Le principe est en
recul dans tous les contentieux et reçoit de nombreuses exceptions. La procédure à juge unique a aussi
ses avantages. Elle permet de traiter plus rapidement les contentieux de masse. Elle responsabilise
davantage le juge, elle permet un contact plus direct avec les parties
Illustration :
Le droit de la concurrence met en premier plan l'efficacité des règles. Ainsi, en ce qui concerne les
ententes, des exemptions sont accordées lorsque les accords en cause apportent effectivement une
contribution indispensable à la réalisation et au développement de l’efficience économique, ou
lorsqu’ils apportent un bénéfice ou un profit certain aux consommateurs ou aux utilisateurs. De même,
il est posé qu’on tienne compte pour l’appréciation des opérations de concentration entre autre de «
l’intérêt des consommateurs intermédiaires et finals ; de l’évolution du progrès technologique pour
autant que ce facteur soit à l’avantage des consommateurs ». Dans le même sens, les pratiques
étatiques sont tolérées pour permettre aux Etats d’assumer leurs missions d’intérêt général. La théorie
42
C.S. arrêt n°27/cc du 11 janvier 1979 bull n°40 p.6162.
43
R. Njeufack Temgwa, Le droit d’évocation de la Cour suprême camerounaise statuant en matière civile en
question : étude sur l’évolution des Cours suprêmes, RDIDC, n° 1/2012, p. 59-95
des compensations financières de service public dénie même complètement le qualificatif d’aides
d’Etat à l’intervention publique.
On remarque que le système ainsi organisé rompt avec le classique principe de la légalité qu’il s’agisse
de la légalité contractuelle ou de la légalité institutionnelle. Les autorités de la concurrence en viennent
à « remodeler des contrats », contribuant ainsi à construire la concurrence. La protection entrevue est
construite suivant un système de régulation car, en réalité, l’effectivité de la concurrence n’est en
définitive que la traduction des rapports de force.
Dans son déroulement, le contentieux de la concurrence arbore des habillages atypiques. Tous les
actes de l’enquête et notamment les vérifications, les mandats des experts, destinés à la collecte de la
preuve, doivent respecter les principes imposées par la loyauté. On comprend toute la pertinence de
l’arrêt de l’assemblée plénière de la Cour de cassation qui pose que « sauf disposition expresse
contraire du code de commerce, les règles du code de procédure civile s’appliquent au contentieux des
pratiques anticoncurrentielles relevant de l’Autorité de la concurrence » (Cass., ass. Plén., 7 janv.
2011, n° 09-14.316 et 09-14.667, [Link] n°2/2011, p. 383, note Ph. Thiery). Bien plus, le système
n’est pas véritablement inquisitoire. Il est recommandé aux parties de collaborer à l’établissement de
la vérité. Cette collaboration des entreprises pour les besoins de la procédure n’est pas absolue.
Certaines informations échappent à ce furetage des autorités de contrôle. Il en est ainsi des
communications entre les avocats et leurs clients. C’est également le cas des secrets d’affaires des
entreprises, illustration en droit économique du fait que se cacher est un instinct profond de l’être
humain. Certes, on remarque que « les secrets d’argent n’ont pas une noblesse suffisante ». Mais, il
peut y avoir, en toute honnêteté, une sécurité qu’une transparence indiscrète risque de bousculer
dangereusement. Cependant, cette exigence ne constitue pas un obstacle au déroulement des
opérations de vérifications ou des demandes d’informations pour les besoins de la procédure. La seule
restriction concerne l’usage qui pourrait être fait des informations ainsi recueillies.
Chapitre II- Les attributs du jugement
Section I- La décision/ La position du juge
- Le doute du juge
- La décision (motivation ; évocation…)
44
CS, arrêt n° 39 du 21 juin 1960, Bull., n° 1, p. 23 ; arrêt n° 233 du 6 juin 1961, Bull., n°
4, p. 154.
45
CS, arrêt n° 145/cc du 18 août 1983, RCD Série 2, n° 29, p. 238 ; CS, arrêt n° 110/S du
17 mai 1983.
46
J. Normand, « Le domaine du principe de motivation », in La motivation, Travaux de l'association H. Capitant,
LGDJ, 2000, p. 17
N. Fricéro, Délibération des juges : entre secret et transparence, Les Cahiers de la Justice 2014/3 (N°
3), pages 413 à 421, Éditions Dalloz.
Le délibéré c’est le fait pour le juge d’assujettir le prononcé de la décision à une réflexion ultérieur soit
personnelle, soit collégiale. Le secret des délibérations permet d’éviter une individualisation de la
solution, rendue au nom de la juridiction dans son entier. Le secret maintenu sur les divergences
internes à la juridiction permet de sauvegarder l’unité substantielle de la décision, à laquelle doivent
être attachées une autorité de la chose jugée et une force exécutoire incontestables, juridiquement et
moralement. Paradoxalement, le secret peut intéresser les formations à juge unique : ainsi, un juge
unique ne peut pas délibérer en présence de tiers et il ne saurait exprimer publiquement les hésitations
et ou réflexions personnelles qui ont précédé sa décision : les seules explications qu’il est tenu de
livrer figurent dans la motivation de sa décision.
Le secret entraîne plusieurs obligations : il impose aux juges de délibérer hors la présence de tiers, du
public, des parties et de leurs avocats ; il leur interdit la divulgation de ce qu’ont été les discussions et
de la façon dont chacun des magistrats de la collégialité s’est prononcé. Il est conforté par l’obligation
générale de réserve : le Recueil des obligations déontologiques des magistrats indique à cet égard que
« le magistrat ne commente pas ses propres décisions qui, par leur motivation, doivent se suffire à
elles-mêmes », il « respecte la confidentialité des débats judiciaires et des procédures évoquées devant
lui ; il ne divulgue pas les informations dont il a eu connaissance, même sous forme anonyme ou
anecdotique ». Il constitue une entrave légitime à la liberté d’expression du juge, qui est limitée par la
nécessité de sauvegarder l’autorité de la justice et la confiance qu’elle doit générer dans l’esprit des
justiciables : la Cour européenne des droits de l’homme juge que le magistrat doit user de sa liberté
d’expression avec retenue chaque fois que l’impartialité et l’autorité de la justice sont susceptibles
d’être mises en cause.
Son objet est d’assurer l’indépendance des juges et l’autorité morale de leurs décisions. Le magistrat
doit être à l’abri de toute pression extérieure, de toute éventualité de sanctions qui pourraient être
prises à son encontre « en raison du caractère critiquable des jugements auxquels il aurait participé ».
Dans les affaires dites « sensibles », l’absence de transparence permet de protéger le juge contre les
pressions des pouvoirs politiques, des lobbies économiques et sociaux. Plus généralement, le secret
constitue un rempart contre les rancunes, les menaces ou les représailles de la part des personnes
condamnées, et la curiosité des tiers. Il en va de l’intérêt général que les juges soient protégés
d’influences étrangères au droit, à la justice et à la raison, et qu’ils ne soient pas tentés d’adopter « une
position différente de celle que leur aurait suggéré leur conscience » en raison de ces influences.
Ensuite, le second fondement est inhérent à la protection de l’autorité morale des décisions. La
révélation des hésitations de certains juges de la formation collégiale, ou de leur opposition à la
décision, pourrait affaiblir l’autorité morale ou politique du jugement, dès lors qu’il apparaîtrait que la
décision a été prise à une très courte majorité, et qu’elle a suscité des oppositions véhémentes. Le juge
a une obligation déontologique générale, qui sous-tend de nombreux devoirs professionnels, de ne pas
porter atteinte au crédit de la justice et à l’image de l’institution judiciaire et de ne pas donner de la
justice une image dégradée ou partisane. La révélation du fait que la décision a été obtenue à l’issue
d’une très courte majorité, ou grâce à l’influence prépondérante du président, ou en dépit d’opinions
très discordantes, est de nature à jeter un doute dans l’esprit du justiciable sur le bien-fondé de la
solution. Le secret du délibéré traduit également le respect de la démocratie du délibéré, en ce sens que
la minorité doit s’incliner devant la majorité, qui s’est exprimée conformément à la loi.
En revanche, le secret des délibérations est étranger à l’autorité de la chose jugée de la décision : celle-
ci est un attribut procédural qui assure l’immutabilité de la décision énoncée au dispositif, après
expiration des voies de recours. Cette qualité juridique de la chose jugée coexiste avec l’autorité «
morale » de la décision et elle ne peut pas être remise en question par le fait que l’un des juges
divulgue les circonstances qui ont donné lieu à l’adoption de la solution.
L’incidence essentielle de la publication d’opinions séparées est l’amélioration de la qualité
argumentative de la décision, et de sa compréhension par les parties et par la communauté des juristes.
L’opinion séparée a des vertus pédagogiques évidentes et permet au justiciable de vérifier que tous les
aspects de sa cause ont été « entendus ». Mais les risques ne doivent pas être négligés. La
compréhension et l’acceptation d’une décision supposent que le tribunal s’exprime de manière
cohérente : or, la multiplication des opinions séparées risque de rendre le jugement incompréhensible
et de constituer une entrave à son acceptation par les parties ! La sophistication des opinions séparées
devant la Cour suprême des États-Unis empêche parfois de définir la ratio decidendi, surtout si l’on
envisage les opinions « partiellement concordantes », qui se rallient au dispositif tout en dénonçant les
motifs. Briser « l’écran d’unanimité » qui entoure les décisions de justice rendues par des organes
collégiaux impose des limites pour conserver la rationalité de la décision.
Roger Perrot, Agrégé des Facultés de droit ; Professeur émérite de l'Université Panthéon-Assas (Paris
II)
Cet arrêt rendu par la première chambre civile de la Cour de cassation le 28 mai 2008, dans une
affaire concernant la résiliation d'un contrat de franchise, mérite un instant d'attention, à plus d'un titre.
En l'espèce, un franchisé, qui se plaignait de ce que le franchiseur avait brusquement mis fin au
contrat, saisit un tribunal arbitral qui décida que le franchiseur était responsable de la rupture, mais
débouta néanmoins le franchisé de sa demande tendant à la dépose de l'enseigne. Ce dernier ne resta
pas sur ce débouté partiel et il saisit à nouveau un tribunal arbitral pour demander des dommages-
intérêts en invoquant la violation d'une disposition du contrat de franchise. Mais cette sentence fut
annulée, et après cassation, la juridiction de renvoi eût à statuer sur cette nouvelle demande. Le
franchiseur s'empressa d'opposer une fin de non-recevoir tirée de la chose jugée par la première
sentence, et la question se posa de savoir si la demande portant sur les dommages-intérêts était
recevable. Le juge d'appel, après avoir constaté que, dans son dispositif, la première sentence n'avait «
pas statué sur une demande de dommages-intérêts pour violation de l'article 6 du contrat de franchise »
décida qu'il convenait d'écarter cette fin de non-recevoir. La Cour de cassation a censuré cette
décision, au motif qu'il « incombe au demandeur de présenter dans la même instance toutes les
demandes fondées sur la même cause ».
Depuis l'arrêt rendu par la Cour de cassation en assemblée plénière, le 7 juillet 2006, le principe de
concentration est devenu un classique (Bull. civ. ass. plén. n° 8 ; RTD civ. 2006. 825 ). Avec l'arrêt du
28 mai 2008, on le retrouve à nouveau, mais cette fois avec trois particularités qui justifient un
commentaire.
• On constatera d'abord que, pour la première fois semble-t-il, le principe de concentration est étendu à
la procédure arbitrale (Béguin, note JCP 2008, act. n° 411). En soi, cette extension ne choque pas.
Pour ce qui est de la chose jugée, la justice arbitrale ne se distingue en rien de la justice étatique, et
l'on sait notamment que, dans les mêmes conditions qu'un jugement ordinaire, la sentence arbitrale a
autorité de chose jugée dès qu'elle est rendue (art. 1476 c. pr. civ.).
• C'est le principe de concentration lui-même qui, dans le cas d'espèce, suscite de sérieuses réserves.
Dans l'arrêt du 28 mai 2008, il est dit que, dans le dispositif de la première sentence, le tribunal arbitral
n'avait pas statué sur une demande de dommages-intérêts : il s'était borné semble-t-il à dire que le
franchiseur était responsable de la rupture, mais que l'on ne pouvait pas lui imposer la dépose de
l'enseigne. En bonne logique, il n'y avait donc pas autorité de chose jugée sur une demande de
dommages-intérêts, puisque l'on ne cesse de répéter, à juste raison d'ailleurs, que l'autorité de la chose
jugée n'a lieu qu'à l'égard de ce qui a fait l'objet du jugement et a été tranché dans son dispositif (Civ.
3e, 30 avr. 2002, inédit, pourvoi n° 99-21.450 - Civ. 2e, 6 avr. 2004, Bull. civ. II, n° 152 ; D. 2004. IR.
1640 ; JCP 2004. IV. 2149 - Civ. 2 e, 23 juin 2005, inédit, pourvoi n° 03-16.379 - Com. 27 sept. 2005,
inédit, pourvoi, n° 04-12.245). L'instance devant le second tribunal arbitral, qui consistait à demander
réparation du préjudice sous la forme de dommages-intérêts, avait donc un objet différent de ce qui
avait été jugé par la première sentence sur la dépose de l'enseigne. C'est ainsi que l'avait compris le
juge d'appel qui, pour cette raison, avait rejeté la fin de non-recevoir tirée de la chose jugée.
La Cour de cassation a néanmoins censuré cette décision : elle a décidé en effet que la nouvelle
demande sur les dommages-intérêts était irrecevable, en faisant reproche au franchisé de ne pas avoir
présenté, dans la première instance, toutes ses demandes fondées sur la même cause, alors que
pourtant rien n'avait été jugé sur cette question. Et c'est là où l'arrêt surprend. Il est possible que la
cause ait été la même (la violation d'une clause du contrat de franchise). Mais de toute manière, l'objet
était différent et, à tout le moins, l'une des trois conditions de la relativité de la chose jugée faisait
défaut.
Comme on peut le constater, le principe de concentration a été poussé beaucoup plus loin que dans les
hypothèses précédentes où seule la différence de cause faisait problème. Et lorsqu'il est dit que la
seconde instance était fondée sur la même cause, on en vient à se demander si, pour couvrir cette
extension, la Cour de cassation ne donne pas à la notion de « cause » une dimension juridiquement
insolite, dans le sens où l'on dit d'un plaideur qu'il défend sa cause. En réalité à travers cet arrêt, on
voit se profiler une prohibition quelque peu comparable au principe de l'unicité de l'instance,
spécifique à la procédure prud'homale. Par touches successives, on assiste à un démantèlement
progressif de la relativité de la chose jugée, sans que le législateur ait modifié une virgule au
traditionnel article 1351 c. civ. Où s'arrêtera-t-on ? Il suffira maintenant d'un petit coup de pouce à la
notion de représentation, pour que la relativité entre les parties s'évanouisse à son tour.
• Enfin, une ultime remarque d'ordre chronologique mettra le point d'orgue à cette situation. La
première sentence dont on a tiré l'autorité de la chose jugée avait été rendue en 1999, c'est-à-dire bien
avant que l'arrêt de l'Assemblé plénière du 7 juillet 2006 ne décide pour la première fois, qu'il «
incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des
moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci ». Comment peut-on faire reproche à un plaideur
d'avoir ignoré en 1999, un revirement de jurisprudence qui ne se produira que sept ans plus tard ? et un
revirement d'autant plus inattendu que rien dans les textes n'a été changé. Il y a quelques années, on a
fait beaucoup de bruit autour des revirements de jurisprudence pour souligner les méfaits de leur
rétroactivité (Canivet et N. Molfessis, Les revirements de jurisprudence ne vaudront-ils que pour
l'avenir ? JCP 2004. doctr. I. 189, p. 2295 ; V. Heuzé, A propos du rapport sur les revirements de
jurisprudence ; une réaction entre indignation et incrédulité, JCP 2005. I. 130, p. 671 ; Ch. Radé, De la
rétroactivité ces revirements de jurisprudence, D. 2005. doctr. 988 ; Ph. Théry, Les revirements de
jurisprudence, RTD civ. 2005. 625 ). Il est permis de se demander aujourd'hui ce qui reste de ces
vertueuses résolutions.
Cela dit, on peut comprendre le malaise que suscitent les instances à répétition sur la même affaire qui
surchargent les rôles et entraînent une perte de temps pour tout le monde. Mais un jour peut être devra-
t-on penser que la procédure civile n'a pas pour seul objectif la régulation des flux judiciaires et que
son but est aussi de sauvegarder la loyauté des débats et l'intérêt des plaideurs.
* RTD Civ. 2007 p. 383
Chose jugée : l'efficacité de la chose jugée à l'égard des tiers
(Com. 23 janv. 2007, pourvoi n° 05-19.523, inédit)
Roger Perrot, Agrégé des Facultés de droit ; Professeur émérite de l'Université Panthéon-Assas (Paris
II)
La motivation de l'arrêt rendu par la chambre commerciale de la Cour de cassation, le 23 janvier
2007, au sujet de la relativité de la chose jugée, exige que l'on s'y attarde un instant. Sans entrer dans
les détails d'une affaire assez complexe, retenons qu'elle avait trait à un contrat de franchise, assorti
d'un pacte de préférence au profit du franchiseur pour le cas où le franchisé vendrait son fonds de
commerce d'alimentation. Une sérieuse ambiguïté sur la durée du contrat de franchise a fait que le
fonds de commerce a été vendu à un tiers, à un moment où le franchisé pensait être libéré de toute
obligation, tandis que le franchiseur estimait que le contrat était encore en vigueur. Un tribunal
arbitral, saisi de ce litige, donna raison au franchiseur, et décida que le franchisé avait manqué à ses
engagements contractuels ; moyennant quoi le franchiseur, invoquant l'autorité attachée aux
énonciations de cette sentence, exerça une action en réparation contre le tiers acquéreur, considéré
comme ayant commis un acte de concurrence déloyale en participant à la violation du contrat de
franchise. Il a été débouté de sa demande, pour la raison qu'aucune faute n'était démontrée de la charge
du tiers acquéreur, pas même dans la sentence arbitrale, du fait qu'elle « n'avait autorité de la chose
jugée qu'entre les parties ». Cet arrêt a été cassé, au motif que « si une sentence arbitrale n'a autorité
de la chose jugée qu'eu égard au litige qu'elle tranche, elle n'en est pas moins opposable aux tiers ».
Nous voici au coeur d'un problème qui peut également se présenter lorsque le jugement émane d'une
juridiction étatique.
Comme on peut le constater, cet arrêt fait nettement la distinction entre « l'autorité » de la chose jugée,
qui est relative aux parties, et son « efficacité », qui est opposable à tous, la situation juridique
consacrée par le jugement étant un fait que personne ne peut nier. Et l'on mesure alors combien il est
téméraire, par un raccourci commode du vocabulaire, de présenter la relativité de la chose jugée en
disant que l'autorité d'un jugement est « inopposable aux tiers », comme si à leurs yeux la décision de
justice était une feuille de papier blanc. Mais dira-t-on, où est alors la différence entre les parties et les
tiers, si clairement affichée par l'article 1351 c. civ. ? Tout simplement en ceci que les parties, une fois
les recours épuisés, ne peuvent plus contester ce qui a été jugé, alors que les tiers sont admis à faire
juger que la décision qu'on leur oppose est mal fondée, afin d'en obtenir la rétractation, à leur égard
tout au moins, sauf indivisibilité (Civ. 2 e, 9 nov. 2006, pourvoi n° 05-17.907), (sur le délicat problème
de la charge de la preuve, R. Perrot, obs. RTD civ. 1999. 467 ). Ainsi d'ailleurs se comprend l'utilité de
la tierce-opposition qui n'aurait aucun sens si les tiers pouvaient systématiquement ignorer la situation
juridique reconnue par le jugement.
Cette distinction, dont l'importance a été soulignée avec éclat par la doctrine italienne (ET. Liebman,
Efficacia ed autorità della sentenza, 1962), a été acclimatée en droit français sous la plume de notre
regretté collègue L. Boyer (Les effets des jugements à l'égard des tiers, RTD civ. 1951. 163 s. ; adde,
Herou et Le Bars, Droit judiciaire privé, 3 e éd., n° 346 ; C. Blézy, l'efficacité substantielle des
jugements, n° 191 s.). Et depuis lors, elle a reçu sa consécration législative dans le domaine de la
filiation, à travers un article 324 c. civ. qui décide que « les jugements relatifs à la filiation sont
opposables, même aux personnes qui n'y ont point été parties » ; mais en ajoutant tout aussitôt que «
celles-ci ont le droit d'y former tierce-opposition ». Sans doute, s'agit-il d'un texte isolé. Mais le fait
que la même distinction a été reprise dans l'arrêt du 23 février 2007, pour trancher un litige qui n'a plus
rien à voir avec l'état des personnes, peut autoriser à penser que cet article 324 c. civ. n'aura été
finalement que le point d'émergence d'un principe plus général. Au reste, le présent arrêt est d'autant
plus significatif qu'il a été rendu à propos de l'autorité d'une sentence arbitrale, c'est-à-dire dans un
domaine où la relativité des conventions d'arbitrage aurait pu ajouter une objection de nature à faire
hésiter.
Et pourtant, malgré son importance doctrinale, cet arrêt ne sera pas publié au Bulletin. La Cour de
cassation a peut-être pensé qu'il n'est plus nécessaire de mobiliser les pages du Bulletin pour rappeler
l'existence de cette règle. C'est possible, mais on ne peut que le regretter.
En 1960, Mme X avait mis une maison à la disposition de ses anciens employés. En 2000, son héritier
demanda la restitution de la maison pour y loger un enfant. Cette demande fut rejetée par la Cour de
Caen. A la suite de l'arrêt du 3 février 2004, une nouvelle demande fut formée que la Cour de Caen
déclara irrecevable parce qu'il « incombait au demandeur de présenter dès l'instance relative à la
première demande l'ensemble des moyens de nature à fonder celle-ci ; que l'arrêt attaqué, constatant
que les consorts B... avaient été déboutés de leur demande d'expulsion des époux Y... par arrêt du 3
septembre 2002, n'a pu qu'en déduire, en l'absence de faits nouveaux venus modifier la situation ainsi
antérieurement reconnue en justice, et sans encourir les griefs de violation de l'article 6 § 1 de la
Convention européenne des droits de l'homme, des articles 544, 545 du code civil et de l'article 1 er du
protocole additionnel n° 1 à la Convention précitée, qu'ils étaient irrecevables en leurs prétentions
tendant aux mêmes fins puisqu'ils entendaient à nouveau obtenir, en se fondant en particulier sur le
droit de résiliation unilatérale reconnu au prêteur lorsque le prêt est à durée indéterminée, la résiliation
du contrat liant les parties et l'expulsion des époux Y... ». On pouvait penser qu'un prêteur n'était plus
tout à fait dépossédé de son bien. C'était compter sans la procédure qui a fourni aux juges la ressource
permettant de revenir, en pratique, à la solution de l'arrêt de 1996. Le prêt se trouve pérennisé alors
même que la position de la Cour de cassation, depuis 2004, est de permettre au prêteur « d'y mettre fin
à tout moment, en respectant un délai de préavis raisonnable ».
S'il faut sans doute savoir se rendre aux décisions de la Cour de cassation, encore faut-il qu'elle
fournisse quelque argument qui incite à un ralliement, même résigné. En l'espèce, le lecteur se trouve
en présence d'une décision aux conséquences injustes, fondée sur un pur artifice intellectuel puisque la
Cour reproche au plaideur en vertu d'une exigence encore informulée lors de la première demande, de
n'avoir pas invoqué un moyen qui, à ce moment, eût été inopérant. Solution inévitable, dira-t-on
puisque une solution jurisprudentielle est censée avoir existé de toute éternité, mais qui ne va pas sans
faire penser aux vérités historiques successives que décrit Georges Orwell dans « 1984 ».
De tout temps, donc, un principe de concentration des demandes a existé et les errements
jurisprudentiels dénoncés par François Terré et Yves Lequette à propos de la restitution du bien prêté
sont renvoyés au néant puisqu'en 2004, la Cour est revenue au droit de résiliation unilatérale du prêt à
durée indéterminée. S'il ignore la chronologie, l'enchaînement est logiquement imparable : le principe
de concentration des demandes formulé en 2006 existait nécessairement en 2000, ce qui permet de
comprendre pourquoi il est légitime de reprocher au prêteur de n'avoir pas alors invoqué au soutien de
sa prétention un droit de résiliation unilatérale qu'il devait connaître puisqu'il a été affirmé en 2004, ce
qui permet de maintenir en 2009 une solution révolue... Rabelais, Racine et Courteline ne savent pas
ce qu'ils ont manqué...
Au-delà d'une réaction d'humeur, la solution de cet arrêt appelle deux séries d'observations, les
premières sur les inconvénients particuliers de la jurisprudence dans le domaine de la procédure civile,
la seconde sur le fait que l'autorité de la chose jugée de l'arrêt de la cour de Caen ne pouvait, à notre
sens, faire obstacle à une demande de restitution qui relevait du seul droit substantiel, sans que le
jugement pût y faire obstacle.
• La première observation que suscite l'arrêt se rapporte au rôle de la jurisprudence dans la procédure
civile. Si la procédure, comme on le dit parfois, fixe les règles du jeu, c'est un drôle de jeu que celui
dont les règles sont rétrospectivement fixées en fin de partie... Si la Cour de cassation estime
indispensables des règles nouvelles, elle dispose des moyens nécessaires, officiels - propositions de
réformes dans son rapport annuel - ou officieux, pour promouvoir une réforme, rendue d'ailleurs plus
facile par le caractère réglementaire de la procédure. La Cour devrait donc s'abstenir de créer de
nouvelles règles de procédure, ce qu'elle a fait, quoi qu'elle en ait, en imposant le principe de
concentration des demandes. La réaction de tous les commentateurs, qu'ils soient hostiles ou
favorables à l'innovation, montre, à l'évidence, qu'il ne s'agit pas d'une simple interprétation de l'article
1351 du code civil mais bien d'une règle nouvelle. La violence du revirement, pour reprendre une
formule de Rémy Libchaber (RTD. civ. 2002. 176 s. ), appelait un débat que n'a pas permis l'énoncé
de la règle nouvelle par la voie jurisprudentielle. Ce débat s'imposait d'autant plus que le procès, dans
une opinion largement partagée, est devenu un lieu central de l'activité juridique. Vouloir qu'à un litige
donné, délimité par une certaine situation de fait, corresponde un unique procès - solution qui mérite
certainement que l'on y réfléchisse - impose de prendre un minimum de précautions, surtout de la part
d'un juge qui se réfère volontiers à l'article 6 § 1 de la Convention européenne.
Si le principe de concentration des demandes ne heurte pas les exigences d'un procès équitable (A.
Lacabarats, Autorité de la chose jugée au civil : la concentration des moyens au cours d'une même
instance et le droit d'accès au juge, Justice & cassation, 2008. 116 s.), la manière dont il a été imposé y
porte atteinte. M. Charruault, chargé du rapport dans l'affaire Cesareo, y soulignait que le respect des
exigences du procès équitable « ne commande pas de donner une prime à la négligence, voire à la
turpitude » (rapport IIA ; V. aussi Bull. inf. C. cass. 15 févr. 2008, L'autorité de chose jugée des
jugements civils). On tient là l'ambiguïté majeure de cette application du principe aux procédures
antérieures au revirement de 2006, application dont le caractère mécanique laisse entendre que le
comportement des parties relève toujours de la négligence ou de la turpitude. La chose est assez
singulière dans un droit qui présume la bonne foi et ne sanctionne l'abus du droit d'agir en justice que
de manière restrictive.
Rappelons que l'assemblée plénière de la Cour, dans un arrêt du 3 juin 1994, avait admis qu'une
précédente décision ayant statué sur la réalité et la validité du consentement à un contrat n'interdisait
pas d'en demander ultérieurement la nullité pour défaut de prix réel et sérieux. L'arrêt faisait donc
place à des procès successifs. Qui comprendra, dans ces conditions, qu'un comportement procédural
conforme à la solution retenue par l'assemblée plénière soit systématiquement considéré comme une
négligence ou une turpitude ? De ce point de vue, puisque la Cour entendait introduire elle-même le
principe de concentration, il eût certainement été préférable que l'affaire Cesareo fût réglée comme un
cas d'espèce, en décidant qu'il appartenait au juge d'apprécier la négligence du demandeur. Au
contraire, la jurisprudence fait apparaître une sorte de présomption irréfragable d'abus que la Cour
applique sans état d'âme à des procédures commencées à une époque où les parties n'avaient aucune
raison de soupçonner qu'une guillotine procédurale allait être mise en service. Or, le respect des
prévisions légitimes des parties tient une place importante dans l'appréciation par la Cour EDH du
respect de la Convention. Elle a, par exemple, refusé de sanctionner la condamnation d'un mari,
poursuivi pour viol de sa femme, en application d'un revirement de jurisprudence abandonnant une
antique règle excluant le viol entre époux parce que cet abandon était prévisible (S. W. c/ Royaume-
Uni, 22 nov. 1995) mais condamné la France sur le fondement de l'article 7 de la Convention « faute,
au minimum, d'une interprétation jurisprudentielle accessible et raisonnablement prévisible » (Pessino
c/ France, 10 oct. 2006). Elle a aussi admis l'application d'une loi nouvelle dans une instance en cours
à l'encontre de sociétés qui ne pouvaient ignorer que le gouvernement britannique prendrait toutes les
mesures possibles pour les empêcher de profiter d'une aubaine fiscale (National & provincial building
Cy, 23 oct. 1993). En l'espèce, l'application brutale d'une telle présomption a déjoué les prévisions
légitimes des parties. Comme le souligne M. Benmakhlouf dans l'avis rendu à propos de l'affaire
Césareo, les premières décisions à s'écarter de la solution retenue par l'assemblée plénière en 1994 ont
été rendues en 2004 (« c'est l'arrêt du 4 mars 2004 - Bull. civ. II, n° 84 - qui a opéré un revirement »).
C'est assez souligner que personne, pas même les juges, ne pouvait pressentir cette évolution. Peut-on
dire dans ces conditions que l'accès au juge a été respecté ?
• La solution n'est pas seulement inique. En la circonstance, elle nous semble inexacte car l'autorité de
la décision rendue en 2002 par la cour d'appel de Caen ne pouvait entraîner l'irrecevabilité de la
nouvelle demande. C'est le second aspect de cet arrêt qui touche aux rapports controversés entre la
procédure et le droit substantiel.
L'arrêt laisse entendre qu'en l'absence de faits nouveaux, la situation est, en quelque sorte, figée par la
décision rendue par la Cour d'appel de Caen qui, en 2002, a refusé au prêteur la restitution du bien. En
d'autres termes, la situation des parties serait désormais réglée par la décision rendue et non par les
règles impersonnelles applicables au contrat de prêt à usage. Peut-être, mais la chose n'est pas certaine,
la Cour se réfère-t-elle ainsi à l'analyse proposée par Pierre Mayer dans sa thèse (La distinction entre
règles et décisions et le droit international privé, Bibl. dr. int. privé, Dalloz, 1973) et reprise
notamment par Jacques Héron (V. la première édition de son Droit judiciaire privé, Précis Domat,
Montchrestien, 1991) et Corinne Bléry (L'efficacité substantielle des jugements civils, Bibl. dont.
privé, t. 328, LGDJ, 2000). Citons Jacques Héron : « Aussi longtemps qu'il n'existe pas de jugement,
la personne tient son droit de la règle abstraite qu'énonce le droit des obligations ou des biens. En
d'autres termes, son droit dépend exclusivement de la réunion des conditions énoncées dans le
présupposé de la règle. En revanche, lorsque le jugement a été rendu, le droit de la personne devient
indépendant de la règle de droit. C'est directement du jugement qu'elle le tient. Au sens propre du
terme, elle dispose d'un droit nouveau et véritablement distinct de celui qu'elle avait auparavant, en ce
qu'il repose sur la décision particulière dont elle bénéficie : pour elle, la décision remplace la règle
abstraite » (op. cit. n° 277).
Seulement, la portée de cette substitution de la décision à la « règle impersonnelle » est limitée car
l'effet substantiel de la décision qui fixe la situation des parties les replace aussitôt sous la dépendance
de ces mêmes règles impersonnelles. La jurisprudence de la Cour de cassation fournit quelques
exemples de la manière dont s'articulent le jugement et le droit substantiel. Une caution, même
condamnée à payer le créancier par une décision définitive demeure une caution. Aussi pourra-t-elle,
pour repousser une demande de paiement du créancier, lui opposer le défaut de déclaration de la
créance dans la procédure collective ouverte contre le débiteur principal (Com. 5 déc. 1995, Bull. civ.
IV, n° 277) ou, pour limiter la somme réclamée, se prévaloir de la méconnaissance par le créancier de
son obligation d'information légale (Cass., ch. mixte, 17 nov. 2006, D. 2007. 842, obs. R. Libchaber ).
Dans le même ordre d'idées, la Cour de cassation a décidé qu'une décision liquidant une astreinte
même passée en force de chose jugée disparaissait si la condamnation dont elle assurait l'exécution
était remise en cause (Civ. 2 e, 28 sept. 2000, Bull. civ. II, n° 134). L'obligation de la caution ou
l'astreinte conservent ainsi la nature d'accessoires que leur confère le droit substantiel, même
lorsqu'elles ont été judiciairement constatées. Les divers arrêts rendus à propos de la prescription
applicable après une condamnation judiciaire vont dans le même sens : la condamnation à payer les
dépens reste régie par la prescription biennale (Cass., ass. plén., 12 janv. 2007, Bull. n° 1) et la
prescription de l'article 2277 ancien s'applique aux dettes périodiques constatées par une décision
(Cass., ass. plén., 10 juin 2005, Bull. n° 6). Dans toutes ces hypothèses, le jugement vient se greffer
naturellement sur l'arrière-plan substantiel.
La situation n'est pas différente en l'espèce. A la suite de la décision de la cour de Caen, l'emprunteur
est en droit de rester dans les lieux. On peut voir là l'effet substantiel de la décision si l'on estime que
les décisions de débouté ont un effet substantiel (P. Mayer, op. cit. n° 85 et sa préface à la thèse de C.
Bléry, p. VI). Mais cet effet ne va pas au-delà : le bénéficiaire de la décision reste un emprunteur, tenu
d'une obligation de restitution. Ainsi que le souligne Corinne Bléry, « le jugement de débouté a
toujours pour conséquence le retour au statu quo ante » (op. cit. n° 110). Même si un jugement a été
rendu, la situation des parties demeure régie par le contrat. Il faudra bien que d'une manière ou d'une
autre le prêteur obtienne restitution. Comment ? La Cour lui oppose en l'espèce « l'absence de faits
nouveaux venus modifier la situation ainsi reconnue en justice », mais on peut douter du bien-fondé de
cette objection. La décision maintient le prêt. Ce faisant, elle ne reconnaît rien sinon que l'argument
invoqué pour demander la restitution était inopérant. A titre de comparaison, on peut se référer à
nouveau à Jacques Héron : « lorsqu'un jugement rejette une demande en recherche de paternité
naturelle au motif que le demandeur ne vivait pas en concubinage avec la mère de l'enfant pendant la
période légale de conception, il ne décide pas que ce défendeur n'est pas le père de l'enfant ; il dit
seulement que la demande ne peut aboutir sur le fondement du concubinage » (n° 277 - V. en ce sens
Civ. 1re, 21 sept. 2005, Bull. civ. V, n° 340). Le rejet de la demande de restitution n'implique pas que
l'emprunteur se trouve dispensé de restituer mais seulement que, hic et nunc, il peut rester dans les
lieux en dépit de sa qualité d'emprunteur. Mais, en cette qualité et parce que le contrat est à durée
indéterminée, il demeure nécessairement exposé à une nouvelle demande de restitution. L'absence de
faits nouveaux sur laquelle la Cour étaie sa décision est sans importance. Au jour où la nouvelle
demande est formée, seules s'appliquent les « règles impersonnelles » qui gouvernent le contrat de prêt
et non une décision dont les effets, en supposant qu'ils existent, sont épuisés. Or, ces règles permettent
au prêteur d'obtenir la restitution du bien en usant de son droit de résilier le contrat, sans même devoir
alléguer le moindre fait, à la seule condition de respecter un délai de préavis raisonnable.
Voilà un bien méchant arrêt dont la critique la plus sévère vient de la Cour de cassation elle-même si
l'on en juge par le commentaire à la fois naïf et cynique paru au Recueil Dalloz (préc. p. 529) : « Le
prêteur n'aurait-il pas pu (...), sans que puisse lui être opposée la fin de non-recevoir tirée de la chose
précédemment jugée, introduire une nouvelle demande fondée sur la règle consacrée par la nouvelle
jurisprudence ? En refusant ce raisonnement, la Cour de cassation a entendu donner au principe de
concentration des moyens une portée très large, fût-ce au prix d'une solution qui peut paraître (sic !)
injuste pour le prêteur ainsi privé de la possibilité de récupérer son bien. On en vient ainsi à un autre
moyen développé par le pourvoi : l'atteinte au droit de propriété et la privation de l'accès au juge.
Mais, là encore, la Cour cassation a considéré que ces atteintes étaient justifiées par les exigences du
principe de concentration des demandes ».