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Défis

Ce livre, produit par le réseau des Économistes en chef des gouvernements (CEoG), vise à promouvoir des politiques publiques basées sur des données probantes pour soutenir la croissance économique en Afrique subsaharienne. Il aborde des thèmes tels que le rôle du secteur privé dans le financement du développement, l'impact des technologies numériques sur la fiscalité, et la mobilisation des recettes intérieures par les gouvernements. Bien que soutenu par la Banque mondiale, les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles de l'institution.

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Défis

Ce livre, produit par le réseau des Économistes en chef des gouvernements (CEoG), vise à promouvoir des politiques publiques basées sur des données probantes pour soutenir la croissance économique en Afrique subsaharienne. Il aborde des thèmes tels que le rôle du secteur privé dans le financement du développement, l'impact des technologies numériques sur la fiscalité, et la mobilisation des recettes intérieures par les gouvernements. Bien que soutenu par la Banque mondiale, les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles de l'institution.

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Économistes en chef des gouvernements

FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR


Ce livre est le fruit du travail des membres du réseau des Chief

Financer les
Economists of Government (CEoG). Les constatations, interpréta-
tions et conclusions présentées ici ne reflètent pas nécessairement

économies africaines
les points de vue de la Banque mondiale.

Le CEoG est un réseau de pairs composé de conseillers économiques


en chef auprès des chefs d’État d’Afrique subsaharienne. L’initiative

de l’intérieur
a pour objectif de promouvoir la croissance économique et la trans-
formation structurelle en renforçant l’élaboration de politiques
publiques fondées sur les données probantes dans les pays africains.
Pour atteindre cet objectif, l’initiative rassemble et soutient un réseau
de pairs composé de conseillers économiques auprès des Présidents
et Premiers ministres. Elle est portée par le Bureau de l’Économiste
en chef de la région Afrique de la Banque mondiale.

Ce livre a été réalisé avec le soutien financier du Think Africa Partnership.

Économistes en chef des gouvernements

AFRICAN MINDS AFRICAN

www.africanminds.org.za
MINDS
Financer les économies africaines
de l’intérieur

Économistes en chef des gouvernements


Cet ouvrage est issu du réseau des Économistes en chef des gouvernements (Chief
Economists of Government - CEoG). Ce réseau de pairs, composé de conseillers économiques
en chef auprès des chefs d’État d’Afrique subsaharienne, a pour objectif de promouvoir
l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes dans la région. Le Bureau
de l’Économiste en chef pour l’Afrique de la Banque mondiale est l’hôte de ce réseau.
Toutefois, les constatations, interprétations et conclusions présentées ici ne reflètent pas
nécessairement les points de vue de la Banque mondiale ni des administrateurs qu’elle
représente. Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier du Think
Africa Partnership.

Droits et autorisations

Publié en 2025 par African Minds


4 Eccleston Place, Somerset West, 7130, Le Cap, Afrique du Sud
[email protected] | www.africanminds.org.za

CC-BY 2025 African Minds


Sauf indication contraire, tous les contenus de ce document sont soumis à une licence
internationale « Creative Commons Attribution 4.0 ».

Les opinions exprimées dans cette publication sont celles de l’auteur. En cas de citation
de l’un des chapitres, le lecteur est prié de mentionner l’auteur.

ISBN (papier) : 978-1-0672536-8-4


Édition eBook : 978-1-0672536-9-1
Édition ePub : 978-1-0672537-0-7

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Attribution – Veuillez citer ce travail comme suit : Économistes en chef des gouvernements
(2025) Financer les économies africaines de l’intérieur. Le Cap : African Minds.
TABLE DES MATIÈRES

Liste des Figures 6


Liste des tableaux 7
Liste des encadrés 7
Remerciements 9
À propos des conseillers économiques des chefs d’État ou de gouvernement
contributeurs 10
Acronymes et abréviations 14
Préface 17
Avant-propos 19
Résumé exécutif 21
Chapitre 1 : Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement
du développement 31
1.1 Introduction 31
1.2. Cartographie du paysage du secteur privé africain 25
1.2.1. Caractéristiques du secteur privé en Afrique 33
1.2.2. Principaux défis auxquels est confronté le secteur privé en Afrique 35
1.2.3. Le secteur privé africain : moteur de croissance et de durabilité 40
1.3. Comment le secteur privé pourrait-il jouer un rôle dans le financement
du développement de l’Afrique ? 43
1.3.1 Comment améliorer la contribution des banques et des
investisseurs institutionnels africains au financement du
développement ? 43
1.3.2. Comment attirer le secteur privé national vers le financement
des infrastructures 46
1.4. Études de cas par pays 49
1.4.1. Consolider l’autosuffisance en matière de financement du
développement : l’expérience mauricienne 50
1.4.2. Des marchés financiers bien développés, mais des taux
d’investissement faibles : le paradoxe sud-africain 62
1.4.3. Développement du secteur financier : la voie à suivre 68

3
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

1.5. Conclusion 70
Références 71
Chapitre 2. Les technologies numériques et la fiscalité 73
2.1. Introduction 73
2.2. Tirer parti de la numérisation pour améliorer la mobilisation des
ressources intérieures 76
2.2.1. Fiscalité de l’économie numérique 78
2.2.2. Numérisation de l’administration fiscale et modernisation
des systèmes fiscaux 79
2.3. Contraintes environnementales pesant sur la récolte des dividendes
numériques et défis fiscaux de l’économie numérisée 82
2.3.1. Contraintes environnementales pesant sur la récolte des
dividendes numériques 82
2.3.2. Défis fiscaux de l’économie en voie de numérisation 85
2.3.3. Efforts multilatéraux pour relever les défis fiscaux liés à la
numérisation 87
2.4. Études de cas par pays sur l’adoption d’outils numériques dans les
administrations douanières et fiscales 89
2.5. Principaux enseignements pour des réformes réussies des TIC dans
l’administration fiscale 96
2.6. Vers de plus hauts niveaux de numérisation ou de maturité numérique 99
2.7. Conclusion 101
Références 102
Chapitre 3. Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la
mobilisation des recettes intérieures 106
3.1. Introduction 106
3.2. La politique de mobilisation des recettes intérieures 109
3.2.1. Performance des recettes au Sénégal, au Cameroun et au Ghana 110
3.2.2. La structure fiscale au Sénégal, au Cameroun et au Ghana 113
3.3. Programmes de réforme récents mis en œuvre pour augmenter les
recettes fiscales et non fiscales 126
3.3.1. Stratégie gouvernementale pour stimuler la mobilisation des
recettes nationales au Sénégal, au Ghana et Cameroun 127
3.3.2. Aperçu des programmes de réforme du Sénégal, du Ghana et
du Cameroun 133
3.4. Les défis liés à la contribution à la mobilisation des recettes
nationales pour les entreprises publiques 135
3.5. Conclusion 139
Références 141
Chapitre 4. De la concurrence fiscale à la coopération ? 146
4.1. Introduction 146

4
Table des matières

4.2. Importance des recettes fiscales pour les pays africains 149
4.2.1. Importance de l’impôt sur les sociétés pour les pays africains 152
4.3. Le paysage de la concurrence fiscale en Afrique 155
4.3.1. Concurrence et incitations fiscales en Afrique 155
4.3.2. Défis posés par la concurrence et les incitations fiscales en
Afrique 157
4.3.3. L’approche du Rwanda pour relever les défis de la concurrence
fiscale 160
4.4. De la concurrence fiscale à la coopération ? 163
4.4.1. Évaluer la pertinence du régime fiscal international actuel
pour l’Afrique 165
4.4.2. Équilibrer les opportunités et les risques de la résolution de
l’ONU sur la coopération fiscale pour la mobilisation des
ressources intérieures de l’Afrique 170
4.4.3. Le rôle de la stratégie fiscale de la Commission de l’Union
africaine pour l’Afrique 172
4.4.4. Autres initiatives régionales visant à aider les pays africains à
réduire la concurrence fiscale grâce à une meilleure coopération 174
4.5. Conclusion 176
Références 177

5
Liste des Figures

Figure 1 : Évolution de l’investissement total et de l’épargne totale entre


1968 et 2021, en pourcentage du PIB 52
Figure 2 : Bourse de Maurice, capitalisation boursière, en pourcentage
du PIB 56
Figure 3 : Excédent de liquidités (en millions de MUR) 56
Figure 4 : Recettes fiscales totales, en pourcentage du PIB 57
Figure 5 : Recettes provenant de la taxe sur les ventes et de la TVA, en
pourcentage du PIB 57
Figure 6 : Recettes tirées des droits d’importation en pourcentage du PIB 58
Figure 7 : Recettes tirées des droits d’accises en pourcentage du PIB 58
Figure 8 : Actifs financiers, en pourcentage du PIB 60
Figure 9 : Crédit total au secteur privé, en pourcentage du PIB 60
Figure 10 : Ratio monnaie au sens large/PIB 60
Figure 11 : Nombre d’entreprises et de titres cotés à la SEM 60
Figure 12 : Sources intérieures et extérieures de financement public 61
Figure 13 : Ratio du service de la dette en pourcentage des exportations 61
Figure 14 : Capitalisation boursière en pourcentage du PIB 63
Figure 15 : Formation brute de capital fixe du secteur privé (en
pourcentage du PIB) dans quelques pays 63
Figure 16 : Stock de fonds en Afrique du Sud en 2019 66
Figure 17 : Efficience des systèmes fiscaux dans les pays africains 77
Figure 18 : Ventes en ligne de biens physiques en Afrique entre entreprises
et consommateurs finaux (B2C), de 2017 à 2025 (en millions
d’USD) 79
Figure 19 : Niveaux de dépenses en TIC et capital humain 84
Figure 20 : Taxes sur le commerce international en millions d’USD 90
Figure 21 : Ratio impôts/PIB en pourcentage du PIB 95
Figure 22 : Évolution de la mobilisation des recettes au Sénégal, au
Cameroun et au Ghana en 2015–2020, en pourcentage du PIB 113
Figure 23 : Répartition des recettes fiscales au Sénégal, au Cameroun et au
Ghana en 2020 115

6
Liste des Figures, des tableaux, des encadrés

Figure 24 : Structures fiscales en Afrique en 2020, pourcentage des


recettes fiscales totales 150
Figure 25 : Part des gros contribuables dans les recettes publiques totales
en Afrique, 2015 151
Figure 26 : Recettes fiscales en Afrique, 2020 (pourcentage du PIB) 152

Liste des tableaux

Tableau 1. Épargne intérieure brute (en pourcentage du PIB) 38


Tableau 2. Dynamique des capitaux privés en Afrique, 2017–2021 (en
milliards d’USD) 39
Tableau 3. Réformes réglementaires pour encourager le secteur privé à
financer les infrastructures 70
Tableau 4. Résumé des exonérations fiscales, des secteurs clés et des
pertes de recettes 121
Tableau 5. Résumé des mesures visant à limiter les effets négatifs des
exonérations fiscales 123
Tableau 6. Résumé des réformes fiscales récentes au Sénégal, au Ghana
et au Cameroun 133
Tableau 7. Structures fiscales en Afrique vs économies d’autres régions
(2020) 153

Liste des encadrés

Encadré 1. Mobilisation des ressources nationales en Guinée et


numérisation des douanes 89
Encadré 2. Le parcours de numérisation de l’Office rwandais des recettes 91
Encadré 3. Système douanier et fiscal et parcours de numérisation de la RDC 95

7
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Encadré 4. Stratégies visant à améliorer la contribution des entreprises


publiques africaines à la mobilisation des recettes intérieures 138
Encadré 5. Défis et opportunités budgétaires dans les économies
africaines dans un contexte d’incertitude mondiale 148
Encadré 6. Perspectives sur les incitations fiscales 155
Encadré 7. Le paradoxe des exonérations fiscales pour attirer les
investissements étrangers en Afrique 156
Encadré 8. Fiscalité minière et impact en Guinée 159
Encadré 9. Coopération fiscale : une meilleure alternative pour les pays
africains ? 173

8
Remerciements

Cet ouvrage est le premier rédigé par des membres du programme des
Économistes en chef des gouvernements (CEoG), un réseau comprenant plus de
40 conseillers économiques en chef des chefs d’État ou de gouvernement d’Afrique
subsaharienne. Il vise à rassembler les leçons et les expériences de ces économistes
sur le financement national, décisif pour l’avenir du continent. En outre, le livre
soutient l’un des principaux objectifs du programme CEoG, l’apprentissage par les
pairs, tout en aidant les pays à mobiliser davantage de recettes internes en faveur
du développement.
La coordination et la préparation de l’ouvrage ont été effectuées sous la
direction de Mohamed Lamine Doumbouya, Mamadou Tanou Balde et Maximilien
Onga Nana. Les chapitres ont bénéficié des contributions de : Abdallah Msa,
Amina Rwakunda, Elung Paul Che, Gnounka Touré Diouf, Marcellin Bilomba,
Mohamed Lamine Doumbouya, Momodou Dibba, Sen Narrainen, Stephane
Ouedraogo et Trudi Makhaya, et de la collaboration de Colette Nyirakamana,
George Marbuah, Maimouna Diakité et Nara Monkam.
L’équipe exprime toute sa gratitude à Albert Zeufack, ex-économiste en chef
pour la région Afrique, qui a initié ce travail, et à son successeur Andrew Dabalen,
l’économiste en chef pour la région Afrique. Elle est en outre reconnaissante
envers l’équipe de l’économiste en chef, ainsi que le Secrétariat du CEoG, pour son
soutien. Ce Secrétariat est composé de James Cust, Justice Mensah, Maximilien
Onga Nana, Mamadou Tanou Balde, Juliette Lehner, Hannah Grupp, Olumide
Lawal, Abrah Desiree Brahima et Constantine Manda.
L’équipe remercie également les participants aux forums annuels du CEoG et
les évaluateurs externes Anand Rajaram et Franz Krige Siebrits pour leurs
commentaires pertinents.
Enfin, elle tient à remercier le fonds fiduciaire Think Africa Partnership (TAP)
pour son appui financier.

9
À propos des conseillers économiques des
chefs d’État ou de gouvernement
contributeurs

Marcellin Bilomba
De mars 2019 à 2022, M. Marcellin Bilomba a été conseiller principal du président
de la RDC Félix Tshisekedi au Collège économique, avant d’être nommé directeur
général de Sonahydroc. Auparavant, il avait occupé plusieurs postes clés,
notamment ceux de directeur général de Transkin International SARL à Genève
de janvier 1998 à juin 2000 et à Kinshasa de 2006 à 2019 ; de B&M Services SARL
à Paris de février 2004 à novembre 2005 ; et du Geneva Business Institute entre
juin 2000 et octobre 2003.

Elung Paul Che


M. Elung Paul Che est secrétaire général adjoint de la présidence du Cameroun
et a occupé plusieurs postes administratifs dans ce pays. Ex-directeur général
de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH), il a été nommé
ministre délégué auprès du ministre des Finances. Il a également occupé les
postes suivants : payeur général pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest,
directeur du Trésor, directeur général du Trésor, auditeur à la Banque des États
de l’Afrique centrale (BEAC), commissaire à la Commission bancaire de l’Afrique
centrale (COBAC), commissaire à la Commission des marchés financiers de
la BEAC, membre du comité d’audit de la BEAC et point focal de la réforme du
système de paiement dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique
centrale (CEMAC), entre autres.

Momodou Dibba
M. Momodou K. Dibba a occupé le poste de directeur de l’analyse des politiques
au département de politiques stratégiques et de mise en œuvre du bureau du
président de la Gambie. Avant d’assumer cette fonction, il a travaillé pendant

10
À propos des conseillers économiques des chefs d’État ou de gouvernement contributeurs

cinq ans au ministère des Finances et des Affaires économiques. En 2022, il


a également occupé le poste de coordinateur national du Secrétariat national
de la protection sociale, au sein du bureau du vice-président. Il a travaillé sur
la Loi nationale sur la protection sociale de 2024, qui a créé l’Agence nationale
de protection sociale et introduit la première législation sur l’assistance sociale
dans le pays. En janvier 2025, il a été nommé premier directeur exécutif de
cette Agence. Avant sa nomination, M. Dibba a travaillé pour le Somaliland
sur son Plan de développement national III en tant qu’expert en économie du
développement, dans le cadre d’une année sabbatique de la fonction publique. M.
Dibba est titulaire d’une maîtrise en économie de l’université de Berne, en Suisse,
et il est actuellement doctorant en économie à l’université de Witwatersrand, à
Johannesburg, en Afrique du Sud.

Mme Gnounka Touré Diouf


Mme Gnounka Touré Diouf a été ministre et conseillère économique en chef
chargée des affaires économiques auprès de l’ancien président du Sénégal, Macky
Sall. À ce titre, elle a supervisé la politique économique, notamment le Plan
Sénégal Émergent. Elle a également été membre du Comité de politique monétaire
de la Banque centrale et a assuré le suivi de la politique d’intégration avec l’Union
africaine, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD)
et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Mme Diouf est la
sherpa pour le Sénégal auprès du G20 et a participé à la mise en œuvre de l’initiative
Compact with Africa (CwA). Auparavant, elle a été secrétaire générale adjointe du
ministère de l’Économie et des Finances, où elle a conçu diverses stratégies de
politique économique, notamment la Stratégie de croissance accélérée du Sénégal.
Elle est titulaire d’un master de l’École nationale d’administration (ENA) du
Sénégal et diplômée de l’Institut de développement économique de l’université de
Pittsburgh. Après avoir servi au gouvernement du Sénégal, Elle a été invitée en
tant qu’experte au CEoG.

Mohamed L. Doumbouya
Dr. Mohamed Doumbouya a été ministre conseiller économique en chef d’Alpha
Condé, l’ancien président de la Guinée. De 2016 à 2018, Dr. M. Doumbouya a été
Ministre du Budget de la Guinée. Il dirige actuellement le projet d’ouvrage du
CEoG, Financer les économies africaines de l’intérieur. Il est économiste et expert en
développement économique, en banques et politique monétaire. En tant qu’ancien
ministre-conseiller de l’ex-président de la Guinée, M. Doumbouya a supervisé
l’établissement de perspectives claires en matière de réforme financière dans le
domaine de la gestion des finances publiques et a suivi les progrès réalisés dans

11
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

ce domaine. Avant de rejoindre l’administration guinéenne, M. Doumbouya


enseignait l’économie à l’université d’Ottawa, au Canada.

Trudi Makhaya
Mme Trudi Makhaya a été conseillère économique du président Cyril Ramaphosa
de 2018 à 2023. Entre 2003 et 2010, elle a travaillé chez Deloitte, Genesis
Analytics et AngloGold Ashanti en Afrique du Sud. Entre 2010 et 2014, Trudi a
été économiste et membre du comité exécutif de la Commission de concurrence
d’Afrique du Sud. En 2015, elle a fondé un cabinet de conseil axé sur la politique
de concurrence et l’entrepreneuriat. Elle est titulaire d’un MBA et d’une maîtrise
en économie du développement de l’Université d’Oxford.

Abdallah Msa
Dr. Abdallah Msa possède plus de quarante ans d’expérience dans l’évaluation,
l’analyse, le développement, la mise en œuvre et le suivi des politiques de
développement sectorielles et globales. Sa formation doctorale en analyse
économique, ainsi que son expérience dans des missions et des rôles importants,
aussi bien dans son pays qu’au sein de la Commission de l’Union africaine
et de la Banque africaine de développement, ont renforcé son expertise en
matière d’évaluation et de suivi des politiques et des programmes/projets de
développement, en particulier en Afrique. Il a été consultant gouvernemental
en matière économique et financière et économiste en chef du gouvernement
auprès de la présidence de l’Union des Comores de février 2018 à février 2023. Il a
également été administrateur/membre du conseil d’administration de la Banque
africaine de développement entre 2013 et 2016.

Sen Narrainen
Dr. Streevarsen Narrainen est conseiller économique principal au ministère des
Finances et du Développement économique (MOFED) depuis 2003. Il a exercé
les fonctions de conseiller économique principal auprès du Premier ministre de
Maurice entre 1996 et 2000 et de conseiller économique au MOFED entre 1989
et 1996. Avant 1989, il était maître de conférences d’économie à l’université de
Winnipeg et à l’université du Manitoba au Canada. Il est titulaire d’un doctorat
en économie de l’Université McGill à Montréal, Canada, avec une spécialisation
en théorie et politique monétaires. Il est également membre du Comité de
politique monétaire de la Banque de Maurice depuis mars 2015.

Stéphane Ouedraogo
M. Stéphane Ouedraogo est un ex-conseiller spécial du président du Burkina Faso
chargé des finances, de l’économie et de l’investissement, poste qu’il a occupé de

12
À propos des conseillers économiques des chefs d’État ou de gouvernement contributeurs

2016 à 2022. Dans sa fonction précédente, il a fourni une orientation stratégique


sur les plans économiques, politiques et de développement aux niveaux national
et régional et a participé à la conception et à la mobilisation de financement pour
le Plan national de développement économique. Avant d’occuper ce poste, il a
travaillé à la direction d’Arysta Life Science pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique
centrale. Il est titulaire d’un MBA en finance et systèmes d’information de
l’université Pace de New York.

Amina Rwakunda
Mme Amina Umulisa Rwakunda est l’ancienne économiste en chef du ministère
des Finances et du Développement économique du Rwanda. Elle est membre du
Conseil d’administration de la Bourse du Rwanda (RSE – Rwanda Stock Exchange)
et de l’Institut national de la statistique du Rwanda (NISR – National Institute
of Statistics Rwanda). Mme Rwakunda est une économiste expérimentée et une
négociatrice chevronnée dans le domaine de l’intégration régionale. Elle a joué le
rôle de négociatrice en chef adjointe pour le Groupe de travail de haut niveau du
Rwanda sur l’Union monétaire de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE). Elle
participe également aux négociations sur les politiques fiscales. Mme Rwakunda
est titulaire d’une maîtrise en économie du développement de l’Université
d’Anvers, en Belgique.

13
Acronymes et abréviations

AML Lutte contre le blanchiment de capitaux.


AMTs Impôts minimums de remplacement
ANSD Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie
ASS Afrique subsaharienne
ATAF Forum africain d’administration fiscale

BAD Banque africaine de développement


BdM Banque de Maurice
BEPS Érosion de l’assiette fiscale et transfert des bénéfices
BO Propriété effective

CbCr Déclaration pays par pays


CBT Comité technique de la fiscalité transfrontalière
CEDEAO Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
CEMAC Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale
CEPS Douanes, accises et services préventifs
CER Commissions économiques régionales
CFR Coopération fiscale régionale
CGP Plateforme de Co-garantie pour l’Afrique
CNUCED Conférence des Nations unies sur le Commerce et le
Développement
CRSE Commission de Régulation du Secteur de l’Énergie
CSF Commission des services financiers
CUA Commission de l’Union africaine
CwA Compact with Africa

DBM Banque de développement de Maurice


DEM Marché du développement des entreprises
DGI Direction générale des Impôts

14
Acronymes et abréviations

DGID Direction générale des Impôts et Domaines


DVLA Autorité de délivrance des permis de conduire et des licences

EBM Appareils de facturation électronique


EIB Épargne intérieure brute
EMN Entreprises multinationales
EP Entreprise publique
ESG Environnementaux, sociaux et de gouvernance

FFI Flux financiers illicites


Fintech Technologie financière
FMI Fonds monétaire international
FTA Forum sur l’Administration Fiscale

GRA Office ghanéen des recettes


GSMA Association mondiale des opérateurs mobiles

HNWI Particuliers disposant d’une valeur nette élevée

ICRTIC Commission indépendante pour la réforme de la fiscalité


internationale des entreprises
IDE Investissements directs étrangers
IF Cadre inclusif du G20/OCDE pour la mise en œuvre du BEPS
IPO Premiers appels publics à l’épargne
IS Impôt sur les sociétés
IRS Service des impôts (Internal Revenue Service)
ITTI Inventaire des initiatives de technologie fiscale

LFT Lutte contre le financement du terrorisme

MHC Société mauricienne de logement (Mauritius Housing Company)


MIC Société d’investissement de l’île Maurice (Mauritius
Investment Company)
MOBAA Autorité mauricienne chargée des activités commerciales offshore
(Mauritius Offshore Business Activities Authority)
MRI Mobilisation des ressources intérieures

OCDE Organisation de coopération et de développement économiques


ONP Office national des pensions

15
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

PAAA Plan d’action d’Addis-Abeba


PAPSS Système de paiement et de règlement panafricain
PCF Plateforme de collaboration fiscale
PIB Produit intérieur brut
PME Petites et moyennes entreprises
PPP Partenariats publics-privés
PSE Plan Sénégal Emergent

RA-GAP Programme d’analyse des écarts de l’administration fiscale


RRA Office rwandais des recettes
RSE Responsabilité sociale des entreprises

SADC Communauté de développement de l’Afrique australe


SBM Banque d’État de Maurice.
SEM Bourse de l’île Maurice
SENELEC Société Nationale d’Électricité du Sénégal
SICOM Compagnie d’assurance d’État de Maurice (State Insurance
Company of Mauritius)
SIGA Agence de gestion des participations de l’État (State Interest and
Governance Authority)
SMN Sociétés multinationales
SRMT Stratégie de mobilisation des recettes à moyen terme
SSNIT Système national de sécurité sociale et d’assurance sociale
STVA Service de la TVA
SYDONIA Système douanier automatisé

TADAT Outil diagnostique d’évaluation de l’administration fiscale


TIC Technologies de l’information et des communications
TIN Numéro d’identification fiscal
TIWB Inspecteurs des impôts sans frontières
TVA Taxe sur la valeur ajoutée

UA Union africaine
UE Union européenne
UNECA Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique
URA Administration fiscale de l’Ouganda (Uganda Revenue Authority)

ZLECAf Zone de libre-échange continentale africaine

16
Préface

L’Afrique se trouve à un moment charnière de son histoire : elle laisse derrière elle
les chocs récents des crises financières, pandémies et réduction de l’aide, et améliore
sa gestion macroéconomique afin de construire un avenir prospère pour ses 1,5
milliard d’habitants. Pour atteindre cette prospérité, le continent doit croître plus
rapidement et de manière consistante, sur plusieurs décennies, ainsi que veiller
à ce que personne ne soit laissé pour compte. Cela nécessite des investissements
massifs – tant publics que privés. Alors que l’aide publique au développement
diminue, que les niveaux d’endettement extérieur restent élevés et que l’accès aux
marchés financiers internationaux devient de plus en plus difficile et coûteux, le
financement de ces investissements nécessite de mobiliser des ressources internes.
Cet ouvrage, Financer les économies africaines de l’intérieur, propose une analyse
opportune, perspicace et propose des solutions pour la mobilisation des ressources
domestiques afin que celui-ci devienne le moteur du développement durable en
Afrique. En partant du principe que l’Afrique, si elle veut se développer réellement,
doit tirer parti de la puissance de ses institutions, de son capital et de ses
populations. Ainsi, l’ouvrage offre une feuille de route complète sur la manière
dont les pays africains peuvent bâtir des économies solides et autofinancées. Il
met également en lumière le rôle essentiel du secteur privé et identifie les éléments
structurels et politiques qui freinent un réel développement financier. Qu’il
s’agisse de lacunes en matière d’infrastructures, d’accès limité au financement, de
problèmes de gouvernance ou d’incertitudes politiques, le livre délivre un
diagnostic sans complaisance. Mais surtout, il propose des stratégies concrètes et
fondées sur des données probantes pour surmonter ces défis.
S’appuyant sur de puissantes études de cas – comme la trajectoire progressive
de l’île Maurice vers l’autonomie financière ou les réformes réussies de la fiscalité
numérique au Rwanda – l’ouvrage illustre comment l’innovation, la cohérence des
politiques publiques et la réforme institutionnelle peuvent générer un impact
durable. Il explore également le potentiel croissant de la numérisation pour
améliorer aussi bien l’administration qu’élargir l’assiette fiscale, et renforcer la

17
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

redevabilité. Il n’élude pas les défis régionaux et mondiaux complexes, tels que les
incitations fiscales sans résultats, le transfert de bénéfices par les multinationales
ou les déséquilibres dans les négociations fiscales internationales.
L’Afrique a besoin d’un leadership intellectuel audacieux, informé et indépend-
ant pour orienter des politiques économiques au service de ses peuples. Ce livre
incarne cette vision. Il remet en question les paradigmes dépassés, repositionne le
secteur privé national comme moteur principal de croissance, et propose des cadres
d’action concrets pour stimuler les investissements dans les infrastructures et la
formation de capital. Il souligne que le progrès durable ne réside pas dans l’évite-
ment des défis de la gouvernance, mais dans leur résolution par des institutions
renforcées, une meilleure gestion budgétaire et des partenariats innovants.
L’ouvrage se distingue notamment par l’identité de ses auteurs. Rédigé par
des Conseillers économiques en chef auprès de Chefs d’État africains, il reflète
la sagesse collective, l’expérience et le leadership politique d’un réseau de
professionnels qui ont conseillé les gouvernements africains au plus haut niveau.
Les idées présentées dans ce livre sont nourries par des années d’engagement
direct dans la planification macroéconomique, l’élaboration des budgets, les
stratégies d’investissement et la mise en œuvre de réformes structurelles. Elles
sont façonnées par les questions urgentes débattues en Conseil des ministres et
par les leçons tirées de l’accompagnement quotidien des ministres des Finances,
des présidents et des premiers ministres.
Ce livre – le premier d’une série – publié par le Chief Economist of Government
(Réseau des économistes en chef de gouvernement – CEoG) est un témoignage du rôle
crucial qu’un réseau de conseillers économiques de haut niveau peut jouer dans
l’élaboration des politiques publiques en Afrique. Ce réseau offre une plateforme
d’apprentissage entre pairs, de leadership intellectuel et de voix africaines sur les
enjeux mondiaux, régionaux et locaux du développement du continent. Nous
espérons qu’il deviendra la principale plateforme où le savoir rencontre l’expérience,
au bénéfice de tous, et en particulier des futurs conseillers politiques africains.
Enfin, Financer les économies africaines de l’intérieur est bien plus qu’un livre ;
c’est un appel à l’action. Il nous rappelle qu’avec les bonnes politiques, institutions
et un leadership éclairé, l’Afrique peut financer son propre développement, en ses
propres termes. Nous espérons que ce travail inspirera les décideurs politiques, les
partenaires au développement, les chercheurs et les citoyens à s’engager sur une
nouvelle voie du parcours économique africain – une voie où les ressources
internes, et non l’aide externe, constituent le socle de la prospérité.

Andrew Dabalen Albert G. Zeufack


Économiste en chef, Région Afrique, Directeur de Division, Angola, Burundi,
Banque mondiale DRC and STP; Ancien Économiste
en chef Banque mondiale

18
Avant-propos

Dans le paysage dynamique et en constante évolution de l’économie mondiale, le


continent africain se situe à un moment charnière. La quête du développement
durable et de l’autonomie économique n’a jamais été aussi cruciale. Cet ouvrage
de référence, intitulé Financer les économies africaines de l’intérieur, représente
l’aboutissement d’expériences, de réflexions et d’enseignements apportés par
des acteurs occupant des postes clés au sein des administrations publiques, en
particulier en tant que conseillers de chefs d’État ou de gouvernements. Cet
ouvrage est le premier en son genre, rédigé par des conseillers économiques
en chef de chefs d’État africains ou conseillers économiques en chef des
gouvernements, et le premier issu de l’initiative des Économistes en chef des
gouvernements (CEoG – Chief Economists of Government). Il reflète également la
sagesse collective des conseillers des chefs d’État ou de gouvernement, recueillie
grâce à l’apprentissage par les pairs, ainsi que les expériences partagées des
praticiens du développement africains.
Cet ouvrage est motivé par la conviction profonde que les économies africaines
ont le potentiel de prospérer grâce à des stratégies et des solutions impulsées de
l’intérieur. En tant que conseillers de chefs d’État, ils ont été les témoins directs
des défis que pose la mise en œuvre de politiques visant à mobiliser des ressources
intérieures pour financer les économies africaines. Cet ouvrage s’efforce de fournir
une compréhension globale de ces expériences, en offrant des leçons précieuses et
des éclairages pratiques à l’attention des dirigeants actuels et futurs.
Le public cible comprend les décideurs politiques, les praticiens du
développement, les universitaires, ainsi que toute personne directement
intéressée par le développement et le financement des économies africaines. Les
lecteurs peuvent s’attendre à acquérir grâce à cet ouvrage une compréhension
nuancée des complexités liées au financement du développement de l’intérieur,
ainsi que des enseignements fondamentaux tirés de différents pays du continent.
Les contributions d’acteurs clés du développement dans leurs pays respectifs

19
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

constituent une riche toile de fond de connaissances et d’expériences, à la fois


informatives et inspirantes.
Nous remercions chaleureusement tous les contributeurs qui, malgré leurs
emplois du temps chargés, ont pris le temps de partager leurs idées et leurs
expériences inestimables. Leur dévouement et leur engagement en faveur du
développement de l’Afrique sont vraiment louables. Nous adressons également
nos remerciements particuliers à Think Africa Partnership et au Secrétariat du
CEoG pour leur appui inébranlable à la réalisation de cet ouvrage. Leurs apports
ont été déterminants pour faire de ce projet une réalité.
Nous espérons que ce travail constituera une ressource précieuse et une source
d’inspiration pour toutes les personnes qui s’engagent en faveur du financement
du développement des économies africaines.

20
Résumé exécutif
Tirer parti du secteur privé africain pour financer le
développement
Le secteur privé en Afrique représente 80 % de toute la production, deux
tiers de l’investissement total et 75 % des prêts, mais il marque un retard
par rapport à d’autres régions en matière de mobilisation des ressources
intérieures1. Les actifs bancaires représentent moins de 60 % du PIB et le
développement des marchés financiers est limité, avec une prédominance des
banques de détail et un manque d’instruments d’emprunt et de capitaux propres.
Des progrès ont été réalisés, avec la présence de Places boursières dans 29 pays
de la région, l’augmentation de la levée de fonds de capital-risque et un marché
obligataire africain en pleine croissance. Le secteur est également entravé par
plusieurs facteurs, notamment l’accès limité au financement, l’inefficience des
réseaux de transport, le manque d’accès à l’électricité ou encore les contraintes
liées à la gouvernance, la corruption et l’instabilité politique.
Les gouvernements représentent une part majeure des investissements
dans les infrastructures en Afrique, tandis que le financement privé demeure
relativement faible. L’insuffisance des infrastructures entraîne une perte de
croissance du PIB (environ 2 % de croissance annuelle) et freine le commerce
intrarégional. Combler le déficit d’infrastructures exige un investissement annuel
de 93 milliards d’USD et une participation accrue du secteur privé. Pour impliquer
les acteurs privés, il convient de renforcer les cadres habilitants, d’explorer des
mécanismes de financement innovants et de tirer parti de la banque numérique et
des secteurs miniers. Relever les défis sectoriels et promouvoir le contenu local
dans les projets d’infrastructure sont également des objectifs importants. Ces
efforts sont susceptibles de libérer le potentiel économique de l’Afrique et de
favoriser une croissance durable.
L’étude de cas de Maurice montre comment le secteur privé peut contribuer
de manière significative au programme de développement d’un pays en

1 La mobilisation des ressources intérieures comprend le développement de marchés de capitaux capables de fournir des
financements en monnaie locale à des taux inférieurs, ce qui permet d’éliminer les risques liés aux fluctuations du taux
de change.

21
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

surmontant les contraintes et en tirant parti de l’appui des politiques publiques


pour stimuler l’édification de la nation. Maurice, qui dépendait des exportations
de sucre pour financer son développement, a réussi à atteindre l’autosuffisance en
matière de financement du développement grâce à différentes stratégies et
phases. Après avoir obtenu son indépendance, en s’appuyant sur le capital
accumulé par les exportateurs de sucre, le pays a maintenu un niveau élevé
d’épargne nationale pendant des décennies de façon à constituer une base solide
pour financer la diversification de l’économie. Bien que le ratio épargne/PIB ait
décliné ces dernières années, le secteur bancaire bien établi et l’économie
monétisée qui caractérisaient le pays au moment de l’indépendance ont contribué
à lui permettre d’atteindre l’autosuffisance. Cela démontre l’importance de
l’expansion du système financier et de la mise en place de fondements solides.
Le processus pour atteindre l’autosuffisance en matière de financement du
développement à Maurice peut être divisé en trois phases. La première phase,
de 1965 à 1990, s’est concentrée sur le contrôle de l’État et le renforcement des
capacités institutionnelles. Le gouvernement a mis en œuvre des mesures de
contrôle direct imposées aux prêts bancaires afin d’attribuer des crédits en priorité
aux secteurs clés, ce qui a entraîné une nette amélioration de la monétisation du
système bancaire. La deuxième phase, de 1991 à 2010, a mis l’accent sur l’expansion
du secteur financier non bancaire et des marchés de capitaux, avec une évolution
vers la libéralisation et des réformes visant à améliorer l’efficacité de l’allocation
des ressources. La troisième phase, de 2011 à aujourd’hui, a privilégié l’inclusion,
l’efficacité et l’internalisation, en ciblant l’accès au financement de divers
segments de la population et sur le développement du secteur du financement
par actions.
Si le développement du marché des capitaux a progressé dans plusieurs
pays africains au cours des dernières années, la contribution de ce marché au
financement interne reste incomplète. L’Afrique du Sud se trouve dans une
situation paradoxale : elle possède l’un des marchés financiers les plus développés
au monde, mais les taux de formation de capital fixe sont faibles, ce qui limite la
contribution de ces marchés à la croissance. Le marché des actions, dominé par
la Bourse de Johannesburg (JSE), est profond et liquide, avec un ratio
capitalisation boursière/PIB supérieur à celui d’autres marchés émergents, et
même d’économies avancées comme les États-Unis et la République de Corée.
Pour remédier à ce paradoxe, l’Afrique du Sud a mis en place des
mécanismes tels que la Facilité budgétaire pour les infrastructures et le
Fonds d’infrastructure. Ces initiatives visent à renforcer la préparation des
projets, à améliorer la réserve de projets et à rassembler des investissements
privés. Des changements réglementaires, tels que des modifications de la
réglementation des fonds de pension, ont été appliqués pour encourager

22
Résumé exécutif

l’investissement dans les infrastructures. L’accent a également été mis sur les
partenariats public-privé (PPP), avec la nécessité de simplifier les processus
d’approbation et de réformer le cadre politique de façon à encourager les
solutions de financement du secteur privé.

Tirer parti des technologies numériques pour améliorer la


mobilisation des ressources intérieures
Ces dernières années, la tendance à la modernisation de l’administration
douanière et fiscale en Afrique s’est accentuée grâce à l’adoption de systèmes
électroniques de déclaration et de paiement des impôts. En 2022, le dépôt par
voie électronique était disponible pour les déclarations fiscales et/ou douanières
dans 23 pays d’Afrique subsaharienne sur 48, et en cours de mise en œuvre
dans 6 autres. De même, le paiement électronique des impôts était possible dans
19 pays d’Afrique subsaharienne (ASS). Ces services numériques permettent aux
contribuables de déclarer leurs impôts par voie électronique et d’effectuer des
règlements en ligne, ce qui a pour effet d’améliorer la performance fiscale, de
réduire les possibilités de corruption et de favoriser la transparence. L’adoption
des technologies numériques dans l’administration fiscale renforce également
l’efficience de la perception de l’impôt, ce qui se traduit par des économies de
temps et d’argent. Par exemple, en Guinée, huit mois seulement après l’adoption
de ces technologies, les recettes fiscales tirées du commerce international
ont augmenté de 151,6 %. Imposer les transactions numériques est un moyen
prometteur d’accroître les recettes et de lutter contre l’évasion fiscale. L’Afrique
du Sud, par exemple, a collecté environ 929 millions d’USD depuis la mise en
œuvre de sa TVA transfrontalière sur les services électroniques en 2014.
La taxation de l’économie numérique est un moyen prometteur d’augmenter
les recettes fiscales. Cela peut se faire en élargissant l’assiette de la taxe sur la
valeur ajoutée (TVA) ou des taxes sur les ventes, ou en introduisant de nouveaux
impôts directs sur les services numériques. La révolution numérique offre un
potentiel important de génération de recettes, d’autant plus que le chiffre
d’affaires du commerce électronique devrait augmenter considérablement dans
les pays africains. L’utilisation d’appareils de facturation électronique permet
d’automatiser la saisie des transactions et de limiter les risques de fraude et de
litiges fiscaux. Certains pays africains, comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, la
République du Congo, l’Ouganda et le Zimbabwe, taxent déjà les services financiers
numériques au moyen d’un droit d’accise sur les transferts d’argent. Bien que
l’imposition de l’argent mobile puisse susciter des inquiétudes quant à l’inclusion
financière, elle permet de générer des revenus à court terme. L’Afrique
subsaharienne figure au premier rang mondial pour l’utilisation de l’argent

23
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

mobile, avec une part importante de transactions effectuées par l’intermédiaire


de ce type de plateformes.
Cependant, la numérisation présente également des défis pour les
systèmes fiscaux, notamment en ce qui concerne le transfert de bénéfices, la
perception de TVA sur les échanges transfrontaliers et l’imposition des
actifs financiers numériques. La croissance de l’économie numérique soulève
des questions sur la manière de répartir les droits fiscaux sur les revenus générés
par les activités transfrontalières entre différentes juridictions. L’économie
numérique facilite également le transfert de bénéfices vers des juridictions à
faible taux d’imposition, ce qui crée des difficultés aux pays qui cherchent à
protéger leurs assiettes fiscales. Les systèmes fiscaux africains n’ont pas été
conçus pour les crypto-monnaies, et l’absence d’une législation adéquate
prévoyant de taxer les services numériques limite la capacité des pays à tirer
parti des opportunités offertes par le commerce électronique. L’insuffisance des
infrastructures et de la connectivité ou encore le faible niveau de compétences
numériques des utilisateurs compromettent encore davantage les gains
potentiels de l’adoption des technologies numériques en Afrique. Des efforts
sont nécessaires pour relever ces défis et exploiter pleinement le potentiel de la
numérisation dans la région. La coopération internationale en matière de
fiscalité, par le biais de négociations et d’échanges d’informations, joue un rôle
crucial dans la recherche de solutions innovantes pour relever ces défis.
Bien que la numérisation des administrations fiscales offre plusieurs
avantages, de sérieux obstacles environnementaux limitent l’éclosion de son
vaste potentiel en Afrique. Le succès de la modernisation de l’administration
douanière et fiscale dépend fortement de l’environnement. Le manque
d’infrastructures appropriées et de connectivité à Internet, d’alphabétisation et
de formation numériques, de confiance dans le gouvernement, d’adoption par
les agents des impôts et les contribuables, ainsi que d’une législation et d’un
leadership politique adéquats représentent des contraintes majeures pesant sur
l’efficacité des réformes technologiques dans les pays africains.
L’amélioration de l’approvisionnement en électricité et de la connectivité
à Internet est essentielle pour faciliter l’adoption des technologies
numériques. Les réformes des technologies de l’information et de la
communication (TIC) doivent être soutenues par l’introduction de nouveaux
cadres juridiques et réglementaires appropriés qui inspirent la confiance des
utilisateurs dans l’intégrité et la sécurité des systèmes, notamment en ce qui
concerne la confidentialité et la sécurité des données. La nouvelle réglementation
doit également aborder le partage des données entre autorités fiscales.
L’investissement dans les ressources humaines est crucial pour garantir
l’utilisation efficace et adéquate des outils numériques par les agents des impôts.

24
Résumé exécutif

En outre, il est essentiel que les gouvernements investissent dans l’éducation et


la formation pour s’assurer que les citoyens adoptent la technologie numérique.
Des études de cas illustratives portant sur le Rwanda, la Guinée et la République
démocratique du Congo (RDC) présentent les expériences de ces pays en matière
de modernisation des administrations douanières et fiscales.
Afin de remédier à l’insuffisance de la mobilisation des recettes
intérieures, la Guinée s’est engagée dans la voie de la numérisation, en
commençant par les procédures douanières. La mise en œuvre du système de
guichet unique électronique a entraîné une forte augmentation des taxes sur le
commerce international. Les recettes de ces taxes avaient augmenté de 151,6 %,
huit mois après l’adoption de la technologie, et ont continué à croitre au cours
des huit mois suivants, avec un taux de 31,5 %. Ces résultats positifs ont été
obtenus grâce à l’amélioration des performances de l’administration douanière,
aux économies de temps et d’argent, à la réduction des interactions en personne
et à la facilitation de la détection des fraudes grâce aux outils numériques. Bien
que la hausse des recettes ait ralenti ces dernières années, l’activation de
nouvelles fonctionnalités de la plateforme numérique, telles que la possibilité
de payer des impôts par le biais de transactions d’argent mobile, devrait encore
accroître les recettes du gouvernement. La numérisation des procédures
douanières en Guinée démontre le potentiel des outils numériques pour
améliorer les performances des administrations fiscales, la prestation de
services publics, la transparence et la redevabilité ou encore réduire la corruption.
Le Rwanda a entrepris une transformation numérique intégrale de son
administration fiscale, dans le but de moderniser l’Office rwandais des
recettes (RRA – Rwanda Revenue Authority) et de faire en sorte qu’il soit
centré sur le client, axé sur les données et alimenté par les technologies de
l’information. La numérisation du système fiscal au Rwanda a commencé en
2004 avec l’introduction d’un logiciel prêt à l’emploi pour la gestion des données
des contribuables et s’est poursuivie par la mise en œuvre d’un système douanier
automatisé (SYDONIA) afin de rationaliser les procédures douanières.
L’amélioration de l’accès à Internet grâce au réseau de fibre optique déployé en
2010 et les mesures visant à améliorer la culture numérique et l’adaptation de la
technologie ont également été déterminantes. Le déploiement d’appareils de
facturation électronique (EBM – Electronic Billing Machines) a permis de réduire
les déclarations frauduleuses de TVA et d’améliorer la précision et la transparence
des données relatives aux transactions. Le RRA a également adopté un modèle
opérationnel axé sur les données, qui recourt à l’analytique et à la sélection
automatisée de cas d’audit pour améliorer l’efficience des contrôles et promouvoir
les interventions fondées sur les risques.

25
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Les efforts de numérisation du Rwanda ont entraîné des améliorations


considérables de la perception des recettes et de l’efficience, avec une
croissance du ratio impôts/PIB de 11,2 % en 2009/2010 à 16 % en 2019/2020.
Le nombre de contribuables enregistrés a été multiplié par cinq entre 2011 et
2019, et les systèmes de déclaration et de paiement électroniques sont largement
utilisés. L’infrastructure et les systèmes numériques avancés ont permis aux
contribuables de s’acquitter de leurs obligations en toute transparence pendant
la pandémie de COVID-19. Au-delà des recettes, l’utilisation de la technologie
dans le domaine de la fiscalité a fourni des données précieuses pour la prise de
décisions et l’élaboration des politiques. Les informations réunies par les
appareils de facturation électronique ont façonné les politiques commerciales et
industrielles, et les données ont été utilisées pour l’analyse économique et la
coordination des politiques fiscales et monétaires. La fusion de la technologie et
de la gouvernance a amélioré le climat des affaires, favorisé la collaboration
entre le gouvernement et le secteur privé et réduit les possibilités de corruption
et le coût de la conformité.

Gouvernance et mobilisation des ressources intérieures


Pour réduire leur dépendance à l’égard de l’aide, les pays d’Afrique
subsaharienne ont adopté des réformes visant à renforcer la mobilisation
des recettes fiscales et non fiscales. Bien que les recettes restent relativement
faibles par rapport à celles des pays d’Amérique latine et des pays à revenu
élevé, on observe depuis une dizaine d’années une tendance à la hausse du
ratio impôts/PIB. Plusieurs facteurs ont contribué aux progrès récents en
matière de mobilisation des recettes, notamment la croissance économique,
qui élargit l’assiette fiscale et accroît la génération de revenus. La simplification
des codes fiscaux, la modernisation des systèmes d’imposition et les efforts
visant à renforcer les administrations des impôts et à encourager le respect des
obligations ont également contribué à réduire la fraude et l’évasion fiscales. Le
FMI estime qu’un pays médian en Afrique pourrait augmenter son ratio impôts/
PIB de 3 à 5 %.
Au Sénégal, le programme de réforme est intégré dans un agenda de
développement plus large appelé Plan Sénégal Émergent (PSE).2 Le
gouvernement a fait de la mobilisation des recettes intérieures un élément central
de ce plan. Les principaux objectifs sont l’augmentation de la performance et
l’élargissement de l’assiette fiscale afin d’atteindre un ratio impôts/PIB de 20 %
d’ici 2023. Le gouvernement a également mis en œuvre des mesures en faveur de
2 Le PSE vise à réaliser les aspirations de développement du pays d’ici 2035 et met l’accent sur les réformes structurelles, le
développement des infrastructures et la croissance du secteur privé.

26
Résumé exécutif

la transparence, telles que l’adoption du Code de transparence dans la gestion des


finances publiques et l’adhésion au Forum mondial sur la transparence et
l’échange de renseignements à des fins fiscales. L’imposition foncière est un
domaine d’intervention spécifique au Sénégal. En dépit de son potentiel en termes
de recettes, l’impôt foncier sénégalais n’est pas très performant. Le gouvernement
a mis en œuvre des réformes pour améliorer la perception de ces taxes, y compris
un programme de recensement des propriétés dans tout le pays.
Le Ghana a adopté des mesures essentielles pour améliorer la mobilisation
des recettes fiscales et non fiscales, en commençant par la création de la Ghana
Revenue Authority (GRA) en 2009. La GRA a permis d’harmoniser les activités
de trois agences fiscales indépendantes et semi-autonomes, d’aligner les stratégies
de mobilisation des recettes et de moderniser l’administration des impôts. Le
lancement du programme « Ghana Beyond Aid » en 2019 a mis davantage l’accent
sur l’autosuffisance, la transformation économique et le développement durable.
Les mesures relatives aux recettes comprennent l’amélioration de l’efficience des
agences de recouvrement des recettes, l’identification de contribuables potentiels,
l’exécution des paiements d’impôts (en particulier dans le secteur minier), la lutte
contre la corruption, le renforcement de l’efficience des sociétés d’État et
l’optimisation des dépenses et des investissements publics. Avec l’objectif de
relever le ratio impôts/PIB à 23 % d’ici 2028, le Ghana a également mis en œuvre
des initiatives telles que le système national d’adresses numériques et le système
national d’identification, de façon à intégrer davantage de particuliers et
d’entreprises dans le filet fiscal.
Le Cameroun a mis en œuvre de multiples initiatives pour mobiliser les
recettes intérieures, bien qu’elles restent plus fragmentées que celles du
Sénégal et du Ghana. Dans le cadre des efforts de mobilisation des recettes du
pays, les principaux défis à relever consistent à s’attaquer au fardeau élevé des
dépenses fiscales, à exploiter le potentiel de recettes du secteur informel et à
stimuler les contributions individuelles à la mobilisation des recettes. Le Code des
impôts a été modifié en ce sens. Pour s’attaquer au secteur informel, le
gouvernement a renforcé le mécanisme de retenue à la source, tout en permettant
des déductions fiscales sur les transactions effectuées par les entreprises du
secteur informel avec les grandes sociétés. La traçabilité des transactions en
espèces a également été améliorée, avec des restrictions aux déductions de l’impôt
sur les sociétés et de la TVA pour les paiements en espèces dépassant certains
seuils. Ces mesures ont permis d’augmenter la population imposable de 58 %. En
ce qui concerne le Sénégal, des efforts sont faits pour enregistrer davantage de
contribuables, en ciblant en particulier ceux susceptibles d’apporter leur
contribution via l’impôt foncier. La Direction générale des impôts a élaboré un
plan triennal (2023–2025) pour moderniser le système fiscal, en réponse aux

27
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

conclusions de l’Outil d’évaluation diagnostique de l’administration fiscale et aux


recommandations du FMI.
Les entreprises publiques (EP) en Afrique, en particulier au Sénégal, au
Cameroun et au Ghana, ont du mal à contribuer à la mobilisation des recettes
intérieures. Alors que ces entreprises sont censées générer des revenus en
fournissant des biens et des services essentiels, elles sont souvent aux prises
avec l’inefficience, la corruption et la mauvaise gestion. Des réformes ont été
mises en œuvre pour surmonter ces difficultés, notamment la privatisation, la
restructuration et la réduction des effectifs des entreprises publiques. Au
Sénégal, des entreprises publiques telles qu’Air Sénégal et Senelec ont été
confrontées à des difficultés financières. Air Sénégal a eu du mal à rentabiliser
ses investissements, mais des réformes et un changement de direction ont
permis de réduire les pertes de revenus. La Senelec, quant à elle, a fait l’objet
d’une restructuration complète et génère désormais des revenus qui contribuent
aux recettes publiques. Pour réduire les pertes, des contrats de performance ont
été introduits au Cameroun, tandis qu’au Ghana, le gouvernement a créé une
agence de gestion des participations de l’État (SIGA – State Interest and
Governance Authority) pour contrôler les performances des entreprises
publiques et leur fournir conseils et soutien. Les efforts de la SIGA ont contribué
à réduire les pertes de ces sociétés et certaines d’entre elles ont versé des
dividendes à l’État.

De la concurrence à la coopération dans le domaine fiscal ?


Les pays africains se heurtent à des obstacles pour préserver leurs assiettes
fiscales, notamment des incitations fiscales improductives, une taxation
inadéquate des ressources naturelles et des transferts de bénéfices par le
biais de transactions contrôlées. Pour relever ces défis et réduire la concurrence
fiscale, une amélioration de la coopération et de la coordination est nécessaire. Des
mesures telles que l’harmonisation des politiques fiscales, la création d’autorités
régionales des impôts et l’amélioration de l’échange d’informations peuvent créer
des conditions de concurrence plus équitables pour les investissements et générer
davantage de revenus pour les pouvoirs publics.
Le régime fiscal international actuel, principalement sous la direction de
l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et
du G20, présente des lacunes auxquelles il convient de remédier. La Solution,
reposant sur deux piliers, proposée par l’OCDE comprend des mesures visant à
garantir que les multinationales paient leur juste part d’impôts et à empêcher le
transfert de bénéfices. Toutefois, le Forum africain d’administration fiscale (ATAF
– African Tax Administration Forum) a soulevé des inquiétudes concernant la

28
Résumé exécutif

réaffectation des bénéfices par les entreprises vers les juridictions de leurs
marchés et le taux d’imposition mondial minimum, qui, selon cet organisme,
devrait être plus élevé pour réduire le transfert de bénéfices depuis l’Afrique. En
outre, la mise en œuvre des mesures proposées pose des problèmes dans la région.
Il s’agit notamment de difficultés de mise en œuvre liées à la complexité des
systèmes fiscaux et à la capacité administrative limitée, de la résistance politique
des pays qui dépendent de taux d’imposition peu élevés, de la portée restreinte de
la lutte contre l’évasion fiscale et la corruption au niveau national, des avantages
limités pour les pays comptant peu de sociétés multinationales et du rythme
rapide d’évolution des normes fiscales internationales. Le cadre fiscal mondial
existant, en particulier les mesures proposées au titre des Piliers I et II, pourrait
également ne pas résoudre pleinement des problèmes plus larges tels que la
corruption et la faible application des réglementations dans les industries
extractives en Afrique.
L’adoption de la résolution des Nations Unies sur la coopération fiscale
marque une évolution vers une gouvernance fiscale plus inclusive, dans le but
de créer une convention-cadre sur la fiscalité. Cette initiative propose de
transférer de l’OCDE aux Nations Unies le processus décisionnel en matière de
règles fiscales internationales, ce qui témoigne d’un consensus mondial en faveur
d’une gouvernance fiscale plus équitable. Toutefois, la perte de souveraineté
potentielle et la prédominance des intérêts des pays développés dans l’agenda
fiscal mondial présentent des risques. Pour que la mise en œuvre de la résolution
des Nations Unies profite à l’Afrique, il est essentiel de corriger les déséquilibres
de pouvoir, d’améliorer l’échange d’informations et d’aider les pays africains à
développer les capacités nécessaires pour participer efficacement à la coopération
fiscale internationale. Des efforts doivent être déployés pour donner aux pays
africains une voix égale dans l’élaboration des règles fiscales internationales et
pour aborder les causes profondes des flux financiers illicites, telles que la
corruption et la faible gouvernance.
La coordination fiscale régionale peut compléter la réforme fiscale
mondiale en s’attaquant aux pressions exercées par le transfert de bénéfices et
la concurrence fiscale au niveau de la région. Les initiatives régionales peuvent
tirer parti des similitudes entre les structures économiques, les capacités
administratives et la culture pour faciliter l’obtention d’accords sur des questions
telles qu’un taux d’imposition minimum régional. Cela conduirait à une plus
grande coopération et coordination entre les nations africaines sur les questions
fiscales, promouvant ainsi une gouvernance fiscale inclusive et efficace. La
stratégie fiscale pour l’Afrique de la Commission de l’Union africaine (CUA) est
susceptible de servir de cadre aux pays de la région pour élaborer des normes
fiscales alignées sur les principes énoncés dans la résolution des Nations Unies,

29
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

tout en garantissant la prise en compte des perspectives africaines dans les


discussions internationales sur le sujet. En outre, la Zone de libre-échange
continentale africaine (ZLECAf) et les initiatives régionales telles que le régime
du Tarif extérieur commun (TEC) de la CEDEAO et la Plateforme de co-garantie
pour l’Afrique (CGP – Co-Guarantee Platform) contribuent à réduire la concurrence
fiscale et à promouvoir la coopération. L’intégration régionale plus poussée dans
le cadre de la ZLECAf peut stimuler la production locale, élargir l’assiette imposable
et renforcer la mobilisation des ressources intérieures en Afrique.

30
CHAPITRE 1

Le rôle joué par le secteur privé africain


dans le financement du développement

1.1. Introduction
Le secteur privé contribue à 80 % de la production totale, aux deux tiers de
l’investissement et à 75 % des prêts à l’économie du continent. Parallèlement
aux apports des bailleurs de fonds externes, y compris des partenaires
de développement et des investisseurs étrangers, ce secteur joue donc un
rôle essentiel en tant que source de financement des biens publics et de la
capacité de production au sein de l’économie. Il est important de noter que la
mobilisation des ressources intérieures (MRI) va au-delà de l’optimisation de
la fiscalité et des autres prélèvements gouvernementaux, aussi fondamentaux
soient-ils pour le développement. Elle est aussi définie comme la « génération
d’épargne au niveau national, par opposition à l’investissement, aux prêts,
aux subventions ou aux envois de fonds reçus de sources extérieures, et leur
affectation à des investissements socialement productifs dans le pays »
(BAD et Centre de développement de l’OCDE, 2010, p. 79). L’épargne privée
domestique est canalisée par le secteur financier (p. ex., les banques privées)
vers l’investissement, tandis que la mobilisation des ressources publiques ou
l’épargne publique émane de l’excédent des recettes sur les dépenses courantes
de l’État (BAD et Centre de développement de l’OCDE, 2010).
L’Afrique subsaharienne (ASS) affiche l’un des taux d’épargne les plus bas
parmi les régions en développement, avec une moyenne de 19 % entre 2010 et
2021. Par comparaison, en Asie de l’Est, ce taux était de 37 % au cours de la
même période, ce qui a permis à cette région d’afficher des d’investissement qui
se classent parmi les plus élevés des régions en développement. Entre 2000 et
2017, le taux d’épargne moyen en ASS était de 22 %, contre 34 % en Asie de l’Est

31
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

et 27 % en Asie du Sud. De manière alarmante, le taux d’épargne a chuté de 27 %


en 2006 à 19 % en 2017. Pour favoriser la croissance économique dans la région,
il est essentiel de mettre en œuvre des politiques qui relèvent de manière
significative les taux d’épargne nationaux (Sena, 2023) .
Le Plan d’action d’Addis-Abeba reconnaît le rôle du secteur privé dans le
financement du développement. Il s’engage à faciliter l’action de ce secteur :

Nous élaborerons des politiques et, au besoin, nous renforcerons la


réglementation pour mieux faire converger les incitations adressées au
secteur privé et les objectifs publics, notamment les mesures qui incitent
le secteur privé à adopter des pratiques viables à terme, et des politiques
qui encouragent des investissements à long terme de qualité. Les États
doivent prendre des mesures pour créer les conditions favorables, à
tous les niveaux, et le cadre réglementaire nécessaire pour encourager
l’entreprise et le dynamisme du secteur des entreprises.3

La mobilisation des ressources intérieures englobe également le développement


et l’approfondissement des marchés de capitaux susceptibles de prêter des
fonds en monnaie locale à des taux plus bas. Mobiliser des ressources au sein
de l’économie nationale présente des avantages évidents par rapport aux flux
étrangers. Les fonds étant en grande partie libellés en monnaie locale, les
risques et les distorsions liés aux fluctuations des taux de change sont éliminés.
La capacité à lever des fonds auprès du secteur privé local sert également de
signal pour d’autres flux de ressources, ce qui aide en fin de compte le pays à
optimiser ses sources de financement.
Néanmoins, en matière de mobilisation des ressources, le secteur privé en
Afrique est à la traîne par rapport à d’autres régions. Les actifs bancaires
représentent moins de 60 % du PIB sur le continent, contre plus de 100 % dans
d’autres économies émergentes et avancées. En outre, la mobilisation des
ressources intérieures est limitée par les contraintes pesant sur le développement
des marchés financiers. Le secteur des services financiers est dominé par des
banques de détail qui ne fournissent pas une gamme de services complète. En
outre, les marchés de capitaux n’offrent pas tout l’éventail des instruments de
dette et de capitaux propres dont le secteur privé à besoin4.
Des progrès ont cependant été accomplis. Aujourd’hui, 29 pays africains
disposent de Places boursières, contre 5 en 1989. Les produits des premiers appels

3 A/70/470/Add.2 – Système financier international et développement : Rapport de la deuxième commission, 36 :


https://sustainabledevelopment.un.org/topics/finance/decisions.
4 UA (2021) : https://au.int/en/pressreleases/20211108/leveraging-private-sector-engagement-africa-we-want ;
UNECA (2020) : https://www.uneca.org/sites/default/files/fullpublicationfiles/ERA_2020_mobile_20201213.pdf

32
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

publics à l’épargne (IPO – Initial public offerings) en bourse en Afrique entre 2014 et
2019 se sont élevés à 27,1 milliards d’USD, soit moins de 1,4 % des flux mondiaux
d’IPO au cours de la période. La levée de fonds de capital à risque privé sur le
continent a augmenté pour atteindre 2,7 milliards d’USD en 2018. Le marché
obligataire africain était évalué à 500 milliards d’USD en 2019, les obligations en
monnaie locale représentant 78 % de l’encours de la dette dans la région.5
Reconnaissant l’importance fondamentale des politiques qui soutiennent à la
fois l’épargne privée et publique, ce chapitre se penche sur le secteur privé en
Afrique. Il propose également des stratégies qui pourraient être mises en place
non seulement pour améliorer la contribution au financement du développement,
des banques, des investisseurs institutionnels et d’autres acteurs du secteur privé
africains, mais aussi et surtout pour impliquer ce secteur dans le financement
des infrastructures.

1.2. Cartographie du paysage du secteur privé africain


1.2.1. Caractéristiques du secteur privé en Afrique

Le secteur privé en Afrique est un moteur important de la croissance économique


et a le potentiel de faire passer les économies du statut de pays à faible revenu
à celui de pays à revenu intermédiaire. Globalement, ce secteur génère plus de
70 % des emplois, produit des biens et des services et contribue à plus de 80 %
des recettes publiques par le biais des impôts dans les pays à faible revenu et à
revenu intermédiaire. Cependant, en Afrique, l’accès limité au financement est
considéré comme le défi le plus critique pour les entreprises. Environ 19 % des
petites entreprises et 14 % des entreprises moyennes considèrent qu’il s’agit du
principal obstacle à la conduite des affaires (UNECA, 2020).

1.2.1.1. Informalité

Le secteur privé en Afrique présente des caractéristiques uniques. L’une d’entre


elles est le caractère informel des entreprises, qui revêt une importance croissante.
L’emploi informel est la principale source d’emploi en Afrique, qui constitue 85,8 %
du total et offre des opportunités à de nombreux jeunes demandeurs d’emploi
sur le continent (OIT, 2018). Cependant, il existe des variations considérables
au sein de la région, influencées par le développement socio-économique et les
niveaux variables d’informalité. L’économie informelle représente ainsi 67,3 %
des emplois en Afrique du Nord et 89,2 % en ASS (OIT, 2020).
5 La plupart des obligations en monnaie locale sont détenues par des investisseurs nationaux. C’est le cas par exemple
de 62 % de ce type d’obligations en Afrique du Sud.

33
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Les principales raisons pour lesquelles les entreprises africaines choisissent


de ne pas formaliser leur existence sont la crainte d’avoir à payer des impôts, le
manque d’informations sur les procédures d’enregistrement, le coût de ces
procédures et le sentiment qu’elles n’ont rien à gagner à entrer dans le secteur
formel. Une enquête menée par l’Afrobaromètre dans 18 pays du continent en
2019–2020 indique que la plupart des Africains pensent que leurs gouvernements
ont le droit de collecter des impôts. Toutefois, le soutien à la fiscalité s’est affaibli
au cours des dix dernières années, ce qui s’accompagne d’une perception selon
laquelle les gens échappent souvent à l’impôt. De nombreux Africains contestent
également l’équité de la charge fiscale et expriment leur scepticisme quant à
l’utilisation des recettes fiscales par leur gouvernement pour le bien-être des
citoyens. Si la plupart d’entre eux sont prêts à payer plus d’impôts pour soutenir
la jeunesse et le développement national, ils rencontrent des difficultés pour
accéder aux informations fiscales et considèrent les fonctionnaires des impôts
comme corrompus et indignes de confiance. Ces perceptions peuvent avoir un
impact sur le soutien et le respect de l’administration fiscale par les citoyens.6
En Afrique, le secteur formel est dominé par les petites entreprises, en
particulier dans les pays à faible revenu. Bien que plus présentes dans les pays à
revenu intermédiaire, les moyennes et grandes entreprises, qui ne représentent
qu’un tiers de l’activité, restent beaucoup moins nombreuses en Afrique que dans
d’autres régions du monde. Alors que leur contribution à la production totale est
marginale, les micro et petites entreprises représentent le plus grand nombre de
sociétés sur le continent et sont également la principale source d’emplois et de
revenus pour les pauvres.

1.2.1.2. Autres caractéristiques

Le secteur privé africain présente plusieurs autres caractéristiques clés qui


façonnent son paysage global, notamment :

• Entrepreneuriat en pleine croissance : L’Afrique connaît un essor de


l’entrepreneuriat, avec un écosystème dynamique de startups et de petites
et moyennes entreprises (PME). Ces acteurs jouent un rôle essentiel pour
promouvoir l’innovation, la création d’emplois et la croissance économique
dans divers secteurs.
• Industries diversifiées : Le secteur privé en Afrique couvre un large éventail
de secteurs, notamment l’agriculture, l’industrie manufacturière, les
télécommunications, les services financiers, la technologie et les énergies
6 Voir Afrobaromètre : https://www.afrobarometer.org/publication/ad428-troubling-tax-trends-fewer-africans
-support-taxation-more-say-people-avoid-paying/.

34
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

renouvelables. L’accent est de plus en plus mis sur des secteurs tels que la
technologie numérique, le commerce électronique et les énergies renouvelables,
sous l’impulsion de la population jeune et férue de technologie du continent.
• Investissements directs étrangers (IDE) : L’Afrique continue d’attirer les
investissements directs étrangers des marchés traditionnels et émergents. Ces
IDE se dirigent vers des secteurs tels que le développement des infrastructures,
les ressources naturelles et l’industrie manufacturière. Ils contribuent
à la création d’emplois, au transfert de technologies et à l’amélioration
des infrastructures.
• Accès au financement : L’accès au financement reste un défi majeur pour les
entreprises en Afrique. Cependant, les technologies financières innovantes,
les services bancaires mobiles et les initiatives de microfinance élargissent
l’inclusion financière et améliorent l’accès au capital pour les entrepreneurs et les
PME. Par exemple, à l’ère numérique, le Ghana, le Kenya, le Rwanda et l’Ouganda
sont des fers de lance de la révolution Fintech qui permet d’autonomiser la
population non bancarisée, y compris les femmes entrepreneures et les petites
entreprises dirigées par des jeunes (UNECA, 2020).
• Partenariats public-privé (PPP) : La collaboration entre le secteur privé et les
gouvernements par le biais de partenariats public-privé prend de l’ampleur.
Ces partenariats visent à combler les lacunes en matière d’infrastructures, à
améliorer la prestation de services et à promouvoir le développement durable.

Bien entendu, l’Afrique est un continent très diversifié et, de ce fait, les
caractéristiques mentionnées ne donnent qu’un aperçu général et varient d’un
pays et d’une région à l’autre.

1.2.2. Principaux défis auxquels est confronté le secteur privé en Afrique

Le secteur privé est confronté à une série d’obstacles similaires dans tous les
pays africains, bien que l’impact de ces obstacles varie en fonction du stade de
développement économique national. Alors que les deux principaux obstacles
dans les pays à faible revenu sont l’électricité et l’accès au financement, ces facteurs
posent beaucoup moins de problèmes dans les pays à revenu intermédiaire,
où les lacunes en matière de compétences et les réglementations du travail
constituent les défis majeurs. Plus précisément, les limitations fondamentales,
telles que les réseaux de transport inefficients et le manque d’accès à l’électricité
et au financement, sont les plus critiques dans les pays les plus pauvres. En
revanche, les limitations liées à la gouvernance, telles que les niveaux élevés
d’imposition et la mauvaise qualité de l’administration fiscale, sont relativement
plus préjudiciables dans les pays à faible revenu moins pauvres. Dans les pays à

35
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

revenu intermédiaire, ce sont les limitations entraînées par les politiques, telles
que les pénuries de compétences et les réglementations du travail, qui pèsent le
plus lourd. Par conséquent, à mesure que les pays se développent, ils commencent
à surmonter les obstacles de base, mais tendent à être ensuite entravés par des
questions relatives à la gouvernance et aux politiques publiques.
Les obstacles au développement du secteur privé diffèrent également selon le
type d’entreprise. Les grandes entreprises sont plus préoccupées par la
corruption, le manque de compétences et la réglementation du travail, tandis
que les entreprises exportatrices placent l’administration fiscale en tête de leurs
inquiétudes. Ces facteurs systémiques sont moins gênants pour les petites
entreprises, qui ont tendance à se sentir davantage lésées par les manques au
niveau de l’accès au financement (et son coût excessif), des garanties et des
compétences techniques, comptables et managériales des entrepreneurs, tandis
qu’elles jugent les lacunes de compétences moins pénalisantes. Pour les
microentreprises des pays à revenus intermédiaires et faibles, l’obstacle le plus
contraignant est le manque d’accès au financement, bien que les microentreprises
opérant dans les pays à revenu intermédiaire se plaignent aussi souvent de la
lourdeur des procédures de permis et d’autorisation, qui peut s’avérer un facteur
déterminant de leur décision de rester dans le secteur informel.
Certains obstacles revêtent plus d’importance à mesure que les économies
deviennent plus compétitives. Il s’agit notamment de l’accès aux transports et au
financement, de l’ordre public, de l’administration fiscale, des permis
d’exploitation, de la corruption, des réglementations douanières et commerciales
et du système judiciaire. En outre, les taux d’imposition et l’accès à l’électricité
deviennent également plus gênants pour les entreprises alors que la compétitivité
du pays s’améliore. Lorsqu’un pays passe d’un niveau de compétitivité faible à un
niveau intermédiaire, davantage d’entreprises s’enregistrent, ce qui rend les taux
d’imposition plus problématiques. De même, les sociétés peuvent rencontrer des
difficultés à maintenir les niveaux d’investissement et à améliorer l’intensité
capitalistique en raison des pressions concurrentielles. Cela souligne la nécessité
d’investissements stratégiques dans les infrastructures, les systèmes financiers
et les politiques d’appui pour soutenir la croissance et faire en sorte que les
entreprises puissent prospérer dans un environnement plus compétitif.
En ce qui concerne la corruption, environ 6,3 % des entreprises africaines
sont confrontées à des obstacles importants dans ce domaine. Cela entrave la
croissance du secteur privé et, par conséquent, le développement économique
en décourageant les investissements étrangers, en augmentant les coûts pour
les entreprises, en compromettant la qualité des services, en faussant la
concurrence et en favorisant une mauvaise allocation de ressources limitées.
Les grandes entreprises sont davantage préoccupées par l’instabilité politique

36
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

et l’insécurité que les petites. L’insécurité se manifeste sous différentes


formes, notamment les guerres civiles, la violence criminelle, les troubles
politiques et le terrorisme (UNECA, 2020). L’Afrique abrite 20 des 37 États les
plus fragiles du monde, selon la Banque mondiale.7 Lorsqu’un pays est
considéré comme risqué, cela décourage les investisseurs, ce qui entraîne des
taux de prêt plus élevés et des difficultés à obtenir du financement. Cette
situation persiste même une fois la paix rétablie, ce qui rend difficile l’obtention
de fonds, en particulier pour la reconstruction des infrastructures (Africa
CEO Forum, 2014 ; CNUCED, 2015) .
Le tableau ci-dessous portant sur l’épargne intérieure brute en pourcentage
du PIB de 2014 à 2023 révèle d’importantes disparités régionales en Afrique et
dans d’autres parties du monde. En Afrique de l’Est et australe, les taux
d’épargne ont été relativement stables, quoique modestes, avec des fluctuations
entre 17,4 % et 20,6 % au cours de la période, ce qui témoigne d’une certaine
résilience, mais aussi d’une propension limitée à épargner par rapport à d’autres
régions. L’ASS, en revanche, affiche une tendance à la baisse inquiétante, avec
des taux d’épargne passant de 21,3 % en 2014 à seulement 4,7 % en 2023, ce qui
souligne de graves défis économiques et un besoin critique d’interventions
politiques pour stimuler l’épargne et l’investissement.
En revanche, l’Asie de l’Est et le Pacifique affichent systématiquement les taux
d’épargne les plus élevés, avec une moyenne de 37–39 %, ce qui contribue à
expliquer les taux d’investissement et la croissance économique robustes de la
région. De même, la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, malgré une certaine
volatilité, conserve des taux d’épargne relativement hauts, compris entre 26,9 et
38,8 %, ce qui indique une culture de l’épargne et des systèmes financiers plus
solides. L’Asie du Sud, tout en connaissant un déclin progressif, maintient des
taux d’épargne modérés compris entre 25,1 et 28,1 % ; toujours supérieurs à ceux
de l’Afrique subsaharienne.
La base d’épargne limitée dans des régions comme l’ASS peut conduire à un
effet d’éviction : les emprunts publics pour financer les déficits budgétaires
absorbent une part considérable de l’épargne, ce qui en laisse moins de place pour
l’investissement privé. Ce phénomène est particulièrement problématique lorsque
les déficits publics sont alimentés par la consommation plutôt que par
l’investissement, car la consommation publique ne génère pas de revenus futurs,
contrairement à l’investissement, qui peut améliorer la productivité et la capacité
économique. Par conséquent, une consommation publique élevée au détriment de
l’investissement privé risque de freiner la croissance économique globale. Cette
analyse souligne la nécessité pour les décideurs politiques africains de mettre en
7 La liste des pays fragiles et touchés par un conflit pour l’exercice 2023 est disponible à l’adresse suivante : https://
thedocs.worldbank.org/en/doc/69b1d088e3c48ebe2cdf451e30284f04-0090082022/original/FCSList-FY23.pdf.

37
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

œuvre des stratégies visant à renforcer les systèmes financiers, à promouvoir


l’épargne et à équilibrer consommation publique et investissement. S’attaquer à
ces questions est essentiel pour assurer un développement économique durable et
une meilleure résilience financière sur l’ensemble du continent.

Tableau 1 : Épargne intérieure brute (en pourcentage du PIB)


Région 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023

Afrique de l’Est
19.3 17.4 17.5 18.6 18.4 18.9 18.9 20.6 20.2 17.6
et australe

Asie de l’Est et
37.2 37.4 36.9 37.5 37.6 36.9 37.3 39.1 39.5 38.1
Pacifique

Moyen-Orient et
36.9 29.4 29.2 31.5 34.5 32.4 26.9 32.5 38.8 36.3
Afrique du Nord

Afrique
21.3 17.6 14.2 11.1 12 14.6 13.1 12.2 12.6 4.7
subsaharienne

Asie du Sud 28.1 27.2 27.5 27.7 26.9 25.7 25.1 26 25.5 26.7

Source : Indicateurs du développement dans le monde.

En outre, les données sur les investissements en capitaux privés, les sorties et
les levées de fonds dans différentes régions mettent en évidence plusieurs défis
majeurs auxquels le secteur privé est confronté en Afrique (tableau 2). Bien que le
continent ait enregistré une augmentation substantielle des investissements en
capitaux privés en glissement annuel (47 % en 2021), ceux-ci restent nettement
inférieurs à ceux d’autres régions, comme la Chine et l’Asie du Sud-Est en termes
absolus. Cette disparité souligne le fait que les marchés africains ont toujours
du mal à attirer des capitaux privés importants en raison de risques perçus plus
élevés et de retours sur investissement plus faibles. En outre, la forte variabilité
et les volumes plus limités des sorties de capitaux privés (44 % d’évolution en
glissement annuel) indiquent une instabilité et des problèmes potentiels de
liquidité et de rentabilité des investissements au sein de la région. Les données
sur la collecte de capitaux privés révèlent que l’Afrique est à la traîne par
rapport à la plupart des régions, avec une modeste augmentation de 29 % en
2021. Ce taux de croissance relativement faible suggère des difficultés au niveau
de l’accès aux ressources financières et de leur mobilisation pour l’expansion
des entreprises et l’innovation. En comparaison, des régions comme l’Asie du
Sud-Est et l’Asie-Pacifique affichent une croissance plus robuste de la levée de
fonds, reflétant des marchés financiers mieux développés et une plus grande
confiance des investisseurs.
Comme mentionné ci-dessus, le financement est crucial pour la survie du
secteur privé, mais sa disponibilité limitée entrave la croissance des entreprises

38
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

en Afrique. Les petites entreprises dépendent fortement des bénéfices non


distribués ou des fonds internes, qui représentent environ 78 % de leur fonds de
roulement. Les entreprises de taille moyenne dépendent des fonds internes
pour 73 % de leur fonds de roulement, et les grandes entreprises pour 70 %. En
revanche, seulement 5 % des fonds de roulement des petites entreprises sont
financés par les banques, alors que ce taux s’élève à 13,7 % environ chez les
grandes entreprises, soit près de trois fois plus (CNUCED, 2015 ; UNECA, 2020).

Tableau 2 : Dynamique des capitaux privés en Afrique, 2017–2021


(en milliards d’USD)
Variation en glissement
2017 2018 2019 2020 2021
annuel (en %)
Investissement en capital privé
Chine 69.9 83.7 47.2 75.5 96.0 27
Inde 17.6 17.6 24.2 31.0 52.9 71
Asie du Sud-Est 8.7 21.0 9.5 10.6 21.5 103
Amérique latine 10.1 12.6 15.6 16.8 29.4 75
Afrique 3.4 4.2 3.9 4.3 6.3 47
CEE 7.1 3.9 3.3 2.4 11.5 379
Moyen-Orient 0.4 0.6 4.7 10.5 15.1 44
Sorties de capitaux privés
Chine 17.8 40.8 18.4 55.9 51.4 -8
Inde 15.2 31.4 9.1 6.0 33.9 465
Asie du Sud-Est 4.5 3.7 4.3 5.4 11.1 106
Amérique latine 7.5 7.3 10.7 15.4 17.6 14
Afrique 1.1 3.8 11.6 1.8 2.6 44
CEE 3.8 4.4 1.2 7.8 8.2 5
Moyen-Orient 1.1 0.6 3.5 3.5 1.9 -46
Levée de capitaux privés
Asie-Pacifique* 58 84.2 70.0 69.0 88.3 28
Chine 16.4 37.3 29.8 27.4 36.4 33
Inde 5.4 8.1 6.7 4.9 5.7 16
Asie du Sud-Est 1.9 1.3 2.9 2.1 2.9 38
Amérique latine 4.9 9.8 4.8 7.7 5.8 -25
Afrique 2.7 3.2 3.4 2.4 3.1 29
CEE 1.3 1.8 1.8 1.8 1.7 -6
Moyen-Orient 0.2 0.1 0.4 0.4 0.4 0
Multi-régions 4.4 2.4 5.3 5.5 7.5 36

Source : GPCA. Données au 31 décembre 2021 (https://www.globalprivatecapital.org/research/2022-global-private-capital


-industry-data-analysis/)
Notes : (1) Les sorties totales comprennent la valeur globale des transactions et ne se limitent pas aux distributions divulguées
aux investisseurs de capital privé. (2) *Exclut les fonds dédiés au Japon, à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande ou investissant
principalement dans ces pays. (3) Les variations en glissement annuel ont été recalculées pour corriger les différences marginales
entre les chiffres présentés ici et les données originales publiées par le GPCA.

39
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

1.2.3. Le secteur privé africain : moteur de croissance et de durabilité

Bien qu’il soit confronté à des difficultés telles que les barrières réglementaires
complexes, l’inégalité, l’évasion fiscale,8 les procédures douanières complexes,
les contraintes à l’accès financier, les coûts de transport et de logistique élevés et
l’accès limité à l’information, le secteur privé en Afrique continue d’exercer une
influence significative. Son développement ne se contente pas d’alimenter la
croissance économique, il promeut aussi le développement des infrastructures,
l’augmentation des recettes fiscales et la promotion de l’inclusion financière.
Ces impacts positifs nécessitent toutefois un effort concerté pour surmonter
les défis (UNECA, 2023). Les décideurs politiques doivent s’efforcer d’adopter
une approche équilibrée qui encourage la croissance du secteur privé tout en
garantissant la responsabilité sociale, l’équité et la conformité. Ce n’est qu’à
cette condition que le secteur privé pourra pleinement réaliser son potentiel en
tant que contributeur au développement durable en Afrique.

1.2.3.1. Croissance économique

La croissance économique peut remodeler les communautés, améliorer le bien-


être et permettre aux individus de s’épanouir. Toutefois, pour que les membres
les plus défavorisés de la société profitent des avantages de cette croissance,
celle-ci doit aller de pair avec la création d’un plus grand nombre d’emplois
de qualité, qui constituent l’une des principales voies de sortie de la pauvreté
(Nishio, 2019). Le secteur privé a été un moteur essentiel de la croissance
économique en Afrique, en contribuant à l’augmentation du PIB et à la création
d’emplois (BAD, 2011). Il a également le potentiel de contribuer directement à la
réalisation des ODD et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, grâce à la hausse
de la productivité, la création d’emplois et l’amélioration de la prestation de
services. Dans les économies en développement, plus de 90 % des emplois sont
générés par le secteur privé, qu’ils soient formels ou informels. Si la plupart des
entreprises privées sont de petite taille et font face à des contraintes financières
importantes qui les empêchent de passer à une plus grande échelle, les PME
restent néanmoins vitales pour les économies africaines. Elles représentent
environ 90 % de toutes les entreprises privées et emploient plus de 60 % de
la main-d’œuvre dans la plupart des pays du continent (UNECA, 2020).
La croissance d’industries telles que les télécommunications, la banque et

8 L’évasion fiscale, en particulier, pose un problème important, car elle fausse la concurrence loyale, réduit les recettes
publiques et freine le développement économique. Les entreprises qui échappent à l’impôt bénéficient d’un avantage
déloyal par rapport à celles qui s’y conforment, ce qui entraîne des distorsions de la dynamique du marché et décourage
les entreprises honnêtes. En outre, l’évasion fiscale entraîne une pénurie de fonds publics, qui sont essentiels pour le
développement des infrastructures, des services publics et des programmes sociaux.

40
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

l’industrie manufacturière a entraîné une amélioration de l’innovation et de


la productivité.

1.2.3.2. Le rôle clé du secteur privé dans la ZLECAf

Le rôle du secteur privé dans le commerce régional, facilité par la Zone de


libre-échange continentale africaine (ZLECAf), peut renforcer la compétitivité
et favoriser le développement. La vulnérabilité de l’Afrique est en partie due
à sa capacité de production limitée, ce qui entraîne une lourde dépendance à
l’égard des importations de biens essentiels. Cette dépendance est devenue
manifeste lors de la pandémie de COVID-19, lorsque le continent a éprouvé
des difficultés à se procurer des fournitures médicales, car plus de 90 %
d’entre elles sont importées. De la même façon, la suspension des exportations
de blé et de maïs de Russie et d’Ukraine pendant leur conflit a entraîné des
problèmes de sécurité alimentaire dans plusieurs pays africains. Néanmoins,
la ZLECAf devrait transformer ce scénario en unifiant l’Afrique en un marché
unique d’une valeur de 2 700 milliards d’USD. En supprimant de nombreuses
barrières commerciales, la ZLECAf vise à diversifier l’économie africaine, ce
qui permettra d’accroître sa résilience face aux chocs naturels ou anthropiques,
y compris les effets du changement climatique. En utilisant la technologie
financière (Fintech) et en participant aux chaînes de valeur régionales, le
secteur privé améliore l’accès au financement et accroît la compétitivité des
entreprises africaines et l’interconnexion dans l’économie africaine (UNECA,
2023 ; UNECA, 2020).

1.2.3.3. Développement des infrastructures

Les infrastructures représentent le besoin de développement le plus pressant


de l’Afrique et offrent des perspectives d’investissement prometteuses pour
ceux qui sont prêts à prendre une approche de long terme. Plus précisément, les
investissements dans les infrastructures électriques et énergétiques produisent
des rendements prévisibles et fiables, même en période d’incertitude, grâce
à des flux de revenus transparents, soutenus par des accords contractuels.
Ceux-ci garantissent une source solide d’un flux de trésorerie prévisible. Avec
les améliorations continues des cadres politiques, des procédures de passation
de marchés et des antécédents plus étoffés de projets d’infrastructure privés, les
obstacles à l’investissement diminuent, ce qui attire davantage d’investisseurs
(AIIM, 2017).
Une étude récente du FMI indique que, d’ici la fin de la décennie, le secteur
privé en ASS a le potentiel de contribuer à un financement annuel supplémentaire

41
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

des infrastructures physiques (routes, électricité) et sociales (santé, éducation)


s’élevant à 3 % du PIB de la région. Cela équivaut à environ 50 milliards d’USD
par an (sur la base des chiffres du PIB de 2020) et à près d’un quart du ratio
moyen d’investissement privé prévalant dans la région, qui s’élève à 13 % du
PIB (FMI, 2021).
Le développement d’infrastructures grâce à des partenariats public-privé
(PPP) est une tendance significative en Afrique. Des projets tels que le chemin
de fer à écartement standard Mombasa-Nairobi ont non seulement amélioré
les transports, mais aussi contribué à l’activité économique. Au Kenya et dans
l’ensemble de la région de l’Afrique de l’Est, cette initiative est défendue
comme un outil capable de stimuler la croissance dans des secteurs tels que
l’exploitation minière, le pétrole, le gaz, l’énergie et l’agriculture commerciale,
et de relier des pays comme l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi et le Soudan du
Sud aux routes commerciales orientales de l’océan Indien. Ces corridors de
développement promettent d’importants avantages socio-économiques,
notamment l’augmentation des possibilités d’emploi, l’accessibilité des
marchés, des transports plus efficients, la réduction du coût des denrées
alimentaires et l’intégration de régions auparavant isolées (Patel, 2022 ;
Gorecki, 2020). Les PPP ont permis aux gouvernements de tirer parti des
capitaux et de l’expertise du secteur privé pour développer des
infrastructures critiques.

1.2.3.4. Élargissement de l’assiette fiscale

Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, le secteur privé représente


généralement plus de 80 % des recettes publiques. En Afrique, il existe plus de
700 entreprises privées suffisamment grandes pour produire plus de 500 millions
d’USD de revenus annuels. Les grandes entreprises, définies comme celles qui
comptent 100 employés ou plus, génèrent des bénéfices annuels allant de 1 à
1 400 milliards d’USD (UNECA, 2020).
En outre, le soutien du secteur privé à l’entrepreneuriat, en particulier aux
PME, est déterminant pour favoriser l’innovation et la croissance des
entreprises. Cela contribue à son tour à élargir l’assiette fiscale, ce qui accroît les
recettes globales essentielles au financement des services publics et des
infrastructures. En Afrique du Sud, par exemple, les PME contribuent à environ
34 % du PIB et emploient près de 60 % de la population active (SFI, 2008). Cette
expansion a renforcé les recettes fiscales et la viabilité budgétaire du pays.

42
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

1.2.3.5. Accès au financement et à l’innovation

Le développement du secteur privé continue d’améliorer l’accès au financement.


L’essor des services bancaires mobiles et des institutions de microfinance a permis
l’inclusion financière de millions d’Africains auparavant dépourvus d’accès
aux services bancaires traditionnels (Banque mondiale, 2021). En jouant le rôle
de vecteurs de l’innovation et de la technologie, les entités privées favorisent
également le développement des compétences et le renforcement des capacités.
Ces contributions sont essentielles pour garantir que l’infrastructure émergente
de l’Afrique non seulement fonctionne avec une efficience maximale, mais s’aligne
également sur les normes internationales (UNECA, 2019 ; AIIM, 2017).

1.3. Comment le secteur privé pourrait-il jouer un rôle dans le


financement du développement de l’Afrique ?
Dans le contexte des défis économiques qui ont émergé à la suite de la pandémie
de COVID-19, l’Afrique est confrontée à une mise à l’épreuve majeure des
progrès économiques réalisés au cours de la dernière décennie. Des pratiques,
des politiques et des instruments financiers innovants sont essentiels pour
faciliter des avancées substantielles dans divers secteurs d’activité. Cela inclut
les start-ups, les micro et petites entreprises, les entreprises sociales, les activités
professionnelles (telles que les avocats et les médecins), les sociétés cotées en
bourse et les initiatives publiques-privées. Ces entreprises sont essentielles
pour favoriser une croissance économique inclusive, la création d’emplois et
l’amélioration des moyens de subsistance (UNECA, 2020).

1.3.1 Comment améliorer la contribution des banques et des investisseurs


institutionnels africains au financement du développement ?

Le développement durable de l’Afrique nécessite un financement considérable


et, pour l’atteindre, il est essentiel d’exploiter le potentiel des banques et des
investisseurs institutionnels (CNUCED, 2021). Ces entités financières nationales
jouent un rôle central pour canaliser des fonds vers les secteurs et les projets
cruciaux qui stimulent la croissance économique et le développement social.
Pour accélérer la contribution des banques et des investisseurs institutionnels
au financement du développement en Afrique, plusieurs stratégies clés peuvent
être mises en œuvre.
• Consolider les systèmes financiers : Il s’agit d’améliorer la réglementation
bancaire, de renforcer les cadres de surveillance et de promouvoir la
stabilité du secteur financier. Des systèmes financiers solides attirent les

43
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

investissements, atténuent les risques et favorisent un environnement


propice à la participation des banques et des investisseurs institutionnels au
financement du développement.
• Promouvoir l’inclusion financière : En élargissant l’accès aux services
financiers, tels que la banque et l’assurance, aux petites et moyennes entreprises
et aux populations mal desservies, la région peut stimuler l’entrepreneuriat,
la création d’emplois et l’autonomisation économique. Cet objectif peut être
atteint grâce à des solutions innovantes en matière de technologies financières
(Fintech), à la banque mobile et à des produits financiers adaptés aux segments
marginalisés de la société.9
• Développer des instruments financiers durables : Pour attirer des banques et
des investisseurs institutionnels, il est essentiel de développer des instruments
financiers durables adaptés aux besoins uniques de l’Afrique. Les obligations
vertes, les obligations à impact social et les fonds d’investissement dans les
infrastructures sont des exemples d’instruments qui alignent rendements
financiers et objectifs environnementaux et sociaux. Ces instruments attirent
des investisseurs socialement responsables et permettent de financer des
projets de développement durable, tels que les énergies renouvelables, les
soins de santé et l’éducation (CNUCED, 2021).
• Faciliter les partenariats public-privé (PPP) : Les PPP offrent un cadre de
collaboration entre les gouvernements, les banques et les investisseurs
institutionnels. En encourageant ce type de partenariats, les gouvernements
peuvent tirer parti de l’expertise et des ressources du secteur privé pour
financer des projets d’infrastructure et de développement. Des cadres
juridiques et réglementaires clairs, des mécanismes de partage des risques et
des procédures de passation de marchés transparentes sont essentiels pour
inciter les banques et les investisseurs institutionnels à participer aux PPP.
• Renforcer la gouvernance et la gestion des risques : Les banques et les
investisseurs institutionnels privilégient les environnements bien gouvernés,
dotés de cadres de gestion des risques solides. Le renforcement des structures
de gouvernance, de la transparence et de la responsabilité dans les pays
africains inspirera la confiance dans les institutions financières et favorisera
la stabilité financière. Cet objectif peut être atteint grâce à une surveillance
réglementaire efficace, à des mesures de lutte contre la corruption et à
des cadres juridiques solides qui protègent les droits des investisseurs.
La gouvernance des institutions nationales de sécurité sociale, qui reste
problématique dans de nombreux pays africains, est un domaine qui exige
une attention particulière. Ces difficultés ont une incidence sur la stabilité
9 Forum économique mondial (2015) « How the finance sector can drive Africa’s economic growth », https://www.
weforum.org/agenda/2015/06/how-the-finance-sector-can-drive-africas-economic-growth/.

44
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

financière et l’efficacité des organismes de sécurité sociale. L’amélioration de


la transparence, de la redevabilité et de l’efficience au sein de ces institutions
peut garantir une meilleure gestion des fonds de sécurité sociale, contribuant
ainsi au financement du développement durable (Association internationale
de la sécurité sociale, 2021) .
• Améliorer le renforcement des capacités et le partage des connaissances : Pour
accélérer la contribution des banques et des investisseurs institutionnels, il est
fondamental d’investir dans des initiatives de renforcement des capacités et
des plateformes de partage des connaissances. Il s’agit notamment de fournir
une formation et une assistance technique aux institutions financières,
de favoriser les partenariats avec des organisations internationales et de
promouvoir la recherche et la collecte de données sur les tendances en matière
de financement du développement. Le développement de l’expertise locale
et le partage des meilleures pratiques renforceront l’écosystème financier et
attireront davantage de banques et d’investisseurs institutionnels.
• Favoriser l’innovation et le transfert de technologies : Le secteur privé peut
contribuer au développement en encourageant l’innovation et en facilitant
le transfert de technologies. Grâce à l’investissement dans la recherche et le
développement, à l’adoption de nouvelles technologies et à la collaboration
avec des partenaires internationaux, les entreprises peuvent améliorer leur
productivité, créer des opportunités d’emplois et favoriser la diversification
économique. Cela contribue à son tour au développement durable tout en
réduisant la dépendance à l’égard des secteurs traditionnels.
• Taux d’intérêt réels : Aborder la question des taux d’intérêt réels est crucial
pour le financement du développement. Des taux d’intérêt réels élevés
peuvent décourager l’investissement, réduisant ainsi la capacité des banques
et investisseurs institutionnels à canaliser l’épargne mobilisée vers les
projets de développement. L’abaissement des taux d’intérêt réels à un niveau
qui encourage l’épargne tout en restant attractif pour les investisseurs peut
contribuer à mobiliser plus efficacement les ressources intérieures. Cette
approche permet non seulement de stimuler l’activité économique, mais aussi
de fournir une source de fonds stable pour les initiatives de développement à
long terme (Yieke, 2023) .
• Manque d’équité des agences de notation : Les pays africains sont souvent
traités de manière peu équitable par les agences de notation, ce qui se traduit
par des coûts d’emprunt plus élevés et un accès limité aux marchés de
capitaux internationaux. Il est essentiel de remédier à ce traitement injuste
pour améliorer l’accès de l’Afrique à ces marchés. Pour ce faire, il s’avère
nécessaire de plaider en faveur de pratiques de notation plus équitables, de
garantir une représentation exacte des réalités économiques en fournissant

45
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

des données complètes et fiables pour contrer les préjugés, et d’améliorer


la gouvernance économique et financière afin de renforcer la solvabilité.
En outre, la diversification des sources de financement au moyen du
développement des marchés de capitaux locaux et la recherche d’autres voies
de financement peuvent réduire la dépendance envers les notations de crédit
externes, ce qui, en fin de compte, diminue les coûts d’emprunt et améliore
l’accès aux capitaux (MAEP et UNECA, 2023).

Aussi, la présence de Places boursières fonctionnant correctement est un autre


élément clé pour accélérer le financement du développement. Les bourses offrent
une plateforme aux entreprises pour lever des capitaux et permettent aux
investisseurs institutionnels d’investir dans des projets viables. En promouvant la
transparence, la protection des investisseurs et l’efficience du marché, les bourses
attirent les investisseurs nationaux comme internationaux, ce qui facilite le flux
de fonds vers les initiatives de développement. Mettre en œuvre ces mesures
peut permettre à l’Afrique de libérer le potentiel de son secteur financier afin de
favoriser un développement durable et inclusif sur tout le continent.

1.3.2. Comment attirer le secteur privé national vers le financement des


infrastructures

Les gouvernements représentaient 37 % des investissements dans les


infrastructures en Afrique en 2018, tandis que le financement privé ne s’élevait
qu’à 11 %. L’insuffisance des infrastructures en Afrique entraîne une perte
de croissance annuelle du PIB de 2 %. Avec des infrastructures adéquates, les
entreprises pourraient bénéficier d’une augmentation de leur productivité de
40 %. Seuls 10 % des échanges commerciaux en Afrique ont lieu à l’intérieur
du continent, contre 70 % en Europe et 50 % en Asie. Pour combler ce fossé, un
investissement annuel de 93 milliards d’USD est nécessaire, soit l’équivalent de
l’investissement de la Chine par an au cours de la dernière décennie. En outre,
un investissement de 38 milliards d’USD est nécessaire chaque année afin que
l’Afrique rattrape son retard en matière de production d’électricité (Africa CEO
Forum, 2014 ; CNUCED, 2015) .
Les recettes publiques limitées ont nui au développement des infrastructures,
ce qui a entraîné un déficit de financement substantiel. Les besoins en
infrastructures de l’Afrique s’élevaient à 130–170 milliards d’USD par an
jusqu’en 2025. Les bailleurs de fonds non traditionnels, notamment la Chine,
ont joué un rôle important pour combler ce déficit, en contribuant à plus de
25 % du financement des infrastructures sur le continent. Les secteurs de
l’énergie et des TIC dans la région ont attiré la plupart des investissements du

46
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

secteur privé, représentant plus de 90 % du total. Cette concentration peut être


attribuée à la protection importante offerte par les garanties des gouvernements
hôtes et des institutions multilatérales. Ces secteurs bénéficient de la capacité
de générer des revenus considérables par le biais de frais d’utilisation, ce qui
facilite le service de la dette et offre des retours sur investissement favorables.
Par conséquent, les investisseurs privés et les bailleurs de fonds sont attirés
pour participer aux investissements du secteur privé en Afrique, reconnaissant
le potentiel de gains financiers dans ces secteurs (UNECA, 2020).
De 2014 à 2018, le financement des infrastructures en Afrique s’est
principalement appuyé sur les prêteurs et les donateurs internationaux, à
l’exception du secteur des transports où les gouvernements ont joué un rôle
majeur. La participation du secteur privé aux projets d’infrastructure a été
limitée, de l’ordre de 7,5 % des fonds seulement. Toutefois, les investissements
privés dans les infrastructures ont été plus importants en Afrique australe, où
ils représentaient 24 % du total de ces investissements sur le continent. En
Afrique de l’Est, de l’Ouest et du Centre, les investissements du secteur privé
représentaient des proportions plus faibles, environ 9 % et 6 % respectivement,
ce qui marque la nécessité d’une participation accrue du secteur privé dans ces
régions (UNECA, 2020).
Combler le déficit d’infrastructures exige donc la participation active du
secteur privé national. L’engagement du secteur privé apporte des ressources et
une expertise supplémentaire pour répondre à la demande croissante de
développement des infrastructures, tout en libérant le potentiel économique de
l’Afrique et en favorisant une croissance durable. Les principaux éléments à
prendre en compte pour impliquer efficacement le secteur privé national dans le
financement des infrastructures sont mis en avant ci-dessous.

1.3.2.1. Renforcer les cadres habilitants

Pour attirer le secteur privé national dans le financement des infrastructures,


les décideurs politiques doivent collaborer avec les parties prenantes pertinentes
pour mettre en place de solides cadres habilitants. Cela implique la mise en
œuvre de cadres réglementaires transparents et prévisibles, la réduction de
la bureaucratie et la garantie de l’État de droit afin d’inspirer confiance aux
investisseurs et de faciliter l’engagement du secteur privé. En outre, il est
essentiel de développer des mécanismes pour atténuer les risques politiques,
réglementaires et spécifiques aux projets. Pour ce faire, les banques peuvent
jouer un rôle central en fournissant des garanties, des instruments de partage
des risques et en créant des environnements propices à la résolution des litiges
(atténuation des risques). Enfin, le renforcement des institutions responsables

47
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

du développement et de la gestion des projets d’infrastructure, notamment


les organismes de réglementation et les unités de partenariats public-privé,
améliore la gouvernance et les capacités de mise en œuvre des projets.

1.3.2.2. Mécanismes de financement innovants

Les banques africaines doivent explorer des mécanismes de financement


innovants pour mobiliser les investissements du secteur privé dans les
infrastructures. Il s’agit notamment de tirer parti de modèles de financement
mixte pour minimiser le risque des projets et attirer les capitaux du secteur
privé en s’associant avec des institutions de financement du développement
et des organisations multilatérales. En outre, encourager la création de fonds
d’investissement dans les infrastructures peut permettre de mobiliser des
capitaux à long terme provenant d’investisseurs nationaux et internationaux,
tels que les fonds de pension et les fonds souverains. Ces derniers, aux côtés
des fonds des dépôts et des consignations, peuvent jouer un rôle essentiel
dans le financement des infrastructures en apportant des capitaux patients à
long terme et en atténuant les risques associés aux investissements dans les
infrastructures. Enfin, la promotion des PPP est également essentielle, car
elle crée des opportunités pour la participation du secteur privé aux projets
d’infrastructure, en garantissant une répartition claire des risques et des
bénéfices entre les entités publiques et privées (CNUCED, 2021) .

1.3.2.3. Tirer parti de la banque numérique et de l’exploitation minière

Le secteur privé en Afrique, en particulier les sociétés de télécommunications


et l’industrie minière, recèle des richesses inexploitées qui peuvent être mises à
profit pour le développement des infrastructures. En Côte d’Ivoire, par exemple,
5,1 milliards de FCFA se trouvent sur des portefeuilles numériques, qui servent
de banques à ceux qui n’ont pas accès aux services bancaires traditionnels. Cette
richesse est largement sous-utilisée, les entreprises de télécommunications
tirant moins de revenus des méthodes bancaires traditionnelles. Une partie de ces
fonds pourrait être réorientée pour financer des projets de développement. Des
stratégies innovantes, telles que le financement mixte, peuvent être employées
pour financer les investissements dans le secteur minier, où de nombreux pays
africains ont des richesses, mais des avantages limités en termes d’impôts. Un
exemple du Burkina Faso montre comment le réseau énergétique d’une société
minière, qui produit 65 MW, pourrait être partiellement utilisé pour répondre
à un besoin de 5 MW pour un projet de panneaux solaires dans la communauté
voisine ; cela met en évidence les possibilités de collaboration. La révision des

48
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

codes miniers et la création de synergies entre des secteurs, tels que l’énergie
et l’exploitation minière peuvent débloquer des ressources supplémentaires.
En capturant stratégiquement cette richesse du secteur informel grâce à la
banque numérique et au financement innovant dans le secteur minier, l’Afrique
peut commencer à combler son déficit de financement des infrastructures et à
renforcer l’implication du secteur privé dans la croissance durable.

1.3.2.3. Relever les défis sectoriels

Conscientes des défis propres à chaque secteur, les banques peuvent prendre des
mesures ciblées pour encourager la participation du secteur privé. Par exemple,
dans le secteur de l’énergie, faciliter la production d’électricité indépendante et
les projets d’énergie renouvelable grâce à des incitations politiques et à un soutien
réglementaire peut attirer les investissements du secteur privé et combler le
déficit énergétique en Afrique. De même, l’amélioration des infrastructures de
transport et la promotion des centres logistiques dans le secteur des transports
et de la logistique peuvent améliorer la connectivité, faciliter les échanges et
attirer les investissements privés. Dans les secteurs des télécommunications et
des TIC, encourager les investissements du secteur privé en faveur de l’expansion
des réseaux de télécommunications et de l’infrastructure des TIC pourrait
promouvoir l’inclusion numérique et débloquer des opportunités économiques.

1.3.2.4. Contenu local

La promotion du contenu local dans les projets d’infrastructure améliore la


participation nationale, renforce les capacités locales, crée des opportunités
économiques pour les entreprises et la main-d’œuvre locales et favorise
les partenariats à long terme. Encourager le transfert de technologie, le
développement des compétences et le renforcement des capacités peut accroître
la participation du secteur privé local au financement et au développement
des infrastructures.

1.4. Études de cas par pays


Cette section présente comment, à Maurice et en Afrique du Sud, le secteur privé
a contribué à l’agenda de développement de chaque pays. Elle met également
en lumière les contraintes qui pèsent sur le développement du secteur, les
expériences vécues et le rôle des politiques publiques pour permettre aux
acteurs privés d’accélérer leurs efforts en faveur de l’édification de la nation.
Lorsque des informations, y compris des données, sont disponibles, la section

49
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

met également en lumière les défaillances des politiques et la manière dont des
solutions ont été conçues et mises en œuvre dans des contextes spécifiques.
L’objectif final est que ces expériences et dynamiques nationales fournissent des
enseignements importants pour l’apprentissage par les pairs et la coordination/
coopération potentielle dans l’alignement avec les politiques, de façon à tirer
parti du rôle complémentaire joué par le secteur privé.

1.4.1. Consolider l’autosuffisance en matière de financement du


développement : l’expérience mauricienne

L’Île Maurice, une nation insulaire africaine située dans le sud-ouest de


l’océan Indien, est devenue une nation indépendante en 1968 après 253 ans de
colonisation par les Français (1715 à 1810) puis les Britanniques (1810 à 1968).
Dans les premières années de l’indépendance, la production de sucre a contribué
à la majeure partie du produit intérieur brut (PIB) et des recettes d’exportation
du pays. L’industrie sucrière était également le plus gros employeur. Néanmoins,
la plupart des indicateurs économiques vitaux indiquaient que le pays allait
vers un gouffre économique. Toutefois, grâce à la mise en œuvre de modèles
de croissance appropriés, Maurice a pu passer du statut de pays à faible revenu
à celui de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure en 1990, puis
de pays à revenu élevé en 2019.10 Il a également rejoint la ligue des pays à
développement humain très élevé en 2020.11 La disponibilité d’un financement
suffisant et approprié aux différents stades de son développement a été
déterminante pour appuyer ses efforts visant à élargir et à diversifier la base
économique, à assurer une croissance stable du PIB, à créer des emplois, à lutter
contre la pauvreté, à augmenter le revenu par habitant et à sortir du piège des
pays à revenu faible et intermédiaire.
Cette section examine comment Maurice a atteint l’autosuffisance en matière
de financement du développement. L’autosuffisance est définie comme la capacité
d’un pays à répondre à ses besoins financiers grâce à sa population et à sa fiscalité.
Maurice y est parvenu en développant son système financier, en maintenant un
ratio de recettes fiscales par rapport au PIB relativement élevé et en tirant parti de
son secteur des exportations. Le système financier et les recettes publiques ont
constitué des voies essentielles, avec le secteur exportateur, pour assurer le
financement interne. Cette section explore l’héritage de bases solides dans le
10 D’après le classement de la Banque mondiale des pays en fonction de leur revenu national brut (RNB) par habitant en
USD courants. En 2019, le RNB par habitant de l’Île Maurice était estimé à 12 740 USD et se situait au-dessus du
seuil de revenu élevé. Cependant, en 2020, en raison de l’impact de la pandémie de COVID-19, l’économie a subi une
forte contraction de 14,9 % et le RNB par habitant de l’Île a chuté à 10 230 USD, alors que le seuil de revenu élevé
était fixé à 12 695 USD.
11 Selon le Rapport mondial sur le développement humain 2021 des Nations Unies, Maurice est devenu une nation au
développement humain très élevé en 2020, avec un score de 0,804.

50
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

système financier, identifie trois phases et neuf stratégies pour atteindre


l’autosuffisance et se concentre sur la façon dont le pays a maintenu un ratio
recettes fiscales/PIB relativement élevé depuis le début des années 1970. Elle
discute également de l’utilisation par le gouvernement de l’effet de levier pour la
mobilisation des recettes afin d’élargir les possibilités de lever des fonds pour le
développement à l’intérieur du pays, et met en exergue les résultats des différentes
stratégies et politiques visant à atteindre l’autosuffisance en matière de
financement du développement.

1.4.1.1. Des bases solides pour consolider l’autosuffisance en matière de financement


du développement

Maurice a commencé son parcours vers le financement d’origine intérieure


avec certains avantages qui peuvent être considérés comme des faits
stylisés « représentations simplifiées de résultats empiriques » positifs. Le
premier d’entre eux est que son économie dépendait d’un modèle d’agriculture
excédentaire plutôt que de subsistance. Le pays a d’abord puisé dans l’agriculture
excédentaire, plus précisément les exportations de sucre, pour financer son
développement. Cependant, les revenus générés par le sucre étaient inégalement
répartis et concentrés sur quelques familles seulement. La taxation de l’industrie
a apporté quelques fonds, mais pas suffisamment pour répondre aux besoins
de financement du développement du pays. Une aide financière extérieure et
des apports de capitaux ont donc été nécessaires au cours des premières années
de l’indépendance. Au fil du temps, le capital accumulé par les exportateurs
de sucre est devenu une source de financement majeure pour l’expansion et la
diversification économiques du pays dans la deuxième moitié des années 1980 et
les années 1990.
Le deuxième fait stylisé est que le pays a toujours maintenu une épargne
nationale élevée, avec un ratio moyen d’épargne intérieure brute (EIB) par
rapport au PIB d’environ 24 % entre 1970 et 2007 (Figure 1). Cependant, on
observe un déclin du ratio EIB/PIB depuis 2008, avec un minimum de 8,2 %
enregistré en 2020 et une moyenne de 11,1 % pour la période 2008–2021. Pour
mesurer l’autosuffisance en matière de financement du développement, il ne
suffit pas d’examiner le niveau de l’épargne nationale, son rapport au PIB ou
l’écart entre l’épargne et l’investissement. Il est plutôt essentiel de prendre en
compte la capacité du système financier à créer de l’argent à partir des dépôts
bancaires ; tout en reconnaissant que sans accès à l’épargne étrangère, la réserve
de fonds prêtables est limitée par le taux d’épargne national.

51
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Figure 1 : Évolution de l’investissement total et de l’épargne totale entre 1968 et


2021, en pourcentage du PIB
40 Investissement en % du PIB
Épargne en % du PIB
35

30

25

20

15

10

0
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
2016
2018
2020
Source : Bureau des Statistiques, Maurice

Le troisième fait stylisé est que Maurice disposait déjà d’un secteur bancaire
bien établi et d’une économie monétisée au moment de l’indépendance. Le
pays affichait une longue tradition bancaire. Bien que le paysage financier
semblait relativement peu développé à la fin des années 1960 par rapport aux
besoins de financement de l’économie, il existait une base solide sur laquelle
s’appuyer.

1.4.1.2. Développement de l’autosuffisance en matière de financement du développement


en trois phases

L’histoire du financement interne du développement à Maurice peut être


divisée en trois phases distinctes. La première phase s’étend de 1965 à 1990,
la deuxième de 1991 à 2010 et la troisième de 2011 à aujourd’hui. Au cours de
ces périodes, le gouvernement a poursuivi l’objectif d’atteindre l’autosuffisance
financière à travers une séquence de neuf stratégies.
• Approfondir le secteur bancaire.
• Développer et diversifier le secteur financier non bancaire.
• Accroître la capacité des marchés de capitaux.
• Développer des actifs financiers souverains tels que le Fonds national de
pension et les réserves de devises étrangères de la Banque centrale en tant
que sources potentielles de financement du développement.
• Renforcer la capacité du gouvernement à générer des recettes fiscales.

52
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

• Construire un réseau d’entreprises parapubliques et de sociétés d’État qui,


en plus de mettre en œuvre et de soutenir les politiques de développement
du gouvernement, génèrent également des revenus publics sous forme de
dividendes et de plus-values.
• Créer des actifs physiques souverains, tels que des biens immobiliers,
des terrains et des bâtiments, qui peuvent être utilisés comme source de
financement par le biais de la monétisation des actifs, si nécessaire.
• Recourir à des modes de financement innovants et alternatifs, y compris
les PPP, divers types de projets de concession et la responsabilité sociale
obligatoire des entreprises.
• Utiliser des moyens de financement non conventionnels dans les situations
d’urgence, tels que des transferts de la Banque centrale vers le fonds consolidé.

On peut affirmer que les neuf stratégies mentionnées ci-dessus ont été mises en
œuvre dans l’ordre attribué, mais il est important de noter qu’il y a eu des cas de
chevauchement chronologique tout au long de leur exécution.

i) Première phase : 1965–1990 – Dirigisme de l’État et renforcement des


capacités institutionnelles

Au cours de la première phase de financement du développement de


Maurice, l’approche du « dirigisme de l’État » a été étendue pour atteindre
l’autosuffisance. Cette approche visait à garantir un accès inclusif au
financement pour les micros, petites et moyennes entreprises, tout en
alignant le système financier sur des objectifs de développement plus larges
plutôt que sur la seule maximisation des profits. La Banque de Maurice
(BdM) a été fondée en 1967 en tant que banque centrale, créant un cadre
pour une allocation efficiente des ressources dans le but de financer les
besoins de développement. La Banque de développement (Development
Bank Ltd – DBM) a été capitalisée en 1970 afin d’accroître la disponibilité de
financement du développement pour les secteurs agricole et manufacturier,
puis la Banque d’État de Maurice (State Bank of Mauritius – SBM Ltd) et
la Compagnie d’assurance d’État de Maurice (State Insurance Company of
Mauritius – SICOM Ltd) ont été créées respectivement en 1973 et 1988. Le
Fonds National de Pension (National Pensions Fund) et la Bourse de Maurice
(Stock Exchange of Mauritius – SEM Ltd) ont également été mis en place au
cours de cette phase, respectivement en 1976 et 1989.
Un autre trait distinctif de cette première phase était les mesures de contrôle
directes imposées aux prêts bancaires pour prioriser l’attribution des crédits en
fonction des politiques d’industrialisation. Cette approche de contrôle visait

53
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

à garantir que des crédits suffisants soient accordés aux secteurs productifs
prioritaires, tout en contribuant à atténuer les pressions inflationnistes dans
l’économie. Ces efforts se sont traduits par une amélioration significative
de la monétisation et de l’approfondissement du système bancaire, avec
une croissance substantielle des dépôts et un accès généralisé aux comptes
bancaires dans les années 1980. Plus précisément, le montant des dépôts à
terme et des comptes d’épargne a été multiplié par douze entre 1967 et 1974
et, en 1980, plus de 80 % des ménages possédaient un compte bancaire.

ii) Deuxième phase : 1991–2010 – Accélération du développement du secteur


financier non bancaire et des marchés de capitaux

La deuxième phase du financement interne du développement de l’Île Maurice


a été caractérisée par l’accent mis sur l’expansion du secteur financier non
bancaire et des marchés de capitaux. En 1999, un ministre a été chargé de
développer le secteur financier non bancaire au travers du ministère de
l’Industrie, du Commerce, des Affaires corporatives et des Services financiers.
Cela a conduit à la création d’institutions telles que l’Autorité des activités
commerciales offshore de l’île Maurice (Mauritius Offshore Business Activities
Authority – MOBAA), remplacée plus tard par la Commission des services
financiers (CSF) en 2001. Celle-ci est devenue l’organisme de régulation des
services financiers non bancaires, dont la bourse, l’assurance, les pensions
et le secteur des affaires en général. La création de la CSF a comblé un vide
réglementaire et apporté de la cohérence aux politiques financières.
En outre, de nouvelles institutions ont été créées, comme le Fonds de
Port-Louis (Port Louis Fund) en 1997, la Cellule de renseignement financier
(Financial Intelligence Unit) en 2002, la Banque postale et coopérative de
Maurice (Mauritius Post and Cooperative Bank) en 2003 et le Conseil de
l’information financière (Financial Reporting Council) en 2004. Au cours de
cette phase, le pays s’est écarté de l’approche du « dirigisme d’État », avec des
mesures prises pour libéraliser les taux d’intérêt, supprimer les plafonds de
crédit et suspendre la Loi sur le contrôle des changes. Ces réformes visaient
à améliorer l’efficience de l’allocation des ressources en favorisant les forces
du marché.

iii) Troisième phase : 2011 à aujourd’hui – Gestion d’un secteur financier mature
en mettant l’accent sur l’inclusivité, l’efficience et l’internalisation

Cette dernière phase du financement du développement de Maurice se


distingue des précédentes à plusieurs égards. Au début des années 2010,

54
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

le secteur financier était arrivé à maturité et se caractérisait par un large


éventail d’institutions, d’opérateurs et de régulateurs. Les données
empiriques indiquaient que le financement du développement était suffisant.
Cependant, malgré cette disponibilité adéquate, une préoccupation politique
a émergé concernant l’accessibilité du financement pour des segments
spécifiques, en particulier les micros, petites et moyennes entreprises.
La phase III a mis l’accent sur l’inclusivité, qui est devenue un aspect
prioritaire après l’annonce par le gouvernement de la vision d’une « Île
Maurice inclusive, à revenu élevé et verte » en 2019. D’après un document
de travail du FMI qui a classé 183 pays, Maurice se classe 68e en matière
d’institutions financières, 36e pour la profondeur financière et 45e
pour l’efficience12. Ces classements indiquent la nécessité d’améliorer la
profondeur et l’efficience financières, tout en justifiant les préoccupations
des décideurs politiques concernant l’accès au financement et l’inclusivité. La
stratégie en faveur de l’inclusion se concentre sur l’accès au financement de
divers segments de la population, y compris les entrepreneurs, les étudiants
et les individus de différents niveaux de revenus. En outre, des incitations
fiscales et des régimes de financement sont mis en œuvre, en collaboration
avec des banques commerciales et des institutions financières, notamment
DBM Ltd, MHC Ltd et, dans une moindre mesure, MauBank,13 avec l’objectif
de faciliter l’accès au financement.
La phase III a également introduit un changement de politique notable,
en se concentrant sur le développement du secteur du financement par
actions, qui découle des inquiétudes concernant l’effet de levier financier
élevé des entreprises dans l’économie. La prévalence de ratios de structure
financière élevés parmi les entreprises pose des risques sérieux (notamment
financiers, opérationnels et de taux d’intérêt), en particulier en cas de chocs
externes tels que la récession mondiale et la pandémie de COVID-19. Pour
y remédier, l’Île Maurice met l’accent sur la réduction de l’effet de levier
financier. La capitalisation de la Bourse de Maurice a augmenté au cours
des quatre dernières décennies, mais cela reflète principalement l’évolution
de la valeur des actions existantes plutôt que les nouveaux capitaux levés
par les sociétés cotées (Figure 2). En outre, la capitalisation du marché est
concentrée sur un petit pourcentage de sociétés cotées, et le taux de rotation
de la bourse reste relativement faible.

12 Selon la même étude, Maurice fait plutôt piètre figure dans les classements des pays en fonction du développement
financier : il se classe au 53e rang d’après l’Indice de développement financier avec un score de 0,389 ; au 43e rang à
l’Indice des institutions financières avec un score de 0,562 et au 61e rang selon l’Indice des marchés financiers avec
un score de 0,208.
13 En 2016, la Mauritius Post and Cooperative Bank a changé de nom pour devenir la MauBank. L’État possède
désormais les deuxième et troisième plus grandes banques du pays, la SBM Ltd et la MauBank respectivement.

55
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Figure 2 : Bourse de Maurice, Figure 3 : Excédent de liquidités


capitalisation boursière, (en millions de MUR)
en pourcentage du PIB
90 70 000
80 60 000

70 50 000
40 000
60
30 000
50
20 000
40
10 000
30

01–Nov –98
01–Nov –00
01–Nov –02
01–Nov –04
01–Nov –06
01–Nov –08
01–Nov –10
01–Nov –12
01–Nov –14
01–Nov –16
01–Nov –18
01–Nov –20
20
10
89
92
95
98
01
04
07
10
13
16
19

MUR FOREX
19
19
19
19
20
20
20
20
20
20
20

Source : Banque de Maurice et Bourse de Maurice

Les entreprises mauriciennes ont tendance à préférer le financement par


emprunt au financement par actions, et ce pour trois raisons. Tout d’abord,
l’excès de liquidités dans le système bancaire permet aux entreprises de recourir
facilement aux prêts bancaires (Figure 3). Deuxièmement, la possibilité de
déduire des impôts les intérêts payés sur la dette représente une incitation.
Enfin, les entreprises mauriciennes sont généralement réticentes à l’égard
du financement par actions, en particulier lorsqu’il implique un partage de
la propriété.

1.4.1.3. Optimiser les recettes publiques pour financer le développement

Depuis le début des années 1970, les politiques budgétaires de l’Île se sont
toujours efforcées d’optimiser les recettes fiscales, en maintenant un ratio
impôts/PIB relativement élevé, d’environ 19 % en moyenne (contre environ
15 % en Afrique) (Figure 4).14 Malgré des réductions significatives des taux
d’imposition et l’élimination de certaines taxes à l’importation, l’introduction

14 Les données compilées par la Banque mondiale sur data.worldbank.org montrent des ratios moyens recettes fiscales/
PIB de 15 % et 10,6 %, respectivement pour les pays à revenu élevé et à revenu intermédiaire de la tranche supérieure
en 2020. Cette même année, ce ratio à l’île Maurice, qui fait partie des pays à revenu intermédiaire de la tranche
supérieure, était de 21,6 %.

56
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

Figure 4 : Recettes fiscales totales, Figure 5 : Recettes provenant de la taxe


en pourcentage du PIB sur les ventes et de la TVA,
en pourcentage du PIB

8
35
7

30 6
5
25
4

20 3
2
15
1

10 0
1972/1973
1975/1976
1978/1979
1981/1982
1984/1985
1987/1988
1990/1991
1993/1994
1996/1997
1999/2000
2002/2003
2005/2006
2008/2009
2012
2015/2016
2018/2019
EXERCICE 2021-22
1972/1973
1976/1977
1980/1981
1984/1985
1988/1989
1992/1993
1996/1997
2000/2001
2004/2005
2008/2009
2013
2017/2018
EXERCICE 2021-22

Source : Ministère des Finances, de la Planification économique et du Développement, gouvernement de Maurice

d’une taxe sur les ventes en 1983 (remplacée plus tard par la TVA) et la réduction
des taux d’imposition sur les revenus des particuliers et des sociétés, 15 les
performances des recettes fiscales sont restées solides.
La libéralisation des échanges a entraîné une baisse des taxes à l’importation
(Figure 6), compensée par la mise en place de droits d’accise sur certains produits
et par l’augmentation des recettes de TVA (Figures 5 et 7). Les réformes de
l’administration fiscale, notamment la création de l’Autorité fiscale de Maurice
(Mauritius Revenue Authority – MRA) en 2006, ont permis d’améliorer la
collecte des recettes, de réduire l’évasion et la fraude fiscales et d’améliorer
l’efficience et l’équité du système fiscal. Bien que l’on estime que l’impact positif
de ces réformes est significatif, il n’existe pas encore de recherches concrètes
confirmant leurs résultats.

15 Les taux d’imposition les plus élevés sur les revenus des particuliers et des entreprises ont été ramenés de 70 % à
35 % respectivement en 1985 et 1986. D’autres réductions des impôts sur le revenu ont eu lieu par la suite et, depuis
2006, les revenus des particuliers et des entreprises sont soumis à un taux d’imposition forfaitaire de 15 %.

57
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Figure 6 : Recettes tirées des droits Figure 7 : Recettes tirées des droits
d’importation en pourcentage du PIB d’accises en pourcentage du PIB

12 6,0
4,5
10 4,0
3,5
8
3,0
6 2,5
2,0
4 1,5
2 1,0
0,5
0 0
1972/1973
1976/1977
1980/1981
1984/1985
1988/1989
1992/1993
1996/1997
2000/2001
2004/2005
2008/2009
2013
2017/2018
EXERCICE 2021–22

1972/1973
1975/1976
1978/1979
1981/1982
1984/1985
1987/1988
1990/1991
1993/1994
1996/1997
1999/2000
2002/2003
2005/2006
2008/2009
2012
2015/2016
2018/2019
EXERCICE 2021–22
Source : Ministère des Finances, de la Planification économique et du Développement, gouvernement de Maurice.

1.4.1.4. Financement alternatif pour les pouvoirs publics

Ces dernières années, dans le cadre des phases II et III, le gouvernement


mauricien a exploré des méthodes de financement alternatives afin de
réduire les emprunts et d’éviter l’accumulation de dette. Ces méthodes
comprennent les PPP ouverts aux investisseurs étrangers, l’imposition de la
responsabilité sociale des entreprises (RSE) obligatoire aux entreprises locales
et l’utilisation d’actifs financiers et physiques souverains par le biais d’une
vente inconditionnelle. Bien que le gouvernement ait envisagé de vendre
des actifs physiques tels que la MauBank, la State Insurance Company et les
casinos (tous appartenant à l’État), il n’a pas encore élaboré de plan spécifique
pour la monétisation des actifs,16 similaire aux efforts déployés en Inde.
Néanmoins, la monétisation constitue une voie potentielle de financement
d’origine intérieure.

16 En août 2021, le gouvernement de l’Union a annoncé un plan de monétisation des actifs dans le cadre duquel des
actifs publics matures « brownfield » ou des actifs publics existants d’une valeur de 6 000 milliards de MUR (soit
135,9 millions d’USD) devaient être monétisés en les louant à des partenaires du secteur privé pour des durées
déterminées. L’objectif est d’utiliser les recettes pour des dépenses d’investissement en vue de la création de
nouvelles infrastructures.

58
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

Le gouvernement s’est également tourné vers des sources de financement


internes non conventionnelles pour répondre à ses besoins budgétaires. En
2019–2020, un montant substantiel a été transféré au gouvernement depuis
le Fonds de réserve spécial de la Banque de Maurice. Ce transfert a été justifié
par l’utilisation d’actifs inexploités pour financer des projets productifs et
répondre aux besoins de financement urgents découlant de la pandémie de
COVID-19. Alors que les pressions budgétaires augmentaient et que les
indicateurs de la dette se détérioraient, la Banque de Maurice a créé la Société
d’investissement mauricienne (Mauritius Investment Company Ltd – (MIC)
en juin 2020 pour soutenir l’économie. La création de la MIC s’aligne sur le
mandat de la Banque centrale, qui consiste à promouvoir un développement
économique ordonné et équilibré et à assurer la stabilité du système financier.
Bien que l’initiative de la Banque centrale ait suscité une certaine controverse,
elle illustre l’importance de la constitution d’actifs souverains qui peuvent
être facilement utilisés comme source de financement d’origine intérieure en
cas de besoin.

1.4.1.5. Résultats des politiques de « financement d’origine intérieure »

La profondeur financière de Maurice, telle que mesurée par le ratio des actifs
des banques commerciales par rapport au PIB, un facteur crucial pour atteindre
l’autosuffisance en matière de financement du développement, s’est améliorée
de manière notable au cours des dernières décennies (Figure 8). Ce ratio est
passé de 30 % du PIB à 67 % au cours de la phase I, puis à 352 % à la fin de
la phase II, pour finalement atteindre 435 % en 2021. La Figure 9 illustre la
trajectoire ascendante du crédit au secteur privé en pourcentage du PIB. Ce ratio
est passé de 19 % du PIB à 33 % au cours de la phase I, puis a augmenté à 68 %
à la fin de la phase II, et a encore progressé pour atteindre 85 % au cours de
la dernière année de la phase III (Figure 9). L’augmentation significative de la
taille de la monnaie au sens large17 par rapport au PIB du pays illustre également
l’approfondissement du secteur financier (Figure 10).

17 La monnaie au sens large exclut les dépôts des entreprises internationales.

59
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Figure 8 : Actifs financiers, Figure 9 : Crédit total au secteur privé,


en pourcentage du PIB en pourcentage du PIB
100

90
500
80
Total des actifs des
400 70
banques commerciales
( % du PIB) 60
Secteur NBFIS Actifs
300 (hors GBC1) ( % du PIB) 50

40
200 Actifs des banques et
des BFNI (% du pib) 30

20
100
10

0 0
Déc-65
Déc-69
Déc-73
Déc-77
Déc-81
Déc-85
Déc-89
Déc-93
Déc-97
Déc-01
Déc-05
Déc-09
Déc-13
Déc-17
Déc-21

Déc-68
Déc-72
Déc-76
Déc-80
Déc-84
Déc-88
Déc-92
Déc-96
Déc-00
Déc-04
Déc-08
Déc-12
Déc-16
Déc-20
Figure 10 : Ratio monnaie au sens Figure 11 : Nombre d’entreprises et de
large/PIB titres cotés à la SEM
1,8

1,6

1,4 180 Nombre de sociétés cotées (actions) (fin de


période)
160
1,2 Nombre de titres cotés
140
1,0
120
0,8 100

0,6 80
60
0,4
40
0,2 20
0 0
1989 1993 1997 2001 2005 2009 2013 2017 2021
20
76

84
88
92

96

08

16
80

00
04

12

20
19

19
19
19

19

20

20
19

20
20

20

Note : les institutions financières non bancaires (NBFIS) Source : Banque de Maurice ; Bourse de Maurice ; Indicateurs du
développement dans le monde.

Deux catégories d’actions sont cotées en bourse à Maurice (Figure 11) : les actions
négociées sur le marché officiel, la Bourse de Maurice (SEM), et celles cotées sur
le Marché du développement des entreprises (DEM – Development and Enterprise
Market), où les sociétés doivent répondre à des exigences de cotation moins

60
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

strictes. Toutefois, l’augmentation de la capitalisation boursière sur la SEM n’est


pas principalement due au financement par actions. Le marché boursier n’a pas
joué le rôle attendu de lui en contribuant au financement interne, quoiqu’il offre
aux entreprises la possibilité de lever des capitaux. Par ailleurs, l’excès de liquidité
dans le secteur bancaire suggère un succès dans la génération de financement
du développement d’origine intérieure (Figure 3). Malgré cela, la demande non
satisfaite de prêts de la part des entreprises privées, en particulier des petites
et moyennes entreprises, reste considérable, ce qui souligne la nécessité de
l’inclusivité dans la phase III du développement du secteur financier.
L’examen de la composition du portefeuille de la dette publique, en incluant
les sources extérieures et intérieures, donne un aperçu supplémentaire de
l’atteinte de l’autosuffisance en matière de financement du développement. Il
est important de noter que cette autosuffisance n’implique pas que le portefeuille
de la dette publique soit uniquement constitué d’emprunts nationaux.

Figure 12 : Sources intérieures et Figure 13 : Ratio du service de la dette


extérieures de financement public en pourcentage des exportations
100% 30
90%
80%
25
70%
60%
50% 20
40%
30% 15
20%
10% 10
0%
1972/73
1976/77
1980/81
1984/85
1988/89
1992/93
1996/97
2000/2001
Juin–05
Juin–09
Juin–13
Juin–17
Juin–21

0
Juin 1973
Juin 1977
Juin 1981
Juin 1985
Juin 1989
Juin 1993
Juin 1997
Juin 2001
Juin 2005
Juin 2009
Juin 2013
Juin 2018
Juin 2022

Dette intérieure (% de la dette publique totale)

Dette extérieure (% de la dette publique totale)

Source : Ministère des Finances, de la Planification économique et du Développement


Note : (i) Toutes les données présentées dans les Figures 12 et 13 sont pour/à partir de la fin de l’exercice budgétaire. Les dates
différentes dans les deux figures reflètent les changements dans la définition de cet exercice. (ii) Le ratio du service de la dette
mesure le remboursement des intérêts et du capital en pourcentage du total des recettes d’exportation.

L’autosuffisance en matière de financement du développement offre au


gouvernement une plus grande flexibilité pour déterminer l’équilibre entre
dette intérieure et extérieure. Maurice, qui a bénéficié d’une meilleure capacité
à mobiliser des fonds à l’intérieur du pays, a pu rembourser des emprunts
étrangers coûteux. Au cours des deux dernières décennies, la dette extérieure

61
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

du pays a représenté en moyenne 16 % du PIB, contre 27,7 % dans la période


précédente. En recourant au marché intérieur pour répondre à ses besoins de
financement, Maurice a évité d’emprunter sur les marchés internationaux
depuis 1995, ce qui a permis de réduire les coûts et les risques associés à la
dette extérieure. Le ratio du service de la dette est resté inférieur à 10 %
depuis 1990, ce qui est considéré comme un niveau sûr pour un pays en
développement (Figure 13). La plupart des dettes extérieures sont dues à des
agences de développement et à des partenaires bilatéraux, qui offrent des taux
concessionnels et des conditions favorables.
Cependant, l’une des principales faiblesses de la structure financière
mauricienne est l’étroitesse de son marché obligataire, dominé par les émissions
du gouvernement et de la banque centrale. Les efforts visant à développer le
marché secondaire des obligations se sont heurtés à des difficultés, en raison de la
stratégie d’achat et de conservation qui prévaut parmi les acheteurs d’obligations.

1.4.2. Des marchés financiers bien développés, mais des taux


d’investissement faibles : le paradoxe sud-africain

L’Afrique du Sud est un cas d’étude intéressant, car elle possède l’un des marchés
financiers les plus développés au monde, mais présente de faibles taux de
formation de capital fixe. Par exemple, le marché des actions, dominé par la Bourse
de Johannesburg, est profond et liquide, avec un ratio capitalisation boursière/
PIB18 de plus de 300 %, dépassant de loin celui d’autres marchés émergents, mais
aussi d’économies avancées telles que les États-Unis et la République de Corée.
Le ratio investissement fixe/PIB du pays affiche un niveau historiquement
bas (12,5 % du PIB) et, depuis un certain temps, il tend à se situer dans la
fourchette basse pour un marché émergent. Le Plan national de développement
fixe un objectif à long terme pour l’investissement fixe de 30 % du PIB. Pour
relever ce défi, le président Ramaphosa a annoncé en avril 2018 une campagne
de mobilisation des investissements pour son administration entrante, en se
fixant un objectif d’investissement de 100 milliards d’USD (1 200 milliards de
ZAR) sur 5 ans.19 Le lancement d’une campagne d’investissement menée par le
président a placé la mobilisation des investissements au centre de l’élaboration

18 Nombre d’actions cotées multiplié par le prix des actions.


19 Lorsque l’annonce a été faite, l’Afrique du Sud sortait d’une décennie de capture de l’État et enregistrait une faible
confiance des entreprises et un manque d’enthousiasme de la part des investisseurs. Rares étaient ceux qui anticipaient
la pandémie mondiale qui a suivi. Malgré ces défis, cinq ans plus tard, l’objectif d’investissement a été non seulement
atteint, mais même dépassé de 26 %. Le président a fièrement annoncé, lors de la récente Conférence sur l’investissement
en Afrique du Sud (SAIC – South Africa Investment Conference), que des promesses d’investissement d’un montant de 1 510
milliards de ZAR avaient été obtenues, dépassant l’objectif initial de 1 200 milliards. Fort de ce succès, un nouvel objectif
de 2 000 milliards de ZAR d’investissements a été fixé pour les cinq prochaines années (Haut-commissariat du Canada
en Afrique du Sud, 2023).

62
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

et de la mise en œuvre de la politique gouvernementale. Bien qu’il n’y ait pas


d’objectif explicite en ce qui concerne la relation entre l’investissement national
et l’investissement direct étranger, une grande partie des fonds ont été apportés
par des entreprises locales. Pourtant, malgré le succès apparent de cette
campagne, avec plus de 95 % de nouvelles transactions enregistrées, le ratio
investissement/PIB s’est détérioré. Cette évolution reflète le faible degré de
confiance des entreprises, tel qu’il ressort de diverses enquêtes, les effets des
mesures d’endiguement de la COVID-19 et la stagnation des investissements
dans des secteurs clés de l’économie, tels que l’exploitation minière.

Figure 14 : Capitalisation boursière en Figure 15 : Formation brute de capital


pourcentage du PIB fixe du secteur privé (en pourcentage
du PIB) dans quelques pays

Afrique du Sud 100

États-Unis
30
Corée, Rép.
25
Malaisie

Inde 20

Chine
15
Maurice
10
Indonésie

Turkiye 5

Nigéria
0
Égypte, Rép. arabe
00

02

04

06

08

10

12

14

16

18

20
20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

0 100 200 300 400


Asie de l'Est et Pacifique Botswana

Égypte, Rép. arabe Sénégal

Afrique du Sud Tanzanie


Source : Indicateurs du développement dans le monde.

Le rôle du secteur privé pour combler ce fossé est bien reconnu par les décideurs
politiques. Comme l’a soutenu le ministre des Finances, Enoch Gondongwana :

Entre 2010 et 2020, les investissements en capital du secteur public ont


représenté en moyenne 5,8 % du PIB, tandis que ceux du secteur privé se
sont élevés en moyenne à 11,2 % du PIB. L’investissement total est bien en
deçà de l’objectif de 30 % fixé par le Plan national de développement, et il
est en baisse depuis 2015. Pour atteindre cet objectif, les investissements

63
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

du secteur public devraient passer de 3,9 % du PIB en 2020 à 10 % en 2030,


tandis que les fonds investis par le secteur privé dans les infrastructures
devraient passer de 9,8 % du PIB en 2020 à 20 % en 2030.20

L’importance du secteur privé dans la formation de capital en Afrique du Sud


est moindre que dans d’autres pays africains, tels que le Botswana, la Tanzanie
et le Sénégal, qui ont tous enregistré une proportion plus élevée et croissante
de formation de capital du secteur privé. Dans la région de l’Asie de l’Est et du
Pacifique, le secteur privé joue un rôle bien plus prépondérant dans la formation
de capital, avec des taux supérieurs à 30 % du PIB (Figure 15).
La confiance des entreprises au niveau national est moins bonne que celle
des investisseurs étrangers. Les réformes structurelles sont la principale
exigence des entreprises locales. Elles ont trait notamment à la sécurité
énergétique, l’amélioration de l’efficience des ports et des chemins de fer et la
fourniture de services par les autorités locales (eau, permis). Ces contraintes
sont similaires à celles identifiées dans d’autres marchés africains. Des impasses
politiques dans divers domaines ont également miné la confiance des entreprises,
notamment le système de péages routiers, la réforme foncière, l’attribution des
fréquences et la migration numérique (question résolue), la réforme du secteur
de l’énergie (en cours).

1.4.2.1. Améliorer le rôle joué par le secteur privé dans le financement des infrastructures

Le Plan d’action d’Addis-Abeba (AAAA – Addis Ababa Action Agenda) reconnaît


que :
... divers obstacles retardent l’investissement privé dans les infrastructures,
aussi bien du côté de l’offre que de la demande. Cette insuffisance est due,
d’une part, aux carences des plans d’équipement et au manque de projets
soigneusement élaborés qui puissent attirer les investissements, et, d’autre
part, aux mécanismes d’incitation du secteur privé, qui ne favorisent pas
nécessairement l’investissement dans de nombreux projets à long terme, et
aux risques que perçoivent les investisseurs.21

L’AAAA s’engage à mettre en place des mécanismes de soutien internationaux


pour aider les pays à atteindre leurs objectifs en matière d’infrastructures. Il

20 Discours du ministre des Finances, M. Enoch Godongwana, lors de la conférence Consulting Engineers South Africa
Infrastructure Indaba, le 18 août 2022, https://www.gov.za/news/speeches/minister-enoch-godongwana-consulting
-engineers-south-africa-infrastructure-indaba-18.
21 (Nations Unies, 2015) .

64
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

invite également les investisseurs institutionnels, tels que les fonds de pension,
à allouer un pourcentage plus important aux infrastructures.
En Afrique du Sud, il existe un stock de fonds considérable s’élevant à
14 200 milliards de ZAR, avec des entrées d’environ 170 milliards de ZAR par an
en 2019 (Figure 16). Le secteur financier soutient indirectement le développement
des infrastructures en investissant dans des obligations souveraines et des
entreprises publiques, pour un total d’environ 1 000 milliards de ZAR. En outre,
le secteur contribue directement au financement de l’infrastructure à un taux
estimé à 1,5 %, légèrement supérieur à la moyenne de l’OCDE, de 1,3 %. Les six
premières banques du pays détiennent des titres d’État, qui représentaient plus de
12 % de leurs actifs en janvier 2021.
L’émergence de fonds d’impact et de fonds environnementaux, sociaux et de
gouvernance (ESG) du secteur privé a connu une augmentation notable. Ces fonds
ont pour mandat spécifique d’investir dans les infrastructures, les initiatives de
lutte contre le changement climatique et les biens publics. Cependant, des
questions ont été soulevées quant à savoir si ces initiatives mobilisent des fonds
supplémentaires pour les biens publics et si elles représentent une approche
distincte du financement. L’un des aspects soumis à l’examen concerne les attentes
en matière de rendement de ces investissements et la question de savoir s’ils
diffèrent réellement des modèles d’investissement traditionnels.
L’un des défis auxquels l’Afrique du Sud est confrontée est la disponibilité de
projets prêts à être financés pour correspondre à la réserve de fonds existante
(« défi de la réserve de projets »). Pour résoudre ce problème, la Facilité budgétaire
pour les infrastructures a été introduite en 2017. Ce mécanisme vise à renforcer la
préparation des projets et à améliorer la réserve de projets viables. Parallèlement,
le Fonds d’infrastructure a été créé en Afrique du Sud, conceptualisé comme un
véhicule de financement mixte qui combine une allocation budgétaire des
pouvoirs publics de 100 milliards de ZAR sur dix ans avec l’objectif d’attirer des
financements privés considérables. Le Fonds d’infrastructure est accueilli par la
Banque de développement d’Afrique australe et sert de plateforme pour réunir
des investissements privés et jouer un rôle important dans l’écosystème de
l’infrastructure. En outre, des changements réglementaires ont été mis en œuvre
pour cibler le développement des infrastructures, y compris des modifications de
la réglementation des fonds de pension qui permettent l’inclusion d’actifs
alternatifs. Ces initiatives témoignent des efforts déployés par le pays pour
stimuler les investissements dans les infrastructures, combler le déficit de
financement et créer un environnement propice à la participation du secteur privé
aux projets d’infrastructure.

65
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Figure 16 : Stock de fonds en Afrique du Sud en 2019


Dépôts Banque centrale d’Afrique du sud
(South African Reserve Bank – SARB)

Actions privilégiées
Autres
Cartes de
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dérivés)
R

de R
de
783

ces
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2

Source : FMI : Évaluation de la stabilité du secteur financier 2022 du FMI, B4SA

1.4.2.2. Exploiter les fonds de pension privés

Permettre aux fonds de retraite du secteur privé d’augmenter les investissements


dans les infrastructures figure parmi les priorités. La tendance est de créer
des incitations et un environnement favorable à l’implication du secteur privé
dans les infrastructures, plutôt que d’adopter une approche normative. Le
Trésor national a modifié un règlement clé de la Loi sur les fonds de pension
(règlement 28) afin de relever le seuil des actifs pour l’investissement dans les
infrastructures par les fonds de pension. Le règlement n’impose pas les actifs
qu’un fonds de pension doit choisir, mais il s’agit d’une directive durable qui
fixe des plafonds pour les types d’actifs dans lesquels un fonds de pension peut
investir. Il s’agit de protéger les affiliés contre le risque de concentration et les

66
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

classes d’actifs perçues comme étant à haut risque. Depuis janvier 2023, un
amendement a introduit une définition de l’infrastructure et fixé une limite
de 45 % pour ces actifs. Ce plafond s’ajoute à celui de 35 % qui s’applique aux
actifs non cotés. L’amendement différencie également la limite entre les fonds
de couverture et l’investissement en capital, le maximum pour ce dernier étant
relevé de 10 à 15 %.

1.4.2.3. Partenariats public-privé

Selon l’examen du budget 2022 :

La valeur des PPP a régulièrement diminué ces dernières années, passant


d’un montant estimé à 10,7 milliards de ZAR en 2011/2012 à 5,6 milliards de
ZAR en 2019/2020. Cela s’explique en partie par la lourdeur des procédures
d’approbation, en particulier pour les petits projets, et par la faible capacité
des ministères à évaluer le partage des risques avec le secteur privé. Dans
le même temps, le manque de clarté concernant le principe de l’utilisateur-
payeur affecte le coût des garanties de l’État. Un examen des PPP conclu
par le Trésor national en septembre 2021 a mis en avant la nécessité de
simplifier les exigences en matière d’approbation et de conformité, et de
réformer le cadre politique afin d’évaluer et de hiérarchiser les PPP. Cela
devrait encourager les solutions de financement par le secteur privé. L’étude
recommande au gouvernement de créer un centre d’excellence pour les PPP
et d’envisager une procédure d’approbation accélérée pour les projets d’une
valeur inférieure à 1 milliard de ZAR. Le Trésor national entend mettre en
œuvre ces réformes au cours des 24 prochains mois.

Dans l’ensemble, le paradoxe apparent du climat d’investissement de l’Afrique


du Sud peut être compris à travers le prisme de ses taux d’épargne intérieure.
L’épargne intérieure brute dans le pays est relativement faible et provient
principalement du secteur des entreprises. Les ménages et le secteur public ne
contribuent que très peu à l’épargne positive, de sorte que l’épargne intérieure
brute ne représente qu’environ 17 % du PIB en moyenne entre 2020 et 2023.22
L’insuffisance de l’épargne nationale décourage l’investissement privé, malgré
les innovations visant à stimuler les PPP par le biais de fonds d’infrastructure.
En outre, les problèmes liés à l’infrastructure et à la gouvernance ont également
un effet dissuasif sur l’investissement privé. Par conséquent, la rareté de
l’épargne limite le potentiel d’augmentation des investissements en capital,

22 Données provenant des Indicateurs du développement dans le monde.

67
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

ce qui constitue un défi majeur pour la croissance économique durable et le


développement en Afrique du Sud.

1.4.3. Développement du secteur financier : la voie à suivre


1.4.3.1. Mobilisation du financement et contribution des banques

Dans les économies africaines, de nombreux secteurs, tels que l’agriculture,


ont encore du mal à mobiliser des financements suffisants et adéquats, des
décennies après les accords historiques de la Conférence de Monterrey.23 Les
engagements s’articulaient autour de six composantes : la mobilisation des
ressources intérieures ; la mobilisation des ressources internationales, y compris
les IDE ; le commerce en tant que moteur du développement ; la coopération
internationale ; la dette ; les liens systémiques entre le financement et les
composantes précédentes. Cependant, plusieurs réflexions et initiatives se
poursuivent pour diversifier les sources de financement, optimiser la structure
des financements par source et attirer davantage de financements extérieurs.

i) Afrexim Bank – PAPSS

La Banque africaine d’import-export, ou Afreximbank, occupe une position de


premier plan en tant que principale institution de financement du commerce
en Afrique. Elle se consacre à favoriser l’expansion, la diversification et le
développement global des échanges africains. Au cœur de sa mission se trouve
la mise en place d’une infrastructure de paiement unifiée qui permet de
surmonter efficacement les barrières de change et de faciliter les transferts de
fonds instantanés. Le système de paiement et de règlement panafricain (PAPSS
– Pan-African Payment and Settlement System) est l’une des initiatives notables
lancées par Afreximbank. Ce système innovant vise à rationaliser et à sécuriser
les transactions monétaires à travers les frontières africaines, en minimisant
les risques associés et en contribuant activement à l’intégration financière des
économies régionales. Grâce à la collaboration avec les banques centrales africaines,
le PAPSS offre un service de paiement et de règlement fiable, accessible aux banques
commerciales, aux prestataires de services de paiement et aux entreprises Fintech
de tout le continent. En augmentant le volume des paiements transfrontaliers,
cette initiative fait nettement progresser le développement du secteur financier
dans les pays africains, en favorisant la croissance économique et en améliorant la
connectivité financière dans l’ensemble de la région.
23 La Conférence de Monterrey a été le premier sommet des Nations Unies à aborder les principales questions
financières liées au développement mondial (Nations Unies, 2002).

68
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

ii) Renforcement du marché des capitaux

L’Afrique compte actuellement 29 Places boursières, qui représentent ensemble


une capitalisation boursière de près de 60 % du PIB du continent. Cependant,
il est évident que les bourses à elles seules ne contribuent pas suffisamment
au développement global de l’Afrique. Néanmoins, les premiers appels publics
à l’épargne (IPO) présentent des avantages notables, notamment la possibilité
de lever des capitaux pour alimenter la croissance, de fournir des liquidités
aux actionnaires et d’améliorer la visibilité et la crédibilité des sociétés cotées
en bourse.
Pour favoriser le développement du secteur financier en Afrique, plusieurs
facteurs clés entrent en jeu. Il s’agit notamment de l’introduction en bourse de
nouvelles sociétés, de la diffusion d’informations financières et de l’éducation des
investisseurs, de l’attraction de nouveaux investisseurs et de l’approfondissement
de l’activité sur le marché. C’est à travers ces éléments que la bourse peut faciliter
la formation d’un cercle vertueux, auquel contribuerait l’émergence d’une nouvelle
catégorie d’investisseurs composée d’une classe moyenne éduquée et informée.

iii) Appel à des fonds de garantie

Un fonds de garantie est destiné à compenser les pertes éventuelles dues à la


défaillance des emprunteurs dans les opérations de crédit. Dans un continent où
il existe une prolifération de petites entreprises à la recherche de financement,
le mécanisme faciliterait la connexion entre les canaux financiers existants et
des types spécifiques de clients, tels que les microentreprises, avec leurs profils
et leurs besoins propres. Le développement de fonds de garantie encouragerait
les institutions de microfinance, ainsi que les banques commerciales, à prêter
directement aux microentreprises. La réduction des pertes par le biais de ce
mécanisme d’assurance, à la charge de l’emprunteur, entraîne une hausse de la
rentabilité des prêts ou une réduction de leurs coûts.

1.4.3.2. Comment attirer le secteur privé national ?

Un ensemble de réformes doit être mis en place dans les pays africains pour
inciter le secteur privé à financer les infrastructures.

69
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Tableau 3 : Réformes réglementaires pour encourager le secteur privé à financer


les infrastructures
Domaine de
Action principale Impact attendu
réforme
Secteur privé Mobilisation des marchés financiers locaux qui Réduction des risques de change,
n’ont pas l’habitude de financer directement développement économique et hausse du
des projets d’infrastructure, mais qui niveau global d’investissement
souhaitent exploiter des opportunités
d’investissement stables à long terme.
Maximisation de la marge de manœuvre
budgétaire en tirant parti du partage des
risques et de la capacité de bilan du secteur
privé
Répartition des obligations financières Allègement de la pression budgétaire sur les
entreprises publiques

Amélioration de l’accès aux marchés financiers Augmentation des investissements


et de capitaux étrangers
Mécanismes tarifaires permettant de recouvrer Amélioration de la solvabilité des entreprises
les coûts et de s’adapter à l’évolution de la
situation
Développement d’accords solides Réduction au minimum des risques politiques
et institutionnels
Appels d’offres concurrentiels transparents Contrôle des coûts et limitation des
possibilités de corruption
Divulgation publique des conditions d’appel
d’offres et d’adjudication
Dialogue public-privé Amélioration du climat des investissements et
des affaires

Conclusion
Le présent chapitre revient sur le secteur privé en Afrique et propose des
stratégies qui pourraient être mises en place non seulement pour améliorer
la contribution des banques, des investisseurs institutionnels et d’autres
acteurs du secteur privé africains au financement du développement, mais
aussi et surtout pour impliquer le secteur privé national dans le financement
des infrastructures.
Pour accélérer la contribution des banques et des investisseurs institutionnels
au financement du développement en Afrique, plusieurs stratégies clés peuvent
être mises en œuvre. Renforcer les systèmes financiers en améliorant la
réglementation et la supervision, promouvoir l’inclusion financière grâce à des
solutions Fintech innovantes et développer des instruments financiers durables
alignés avec les objectifs environnementaux et sociaux constituent des étapes
cruciales. Faciliter les partenariats public-privé, renforcer la gouvernance et les
cadres de gestion des risques, et investir dans des initiatives de renforcement des
capacités et de partage des connaissances sont d’autres initiatives essentielles. En

70
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement

mettant en œuvre ces mesures, l’Afrique peut libérer le potentiel de son secteur
financier et favoriser un développement durable et inclusif sur le continent.
Pour combler le déficit d’infrastructures en Afrique, les circonstances
actuelles nécessitent l’exploration de diverses sources de financement. Parmi
celles-ci, le secteur privé national joue un rôle crucial. Pour atteindre cet objectif,
il est essentiel de renforcer les cadres habilitants au moyen de réformes politiques
et réglementaires, de mécanismes d’atténuation des risques et du renforcement
des capacités institutionnelles. Des mécanismes de financement innovants tels
que le financement mixte, les fonds d’investissement dans les infrastructures
et les partenariats public-privé peuvent mobiliser les fonds du secteur privé.
Relever les défis spécifiques aux secteurs de l’énergie, des transports et des
télécommunications renforcerait encore la participation du secteur privé. Grâce
à ces stratégies, les pays africains peuvent créer un climat d’investissement
attractif, susceptible de favoriser le développement durable des infrastructures
et la croissance économique sur le continent.

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-rates-puts-africa-in-tough-spot

72
CHAPITRE 2

Les technologies numériques et la fiscalité


2.1. Introduction
La numérisation continue de transformer les économies du monde entier par le
biais de l’émergence de nouveaux modèles d’affaires et de nouvelles méthodes de
travail. Les technologies numériques permettent aux acheteurs et aux vendeurs
d’interagir de manière innovante, tant au niveau local que mondial, et favorisent
l’expansion du commerce électronique. Les restrictions des interactions en
personne dues à la COVID-19 ont encore accéléré l’adoption des technologies de
l’information et de la communication (TIC). L’une des plus grandes plateformes
africaines de commerce électronique, Jumia, a vu le volume de ses transactions
augmenter de plus de 50 % au cours des six premiers mois de 2020 par rapport à
la même période en 2019 (ONU, 2021).
La révolution numérique est un facteur clé du développement durable. Cette
transformation est une force motrice pour une croissance innovante, inclusive
et durable. Les innovations et la numérisation stimulent la création d’emplois et
contribuent à lutter contre la pauvreté, à réduire les inégalités et à faciliter la
fourniture de biens et de services, tout en promouvant la réalisation de
l’Agenda 2063 et des Objectifs de développement durable.24 Les technologies de
l’information peuvent nettement améliorer la mobilisation fiscale dans les pays
en développement. Grâce à des outils et des systèmes avancés, ces pays peuvent
accroître leurs recettes fiscales, créer une marge de manœuvre budgétaire et
combler leurs lacunes en matière d’infrastructures, ce qui favorise le
développement économique. La numérisation des paiements fiscaux et des
processus connexes dans les pays émergents et en développement est susceptible
de générer 300 milliards d’USD de recettes publiques supplémentaires par an
(Alliance Better Than Cash, 2020).
Au cours des dernières décennies, la tendance a été à la modernisation de
l’administration douanière et fiscale à travers l’Afrique grâce à l’adoption de
systèmes électroniques de déclaration et de paiement des impôts. Selon les

24 Stratégie de transformation numérique pour l’Afrique 2020–2030 de l’Union africaine (2019).

73
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

données GovTech du Groupe de la Banque mondiale, en 2022, le dépôt par voie


électronique était disponible pour les déclarations fiscales et/ou douanières dans
23 pays d’Afrique subsaharienne sur 48, et en cours de mise en œuvre dans six
autres pays. De même, le paiement électronique des impôts était possible dans
19 pays d’ASS. La déclaration et le paiement électroniques font référence à des
services numériques qui permettent aux contribuables (i) de déclarer leurs impôts
par voie électronique (ainsi que de réaliser une série d’autres activités connexes,
telles que joindre des annexes, demander des remboursements, faire des recours,
mettre à jour leurs données personnelles, obtenir de l’aide en ligne, vérifier
l’historique de leurs déclarations, etc.), généralement par le biais d’un portail web
auquel ils ont accès ou d’applications téléphoniques similaires ; (ii) d’effectuer le
règlement de leurs obligations fiscales en ligne, au moyen de plateformes
numériques (argent mobile, carte de crédit ou transferts électroniques similaires)
qui relient de manière efficiente les administrations de fiscales, les banques
privées ou les fournisseurs de services financiers numériques, et la banque
centrale (Okunogbe et Santoro, 2022).
L’adoption de la technologie numérique dans l’administration fiscale a
plusieurs effets bénéfiques. Elle permet notamment une augmentation de la
performance en renforçant la capacité des administrations à identifier les assiettes
fiscales et en facilitant le repérage des opérations illégales. La numérisation réduit
les interactions directes entre les contribuables et les agents des impôts, ce qui
diminue les possibilités de corruption et de recherche de rente et favorise la
transparence. Depuis l’introduction de la facturation électronique au Rwanda en
2013, les créances de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) frauduleuses ont été réduites
de 25 à 35 %. La Déclaration d’Arusha concernant la bonne gouvernance et
l’éthique en matière douanière (publiée en 1993, révisée en 2003) de l’Organisation
mondiale des douanes souligne l’importance de l’informatisation des fonctions
douanières en tant que pilier essentiel de la réduction de la corruption et de
l’augmentation des niveaux de redevabilité. La modernisation des systèmes
douaniers et fiscaux améliore l’efficience de la perception de l’impôt grâce à des
économies de coûts et de temps au niveau du recouvrement et du paiement. Ainsi,
l’utilisation d’outils numériques entraîne un renforcement de la conformité fiscale
en réduisant le fardeau de la conformité pour les contribuables (Colin et coll.,
2015) et en leur permettant d’obtenir des informations et de s’acquitter de leurs
obligations fiscales plus facilement. En Guinée, huit mois après l’adoption de la
technologie, les recettes fiscales tirées du commerce international ont augmenté
de 151,6 %. En outre, imposer les transactions numériques est un moyen
prometteur d’augmenter les recettes et de lutter contre l’évasion fiscale. La
taxation de l’économie numérique en Afrique par le biais de nouvelles taxes
directes sur les services numériques ou d’un élargissement de taxes indirectes

74
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité

existantes pourrait entraîner des gains de recettes conséquents, d’autant plus que
la part de la population africaine effectuant des achats en ligne devrait atteindre
40 % en 2025, contre 13 % en 2017.25 Depuis la mise en œuvre de sa TVA
transfrontalière sur les services électroniques en 2014, l’Afrique du Sud a collecté
environ 929 millions d’USD (OCDE, 2021a).
Si elle offre la possibilité d’élargir l’assiette fiscale et de rendre le recouvrement
des recettes plus efficient, la numérisation pose d’importants défis en matière
d’impôts. La croissance de l’économie numérique présente de nombreuses
difficultés aux systèmes de fiscalité directe parce qu’elle entraîne l’essor de
nouvelles méthodes de travail et de nouveaux types d’actifs, facilite la mobilité
des contribuables et soulève la question de la répartition des droits d’imposition
sur les revenus générés par les activités transfrontalières entre juridictions. À
l’instar de ceux d’autres régions, les systèmes fiscaux africains n’ont pas été
conçus pour les cryptomonnaies. Les défis du commerce numérique en matière de
TVA ont trait à la capacité des entreprises à faire des affaires au sein d’une
juridiction sans y avoir d’activité ou de présence physique, ce qui rend difficile le
recouvrement de l’impôt dans le cadre des procédures traditionnelles. Ainsi,
l’absence d’une législation adéquate pour taxer les services numériques limite la
capacité des pays à tirer parti des opportunités offertes par le commerce électronique.
En outre, l’insuffisance des infrastructures et de la connectivité, ainsi que le
faible niveau de compétences numériques des utilisateurs (contribuables et agents
des impôts) compromettent les gains potentiels de l’utilisation des nouvelles
technologies en Afrique. La région présente le plus grand écart d’utilisation de
l’infrastructure numérique au monde. Bien que 84 % de la population des pays
d’Afrique subsaharienne ait en moyenne accès à l’Internet mobile 3G et 63 % à
l’Internet mobile 4G, seuls 22 % utilisaient ce service fin 2021 (Begazo et coll.,
2023). De plus, des disparités importantes subsistent au sein des pays, avec un
écart d’utilisation entre les personnes moins éduquées et les personnes plus
éduquées, et entre les contribuables vivant dans les zones rurales et ceux habitant
en milieu urbain. Aussi, comme le montre le Rapport 2022 de la GSMA sur l’écart
hommes-femmes en matière de téléphonie mobile, l’ASS présente l’un des écarts
les plus importants au monde en matière d’utilisation de l’Internet mobile. Plus de
190 millions d’Africaines n’utilisent pas ce type de services, soit un écart de 37 %
entre les hommes et les femmes. Des efforts considérables sont donc nécessaires
pour réduire ces fractures numériques et exploiter le potentiel des nouvelles
technologies en Afrique. La coopération internationale dans le domaine fiscal,
par le biais de négociations et d’échanges d’informations, de connaissances et

25 Ce chiffre est tiré de la Boîte à outils numérique sur la TVA pour l’Afrique 2023, OCDE/GBM/ATAF : https://www.
oecd.org/tax/consumption/vat-digital-toolkitfor-africa.htm

75
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

d’expériences, joue également un rôle important dans l’élaboration de solutions


adéquates et innovantes pour relever ces défis.
Ce chapitre se concentre sur la manière dont les pays africains pourraient
exploiter le potentiel des nouvelles technologies pour accroître les performances
des gouvernements en matière de mobilisation des recettes intérieures (MRI), à
la fois par la numérisation de l’administration fiscale et par l’imposition de
l’économie numérique.
Ce chapitre examine d’abord de près les opportunités offertes par la
numérisation pour améliorer la MRI dans le but de soutenir les ODD (section 2).
Ensuite, il passe en revue les contraintes environnementales qui empêchent de
récolter les dividendes numériques en Afrique, les défis fiscaux associés à la
numérisation et les efforts multilatéraux accomplis pour les relever (section 3).
Des études de cas portant sur la République démocratique du Congo, la Guinée
et le Rwanda sont présentées (section 4). Le chapitre vise également à fournir
aux décideurs politiques des leçons clés pour adopter des réformes des TIC
réussies dans l’administration fiscale, tirées de l’expérience des pairs africains
et internationaux en matière d’exploitation des technologies numériques pour
améliorer la conformité et la performance fiscales (section 5). Le chapitre se
termine par une réflexion sur la manière dont les autorités fiscales peuvent
améliorer leurs pratiques pour atteindre des niveaux plus élevés de numérisation,
ou de maturité numérique, afin de tirer pleinement parti de la révolution
numérique (section 6) ; enfin, la section 7 apporte une conclusion.

2.2. Tirer parti de la numérisation pour améliorer la


mobilisation des ressources intérieures
La numérisation est le processus de diffusion d’une technologie à usage
général.26 L’utilisation des technologies numériques permet aux gouvernements
de mobiliser davantage de recettes, de réduire le fardeau de la conformité pour les
contribuables, de rendre le recouvrement de l’impôt plus efficace, de moderniser
les codes fiscaux et d’améliorer la conception des systèmes d’imposition. Elle
permet également aux administrations de protéger leurs assiettes fiscales
et de lutter plus efficacement contre l’évasion transfrontalière grâce à une
coopération internationale accrue et à l’échange d’informations. Le potentiel de
la modernisation des systèmes d’impôts pour améliorer la performance fiscale
est également étayé par des preuves empiriques (Bate, 2021 ; Brun et coll.,

26 Commission européenne (2014). Une « technologie d’usage général » ou TUG est un terme inventé pour décrire une
nouvelle méthode de production et d’invention suffisamment importante pour avoir un impact global prolongé.
L’électricité et les technologies de l’information (TI) sont probablement les deux TUG les plus importantes à ce jour
(Jovanovic & Rousseau, 2005) .

76
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité

2020 ; Kochanova, Hasnain et Larson, 2020 ; Bellon et coll., 2022 ; Koyuncu,


Yilmaz et Ünver, 2016). En moyenne, la performance fiscale, la notation de
l’environnement des affaires et l’évaluation de l’efficacité de la mobilisation
des recettes sont plus élevées dans les pays d’Afrique subsaharienne où le dépôt
électronique des déclarations fiscales et/ou douanières est disponible ou en
cours de mise en œuvre en 2020, par rapport à la moyenne des pays de la région
dans lesquels l’administration douanière et fiscale n’a pas été modernisée
(Figure 17). En outre, le délai annuel moyen pour se conformer aux mesures de
la législation fiscale était plus long (plus de 200 heures) dans les pays dotés de
systèmes traditionnels de déclaration d’impôts.27

Figure 17 : Efficience des systèmes fiscaux dans les pays africains*


Recettes fiscales en % du PIB Paiement des impôts (heures par an)
400
15

300
10

200
5

100
0

Déclaration par voie Déclaration par voie Déclaration par voie Déclaration par voie
électronique disponible électronique non disponible électronique disponible électronique non disponible

Évaluation de l’environnement des affaires (1=faible à 6=élevé) Efficience de la mobilisation des recettes (1 = faible à 6 = élevée)
4

4
3

3
2

2
1

1
0

Déclaration par voie Déclaration par voie Déclaration par voie Déclaration par voie
électronique disponible électronique non disponible électronique disponible électronique non disponible

Sources: WBG GTMI 2020 data, OECD Tax Statistics 2020 data, WBG CPIA 2021 data, Doing Business 2020 data, and authors’
calculations
Note: * Les données GTMI 2020 sont tirées de la version 2022 de l’ensemble de données qui inclut les données converties de 2020
et 2022.

27 L’échantillon comprend 29 pays d’Afrique subsaharienne.

77
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

2.2.1. Fiscalité de l’économie numérique

La révolution numérique offre des possibilités d’accroître les recettes fiscales


en élargissant l’assiette de la TVA ou des taxes sur les ventes, ou encore en
adoptant de nouveaux impôts directs sur les services numériques. La taxation
des transactions numériques est une stratégie potentielle efficace, qui pourrait
permettre aux pays africains de percevoir des recettes considérables et de créer un
espace budgétaire, d’autant plus que les revenus du commerce électronique dans
la région devraient fortement grimper en 2025 pour atteindre 46 100 millions
d’USD, contre 7 721 millions en 2017 (soit un taux de croissance de 497 % sur cette
période, voir Figure 18).28 L’utilisation d’appareils de facturation électronique
permet la saisie automatique des transactions et limite les risques de fraude et
de litiges fiscaux. Des pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, la République du
Congo, l’Ouganda et le Zimbabwe taxent les services financiers numériques au
moyen d’un droit d’accise sur les transferts d’argent. Bien que l’imposition de
l’argent mobile puisse être controversée du point de vue de l’inclusion financière,29
cela permet de générer davantage de revenus, au moins à court terme. L’Afrique
subsaharienne figure au premier rang mondial pour les comptes d’argent mobile
par habitant (comptes enregistrés et actifs), les points de vente d’argent mobile
et le volume de transactions. Des transactions représentant près de 10 % du PIB
se font par le biais de l’argent mobile, contre seulement 7 % du PIB en Asie et
moins de 2 % dans d’autres régions (Adrian et Pazarbasioglu, 2019). Les revenus,
les gains et les transactions impliquant des cryptomonnaies sont imposables
dans les juridictions au titre de l’impôt sur les gains en capital, des impôts sur
la fortune et les successions, des taxes sur la consommation (TVA et taxes sur la
vente), des taxes sur les transferts d’argent30 et de la taxe carbone (pour s’attaquer
aux externalités liées aux émissions de carbone résultant de l’importante
consommation d’énergie nécessaire au minage de cryptomonnaies).31

28 Plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, comme l’Afrique du Sud, le Kenya et le Cameroun, ont élargi leur TVA et
d’autres, tels que le Nigeria et le Zimbabwe, ont introduit de nouveaux impôts directs sur les services numériques
pour taxer l’économie numérique.
29 Les mesures fiscales régressives pourraient avoir un impact considérable sur les ménages les plus pauvres et réduire
l’inclusion financière.
30 L’Inde applique un impôt sur les transferts de monnaies numériques (taxe supplémentaire de 1 %).
31 En 2021, une part importante de la population du Kenya (8,5 %), de l’Afrique du Sud (7,1 %) et du Nigeria (6,3 %)
détenait des monnaies numériques (CNUCED, 2022). Le bitcoin a cours légal en République centrafricaine.

78
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité

Figure 18 : Ventes en ligne de biens physiques en Afrique entre entreprises et


consommateurs finaux (B2C), de 2017 à 2025 (en millions d’USD)

45000 42252

40000 38199

33317
35000

30000 27970

25000
21352

20000
13984
15000
10454
10000 7721

5000

0
2017 2018 2019 2020 2021* 2022* 2023* 2024*

Sources : OCDE/GBM/ATAF (2023) et données de Statista (2021) – Recettes du e-commerce en Afrique entre 2017 et 2025
(Statista, 2021).
Note : *prévisions.

2.2.2. Numérisation de l’administration fiscale et modernisation des


systèmes fiscaux

La technologie pourrait aider les administrations fiscales à améliorer


l’identification et l’enregistrement des entités imposables, dont les particuliers
et les propriétés. L’utilisation des technologies numériques est un moyen
d’élargir l’assiette de l’impôt foncier, pour assurer que toutes les propriétés
soient enregistrées dans la base de données. La Tanzanie a utilisé la technologie
des drones pour appuyer une stratégie de réforme centrée sur l’établissement
d’un cadastre fiscal à Zanzibar. Des informations sur les propriétés individuelles
correspondant à 13 232 bâtiments ont été recueillies par le biais de la collecte
de données et d’inspections sur le terrain. Cela constitue une réussite, étant
donné que le système d’impôt foncier en vertu de l’Ordonnance de 1934 ne
comptabilisait que 1 370 bâtiments sur le registre des redevables de l’impôt
foncier (Banque mondiale, 2020). L’échange automatique d’informations à des
fins fiscales entre juridictions permet aux pays de revoir la conception de leurs

79
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

systèmes d’imposition des revenus du capital et de taxer l’épargne des ménages


de manière plus cohérente (OCDE, 2021b). En facilitant la coopération et en
créant des synergies entre les administrations fiscales, douanières et du Trésor,
la numérisation peut renforcer la transparence.
Les coûts de mise en conformité fiscale au niveau national ont été estimés
entre 2 % et 10 % des recettes, soit jusqu’à 2,5 % du PIB (Evans, 2003). Selon une
estimation de la Banque mondiale datant de 2007, l’utilisation d’outils numériques
pourrait conduire à une réduction de 30 % des coûts de perception des impôts.32
L’Office rwandais des recettes (RRA – Rwanda Revenue Authority) a amélioré son
efficience administrative en réduisant le coût du recouvrement des impôts de
3,5 % des recettes totales en 2010 à 2,7 % en 2018 (Alliance Better Than Cash,
2020). La modernisation de l’administration fiscale a le potentiel d’alléger la
charge administrative, de limiter les erreurs dues à la saisie manuelle et de gagner
du temps dans la collecte des impôts. Elle pourrait également réduire le risque de
corruption et de pots-de-vin en minimisant les interactions en personne entre les
contribuables et les agents des impôts. Le site web de l’autorité fiscale peut
également fournir des informations actualisées sur les lois fiscales et les procédures
administratives pour l’enregistrement, la déclaration et le paiement de l’impôt,
facilitant ainsi la conformité. En rappelant aux contribuables la date limite de
dépôt des déclarations de revenus par le biais d’outils numériques, le risque de
non-conformité diminue. Les résultats de Mascagni et Nell (2022) montrent qu’au
Rwanda, les moyens modernes de communication avec les contribuables, tels que
les SMS et les courriels, sont plus efficaces que les lettres. Les technologies
numériques peuvent également améliorer le niveau de conformité et accroître
l’efficience de la collecte de l’impôt en permettant de repérer l’évasion fiscale et de
lutter plus efficacement contre celle-ci grâce à l’analyse des données. L’utilisation
de différentes sources électroniques d’information sur le comportement des
contribuables devrait faciliter l’identification des transactions financières à haut
risque et donc des priorités pour l’audit. Ainsi, la numérisation serait en mesure
d’accroître l’efficience des audits et de mener à une utilisation plus efficiente
des ressources.
La technologie a le potentiel d’améliorer sensiblement la discipline fiscale
volontaire en diminuant les délais de déclaration et de paiement des impôts.
L’effort nécessaire pour déclarer et payer les impôts, y compris les déplacements
(temps et coûts de transport) et les files d’attente au bureau des impôts, pourrait
être réduit.33 Les contribuables paient également moins de pots-de-vin, car la

32 Des estimations plus récentes suggèrent également que la numérisation a réduit les coûts de mise en conformité en
Corée du Sud de 19 % au cours de la période 2011–2016.
33 L’introduction d’appareils de facturation électronique (EBM – electronic billing machines) au Rwanda a fait baisser la
durée nécessaire aux entreprises pour remplir les déclarations de TVA de 45 à 5 heures (Alliance Better Than Cash, 2020).

80
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité

réduction du nombre de visites aux bureaux des impôts limite les possibilités
d’activités de recherche de rente. En outre, l’utilisation de services d’argent mobile
permet aux contribuables de s’acquitter facilement de leurs obligations,
notamment car la moitié de la population africaine n’a qu’un accès limité, voire
aucun accès, aux services bancaires traditionnels.34 Ainsi, la possibilité de payer
les impôts par le biais de transactions d’argent mobile pourrait être un moyen
efficace de réduire le fardeau de conformité, notamment pour les petits
contribuables africains qui supportent souvent des coûts de conformité fiscale
disproportionnés (Bruce-Twum, Schutte et Asare, 2022 ; Bruce-Twum et Schutte,
2021). La transparence accrue rendue possible par la numérisation des systèmes
fiscaux35 est susceptible d’accroître la satisfaction des contribuables et leur
confiance dans les autorités fiscales et les gouvernements, augmentant ainsi la
morale et la conformité fiscales. En outre, il est important de créer des synergies
numériques entre les réseaux de données des entités clés pour faciliter la
communication entre leurs données respectives, de façon à élargir l’assiette fiscale
grâce aux données de tiers et à permettre le pré-remplissage des déclarations de
revenus (ces entités incluent par exemple les administrations fiscales, les douanes,
les banques, les compagnies d’eau et d’électricité, la chambre de commerce,
l’agence nationale d’identification).
Les avantages de l’utilisation des TIC vont au-delà de l’amélioration des
administrations douanières et fiscales. La numérisation peut renforcer
l’environnement des affaires en réduisant le fardeau de la conformité fiscale. Une
baisse de 10 % des charges liées à l’administration fiscale peut entraîner une
augmentation de près de 4 % de l’activité entrepreneuriale (OCDE, 2021c). En
outre, la possibilité de gagner du temps dans le règlement des impôts grâce aux
paiements numériques pourrait encourager les propriétaires de petites entreprises,
en particulier les femmes entrepreneures (qui doivent souvent concilier travail et
activités domestiques), à formaliser leurs activités. La numérisation des systèmes
fiscaux, en améliorant la précision et la disponibilité des données, a également le
potentiel d’améliorer la formulation de la politique fiscale en termes de prévision
des recettes et de préparation du budget. L’utilisation d’informations sur les
contribuables permettrait aux gouvernements de mieux cibler la redistribution
des revenus. En outre, la mise en œuvre d’outils numériques rend possible une
réduction significative de l’utilisation de papier, d’énergie et de transport, ce qui
contribue à la durabilité environnementale.

34 Données de l’Agence pour le commerce international (2021).


35 Les technologies numériques permettent de surmonter les obstacles à l’information, ce qui peut améliorer le suivi (à
la fois par les citoyens, grâce à un retour d’information régulier sur la qualité des services, et par les gouvernements,
grâce à une meilleure gestion des fonctionnaires) et la coordination des citoyens (Banque mondiale, 2016, cité par
Aker, 2017).

81
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

2.3. Contraintes environnementales pesant sur la récolte des


dividendes numériques et défis fiscaux de l’économie
numérisée
2.3.1. Contraintes environnementales pesant sur la récolte des dividendes
numériques

Si l’utilisation des technologies numériques constitue un moyen prometteur


de percevoir des recettes fiscales considérables, de sérieux obstacles
environnementaux en Afrique limitent son vaste potentiel. Le succès de la
modernisation de l’administration douanière et fiscale dépend fortement de
l’environnement. Le manque d’infrastructures appropriées et de connectivité
à Internet, d’alphabétisation et de formation numériques, de confiance dans le
gouvernement, d’adoption par les agents des impôts et les contribuables, ainsi que
d’une législation et d’un leadership politique adéquats représentent des contraintes
majeures à l’efficacité des réformes technologiques dans les pays africains.
Bien que l’accès à l’électricité soit une condition préalable à l’utilisation des
outils numériques, 600 millions de personnes, soit 70 % de la population du
continent, n’en bénéficient pas.36 L’accès à Internet est de plus en plus répandu dans
la région, mais la connexion est médiocre et instable dans plusieurs pays, et il existe
des disparités au sein des pays. En outre, les administrations fiscales sont
confrontées à des pannes des systèmes informatiques. Ces facteurs peuvent
entraver l’adoption effective de la technologie par les contribuables, en particulier
ceux qui vivent dans des zones rurales isolées. Souvent, les forfaits de données
mobiles de base ne sont pas abordables37, ce qui risque de freiner le déploiement des
technologies. De plus, l’introduction de taxes électroniques sur les transactions
d’argent mobile risque de décourager les contribuables, en particulier les plus
petits, d’effectuer des paiements d’impôts par cette voie. Anyidoho et coll. (2022)
montrent que la taxe sur l’argent mobile introduite au Ghana en 2022 est fortement
régressive, ce qui signifie qu’elle a un impact disproportionné sur les personnes
pauvres et aux plus bas revenus par rapport à celles qui ont des revenus plus élevés.
Les recettes de l’argent mobile ont diminué de 28 % entre 2022 et 2023 au Ghana.38
La faible alphabétisation numérique et le manque de formation des
contribuables créent une barrière à l’adoption des outils numériques. Obert et
coll. (2018) ont identifié les lacunes de connaissances comme un déterminant

36 Données de la SIDA (2023).


37 Fin 2019 (Loi de finances 2020), le gouvernement tchadien a supprimé le droit d’accise de 18 % sur l’Internet mobile
(mis en place en 2017) afin de faciliter des améliorations de l’accès et de l’utilisation.
38 « MTN a publié ses résultats annuels pour 2022, et nous voyons clairement l’impact : bien que la taxe n’ait été mise
en place que le 22 mai, les revenus de l’argent mobile ont diminué de 12 % pour la période de 6 mois se terminant en
juin 2022 et de 28 % entre le premier semestre 2021 et le second semestre 2022 » (Esselaar, 2023).

82
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité

majeur de la sous-utilisation des systèmes de déclaration fiscale électronique au


Zimbabwe. La fracture numérique entre hommes et femmes en ASS met en
évidence la nécessité de multiplier les formations ciblées sur celles-ci. Les
utilisateurs des facilités de dépôt et de paiement électroniques sont généralement
des contribuables mieux éduqués et plus avertis. Ainsi, la modernisation de
l’administration fiscale risque de laisser de côté une grande partie de la population
et de renforcer les disparités socio-économiques entre les contribuables. Alors que
les criminels se sont déjà révélés remarquablement doués pour attaquer les
systèmes d’impôt (Gupta et coll., 2017), les contribuables peuvent également
éviter d’adopter la technologie en raison de leur méfiance à l’égard de
l’administration fiscale. La numérisation soulève des questions sur la qualité des
institutions gouvernementales et sur la sécurité et la confidentialité des données
collectées à des fins fiscales. Une plus grande numérisation pourrait bien s’avérer
contre-productive dans les pays dotés d’institutions médiocres, de niveaux de
corruption plus élevés, de régimes plus autoritaires, d’un État de droit faible ou
inexistant et d’une absence de protection de la vie privée de leurs citoyens. En
effet, une utilisation accrue de l’information peut également aider de mauvais
gouvernements à atteindre de mauvais objectifs politiques (Jacobs, 2017).
Les agents des impôts et des douanes peuvent également résister à l’utilisation
de ces nouvelles technologies. Cette résistance pourrait être due à leur manque
de compétences et de formation adéquates pour utiliser ces technologies et tirer
le meilleur parti des données fiscales. Comme le montre la Figure 19, les
dépenses en TIC (en pourcentage des dépenses de fonctionnement) en Afrique
subsaharienne ne sont pas particulièrement différentes de celles des autres
régions. Toutefois, en termes de capital humain, la plupart des pays d’ASS sont
à la traîne par rapport aux autres pays.
D’autre part, les agents des impôts peuvent disposer de compétences
numériques appropriées et d’une infrastructure suffisante et continuer à utiliser
des procédures manuelles et discrétionnaires. Ils sont parfois réfractaires au
changement et à la réorganisation de leur travail. Il semble toutefois plus
probable que cette résistance soit motivée par le risque de perdre des avantages
privés qu’ils pourraient solliciter (par le biais de pots-de-vin) ou de détourner de
l’argent des impôts en exerçant leurs pouvoirs discrétionnaires. En outre, si
l’utilisation de la technologie dans les administrations fiscales et douanières
peut réduire le risque de corruption, les faits montrent qu’elle risque également
de faciliter les pratiques de corruption. Chalendard et coll. (2021) ont appliqué
une nouvelle méthodologie pour détecter la corruption dans le port de Toamasina
à Madagascar. Ils ont découvert que des complices du service informatique des
douanes orientaient systématiquement les déclarations de certains courtiers
vers certains inspecteurs qui, à leur tour, évitaient d’imposer pénalités et

83
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

amendes. Les résultats de ces recherches ont montré que 10 % des déclarations
étaient traitées par des inspecteurs qui n’étaient pas affectés de manière
aléatoire, et que les pertes de recettes fiscales associées à ce système de
corruption représentaient environ 3 % du total des taxes perçues. En outre,
l’utilisation de caisses enregistreuses électroniques a conduit au développement
d’appareils automatisés de suppression des ventes (zappers).

Figure 19 : Niveaux de dépenses en TIC et capital humain


9
Indice de capital humain (2020, échelle de 0 à 1)
6 3

0 10 20 30 40

Dépenses en TIC en pourcentage des dépenses d’exploitation (2020)


Pays d’Afrique subsaharienne Autres pays

Sources : WDI et CIAT, IMT, IOTA, OCDE (2020) Enquête internationale sur les administrations fiscales et calculs des auteurs

L’absence d’un leadership politique et d’un cadre juridique d’appui risque de


limiter encore la capacité des administrations fiscales africaines à tirer parti
des opportunités offertes par la numérisation et de les exposer à des risques
juridiques et politiques. En l’absence de cadres juridiques et réglementaires
appropriés, efficaces, appliqués et mis à jour, portant notamment sur le partage
des données entre l’autorité fiscale, d’autres entités publiques et des acteurs
privés, les réformes technologiques n’ont aucune chance d’aboutir. Des preuves
qualitatives montrent que l’autorité fiscale du Malawi est empêchée d’introduire
des services de déclaration électronique, car le code des impôts reste muet sur
la manière de réglementer ces services (Santoro et coll., à paraître, cité par
Okunogbe et Santoro, 2022). L’existence de lacunes et d’échappatoires dans les
règles fiscales des pays d’ASS les a rendus vulnérables à l’érosion de l’assiette
fiscale et au transfert de bénéfices (BEPS – Base erosion and profit shifting), et la

84
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité

numérisation a intensifié ces défis avec l’émergence de nouvelles méthodes de


travail et de nouveaux types d’actifs.

2.3.2. Défis fiscaux de l’économie en voie de numérisation

La numérisation de l’économie implique que la présence physique n’est pas


toujours indispensable et que de plus en plus de services peuvent être exportés
avec une présence physique très limitée (Leduc et Michielse, 2021). En ce
sens, l’économie numérique offre la possibilité du transfert de bénéfices vers
des juridictions à faible taux d’imposition, ce qui crée des difficultés aux pays
pour protéger leurs assiettes fiscales. Les défis associés à la numérisation
concernent à la fois la conception et l’administration de l’impôt. Ceux liés à la
fiscalité directe ont trait à la question de la répartition entre juridictions des
droits d’imposition sur les revenus générés par les activités transfrontalières.
Les pays africains, aux côtés d’autres pays en développement, s’efforcent de
protéger leurs assiettes fiscales de l’érosion due aux pratiques des entreprises
multinationales (EMN), qui cherchent à éliminer ou réduire leurs impôts en
évitant une présence imposable dans les juridictions de leurs marchés. Ces
pratiques fiscales dommageables sont facilitées par des dispositions des lois
fiscales nationales et des conventions contre la double imposition ratifiées par
les pays d’Afrique subsaharienne. Ainsi, les EMN peuvent déplacer leurs activités
financières d’une juridiction à l’autre pour s’assurer de bénéficier de taux peu
élevés ou d’une exonération totale de la retenue à la source sur leurs paiements
transfrontaliers sortants.39 Ces multinationales peuvent également éliminer
ou limiter leurs impôts en localisant des fonctions, des actifs ou des risques
dans une juridiction intermédiaire dotée d’un régime fiscal préférentiel. Dans
le contexte de l’économie numérique, les droits sur les biens incorporels et leurs
revenus connexes peuvent être cédés et transférés entre entreprises associées.
Ils peuvent également être transférés, parfois pour un montant inférieur au prix
de pleine concurrence, à une filiale dans un pays où les revenus ultérieurement
tirés de ces biens incorporels sont soumis à un impôt anormalement faible, voire
nul (OCDE, 2015). En outre, les EMN utilisent également ce type de techniques
sophistiquées pour éliminer ou réduire les impôts dans leurs pays de résidence.

39 Traditionnellement, les conventions de double imposition ont été signées pour éviter l’absence d’imposition ou la double
imposition des mêmes revenus dans des juridictions partenaires. Toutefois, plusieurs pays d’ASS ont signé des
conventions prévoyant des taux réduits de retenue à la source sur les paiements de dividendes, d’intérêts et de
redevances, ainsi que d’autres dispositions limitant leurs droits d’imposition dans le but d’attirer les investissements
directs étrangers. Cependant, aucun élément de preuve étayant ces attentes d’un avantage correspondant en matière de
génération d’investissements supplémentaires n’a été fourni par la recherche (Beer et Loeprick, 2018). Au contraire, le
chalandage fiscal peut être particulièrement préjudiciable pour ces pays, en compromettant leurs efforts de mobilisation
des ressources nationales et de réalisation des objectifs de développement durable (Millán-Narotzky et coll., 2021).

85
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Les défis de l’économie numérique relatifs à la TVA ont trait à la collecte


efficace de cette taxe sur les échanges transfrontaliers. Les lois traditionnelles sur
la TVA ne comportent parfois pas de dispositions permettant de taxer les
prestations de services et les biens incorporels fournis par des prestataires
non-résidents, en particulier les services fournis à distance à des consommateurs
privés (streaming musical, télédiffusion, télévision à la demande) et basés sur
Internet (par exemple, Microsoft Teams, Webex et les appels Skype). Le principe
de destination est la norme internationale,40 généralement acceptée pour
l’application de la TVA aux transactions transfrontalières. Toutefois, comme la
numérisation permet aux entreprises de mener des activités dans une juridiction
sans avoir d’activité ou de présence physique, des problèmes de conformité fiscale
peuvent se poser en ce qui concerne l’identification des transactions, l’attribution
des droits d’imposition des prestations de services et des biens incorporels à
distance, l’incertitude fiscale et la complexité. En matière de taxation des
marchandises, il est plus facile de déterminer la juridiction de consommation
intermédiaire ou finale (destination physique des marchandises) et d’assurer la
conformité fiscale grâce à des contrôles physiques à la douane. Cependant, les
coûts administratifs et de perception de l’impôt risquent de grimper en raison des
volumes importants de marchandises de faible valeur achetées à l’étranger par
des clients nationaux. Certains pays africains prévoient une exonération de la
TVA sur ces biens (envois de faible valeur), étant donné que les recettes de TVA
perçues sur ces transactions sont souvent inférieures au coût de recouvrement de
la taxe. Toutefois, à mesure que le commerce électronique se développe, les
gouvernements africains, comme ceux d’autres régions, s’inquiètent de plus en
plus des pertes de recettes dues à ces exonérations, d’autant que la taxe sur la
valeur ajoutée est la principale source de recettes fiscales en ASS. Ces exonérations
créent des distorsions et creusent l’important manque à gagner de TVA dû aux
défaillances de la perception de cet impôt sur les transactions nationales. Sur
24 pays africains disposant de données adéquates, 12 enregistraient un manque à
gagner de TVA de 50 % ou plus en 2018 (UNECA, 2019).
Les défis fiscaux associés à la numérisation concernent également l’importance
des actifs financiers numériques. Le récent développement mondial des
cryptoactifs, notamment l’utilisation des monnaies virtuelles à des fins
d’investissement et de spéculation, soulève des questions au niveau de la
conception comme de la mise en œuvre de la fiscalité. Les difficultés découlent
également du caractère décentralisé, anonyme et extraterritorial de ces monnaies.
Les systèmes fiscaux n’ont pas été conçus pour un monde dans lequel les actifs
pourraient être échangés et les transactions réalisées autrement que dans des

40 Ce principe permet la rétention de taxes sur la valeur ajoutée par le pays où le produit taxé est vendu.

86
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité

monnaies nationales (Baer et coll., 2023). Selon le département Afrique du FMI


(2022), seul un quart des pays de la région de l’Afrique subsaharienne ont mis en
place une réglementation pour les cryptomonnaies.

2.3.3. Efforts multilatéraux pour relever les défis fiscaux liés à la


numérisation

L’imposition de l’économie numérisée est au cœur du débat des négociations


fiscales internationales. Le rôle crucial que doit jouer le multilatéralisme pour
relever les défis fiscaux posés par la révolution numérique est bien reconnu.
Comme d’autres pays dans le monde, les pays africains ont pris l’initiative
de rejoindre ou de créer une série d’organismes internationaux et régionaux
contribuant à la réforme des règles fiscales internationales afin de protéger
et d’élargir leur assiette fiscale. Depuis l’ouverture du Forum mondial sur
la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales (Forum
mondial) aux pays non-membres de l’OCDE en 2009, 36 pays africains (dont 31
de la région de l’ASS) y ont adhéré dans le but de lutter contre l’évasion fiscale et
d’améliorer la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales.
Plus tard, en 2014, les membres africains du Forum mondial ont décidé de créer
l’Initiative africaine, qui vise à répondre à leurs besoins et priorités spécifiques
afin de renforcer leurs capacités en matière d’échange d’informations. La
même année, le Forum africain d’administration fiscale (ATAF – African Tax
Administration Forum) a également créé le Comité technique de la fiscalité
transfrontalière (CBT – Cross-border Taxation Technical Committee) dans le but
d’influencer les négociations fiscales internationales et de veiller à ce que les
nouvelles règles qui en découlent reflètent les priorités de l’Afrique. En 2015, les
membres de l’Initiative fiscale d’Addis se sont engagés à étendre la coopération
fiscale internationale dans le cadre du Plan d’action d’Addis-Abeba (AAAA)
dans le cadre de la troisième Conférence des Nations Unies sur le financement
du développement. Depuis 2016, des pays africains rejoignent progressivement
le Cadre inclusif de l’OCDE sur l’érosion de l’assiette fiscale et le transfert de
bénéfices (BEPS) (qui comprend actuellement 23 pays d’ASS). L’objectif de ce
Cadre est d’assurer la collaboration des juridictions sur la mise en œuvre de
15 mesures/actions visant à lutter contre l’évasion fiscale, à renforcer la
transparence et à améliorer la cohérence des règles fiscales internationales. En
plus des Nations Unies et l’OCDE, des organisations internationales telles que le
Groupe de la Banque mondiale et le Fonds monétaire international soutiennent
les pays du monde entier dans leur lutte contre l’évasion fiscale et renforcent la
capacité des pays en développement à protéger leurs assiettes fiscales.

87
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Pour relever ces défis fiscaux de manière efficace, la communauté internationale


fournit des normes, une assistance technique, une expérience, des connaissances,
un partage d’informations, ainsi que des outils aux gouvernements. L’axe
prioritaire du Plan d’action BEPS de l’OCDE (Action 1) est de trouver des solutions
à ces problèmes. L’OCDE a élaboré une solution reposant sur deux piliers : le
premier pilier vise à garantir que les bénéfices des entreprises multinationales
sont réaffectés aux juridictions de leur marché ; le deuxième pilier institue un
taux d’imposition minimum mondial sur les sociétés de 15 %. Cette solution à
deux piliers a été approuvée par 138 pays, dont 21 en ASS. En ce qui concerne les
utilisations abusives des conventions fiscales, un instrument multilatéral (IML) a
été élaboré pour permettre aux juridictions de modifier leurs conventions fiscales
et d’éviter l’érosion de l’assiette fiscale et le transfert de bénéfices. Cet instrument
a été ratifié par 100 juridictions, dont 12 pays d’ASS. Les Nations Unies ont
également conçu une solution pour aider les pays en développement à taxer les
revenus des services numériques automatisés en ajoutant un nouvel article
(article 12B) à leur modèle de convention qui peut être adopté par les juridictions.
Les efforts multilatéraux pour surmonter les défis fiscaux issus de la
numérisation portent également sur la création de plateformes telles que la
Plateforme de collaboration fiscale (PCF). Lancée en 2016 conjointement par le
FMI, l’OCDE, l’ONU et le GBM, elle vise à renforcer la collaboration de ces
organismes sur les questions fiscales et à fournir des conseils aux pays en
développement par le biais d’un dialogue politique, d’une assistance technique
(portant précisément sur la formulation et la mise en œuvre de réformes fiscales)
et d’un renforcement des capacités, de la génération de connaissances et de la
diffusion. Les partenaires du PCF ont développé (individuellement ou
collectivement) quelques boîtes à outils techniques, notamment le Programme
d’analyse des écarts de l’administration fiscale (RA-GAP – Revenue Administration
Gap Analysis Program) du FMI et le programme des Inspecteurs des impôts sans
frontières (TIWB – Tax Inspectors Without Borders) du PNUD et de l’OCDE.41 Ils ont
également élaboré (avec d’autres partenaires de développement) l’Outil
diagnostique d’évaluation de l’administration fiscale Tax (TADAT – Administration
Diagnostic Assessment Tool) et l’Enquête internationale sur l’administration fiscale
(ISORA – International Survey on Revenue Administration). En 2023, l’OCDE, le
GBM et l’ATAF ont conçu conjointement une Boîte à outils numérique sur la TVA
pour l’Afrique afin d’aider les administrations fiscales africaines à définir et à
mettre en œuvre des politiques pour l’application de la TVA au commerce
numérique. En ce qui concerne les monnaies virtuelles, les normes du Groupe

41 Le soutien apporté par TIWB en collaboration avec des partenaires tels que l’ATAF (principalement sur les questions
de prix de transfert, les enquêtes fiscales judiciaires, l’échange et l’utilisation efficace des informations) a permis
d’augmenter les recettes fiscales perçues par les juridictions africaines de 1,2 milliard d’USD entre 2012 et 2021.

88
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité

d’action financière sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement


du terrorisme (LBC-FT) atténuent les risques associés aux actifs virtuels. L’OCDE
(2020) fournit des orientations pour aider les gouvernements à déterminer un
traitement fiscal approprié pour les cryptomonnaies.42

2.4. Études de cas par pays sur l’adoption d’outils numériques


dans les administrations douanières et fiscales
Les études de cas par pays présentent les expériences de la Guinée, du Rwanda et
de la République démocratique du Congo en matière d’adoption des technologies
numériques dans l’administration douanière et fiscale.

Encadré 1. Mobilisation des ressources nationales en Guinée et numérisation


des douanes

La Guinée est peu performante en matière de mobilisation des ressources


intérieures, avec un ratio impôts/PIB de 13,9 %, bien en deçà de l’objectif de 20 %
que les États membres de la CEDEAO s’efforcent d’atteindre. Bien que le pays soit
doté de ressources naturelles abondantes et qu’il ait connu une augmentation
récente de ses exportations minières, il n’en tire pas des recettes fiscales
substantielles. Par exemple, le volume des exportations de bauxite guinéennes a
presque triplé au cours de la période 2016–2021, passant d’environ 29,4 millions
à plus de 85,6 millions de tonnes. En revanche, les recettes fiscales générées par
le secteur ont diminué de 30 % entre 2015 et 2020. La grande ampleur du secteur
informel (estimé entre 70 et 90 % de l’activité par l’APIP – Agence de promotion
des investissements privés) contribue à la faible performance fiscale du pays, de
même que les nombreuses incitations, lacunes et failles de la législation fiscale.
La qualité de la prestation de services publics de l’administration des impôts est
faible, et la note d’efficience de la mobilisation des recettes de l’Évaluation des
politiques et des institutions nationales (CPIA – Country Policy and Institutional
Assessment) de la Banque mondiale n’était que de 3,5 sur 6 en 2021.
Selon les résultats de l’enquête Afrobaromètre 2021, 51 % des Guinéens
pensent que la plupart des fonctionnaires des impôts guinéen sont impliqués

42 Parmi les autres initiatives internationales visant à aider les pays à protéger leurs assiettes fiscales, citons : la
Stratégie de recettes à moyen terme des partenaires de la PCF, le Forum de l’OCDE sur l’administration fiscale (FAF),
l’assistance technique et le renforcement des capacités en matière de fiscalité des industries extractives du Forum
intergouvernemental sur les mines, les métaux et le développement durable (IGF – Intergovernmental Forum on
Mining, Metals and Sustainable Development) et de ses partenaires (comme l’OCDE et l’ATAF), l’Analyse fiscale des
industries extractives (FARI – Fiscal Analysis of Resource Industries) et le Cadre d’évaluation de la politique fiscale
(TPAF – Tax Policy Assessment Framework) du FMI ; les modèles de maturité de l’administration fiscale de l’OCDE et
de la Banque mondiale ; ou encore l’assistance entre pairs en matière de numérisation.

89
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

dans des affaires de corruption, et 45 % d’entre eux estiment que le gouvernement


n’utilise pas les recettes fiscales perçues pour améliorer le bien-être des citoyens.
Ainsi, avancer dans le parcours numérique est considéré comme un moyen de
relever les performances des autorités fiscales guinéennes et d’améliorer la
prestation de services publics, la transparence et la redevabilité, tout en limitant
la corruption.
Comme la déclaration et le paiement électroniques des impôts ne sont pas
disponibles en Guinée, l’expérience par pays présentée ici se concentre sur la
modernisation des douanes. En juin 2017, le gouvernement guinéen a décidé de
numériser ses procédures douanières en créant un système de guichet unique
électronique, de façon à fluidifier les opérations du commerce extérieur et de
stimuler la MRI et la croissance économique. L’initiative vise également à réduire
le fardeau de conformité des entreprises, à simplifier leur accès à l’information
pour remplir leurs obligations et à minimiser la durée de la conformité aux
frontières et le coût associé au respect des réglementations douanières du pays. Le
projet a été mis en œuvre fin 2019 par le gouvernement guinéen, en partenariat
avec le groupe Webb Fontaine.

Figure 20 : Taxes sur le commerce international en millions d’USD

12

10

0
Avant la 8 mois après 16 mois après Entre 17 mois
numérisation l’adoption des l’adoption des après l’adoption
outils numériques outils numériques des outils
numériques et
aujourd’hui

Source : Données de la Direction des impôts de Guinée et calculs des auteurs

90
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité

Une analyse de l’évolution des recettes douanières montre que les impôts sur
le commerce international ont augmenté de 151,6 % huit mois après l’adoption
de la technologie, puis ont continué à augmenter au cours des huit mois suivants,
à un taux de 31,5 %. Ces résultats ont été obtenus grâce à l’amélioration des
performances de l’administration douanière, aux économies de temps et
d’argent, à la réduction des interactions en personne et à la facilitation de la
détection des fraudes liée à l’utilisation d’outils numériques.
La hausse des recettes s’est ralentie ces dernières années ; cependant,
l’activation des autres fonctionnalités de la plateforme (prévue pour cette
année), telles que la possibilité de payer des impôts par le biais de transactions
d’argent mobile, pourrait donner une nouvelle impulsion aux recettes publiques.

Encadré 2. Le parcours de numérisation de l’Office rwandais des recettes

La croissance technologique du Rwanda s’est accélérée depuis que le


gouvernement a mis l’accent sur l’importance des TIC en tant que moteur de la
croissance économique. À partir du plan Rwanda Vision 2020, le programme de
transformation numérique vise à catalyser les progrès dans tous les secteurs,
notamment les soins de santé, l’éducation, l’agriculture, les infrastructures et
la gestion des finances publiques. L’Office rwandais des recettes (RRA – Rwanda
Revenue Authority) s’efforce de devenir une organisation « adaptée à son but » :
une administration des recettes assurant une prestation de services efficiente,
une prise de décision fondée sur les données et des opérations basées sur les TI.

Tirer parti de la technologie au service de la mobilisation des recettes au Rwanda

Le début de la numérisation du système fiscal rwandais remonte à 2004, lorsqu’un


logiciel a été introduit pour simplifier la gestion des données des contribuables. Ce
moment charnière a inclus la mise en œuvre d’un système douanier automatisé
(SYDONIA). Ce système a rationalisé les procédures douanières en permettant
aux différentes agences participant au processus de dédouanement de travailler
comme des centres à guichet unique (en conséquence, les délais de dédouanement
des cargaisons ont été réduits de 3 jours en moyenne à quelques heures). Cela a
également préparé le terrain pour d’autres avancées numériques, avec l’introduction
progressive d’une gamme variée de services dans les années suivantes.
Une étape importante dans le parcours numérique du Rwanda a été franchie
en 2010 avec le déploiement d’un réseau national de fibre optique assurant
une impressionnante couverture de plus de 95 % du territoire national. Son

91
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

objectif premier était de garantir l’accès à Internet à haut débit dans tout le pays,
notamment dans les centres urbains et les régions mal desservies. Ce faisant,
il a effectivement aplani les barrières à l’entrée pour des millions de Rwandais,
facilitant leur connexion au monde numérique. Ce réseau fondamental a été le
fondement du renforcement de la connectivité Internet et de la rationalisation de
la transmission des données dans tout le Rwanda. Le gouvernement a pris des
mesures proactives pour combler la fracture numérique en dotant les étudiants
et les communautés de compétences numériques essentielles et en garantissant
l’accès à des ordinateurs grâce à diverses initiatives. En outre, pour exploiter toute la
gamme des avantages apportés par la numérisation, le Rwanda a stratégiquement
employé sa politique fiscale pour promouvoir l’adoption et l’utilisation
d’appareils technologiques. Cette approche stratégique englobe diverses mesures
politiques, y compris l’exonération de taxes pour des équipements TIC tels que
les téléphones. Le pays a aussi mis en œuvre une augmentation progressive des
impôts, en particulier des droits d’accise sur les télécommunications (temps de
communication). Cette approche progressive sur une période de dix ans verra le
taux d’imposition passer de 3 % à 5 % puis à 8 %, pour finalement atteindre 10 %.
En 2011, des systèmes d’enregistrement, de déclaration et de paiement en ligne
ont été lancés. Cela a inauguré une ère où les contribuables peuvent s’acquitter
de leurs responsabilités à distance, éliminant ainsi le besoin d’interactions en
personne avec les agents du RRA. Cette transition a eu de profonds effets, le
nombre de contribuables enregistrés ayant été multiplié par cinq entre 2011 et
2019, ce qui a favorisé la mise en place d’un environnement fiscal plus inclusif.
Le passage à l’interface numérique ne s’est pas contenté de faciliter le respect
des obligations fiscales, il a également permis un rapprochement efficient entre
les impôts perçus et les paiements en ligne, ce qui a entraîné une réduction des
coûts de collecte. En 2012, la mise en œuvre d’un système de déclaration en ligne
a simplifié le processus d’importation, ce qui a réduit considérablement le temps
et les coûts associés au dédouanement et favorisé un environnement commercial
plus efficient. À l’heure actuelle, la déclaration en ligne est utilisée pour 100 %
de tous les types d’impôts, tandis que les paiements en ligne représentent 98 %
de l’ensemble des transactions fiscales.
Par la suite, en 2013, le Rwanda a introduit les EBM, ou appareils de
facturation électronique, pour les contribuables immatriculés à la TVA.
Ce système transformateur permet aux entreprises d’émettre des reçus
électroniques pour les biens et les services, tout en transmettant les données
des transactions au RRA en temps réel. Les effets positifs de cette initiative sur
le système de recouvrement des impôts sont palpables, les recettes de TVA ayant
augmenté d’environ 30 % au cours de la première année de mise en œuvre. En
outre, l’amélioration de la précision et de la transparence des données relatives

92
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité

aux transactions a permis de réduire de plus de 80 % le temps consacré par les


entreprises à remplir leurs déclarations de TVA. L’introduction des EBM au
Rwanda a permis de réduire de 25 à 35 % les déclarations frauduleuses de taxe sur
la valeur ajoutée (Alliance Better Than Cash, 2020). L’utilisation de ces appareils
s’est depuis étendue aux contribuables non assujettis à la TVA afin d’améliorer
la transparence dans le suivi et la perception d’autres types d’impôts, tels que
l’impôt sur les sociétés (IS), où, par exemple, les dépenses ne sont validées que
lorsqu’elles sont étayées par une facture EBM, avec des exceptions minimes.
Les avantages de l’introduction des EBM ne profitent pas seulement
à l’administration fiscale, mais aussi aux contribuables, qui ont accès aux
mouvements de leurs stocks et à leurs ventes, ce qui facilite le suivi et le dépôt
des déclarations d’impôts par le personnel. En 2019, le RRA a lancé un service de
support par chat en direct pour les contribuables. En outre, le Rwanda a pris des
mesures progressives pour encourager l’adoption des transferts d’argent mobile
et favoriser une économie sans espèces. Une mesure décisive est l’exonération
des taxes sur ces transferts, qui non seulement incite les individus à adopter les
transactions financières numériques, mais soutient également l’objectif plus
large de réduire la dépendance à l’égard de l’argent physique, de façon à améliorer
l’efficience économique. Il est important de noter que ces politiques ont joué un
rôle central dans le renforcement de l’efficacité de l’administration fiscale et de la
collecte des recettes au Rwanda. Les suspensions temporaires de la perception des
recettes en amont ont été stratégiquement exploitées pour produire des avantages
substantiels en termes de génération de revenus et d’efficience de la collecte.
Le parcours de numérisation fiscale a également conduit à l’adoption par le
RRA d’un nouveau modèle opérationnel qui est axé non seulement sur les TI,
mais surtout sur les données (par exemple, remplacer les approches fondées sur le
porte-à-porte pour immatriculer et régulariser en cas de non-conformité par des
interventions fondées sur le risque et un recours accru à l’analyse des données).
Le RRA utilise les études analytiques et a mis en œuvre un processus de sélection
des « cas d’audit automatisés » depuis 2017 afin d’améliorer l’efficience de l’audit.
Le summum de la numérisation implique l’intégration et l’analyse en temps réel
de données provenant de diverses sources, telles que les banques, ce qui permet
au RRA de repérer les risques, de renforcer l’efficience de l’audit et de tirer des
informations bénéfiques à la croissance et à l’accès au financement des entreprises.
Cette transformation a également recalibré le rôle joué par les professionnels de la
fiscalité. Les tâches de routine telles que la collecte et la vérification des données
ont été automatisées, ce qui a permis aux agents des impôts de se concentrer sur
l’analyse des données et la formulation de stratégies visant à générer des recettes.
Cette fonction repensée appelle à l’émergence d’une nouvelle génération d’experts
fiscalistes dotés d’une formation en mathématiques, en sciences et en ingénierie

93
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

informatique. Ce changement souligne les immenses possibilités qu’offre la


technologie pour la perception des impôts. L’administration fiscale du Rwanda est
prête à faire un autre bond en avant, en tirant parti de technologies telles que la
chaîne de blocs (blockchain), l’analyse prédictive et comportementale, pour lutter
contre la non-conformité avant qu’elle ne se produise, ou encore l’intelligence
artificielle, par exemple pour répondre aux demandes des acteurs 24 heures
sur 24. L’administration pourra en outre fournir à tous les contribuables un
aperçu complet des transactions de leur compte fiscal, de façon à promouvoir la
transparence, ainsi que le pré-remplissage de toutes les déclarations de revenus, ce
qui réduira le coût de la conformité pour le contribuable.
Le résultat cumulé de ces efforts est évident dans la nette croissance du ratio
impôts/PIB, qui est passé de 11,2 % en 2009/2010 à 16 % en 2019/2020, juste
avant le début de la pandémie de COVID-19.
Malgré son impact perturbateur, la pandémie a eu un impact limité sur la
collecte de recettes au cours de la période 2020–2021, grâce à la numérisation
avancée du système du RRA qui a permis aux contribuables de s’acquitter de leurs
obligations fiscales sans nécessité de se rendre physiquement dans les bureaux
des impôts. Au cours de l’exercice 2022/2023, l’emploi de la technologie dans
l’administration fiscale par le RRA a considérablement amélioré la conformité
fiscale, avec les chiffres d’affaires déclarés qui sont passés de 37,8 milliards de RWF
pour l’exercice 2021/2022 à 110,5 milliards en 2022/2023. L’impôt sur les sociétés
est passé de 0,25 milliard de RWF dans l’exercice précédent à 0,73 milliard au cours
de l’exercice 2022/2023 ; tout cela grâce à l’arrivée de nouveaux contribuables sur
les plateformes numériques.
En outre, le résultat a été une amélioration majeure de la transparence et de la
réactivité de la gouvernance, grâce à la rationalisation des services publics et à la
réduction des inefficiences bureaucratiques. Il est particulièrement intéressant
de noter que cette approche a stimulé la transformation socio-économique.

Au-delà de la perception des recettes

Au-delà de leur rôle conventionnel en matière de collecte des recettes et de respect


des obligations fiscales, les technologies fiscales sont devenues une source vitale
de données susceptibles d’être converties en informations et en connaissances qui
permettent à l’administration fiscale et au gouvernement dans son ensemble de
prendre des décisions et de formuler des politiques fondées sur des données.
Les éclairages tirés des données collectées par le biais des EBM en sont une
illustration frappante. Plus que de simples enregistrements de transactions, ces
informations permettent d’analyser les chaînes d’approvisionnement et ainsi de
façonner les politiques commerciales et industrielles du Rwanda. Les données

94
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité

des EBM sont également utilisées par les agences gouvernementales à différentes
fins de formulation de politiques. Un autre exemple spécifique est l’utilisation
de ces données pour effectuer des analyses économiques qui assureront la
coordination des politiques fiscales et monétaires menées par le ministère des
Finances et de la Planification économique et par la Banque centrale du Rwanda.
Même pendant le tumulte créé par la COVID-19, la collecte quotidienne de
données par les EBM a joué un rôle central dans le suivi de l’activité économique,
ce qui a permis au gouvernement de formuler des décisions judicieuses tout en
mettant en œuvre des mesures vitales de distanciation sociale.
La fusion de la technologie et de la gouvernance a également amélioré le
climat des affaires au Rwanda, en favorisant une relation symbiotique entre
le gouvernement et le secteur privé, et en ouvrant la voie à des ajustements
politiques rapides tout en limitant les possibilités de corruption et en réduisant
le coût de la conformité, entre autres avantages.

Figure 21 : Ratio impôts/PIB en pourcentage du PIB

19,9%
16,4% 19,3%
15,0%
15,9%
11,0% 14,3% 16,1%
13,3%
10,3%
20 /01
20 /02
20 /03
20 /04
20 /05
20 /06
20 /07
20 /08
20 /09
20 /10
20 /11
20 /12
20 /13
20 /14
20 /15
20 /16
20 /17
20 /18
20 /19
20 /20
20 /21

2
/2
00
01
02
03
04
05
06
07
08
09
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
20

Recettes fiscales (y compris impôts des collectivités locales) en % du PIB


Recettes totales (fiscales en non fiscales) en % du PIB

Source : Données de l’Office rwandais des recettes et calculs des auteurs

Encadré 3. Système douanier et fiscal et parcours de numérisation de la RDC

Le système fiscal de la République démocratique du Congo est inefficient et


complexe. Le ratio impôts/PIB du pays n’atteignait que 8,1 % en 2021. Cette
médiocre performance est liée à des facteurs tels que la dimension importante du

95
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

secteur informel, la multiplicité des taxes et l’octroi de nombreuses exemptions


d’impôt, qui rendent le système fiscal complexe et augmentent la charge pour
les agents des administrations fiscales comme les contribuables. Le pays compte
plus de 240 taxes et impôts différents au niveau central, et le temps annuel
moyen pour se conformer à la législation fiscale y a atteint 346 heures en 2021.
La RDC dépend fortement des revenus miniers et forestiers. Malgré les récentes
améliorations de la transparence dans le secteur minier grâce à la divulgation
des contrats du secteur, d’importants défis de gouvernance subsistent (Banque
mondiale, 2023).
La modernisation des administrations fiscales est une priorité phare du
Plan stratégique de la réforme des finances publiques 2022–2028 de la RDC.
La mise en œuvre de la déclaration électronique est en cours, et le pays a
également l’intention d’adopter un système d’identification biométrique des
contribuables. La modernisation des douanes, soutenue par les partenaires au
développement, est le fer de lance de la numérisation du pays. À ce jour, la RDC
poursuit la mise en œuvre du SYDONIA dans tous les points d’entrée douaniers
et la numérisation des paiements gouvernementaux par le biais d’ISYS-
REGIES. La plateforme REDOFIE (Réseau d’échange de données financières
du gouvernement), adoptée par le gouvernement congolais, a créé des synergies
entre les différentes autorités fiscales, y compris la Direction générale des
impôts (DGI), l’autorité douanière (DGDA – Direction générale des douanes
et accises), et la Direction générale des recettes administratives, judiciaires,
domaniales et de participations (DGRAD), chargée de la collecte des recettes
non fiscales ; ainsi que d’autres agences gouvernementales. Le gouvernement
continue d’étendre la plateforme à l’ensemble du pays.
La RDC dispose également d’un espace numérique physique qui sert de
référentiel d’informations financières utilisées pour effectuer des analyses de
données. En outre, le pays prévoit de déployer des contrôles croisés systématiques
des données afin de faciliter la détection des fraudes et la gestion des risques
de conformité.

2.5. Principaux enseignements pour des réformes réussies des


TIC dans l’administration fiscale
Cette section fournit aux décideurs politiques des enseignements clés pour des
réformes réussies des TIC dans l’administration fiscale, tirés de l’expérience de
pays africains et de pairs internationaux. Le parcours de numérisation de chaque
pays est unique ; il doit être fondé sur les besoins et la maturité de l’autorité
fiscale et adapté à l’environnement local. Alors que certains pays, comme le

96
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité

Rwanda et Maurice, ont adopté rapidement les nouvelles technologies, d’autres,


comme les États-Unis et le Royaume-Uni, ont privilégié une transformation
numérique progressive et à long terme. Le succès des réformes technologiques
réside dans la définition d’une vision claire et élargie et d’une stratégie de
numérisation couvrant les aspects réglementaires, financiers et de ressources
humaines. En outre, une clé du succès des réformes de TIC dans l’administration
fiscale est une approche centrée sur l’utilisateur, qui met l’accent sur les besoins
des contribuables pendant la phase de conception de la numérisation.
Comme indiqué dans la section précédente, l’accès à l’électricité et à une
connexion Internet fiable est une condition préalable à la déclaration et au
paiement électroniques. Ainsi, l’amélioration de l’alimentation en électricité et
de la connectivité à Internet est essentielle à l’adoption des technologies
numériques. Obert et coll. (2018) ont constaté que les coupures d’électricité et
la non-disponibilité de l’Internet étaient à l’origine de la sous-utilisation des
systèmes de déclaration fiscale électronique au Zimbabwe. Le gouvernement du
Rwanda et les bailleurs de fonds ont massivement investi dans une dorsale
(backbone) nationale en fibre optique qui facilite le transfert de données à haut
débit dans tout le pays, et l’Office rwandais des recettes a été l’un des premiers
organismes à tester cette technologie (Schreiber, 2018). Le succès des réformes
technologiques dépend fortement de l’existence d’environnements
réglementaires et commerciaux porteurs et favorables. Les réformes des TIC
doivent être soutenues par l’introduction de nouveaux cadres juridiques et
réglementaires appropriés qui inspirent la confiance des utilisateurs dans
l’intégrité et la sécurité des systèmes, notamment en ce qui concerne la
confidentialité et la sécurité des données. La nouvelle réglementation doit
également aborder le partage des données entre les autorités fiscales.
Un processus approprié de passation des marchés et un investissement dans
l’outil technologique adéquat, en choisissant entre le développement de logiciels
en interne et des solutions prêtes à l’emploi (ou une combinaison des deux), sont
déterminants pour assurer le succès des réformes technologiques. Il est
également important de renforcer les capacités internes en matière de TIC
susceptibles d’assurer la maintenance, le développement et l’amélioration des
systèmes informatiques. Se concentrer sur les besoins des contribuables durant
la phase de conception de la numérisation, notamment en proposant des
solutions de paiement et des outils numériques appropriés, est un facteur clé de
réussite pour la modernisation de l’administration fiscale. Le Kenya a été
pionnier de l’utilisation des services de paiement électronique basés sur la
téléphonie mobile pour faciliter le paiement électronique par les contribuables,
en particulier ceux qui ne possèdent pas de compte bancaire traditionnel.
L’introduction d’appareils de facturation électronique obligatoires peut s’avérer

97
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

difficile, comme l’ont montré les défis rencontrés par le Rwanda lors de leur
déploiement. Après l’expérience initiale, le pays est passé à une solution
informatisée, qui s’est également heurtée à des obstacles dans la mise en œuvre,
car tous les contribuables ne sont pas en mesure d’utiliser des ordinateurs. Cette
situation souligne l’importance de l’expérimentation. Les systèmes numériques
doivent être testés avant d’être mis en œuvre.
Des réformes institutionnelles et opérationnelles sont nécessaires. Le succès
de la modernisation de l’administration fiscale passe par un appui de haut
niveau de la part des dirigeants. Les hauts responsables des administrations
fiscales doivent soutenir le parcours de numérisation en faisant preuve de
flexibilité, d’ouverture au changement et de grandes capacités de motivation. Le
personnel peut avoir besoin d’une formation avant de mettre en œuvre la
technologie. L’investissement dans les ressources humaines est crucial pour
garantir l’utilisation efficace et adéquate des outils numériques par les agents
du fisc. Une évaluation des capacités et des compétences du personnel de
l’administration fiscale permettra d’identifier les besoins dans ce domaine. Les
contribuables sont parfois réticents à utiliser les nouvelles technologies en
raison d’un manque d’alphabétisation numérique. Il est essentiel que les
gouvernements investissent dans des sessions d’éducation et de formation pour
s’assurer que les citoyens adoptent la technologie numérique. Les administrations
fiscales doivent également proposer des programmes de formation et de
sensibilisation des contribuables qui pourraient aider ces derniers à utiliser la
déclaration et le paiement électroniques, sans oublier de prendre en compte la
nécessité d’une période de transition et les coûts qui y sont liés.
La culture numérique des femmes étant particulièrement faible en Afrique,
des formations ciblées et adaptées doivent leur être proposées. L’engagement
des contribuables est la clé du succès de l’adoption des technologies et pourrait
être amélioré en facilitant leur accès à l’information sur les lois et procédures
fiscales, par le biais de méthodes de communication modernes et traditionnelles.
En faisant en sorte que les interactions en ligne et hors ligne des contribuables
soient personnalisées, simples, cohérentes, intuitives et fournies en temps réel,
les administrations fiscales peuvent obtenir une vue à 360 degrés des
contribuables et de leurs besoins. Cela les aiderait à personnaliser les services
électroniques et à ouvrir des communications sur différents canaux (Microsoft
et PwC, 2018). L’engagement des contribuables est également un élément
essentiel de la morale fiscale et de la conformité volontaire, et pourrait limiter
le recours aux enregistrements en masse fondés sur la technologie43 qui ont lieu
dans des pays d’Afrique subsaharienne. L’étude d’Alm et coll. (2010) sur le
43 L’augmentation agressive du nombre d’enregistrements fiscaux risque fort de se traduire principalement par
l’enregistrement de petites entreprises qui, dans la pratique, ne paieront que peu ou pas d’impôts (Moore, 2020).

98
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité

comportement en matière de conformité fiscale a montré qu’une administration


conviviale augmentait la conformité moyenne de 27 %.
La collaboration entre pairs avec d’autres administrations fiscales pour tirer
les leçons de leurs expériences, la collaboration avec des partenaires régionaux
et internationaux et l’utilisation des boîtes à outils techniques qu’ils ont
développées pourraient également soutenir les pays africains dans leur parcours
de numérisation. Le Tax Diamond de la Banque mondiale et le modèle de maturité
de transformation numérique du Forum sur l’Administration Fiscale (FTA –
Forum on Tax Administration) peuvent aider les administrations fiscales à
comprendre et à évaluer leurs lacunes en matière de capacités humaines et
institutionnelles. Le Diamond permet aux pays d’autoévaluer et de déterminer
leurs besoins en matière d’investissement dans les infrastructures, d’analyser
le paysage des TIC de leur administration fiscale et douanière, et d’améliorer
leurs méthodologies de réorganisation et de cartographie des processus
opérationnels (Junquera-Varela et coll., 2022). Le département de recherche du
Secrétariat du Forum sur l’administration fiscale africaine (ATAF) a également
élaboré un guide pour améliorer l’acquisition, la mise en œuvre et la maintenance
des TIC par les pays africains. En outre, l’Inventaire des initiatives de technologie
fiscale (ITTI – Inventory of Tax Technology Initiatives) lancé par l’OCDE, le FMI et
d’autres partenaires comme le CREDAF44 et l’ATAF fournit des informations
sur les pratiques et les initiatives de numérisation mises en œuvre par les
administrations des impôts.

2.6. Vers de plus hauts niveaux de numérisation ou de maturité


numérique
Pour exploiter le potentiel de la technologie, il est recommandé aux autorités
fiscales d’exploiter pleinement la grande quantité de données auxquelles elles
peuvent accéder et d’améliorer leurs pratiques. Cela leur permettra d’atteindre de
plus hauts niveaux de numérisation ou de maturité numérique en suivant une
stratégie de transformation bien définie. La maturité numérique fait référence
au niveau de numérisation des procédures de l’administration des impôts
(Junquera-Varela et coll., 2022). Investir dans les ressources humaines, la qualité
des données, l’analyse et les modèles de gestion des risques de conformité a le
potentiel d’augmenter de manière significative les recettes fiscales et d’améliorer
la gestion de l’administration et l’efficience de la perception.

44 Le CREDAF (Cercle de réflexion et d’échange des dirigeants des administrations fiscales) a été officiellement lancé
en 1982 dans le but de faciliter les échanges de bonnes pratiques entre les dirigeants des administrations fiscales de
30 pays francophones, dont 20 pays d’ASS.

99
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

La technologie aide largement les autorités fiscales à identifier et à enregistrer


les entités imposables (particuliers et propriétés). L’utilisation des outils TIC leur
permet de disposer d’un registre complet et exhaustif des contribuables et renforce
leur capacité à taxer les revenus et les actifs des particuliers. Toutefois, dans les
pays d’Afrique subsaharienne, les contribuables peuvent avoir plusieurs numéros
d’identification à des fins différentes, ce qui accroît la charge administrative. Au
contraire, l’utilisation d’un identifiant numérique unique permet au contribuable
de s’authentifier pour accéder aux informations et aux services en toute sécurité.
La solution d’une identité numérique unique pourrait réduire les coûts
opérationnels et garantir que toutes les parties de l’organisation accèdent au
même niveau d’information sur les contribuables, de façon à faciliter la détection
des fraudes. Il est possible de créer cette identité en toute sécurité grâce à la
biométrie. En Estonie, le gouvernement a émis les premières cartes d’identité
numériques il y a environ 20 ans. À ce jour, tous les Estoniens et les e-résidents
possèdent des cartes d’identité numériques développées à l’aide de la technologie
de chaîne de blocs.45 Parmi les objectifs spécifiques de l’Union africaine pour
stimuler la transformation numérique et propulser l’industrialisation figure la
délivrance d’une identité légale numérique à 99,9 % des Africains d’ici 2030.
En outre, la création de synergies entre les différentes autorités (administrations
fiscales, douanières et trésor) par le biais de la technologie facilite l’application de
la législation et conduit à une meilleure responsabilisation à l’égard des résultats.
L’utilisation de l’identité numérique unique permet de mettre en relation les
données fiscales et douanières pertinentes afin d’obtenir des informations
complètes sur les obligations des contribuables. La plateforme REDOFIE de la
République démocratique du Congo, mise en œuvre il y a trois ans, a créé des
synergies entre les différentes autorités fiscales et d’autres agences
gouvernementales. La non-conformité peut être repérée grâce à des vérifications
croisées automatiques de ces informations avec le contenu des déclarations de
revenus et en douane. Il est même possible pour les gouvernements plus ambitieux,
avec des niveaux de maturité plus élevés, d’adopter une approche centrale à
plateforme unique, en reliant les données des individus détenues par différents
organismes publics. La RDC dispose d’un espace numérique physique qui sert de
base de données pour les informations financières. MyInfo, disponible à Singapour,
est un exemple d’espace numérique unique qui joue le rôle de référentiel unique
pour toutes les informations d’un individu, telles que le revenu, le logement et les
coordonnées, à partir de données vérifiées par le gouvernement et fournies par
l’utilisateur (OCDE, 2019). En outre, les autorités fiscales pourraient collaborer

45 L’Estonie est l’un des pays les plus avancés en matière de gestion de l’identité numérique. Le pays dispose également
d’un programme de e-résidence permettant à toute personne (indépendamment de sa citoyenneté ou de son lieu de
résidence) de devenir un e-résident estonien et d’accéder aux divers services numériques de la juridiction.

100
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité

avec le secteur privé, en particulier les plateformes numériques, pour accéder à la


masse de données sur la consommation et les revenus qu’elles détiennent, ce qui
pourrait contribuer à la détection des fraudes. L’utilisation des identités
numériques au-delà des frontières est une solution pour détecter les fraudes
transnationales. Au niveau des douanes, l’analyse miroir rend possible de
réconcilier les données des déclarations d’importation d’une juridiction avec les
exportations déclarées par ses partenaires économiques, et les divergences
détectées peuvent servir à des fins d’audit après dédouanement.
L’utilisation de l’analyse prédictive et prescriptive dans les administrations
fiscales et la construction de modèles de gestion des risques conduisent à une
sélection plus transparente et efficiente des cas à auditer. Le système kenyan
iTax a permis à l’Autorité fiscale du Kenya de générer facilement des rapports
hebdomadaires, mensuels, trimestriels ou annuels sur les recettes et les audits
(Ndung’u, 2017). Son utilisation pratique permet également d’identifier les
schémas d’évasion et de fraude fiscales. Comme indiqué précédemment, en
appliquant une méthodologie novatrice aux données douanières de Madagascar,
Chalendard et coll. (2021) ont détecté un système de corruption utilisé par les
agents des impôts. Les données désagrégées sur la perception de l’impôt peuvent
également servir à évaluer la performance de l’administration des impôts, à
effectuer des analyses de l’écart fiscal et à modéliser l’impact des politiques,
notamment en collaborant avec des chercheurs. L’essor récent de la littérature
sur la fiscalité dans les pays à revenu faible et intermédiaire est largement dû à
la disponibilité de données fiscales administratives en format électronique
(Okunogbe et Santoro, 2022). Plus généralement, l’accès en temps réel à ces
données permet de mieux informer l’élaboration des politiques aux niveaux
national et international.

2.7. Conclusion
Il est largement admis que la révolution numérique soulève des défis majeurs
pour la conception et l’administration de l’impôt, et que ces défis sont
susceptibles de se multiplier. Ce chapitre montre clairement que les résoudre
exige des efforts aux niveaux national et multilatéral. Il illustre également les
nombreuses opportunités qu’offre la numérisation pour élargir l’assiette fiscale
et rendre la collecte des recettes fiscales plus efficiente. Ainsi, la transformation
numérique des économies peut améliorer la mobilisation des ressources
nationales pour soutenir les objectifs de développement durable.
Le succès des réformes des TIC dépend fortement d’un environnement
favorable, et le chapitre fournit des recommandations pertinentes, à la fois pour
les pays africains qui veulent se lancer dans un parcours numérique et pour ceux

101
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

cherchant à atteindre des niveaux plus élevés de maturité numérique et à


exploiter pleinement le potentiel de la numérisation. Des études de cas
illustratives portant sur le Rwanda, la Guinée et la République démocratique du
Congo présentent leurs expériences en matière de modernisation des
administrations douanières et fiscales. Les pays qui souhaitent s’engager dans
la voie de la numérisation doivent reconnaître l’importance d’un soutien de
haut niveau de la part des dirigeants. Les cadres juridiques et réglementaires
doivent être mis à jour. Ces pays doivent créer des environnements favorables au
déploiement des nouvelles technologies grâce à des investissements inclusifs
dans l’électricité, la connectivité Internet, l’infrastructure des TIC et le capital
humain, ainsi qu’un environnement législatif et réglementaire favorable. Le
parcours vers la numérisation de chaque pays est unique. Cependant, la
définition d’une vision claire et élargie et d’une stratégie de transformation
numérique à long terme, ainsi que l’adoption de technologies plus favorables
pour l’administration fiscale comme pour les contribuables sont décisives pour
la réussite de la modernisation de l’administration fiscale.
Dans les pays sur la voie de la numérisation, investir dans les ressources
humaines, la qualité des données, l’analyse et les modèles de gestion des risques
de conformité pourrait permettre d’exploiter le potentiel des nouvelles
technologies et d’améliorer le recouvrement des impôts et la gestion de
l’administration fiscale. Le renforcement de la collaboration et de l’échange
d’informations entre les administrations fiscales, douanières, et Trésor, les
autres organismes publics, le secteur privé et les autorités fiscales étrangères est
essentiel pour libérer le potentiel des nouvelles technologies. Dans nos
économies numériques florissantes, la sécurité et la confidentialité des données
restent des préoccupations majeures, et il est essentiel pour les pays africains de
trouver un compromis équitable entre les exigences en ce domaine et l’utilisation
des données pour améliorer l’efficacité et l’efficience de la politique fiscale.

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-2030_English.pdf

105
CHAPITRE 3

Le rôle des gouvernements dans


l’amélioration de la mobilisation des
recettes intérieures
3.1. Introduction
Les pays africains se sont lancés dans une réforme fiscale transformatrice,
affichant une détermination renouvelée à renforcer leurs capacités fiscales
en déployant des efforts visant à stimuler la mobilisation des recettes
intérieures. Pendant des décennies, l’aide a été un pilier essentiel des recettes
publiques de l’Afrique subsaharienne. Les années 70 et 80 ont été marquées
par une augmentation sans précédent de l’aide totale à l’Afrique subsaharienne,
passant de moins de 12 % du PIB de la région en 1980 à près de 19 % en 1994
(Moore, Prichard et Fjeldstad, 2018a ; Segura-Ubiergo et coll., 2018). Depuis
les années 2000, on observe une évolution significative avec une proportion de
l’aide comprise entre 20 % et 25 % des recettes publiques (Tefera et Odhiambo,
2022). Si l’aide au développement constitue toujours une part importante des
ressources gouvernementales malgré une légère baisse des montants transférés
aux pays africains,46 la dernière décennie a révélé un changement notable. Les
gouvernements se concentrent désormais fermement sur le renforcement de
leurs systèmes de mobilisation des recettes en faisant des efforts considérables
pour augmenter leur ratio impôts/PIB et mobiliser des recettes suffisantes pour
financer les infrastructures et la fourniture de services publics. Le continent
connaît une nouvelle ère fiscale caractérisée par des réformes fiscales et une
augmentation significative de la part des recettes fiscales dans les recettes

46 L’aide au développement de l’Afrique a connu un déclin ces dernières années en Afrique subsaharienne. Bien que l’aide
publique au développement (APD) ait atteint des niveaux record en 2022, l’aide globale aux pays en développement, y
compris l’Afrique, a diminué de 2 % (environ 4 milliards de dollars américains), avec des répercussions dans plus de
70 pays en développement, dont beaucoup en Afrique (CNUCED, 2024). L’aide au développement des pays les moins
avancés a également connu une baisse de 4 %, après une diminution de 8 % l’année précédente (CNUCED, 2024)). En
outre, la part de l’aide expressément dirigée vers les pays africains est à son plus bas niveau depuis plus de
deux décennies, avec seulement 25,6 % de l’APD mondiale allant au continent (Harcourt, 2024)). Cette tendance est en
partie due à un changement dans les priorités des donateurs, y compris des augmentations significatives de l’aide à
l’Ukraine et à d’autres crises émergentes (Harcourt, 2024) .

106
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

totales de l’État, associées à l’importance que les élites politiques accordent à


la mobilisation des recettes intérieures (Moore, Prichard et Fjeldstad 2018b).
Tandis que les impôts directs et indirects constituent l’épine dorsale de la
génération de recettes, les recettes non fiscales ne contribuent que faiblement
(6,8 % du PIB) aux recettes totales de l’État (OCDE, CUA et ATAF, 2022).
Les progrès récents en matière de mobilisation des recettes pourraient être
attribués à plusieurs facteurs – réformes de la politique fiscale, renforcement de
l’administration fiscale, numérisation, soutien international et volonté politique
– propulsés par la croissance économique dont ont bénéficié plusieurs pays ces
dernières années (ATAF, 2021)). Cette évolution a catalysé l’élargissement de
l’assiette fiscale et l’augmentation des recettes. Parallèlement, la fraude et
l’évasion fiscales ont été réduites par la simplification des codes fiscaux et la
modernisation des systèmes fiscaux, associées aux mesures visant à renforcer les
capacités des administrations fiscales et à encourager le respect des obligations
fiscales (Segura-Ubiergo et coll., 2018 ; Jacquemot et Raffinot, 2018). Malgré ces
progrès, les résultats en matière de ratio impôts/PIB restent inférieurs à ceux des
pays d’Amérique latine et des pays à revenu élevé, avec une moyenne de 17 % en
Afrique en 2019 (OCDE, CUA et ATAF, 2022 ; Segura-Ubiergo et coll., 2018). Le
Fonds monétaire international (FMI) estime que le pays médian d’Afrique
pourrait augmenter son ratio impôts/PIB d’environ 3 à 5 % (Segura-Ubiergo et
coll., 2018). Ce potentiel de recettes inexploité est particulièrement vaste dans des
pays comme le Cameroun, le Congo, le Gabon, le Ghana, Madagascar, le Nigeria et
le Togo, reflétant ainsi la nécessité pour les gouvernements de mettre en œuvre
des mesures visant à réduire ce déficit de recettes (Jacquemot et Raffinot, 2018).
Ce chapitre examine le rôle de la gouvernance dans le renforcement de la
mobilisation des recettes intérieures. La mobilisation des recettes intérieures
varie considérablement d’un pays à l’autre et comprend, sans toutefois s’y
limiter, la mobilisation des recettes fiscales et non fiscales, des redevances
provenant des ressources naturelles, des droits de douane, des envois de fonds,
de l’aide et des subventions. Cette analyse adopte une approche étroite des
efforts déployés par les gouvernements pour générer des recettes fiscales et non
fiscales, en excluant celles provenant du secteur extractif, mais en incluant les
recettes des entreprises publiques47. Bien que l’amélioration des systèmes de
recettes nécessite des investissements importants dans les capacités techniques,
le succès de ces mesures dépend principalement de l’engagement des acteurs
gouvernementaux clés et des élites politiques à concevoir et à soutenir la mise

47 L’analyse exclut les mesures de mobilisation des recettes provenant du secteur extractif ainsi que les taxes et droits
de douane. Bien qu’il s’agisse de sources de revenus importantes, elles sont confrontées à des défis distincts et
complexes qui nécessitent une analyse politique et institutionnelle détaillée.

107
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

en œuvre de systèmes fiscaux durables, progressifs et équitables, à promulguer


des politiques fiscales efficaces et à renforcer les administrations fiscales.
L’analyse se concentre en particulier sur les efforts récents entrepris par le
Cameroun, le Ghana et le Sénégal pour mobiliser des recettes fiscales et non
fiscales en examinant le rôle du gouvernement dans les domaines suivants : 1)
la conception des infrastructures fiscales, les régimes d’incitation fiscale et leur
impact sur la mobilisation des recettes et les efforts pour exploiter le potentiel
de recettes des impôts fonciers et des particuliers fortunés ; 2) la conception et
la mise en œuvre de politiques et de stratégies nationales visant à élargir
l’assiette fiscale et à améliorer la performance des recettes ; 3) les initiatives
conçues pour instiller une gouvernance optimale dans les entreprises d’État,
afin de leur insuffler le potentiel de contribuer de manière substantielle à la
génération de recettes intérieures.
L’analyse montre que les décideurs politiques et les élites gouvernementales
reconnaissent l’importance de stimuler la mobilisation des recettes intérieures,
comme en témoignent les réformes progressives dans les domaines clés de la
fiscalité – comme c’est le cas au Cameroun – ou les réformes globales qui
s’inscrivent dans les grandes priorités nationales visant à relancer le développement
économique et social – comme l’illustrent le Ghana et le Sénégal. Parallèlement,
l’analyse montre que les efforts restent sous-optimaux en ce qui concerne les
incitations fiscales trop généreuses, les stratégies visant à exploiter les recettes de
l’impôt foncier et l’imposition des personnes fortunées. En outre, malgré la
reconnaissance du fait que les entreprises publiques drainent les ressources
publiques, les réformes et les stratégies visant à améliorer la gouvernance de ces
entreprises ont été mitigées. Le chapitre souligne que si des progrès ont été
réalisés, ils ne sont pas uniformes dans les pays étudiés, ce qui nécessite davantage
de stratégies pour stimuler des systèmes de mobilisation des recettes intérieures
efficients et équitables.
Les sections suivantes de ce chapitre sont structurées comme suit : la section 2
fournit une exploration conceptuelle concise du rôle des élites gouvernementales
et politiques clés dans les réformes de mobilisation des recettes intérieures et une
vue d’ensemble des performances en matière de mobilisation des recettes
intérieures au Cameroun, au Ghana et au Sénégal. Cette section souligne la
tendance dominante selon laquelle les gouvernements s’appuient davantage sur
les recettes fiscales indirectes, avec des contributions modérées des impôts directs.
En outre, la section met en évidence la contribution de la TVA aux recettes fiscales
indirectes, décrit les pertes de recettes dues aux exonérations fiscales et souligne
le potentiel de l’imposition des biens immobiliers et des personnes fortunées. La
section 3 met en lumière les récents programmes de réforme et les efforts mis en
œuvre dans les trois pays pour renforcer les systèmes de mobilisation des recettes

108
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

et identifie les domaines dans lesquels des améliorations sont encore nécessaires.
La section 4 analyse la contribution des entreprises publiques des trois pays à la
mobilisation des recettes intérieures et les mesures prises par les gouvernements
pour rendre ces entreprises plus lucratives. La dernière section présente la
conclusion et les principaux enseignements tirés des trois pays, notamment les
défis à relever pour équilibrer la génération de recettes et le soutien aux populations
vulnérables, ainsi que la nécessité d’assurer une gouvernance et une prestation de
services publics efficaces pour favoriser la confiance et le respect des règles.

3.2. La politique de mobilisation des recettes intérieures


La mobilisation des recettes intérieures en Afrique subsaharienne a longtemps
été considérée comme le domaine des experts techniques, avec des stratégies
fondées sur une approche technocratique et nécessitant des investissements
et des ressources considérables pour renforcer les capacités techniques des
administrations fiscales (Prichard, 2019). Cette approche était fondée sur la
conviction que le principal obstacle à l’amélioration des performances était la
mauvaise conception de ces systèmes et la faiblesse des capacités – et qu’une
« meilleure » politique et le développement des capacités (c’est-à-dire les
ressources humaines, les technologies ou les capacités techniques) pouvaient
renforcer les systèmes fiscaux et accroître la mobilisation des recettes
intérieures. Cependant, les solutions techniques ont donné des résultats
modestes et non durables, comme en témoignent la lenteur des progrès en
matière de mobilisation des recettes intérieures dans plusieurs pays d’Afrique
subsaharienne, l’omniprésence de l’informalité dans la fiscalité, la faiblesse des
administrations fiscales et la prolifération des exonérations fiscales (Moore,
Prichard et Fjeldstad 2018b ; Prichard, 2019). On s’accorde de plus en plus à
dire que les principaux moteurs d’une mobilisation efficace et renforcée des
recettes intérieures relèvent du domaine politique, soulignant le rôle central et
l’engagement du gouvernement et des élites politiques dans le lancement des
réformes et le soutien aux efforts visant à stimuler la mobilisation des recettes
(Prichard, 2019 ; Di John, 2006 ; Nyirakamana, 2021 ; Segura-Ubiergo et coll.,
2018). Un engagement solide de la part du gouvernement est indéniablement
essentiel, surtout si l’on considère que la mobilisation des recettes intérieures
nécessite la collecte de recettes provenant souvent de segments de la société
ayant une influence politique importante (Prichard, 2019 ; Nyirakamana,
2021 ; Cheeseman et Burbidge, 2016 ; Slemrod, 1990). En effet, les récents
succès des réformes en matière de mobilisation des recettes montrent qu’ils ont
été le résultat de processus politiques et qu’ils sont susceptibles de rencontrer la
résistance d’intérêts bien établis (Segura-Ubiergo et coll., 2018).

109
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Le rôle du gouvernement se manifeste sous de multiples facettes. Il englobe,


sans toutefois s’y limiter, la formulation de politiques adéquates et la conception
d’un système fiscal qui favorise l’efficience, la progressivité et l’équité. Il s’agit
également d’équilibrer soigneusement les incitations fiscales dans certains
secteurs et d’intensifier la fiscalité dans d’autres. La mise en œuvre de stratégies de
réforme judicieuses visant à mettre en place des systèmes efficients d’administration
des recettes caractérise également le rôle des élites gouvernementales dans la
mobilisation des recettes intérieures. Au-delà de leur participation à la conception
des politiques, les élites gouvernementales exercent une influence déterminante
sur le renforcement des capacités de l’administration des recettes et la mise en
œuvre de mesures de lutte contre l’évasion fiscale et la corruption, tout en
soutenant la dynamique et la durabilité des réformes (Prichard, 2019 ; Moore,
Prichard et Fjeldstad 2018b ; Segura-Ubiergo et coll., 2018). Les réformes risquent
d’être vaines si elles ne bénéficient pas d’un soutien politique sans faille. À l’inverse,
avec un soutien politique important, les administrations fiscales peuvent réaliser
des avancées notables (Moore, Prichard et Fjeldstad, 2018b).
Il ne fait aucun doute que dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, la
conception des systèmes fiscaux a été un processus complexe résultant de
l’héritage de la colonisation, des processus historiques qui ont suivi
l’indépendance et des réformes qui ont été le produit de la pression exercée par
les institutions financières internationales. Cependant, l’évolution de ces
systèmes au fil du temps a été le résultat de luttes entre les élites gouvernementales
et la capacité d’apporter des innovations ou de soutenir les efforts pour une
meilleure administration qui cadre avec les priorités nationales de développement
économique et social. Dans le même ordre d’idées, l’évolution des systèmes de
mobilisation des recettes au Cameroun, au Ghana et au Sénégal a effectivement
été façonnée par les pressions internationales. Cependant, les décisions
politiques les ont fortement influencés. Les sections suivantes se penchent sur
les principaux efforts gouvernementaux visant à concevoir des systèmes fiscaux
et à soutenir les activités de mobilisation des recettes. Toutefois, avant d’analyser
les réformes récentes mises en œuvre dans les trois pays, les sections suivantes
présentent une vue d’ensemble des performances en matière de mobilisation
des recettes fiscales et non fiscales. Cette évaluation est comparée à la moyenne
régionale plus large pour des considérations contextuelles.

3.2.1. Performance des recettes au Sénégal, au Cameroun et au Ghana

Au cours de la dernière décennie, plusieurs pays d’Afrique subsaharienne


se sont lancés dans la recherche d’une plus grande stabilité budgétaire par
l’augmentation des recettes fiscales et non fiscales, mesurées en pourcentage du

110
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

PIB. Cette démarche s’inscrit dans leurs stratégies de recettes à moyen terme et
cadre avec leurs engagements internationaux48. Cette section donne un aperçu
de ces performances sur la base des données disponibles les plus récentes de
2020. De même, ces données doivent être interprétées avec prudence, car les
performances ont été considérablement affectées par la crise de la COVID-19.
Tandis que le ratio impôts/PIB aux Seychelles et en Afrique du Sud, les pays
les plus performants en Afrique, dépassait 25 % en 2020 (OCDE, CUA et
ATAF, 2022), l’évolution de la mobilisation des recettes fiscales au Sénégal,
au Cameroun et au Ghana pose des problèmes pour atteindre des niveaux
similaires, comme l’expliquent les paragraphes ci-dessous.
• Sénégal : la mobilisation des recettes fiscales au Sénégal a dépassé la moyenne
régionale avec un ratio impôts/PIB de 18,1 % en 2020 (OCDE, CUA et ATAF,
2022). Cependant, la part des recettes non fiscales dans le PIB s’élève à
3,4 %, ce qui est inférieur à la moyenne régionale de 6,8 % (OCDE, ATAF et
CUA, 2022b). En 2020, la mobilisation des recettes fiscales et non fiscales
s’élève à 2 518,9 milliards de francs CFA (environ 6 millions de dollars)
contre 2 546,4 milliards de francs CFA (environ 5,8 millions de dollars) en
2019, soit une baisse marginale de 1 % (République du Sénégal, 2021). Cette
performance peut être attribuée à l’augmentation de la TVA, de l’impôt sur le
revenu, des bénéfices, des gains en capital et d’autres flux de recettes fiscales.
En particulier, la contribution de la TVA (32 % de toutes les recettes fiscales)
est supérieure à la moyenne régionale de 28 % de la contribution aux recettes
fiscales totales (OCDE, CUA et ATAF, 2022).
• Cameroun : en revanche, la performance en matière de mobilisation des
recettes fiscales au Cameroun s’est établie en moyenne à un ratio impôts/
PIB de 12,8 % en 2020, un niveau inférieur à celui du Sénégal et à la moyenne
régionale. On observe une baisse de 1,1 % par rapport à 2019 (OCDE, CUA
et ATAF, 2022). Les recettes non fiscales représentaient environ 2,3 % du
PIB, soit un peu moins que le Sénégal et moins que la moyenne africaine
(OCDE, CUA et ATAF, 2022). À l’instar du Sénégal, la TVA est la principale
source de recettes, représentant 31 % des recettes fiscales, suivie par les
taxes sur les biens et services autres que la TVA, qui représentent 27 %, et
les autres taxes (y compris les impôts sur le revenu), qui représentent une
part de 18 % (OCDE, ATAF et CUA, 2022b). Les recettes fiscales représentent
61,7 % des ressources propres de l’État et contribuent à hauteur de 39,2 % au
budget de l’État en 2020 (République du Cameroun, 2020). Ces recettes sont
passées de 2 932 milliards de francs CFA en 2019 (environ 4,98 millions de

48 Ces informations sont mentionnées dans les différents rapports financiers des trois pays, y compris la Stratégie
de mobilisation des recettes à moyen terme dans le cas du Sénégal et le Plan de développement à moyen terme
pour le Ghana.

111
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

dollars) à 2 749,3 milliards de francs CFA (environ 4,94 millions de dollars)49


en 202050. Cette légère baisse pourrait également s’expliquer par l’effet de la
crise liée à la pandémie de COVID-19 sur l’économie51.
• Ghana : la performance en matière de mobilisation des recettes fiscales s’est
améliorée de 1,5 % par rapport à 2019 pour atteindre 13,4 % du PIB en 2020
(OCDE, CUA et ATAF, 2022a). Si cette progression dépasse la performance
du Cameroun, elle est inférieure à celle du Sénégal. Comme pour le Sénégal
et le Cameroun, cette performance est inférieure à la moyenne africaine de
16 %. En outre, les recettes fiscales perçues par le Ghana sont relativement
faibles si l’on considère les pays du monde entier ayant un niveau de revenu
équivalent. Notamment, les taxes sur les biens et les services représentent
26 %, tandis que la TVA constitue 25 % des recettes totales. Les recettes non
fiscales représentent 2,8 % du PIB, ce qui est également inférieur à la moyenne
africaine. En 2019, la mobilisation des recettes fiscales a atteint 40 595 millions
de GHC (environ 7,8 millions de dollars), contre un objectif de 44 986 millions
de GHC, ce qui représente un résultat d’environ 90 % par rapport aux objectifs
de recettes (République du Ghana, 2021). En 2020, la performance était de
42 405 millions de GHC (environ 7,36 millions de dollars), ce qui représente
une légère augmentation de 5 pour cent par rapport à 201952.

Cette analyse comparative souligne que l’amélioration de la performance des


recettes intérieures poursuivie au Sénégal, au Cameroun et au Ghana a connu
des trajectoires différentes. Elle montre également que la mobilisation des
recettes fiscales est comparativement plus forte au Sénégal qu’au Ghana et au
Cameroun. La Figure 22 montre que les recettes du Sénégal ont augmenté à
partir de 2017, mais qu’elles ont légèrement diminué en 2020. De même, la part
des recettes collectées en pourcentage du PIB a augmenté, notamment entre
2016 et 2018 au Cameroun et au Ghana. Dans le même temps, les modèles de
performance de la mobilisation fiscale au fil du temps sont similaires au Ghana
et au Cameroun, avec une augmentation marginale de la performance entre
2017 et 2018, suivie d’une diminution entre 2019 et 2020.
Cet écart peut être attribué à toute une série de facteurs, notamment les
fluctuations économiques, les perturbations du commerce international et de
l’investissement, la baisse des prix des produits de base et la pandémie de
COVID-19 (Segura-Ubiergo et coll., 2018). Les perturbations dues à la pandémie

49 Conversion effectuée à l’aide de ce site Web pour les taux de 2019 et 2020 :
50 République du Cameroun, p. 7 du Rapport d’exécution du budget de l’État pour l’Exercice 2020.
51 En 2022, les recettes fiscales ont dépassé les 2 000 milliards de FCFA pour la première fois au Cameroun
(Mbodiam, 2022).
52 La conversion se fait à l’aide de ce site Web pour les taux de 2019 et 2020 : https://www.xe.com/currencycharts/
?from=GHS&to=USD&view=10Y

112
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

et aux crises qui ont suivi ont été ressenties dans les impôts sur les biens et les
services, qui ont diminué davantage que les impôts sur le revenu ou d’autres
impôts, telles que les cotisations de sécurité sociale et les impôts fonciers (OCDE,
CUA et ATAF, 2022). Pendant la pandémie, la baisse la plus significative des
recettes fiscales en pourcentage du PIB a été celle de la TVA, qui a diminué de
0,3 % en moyenne (OCDE, ATAF et CUA, 2022b). Ainsi, au moment où ces pays
élaborent leurs stratégies en matière de recettes et s’efforcent d’atteindre les
normes internationales, leur parcours est marqué par des défis distincts.

Figure 22 : Évolution de la mobilisation des recettes au Sénégal, au Cameroun et


au Ghana en 2015–2020, en pourcentage du PIB

20

18

16

14

12

10

0
2015 2016 2017 2018 2019 2020

Sénégal Cameroun Ghana

Source : Statistiques des revenus en Afrique (OCDE et ATAF, 2022)

3.2.2. La structure fiscale au Sénégal, au Cameroun et au Ghana

Tandis que les pays d’Afrique subsaharienne s’efforcent de se doter d’une forte
capacité fiscale, la mobilisation des recettes fiscales et non fiscales apparaît
comme un moyen essentiel d’atteindre cet objectif. Un système de recettes
efficace et efficient exige non seulement la simplicité, l’efficience et l’équité,
mais s’aligne également sur les principes d’équité dans la distribution des
richesses et des revenus et de progressivité. Dans ce contexte, la structure
fiscale revêt une importance essentielle, car elle détermine les méthodes de
collecte des recettes. Cette section examine les systèmes fiscaux du Sénégal,

113
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

du Cameroun et du Ghana, en évaluant dans quelle mesure les recettes sont


collectées de manière plus progressive ou régressive.
Le concept de progressivité d’un système fiscal repose sur le principe
fondamental selon lequel les personnes ayant des revenus plus élevés devraient
supporter une charge fiscale proportionnellement plus importante que celles
ayant des revenus plus faibles (Suits, 1977). Si l’évaluation du degré de
progressivité nécessite une évaluation approfondie de l’ensemble des impôts
dans chaque pays, ce chapitre adopte une approche étroite, en se concentrant
sur une analyse simplifiée qui consiste à comparer les contributions relatives
des impôts directs et indirects aux recettes intérieures totales.
Le consensus parmi les experts fiscaux souligne que l’accent mis sur la
fiscalité indirecte peut potentiellement faire pencher un système fiscal vers la
régressivité (OCDE, 2018). Cette hypothèse découle du fait que les impôts
indirects sont généralement prélevés à un taux de pourcentage fixe sur les prix
des biens et des services. Par conséquent, cette structure fait peser une charge
fiscale disproportionnée sur les personnes à faible revenu (Moore, 2015 ;
Decoster et coll., 2010). Et comme les personnes à faible revenu consacrent
généralement une part plus importante de leur revenu aux produits de première
nécessité, comme la nourriture et le logement, elles consacrent une part plus
importante de leur revenu aux impôts indirects que les personnes à revenu élevé
(Moore, Prichard et Fjeldstad, 2018a ; Timore, 2021). En revanche, le recours à
la fiscalité directe, comme l’impôt sur le revenu, est porteur de progressivité.
Ces impôts peuvent être intentionnellement conçus pour suivre une trajectoire
progressive, dans laquelle les individus aux revenus plus élevés contribuent à
l’impôt dans une plus grande proportion. Cela permet non seulement d’atténuer
les inégalités de revenus, mais aussi de répartir plus équitablement la charge
fiscale entre les différentes catégories de revenus. La combinaison de la fiscalité
directe et indirecte reflète l’équilibre minutieux que les gouvernements tentent
de trouver dans la recherche d’un système fiscal juste et efficace.
Les systèmes d’impôt sur le revenu du Sénégal, du Cameroun et du Ghana
illustrent la progressivité, car l’impôt augmente en fonction du niveau de revenu.
Au Sénégal, le système d’impôt sur le revenu est divisé en six tranches d’imposition,
la tranche la plus élevée étant imposée à un taux de 40 %. Au Cameroun et au
Ghana, l’impôt sur le revenu des personnes physiques est réparti sur quatre
tranches d’imposition allant de 0 à 35 %. Parmi les trois pays, l’impôt sur les
sociétés (IS) est le plus élevé au Cameroun, atteignant 33 %. L’impôt sur les
sociétés du Sénégal est calculé à 30 %, tandis que le Ghana n’impose que 25 %, ce
qui est inférieur aux deux autres pays (Trading Economics, s.d.) .
Bien que l’évaluation de l’équité de l’impôt sur les sociétés nécessite également
de comprendre l’incidence de ces impôts, on peut supposer que ces différents taux

114
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

dans les trois pays soulignent certaines mesures de progressivité et d’équité sur la
base de principes fondamentaux, les différents taux visant à assurer une équité à
la fois horizontale et verticale. En ce qui concerne l’équité horizontale, si des
sociétés similaires dans chaque pays sont imposées à ces taux, cela suggère une
tentative de créer des conditions de concurrence équitables dans chaque contexte
national. En outre, des taux d’IS plus élevés peuvent être considérés comme un
moyen d’imposer les entités les plus rentables à un taux plus élevé, en supposant
que les bénéfices sont corrélés à la capacité de payer.
Néanmoins, les impôts indirects représentent un pourcentage plus élevé des
recettes fiscales que les impôts directs dans les trois pays, ce qui accroît le degré
de régressivité des systèmes fiscaux53. Au Ghana, par exemple, 57 % des recettes
fiscales provenaient des impôts indirects au cours des dix dernières années54.
Cette situation contraste avec des pays comme l’Afrique du Sud, qui bénéficient
d’un système plus progressif en raison de leur dépendance à l’égard des revenus,
des bénéfices et des gains en capital pour générer plus de 60 % de leurs recettes
fiscales55.

Figure 23 : Répartition des recettes fiscales au Sénégal, au Cameroun et au


Ghana en 2020
Revenu personnel Cotisations de sécurité sociale

Taxes sur les biens et services autres que la TVA Impôt sur le revenu des sociétés

Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) Autres taxes


32

31

28

28
27
27

27
26

26
25
25

23
23
23

21

20
19
19
18

18
16

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15
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14

12
11

10

10
8

8
8

8
7
6

6
4
1

SÉNÉGAL CAMEROUN GHANA AFRIQUE ASIE- LAC OCDE


(31) PACIFIQUE 28
Source : OCDE, CCA, ATAF (2022)

L’élément central de la domination des impôts indirects est la TVA, qui a fourni
la contribution la plus élevée en 2020. Au Sénégal et au Cameroun, la TVA a

53 Moore, Prichard et Fjeldstad b (2018) Taxing Africa: Coercion, Reform and Development. Outre la TVA, les impôts
indirects les plus importants au Ghana sont 1) la taxe sur les services de communication (5 %), 2) la taxe GETFUND
(2,5 %), 3) la taxe sur l’assurance maladie nationale (2,5 %), 4) les droits d’accise (47,5 %) sur la bière, 5) la taxe
COVID-19 (1 %) et 6) les droits d’importation (différents taux).
54 Awal (2021) ; Andoh et Nkrumah. (2022)
55 OCDE, CUA et ATAF. (2022)

115
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

contribué de manière significative à l’ensemble des recettes fiscales, avec des


parts respectives de 32 % et 31 %. Au Ghana, cependant, les recettes de la TVA
représentaient 25 % de l’ensemble des recettes fiscales, juste après les taxes sur
les biens et services autres que la TVA. Pour éclairer cette tendance, la Figure 23
donne un aperçu de la répartition des recettes fiscales dans les trois pays
en 2020.

3.2.2.1 L’importance de la taxe sur la valeur ajoutée

L’introduction de la TVA est l’une des principales réformes fiscales mises en œuvre
par de nombreux pays d’Afrique subsaharienne. Cette réforme a été encouragée,
en partie, par la recommandation du FMI de remplacer les taxes sur les ventes et
le chiffre d’affaires par le cadre de la TVA (Moore, Prichard et Fjeldstad, 2018b).
L’idée directrice était que les recettes supplémentaires provenant de la TVA
constitueraient un substitut viable à la baisse des recettes résultant de la réduction
des taxes sur le commerce. Au-delà des considérations de recettes, la mise en
place de la TVA s’est accompagnée d’un plan visant à réduire le phénomène de l’«
imposition en cascade » – un scénario dans lequel les taxes sont prélevées sur les
paiements de taxes antérieurs au sein de la chaîne d’approvisionnement (Segura-
Ubiergo et coll., 2018). Cependant, malgré le succès initial de la TVA, qui a favorisé
un changement transitoire des paradigmes fiscaux, les experts s’accordent à
dire que certaines lacunes persistent. Il s’agit notamment d’une assiette fiscale
réduite, de l’existence de taux d’imposition multiples et d’un taux normal élevé.
Cela souligne le fait que les systèmes de TVA, bien qu’efficaces à certains égards,
sont confrontés au défi de parvenir à une plus grande mobilisation des recettes.
Le Sénégal et le Cameroun ont introduit la TVA respectivement en 1980 et en
1999. Le taux au Cameroun est de 19,5 %, et au Sénégal de 18 % – tous deux
considérés comme parmi les plus élevés d’Afrique (MINFI, 2020). Il est
intéressant de noter que le régime de TVA au Ghana a subi plusieurs changements
dans le cadre des mesures discrétionnaires prises par le gouvernement pour,
entre autres, stimuler la mobilisation des recettes. Le pays a adopté cette taxe en
1995, mais l’a abrogée principalement en raison de son taux élevé (17,5 %), de la
pression exercée par les entreprises pour obtenir des exonérations et des
problèmes liés à la mauvaise tenue des registres des entreprises. La taxe a
ensuite été réintroduite en 1998 à un taux de 12,5 % (Assibey-Mensah, 1999).
En 2022, elle a de nouveau été augmentée à 15 % dans le cadre des mesures
prises par le pays pour augmenter ses recettes dans le contexte de la crise
économique qu’il traverse (GRA, s.d.)56.
56 Le gouvernement prévoit d’utiliser ces recettes supplémentaires pour les infrastructures routières et
la numérisation.

116
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

Malgré son importance et plusieurs réformes discrétionnaires dans le but de


générer le plus de recettes possibles au Ghana, les tendances montrent que la
contribution de la TVA aux recettes fiscales totales est toujours restée inférieure à
30 % au cours des quinze dernières années (Andoh, 2017). Ainsi, selon Andoh
(2017), « la TVA tant célébrée peut soit atteindre la limite de sa capacité imposable,
soit l’effort de collecte pour convertir la capacité disponible en recettes réelles est
faible » (Andoh, 2017, p.258). Si la TVA a incontestablement contribué à remodeler
les systèmes fiscaux, elle rappelle en même temps les défis inhérents à l’adoption
de nouveaux régimes fiscaux qui peuvent être modérément adaptés aux contextes
dans lesquels ils sont mis en œuvre. De même, la tendance croissante à une
fiscalité plus régressive en Afrique, au Sénégal, au Cameroun et au Ghana, est
mise en évidence par l’histoire des réformes de la TVA, qui découle principalement,
entre autres facteurs, des pressions internationales en faveur d’une réforme des
systèmes fiscaux. En outre, malgré le potentiel limité de recettes provenant
d’impôts régressifs, y compris la TVA, la plupart des régimes fiscaux tendent à
être régressifs. Comment cette tendance peut-elle s’expliquer ?
Bien qu’une réponse exhaustive soit le fruit d’entretiens et de discussions
approfondies avec les dirigeants politiques et les décideurs, une notion
prédominante souligne la prédominance des impôts indirects. Ces impôts sont
perçus comme des moyens conventionnels et pratiques de générer des recettes, en
particulier dans les périodes où les gouvernements ont un besoin urgent de
recettes supplémentaires (FMI, 2011). En outre, leur mise en œuvre relativement
facile s’accompagne d’une résistance réduite de la part des contribuables, ce qui en
fait un choix apparemment pragmatique pour les gouvernements. Par conséquent,
le recours excessif à ces taxes devient principalement une question de stratégie
politique. La tendance croissante à une fiscalité de plus en plus régressive en
Afrique, en particulier au Sénégal, au Cameroun et au Ghana, peut être observée
à travers le prisme des réformes historiques de la TVA et de l’adoption d’impôts
régressifs ou de l’augmentation des taux d’imposition existants.
Néanmoins, les chercheurs, les décideurs politiques et les experts s’accordent
de plus en plus à dire qu’il faut essayer de se tourner vers d’autres sources de
recettes. La révision des régimes d’exonération fiscale, en raison de leurs effets
pervers sur la génération de recettes, afin de générer davantage de recettes
provenant des impôts directs, y compris les impôts fonciers et l’extension de
l’impôt sur le revenu des personnes physiques aux particuliers fortunés, apparaît
comme une approche potentielle de la mobilisation des recettes intérieures
(Segura-Ubiergo et coll., 2018 ; Moore, Prichard et Fjeldstad, 2018a ; Baafi,
2022 ; Jacquemot et Raffinot, 2018). Ce changement de stratégie pourrait
générer des recettes substantielles de manière progressive, équitable et juste.
Dans ce contexte, la section suivante examine les impacts des systèmes

117
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

d’exonération fiscale tout en étudiant les gains potentiels de recettes provenant


des taxes foncières et des personnes fortunées.

3.2.2.2. Les effets pervers des exonérations fiscales sur la mobilisation des recettes
intérieures

L’une des principales caractéristiques des différents systèmes fiscaux est


l’incorporation de régimes d’exonération fiscale englobant « des mesures
destinées aux investisseurs qui offrent un traitement fiscal plus favorable
à certaines activités ou certains secteurs par rapport à ce qui est disponible
pour l’industrie en général » (Moore, Prichard et Fjeldstad, 2018 a, p. 134) . Il
s’agit notamment des exonérations fiscales, des zones économiques spéciales,
des crédits d’investissement, etc. Fondamentalement, ces exonérations
peuvent servir d’incitations essentielles pour stimuler l’investissement
dans des secteurs spécifiques. Cependant, ces exonérations peuvent servir
d’incitations essentielles pour stimuler l’investissement dans des secteurs
spécifiques. Toutefois, ces exonérations, comme le suggèrent de nombreux
experts, peuvent entraîner une diminution des recettes (Zeng, 2015 ; Moore,
2015 ; Jacquemot et Raffinot, 2018) . En outre, il est largement reconnu que
les exonérations sont multiples et généralement accordées dans des conditions
peu transparentes, ce qui contribue à éroder la crédibilité du système
fiscal (Moore, Prichard et Fjeldstad, 2018b ; Jacquemot et Raffinot, 2018 ;
Cheeseman et Burbidge, 2016). Les exonérations sont souvent attribuées
de manière disproportionnée pour des raisons politiques, notamment pour
récompenser les alliés politiques afin d’obtenir leur soutien, de financer les
campagnes électorales et d’atteindre des objectifs politiques similaires. Les
hommes politiques peuvent également trouver intéressant d’introduire de
nouvelles incitations fiscales pour montrer leur attitude proactive face à la
faiblesse des performances économiques ou pour favoriser certaines régions.
Une fois établies, ces exonérations sont souvent difficiles à éliminer, car elles
créent des intérêts acquis parmi les entreprises et au sein du gouvernement,
même lorsqu’elles sont inefficaces (Moe, 2005).
Bien qu’il soit difficile d’évaluer avec précision le coût des exonérations dans
les pays d’Afrique subsaharienne en raison du manque de données publiques,
plusieurs gouvernements ont récemment commencé à publier des rapports sur
les dépenses fiscales qui répertorient les montants des exonérations accordées
et leur impact sur la mobilisation des recettes intérieures. Ces rapports
répondent à leurs obligations régionales et internationales et constituent des

118
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

outils efficaces pour promouvoir les pratiques de bonne gouvernance57. Les


données disponibles pour le Sénégal, le Cameroun et le Ghana donnent une idée
raisonnable du montant des recettes perdues en raison des exonérations fiscales.
Les rapports existants évaluent ces dépenses fiscales en utilisant une méthode
simplifiée recommandée par l’Union économique et monétaire ouest-africaine
(UEMOA). Cette méthode consiste à estimer le manque à gagner qui aurait été
évité si les exonérations fiscales ou les réductions de taux n’avaient pas été mises
en œuvre.
• Le Sénégal estime les dépenses fiscales en deux catégories : le régime de droit
commun et les régimes d’exonération pour les exonérations fiscales accordées
aux entreprises et dans le cadre d’accords internationaux spéciaux. Le
rapport sur les dépenses fiscales souligne qu’en 2020, le pays a perdu
846 milliards de francs CFA (environ 1,5 milliard de dollars) à cause des
exonérations, principalement en raison d’une augmentation des dépenses
fiscales liées aux régimes d’exonération qui ont atteint 128 milliards de
francs CFA en 2020 (ministère des Finances et du Budget, 2020). Ce montant
représente une augmentation de 30 % en cinq ans. Le rapport souligne que
les ménages ont été les principaux bénéficiaires de ces exonérations fiscales,
représentant 45,8 % des avantages, suivis par les entreprises avec 24,27 %.
Bien que le rapport n’identifie pas explicitement les entreprises spécifiques
qui bénéficient le plus de ces exonérations, un communiqué antérieur du
ministre de l’Industrie et des Mines a révélé que le pays a subi une perte
de 400 milliards de francs CFA de recettes du secteur minier au début des
années 2000 en raison des exonérations fiscales et douanières. Le manque
à gagner au cours de ces années met en lumière l’impact négatif prolongé de
ces exonérations sur la mobilisation des recettes intérieures.
• Comme au Sénégal, les exonérations au Cameroun sont divisées en deux
catégories – régime de droit commun et les régimes d’exonération, qui restent
tous deux une préoccupation budgétaire importante. Le rapport sur les
dépenses fiscales de 2019 souligne un contraste par rapport au Sénégal,
avec une divergence notable dans la répartition des principaux bénéficiaires
de ces exonérations. Si les ménages sont les principaux bénéficiaires au
Sénégal, les entreprises bénéficient d’une part substantielle de 73,9 % des
exonérations au Cameroun, tandis que 26,1 % sont alloués aux ménages. Le
rapport souligne qu’en 2019, c’est le secteur agroalimentaire qui a le plus
bénéficié de ces exonérations, suivi de près par le secteur minier, représentant

57 La publication de ces rapports marque une étape importante vers une estimation plus précise des coûts
d’exonération. Cependant, le processus d’évaluation de ces dépenses fiscales varie considérablement d’un pays à
l’autre, ce qui pose un problème pour parvenir à une évaluation précise. La difficulté réside dans les différentes
méthodologies adoptées et dans les complexités inhérentes à l’obtention de données complètes à l’intérieur d’un
même pays, d’un pays à l’autre et d’un secteur à l’autre.

119
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

respectivement 18,2 % et 17,9 % des dépenses fiscales (ministère des


Finances, 2019)58. Dans une évaluation parallèle menée en 2015, une
analyse complète a révélé une baisse substantielle de 850 milliards de francs
CFA des recettes du Cameroun, directement attribuée aux exonérations
fiscales dans les secteurs extractif et pétrolier (Publish What you Pay, 2018).
En 2020, ces exonérations ont été estimées à 452,272 milliards de francs
CFA (» 768 millions de dollars américains) (Cameroun Actuel, 2023) . Ce
montant représente une diminution par rapport aux coûts des exonérations
en 2019 qui ont atteint 584,7 milliards de francs CFA (environ 993 millions
de dollars). L’explication potentielle de cette réduction peut être attribuée à
une directive présidentielle émise et visant à réduire les dépenses fiscales
à environ 445 milliards de francs CFA en 2020. Bien que cet objectif n’ait
pas été entièrement atteint, une diminution de 22 % de ces dépenses a été
réalisée au cours de cette année.
• À l’instar des scénarios rencontrés par le Sénégal et le Cameroun, le Ghana
a été confronté à des défis notables en matière de recettes, puisque le pays
a vu ses dépenses fiscales atteindre environ 514 millions GHS en 2020
(environ 87 millions de dollars). Une analyse rapide de la tendance au Ghana
montre que ce montant est inférieur au coût des exonérations en 2021 qui
était de 4,85 milliards GHS (environ 921 millions de dollars) en 2019, ou
une augmentation notable de 7,43 milliards GHS (environ 1,3 milliard de
dollars) en 2021 (GTED, 2021). En outre, en 2022, le ministre ghanéen
des finances a révélé une perte d’environ 27 milliards de GHS (environ
4 milliards de dollars) due aux exonérations fiscales accordées à certaines
entreprises entre 2008 et 2020 (Agyeman, 2022). Une part considérable
de ces dépenses a été engagée dans le cadre du programme des zones
franches du Ghana (Ghana Free Zones Scheme), lancé en 1995 dans le
but premier de favoriser les activités de transformation et de fabrication
par la création de zones franches d’exportation (EPZ). Ce régime a ouvert
l’ensemble du territoire national aux investisseurs potentiels, qui ont
ainsi la possibilité d’utiliser les zones franches comme plate-forme pour
produire des biens et des services destinés à l’exportation. Le régime
offre des avantages, accompagnés d’une liste d’exonérations fiscales, aux
entreprises participantes.

58 Il n’est pas possible de savoir qui a bénéficié le plus de ces exonérations en 2020.

120
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

Tableau 4 : Résumé des exonérations fiscales, des secteurs clés et des pertes de
recettes
Pertes de Pertes de
Exonérations Principaux recettes recettes
fiscales Exonérations Principaux secteurs notables notables
Pays Année (monnaie) fiscales (US$) bénéficiaires bénéficiaires (monnaie) (US$)
Sénégal 2020 846 milliards de ~1,5 milliard Ménages Non spécifié 400 milliards de –
francs CFA de dollars (45,8 %), francs CFA
Entreprises (début des
(24,27 %) années 2000)
Cameroun 2019 584,7 milliards ~993 millions Entreprises Agroalimentaire 850 milliards de –
de francs CFA de dollars (73,9 %), (18,2 %), Mines francs CFA
Ménages (17,9 %) (2015)
(26,1 %)
Cameroun 2020 452,272 milliards ~768 millions – – – –
de francs CFA de dollars
Ghana 2020 514 millions ~87 millions – – 27 milliards GHS ~4 milliards
de GHS de dollars (2008–2020) de dollars
Ghana 2021 4,85 milliards ~921 millions – – – –
de GHS de dollars
Ghana 2021 7,43 milliards ~1,3 milliard – – – –
de GHS de dollars

Sources : Sénégal : Rapport d’évaluation des dépenses fiscales, Sénégal (ministère des Finances et du Budget, 2020) . Cameroun :
Rapports du ministère des Finances et autres rapports d’autres sources (ministère des Finances, 2019 ; Publish What you Pay, 2018 ;
Cameroun Actuel, 2023) . Ghana : Global Tax Expenditure Data – Ghana, et article de presse (GTED, 2021 ; Agyeman, 2022)
Notes : Les chiffres pour le Sénégal et le Cameroun incluent à la fois les régimes ordinaires et dérogatoires d’exonérations fiscales.
Pour le Ghana, les chiffres pour 2021 reflètent différents points de données de la même année. Les données sur les pertes de recettes
notables au Ghana couvrent une période plus longue (2008–2020) et ne sont pas directement comparables aux chiffres annuels pour
d’autres pays.

L’examen des exonérations dans les trois pays et, plus largement, dans toute
l’Afrique, fait apparaître un fil conducteur. Tout d’abord, les gouvernements de
l’Afrique subsaharienne ont étendu les exonérations et les incitations fiscales
dans le but de stimuler la croissance économique, d’attirer les investissements
étrangers et de soutenir des industries spécifiques. Néanmoins, trouver le juste
équilibre entre l’octroi d’incitations fiscales et la garantie de recettes substantielles
reste un défi complexe. Les rapports font état d’une préoccupation dominante
selon laquelle ces exonérations ont atteint des niveaux excessifs, perpétuant
des déficits de recettes qui, en fin de compte, éclipsent les avantages retirés par
les gouvernements. C’est notamment le cas du programme de zone franche du
Ghana, dont les avantages, notamment en termes de création d’emplois, sont
inférieurs au niveau d’exportation escompté ou même aux avantages en termes
d’exonérations accordées aux entreprises (Nyarko Otoo, 2020)
Deuxièmement, la tendance à fournir des incitations fiscales et autres
substantielles a déclenché une course déconcertante vers le bas parmi les pays qui
cherchent à attirer l’investissement direct étranger (IDE). Pour illustrer cette
tendance, une étude de Coulibaly et Camara (2021), portant sur le secteur minier,
montre que les fluctuations des taux de l’impôt sur les sociétés n’ont pas d’impact

121
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

statistiquement significatif sur les entrées d’IDE dans les secteurs de l’extraction
de l’or et de l’argent dans les économies africaines. De même, une étude menée par
Ali-Nakyea et Amoh (2018) au Ghana remet en question l’efficacité des incitations
fiscales dans le secteur des ressources naturelles, suscitant le scepticisme quant
au lien direct entre ces incitations et les flux d’IDE.
Les experts s’accordent aujourd’hui à dire que la capacité à attirer les
investissements n’est pas invariablement corrélée à des gains tangibles. Au
contraire, l’attrait du climat d’investissement, y compris des facteurs tels que la
stabilité macroéconomique, la qualité des infrastructures et la bonne gouvernance,
est souvent pris en compte dans le processus de sélection des investisseurs
(Ali-Nakyea et Amoh, 2018 ; Nyarko Otoo, 2020 ; Tanzi et coll., 1981 ; Abille et
Mumuni, 2023) the country’s economy is characterised by high budget deficits,
rising debt-to-gross domestic product (GDP. Ainsi, un consensus de plus en plus
large se dégage sur le fait que, pour les pays qui continuent à offrir davantage
d’incitations de ce type malgré leurs avantages limités, la force motrice de cette
concurrence fiscale semble être principalement ancrée dans des motifs politiques
plutôt que dans la rationalité économique (Nyarko Otoo 2020 ; Moore, Prichard et
Fjeldstad, 2018a).

Remédier au manque à gagner des exonérations fiscales

Confrontés à un manque à gagner important, le Sénégal, le Cameroun et


le Ghana ont pris une série de mesures pour remédier à la situation. Ces
mesures comprennent des amendements à leurs codes fiscaux visant à
améliorer la réglementation et la surveillance des systèmes d’exonération et
d’autres dispositions fiscales. En outre, le Sénégal et le Cameroun publient des
rapports sur les dépenses fiscales afin de promouvoir la bonne gouvernance
dans ce domaine. Ces réformes sont conçues pour éliminer des exonérations
spécifiques ou pour améliorer les processus de suivi et d’attribution régissant
ces exonérations.
Au Ghana, une étape importante a été franchie avec la promulgation de la loi
sur les exonérations fiscales en 2022, qui a introduit des critères d’éligibilité
transparents pour les exonérations fiscales, établissant un cadre pour un suivi,
une évaluation et une mise en œuvre solides de ces exonérations. En particulier,
le projet de loi a établi un mécanisme de régulation pour s’assurer que les
exonérations accordées servent les objectifs prévus, tout en limitant les abus de
la structure d’exonération existante. En outre, il a renforcé le rôle de surveillance

122
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

du ministère des Finances dans la gestion des exonérations et la prévention des


abus (Asiedu, 2022)59.
De même, le Cameroun a fait preuve d’un engagement proactif en 2019 en
supprimant certaines exonérations. Il s’agit notamment de l’arrêt des incitations
fiscales à l’importation de farine et de riz, ainsi que de la suppression de
l’exonération de TVA pour les primes d’assurance-vie (Barma, 2019). Ces
changements étaient des éléments essentiels de la réforme de la politique
fiscale 2022–2024, stratégiquement alignés sur les objectifs d’élargissement de
l’assiette fiscale et de promotion du développement économique.

Tableau 5 : Résumé des mesures visant à limiter les effets négatifs des
exonérations fiscales
Pays Année Mesures prises Détails
Sénégal En Rapports et Publie des rapports sur les dépenses fiscales afin d’améliorer la
cours réformes transparence et la gouvernance, dans le but d’éliminer les
réglementaires exonérations spécifiques et d’améliorer la surveillance.

Cameroun 2019 Suppression de Suppression des incitations fiscales à l’importation de farine et de


certaines riz et de l’exonération de TVA pour les primes d’assurance-vie dans
exonérations le cadre de la réforme de la politique fiscale 2022–2024.

Ghana 2022 Adoption du projet de Introduction de critères d’éligibilité transparents, d’un cadre de
loi sur l’exonération suivi et d’application, et renforcement de la surveillance par le
fiscale ministère des Finances.

Bien que ces efforts de réforme soient louables, leur impact réel reste à déterminer.
Cependant, il est essentiel de souligner que le succès de la réforme des systèmes
d’exonération fiscale dépend de la mise en œuvre de mesures de contrôle solides
et efficaces soutenues par les acteurs politiques. Un soutien politique solide est
essentiel pour vaincre la résistance à ces réformes et mesures, et pour garantir que
les contribuables remplissent leurs obligations grâce à des méthodes d’application
efficaces, une transparence soutenue et un engagement solide.

3.2.2.3. Explorer d’autres sources de recettes

i. Imposition des particuliers très fortunés

Dans le cadre de la diversification des sources de revenus et de l’exploration


d’autres moyens de générer des recettes, l’imposition des particuliers disposant

59 Ce projet de loi fait partie de plusieurs mesures prises en 2016, lorsque le ministère des Finances a intensifié sa
surveillance dans le but de limiter l’utilisation des permis spéciaux qui exonèrent les importations des droits de
douane et de la TVA et la modification du processus d’approbation des exonérations pour inclure le dédouanement
obligatoire par le ministère. Toutefois, ces mesures antérieures n’ont pas eu un impact suffisamment important.

123
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

d’une valeur nette élevée (HNWI) ou fortunés apparaît comme une stratégie
prometteuse permettant aux gouvernements d’engranger des recettes
substantielles. Le principe sous-jacent est que les HNWI possèdent plus de
ressources et peuvent payer une plus grande part de leurs revenus en impôts
sans rencontrer une charge financière similaire à celle des personnes à faible
revenu (Kangave et coll., 2016)despite various amendments to tax laws and
reforms in tax administration. Part of the low revenue contribution can be
attributed to factors external to the Uganda Revenue Authority (URA).
Dans de nombreux pays africains, l’inégalité des revenus et des richesses
reste un problème important ; un faible pourcentage de la population possédant
une part disproportionnée des richesses. Il est prouvé que les Africains fortunés
ne paient que peu ou pas d’impôt sur le revenu, et bien que le nombre de
milliardaires africains soit peu élevé, mais en augmentation rapide, de nombreux
pays n’ont pas réussi à mettre en place des systèmes efficaces pour taxer les
grosses fortunes (Dietz, 2023 ; Moore, Prichard et Fjeldstad, 2018a ; Kangave et
coll., 2016). En Ouganda, par exemple, une étude a révélé que bien que les HNWI
soient enregistrés auprès de l’Uganda Revenue Authority (URA), seul un nombre
limité d’entre eux payaient leurs impôts sur le revenu (Kangave et coll., 2016).
Cet écart s’explique en grande partie par les difficultés d’application de la loi au
sein de cette catégorie spécifique de contribuables. De même, le Nigeria est le
troisième pays d’Afrique en termes de nombre d’individus disposant d’une
fortune d’au moins 1 million de dollars, et leur richesse privée est évaluée à plus
de la moitié du PIB du Nigeria (Kamer, s.d.). Néanmoins, le pays ne perçoit
qu’une petite partie des recettes fiscales potentielles provenant de ces personnes
(Ademola, Dada et Akintoye, 2019).
Les approches adoptées par le Ghana, le Sénégal et le Cameroun pour générer
des recettes à partir des fortunes privées présentent à la fois des similitudes et
des différences. Tout d’abord, ces trois pays ont introduit le système du numéro
d’identification fiscal (TIN) pour identifier et suivre les contribuables, dans le
but d’enregistrer un plus grand nombre de fortunés. Deuxièmement, ces pays se
sont engagés dans des révisions et des mises à jour de leur législation fiscale afin
d’en assurer la pertinence et l’efficacité dans le cadre de l’imposition des HNWI.
Par exemple, les efforts des trois pays ont été orientés vers la réforme de leurs
régimes d’impôt sur le revenu des personnes physiques afin de capter les revenus
des particuliers fortunés qui auraient pu auparavant éviter ou se soustraire à
leurs responsabilités fiscales. Plus précisément, en 2021, la Ghana Revenue
Authority (GRA) a proposé de modifier le régime de l’impôt sur le revenu des
personnes physiques afin de prendre en compte les revenus des HNWI
(personnes disposant d’environ 1 million de dollars US d’actifs financiers
liquides) qui ont pu auparavant éviter les impôts ou s’y soustraire (Segbefia,

124
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

2021). Ces changements visent à résoudre le problème de l’évasion ou de la


fraude fiscale potentielle au sein de ce segment. La GRA a également indiqué
qu’elle imposerait les paiements des HNWI, dont les actifs et la richesse ne
correspondent pas à l’impôt qu’ils paient. Pour ce faire, l’agence a configuré et
synchronisé ses données avec 14 autres institutions gouvernementales, dont la
Driver and Vehicle Licensing Authority (DVLA) et la Social Security and National
Insurance Trust (SSNIT), afin d’identifier facilement les HNWI et de rationaliser
le processus d’application de la conformité fiscale (Segbefia, 2021). Enfin, le
Sénégal a adopté une position proactive en introduisant des taxes de luxe ciblant
spécifiquement les véhicules de luxe. Parallèlement, le Cameroun a choisi de
mettre en œuvre une taxe sur les revenus locatifs élevés afin de générer
davantage de recettes auprès de cette catégorie de contribuables.
En bref, si les approches de l’imposition des HNWI partagent certaines
stratégies fondamentales, elles présentent également des distinctions nuancées
qui reflètent les priorités politiques et législatives des pays. Comme le soulignent
les résultats et études limités mais convaincants, il est possible de générer des
recettes substantielles grâce à l’imposition des HNWI. En mettant en œuvre des
stratégies fiscales efficaces, les gouvernements peuvent contribuer à la
redistribution d’une partie de cette richesse, contribuant ainsi à réduire les
inégalités économiques. Cependant, il est important de reconnaître que si les
impôts peuvent réduire les inégalités, ils n’augmentent pas nécessairement à
eux seuls les revenus ou les stocks d’actifs des pauvres. L’impact des impôts sur
les inégalités dépend en fin de compte de la manière dont les recettes sont
dépensées. Une redistribution efficace dépend de l’affectation des recettes
fiscales de manière à soutenir une croissance équitable et le bien-être social, ce
qui n’est pas automatiquement garanti. Cependant, comme les recettes sont de
plus en plus nécessaires pour une redistribution équitable, la priorité devrait
être donnée à la poursuite urgente d’initiatives visant à renforcer les
infrastructures administratives et les mécanismes d’application et à améliorer
la capacité requise pour gérer efficacement cette catégorie particulière
de contribuables.

ii. Exploiter le potentiel de l’impôt foncier

Les impôts fonciers (impôts sur les bâtiments, revenus locatifs, droits de timbre,
taxes foncières, etc.) sont également considérés comme une source importante de
revenus, en particulier pour les gouvernements en Afrique. En outre, l’urbanisation
croissante et le boom de l’immobilier dans plusieurs villes africaines soulignent
l’immense potentiel de génération de recettes fiscales liées à la propriété. Bien
qu’il soit admis qu’il s’agit d’impôts faciles et progressifs à collecter, ils sont connus

125
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

pour être le principal impôt le moins performant en Afrique, avec un rendement


compris entre 0,1 et environ 1 % du PIB (Slack et Bird, 2014 ; Fjeldstad, Ali et
Goodfellow, 2017 ; Franzsen et McCluskey 2017). Les raisons de cette sous-
performance sont principalement d’ordre technique. Néanmoins, des travaux de
recherche ont récemment mis en évidence la résistance politique à une fiscalité
foncière efficace (Jibao et Prichard, 2013 ; Moore, Prichard et Fjeldstad, 2018a).
Selon Slack et Bird (2014), l’impôt foncier est peut-être l’impôt le plus sensible
politiquement en raison de sa nature directe.
Les initiatives de réforme principalement axées sur l’identification complète
des propriétés imposables et la révision des systèmes d’évaluation des propriétés
se heurtent fréquemment à la résistance des contribuables qui ont des liens
étroits avec les milieux politiques, des riches propriétaires et des élites
économiques influentes, qui ont tendance à se soustraire à leurs obligations
fiscales ou à résister aux réformes progressives susceptibles d’accroître leurs
obligations fiscales (Collier et coll., 2018 ; Jibao et Prichard, 2013). Notamment,
des exemples récents de réformes réussies, comme à Freetown, ont été facilités
par le soutien proactif des dirigeants politiques (Prichard, Kamara et Meriggi,
2020). La section suivante présente les efforts entrepris par les trois pays pour
exploiter le potentiel de l’impôt foncier.

3.3. Programmes de réforme récents mis en œuvre pour


augmenter les recettes fiscales et non fiscales
Les efforts du gouvernement, soutenus par un engagement fort des dirigeants
politiques, sont le pilier fondamental de l’amélioration de la mobilisation
des recettes intérieures pour faire progresser le développement économique
et améliorer les conditions de vie des citoyens. Dans ce contexte, le Sénégal,
le Cameroun et le Ghana ont mis en œuvre des programmes de réforme sous
l’égide des dirigeants politiques. Ces réformes diffèrent par leur ampleur et leur
stratégie de mise en œuvre.
Le Sénégal et le Ghana ont conçu des programmes de réforme complets qui
s’alignent sur les priorités de développement de leurs gouvernements respectifs.
Au Sénégal, la priorité accordée à la mobilisation des recettes intérieures est
intégrée à un vaste programme appelé Plan Sénégal Émergent (PSE), un plan
stratégique visant à réaliser les aspirations du pays en matière de développement
d’ici 2035. Parallèlement, la stratégie de mobilisation des recettes intérieures
du Ghana s’inscrit dans le programme national Ghana Beyond Aid, une vision
globale dont l’objectif principal est de réduire la dépendance du pays à l’égard de
l’assistance et de l’aide extérieures. À l’inverse, le Cameroun a plutôt adopté des
initiatives ciblées pour réformer des domaines spécifiques de la fiscalité dans le

126
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

cadre des priorités gouvernementales et des engagements envers le FMI.


Contrairement au Sénégal et au Ghana, où les réformes en matière de
mobilisation des recettes s’inscrivent dans leurs agendas nationaux respectifs,
les réformes au Cameroun sont avant tout une réponse au contexte économique
actuel et à la recherche d’un soutien de la part des partenaires financiers.
Cette section donne un aperçu général de ces efforts de réforme. Bien qu’une
analyse complète du processus de ces réformes et de leur impact dans le temps
fournirait une évaluation plus nuancée des rôles joués par les personnalités
politiques clés dans la conduite du changement malgré les résistances potentielles,
l’espace et la portée limités de ce chapitre ne permettent qu’un examen de haut
niveau de la dynamique des réformes récentes pour souligner le rôle clé des élites
gouvernementales dans la mise en œuvre et le soutien des réformes en matière de
mobilisation des recettes. Par conséquent, l’analyse se limite aux aspects clés
indiquant les efforts de réforme, y compris dans le domaine de l’impôt foncier, à
différentes périodes dans chaque pays.

3.3.1. Stratégie gouvernementale pour stimuler la mobilisation des recettes


nationales au Sénégal, au Ghana et Cameroun

3.3.1.1. Plan pour un Sénégal émergent (PSE)

Bien que la mobilisation des recettes ait toujours été une priorité du
gouvernement, elle a été définie comme un élément central du Plan Sénégal
Émergent (PSE) adopté en 2014. Ce vaste programme de développement met
l’accent sur le rôle des acteurs politiques dans les réformes fiscales, compte tenu
des investissements et des ressources déployés pour soutenir les activités de
collecte de recettes. Le PSE est un plan stratégique de développement sur 15 ans
qui vise à transformer le Sénégal en une économie émergente. Le PSE met
l’accent sur les réformes structurelles, le développement des infrastructures
et la croissance du secteur privé afin de stimuler la diversification économique
et de réduire la pauvreté. Sa formulation s’est accompagnée du lancement d’un
vaste projet de réformes fiscales visant à moderniser et à rendre plus efficace
le code général des impôts. Les principaux objectifs sont 1) l’augmentation de
la performance fiscale ; et 2) l’élargissement de l’assiette fiscale pour atteindre
un ratio impôts/PIB de 20% en 2023 et permettre au gouvernement de réaliser
ses projets de développement et de remplir ses engagements internationaux en
matière de transition fiscale (Gouvernement du Sénégal, 2014). Ces réformes
fiscales ont été menées avec des objectifs de transparence qui se sont traduits
par l’adoption, en 2012, du Code de transparence dans la gestion des finances
publiques. Celui-ci invite le gouvernement à publier toutes les informations

127
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

concernant les niveaux de prélèvements fiscaux et les montants des recettes.


En outre, le pays est devenu membre du Forum mondial sur la transparence
et l’échange de renseignements à des fins fiscales, ce qui témoigne d’un
engagement fort en faveur de l’adoption de normes internationales et de
bonnes pratiques. En adhérant à ce forum, le pays est soumis à un examen par
les pairs60.
Les objectifs et les plans de mobilisation des recettes sont formulés dans la
Stratégie de mobilisation des recettes à moyen terme (SRMT) 2020–2025,
dirigée par le ministère des Finances et mise en œuvre à travers le Plan Yaatal,
sous la direction de la Direction générale des impôts et des domaines (DGID).
Yaatal vise à élargir l’assiette fiscale et à promouvoir le civisme fiscal par un
système législatif simplifié, d’investissements dans la technologie pour une
mobilisation optimale des recettes, d’une utilisation maximale de l’information
et de l’utilisation des terres comme source clé de mobilisation des recettes
nationales (DGID, 2020). La force motrice pour atteindre ces objectifs du
programme Yaatal provient de hauts fonctionnaires du gouvernement, y compris
l’ancien directeur général de la DGID, qui, à la suite des conclusions d’un rapport
d’enquête produit par l’Agence nationale pour les statistiques et la démographie
(ANSD), ont reconnu l’énorme potentiel de l’élargissement de l’assiette des
recettes. Ce rapport statistique a révélé que le pays comptait environ un demi-
million d’unités/entités économiques. Cependant, seulement 85 000 d’entre
elles étaient enregistrées dans les bases de données de la DGID, et seulement
30 % (25 000 contribuables) respectaient les obligations fiscales (ANSD, 2014).
L’exploitation des revenus fonciers occupe une place de choix dans cet agenda.
Elle converge avec la quasi-totalité des grandes priorités de l’agenda du
gouvernement actuel, notamment le développement, la décentralisation, la
réforme foncière et la modernisation et la numérisation de l’administration
(République du Sénégal, 2018 ; OCDE, 2019). Comme dans de nombreux pays, les
taxes foncières au Sénégal sont peu performantes, malgré leur potentiel de
recettes. Les estimations montrent que le rendement représente 0,4 % du PIB.
Dans des villes comme Dakar, qui connaissent une urbanisation croissante et une
expansion immobilière, seuls 20 % des contribuables éligibles sont inclus dans la
base de données. Parmi eux, seuls 12 % des propriétaires ont payé l’impôt foncier
en 2018 (Knebelmann, 2019). L’exploitation des recettes de l’impôt foncier se fait
à travers un vaste programme de recensement des propriétés dans tout le pays,
qui s’appuie sur les réformes précédentes mises en œuvre au début des années

60 De plus amples informations sont nécessaires pour évaluer l’impact de ces engagements. Le Ghana et le Cameroun
ont rejoint le forum respectivement en 2011 et 2012.

128
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

200061. Les récentes réformes ont débuté en 2019 sous le financement de plusieurs
acteurs, principalement le gouvernement du Sénégal, la Banque mondiale et
l’Agence française de développement. Il est attendu que les données collectées
permettent également à la DGID de capter un grand nombre de contribuables
potentiels, en plus d’estimer les caractéristiques et les catégories de contribuables
afin d’adopter les mesures et stratégies nécessaires pour s’engager auprès d’eux.
Plusieurs résultats ont été obtenus, notamment l’augmentation du nombre de
contribuables dans les bases de données de la DGID. Jusqu’à présent, le ratio
impôt/PIB a augmenté d’environ 14 % en dix ans, passant de 15,9 % en 2010 à
18,1 % en 2020 (OCDE, CUA et ATAF, 2022). Bien que ces réformes rencontrent
certaines difficultés (ressources limitées, traitement d’un grand volume de
données, etc.), elles soulignent comment les élites gouvernementales peuvent
initier des réformes de mobilisation des recettes nationales lorsque celles-ci
s’alignent sur leurs priorités politiques.

3.3.1.2. Stratégie « Ghana Beyond Aid »

Au Ghana, les principales mesures visant à améliorer la mobilisation des recettes


fiscales et non fiscales remontent aux années 2000, avec la création en 2009 de la
GRA sous le contrôle d’un conseil d’administration. Ces efforts se sont poursuivis
en 2019 dans le cadre du programme Ghana Beyond Aid. Avant la création de la
GRA, « les différentes catégories de taxes étaient administrées par trois agences
fiscales semi-autonomes indépendantes : l’agence des Douanes, accises et services
préventifs ( CEPS – Customs, Excise and Preventive Service) , l’agence des services de
TVA (VATS – VAT Service) et l’agence de recettes intérieures (IRS – Internal Revenue
Service) (Moore, Prichard et Fjeldstad, 2018b). L’harmonisation de ces activités au
sein de la GRA devait permettre d’aligner de manière plus cohérente les stratégies
de mobilisation des recettes et de moderniser l’administration fiscale. Depuis
sa création, la GRA s’est lancée dans une série de réformes administratives,
concrétisées par trois plans stratégiques couvrant les périodes 2012–2014, 2015–
2017 et 2018–2021. Ces stratégies sont « conçues pour intégrer et moderniser
pleinement l’Autorité afin de lui permettre de remplir son mandat, de renforcer
les mécanismes d’application, d’élargir l’assiette fiscale, d’améliorer les processus
et les procédures, et de mettre en œuvre des mesures innovantes pour accroître la
collecte des recettes fiscales » (Moore, Prichard et Fjeldstad, 2018a, p. 34).
À l’instar du Sénégal, où les stratégies de mobilisation des recettes sont
intégrées aux objectifs plus larges du PSE, les récentes réformes du Ghana se

61 En 2009, sur financement de la Banque Africaine de Développement, l’État du Sénégal a mis en œuvre le Programme
d’Appui à la Modernisation du Cadastre (PAMOCA). Cependant, malgré des investissements importants, ceux-ci se
sont traduits par une augmentation marginale des revenus fonciers et un élargissement limité de l’assiette des recettes.

129
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

reflètent dans les plans de développement à moyen terme adoptés tous les trois
ans. L’engagement du gouvernement à améliorer la mobilisation des recettes
intérieures a abouti à une progression positive avec le lancement en 2019 du
programme « Ghana Beyond Aid ». Ce programme est axé sur les principes
d’autosuffisance, de transformation économique et de développement durable.
Son principal objectif est de réduire la dépendance à l’égard de l’aide extérieure
au développement et de parvenir à un financement autonome des secteurs
fondamentaux tels que l’éducation, les soins de santé, l’assainissement et les
ressources en eau (République du Ghana, 2019). Ce programme met l’accent sur
une gouvernance responsable, la transparence et une gestion prudente des
ressources, dans le but de forger un Ghana autonome et prospère.
Les objectifs et les mesures de mobilisation des recettes s’articulent autour
d’une série de réformes qui s’appuient sur les initiatives de mobilisation des
recettes lancées dans les années 2000. Il s’agit notamment d’améliorer l’efficience
des agences de collecte des recettes, en particulier la GRA, de faciliter l’identification
efficiente des contribuables potentiels, d’assurer une application rigoureuse du
paiement des impôts (en particulier dans le secteur minier), de lutter contre la
corruption, de favoriser l’efficience des entreprises publiques et d’optimiser les
dépenses et les investissements publics. Une priorité notable du programme
« Ghana Beyond Aid » est l’élargissement de l’assiette des recettes, avec l’ambition
ultime de porter le ratio impôts/PIB à 18 % d’ici 2023 et, à terme, à 23 % d’ici 2028
(République du Ghana, 2019). Comme le souligne le document de réforme, alors
que le registre officiel des électeurs du pays compte 15,7 millions d’individus,
seulement 1,2 million d’entre eux est effectivement enregistré à des fins fiscales.
Cette divergence entre les électeurs et les contribuables met en évidence le
potentiel d’intégration d’individus et d’entreprises supplémentaires dans le filet
fiscal par le biais de mécanismes tels que le système national d’adresses numériques
et le système national d’identification.
D’autres initiatives de mobilisation des recettes ont été mises en œuvre en
réponse à la crise économique post-COVID. D’une part, le pays a adopté de
nouvelles taxes, telles que l’e-levy, une taxe de 1,5 % sur les transferts de fonds
électroniques dépassant 100 GHS Ghana (environ 6,50 USD) par jour, introduite
en mai 2022.
On estime que l’e-levy « pourrait rapporter plus de recettes si davantage
d’entreprises passaient du secteur informel au secteur formel, ce qui permettrait
d’atteindre certains des objectifs de la taxe, à savoir l’élargissement de l’assiette
fiscale »62. Bien que de plus amples informations soient nécessaires pour évaluer
son impact, l’e-levy est considéré comme injuste pour les pauvres, régressif, et

62 Santoro et Diouf (2022 ), « Ghana’s new e-levy ».

130
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

moins efficace pour générer des revenus de la part des contribuables à fort
potentiel63.
D’autre part, la GRA a relancé le système d’impôt sur les revenus locatifs
(également appelé impôt sur les loyers), un impôt payé sur les revenus à un taux
de 8 % pour les propriétés résidentielles et de 15 % pour les propriétés
commerciales. L’impôt sur les loyers a été instauré en 1973, mais a nécessité,
dans la pratique, un niveau de conformité plus élevé et une forte capacité de
l’administration à collecter davantage d’informations sur les biens loués et les
contribuables potentiels. Depuis 2021, plusieurs efforts de sensibilisation et la
mise en œuvre de systèmes de paiement numérique ont été mis en place pour
encourager le respect de la loi (Effah, 2021). Le gouvernement envisage de
mettre en place un système de géolocalisation et d’identification pour toutes les
propriétés afin d’augmenter le nombre de contribuables.
Dans l’ensemble, des progrès ont été enregistrés ; on constate tout
particulièrement l’augmentation du ratio impôts/PIB au fil du temps, passant
de plus de 10 % du PIB en 2010 à 13,4 % en 2020 (Iddrisu et coll., 2021, p. 31).
Cependant, ces progrès pour le Ghana restent modestes par rapport à des pays
pairs et peuvent présenter des défis pour atteindre l’objectif de 18 % de ratio
impôt/PIB d’ici 2023 (OCDE, AUC et ATAF, 2022).

3.3.1.3 Stratégies fragmentées de mobilisation des recettes intérieures au Cameroun

Au Cameroun, le gouvernement reconnaît que la mobilisation des recettes


intérieures est un instrument indispensable au développement économique.
De nombreuses initiatives ont été prises pour moderniser les systèmes de
mobilisation, à la fois dans le cadre de l’agenda du gouvernement et en réponse
à la pression exercée par les bailleurs de fonds. Cette situation contraste avec
celle du Sénégal et du Ghana, où une stratégie globale et à long terme de
mobilisation des recettes a été formulée par les élites, s’alignant sur les objectifs
de développement et d’avancement économiques à long terme du gouvernement.
Les efforts centraux visent à relever trois défis critiques : 1) le poids élevé des
dépenses fiscales ; 2) l’importance du secteur informel qui, comme on l’observe
dans plusieurs pays africains, contribue de manière significative à l’activité
économique, mais dont le potentiel de recettes n’a pas encore été pleinement
exploité ; 3) l’insuffisance de la contribution individuelle à la mobilisation des
recettes, et la nécessité de stratégies et de mesures visant à accroître les
contributions individuelles. Ces efforts ont été mis en œuvre parallèlement à la
modification du Code des impôts, dont la dernière mise à jour remonte à 2023.

63 Pour en savoir plus, voir Rogan et coll. (2023) ; Santoro et Diouf (2022).

131
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Dans le domaine du secteur informel, le gouvernement a pris des mesures


pour, entre autres stratégies, renforcer le mécanisme de retenue à la source, qui
facilite les déductions fiscales sur les transactions effectuées par les entreprises
du secteur informel avec les grandes entreprises. Ce mécanisme a permis au
gouvernement de mobiliser plus de 50 milliards de francs CFA par an auprès du
secteur informel. En outre, la traçabilité des transactions en espèces a été
renforcée – les déductions de l’impôt sur les sociétés pour les dépenses
supérieures à 500 000 de francs CFA et les déductions de la TVA pour les factures
supérieures à 100 000 de francs CFA payées en espèces ont été interdites. Toutes
ces actions ont permis d’augmenter la population imposable de 58 %, passant de
89 741 en 2015 à plus de 140 000 contribuables professionnels à ce jour.
Cependant, d’autres mesures complémentaires restent à envisager, compte tenu
de la capacité du secteur informel à se réinventer.
En outre, à l’instar d’autres pays, la direction générale des impôts du Cameroun
envisage des réformes supplémentaires liées à l’enregistrement d’un plus grand
nombre de contribuables, en ciblant particulièrement ceux qui sont susceptibles
de contribuer par le biais de l’impôt foncier. Actuellement, les contribuables, y
compris ceux qui paient des impôts fonciers, doivent déclarer leurs biens pour
recevoir des avis d’imposition. Néanmoins, le processus est complexe, ce qui
décourage un grand nombre de citoyens de le faire. En réponse à ce défi, la
Direction générale des Impôts (DGI) a mis en place des centres divisionnaires
pour rationaliser le processus, permettant la mise en œuvre numérique de la
déclaration annuelle de patrimoine des contribuables non professionnels.
Cependant, les efforts pour taxer les propriétaires immobiliers sont relativement
mineurs par rapport à ceux de l’administration fiscale sénégalaise.
Enfin, la DGI a élaboré un plan triennal 2023–2025 pour moderniser le système
fiscal camerounais, en s’appuyant sur les conclusions de l’outil d’évaluation
diagnostique de l’administration fiscale (TADAT) et sur les recommandations du
FMI. Ces réformes sont largement orientées vers quatre dimensions principales : 1)
l’augmentation de la mobilisation des recettes fiscales ; 2) l’amélioration de la
qualité des services fiscaux ; 3) la mise en place d’un système d’information
moderne à la DGI ; 4) la gestion et la coordination des services fiscaux (Djotié,
2022) ). Ce plan étant en cours d’élaboration, il est encore tôt pour en évaluer
l’impact. Parmi les trois pays étudiés, le Cameroun est celui qui présente une légère
augmentation de son ratio impôts/PIB. Celui-ci a augmenté de 10,8 %, passant de
11,5 % en 2010 à 12,8 % en 2020.

132
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

Tableau 6 : Résumé des réformes fiscales récentes au Sénégal, au Ghana et au


Cameroun
Pays Initiative de Year Mesures clés et détails
réforme
Plan stratégique sur 15 ans axé sur les réformes structurelles,
les infrastructures et la croissance du secteur privé. Il vise un
Plan Sénégal 2014
Sénégal ratio impôts/PIB de 20 % d’ici à 2023. Comprend des réformes
Émergent (PSE) (adoptée)
en matière de transparence et l’adhésion au Forum mondial
sur la transparence et l’échange d’informations.

Stratégie de Dirigé par le ministère des Finances, le plan Yaatal vise à


mobilisation des élargir l’assiette fiscale, à améliorer la technologie et à utiliser
recettes à moyen 2020 les revenus fonciers. Principale caractéristique de la réforme :
terme (SRMT) l’amélioration du rendement de l’impôt foncier par le biais
2020–2025 d’un recensement national des propriétés.

Vise l’autosuffisance et la réduction de la dépendance à l’égard


Ghana Beyond Aid de l’aide. Se concentre sur l’élargissement de la base de
2019
Ghana Program revenus, en augmentant le ratio impôts/PIB à 18 % d’ici à 2023
(Lancé)
(en anglais) et à 23 % d’ici à 2028. Il inclut de nouvelles taxes comme
l’e-levy et la relance du système d’impôt sur les loyers.

Projet de loi sur Introduction de critères transparents pour les exonérations


l’exonération 2022 fiscales, amélioration du suivi et de l’application, et
fiscale renforcement du rôle de surveillance du ministère des Finances.

Mise à jour pour tenir compte des dépenses fiscales élevées et


Modifications du des problèmes liés au secteur informel. Renforcement des
Cameroun 2023
code fiscal mécanismes de retenue à la source et de la traçabilité des
transactions en espèces.

Amélioration du mécanisme de retenue à la source, interdiction


Taxation du secteur
En cours des déductions en espèces au-delà de certains seuils et
informel
augmentation de la population imposable de 58 %.

Plan de Plan triennal axé sur l’augmentation des recettes fiscales,


modernisation de l’amélioration des services fiscaux, la mise en place d’un
2023–2025
l’administration système d’information moderne et la coordination des
fiscale services fiscaux.

3.3.2. Aperçu des programmes de réforme du Sénégal, du Ghana et du


Cameroun

Il est possible de tirer des enseignements essentiels de ces efforts de réforme.


Tout d’abord, il est évident que des progrès ont été réalisés dans l’avancement
des réformes, conduisant à une augmentation des gains de revenus au cours
des deux dernières décennies. Notamment, la numérisation a eu un impact
significatif sur les efforts visant à renforcer les systèmes de mobilisation des
recettes dans les trois pays. Cela n’est pas surprenant, étant donné l’élan
croissant des technologies de l’information dans diverses nations africaines
depuis les années 2000 en raison de leur potentiel de transformation. Étant
donné que le chapitre 2 fournit une exploration approfondie des systèmes
informatiques, nous présentons ici une vue d’ensemble concise de ces

133
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

initiatives. Au Sénégal, au Cameroun et au Ghana, la numérisation joue un rôle


clé dans les initiatives de réforme. Les technologies adoptées permettent de
rationaliser les processus d’administration des recettes, de gérer les données
fiscales, de faciliter le partage des données entre les différentes unités des
administrations fiscales et de simplifier les processus de paiement. En outre,
les solutions numériques ont contribué au suivi des recettes, à la réduction
des fuites de recettes et à l’efficacité de l’application de la loi. Dans le cadre
de l’harmonisation des données relatives aux contribuables, les trois pays ont
mis en place des systèmes de numéros d’identification des contribuables afin
d’améliorer l’identification fiscale des contribuables, de maintenir des bases de
données précises et d’éviter la duplication des identités des contribuables.
Deuxièmement, la tendance en matière de mobilisation des recettes montre
que les trois pays s’appuient davantage sur des impôts régressifs, qui sont
pratiques et faciles à adopter. Les progrès réalisés en matière de recettes n’ont
pas permis d’atteindre les ratios impôts/PIB élevés envisagés dans leurs
programmes de réforme. En outre, il apparaît clairement que les gouvernements
peuvent augmenter leurs recettes en réduisant les incitations fiscales et en
exploitant le potentiel de recettes des impôts progressifs. Si les défis liés aux
capacités techniques et aux conditions économiques ont contribué à cette
performance mitigée en matière de recettes, les défis les plus importants sont
d’ordre politique et soulignent l’importance du soutien des élites politiques et
gouvernementales dans l’avancement des réformes.
Troisièmement, étant donné que la mobilisation des recettes peut
potentiellement se heurter à une résistance, en particulier de la part des groupes
influents, il est impératif que les pays envisagent des stratégies pour garantir la
coopération de ces groupes influents au sein du régime fiscal tout en préservant
leurs privilèges et leurs intérêts des menaces perçues comme étant posées par
les réformes. Tous ces efforts nécessitent un engagement politique fort, des
promesses et des actions visant à informer les contribuables qu’une mobilisation
accrue des recettes leur serait plus profitable. Ceci, entre autres éléments,
implique des engagements fermes pour revoir les dépenses publiques et
développer des stratégies pour établir des liens plus forts entre la mobilisation
des recettes et la fourniture de services, une meilleure gouvernance grâce à la
transparence des dépenses, et une plus grande responsabilité.
La dernière section donne un aperçu du rôle des entreprises d’État dans la
génération de recettes intérieures, des difficultés rencontrées, de l’impact de
leurs faibles performances sur les dépenses publiques et des mesures prises par
les gouvernements pour améliorer leurs normes de gouvernance.

134
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

3.4. Les défis liés à la contribution à la mobilisation des recettes


nationales pour les entreprises publiques
Les entreprises publiques sont appelées à jouer un rôle important dans la
génération de recettes intérieures en Afrique en fournissant, à un certain
coût, des biens et des services essentiels aux citoyens pour le compte du
gouvernement. Dans de nombreux pays africains, les entreprises publiques sont
les principaux fournisseurs d’infrastructures essentielles telles que l’énergie,
l’eau et les services de transport. En outre, ces entreprises bénéficient du soutien
financier du gouvernement, car les administrations accordent fréquemment des
subventions, des dons, des prêts ou des garanties pour renforcer leurs capacités
opérationnelles et assurer la continuité des services. Parmi les nombreuses
entreprises publiques des pays d’Afrique subsaharienne, la compagnie Ethiopian
Airlines est considérée comme un exemple de réussite en termes d’expansion
et de génération de revenus64. Cependant, les exemples supplémentaires
d’entreprises publiques performantes sont rares et la tendance générale dans
plusieurs pays africains est que, malgré des investissements publics importants,
les entreprises publiques continuent à faire face à plusieurs défis, notamment
l’inefficience, la corruption et la mauvaise gestion. On suppose que les
investissements publics tendent à créer une plus grande dépendance et à réduire
les incitations à améliorer leurs performances financières. Tous ces défis ont
affecté la capacité des entreprises publiques à générer des revenus et à remplir
leur mandat de manière efficace. De plus, tandis que ces entreprises d’État sont
généralement perçues comme drainant des fonds publics, et nécessitant donc
des réformes pour améliorer leur rapport coût-efficacité, cela s’est avéré difficile
en raison principalement de l’ingérence politique65. Cette ingérence a souvent
conduit à la nomination de personnes non qualifiées et inexpérimentées à des
postes de direction ou à l’absence de sanctions en cas de mauvaise gestion.
Plusieurs réformes ont été mises en œuvre pour améliorer les recettes des
entreprises publiques, la plus importante étant la privatisation, qui consiste à
transférer la propriété et le contrôle de l’État à des investisseurs privés. Bien que
l’impact de la privatisation sur la rentabilité des entreprises publiques soit
mitigé, elle est toujours considérée comme l’une des stratégies pour améliorer
l’efficience, promouvoir l’innovation et réduire l’ingérence politique dans la
gestion des entreprises publiques. D’autres réformes ont inclus la restructuration
et la réduction des effectifs des entreprises publiques afin de réduire les coûts
opérationnels et d’améliorer les performances financières en améliorant la
gouvernance d’entreprise et en renforçant la transparence et l’obligation de
64 Andoh et coll. . (2019)
65 Appiah-Kubi (2001) ; Blunt (1970) ; Qhobosheane (2018)

135
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

rendre des comptes66. En outre, les gouvernements ont introduit des mesures
visant à améliorer l’environnement réglementaire et à promouvoir la concurrence
dans les secteurs où ils opèrent (Olugbade et coll., 2021). En effet, avec une
gouvernance, une gestion et des investissements adéquats, les entreprises
publiques peuvent jouer un rôle essentiel dans le développement et la croissance
des économies africaines. Comme dans la plupart des pays africains, la capacité
des entreprises publiques à générer des revenus suffisants au Sénégal, au
Cameroun et au Ghana a été limitée, car elles sont souvent confrontées à des
problèmes de gouvernance, d’efficience et de performance financière.
Sénégal : le Sénégal compte plus de 20 entreprises publiques intervenant
dans divers secteurs, notamment les transports (Air Sénégal), l’eau et l’énergie
(Société nationale d’électricité du Sénégal – Senelec), la construction et les
infrastructures (SN-HLM), ainsi que le secteur minier. Les performances de ces
entreprises varient d’une société à l’autre, mais la tendance générale souligne
leur rentabilité limitée et leur dépendance permanente à l’égard des subventions
publiques pour maintenir leurs activités.
Plus précisément, Air Sénégal, lancée en 2016 pour remplacer Sénégal
Airlines et dans le cadre du Plan Sénégal Emergent pour redynamiser le secteur
du tourisme, a bénéficié d’un apport financier de 40 milliards de francs CFA de
la part du gouvernement (République du Sénégal, 2018, p. 52). Cependant, après
plus de cinq ans de service, la société peine à rentabiliser ses investissements.
Un rapport publié en 2023 indiquait que Air Sénégal avait contracté environ
22 milliards de francs CFA de dettes en 2022, cinq ans après sa mise en service
(Fualdes, 2023). Les facteurs explicites contribuant à cette mauvaise performance
ne sont pas disponibles. Cependant, il est plausible que l’environnement
commercial difficile inhérent à l’industrie de l’aviation, caractérisé par une
concurrence intense, nécessite une excellence opérationnelle et un service à la
clientèle de niveau exceptionnel pour assurer la rentabilité. En réponse à cette
mauvaise performance, un changement de direction a été entrepris, accompagné
de réformes axées sur la performance, ce qui a permis de réduire les pertes de
revenus de plus de 50 % au début de 2023 (Diallo, 2019). Cela témoigne d’un
effort concerté pour remédier aux déficiences opérationnelles et aux défis
financiers qui ont pesé sur l’entreprise.
À l’inverse, la Senelec, qui a connu des difficultés financières et des pertes de
plusieurs milliards de francs CFA au cours de la dernière décennie, est en train de
se transformer progressivement, générant désormais des revenus qui contribuent
aux recettes de l’État suite à sa restructuration complète (BBC News Afrique, s.d.).
Il y a tout lieu de croire que les initiatives du gouvernement ont permis à la Senelec

66 Mutize et Tefera (2020) ; Ackers et Adebayo (2022)

136
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

d’étendre ses services grâce à l’installation de nouvelles centrales électriques et à


l’augmentation de son taux de pénétration, qui atteint 64 % dans tout le pays (Ba,
2023). En outre, tout indique qu’il existe un engagement politique en faveur de
l’amélioration de la productivité des entreprises publiques de la part des dirigeants
politiques, en particulier de l’actuel président. La présence d’organismes de
régulation tels que la Commission de régulation du secteur de l’énergie (CRSE)
(qui supervise les opérations de la Senelec) joue également un rôle essentiel dans
la supervision de la gouvernance et des opérations de ces entités. Cette supervision
favorise en retour une gouvernance d’entreprise efficace et la modernisation des
activités, y compris la mise en œuvre de systèmes de technologie de l’information
afin de rationaliser les opérations et de les adapter aux tendances économiques
dominantes. Il convient de noter que si certaines entreprises publiques, comme
Air Sénégal, rencontrent des difficultés à atteindre la rentabilité, l’engagement
actif du gouvernement dans la réforme et l’amélioration démontre sa volonté de
favoriser des résultats plus durables et plus efficaces pour les entreprises publiques
au Sénégal.
Cameroun : au Cameroun, environ 44 entreprises publiques sont subventionnées
par l’État et, comme dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, elles
continuent de générer des pertes. Un rapport gouvernemental de 2019 indique que
ces entreprises publiques ont enregistré des pertes de 14,5 %, soit une réduction de
6,5 points de pourcentage par rapport aux chiffres enregistrés en 2018. 5 % de
pertes, ce qui représente une réduction de 6,5 points de pourcentage par rapport
aux chiffres enregistrés en 201867. Ces entreprises comprennent la compagnie
aérienne Camair, la société nationale de raffinage Sonora et la société de
télécommunications Camtel. Conformément à ses engagements vis-à-vis du FMI,
le gouvernement camerounais a accepté de mettre ces entreprises sous contrat de
performance à partir de 2023. Cependant, une étude publiée par des chercheurs
camerounais en 2022 montre que les contrats de performance ne seraient pas en
mesure de stimuler la gouvernance des entreprises publiques camerounaises,
compte tenu de l’inefficience des conseils d’administration et des organes d’audit
externe et de l’interférence politique omniprésente (Nga Nga et Ebele Ombede,
2022). Les auteurs suggèrent plutôt, entre autres recommandations, de renforcer
les compétences comptables des auditeurs, de renforcer les capacités humaines, de
limiter les mandats et les rôles multiples des dirigeants, et de réduire l’ingérence
politique dans la nomination des dirigeants. Il est encore trop tôt pour évaluer
l’impact tangible de ces contrats de performance, mais l’amélioration de la
gouvernance de ces entreprises et la réduction de l’ingérence politique peuvent
certainement être la clé d’une rentabilité et d’une durabilité accrues.

67 Informations découlant de la loi de finances 2021.

137
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Ghana : Au Ghana, les 47 entreprises publiques continuent de générer des


pertes. Toutefois, dans le cadre du plan « Ghana Beyond Aid », le gouvernement a
ajouté la réforme des entreprises publiques à sa liste de priorités. Ces réformes
comprennent le maintien et la fixation d’objectifs pour le conseil d’administration
de chaque entreprise, un contrôle rigoureux de leurs performances, des
récompenses pour les bonnes performances et des sanctions pour les mauvaises.
C’est dans ce contexte de réforme que l’agence de gestion des participations de
l’État (SIGA – State Interest and Governance Authority) a été mise en place en 2019
pour surveiller les performances des entreprises publiques. La SIGA est chargée
de superviser les opérations et la gestion des entreprises publiques et de veiller à
ce qu’elles fonctionnent dans un environnement financièrement durable et
efficient. En plus de surveiller et d’évaluer la performance des entreprises
publiques, l’agence fournit également des conseils et un soutien aux conseils
d’administration et aux équipes de gestion des entreprises publiques et facilite la
privatisation des entreprises publiques non stratégiques. SIGA publie des rapports
qui mesurent les progrès de ces entreprises et classent leurs performances afin de
les encourager à agir davantage et à adopter des stratégies pour améliorer leurs
opérations. On estime que les efforts de la SIGA ont contribué à réduire les pertes
des entreprises d’État de 73 % en 2018 à 49 % en 2020. En outre, sur les
47 entreprises d’État, au moins une a versé un dividende à l’État en 2020.

Encadré 4. Stratégies visant à améliorer la contribution des entreprises


publiques africaines à la mobilisation des recettes intérieures

Dans les trois pays, malgré des performances variables, la tendance générale
est à la rentabilité limitée, ce qui nécessite souvent des subventions publiques
pour soutenir les activités des entreprises publiques. Cependant, des points
clés exhaustifs peuvent être pris en considération dans la restructuration des
stratégies de gouvernance et de rentabilité des entreprises publiques.
• Une restructuration globale favorisant une meilleure gouvernance d’entreprise
et la modernisation des opérations, la mise en place d’agences de contrôle des
performances et la promotion d’opérations transparentes, responsables et
financièrement viables sont des opérations susceptibles de conduire à une
réduction des pertes d’investissement de l’État. En fait, la mise en œuvre d’un
système basé sur les performances avec des indicateurs, la comparaison avec
les références du secteur et l’ajustement des stratégies sur la base des résultats
pourraient favoriser l’amélioration continue et l’adaptabilité des entreprises
d’État à l’environnement commercial en constante évolution. En outre, un
système d’incitations axé sur les performances peut motiver davantage les

138
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

employés et les dirigeants à contribuer aux gains de productivité et au service


à la clientèle, des paramètres qui sont essentiels pour accroître la compétitivité
de ces entreprises. Un système d’incitations peut également récompenser la
performance et l’innovation par des promotions ou la reconnaissance des
efforts alignés sur les objectifs de l’organisation.
• Pour améliorer la viabilité financière des entreprises publiques, il est impératif
de réduire au minimum l’ingérence politique dans la nomination de leurs
dirigeants ou dans la conduite de leurs opérations. En outre, l’amélioration des
compétences en matière d’audit et la garantie d’une gestion transparente et de
mécanismes de responsabilité peuvent améliorer la gouvernance globale des
entreprises publiques.
• Il est essentiel de renforcer les capacités des équipes de direction et du
personnel des entreprises publiques. Les gouvernements devraient investir
dans des programmes de formation qui dotent les employés des compétences
nécessaires pour naviguer dans des industries compétitives et s’adapter aux
avancées technologiques, améliorant ainsi l’efficience et la qualité des services.
• Comme cela a été observé au Ghana, avec SIGA, ou avec CRSE au Sénégal, les
organismes indépendants de régulation et de contrôle peuvent jouer un rôle
crucial en supervisant les activités des entreprises publiques, en promouvant
une concurrence loyale et en veillant à ce que les décisions soient motivées par
des considérations économiques plutôt que par des intérêts politiques.

3.5. Conclusion
La mobilisation des recettes intérieures devient une priorité pour de nombreux
gouvernements africains dans un contexte de crises multiples et de baisse de
l’aide au développement. Les efforts concertés et les progrès notables réalisés
au cours de la dernière décennie en matière de mobilisation des recettes fiscales
et non fiscales soulignent l’importance accordée à la mobilisation des recettes
par les gouvernements et les élites politiques. Les cas du Sénégal, du Ghana
et du Cameroun nous éclairent sur la manière dont ces efforts sont déployés,
notamment dans le cadre d’agendas nationaux ou de stratégies ciblées. Malgré
des résultats mitigés, ces réformes ont contribué à une mobilisation accrue
des recettes. Il existe donc encore un énorme potentiel de recettes qui peut
être exploité.
Si l’élargissement de la base de revenus a principalement impliqué
l’intégration d’une fiscalité plus indirecte, cela a en même temps intensifié la
nature régressive des systèmes fiscaux. Pour compenser cela, des perspectives
considérables existent dans l’augmentation des stratégies pour une taxation

139
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

plus directe, en particulier, les taxes liées à la propriété, la taxation des HNWI,
et une distribution plus rationnelle des exemptions afin d’extraire des revenus
plus importants et de limiter les pertes de revenus dues à des exemptions
excessives. En outre, il existe des possibilités fiscales inexplorées, telles que le
prélèvement d’impôts sur les secteurs agricole et informel.
L’expansion du secteur agricole, en particulier, peut générer des recettes
substantielles si les régimes fiscaux sont soigneusement conçus de manière à ne
pas affecter la production et la concurrence agricoles. En effet, l’un des défis est
que de nombreux petits exploitants agricoles en Afrique vivent de la subsistance
et peuvent se retrouver dans l’impossibilité de payer des impôts. En outre, le
secteur agricole est souvent vulnérable aux fluctuations des prix et aux problèmes
météorologiques, ce qui complique la prévision des recettes. Les paiements et
l’application de la loi peuvent également être difficiles parce que de nombreux
agriculteurs travaillent dans des régions éloignées, ce qui rend plus difficile pour
les fonctionnaires des impôts de surveiller leurs activités et d’assurer le respect de
la loi fiscale. Compte tenu de cette complexité, les pays désireux de générer
davantage de recettes dans ce secteur doivent trouver un équilibre entre la
nécessité de générer des recettes et celle de soutenir les petits exploitants agricoles,
de promouvoir la sécurité alimentaire et la capacité à gagner leur vie, et concevoir
des politiques appropriées pour atteindre ces objectifs.
L’imposition du secteur informel, qui joue un rôle central dans les économies
africaines, pose des problèmes similaires. Alors que la contribution du secteur
informel aux recettes reste modeste, l’imposition de ce secteur nécessiterait des
politiques contextuelles tenant compte de la nécessité d’augmenter les recettes, de
la formalisation, de la croissance économique et de l’équité sociale. Étant donné
que de nombreux pays africains sont confrontés à des données économiques
incomplètes ou peu fiables en raison de la prévalence des activités informelles,
l’imposition du secteur informel peut encourager la tenue de registres précis sur
les activités économiques, ce qui permet d’obtenir des indicateurs économiques
plus précis et facilite la prise de décisions politiques éclairées.
Néanmoins, les avantages vont de pair avec les inconvénients, tels que des
gains de recettes limités à court terme, des coûts de collecte disproportionnés
par rapport aux recettes, le non-respect des règles et le risque d’exacerber la
pauvreté. La plupart des acteurs de l’économie informelle ont des revenus
insuffisants, ce qui fait de l’imposition excessive un fardeau susceptible de
marginaliser davantage les populations vulnérables et d’amplifier la pauvreté,
en particulier chez les femmes.
Compte tenu de ce potentiel latent, les gouvernements ont encore des efforts à
faire. Dans le même temps, l’élargissement de la base des recettes et l’augmentation
de la charge fiscale de manière plus progressive et plus équitable doivent être

140
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures

complétés par une gouvernance efficace des fonds publics. Sur l’ensemble du
continent, la fourniture de services publics a été inadéquate et insatisfaisante.
Cela a contribué à éroder la confiance des citoyens dans le gouvernement et à
augmenter le non-respect des obligations fiscales. Les efforts en matière de
fiscalité doivent donc aller de pair avec l’amélioration de la prestation de services
et des infrastructures, la gestion transparente des dépenses publiques,
l’éradication des dépenses publiques inefficientes et le renforcement de l’obligation
de rendre des comptes. En particulier, une gestion prudente des fonds peut
favoriser la confiance, l’engagement et la redevabilité des citoyens.

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144
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145
CHAPITRE 4

De la concurrence fiscale à la
coopération ?
4.1. Introduction
La pandémie de COVID-19 et les crises successives qui l’ont suivie ont provoqué
un ralentissement soudain des économies des pays africains. Cette situation a
encore aggravé les faibles niveaux de mobilisation des ressources intérieures
de l’Afrique et a entravé les efforts déployés par le continent pour mobiliser
des ressources. La COVID-19 a eu un impact négatif sur l’Afrique dans des
secteurs clés tels que le tourisme, l’éducation, l’industrie manufacturière,
l’hébergement et les services de restauration, la construction, l’exploitation
minière, les arts et les divertissements. On a assisté à une baisse des recettes
fiscales, des investissements directs étrangers (IDE), des envois de fonds et des
flux d’aide, et a augmenté le risque d’insoutenabilité de la dette et de défaut
de paiement en Afrique. Outre la pandémie de COVID-19, les pays africains
étaient déjà confrontés à des défis majeurs en matière de mobilisation et de
conservation des ressources, notamment le rétrécissement des assiettes
fiscales68, la dépendance à l’égard d’un petit nombre de postes d’imposition
ou la dépendance excessive à l’égard des taxes sur les industries extractives
et les matières premières, l’inefficacité des systèmes fiscaux, l’inadéquation
des capacités administratives en matière fiscale, l’obsolescence des politiques
fiscales, l’érosion des assiettes fiscales due aux dépenses fiscales et les flux
financiers illicites (FFI) en provenance de l’Afrique.

68 L’érosion de l’assiette fiscale en Afrique est due à des échecs politiques internes et à des facteurs externes. Sur le plan
interne, les gouvernements affaiblissent leur assiette fiscale par des incitations fiscales insuffisantes, des contrats
non transparents dans les industries extractives, une imposition inadéquate des personnes fortunées et le recours à
une source unique d’imposition. L’absence de systèmes fiscaux automatisés et le décalage entre la politique fiscale et
l’administration ne font qu’aggraver le problème. Sur le plan extérieur, les fausses factures, qui consistent à facturer
frauduleusement les transactions commerciales, sont à l’origine d’importants flux financiers illicites, qui drainent
des ressources nationales cruciales pour le développement. L’importance du secteur informel et le manque de
coopération interrégionale en matière d’échange d’informations contribuent également à l’érosion de l’assiette
fiscale (ATAF (2014) Cross-Border Taxation: Implications for Africa: African Priorities on Base Erosion and Profit Shifting).

146
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?

En outre, depuis fort longtemps, les économies africaines sont confrontées à


la difficulté de capter les investissements des entreprises multinationales pour
stimuler la croissance et créer des emplois, tout en prélevant des impôts sur le
rendement de ces investissements, compte tenu de leurs énormes besoins de
financement
Le continent doit puiser dans ses propres richesses pour financer l’Agenda 2063
de l’Union africaine, qui vise à assurer une transformation socioéconomique
positive au cours des 40 prochaines années. Cet agenda met l’accent sur la
responsabilité de l’Afrique dans son propre développement. Le financement de
l’Agenda 2063 nécessite une combinaison de stratégies et d’efforts de la part des
gouvernements africains, des entités du secteur privé et des partenaires
internationaux. L’une de ces stratégies consiste à donner la priorité à la mobilisation
des ressources intérieures en augmentant les recettes fiscales et en réduisant les
flux financiers illicites.
Face aux conséquences de la mondialisation économique, la coopération fiscale
internationale entre les gouvernements du monde entier est considérée comme
une condition préalable essentielle à la mobilisation nationale des ressources tant
dans les pays développés que dans les pays en développement. En outre, la
gouvernance fiscale internationale est nécessaire pour garantir l’adoption,
l’interprétation et la mise en œuvre cohérentes des normes internationales
requises pour contrer l’incidence globale des FFI et renforcer la certitude fiscale
afin de favoriser la croissance économique. Il s’agit d’une question qui ne peut être
traitée que par une réponse collective des gouvernements. Aucun pays n’est en
mesure de s’y attaquer seul et les approches unilatérales peuvent avoir des effets
préjudiciables sur le commerce et l’économie.
L’accord fiscal mondial conclu sous les auspices du Cadre inclusif sur le BEPS en
octobre 2021 est peut-être la réforme fiscale mondiale la plus importante depuis
un siècle. Il vise à introduire un nouveau régime fiscal international qui fait que
les impôts sont payés là où l’activité économique a lieu plutôt qu’à l’emplacement
physique ou la résidence. Le cadre inclusif a été créé dans le but d’uniformiser les
règles du jeu pour toutes les juridictions engagées (intéressées) et concernées et de
garantir qu’elles participent sur un pied d’égalité à l’établissement des futures
normes relatives aux questions du BEPS, à la mise en œuvre et au suivi des
résultats du BEPS, y compris l’adaptation des solutions de mise en œuvre pour les
résultats du BEPS qui sont appropriées pour tous les niveaux de capacité.
Plus récemment, de nouvelles propositions visant à renforcer la coopération
fiscale internationale de manière plus inclusive et plus efficace ont vu le jour à
la suite de l’adoption de la résolution sur la promotion d’une coopération
internationale inclusive et efficace en matière fiscale à l’Organisation des
Nations Unies (A/RES/77/244).

147
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Encadré 5. Défis et opportunités budgétaires dans les économies africaines


dans un contexte d’incertitude mondiale

Dans un système économique mondial complexe, l’imposition des activités


est devenue difficile et coûteuse, ce qui affaiblit la capacité de nombreux pays
à fournir des services publics ou à redistribuer les richesses (Poitevin, 2018 ;
Commission européenne, 2001). Le ralentissement économique mondial et la
crise pandémique ont accru l’incertitude fiscale en Afrique, qui connaît une baisse
des taux d’imposition et des recettes fiscales depuis 1980 (Keen et Brumby, 2017).
Des facteurs tels que des systèmes fiscaux inadaptés, le manque de confiance
dans les institutions et la relation négative entre les ressources naturelles et les
recettes fiscales contribuent à la faible mobilisation des recettes fiscales (Niang,
2020 ; Belinga, Melou et Nganou, 2017 ; Ajayi et Ndikumana, 2015). En outre,
la concurrence fiscale constitue une menace réelle pour les recettes publiques
et l’équilibre budgétaire des pays en développement. Il est urgent de mobiliser
les ressources internes pour le développement, la Banque mondiale estimant à
93 milliards de dollars par an les besoins en infrastructures en Afrique. La crise de
la COVID-19 appelle à l’intégration et à la coopération sous-régionales (CEDEAO,
CEMAC, SADC, ZLECAf, etc.) pour renforcer la résilience économique et atteindre
les objectifs de développement.

Le chapitre 4 explore les moyens de réduire la concurrence fiscale par une


meilleure coopération entre les pays africains et au niveau mondial, ainsi que
la contribution potentielle des initiatives fiscales mondiales à la lutte contre
l’évasion fiscale et à l’augmentation de la mobilisation des ressources, en
particulier dans l’industrie extractive. Le chapitre commence par souligner
l’importance des recettes fiscales pour les pays africains, puis l’importance de
l’impôt sur les sociétés pour leurs économies, dont une part substantielle est
payée par les multinationales. La section suivante du chapitre explore les impacts
de la concurrence fiscale en Afrique, en mettant en évidence les avantages à court
terme par rapport aux impacts négatifs à long terme sur les recettes publiques
et les disparités régionales. Les sections suivantes du chapitre examinent
les avantages et les limites des règles fiscales internationales proposées par
l’initiative du Cadre inclusif pour les pays africains, ainsi que les opportunités et
les risques posés par la promotion d’une coopération internationale inclusive et
efficace en matière fiscale à l’Organisation des Nations Unies. Elles examinent
le débat actuel sur les règles fiscales internationales et certaines initiatives
régionales en vue de formuler des recommandations sur ce que les pays du
continent pourraient faire.

148
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?

4.2. Importance des recettes fiscales pour les pays africains


La fiscalité est le moyen conventionnel utilisé par les gouvernements du monde
entier pour collecter des recettes afin de financer les programmes de développement
des pays et de payer la prestation de services publics, notamment l’éducation, les
soins de santé, la réglementation, la protection sociale et la sécurité. Les recettes
fiscales sont également utilisées pour construire des infrastructures publiques
telles que des routes, des ponts, des écoles, des hôpitaux, des projets énergétiques,
des réseaux à large bande, etc. Les gouvernements utilisent également les
ressources dont ils disposent pour les investissements publics, notamment dans
les entreprises publiques et les régimes de retraite.
Outre les recettes, les gouvernements utilisent également la fiscalité pour
influencer les comportements. Ils prélèvent ainsi des taxes sur des produits tels
que les cigarettes, l’alcool et la pollution de l’environnement et subventionnent
des produits tels que l’investissement, l’éducation et les pensions. La fiscalité est
également liée de manière indissociable à la gouvernance dans la mesure où, dans
les systèmes fiscaux solides, les gouvernements s’efforcent de rendre compte de
l’utilisation de l’argent des contribuables, tandis que les contribuables eux-mêmes
s’intéressent de près au fonctionnement du gouvernement. Un système fiscal
équitable et efficace est nécessaire pour instaurer la confiance entre les citoyens et
leurs gouvernements, ce qui est un élément crucial du contrat social fiscal et
nécessaire au développement des institutions démocratiques (Monkam, 2011).
En outre, lorsque les gouvernements sont en mesure de lever des impôts pour faire
face à leurs obligations, cela réduit le montant qu’ils doivent emprunter.
La composition des recettes fiscales varie considérablement d’un pays à
l’autre et d’une région à l’autre en Afrique, en fonction de facteurs tels que la
structure de l’économie, le système fiscal en place et le niveau de l’activité
économique informelle. En général, les pays africains ont tendance à s’appuyer
fortement sur les impôts indirects tels que la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et
les droits de douane, plutôt que sur les impôts directs tels que l’impôt sur le
revenu (Figure 24). Cette option s’explique par le fait que les taxes à la
consommation sont plus faciles à collecter et à administrer et qu’elles peuvent
générer des recettes importantes, même dans les économies où le niveau
d’informalité est élevé. Ce choix s’explique aussi en partie par le faible taux
d’emploi formel dans de nombreux pays africains, qui fait qu’il est difficile pour
les gouvernements de collecter des impôts sur le revenu auprès d’une grande
partie de la main-d’œuvre.

149
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Figure 24 : Structures fiscales en Afrique en 2020, pourcentage des recettes


fiscales totales

Principale source de revenu fiscal :


Principale source de revenu fiscal : Taxes sur les biens et services Impôt sur les revenus
%
100

90

80

70

60

50

40

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Gu
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en

M
oy
M

Taxes sur les biens et services Impôts sur le revenu, les bénéfices et gains en capital
Charges de sécurité sociale et de prévoyance Autres taxes

Source : ATAF/AU/Statistiques de l’OCDE sur les revenus en Afrique (2022)

Dans de nombreux pays africains, l’assiette fiscale est relativement étroite, ce


qui signifie qu’il y a relativement peu d’individus et d’entreprises qui gagnent
suffisamment de revenus pour être soumis à l’impôt sur le revenu. Cette situation
s’explique en partie par le fait que de nombreuses économies africaines sont
encore en développement et qu’il y a relativement peu de grandes entreprises
formelles. En 2015, quelques gros contribuables représentaient une part très
importante des recettes publiques dans certains pays africains (Figure 25).
Certains éléments indiquent que les recettes fiscales ont augmenté en
Afrique ces dernières années, en partie grâce aux efforts déployés pour améliorer
l’administration fiscale et le respect des règles. Cependant, le recouvrement de
l’impôt reste un défi majeur dans de nombreux pays africains, et il faut faire
davantage pour élargir l’assiette fiscale et s’assurer que chacun paie sa juste
part. Il est donc préoccupant de constater que les pays africains ont en moyenne

150
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?

un faible ratio impôt/PIB. En 2020, dans le contexte de la pandémie de COVID-


19, le ratio impôt/PIB de 31 pays africains était de 16,0 %, soit une baisse de
0,3 point de pourcentage par rapport à l’année précédente. Le ratio impôts/
PIB est une mesure des recettes fiscales totales, y compris les cotisations de
sécurité sociale obligatoires, en pourcentage du PIB. Par rapport aux économies
de l’Asie et du Pacifique (19,1 %), de l’Amérique latine et des Caraïbes (21,9 %)
et de l’OCDE (33,5 %), la moyenne de l’Afrique (31) était inférieure (Figure 26).

Figure 25 : Part des gros contribuables dans les recettes publiques totales en
Afrique, 2015

Burundi 410
Cameroun 378
Gambie 380
Lesotho
Libéria
Île Maurice
Mozambique
Nigeria
Rwanda 341
Seychelles
Swaziland 83
Tanzanie 450
Togo 508
Uganda 925
Zambie 1263
Zimbabwe

Moyenne ATO
0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90%

Source : ATAF (2017)

Plusieurs raisons expliquent le faible taux d’imposition par rapport au PIB en


Afrique, notamment l’importance de l’économie informelle et la faiblesse de
l’administration fiscale. Le secteur informel, qui se compose d’activités ayant
une valeur marchande et susceptibles de contribuer aux recettes fiscales et
au PIB si elles étaient incluses dans l’économie formelle, représente environ
35 % du PIB dans les pays à faible revenu, contre à peine 15 % dans les
économies avancées.

151
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Figure 26 : Recettes fiscales en Afrique, 2020 (pourcentage du PIB)*


Nigeria 5.5
Rép. dém. du Congo 7.3
Guinée équatoriale 8.5
Niger 9.8
Congo 9.9
Madagascar 10.5
Sierra Leone 11.0
Ouganda 11.1
Malawi 12.3
Botswana 12.4
Cameroun 12.8
Mauritanie 13.1
Égypte 13.3
Côte d’Ivoire 13.4
Ghana 13.4
Tchad 14.5
Kenya 15.3
Togo 15.4
Moyenne Afrique (31) 16.0
Burkina Faso 16.6
Rwanda 16.9
Eswatini 18.0
Mali 18.1
Sénégal 18.1
Namibie 18.5
Moyenne Asie-Pacifique (28) 19.1
Lesotho 20.1
Cabo Verde 20.1
Île Maurice 21.0
Moyenne ALC 21.9
Afrique du Sud 25.2
Maroc 28.3
Seychelles 32.0
Tunisie 32.5
Moyenne OCDE 33.5
%0 5 10 15 20 25 30 35

Source : ATAF/AU/OCDE ATAF/AU/ Statistiques de l’OCDE sur les revenus en Afrique (2022)
Note: * La moyenne pour l’Afrique (31) doit être interprétée avec prudence, car les données relatives aux cotisations de sécurité
sociale ne sont pas disponibles ou sont partielles dans quelques pays (ATAF/AU/OCDE, 2022).

4.2.1. Importance de l’impôt sur les sociétés pour les pays africains

L’une des principales caractéristiques du faible ratio impôts/PIB de l’Afrique est


le degré de dépendance à l’égard de l’impôt sur les sociétés (IS) sur le continent
(Ocampo, 2018). Tandis que les recettes de l’impôt sur le revenu des personnes
physiques dans les économies développées sont plus de deux fois supérieures à
celles de l’impôt sur les sociétés, la réalité est tout autre en Afrique, où l’impôt
sur les sociétés rapporte davantage aux gouvernements (Tableau 7).
En général, les sources suggèrent que les recettes de l’imposition des revenus
des sociétés en pourcentage du PIB en Afrique sont généralement plus faibles
par rapport à d’autres régions du monde, ce qui indique qu’il existe un potentiel
important pour les pays africains d’améliorer leurs efforts de mobilisation des
recettes fiscales. Selon la base de données des indicateurs du développement

152
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?

mondial de la Banque mondiale, la moyenne des recettes de l’impôt sur le revenu


en pourcentage du PIB en Afrique était de 2,9 % en 2019. À titre de comparaison,
la moyenne pour les pays à revenu élevé était de 2,8 % ; la moyenne pour
l’Amérique latine et les Caraïbes était de 3,3 % ; et la moyenne pour le Moyen-
Orient et l’Afrique du Nord était de 4,2 %. Si l’on compare les recettes de
l’imposition des revenus des sociétés en pourcentage du PIB en Afrique en 2019
entre les économies riches en ressources et les économies non riches en
ressources, elles s’élèvent respectivement à 4,7 % et à 2,8 %. Cette différence
s’explique, entre autres, par la forte rentabilité des industries de ressources.

Tableau 7 : Structures fiscales en Afrique vs économies d’autres régions (2020)


Impôt sur le revenu
Impôt sur les sociétés TVA par rapport
Ratio des personnes
par rapport aux aux recettes
impôts/PIB physiques par rapport
recettes totales totales
aux recettes totales
OECD 33.5% 9.6% 23.5% 20.3%

Asie 19.1% 18.8% 16.0% 23.1%

Amérique latine
21.9% 15.6% 9.8% 27.5%
et Caraïbes

Afrique 16.0% 19.3% 18.5% 27.8%

Source : Statistiques de l’OCDE sur les revenus en Asie et dans le Pacifique (2022)

Malgré la contribution essentielle de l’impôt sur les sociétés, son niveau a diminué
à l’échelle mondiale. Par exemple, depuis les années 80, le taux moyen non
pondéré de l’impôt sur les sociétés est passé d’environ 40 % à 23,4 % aujourd’hui.
La baisse des taux moyens d’imposition des sociétés affecte tout naturellement
les pays africains qui dépendent davantage de ces taux pour augmenter leurs
recettes. Il convient également de noter que les plus grandes entreprises des pays
africains sont principalement des multinationales qui contribuent à hauteur de
23 % à ces impôts. Un taux d’imposition en baisse signifie également que pour
augmenter les recettes ou même les maintenir constantes, il faut élargir le filet
fiscal. Cela pose un dilemme supplémentaire dans les environnements où le
secteur informel est important, où l’administration fiscale est inadéquate et où
les effets d’érosion fiscale du transfert de bénéfices et de la concurrence fiscale
entraînent un nivellement par le bas.
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la baisse des recettes de l’impôt sur
le revenu en pourcentage du PIB en Afrique, au fil du temps. Tout d’abord, les
incitations fiscales mises en œuvre pour attirer les investissements étrangers
réduisent souvent l’assiette fiscale et diminuent les recettes générées par l’impôt

153
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

sur le revenu. Les incitations fiscales contribuent largement à la baisse des


recettes de l’impôt sur le revenu en Afrique et elles sont souvent mal conçues, ce
qui entraîne des fuites de recettes et réduit l’efficacité de l’attraction des
investissements (ONU et CIAT, 2018). Deuxièmement, l’importance des
économies informelles dans de nombreux pays africains peut limiter les recettes
générées par l’imposition des revenus des sociétés, car de nombreuses entreprises
informelles exercent leurs activés en dehors du système fiscal. Troisièmement,
les multinationales peuvent s’engager dans des pratiques de prix de transfert
pour déplacer leurs bénéfices vers des juridictions à fiscalité réduite, réduisant
ainsi les recettes générées par l’impôt sur les sociétés dans les pays africains. Par
exemple, dans son rapport 2022, la Commission indépendante pour la réforme
de l’impôt sur les sociétés (ICRICT) affirme que les insuffisances structurelles
du système financier international ont permis de dissimuler jusqu’à 10 % du
PIB mondial dans des paradis fiscaux, permettant aux 1 % les plus riches (qui
possèdent jusqu’à 40 % de la richesse dans certains pays) de contourner jusqu’à
25 % de leurs obligations en matière d’impôt sur le revenu en utilisant des
arrangements offshore (Ocampo, 2018 ; ICRICT, 2022). Enfin, la faiblesse de
l’administration fiscale et de l’application de la loi peut également contribuer à
la baisse des recettes de l’impôt sur le revenu en Afrique. Selon le rapport Doing
Business 2020 de la Banque mondiale, les pays africains ont en moyenne des
scores plus faibles en matière d’administration et d’application de la législation
fiscale que les autres régions. Ce constat indique que les mesures de collecte et
de respect de l’impôt ont tendance à être plus faibles en Afrique, ce qui peut se
traduire par une baisse des recettes fiscales pour les gouvernements (Banque
mondiale, 2020).
Par conséquent, la manière dont les multinationales sont imposées revêt une
grande importance pour les économies africaines. D’une part, les pays souhaitent
attirer ces sociétés en tant que sources d’investissement et d’avantages
économiques. Toutefois, compte tenu de la taille, de la complexité des opérations
et des capacités juridiques, financières et comptables supérieures des
multinationales, il est difficile pour les pays africains de suivre, de repérer et de
contrôler leur comportement, en particulier en matière fiscale. Par exemple, le
revenu annuel d’Amazon, qui s’élevait à environ 432 milliards de dollars en
2021, était comparable au PIB du Nigeria (440 milliards de dollars), qui est la
plus grande économie d’Afrique.
En conclusion, le continent africain abrite plusieurs nations en développement
disposant de ressources limitées pour développer leurs économies, ce qui les
oblige à optimiser la collecte de leurs recettes fiscales auprès des multinationales.
La coopération fiscale internationale est donc essentielle pour améliorer la
fiscalité en Afrique.

154
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?

4.3. Le paysage de la concurrence fiscale en Afrique


4.3.1. Concurrence et incitations fiscales en Afrique

Les pays africains rencontrent diverses difficultés pour collecter les impôts de
manière efficiente dans les différents secteurs d’activité à l’intérieur de leurs
frontières. L’imposition du secteur informel, des petites et moyennes entreprises
(PME) et des multinationales pose des défis distincts. Il est dès lors essentiel pour
ces pays de mettre en place des politiques fiscales cohérentes, fondées sur des
données probantes, qui établissent un équilibre entre la génération de recettes,
la garantie d’une gouvernance solide et la création d’un environnement propice
à l’expansion des entreprises et de l’économie. En conséquence, ils se livrent à
une concurrence fiscale en offrant des incitations et des exonérations fiscales
pour attirer les investissements étrangers, souvent au détriment d’autres pays.
Comme conséquence, on peut assister à un nivellement par le bas, où les pays
abaissent continuellement leurs taux d’imposition pour rester compétitifs. En
outre, l’assiette fiscale en Afrique est souvent érodée de manière significative
par l’octroi d’incitations fiscales inappropriées et inutiles.

Encadré 6. Perspectives sur les incitations fiscales

Tandis que les premières études étaient sceptiques quant à l’influence des
incitations fiscales sur l’investissement étranger (Gubian, Guillaumat-Tailliet
et Le Cacheux, 1986 ; Muet et Avouyi-Dovi, 1987), des recherches plus récentes
reconnaissent des effets positifs dans certaines circonstances (Poitevin, 2018 ;
Keen et Brumby, 2017 ; James, 2017 ; OCDE, 2002). Hines (2004) a conclu
qu’une réduction de 1 % du taux d’imposition effectif pouvait augmenter l’IDE
d’environ 2 %. Kransdorff (2010) souligne que le secteur manufacturier est
particulièrement sensible aux incitations fiscales. Les partisans des incitations
fiscales affirment qu’elles limitent les dépenses inefficientes de l’État en
réduisant le fardeau fiscal (McLure, 1986) et qu’elles ont des effets bénéfiques
similaires à ceux de la concurrence par les prix entre les entreprises. En outre,
la mondialisation et les progrès technologiques ont accru l’élasticité des
capitaux étrangers aux variations fiscales, ce qui permet aux petites économies
de rivaliser avec les grandes en attirant les IDE (Kransdorff, 2010 ; Deblock et
Rioux, 2008 ; Bolnick, 2004 ; Blomström, Kokko et Mucchielli 2003 ; Altshuler,
Grubert et Newlon, 1998).

155
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

Les exonérations sont accordées à des catégories spécifiques de contribuables,


d’activités ou d’entreprises et de projets individuels. Lorsqu’elles sont accordées
aux entreprises, elles sont souvent qualifiées d’« incitations », car elles sont
techniquement accordées pour attirer de nouveaux investissements, en particulier
de l’étranger. Les exonérations sont particulièrement répandues en Afrique, et
des études ont montré que le continent subit des pertes de revenus significatives
du fait de l’octroi d’incitations fiscales. Par conséquent, elles sapent les efforts
déployés par les gouvernements pour mobiliser des ressources nationales
adéquates afin de financer les services publics et la protection sociale, de lutter
contre les inégalités et d’atteindre les objectifs de développement durable pour
tous. En raison du manque perceptible de transparence dans la manière dont les
incitations sont accordées et gérées, les incitations fiscales devraient être liées à
l’agenda sur les Flux financiers illicites (FFI) (Padilla et coll., 2020).

Encadré 7. Le paradoxe des exonérations fiscales pour attirer les investissements


étrangers en Afrique

La situation actuelle dans de nombreux pays africains est une course aux
exonérations fiscales pour attirer les investisseurs étrangers. Cependant, ces
exonérations semblent être souvent recherchées par ceux qui ont déjà décidé
d’investir, ce qui soulève des questions quant à leur impact réel sur l’augmentation
des investissements étrangers (Jacquemot et Raffinot, 2018). Une étude menée
par le FMI en 2015 dans sept pays africains a révélé que 84 % des investisseurs
ont déclaré que leurs décisions d’investissement n’étaient pas motivées par
les exonérations fiscales. En outre, Jacquemot et Raffino (2018) notent que ces
exonérations sont nombreuses et souvent accordées dans des conditions opaques,
ce qui nuit à la crédibilité du système fiscal. Aussi, ces exonérations deviennent
difficiles à contester même lorsqu’elles s’écartent des codes législatifs locaux et
sont incompatibles avec les politiques industrielles nationales.
Si des exemptions sont accordées, par exemple pour aider une société
minière, il est essentiel de s’assurer qu’elles sont utilisées de manière stratégique
et alignées sur des objectifs de politique publique clairement identifiés et d’une
grande utilité collective. Cela nécessite des fondements clairs, des procédures
transparentes approuvées par plus d’une institution nationale et des délais
stricts. Un contrôle régulier et une évaluation transparente de leur impact dans
le cadre des processus budgétaires sont également nécessaires (Kransdorff,
2010). L’auteur suggère que si les incitations fiscales peuvent être souhaitables
à court terme, il convient de prendre en considération le développement
des compétences et la modernisation des infrastructures de transport, de

156
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?

communication et d’énergie. Ces éléments sont identifiés comme les principaux


déterminants de l’attraction des capitaux étrangers.

4.3.2. Défis posés par la concurrence et les incitations fiscales en Afrique

Une étude publiée en 2012 par ActionAid et TJNA a mis en évidence la perte
substantielle d’argent en Afrique de l’Est résultant des dépenses fiscales offertes
pour attirer les IDE. Par exemple, en 2008, la Tanzanie a subi une perte de
1,23 milliard de dollars, soit l’équivalent de 6 % de son PIB, ce qui aurait permis
d’augmenter le budget national de l’éducation d’un cinquième et celui de la
santé de deux cinquièmes. Le rapport révèle également que le Kenya a subi une
perte annuelle de 1,1 milliard de dollars, ce qui représente plus de deux fois le
budget total de la santé du Kenya et équivaut à 3,1 % de son PIB. Entre 2009 et
2010, l’Ouganda a subi une perte annuelle de 2 % de son PIB, ce qui équivaut à
environ 272 millions de dollars, soit près de deux fois le budget total de l’Ouganda
consacré à la santé. Enfin, le Rwanda a perdu 156 millions de dollars (3,6 % du
PIB) en 2008 et 234 millions de dollars (4,7 % du PIB) en 2009. Ces pertes de
revenus auraient pu être utilisées pour doubler les dépenses d’éducation. Si
toutes les dépenses fiscales ne sont pas préjudiciables, une part considérable de
ces pertes de recettes résulte des incitations fiscales accordées pour attirer les
investissements étrangers, qui ont surtout profité aux grandes entreprises et ont
conduit à une concurrence fiscale néfaste et à un nivellement par le bas dans la
région (TJN-Africa et ActionAid International, 2012).
Une étude récente visait à évaluer l’efficacité et la prudence des dépenses
fiscales du Kenya à la lumière de la situation fiscale actuelle du pays. L’objectif
principal de l’étude était de fournir des informations fiables pour soutenir les
efforts de plaidoyer en faveur d’un système fiscal plus équitable, plus juste et
plus progressif dans le pays. Au Kenya, les dépenses fiscales désignent le manque
à gagner total pour le gouvernement en raison des mesures fiscales préférentielles
(incitations fiscales). En utilisant l’approche du manque à gagner, l’étude a
calculé la différence entre l’impôt effectivement payé (en raison des dépenses
fiscales) et le montant théorique de l’impôt, en supposant une conformité totale
avec le système fiscal de référence (BTS). L’étude a révélé que les dépenses
fiscales en pourcentage du PIB au Kenya s’élevaient en moyenne à 4 % entre
2015 et 2020. En outre, les dépenses fiscales représentaient 20 % des recettes
fiscales potentielles (recettes perçues plus dépenses fiscales) en moyenne entre
2017 et 2021, ce qui suggère que la collecte annuelle de recettes dépasserait

157
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

l’objectif de recettes fiscales de 0,33 trillion Ksh si les dépenses fiscales n’avaient
pas été accordées. L’étude propose plusieurs recommandations essentielles pour
promouvoir un système de dépenses fiscales plus équitable, plus juste et plus
progressif au Kenya (TJN-A, 2022).
Dans la région de la CEDEAO, les incitations fiscales ont donné des résultats
mitigés pour ce qui est d’attirer les IDE. Tax Justice Network Africa et ActionAid
International (2015) révèlent que ces incitations ont entraîné des pertes
importantes de recettes fiscales essentielles, les dépenses fiscales annuelles
moyennes au Nigeria, au Ghana et au Sénégal représentant 3,8 % du PIB. Par
ailleurs, les recherches du FMI indiquent des pertes allant jusqu’à 730 millions
de dollars par an dans les recettes de l’imposition des revenus des sociétés en
raison du transfert de bénéfices dans le secteur minier. Malgré ces généreuses
incitations fiscales, le climat d’investissement s’avère plus efficace pour attirer
les investissements que les incitations fiscales. Cela souligne la preuve irréfutable
que l’investissement dans les infrastructures de transport et d’énergie a un
impact plus substantiel sur les flux d’IDE, mais ce domaine reste déficient dans
les pays de la CEDEAO. La CEDEAO peut financer les déficits d’infrastructure
en harmonisant les incitations fiscales entre les pays membres.
En outre, le secteur extractif, en particulier l’exploitation minière en Afrique
subsaharienne, suscite une inquiétude générale, car il existe plusieurs incitations
à l’investissement de type « nivellement par le bas » qui sont généralement
accordées sans analyse coûts-avantages appropriée et lorsque les avantages
escomptés ne se sont pas concrétisés. Pour de nombreux pays africains riches en
ressources, il est essentiel d’obtenir une part équitable des bénéfices générés par
l’exploitation de leurs ressources naturelles, qui sont souvent non renouvelables.
La taxation des ressources naturelles se distingue des autres formes d’imposition,
car elle consiste à répartir les bénéfices tirés de l’exploitation des ressources entre
le pays propriétaire des ressources et l’entreprise, souvent multinationale, qui a la
capacité de les extraire, de les raffiner et de les vendre. L’absence de mise en œuvre
d’un régime fiscal approprié pourrait se traduire par une perte importante de
recettes pour le pays.
Une étude réalisée par la BAD en 2022 sur les IDE et les retombées dans le
secteur minier a révélé que les réductions des taux de l’impôt sur les sociétés
appliquées aux sociétés minières n’attirent pas nécessairement les IDE vers les
projets liés à l’or et à l’argent, mais qu’elles peuvent stimuler les IDE dans les pays
voisins. En d’autres termes, une augmentation des entrées d’IDE dans le secteur
de l’or et de l’argent dans le pays d’accueil peut stimuler les IDE dans les projets
d’or et d’argent dans les pays voisins (Coulibaly et Camara, 2021). Ali-Nakyea et
Amoh (2018) ont conclu que les incitations fiscales dans le secteur des ressources
naturelles du Ghana n’ont pas eu l’impact souhaité sur les flux d’IDE.

158
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?

Encadré 8. Fiscalité minière et impact en Guinée

Les bénéfices tirés de l’exploitation des matières premières réduisent parfois


l’incitation à percevoir certaines taxes minières, en particulier lorsque les rentes
financières et autres retours attendus (y compris les emplois) de ces exploitations
sont considérables. C’est ce qui explique, entre autres, les avantages fiscaux
multiples, divers et prolongés accordés par certains pays aux investisseurs miniers.
En Guinée, par exemple, de nombreuses conventions minières dénaturent les
codes miniers et autres cadres juridiques réglementant l’exercice des activités
minières. Les mesures discrétionnaires qu’elles contiennent n’ont souvent aucune
justification rationnelle, si ce n’est d’un point de vue minier ; entre les volumes
de produits miniers exploités et exportés et les retombées correspondantes, la
population est frustrée en termes de revenus. Plusieurs générations de Guinéens
se retrouvent ainsi privées de leurs droits, auxquels s’ajoutent les conséquences de
la dégradation du climat liée à ces exploitations minières.
En outre, la Guinée n’a pas encore adhéré aux principales conventions
internationales qui pourraient protéger le pays contre les comportements
prédateurs des entreprises multinationales. Selon Kransdorff (2010), si les
incitations fiscales peuvent être déterminantes pour attirer les IDE, elles
présentent des risques importants pour les recettes budgétaires des juridictions
qui les utilisent. La faiblesse des administrations minières et fiscales de la
Guinée expose le pays à des risques majeurs d’abus et de stratégies d’évasion
fiscale. L’augmentation disproportionnée des exportations minières au cours de
la dernière décennie par rapport aux ressources financières qui reviennent à la
Guinée en est la preuve.
La Guinée gagnerait à rejoindre les forums mondiaux sur la transparence
et l’échange d’informations à des fins fiscales pour compenser son manque
de capacité administrative et accéder à des informations fiables sur le marché
mondial des matières premières (Zee, Stotsky et Ley, 2002). Deblock et Rioux
(2008) identifient trois effets néfastes de la concurrence fiscale : 1) la limitation
de l’État-providence et la réduction de ses capacités budgétaires, 2) la distorsion
du commerce et de l’investissement, et 3) l’évasion fiscale et l’érosion de l’assiette
fiscale. Rejoindre la communauté de l’intelligence fiscale peut fournir des outils
de gouvernance importants pour protéger l’assiette fiscale, prévenir les distorsions
économiques coûteuses et minimiser la corruption (Flatters, 2005 ; Bolnick, 2004).
En résumé, si les incitations fiscales peuvent attirer les IDE, leur application
inappropriée peut avoir des effets néfastes sur l’économie du pays qui les emploie.

En outre, la concurrence fiscale peut conduire à une concentration des


investissements dans certains pays ou régions, exacerbant les disparités

159
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

régionales et réduisant les avantages potentiels des investissements étrangers.


Il peut en résulter un manque d’investissement dans d’autres zones du pays
ou de la région, ce qui entrave la croissance et le développement économiques
globaux. La concurrence fiscale peut également entraîner un manque de
transparence et de redevabilité dans les systèmes fiscaux, car les gouvernements
peuvent être plus enclins à offrir un traitement favorable aux entreprises et
aux investisseurs en échange d’investissements. Cela peut conduire à une
perception de corruption et miner davantage la confiance du public dans les
institutions gouvernementales.
Les experts fiscaux affirment depuis des décennies que les gouvernements
pourraient résoudre leurs problèmes de recettes en réduisant considérablement
les exonérations fiscales. Il est probable que de nombreux gouvernements, en
particulier dans les pays à faible revenu, soient en mesure d’attirer davantage
d’investissements privés en accordant moins d’incitations fiscales et en utilisant
les recettes supplémentaires pour remédier aux principales contraintes auxquelles
les investisseurs et les entreprises sont confrontés lorsqu’ils mènent des activités
dans leur juridiction. Parmi ces contraintes, on peut citer l’insuffisance des
infrastructures de transport et de logistique, l’instabilité macroéconomique, la
faiblesse des institutions (système judiciaire, presse libre, fonction publique), la
faiblesse de la gouvernance et des marchés, la faiblesse de l’état de droit et de
l’exécution des contrats, le manque de cohérence du régime fiscal, le manque de
transparence des marchés publics, la main-d’œuvre non qualifiée, etc. (IDS, 2014).
Dans l’ensemble, le paysage de la concurrence fiscale en Afrique suggère que,
malgré certains avantages, tels que l’augmentation des investissements étrangers,
ces avantages sont souvent à court terme et ne compensent pas les impacts
négatifs sur les recettes publiques et les disparités régionales. Il est donc nécessaire
de renforcer la coordination et la coopération entre les pays africains afin d’éviter
un nivellement par le bas des régimes fiscaux et de veiller à ce que les investissements
étrangers profitent à toutes les régions du continent.

4.3.3. L’approche du Rwanda pour relever les défis de la concurrence fiscale

Pour s’attaquer efficacement au problème de la concurrence fiscale entre


les nations, il est impératif que les pays ou les blocs régionaux élaborent
un cadre bien défini visant à attirer les IDE. Ce cadre doit être fondé sur la
transparence et servir de mesure de protection contre le phénomène néfaste
du « nivellement par le bas » qui menace d’épuiser les recettes fiscales. La mise
en place d’un tel système transparent nécessite une collaboration étroite entre
les pays. Cet effort de collaboration peut prendre de multiples formes, depuis
les protocoles d’échange d’informations jusqu’à l’établissement de taux

160
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?

d’imposition minimaux ou l’introduction d’un code de conduite normalisé en


matière de fiscalité.
IEn outre, les pays peuvent atténuer les pressions de la concurrence fiscale en
affinant leurs systèmes fiscaux existants, en particulier lorsque ces systèmes
eux-mêmes présentent des obstacles qui obligent les pays à recourir à des
incitations fiscales comme mesure compensatoire. Le Rwanda est un bon
exemple ; il a amélioré son environnement commercial – actuellement classé
comme le deuxième pays le plus favorable pour faire des affaires en Afrique et
parmi les 50 premiers au niveau mondial – en y incluant un système fiscal
réformé, simplifié et modernisé. Ces réformes ont considérablement renforcé
l’attrait du Rwanda pour les investisseurs potentiels.

4.3.3.1. Politiques favorables aux investisseurs

Le Rwanda a pris des mesures substantielles pour se rendre compétitif en


enrichissant son climat des affaires. La simplification de l’enregistrement des
entreprises, la solidité des droits de propriété et la facilité accrue de faire des
affaires contribuent collectivement à faire du Rwanda une destination attrayante
pour les investissements. Le Code des investissements, un cadre bien pensé,
vise à attirer des investissements durables et de haute qualité qui contribuent à
l’économie et créent des emplois. Élaboré dans le cadre de vastes consultations
impliquant diverses parties prenantes, le code englobe des incitations fiscales
et non fiscales adaptées à des secteurs clés. Le ministère des Finances supervise
ce processus par l’intermédiaire du comité de politique fiscale, en veillant à ce
que les incitations ne soient pas discrétionnaires, mais plutôt transparentes et
prédéfinies, adoptées au terme d’un processus rigoureux et publiées.

4.3.3.2. Un cadre incitatif transparent

Lors des négociations avec les investisseurs potentiels, le code des investissements
sert de document de base. Lorsque des incitations spéciales sont nécessaires pour
des projets qui ne sont pas initialement couverts par le code, elles sont soumises
à l’approbation du conseil des ministres, ce qui garantit la transparence et la
rigueur du processus de prise de décision. Le Rwanda étend également son réseau
d’accords de prévention de la double imposition, en particulier avec les pays de la
Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), afin de prévenir l’évasion fiscale et de
promouvoir une concurrence loyale.

161
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

4.3.3.3. Mécanismes de suivi et d’évaluation

Le ministère des Finances publie chaque année un rapport sur les dépenses
fiscales. Ce rapport fournit une analyse approfondie des impôts non perçus en
raison de diverses mesures d’incitation, telles que les exonérations de TVA et
les taux d’imposition préférentiels. Il comprend également une analyse coût-
bénéfice visant à évaluer l’efficacité de ces incitations. Toute lacune entraîne
une révision des politiques afin de les aligner sur des objectifs économiques
plus larges. Par conséquent, le rapport sur les dépenses fiscales ne fait pas
seulement la lumière sur les implications financières de ces incitations, mais
sert également de catalyseur pour des ajustements politiques fondés sur des
données probantes, contribuant en fin de compte à un système fiscal plus
efficace et plus efficient.
La stratégie d’incitation fiscale du Rwanda s’articule autour de cinq objectifs
principaux :
• Améliorer l’accessibilité financière des biens et services essentiels (tels que
les soins de santé, l’éducation et l’agriculture).
• Résoudre les problèmes administratifs liés à l’application de la fiscalité (tels
que la définition de la valeur ajoutée dans les services financiers ou les jeux
d’argent).
• Promouvoir l’intégration et l’harmonisation régionales (telles que les
exemptions de droits d’importation à l’échelle de la CAE).
• Favoriser le développement et la compétitivité des secteurs prioritaires (tels
que les transports).
• Générer des avantages économiques plus larges, tels que la création d’emplois,
la croissance économique, le transfert de connaissances et la production locale.

4.3.3.4. Maintenir un système fiscal équitable et compétitif

Pour éviter la tentation de compter uniquement sur les incitations fiscales


comme facteur principal rendant un pays compétitif et attractif pour les
investisseurs, il est impératif d’établir un environnement fiscal caractérisé par
la simplicité, l’équité, la modernisation et la transparence. Le gouvernement
rwandais s’est fermement engagé à améliorer à la fois l’administration fiscale
et le cadre juridique, avec l’objectif primordial d’aligner le système fiscal et les
politiques du pays sur les principes d’une fiscalité équitable et d’une gestion
fiscale responsable.
L’engagement du Rwanda en faveur d’un système fiscal équitable et compétitif
se manifeste par des mises à jour constantes de ses politiques fiscales, alignées
sur les réformes des entreprises pour stimuler l’investissement. Par exemple :

162
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?

• Les politiques fiscales ont été révisées parallèlement aux réformes des
entreprises afin de promouvoir efficacement les investissements au Rwanda.
Le Gouvernement rwandais a progressivement réduit son taux d’imposition
sur les sociétés, ce qui en fait l’un des plus bas de la région. Cette réduction
vise à encourager l’IDE et à stimuler l’activité économique. En 2023, le taux
de l’impôt sur les sociétés a été ramené à 28 % (au lieu de 30 %), et l’objectif
est de le réduire encore et de supprimer la plupart des incitations fiscales.
Dans ce cas, le taux de l’impôt sur le revenu cessera d’être un traitement
fiscal favorable accordé à des investisseurs/activités spécifiques, mais à
toutes les activités.
• Renforcement de l’administration fiscale : le Rwanda a investi dans la
simplification et la modernisation de son système fiscal et de son administration
fiscale, ce qui est essentiel pour la concurrence et l’amélioration du climat
des affaires.

4.3.3.5. Coopération internationale et conformité

Le Rwanda se conforme de plus en plus aux normes fiscales mondiales,


notamment celles établies par l’OCDE. Il promeut les accords multilatéraux
pour faciliter l’échange d’informations fiscales, créant ainsi des conditions de
concurrence équitables pour les entreprises. La déclaration fiscale obligatoire
pour toutes les entreprises, l’engagement dans des initiatives internationales
telles que BEPS, et la mise en œuvre de la déclaration pays par pays (CbcR), des
règles sur les prix de transfert, et des règles contre les abus de position dominante
sont parmi les stratégies clés du Rwanda pour lutter contre l’évasion fiscale.

4.4. De la concurrence fiscale à la coopération ?


Outre la mise en place d’incitations fiscales improductives et inadaptées,
l’Afrique est confrontée à d’autres obstacles dans la préservation de son
assiette fiscale. Il s’agit notamment de l’imposition inadéquate des ressources
naturelles et de la pratique du transfert de bénéfices par des transactions
contrôlées. Pour relever ces défis majeurs et réduire la concurrence fiscale entre
les pays africains, une meilleure coopération et une meilleure coordination sont
nécessaires. Plusieurs mesures pourraient être prises pour créer des conditions
plus équitables pour les investissements. Cela permettrait de s’assurer que les
entreprises ne sont pas en mesure de se soustraire à leurs obligations fiscales et
générerait plus de revenus pour les gouvernements afin qu’ils les investissent
dans le développement social et économique. Par exemple, les pays africains
devraient continuer à travailler ensemble pour harmoniser leurs politiques

163
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

fiscales, en particulier en ce qui concerne l’impôt sur les sociétés ; mettre en


place des autorités fiscales régionales pour superviser le respect des obligations
fiscales au-delà des frontières ; conclure des accords de taxation conjointe
pour éviter la double imposition des entreprises qui mènent des activités
dans plusieurs pays ; améliorer le partage des informations, en particulier des
informations fiscales sur les multinationales ; et améliorer leur capacité à faire
appliquer les lois fiscales qui obligent les entreprises à rendre compte de leurs
obligations fiscales (CUA, 2019 ; OCDE, 2017).
Outre ces mesures, il est essentiel de mettre en place un système fiscal mondial
qui permette de lutter efficacement contre la concurrence fiscale dommageable et
l’évasion fiscale des multinationales, en particulier celles qui opèrent à l’ère
numérique. Pour améliorer l’efficience globale de la collaboration fiscale
internationale, il est essentiel que le cadre inclusif G20/OCDE et d’autres initiatives
mondiales accordent la plus grande importance aux défis fondamentaux qui
détériorent les bases fiscales des pays en développement. Pour qu’elles soient
couronnées de succès, il est impératif que la communauté mondiale procède à une
véritable réforme inclusive des politiques fiscales et des réglementations fiscales
internationales (ICRICT, 2020 ; ATAF, 2021a).

4.4.1. Évaluer la pertinence du régime fiscal international actuel pour


l’Afrique

Bien que l’Organisation des Nations Unies et les institutions de Bretton


Woods existent depuis plus de 77 ans, il n’existe toujours pas de plateforme
ou d’organisation universellement acceptée ou largement inclusive pour la
coordination mondiale des questions de fiscalité internationale. Cette situation
peut être attribuée à l’après-guerre, car la Société des Nations, l’organisme qui
l’a précédée, a joué un rôle important dans la définition de normes fiscales
internationales qui continuent à façonner le cadre fiscal international actuel.
Entre 1923 et 1928, le Comité financier de la Société des Nations a produit
quatre rapports sur la double imposition et l’évasion fiscale. Le rapport de 1923
a énoncé les principes qui ont ensuite été utilisés pour élaborer les conventions
fiscales internationales, tandis que les autres rapports ont servi à rédiger les
premiers modèles de conventions contre la double imposition. Ces principes
continuent d’inspirer le système fiscal international actuel. Depuis la fin de
la Seconde Guerre mondiale, le processus d’établissement de normes fiscales
internationales a été principalement mené par l’OCDE et, plus récemment, par
le G20. Cependant, l’ère de la mondialisation, des sociétés multinationales, de
la finance internationale, ainsi que la crise financière et économique de 2008,
ont remis en question le cadre fiscal mondial actuel et révélé ses insuffisances.

164
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?

4.4.1.1. Le régime fiscal international actuel

Le Cadre inclusif, établi en 2016 par l’OCDE et le G20, vise à fournir une plateforme
égale pour tous les pays membres, y compris les nations en développement, afin
de contribuer à l’élaboration de normes pour lutter contre le BEPS. Le BEPS
fait référence aux stratégies de planification fiscale utilisées par les entreprises
multinationales pour transférer des bénéfices de juridictions à forte imposition
vers des juridictions à faible imposition, érodant ainsi les bases d’imposition des
premières. En octobre 2020, l’OCDE a publié un « schéma directeur » pour relever
les défis fiscaux résultant de la numérisation de l’économie grâce à une solution
reposant sur deux piliers :
• Le pilier I vise à garantir que les sociétés multinationales paient leur juste
part d’impôts dans les pays où elles mènent leurs activités, y compris dans
les pays africains. Le pilier propose une nouvelle règle de lien qui attribuerait
des droits d’imposition aux juridictions du marché où les entreprises ont
une présence économique significative, même si elles n’ont pas de présence
physique. Cette mesure peut contribuer à augmenter les recettes fiscales et
à réduire les incitations pour les entreprises à s’engager dans des pratiques
fiscales dommageables telles que le transfert de bénéfices.
• Le pilier II vise à résoudre le problème de l’érosion de la base d’imposition
et du transfert de bénéfices par les sociétés multinationales, y compris
dans les pays africains. Ce pilier propose un impôt minimum mondial qui
établirait un plancher pour les taux d’imposition sur les sociétés dans le
monde entier. Cela peut contribuer à empêcher les entreprises de transférer
leurs bénéfices vers des juridictions à faible taux d’imposition et d’éroder les
bases d’imposition. Ce pilier propose également un mécanisme permettant
de soumettre les multinationales à une imposition supplémentaire dans
les pays où elles mènent leurs activités si leur taux d’imposition effectif est
inférieur à l’impôt minimum mondial (OCDE, 2019).

4.4.1.2. Insuffisances du régime fiscal international actuel pour l’Afrique

En octobre 2021, après plusieurs années de négociations très complexes et


difficiles, le Cadre inclusif a publié sa solution à deux piliers pour relever les
défis fiscaux découlant de la numérisation de l’économie. Cet accord représente
les changements les plus importants apportés aux règles fiscales internationales
au cours des 100 dernières années. Cent trente-six pays et juridictions (sur les
140 membres du Cadre), représentant plus de 90 % du PIB mondial, ont adhéré
à la Déclaration sur la solution à deux piliers pour relever les défis fiscaux liés à

165
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

la numérisation de l’économie. Le Kenya, le Nigeria, le Pakistan et le Sri Lanka


n’ont pas encore adhéré à l’accord.
Bien que le Forum africain des administrations fiscales (ATAF), une
organisation internationale regroupant 40 administrations fiscales africaines,
se félicite de cette nouvelle étape, l’organisation s’est inquiétée du fait que les
propositions du pilier I n’entraînent pas une réaffectation suffisante des
bénéfices des multinationales vers les juridictions du marché et a demandé
qu’au moins 35 % des bénéfices résiduels soient réaffectés vers les juridictions
du marché. Cela permettra de corriger le déséquilibre actuel dans l’attribution
des droits d’imposition entre les juridictions de résidence et les juridictions
d’origine, qui favorise les juridictions de résidence au détriment des juridictions
d’origine. En ce qui concerne le pilier II, ATAF et l’Union africaine ont fait valoir
que le taux d’imposition mondial minimum doit être d’au moins 20 % (et non de
15 % comme c’est le cas actuellement) pour réduire le transfert artificiel des
bénéfices hors d’Afrique, étant donné que la plupart des pays africains ont un
taux légal d’imposition sur les sociétés compris entre 25 % et 35 %. Si tous les
bénéfices d’une multinationale sont imposés au moins à 20 %, quelle que soit la
juridiction dans laquelle les bénéfices sont déclarés, cela réduira probablement
les possibilités de transfert de bénéfices en Afrique (ATAF, 2021a ; ATAF, 2021b).

4.4.1.3. Autres défis pour l’Afrique

Si les piliers I et II du cadre inclusif sur le BEPS OCDE/G20 peuvent contribuer


de manière significative à la lutte contre l’évasion fiscale et à l’augmentation
de la mobilisation des ressources dans les pays développés, il subsiste certaines
limites pour les pays africains qui doivent être prises en compte lors de leur
mise en œuvre. Pour optimiser l’efficacité de la solution des deux piliers, il sera
important d’aborder ces limites et de fournir un soutien adéquat à la mise en
œuvre des mesures proposées.
• Difficultés de mise en œuvre : la mise en œuvre des piliers I et II pourrait se
heurter à des difficultés dans les pays africains en raison de la complexité
de leurs systèmes fiscaux et de leurs capacités administratives limitées. Les
pays africains peuvent manquer de ressources et d’expertise pour mettre
en œuvre efficacement les mesures proposées, ce qui pourrait nuire à
leur efficacité dans la lutte contre l’évasion fiscale et l’augmentation de la
mobilisation des ressources (ATAF, 2019).
• Résistance politique : les mesures proposées pourraient se heurter à
une résistance politique de la part de certains pays africains qui ont
traditionnellement misé sur des taux d’imposition faibles pour attirer les
investissements étrangers. Ces pays pourraient être réticents à adopter les

166
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?

mesures proposées, ce qui pourrait réduire leur attrait pour les investisseurs
étrangers et potentiellement nuire à leur croissance économique.
• Champ d’application limité : les piliers I et II se concentrent principalement
sur les défis fiscaux posés par les sociétés multinationales, qui ne sont
peut-être pas la principale source d’évasion fiscale et d’érosion de la base
d’imposition dans certains pays africains. La fraude fiscale interne et la
corruption peuvent également être des problèmes importants dans certains
pays africains, ce qui peut nécessiter des mesures supplémentaires au-delà
des piliers I et II.
• Des avantages limités pour certains pays : les piliers I et II pourraient ne pas
offrir d’avantages significatifs à certains pays africains qui ne comptent
qu’un petit nombre d’entreprises multinationales qui mènent des activités
sur leur territoire. Ces pays pourraient ne pas disposer de droits d’imposition
significatifs au titre du premier pilier et ne pas être soumis à l’impôt
minimum mondial au titre du pilier II.
• Le rythme du changement : de nombreux pays africains sont confrontés
à un défi de taille en raison du rythme rapide de l’évolution des normes
fiscales internationales. La mise en œuvre des résultats du BEPS nécessite
des changements de politique qui doivent être approuvés par les ministères
des Finances, ce qui va au-delà de simples décisions opérationnelles. Ces
pays craignent que l’écart entre le rythme de l’évolution des normes
internationales et leur capacité à relever les défis de la mise en œuvre ne
se creuse. Ce décalage entre les normes et la réalité fait qu’il est de plus en
plus difficile pour les pays africains de participer aux processus mondiaux,
au point qu’ils peuvent refuser de participer malgré la signature d’accords
politiques (ATAF, 2019).

Outre le fait que certains pays ont refusé de signer l’accord au motif que le taux
minimum d’imposition des sociétés de 15 % proposé par le G20 est trop bas,
plusieurs pays africains et d’autres pays en développement ne font pas partie du
Cadre inclusif. En outre, certains militants pour la justice fiscale et d’autres pays
en développement ont rejeté l’accord, affirmant qu’il profite trop étroitement aux
pays riches tout en ignorant les considérations clés soulevées par les membres
du G24 (SAIIA, 2021). Par exemple, l’ICRICT, une coalition mondiale composée
d’organisations intergouvernementales, d’organisations de la société civile
et d’organisations syndicales, a demandé instamment la mise en œuvre d’un
taux d’imposition minimum mondial de 25 %. Selon les estimations, ce taux
générerait 17 milliards de dollars supplémentaires par an pour les 38 nations
les plus pauvres, par rapport au taux actuel de 15 %. De plus, plusieurs pays en
développement, bien que signataires de l’accord, ont exprimé leurs appréhensions

167
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

quant aux nouvelles règles fiscales, car elles dépendent de la suppression de toute
taxe unilatérale prélevée sur les entreprises technologiques. Ces pays dépendent
fortement des revenus générés par les taxes sur les services numériques, qui
couvrent un plus grand nombre d’entreprises et génèrent souvent plus de revenus
que ce que l’on pourrait attendre du nouveau système (Mapahatra, 2021).

4.4.1.4. Le régime fiscal international actuel et le secteur extractif en Afrique

En moyenne, l’industrie minière a contribué à hauteur d’environ 10 % au


PIB des 15 pays d’Afrique subsaharienne (ASS) qui dépendent fortement
des ressources naturelles au cours de la dernière décennie. Dans ces pays, les
exportations minières représentent environ 50 % des exportations totales, en
moyenne. Le secteur minier est également la principale source d’IDE dans la
région, représentant environ un tiers du total des entrées en 2017, bien qu’il y
ait eu d’importantes fluctuations au fil du temps et entre les différents pays en
raison du développement et de la mise en œuvre de divers projets. Les activités
minières dans les pays d’Afrique subsaharienne sont largement dominées
par les multinationales, car les gouvernements africains et les investisseurs
locaux manquent souvent de l’expertise nécessaire pour extraire les ressources
minérales. Dans les pays qui dépendent fortement de l’extraction des ressources,
les multinationales étrangères représentent plus de 80 % des entités qui
effectuent des paiements aux gouvernements. Il s’agit de groupes d’entreprises
qui mènent des activités dans plusieurs pays (Albertin et coll., 2021).
En ce qui concerne le régime fiscal, le secteur minier en Afrique est généralement
régi par un cadre fiscal qui comprend des redevances, l’impôt sur les sociétés et,
dans de nombreux cas, la participation de l’État aux projets par une participation
sans contrôle, qui donne au gouvernement le droit de percevoir des dividendes sur
les bénéfices générés par les sociétés. Les impôts minimums de remplacement
(AMT) sont couramment utilisés pour compléter l’impôt sur les sociétés lorsque le
paiement de l’impôt est inférieur à un seuil minimum spécifique. Toutefois, les
impôts conçus pour cibler les rentes économiques ne sont pas utilisés aussi
fréquemment. En outre, les pays d’Afrique subsaharienne à forte intensité de
ressources s’appuient principalement sur des contrats spécifiques aux projets pour
établir les conditions fiscales applicables aux projets miniers, qui supplantent les
lois nationales sur les recettes. Ces contrats sont généralement négociés en amont
et intègrent des conditions fiscales personnalisées, qui s’écartent souvent du
régime fiscal généralement applicable. En outre, ils comprennent des dispositions
visant à stabiliser les conditions dans le temps (Albertin et coll., 2021).
En ce qui concerne la performance des recettes, les recettes minières dans les 15
économies à forte intensité de ressources de la région s’élèvent en moyenne à 2 %

168
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?

du PIB, la majorité d’entre eux se situant dans une fourchette de 1 à 3 %. Cette


situation fait craindre que la répartition des bénéfices des activités minières ne soit
pas équitable, les principaux bénéficiaires étant les multinationales plutôt que les
économies et les communautés locales. Cette situation exacerbe le paradoxe de la
coexistence d’une richesse minérale considérable et d’une pauvreté généralisée. Le
Botswana fait figure d’exception, avec des recettes minières qui dépassent
régulièrement 12 % du PIB (UA, 2010). Des recherches récentes indiquent que le
transfert des bénéfices des multinationales dans le secteur minier constitue un
risque important pour la collecte des recettes en Afrique subsaharienne. L’évasion
fiscale des multinationales minières en Afrique se traduit par une perte annuelle
estimée entre 450 et 730 millions de dollars de recettes fiscales. Sur la base des
disparités de taux d’imposition observées entre les pays africains et les filiales
offshore des multinationales, la perte est estimée à environ 600 millions de dollars
par an. Il existe donc des risques évidents de transfert de bénéfices associés à
l’impôt sur les sociétés, et ces risques sont plus fréquents dans le secteur minier
que dans les autres industries. En outre, le manque de capacités locales en matière
d’administration fiscale, de formulation de politiques et de coordination
interagences au sein du gouvernement amplifie ces risques.
Le cadre fiscal mondial actuel pourrait avoir une incidence sur la manière
dont les pays producteurs taxent leurs ressources naturelles. Le premier pilier
exclut les ressources naturelles de l’imposition, car les rentes spécifiques à un
lieu doivent être imposées dans les pays où elles sont générées. Le pilier I, l’impôt
minimum effectif sur les sociétés, pourrait constituer un nouveau mécanisme
permettant aux pays producteurs de s’assurer que les multinationales minières
paient une partie de l’impôt sur les sociétés et de réduire la concurrence fiscale
(Albertin et coll., 2021). Toutefois, les propositions relevant des piliers I et II
risquent de ne pas s’attaquer à des problèmes plus vastes tels que la corruption
et la faible application des réglementations dans les industries extractives
africaines. En outre, la transparence des revenus et la divulgation de la propriété
effective sont essentielles pour lutter contre la corruption et les flux financiers
illicites dans l’industrie extractive en Afrique. Toutefois, le deuxième pilier
n’aborde pas directement ces questions.

4.4.2. Équilibrer les opportunités et les risques de la résolution de l’ONU sur


la coopération fiscale pour la mobilisation des ressources intérieures
de l’Afrique

Comme évoqué dans les sections précédentes, les réglementations fiscales


internationales actuelles ne répondent pas de manière adéquate aux besoins
des pays africains. En outre, l’absence de participation égale, efficace et

169
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

opportune des pays en développement à la gouvernance mondiale suscite des


inquiétudes. L’établissement de normes internationales légitimes nécessite
un espace multilatéral démocratique et, pour cette raison, la responsabilité
principale de la question de la coopération fiscale internationale doit incomber
à l’ONU. D’ici là, les membres du Cadre inclusif devraient continuer à exiger
une représentation réelle et égale et demander des comptes à l’OCDE (Ocampo,
2018 ; ICRICT, 2020).
Le 30 décembre 2022, l’Assemblée générale a adopté une résolution sur la
promotion d’une coopération internationale inclusive et efficace en matière
fiscale à l’Organisation des Nations Unies (A/RES/77/244) (ci-après la résolution
de l’ONU) qui réitère les engagements internationaux antérieurs visant à
accroître la coopération fiscale internationale, à s’attaquer aux flux financiers
illicites et à lutter contre l’évasion et la fraude fiscales agressives. Par la suite, le
22 novembre 2023, les membres de l’ONU ont approuvé à une écrasante majorité
une résolution historique, dont le Nigeria et le Groupe africain se sont portés
coauteurs, pour commencer à créer une convention-cadre sur la fiscalité. Cette
initiative importante propose de transférer la prise de décision en matière de
règles fiscales mondiales de l’OCDE, où elle se trouve depuis plus de 60 ans, à
l’ONU. Malgré l’opposition de grandes économies comme les États-Unis, le
Royaume-Uni et l’Union européenne, la résolution a été adoptée avec un fort
soutien, ce qui témoigne d’un consensus mondial en faveur d’une gouvernance
fiscale plus inclusive. Un amendement britannique visant à supprimer la
mention de la convention a été rejeté de manière décisive, avec 107 pays contre
et 55 pour. Lors du vote final sur la résolution non amendée, près des deux tiers
des pays de l’ONU (125) ont soutenu la résolution, tandis que 48 s’y sont opposés
et 9 se sont abstenus.
Dans le contexte de la résolution de l’ONU, la coopération fiscale internationale
devrait promouvoir le développement d’un système fiscal international juste et
efficace pour le développement durable, qui tienne compte des préoccupations et
des capacités des pays dans les cadres fiscaux internationaux actuels et futurs.
Néanmoins, pour que la mise en œuvre de la résolution apporte des avantages
réels à l’Afrique, il est impératif que les pays naviguent efficacement dans ce
paysage complexe et prennent des mesures qui soutiennent leurs propres objectifs
de développement.
Par exemple, il y aura des risques liés à la perte potentielle de souveraineté
et à la possibilité que les intérêts des nations développées continuent à dominer
l’agenda fiscal mondial. Il y a également le risque d’une perte potentielle
d’espace politique et la nécessité pour les pays africains d’équilibrer leurs
propres intérêts par rapport à ceux des nations plus puissantes. Il sera
également essentiel de s’attaquer à l’asymétrie de l’information, car les pays

170
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?

africains ne disposent souvent pas des informations nécessaires pour


participer efficacement à la coopération fiscale internationale. Des efforts
doivent être faits pour améliorer l’échange d’informations entre les pays et
pour s’assurer que les pays africains ont accès aux informations dont ils ont
besoin. Il est également primordial de s’attaquer de front aux déséquilibres de
pouvoir. Les pays africains sont souvent désavantagés dans le système fiscal
international en raison des déséquilibres de pouvoir. Des efforts doivent être
faits pour garantir que tous les pays aient une voix égale dans l’élaboration
des règles fiscales internationales au sein de l’ONU. En outre, les pays africains
doivent être soutenus dans le développement des capacités humaines et
institutionnelles nécessaires pour participer efficacement au processus de
coopération fiscale internationale. Pour ce faire, il faut la formation et le
soutien des fonctionnaires des impôts, ainsi que le renforcement des
administrations fiscales. En outre, des efforts doivent continuer à être
déployés pour s’attaquer aux causes profondes des flux financiers illicites,
notamment la corruption et la gouvernance inadéquate.
Les autres risques à prendre en considération sont les suivants :
• Ressources limitées : Le cadre de l’ONU pourrait manquer de ressources et de
capacités pour mettre en œuvre efficacement les mesures qu’il propose, ce qui
pourrait limiter son impact sur la perception des impôts dans les pays africains.
• Des progrès lents : le cadre de l’ONU pourrait également être plus lent à
élaborer et à mettre en œuvre des mesures que le cadre inclusif OCDE/G20
sur le BEPS, ce qui pourrait retarder les avantages de la coopération fiscale
internationale pour les pays africains.
• Absence d’application effective : le cadre de l’ONU pourrait ne pas disposer
des mêmes mécanismes d’application que le cadre inclusif OCDE/G20 sur
le BEPS, ce qui pourrait limiter sa capacité à garantir le respect des normes
fiscales internationales.

D’une manière générale, pour que les pays africains puissent proposer et
défendre des normes adaptées à leurs besoins spécifiques dans le cadre de la
résolution de l’ONU, il est essentiel de leur offrir une flexibilité et un soutien
suffisants. Il faut également respecter la souveraineté des pays africains et
la diversité des points de vue sur les questions de politique fiscale et éviter
d’imposer des programmes externes qui ne correspondent pas à leurs
priorités. L’engagement d’un dialogue constructif avec les pays africains pour
comprendre leurs besoins et défis spécifiques peut faciliter l’élaboration
de politiques sur mesure qui favorisent une coopération fiscale inclusive et
efficace. Enfin, encourager le partage d’informations et la transparence
dans les discussions internationales sur la politique fiscale peut permettre

171
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

aux pays africains de proposer et de défendre des normes adaptées à leurs


besoins spécifiques.

4.4.3. Le rôle de la stratégie fiscale de la Commission de l’Union africaine


pour l’Afrique

Les initiatives régionales peuvent compléter la réforme fiscale mondiale destinée


à promouvoir la coopération internationale en poursuivant une coopération
plus ambitieuse là où le consensus mondial fait défaut. La coordination fiscale
régionale est facilitée par des similitudes dans les structures économiques, les
capacités administratives et la culture, ce qui rend l’accord potentiellement plus
facile. En outre, les retombées fiscales régionales sont souvent importantes, ce
qui accroît les gains en matière de coordination régionale. Il existe donc une
possibilité de coopération régionale au-delà du processus de réforme mondial,
qui peut répondre aux pressions régionales en matière de transfert de bénéfices
et de concurrence fiscale en convenant, par exemple, d’un taux d’imposition
minimum régional (FMI, 2023).

Encadré 9. Coopération fiscale : une meilleure alternative pour les pays africains ?

Attirer les investissements par la fiscalité s’avère moins bénéfique pour les
pays que d’adhérer à une politique régionale d’harmonisation des incitations
fiscales, comme le confirment Moore et Prichard (2017). Selon Edwards et Keen
(1996), la coordination des politiques fiscales entre les pays n’est bénéfique que
si l’augmentation de l’assiette fiscale résultant de la coordination est supérieure
au montant des recettes fiscales que les décideurs politiques sont susceptibles de
gaspiller ou d’utiliser à mauvais escient. Les petits pays sont plus sensibles à la fuite
des capitaux et de nombreux États sont tentés d’abaisser les taux d’imposition
pour attirer les investisseurs multinationaux. La coordination des systèmes
fiscaux profiterait également aux multinationales en simplifiant les règles fiscales
et en levant les obstacles aux fusions transfrontalières, comme l’a fait remarquer
Sørensen (2002). En ce qui concerne les stratégies de coordination, Bretin, Guimbert
et Madiès (2002) suggèrent de fixer un taux d’imposition minimum, tandis que
Baldwin et Krugman (2004) préconisent un taux inférieur à celui adopté en dehors
de l’union. La mise en œuvre d’une politique d’harmonisation doit s’accompagner
de mesures compensatoires telles que la taxe de coopération régionale (TCR) dans
la CEDEAO, qui a permis de compenser les pertes de recettes fiscales liées aux
échanges intracommunautaires, avec des effets variables selon les pays.

172
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?

Dans ce contexte, la Stratégie fiscale pour l’Afrique de la Commission de l’Union


africaine (CUA) (ci-après la Stratégie fiscale), publiée en juin 2022, peut s’avérer
utile. La Stratégie fiscale de la CUA pour l’Afrique vise à améliorer de manière
significative la MRI et à mettre un frein aux pratiques fiscales illicites tout
en favorisant la croissance des entreprises. L’UE, la Finlande et l’Allemagne
cofinancent l’initiative, qui sera dirigée par le département du développement
économique, du commerce, de l’industrie et du développement minier de la CUA
(CUA-ETIM) avec l’assistance technique de la GIZ. La stratégie fiscale donnera
la priorité à la fiscalité internationale, à la coordination continentale et à la
gestion des risques de catastrophes, la CUA jouant un rôle de chef de file sur les
questions fiscales et aidant les États membres à résoudre les problèmes cruciaux
de perception des impôts. La volonté politique étant essentielle à la mise en œuvre
de cette stratégie dans les pays africains, la CUA dirigera la coordination de la
mise en œuvre de la stratégie fiscale, en étroite collaboration avec les principales
parties prenantes, en particulier les commissions économiques régionales.
Le sous-comité sur les questions fiscales et les FFI pilotera le programme, par
l’intermédiaire du comité technique spécialisé sur les finances, les affaires
monétaires, la planification économique et l’intégration. La CUA-ETIM dirigera
l’opérationnalisation de la stratégie fiscale, assurera la liaison avec les différents
acteurs fiscaux du continent et veillera à ce que les questions de politique fiscale
soient abordées au plus haut niveau politique. La stratégie fiscale globale sera
mise en œuvre à travers quatre piliers : 1) accroître la mobilisation des ressources
intérieures ; 2) lutter contre les flux financiers illicites ; 3) améliorer l’efficacité
des administrations fiscales africaines et 4) renforcer la voix de l’Afrique dans
l’arène fiscale mondiale (CUA, 2022).
Dans le contexte de la résolution de l’ONU, la stratégie fiscale de la CUA pour
l’Afrique peut fournir un cadre permettant aux pays africains d’élaborer des
normes fiscales adaptées à leur objectif et conformes aux principes énoncés
dans la résolution de l’ONU. Elle pourrait faciliter une plus grande coopération
et coordination entre les nations africaines sur les questions fiscales. Il pourrait
s’agir de partager les meilleures pratiques, d’échanger des informations et de
collaborer à des initiatives de renforcement des capacités. Un autre rôle de la
stratégie fiscale pour l’Afrique pourrait être de défendre les intérêts africains
dans les forums fiscaux mondiaux, tels que le Comité fiscal des Nations Unies et
l’OCDE. La stratégie pourrait contribuer à faire en sorte que les points de vue
africains soient pris en considération dans les discussions sur les normes et
réglementations fiscales internationales et que les voix des pays africains soient
entendues dans ces forums importants.

173
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

4.4.4. Autres initiatives régionales visant à aider les pays africains à réduire
la concurrence fiscale grâce à une meilleure coopération

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) a officiellement


entamé sa phase opérationnelle le 7 juillet 2019, lors de la 12e session
extraordinaire de l’Union africaine (UA) à Niamey, au Niger. L’accord était déjà
entré en vigueur le 30 mai 2019, marquant le début d’un voyage ambitieux vers
la création d’un marché unique de plus de 1,2 milliard de personnes et d’un
PIB dépassant les 3 000 milliards de dollars, provenant de 55 pays africains.
La ZLECAf est désormais le plus grand accord de libre-échange au monde,
dépassant même la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Bien que certains pays puissent craindre une réduction des recettes provenant
des taxes sur le commerce international résultant de la libéralisation du
commerce, ainsi que des préoccupations telles que la perte de souveraineté et
de base manufacturière, la suppression ou la réduction des droits de douane
devrait conduire à une augmentation des importations et à une assiette fiscale
plus large, générant en fin de compte davantage de recettes fiscales. En outre, la
ZLECAf a le potentiel de stimuler la création d’échanges, ce qui élargira la base
imposable et améliorera le bien-être de la population. Par conséquent, à moyen
et long terme, l’intégration régionale plus poussée de la ZLECAf peut stimuler
la production locale et améliorer la MRI en Afrique (Karuhanga, 2018).
Dans la région de la CEDEAO, il existe un besoin important de coopération en
matière d’incitations fiscales afin d’éviter un nivellement concurrentiel vers le
bas et de financer le développement d’infrastructures dans les domaines du
transport et de l’énergie. Malgré les incitations fiscales telles que les exonérations,
les déductions et les crédits couramment utilisés dans la région, les pays sont
confrontés à des défis dans la création d’un climat d’investissement adapté pour
favoriser le développement économique. La CEDEAO a lancé le Fonds pour le
développement et le financement des secteurs des transports et de l’énergie
(FODETE), qui devrait générer plus de 300 millions de dollars par an. Le fonds
doit être financé par des taxes sur les exportations agricoles, la production
d’hydrocarbures et les prélèvements miniers. Cependant, il est avancé que
l’harmonisation des régimes d’incitation serait plus bénéfique que le système
FODETE ; comme preuve qu’une telle coordination est réalisable, on cite le succès
du régime du tarif extérieur commun (TEC) de la CEDEAO. L’approche proposée
comprend la fixation d’un IS minimum de 15 % à partir de 2023, ce qui pourrait
générer plus de recettes que le prélèvement de 0,5 % proposé sur les exportations
minières. Une telle harmonisation offre des perspectives substantielles de gains
de revenus, en particulier dans le secteur minier.

174
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?

La Plateforme de co-garantie pour l’Afrique (CGP) a été créée en 2018 en tant


que mécanisme fondé sur les transactions pour combler le déficit de perception
des risques en Afrique et améliorer le financement des projets d’investissement
et de commerce à l’aide d’assurances et de garanties. La plateforme, gérée par la
Banque africaine de développement, dispose actuellement d’une réserve de
projets dans les domaines de l’énergie, de l’agriculture, de la santé et des
infrastructures à travers l’Afrique.
Les six partenaires de la plateforme de co-garantie peuvent aider les pays
africains à réduire la concurrence fiscale grâce à une meilleure coopération en
fournissant des garanties financières et une assistance technique qui peuvent
aider à promouvoir l’investissement et à réduire la dépendance à l’égard des
incitations fiscales. L’un de ces moyens consiste à fournir des garanties
financières pour soutenir l’investissement et le commerce. En offrant des
garanties financières, les partenaires peuvent contribuer à réduire les risques
d’investissement dans les pays africains, permettant ainsi une entrée plus facile
sur le marché sans dépendre d’incitations fiscales potentiellement non durables.
En outre, les partenaires de la CGP peuvent fournir une assistance technique
aux pays africains, en améliorant leur climat d’investissement grâce à la réforme
de la politique fiscale, au renforcement des capacités de l’administration fiscale
et à la promotion de l’investissement. Le besoin d’incitations fiscales est ainsi
réduit et une concurrence loyale s’instaure entre les pays africains. En plus du
soutien financier et technique, les partenaires de la CGP peuvent plaider en
faveur de l’amélioration des politiques fiscales et de la coordination entre les
pays africains, en impliquant les décideurs politiques et en promouvant les
meilleures pratiques afin de réduire la concurrence fiscale et de favoriser une
concurrence loyale. Ils peuvent encourager la collaboration et l’harmonisation
des politiques fiscales afin de décourager les pratiques fiscales dommageables
des multinationales et de soutenir une croissance économique durable dans les
pays africains (BAD, 2022).

4.5. Conclusion
Il a été démontré dans ce chapitre que le recouvrement de l’impôt demeure un
défi majeur en Afrique, et qu’il est nécessaire d’élargir l’assiette fiscale et de
prendre toutes les dispositions utiles pour que chacun s’acquitte de sa juste
part. En moyenne, les pays africains ont un ratio impôt/PIB faible par rapport à
d’autres régions, avec une forte dépendance à l’égard de l’imposition des revenus
des sociétés auprès des multinationales. Cependant, les recettes de l’impôt sur
les sociétés en pourcentage du PIB sont généralement plus faibles en Afrique
que dans d’autres parties du monde, ce qui souligne le potentiel d’amélioration

175
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR

des efforts de mobilisation des recettes fiscales. Le chapitre identifie également


plusieurs facteurs contribuant à la baisse des recettes de l’impôt sur les
sociétés, tels que des incitations fiscales mal conçues, une économie informelle
importante, des pratiques de prix de transfert par les sociétés multinationales,
et une administration fiscale déficiente et la non-application de la loi. Par
conséquent, une taxation efficiente des sociétés multinationales est une
question cruciale pour le développement économique des pays africains.
Le chapitre indique également que les pays africains rivalisent pour attirer les
investissements étrangers en offrant des incitations fiscales et des exonérations,
ce qui conduit souvent à un nivellement vers le bas où les taux d’imposition sont
continuellement abaissés. On assiste dès lors à une érosion de l’assiette fiscale et
à une concentration des investissements dans certaines régions, ce qui exacerbe
les disparités régionales. Des incitations fiscales inappropriées et inutiles, en
particulier dans le secteur minier, sont accordées sans analyse coûts/bénéfices
appropriée. Une coordination et une coopération accrues sont donc nécessaires
pour éviter un nivellement par le bas, pour permettre une meilleure imposition
des sociétés multinationales et pour garantir que les investissements étrangers
profitent à toutes les régions du continent.
Les piliers I et II du cadre inclusif sur le BEPS de l’OCDE/G20 peuvent contribuer
à lutter contre l’évasion fiscale et à accroître la mobilisation des ressources dans
les pays développés, mais il existe des limites pour les pays africains. Par exemple,
la mise en œuvre doit prendre en considération des questions telles que la
corruption et la faible application des réglementations dans les industries
extractives. Bien que la transparence des revenus et la divulgation de la propriété
effective soient essentielles pour lutter contre la corruption et les flux financiers
illicites, le pilier II n’aborde pas directement ces questions.
Enfin, pour que les pays africains puissent bénéficier de la résolution de
l’ONU, il est essentiel de leur offrir la flexibilité et le soutien nécessaires pour
proposer et défendre des normes fiscales adaptées. Pour ce faire, il faut respecter
leur souveraineté et la diversité de leurs points de vue en matière de politique
fiscale et éviter d’imposer des programmes externes. La stratégie fiscale de la
CUA pour l’Afrique peut servir de cadre à l’élaboration de normes fiscales
adaptées. Un dialogue sérieux avec les pays africains peut faciliter l’élaboration
de politiques adaptées qui favorisent une coopération fiscale inclusive et
efficace. Encourager le partage d’informations et la transparence peut permettre
aux pays africains de proposer et de défendre des normes qui répondent à leurs
besoins spécifiques dans les discussions internationales sur la politique fiscale.

176
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?

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