Défis
Défis
Financer les
Economists of Government (CEoG). Les constatations, interpréta-
tions et conclusions présentées ici ne reflètent pas nécessairement
économies africaines
les points de vue de la Banque mondiale.
de l’intérieur
a pour objectif de promouvoir la croissance économique et la trans-
formation structurelle en renforçant l’élaboration de politiques
publiques fondées sur les données probantes dans les pays africains.
Pour atteindre cet objectif, l’initiative rassemble et soutient un réseau
de pairs composé de conseillers économiques auprès des Présidents
et Premiers ministres. Elle est portée par le Bureau de l’Économiste
en chef de la région Afrique de la Banque mondiale.
www.africanminds.org.za
MINDS
Financer les économies africaines
de l’intérieur
Droits et autorisations
Les opinions exprimées dans cette publication sont celles de l’auteur. En cas de citation
de l’un des chapitres, le lecteur est prié de mentionner l’auteur.
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Attribution – Veuillez citer ce travail comme suit : Économistes en chef des gouvernements
(2025) Financer les économies africaines de l’intérieur. Le Cap : African Minds.
TABLE DES MATIÈRES
3
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
1.5. Conclusion 70
Références 71
Chapitre 2. Les technologies numériques et la fiscalité 73
2.1. Introduction 73
2.2. Tirer parti de la numérisation pour améliorer la mobilisation des
ressources intérieures 76
2.2.1. Fiscalité de l’économie numérique 78
2.2.2. Numérisation de l’administration fiscale et modernisation
des systèmes fiscaux 79
2.3. Contraintes environnementales pesant sur la récolte des dividendes
numériques et défis fiscaux de l’économie numérisée 82
2.3.1. Contraintes environnementales pesant sur la récolte des
dividendes numériques 82
2.3.2. Défis fiscaux de l’économie en voie de numérisation 85
2.3.3. Efforts multilatéraux pour relever les défis fiscaux liés à la
numérisation 87
2.4. Études de cas par pays sur l’adoption d’outils numériques dans les
administrations douanières et fiscales 89
2.5. Principaux enseignements pour des réformes réussies des TIC dans
l’administration fiscale 96
2.6. Vers de plus hauts niveaux de numérisation ou de maturité numérique 99
2.7. Conclusion 101
Références 102
Chapitre 3. Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la
mobilisation des recettes intérieures 106
3.1. Introduction 106
3.2. La politique de mobilisation des recettes intérieures 109
3.2.1. Performance des recettes au Sénégal, au Cameroun et au Ghana 110
3.2.2. La structure fiscale au Sénégal, au Cameroun et au Ghana 113
3.3. Programmes de réforme récents mis en œuvre pour augmenter les
recettes fiscales et non fiscales 126
3.3.1. Stratégie gouvernementale pour stimuler la mobilisation des
recettes nationales au Sénégal, au Ghana et Cameroun 127
3.3.2. Aperçu des programmes de réforme du Sénégal, du Ghana et
du Cameroun 133
3.4. Les défis liés à la contribution à la mobilisation des recettes
nationales pour les entreprises publiques 135
3.5. Conclusion 139
Références 141
Chapitre 4. De la concurrence fiscale à la coopération ? 146
4.1. Introduction 146
4
Table des matières
4.2. Importance des recettes fiscales pour les pays africains 149
4.2.1. Importance de l’impôt sur les sociétés pour les pays africains 152
4.3. Le paysage de la concurrence fiscale en Afrique 155
4.3.1. Concurrence et incitations fiscales en Afrique 155
4.3.2. Défis posés par la concurrence et les incitations fiscales en
Afrique 157
4.3.3. L’approche du Rwanda pour relever les défis de la concurrence
fiscale 160
4.4. De la concurrence fiscale à la coopération ? 163
4.4.1. Évaluer la pertinence du régime fiscal international actuel
pour l’Afrique 165
4.4.2. Équilibrer les opportunités et les risques de la résolution de
l’ONU sur la coopération fiscale pour la mobilisation des
ressources intérieures de l’Afrique 170
4.4.3. Le rôle de la stratégie fiscale de la Commission de l’Union
africaine pour l’Afrique 172
4.4.4. Autres initiatives régionales visant à aider les pays africains à
réduire la concurrence fiscale grâce à une meilleure coopération 174
4.5. Conclusion 176
Références 177
5
Liste des Figures
6
Liste des Figures, des tableaux, des encadrés
7
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
8
Remerciements
Cet ouvrage est le premier rédigé par des membres du programme des
Économistes en chef des gouvernements (CEoG), un réseau comprenant plus de
40 conseillers économiques en chef des chefs d’État ou de gouvernement d’Afrique
subsaharienne. Il vise à rassembler les leçons et les expériences de ces économistes
sur le financement national, décisif pour l’avenir du continent. En outre, le livre
soutient l’un des principaux objectifs du programme CEoG, l’apprentissage par les
pairs, tout en aidant les pays à mobiliser davantage de recettes internes en faveur
du développement.
La coordination et la préparation de l’ouvrage ont été effectuées sous la
direction de Mohamed Lamine Doumbouya, Mamadou Tanou Balde et Maximilien
Onga Nana. Les chapitres ont bénéficié des contributions de : Abdallah Msa,
Amina Rwakunda, Elung Paul Che, Gnounka Touré Diouf, Marcellin Bilomba,
Mohamed Lamine Doumbouya, Momodou Dibba, Sen Narrainen, Stephane
Ouedraogo et Trudi Makhaya, et de la collaboration de Colette Nyirakamana,
George Marbuah, Maimouna Diakité et Nara Monkam.
L’équipe exprime toute sa gratitude à Albert Zeufack, ex-économiste en chef
pour la région Afrique, qui a initié ce travail, et à son successeur Andrew Dabalen,
l’économiste en chef pour la région Afrique. Elle est en outre reconnaissante
envers l’équipe de l’économiste en chef, ainsi que le Secrétariat du CEoG, pour son
soutien. Ce Secrétariat est composé de James Cust, Justice Mensah, Maximilien
Onga Nana, Mamadou Tanou Balde, Juliette Lehner, Hannah Grupp, Olumide
Lawal, Abrah Desiree Brahima et Constantine Manda.
L’équipe remercie également les participants aux forums annuels du CEoG et
les évaluateurs externes Anand Rajaram et Franz Krige Siebrits pour leurs
commentaires pertinents.
Enfin, elle tient à remercier le fonds fiduciaire Think Africa Partnership (TAP)
pour son appui financier.
9
À propos des conseillers économiques des
chefs d’État ou de gouvernement
contributeurs
Marcellin Bilomba
De mars 2019 à 2022, M. Marcellin Bilomba a été conseiller principal du président
de la RDC Félix Tshisekedi au Collège économique, avant d’être nommé directeur
général de Sonahydroc. Auparavant, il avait occupé plusieurs postes clés,
notamment ceux de directeur général de Transkin International SARL à Genève
de janvier 1998 à juin 2000 et à Kinshasa de 2006 à 2019 ; de B&M Services SARL
à Paris de février 2004 à novembre 2005 ; et du Geneva Business Institute entre
juin 2000 et octobre 2003.
Momodou Dibba
M. Momodou K. Dibba a occupé le poste de directeur de l’analyse des politiques
au département de politiques stratégiques et de mise en œuvre du bureau du
président de la Gambie. Avant d’assumer cette fonction, il a travaillé pendant
10
À propos des conseillers économiques des chefs d’État ou de gouvernement contributeurs
Mohamed L. Doumbouya
Dr. Mohamed Doumbouya a été ministre conseiller économique en chef d’Alpha
Condé, l’ancien président de la Guinée. De 2016 à 2018, Dr. M. Doumbouya a été
Ministre du Budget de la Guinée. Il dirige actuellement le projet d’ouvrage du
CEoG, Financer les économies africaines de l’intérieur. Il est économiste et expert en
développement économique, en banques et politique monétaire. En tant qu’ancien
ministre-conseiller de l’ex-président de la Guinée, M. Doumbouya a supervisé
l’établissement de perspectives claires en matière de réforme financière dans le
domaine de la gestion des finances publiques et a suivi les progrès réalisés dans
11
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
Trudi Makhaya
Mme Trudi Makhaya a été conseillère économique du président Cyril Ramaphosa
de 2018 à 2023. Entre 2003 et 2010, elle a travaillé chez Deloitte, Genesis
Analytics et AngloGold Ashanti en Afrique du Sud. Entre 2010 et 2014, Trudi a
été économiste et membre du comité exécutif de la Commission de concurrence
d’Afrique du Sud. En 2015, elle a fondé un cabinet de conseil axé sur la politique
de concurrence et l’entrepreneuriat. Elle est titulaire d’un MBA et d’une maîtrise
en économie du développement de l’Université d’Oxford.
Abdallah Msa
Dr. Abdallah Msa possède plus de quarante ans d’expérience dans l’évaluation,
l’analyse, le développement, la mise en œuvre et le suivi des politiques de
développement sectorielles et globales. Sa formation doctorale en analyse
économique, ainsi que son expérience dans des missions et des rôles importants,
aussi bien dans son pays qu’au sein de la Commission de l’Union africaine
et de la Banque africaine de développement, ont renforcé son expertise en
matière d’évaluation et de suivi des politiques et des programmes/projets de
développement, en particulier en Afrique. Il a été consultant gouvernemental
en matière économique et financière et économiste en chef du gouvernement
auprès de la présidence de l’Union des Comores de février 2018 à février 2023. Il a
également été administrateur/membre du conseil d’administration de la Banque
africaine de développement entre 2013 et 2016.
Sen Narrainen
Dr. Streevarsen Narrainen est conseiller économique principal au ministère des
Finances et du Développement économique (MOFED) depuis 2003. Il a exercé
les fonctions de conseiller économique principal auprès du Premier ministre de
Maurice entre 1996 et 2000 et de conseiller économique au MOFED entre 1989
et 1996. Avant 1989, il était maître de conférences d’économie à l’université de
Winnipeg et à l’université du Manitoba au Canada. Il est titulaire d’un doctorat
en économie de l’Université McGill à Montréal, Canada, avec une spécialisation
en théorie et politique monétaires. Il est également membre du Comité de
politique monétaire de la Banque de Maurice depuis mars 2015.
Stéphane Ouedraogo
M. Stéphane Ouedraogo est un ex-conseiller spécial du président du Burkina Faso
chargé des finances, de l’économie et de l’investissement, poste qu’il a occupé de
12
À propos des conseillers économiques des chefs d’État ou de gouvernement contributeurs
Amina Rwakunda
Mme Amina Umulisa Rwakunda est l’ancienne économiste en chef du ministère
des Finances et du Développement économique du Rwanda. Elle est membre du
Conseil d’administration de la Bourse du Rwanda (RSE – Rwanda Stock Exchange)
et de l’Institut national de la statistique du Rwanda (NISR – National Institute
of Statistics Rwanda). Mme Rwakunda est une économiste expérimentée et une
négociatrice chevronnée dans le domaine de l’intégration régionale. Elle a joué le
rôle de négociatrice en chef adjointe pour le Groupe de travail de haut niveau du
Rwanda sur l’Union monétaire de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE). Elle
participe également aux négociations sur les politiques fiscales. Mme Rwakunda
est titulaire d’une maîtrise en économie du développement de l’Université
d’Anvers, en Belgique.
13
Acronymes et abréviations
14
Acronymes et abréviations
15
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
UA Union africaine
UE Union européenne
UNECA Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique
URA Administration fiscale de l’Ouganda (Uganda Revenue Authority)
16
Préface
L’Afrique se trouve à un moment charnière de son histoire : elle laisse derrière elle
les chocs récents des crises financières, pandémies et réduction de l’aide, et améliore
sa gestion macroéconomique afin de construire un avenir prospère pour ses 1,5
milliard d’habitants. Pour atteindre cette prospérité, le continent doit croître plus
rapidement et de manière consistante, sur plusieurs décennies, ainsi que veiller
à ce que personne ne soit laissé pour compte. Cela nécessite des investissements
massifs – tant publics que privés. Alors que l’aide publique au développement
diminue, que les niveaux d’endettement extérieur restent élevés et que l’accès aux
marchés financiers internationaux devient de plus en plus difficile et coûteux, le
financement de ces investissements nécessite de mobiliser des ressources internes.
Cet ouvrage, Financer les économies africaines de l’intérieur, propose une analyse
opportune, perspicace et propose des solutions pour la mobilisation des ressources
domestiques afin que celui-ci devienne le moteur du développement durable en
Afrique. En partant du principe que l’Afrique, si elle veut se développer réellement,
doit tirer parti de la puissance de ses institutions, de son capital et de ses
populations. Ainsi, l’ouvrage offre une feuille de route complète sur la manière
dont les pays africains peuvent bâtir des économies solides et autofinancées. Il
met également en lumière le rôle essentiel du secteur privé et identifie les éléments
structurels et politiques qui freinent un réel développement financier. Qu’il
s’agisse de lacunes en matière d’infrastructures, d’accès limité au financement, de
problèmes de gouvernance ou d’incertitudes politiques, le livre délivre un
diagnostic sans complaisance. Mais surtout, il propose des stratégies concrètes et
fondées sur des données probantes pour surmonter ces défis.
S’appuyant sur de puissantes études de cas – comme la trajectoire progressive
de l’île Maurice vers l’autonomie financière ou les réformes réussies de la fiscalité
numérique au Rwanda – l’ouvrage illustre comment l’innovation, la cohérence des
politiques publiques et la réforme institutionnelle peuvent générer un impact
durable. Il explore également le potentiel croissant de la numérisation pour
améliorer aussi bien l’administration qu’élargir l’assiette fiscale, et renforcer la
17
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
redevabilité. Il n’élude pas les défis régionaux et mondiaux complexes, tels que les
incitations fiscales sans résultats, le transfert de bénéfices par les multinationales
ou les déséquilibres dans les négociations fiscales internationales.
L’Afrique a besoin d’un leadership intellectuel audacieux, informé et indépend-
ant pour orienter des politiques économiques au service de ses peuples. Ce livre
incarne cette vision. Il remet en question les paradigmes dépassés, repositionne le
secteur privé national comme moteur principal de croissance, et propose des cadres
d’action concrets pour stimuler les investissements dans les infrastructures et la
formation de capital. Il souligne que le progrès durable ne réside pas dans l’évite-
ment des défis de la gouvernance, mais dans leur résolution par des institutions
renforcées, une meilleure gestion budgétaire et des partenariats innovants.
L’ouvrage se distingue notamment par l’identité de ses auteurs. Rédigé par
des Conseillers économiques en chef auprès de Chefs d’État africains, il reflète
la sagesse collective, l’expérience et le leadership politique d’un réseau de
professionnels qui ont conseillé les gouvernements africains au plus haut niveau.
Les idées présentées dans ce livre sont nourries par des années d’engagement
direct dans la planification macroéconomique, l’élaboration des budgets, les
stratégies d’investissement et la mise en œuvre de réformes structurelles. Elles
sont façonnées par les questions urgentes débattues en Conseil des ministres et
par les leçons tirées de l’accompagnement quotidien des ministres des Finances,
des présidents et des premiers ministres.
Ce livre – le premier d’une série – publié par le Chief Economist of Government
(Réseau des économistes en chef de gouvernement – CEoG) est un témoignage du rôle
crucial qu’un réseau de conseillers économiques de haut niveau peut jouer dans
l’élaboration des politiques publiques en Afrique. Ce réseau offre une plateforme
d’apprentissage entre pairs, de leadership intellectuel et de voix africaines sur les
enjeux mondiaux, régionaux et locaux du développement du continent. Nous
espérons qu’il deviendra la principale plateforme où le savoir rencontre l’expérience,
au bénéfice de tous, et en particulier des futurs conseillers politiques africains.
Enfin, Financer les économies africaines de l’intérieur est bien plus qu’un livre ;
c’est un appel à l’action. Il nous rappelle qu’avec les bonnes politiques, institutions
et un leadership éclairé, l’Afrique peut financer son propre développement, en ses
propres termes. Nous espérons que ce travail inspirera les décideurs politiques, les
partenaires au développement, les chercheurs et les citoyens à s’engager sur une
nouvelle voie du parcours économique africain – une voie où les ressources
internes, et non l’aide externe, constituent le socle de la prospérité.
18
Avant-propos
19
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
20
Résumé exécutif
Tirer parti du secteur privé africain pour financer le
développement
Le secteur privé en Afrique représente 80 % de toute la production, deux
tiers de l’investissement total et 75 % des prêts, mais il marque un retard
par rapport à d’autres régions en matière de mobilisation des ressources
intérieures1. Les actifs bancaires représentent moins de 60 % du PIB et le
développement des marchés financiers est limité, avec une prédominance des
banques de détail et un manque d’instruments d’emprunt et de capitaux propres.
Des progrès ont été réalisés, avec la présence de Places boursières dans 29 pays
de la région, l’augmentation de la levée de fonds de capital-risque et un marché
obligataire africain en pleine croissance. Le secteur est également entravé par
plusieurs facteurs, notamment l’accès limité au financement, l’inefficience des
réseaux de transport, le manque d’accès à l’électricité ou encore les contraintes
liées à la gouvernance, la corruption et l’instabilité politique.
Les gouvernements représentent une part majeure des investissements
dans les infrastructures en Afrique, tandis que le financement privé demeure
relativement faible. L’insuffisance des infrastructures entraîne une perte de
croissance du PIB (environ 2 % de croissance annuelle) et freine le commerce
intrarégional. Combler le déficit d’infrastructures exige un investissement annuel
de 93 milliards d’USD et une participation accrue du secteur privé. Pour impliquer
les acteurs privés, il convient de renforcer les cadres habilitants, d’explorer des
mécanismes de financement innovants et de tirer parti de la banque numérique et
des secteurs miniers. Relever les défis sectoriels et promouvoir le contenu local
dans les projets d’infrastructure sont également des objectifs importants. Ces
efforts sont susceptibles de libérer le potentiel économique de l’Afrique et de
favoriser une croissance durable.
L’étude de cas de Maurice montre comment le secteur privé peut contribuer
de manière significative au programme de développement d’un pays en
1 La mobilisation des ressources intérieures comprend le développement de marchés de capitaux capables de fournir des
financements en monnaie locale à des taux inférieurs, ce qui permet d’éliminer les risques liés aux fluctuations du taux
de change.
21
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
22
Résumé exécutif
l’investissement dans les infrastructures. L’accent a également été mis sur les
partenariats public-privé (PPP), avec la nécessité de simplifier les processus
d’approbation et de réformer le cadre politique de façon à encourager les
solutions de financement du secteur privé.
23
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
24
Résumé exécutif
25
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
26
Résumé exécutif
27
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
28
Résumé exécutif
réaffectation des bénéfices par les entreprises vers les juridictions de leurs
marchés et le taux d’imposition mondial minimum, qui, selon cet organisme,
devrait être plus élevé pour réduire le transfert de bénéfices depuis l’Afrique. En
outre, la mise en œuvre des mesures proposées pose des problèmes dans la région.
Il s’agit notamment de difficultés de mise en œuvre liées à la complexité des
systèmes fiscaux et à la capacité administrative limitée, de la résistance politique
des pays qui dépendent de taux d’imposition peu élevés, de la portée restreinte de
la lutte contre l’évasion fiscale et la corruption au niveau national, des avantages
limités pour les pays comptant peu de sociétés multinationales et du rythme
rapide d’évolution des normes fiscales internationales. Le cadre fiscal mondial
existant, en particulier les mesures proposées au titre des Piliers I et II, pourrait
également ne pas résoudre pleinement des problèmes plus larges tels que la
corruption et la faible application des réglementations dans les industries
extractives en Afrique.
L’adoption de la résolution des Nations Unies sur la coopération fiscale
marque une évolution vers une gouvernance fiscale plus inclusive, dans le but
de créer une convention-cadre sur la fiscalité. Cette initiative propose de
transférer de l’OCDE aux Nations Unies le processus décisionnel en matière de
règles fiscales internationales, ce qui témoigne d’un consensus mondial en faveur
d’une gouvernance fiscale plus équitable. Toutefois, la perte de souveraineté
potentielle et la prédominance des intérêts des pays développés dans l’agenda
fiscal mondial présentent des risques. Pour que la mise en œuvre de la résolution
des Nations Unies profite à l’Afrique, il est essentiel de corriger les déséquilibres
de pouvoir, d’améliorer l’échange d’informations et d’aider les pays africains à
développer les capacités nécessaires pour participer efficacement à la coopération
fiscale internationale. Des efforts doivent être déployés pour donner aux pays
africains une voix égale dans l’élaboration des règles fiscales internationales et
pour aborder les causes profondes des flux financiers illicites, telles que la
corruption et la faible gouvernance.
La coordination fiscale régionale peut compléter la réforme fiscale
mondiale en s’attaquant aux pressions exercées par le transfert de bénéfices et
la concurrence fiscale au niveau de la région. Les initiatives régionales peuvent
tirer parti des similitudes entre les structures économiques, les capacités
administratives et la culture pour faciliter l’obtention d’accords sur des questions
telles qu’un taux d’imposition minimum régional. Cela conduirait à une plus
grande coopération et coordination entre les nations africaines sur les questions
fiscales, promouvant ainsi une gouvernance fiscale inclusive et efficace. La
stratégie fiscale pour l’Afrique de la Commission de l’Union africaine (CUA) est
susceptible de servir de cadre aux pays de la région pour élaborer des normes
fiscales alignées sur les principes énoncés dans la résolution des Nations Unies,
29
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
30
CHAPITRE 1
1.1. Introduction
Le secteur privé contribue à 80 % de la production totale, aux deux tiers de
l’investissement et à 75 % des prêts à l’économie du continent. Parallèlement
aux apports des bailleurs de fonds externes, y compris des partenaires
de développement et des investisseurs étrangers, ce secteur joue donc un
rôle essentiel en tant que source de financement des biens publics et de la
capacité de production au sein de l’économie. Il est important de noter que la
mobilisation des ressources intérieures (MRI) va au-delà de l’optimisation de
la fiscalité et des autres prélèvements gouvernementaux, aussi fondamentaux
soient-ils pour le développement. Elle est aussi définie comme la « génération
d’épargne au niveau national, par opposition à l’investissement, aux prêts,
aux subventions ou aux envois de fonds reçus de sources extérieures, et leur
affectation à des investissements socialement productifs dans le pays »
(BAD et Centre de développement de l’OCDE, 2010, p. 79). L’épargne privée
domestique est canalisée par le secteur financier (p. ex., les banques privées)
vers l’investissement, tandis que la mobilisation des ressources publiques ou
l’épargne publique émane de l’excédent des recettes sur les dépenses courantes
de l’État (BAD et Centre de développement de l’OCDE, 2010).
L’Afrique subsaharienne (ASS) affiche l’un des taux d’épargne les plus bas
parmi les régions en développement, avec une moyenne de 19 % entre 2010 et
2021. Par comparaison, en Asie de l’Est, ce taux était de 37 % au cours de la
même période, ce qui a permis à cette région d’afficher des d’investissement qui
se classent parmi les plus élevés des régions en développement. Entre 2000 et
2017, le taux d’épargne moyen en ASS était de 22 %, contre 34 % en Asie de l’Est
31
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
32
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
publics à l’épargne (IPO – Initial public offerings) en bourse en Afrique entre 2014 et
2019 se sont élevés à 27,1 milliards d’USD, soit moins de 1,4 % des flux mondiaux
d’IPO au cours de la période. La levée de fonds de capital à risque privé sur le
continent a augmenté pour atteindre 2,7 milliards d’USD en 2018. Le marché
obligataire africain était évalué à 500 milliards d’USD en 2019, les obligations en
monnaie locale représentant 78 % de l’encours de la dette dans la région.5
Reconnaissant l’importance fondamentale des politiques qui soutiennent à la
fois l’épargne privée et publique, ce chapitre se penche sur le secteur privé en
Afrique. Il propose également des stratégies qui pourraient être mises en place
non seulement pour améliorer la contribution au financement du développement,
des banques, des investisseurs institutionnels et d’autres acteurs du secteur privé
africains, mais aussi et surtout pour impliquer ce secteur dans le financement
des infrastructures.
1.2.1.1. Informalité
33
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
34
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
renouvelables. L’accent est de plus en plus mis sur des secteurs tels que la
technologie numérique, le commerce électronique et les énergies renouvelables,
sous l’impulsion de la population jeune et férue de technologie du continent.
• Investissements directs étrangers (IDE) : L’Afrique continue d’attirer les
investissements directs étrangers des marchés traditionnels et émergents. Ces
IDE se dirigent vers des secteurs tels que le développement des infrastructures,
les ressources naturelles et l’industrie manufacturière. Ils contribuent
à la création d’emplois, au transfert de technologies et à l’amélioration
des infrastructures.
• Accès au financement : L’accès au financement reste un défi majeur pour les
entreprises en Afrique. Cependant, les technologies financières innovantes,
les services bancaires mobiles et les initiatives de microfinance élargissent
l’inclusion financière et améliorent l’accès au capital pour les entrepreneurs et les
PME. Par exemple, à l’ère numérique, le Ghana, le Kenya, le Rwanda et l’Ouganda
sont des fers de lance de la révolution Fintech qui permet d’autonomiser la
population non bancarisée, y compris les femmes entrepreneures et les petites
entreprises dirigées par des jeunes (UNECA, 2020).
• Partenariats public-privé (PPP) : La collaboration entre le secteur privé et les
gouvernements par le biais de partenariats public-privé prend de l’ampleur.
Ces partenariats visent à combler les lacunes en matière d’infrastructures, à
améliorer la prestation de services et à promouvoir le développement durable.
Bien entendu, l’Afrique est un continent très diversifié et, de ce fait, les
caractéristiques mentionnées ne donnent qu’un aperçu général et varient d’un
pays et d’une région à l’autre.
Le secteur privé est confronté à une série d’obstacles similaires dans tous les
pays africains, bien que l’impact de ces obstacles varie en fonction du stade de
développement économique national. Alors que les deux principaux obstacles
dans les pays à faible revenu sont l’électricité et l’accès au financement, ces facteurs
posent beaucoup moins de problèmes dans les pays à revenu intermédiaire,
où les lacunes en matière de compétences et les réglementations du travail
constituent les défis majeurs. Plus précisément, les limitations fondamentales,
telles que les réseaux de transport inefficients et le manque d’accès à l’électricité
et au financement, sont les plus critiques dans les pays les plus pauvres. En
revanche, les limitations liées à la gouvernance, telles que les niveaux élevés
d’imposition et la mauvaise qualité de l’administration fiscale, sont relativement
plus préjudiciables dans les pays à faible revenu moins pauvres. Dans les pays à
35
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
revenu intermédiaire, ce sont les limitations entraînées par les politiques, telles
que les pénuries de compétences et les réglementations du travail, qui pèsent le
plus lourd. Par conséquent, à mesure que les pays se développent, ils commencent
à surmonter les obstacles de base, mais tendent à être ensuite entravés par des
questions relatives à la gouvernance et aux politiques publiques.
Les obstacles au développement du secteur privé diffèrent également selon le
type d’entreprise. Les grandes entreprises sont plus préoccupées par la
corruption, le manque de compétences et la réglementation du travail, tandis
que les entreprises exportatrices placent l’administration fiscale en tête de leurs
inquiétudes. Ces facteurs systémiques sont moins gênants pour les petites
entreprises, qui ont tendance à se sentir davantage lésées par les manques au
niveau de l’accès au financement (et son coût excessif), des garanties et des
compétences techniques, comptables et managériales des entrepreneurs, tandis
qu’elles jugent les lacunes de compétences moins pénalisantes. Pour les
microentreprises des pays à revenus intermédiaires et faibles, l’obstacle le plus
contraignant est le manque d’accès au financement, bien que les microentreprises
opérant dans les pays à revenu intermédiaire se plaignent aussi souvent de la
lourdeur des procédures de permis et d’autorisation, qui peut s’avérer un facteur
déterminant de leur décision de rester dans le secteur informel.
Certains obstacles revêtent plus d’importance à mesure que les économies
deviennent plus compétitives. Il s’agit notamment de l’accès aux transports et au
financement, de l’ordre public, de l’administration fiscale, des permis
d’exploitation, de la corruption, des réglementations douanières et commerciales
et du système judiciaire. En outre, les taux d’imposition et l’accès à l’électricité
deviennent également plus gênants pour les entreprises alors que la compétitivité
du pays s’améliore. Lorsqu’un pays passe d’un niveau de compétitivité faible à un
niveau intermédiaire, davantage d’entreprises s’enregistrent, ce qui rend les taux
d’imposition plus problématiques. De même, les sociétés peuvent rencontrer des
difficultés à maintenir les niveaux d’investissement et à améliorer l’intensité
capitalistique en raison des pressions concurrentielles. Cela souligne la nécessité
d’investissements stratégiques dans les infrastructures, les systèmes financiers
et les politiques d’appui pour soutenir la croissance et faire en sorte que les
entreprises puissent prospérer dans un environnement plus compétitif.
En ce qui concerne la corruption, environ 6,3 % des entreprises africaines
sont confrontées à des obstacles importants dans ce domaine. Cela entrave la
croissance du secteur privé et, par conséquent, le développement économique
en décourageant les investissements étrangers, en augmentant les coûts pour
les entreprises, en compromettant la qualité des services, en faussant la
concurrence et en favorisant une mauvaise allocation de ressources limitées.
Les grandes entreprises sont davantage préoccupées par l’instabilité politique
36
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
37
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
Afrique de l’Est
19.3 17.4 17.5 18.6 18.4 18.9 18.9 20.6 20.2 17.6
et australe
Asie de l’Est et
37.2 37.4 36.9 37.5 37.6 36.9 37.3 39.1 39.5 38.1
Pacifique
Moyen-Orient et
36.9 29.4 29.2 31.5 34.5 32.4 26.9 32.5 38.8 36.3
Afrique du Nord
Afrique
21.3 17.6 14.2 11.1 12 14.6 13.1 12.2 12.6 4.7
subsaharienne
Asie du Sud 28.1 27.2 27.5 27.7 26.9 25.7 25.1 26 25.5 26.7
En outre, les données sur les investissements en capitaux privés, les sorties et
les levées de fonds dans différentes régions mettent en évidence plusieurs défis
majeurs auxquels le secteur privé est confronté en Afrique (tableau 2). Bien que le
continent ait enregistré une augmentation substantielle des investissements en
capitaux privés en glissement annuel (47 % en 2021), ceux-ci restent nettement
inférieurs à ceux d’autres régions, comme la Chine et l’Asie du Sud-Est en termes
absolus. Cette disparité souligne le fait que les marchés africains ont toujours
du mal à attirer des capitaux privés importants en raison de risques perçus plus
élevés et de retours sur investissement plus faibles. En outre, la forte variabilité
et les volumes plus limités des sorties de capitaux privés (44 % d’évolution en
glissement annuel) indiquent une instabilité et des problèmes potentiels de
liquidité et de rentabilité des investissements au sein de la région. Les données
sur la collecte de capitaux privés révèlent que l’Afrique est à la traîne par
rapport à la plupart des régions, avec une modeste augmentation de 29 % en
2021. Ce taux de croissance relativement faible suggère des difficultés au niveau
de l’accès aux ressources financières et de leur mobilisation pour l’expansion
des entreprises et l’innovation. En comparaison, des régions comme l’Asie du
Sud-Est et l’Asie-Pacifique affichent une croissance plus robuste de la levée de
fonds, reflétant des marchés financiers mieux développés et une plus grande
confiance des investisseurs.
Comme mentionné ci-dessus, le financement est crucial pour la survie du
secteur privé, mais sa disponibilité limitée entrave la croissance des entreprises
38
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
39
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
Bien qu’il soit confronté à des difficultés telles que les barrières réglementaires
complexes, l’inégalité, l’évasion fiscale,8 les procédures douanières complexes,
les contraintes à l’accès financier, les coûts de transport et de logistique élevés et
l’accès limité à l’information, le secteur privé en Afrique continue d’exercer une
influence significative. Son développement ne se contente pas d’alimenter la
croissance économique, il promeut aussi le développement des infrastructures,
l’augmentation des recettes fiscales et la promotion de l’inclusion financière.
Ces impacts positifs nécessitent toutefois un effort concerté pour surmonter
les défis (UNECA, 2023). Les décideurs politiques doivent s’efforcer d’adopter
une approche équilibrée qui encourage la croissance du secteur privé tout en
garantissant la responsabilité sociale, l’équité et la conformité. Ce n’est qu’à
cette condition que le secteur privé pourra pleinement réaliser son potentiel en
tant que contributeur au développement durable en Afrique.
8 L’évasion fiscale, en particulier, pose un problème important, car elle fausse la concurrence loyale, réduit les recettes
publiques et freine le développement économique. Les entreprises qui échappent à l’impôt bénéficient d’un avantage
déloyal par rapport à celles qui s’y conforment, ce qui entraîne des distorsions de la dynamique du marché et décourage
les entreprises honnêtes. En outre, l’évasion fiscale entraîne une pénurie de fonds publics, qui sont essentiels pour le
développement des infrastructures, des services publics et des programmes sociaux.
40
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
41
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
42
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
43
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
44
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
45
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
46
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
47
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
48
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
codes miniers et la création de synergies entre des secteurs, tels que l’énergie
et l’exploitation minière peuvent débloquer des ressources supplémentaires.
En capturant stratégiquement cette richesse du secteur informel grâce à la
banque numérique et au financement innovant dans le secteur minier, l’Afrique
peut commencer à combler son déficit de financement des infrastructures et à
renforcer l’implication du secteur privé dans la croissance durable.
Conscientes des défis propres à chaque secteur, les banques peuvent prendre des
mesures ciblées pour encourager la participation du secteur privé. Par exemple,
dans le secteur de l’énergie, faciliter la production d’électricité indépendante et
les projets d’énergie renouvelable grâce à des incitations politiques et à un soutien
réglementaire peut attirer les investissements du secteur privé et combler le
déficit énergétique en Afrique. De même, l’amélioration des infrastructures de
transport et la promotion des centres logistiques dans le secteur des transports
et de la logistique peuvent améliorer la connectivité, faciliter les échanges et
attirer les investissements privés. Dans les secteurs des télécommunications et
des TIC, encourager les investissements du secteur privé en faveur de l’expansion
des réseaux de télécommunications et de l’infrastructure des TIC pourrait
promouvoir l’inclusion numérique et débloquer des opportunités économiques.
49
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
met également en lumière les défaillances des politiques et la manière dont des
solutions ont été conçues et mises en œuvre dans des contextes spécifiques.
L’objectif final est que ces expériences et dynamiques nationales fournissent des
enseignements importants pour l’apprentissage par les pairs et la coordination/
coopération potentielle dans l’alignement avec les politiques, de façon à tirer
parti du rôle complémentaire joué par le secteur privé.
50
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
51
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
30
25
20
15
10
0
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
2016
2018
2020
Source : Bureau des Statistiques, Maurice
Le troisième fait stylisé est que Maurice disposait déjà d’un secteur bancaire
bien établi et d’une économie monétisée au moment de l’indépendance. Le
pays affichait une longue tradition bancaire. Bien que le paysage financier
semblait relativement peu développé à la fin des années 1960 par rapport aux
besoins de financement de l’économie, il existait une base solide sur laquelle
s’appuyer.
52
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
On peut affirmer que les neuf stratégies mentionnées ci-dessus ont été mises en
œuvre dans l’ordre attribué, mais il est important de noter qu’il y a eu des cas de
chevauchement chronologique tout au long de leur exécution.
53
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
à garantir que des crédits suffisants soient accordés aux secteurs productifs
prioritaires, tout en contribuant à atténuer les pressions inflationnistes dans
l’économie. Ces efforts se sont traduits par une amélioration significative
de la monétisation et de l’approfondissement du système bancaire, avec
une croissance substantielle des dépôts et un accès généralisé aux comptes
bancaires dans les années 1980. Plus précisément, le montant des dépôts à
terme et des comptes d’épargne a été multiplié par douze entre 1967 et 1974
et, en 1980, plus de 80 % des ménages possédaient un compte bancaire.
iii) Troisième phase : 2011 à aujourd’hui – Gestion d’un secteur financier mature
en mettant l’accent sur l’inclusivité, l’efficience et l’internalisation
54
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
12 Selon la même étude, Maurice fait plutôt piètre figure dans les classements des pays en fonction du développement
financier : il se classe au 53e rang d’après l’Indice de développement financier avec un score de 0,389 ; au 43e rang à
l’Indice des institutions financières avec un score de 0,562 et au 61e rang selon l’Indice des marchés financiers avec
un score de 0,208.
13 En 2016, la Mauritius Post and Cooperative Bank a changé de nom pour devenir la MauBank. L’État possède
désormais les deuxième et troisième plus grandes banques du pays, la SBM Ltd et la MauBank respectivement.
55
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
70 50 000
40 000
60
30 000
50
20 000
40
10 000
30
01–Nov –98
01–Nov –00
01–Nov –02
01–Nov –04
01–Nov –06
01–Nov –08
01–Nov –10
01–Nov –12
01–Nov –14
01–Nov –16
01–Nov –18
01–Nov –20
20
10
89
92
95
98
01
04
07
10
13
16
19
MUR FOREX
19
19
19
19
20
20
20
20
20
20
20
Depuis le début des années 1970, les politiques budgétaires de l’Île se sont
toujours efforcées d’optimiser les recettes fiscales, en maintenant un ratio
impôts/PIB relativement élevé, d’environ 19 % en moyenne (contre environ
15 % en Afrique) (Figure 4).14 Malgré des réductions significatives des taux
d’imposition et l’élimination de certaines taxes à l’importation, l’introduction
14 Les données compilées par la Banque mondiale sur data.worldbank.org montrent des ratios moyens recettes fiscales/
PIB de 15 % et 10,6 %, respectivement pour les pays à revenu élevé et à revenu intermédiaire de la tranche supérieure
en 2020. Cette même année, ce ratio à l’île Maurice, qui fait partie des pays à revenu intermédiaire de la tranche
supérieure, était de 21,6 %.
56
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
8
35
7
30 6
5
25
4
20 3
2
15
1
10 0
1972/1973
1975/1976
1978/1979
1981/1982
1984/1985
1987/1988
1990/1991
1993/1994
1996/1997
1999/2000
2002/2003
2005/2006
2008/2009
2012
2015/2016
2018/2019
EXERCICE 2021-22
1972/1973
1976/1977
1980/1981
1984/1985
1988/1989
1992/1993
1996/1997
2000/2001
2004/2005
2008/2009
2013
2017/2018
EXERCICE 2021-22
d’une taxe sur les ventes en 1983 (remplacée plus tard par la TVA) et la réduction
des taux d’imposition sur les revenus des particuliers et des sociétés, 15 les
performances des recettes fiscales sont restées solides.
La libéralisation des échanges a entraîné une baisse des taxes à l’importation
(Figure 6), compensée par la mise en place de droits d’accise sur certains produits
et par l’augmentation des recettes de TVA (Figures 5 et 7). Les réformes de
l’administration fiscale, notamment la création de l’Autorité fiscale de Maurice
(Mauritius Revenue Authority – MRA) en 2006, ont permis d’améliorer la
collecte des recettes, de réduire l’évasion et la fraude fiscales et d’améliorer
l’efficience et l’équité du système fiscal. Bien que l’on estime que l’impact positif
de ces réformes est significatif, il n’existe pas encore de recherches concrètes
confirmant leurs résultats.
15 Les taux d’imposition les plus élevés sur les revenus des particuliers et des entreprises ont été ramenés de 70 % à
35 % respectivement en 1985 et 1986. D’autres réductions des impôts sur le revenu ont eu lieu par la suite et, depuis
2006, les revenus des particuliers et des entreprises sont soumis à un taux d’imposition forfaitaire de 15 %.
57
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
Figure 6 : Recettes tirées des droits Figure 7 : Recettes tirées des droits
d’importation en pourcentage du PIB d’accises en pourcentage du PIB
12 6,0
4,5
10 4,0
3,5
8
3,0
6 2,5
2,0
4 1,5
2 1,0
0,5
0 0
1972/1973
1976/1977
1980/1981
1984/1985
1988/1989
1992/1993
1996/1997
2000/2001
2004/2005
2008/2009
2013
2017/2018
EXERCICE 2021–22
1972/1973
1975/1976
1978/1979
1981/1982
1984/1985
1987/1988
1990/1991
1993/1994
1996/1997
1999/2000
2002/2003
2005/2006
2008/2009
2012
2015/2016
2018/2019
EXERCICE 2021–22
Source : Ministère des Finances, de la Planification économique et du Développement, gouvernement de Maurice.
16 En août 2021, le gouvernement de l’Union a annoncé un plan de monétisation des actifs dans le cadre duquel des
actifs publics matures « brownfield » ou des actifs publics existants d’une valeur de 6 000 milliards de MUR (soit
135,9 millions d’USD) devaient être monétisés en les louant à des partenaires du secteur privé pour des durées
déterminées. L’objectif est d’utiliser les recettes pour des dépenses d’investissement en vue de la création de
nouvelles infrastructures.
58
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
La profondeur financière de Maurice, telle que mesurée par le ratio des actifs
des banques commerciales par rapport au PIB, un facteur crucial pour atteindre
l’autosuffisance en matière de financement du développement, s’est améliorée
de manière notable au cours des dernières décennies (Figure 8). Ce ratio est
passé de 30 % du PIB à 67 % au cours de la phase I, puis à 352 % à la fin de
la phase II, pour finalement atteindre 435 % en 2021. La Figure 9 illustre la
trajectoire ascendante du crédit au secteur privé en pourcentage du PIB. Ce ratio
est passé de 19 % du PIB à 33 % au cours de la phase I, puis a augmenté à 68 %
à la fin de la phase II, et a encore progressé pour atteindre 85 % au cours de
la dernière année de la phase III (Figure 9). L’augmentation significative de la
taille de la monnaie au sens large17 par rapport au PIB du pays illustre également
l’approfondissement du secteur financier (Figure 10).
59
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
90
500
80
Total des actifs des
400 70
banques commerciales
( % du PIB) 60
Secteur NBFIS Actifs
300 (hors GBC1) ( % du PIB) 50
40
200 Actifs des banques et
des BFNI (% du pib) 30
20
100
10
0 0
Déc-65
Déc-69
Déc-73
Déc-77
Déc-81
Déc-85
Déc-89
Déc-93
Déc-97
Déc-01
Déc-05
Déc-09
Déc-13
Déc-17
Déc-21
Déc-68
Déc-72
Déc-76
Déc-80
Déc-84
Déc-88
Déc-92
Déc-96
Déc-00
Déc-04
Déc-08
Déc-12
Déc-16
Déc-20
Figure 10 : Ratio monnaie au sens Figure 11 : Nombre d’entreprises et de
large/PIB titres cotés à la SEM
1,8
1,6
0,6 80
60
0,4
40
0,2 20
0 0
1989 1993 1997 2001 2005 2009 2013 2017 2021
20
76
84
88
92
96
08
16
80
00
04
12
20
19
19
19
19
19
20
20
19
20
20
20
Note : les institutions financières non bancaires (NBFIS) Source : Banque de Maurice ; Bourse de Maurice ; Indicateurs du
développement dans le monde.
Deux catégories d’actions sont cotées en bourse à Maurice (Figure 11) : les actions
négociées sur le marché officiel, la Bourse de Maurice (SEM), et celles cotées sur
le Marché du développement des entreprises (DEM – Development and Enterprise
Market), où les sociétés doivent répondre à des exigences de cotation moins
60
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
0
Juin 1973
Juin 1977
Juin 1981
Juin 1985
Juin 1989
Juin 1993
Juin 1997
Juin 2001
Juin 2005
Juin 2009
Juin 2013
Juin 2018
Juin 2022
61
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
L’Afrique du Sud est un cas d’étude intéressant, car elle possède l’un des marchés
financiers les plus développés au monde, mais présente de faibles taux de
formation de capital fixe. Par exemple, le marché des actions, dominé par la Bourse
de Johannesburg, est profond et liquide, avec un ratio capitalisation boursière/
PIB18 de plus de 300 %, dépassant de loin celui d’autres marchés émergents, mais
aussi d’économies avancées telles que les États-Unis et la République de Corée.
Le ratio investissement fixe/PIB du pays affiche un niveau historiquement
bas (12,5 % du PIB) et, depuis un certain temps, il tend à se situer dans la
fourchette basse pour un marché émergent. Le Plan national de développement
fixe un objectif à long terme pour l’investissement fixe de 30 % du PIB. Pour
relever ce défi, le président Ramaphosa a annoncé en avril 2018 une campagne
de mobilisation des investissements pour son administration entrante, en se
fixant un objectif d’investissement de 100 milliards d’USD (1 200 milliards de
ZAR) sur 5 ans.19 Le lancement d’une campagne d’investissement menée par le
président a placé la mobilisation des investissements au centre de l’élaboration
62
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
États-Unis
30
Corée, Rép.
25
Malaisie
Inde 20
Chine
15
Maurice
10
Indonésie
Turkiye 5
Nigéria
0
Égypte, Rép. arabe
00
02
04
06
08
10
12
14
16
18
20
20
20
20
20
20
20
20
20
20
20
20
Le rôle du secteur privé pour combler ce fossé est bien reconnu par les décideurs
politiques. Comme l’a soutenu le ministre des Finances, Enoch Gondongwana :
63
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
1.4.2.1. Améliorer le rôle joué par le secteur privé dans le financement des infrastructures
20 Discours du ministre des Finances, M. Enoch Godongwana, lors de la conférence Consulting Engineers South Africa
Infrastructure Indaba, le 18 août 2022, https://www.gov.za/news/speeches/minister-enoch-godongwana-consulting
-engineers-south-africa-infrastructure-indaba-18.
21 (Nations Unies, 2015) .
64
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
invite également les investisseurs institutionnels, tels que les fonds de pension,
à allouer un pourcentage plus important aux infrastructures.
En Afrique du Sud, il existe un stock de fonds considérable s’élevant à
14 200 milliards de ZAR, avec des entrées d’environ 170 milliards de ZAR par an
en 2019 (Figure 16). Le secteur financier soutient indirectement le développement
des infrastructures en investissant dans des obligations souveraines et des
entreprises publiques, pour un total d’environ 1 000 milliards de ZAR. En outre,
le secteur contribue directement au financement de l’infrastructure à un taux
estimé à 1,5 %, légèrement supérieur à la moyenne de l’OCDE, de 1,3 %. Les six
premières banques du pays détiennent des titres d’État, qui représentaient plus de
12 % de leurs actifs en janvier 2021.
L’émergence de fonds d’impact et de fonds environnementaux, sociaux et de
gouvernance (ESG) du secteur privé a connu une augmentation notable. Ces fonds
ont pour mandat spécifique d’investir dans les infrastructures, les initiatives de
lutte contre le changement climatique et les biens publics. Cependant, des
questions ont été soulevées quant à savoir si ces initiatives mobilisent des fonds
supplémentaires pour les biens publics et si elles représentent une approche
distincte du financement. L’un des aspects soumis à l’examen concerne les attentes
en matière de rendement de ces investissements et la question de savoir s’ils
diffèrent réellement des modèles d’investissement traditionnels.
L’un des défis auxquels l’Afrique du Sud est confrontée est la disponibilité de
projets prêts à être financés pour correspondre à la réserve de fonds existante
(« défi de la réserve de projets »). Pour résoudre ce problème, la Facilité budgétaire
pour les infrastructures a été introduite en 2017. Ce mécanisme vise à renforcer la
préparation des projets et à améliorer la réserve de projets viables. Parallèlement,
le Fonds d’infrastructure a été créé en Afrique du Sud, conceptualisé comme un
véhicule de financement mixte qui combine une allocation budgétaire des
pouvoirs publics de 100 milliards de ZAR sur dix ans avec l’objectif d’attirer des
financements privés considérables. Le Fonds d’infrastructure est accueilli par la
Banque de développement d’Afrique australe et sert de plateforme pour réunir
des investissements privés et jouer un rôle important dans l’écosystème de
l’infrastructure. En outre, des changements réglementaires ont été mis en œuvre
pour cibler le développement des infrastructures, y compris des modifications de
la réglementation des fonds de pension qui permettent l’inclusion d’actifs
alternatifs. Ces initiatives témoignent des efforts déployés par le pays pour
stimuler les investissements dans les infrastructures, combler le déficit de
financement et créer un environnement propice à la participation du secteur privé
aux projets d’infrastructure.
65
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
Actions privilégiées
Autres
Cartes de
R ach
ats d
mi
Prê 8 e R
crédit
llia
Pr
44 d
e
ts
êts 5 rds
prêt
rds
m
à l 14 de
ill
s
Épargne
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R
iss A 50 s 8 400
mi 1 06 eme
l l i 7 nts
de rdsa 4 iard milliards
ll
mi de R de R
R
Total
Épargne
Découverts Banques 14 200 milliards de R réglementée
5 800
1 409
milliards milliards
ou 8 400
milliards
de R de R 12 000 milliards de R
après ajustement pour
double comptage
Banques
s
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instruments
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Propriétés
1 06 ds
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liar
milliards
Aut
dérivés)
R
de R
de
783
ces
iar
2
66
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
classes d’actifs perçues comme étant à haut risque. Depuis janvier 2023, un
amendement a introduit une définition de l’infrastructure et fixé une limite
de 45 % pour ces actifs. Ce plafond s’ajoute à celui de 35 % qui s’applique aux
actifs non cotés. L’amendement différencie également la limite entre les fonds
de couverture et l’investissement en capital, le maximum pour ce dernier étant
relevé de 10 à 15 %.
67
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
68
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
Un ensemble de réformes doit être mis en place dans les pays africains pour
inciter le secteur privé à financer les infrastructures.
69
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
Conclusion
Le présent chapitre revient sur le secteur privé en Afrique et propose des
stratégies qui pourraient être mises en place non seulement pour améliorer
la contribution des banques, des investisseurs institutionnels et d’autres
acteurs du secteur privé africains au financement du développement, mais
aussi et surtout pour impliquer le secteur privé national dans le financement
des infrastructures.
Pour accélérer la contribution des banques et des investisseurs institutionnels
au financement du développement en Afrique, plusieurs stratégies clés peuvent
être mises en œuvre. Renforcer les systèmes financiers en améliorant la
réglementation et la supervision, promouvoir l’inclusion financière grâce à des
solutions Fintech innovantes et développer des instruments financiers durables
alignés avec les objectifs environnementaux et sociaux constituent des étapes
cruciales. Faciliter les partenariats public-privé, renforcer la gouvernance et les
cadres de gestion des risques, et investir dans des initiatives de renforcement des
capacités et de partage des connaissances sont d’autres initiatives essentielles. En
70
CHAPITRE 1: Le rôle joué par le secteur privé africain dans le financement du développement
mettant en œuvre ces mesures, l’Afrique peut libérer le potentiel de son secteur
financier et favoriser un développement durable et inclusif sur le continent.
Pour combler le déficit d’infrastructures en Afrique, les circonstances
actuelles nécessitent l’exploration de diverses sources de financement. Parmi
celles-ci, le secteur privé national joue un rôle crucial. Pour atteindre cet objectif,
il est essentiel de renforcer les cadres habilitants au moyen de réformes politiques
et réglementaires, de mécanismes d’atténuation des risques et du renforcement
des capacités institutionnelles. Des mécanismes de financement innovants tels
que le financement mixte, les fonds d’investissement dans les infrastructures
et les partenariats public-privé peuvent mobiliser les fonds du secteur privé.
Relever les défis spécifiques aux secteurs de l’énergie, des transports et des
télécommunications renforcerait encore la participation du secteur privé. Grâce
à ces stratégies, les pays africains peuvent créer un climat d’investissement
attractif, susceptible de favoriser le développement durable des infrastructures
et la croissance économique sur le continent.
Références
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FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
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-rates-puts-africa-in-tough-spot
72
CHAPITRE 2
73
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
74
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité
existantes pourrait entraîner des gains de recettes conséquents, d’autant plus que
la part de la population africaine effectuant des achats en ligne devrait atteindre
40 % en 2025, contre 13 % en 2017.25 Depuis la mise en œuvre de sa TVA
transfrontalière sur les services électroniques en 2014, l’Afrique du Sud a collecté
environ 929 millions d’USD (OCDE, 2021a).
Si elle offre la possibilité d’élargir l’assiette fiscale et de rendre le recouvrement
des recettes plus efficient, la numérisation pose d’importants défis en matière
d’impôts. La croissance de l’économie numérique présente de nombreuses
difficultés aux systèmes de fiscalité directe parce qu’elle entraîne l’essor de
nouvelles méthodes de travail et de nouveaux types d’actifs, facilite la mobilité
des contribuables et soulève la question de la répartition des droits d’imposition
sur les revenus générés par les activités transfrontalières entre juridictions. À
l’instar de ceux d’autres régions, les systèmes fiscaux africains n’ont pas été
conçus pour les cryptomonnaies. Les défis du commerce numérique en matière de
TVA ont trait à la capacité des entreprises à faire des affaires au sein d’une
juridiction sans y avoir d’activité ou de présence physique, ce qui rend difficile le
recouvrement de l’impôt dans le cadre des procédures traditionnelles. Ainsi,
l’absence d’une législation adéquate pour taxer les services numériques limite la
capacité des pays à tirer parti des opportunités offertes par le commerce électronique.
En outre, l’insuffisance des infrastructures et de la connectivité, ainsi que le
faible niveau de compétences numériques des utilisateurs (contribuables et agents
des impôts) compromettent les gains potentiels de l’utilisation des nouvelles
technologies en Afrique. La région présente le plus grand écart d’utilisation de
l’infrastructure numérique au monde. Bien que 84 % de la population des pays
d’Afrique subsaharienne ait en moyenne accès à l’Internet mobile 3G et 63 % à
l’Internet mobile 4G, seuls 22 % utilisaient ce service fin 2021 (Begazo et coll.,
2023). De plus, des disparités importantes subsistent au sein des pays, avec un
écart d’utilisation entre les personnes moins éduquées et les personnes plus
éduquées, et entre les contribuables vivant dans les zones rurales et ceux habitant
en milieu urbain. Aussi, comme le montre le Rapport 2022 de la GSMA sur l’écart
hommes-femmes en matière de téléphonie mobile, l’ASS présente l’un des écarts
les plus importants au monde en matière d’utilisation de l’Internet mobile. Plus de
190 millions d’Africaines n’utilisent pas ce type de services, soit un écart de 37 %
entre les hommes et les femmes. Des efforts considérables sont donc nécessaires
pour réduire ces fractures numériques et exploiter le potentiel des nouvelles
technologies en Afrique. La coopération internationale dans le domaine fiscal,
par le biais de négociations et d’échanges d’informations, de connaissances et
25 Ce chiffre est tiré de la Boîte à outils numérique sur la TVA pour l’Afrique 2023, OCDE/GBM/ATAF : https://www.
oecd.org/tax/consumption/vat-digital-toolkitfor-africa.htm
75
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
26 Commission européenne (2014). Une « technologie d’usage général » ou TUG est un terme inventé pour décrire une
nouvelle méthode de production et d’invention suffisamment importante pour avoir un impact global prolongé.
L’électricité et les technologies de l’information (TI) sont probablement les deux TUG les plus importantes à ce jour
(Jovanovic & Rousseau, 2005) .
76
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité
300
10
200
5
100
0
Déclaration par voie Déclaration par voie Déclaration par voie Déclaration par voie
électronique disponible électronique non disponible électronique disponible électronique non disponible
Évaluation de l’environnement des affaires (1=faible à 6=élevé) Efficience de la mobilisation des recettes (1 = faible à 6 = élevée)
4
4
3
3
2
2
1
1
0
Déclaration par voie Déclaration par voie Déclaration par voie Déclaration par voie
électronique disponible électronique non disponible électronique disponible électronique non disponible
Sources: WBG GTMI 2020 data, OECD Tax Statistics 2020 data, WBG CPIA 2021 data, Doing Business 2020 data, and authors’
calculations
Note: * Les données GTMI 2020 sont tirées de la version 2022 de l’ensemble de données qui inclut les données converties de 2020
et 2022.
77
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
28 Plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, comme l’Afrique du Sud, le Kenya et le Cameroun, ont élargi leur TVA et
d’autres, tels que le Nigeria et le Zimbabwe, ont introduit de nouveaux impôts directs sur les services numériques
pour taxer l’économie numérique.
29 Les mesures fiscales régressives pourraient avoir un impact considérable sur les ménages les plus pauvres et réduire
l’inclusion financière.
30 L’Inde applique un impôt sur les transferts de monnaies numériques (taxe supplémentaire de 1 %).
31 En 2021, une part importante de la population du Kenya (8,5 %), de l’Afrique du Sud (7,1 %) et du Nigeria (6,3 %)
détenait des monnaies numériques (CNUCED, 2022). Le bitcoin a cours légal en République centrafricaine.
78
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité
45000 42252
40000 38199
33317
35000
30000 27970
25000
21352
20000
13984
15000
10454
10000 7721
5000
0
2017 2018 2019 2020 2021* 2022* 2023* 2024*
Sources : OCDE/GBM/ATAF (2023) et données de Statista (2021) – Recettes du e-commerce en Afrique entre 2017 et 2025
(Statista, 2021).
Note : *prévisions.
79
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
32 Des estimations plus récentes suggèrent également que la numérisation a réduit les coûts de mise en conformité en
Corée du Sud de 19 % au cours de la période 2011–2016.
33 L’introduction d’appareils de facturation électronique (EBM – electronic billing machines) au Rwanda a fait baisser la
durée nécessaire aux entreprises pour remplir les déclarations de TVA de 45 à 5 heures (Alliance Better Than Cash, 2020).
80
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité
réduction du nombre de visites aux bureaux des impôts limite les possibilités
d’activités de recherche de rente. En outre, l’utilisation de services d’argent mobile
permet aux contribuables de s’acquitter facilement de leurs obligations,
notamment car la moitié de la population africaine n’a qu’un accès limité, voire
aucun accès, aux services bancaires traditionnels.34 Ainsi, la possibilité de payer
les impôts par le biais de transactions d’argent mobile pourrait être un moyen
efficace de réduire le fardeau de conformité, notamment pour les petits
contribuables africains qui supportent souvent des coûts de conformité fiscale
disproportionnés (Bruce-Twum, Schutte et Asare, 2022 ; Bruce-Twum et Schutte,
2021). La transparence accrue rendue possible par la numérisation des systèmes
fiscaux35 est susceptible d’accroître la satisfaction des contribuables et leur
confiance dans les autorités fiscales et les gouvernements, augmentant ainsi la
morale et la conformité fiscales. En outre, il est important de créer des synergies
numériques entre les réseaux de données des entités clés pour faciliter la
communication entre leurs données respectives, de façon à élargir l’assiette fiscale
grâce aux données de tiers et à permettre le pré-remplissage des déclarations de
revenus (ces entités incluent par exemple les administrations fiscales, les douanes,
les banques, les compagnies d’eau et d’électricité, la chambre de commerce,
l’agence nationale d’identification).
Les avantages de l’utilisation des TIC vont au-delà de l’amélioration des
administrations douanières et fiscales. La numérisation peut renforcer
l’environnement des affaires en réduisant le fardeau de la conformité fiscale. Une
baisse de 10 % des charges liées à l’administration fiscale peut entraîner une
augmentation de près de 4 % de l’activité entrepreneuriale (OCDE, 2021c). En
outre, la possibilité de gagner du temps dans le règlement des impôts grâce aux
paiements numériques pourrait encourager les propriétaires de petites entreprises,
en particulier les femmes entrepreneures (qui doivent souvent concilier travail et
activités domestiques), à formaliser leurs activités. La numérisation des systèmes
fiscaux, en améliorant la précision et la disponibilité des données, a également le
potentiel d’améliorer la formulation de la politique fiscale en termes de prévision
des recettes et de préparation du budget. L’utilisation d’informations sur les
contribuables permettrait aux gouvernements de mieux cibler la redistribution
des revenus. En outre, la mise en œuvre d’outils numériques rend possible une
réduction significative de l’utilisation de papier, d’énergie et de transport, ce qui
contribue à la durabilité environnementale.
81
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
82
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité
83
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
amendes. Les résultats de ces recherches ont montré que 10 % des déclarations
étaient traitées par des inspecteurs qui n’étaient pas affectés de manière
aléatoire, et que les pertes de recettes fiscales associées à ce système de
corruption représentaient environ 3 % du total des taxes perçues. En outre,
l’utilisation de caisses enregistreuses électroniques a conduit au développement
d’appareils automatisés de suppression des ventes (zappers).
0 10 20 30 40
Sources : WDI et CIAT, IMT, IOTA, OCDE (2020) Enquête internationale sur les administrations fiscales et calculs des auteurs
84
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité
39 Traditionnellement, les conventions de double imposition ont été signées pour éviter l’absence d’imposition ou la double
imposition des mêmes revenus dans des juridictions partenaires. Toutefois, plusieurs pays d’ASS ont signé des
conventions prévoyant des taux réduits de retenue à la source sur les paiements de dividendes, d’intérêts et de
redevances, ainsi que d’autres dispositions limitant leurs droits d’imposition dans le but d’attirer les investissements
directs étrangers. Cependant, aucun élément de preuve étayant ces attentes d’un avantage correspondant en matière de
génération d’investissements supplémentaires n’a été fourni par la recherche (Beer et Loeprick, 2018). Au contraire, le
chalandage fiscal peut être particulièrement préjudiciable pour ces pays, en compromettant leurs efforts de mobilisation
des ressources nationales et de réalisation des objectifs de développement durable (Millán-Narotzky et coll., 2021).
85
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
40 Ce principe permet la rétention de taxes sur la valeur ajoutée par le pays où le produit taxé est vendu.
86
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité
87
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
41 Le soutien apporté par TIWB en collaboration avec des partenaires tels que l’ATAF (principalement sur les questions
de prix de transfert, les enquêtes fiscales judiciaires, l’échange et l’utilisation efficace des informations) a permis
d’augmenter les recettes fiscales perçues par les juridictions africaines de 1,2 milliard d’USD entre 2012 et 2021.
88
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité
42 Parmi les autres initiatives internationales visant à aider les pays à protéger leurs assiettes fiscales, citons : la
Stratégie de recettes à moyen terme des partenaires de la PCF, le Forum de l’OCDE sur l’administration fiscale (FAF),
l’assistance technique et le renforcement des capacités en matière de fiscalité des industries extractives du Forum
intergouvernemental sur les mines, les métaux et le développement durable (IGF – Intergovernmental Forum on
Mining, Metals and Sustainable Development) et de ses partenaires (comme l’OCDE et l’ATAF), l’Analyse fiscale des
industries extractives (FARI – Fiscal Analysis of Resource Industries) et le Cadre d’évaluation de la politique fiscale
(TPAF – Tax Policy Assessment Framework) du FMI ; les modèles de maturité de l’administration fiscale de l’OCDE et
de la Banque mondiale ; ou encore l’assistance entre pairs en matière de numérisation.
89
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
12
10
0
Avant la 8 mois après 16 mois après Entre 17 mois
numérisation l’adoption des l’adoption des après l’adoption
outils numériques outils numériques des outils
numériques et
aujourd’hui
90
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité
Une analyse de l’évolution des recettes douanières montre que les impôts sur
le commerce international ont augmenté de 151,6 % huit mois après l’adoption
de la technologie, puis ont continué à augmenter au cours des huit mois suivants,
à un taux de 31,5 %. Ces résultats ont été obtenus grâce à l’amélioration des
performances de l’administration douanière, aux économies de temps et
d’argent, à la réduction des interactions en personne et à la facilitation de la
détection des fraudes liée à l’utilisation d’outils numériques.
La hausse des recettes s’est ralentie ces dernières années ; cependant,
l’activation des autres fonctionnalités de la plateforme (prévue pour cette
année), telles que la possibilité de payer des impôts par le biais de transactions
d’argent mobile, pourrait donner une nouvelle impulsion aux recettes publiques.
91
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
objectif premier était de garantir l’accès à Internet à haut débit dans tout le pays,
notamment dans les centres urbains et les régions mal desservies. Ce faisant,
il a effectivement aplani les barrières à l’entrée pour des millions de Rwandais,
facilitant leur connexion au monde numérique. Ce réseau fondamental a été le
fondement du renforcement de la connectivité Internet et de la rationalisation de
la transmission des données dans tout le Rwanda. Le gouvernement a pris des
mesures proactives pour combler la fracture numérique en dotant les étudiants
et les communautés de compétences numériques essentielles et en garantissant
l’accès à des ordinateurs grâce à diverses initiatives. En outre, pour exploiter toute la
gamme des avantages apportés par la numérisation, le Rwanda a stratégiquement
employé sa politique fiscale pour promouvoir l’adoption et l’utilisation
d’appareils technologiques. Cette approche stratégique englobe diverses mesures
politiques, y compris l’exonération de taxes pour des équipements TIC tels que
les téléphones. Le pays a aussi mis en œuvre une augmentation progressive des
impôts, en particulier des droits d’accise sur les télécommunications (temps de
communication). Cette approche progressive sur une période de dix ans verra le
taux d’imposition passer de 3 % à 5 % puis à 8 %, pour finalement atteindre 10 %.
En 2011, des systèmes d’enregistrement, de déclaration et de paiement en ligne
ont été lancés. Cela a inauguré une ère où les contribuables peuvent s’acquitter
de leurs responsabilités à distance, éliminant ainsi le besoin d’interactions en
personne avec les agents du RRA. Cette transition a eu de profonds effets, le
nombre de contribuables enregistrés ayant été multiplié par cinq entre 2011 et
2019, ce qui a favorisé la mise en place d’un environnement fiscal plus inclusif.
Le passage à l’interface numérique ne s’est pas contenté de faciliter le respect
des obligations fiscales, il a également permis un rapprochement efficient entre
les impôts perçus et les paiements en ligne, ce qui a entraîné une réduction des
coûts de collecte. En 2012, la mise en œuvre d’un système de déclaration en ligne
a simplifié le processus d’importation, ce qui a réduit considérablement le temps
et les coûts associés au dédouanement et favorisé un environnement commercial
plus efficient. À l’heure actuelle, la déclaration en ligne est utilisée pour 100 %
de tous les types d’impôts, tandis que les paiements en ligne représentent 98 %
de l’ensemble des transactions fiscales.
Par la suite, en 2013, le Rwanda a introduit les EBM, ou appareils de
facturation électronique, pour les contribuables immatriculés à la TVA.
Ce système transformateur permet aux entreprises d’émettre des reçus
électroniques pour les biens et les services, tout en transmettant les données
des transactions au RRA en temps réel. Les effets positifs de cette initiative sur
le système de recouvrement des impôts sont palpables, les recettes de TVA ayant
augmenté d’environ 30 % au cours de la première année de mise en œuvre. En
outre, l’amélioration de la précision et de la transparence des données relatives
92
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité
93
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
94
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité
des EBM sont également utilisées par les agences gouvernementales à différentes
fins de formulation de politiques. Un autre exemple spécifique est l’utilisation
de ces données pour effectuer des analyses économiques qui assureront la
coordination des politiques fiscales et monétaires menées par le ministère des
Finances et de la Planification économique et par la Banque centrale du Rwanda.
Même pendant le tumulte créé par la COVID-19, la collecte quotidienne de
données par les EBM a joué un rôle central dans le suivi de l’activité économique,
ce qui a permis au gouvernement de formuler des décisions judicieuses tout en
mettant en œuvre des mesures vitales de distanciation sociale.
La fusion de la technologie et de la gouvernance a également amélioré le
climat des affaires au Rwanda, en favorisant une relation symbiotique entre
le gouvernement et le secteur privé, et en ouvrant la voie à des ajustements
politiques rapides tout en limitant les possibilités de corruption et en réduisant
le coût de la conformité, entre autres avantages.
19,9%
16,4% 19,3%
15,0%
15,9%
11,0% 14,3% 16,1%
13,3%
10,3%
20 /01
20 /02
20 /03
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20 /05
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20
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FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
difficile, comme l’ont montré les défis rencontrés par le Rwanda lors de leur
déploiement. Après l’expérience initiale, le pays est passé à une solution
informatisée, qui s’est également heurtée à des obstacles dans la mise en œuvre,
car tous les contribuables ne sont pas en mesure d’utiliser des ordinateurs. Cette
situation souligne l’importance de l’expérimentation. Les systèmes numériques
doivent être testés avant d’être mis en œuvre.
Des réformes institutionnelles et opérationnelles sont nécessaires. Le succès
de la modernisation de l’administration fiscale passe par un appui de haut
niveau de la part des dirigeants. Les hauts responsables des administrations
fiscales doivent soutenir le parcours de numérisation en faisant preuve de
flexibilité, d’ouverture au changement et de grandes capacités de motivation. Le
personnel peut avoir besoin d’une formation avant de mettre en œuvre la
technologie. L’investissement dans les ressources humaines est crucial pour
garantir l’utilisation efficace et adéquate des outils numériques par les agents
du fisc. Une évaluation des capacités et des compétences du personnel de
l’administration fiscale permettra d’identifier les besoins dans ce domaine. Les
contribuables sont parfois réticents à utiliser les nouvelles technologies en
raison d’un manque d’alphabétisation numérique. Il est essentiel que les
gouvernements investissent dans des sessions d’éducation et de formation pour
s’assurer que les citoyens adoptent la technologie numérique. Les administrations
fiscales doivent également proposer des programmes de formation et de
sensibilisation des contribuables qui pourraient aider ces derniers à utiliser la
déclaration et le paiement électroniques, sans oublier de prendre en compte la
nécessité d’une période de transition et les coûts qui y sont liés.
La culture numérique des femmes étant particulièrement faible en Afrique,
des formations ciblées et adaptées doivent leur être proposées. L’engagement
des contribuables est la clé du succès de l’adoption des technologies et pourrait
être amélioré en facilitant leur accès à l’information sur les lois et procédures
fiscales, par le biais de méthodes de communication modernes et traditionnelles.
En faisant en sorte que les interactions en ligne et hors ligne des contribuables
soient personnalisées, simples, cohérentes, intuitives et fournies en temps réel,
les administrations fiscales peuvent obtenir une vue à 360 degrés des
contribuables et de leurs besoins. Cela les aiderait à personnaliser les services
électroniques et à ouvrir des communications sur différents canaux (Microsoft
et PwC, 2018). L’engagement des contribuables est également un élément
essentiel de la morale fiscale et de la conformité volontaire, et pourrait limiter
le recours aux enregistrements en masse fondés sur la technologie43 qui ont lieu
dans des pays d’Afrique subsaharienne. L’étude d’Alm et coll. (2010) sur le
43 L’augmentation agressive du nombre d’enregistrements fiscaux risque fort de se traduire principalement par
l’enregistrement de petites entreprises qui, dans la pratique, ne paieront que peu ou pas d’impôts (Moore, 2020).
98
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité
44 Le CREDAF (Cercle de réflexion et d’échange des dirigeants des administrations fiscales) a été officiellement lancé
en 1982 dans le but de faciliter les échanges de bonnes pratiques entre les dirigeants des administrations fiscales de
30 pays francophones, dont 20 pays d’ASS.
99
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
45 L’Estonie est l’un des pays les plus avancés en matière de gestion de l’identité numérique. Le pays dispose également
d’un programme de e-résidence permettant à toute personne (indépendamment de sa citoyenneté ou de son lieu de
résidence) de devenir un e-résident estonien et d’accéder aux divers services numériques de la juridiction.
100
CHAPITRE 2: Les technologies numériques et la fiscalité
2.7. Conclusion
Il est largement admis que la révolution numérique soulève des défis majeurs
pour la conception et l’administration de l’impôt, et que ces défis sont
susceptibles de se multiplier. Ce chapitre montre clairement que les résoudre
exige des efforts aux niveaux national et multilatéral. Il illustre également les
nombreuses opportunités qu’offre la numérisation pour élargir l’assiette fiscale
et rendre la collecte des recettes fiscales plus efficiente. Ainsi, la transformation
numérique des économies peut améliorer la mobilisation des ressources
nationales pour soutenir les objectifs de développement durable.
Le succès des réformes des TIC dépend fortement d’un environnement
favorable, et le chapitre fournit des recommandations pertinentes, à la fois pour
les pays africains qui veulent se lancer dans un parcours numérique et pour ceux
101
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
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105
CHAPITRE 3
46 L’aide au développement de l’Afrique a connu un déclin ces dernières années en Afrique subsaharienne. Bien que l’aide
publique au développement (APD) ait atteint des niveaux record en 2022, l’aide globale aux pays en développement, y
compris l’Afrique, a diminué de 2 % (environ 4 milliards de dollars américains), avec des répercussions dans plus de
70 pays en développement, dont beaucoup en Afrique (CNUCED, 2024). L’aide au développement des pays les moins
avancés a également connu une baisse de 4 %, après une diminution de 8 % l’année précédente (CNUCED, 2024)). En
outre, la part de l’aide expressément dirigée vers les pays africains est à son plus bas niveau depuis plus de
deux décennies, avec seulement 25,6 % de l’APD mondiale allant au continent (Harcourt, 2024)). Cette tendance est en
partie due à un changement dans les priorités des donateurs, y compris des augmentations significatives de l’aide à
l’Ukraine et à d’autres crises émergentes (Harcourt, 2024) .
106
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
47 L’analyse exclut les mesures de mobilisation des recettes provenant du secteur extractif ainsi que les taxes et droits
de douane. Bien qu’il s’agisse de sources de revenus importantes, elles sont confrontées à des défis distincts et
complexes qui nécessitent une analyse politique et institutionnelle détaillée.
107
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
108
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
et identifie les domaines dans lesquels des améliorations sont encore nécessaires.
La section 4 analyse la contribution des entreprises publiques des trois pays à la
mobilisation des recettes intérieures et les mesures prises par les gouvernements
pour rendre ces entreprises plus lucratives. La dernière section présente la
conclusion et les principaux enseignements tirés des trois pays, notamment les
défis à relever pour équilibrer la génération de recettes et le soutien aux populations
vulnérables, ainsi que la nécessité d’assurer une gouvernance et une prestation de
services publics efficaces pour favoriser la confiance et le respect des règles.
109
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
110
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
PIB. Cette démarche s’inscrit dans leurs stratégies de recettes à moyen terme et
cadre avec leurs engagements internationaux48. Cette section donne un aperçu
de ces performances sur la base des données disponibles les plus récentes de
2020. De même, ces données doivent être interprétées avec prudence, car les
performances ont été considérablement affectées par la crise de la COVID-19.
Tandis que le ratio impôts/PIB aux Seychelles et en Afrique du Sud, les pays
les plus performants en Afrique, dépassait 25 % en 2020 (OCDE, CUA et
ATAF, 2022), l’évolution de la mobilisation des recettes fiscales au Sénégal,
au Cameroun et au Ghana pose des problèmes pour atteindre des niveaux
similaires, comme l’expliquent les paragraphes ci-dessous.
• Sénégal : la mobilisation des recettes fiscales au Sénégal a dépassé la moyenne
régionale avec un ratio impôts/PIB de 18,1 % en 2020 (OCDE, CUA et ATAF,
2022). Cependant, la part des recettes non fiscales dans le PIB s’élève à
3,4 %, ce qui est inférieur à la moyenne régionale de 6,8 % (OCDE, ATAF et
CUA, 2022b). En 2020, la mobilisation des recettes fiscales et non fiscales
s’élève à 2 518,9 milliards de francs CFA (environ 6 millions de dollars)
contre 2 546,4 milliards de francs CFA (environ 5,8 millions de dollars) en
2019, soit une baisse marginale de 1 % (République du Sénégal, 2021). Cette
performance peut être attribuée à l’augmentation de la TVA, de l’impôt sur le
revenu, des bénéfices, des gains en capital et d’autres flux de recettes fiscales.
En particulier, la contribution de la TVA (32 % de toutes les recettes fiscales)
est supérieure à la moyenne régionale de 28 % de la contribution aux recettes
fiscales totales (OCDE, CUA et ATAF, 2022).
• Cameroun : en revanche, la performance en matière de mobilisation des
recettes fiscales au Cameroun s’est établie en moyenne à un ratio impôts/
PIB de 12,8 % en 2020, un niveau inférieur à celui du Sénégal et à la moyenne
régionale. On observe une baisse de 1,1 % par rapport à 2019 (OCDE, CUA
et ATAF, 2022). Les recettes non fiscales représentaient environ 2,3 % du
PIB, soit un peu moins que le Sénégal et moins que la moyenne africaine
(OCDE, CUA et ATAF, 2022). À l’instar du Sénégal, la TVA est la principale
source de recettes, représentant 31 % des recettes fiscales, suivie par les
taxes sur les biens et services autres que la TVA, qui représentent 27 %, et
les autres taxes (y compris les impôts sur le revenu), qui représentent une
part de 18 % (OCDE, ATAF et CUA, 2022b). Les recettes fiscales représentent
61,7 % des ressources propres de l’État et contribuent à hauteur de 39,2 % au
budget de l’État en 2020 (République du Cameroun, 2020). Ces recettes sont
passées de 2 932 milliards de francs CFA en 2019 (environ 4,98 millions de
48 Ces informations sont mentionnées dans les différents rapports financiers des trois pays, y compris la Stratégie
de mobilisation des recettes à moyen terme dans le cas du Sénégal et le Plan de développement à moyen terme
pour le Ghana.
111
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
49 Conversion effectuée à l’aide de ce site Web pour les taux de 2019 et 2020 :
50 République du Cameroun, p. 7 du Rapport d’exécution du budget de l’État pour l’Exercice 2020.
51 En 2022, les recettes fiscales ont dépassé les 2 000 milliards de FCFA pour la première fois au Cameroun
(Mbodiam, 2022).
52 La conversion se fait à l’aide de ce site Web pour les taux de 2019 et 2020 : https://www.xe.com/currencycharts/
?from=GHS&to=USD&view=10Y
112
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
et aux crises qui ont suivi ont été ressenties dans les impôts sur les biens et les
services, qui ont diminué davantage que les impôts sur le revenu ou d’autres
impôts, telles que les cotisations de sécurité sociale et les impôts fonciers (OCDE,
CUA et ATAF, 2022). Pendant la pandémie, la baisse la plus significative des
recettes fiscales en pourcentage du PIB a été celle de la TVA, qui a diminué de
0,3 % en moyenne (OCDE, ATAF et CUA, 2022b). Ainsi, au moment où ces pays
élaborent leurs stratégies en matière de recettes et s’efforcent d’atteindre les
normes internationales, leur parcours est marqué par des défis distincts.
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2015 2016 2017 2018 2019 2020
Tandis que les pays d’Afrique subsaharienne s’efforcent de se doter d’une forte
capacité fiscale, la mobilisation des recettes fiscales et non fiscales apparaît
comme un moyen essentiel d’atteindre cet objectif. Un système de recettes
efficace et efficient exige non seulement la simplicité, l’efficience et l’équité,
mais s’aligne également sur les principes d’équité dans la distribution des
richesses et des revenus et de progressivité. Dans ce contexte, la structure
fiscale revêt une importance essentielle, car elle détermine les méthodes de
collecte des recettes. Cette section examine les systèmes fiscaux du Sénégal,
113
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
114
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
dans les trois pays soulignent certaines mesures de progressivité et d’équité sur la
base de principes fondamentaux, les différents taux visant à assurer une équité à
la fois horizontale et verticale. En ce qui concerne l’équité horizontale, si des
sociétés similaires dans chaque pays sont imposées à ces taux, cela suggère une
tentative de créer des conditions de concurrence équitables dans chaque contexte
national. En outre, des taux d’IS plus élevés peuvent être considérés comme un
moyen d’imposer les entités les plus rentables à un taux plus élevé, en supposant
que les bénéfices sont corrélés à la capacité de payer.
Néanmoins, les impôts indirects représentent un pourcentage plus élevé des
recettes fiscales que les impôts directs dans les trois pays, ce qui accroît le degré
de régressivité des systèmes fiscaux53. Au Ghana, par exemple, 57 % des recettes
fiscales provenaient des impôts indirects au cours des dix dernières années54.
Cette situation contraste avec des pays comme l’Afrique du Sud, qui bénéficient
d’un système plus progressif en raison de leur dépendance à l’égard des revenus,
des bénéfices et des gains en capital pour générer plus de 60 % de leurs recettes
fiscales55.
Taxes sur les biens et services autres que la TVA Impôt sur le revenu des sociétés
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L’élément central de la domination des impôts indirects est la TVA, qui a fourni
la contribution la plus élevée en 2020. Au Sénégal et au Cameroun, la TVA a
53 Moore, Prichard et Fjeldstad b (2018) Taxing Africa: Coercion, Reform and Development. Outre la TVA, les impôts
indirects les plus importants au Ghana sont 1) la taxe sur les services de communication (5 %), 2) la taxe GETFUND
(2,5 %), 3) la taxe sur l’assurance maladie nationale (2,5 %), 4) les droits d’accise (47,5 %) sur la bière, 5) la taxe
COVID-19 (1 %) et 6) les droits d’importation (différents taux).
54 Awal (2021) ; Andoh et Nkrumah. (2022)
55 OCDE, CUA et ATAF. (2022)
115
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
L’introduction de la TVA est l’une des principales réformes fiscales mises en œuvre
par de nombreux pays d’Afrique subsaharienne. Cette réforme a été encouragée,
en partie, par la recommandation du FMI de remplacer les taxes sur les ventes et
le chiffre d’affaires par le cadre de la TVA (Moore, Prichard et Fjeldstad, 2018b).
L’idée directrice était que les recettes supplémentaires provenant de la TVA
constitueraient un substitut viable à la baisse des recettes résultant de la réduction
des taxes sur le commerce. Au-delà des considérations de recettes, la mise en
place de la TVA s’est accompagnée d’un plan visant à réduire le phénomène de l’«
imposition en cascade » – un scénario dans lequel les taxes sont prélevées sur les
paiements de taxes antérieurs au sein de la chaîne d’approvisionnement (Segura-
Ubiergo et coll., 2018). Cependant, malgré le succès initial de la TVA, qui a favorisé
un changement transitoire des paradigmes fiscaux, les experts s’accordent à
dire que certaines lacunes persistent. Il s’agit notamment d’une assiette fiscale
réduite, de l’existence de taux d’imposition multiples et d’un taux normal élevé.
Cela souligne le fait que les systèmes de TVA, bien qu’efficaces à certains égards,
sont confrontés au défi de parvenir à une plus grande mobilisation des recettes.
Le Sénégal et le Cameroun ont introduit la TVA respectivement en 1980 et en
1999. Le taux au Cameroun est de 19,5 %, et au Sénégal de 18 % – tous deux
considérés comme parmi les plus élevés d’Afrique (MINFI, 2020). Il est
intéressant de noter que le régime de TVA au Ghana a subi plusieurs changements
dans le cadre des mesures discrétionnaires prises par le gouvernement pour,
entre autres, stimuler la mobilisation des recettes. Le pays a adopté cette taxe en
1995, mais l’a abrogée principalement en raison de son taux élevé (17,5 %), de la
pression exercée par les entreprises pour obtenir des exonérations et des
problèmes liés à la mauvaise tenue des registres des entreprises. La taxe a
ensuite été réintroduite en 1998 à un taux de 12,5 % (Assibey-Mensah, 1999).
En 2022, elle a de nouveau été augmentée à 15 % dans le cadre des mesures
prises par le pays pour augmenter ses recettes dans le contexte de la crise
économique qu’il traverse (GRA, s.d.)56.
56 Le gouvernement prévoit d’utiliser ces recettes supplémentaires pour les infrastructures routières et
la numérisation.
116
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
117
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
3.2.2.2. Les effets pervers des exonérations fiscales sur la mobilisation des recettes
intérieures
118
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
57 La publication de ces rapports marque une étape importante vers une estimation plus précise des coûts
d’exonération. Cependant, le processus d’évaluation de ces dépenses fiscales varie considérablement d’un pays à
l’autre, ce qui pose un problème pour parvenir à une évaluation précise. La difficulté réside dans les différentes
méthodologies adoptées et dans les complexités inhérentes à l’obtention de données complètes à l’intérieur d’un
même pays, d’un pays à l’autre et d’un secteur à l’autre.
119
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
58 Il n’est pas possible de savoir qui a bénéficié le plus de ces exonérations en 2020.
120
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
Tableau 4 : Résumé des exonérations fiscales, des secteurs clés et des pertes de
recettes
Pertes de Pertes de
Exonérations Principaux recettes recettes
fiscales Exonérations Principaux secteurs notables notables
Pays Année (monnaie) fiscales (US$) bénéficiaires bénéficiaires (monnaie) (US$)
Sénégal 2020 846 milliards de ~1,5 milliard Ménages Non spécifié 400 milliards de –
francs CFA de dollars (45,8 %), francs CFA
Entreprises (début des
(24,27 %) années 2000)
Cameroun 2019 584,7 milliards ~993 millions Entreprises Agroalimentaire 850 milliards de –
de francs CFA de dollars (73,9 %), (18,2 %), Mines francs CFA
Ménages (17,9 %) (2015)
(26,1 %)
Cameroun 2020 452,272 milliards ~768 millions – – – –
de francs CFA de dollars
Ghana 2020 514 millions ~87 millions – – 27 milliards GHS ~4 milliards
de GHS de dollars (2008–2020) de dollars
Ghana 2021 4,85 milliards ~921 millions – – – –
de GHS de dollars
Ghana 2021 7,43 milliards ~1,3 milliard – – – –
de GHS de dollars
Sources : Sénégal : Rapport d’évaluation des dépenses fiscales, Sénégal (ministère des Finances et du Budget, 2020) . Cameroun :
Rapports du ministère des Finances et autres rapports d’autres sources (ministère des Finances, 2019 ; Publish What you Pay, 2018 ;
Cameroun Actuel, 2023) . Ghana : Global Tax Expenditure Data – Ghana, et article de presse (GTED, 2021 ; Agyeman, 2022)
Notes : Les chiffres pour le Sénégal et le Cameroun incluent à la fois les régimes ordinaires et dérogatoires d’exonérations fiscales.
Pour le Ghana, les chiffres pour 2021 reflètent différents points de données de la même année. Les données sur les pertes de recettes
notables au Ghana couvrent une période plus longue (2008–2020) et ne sont pas directement comparables aux chiffres annuels pour
d’autres pays.
L’examen des exonérations dans les trois pays et, plus largement, dans toute
l’Afrique, fait apparaître un fil conducteur. Tout d’abord, les gouvernements de
l’Afrique subsaharienne ont étendu les exonérations et les incitations fiscales
dans le but de stimuler la croissance économique, d’attirer les investissements
étrangers et de soutenir des industries spécifiques. Néanmoins, trouver le juste
équilibre entre l’octroi d’incitations fiscales et la garantie de recettes substantielles
reste un défi complexe. Les rapports font état d’une préoccupation dominante
selon laquelle ces exonérations ont atteint des niveaux excessifs, perpétuant
des déficits de recettes qui, en fin de compte, éclipsent les avantages retirés par
les gouvernements. C’est notamment le cas du programme de zone franche du
Ghana, dont les avantages, notamment en termes de création d’emplois, sont
inférieurs au niveau d’exportation escompté ou même aux avantages en termes
d’exonérations accordées aux entreprises (Nyarko Otoo, 2020)
Deuxièmement, la tendance à fournir des incitations fiscales et autres
substantielles a déclenché une course déconcertante vers le bas parmi les pays qui
cherchent à attirer l’investissement direct étranger (IDE). Pour illustrer cette
tendance, une étude de Coulibaly et Camara (2021), portant sur le secteur minier,
montre que les fluctuations des taux de l’impôt sur les sociétés n’ont pas d’impact
121
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
statistiquement significatif sur les entrées d’IDE dans les secteurs de l’extraction
de l’or et de l’argent dans les économies africaines. De même, une étude menée par
Ali-Nakyea et Amoh (2018) au Ghana remet en question l’efficacité des incitations
fiscales dans le secteur des ressources naturelles, suscitant le scepticisme quant
au lien direct entre ces incitations et les flux d’IDE.
Les experts s’accordent aujourd’hui à dire que la capacité à attirer les
investissements n’est pas invariablement corrélée à des gains tangibles. Au
contraire, l’attrait du climat d’investissement, y compris des facteurs tels que la
stabilité macroéconomique, la qualité des infrastructures et la bonne gouvernance,
est souvent pris en compte dans le processus de sélection des investisseurs
(Ali-Nakyea et Amoh, 2018 ; Nyarko Otoo, 2020 ; Tanzi et coll., 1981 ; Abille et
Mumuni, 2023) the country’s economy is characterised by high budget deficits,
rising debt-to-gross domestic product (GDP. Ainsi, un consensus de plus en plus
large se dégage sur le fait que, pour les pays qui continuent à offrir davantage
d’incitations de ce type malgré leurs avantages limités, la force motrice de cette
concurrence fiscale semble être principalement ancrée dans des motifs politiques
plutôt que dans la rationalité économique (Nyarko Otoo 2020 ; Moore, Prichard et
Fjeldstad, 2018a).
122
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
Tableau 5 : Résumé des mesures visant à limiter les effets négatifs des
exonérations fiscales
Pays Année Mesures prises Détails
Sénégal En Rapports et Publie des rapports sur les dépenses fiscales afin d’améliorer la
cours réformes transparence et la gouvernance, dans le but d’éliminer les
réglementaires exonérations spécifiques et d’améliorer la surveillance.
Ghana 2022 Adoption du projet de Introduction de critères d’éligibilité transparents, d’un cadre de
loi sur l’exonération suivi et d’application, et renforcement de la surveillance par le
fiscale ministère des Finances.
Bien que ces efforts de réforme soient louables, leur impact réel reste à déterminer.
Cependant, il est essentiel de souligner que le succès de la réforme des systèmes
d’exonération fiscale dépend de la mise en œuvre de mesures de contrôle solides
et efficaces soutenues par les acteurs politiques. Un soutien politique solide est
essentiel pour vaincre la résistance à ces réformes et mesures, et pour garantir que
les contribuables remplissent leurs obligations grâce à des méthodes d’application
efficaces, une transparence soutenue et un engagement solide.
59 Ce projet de loi fait partie de plusieurs mesures prises en 2016, lorsque le ministère des Finances a intensifié sa
surveillance dans le but de limiter l’utilisation des permis spéciaux qui exonèrent les importations des droits de
douane et de la TVA et la modification du processus d’approbation des exonérations pour inclure le dédouanement
obligatoire par le ministère. Toutefois, ces mesures antérieures n’ont pas eu un impact suffisamment important.
123
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
d’une valeur nette élevée (HNWI) ou fortunés apparaît comme une stratégie
prometteuse permettant aux gouvernements d’engranger des recettes
substantielles. Le principe sous-jacent est que les HNWI possèdent plus de
ressources et peuvent payer une plus grande part de leurs revenus en impôts
sans rencontrer une charge financière similaire à celle des personnes à faible
revenu (Kangave et coll., 2016)despite various amendments to tax laws and
reforms in tax administration. Part of the low revenue contribution can be
attributed to factors external to the Uganda Revenue Authority (URA).
Dans de nombreux pays africains, l’inégalité des revenus et des richesses
reste un problème important ; un faible pourcentage de la population possédant
une part disproportionnée des richesses. Il est prouvé que les Africains fortunés
ne paient que peu ou pas d’impôt sur le revenu, et bien que le nombre de
milliardaires africains soit peu élevé, mais en augmentation rapide, de nombreux
pays n’ont pas réussi à mettre en place des systèmes efficaces pour taxer les
grosses fortunes (Dietz, 2023 ; Moore, Prichard et Fjeldstad, 2018a ; Kangave et
coll., 2016). En Ouganda, par exemple, une étude a révélé que bien que les HNWI
soient enregistrés auprès de l’Uganda Revenue Authority (URA), seul un nombre
limité d’entre eux payaient leurs impôts sur le revenu (Kangave et coll., 2016).
Cet écart s’explique en grande partie par les difficultés d’application de la loi au
sein de cette catégorie spécifique de contribuables. De même, le Nigeria est le
troisième pays d’Afrique en termes de nombre d’individus disposant d’une
fortune d’au moins 1 million de dollars, et leur richesse privée est évaluée à plus
de la moitié du PIB du Nigeria (Kamer, s.d.). Néanmoins, le pays ne perçoit
qu’une petite partie des recettes fiscales potentielles provenant de ces personnes
(Ademola, Dada et Akintoye, 2019).
Les approches adoptées par le Ghana, le Sénégal et le Cameroun pour générer
des recettes à partir des fortunes privées présentent à la fois des similitudes et
des différences. Tout d’abord, ces trois pays ont introduit le système du numéro
d’identification fiscal (TIN) pour identifier et suivre les contribuables, dans le
but d’enregistrer un plus grand nombre de fortunés. Deuxièmement, ces pays se
sont engagés dans des révisions et des mises à jour de leur législation fiscale afin
d’en assurer la pertinence et l’efficacité dans le cadre de l’imposition des HNWI.
Par exemple, les efforts des trois pays ont été orientés vers la réforme de leurs
régimes d’impôt sur le revenu des personnes physiques afin de capter les revenus
des particuliers fortunés qui auraient pu auparavant éviter ou se soustraire à
leurs responsabilités fiscales. Plus précisément, en 2021, la Ghana Revenue
Authority (GRA) a proposé de modifier le régime de l’impôt sur le revenu des
personnes physiques afin de prendre en compte les revenus des HNWI
(personnes disposant d’environ 1 million de dollars US d’actifs financiers
liquides) qui ont pu auparavant éviter les impôts ou s’y soustraire (Segbefia,
124
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
Les impôts fonciers (impôts sur les bâtiments, revenus locatifs, droits de timbre,
taxes foncières, etc.) sont également considérés comme une source importante de
revenus, en particulier pour les gouvernements en Afrique. En outre, l’urbanisation
croissante et le boom de l’immobilier dans plusieurs villes africaines soulignent
l’immense potentiel de génération de recettes fiscales liées à la propriété. Bien
qu’il soit admis qu’il s’agit d’impôts faciles et progressifs à collecter, ils sont connus
125
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
126
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
Bien que la mobilisation des recettes ait toujours été une priorité du
gouvernement, elle a été définie comme un élément central du Plan Sénégal
Émergent (PSE) adopté en 2014. Ce vaste programme de développement met
l’accent sur le rôle des acteurs politiques dans les réformes fiscales, compte tenu
des investissements et des ressources déployés pour soutenir les activités de
collecte de recettes. Le PSE est un plan stratégique de développement sur 15 ans
qui vise à transformer le Sénégal en une économie émergente. Le PSE met
l’accent sur les réformes structurelles, le développement des infrastructures
et la croissance du secteur privé afin de stimuler la diversification économique
et de réduire la pauvreté. Sa formulation s’est accompagnée du lancement d’un
vaste projet de réformes fiscales visant à moderniser et à rendre plus efficace
le code général des impôts. Les principaux objectifs sont 1) l’augmentation de
la performance fiscale ; et 2) l’élargissement de l’assiette fiscale pour atteindre
un ratio impôts/PIB de 20% en 2023 et permettre au gouvernement de réaliser
ses projets de développement et de remplir ses engagements internationaux en
matière de transition fiscale (Gouvernement du Sénégal, 2014). Ces réformes
fiscales ont été menées avec des objectifs de transparence qui se sont traduits
par l’adoption, en 2012, du Code de transparence dans la gestion des finances
publiques. Celui-ci invite le gouvernement à publier toutes les informations
127
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
60 De plus amples informations sont nécessaires pour évaluer l’impact de ces engagements. Le Ghana et le Cameroun
ont rejoint le forum respectivement en 2011 et 2012.
128
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
200061. Les récentes réformes ont débuté en 2019 sous le financement de plusieurs
acteurs, principalement le gouvernement du Sénégal, la Banque mondiale et
l’Agence française de développement. Il est attendu que les données collectées
permettent également à la DGID de capter un grand nombre de contribuables
potentiels, en plus d’estimer les caractéristiques et les catégories de contribuables
afin d’adopter les mesures et stratégies nécessaires pour s’engager auprès d’eux.
Plusieurs résultats ont été obtenus, notamment l’augmentation du nombre de
contribuables dans les bases de données de la DGID. Jusqu’à présent, le ratio
impôt/PIB a augmenté d’environ 14 % en dix ans, passant de 15,9 % en 2010 à
18,1 % en 2020 (OCDE, CUA et ATAF, 2022). Bien que ces réformes rencontrent
certaines difficultés (ressources limitées, traitement d’un grand volume de
données, etc.), elles soulignent comment les élites gouvernementales peuvent
initier des réformes de mobilisation des recettes nationales lorsque celles-ci
s’alignent sur leurs priorités politiques.
61 En 2009, sur financement de la Banque Africaine de Développement, l’État du Sénégal a mis en œuvre le Programme
d’Appui à la Modernisation du Cadastre (PAMOCA). Cependant, malgré des investissements importants, ceux-ci se
sont traduits par une augmentation marginale des revenus fonciers et un élargissement limité de l’assiette des recettes.
129
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
reflètent dans les plans de développement à moyen terme adoptés tous les trois
ans. L’engagement du gouvernement à améliorer la mobilisation des recettes
intérieures a abouti à une progression positive avec le lancement en 2019 du
programme « Ghana Beyond Aid ». Ce programme est axé sur les principes
d’autosuffisance, de transformation économique et de développement durable.
Son principal objectif est de réduire la dépendance à l’égard de l’aide extérieure
au développement et de parvenir à un financement autonome des secteurs
fondamentaux tels que l’éducation, les soins de santé, l’assainissement et les
ressources en eau (République du Ghana, 2019). Ce programme met l’accent sur
une gouvernance responsable, la transparence et une gestion prudente des
ressources, dans le but de forger un Ghana autonome et prospère.
Les objectifs et les mesures de mobilisation des recettes s’articulent autour
d’une série de réformes qui s’appuient sur les initiatives de mobilisation des
recettes lancées dans les années 2000. Il s’agit notamment d’améliorer l’efficience
des agences de collecte des recettes, en particulier la GRA, de faciliter l’identification
efficiente des contribuables potentiels, d’assurer une application rigoureuse du
paiement des impôts (en particulier dans le secteur minier), de lutter contre la
corruption, de favoriser l’efficience des entreprises publiques et d’optimiser les
dépenses et les investissements publics. Une priorité notable du programme
« Ghana Beyond Aid » est l’élargissement de l’assiette des recettes, avec l’ambition
ultime de porter le ratio impôts/PIB à 18 % d’ici 2023 et, à terme, à 23 % d’ici 2028
(République du Ghana, 2019). Comme le souligne le document de réforme, alors
que le registre officiel des électeurs du pays compte 15,7 millions d’individus,
seulement 1,2 million d’entre eux est effectivement enregistré à des fins fiscales.
Cette divergence entre les électeurs et les contribuables met en évidence le
potentiel d’intégration d’individus et d’entreprises supplémentaires dans le filet
fiscal par le biais de mécanismes tels que le système national d’adresses numériques
et le système national d’identification.
D’autres initiatives de mobilisation des recettes ont été mises en œuvre en
réponse à la crise économique post-COVID. D’une part, le pays a adopté de
nouvelles taxes, telles que l’e-levy, une taxe de 1,5 % sur les transferts de fonds
électroniques dépassant 100 GHS Ghana (environ 6,50 USD) par jour, introduite
en mai 2022.
On estime que l’e-levy « pourrait rapporter plus de recettes si davantage
d’entreprises passaient du secteur informel au secteur formel, ce qui permettrait
d’atteindre certains des objectifs de la taxe, à savoir l’élargissement de l’assiette
fiscale »62. Bien que de plus amples informations soient nécessaires pour évaluer
son impact, l’e-levy est considéré comme injuste pour les pauvres, régressif, et
130
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
moins efficace pour générer des revenus de la part des contribuables à fort
potentiel63.
D’autre part, la GRA a relancé le système d’impôt sur les revenus locatifs
(également appelé impôt sur les loyers), un impôt payé sur les revenus à un taux
de 8 % pour les propriétés résidentielles et de 15 % pour les propriétés
commerciales. L’impôt sur les loyers a été instauré en 1973, mais a nécessité,
dans la pratique, un niveau de conformité plus élevé et une forte capacité de
l’administration à collecter davantage d’informations sur les biens loués et les
contribuables potentiels. Depuis 2021, plusieurs efforts de sensibilisation et la
mise en œuvre de systèmes de paiement numérique ont été mis en place pour
encourager le respect de la loi (Effah, 2021). Le gouvernement envisage de
mettre en place un système de géolocalisation et d’identification pour toutes les
propriétés afin d’augmenter le nombre de contribuables.
Dans l’ensemble, des progrès ont été enregistrés ; on constate tout
particulièrement l’augmentation du ratio impôts/PIB au fil du temps, passant
de plus de 10 % du PIB en 2010 à 13,4 % en 2020 (Iddrisu et coll., 2021, p. 31).
Cependant, ces progrès pour le Ghana restent modestes par rapport à des pays
pairs et peuvent présenter des défis pour atteindre l’objectif de 18 % de ratio
impôt/PIB d’ici 2023 (OCDE, AUC et ATAF, 2022).
63 Pour en savoir plus, voir Rogan et coll. (2023) ; Santoro et Diouf (2022).
131
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
132
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
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FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
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CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
135
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
rendre des comptes66. En outre, les gouvernements ont introduit des mesures
visant à améliorer l’environnement réglementaire et à promouvoir la concurrence
dans les secteurs où ils opèrent (Olugbade et coll., 2021). En effet, avec une
gouvernance, une gestion et des investissements adéquats, les entreprises
publiques peuvent jouer un rôle essentiel dans le développement et la croissance
des économies africaines. Comme dans la plupart des pays africains, la capacité
des entreprises publiques à générer des revenus suffisants au Sénégal, au
Cameroun et au Ghana a été limitée, car elles sont souvent confrontées à des
problèmes de gouvernance, d’efficience et de performance financière.
Sénégal : le Sénégal compte plus de 20 entreprises publiques intervenant
dans divers secteurs, notamment les transports (Air Sénégal), l’eau et l’énergie
(Société nationale d’électricité du Sénégal – Senelec), la construction et les
infrastructures (SN-HLM), ainsi que le secteur minier. Les performances de ces
entreprises varient d’une société à l’autre, mais la tendance générale souligne
leur rentabilité limitée et leur dépendance permanente à l’égard des subventions
publiques pour maintenir leurs activités.
Plus précisément, Air Sénégal, lancée en 2016 pour remplacer Sénégal
Airlines et dans le cadre du Plan Sénégal Emergent pour redynamiser le secteur
du tourisme, a bénéficié d’un apport financier de 40 milliards de francs CFA de
la part du gouvernement (République du Sénégal, 2018, p. 52). Cependant, après
plus de cinq ans de service, la société peine à rentabiliser ses investissements.
Un rapport publié en 2023 indiquait que Air Sénégal avait contracté environ
22 milliards de francs CFA de dettes en 2022, cinq ans après sa mise en service
(Fualdes, 2023). Les facteurs explicites contribuant à cette mauvaise performance
ne sont pas disponibles. Cependant, il est plausible que l’environnement
commercial difficile inhérent à l’industrie de l’aviation, caractérisé par une
concurrence intense, nécessite une excellence opérationnelle et un service à la
clientèle de niveau exceptionnel pour assurer la rentabilité. En réponse à cette
mauvaise performance, un changement de direction a été entrepris, accompagné
de réformes axées sur la performance, ce qui a permis de réduire les pertes de
revenus de plus de 50 % au début de 2023 (Diallo, 2019). Cela témoigne d’un
effort concerté pour remédier aux déficiences opérationnelles et aux défis
financiers qui ont pesé sur l’entreprise.
À l’inverse, la Senelec, qui a connu des difficultés financières et des pertes de
plusieurs milliards de francs CFA au cours de la dernière décennie, est en train de
se transformer progressivement, générant désormais des revenus qui contribuent
aux recettes de l’État suite à sa restructuration complète (BBC News Afrique, s.d.).
Il y a tout lieu de croire que les initiatives du gouvernement ont permis à la Senelec
136
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
137
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
Dans les trois pays, malgré des performances variables, la tendance générale
est à la rentabilité limitée, ce qui nécessite souvent des subventions publiques
pour soutenir les activités des entreprises publiques. Cependant, des points
clés exhaustifs peuvent être pris en considération dans la restructuration des
stratégies de gouvernance et de rentabilité des entreprises publiques.
• Une restructuration globale favorisant une meilleure gouvernance d’entreprise
et la modernisation des opérations, la mise en place d’agences de contrôle des
performances et la promotion d’opérations transparentes, responsables et
financièrement viables sont des opérations susceptibles de conduire à une
réduction des pertes d’investissement de l’État. En fait, la mise en œuvre d’un
système basé sur les performances avec des indicateurs, la comparaison avec
les références du secteur et l’ajustement des stratégies sur la base des résultats
pourraient favoriser l’amélioration continue et l’adaptabilité des entreprises
d’État à l’environnement commercial en constante évolution. En outre, un
système d’incitations axé sur les performances peut motiver davantage les
138
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
3.5. Conclusion
La mobilisation des recettes intérieures devient une priorité pour de nombreux
gouvernements africains dans un contexte de crises multiples et de baisse de
l’aide au développement. Les efforts concertés et les progrès notables réalisés
au cours de la dernière décennie en matière de mobilisation des recettes fiscales
et non fiscales soulignent l’importance accordée à la mobilisation des recettes
par les gouvernements et les élites politiques. Les cas du Sénégal, du Ghana
et du Cameroun nous éclairent sur la manière dont ces efforts sont déployés,
notamment dans le cadre d’agendas nationaux ou de stratégies ciblées. Malgré
des résultats mitigés, ces réformes ont contribué à une mobilisation accrue
des recettes. Il existe donc encore un énorme potentiel de recettes qui peut
être exploité.
Si l’élargissement de la base de revenus a principalement impliqué
l’intégration d’une fiscalité plus indirecte, cela a en même temps intensifié la
nature régressive des systèmes fiscaux. Pour compenser cela, des perspectives
considérables existent dans l’augmentation des stratégies pour une taxation
139
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
plus directe, en particulier, les taxes liées à la propriété, la taxation des HNWI,
et une distribution plus rationnelle des exemptions afin d’extraire des revenus
plus importants et de limiter les pertes de revenus dues à des exemptions
excessives. En outre, il existe des possibilités fiscales inexplorées, telles que le
prélèvement d’impôts sur les secteurs agricole et informel.
L’expansion du secteur agricole, en particulier, peut générer des recettes
substantielles si les régimes fiscaux sont soigneusement conçus de manière à ne
pas affecter la production et la concurrence agricoles. En effet, l’un des défis est
que de nombreux petits exploitants agricoles en Afrique vivent de la subsistance
et peuvent se retrouver dans l’impossibilité de payer des impôts. En outre, le
secteur agricole est souvent vulnérable aux fluctuations des prix et aux problèmes
météorologiques, ce qui complique la prévision des recettes. Les paiements et
l’application de la loi peuvent également être difficiles parce que de nombreux
agriculteurs travaillent dans des régions éloignées, ce qui rend plus difficile pour
les fonctionnaires des impôts de surveiller leurs activités et d’assurer le respect de
la loi fiscale. Compte tenu de cette complexité, les pays désireux de générer
davantage de recettes dans ce secteur doivent trouver un équilibre entre la
nécessité de générer des recettes et celle de soutenir les petits exploitants agricoles,
de promouvoir la sécurité alimentaire et la capacité à gagner leur vie, et concevoir
des politiques appropriées pour atteindre ces objectifs.
L’imposition du secteur informel, qui joue un rôle central dans les économies
africaines, pose des problèmes similaires. Alors que la contribution du secteur
informel aux recettes reste modeste, l’imposition de ce secteur nécessiterait des
politiques contextuelles tenant compte de la nécessité d’augmenter les recettes, de
la formalisation, de la croissance économique et de l’équité sociale. Étant donné
que de nombreux pays africains sont confrontés à des données économiques
incomplètes ou peu fiables en raison de la prévalence des activités informelles,
l’imposition du secteur informel peut encourager la tenue de registres précis sur
les activités économiques, ce qui permet d’obtenir des indicateurs économiques
plus précis et facilite la prise de décisions politiques éclairées.
Néanmoins, les avantages vont de pair avec les inconvénients, tels que des
gains de recettes limités à court terme, des coûts de collecte disproportionnés
par rapport aux recettes, le non-respect des règles et le risque d’exacerber la
pauvreté. La plupart des acteurs de l’économie informelle ont des revenus
insuffisants, ce qui fait de l’imposition excessive un fardeau susceptible de
marginaliser davantage les populations vulnérables et d’amplifier la pauvreté,
en particulier chez les femmes.
Compte tenu de ce potentiel latent, les gouvernements ont encore des efforts à
faire. Dans le même temps, l’élargissement de la base des recettes et l’augmentation
de la charge fiscale de manière plus progressive et plus équitable doivent être
140
CHAPITRE 3: The Le rôle des gouvernements dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures
complétés par une gouvernance efficace des fonds publics. Sur l’ensemble du
continent, la fourniture de services publics a été inadéquate et insatisfaisante.
Cela a contribué à éroder la confiance des citoyens dans le gouvernement et à
augmenter le non-respect des obligations fiscales. Les efforts en matière de
fiscalité doivent donc aller de pair avec l’amélioration de la prestation de services
et des infrastructures, la gestion transparente des dépenses publiques,
l’éradication des dépenses publiques inefficientes et le renforcement de l’obligation
de rendre des comptes. En particulier, une gestion prudente des fonds peut
favoriser la confiance, l’engagement et la redevabilité des citoyens.
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1813-9450-7240
145
CHAPITRE 4
De la concurrence fiscale à la
coopération ?
4.1. Introduction
La pandémie de COVID-19 et les crises successives qui l’ont suivie ont provoqué
un ralentissement soudain des économies des pays africains. Cette situation a
encore aggravé les faibles niveaux de mobilisation des ressources intérieures
de l’Afrique et a entravé les efforts déployés par le continent pour mobiliser
des ressources. La COVID-19 a eu un impact négatif sur l’Afrique dans des
secteurs clés tels que le tourisme, l’éducation, l’industrie manufacturière,
l’hébergement et les services de restauration, la construction, l’exploitation
minière, les arts et les divertissements. On a assisté à une baisse des recettes
fiscales, des investissements directs étrangers (IDE), des envois de fonds et des
flux d’aide, et a augmenté le risque d’insoutenabilité de la dette et de défaut
de paiement en Afrique. Outre la pandémie de COVID-19, les pays africains
étaient déjà confrontés à des défis majeurs en matière de mobilisation et de
conservation des ressources, notamment le rétrécissement des assiettes
fiscales68, la dépendance à l’égard d’un petit nombre de postes d’imposition
ou la dépendance excessive à l’égard des taxes sur les industries extractives
et les matières premières, l’inefficacité des systèmes fiscaux, l’inadéquation
des capacités administratives en matière fiscale, l’obsolescence des politiques
fiscales, l’érosion des assiettes fiscales due aux dépenses fiscales et les flux
financiers illicites (FFI) en provenance de l’Afrique.
68 L’érosion de l’assiette fiscale en Afrique est due à des échecs politiques internes et à des facteurs externes. Sur le plan
interne, les gouvernements affaiblissent leur assiette fiscale par des incitations fiscales insuffisantes, des contrats
non transparents dans les industries extractives, une imposition inadéquate des personnes fortunées et le recours à
une source unique d’imposition. L’absence de systèmes fiscaux automatisés et le décalage entre la politique fiscale et
l’administration ne font qu’aggraver le problème. Sur le plan extérieur, les fausses factures, qui consistent à facturer
frauduleusement les transactions commerciales, sont à l’origine d’importants flux financiers illicites, qui drainent
des ressources nationales cruciales pour le développement. L’importance du secteur informel et le manque de
coopération interrégionale en matière d’échange d’informations contribuent également à l’érosion de l’assiette
fiscale (ATAF (2014) Cross-Border Taxation: Implications for Africa: African Priorities on Base Erosion and Profit Shifting).
146
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?
147
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
148
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?
149
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
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Taxes sur les biens et services Impôts sur le revenu, les bénéfices et gains en capital
Charges de sécurité sociale et de prévoyance Autres taxes
150
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?
Figure 25 : Part des gros contribuables dans les recettes publiques totales en
Afrique, 2015
Burundi 410
Cameroun 378
Gambie 380
Lesotho
Libéria
Île Maurice
Mozambique
Nigeria
Rwanda 341
Seychelles
Swaziland 83
Tanzanie 450
Togo 508
Uganda 925
Zambie 1263
Zimbabwe
Moyenne ATO
0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90%
151
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
Source : ATAF/AU/OCDE ATAF/AU/ Statistiques de l’OCDE sur les revenus en Afrique (2022)
Note: * La moyenne pour l’Afrique (31) doit être interprétée avec prudence, car les données relatives aux cotisations de sécurité
sociale ne sont pas disponibles ou sont partielles dans quelques pays (ATAF/AU/OCDE, 2022).
4.2.1. Importance de l’impôt sur les sociétés pour les pays africains
152
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?
Amérique latine
21.9% 15.6% 9.8% 27.5%
et Caraïbes
Source : Statistiques de l’OCDE sur les revenus en Asie et dans le Pacifique (2022)
Malgré la contribution essentielle de l’impôt sur les sociétés, son niveau a diminué
à l’échelle mondiale. Par exemple, depuis les années 80, le taux moyen non
pondéré de l’impôt sur les sociétés est passé d’environ 40 % à 23,4 % aujourd’hui.
La baisse des taux moyens d’imposition des sociétés affecte tout naturellement
les pays africains qui dépendent davantage de ces taux pour augmenter leurs
recettes. Il convient également de noter que les plus grandes entreprises des pays
africains sont principalement des multinationales qui contribuent à hauteur de
23 % à ces impôts. Un taux d’imposition en baisse signifie également que pour
augmenter les recettes ou même les maintenir constantes, il faut élargir le filet
fiscal. Cela pose un dilemme supplémentaire dans les environnements où le
secteur informel est important, où l’administration fiscale est inadéquate et où
les effets d’érosion fiscale du transfert de bénéfices et de la concurrence fiscale
entraînent un nivellement par le bas.
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la baisse des recettes de l’impôt sur
le revenu en pourcentage du PIB en Afrique, au fil du temps. Tout d’abord, les
incitations fiscales mises en œuvre pour attirer les investissements étrangers
réduisent souvent l’assiette fiscale et diminuent les recettes générées par l’impôt
153
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
154
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?
Les pays africains rencontrent diverses difficultés pour collecter les impôts de
manière efficiente dans les différents secteurs d’activité à l’intérieur de leurs
frontières. L’imposition du secteur informel, des petites et moyennes entreprises
(PME) et des multinationales pose des défis distincts. Il est dès lors essentiel pour
ces pays de mettre en place des politiques fiscales cohérentes, fondées sur des
données probantes, qui établissent un équilibre entre la génération de recettes,
la garantie d’une gouvernance solide et la création d’un environnement propice
à l’expansion des entreprises et de l’économie. En conséquence, ils se livrent à
une concurrence fiscale en offrant des incitations et des exonérations fiscales
pour attirer les investissements étrangers, souvent au détriment d’autres pays.
Comme conséquence, on peut assister à un nivellement par le bas, où les pays
abaissent continuellement leurs taux d’imposition pour rester compétitifs. En
outre, l’assiette fiscale en Afrique est souvent érodée de manière significative
par l’octroi d’incitations fiscales inappropriées et inutiles.
Tandis que les premières études étaient sceptiques quant à l’influence des
incitations fiscales sur l’investissement étranger (Gubian, Guillaumat-Tailliet
et Le Cacheux, 1986 ; Muet et Avouyi-Dovi, 1987), des recherches plus récentes
reconnaissent des effets positifs dans certaines circonstances (Poitevin, 2018 ;
Keen et Brumby, 2017 ; James, 2017 ; OCDE, 2002). Hines (2004) a conclu
qu’une réduction de 1 % du taux d’imposition effectif pouvait augmenter l’IDE
d’environ 2 %. Kransdorff (2010) souligne que le secteur manufacturier est
particulièrement sensible aux incitations fiscales. Les partisans des incitations
fiscales affirment qu’elles limitent les dépenses inefficientes de l’État en
réduisant le fardeau fiscal (McLure, 1986) et qu’elles ont des effets bénéfiques
similaires à ceux de la concurrence par les prix entre les entreprises. En outre,
la mondialisation et les progrès technologiques ont accru l’élasticité des
capitaux étrangers aux variations fiscales, ce qui permet aux petites économies
de rivaliser avec les grandes en attirant les IDE (Kransdorff, 2010 ; Deblock et
Rioux, 2008 ; Bolnick, 2004 ; Blomström, Kokko et Mucchielli 2003 ; Altshuler,
Grubert et Newlon, 1998).
155
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
La situation actuelle dans de nombreux pays africains est une course aux
exonérations fiscales pour attirer les investisseurs étrangers. Cependant, ces
exonérations semblent être souvent recherchées par ceux qui ont déjà décidé
d’investir, ce qui soulève des questions quant à leur impact réel sur l’augmentation
des investissements étrangers (Jacquemot et Raffinot, 2018). Une étude menée
par le FMI en 2015 dans sept pays africains a révélé que 84 % des investisseurs
ont déclaré que leurs décisions d’investissement n’étaient pas motivées par
les exonérations fiscales. En outre, Jacquemot et Raffino (2018) notent que ces
exonérations sont nombreuses et souvent accordées dans des conditions opaques,
ce qui nuit à la crédibilité du système fiscal. Aussi, ces exonérations deviennent
difficiles à contester même lorsqu’elles s’écartent des codes législatifs locaux et
sont incompatibles avec les politiques industrielles nationales.
Si des exemptions sont accordées, par exemple pour aider une société
minière, il est essentiel de s’assurer qu’elles sont utilisées de manière stratégique
et alignées sur des objectifs de politique publique clairement identifiés et d’une
grande utilité collective. Cela nécessite des fondements clairs, des procédures
transparentes approuvées par plus d’une institution nationale et des délais
stricts. Un contrôle régulier et une évaluation transparente de leur impact dans
le cadre des processus budgétaires sont également nécessaires (Kransdorff,
2010). L’auteur suggère que si les incitations fiscales peuvent être souhaitables
à court terme, il convient de prendre en considération le développement
des compétences et la modernisation des infrastructures de transport, de
156
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?
Une étude publiée en 2012 par ActionAid et TJNA a mis en évidence la perte
substantielle d’argent en Afrique de l’Est résultant des dépenses fiscales offertes
pour attirer les IDE. Par exemple, en 2008, la Tanzanie a subi une perte de
1,23 milliard de dollars, soit l’équivalent de 6 % de son PIB, ce qui aurait permis
d’augmenter le budget national de l’éducation d’un cinquième et celui de la
santé de deux cinquièmes. Le rapport révèle également que le Kenya a subi une
perte annuelle de 1,1 milliard de dollars, ce qui représente plus de deux fois le
budget total de la santé du Kenya et équivaut à 3,1 % de son PIB. Entre 2009 et
2010, l’Ouganda a subi une perte annuelle de 2 % de son PIB, ce qui équivaut à
environ 272 millions de dollars, soit près de deux fois le budget total de l’Ouganda
consacré à la santé. Enfin, le Rwanda a perdu 156 millions de dollars (3,6 % du
PIB) en 2008 et 234 millions de dollars (4,7 % du PIB) en 2009. Ces pertes de
revenus auraient pu être utilisées pour doubler les dépenses d’éducation. Si
toutes les dépenses fiscales ne sont pas préjudiciables, une part considérable de
ces pertes de recettes résulte des incitations fiscales accordées pour attirer les
investissements étrangers, qui ont surtout profité aux grandes entreprises et ont
conduit à une concurrence fiscale néfaste et à un nivellement par le bas dans la
région (TJN-Africa et ActionAid International, 2012).
Une étude récente visait à évaluer l’efficacité et la prudence des dépenses
fiscales du Kenya à la lumière de la situation fiscale actuelle du pays. L’objectif
principal de l’étude était de fournir des informations fiables pour soutenir les
efforts de plaidoyer en faveur d’un système fiscal plus équitable, plus juste et
plus progressif dans le pays. Au Kenya, les dépenses fiscales désignent le manque
à gagner total pour le gouvernement en raison des mesures fiscales préférentielles
(incitations fiscales). En utilisant l’approche du manque à gagner, l’étude a
calculé la différence entre l’impôt effectivement payé (en raison des dépenses
fiscales) et le montant théorique de l’impôt, en supposant une conformité totale
avec le système fiscal de référence (BTS). L’étude a révélé que les dépenses
fiscales en pourcentage du PIB au Kenya s’élevaient en moyenne à 4 % entre
2015 et 2020. En outre, les dépenses fiscales représentaient 20 % des recettes
fiscales potentielles (recettes perçues plus dépenses fiscales) en moyenne entre
2017 et 2021, ce qui suggère que la collecte annuelle de recettes dépasserait
157
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
l’objectif de recettes fiscales de 0,33 trillion Ksh si les dépenses fiscales n’avaient
pas été accordées. L’étude propose plusieurs recommandations essentielles pour
promouvoir un système de dépenses fiscales plus équitable, plus juste et plus
progressif au Kenya (TJN-A, 2022).
Dans la région de la CEDEAO, les incitations fiscales ont donné des résultats
mitigés pour ce qui est d’attirer les IDE. Tax Justice Network Africa et ActionAid
International (2015) révèlent que ces incitations ont entraîné des pertes
importantes de recettes fiscales essentielles, les dépenses fiscales annuelles
moyennes au Nigeria, au Ghana et au Sénégal représentant 3,8 % du PIB. Par
ailleurs, les recherches du FMI indiquent des pertes allant jusqu’à 730 millions
de dollars par an dans les recettes de l’imposition des revenus des sociétés en
raison du transfert de bénéfices dans le secteur minier. Malgré ces généreuses
incitations fiscales, le climat d’investissement s’avère plus efficace pour attirer
les investissements que les incitations fiscales. Cela souligne la preuve irréfutable
que l’investissement dans les infrastructures de transport et d’énergie a un
impact plus substantiel sur les flux d’IDE, mais ce domaine reste déficient dans
les pays de la CEDEAO. La CEDEAO peut financer les déficits d’infrastructure
en harmonisant les incitations fiscales entre les pays membres.
En outre, le secteur extractif, en particulier l’exploitation minière en Afrique
subsaharienne, suscite une inquiétude générale, car il existe plusieurs incitations
à l’investissement de type « nivellement par le bas » qui sont généralement
accordées sans analyse coûts-avantages appropriée et lorsque les avantages
escomptés ne se sont pas concrétisés. Pour de nombreux pays africains riches en
ressources, il est essentiel d’obtenir une part équitable des bénéfices générés par
l’exploitation de leurs ressources naturelles, qui sont souvent non renouvelables.
La taxation des ressources naturelles se distingue des autres formes d’imposition,
car elle consiste à répartir les bénéfices tirés de l’exploitation des ressources entre
le pays propriétaire des ressources et l’entreprise, souvent multinationale, qui a la
capacité de les extraire, de les raffiner et de les vendre. L’absence de mise en œuvre
d’un régime fiscal approprié pourrait se traduire par une perte importante de
recettes pour le pays.
Une étude réalisée par la BAD en 2022 sur les IDE et les retombées dans le
secteur minier a révélé que les réductions des taux de l’impôt sur les sociétés
appliquées aux sociétés minières n’attirent pas nécessairement les IDE vers les
projets liés à l’or et à l’argent, mais qu’elles peuvent stimuler les IDE dans les pays
voisins. En d’autres termes, une augmentation des entrées d’IDE dans le secteur
de l’or et de l’argent dans le pays d’accueil peut stimuler les IDE dans les projets
d’or et d’argent dans les pays voisins (Coulibaly et Camara, 2021). Ali-Nakyea et
Amoh (2018) ont conclu que les incitations fiscales dans le secteur des ressources
naturelles du Ghana n’ont pas eu l’impact souhaité sur les flux d’IDE.
158
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?
159
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
160
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?
Lors des négociations avec les investisseurs potentiels, le code des investissements
sert de document de base. Lorsque des incitations spéciales sont nécessaires pour
des projets qui ne sont pas initialement couverts par le code, elles sont soumises
à l’approbation du conseil des ministres, ce qui garantit la transparence et la
rigueur du processus de prise de décision. Le Rwanda étend également son réseau
d’accords de prévention de la double imposition, en particulier avec les pays de la
Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), afin de prévenir l’évasion fiscale et de
promouvoir une concurrence loyale.
161
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
Le ministère des Finances publie chaque année un rapport sur les dépenses
fiscales. Ce rapport fournit une analyse approfondie des impôts non perçus en
raison de diverses mesures d’incitation, telles que les exonérations de TVA et
les taux d’imposition préférentiels. Il comprend également une analyse coût-
bénéfice visant à évaluer l’efficacité de ces incitations. Toute lacune entraîne
une révision des politiques afin de les aligner sur des objectifs économiques
plus larges. Par conséquent, le rapport sur les dépenses fiscales ne fait pas
seulement la lumière sur les implications financières de ces incitations, mais
sert également de catalyseur pour des ajustements politiques fondés sur des
données probantes, contribuant en fin de compte à un système fiscal plus
efficace et plus efficient.
La stratégie d’incitation fiscale du Rwanda s’articule autour de cinq objectifs
principaux :
• Améliorer l’accessibilité financière des biens et services essentiels (tels que
les soins de santé, l’éducation et l’agriculture).
• Résoudre les problèmes administratifs liés à l’application de la fiscalité (tels
que la définition de la valeur ajoutée dans les services financiers ou les jeux
d’argent).
• Promouvoir l’intégration et l’harmonisation régionales (telles que les
exemptions de droits d’importation à l’échelle de la CAE).
• Favoriser le développement et la compétitivité des secteurs prioritaires (tels
que les transports).
• Générer des avantages économiques plus larges, tels que la création d’emplois,
la croissance économique, le transfert de connaissances et la production locale.
162
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?
• Les politiques fiscales ont été révisées parallèlement aux réformes des
entreprises afin de promouvoir efficacement les investissements au Rwanda.
Le Gouvernement rwandais a progressivement réduit son taux d’imposition
sur les sociétés, ce qui en fait l’un des plus bas de la région. Cette réduction
vise à encourager l’IDE et à stimuler l’activité économique. En 2023, le taux
de l’impôt sur les sociétés a été ramené à 28 % (au lieu de 30 %), et l’objectif
est de le réduire encore et de supprimer la plupart des incitations fiscales.
Dans ce cas, le taux de l’impôt sur le revenu cessera d’être un traitement
fiscal favorable accordé à des investisseurs/activités spécifiques, mais à
toutes les activités.
• Renforcement de l’administration fiscale : le Rwanda a investi dans la
simplification et la modernisation de son système fiscal et de son administration
fiscale, ce qui est essentiel pour la concurrence et l’amélioration du climat
des affaires.
163
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
164
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?
Le Cadre inclusif, établi en 2016 par l’OCDE et le G20, vise à fournir une plateforme
égale pour tous les pays membres, y compris les nations en développement, afin
de contribuer à l’élaboration de normes pour lutter contre le BEPS. Le BEPS
fait référence aux stratégies de planification fiscale utilisées par les entreprises
multinationales pour transférer des bénéfices de juridictions à forte imposition
vers des juridictions à faible imposition, érodant ainsi les bases d’imposition des
premières. En octobre 2020, l’OCDE a publié un « schéma directeur » pour relever
les défis fiscaux résultant de la numérisation de l’économie grâce à une solution
reposant sur deux piliers :
• Le pilier I vise à garantir que les sociétés multinationales paient leur juste
part d’impôts dans les pays où elles mènent leurs activités, y compris dans
les pays africains. Le pilier propose une nouvelle règle de lien qui attribuerait
des droits d’imposition aux juridictions du marché où les entreprises ont
une présence économique significative, même si elles n’ont pas de présence
physique. Cette mesure peut contribuer à augmenter les recettes fiscales et
à réduire les incitations pour les entreprises à s’engager dans des pratiques
fiscales dommageables telles que le transfert de bénéfices.
• Le pilier II vise à résoudre le problème de l’érosion de la base d’imposition
et du transfert de bénéfices par les sociétés multinationales, y compris
dans les pays africains. Ce pilier propose un impôt minimum mondial qui
établirait un plancher pour les taux d’imposition sur les sociétés dans le
monde entier. Cela peut contribuer à empêcher les entreprises de transférer
leurs bénéfices vers des juridictions à faible taux d’imposition et d’éroder les
bases d’imposition. Ce pilier propose également un mécanisme permettant
de soumettre les multinationales à une imposition supplémentaire dans
les pays où elles mènent leurs activités si leur taux d’imposition effectif est
inférieur à l’impôt minimum mondial (OCDE, 2019).
165
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
166
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?
mesures proposées, ce qui pourrait réduire leur attrait pour les investisseurs
étrangers et potentiellement nuire à leur croissance économique.
• Champ d’application limité : les piliers I et II se concentrent principalement
sur les défis fiscaux posés par les sociétés multinationales, qui ne sont
peut-être pas la principale source d’évasion fiscale et d’érosion de la base
d’imposition dans certains pays africains. La fraude fiscale interne et la
corruption peuvent également être des problèmes importants dans certains
pays africains, ce qui peut nécessiter des mesures supplémentaires au-delà
des piliers I et II.
• Des avantages limités pour certains pays : les piliers I et II pourraient ne pas
offrir d’avantages significatifs à certains pays africains qui ne comptent
qu’un petit nombre d’entreprises multinationales qui mènent des activités
sur leur territoire. Ces pays pourraient ne pas disposer de droits d’imposition
significatifs au titre du premier pilier et ne pas être soumis à l’impôt
minimum mondial au titre du pilier II.
• Le rythme du changement : de nombreux pays africains sont confrontés
à un défi de taille en raison du rythme rapide de l’évolution des normes
fiscales internationales. La mise en œuvre des résultats du BEPS nécessite
des changements de politique qui doivent être approuvés par les ministères
des Finances, ce qui va au-delà de simples décisions opérationnelles. Ces
pays craignent que l’écart entre le rythme de l’évolution des normes
internationales et leur capacité à relever les défis de la mise en œuvre ne
se creuse. Ce décalage entre les normes et la réalité fait qu’il est de plus en
plus difficile pour les pays africains de participer aux processus mondiaux,
au point qu’ils peuvent refuser de participer malgré la signature d’accords
politiques (ATAF, 2019).
Outre le fait que certains pays ont refusé de signer l’accord au motif que le taux
minimum d’imposition des sociétés de 15 % proposé par le G20 est trop bas,
plusieurs pays africains et d’autres pays en développement ne font pas partie du
Cadre inclusif. En outre, certains militants pour la justice fiscale et d’autres pays
en développement ont rejeté l’accord, affirmant qu’il profite trop étroitement aux
pays riches tout en ignorant les considérations clés soulevées par les membres
du G24 (SAIIA, 2021). Par exemple, l’ICRICT, une coalition mondiale composée
d’organisations intergouvernementales, d’organisations de la société civile
et d’organisations syndicales, a demandé instamment la mise en œuvre d’un
taux d’imposition minimum mondial de 25 %. Selon les estimations, ce taux
générerait 17 milliards de dollars supplémentaires par an pour les 38 nations
les plus pauvres, par rapport au taux actuel de 15 %. De plus, plusieurs pays en
développement, bien que signataires de l’accord, ont exprimé leurs appréhensions
167
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
quant aux nouvelles règles fiscales, car elles dépendent de la suppression de toute
taxe unilatérale prélevée sur les entreprises technologiques. Ces pays dépendent
fortement des revenus générés par les taxes sur les services numériques, qui
couvrent un plus grand nombre d’entreprises et génèrent souvent plus de revenus
que ce que l’on pourrait attendre du nouveau système (Mapahatra, 2021).
168
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?
169
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
170
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?
D’une manière générale, pour que les pays africains puissent proposer et
défendre des normes adaptées à leurs besoins spécifiques dans le cadre de la
résolution de l’ONU, il est essentiel de leur offrir une flexibilité et un soutien
suffisants. Il faut également respecter la souveraineté des pays africains et
la diversité des points de vue sur les questions de politique fiscale et éviter
d’imposer des programmes externes qui ne correspondent pas à leurs
priorités. L’engagement d’un dialogue constructif avec les pays africains pour
comprendre leurs besoins et défis spécifiques peut faciliter l’élaboration
de politiques sur mesure qui favorisent une coopération fiscale inclusive et
efficace. Enfin, encourager le partage d’informations et la transparence
dans les discussions internationales sur la politique fiscale peut permettre
171
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
Encadré 9. Coopération fiscale : une meilleure alternative pour les pays africains ?
Attirer les investissements par la fiscalité s’avère moins bénéfique pour les
pays que d’adhérer à une politique régionale d’harmonisation des incitations
fiscales, comme le confirment Moore et Prichard (2017). Selon Edwards et Keen
(1996), la coordination des politiques fiscales entre les pays n’est bénéfique que
si l’augmentation de l’assiette fiscale résultant de la coordination est supérieure
au montant des recettes fiscales que les décideurs politiques sont susceptibles de
gaspiller ou d’utiliser à mauvais escient. Les petits pays sont plus sensibles à la fuite
des capitaux et de nombreux États sont tentés d’abaisser les taux d’imposition
pour attirer les investisseurs multinationaux. La coordination des systèmes
fiscaux profiterait également aux multinationales en simplifiant les règles fiscales
et en levant les obstacles aux fusions transfrontalières, comme l’a fait remarquer
Sørensen (2002). En ce qui concerne les stratégies de coordination, Bretin, Guimbert
et Madiès (2002) suggèrent de fixer un taux d’imposition minimum, tandis que
Baldwin et Krugman (2004) préconisent un taux inférieur à celui adopté en dehors
de l’union. La mise en œuvre d’une politique d’harmonisation doit s’accompagner
de mesures compensatoires telles que la taxe de coopération régionale (TCR) dans
la CEDEAO, qui a permis de compenser les pertes de recettes fiscales liées aux
échanges intracommunautaires, avec des effets variables selon les pays.
172
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?
173
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
4.4.4. Autres initiatives régionales visant à aider les pays africains à réduire
la concurrence fiscale grâce à une meilleure coopération
174
CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?
4.5. Conclusion
Il a été démontré dans ce chapitre que le recouvrement de l’impôt demeure un
défi majeur en Afrique, et qu’il est nécessaire d’élargir l’assiette fiscale et de
prendre toutes les dispositions utiles pour que chacun s’acquitte de sa juste
part. En moyenne, les pays africains ont un ratio impôt/PIB faible par rapport à
d’autres régions, avec une forte dépendance à l’égard de l’imposition des revenus
des sociétés auprès des multinationales. Cependant, les recettes de l’impôt sur
les sociétés en pourcentage du PIB sont généralement plus faibles en Afrique
que dans d’autres parties du monde, ce qui souligne le potentiel d’amélioration
175
FINANCER LES ÉCONOMIES AFRICAINES DE L’INTÉRIEUR
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CHAPITRE 4: De la concurrence fiscale à la coopération ?
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