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Forces

Le rapport du Panel de Montpellier de mars 2012 souligne l'importance d'investir dans une croissance agricole résiliente en Afrique subsaharienne pour garantir la sécurité alimentaire et favoriser le développement économique. Il recommande des actions politiques et des investissements pour créer des marchés résilients, lutter contre la dégradation des terres et renforcer la nutrition, tout en mettant l'accent sur les femmes rurales et les jeunes. Le rapport appelle à une collaboration entre les gouvernements, le secteur privé et les ONG pour relever les défis liés à la sécurité alimentaire et à la résilience des systèmes agricoles.

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Le rapport du Panel de Montpellier de mars 2012 souligne l'importance d'investir dans une croissance agricole résiliente en Afrique subsaharienne pour garantir la sécurité alimentaire et favoriser le développement économique. Il recommande des actions politiques et des investissements pour créer des marchés résilients, lutter contre la dégradation des terres et renforcer la nutrition, tout en mettant l'accent sur les femmes rurales et les jeunes. Le rapport appelle à une collaboration entre les gouvernements, le secteur privé et les ONG pour relever les défis liés à la sécurité alimentaire et à la résilience des systèmes agricoles.

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UN RAPPORT DU PANEL DE MONTPELLIER MARS 2012

LA CROISSANCE
RÉSILIENTE :
LES OPPORTUNITÉS AU SEIN DE
L’AGRICULTURE AFRICAINE
1
2
Un rapport du Panel de Montpellier mars 2012
LA CROISSANCE RÉSILIENTE :
LES OPPORTUNITÉS AU SEIN DE
L’AGRICULTURE AFRICAINE
UN RAPPORT DU PANEL DE MONTPELLIER MARS 2012
Le présent rapport a été élaboré par Agriculture for Impact, une initiative qui coordonne le
Panel de Montpellier afin d’encourager les donateurs européens à mieux soutenir la progression
du développement agricole en Afrique subsaharienne. Ses auteurs, Gordon Conway, Katy
Wilson et Elizabeth Wilson, ont reçu les conseils et les contributions de membres du Panel de
Montpellier. Le rapport a été conçu par Robb Whiteman et Hoevel & Associates.
3
NOTRE VISION
LES MEMBRES DU PANEL DE MONTPELLIER PENSENT QU’INVESTIR DANS UNE
CROISSANCE AGRICOLE RÉSILIENTE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE (ASS) PEUT
PERMETTRE DE GARANTIR LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET NUTRITIONNELLE
POUR L’ENSEMBLE DU CONTINENT ET CONTRIBUER GRANDEMENT AU
DÉVELOPPEMENT DE L’ÉCONOMIE AFRICAINE ET MONDIALE.
Comme nous l’avions mis en évidence dans notre rapport 2010 : Dans ce but, nous estimons que la priorité doit être de soutenir
la création :
h la sécurité alimentaire est une condition de la sécurité mondiale ;
h de marchés résilients permettant aux exploitants d’accroître
h le commerce des denrées alimentaires est un élément central
leur production et de dégager des revenus via l’innovation et
du commerce mondial ;
la prise de risques, tout en garantissant l’approvisionnement en
h le développement agricole est la meilleure façon de parvenir denrées alimentaires à un prix abordable ;
à une croissance économique bénéficiant également aux h d’une agriculture résiliente à même de générer une croissance
populations rurales pauvres et aux plus vulnérables dans les
agricole à partir de la connaissance et de l’innovation, tout
pays à faible revenu.
en développant la capacité des petits exploitants à lutter
Au cours des dernières années, l’expérience a montré que contre les dégradations de l’environnement et le changement
l’incapacité à garantir une sécurité alimentaire universelle climatique ; et
représentait un danger pour la stabilité politique, la protection h de populations résilientes capables de bâtir des moyens de
sociale et le développement économique. Une croissance agricole
subsistance diversifiés susceptibles de leur assurer des revenus
résiliente et inclusive constitue donc une nécessité politique.
stables, une alimentation adéquate et une bonne santé, malgré
Mais cela ne se fera pas tout seul : ce type de croissance requiert les stress et les chocs récurrents.
des politiques et des investissements proactifs.
Pour atteindre ces objectifs, nous aurons également besoin d’un
Le défi consiste à générer une croissance agricole capable de leadership politique faisant preuve de la vision et de la volonté qui
produire suffisamment de nourriture, d’en garantir l’accès à tous, s’imposent.
d’inclure les plus vulnérables et de se montrer résiliente, c’est-à-
dire d’être en mesure de résister aux divers stress et chocs qui se
multiplient sur la planète.
1
Un rapport du Panel de Montpellier mars 2012
SYNTHÈSE DES RECOMMANDATIONS
LES RECOMMANDATIONS DU PRÉSENT RAPPORT S’ADRESSENT AUX GOUVERNEMENTS,
TANT DES PAYS DONATEURS EUROPÉENS QUE DES ÉTATS AFRICAINS, QUI
TRAVAILLENT EN PARTENARIAT AVEC DES ACTEURS LOCAUX ET INTERNATIONAUX
DU SECTEUR PRIVÉ, DES ONG ET DES ORGANISATIONS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE (OSC).
LA FIGURE 1 DONNE UN APERÇU DE CES RECOMMANDATIONS.
RÉDUIRE LA VOLATILITÉ DES PRIX
ALIMENTAIRES
FACILITER LES INVESTISSEMENTS PRIVÉS MARCHÉS
RÉSILIENTS
CRÉER DES ENVIRONNEMENTS PROPICES
VOLONTÉ POLITIQUE

PERMETTRE UNE INTENSIFICATION


RÉSILIENTE ET DURABLE
LUTTER CONTRE LA DÉGRADATION
AGRICULTURE CROISSANCE
DES TERRES ET DE L’EAU
RÉSILIENTE RÉSILIENTE
DÉVELOPPER UNE AGRICULTURE
INTELLIGENTE FACE AU CLIMAT
(OU CLIMATO-INTELLIGENTE)
RENFORCER LA NUTRITION
METTRE L’ACCENT SUR LES FEMMES POPULATIONS
RURALES ET LES JEUNES RÉSILIENTES
BÂTIR DES MOYENS DE SUBSISTANCE
DIVERSIFIÉS
Figure 1 : Graphique synthétisant les recommandations du Panel de Montpellier sur les moyens d’atteindre une croissance agricole résiliente
2
LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET L’AFRIQUE
POURQUOI AGIR MAINTENANT ? POURQUOI L’AFRIQUE SUBSAHARIENNE ?
En agissant dès à présent, nous avons une opportunité Il existe de nombreuses raisons de croire que la croissance en ASS
exceptionnelle d’influencer le programme mondial en matière de peut améliorer la sécurité alimentaire et renforcer la résilience des
sécurité alimentaire en 2012 et au-delà. systèmes agricoles.
En 2012, différents événements de niveau mondial pourraient Le produit intérieur brut (PIB) du continent africain enregistre une
donner le coup d’envoi d’actions en faveur d’une croissance croissance d’environ 6 % par an. Pendant la dernière décennie, six
agricole résiliente en ASS : des dix pays ayant connu la croissance la plus rapide dans le monde
étaient africains. Selon la Banque africaine de développement
h En mai, les chefs d’État du G8, sous la présidence des États-
(BAD), un tiers de la population d’Afrique vit sous le seuil de
Unis, se réuniront à Chicago. 2012 marque aussi la fin de
pauvreté, tandis que 20 % se situent juste au-dessus avec un
l’engagement sur trois ans pris par les chefs d’État en 2009 dans
revenu compris entre 2 et 4 dollars par jour.
le cadre de l’Initiative de L’Aquila sur la sécurité alimentaire
(IASA). Ils devront donc mesurer l’avancement de la réalisation La « classe moyenne » représente cependant 20 % de la population
de leur promesse de mobiliser 22 milliards de dollars, évaluer avec des revenus allant de 4 à 20 dollars par jour, une autre tranche
la manière dont leurs projets ont été mis en application et enfin de 20 % percevant même des revenus supérieurs à 20 dollars par jour.
prendre de nouveaux engagements.
En tenant compte des transferts provenant de la diaspora, la
h En juin, le Mexique dirige la réunion du G20, en s’appuyant sur BAD estime que plus de 300 millions de personnes, soit un tiers
les efforts déployés en 2011 pour lutter contre la volatilité des de la population de l’Afrique, font désormais partie de la classe
prix alimentaires et l’insécurité alimentaire dans un cadre de moyenne.
croissance verte.
Les défis restent toutefois de taille. Les taux de croissance
h En juin toujours, lors de la Conférence « Rio+20 », vingt élevés s’accompagnent en effet d’un creusement des inégalités.
ans après le premier Sommet de la Terre, les dirigeants La croissance est également plus volatile dans les pays à faible
mondiaux pourront débattre de la manière dont des outils revenu. La durabilité de la croissance actuellement observée en
économiques favorables à l’environnement et l’amélioration Afrique n’est donc pas garantie.
de la gouvernance peuvent mener à un développement
agricole durable, à la sécurité alimentaire et à l’éradication de
la pauvreté.
h En septembre, le Mouvement SUN (Renforcement de la 18.8% Revenu élevé (>20 $/jour)
nutrition) fêtera ses deux ans. Cette initiative a pour but de
36.5% Classe moyenne supérieure (10-20 $/jour)
réduire la faim et la malnutrition en se concentrant sur la
10.8% Classe moyenne inférieure (4-10 $/jour)
période critique d’intervention pour les enfants, qui commence
dès la grossesse et se poursuit jusqu’à l’âge de deux ans. 9.9%
Classe flottante (2-4 $/jour)
Pauvres (<2 $/jour)
h En octobre, la deuxième Conférence mondiale sur la recherche 24%
agricole pour le développement (GCARD) réunira en Uruguay
des agriculteurs, des membres de la société civile, des
représentants du secteur privé et des chercheurs pour discuter
des prévisions, des partenariats et du développement des Figure 2 : Distribution des revenus de la population africaine en 2010
capacités dans le secteur agricole. Source : Banque africaine de développement (BAD)
3
Un rapport du Panel de Montpellier mars 2012
L’ASS CONFRONTÉE À SEPT DÉFIS MAJEURS EN MATIÈRE DE SÉCURITÉ ALIMENTAIRE
h Les prix alimentaires ont connu des flambées répétées, qui constituées pour faire face aux phénomènes climatiques
les maintiennent à un niveau élevé. Plusieurs pays d’ASS extrêmes et aux autres événements.
ont subi une augmentation de plus de 10 % du prix du maïs h La dégradation de l’environnement et la compétition pour
pendant le premier trimestre 2011. La Banque mondiale évalue
les terres et l’eau augmentent. Dans 37 pays africains, chaque
à 44 millions le nombre de personnes dans le monde qui ont
hectare de terre cultivée a perdu 22 kg d’azote (N), 2,5 kg
basculé dans la pauvreté en raison des hausses des prix des
de phosphore (P) et 15 kg de potassium (K) par an au cours
denrées alimentaires en 2010 et 2011.
des trois dernières décennies. Cela équivaut à des dépenses
h En 2010, selon les estimations, 26 % de la population annuelles de 4 milliards de dollars en engrais.
mondiale victime de malnutrition, soit quelque 239 millions h Les prix des combustibles fossiles et des engrais sont
de personnes, vivaient en ASS. La famine qui a frappé la
élevés. Le prix du phosphate d’ammonium (DAP), une
Corne de l’Afrique en 2011, concernant plus de 13 millions de
source de nutriments couramment utilisée dans les pays en
personnes, et la crise alimentaire grandissante cette année
développement, a été multiplié par six pendant le pic des prix
dans l’ouest et le centre du Sahel ne manqueront pas d’alourdir
alimentaires en 2007-2008. Après une baisse importante, le
encore ces chiffres.
prix de l’engrais DAP est reparti à la hausse.
h La faim touche de manière disproportionnée les enfants et les h Le réchauffement climatique fait peser des menaces
femmes. En Afrique, le nombre d’enfants présentant un retard
grandissantes. La hausse des températures, la diminution des
de croissance serait passé de 45 millions en 1990 à 60 millions
précipitations, l’élévation du niveau des océans, mais aussi
en 2010. En ASS, près de 70 % des enfants d’âge préscolaire
les inondations, les sécheresses et les cyclones dévastateurs
et 60 % des femmes enceintes souffrent d’anémie, 50 % de
vont entraîner une nette réduction des rendements, et parfois
l’ensemble des cas d’anémie étant dus à une carence en fer.
même une perte totale des cultures ou du bétail. Selon l’IFPRI,
h D’ici à 2050, pour nourrir la population en expansion, la d’ici à 2050, les rendements moyens du riz, du blé et du maïs
production de denrées alimentaires devra être multipliée baisseront respectivement de 14 %, 22 % et 5 %, et la disponibilité
par deux. La FAO estime qu’il faudrait accroître la production des produits alimentaires dans la région sera en moyenne de
alimentaire mondiale de 70 % par rapport aux niveaux de 500 calories de moins par personne, soit un recul de 21 %.
2009, mais aussi que des réserves importantes doivent être
FORCES ET FAIBLESSES
L’agriculture en ASS se caractérise par une série de forces, de partie de l’accélération de la croissance du PIB en ASS est ainsi due à
faiblesses, d’opportunités et de menaces socio-économiques et une croissance agricole plus rapide. Et le potentiel d’amélioration de
biophysiques en interaction les unes avec les autres. Ces facteurs la productivité agricole est encore très élevé. Sur de nombreux plans,
viennent amplifier encore le défi que représente le développement l’Afrique représente la dernière frontière agricole.
d’une croissance agricole résiliente (tableau 1).
Si un seul pays d’ASS – le Ghana – est bien parti pour atteindre l’objectif
Aujourd’hui, les forces et les opportunités l’emportent sur les faiblesses 1 du Millénaire pour le développement (OMD), 13 autres pays de cette
et les menaces. Des solutions appropriées existent pour remédier région sont en passe de réduire de moitié la pauvreté et 10 de diviser
aux problèmes et des signes forts d’une renaissance agricole d’un par deux le nombre de personnes souffrant de la faim (figure 3).
nouveau genre, spécifique à l’Afrique, sont perceptibles. Une grande
4
Figure 3 : Pays en voie de réalisation de
l’OMD 1, sur la base de projections dans
l’hypothèse de politiques inchangées.
Burkina Faso Source : ReSAKSS à partir de données de
Cameroun Algérie
la Banque mondiale (2009) et de l’ONU
Cap-Vert Angola
Bénin
(2009).
République
centrafricaine Botswana
Éthiopie Égypte Burundi
Guinée Gambie
Kenya Ghana
Guinée équatoriale
Lesotho Mauritanie Guinée-Bissau
Malawi Mozambique
Mali Namibie
Maroc Sao Tomé-et-Principe
Sénégal Tunisie
Swaziland
Ouganda
Pays en voie de Pays en voie de
réduire de moitié la réduire de moitié la
pauvreté d’ici à 2015 faim d’ici à 2015
Pays en voie d’atteindre
l’OMD 1
LEADERSHIP DU PDDAA
Comme nous l’avons mentionné dans notre rapport de 2010, h Le PDDAA fixe les objectifs suivants : attribution de 10 % des
un changement radical s’est produit dans la manière dont les budgets nationaux au secteur agricole et réalisation d’un taux
responsables, les régions et les gouvernements africains abordent de croissance agricole national de 6 %.
l’agriculture. Depuis 2003, le Programme détaillé de développement h Sept pays atteignent actuellement l’objectif de 10 % de
de l’agriculture africaine (PDDAA) de l’Union africaine fournit un
dépenses en faveur de l’agriculture. Leurs résultats
canal officiel pour le développement des politiques, stratégies et
correspondaient à l’objectif aussi bien durant l’année la plus
programmes d’investissements régionaux et nationaux dans le
récente mesurée qu’en moyenne sur la dernière période
secteur agricole. L’élan ne cesse de s’amplifier :
écoulée (2003-2009). Parmi les pays ayant fourni les données
h 29 pays ont suivi le processus de tables rondes du PDDAA et requises, 17 ont atteint ou dépassé l’objectif des 6 % de
signé les documents de stratégie appelés « compacts ». croissance agricole en 2009.
h Parmi ces pays, 20 ont commencé à mettre au point des
plans d’investissements agricoles et reçoivent des fonds
de donateurs, 5 d’entre eux bénéficiant de financements
du Programme mondial de sécurité alimentaire et agricole
(GAFSP), pour un total de 223,5 millions de dollars.
5
Un rapport du Panel de Montpellier mars 2012
FORCES : FAIBLESSES :
h La diversité des agro-écosystèmes africains garantit une certaine h L’agriculture souffre d’un manque de politiques interministérielles
résilience, même si cette hétérogénéité nécessite aussi une gestion cohérentes et de leadership.
sophistiquée et différenciée. h Les mesures incitatives pour les investissements dans les petites
h Les petites exploitations agricoles peuvent s’avérer très efficaces entreprises sont faibles.
et atteindre une production de cinq tonnes ou plus de céréales par h L’accès aux marchés amont et aval est souvent limité.
hectare avec des intrants et une gestion appropriés.
h Les rendements moyens des céréales sont d’une tonne seulement par
h Les coûts de production à l’échelle de la ferme sont souvent
hectare.
relativement bas en Afrique.
h L’agriculture majoritairement pluviale dépend des précipitations
h Il existe une forte tradition d’associations d’agriculteurs au sein des
variables et imprévisibles.
villages, qui constitue une base importante pour la croissance et
l’innovation. h Les dépenses totales en R&D dans le domaine agricole en Afrique ont
h connu entre 2000 et 2008 une croissance de seulement 1,9 %, avec
L’accélération de la croissance du PIB en ASS est due en partie à une
cependant des écarts très importants entre les pays.
croissance agricole plus rapide.
h Les sols africains sont fortement dégradés et appauvris de leurs
h Le PDDAA permet un leadership africain plus organisé et concerté.
nutriments.
h Les investissements directs à l’étranger (IDE) sur le continent sont
h En Afrique, plus de 90 % des terres sont détenues en dehors du système
passés de 2,4 milliards de dollars en 1985 à 55 milliards en 2010, bien
légal officiel et sont donc susceptibles d’être retirées à leur exploitant.
que la majeure partie de cette augmentation incombe aux secteurs du
pétrole et du gaz. h La mécanisation agricole est peu développée.
OPPORTUNITÉS : MENACES :
h La main d’œuvre agricole est abondante : 65 % de la population h 80 % des exploitations africaines (soit 33 millions) s’étendent sur moins
africaine vit et travaille dans des zones rurales. de deux hectares, ce qui peut accroître les coûts de transaction.
h La main d’œuvre sera majoritairement jeune : d’ici à 2040, l’Afrique h La réussite des investissements dans l’agriculture dépend de
abritera 20 % de la jeunesse mondiale. l’implication des femmes, qui constituent 50 % de la main d’œuvre
agricole et disposent d’un accès relativement limité aux ressources et
h Il existe un grand potentiel d’amélioration des rendements via
aux services.
l’augmentation des taux d’utilisation d’engrais et de l’irrigation des
terres. h L’ASS compte beaucoup de ravageurs, de maladies et de mauvaises
herbes, comme les strigas, la cercosporiose noire, le flétrissement du
h Les engrais sont utilisés à des taux moyens d’environ 11 kg/ha de
bananier, le virus de la mosaïque du manioc et celui de la striure du
terre arable (contre 154 kg/ha en Inde et 468 kg/ha en Chine). Il maïs, les pyrales, les foreurs de tiges, le mildiou et les sauterelles, qui
existe également un énorme potentiel d’utilisation des sources locales sont capables de détruire des récoltes entières.
d’engrais au phosphate naturel à des coûts abordables.
h Les agriculteurs d’ASS reçoivent les subventions agricoles les plus
h Seulement 4 % des terres cultivées en ASS sont irriguées. Plus de réduites au monde.
20 millions d’hectares peuvent potentiellement l’être.
h Les trois quarts des pays africains sont importateurs nets de produits
h Des projets de couloirs de croissance agricole sont déjà en cours dans
agricoles et les droits de douane africains sont en moyenne 50 % plus
des zones à fort potentiel agricole, ce qui va stimuler les investissements élevés que les tarifs équivalents en Amérique latine et en Asie.
et le développement des chaînes de valeur régionales.
h Le changement climatique va probablement diminuer les
h La connectivité mobile et Internet affiche une croissance rapide :
rendements des cultures dans une grande partie de l’ASS.
les abonnés à la téléphonie mobile sont passés de moins de 2 millions en
1998 à plus de 400 millions en 2009, tandis que les utilisateurs d’Internet
ont augmenté de près de 430 % en ASS entre 2005 et 2010. Tableau 1 – Analyse SWOT de l’agriculture africaine
6
DÉVELOPPER LA RÉSILIENCE
QU’ENTENDONS-NOUS PAR « CROISSANCE
RÉSILIENTE » ?

Développement
Dans le contexte du présent rapport, la résilience est la capacité du développement Stress ou choc
agricole à résister à des stress et des chocs ou à s’en remettre, et donc de rebondir pour
revenir au niveau de croissance précédent. Comme le montre la figure 4, le manque de
résilience peut se concrétiser par une productivité agricole en déclin progressif mais, tout
aussi bien, la chute peut être soudaine et imprévue. Le rétablissement peut être rapide,
mais il est plus souvent lent ou incomplet.
Un stress peut être défini comme une perturbation prévisible, régulière (parfois continue)
et d’ampleur relativement faible, telle que l’effet de la salinisation du sol, le manque de
précipitations ou encore l’endettement. Les stress ou crises chroniques causent des
dommages directs, mais parfois ils s’aggravent doucement pour aboutir à un choc ou Anticiper Prévenir Se remettre Apprendre
Étudier Tolérer Rétablir
une crise aiguë.
Un choc est une perturbation imprévisible, irrégulière et d’ampleur relativement
Figure 4 : La gamme de réactions face aux
importante. Il peut résulter d’une sécheresse ou inondation exceptionnelle, d’une nouvelle
stress et aux chocs
infestation de ravageurs ou encore d’une catastrophe à évolution lente qui atteint le point
de basculement et devient un phénomène extrême.
Une grande partie des stress et des chocs sont interconnectés : par exemple l’énergie
et la volatilité des prix des intrants, les événements météorologiques extrêmes et le PARFOIS, BIEN SÛR,
changement climatique, la raréfaction des ressources naturelles et la pauvreté ainsi que
les inégalités. La densité de population et l’urbanisation étant en plein essor sur la planète,
LES DOMMAGES SONT
les interactions physiques et sociales se complexifient et s’accélèrent. Les événements INÉVITABLES ET LA
indésirables mineurs s’en trouvent amplifiés, tandis que la fréquence et la portée des SEULE RÉPONSE
menaces pesant sur la croissance agricole augmentent.
POSSIBLE EST LA
RENFORCER LA RÉSILIENCE RECONSTRUCTION OU
La résilience peut être renforcée de différentes manières, par le biais d’interventions LE RÉTABLISSEMENT
politiques, économiques, sociologiques ou technologiques. La sécheresse peut par DU FONDEMENT DE
exemple être combattue en construisant des systèmes d’irrigation, en améliorant les
techniques de récupération de l’eau et les technologies agro-écologiques telles que
LA CROISSANCE.
l’agriculture de conservation, ou encore en créant de nouvelles cultures ou espèces de
bétail plus tolérantes ou résistantes à la sécheresse. La résilience peut également être
accrue par des politiques commerciales plus ouvertes favorisant l’accès transfrontalier
aux denrées alimentaires. Certaines méthodes sont coûteuses, d’autres le sont moins.
7
Un rapport du Panel de Montpellier mars 2012
Les étapes à franchir pour développer la résilience (illustrées dans la figure 4) incluent
l’anticipation de la probabilité et de la localisation d’un stress ou d’un choc via une
étude de la situation. Dans le cas d’événements météorologiques extrêmes tels que des
ENCADRÉ 1 : LES
sécheresses ou des inondations, cela peut impliquer une veille agro-climatique : le Réseau ACTIONS DES
des systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWS NET) a ainsi prévu en 2010 la AGRICULTEURS FACE
probabilité d’une crise alimentaire en 2011 dans la Corne de l’Afrique. AU CHANGEMENT
Les étapes suivantes – prévenir et tolérer, se remettre et rétablir – nécessitent la définition CLIMATIQUE AU
d’objectifs, l’identification des différentes options et leur évaluation en termes de résultats MOZAMBIQUE
et de rapport coût-bénéfice. Des mesures préventives, comme la construction de
barrages ou de digues, peuvent permettre à la croissance agricole de se poursuivre sans Les habitants du village de
entrave. Mais souvent, la meilleure option est de faire preuve d’une certaine tolérance Nwadjahane, dans le sud du
qui réduit les dégâts ou favorise un redressement rapide. Il s’agit souvent d’une sorte de Mozambique, souffrent des effets
compromis visant à concilier la productivité agricole et la réduction de l’exposition au du changement climatique et
risque. La réaction idéale consiste à rechercher et à mettre en œuvre des technologies et prennent des mesures importantes
des processus gagnant-gagnant là où ils existent. pour lutter contre les impacts les
plus néfastes. Plusieurs associations
Parfois, bien sûr, les dommages sont inévitables et la seule réponse possible est la d’agriculteurs ont été créées afin
reconstruction ou le rétablissement du fondement de la croissance. de réattribuer à chaque cultivateur
En règle générale, plus l’on déploie d’efforts pour anticiper les stress et les chocs et une portion de terres basses et de
pour mettre au point des réactions basées sur la prévention ou la tolérance, moins les terres hautes, qui ne garantissent
dommages probables et les coûts des actions sont importants. pas la même productivité. En
effet, dans les vallées, les cultures
Pour résumer, développer la résilience consiste à apprendre des expériences passées. sont très productives mais elles
Comment un pays, un village ou un ménage a-t-il réussi à gérer un stress ou un choc sont balayées régulièrement
grave ? Comment pourrait-il améliorer sa réponse à l’avenir ? Dans presque toute l’ASS, par des inondations, tandis que
les communautés locales éprouvent les conséquences du changement climatique et les terres en altitude produisent
apprennent à les gérer (encadré 1). de bonnes récoltes les années
marquées par des inondations, et
Si certaines des technologies et interventions nécessaires pour développer la résilience
de maigres récoltes lorsque les
sont d’ores et déjà disponibles, d’autres, comme les actions contre les ravageurs et
précipitations sont insuffisantes.
les maladies qui dévastent les récoltes ou encore la protection contre la sécheresse,
Les associations sont également en
nécessitent davantage de recherche appliquée. La réunion du G20 de 2011 a souligné
train d’expérimenter des cultures
« le besoin d’investir davantage et d’augmenter la coopération en matière de recherche
résistantes à la sécheresse.
et développement pour l’adaptation au changement climatique ». Les participants ont
également salué l’importance du travail du Groupe consultatif pour la recherche agricole
internationale (GCRAI) et une première Conférence du G20 sur la recherche agricole pour
le développement s’est ensuite tenue à Montpellier en septembre 2011.
8
LA CROISSANCE RÉSILIENTE
La résilience ne concerne pas uniquement les crises aiguës nécessitant des solutions
exceptionnelles. La plupart des crises aiguës ne pourront être empêchées que si nous
nous attaquons d’abord aux crises chroniques sous-jacentes. Pour garantir une sécurité
alimentaire et un développement agricoles durables, par exemple, il est impératif de se
pencher sur la hausse des prix des intrants, sur la dégradation des sols et de l’eau, et enfin
sur le réchauffement climatique.
À première vue, l’objectif de la résilience peut sembler incompatible avec la croissance.
Un compromis est effectivement souvent nécessaire. Il est ainsi possible d’avoir un
développement très résilient mais en stagnation, ou une croissance rapide qui s’avère
destructrice et extrêmement volatile. L’idéal se situe entre les deux, lorsque la résilience
appropriée fait, dès le départ, partie intégrante de la croissance de manière à exploiter
les synergies entre les deux. De plus, une croissance dépourvue de résilience risque fort
d’être impossible à prévoir. À l’inverse, une croissance régulière et fiable encourage les
acteurs à poursuivre les investissements, créant un cercle vertueux de développement.
LA CROISSANCE VERTE ET LA BIOÉCONOMIE
La croissance résiliente est au cœur de la théorie et de la pratique de la croissance verte PRIS DANS LEUR
telle qu’elle a été exposée par la présidence coréenne du G20 en 2010. Le but de la
croissance verte est de parvenir à la fois à un haut niveau de croissance et à un degré ENSEMBLE NOS
élevé d’efficacité dans l’utilisation des ressources. Cette approche prône un changement ACTIONS DEVRAIENT
stratégique de système économique afin que le prix des ressources naturelles et des
services soit intégré aux prix du marché, créant ainsi une économie verte dans laquelle les
COMBLER LES
richesses économiques sont liées à la durabilité écologique. La Corée préside le groupe de LACUNES DE MISE
travail sur la croissance verte pour la réunion du G20 en 2012. EN ŒUVRE ET
La construction d’une économie verte sera au centre des délibérations lors de la ATTEINDRE UNE
Conférence des Nations Unies Rio+20 en juin 2012. Dans l’avant-projet (« zero draft ») PLUS GRANDE
de la conférence, les États membres et les autres parties prenantes déclarent : « Nous
renouvelons notre engagement en faveur du développement durable et nous exprimons INTÉGRATION ENTRE
notre détermination à mener l’économie verte dans le contexte du développement LES TROIS PILIERS
durable et de l’éradication de la pauvreté. Nous affirmons encore notre volonté de
renforcer le cadre institutionnel du développement durable. Pris dans leur ensemble nos
DU DÉVELOPPEMENT
actions devraient combler les lacunes de mise en œuvre et atteindre une plus grande DURABLE -
intégration entre les trois piliers du développement durable - économique, social et ÉCONOMIQUE,
environnemental. » Le défi de la Conférence Rio+20 réside dans l’intégration des priorités
environnementales et de développement. Dans ce contexte, l’approche de la croissance
SOCIAL ET
résiliente peut fournir des pistes d’analyse et d’action. ENVIRONNEMENTAL.
9
Un rapport du Panel de Montpellier mars 2012
Nous devons surtout, dans les prochaines décennies, passer d’une économie planétaire
à un système basé sur la bioéconomie. L’accent doit ainsi être mis sur les technologies
économes en ressources et les produits et services adaptés à l’environnement. L’objectif
à long terme est que les intrants de base destinés à l’industrie soient issus en totalité
des plantes ou des cultures, c’est-à-dire qu’ils soient intrinsèquement renouvelables.
L’Allemagne a créé un Haut conseil à la bioéconomie afin d’améliorer le développement
économique, la compétitivité et, partant de là, la création de valeur grâce à des solutions
biosourcées. C’est dans ce contexte que le gouvernement allemand a lancé en 2011 un
nouveau programme de recherche pour la sécurité alimentaire en Afrique.
En février 2012, la Commission européenne a en outre adopté une stratégie en faveur
d’une bioéconomie durable afin de permettre une croissance verte intelligente en Europe.
L’objectif est de parvenir à une économie plus innovante et à faibles émissions, à même
de concilier les impératifs d’une agriculture et d’une pêche durables, de la sécurité
alimentaire et de l’utilisation durable de ressources biologiques renouvelables à des fins
industrielles, tout en assurant la protection de l’environnement et la biodiversité.
Le plan se concentre sur trois aspects essentiels : mettre au point de nouvelles technologies
et de nouveaux procédés ; développer les marchés et la compétitivité ; et inciter les
responsables politiques et les parties prenantes à travailler plus étroitement ensemble.
LA RÉSILIENCE À GRANDE ÉCHELLE
La problématique du « développement à grande échelle » rejoint celle de la croissance
résiliente. Pour atteindre une croissance agricole résiliente et de transformation, il faut
en effet aller au-delà de quelques îlots de réussite. Plus de 80 % des agriculteurs africains
sont de petits exploitants, et la majorité de ces derniers sont des femmes cultivant
moins de deux hectares. En tant que groupe, ces personnes jouent un rôle décisif pour
parvenir à une sécurité alimentaire et nutritionnelle généralisée et inclusive. Mais cela
dépend de leurs liens avec les marchés, ceux qui achètent leurs produits comme ceux
qui leur fournissent les intrants tels que les engrais, les semences, les micro-crédits et
les micro-assurances.
Le développement à grande échelle dépend donc de l’ampleur de la participation des
agriculteurs sur les marchés. Si ces derniers sont accessibles, efficients et équitables – et
donc résilients –, les petits exploitants seront de plus en plus nombreux à atteindre la
sécurité alimentaire et nutritionnelle et à prospérer. Par conséquent, le sujet des marchés
résilients est le premier abordé dans le cadre de nos recommandations détaillées.
10
NOS
RECOMMANDATIONS
11
Un rapport du Panel de Montpellier mars 2012
DES MARCHÉS RÉSILIENTS
LES MARCHÉS RÉSILIENTS PERMETTENT AUX
AGRICULTEURS D’ACCROÎTRE LEUR PRODUCTION, Nous recommandons aux
gouvernements de collaborer avec
DE PRENDRE DES RISQUES ET DE DÉGAGER le secteur privé afin de :
DES REVENUS VIA L’INNOVATION, TOUT EN
1. réduire la volatilité des prix
GARANTISSANT LA DISPONIBILITÉ DES DENRÉES alimentaires ;
ALIMENTAIRES À UN PRIX ABORDABLE.
2. faciliter les investissements
Un marché résilient diminue les effets des stress et des chocs, et il se caractérise par privés ; et
des structures institutionnelles solides, une transparence dans la formation des prix et de
faibles coûts de transaction aboutissant à une bonne stabilité des prix, ce qui profite autant 3. créer des environnements
aux producteurs qu’aux consommateurs. Mais ce système repose sur des investissements propices.
importants dans la croissance agricole et dans la création d’environnements propices
appropriés.
1. RÉDUIRE LA VOLATILITÉ DES PRIX ALIMENTAIRES
Sur les 20 principales hausses de prix de matières premières enregistrées au cours de la
dernière décennie, 12 concernaient des produits agricoles. Récemment, on a observé une
flambée des prix alimentaires en 2007 et 2008, suivie d’un pic en 2010 qui s’est prolongé
jusqu’à la date du présent rapport (figure 5).
Selon la déclaration ministérielle du G20 de 2011, cette excessive volatilité « nuit non
seulement à l’accès à l’alimentation pour les plus pauvres, et à bon nombre de producteurs
agricoles, y compris les éleveurs frappés par les coûts volatils de l’alimentation animale,
mais aussi aux investissements et à la réponse efficace du marché à l’augmentation durable
de la demande alimentaire, et peut saper la confiance dans les marchés internationaux. »
Pour les agriculteurs, la volatilité des prix diminue la confiance et augmente les risques.
Les hausses rapides des prix entraînent également une aggravation des famines
chroniques, qui s’accompagnent de troubles civils et de vagues d’émigration. Dans notre
rapport de 2010, nous nous sommes penchés sur ces défis et avons formulé plusieurs
recommandations poursuivant les buts suivants :
h envisager une régulation des marchés alimentaires selon une approche similaire à
celle des systèmes bancaires et financiers ;
h essayer d’empêcher l’instauration d’interdictions d’exporter ; et
h créer des réserves physiques modérées de céréales pour le Programme alimentaire
mondial, pour certaines régions africaines et pour certains pays en particulier
(notamment les territoires enclavés).
12
Pendant les crises alimentaires, les réserves publiques peuvent être utiles à trois niveaux :
comme outil de stabilisation des prix intérieurs, comme source de nourriture d’urgence pour Nous recommandons aux
l’aide humanitaire et enfin comme base pour les programmes de distribution de denrées gouvernements et aux autres
alimentaires. Quelque peu controversées au départ, ces recommandations sont appliquées parties prenantes les actions
par un grand nombre de pays, au moins à l’échelle nationale. Le Kenya a ainsi triplé ses suivantes :
réserves de céréales en 2011, tandis que le Nigeria a adopté une politique prévoyant que
15 % des récoltes annuelles totales de céréales doivent être mises en réserve. a. poursuivre sur la lancée du G20
et participer activement à AMIS ;
La volatilité des prix alimentaires était la priorité de la présidence française du G20
de 2011. Les ministres de l’agriculture et les chefs d’État et de gouvernement se sont b. évaluer les progrès et l’impact
mis d’accord pour soutenir la mise en place du Système d’information sur les marchés des mesures prises par le G20
agricoles (AMIS), estimant qu’une meilleure information permettra de réduire la volatilité en 2011 ;
des prix. AMIS poursuit ainsi plusieurs objectifs : améliorer les informations, les analyses c. lancer un inventaire des barrières
et les prévisions sur les marchés agricoles tant au niveau national qu’international ; commerciales nationales
rendre compte des activités anormales en matière de prix ; examiner les conditions sur et régionales, ainsi que des
les marchés, y compris les faiblesses structurelles, ce qui permet de renforcer la capacité politiques protectionnistes au
d’alerte précoce à l’échelle mondiale ; recueillir et analyser les informations sur les sein de l’Afrique ; et
politiques mises en œuvre, promouvoir le dialogue et les mesures appropriées, ainsi que
la coordination internationale des politiques ; et enfin développer la capacité de collecte d. examiner la création de zones de
des données dans les pays participants. libre-échange pour les produits
agricoles majeurs tels que le
Les discussions menées dans le cadre du G20 ont mis en évidence la nécessité d’aborder maïs dans les communautés
sous différents angles la question de la volatilité des prix alimentaires. Cette dernière peut économiques régionales et sur
ainsi être limitée en réduisant ou en supprimant les barrières commerciales appliquées l’ensemble du continent africain.
aux céréales. Dans certains cas, ce sont des droits de douane excessifs, dans d’autres,
des politiques commerciales protectionnistes. Il est urgent de comprendre la nature et les
conséquences néfastes de tels obstacles en Afrique, et d’élaborer des solutions pour les
éliminer, comme l’établissement de zones de libre-échange.
Indice FAO des prix alimentaires
2002-2004=100
250 2008
2009
220 2010
2011
190 2012
160 Figure 5 : Pics récents
des prix alimentaires
Source : FAO
130
J F M A M J J A S O N D
13
Un rapport du Panel de Montpellier mars 2012
2. FACILITER LES INVESTISSEMENTS PRIVÉS
Nous recommandons aux
Les insuffisances réelles ou présumées de la production de denrées alimentaires par rapport gouvernements de travailler avec
à la demande réelle ou potentielle ont constitué un facteur majeur d’augmentation de la le secteur privé, au plan national et
volatilité des prix alimentaires. La consommation mondiale de céréales et d’oléagineux international, afin de :
était supérieure à la production durant sept des huit premières années du XXIe siècle. En
2007, le niveau des stocks s’élevait à seulement 14 %. Dans ce contexte, même si ce n’est a. mettre en place des
pas l’unique solution au problème, la hausse de la production alimentaire reste un facteur environnements réglementaires
décisif, notamment lorsqu’elle est combinée à un meilleur accès aux marchés pour les appropriés propices aux
agriculteurs. investissements privés ;
Par nature, l’agriculture est une activité du secteur privée, qu’il s’agisse des petites ou b. faciliter le développement de
des grandes exploitations. La majorité des petits exploitants relèvent ainsi, d’une manière chaînes de valeur rentables
ou d’une autre, du secteur privé. Pour eux, le défi réside dans le fait que les transactions et résilientes générant des
sont généralement de faible ampleur : quelques grammes de semences, quelques kilos bénéfices importants pour les
d’engrais, des micro-crédits et des micro-assurances. Et lorsqu’ils ont des produits à petits exploitants, notamment les
vendre, ce sont au maximum quelques centaines de kilos. Néanmoins, la création de femmes ;
sociétés locales fournissant les engrais et les semences, mais aussi de distributeurs c. fournir un espace pour partager
d’intrants au sein des petits villages, couplée avec des expérimentations de micro-crédits les expériences de mise à l’échelle
et de micro-assurances, constituent des voies prometteuses. La plupart de ces initiatives des marchés et tirer les leçons
reposent sur les principales banques commerciales basées en Afrique et sont facilitées par des succès et des échecs ; et
les garanties octroyées pour couvrir les emprunts des petits exploitants.
d. examiner les innovations
Le secteur privé a beaucoup à offrir à l’agriculture africaine. Parallèlement au possibles en matière de
développement des chaînes de valeur des cultures, des opportunités majeures existent financement et d’accès aux
pour des investissements privés à plus large échelle dans des domaines tels que services bancaires (notamment :
le stockage, la transformation, la vente en gros et au détail. Le secteur privé dispose fonds souverains, obligations
des fonds nécessaires pour agir à grande échelle et il peut fournir des réserves et des destinées à la diaspora et
financements d’urgence afin de garantir la résilience de ces filières. différentes formes de taxation).
En Afrique, les investissements directs à l’étranger (IDE) sont passés de 2,4 milliards de
dollars en 1985 à 53 milliards en 2008. Mais il faudrait encore bien davantage – notamment
que l’accent soit mis sur l’agriculture. Dans un rapport majeur remis dans le cadre du G20
de novembre 2011, Bill Gates a étudié une série d’options qui permettraient de lever des
sommes importantes issues du secteur privé en faveur du développement. On y trouve les
fonds souverains, les obligations destinées à la diaspora et différentes taxes sur le tabac,
le combustible de soute et les transactions financières. Toutes ces solutions pourraient
aboutir à des investissements dans la santé et l’agriculture à hauteur de quelque
80 milliards de dollars.
14
3. CRÉER DES ENVIRONNEMENTS PROPICES
La sécurité alimentaire est en partie un problème économique, mais sa solution se
compose essentiellement de facteurs politiques, technologiques, institutionnels et
comportementaux. Le simple jeu des forces du marché, au sein d’un pays comme à
l’échelle mondiale, ne suffira pas à établir la sécurité alimentaire. L’offre peut faire face
à l’accroissement de la demande, mais les agriculteurs des pays en développement,
en particulier les petits exploitants, ont des difficultés à répondre rapidement aux
signaux du marché. Des bénéfices pourront être dégagés uniquement s’il existe un
« environnement propice ».
La réunion du G20 en 2011 a abouti à la déclaration suivante : « Nous nous engageons à
créer un environnement propice à l’augmentation des investissements publics et privés
dans l’agriculture. Nous insistons tout particulièrement sur le besoin de soutenir les
partenariats public-privé, dans le cadre d’une approche filière, pour les services (tels
que l’accès aux services bancaires, les services de formation et de conseil agricoles),
pour les infrastructures et le matériel de production (comme l’irrigation), pour la
transformation agroalimentaire et l’accès aux marchés (entre autres le transport, le
stockage, la communication) et pour la réduction des pertes avant et après récolte.
Nous nous engageons à soutenir le renforcement des capacités dans les pays en
développement dans ces domaines et demandons aux organisations internationales
de nous y aider. Nous encourageons également les efforts pour la mise en place de
cadres d’investissement appropriés y compris à travers l’amélioration des lois et
réglementations. »
Comme le souligne cette déclaration, la majeure partie de ces investissements devra
provenir du secteur privé, mais l’action publique devra quant à elle, au minimum, créer
les conditions nécessaires pour permettre à des initiatives décentralisées, privées et
collectives de se développer. De plus, les marchés ne fonctionnent jamais parfaitement,
si bien que le secteur public et les organisations de la société civile sont tenus de
participer pour s’assurer que les marchés sont accessibles, équitables et efficients, et
que les filets de protection sociale sont en place en cas de défaillance des marchés.
L’expérience montre qu’un grand nombre des éléments clés d’un environnement
propice pour l’agriculture ne peuvent être créés que par le biais de partenariats public-
privé (PPP) innovants. L’avantage des PPP est qu’ils peuvent tirer profit de l’esprit
d’entreprise et de l’efficacité du secteur privé afin d’assurer une meilleure optimisation
des ressources, tout en s’appuyant sur l’engagement public pour garantir le partage
des bénéfices sur le plan géographique comme en termes de groupes sociaux. De cette
manière, les investissements privés peuvent profiter au plus grand nombre et non à
quelques-uns seulement.
15
Un rapport du Panel de Montpellier mars 2012
Les PPP, qui englobent le secteur public et le secteur privé avec les ONG, sont
particulièrement utiles pour aider les petites entreprises agricoles et associations Nous recommandons aux
d’agriculteurs à devenir des entités viables disposant de connexions fructueuses avec gouvernements de collaborer, au
les marchés amont et aval. La contribution des autorités est souvent cruciale pour plan national et international, avec
établir la base légale de telles entreprises, tandis que les ONG peuvent les aider à le secteur privé et les ONG afin de
améliorer leur expertise en gestion et à tisser des liens équitables avec les marchés. mettre en place des partenariats
Les PPP jouent également un rôle dans le développement de partenariats de recherche public-privé capables de :
agricole combinant l’expertise technologique des organismes de recherche publics et a. contribuer à offrir des filets de
privés à un contrôle des gouvernements pour garantir que les bénéfices parviennent protection sociale en période de
aux petits exploitants (encadré 2). crise alimentaire ;
L’accès aux marchés représente l’une des composantes majeures d’un environnement b. développer les bases légales et
propice pour l’agriculture. Il repose, notamment, sur des infrastructures rurales l’expertise en gestion à l’intention
adaptées. Or, l’ASS dispose de la plus faible densité de routes au monde : en moyenne, des petites entreprises agricoles
204 km par millier de km2 de superficie (la moyenne mondiale se situe à 944 km/1000 et associations d’agriculteurs ;
km2). Dans de nombreux pays, les frais et les assurances de transport absorbent 50 %
de la valeur des exportations. L’un des plus grands défis consiste à soutenir la création c. créer des partenariats de
de réseaux commerciaux régionaux pour les produits agricoles, afin de relier les petits recherche agricole pour fournir les
exploitants aux supermarchés et aux exportateurs à l’échelle locale. Le Réseau routier technologies adaptées aux petits
transafricain, mis au point par la Commission économique des Nations Unies pour exploitants ; et
l’Afrique (UNECA), la Banque africaine de développement (BAD) et l’Union africaine d. assurer des investissements
(UA), comprendra neuf routes transcontinentales d’une longueur totale de 56 683 km, unilatéraux et multilatéraux dans
reliant la plupart des États africains continentaux (ou passant à proximité). Sur 15 ans, le cadre du développement du
ce projet devrait générer 250 milliards de dollars en commerce intra-africain par voie Réseau routier transafricain.
terrestre.
ENCADRÉ 2 : MAÏS ÉCONOME EN EAU POUR L’AFRIQUE (WEMA)
Un partenariat public-privé extrêmement innovant a été créé entre la Fondation Africaine pour les Technologies Agricoles (AATF),
le Centre international d’amélioration du maïs et du blé (CIMMYT), la société de semences Monsanto et les systèmes de recherche
agricole nationaux des pays participants (Kenya, Tanzanie, Ouganda, Mozambique et Afrique du Sud) afin de fournir pendant la
prochaine décennie des variétés de maïs tolérantes à la sécheresse et libres de droit.
Lancé en 2008, le projet WEMA (Maïs Économe en Eau pour l’Afrique) vise à accroître les rendements d’environ 20 % à 35 % dans
des conditions de sécheresse modérées. Des hybrides de maïs sont ainsi mis au point à l’aide de méthodes conventionnelles de
sélection, assistée par marqueurs ou basée sur la modification génétique ; des expérimentations sont réalisées dans plusieurs pays
d’ASS. La commercialisation des premières variétés est attendue d’ici quatre à cinq ans. Ce projet pourrait aboutir à une production
supplémentaire de denrées alimentaires estimée à deux millions de tonnes, dont 14 à 21 millions de personnes pourraient bénéficier.
16
UNE AGRICULTURE RÉSILIENTE
UNE AGRICULTURE RÉSILIENTE PARVIENT À GÉNÉRER
Nous recommandons aux
DE LA CROISSANCE AGRICOLE À PARTIR DE LA CON- gouvernements, en partenariat
NAISSANCE ET DE L’INNOVATION, TOUT EN DÉVEL- avec le secteur privé et les ONG, de
OPPANT LA CAPACITÉ DES PETITS EXPLOITANTS À poursuivre les objectifs suivants :
LUTTER CONTRE LES DÉGRADATIONS ENVIRONNE- 1. permettre une intensification
MENTALES ET LE CHANGEMENT CLIMATIQUE. résiliente et durable ;
Les technologies et les pratiques de l’agriculture résiliente se fondent sur les connaissances agro- 2. lutter contre la dégradation des
écologiques permettant de faire face aux stress et aux chocs tout en maintenant une croissance terres et de l’eau ; et
agricole durable, et ce sans contribuer à des dégradations majeures de l’environnement. 3. développer une agriculture
intelligente face au climat/
climato-intelligente.
1. PERMETTRE UNE INTENSIFICATION RÉSILIENTE ET
DURABLE
Il est peu probable qu’une grande quantité de terres arables supplémentaires deviennent
disponibles pour la culture en ASS. Or, nous savons que nous devons produire environ deux
fois plus de denrées alimentaires d’ici à 2050. Au cours des 50 dernières années, la seule
augmentation importante de terres arables dans le monde s’est faite au profit de cultures
telles que les palmiers à huile et le soja, principalement en lieu et place de forêts tropicales
défrichées ou du Cerrado brésilien. Des terres pourraient certes être nettoyées dans les forêts
tropicales du Bassin du Congo, mais cela entraînerait une perte majeure de biodiversité ainsi
que des émissions considérables de gaz à effet de serre.
À l’avenir, la solution pour assurer la sécurité alimentaire consiste donc plutôt à accroître la
production réalisée sur les terres existantes (c’est-à-dire à augmenter la productivité des sols),
mais d’une manière à la fois résiliente et durable. Une telle intensification représente un défi de
taille, que seule l’ingéniosité humaine pourra relever, notamment en tirant parti des avantages
des processus écologiques et de ceux des méthodes modernes de sélection des plantes.
Au XXe siècle, la production agricole reposait sur des technologies mises au point par
les pays industrialisés. Ces « technologies conventionnelles » fournissent généralement
les produits souhaités sous une forme « emballée » prête à l’emploi, par exemple un sac
d’engrais de synthèse, un bidon de pesticide ou encore un tracteur. Ce sont des méthodes qui
« fonctionnent » généralement, mais qui peuvent se révéler inadaptées ou inaccessibles pour
les petits exploitants, sans parler de leurs effets indésirables sur l’environnement.
L’une des solutions alternatives est de se baser sur des principes écologiques pour accroître
la production tout en rendant l’agriculture plus résiliente et plus durable. À titre d’exemples,
on peut citer différentes formes de cultures mixtes permettant une utilisation plus efficace
des nutriments du sol et la préservation de leur cycle (p. ex. cultures intercalaires, rotation,
agroforesterie, sylvo-pâturage, culture d’engrais verts), les systèmes intégrés et intensifs
associant la culture et l’élevage, l’agriculture de conservation réduisant au minimum ou
17
Un rapport du Panel de Montpellier mars 2012
supprimant le labour (encadré 3), le microdosage des engrais et Les deux approches décrites ci-dessus ne sont pas incompatibles.
des herbicides, et enfin la lutte intégrée contre les ravageurs. Ces Développer des variétés améliorées appropriées au sein de systèmes
technologies ont désormais fait leurs preuves, au moins à petite agricoles écologiques peut permettre de stimuler à la fois la
échelle pour un grand nombre d’entre elles, certaines étant d’ailleurs productivité et la résilience.
basées sur des pratiques traditionnelles. Il est maintenant impératif de
trouver des manières de les appliquer à grande échelle pour toucher
davantage d’agriculteurs. Nous recommandons aux gouvernements, au secteur
Une autre solution consiste à renforcer l’utilisation des méthodes privé et aux ONG d’entreprendre les actions suivantes :
modernes de sélection végétale et animale (y compris les a. appliquer à grande échelle les programmes ayant fait
biotechnologies). Des progrès considérables ont été faits pour leurs preuves en matière d’agriculture de conservation
accroître la résistance aux différents ravageurs du maïs, du sorgho, et de lutte intégrée contre les ravageurs ;
du niébé, de l’arachide et du coton, aux maladies touchant le maïs
et le bananier, ainsi qu’aux maladies du bétail. Ces avancées peuvent b. développer des systèmes agricoles efficients en
entraîner des améliorations relativement rapides en matière de termes d’utilisation des sols, de l’eau et des nutriments,
résilience. Beaucoup de ravageurs et de maladies doivent encore être notamment via les technologies modernes de l’agro-
combattus, mais le défi permanent consiste à combiner cette lutte écologie ;
avec des hausses de rendement basées sur les biotechnologies, via
c. permettre l’accès aux méthodes modernes de sélection
l’amélioration de la photosynthèse, de l’absorption d’azote et de la
des plantes, y compris les biotechnologies, afin de
résilience au changement climatique.
mettre au point des variétés de cultures et des races
Le facteur clé de réussite des méthodes de sélection modernes est de bétail plus productives et plus résilientes ;
l’identification de la diversité génétique naturelle dans les variétés
cultivées et leurs proches parents. Le Traité international sur les d. préserver et gérer les germoplasmes locaux, in situ et
ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture, ex situ, pour de futurs programmes de sélection ; et
adopté en 2001, facilite l’accès aux matériels phytogénétiques tout en e. renforcer les droits des populations locales sur les
s’assurant que les bénéficiaires partagent les avantages qu’ils tirent de terres agricoles et les ressources naturelles communes.
l’utilisation de ces ressources avec les pays d’où elles proviennent.
ENCADRÉ 3 : AGRICULTURE DE CONSERVATION EN ZAMBIE
Dans l’ouest de la Zambie, un partenariat entre les autorités locales et de maïs, et les trous sont réutilisés quelques mois plus tard pour
l’ONG Concern Worldwide tente de remplacer le système traditionnel semer les graines de l’année suivante. Malgré la nécessité de sarcler
de jachère longue par une agriculture de conservation. À l’heure les mauvaises herbes, le travail à fournir est bien moindre que dans
actuelle, les populations déboisent, brûlent et labourent les terres, puis les systèmes traditionnels. Les rendements sont élevés, avec par
plantent le maïs. Les terres sont cultivées pendant quelques années exemple quatre à cinq tonnes de maïs par hectare en cas d’utilisation
seulement avant d’être laissées en jachère durant des décennies pour de nouvelles variétés hybrides résistantes à la sécheresse.
pouvoir être de nouveau déboisées et brûlées.
Ce système devrait permettre de conserver de façon plus ou moins
L’autre solution possible est l’agriculture de conservation, qui consiste permanente les couvertures végétales d’arbres ou d’arbustes,
à ne pas labourer et à semer les graines dans de petites « poches » puisqu’elles ne seraient plus brûlées, ce qui augmenterait la
creusées dans le sol, auxquelles on a ajouté deux tasses de fumier séquestration du carbone et préserverait les niveaux de carbone dans
et une dose d’engrais correspondant à un bouchon de bouteille de le sol, créant ainsi une agriculture plus stable et plus durable.
soda. Après la moisson, le sol est recouvert des tiges et des feuilles
18
2. LUTTER CONTRE LA DÉGRADATION DES TERRES ET DE L’EAU
Les terres et l’eau destinées à l’agriculture sont de plus en plus rares, 66 millions d’hectares irrigués en Inde en 2009. S’il serait possible,
font l’objet d’une vive concurrence et souffrent d’une dégradation en théorie, d’ajouter 20 millions d’hectares supplémentaires de
importante. Les causes sont la surexploitation, l’utilisation inefficace terres irriguées, cette évolution a jusqu’ici été freinée par différentes
et les changements de l’environnement englobant le réchauffement contraintes techniques, financières et socio-économiques. Dans
climatique et la pollution. La terre se dégrade sous l’effet de l’érosion, le même temps, près d’un quart de la population africaine vit dans
de la perte de fertilité et de la désertification. Selon l’évaluation des pays confrontés à des pénuries d’eau, et cette proportion est en
mondiale de la dégradation des terres (GLADA) de la FAO, près d’un augmentation.
quart de la surface de la planète a été dégradé entre 1981 et 2003, la
Sur la majeure partie du continent, cependant, les conditions
partie de l’Afrique située au sud de l’équateur étant l’une des zones les
environnementales ne se prêtent pas à des systèmes d’irrigation de
plus gravement touchées. Au total, la dégradation des terres concerne
grande envergure, et l’avenir réside dans des systèmes à petite échelle
1,5 milliard de personnes et plus de 40 % des populations pauvres
ainsi que, pour les régions arides, dans des systèmes ingénieux de
dépendent de terres dégradées pour leur nourriture et leurs revenus.
conservation de l’eau via des micro-bassins versants pour la collecte
Il existe en outre, aujourd’hui, de plus en plus d’informations sur les et l’utilisation de l’irrigation goutte à goutte et de technologies
coûts de la dégradation et sur les moyens de prévention. Le Niger, associées. La leçon générale à tirer des expériences faites ces 30
par exemple, perd environ 8 % de son PIB en raison du surpâturage, dernières années est que les systèmes d’irrigation de petite taille,
de la salinisation des rizières irriguées et de l’appauvrissement conçus et gérés au niveau de la communauté, sont plus à même de
en nutriments des terres de culture du sorgho et du millet. Selon fournir un approvisionnement durable en eau.
des estimations, un investissement de 20 millions de dollars dans
le système de microdosage d’engrais au Niger en 2007 aurait
permis d’économiser 80 millions de dollars d’aide alimentaire. Plus
généralement, il faut impérativement procéder à une évaluation, au Nous recommandons aux gouvernements, au secteur privé
plan local, des coûts et bénéfices de la réhabilitation par rapport à et aux ONG d’explorer les pistes suivantes :
ceux de la concentration sur les terres offrant le plus grand potentiel. a. cibler les financements visant à réduire la dégradation
La réalisation des investissements appropriés dépendra de l’existence des terres et à soutenir la conception de systèmes
d’incitations financières ou autres, comme un meilleur régime foncier d’incitations financières ou autres ;
ou l’accès à différents intrants.
b. envisager de rejoindre l’initiative mondiale « Economics
L’utilisation de l’eau a toujours été un sujet de conflit, mais ce of Land Degradation » (ELD) pour la gestion durable
phénomène est exacerbé par l’urbanisation et l’industrialisation des terres, lancée en 2011 par la CNULCD, l’Allemagne et
galopantes, ainsi que par le réchauffement climatique. Ressource la Commission européenne ;
indispensable à la production agricole, l’eau connaît une raréfaction
similaire à celle des terres, et ce pour des raisons analogues, à savoir c. soutenir le développement de grands projets
la surexploitation, l’utilisation inefficace et la dégradation due à la d’irrigation en fonction des besoins ; et
pollution. d. financer la mise au point de solutions
L’ASS dispose de vastes ressources en eau inexploitées pour innovantes de micro-bassins
l’agriculture. De 4 % à 5 % seulement des surfaces cultivées sont versants pour la collecte
irriguées, les deux tiers de ces terres se trouvant à Madagascar, en et la conservation de l’eau.
Afrique du Sud et au Soudan. Un chiffre à mettre en relation avec les
19
Un rapport du Panel de Montpellier mars 2012
3. DÉVELOPPER UNE AGRICULTURE INTELLIGENTE FACE AU CLIMAT
L’agriculture est à la fois victime et coupable du changement gaz rejetés sont le protoxyde d’azote, résultant de l’application sur
climatique. À long terme, ce dernier pourrait avoir plus de les sols de fumier, d’urine et d’engrais azotés ; le méthane, provenant
répercussions sur l’approvisionnement alimentaire qu’aucun principalement de la digestion des ruminants, de la riziculture et des
autre facteur. De plus, l’agriculture sera probablement le secteur zones anaérobies des sols ; et enfin le dioxyde de carbone, dégagé par
économique le plus affecté dans les pays en développement. Elle est le défrichement et la combustion de biomasse et d’énergies fossiles
en effet particulièrement vulnérable car de nombreux agriculteurs utilisées pour produire les engrais et les pesticides de synthèse.
dépendent directement des pluies naturelles, qui sont extrêmement
Même si des recherches considérables restent à effectuer, il existe déjà
variables et imprévisibles en ASS. De vastes territoires agricoles sont
quelques technologies permettant de réduire les émissions de gaz à
d’ores et déjà classés parmi les « zones arides ». Or, le changement
effet de serre issues de l’agriculture. Le potentiel de réduction de ces
climatique va probablement modifier les régimes de précipitations et
émissions est élevé, 70 % provenant des pays en développement.
raccourcir à l’avenir les saisons de croissance, conduisant à l’extension
de la superficie des terres arides. Les terres irriguées vont également Nous avons besoin, dans l’idéal, de solutions combinant l’adaptation
souffrir des transformations du débit des cours d’eau. De nombreux et l’atténuation, et exploitant les synergies potentielles entre ces deux
pays en développement enregistrent déjà des pénuries d’eau, dont approches. Mais le grand défi reste cependant de trouver comment
l’ampleur et la gravité pourraient encore s’accentuer. passer à une application à grande échelle.
Beaucoup de cultures sont déjà pratiquées à des niveaux proches de Des avancées ont été effectuées lors de la 17e Conférence des Parties
leur seuil de tolérance thermique. À l’approche de la floraison, des (COP) de la CCNUCC, en décembre 2011, grâce à l’accord du groupe
températures élevées pendant quelques jours peuvent suffire à peser de travail ad hoc sur l’Action coopérative à long terme, visant à inclure
lourdement sur les rendements de cultures telles que le blé, les arbres l’agriculture dans la COP 18 en novembre 2012 au Qatar.
fruitiers, les arachides et le soja. Des données récentes provenant
de 20 000 essais menés sur des champs de maïs en Afrique, entre
1999 et 2007, ont révélé que chaque degré jour passé au-dessus de Les gouvernements, en partenariat avec le secteur privé
30 °C entraîne une perte de rendement de 1 % dans des conditions et les ONG, devraient :
pluviales optimales et une perte de 1,7 % en cas de sécheresse. En
cas de réchauffement climatique de 1 °C, les trois quarts environ des
a. soutenir les programmes d’adaptation innovants
surfaces de culture de maïs du continent africain subiraient une baisse
développés par les communautés locales ;
des récoltes de 20 %. b. financer les efforts importants déployés pour
Bien que de nets progrès aient été faits dans le développement
appliquer les programmes d’adaptation agricole à
de systèmes agricoles adaptatifs grâce aux technologies agro-
grande échelle ;
écologiques et à la sélection en vue de la tolérance à la sécheresse ou c. développer des programmes concrets d’incitations
à la submersion, les applications ont souvent une amplitude limitée et financières pour que les agriculteurs s’impliquent dans
doivent être portées à plus grande échelle. les mesures d’atténuation à grande échelle ; et
L’agriculture est également une source majeure de gaz à effet de serre : d. soutenir un programme de travail pour le secteur
le secteur agricole génère entre 10 % et 12 % du total des émissions agricole sous la direction de l’Organe Subsidiaire de
mondiales, le chiffre montant jusqu’à 30 % si l’on inclut les émissions Conseil Scientifique et Technologique dans le cadre
issues des combustibles consommés par la branche, la production de la COP 18 de la CCNUCC.
d’engrais et le changement d’affectation des terres. Les principaux
20
DES POPULATIONS RÉSILIENTES
LES POPULATIONS RÉSILIENTES SONT CAPABLES DE
Nous recommandons aux
BÂTIR DES MOYENS DE SUBSISTANCE DIVERSIFIÉS, gouvernements, en partenariat avec
QUI LEUR ASSURENT DES REVENUS STABLES, UNE le secteur privé, les OSC et les ONG,
ALIMENTATION ADÉQUATE ET UNE BONNE SANTÉ, de poursuivre les objectifs suivants :
MALGRÉ LES STRESS ET LES CHOCS RÉCURRENTS. 1. renforcer la nutrition ;
2. mettre l’accent sur les femmes
1. RENFORCER LA NUTRITION rurales et les jeunes ; et
195 millions d’enfants présentent un retard de croissance, soit un tiers des enfants de 3. bâtir des moyens de subsistance
moins de cinq ans dans le monde. Dans certains pays africains, cette proportion grimpe diversifiés.
jusqu’à 50 % des enfants en bas âge. Sur l’ensemble de l’ASS, la proportion des enfants de
moins de cinq ans souffrant d’un retard de croissance est de 42 % (environ 50 millions de
personnes). Une alimentation adéquate permet non seulement d’empêcher ce désastre,
mais aussi d’améliorer la résistance des enfants face aux maladies infectieuses.
Une alimentation suffisante revêt une importance capitale durant les 1000 premiers jours
de la vie d’un enfant (dès la grossesse et jusqu’à deux ans). Dans le cadre d’une information
spéciale, nous avons incité les donateurs à soutenir le Mouvement SUN (Renforcement
de la nutrition), une initiative basée sur une série d’interventions bien étayées et chiffrées
ciblant cette période décisive. Les signataires sont actuellement au nombre de 26, parmi
lesquels se trouvent les pays suivants : Bénin, Burkina Faso, Éthiopie, Gambie, Ghana,
Malawi, Mali, Mozambique, Namibie, Niger, Nigeria, Sénégal, Ouganda, Tanzanie, Zambie
et Zimbabwe.
Comme l’affirme le Secrétaire Général de l’ONU, la nécessité est maintenant, pour les pays
SUN, de continuer à recevoir un soutien coordonné et cohérent tandis qu’ils transforment
en résultats tangibles leurs engagements en faveur du renforcement de la nutrition.
Une grande partie des denrées de base dont dépendent les personnes pauvres et leurs
familles contiennent certes beaucoup de glucides et de protéines, mais manquent souvent
des micronutriments essentiels pour la protection contre les infections. Idéalement, les
enfants devraient bénéficier d’un régime alimentaire varié, avec des produits végétaux
et animaux contenant les micronutriments essentiels (p. ex. le fer, le zinc et le bêta-
carotène, précurseur de la vitamine A). Or, ces denrées sont souvent indisponibles ou
trop onéreuses pour les ménages pauvres, notamment en ville.
Une partie de la réponse à ce problème réside dans l’amélioration de la valeur nutritive
des aliments dérivés des cultures et du bétail produits par les petits exploitants. Il faut
mettre davantage l’accent sur l’éducation nutritionnelle et sur le développement de
nouvelles variétés enrichies en micronutriments, soit par des méthodes de sélection
conventionnelles, soit par des modifications génétiques (encadré 4).
21
Un rapport du Panel de Montpellier mars 2012
En partenariat avec le
ENCADRÉ 4 : LA BIOFORTIFICATION secteur privé et les ONG, les
La biofortification a pour but de produire des cultures offrant une valeur nutritionnelle gouvernements devraient :
accrue. La plupart des céréales et des autres denrées de base présentent des teneurs
insuffisantes en diverses protéines et autres micronutriments. Le maïs, par exemple, a. fournir un soutien coordonné
ne contient pas les acides aminés lysine et tryptophane, pourtant essentiels pour et cohérent aux pays SUN dans
la construction des protéines dans l’organisme. La capacité de fabrication de leurs efforts pour transformer
ces nutriments manquants existe souvent dans le génome de la plante et attend en résultats tangibles leurs
seulement les bonnes caractéristiques génétiques pour s’exprimer. engagements en faveur du
renforcement de la nutrition ;
HarvestPlus, un programme novateur du CGIAR, est en train de développer sept
cultures à teneur accrue en zinc, en fer et en vitamine A, trois micronutriments b. financer des programmes
d’importance cruciale. Dans la plupart des cas, les méthodes conventionnelles de d’alimentation dans les
sélection assistée par marqueurs ont été utilisées. Une patate douce enrichie en écoles basés sur des produits
vitamine A est désormais disponible en Ouganda et au Mozambique. Au cours des locaux, et soutenir l’éducation
prochaines années, HarvestPlus prévoit le lancement de manioc et de maïs enrichis nutritionnelle à grande échelle ;
en vitamine A, de haricots et de millet perle enrichis en fer, et enfin de blé et de riz c. soutenir la mise à l’échelle des
enrichis en zinc. approches agro-écologiques
résilientes et durables
en faveur de la diversité
alimentaire, y compris les
jardins potagers ; et
d. financer le développement et
la diffusion à grande échelle
de variétés de cultures
biofortifiées adéquates.
22
2. METTRE L’ACCENT SUR LES FEMMES RURALES ET
LES JEUNES En partenariat avec le
secteur privé et les ONG, les
En ASS, les femmes constituent la majeure partie des personnes les plus pauvres et les gouvernements devraient :
plus opprimées, tandis que certains des ménages les plus démunis sont dirigés par des
femmes. Elles assument souvent une part disproportionnée de la charge de travail. Dans a. lancer une initiative concertée
les régions vallonnées du Népal, elles travaillent ainsi environ 16 heures par jour, contre 9 à l’échelle de l’Afrique pour
à 10 heures pour les hommes. En plus du surmenage, de nombreuses femmes souffrent de garantir la prise en compte des
la faim, victimes d’un cercle vicieux de discrimination, de pauvreté et de famine. besoins des femmes rurales et
leur accès aux biens et services
Si les femmes disposaient du même accès que les hommes aux ressources productives, ainsi qu’aux terres et autres
elles pourraient accroître de 20 % à 30 % le rendement de leurs exploitations. Cela ressources ;
pourrait entraîner une hausse de 2,5 % à 4 % de la production agricole totale dans les
pays en développement, induisant en retour une réduction comprise entre 12 % à 17 % du b. assurer l’accès des femmes à
nombre de personnes souffrant de famine dans le monde. l’éducation et à la formation
pour les intégrer à tous les
En pratique, les agricultrices ont souvent un mauvais accès aux intrants (engrais, semences projets de développement dès
et eau), à la vulgarisation (la plupart des agents de vulgarisation étant des hommes) et le départ ;
aux marchés pour écouler leurs produits. Elles accèdent souvent difficilement à des terres
de superficie et de qualité satisfaisantes. Cependant, par la force des choses ou pour c. soutenir les associations de
des raisons culturelles, les femmes sont souvent extrêmement résilientes, capables de se femmes visant à améliorer leur
consacrer à de nombreuses tâches différentes et de trouver les moyens de surmonter les pouvoir de négociation et leur
obstacles. accès au crédit, aux intrants et
aux autres services ; et
D’ici à 2040, un jeune sur cinq dans le monde vivra en Afrique. Si les opportunités
d’emplois bon marché semi-qualifiés doivent impérativement être développées dans d. développer de petites
les zones urbaines, la même nécessité existe dans les zones rurales. La solution peut entreprises rurales de différents
notamment consister à encourager la croissance d’exploitations plus grandes et plus types afin de fournir des
entreprenantes, mais aussi à favoriser les opportunités d’activités économiques rurales emplois aux jeunes non qualifiés
semi-qualifiées. et semi-qualifiés.
23
Un rapport du Panel de Montpellier mars 2012
3. BÂTIR DES MOYENS DE SUBSISTANCE DIVERSIFIÉS
En partenariat avec le
Des études réalisées à l’échelle des villages en Inde et en Afrique ont montré que le facteur secteur privé et les ONG, les
décisif permettant d’aider les ménages à sortir de la pauvreté est la diversification des gouvernements devraient :
revenus grâce à l’établissement de liens avec l’économie urbaine. Dans un village, 73 %
des foyers ayant échappé à la pauvreté ont ainsi rapporté que l’un de leurs membres avait a. mettre au point des méthodes
obtenu un emploi, généralement dans le secteur privé. Dans certains cas, ils avaient lancé de mesure de la diversification
une activité artisanale ou un commerce dans une grande ville, mais une part importante des ménages en lien avec la
(36 %) avait créé une petite entreprise dans les environs du village, p. ex. une boutique, résilience ;
une boucherie, un magasin vendant des produits agricoles, du poisson ou de la paraffine, b. soutenir les petites entreprises
un commerce de charbon, de bois de construction ou de bois de chauffage, une activité de qui débutent à l’échelle des
fabrication de chaussures ou de briques, de tissage de paniers ou de fabrication d’alcool. villages via des services de
Parmi les ménages sortis de la pauvreté, 57 % ont diversifié leur revenu agricole en micro-financement offrant des
produisant des cultures de rente, comme les céréales de base, le thé et la canne à sucre. fonds de démarrage, de micro-
L’acquisition de bétail a également une fonction décisive dans le processus. crédit et de micro-assurance ; et
La diversification est la clé de la résilience. La diversité des revenus, par exemple, diminue c. faciliter le développement de
la vulnérabilité des moyens de subsistance en fournissant des revenus alternatifs. Par chaînes de valeur permettant
conséquent, diversifier les cultures et le bétail, mais aussi les revenus non agricoles, joue un d’accroître la diversité des
rôle majeur dans la construction de moyens de subsistance résilients, en garantissant leur revenus.
expansion et leur croissance stables et durables, indépendamment des différents stress
et chocs qu’ils peuvent subir. La diversification nécessite le développement de chaînes de
valeur et la création de petites entreprises rurales assurant les liens indispensables entre
les communautés rurales et les économies urbaines.
24
UN LEADERSHIP POLITIQUE POUR
UNE CROISSANCE RÉSILIENTE
Pour parvenir à une croissance résiliente intégrant nos recommandations, nous devrons
placer l’agriculture au cœur des politiques de développement international en Europe et au
cœur des politiques économiques en ASS. Un leadership politique sera crucial pour réussir
ce changement de paradigme.
À l’échelle nationale en ASS, le défi consiste, pour les responsables politiques, à créer des
environnements propices appropriés pour l’agriculture, ainsi qu’à reconnaître et mettre en
œuvre les investissements requis pour assurer une bonne gouvernance, à savoir :
h des politiques macro-économiques adaptées,
h un investissement important dans les infrastructures, la recherche, la vulgarisation et
l’éducation ;
h la sécurité foncière ;
h l’absence de corruption ;
h des marchés efficients et équitables ; et
h des environnements favorables aux petites et moyennes entreprises (PME).
Le Ghana constitue un exemple remarquable d’un tel leadership : au cours des dix dernières
PRODUCTION ALIMENTAIRE PAR ANNÉE
années, son PIB agricole a en effet augmenté de 5 % par an et le pays a d’ores et déjà atteint 35
l’objectif du Millénaire visant à réduire de moitié la faim d’ici à 2015.

PRODUCTION (TONNES) - DES MILLIONS


En reconnaissance de ces performances, le Prix mondial de l’alimentation a été décerné 30
à John Kufuor, Président du Ghana de 2001 à 2009. Il s’est exprimé ainsi : « Mon
administration visait à garantir une base plus efficiente et plus productive pour l’agriculture, 25
capable de jouer un rôle moteur dans l’économie en permettant la sécurité alimentaire,
20
l’industrialisation, la création d’emplois et l’augmentation des recettes à l’exportation. La
nécessité absolue était – et reste – de transformer l’agriculture. »
15
En Europe, les gouvernements devraient disposer d’un cadre stratégique précis pour
intégrer l’agriculture dans leur travail de développement international, et les politiques et 10
stratégies agricoles doivent être explicitement mises en relation avec d’autres programmes
de développement (comme la santé, la nutrition, la pauvreté, la sécurité alimentaire et le 5
changement climatique) afin d’exploiter les synergies possibles.
0
En soutenant une croissance agricole résiliente, les responsables politiques européens ont 2000 2005 2010
l’opportunité de contribuer à poser des bases solides pour une meilleure sécurité alimentaire (Année)
en ASS, ce dont bénéficiera en retour l’ensemble de la communauté internationale. Prendre
les rênes de ce programme et fournir un soutien à effet catalyseur au secteur privé peut leur Figure 7 : Production alimentaire du Ghana
permettre d’atténuer les chocs et les stress dans l’immédiat et de planifier une croissance entre 2000 et 2010
durable pour l’avenir.
Source : FAO
25
Un rapport du Panel de Montpellier mars 2012
Au niveau international, les bailleurs de fonds européens devraient continuer à soutenir
activement le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) de l’ONU. Créé en 1974,
il est le mieux placé pour endosser le rôle de l’organe faîtier stratégique requis pour
coordonner les actions au sein du système alimentaire mondial. Après une récente réforme,
le CSA a vu ses attributions élargies au-delà des institutions des Nations Unies et pourrait
gagner en efficacité. Lors de sa dernière réunion en 2011, il s’est concentré sur la volatilité
des prix alimentaires, les questions liées au genre, les investissements en faveur des petits
exploitants et enfin l’accaparement des terres. Pour répondre à ce dernier problème, le CSA
a rédigé des directives sur les régimes fonciers.
En outre, il est peut-être encore plus important que les donateurs européens soutiennent
le Programme mondial de sécurité alimentaire et agricole (GAFSP), établi sous forme de
fonds fiduciaire multibailleur logé à la Banque mondiale afin de mettre en application les
engagements pris lors du G8 de L’Aquila. Son guichet dédié au secteur public fournit des
fonds supplémentaires pour soutenir des programmes stratégiques nationaux et régionaux
conçus et mis en œuvre par les gouvernements de pays en développement, généralement
au sein du processus PDDAA. Le GAFSP dispose également d’un guichet secteur privé Nous recommandons les actions
destiné à octroyer des prêts à court et long terme, des garanties de crédit et des fonds suivantes aux gouvernements, en
propres pour soutenir des activités du secteur privé. partenariat avec le secteur privé :
Dans le cadre du second appel à propositions pour le guichet secteur public, le GAFSP a. placer les politiques agricoles
prévoit d’attribuer environ 180 millions de dollars à cinq ou six propositions. Pour l’instant, les résilientes au cœur des politiques
donateurs européens sont seulement au nombre de trois : l’Espagne, l’Irlande et les Pays-Bas. économiques nationales en ASS ;
Les gouvernements européens devraient coopérer pour renforcer les instruments politiques b. participer pleinement au
de l’Union européenne (UE) relatifs à la sécurité alimentaire et au développement agricole, processus PDDAA tout en
tels que le Programme thématique pour la sécurité alimentaire et le Fonds européen de garantissant une meilleure
développement. Nous prenons acte de la Facilité alimentaire d’un milliard d’euros lancée cohérence avec les actions en
par l’UE pour la période 2009-2011 afin de répondre à la flambée des prix alimentaires dans faveur de la résilience ;
les pays en développement. Cet exemple illustre l’impact considérable que peut avoir l’UE
c. soutenir le Comité de la sécurité
par ses actions de financement et de soutien.
alimentaire mondiale de l’ONU ;
Pour finir, il est indispensable de mobiliser le secteur privé à l’échelle internationale en faveur
d. fournir des fonds au Programme
d’une croissance agricole résiliente. Lors du Forum économique mondial de Davos, en 2012,
mondial de sécurité alimentaire
le plan de mise en œuvre d’une « nouvelle vision de l’agriculture » a été publié. Il s’adresse
et agricole et renforcer les
à toutes les parties prenantes, à savoir les acteurs directement impliqués dans la filière
instruments politiques de l’UE
alimentaire et son environnement élargi (gouvernements, industrie, bailleurs de fonds du
; et
secteur public et privé, société civile, exploitants agricoles et organisations d’agriculteurs).
L’une des concrétisations de l’engagement du Forum économique mondial dans ce e. participer aux initiatives
secteur est le Grow Africa Investment Forum, une plate-forme destinée à promouvoir les découlant du Forum économique
financements privés en faveur de l’agriculture. La rencontre Grow Africa à Addis-Abeba en mondial comme la « nouvelle
mai 2012, en marge du Forum économique mondial sur l’Afrique, aura pour but de présenter vision de l’agriculture » et le
des opportunités d’investissement et d’attirer de nouveaux partenaires du secteur privé Grow Africa Investment Forum.
vers des initiatives nationales.
26
CONCLUSION
NOUS SOMMES ACTUELLEMENT CONFRONTÉS À UNE SÉRIE DE CRISES AIGUËS
ET CHRONIQUES DE GRANDE AMPLEUR. POUR Y FAIRE FACE, NOUS DEVONS
ACCROÎTRE LA PRODUCTION ALIMENTAIRE, VOIRE LA DOUBLER SI NOUS
VOULONS OFFRIR UNE SÉCURITÉ ALIMENTAIRE INCLUSIVE ET GÉNÉRALISÉE,
ET PERMETTRE UNE CROISSANCE AGRICOLE. LES DÉFIS QUI SE POSENT DU
CÔTÉ DE LA DEMANDE NE PROVIENNENT PAS SEULEMENT DE L’EXPLOSION
DÉMOGRAPHIQUE, MAIS AUSSI DE LA HAUSSE DES REVENUS PAR HABITANT ET
DE L’ÉVOLUTION DES HABITUDES ALIMENTAIRES, AINSI QUE DE LA DEMANDE
CROISSANTE EN BIOCARBURANTS.
Dans le même temps, nous devons gérer les menaces qui pèsent Comme le confirme la déclaration ci-dessous, les acteurs de ces
sur l’approvisionnement, en raison de l’augmentation des prix événements majeurs sont bien conscients des défis à relever, mais
du pétrole, des pénuries de terres et d’eau de bonne qualité, du aussi des opportunités à saisir par les gouvernements européens
ralentissement des hausses de rendement pour certaines denrées et africains, le secteur privé, les OSC et les ONG, à condition qu’ils
de base. Sans oublier les dangers, peut-être les plus préoccupants, travaillent en partenariat.
liés au réchauffement climatique.
« La diversité et le dynamisme des membres du G20 nous offrent
Nous avons également besoin de croissance agricole non seulement une excellente opportunité de changer notre façon de considérer
pour réduire la pauvreté et la famine, mais aussi pour contribuer à le développement. Notre but final est de combiner toutes les
un schéma de développement économique équilibré et vigoureux ressources mondiales (publiques, privées, riches, pauvres et
en Afrique. Il existe de bonnes raisons d’être optimistes : de intermédiaires) de façon à promouvoir le développement. Nous
nombreux pays africains affichent des taux de croissance élevés et devons nous efforcer de trouver des moyens plus efficaces pour
le processus PDDAA incite les bailleurs de fonds à investir dans le encourager les investissements privés dans les pays pauvres. Nous
développement agricole. devons aider les donateurs à tenir leurs promesses, en cherchant de
nouvelles sources de financement d’aide. Nous devons dynamiser
Cette année est une année cruciale. La succession des sommets du
les pays pauvres pour les encourager à prendre en main leur propre
G8, du G20 et de Rio+20 offre une plate-forme toute trouvée pour la
développement. Et pour finir, nous devons prendre exemple sur
coordination des politiques et l’intensification des investissements
l’expérience et la capacité d’innovation des pays qui connaissent
en faveur d’une croissance résiliente.
actuellement une croissance spectaculaire. »
27
Un rapport du Panel de Montpellier mars 2012
LE PANEL DE MONTPELLIER
TOUS LES MEMBRES DU PANEL INTERVIENNENT À TITRE PERSONNEL
Gordon Conway (Chair) Camilla Toulmin Tom Arnold Joachim von Braun
Professor of International (Deputy Chair) Chief Executive, Director, Department of
Development, Agriculture Director, International Concern Worldwide Economic and Technological
for Impact, Imperial College Institute for Environment Change, Center for
London and Development (IIED) Development Research,
(Moderator) University of Bonn
Henri Carsalade Louise Fresco Peter Hazell Namanga Ngongi
Chair of the ICARDA Board Professor, University Visiting Professor, President, Alliance for
of Trustees and President of of Amsterdam Imperial College London a Green Revolution in
Agropolis Foundation Africa (AGRA)
David Radcliffe Lindiwe Majele Sibanda Ramadjita Tabo Prabhu Pingali
Senior Advisor, Agricultural Chief Executive, Food, Deputy Executive Director, Deputy Director, Agricultural
Research for Development Agriculture and Natural Forum for Agricultural Development, Bill & Melinda
DG Development and Resources Policy Analysis Research in Africa (FARA) Gates Foundation (Observer)
Cooperation, European Network (FANRPAN)
Commission
28
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AGRICULTURE FOR IMPACT
Imperial College London AVEC LE SOUTIEN DE :
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