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Lévesque Bourque Forgues: La Nouvelle Sociologie Économique Par Benoît

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2024 12:31

Relations industrielles
Industrial Relations

La nouvelle sociologie économique par Benoît Lévesque, Gilles


L. Bourque et Éric Forgues, Paris : Desclée de Brouwer, 2001,
268 p., ISBN 2-220-04799-7.
Paul-André Lapointe

Volume 57, numéro 3, été 2002

URI : https://id.erudit.org/iderudit/006899ar
DOI : https://doi.org/10.7202/006899ar

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Éditeur(s)
Département des relations industrielles de l’Université Laval

ISSN
0034-379X (imprimé)
1703-8138 (numérique)

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Citer ce compte rendu


Lapointe, P.-A. (2002). Compte rendu de [La nouvelle sociologie économique
par Benoît Lévesque, Gilles L. Bourque et Éric Forgues, Paris : Desclée de
Brouwer, 2001, 268 p., ISBN 2-220-04799-7.] Relations industrielles / Industrial
Relations, 57(3), 594–596. https://doi.org/10.7202/006899ar

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594 RELATIONS INDUSTRIELLES / INDUSTRIAL RELATIONS, 2002, VOL. 57, No 3

tous les niveaux de la hiérarchie de véhiculer les messages en les rendant


l’entreprise pyramidale ou celle qui plus vivants.
opère en réseau et qui ne connaît prati-
quement plus de frontières. De plus, cha- LAURENT BÉLANGER
que chapitre est agrémenté d’anecdotes
et de dessins qui permettent de mieux Université Laval

La nouvelle sociologie économique


par Benoît LÉVESQUE, Gilles L. BOURQUE et Éric FORGUES, Paris : Desclée
de Brouwer, 2001, 268 p., ISBN 2-220-04799-7.
Dans le champ de l’économie, la pré- l’économie, cette double crise rendait
dominance de la théorie néoclassique, nécessaire le recours à la sociologie pour
reconquise à la suite du recul du keyné- comprendre les phénomènes écono-
sianisme, se révèle aujourd’hui de plus miques. Alors que l’ancienne sociologie
en plus fragile. Non seulement pouvons- économique acceptait une certaine divi-
nous observer une résurgence d’anciens sion du travail avec la science écono-
courants renouvelés, comme l’institu- mique, en laissant à cette dernière
tionnalisme, et l’émergence de nou- l’exclusivité du champ de l’économie,
veaux courants, comme la théorie de la la nouvelle sociologie économique se
régulation et celle des conventions, au distingue en prenant précisément l’éco-
sein de la discipline de l’économique, nomie pour objet d’étude. Elle se pro-
mais d’autres disciplines, comme la so- pose alors d’en faire non seulement une
ciologie, renouvellent leur approche de critique mais d’en proposer également
l’économie. C’est ainsi qu’est apparue une alternative. Elle se veut un contre-
depuis quelques années une nouvelle poids à l’approche réductrice de la
sociologie économique, dont le livre de science économique qui, sous l’égide de
Benoît Lévesque, Gilles L. Bourque et la domination du néolibéralisme et de la
Éric Forgues trace brillamment les théorie de l’action rationnelle, fait du
principaux contours. Bien qu’ils se con- marché un phénomène naturel et le seul
centrent principalement sur le renouveau mécanisme de régulation de l’économie,
de la sociologie économique de langue considère les activités marchandes
française, les auteurs accordent néan- comme les seules activités économiques
moins une grande importance à la pro- et rabaisse toute action humaine au ré-
duction scientifique correspondante en sultat d’un calcul coûts/bénéfices (voir
langue anglaise, à laquelle ils consa- « l’impérialisme économique » à la
crent deux des cinq chapitres de leur Becker). En contrepartie, la nouvelle so-
ouvrage. ciologie économique met de l’avant
En introduction, les auteurs rappel- l’encastrement social du marché, le ca-
lent les conditions d’émergence et l’ori- ractère pluriel de l’économie (incluant
ginalité de la nouvelle sociologie non seulement les activités marchandes,
économique. Le renouveau de la so- mais aussi les activités de redistribution
ciologie économique s’est produit en de l’État et celles de réciprocité de la so-
réponse à une double crise dans le do- ciété civile), la multiplicité des formes
maine des savoirs sur l’économie et la de coordination des activités écono-
société (crise des paradigmes néoclas- miques (marché et hiérarchie, mais aussi
sique, keynésien et marxiste) et dans le État, communauté et associations) et la
monde réel de l’économie (crise du multiplicité des logiques d’action, ayant
fordisme et de l’État providence et comme mobiles non seulement l’intérêt,
émergence de la mondialisation). En ré- mais aussi le pouvoir, la reconnaissance,
vélant « l’épaisseur sociologique » de le lien social et le statut.
RECENSIONS / BOOK REVIEWS 595

Le premier chapitre est consacré à Dans le troisième chapitre de l’ou-


l’approche du MAUSS (mouvement vrage, les auteurs traitent du courant
anti-utilitaire en sciences sociales) et aux institutionnaliste français, réunissant les
travaux d’Alain Caillé et de Jacques approches économiques hétérodoxes,
Godbout, autour de la problématique de que sont la théorie de la régulation et
l’anti-utilitarisme et du paradigme du celle des conventions. En regard de la
don. Le contenu est alors davantage de problématique des institutions, les au-
nature épistémologique et concentré sur teurs font ressortir les complémentarités
une critique de la théorie économique, entre les deux approches. Toutes deux
particulièrement dans sa version néo- étudient le processus de production des
classique, qui réduit tous les comporte- règles et des compromis, cependant elles
ments humains à une socio-économie de procèdent par des voies opposées : les
l’intérêt. Sur la base des travaux de l’an- régulationnistes s’appuient sur le ho-
thropologue Marcel Mauss, ce courant lisme et procèdent par la voie collective
met de l’avant le paradigme du don qui et celle des compromis entre les groupes
est mieux à même de capter l’essence sociaux au niveau macro sociétal, alors
des relations sociales, car derrière les que les conventionnalistes font appel à
relations entre les choses, il met à jour l’individualisme méthodologique et
des relations entre personnes qui visent empruntent la voie des interactions indi-
à créer du lien social. viduelles entre acteurs au niveau micro.
L’approche de l’économie solidaire Dans le quatrième chapitre, les
fait l’objet du deuxième chapitre. Autour auteurs se penchent sur la « new econ-
d’un programme de recherche qui vise omic sociology » et sur les travaux de
à « repenser [les rapports entre] l’éco- son chef de file, Mark Granovetter, dont
nomique et le social », en réinsérant ils résument ses trois principales contri-
l’économie dans la société et en faisant butions à la compréhension du marché
de l’économie une activité de production et de l’action économique. Tout d’abord,
de biens et de services pour la société, Granovetter a démontré que toute action
rejoignant ainsi la définition substantia- économique est une action sociale et
liste de l’économie, mise de l’avant par qu’à ce titre, elle obéit à une variété de
Polanyi, les principaux auteurs de cette mobiles et est nécessairement une inter-
approche (Perret et Roustang, Laville et action sociale, influençant et influencée
Lévesque) développent le concept par les autres. Ensuite, il a mis en évi-
d’économie solidaire. Cette dernière est dence l’encastrement social du marché,
ainsi caractérisée de diverses façons : en reprenant la thèse originellement dé-
mobilisation des citoyens pour prendre veloppée par Polanyi. Enfin, il a illus-
en main certains services ; impulsion tré le processus de construction sociale
réciprocitaire ; construction conjointe de des institutions, en faisant appel aux ré-
l’offre et de la demande de service, par seaux qui se constituent entre les acteurs
les usagers et les professionnels ; hybri- sociaux.
dation des ressources en provenance du
marché, de l’État et de la communauté. Le dernier chapitre se propose de
Le ton dans ce chapitre est plus engagé réunir les autres approches de la nou-
et les auteurs ne distinguent pas suffi- velle sociologie économique de langue
samment, me semble-t-il, les deux faces anglaise : le renouveau de l’institutionna-
de l’économie solidaire, en tant qu’ap- lisme américain, les néo-schumpétériens,
proche sociologique, d’une part, et ob- les néo-corporatistes et la socio-
jet de recherche, d’autre part. Et en économie. C’est sans doute le chapitre
regard de ce dernier, l’analyse concrète le plus insatisfaisant et le moins analy-
des expérimentations pratiques n’est pas tique. Les courants présentés sont trop
suffisamment distinguée du projet de nombreux et le matériel à traiter est
société qui les anime. très certainement trop volumineux. En
596 RELATIONS INDUSTRIELLES / INDUSTRIAL RELATIONS, 2002, VOL. 57, No 3

conséquence, le lecteur a simplement problématique et les objets d’étude et,


droit à une très brève présentation de enfin, les variantes par rapport à l’école
chacun des courants. En regard du re- principale. On retrouve également, pour
nouveau de l’institutionnalisme améri- chacune des approches étudiées, une
cain, les auteurs auraient pu faire fiche signalétique fort utile qui contient,
référence au regain d’intérêt pour d’une part, un très bref résumé du pro-
l’œuvre de Commons, qui a inspiré des gramme initial de recherche, de la
recherches récentes sur le marché du tra- mission et des objectifs, des concepts
vail et sur les politiques sociales, notam- centraux et des champs de recherche, et
ment parmi un certain nombre de d’autre part, une présentation des auteurs
chercheurs francophones. Le courant et des ouvrages clés ainsi que des lieux
néo-schumpétérien, également qualifié institutionnels et de quelques adresses.
d’évolutionniste, est présenté trop rapi- Bien plus qu’un simple inventaire des
dement et il aurait été intéressant de théories et des auteurs ou un tour du
développer le concept de paradigme monde à la manière d’un « road movie »,
technico-productif, mis de l’avant par un risque inhérent à ce genre scienti-
Freeman. Quant au courant néo-corpo- fique, qu’est la revue de la littérature,
ratiste, avec les Streeck, Schmitter et l’ouvrage est un véritable compendium,
Hollingsworth, il est résumé de façon un condensé substantiel et fidèle des
brillante en quelques pages, en faisant principales approches de la nouvelle so-
bien ressortir la pluralité des méca- ciologie économique, particulièrement
nismes de coordination des activités au regard de la littérature en langue fran-
économiques. Enfin, l’approche de la çaise.
socio-économie, animée par Etzioni qui En dernier lieu, il se révèle pertinent
est à l’origine de la fondation du SASE d’interroger la représentation de la
(Society for the Advancement of Socio science économique que véhiculent les
Economy), est davantage étudiée dans auteurs. N’ont-ils pas trop tendance à
son projet « œcuménique » de rassem- réduire celle-ci à l’un de ces courants,
bler toutes les alternatives à la théorie la théorie néoclassique et néolibérale ?
néoclassique que dans ses recherches et Si tel est bien le cas, les découpages dis-
ses problématiques. ciplinaires sont certes importants, mais
Au total, nous sommes en présence les distinctions selon les courants, en
d’un ouvrage faisant montre d’une éru- transcendant les disciplines, le sont tout
dition remarquable et organisé de façon aussi, comme les auteurs le démontrent
rigoureuse et conviviale. L’ouvrage con- d’ailleurs en intégrant les théories éco-
tient une bibliographie de plus de 700 nomiques des conventions et de la ré-
titres, dont le tiers est de langue anglaise. gulation. S’agit-il en somme d’une
Il est accompagné d’un index des « nouvelle sociologie économique » ou
auteurs et des concepts. Chaque courant plutôt d’une nouvelle alternative à la
est présenté de manière systématique en théorie économique néoclassique et aux
suivant le même ordre d’exposition : théories de l’action rationnelle ?
d’abord, les conditions d’émergence ; PAUL-ANDRÉ LAPOINTE
ensuite, le programme de recherche, la Université Laval

Discrimination et obligation d’accommodement en milieu de travail


syndiqué
par Christian BRUNELLE, Cowansville : Éditions Yvon Blais, 2001, 482 p.,
ISBN 2-89451-473-5.
Christian Brunelle, professeur à la vient combler un vide doctrinal majeur
Faculté de droit de l’Université Laval, du droit québécois du travail en livrant

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