Chapitre 8
Chapitre 8
Solides indéformables
« Parce qu’il est plus facile de construire
des pyramides que des sphères. Parce
que le vent produit les dunes en forme
de pyramides et non de parthénon. »
— Umberto Eco
I. Introduction
Un solide indéformable peut être vu comme un ensemble de points matériels
dont les distances relatives restent fixes au cours du temps.
La position d’un solide peut être repérée par six paramètres, par exemple les
trois coordonnées d’un point et trois angles qui repèrent les positions de trois vec-
teurs orthonormés formant un repère lié au solide (par exemple les angles d’Euler,
que nous introduirons un peu plus tard).
Or, nous avons vu qu’un système de points matériels satisfait les deux équations
!
dP d~LO !ext
= ~Fext et = MO .
dt dt
Ce sont des équations vectorielles, donc effectivement six équations, autant que de
paramètres pour fixer la position, et donc le problème est bien posé. Où se cache la
difficulté ? Dans la traduction de ces équations en équations différentielles pour les
variables choisies pour décrire le système.
!
dP !
Pour l’équation = ~Fext , c’est simple. Nous avons vu que P = M ~vG , où ~vG
dt
est la vitesse du centre de masse, et donc si l’on choisit les coordonnées du centre
de masse xG , yG , zG comme trois des variables, elles sont régies par les équations
Par ailleurs, les forces peuvent s’appliquer à différents points d’un solide, et il
peut être avantageux d’utiliser le théorème du moment cinétique en d’autres points
d~LO !ext
que l’origine du repère, ce qui exige une généralisation du théorème = MO .
dt
92
À ce sujet, notons que le poids d’un solide peut être considéré comme s’appli-
quant au centre de masse. En effet, si le solide est considéré comme une collection
de masses mi aux points Mi , le moment du poids en O est défini par
! !
MO = Â OMi ^ mi ~g
i
! !
= Â OG ^ mi ~g + Â GMi ^ mi ~g
i
Ç å i Ç å
! !
= OG ^ Â mi ~g + Â mi GMi ^~g ,
i i
| {z } | {z }
=M =~0
soit
! !
MO = OG ^ M ~g .
Par ailleurs, le centre de masse pour un solide est en principe défini par une
intégrale
! !
ˆ
OG = Â mi OMi ! ~rG = d3~r r(~r)~r ,
i
où r(~r) est la densité volumique au point ~r.
II. Cinématique
Commençons par nous familiariser avec la description du mouvement d’un so-
lide. Comme vu précédemment, un solide définit un référentiel, et son mouvement
est décrit par deux vecteurs :
— la vitesse d’un point, par exemple A ;
— une vitesse de rotation w
~.
Pour un point M immobile par rapport au solide, ~v0M = ~0, et on a
!
~ ^ AM .
~v M = ~v A + w
C’est la relation fondamentale entre les vitesses de deux points d’un solide, vraie
pour toute paire de points.
De même, toujours en supposant que M est immobile, ~v0M = ~0 et ~a0M = ~0, d’où
! Ä !ä
~˙ ^ AM + w
~a M = ~a A + w ~ ^ w~ ^ AM .
93
~ 6= ~0 et ~v A · w
4. w ~ 6= 0 =) ~v M · w ~ 8 M : tous les points
~ = ~v A · w
ont la même vitesse projetée sur w
~ . Il s’agit donc d’un mouvement hélicoïdal
(composition d’une rotation d’axe w~ et d’une translation parallèle à w
~ ).
Ä !ä
~ ^ ~vC = w
w ~ ^ ~v A + w
~ ^ w ~ ^ AC = ~0
|Ä ä
{z }
! !
~ w 2 AC a
~ · AC w
= w
implique que Ä !ä !
~ ^ ~v A + w
w ~ · AC w~ w 2 AC = ~0 .
Une solution de cette équation est donnée par
! w ~ ^ ~v A
AC = .
w2
! !
En effet, w
~ · AC = 0, et w
~ ^ ~v A w 2 AC = ~0.
! !
Enfin, pour un point E qui n’est pas sur la droite, w
~ ^ CE 6= 0 et w
~ ^ CE ? w
~
donc ~v E n’est pas parallèle à w
~.
94
1. Solides en contact
Considérons un solide S en contact avec un autre, supposé immobile, et sup-
posons que le contact soit réduit à un point A, et que les plans tangents des deux
solides soient confondus en ce point.
~
w ~?
w
Comme les solides sont indéformables, ~v A doit être dans le plan tangent. Par
contre, w
~ peut avoir des composantes parallèles et perpendiculaires au plan tan-
gent :
w~ =w~?+w ~ // .
Définitions. ~v A est appelée vitesse de glissement, w
~ // est appelée vitesse de rou-
lement, et w
~ ? est appelée vitesse de pivotement.
Résumé.
— ~v A // ~ : l’axe instantané de rotation passe par A.
w
— ~v A ? w~ : mouvement de rotation.
— ~v A = ~0 : roulement sans glissement, rotation d’axe passant par A.
Exemple. On considère une bille de rayon r qui roule sans glisser à l’intérieur
d’une sphère de rayon R. Que peut-on dire sur w
~?
A
C
r
q
O
R
95
— Le centre de la bille a donc pour vitesse
!
~vC = w
~ ^ AC
!
avec AC = r ~er .
— Posons w
~ = wr ~er + wq ~eq + wf ~ef . Alors on a
!
~ ^ AC = r wr ~er + wq ~eq + wf ~ef ^~er
w
= rwq ~eq ^~er rwf ~ef ^~er
= rwq ~ef rwf ~eq .
96
~ey
I
A
`
O
~ez B ~ex
Comme la barre reste dans un plan vertical, c’est un mouvement plan sur
plan, et w
~ = w ~ez .
C
D
R
O
A x
z
C D
~v A = ~0 ~ex
97
! ! !
~v D = w
~ ^ AD = w ~ ^ AC + w ~ ^ CD
= w ~ez ^ R ~ey + w ~ez ^ R ~ex
= Rw ~ex + Rw ~ey .
3. Considérons une barre qui tourne autour de son centre C dans un plan xy.
Le centre C est animé d’une vitesse v dans la direction x. Où est le centre
instantané de rotation ?
I ~ez
~
w v
w
C ~vC ~ey ~ex
! w ~ ^ ~vC
CI = .
w2
Or, w
~ = w ~ez et ~vC = v ~ex :
! w ~ey ^ v ~ex wv
CI = = ~ez ,
w2 w2
soit finalement
! v
CI = ~ez .
w
et l’on a
Ä ! !ä
~L A = Â AO + OMi ^ mi ~vi
i
! !
= Â OMi ^ mi ~vi + Â AO ^ mi ~vi
i i
!
= ~LO + AO ^ Â mi ~vi ,
i
| {z }
= M ~vG
soit
98
Théorème (Théorème du transfert).
!
~L A = ~LO + AO ^ M ~vG .
Proposition.
~LG = ~L⇤G
où ~L⇤G est le moment cinétique dans le référentiel du centre de masse.
Preuve. On a simplement
!
~LG = Â GM i ^ mi ~
vi
i
!
= Â GMi ^ mi ~vi⇤ + ~vG
i
! !
= Â GMi ^ mi ~vi⇤ + Â GMi ^ mi ~vG
i
Ç åi
!
= ~L⇤G + Â mi GMi ^~vG ,
i
| {z }
=~0
!
~L A = ~L⇤G + AG ^ M ~vG .
!
Preuve. C’est une conséquence directe de ~L A = ~LO + AO ^ m ~vG appliqué à O =
G, et de ~LG = ~L⇤G .
1
K = K⇤ + Mv2G ,
2
1
K=
2 Â mi ~v2i .
i
1 2
K=
2 Â mi ~vi⇤ + ~vG
i
1 Ä ä
⇤2 2
=
2 Â i i
m ~v + 2 v
~ ⇤
i · v
~ G + v
~ G
i
99
1 1
=
2 Â mi ~vi⇤2 + Â mi ~vi⇤ ·~vG + 2 Â mi ~v2G
i i i
| {z } | {z } | {z }
=K ⇤ ~0 =M
1
= K ⇤ + Mv2G .
2
Complément (Preuve). Nous avons démontré que si O est un point fixe, le moment cinétique
total par rapport à O satisfait l’équation
d~LO !ext
= MO .
dt
En utilisant le théorème du transfert, on en déduit que pour un point A quelconque, on a :
d~L A d Ä~ ! ä
= LO + AO ^ M ~vG
dt dt
Å ã
d~LO d ! !
= + AO ^ M ~vG + AO ^ M ~aG ,
| dt
{z } | dt{z }
| {z }
! ext
=~Fext
= MO = ~v A
soit
d~L A !ext !
= MO + AO ^ ~Fext ~v A ^ M ~vG .
dt
Mais
!ext ! ! !
MO + AO ^ ~Fext = Â OMi ^ ~Fiext + Â AO ^ ~Fiext
i i
! !
= Â AMi ^ ~Fiext = Mext
A .
i
Conséquences.
d~LG !
1. = Mext
G puisque ~ vG ^ m ~vG = ~0 ;
dt
d~L A !
2. = Mext v A = ~0 (c’est le théorème général en un point fixe) ;
A si ~
dt
d~L A !
3. = Mext
A si ~
v A // ~vG .
dt
Le théorème du moment cinétique prend une forme particulièrement simple en
un point fixe du solide ou au centre de masse.
Résumé.
d~L A !
= Mext
A si A = G, A fixe ou ~v A // ~vG .
dt
100
conservée.
Remarques :
- Le travail des forces fait intervenir la vitesse au point d’application.
- L’énergie potentielle du poids est donnée par MgzG , où zG est la coordonnée
verticale du centre de masse.
~L A = Â mi AM! Ä !ä
i ^ v
~ A + ~
w ^ AM i
i
Å ã
! ! Ä !ä
= Â mi AMi ^ ~v A + Â mi AMi ^ w ~ ^ AMi ,
i i | {z
Ä ! ä !
}
| {z } !2
! = AMi w
~ AMi ·~
w AMi
= M AG
soit Ä ! Ä
! ! ä !ä
~L A = M AG ^ ~v A + Â mi AMi 2 w
~ ~ AMi .
AMi · w
i
Plaçons-nous dans un repère cartésien (A, ~ex , ~ey , ~ez ), et appelons (xi , yi , zi ) les co-
ordonnées du point Mi , alors
!
AMi 2 = xi2 + y2i + z2i
et
!
AMi · w
~ = xi w x + yi wy + zi wz
car Ñ é Ñ é
wx xi
!
~ =
w et AMi = yi .
wy
wz zi
! Ä ! ä !
La composante suivant ~ex du vecteur AMi 2 w
~ ~ AMi est donnée par
AMi · w
Ä ä
xi2 + y2i + z2i wx xi w x + yi wy + zi wz xi .
101
Le terme xi2 wx se simplifie, et il reste
Ä ä
y2i + z2i wx xi yi wy xi zi wz .
Des formules équivalentes sont aisément établies pour les composantes suivant ~ey
et ~ez , d’où Ñ 2 é
yi + z2i wx xi yi wy xi zi wz
~L A = Â mi xi yi wx + xi2 + z2i wy yi zi wz ,
i xi zi wx yi zi wy + xi2 + y2i wz
que l’on peut écrire de façon plus compacte à l’aide d’une matrice 3 ⇥ 3 :
Ñ 2 éÑ é
yi + z2i xi yi xi zi wx
~L A = Â mi 2
xiyi xi + zi 2 yi zi wy ,
i xi zi yi zi xi2 + y2i wz
Cette matrice dépend de l’orientation du trièdre ~ex , ~ey , ~ez choisi pour exprimer
les coordonnées xi , yi , zi et wx , wy , wz .
Comme elle est symétrique, il doit exister 2 un trièdre (~e1 , ~e2 , ~e3 ) dans lequel cette
matrice prend une forme diagonale :
Ñ é
I1 0 0
I A = 0 I2 0 .
0 0 I3
Les vecteurs ~e1 , ~e2 et ~e3 définissent les axes principaux du tenseur d’inertie au
point A. Les éléments diagonaux I1 , I2 et I3 sont appelés les moments principaux
d’inertie.
Remarques.
1. Les vecteurs principaux et les moments principaux dépendent du point A.
2. (A, ~e1 , ~e2 , ~e3 ) est appelé un repère d’inertie.
3. En général, ~L A n’est pas parallèle à w ~ , sauf dans les cas suivants :
— w~ est parallèle à un vecteur principal d’inertie, par exemple ~e1 , alors
~L A = I1 w
~;
1. On parle aussi parfois de tenseur d’inertie.
2. Voir cours d’algèbre.
102
— deux moments d’inertie sont égaux, par exemple I1 = I2 = I, et w ~ est
~
dans le plan engendré par (~e1 , ~e2 ), alors L A = I w
~;
— tous les moments d’inertie sont égaux : I1 = I2 = I3 = I, alors ~L A =
Iw~ pour tout w
~.
2. Cas général
Si A 6= G, et si A n’est pas fixe, on a
!
~L A = M AG ~.
^ ~v A + I A w
C’est la formule fondamentale qui permet d’exprimer le moment cinétique en un
point A du solide en fonction de ~v A et de w
~ . En pratique, on essaiera de se placer
en un point fixe ou au centre de masse.
Le calcul du tenseur d’inertie en un point est compliqué car il faut remplacer les
sommes par des intégrales :
Ä ä ˆ Ä ä ˆ
2 2 2 2
 mi xi + yi ! d~r r(~r) x + y et  mi xi yi ! d~r r(~r)xy ,
i i
où r(~r) est la masse volumique du solide au point ~r. Par ailleurs, la diagonalisation
n’est pas simple.
~ = IDw 2 avec
~L A · w ID = Â mi d2i
i
On a donc
! ! ! !
AMi 2 = APi 2 + Pi Mi 2 = APi 2 + d2i .
Or, Ä ! Ä
~L A = Â mi AM 2 ! ä !ä
~
i w AMi · w
~ AMi
i
et Å ã
! Ä ! ä2
~ = Â mi
~L A · w AMi 2 w 2 AMi · w
~ ,
i
103
mais
! !
AMi 2 = APi 2 + d2i
et
Ä ! ä2 Ä ! ä2 ! ! !
AMi · w ~ = APi 2 w 2
~ = APi · w car Pi Mi ? w
~ et ~,
APi // w
d’où
~ = Â mi d2i w 2 .
~L A · w
i
4. Théorème de Huygens-Steiner
Théorème (Théorème de Huygens-Steiner). Si D G est l’axe parallèle à D passant
par G, alors
ID = ID G + Md2 ,
où d est la distance entre D et D G .
et donc
ID = ID G + Md2 .
104
= I1 w12 + I2 w22 + I3 w32
et donc finalement
I1 w12 + I2 w22 + I3 w32
ID = ,
w12 + w22 + w32
~ = w~u avec ||~u||2 = 1,
ou encore, en posant w
Dans cette expression, u1 , u2 et u3 sont les composantes d’un vecteur unitaire pa-
rallèle à D dans la base ~e1 , ~e2 , ~e3 où I A est diagonal.
6. Symétries
Pour les solides ayant des symétries, les axes principaux sont déterminés par les
symétries. C’est particulièrement utile au point G, où les symétries fixent le plus
souvent tous les axes principaux.
Règles de symétrie. Est axe principal d’inertie en A tout axe passant par A et
satisfaisant l’une des propriétés suivantes :
— c’est un axe de symétrie ;
— il est perpendiculaire à un plan de symétrie.
G
~e2
~e1 D
L’axe donné par ~e3 est un axe de symétrie. ~e1 et ~e2 (et tout vecteur dans le plan
(~e1 , ~e2 )) sont perpendiculaires à un plan vertical passant par D. Par exemple, ~e1
est perpendiculaire au plan (D, ~e2 ), qui est un plan de symétrie. On a alors
I3 = MR2
qui est évident car toute la masse est à la distance R. I1 et I2 ont donc la même
valeur I1 = I2 = I, calculons-la :
I= Â mi d2i .
i
105
La distance s’écrit di devient d = R cos q. La densité linéaire se calcule en utilisant
la masse : ˆ 2p
M
lR dq = M =) l = .
0 2pR
On a donc
ˆ 2p ˆ 2p
2 2 3
I= lR dq R cos q = lR cos2 q dq
0 0
M 3 1
= R p = MR2 ,
2pR 2
et finalement
1
I1 = I2 = MR2 .
2
3 1 1
R I1 = I2 = ID = MR2 + ML2
Plein : 4 12
1 2
I3 = MR
2
L G 1 1
2 I1 = I2 = ID = MR2 + ML2
Creux : 2 2
D I3 = MR2
1
Cylindre de révolution
3
D
2
Boule pleine : I1 = I2 = I3 = ID = MR2
G 5
2 2
Sphère creuse : I1 = I2 = I3 = ID = MR2
3
1
Sphère
V. Énergie cinétique
!
Comme ~v Mi = ~v A + w
~ ^ AMi , on a
1
mi ~v2Mi
2Â
EC =
i
106
1 Ä !ä2
= Â
2 i
mi ~v A + w
~ ^ AMi
1 Ä !ä 1 Ä !ä2
= Â mi ~v2A + Â mi ~v A · w ~ ^ AMi + Â mi w~ ^ AMi .
2 i i
2 i
| {z } | {z
Ä ä
}
=M !
= M ~v A · w
~ ^ AG
Ä ä2 Ä ä2
De plus, ~a ^ ~b = a2 b2 sin2 a et ~a · ~b = a2 b2 cos2 a donc
Ä ä2 Ä ä2 Ä ä Ä ä2 Ä ä2
~a ^ ~b + ~a · ~b = a2 b2 sin2 a + cos2 a = a2 b2 =) ~a ^ ~b = a2 b2 ~a · ~b .
Ainsi,
Ä Å ã
1 !ä2 1 ! Ä !ä2
 mi w~ ^ AMi =  mi AMi 2 w 2 ~ · AMi
w
2 i 2 i
1 1
= ~L A · w
~ = w ~.
~ · IA w
2 2
Finalement,
1 Ä !ä 1
EC = Mv2A + M ~v A · w~ ^ AG + w ~.
~ · IA w
2 2
Cas particuliers.
— Si ~v A = ~0, alors
1 1
EC = ~ = IDw 2 ,
~ · IA w
w
2 2
où D est l’axe parallèle à w
~ passant par A.
— Si A = G, alors
1 1
EC = M~v2G + w ~.
~ · IG w
2 2
1 2
On retrouve le deuxième théorème de König, K = 2 mv G + K ⇤ , où l’on a
1
K⇤ = 2 ~.
~ · IG w
w
Si A fixe ou A = G
d~L A !
= Mext
A .
dt
— Moment cinétique :
~L A = I A w
~ = I1 w1 ~e1 + I2 w2 ~e2 + I3 w3 ~e3
107
— Énergie cinétique :
1 1
EC = ~ = IDw 2
~ · IA w
w
2 2
ou
1 2 1
EC = mvG + w ~.
~ · IG w
2 2
~
w
G
~
N
~F ~ez
A
~P
~ey ~ex
q
Posons w ~ = w ~ey . Le mouvement est complètement déterminé si l’on connaît ~vG (t)
et w
~ (t). Or,
!
~ ^ AG .
~vG = ~v A + w
S’il y a roulement sans glissement, alors ~v A = ~0 et
Comment trouver w(t) ? Le plus simple est d’appliquer un théorème qui ne fait
~ et ~F s’appliquent en A. Le plus
pas intervenir de forces inconnues. Or, les forces N
simple est alors d’appliquer le théorème du moment cinétique en A. Comme ~v A =
~0, il prend la forme
d~L A ! ! ~
= Mext ey ^ ~
A = AG ^ P = R ~ P.
dt
Calculons les angles utiles :
Å ã Å ã
‘
~P,~e x = p ‘
q =) cos ~P,~e x = sin q ,
2
Å ã Å ã
‘
~P,~ez = + p p ‘
q =) cos ~P,~ez = cos q .
2 2
108
~ez
~ex
q
~P
On a
!
Mext
A = R~ez ^ Mg (sin q ~ex cos q ~ez )
= MRg sin q ~ey .
~
w
Or, ~L A ·~ey = ~L A · = ID A w :
w
ID A ẇ = MRg sin q .
ID A = I + MR2 = (k + 1) MR2
et donc
MRg sin q
ẇ = ,
(k + 1) MR2
soit finalement
g
ẇ = sin q .
(k + 1) R
g sin q
~vG = wR ~ex =) ~aG = ẇR ~ex = ~ex .
k+1
Le principe fondamental s’écrit
M ~aG = ~ ~ + ~F .
P+N
soit
N = Mg cos q .
109
— Condition de roulement sans glissement : il faut que F µs N :
k
Mg sin q µs Mg cos q
k+1 Å ã
1
tan q µs 1 + ,
k
soit
tan q 2µs
si le cylindre est creux et
tan q 3µs
s’il est plein. Cette condition est moins stricte que celle d’un solide qui glisse
(tan q µs du chapitre 4).
— Vitesse à l’arrivée : à t = 0, w = 0, ~vG = ~0 et xG = 0. On a
g g
ẇ = sin q =) w= sin q t ,
(k + 1) R (k + 1) R
donc
g
ẋG = Rw = sin q t
k+1
et ainsi
1 g
xG = sin q t2 .
2 k+1
À l’arrivée,
h
xG = .
sin q
On a
1 g h
sin q t2 =
2 k+1 sin q
2 (k + 1) h 1
t2 =
g sin2 q
2 (k + 1) h 1
t=
g sin q
g 2 (k + 1) h 1
ẋG = sin q
k+1 g sin q
2gh
ẋG = .
k+1
Donc, »
vG = 2ghk + 1 ,
soit »
vG = gh
si le cylindre est creux et …
4
vG = gh
3
s’il est plein.p
Ces vitesses sont plus petites que pour un glissement sans frot-
tement (v = 2gh du chapitre 4).
Méthodes alternatives.
110
— Théorème du moment cinétique en G :
d~LG ! ~ ! ~
= |GA{z^ N
} + GA ^F= R ~ez ^ ( F ~ex ) = RF ~ey
dt
=~0
avec ~LG = I w
~ car l’axe (G ~ey ) est un axe principal d’inertie d’où
I ẇ = RF .
1 1 1 1
K= Mv2G + Iw 2 = MR2 w 2 + kMR2 w 2
2 2 2 2
1
= (k + 1) MR2 w 2 .
2
On peut aussi la calculer comme
1 1
K= ID A w 2 = (k + 1) MR2 w 2 .
2 2
1
Au départ, K = 0 et V = Mgh. À l’arrivée, K = 2 (k + 1) MR2 w 2 et V = 0.
Donc
1
(k + 1) MR2 w 2 = Mgh
2
2gh
w2 =
(k + 1) R2
et l’on retrouve
2Gh
vG = wR = .
k+1
Remarque. Comme pour un solide qui glisse, les frottements ralentissent le sys-
tème et diminuent la vitesse finale, mais cette fois les frottements ne travaillent
pas. Ils transforment une partie de l’énergie cinétique de translation en énergie
cinétique de rotation.
2. Meule
Considérons un disque qui roule sans glisser, de rayon R et de masse M relié
à une tige de longueur d = GC horizontale de masse négligeable tournant à W.~
~ du sol sur la meule.
Calculons la force de réaction N
~
W
~T
~
w
C G
~P ~
N
A
111
On choisit le repère (C, ~er , ~eq , ~ez ), de sorte que
~ = W ~ez
W et ~ =
w w ~er .
~ez
C
~eq
G ~er
et ~v A = ~0 nous donne
Ä ä !
~vG = w ~ ^ AG
~ +W
= ( w ~er + W ~ez ) ^ R ~ez = Rw ~eq ,
d’où Å ã
1 2 2 1
~LC = MR + Md W ~ez MR2 w ~er .
4 2
112
Au cours du mouvement, ~ez ne change pas :
d~LC 1 d~er
= MR2 w
dt 2 dt
1 Ä ä
= MR2 w w ~ +W~ ^~er
2
1
= MR2 w ( w ~er + W ~ez ) ^~er
2
et finalement
d~LC 1
= MR2 wW ~eq .
dt 2
b) Moment des forces. On calcule simplement :
! ! ! ~
Mext
C = CG ^ M ~ g + CA ^ N
! ~ ! ~
= d ~er ^ Mg ~ez + CG ^ N + |GA{z^ N
}
=~0
= d ~er ^ Mg ~ez + N ~ez
= d Mg N ~eq .
~
w
A ~u
P
L
f
G
m ~g
113
Utilisons le théorème du moment cinétique au point A sur l’axe :
d~L A !
= Mext
A .
dt
Le vecteur ~u étant indépendant du temps, on a
d~L A · ~u d~L A !
= · ~u = Mext u.
A ·~
dt dt
On a
~
~L A · ~u = ~L A · w = IDw = IDḟ
w
avec
ID = ID G + ML2 .
De l’autre côté, Ä ! ä
!
Mext
A · u
~ = AG ^ M g
~ · ~u
!
car les forces exercées au niveau de l’axe ont un moment perpendiculaire à AM, où
M est le point d’application, donc à ~u. Alors
Å ã Ä ä
!ext ! !
M A · ~u = AP ^ M ~g + PG ^ M ~g · ~u
| {z }
!
=~0 car AP//~u
= LMg sin f .
Finalement,
IDf̈ = LMg sin f ,
et enfin
LMg
f̈ = sin f .
ID
Méthode alternative. On aurait pu utiliser le théorème de l’énergie mécanique :
1
K= IDḟ2 et V= mgL cos f ,
2
qui mène à
1
IDḟ2 mgL cos f = cte
2
IDḟf̈ + mgL sin f ḟ = 0
IDf̈ = mgL sin f .
ID G = 0 et ID = ML2
et
g
f̈ = sin f .
L
On retrouve l’équation du pendule.
114
2. Pendule tournant
Considérons un pendule physique tournant à w
~ constant. On cherche à déter-
miner l’angle f.
~
w
O
L
~e1
f
~e2 G
On appelle I? et I// les moments d’inertie en G suivant les axes principaux ~e1 et ~e2 .
Alors le moment cinétique en G s’écrit
~LG = I? w1 ~e1 + I// w2 ~e2
avec w
~ = w1 ~e1 + w2 ~e2 et
~ ·~e1 = w sin f
w1 = w et ~ ·~e2 =
w2 = w w cos f .
Alors
~LG = wI? sin f ~e1 wI// cos f ~e2 .
Pour éliminer la force de réaction en O, le plus simple est d’appliquer le théorème
du moment cinétique en O :
!
~LO = ~LG + OG ^ M ~vG .
Avec
~vG = vG ~e3 et vG = Lw sin f ,
on a
~LO = ~LG + ML ~e2 ^ Lw sin f ~e3
= ~LG + ML2 w sin f ~e1
Ä ä
= I? + ML2 w sin f ~e1 I// w cos f ~e2 .
On en déduit la dérivée :
d~LO Ä ä
= I? + ML2 I// w 2 sin f cos f ~e3 .
dt
Le moment est
!ext !
MO = OG ^ M ~g
= L ~e2 ^ Mg sin f ~e1 + Mg cos f ~e2
= MgL sin f ~e3 ,
115
d’où Ä ä
I? I// + ML2 w 2 sin f cos f = MgL sin f
et finalement
MgL
cos f = ,
w 2 I? I// + ML2
ou encore
g 1
cos f = .
w2 L I I//
1+ ? 2
ML
g
cos f = est le résultat pour un point matériel de masse M en G. Pour un objet
w2 L
étendu, cos f est plus petit, donc f est plus grand, tout que I? > I// , ce qui est le cas
pour une barre. Si l’objet suspendu était une plaque perpendiculaire à ~e2 , ce serait
l’inverse puisque dans ce cas I? < I// .
116
2. Équilibrage d’une roue
Une roue est bien équilibrée si elle tourne autour d’un de ses axes d’inerties, disons ~e3 .
~e3
q
~
w
~e2
~e1
!
Dans ce cas, w1 = w2 = 0, w3 = w = cte, et Mext ~
C = 0. Il n’y a pas de moment exercé sur
les axes, et on ne sent pas la rotation des roues.
~ n’est pas parfaitement aligné avec ~e3 , le repère (~e1 , ~e2 , ~e3 ) tournant autour de
Si par contre w
~ , les coordoonnées de w
w ~ dans ce repère sont données par
8 8
2
<w1 = w sin q sin (wt)
> <ẇ1 = w sin q cos (wt)
>
w2 = w sin q cos (wt) =) ẇ2 = w 2 sin q sin (wt) .
>
: >
:
w3 = w cos q ẇ3 = 0
!
Par ailleurs, I1 = I2 = I? et I3 = I// . On en déduit que les composantes de Mext e1 et ~e2
C sur ~
ne sont pas nulles, mais son données par
!
Mext e1 = (I? + (I//
C ·~ I? ) cos q) w 2 sin q cos (wt) ,
!ext
MC ·~e2 = (I? + (I// I? ) cos q) w 2 sin q sin (wt) .
Le moment des forces exercées sur la roue dépend du temps de façon périodique, d’où les
vibrations de fréquence w ressenties, et des contraintes sur les axes. En plaçant des masses
sur la jante, le garagiste parvient à réaligner ~e3 avec l’axe de rotation de la roue.
Proposition. Toute rotation autour d’un axe principal d’inertie est stationnaire.
117
Stabilité des solutions. Supposons que ẇ1 = 0, alors w1 = cte. Considérons de petites
variations autour de w2 = w3 = 0. D’après les équations d’Euler, on a
® ®
I2 ẇ2 + (I1 I3 ) w1 w3 = 0 I2 ẅ2 + (I1 I3 ) w1 ẇ3 = 0
=) ,
I3 ẇ3 + (I2 I1 ) w1 w2 = 0 I3 ẅ3 + (I2 I1 ) w1 ẇ2 = 0
qui mène à ®
I2 I3 ẅ2 + (I1 I3 ) (I1 I2 ) w12 w2 = 0
.
I3 I2 ẅ3 + (I2 I1 ) (I3 I1 ) w12 w3 = 0
w2 et w3 vont décrire de petites oscillations tant que l’équation est de la forme
A ẍ + Bx = 0 avec A et B > 0 ,
soit
(I1 I3 ) (I1 I2 ) > 0 =) I1 > I2 , I3 ou I1 < I2 , I3 .
Conclusion. Les oscillations sont stables si elles ont lieu autour d’un axe correspondant au
plus grand ou au plus petit des moments d’inertie, mais pas au moment d’inertie intermédiaire.
4. Gyroscope
Définition (Gyroscope). Un gyroscope est un solide de révolution tournant au-
~ et suspendu par son centre de
tour de son axe, en général à très grande vitesse W,
masse G de façon parfaite, c’est-à-dire pouvant choisir librement son orientation
sans aucune résistance.
!
~ = cte.
Proposition. Dans un référentiel galiléen, W
d~LG
Preuve. = ~0 puisque les seules forces, le poids et le réaction au point de
dt
fixation, passent par G et ont un moment nul. Or, comme le gyroscope tourne
autour de son axe de révolution, qui est un axe principal d’inertie, ~LG = I W. ~
Donc,
dW~
= ~0 .
dt
Application. Dans le référentiel de Ptolémée, qui est une bonne approximation d’un
référentiel galiléen, W~ est constant. Or, la Terre tourne sur elle-même. Donc le gyro-
scope tourne par rapport à la Terre pour garder une orientation fixe par rapport à un
point du ciel déterminé par des étoiles fixes. À l’équateur, si son axe est horizontal
à midi, il est vertical à 18 h.
118
~F
G A ~
w
~ey
~ez ~ex
Explication. On a
d~LG !
= GA ^ ~F = GA F ~ex ^~ey = GA F ~ez ,
dt
soit
~
dW GA F
= ~ez ,
dt I
qui est parallèle à ~ez et donc orthogonal à ~F !
5. Effets gyroscopiques
On parle d’effets gyroscopiques pour désigner le comportement dynamique
d’un objet de révolution (disque, roue, etc.) dont la rotation autour de son axe a
pour effet de résister aux changements de son orientation.
Exemples.
1. Personne sur tabouret avec roue de vélo en rotation.
C
~
W
G
~R
O
Il y a deux forces extérieures :
~Fext = M ~g + ~R .
|{z} |{z}
poids total réaction du sol
119
~ 0 est la nouvelle orientation du vecteur rotation de la roue. Dans le cas
où W
où la roue est à la verticale de la tête de la personne, on a
~LG = I (W ~ez + w ~,
~ ) + IP+T w
~T
G
~
w
O
~ez M ~g
~eq
~er
On a
!
~LO = OG ^ M ~vG + ~L⇤G avec ~L⇤G = I w
~.
Le théorème du moment cinétique donne
d~LO ! !
= OG ^ M ~g = OG ^ M ~g ~eq .
dt
Or,
d~LO d Ä ! ä d
= OG ^ M ~vG + ~L⇤G
dt dt dt
! d ~⇤
= OG ^ M ~aG + L
dt G
! Ä ä d
= OG ^ ~P + ~T + ~L⇤G .
dt
On en déduit que
d ~⇤ !
LG = OG ^ ~T .
dt
En première approximation, ~T + ~ P ' ~0 car le centre de masse G a un mou-
vement de rotation très lent, donc une accélération centripète très petite.
Ainsi,
d ~⇤ ! dw~ !
LG ' OG ^ M ~g =) I = OG ^ M ~g ~eq .
dt dt
L’axe de la roue reste dans le plan horizontal et tourne autour du point O.
C’est un mouvement de précession.
120
6. Toupie
Définitions (Toupie, angles d’Euler). Une toupie est un objet à symétrie de ré-
volution qui tourne autour de son axe de révolution. Il est commode de prendre
cette extrémité comme origine du repère.
~e3 q ~ez
~v
j
O
~ey
y
~ex ~u
Il est commode de repérer la toupie par trois angles dits angles d’Euler. Les
mouvements associés sont
8
< j̇ ~e3 : rotation propre ;
>
ẏ ~ez : précession ;
>
:
q̇ ~u : nutation ;
avec ~e3 l’axe de révolution de la toupie, ~u le vecteur unitaire colinéaire à ~ez ^~e3
et ~v = ~ez ^ ~u.
d~LO ! `
= OG ^ m ~g ' ~LO ^ m ~g
dt LO
avec ` = OG. Le vecteur ~LO , et donc la toupie, ont un mouvement de précession
autour de la verticale ~e3 , avec une vitesse angulaire
mg` mg`
ẏ = = .
LO I3 j̇
Un traitement plus détaillé basé sur les équations d’Euler permet de montrer
qu’il y a aussi un mouvement de nutation autour d’une valeur de q, avec des oscil-
lations entre q1 et q2 . Il existe néanmoins des solutions particulières q = q0 constant,
auquel cas le mouvement est un pur mouvement de précession.
Remarque. Pour passer de l’équation
d~LO ~ ` mg`
= LO ^ m ~g = ~ez ^ ~LO
dt LO LO
121
à la conclusion qu’il s’agit d’un mouvement de précession, on peut se reporter
!
dOM
à la démonstration de la section II. du chapitre 2 du fait que l’équation =
! ! dt
~ ^ OM conduit à une précession de OM autour de w
w ~.
On a
~ = q̇ ~u + j̇ ~e3 + ẏ ~ez
w
= q̇ ~u + j̇ + ẏ cos q ~e3 + ẏ sin q ~v .
où I3 est le moment d’inertie par rapport à l’axe de révolution et I1 le moment d’inertie par
rapport à n’importe quel axe perpendiculaire à l’axe de révolution et passant par O (donc en
particulier les axes (O ~u) et (O, ~v).
Il en découle que
! !
MO ·~e3 = 0 et MO ·~ez = 0 .
La première équation couplée à l’équation d’Euler
!
I3 ẇ3 + (I2 I1 ) w1 w2 = MO ·~e3
!
Par ailleurs, MO ·~ez = 0 implique que
d Ä~ ä
LO ·~ez = 0
dt
et finalement
Lz ⌘ ~LO ·~ez = L3 cos q + I1 ẏ sin2 q = cte.
Enfin, l’énergie mécanique est conservée. L’énergie cinétique et l’énergie potentielle sont
1 ~
K= ~ · LO
w
2
1Ä 2 2
ä
= I1 q̇ + I3 j̇ + ẏ cos q + I1 ẏ2 sin2 q ,
2
V = mg` cos q ,
donc
1 Ä 2 ä 1 2
I1 q̇ + ẏ2 sin2 q + I3 j̇ + ẏ cos q + mg` cos q = cte.
2 2
122
En utilisant les constantes L et Lz , on peut éliminer ẏ et j̇ de l’énergie mécanique. En effet,
Lz L3 cos q L3
Lz = L3 cos q + I1 ẏ sin2 q =) ẏ = et j̇ + ẏ cos q = .
I1 sin2 q I3
q2
q1
q2
q1
dVeff
Pour E = E0 , q0 est donné par (q0 ) = 0. Cette condition sur q0 peut se réécrire en
dq
fonction de j̇ et ẏ :
123
ou encore, en supposant I1 > I3 ,
On peut montrer que c’est le mouvement de précession le plus lent décrit par ẏ qui est
stable, et donc que c’est lui qui doit être observé.
124