CHAPITRE 2 : Le comportement
d’investissement
COURS DE MACROÉCONOMIE
Université Libre de TUNIS
Oula BEN HASSINE
3 avril 2023
Macroéconomie Chapitre 2 1
L'investissement est une notion clé de la macro-économie. En effet, il constitue une part
importante de la demande globale (avec la consommation). Il est aussi considéré comme
un déterminant de l'offre globale. Toutefois, à l'opposé de la consommation,
l'investissement est caractérisé par l'instabilité et l'irrégularité.
1. Généralités
1.1 Définitions
L'investissement consiste à acquérir des biens d'équipements durables destinés à être
utilisés dans le processus de production dans le but d’accroître la production des biens et
services dans le futur. Il comprend aussi les biens immobiliers acquis par les ménages
ainsi que les équipements collectifs construits par l'administration publique. L'intérêt de ce
chapitre se limite à l'étude de l'investissement privé et essentiellement celui réalisé par les
entreprises.
On distingue l'investissement brut (IB) de l'investissement net (IN). Ce dernier (IN), ne
prend pas en compte les investissements de remplacement (les amortissements notés A).
I = IBt = I.N t+ At
= ( K t− K t − 1 )+ δK t− 1
Kt (t-1) : stock de capital à la période t (t-1)
δ: taux de dépréciation du capital (supposé constant).
« Le matériel de production se déprécie chaque année (à un taux moyen δ ) à cause de son
usure mécanique, de son vieillissement (une année de plus c'est une année d'espérance de
vie résiduelle en moins) et de son obsolescence1 graduel » Brana et al. 1999, page 106.
En comptabilité nationale, l'investissement net correspond à la formation brute de capital
fixe (FBCF). C'est la valeur des biens durables acquis par les unités productrices
résidentes, pour être utilisés dans le processus de production, pendant au moins un an.
L'investissement réalisé par les entreprises comprend trois composantes2 :
1 Dépréciation du matériel due au progrès technique et non à son usure.
2 Voir Haddar, M. page 114.
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i. L'achat de nouveaux biens d'équipements : machines, ordinateurs, et voitures,
achetés par les entreprises et qui permettent de produire d'autres biens.
ii. L'achat ou la construction de nouveaux immeubles.
iii. La variation des stock : il s'agit de produits finis, de produits semi-finis et de
matières premières, stockés entre le début et la fin d'une période, en attendant
d'être utilisés ou vendus
1.2 Rôle de l'investissement
L'investissement joue un rôle important dans l'activité et contribue à l'évolution du
système économique de plusieurs manières :
i. Étant une composante de la demande globale, l'investissement est considéré
comme une dépense. Il permet de cette manière de soutenir le niveau de l'activité.
ii. Étant un facteur important de la production (à travers le facteur capital),
l'investissement est le moteur de la croissance économique. Dans ce sens,
l'investissement crée des postes d'emploi supplémentaires, génère des revenus
(salaires et profits), ce qui accroît les dépenses de consommation et d'équipement.
Cela constitue alors une incitation pour les entreprises en vue d’accélérer
davantage leur investissement afin de satisfaire la demande accrue de biens et
services.
iii. Il permet aussi d'accroître les capacités de production et modifier le système
productif. Il en résulte une modification du rapport K/L appelé intensité
capitalistique ainsi que la productivité du travail.
1.3 Les déterminants de l'investissement
Plusieurs facteurs entrent en jeu dans la décision d'investissement. Certains de ces facteurs
sont objectifs (observables et mesurables : taux d'intérêt par exemple) alors que d'autres
sont subjectifs (et difficilement mesurables tel que la confiance des milieux des affaires).
On retient ici trois déterminants essentiels de la décision d'investissement :
i. la rentabilité relative : l'entreprise est souvent amenée à opérer un choix entre des
dépenses d'investissement d'un côté et la possibilité d'effectuer des placements
financiers d'un autre côté. Pour arriver à une décision profitable, elle compare les
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rendements attendus de son investissement au niveau du taux d'intérêt. Dans cette
mesure, l'investissement dépend négativement du taux d'intérêt.
ii. L'influence de la demande : la demande adressée à une entreprise peut connaître
une augmentation si importante que cette dernière ne peut satisfaire qu'en
renforçant ses capacités de production (effet accélérateur).
iii. Le rôle des anticipations : la décision d'investir dépend étroitement de la vision des
entrepreneurs sur l'avenir de leurs fonds.
2. Investissement et rentabilité : rôle du taux d'intérêt
Un projet ne sera effectivement adopté par une firme que si elle juge rentable ce projet.
Plusieurs critères sont possibles.
2.1 Critère du délai de récupération
Ce critère consiste à calculer le nombre d'années nécessaires pour récupérer les fonds
initialement mobilisés. Ainsi, un délai de récupération T permet d'atteindre l'égalité entre
les coûts d'investissement (I0) avec les recettes attendues (Ri) :
T
T telque I 0 = ∑ i= 1 Ri
L'adoption de ce critère signifie que l'entreprise cherche en premier lieu à récupérer son
capital dans les brefs délais. Ce comportement prudent se justifie dans un contexte
d'instabilité économique et/ou politique. Selon cette règle, une entreprise confrontée à
plusieurs projets d'investissement choisit le projet garantissant le délais de récupération le
plus court.
Exemple 1:
une entreprise doit choisir entre deux projet d'investissement au coût initial I0 = 100 000.
les gains annuels sont donnés par le tableau ci-dessous :
Années 0 1 2 3 4
Projet 1 - I0 20 000 25 000 54 000 90 000
Projet 2 - I0 55 000 47 000 10 000 0
La simplicité est l'avantage majeur de ce critère de décision, alors que ses inconvénients
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sont multiples :
• ne tient pas compte des recettes réalisées au-delà du délai de récupération.
• Le calcul des recettes est fait sans actualisation.
2.2 Le critère de la valeur actuelle nette : VAN
Elle indique si le projet étudié est capable d'apporter des bénéfices. On suppose que le
projet consiste à acquérir un bien d'équipement au coût I0 et dont la durée de vie est de n
années. On s'attend à ce que cette dépense (I0) apportera des gains futurs répartis sur toute
la durée de vie : R1, ..., Rn.
La VAN mesure le différence entre la somme des gains actualisés et le coût d'achat de
VAN = ∑ gains actualisés − coût initial
l'équipement :
R1 R1 R1
VAN = + + ...+ − I0
1+ r ( 1+ r )2 (1+ r)
n
r : taux d'intérêt réel ou également taux d'actualisation.
Une VAN positive indique que le projet est rentable
Exemple 2:
Le projet ci-dessous doit être adopté ou non ?
I0 = 100 000 , R1 = 20 000 , R2 = 40 000 et R3 = 42 000 avec r =5%.
On peut résumer les inconvénients de ce critère de choix en deux points :
• La difficulté de choisir le taux d'actualisation r : la solution peut consister à opter
pour un taux situé entre le taux d'intérêt créditeur (rémunération de l'épargne) et le
taux d'intérêt débiteur (coût de l'emprunt).
• La difficulté de prévoir les gains futurs.
2.3 Le taux de rendement interne : TRI
La difficulté de détermination du taux d'actualisation r peut être contournée par le calcul
du taux de rendement interne (TRI), noté e, qui égalise le coût du projet d'investissement
et les bénéfices attendus actualisés. L'idée derrière cette règle de choix est simple : devant
un projet donné, l'entreprise possède le choix entre réaliser l'investissement (au gain de e
%) ou utiliser le montant de cet investissement dans des placements financiers (qui
apporteront un gain de i %).
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VAN = ∑ gains actualisés − coût initial
e est tel que :
R1 R1 R1
+ 2
+ ...+ n
= I0
1+ e (1+ e) (1+ e) .
Entre deux projets différents, l'entreprise choisit celui qui possède le TRI le plus élevé.
Exemple 3 :
Calculer le taux de rendements interne du projet exposé dans l'exemple 2.
3. Investissement et capacité de production : le principe
de l'accélérateur
Pour faire face à une augmentation de la demande, l'entreprise doit produire plus. Si elle
utilise pleinement ses capacités productives, la satisfaction de la demande nécessitera des
investissements supplémentaires.
3.1 Les hypothèses
Le principe de l'accélérateur repose sur un certain nombre d'hypothèses :
H1 : absence de capacité de production excédentaire : c'est à dire que l'entreprise utilise
pleinement ses capacités de production ce qui justifie la nécessité d'investir.
H2: l'absence de décalage entre la décision d'investir et la réalisation effective de cet
investissement.
K
v=
Y
H3 : coefficient de capital fixe . Ce qui revient à supposer que
i. l'intensité capitalistique (k = K/L) est constante.
ii. Les rendements d’échelle sont constants : une variation des facteurs de production
entraîne une variation de même proportion de la quantité produite.
3.2 Le principe de l’accélérateur
Sous l'hypothèse d'un coefficient de capital fixe (v), la fabrication d'une unité de
supplémentaire du bien nécessite v unités supplémentaires de capital. On obtient alors une
relation de proportionnalité entre le stock de capital et le volume de production :
K = v . Y.
D
Une augmentation de la demande ( ΔY ) se traduit immédiatement par une variation
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D
identique de l'offre ( ΔY = ΔY ). Ainsi, le principe de l'accélérateur simple considère
que l'investissement d'une période est proportionnel à la variation de la production au
cours de la même période :
I.N t = v. ΔY t
v : coefficient de capital égal au coefficient d'accélération
Exemple 4 :
On considère un stock de capital initial de 1 000 unités monétaires. Le coefficient de capital
admet une valeur constante égale à 3. Les valeurs de la production sur 5 ans sont : 450, 500,
580, 600, 610. L'amortissement annuel est calculé sur la base d'un taux constant de 10%.
Remarques :
1. Dans le modèle de l'accélérateur simple, la demande constitue la variable motrice.
Par contre, l'investissement net est la variable dépendante : on parle alors
d'investissement induit.
2. L'hypothèse d'absence de décalage peut paraître irréaliste. En effet, il existe
souvent un décalage de temps mon négligeable dû aux délais nécessaires pour
l'étude du projet d'investissement, l'achat et l’installation de l'équipement, le
recrutement et la formation du personnel. On parle alors d'accélérateur flexible.
Dans ce modèle, la réalisation de l'investissement souhaité ne se fait que
partiellement sur la période courante et ceci selon une vitesse d'ajustement dont la
valeur est comprise entre 0 et 1.
4. Investissement et anticipations : l'investissement est
un pari sur l'avenir
La décision d'investir repose, en plus de la rentabilité et la demande, sur la confiance dans
l 'avenir. Les anticipations des entrepreneurs sur l'avenir est alors un point fondamental
pour comprendre les déterminants de cette décision. Trois arguments sont favorables à la
prise en compte de ces anticipations.
4.1 L'incertitude des prévisions à long terme
l'acte d'investir représente une prise de risque par les entrepreneurs dans la mesure où la
rentabilité reste une variable aléatoire qui dépend de plusieurs facteurs :
i. l'incertitude sur la durée d'utilisation du bien d'équipement.
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ii. L'incertitude sur les perspectives de ventes.
iii. L'incertitude sur les coûts de production.
iv. L'incertitude sur les taux d'intérêt futurs : lorsque les investissements sont financés
par des emprunts à taux variables, les coûts liés à ces investissements peuvent
varier de manière considérable.
4.2 Le climat de confiance dans l'avenir
Selon Keynes, « l'état de la prévision à long terme » constitue une base à la décision
d'investissement. Ces prévisions sont aussi formulées en premier lieu et en grande partie,
à partir du contexte actuel. L'investissement dépend donc de l'état psychologique de
confiance des entrepreneurs (optimisme ou pessimisme).
4.3 La spéculation financière
L’attractivité du marché financier constitue un risque pour les investissements productifs.
Le comportement de spéculation consiste à effectuer des transactions d'achat et de vente
de manière systématique dans le but d'en tirer des bénéfices liés à la seule évolution des
prix.
Les entrepreneurs peuvent donc abandonner des projets d'investissement dont la
rentabilité est très élevée à long terme au profit des bénéfices à court terme réalisés à
travers la spéculation.
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