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ETAT DE DROIT
INTRODUCTION
Ce travail s’inscrit dans le cadre du cours de philosophie du
droit2. Il se veut une réflexion sur la nature de l’Etat de droit et une
application sur la République Démocratique du Congo. Ainsi, qu’entend-on
par Etat de droit ? La République Démocratique du Congo est-elle un Etat
de droit ? Telles sont les questions qui constituent l’épine dorsale de cette
petite odyssée cogitationnelle.
1. État de droit : définition
La notion d’État de droit désigne un système institutionnel dans
lequel l’État voit ses pouvoirs, c’est-à-dire la puissance publique, encadrés
par des règles de droit hiérarchisées.
Autrement dit, l’État de droit est un État soumis à un ensemble
de normes juridiques qui s’oppose à son pouvoir arbitraire pour assoir la
protection des libertés et droits fondamentaux. Grossièrement, l’État de
droit répond à la formule : « Nul n’est au-dessus de la loi ».
Conceptuellement, il est possible de distinguer 3 types d’États :
L’État policier: un État dans lequel la loi est élaborée et
mise en œuvre par l’État lui-même. Le gouvernement exerce son pouvoir de
manière autoritaire et arbitraire, sans encadrement juridique comme dans
les régimes totalitaires.
L’État légal: un système dans lequel l’État est soumis à la
loi votée par un Parlement qui ne connaît pas d’autorité qui lui soit
supérieure. Le législateur y conçoit la loi sans aucune entrave, l’éventuel
arbitraire n’émane plus du pouvoir exécutif mais législatif. Par exemple,
l’État français sous la IIIème République.
L’État de droit: l’État est encadré par des règles de
droit élaborées conformément à des principes d’ordre supérieur, mis en
œuvre par une cour constitutionnelle. Si la loi prime, la loi peut tout de
même être déclarée inconstitutionnelle.
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C’est en ce sens que Carré de Malberg affirmait que : « L’esprit
de l’État de droit veut que la Constitution détermine supérieurement et
garantisse aux citoyens ceux des droits individuels qui doivent demeurer au-
dessus des atteintes du législateur. Le régime de l’État de droit est un système
de limitation, non seulement des autorités administratives, mais aussi du
Corps Législatif 1».
2. État de droit : conditions
L’État de droit est mis en œuvre à 3 conditions :
Le respect de la hiérarchie des normes
L’égalité des citoyens devant la loi
La séparation des pouvoirs et l’indépendance des juges
Du respect de la hiérarchie des normes :
Théorisée par le célèbre Hans Kelsen, la hiérarchie
des normes constitue l’une des principales garanties de l’État de droit.
Précisément, la hiérarchie des normes implique que chaque
norme juridique soit conçue conformément au droit qui lui est supérieur.
Ces mêmes normes qui permettent notamment de définir et de limiter la
compétence des organes de l’État.
Ces normes de rang supérieur sont suivies, dans cet ordre, par :
Les conventions et traités internationaux,
Les lois (côté Parlement) et enfin,
Les règlements et décisions administratives.
Ainsi, lorsque le gouvernement (et donc l’État) prend une
décision administrative, cette décision doit impérativement respecter les
lois, les traités internationaux et surtout la Constitution.
De cet ordonnancement juridique découle le principe de
légalité selon lequel toute norme qui ne respecte pas un principe supérieur
est susceptible d’encourir une sanction juridique, et
notamment l’abrogation.
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La hiérarchie des normes s’impose à l’ensemble des sujets de
droit, personnes physiques comme personnes morales. Même l’État ne peut
s’y soustraire.
De l’égalité devant la loi :
Deuxième caractéristique de l’État de droit, l’égalité devant la
loi (ou l’isonomie) implique que chaque sujet de droit est soumis à la même
loi, chacun dispose des mêmes droits et des mêmes devoirs.
Ainsi, chaque individu ou organisation a la faculté de contester
l’application de la loi dans le cadre d’un procès lorsqu’une norme juridique
n’est pas conforme à une norme supérieure.
L’égalité devant la loi vise également l’État qui ne doit pas
bénéficier d’un privilège de juridiction ou d’un régime dérogatoire au droit
commun.
Enfin, le principe d’égalité suppose que la justice soit
«aveugle» : elle ne tient pas compte des différences qui existent entre
chacun de nous (âge, sexe, richesse, origine…), car elle traite de manière
égale deux personnes se trouvant dans des situations comparables.
De La séparation des pouvoirs et l’indépendance de la
justice :
Dernière condition de l’État de droit et pilier de la
démocratie, la séparation des pouvoirs est une technique d’aménagement
du pouvoir qui s’oppose à ce que l’ensemble des pouvoirs soit
concentré entre les mains d’un même individu.
Tel qu’énoncé par Montesquieu : « Tout serait perdu si le même
homme, ou le même corps exerçait ces trois pouvoirs : celui de faire les lois,
celui d’exécuter les résolutions publiques, et celui de juger les crimes ou les
différends des particuliers2 ».
Ainsi, les fonctions de l’État sont fractionnées entre :
Le pouvoir législatif : il élabore et adopte la loi, il est
exercé par le Parlement.
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Le pouvoir exécutif : il met en œuvre la loi et conduit la
politique nationale, il est exercé par un chef de l’État et son gouvernement.
Le pouvoir judiciaire : il veille au respect des lois, il est
exercé par une justice indépendante.
Afin de préserver les droits et libertés des citoyens, la
séparation des pouvoirs est consolidée par un système de contrepouvoir,
chaque pouvoir exerçant un contrôle mutuel sur l’autre. La séparation est
dite souple ou stricte en fonction de l’ampleur de ce contrôle.
Par exemple, le président de la République peut dissoudre
l’Assemblée Nationale tandis que les députés peuvent demander la
démission du gouvernement via la motion de censure. C’est encore
Montesquieu qui affirmait : « Le pouvoir arrête le pouvoir3 ».
Enfin, la séparation des pouvoirs assure à la fois l’indépendance
et l’impartialité de la justice, le juge n’ayant pas à subir de pression
extérieure l’invitant à juger dans un sens plus que dans un autre.
3. État de droit et démocratie
La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple,
pour le peuple. Elle est fondée sur l’État de droit qui en constitue un pilier
fondamental, tout État démocratique est nécessairement un État de droit.
En revanche, l’inverse n’est pas vrai, tout État de droit n’est pas
forcément une démocratie. L’État de droit étant indifférent à la source des
normes, un État de droit sans démocratie est tout à fait envisageable.
Par exemple, le Royaume-Uni, la Belgique ou l’Espagne sont des
États de droit ayant adopté un régime politique monarchique.
4. Limites de l’État de droit
En tant que concept théorique, l’État de droit fait face à la
réalité politique et souffre de failles à tous les niveaux.
Au niveau du respect de la hiérarchie des normes, il peut
apparaitre étonnant que le président du Conseil constitutionnel en charge
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de contrôler la conformité des lois et des règlements à la Constitution,
soit nommé par le Président de la République (chef de l’exécutif).
Ensuite, qu’en est-il de l’égalité devant la loi lorsque nos
dirigeants politiques semblent jouir d’une impunité injustifiée ?
Enfin, la séparation des pouvoirs peut être considérée comme
altérée dans la mesure où la fonction législative est principalement exercée
par l’exécutif.
5. La Républiques Démocratique du Congo est-elle un Etat de
droit ?
Au regard de ce qui précède, considérant ce que l’on peut
entendre par « Etat de droit », les conditions d’un Etat de droit, son rapport
avec la démocratie et les limites de l’Etat de droit ; tenant compte des
réalités de la République Démocratique du Congo, nous constatons que la
mise en œuvre de l’Etat de droit engendre les crises en République
Démocratique du Congo, parfois, non seulement entre les politiques mais
aussi malheureusement contre ceux-là appelés à dire et/ou interpréter le
droit; alors que le secteur de la justice est un pilier indispensable de la
démocratie et l’Etat de droit.
Ainsi, il est logique de penser que l’Etat de droit d’une part, sa
connotation en RDC est dénaturée [de plus en plus politique que juridique]
et d’autre part, il s’est révélé naguère un « poignard sanguinaire », qui fait
saigner la jeune démocratie congolaise et qui risque d’exterminer toutes les
grandes figures politiques et judiciaires qui s’orientent dans la direction de
lutte contre les antivaleurs, notamment : l’impunité, la mauvaise
gouvernance, le manque de transparence, l’insécurité sociale, l’injustice
sociale etc. Ce qui est un frein à la consolidation de la jeune démocratie et
l’Etat de droit dans une société où les antivaleurs et la culture politique
crisogène ou belligène sont devenues normales.