Rapport de Stage 1
Rapport de Stage 1
AVANT PROPOS
Dans le cadre de notre formation en droit, nous avons effectué un stage professionnel au
Tribunal de commerce de Kinshasa/Matété, dont l’objet principal était de confronter les
connaissances théoriques acquises à l’université à la pratique judiciaire.
Nous tenons à exprimer notre profonde reconnaissance à Monsieur Albert KASANGA, Président
de la juridiction, pour la qualité de son accueil et sa disponibilité. Nous remercions également
l’ensemble du personnel du Tribunal de commerce de Kinshasa/Matété pour leur précieuse
collaboration et leur accueil chaleureux.
Enfin, nous exprimons notre gratitude à Monsieur Dido TETELA, greffier titulaire du greffe des
matières économiques et commerciales, ainsi qu’à tous les greffiers, pour le temps qu’ils nous ont
consacré et la clarté de leurs explications sur le fonctionnement du greffe.
INTRODUCTION
Dans le cadre de l’achèvement du deuxième cycle universitaire, il est prévu un stage pour tous
les étudiants finalistes de l’Université Révérend Kim. C'est dans ce cadre que nous avons
effectué notre stage auprès du Tribunal de Commerce de Kinshasa/Matété. Cette immersion
vise à confronter les enseignements théoriques reçus à l’université à la pratique, condition
indispensable pour tout étudiant aspirant à une formation complète.
Notre choix pour le Tribunal de Commerce de Kinshasa/Matété est le fruit d'une longue
réflexion qui a pris en compte plusieurs paramètres notamment, nos aspirations
professionnelles à dévernir avocat d’affaires. En effet, nous avons choisi ce stage pour conforter
notre projet professionnel en bénéficiant de l’expertise des magistrats et des praticiens du droit
des affaires incarné dans notre pays par le droit OHADA. L’objectif principal était de
professionnaliser notre profil : mettre en œuvre les concepts acquis (analyse de dossiers,
rédaction d’actes, participation aux audiences), développer l’esprit de collaboration au sein
d’un greffe, adopter les exigences déontologiques et évaluer de manière concrète les
perspectives offertes par la carrière d’avocat d’affaires.
Section 1. PRESENTATION
§1. Historique
Les tribunaux de commerce ont vu le jour pour la première fois en Italie vers le XIIIe Siècle, suite
à la demande des commerçants au roi de pouvoir être jugés par leurs paires. Ces tribunaux
avaient pour finalité d'une part, de mettre fin aux manœuvres et à la lenteur dans la procédure
judiciaire en matière commerciales, celle-ci nécessitant une célérité ; et d'autre part de créer
une juridiction spécialisée pour les commerçants afin qu'ils soient jugés par leurs paires, car les
commerçants estimaient être les seuls à avoir la parfaite maitrise des us et coutumes propre
aux commerces.
La création des tribunaux de commerce, ayant été couronnée de succès en Italie, n'a pas tardé
à influencer la France (en 1562, notamment avec l'envahissement de l'Italie), puis la Belgique à
la suite des conquêtes de Napoléon, avant de s'étendre dans toute l'Europe voire, dans toute la
famille du Droit romano germanique. C'est de cette façon-là que cette pratique atteindra notre
pays au début du 21e Siècle.
En effet, les tribunaux de commerce en République démocratique du Congo sont créés par la loi
N°002/2001 portant Création, Organisation et Fonctionnement des Tribunaux de Commerce,
telle que modifiée par la loi n°23/061 du 10 décembre 2023. En son article 1er, cette dernière
prévoit la création d’un tribunal de commerce dans chacun des ressorts des tribunaux de
grande instance, soit 52 juridictions potentielles réparties sur l’ensemble du territoire national.
Toutefois, en pratique, l’installation effective de ces tribunaux suit un rythme beaucoup plus
lent. Actuellement, il n'existe que 9 tribunaux de commerce sur toute l'étendue du territoire
national, à savoir :
Ces tribunaux doivent au sens de ladite loi être dotés chacun d’au moins quatre chambres : la
chambre commerciale et économique, la chambre pénale, la chambre des petits litiges et la
chambre des procédures collective.
- Le président de la juridiction ;
- Le ministère public.
§1. Le président
Outre son rôle administratif, le président du tribunal de commerce exerce également un rôle
juridictionnel, dans ce cas il agit comme tout autre juge. En effet il préside aussi la première
chambre de la juridiction. Il dirige les audiences en matière d'urgence, il instruit les dossiers,
ouvre les audiences, appelle les affaires, acte les différentes comparutions des parties, prend la
cause en délibéré, rédige le jugement et le prononcé.
Ils sont des magistrats de carrière. Ils trouvent leur base légale à l'article 3 de la loi n°002/2001
du 03 juillet 2001. Ils ont pour mission de dire le droit et sont régis par la loi portant statut des
magistrats. Ils ont les mêmes rôles juridictionnels que le président de la juridiction. C’est-à-dire,
ils siègent aux audiences publiques, instruisent, prennent les affaires en délibéré et prononcent
le jugement.
L'une des spécificités des tribunaux de commerce est donc la création du juge consulaire.
Contrairement au juge permanent, le juge consulaire n'est pas un magistrat de carrière. Les
juges consulaires sont des juges des faits, des opérateurs économiques qui ont la maitrise des
us et coutumes des affaires. Ils apportent leur expertise et éclairent le tribunal. Ils dirigent aussi
la procédure collective d'apurement du passive pour aider les entreprises en difficulté à se
redresser. Lorsqu'un juge consulaire est nommé dans cette procédure, il est appelé « juge
commissaire ».
En République démocratique du Congo, les juges consulaires sont élus pour un premier mandat
de deux ans, renouvelable pour un mandat ultérieur de quatre ans, par un collège électoral
composé des délégués consulaires désignés par les organisations professionnelles
représentatives du commerce et de l'industrie (notamment la FEC et la COPEMECO) 1.
Leur élection est ensuite entérinée par le Président du Conseil Supérieur de la Magistrature.
1
Article 4 de la loi n°002/2001 du 03 juillet 2001.
6
Les attributions du juge consulaires sont définies par la loi n°002/2001 du 03 juillet 2001, telle
que modifié en 2023, aux articles 4 à 11. Après son élection à la majorité relative des voix, les
juges consulaires, avant d'entrer en fonction, prête serment devant le tribunal de commerce
ou, au cas échéant, devant le tribunal de grande instance, avant l'installation du tribunal de
commerce. Il est investi par un arrêté du ministre de la Justice. Il n'est rééligible que dans la
limite de deux mandats successifs dans une même juridiction.
La présence du ministère public dans le tribunal de commerce trouve sa base légale à l'article
12 de la loi n°002/2001 du 03 juillet 2001.
Un greffe est un bureau où sont gardés tous les dossiers nécessaires au fonctionnement et à
l'administration d'une juridiction. Le greffier est donc le chef de ce bureau. Le greffe est institué
sous la direction du greffier divisionnaire qui doit s’assurer de l’organisation administrative du
tribunal de commerce. Les greffiers sont choisis au sein du personnel de l'ordre judiciaire et
désignés près les tribunaux de commerce par décision du Premier Président de la cour de
cassation. Ils assistent à toutes les audiences et tiennent le plumitif2.
2
Article 13 de la loi n°002/2001 du 03 juillet 2001, telle que modifié en 2023
7
Nous commencerons donc par aborder la question du greffier divisionnaire avant de parler
des greffes que compte le tribunal de commerce.
A. Le greffier divisionnaire
Le Greffier divisionnaire est le chef de tous les greffiers de la juridiction. Le greffier divisionnaire
contresigne tous les actes pris par le président de la juridiction, il coordonne les activités de
tous les autres greffes et programme les greffiers qui siègeront dans les audiences. Il détient le
pouvoir disciplinaire sur tous les agents de l'ordre judiciaire de la juridiction et sur les autres
greffiers.
- Greffe du RCCM ;
- Greffe de comptabilité ;
- Greffe d’archive ;
- Greffe d’exécution ;
C'est le greffe de tous les dossiers commerciaux et économiques. Il gère le Registre commercial
et économique (RCE) dans lequel sont inscrites toutes les affaires commerciales et
économiques.
8
- La date de l'enrôlement ;
- L'objet du litige ;
- Le dispositif du jugement
- Les observations
- Le registre d’audience.
Le rôle principal de ce greffe est celui de recevoir les dossiers provenant soit du parquet, soit
des particuliers en rapport avec les infractions à la législation économique ou les affaires
touchant à l'ordre public. Ces dossiers sont inscrits dans le Registre pénal et économique (RPE).
Le greffier chargé des affaires pénales et économiques tient aussi le registre des objets saisis
ainsi que celui des amendes.
Au pénal, lorsque l’action civile est mise en mouvement par le ministère public. Le greffier avant
9
Le greffier dans cette phase a un rôle crucial et aura à s’acquitter des formalités suivantes :
- Ecrire les noms des parties sur la farde et y transcrire les infractions reprochées ;
- Enregistrer tous les objets utilisés dans la commission de l’infraction dans le registre des
objets saisi ;
Les pièces exigées pour l’immatriculation d’une personne physique sont entre autre :
Pour l’immatriculation des personnes morales, les pièces exigées sont entre autre :
Les conditions d'enrôlement au RCCM sont fixées dans l'Acte Uniforme Révisé portant sur le
Droit Commercial Général de l'OHADA. Le RCCM est ténu par le Greffier du RCCM sous la
surveillance du président de la juridiction ou d'un juge délégué. Au niveau national il existe un
fichier qui centralise toutes les informations inscrites dans les RCCM de chaque juridiction. Et
au niveau régional, il existe un fichier régional ténu par la Cour Commune de Justice et
d'Arbitrage (CCJA) qui a son siège à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Ce fichier reprend toutes les
mentions des fichiers nationaux de tous les pays membres de l'OHADA. Ces informations sont
destinées au public.
Il faut par ailleurs noter que toute personne qui s'abstiendrait d'accomplir les conditions
exigées par l'immatriculation ou qui les aurait accomplies frauduleusement peut être
sanctionnée en vertu des lois pénales prévues par les normes de l'OHADA.
En droit commercial, la faillite c'est l'état d'une entreprise en cessation de payement, c'est-à-
dire que les avoirs de l'entreprise sont incapables, soit de payer ses dettes exigibles, soit de
subvenir à ses besoins essentiels et immédiats. Par exemple : la paie des travailleurs, le
renouvellement du stock, etc. L'entreprise est caractérisée par une situation d'insolvabilité et
d'insuffisance de rentabilité. La faillite n'est pas obtenue d'office, c'est une décision judiciaire,
elle est prononcée par le juge.
Le greffe de faillite est un greffe qui reçoit les déclarations par aveu de cessation de paiement
11
des entreprises ou des commerçants du ressort du tribunal de commerce. Cela doit se faire
dans les quinze jours qui suivent la constatation de l'état de cessation de paiement par le
gérant ou le directeur, s'il s'agit d'une société. Le greffe de faillite gère tous les dossiers des
commerçants en cessation de paiement qui sollicitent une dissolution. L'aveu contient l'identité
complète du commerçant et son adresse, le nom du gérant et son domicile, le cas échéant, les
noms des associés et leurs adresses.
e. Greffe de comptabilité
Il a deux services :
- Le service de la DGRAD ;
- Le service de la comptabilité du tribunal.
Ce greffe travaille en complicité avec d’autres greffes en matière de payement des frais
d’instance. Ces frais sont versés en espèce à la banque, au compte de la DGRAD.
Aussi, le greffier établit la note de perception qui comprend 3 cases : la case de service taxateur
(service de la comptabilité du Tribunal), la case de service de la DGRAD et la case remplie par le
comptable principal. Le greffier remet ensuite la note de perception à la partie afin qu’elle paye
à la banque. Après avoir payé ces frais, cette dernière se présente au greffe avec le bordereau
de versement de la banque qui constitue la preuve de paiement.
f. Greffe d'archive
Les greffiers établissent les actes en deux exemplaires, l’orignal qui est remis aux parties ainsi
que la copie qui est destinée à la conservation au greffe, outre les actes procéduraux des
greffiers. Ce greffe conserve aussi la grosse du jugement. On peut donc dire que ce greffe est au
centre des autres greffes.
g. Greffe d'exécution
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C'est le greffe chargé de l'exécution des décisions du tribunal. On y garde aussi tous les
documents susceptibles de faire exécuter un jugement. L'exécution du jugement se fait par un
document appelé « Grosse ». Celle-ci est la copie du jugement qui comprend plusieurs feuillets
dont le dernier est certifié par le greffier divisionnaire. La grosse comporte une formule qui lui
confère la force exécutoire. Cette formule exécutoire comporte trois parties dont : l'annonce
solennelle, le mandat ou l'ordre au dernier feuillet ainsi que le but qui est l'ordre d'exécution
donné au huissier.
h. Greffe de matière d’urgence (PSRVE3)
Après avoir réuni certaines conditions en matière de recouvrement, le créancier peut par
requête en saisissant le Tribunal du Tribunal de commerce, solliciter une ordonnance
d’injonction de payer. Celle-ci doit être signifiée au débiteur à une échéance de 30 jours, au cas
contraire le titre tombe caduque. Pendant ce délai, le débiteur a 15 jours pour s’y opposer.
§2. Le secrétariat
C’est au secrétariat que l’on règle toutes les correspondances du Président. On y reçoit aussi
tous les courriers du Tribunal. Parmi ces correspondances, il y a des lettres et des requetés.
Au secrétariat, il y a le registre d’entrée qui permet de réceptionner les requetés et les lettres
adressées au Président du tribunal. Ce registre contient les mentions ci-après :
- Numéro d’ordre ;
- Numéro de référence ;
- Date ;
- L’expéditeur ayant signé la lettre ;
- Les observations.
Il existe outre le registre d’entrée, le registre de sortie qui contient les mêmes mentions que le
premier à la différence de celui à qui la correspondance est transmise.
3
Procédure Simplifiée de Recouvrement et des Voies d’Exécution.
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Par compétence, il faut entendre l'aptitude légale qu'a une juridiction ou une autorité publique
à accomplir un acte ou à instruire et juger un procès. En effet, il existe trois types de
compétence : la compétence matérielle, la compétence territoriale et la compétence
personnelle.
La compétence matérielle porte sur la matière qu'on est censé traiter, le litige que le Tribunal
est appelé à connaitre. En effet, la compétence matérielle du Tribunal de Commerce de
Kinshasa/Matété est délimitée par l'article 17 de la loi n°002/2001 du 03 juillet 2001 portant
Création, Organisation et Fonctionnement des Tribunaux de Commerce, telle que modifiée en
2023.
- Des contestations relatives aux engagements entre associés, pour raisons de société de
commerce ;
- Des litiges complexes comprenant plusieurs défendeurs dont l'un est soit caution des
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obligations relatives aux actes de commerce, soit signataire d'un chèque bancaire, d'une
lettre de change ou d'un billet à ordre ;
- Des litiges relatifs au contrat de société commerciale et société civile à objet commercial ;
- Des procédures collectives d’apurement du passif ;
- Des contestations relatives aux baux à usage professionnel lorsque le défendeur est
commerçant ;
- Des contentieux liés à l’immatriculation au registre de commerce et du crédit immobilier ;
- Des voies d’exécution lorsque le défendeur est commerçant.
Il connait en matière de droit pénal, des infractions prévues par les actes uniformes et les
autres infractions prévues dans les législations économiques et commerciales, quel que soit le
taux de la peine.
Notons cependant que s’agissant de la compétence introduite par la réforme de 2023 (des
voies d’exécution lorsque le défendeur est commerçant), la compétence n’est pas dévolue aux
tribunaux de commerce mais, au juge président dudit tribunal ou au juge délégué par lui,
siégeant comme juridiction à part entière communément appelée « juridiction présidentielle » ;
telle est la teneur de l’article 49 de l’acte uniforme portant organisation des procédures
simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution.
La compétence personnelle porte sur les personnes physiques ou morales justiciables devant
une juridiction donnée.
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A. Modes de saisine
Aux termes de l’article 19 modifié, le Tribunal de commerce est saisi soit par assignation, soit
par requête, soit par citation (matière pénale et économique), soit par formulaire normalisé. Il
importe de signaler que l’on parle de la comparution volontaire lorsque les parties acceptent de
comparaitre d'elles-mêmes. Il est à noter que c’est un acte peu usuel en procédure Congolaise.
Très souvent cela arrive lorsque l’acte ayant saisi le tribunal est irrégulier et ce dernier veut
donc se déclarer non saisi à l’égard des parties et se remet au défendeur en lui demandant si
malgré tout il veut comparaitre volontairement. Au cas contraire le tribunal se déclarera non
saisi.
L’assignation est le contrat judiciaire qui lie les parties au tribunal, elle le saisit en matière
commerciale et économique ordinaire, la requête le saisit en matière de référé commercial 4, la
citation le saisit en matière pénale5 et le formulaire normalisé, en matière des petits litiges6.
Cependant, en matière des procédures collectives, la saisine du Tribunal diffère selon le cas : s’il
s’agit de la procédure du règlement préventif, le tribunal est saisi sur requête du débiteur 7. S’il
s’agit de la procédure de redressement judiciaire et liquidation des biens, le tribunal est saisi
soit sur déclaration du débiteur8, soit sur assignation du créancier9, soit encore par saisine
d’office sur base des informations fournies par le Ministère public10.
4
Article 21 bis de la loi n°002/2001 du 03 juillet 2001, telle que modifiée en 2023
5
Idem., article 19 quinquies
6
Idem., article 27 sixties
7
Article 5 de l’AUPCAP
8
Idem., article 25
9
Idem., article 28
10
Idem., article 29
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Pour la requête, elle doit être déposée au greffe contre accusé de réception ou transmise au
greffe par lettre recommandée avec demande d’avis de réception. Elle est datée et signée par
son auteur et doit contenir les noms, professions et domiciles des parties, et pour les personnes
morales, les dénominations, formes juridiques, siège social ou siège d’exploitation ainsi que
l’indication de l’objet de la demande (article 19 ter alinéas 1 et 2).
La nouvelle loi admet également que la requête soit faite même par déclaration au Greffe
contre récépissé ou soumise au Greffe par voie électronique contre récépissé automatique à
imprimer (articles 19 ter, 20 alinéas 2 et 3 modifiés).
En outre, En guise de formalités préalables, la nouvelle loi prévoit que les pièces justificatives
de la demande soient jointes à l’exploit (assignation, requête ou formulaire normalisé) lors de
son enrôlement. L’article 19 bis alinéa 1 de la nouvelle Loi dispose que « L’assignation est
enrôlée au greffe près le tribunal de commerce compétent. Elle est accompagnée des pièces sur
lesquelles se fonde la demande. Celle-ci doit comporter en outre, les coordonnées
téléphoniques et électroniques des parties. A défaut de leurs indications, celles-ci (coordonnées
téléphoniques et électroniques) seront obligatoirement données par les parties dès la première
audience. (…) ». L’alinéa 2 de l’article 19 bis surenchères en exigeant que les pièces justificatives
de la demande soient communiquées au défendeur et au Ministère public. Mais, la Loi ne
prévoit aucune sanction au cas où ces pièces ne sont pas signifiées au défendeur. Seulement, il
est prévu qu’à défaut de leur signification au Ministère public pour les matières dont l’avis doit
être donné sur le banc, celui-ci peut demander le dossier en communication pour un avis à
intervenir au plus tard dans les huit jours de la communication. (Article 19 bis alinéa 3)
La signification des exploits a été, aux termes de l’article 22 modifié alinéa 1, attribuée à la
compétence concurrente des huissiers de justice et des greffiers selon qu’il est clairement disposé
que : « Les exploits sont signifiés conformément aux dispositions de la Loi n°19/011 du 15 juillet 2016
portant création et organisation de la profession d’huissier de justice, du Décret du 7 mars 1960
portant Code de procédure civile tel que modifié et complété à ce jour ou du Décret du 6 aout 1959
portant Code de procédure pénale tel que modifié et complété à ce jour selon le cas ».
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Cela est d’autant plus logique étant donné que la Loi n°19/011 du 15 juillet 2016 n’abroge pas les
dispositions des Décrets du 7 mars 1960 et du 6 aout 1959, relativement à la possibilité pour les
greffiers de procéder à la signification des exploits. L’article 19 bis alinéas 5 prévoit que l’assignation
peut également être signifiée par voie électronique. Il en est de même pour la requête et le
formulaire normalisé (article 22 modifié).
Il y a lieu de rappeler que les greffiers ne peuvent procéder à la signification des exploits que dans
le siège du tribunal de commerce auprès duquel ils sont rattachés. Quant aux huissiers de justice,
leur compétence territoriale pour la signification est également limitée au ressort du tribunal de
commerce dont ils relèvent. Toutefois, ces derniers peuvent signifier des actes en dehors de leur
ressort à la condition expresse que lesdits exploits soient préalablement contresignés par un
huissier territorialement compétent.
Les huissiers peuvent signifier l’exploit soit à personne, soit à domicile, soit par édit ou missive et
soit par édit et publication selon le cas. On parle du mode à personne lorsque l'exploit est signifié
au concerné personnellement, en mains propres ; tandis qu'on parle du mode à domicile lorsque
l'exploit est signifié à l'une de ces personnes : un parent, un allié, le maitre, le serviteur ou le voisin
de la personne concernée. On considère aussi comme mode à domicile lorsque l'exploit est remis
auprès du bourgmestre de la commune du domicile de la personne concernée. L’Etat est signifié
soit dans les bureaux de la Présidence de la République, soit dans ceux du gouvernement ou soit
dans ceux du ministère de la justice. Les personnes morales quant à elles, sont signifié à leur siège
sociale, succursale ou siège d’opération, à défaut de ces lieux, elles peuvent être signifié en la
personne ou au domicile de l’un des associés.
La signification par édit ou missive c'est lorsque la personne concernée se trouve à l'étrange. Ce
mode consiste à envoyer la signification par poste et à recevoir le récépissé. On accorde un délai de
trois mois au concerné, ainsi qu'un délai de distance.
La signification par édit et publication c'est lorsqu'on ne connait pas l'adresse exacte de la personne
concernée. Il est accordé à ce dernier un délai de trois mois ainsi qu'un délai de distance.
Il convient de noter que ces modes de signification requièrent beaucoup de formalisme dont la
18
S’agissant des délais de comparution, l’alinéa 4 de l’article 22 n’a pas subi de modification. Le délai
de comparution demeure toujours maintenu à 8 jours francs entre la signification et la
comparution, autant que la possibilité pour le Président du Tribunal de permettre par ordonnance,
d’assigner à bref délai, demeure.
Le tribunal de commerce tient un rôle hebdomadaire des audiences. Les audiences sont
publiques, orales et contradictoires conformément à l'article 28 de la loi créant les tribunaux de
commerce. Toutefois, le tribunal peut ordonner un huis-clos si la nature du débat l'exige.
La composition du tribunal dans une audience est faite de trois juges dont un juge permanent
et deux juges consulaires. Ceux-ci sont assistés d'un greffier et d'un Officier du Ministère Public
(OMP).
B. Ouverture de l’audience
L'instruction juridictionnelle commence par une déclaration faite par le juge. Cette déclaration
comprend le nom du tribunal, la date de l'audience, la matière du jour ainsi que le degré des
affaires inscrites au rôle. A la suite de cette déclaration, le greffier procède à l'appel de rôles.
Toutefois, le juge peut se passer de ce formalisme.
Dès que la cause est appelée, les parties se présentent à la barre. Avant tout débat, le juge
procède par la vérification de la saisine du tribunal. Il contrôle si le tribunal a été valablement
saisi, si l'exploit a été régulièrement signifié. Au cas contraire, le tribunal se déclarerait non
saisi. La phase de l'instruction proprement dite comporte plusieurs variances selon que l'on est
en matière pénale et économique ou en face d'une affaire commerciale et économique ou en
matière de référé commercial, ou encore en matière de petits litiges.
La loi n° 23/061 du 10 décembre 2023 institue, au sein des tribunaux de commerce, une
chambre des petits litiges compétente pour les créances principales ≤ 10 000 000 FC (CDF)
(art. 27 quinquies). La saisine s’opère soit par dépôt en greffe d’un formulaire normalisé
accompagné de pièces paraphées, soit par voie électronique sans frais, ou encore par renvoi
d’une autre juridiction (art. 27 sixties). Le greffier notifie ces éléments au défendeur dans un
délai maximal de trois jours ouvrables ; passé ce délai, la demande peut être déclarée
irrecevable (art. 27 septies I). Le défendeur a quarante-huit heures avant l’audience pour
formuler ses observations et demandes reconventionnelles, sous peine d’irrecevabilité
(art. 27 septies III–IV).
En matière commerciale et économique, l’audience préparatoire, régie par les articles 27 bis, 27 ter
et 27 quater de la loi n° 23/ 061 du 10 décembre 2023, s’ouvre dès la date fixée dans l’exploit
introductif. Lors de cette première séance, le président désigne une chambre à trois juges pour
instruire la cause : il y vérifie la compétence et la recevabilité, contrôle les pièces et la liste des
témoins, et propose aux parties le recours aux modes alternatifs de règlement des conflits
(conciliation, médiation ou arbitrage). Un calendrier est alors établi, prévoyant une seconde
audience dans un délai de quatorze jours, puis une troisième sept jours plus tard, et, en cas de
force majeure, une prorogation exceptionnelle de sept jours supplémentaires. Si les parties
choisissent la conciliation ou l’arbitrage, l’instance est suspendue pour quinze jours ; en cas
d’accord, le tribunal l’homologue séance tenante et lui confère force exécutoire ; en cas d’échec, il
en constate la rupture, en informe les parties et, si elles optent pour la médiation ou l’arbitrage,
suspend de nouveau l’instance pour quinze jours.
Lorsque les parties renoncent aux modes alternatifs ou à l’issue de la phase préparatoire, l’affaire
est renvoyée en audience de plaidoirie dans les huit jours suivant la dernière audience préparatoire
(art. 23 bis I). Si le dossier n’est pas prêt, deux remises sont accordées, quatorze puis sept jours,
passé lesquelles, à défaut de plaidoirie, l’affaire est radiée du rôle. En cas de force majeure, une
ultime prorogation de sept jours peut être accordée, sans que la loi précise ses modalités de
demande ni la définition même de « force majeure ». Enfin, la mise en état demeure tributaire de
pratiques locales (cabinet à cabinet ou voie électronique), la loi n’en précisant pas le cadre, sauf
pour les petits litiges (art. 27 undécies).
Notons que le tribunal peut faire recours aux témoins, aux experts, aux enquêteurs, etc.
conformément aux règles de procédure civile et pénale11.
Le référé commercial, institué par l’article 21 bis, est une procédure d’urgence permettant,
avant tout jugement au fond, d’obtenir des mesures provisoires ou conservatoires par voie de
requête devant le juge unique du tribunal de commerce. Cette requête, formée
indépendamment de l’instance au fond (chambre commerciale ou petite litige), doit être
assortie des pièces justificatives originales ou certifiées conformes sous peine d’irrecevabilité.
Transmise sans délai au ministère public (art. 21 ter), elle donne lieu à une audience qui, si
l’urgence l’exige, peut se tenir un jour férié (art. 21 ter al. 4), et à une ordonnance rendue dans
les vingt-quatre heures suivant la clôture des débats. Cette ordonnance, exécutoire de plein
droit et nonobstant appel, est signifiée sans délai et ne peut être frappée que d’un recours en
appel dans les trois jours de son prononcé ou de sa signification (art. 21 quater), devant la Cour
d’appel statuant selon les mêmes dispositions légales.
Section 3. LE DELIBERE
A la suite de l'instruction vient le délibéré. Ce dernier est une phase au cours de laquelle les
juges qui ont suivi le débat à l'audience sont appelés à trancher sur la question. Ils échangent
leurs opinions afin d'aboutir à une décision commune sur la peine à prononcer. Ils passent en
revue tous les problèmes soulevés depuis le début jusqu'à la fin de l'instruction. Chaque juge,
consulaire ou permanent, a une seule voix délibérative. La décision est prise sur la majorité des
voix. Le délibéré se déroule toujours à huis-clos et de la manière qui suit : le juge le moins
ancien de la composition intervient en premier afin qu’il ne soit pas influencé par les plus
anciens, le président intervient en dernier lieu. Il y a 3 sortes de délibéré :
11
Article 30 de la loi n°30/002 du 03 juillet 2001.
22
- Le délibéré sur le banc : Consiste pour le tribunal, après avoir clos le débat, de se
concerter et prendre sa décision sur place,
- Le délibéré sur le siège : consiste pour le tribunal, après avoir clos le débat, de
suspendre l’audience, de se retirer et se concerter pendant un certain temps pour
réfléchir sur la question, puis revenir pour rendre la décision ;
- Le délibéré dans le délai de la loi : consiste pour le tribunal, après avoir clos le débat, de
renvoyer le prononcé de la décision à une date ultérieur afin de lui laisser le temps de
mieux réfléchir sur la question.
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CONCLUSION
Sur le plan professionnel, ce stage a consolidé notre projet d’avocat d’affaires en nous familiarisant
avec le droit OHADA et en développant des compétences pratiques : analyse de dossiers, rédaction
d’actes, interaction avec les magistrats et les greffiers, participation aux audiences. Nous avons
également mesuré la valeur de la collaboration au sein du greffe et l’importance du respect des
procédures pour garantir la sécurité juridique des opérateurs économiques.
Enfin, cette expérience a confirmé notre souhait de poursuivre dans la voie du droit des affaires, en
contribuant à l’amélioration de l’accès à la justice commerciale en RDC. Nous envisageons
désormais d’approfondir notre expertise en procédures collectives et en modes alternatifs de
règlement des conflits, afin d’accompagner efficacement les entreprises en difficulté et de
participer activement au développement économique de notre pays.
Nous tenons à remercier une dernière fois tous les acteurs du Tribunal de Commerce de
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Kinshasa/Matété pour leur accueil, leur encadrement et les enseignements précieux qu’ils nous ont
transmis au cours de ce stage.
Section 1. PRESENTATION..............................................................................................................................3
§1. Historique.................................................................................................................................................3
§2. Situation géographique du Tribunal de Commerce de Kinshasa/Matété.................................................4
Section 2. ORGANISATION JURIDICTIONNELLE...............................................................................................4
§1. Le président..............................................................................................................................................4
§2. Les juges permanents..............................................................................................................................5
§3. Les juges consulaires................................................................................................................................5
§4. Le ministère public...................................................................................................................................6
Section 3. ORGANISATION ADMINISTRATIVE.................................................................................................6
§1. Les greffes................................................................................................................................................6
A. Le greffier divisionnaire......................................................................................................................7
B. Les greffes du tribunal de commerce.................................................................................................7
a. Greffe commercial et économique.....................................................................................................7
b. Greffe pénal et économique...............................................................................................................8
c. Greffe du Registre de Commerce et de Crédit Mobilier (RCCM)........................................................9
d. Greffe de procédures collectives......................................................................................................10
e. Greffe de comptabilité......................................................................................................................11
f. Greffe d'archive................................................................................................................................11
g. Greffe d'exécution............................................................................................................................12
h. Greffe de matière d’urgence (PSRVE)...............................................................................................12
§2. Le secrétariat..........................................................................................................................................12
CHAPITRE II. COMPETENCE ET PROCEDURE DEVANT LE TRIBUNAL DE COMMERCE DE KINSHASA/MATETE. .14
Section 1. COMPETENCE DU TRIBUNAL DE COMMERCE/MATETE...............................................................14
§1. Compétence matérielle..........................................................................................................................14
§2. Compétence territoriale.........................................................................................................................15
§3. Compétence personnelle........................................................................................................................15
Section 2. PROCEDURE DEVANT LE TRIBUNAL DE COMMERCE KINSHASA/MATETE....................................16
§1. Saisine du tribunal de commerce...........................................................................................................16
A. Modes de saisine..............................................................................................................................16
B. Signification des exploits et délais de comparution...........................................................................17
§2. Déroulement des audiences et de la composition du tribunal...............................................................19
A. De la composition du tribunal au procès..........................................................................................19
B. Ouverture de l’audience...................................................................................................................19
C. De l’appel de la cause et vérification de la saisine............................................................................19
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