Sautier 2754
Sautier 2754
THESE
pour obtenir le grade de
DOCTEUR VETERINAIRE
DIPLOME D’ETAT
par CABANNES
Carole, Rosine
Née le 17 Juillet 1983 à Albi (Tarn)
___________
JURY
PRESIDENT :
M. Jean PARINAUD Professeur à l’Université Paul-Sabatier de TOULOUSE
ASSESSEUR :
Mme Nicole HAGEN-PICARD Professeur à l’Ecole Nationale Vétérinaire de TOULOUSE
M. Xavier BERTHELOT Professeur à l’Ecole Nationale Vétérinaire de TOULOUSE
MEMBRE(S) INVITES(S) :
Mme Patricia RONSIN Docteur en Médecine Vétérinaire, Ecole Nationale Vétérinaire de TOULOUSE
M. Brahim KHIREDDINE Docteur en Médecine Vétérinaire, COOPELSO
Ministère de l' Agriculture et de la Pêche
ECOLE NATIONALE VETERINAIRE DE TOULOUSE
Directeur : M. A. MILON
Directeurs honoraires M. G. VAN HAVERBEKE.
M. P. DESNOYERS
Professeurs honoraires :
PROFESSEURS 1° CLASSE
M. AUTEFAGE André, Pathologie chirurgicale
Mme CLAUW Martine, Pharmacie-Toxicologie
M. CORPET Denis, Science de l'Aliment et Technologies dans les Industries agro-alimentaires
M DELVERDIER Maxence, Anatomie Pathologique
M. ENJALBERT Francis, Alimentation
M. FRANC Michel, Parasitologie et Maladies parasitaires
M. MARTINEAU Guy, Pathologie médicale du Bétail et des Animaux de Basse-cour
M. PETIT Claude, Pharmacie et Toxicologie
M. REGNIER Alain, Physiopathologie oculaire
M. SAUTET Jean, Anatomie
M. SCHELCHER François, Pathologie médicale du Bétail et des Animaux de Basse-cour
PROFESSEURS 2° CLASSE
Mme BENARD Geneviève, Hygiène et Industrie des Denrées alimentaires d'Origine animale
M. BERTHELOT Xavier, Pathologie de la Reproduction
M. BOUSQUET-MELOU Alain, Physiologie et Thérapeutique
M. CONCORDET Didier, Mathématiques, Statistique, Modélisation
M. DUCOS Alain, Zootechnie
M. DUCOS DE LAHITTE Jacques, Parasitologie et Maladies parasitaires
Mme GAYRARD-TROY Véronique, Physiologie de la Reproduction, Endocrinologie
M. GUERRE Philippe, Pharmacie et Toxicologie
Mme HAGEN-PICARD Nicole, Pathologie de la Reproduction
M. LEFEBVRE Hervé, Physiologie et Thérapeutique
M. LIGNEREUX Yves, Anatomie
M. PICAVET Dominique, Pathologie infectieuse
M. SANS Pierre, Productions animales
Mme TRUMEL Catherine, Pathologie médicale des Equidés et Carnivores
INGENIEUR DE RECHERCHE
M. TAMZALI Youssef, Responsable Clinique Equine
A toute ma famille.
A Vanessa,
Des banquettes du Sherpa, aux grands galops en Cappadoce…en passant par le bar de
l’ENAC,
A pour tous ces moments de bonne humeur passés et à tous ceux qui restent à venir.
A Raphaël,
Pour ses compétences en informatique et son soutien lors de la rédaction de cette thèse,
Merci.
2.1.2 Spermatogénèse............................................................................................................................. 28
9
3.2.2 Examen de la semence................................................................................................................... 48
3.2.2.1 Organisation des locaux et matériel nécessaire ................................................................................... 49
3.2.2.2 Analyse macroscopique....................................................................................................................... 51
3.2.2.3 Examens microscopiques .................................................................................................................... 52
3.4 RESUME DE L’EVALUATION DES PARAMETRES SEMINOLOGIQUES DANS LES ESPECES BOVINE, CANINE
ET HUMAINE ...................................................................................................................................................... 75
4.2.1 Analyse du sperme assistée par ordinateur (Computer Assisted Sperm Analysis = CASA).......... 81
10
TABLE DES ILLUSTRATIONS
Figure 2 : Liste des centres habilités pour le don de sperme en France. .................................. 24
Figure 4 : Comptage des spermatozoïdes à la cellule de Thoma; prise en compte des éléments
« à cheval » sur les graduations................................................................................................ 41
11
Figure 14 : Exemple de l’analyse de la cinétique des spermatozoïdes évaluée par un système
automatisé d’analyse de sperme(CECOS, 2007) ..................................................................... 73
Figure 18 : Test à l’acridine orange appliqué à des spermatozoïdes de taureau (Martins et al.,
2007)......................................................................................................................................... 89
Figure 20 : Technique de suppression des spermatozoïdes liés à la zone pellucide (d’après Liu
et al., 2004)............................................................................................................................... 94
12
Tableau 7 : Paramètres séminologiques du taureau (d’après Cupps, 1991)............................. 29
13
14
INTRODUCTION
Les méthodes d’analyse de la semence utilisées en routine soulèvent encore des questions de
la part des professionnels. La comparaison des méthodes d’analyse de la semence dans une
espèce donnée peut apporter des savoir-faire complémentaires pour les autres espèces. C’est
pourquoi nous proposons dans cette thèse de comparer les méthodes d’évaluation de la qualité
de la semence employées dans les espèces bovine, canine et humaine. Les objectifs, les enjeux
et la finalité de l’examen du sperme sont très différents pour les trois espèces considérées.
Dans la filière bovine, l’insémination fait partie intégrante des pratiques d’élevage. Les
taureaux en centre d’insémination sont des reproducteurs qui ont déjà subi une sélection, les
sujets présentant des paramètres séminologiques médiocres ont donc été éliminés. De plus
l’aspect zootechnique est à prendre en compte, car pour un taureau élite, le nombre de
paillettes fabriquées est important pour assurer une large diffusion de son potentiel génétique.
15
En centre d’insémination, l’examen de routine de la semence est un contrôle qui vise à
détecter des variations dans les valeurs propres à chaque animal avant d’effectuer la mise en
paillettes et la congélation. Par contre, pour l’opérateur, la décision de rejet ou d’acceptation
d’un éjaculat pour la congélation peut être délicate compte tenu des conséquences financières
que cela implique, en particulier pour les taureaux d’élite.
Dans le cas du chien, l’examen peut intervenir dans un contexte pathologique, lors
d’infertilité inexpliquée mais aussi dans le cadre de l’insémination artificielle, l’examen est
alors pratiqué avant la conservation du sperme par congélation ou avant l’insémination de la
chienne en semence fraîche. La filière de l’insémination canine est en expansion mais reste
cependant assez confidentielle en France. La semence est en général peu diffusée.
Dans un premier temps, cette étude vise à décrire les méthodes d’évaluation de la qualité du
sperme utilisées en pratique dans des centres spécialisés pour les espèces bovine, canine et
humaine, considérés comme représentatifs de ce qui est utilisé en France. Dans un deuxième
temps, elle vise à déterminer les similitudes et les différences des méthodes d’évaluation de la
qualité de la semence entre espèces et les critères de conservation et d’élimination de la
semence. Enfin, ce travail a pour but d’évaluer les limites de ces techniques et de discuter des
améliorations techniques qui pourraient être apportées dans les années à venir. On ne prendra
pas en compte la qualité microbiologique du sperme dans cette étude.
16
1 CONTEXTE DE L’ETUDE
Compte tenu des particularités du cycle de la chienne, comportant des périodes d’œstrus tous
les 6 à 7 mois, tout échec lors de la mise à la reproduction implique une perte de temps et
d’argent pour l’éleveur. L’insémination artificielle peut être un outil précieux dans la gestion
et l’optimisation de la reproduction en élevage canin. On compte aujourd’hui en France quatre
banques de semence pour l’espèce canine. Elles sont situées à l’Ecole Nationale Vétérinaire
de Maisons-Alfort (Centre d’Etude en Reproduction des Carnivores : CERCA), à l’Ecole
Nationale Vétérinaire de Nantes (Centre d’Insémination Artificielle Canine : CIAC), à l’Ecole
Nationale Vétérinaire de Lyon (Centre d'Etude et de Recherche en Reproduction et Elevage
des Carnivores : CERREC) ainsi qu’à L’Isle Jourdain (32) dans une clinique privée.
L’activité du CIAC de Nantes, montre une progression constante depuis 1996, comme
l’illustre le Tableau 1. Cependant l’insémination artificielle en semence congelée n’a pas
évolué dans cette structure depuis sa création. De 2001 à 2005, au maximum une insémination
en semence congelée était réalisée par an.
17
Tableau 1 : Bilan de l’activité du CIAC de Nantes de 2001 à 2005 (d’après Boitout, V. 2007).
2002 134 31 0 0
2003 119 51 0 0
2004 146 32 4 1
2005 164 49 3 1
Tableau 2 : Bilan numérique des Inséminations Artificielles (IA) pratiquées au CERCA de 1999 à 2002
(d’après Bartolo, 2004).
IA en semence 31 24 1,29
réfrigérée
IA en semence 109 57 1,91
congelée
18
5 à 14 par an. Avec une moyenne de 9 inséminations en semence congelée par an sur ces 7
années.
Tableau 3 : Bilan de l’activité du CERREC de Lyon de 1995 à 2001 (d’après Rostagnat, 2003).
19
1.1.2 L’insémination artificielle dans l’espèce bovine
20
avec un plus grand développement de l’activité dans les pays développés d’Europe et
d’Amérique du Nord (Thibier et Wagner, 2002).
En France l’activité a connu une régression importante lors de la mise en place des
quotas laitiers en 1984 et de la réduction progressive du cheptel bovin laitier (Ponsart et
al., 2004).
En 2006, en France, 4 079 569 inséminations artificielles ont été pratiquées dans l’espèce
bovine, soit une diminution de 2,81% par rapport à 2005 et une diminution de 35,96% par
rapport à 1986 (données UNCEIA).
Tableau 4 : Synthèse de l’activité d’insémination artificielle bovine en France en 2006 (d’après les données
statistiques de l’UNCEIA).
83,7% des inséminations sont pratiquées sur des vaches laitières et 16,3% sont pratiquées sur
des vaches allaitantes en France.
21
Figure 1 : Inséminations artificielles bovines par département en 2006 (d’après les données de l’UNCEIA).
Les zones où l’activité Insémination Artificielle bovine est la plus importante correspondent
aux grands bassins laitiers, la Bretagne et la Normandie. A contrario, l’Ile-de-France et les
départements du bassin Méditerranéen utilisent peu l’insémination artificielle. Globalement
on constate une diminution du nombre d’inséminations artificielles pratiquées sur le territoire
français, cette baisse est particulièrement marquée dans le Sud-Ouest (le Gers et les Landes
enregistrant une diminution de plus de 10%) et le centre de la France.
Avant 2007 il existait 46 centres d’insémination artificielle en France. L’Union Nationale des
CEIA (UNCEIA) a une mission de fédération des CEIA. L’UNCEIA a également une mission
de recherche appliquée et dispose d’un département spécialisé dans les biotechnologies de la
reproduction. Dans le service Andrologie de l’UNCEIA, la qualité du sperme animal fait
l’objet d’approches multiples visant à en optimiser la fécondance en améliorant les conditions
de production, de sélection, de dilution et de conservation. De nouveaux programmes de
Recherche et Développement sont menés avec pour objectif principal l’amélioration de la
fertilité des taureaux d’insémination. En ce qui concerne la fertilité du mâle, l’UNCEIA
travaille actuellement sur la recherche d’un prédicteur de fertilité, l’amélioration de la
congélation de la semence (utilisation d’anti-oxydant…etc), le tri de la semence X/Y et un
programme fondamental concernant l’amélioration génétique des animaux d’élevage ayant
22
conduit notamment à la découverte de 3 QTL (Quantitative Trait Loci) reliés à la fertilité, à la
quantité et à la qualité des spermatozoïdes.
Chez l’homme, des essais d’insémination artificielle ont été réalisés à la fin du XVIIIième
siècle, conjointement par un anglais, J. Hunter et par un français, MA Thouret qui fut le
premier à publier un petit ouvrage très complet sur la technique, les indications et les premiers
résultats. Cependant, des considérations religieuses ont freiné le développement de
l’insémination artificielle. Ainsi c’est seulement en 1973 que furent créées les deux premières
banques de sperme en France, dans le cadre des hôpitaux de Paris.
23
Ensuite, progressivement, s’est mis en place le « système CECOS (Centre d’Etude et de
Conservation des Œufs et du Sperme humains)», en effet, l’adoption par chacun des nouveaux
centres des principes, notamment des principes éthiques et de politique scientifique, a instauré
un esprit communautaire, avec un besoin de plus en plus fort d’échanges et de comparaison
entre les centres. Cela a aboutit en 1981 à la création d’une Fédération Française des CECOS.
Cette structure a permis l’harmonisation et la cohésion des CECOS tout en préservant leur
autonomie. On recense aujourd’hui 20 centres CECOS repartis sur le territoire français
(Figure 2).
1 Amiens
2 : Besançon-Dijon
3 : Bordeaux
4 : Caen
5 : Clermont-Ferrand
6 : Grenoble
7 : Lille
8 : Lyon
9 : Marseille
10 : Montpellier:
11 : Nancy
12 : Nantes
13 : Nice
14 : Paris
15 : Reims
16 : Rennes
17 : Rouen
18 : Strasbourg
19 : Toulouse
20 : Tours
24
Le nombre d’interventions de Procréation Médicalement Assistée (PMA) pratiquées en
France est le plus important des pays européens cependant seulement 1,7% des enfants nés en
2004 sont issus de la PMA, ce pourcentage est plus élevé dans les pays Scandinaves et en
Islande (Andersen et al, 2008).
Tableau 5 : Procréation médicalement assistée en France : données chiffrées de 1998 à 2004 (d’après
Nygren et Andersen., 2001 ; Andersen et al., 2004 ; Andersen et al., 2006 ; Andersen et al., 2008).
25
26
2 PHYSIOLOGIE DE LA REPRODUCTION ET
PARAMETRES SEMINOLOGIQUES
2.1.1 Puberté
La puberté chez le mâle correspond au moment où des spermatozoïdes fertiles sont libérés
dans l’éjaculat. Des changements morphologiques peuvent être notés chez le mâle quelques
semaines avant l’apparition des spermatozoïdes fertiles dans l’éjaculat. On observe des
changements de la conformation corporelle, une augmentation de l’agressivité envers les
autres mâles, une augmentation de la libido ainsi qu’une croissance rapide du pénis et des
testicules (Bearden et al., 2004).
Chez le taureau, la puberté est plus tardive pour les races allaitantes que pour les races
laitières. En moyenne, la puberté apparaît entre 10 et 12 mois (Gordon, 1996). L’évaluation
de la fonction sexuelle des futurs taureaux reproducteurs intervient à l’âge de 12 mois
environ. Les taureaux sont évalués sur la qualité de l’éjaculat ainsi que sur la circonférence
scrotale. La capacité reproductrice et la production de semence sont maximales aux alentours
de 4 ans.
La puberté survient en moyenne à 6 -7 mois chez le chien. Les chiens de petites races sont
pubères plus tôt (dès 4 mois) que les chiens de grandes races qui peuvent n’atteindre la
puberté qu’à l’âge de 22 mois. Après la puberté, le chien mâle est capable de s’accoupler et de
produire des éjaculats fertiles toute l’année.
Chez l’homme la puberté, intervient entre 12 et 18 ans, elle est considérée comme une phase
transitoire entre l’enfance et l’âge adulte.
27
2.1.2 Spermatogénèse
Homme 16 74
28
2.2 Caractéristiques de l’éjaculation et de l’éjaculat
2.2.1 Bovin
Dans l’espèce bovine, l’éjaculation est concomitante de la poussée violente (coup de rein) qui
introduit le pénis extériorisé dans le vagin de la femelle. Pour un taureau normal, le temps qui
sépare le premier contact du gland du pénis avec les parois du vagin et l’éjaculation varie
d’une fraction de seconde à 2 secondes. L’éjaculation est induite par la température vulvo-
vaginale, et la pression sur le pénis. C’est pourquoi, la collecte de la semence utilisée en
centre d’insémination artificielle est réalisée avec un vagin artificiel qui reproduit les
sensations physiologiques du contact avec le vagin de la vache (température et pression).
Paramètres séminologiques
Volume (ml) 2 – 10
pH 6,48 – 6,99
2.2.2 Chien
Une des particularités physiologiques du chien est que l’éjaculat est émis en trois fractions.
Suite à une période de mouvements du bassin répétés et à l’émission de la première phase de
l’éjaculat, l’insertion complète du pénis dans le vagin de la chienne est rapidement suivie par
l’éjaculation de la seconde fraction. Ensuite le mâle effectue une rotation en passant l’un des
membres pelviens au dessus du dos de la chienne, cela entraine une torsion à 180° de la base
du pénis. Les animaux restent ainsi bloqués pendant 5 à 30 minutes au cours desquelles la
fraction prostatique de l’éjaculat est émise (Burke, 1986).
29
est appelée fraction spermatique, il s’agit de la fraction riche en spermatozoïdes. Elle est de
faible volume, d’apparence laiteuse et contient la majorité des spermatozoïdes libérés au cours
de l’éjaculation. Ces deux premières fractions sont libérées au cours des 2 ou 3 premières
minutes de la phase d’éjaculation. La troisième fraction, ou fraction post-spermatique est la
plus volumineuse, elle peut contenir quelques spermatozoïdes, et nécessite de 3 à 40 minutes
pour être émise. La plus grande partie du volume des fractions pré et post-spermatiques est
générée par la prostate.
Les volumes moyens des trois fractions de l’éjaculat de chien sont détaillés dans le tableau ci-
dessous (Tableau 8).
Tableau 8 : Volume des différentes fractions de l’éjaculat de chien (d’après Mc Donald’s, 2003).
Volume (ml)
Fraction Moyenne Etendue
Les valeurs présentées dans ce tableau sont issues de données collectées pour un chien de
taille moyenne (beagle), les volumes varient en fonction de la taille de l’animal.
30
Tableau 9 : Paramètres séminologiques de l’éjaculat de chien (d’après Mc Donald’s, 2003).
Pourcentage de spermatozoïdes 90 ± 2 84 – 95
vivants
2.2.3 Homme
Le Tableau 10 présente les paramètres séminologiques pour des éjaculats recueillis après au
maximum 5 jours d’abstinence (Shwartz, 1983).
Ce tableau permet de constater que les paramètres séminologiques des éjaculats humains
présentent une très grande variabilité, à la fois intra-individuelle (dépendant notamment du
délai d’abstinence) et inter-individuelle.
31
concentration de 1000.106/ml chez le taureau à 96. 106/ml chez l’homme. Chez le chien les
valeurs sont intermédiaires avec une concentration moyenne de 300. 106/ml.
2.3.1 Bovin
32
2.3.2 Chien
2.3.3 Homme
La tête du spermatozoïde normal mesure entre 2,5 et 3,5 µm de large pour 4 à 5,5 µm de long
(Katz et al., 1986). La région acrosomique représente 40 à 70 % de la surface de la tête et elle
est nettement définie. La pièce intermédiaire normale, peu visible en microscopie
conventionnelle, mesure de 1,5 à 1,9 fois la longueur de la tête, et présente un diamètre de 0,6
à 0,8 µm. Son grand axe est dans le prolongement du grand axe de la tête et présente un
contour régulier, une texture homogène et un reste cytoplasmique de taille minime à son
niveau n'est pas considéré comme anormal. Il est en effet reconnu que les restes
cytoplasmiques ne doivent pas dépasser en surface, le tiers de la surface normale de la tête
(Auger et Jouannet, 1993). Enfin, la pièce principale, c'est-à-dire le reste du flagelle, mesure
environ 45 µm (soit environ 10 fois la longueur de la tête), pour un diamètre de l'ordre de 0,4
à 0,5 µm. Elle est développée avec un contour régulier et un aspect homogène.
Le Tableau 12 récapitule de façon comparative les tailles moyennes des différentes sections
du spermatozoïde chez le taureau, le chien et l’homme.
33
Tableau 12 : Comparaison de la taille moyenne des spermatozoïdes chez le taureau, le chien et l’homme
(d’après Marshall, 1990).
34
3 PARTIE DESCRIPTIVE : ETAT DES LIEUX DES
METHODES D’EVALUATION DE LA QUALITE DU
SPERME DANS LES DIFFERENTES ESPECES
Afin de décrire les méthodes d’analyse réalisées en routine sur la semence canine, je me suis
rendue au Centre d’Etude en Reproduction des Carnivores (CERCA), situé à l’Ecole
Nationale Vétérinaire de Maisons-Alfort. Ce lieu est considéré comme représentatif des
méthodes utilisées en France. Bien qu’il n’y ait officiellement pas de standardisation des
techniques d’examen du sperme chez les carnivores domestiques, les représentants des quatre
banques de sperme se réunissent chaque année pour harmoniser les pratiques.
La première « Banque de semence canine » a été créée en 1981 et a été rattachée au service de
Pathologie de la reproduction en 1986. Ses activités s’étant largement diversifiées, elle a été
rebaptisée CERCA en 1989 (Centre d’Etudes en Reproduction Canine Assistée). En 1997, ce
service a rejoint le pôle de l’UMES (Unité de Médecine de l’Elevage et du Sport) dont il
constitue l’antenne « reproduction ». Par la suite, les activités du CERCA ont été élargies aux
autres carnivores : chat, furet et carnivores sauvages, CERCA signifie alors Centre d’Etude en
Reproduction des CArnivores.
Les locaux du CERCA sont situés au sein de l’Ecole Nationale Vétérinaire de Maisons-Alfort
et comprennent : une salle d’attente, une salle de consultation, un laboratoire, une banque de
semence canine et féline et une salle de travail pour les étudiants. Cinq vétérinaires travaillent
au CERCA mais également dans le reste des cliniques de reproduction des carnivores
(consultation, bloc, échographie...), une auxiliaire spécialisée vétérinaire (ASV) est également
employée par le CERCA. Les moyens financiers proviennent des prestations et de contrats
avec des firmes pharmaceutiques. Le CERCA accueille des internes un jour et demi par
semaine et des étudiants de deuxième et troisième cycle quotidiennement. L’opérateur
35
effectuant les analyses de semence change fréquemment deux fois par jour et au moins tous
les jours (rotation des cliniciens). En général, ce sont des vétérinaires qui procèdent à
l’examen de la semence, très rarement l’ASV. La formation des opérateurs est assurée sur
place par un « sénior ». Le CERCA assure en moyenne 5 à 10 consultations par jour. Les
activités consistent en des suivis de chaleur des femelles, des inséminations artificielles en
semence fraîche, réfrigérée, ou congelée, des congélations de semence, des dosages
hormonaux (en collaboration avec l’unité d’endocrinologie), des bilans de fertilité
(échographies génitales, spermogrammes, suivis d’ovulation et de gestation…). Il est à noter
que 80% de la clientèle du CERCA est constituée d’éleveurs de chiens ou de chats
(majoritairement habitants de la région Ile-de-France). Le CERCA effectue en moyenne une
quinzaine d’examen de la semence chaque semaine. Six à huit des éjaculats analysés sont
destinés à la congélation, le reste est destiné à l’insémination artificielle en semence fraîche
ou à des examens dans le cadre de bilans d’infertilité. L’examen standard de la semence
nécessite 15 minutes. Une centaine d’inséminations artificielles environ sont pratiquées
annuellement en semence fraîche et une trentaine environ en semence congelée ou réfrigérée.
Figure 3 : Nombre d’inséminations artificielles en semence congelée pratiquées au CERCA de 2001 à 2006
(Benechet, 2007).
36
L’IA est pratiquée par voie intra-vaginale ou par voie intra-utérine. Cette dernière voie est
utilisée dans la mesure du possible et systématiquement employée dans le cas d’insémination
artificielle en semence congelée (car le pouvoir fécondant de la semence congelée n’est que
de 12 à 24 heures). Depuis 2001, pour chaque chienne inséminée, la voie intra-utérine est
tentée après une éventuelle tranquillisation et la voie intra-vaginale n’est pratiquée qu’en cas
d’échec.
Les trois phases sont observées macroscopiquement, car toute modification importante peut
être révélatrice d’une pathologie du tractus génital se traduisant éventuellement par une
diminution de la fertilité voire une infertilité. Le volume de l’éjaculat, la couleur et la turbidité
de l’éjaculat sont notés.
La phase pré-spermatique possède un rôle lubrifiant, elle doit être translucide (plus ou moins
trouble) et acellulaire. Son volume varie de 0,5 à 5ml.
La phase spermatique est de couleur laiteuse, elle contient les spermatozoïdes. Son volume
varie de 1 à 4 ml environ. L’aspect de cette fraction permet de déterminer approximativement
sa concentration en spermatozoïdes :
37
- Rosé : présence de sang (Fontbonne, 1993).
La phase post-spermatique est de couleur claire et joue le rôle de diluant, son volume est
important. Cette phase représente 1 à 80 ml.
Le volume de l’éjaculat recueilli est mesuré par lecture directe sur le tube gradué servant à la
collecte. La connaissance de ce volume permettra de calculer le nombre total de
spermatozoïdes de l’éjaculat.
a) Motilité
Cet examen est réalisé le plus rapidement possible après la récolte du sperme. Il s’agit d’un
examen dynamique qui s’effectue sur une platine chauffée à 37°C pour éviter le
ralentissement des spermatozoïdes. On observe en premier lieu la motilité massale, sur une
goutte de sperme déposée sur une lame et observée à faible grossissement (x 100) et les
mouvements de réunion et de dispersion des gamètes sont observés. Ils forment des
« vagues » à la surface de la goutte. L’intensité des vagues provoquées par le mouvement des
spermatozoïdes est évaluée. Une note de 0 à 5 est attribuée à l’échantillon observé, selon une
échelle de notation telle que celle proposée dans le Tableau 13.
38
Tableau 13 : Echelle d’appréciation de la motilité massale du sperme du chien (d’après Fontbonne, 1993).
0 Aucun mouvement.
4 Les spermatozoïdes ont un mouvement d’ensemble. Ils forment des vagues rondes
qui se déplacent.
Cette observation est simple, peu coûteuse, mais peu précise ; elle dépend à la fois des
mouvements des spermatozoïdes mais aussi de la concentration de l’échantillon. De plus,
cette méthode est subjective, la note de 0 à 5 est semi-quantitative. L’opérateur doit donc être
expérimenté et pratiquer régulièrement cette technique.
Dans un second temps, la motilité individuelle est déterminée. Le principe est d’examiner, à
fort grossissement (x 400), une goutte de sperme déposée sur une lame et recouverte d’une
lamelle. Le sperme doit être relativement peu concentré, afin que chaque spermatozoïde soit
individualisable. Dans l’espèce canine en général, il n’est pas nécessaire de diluer le sperme
au préalable, cependant, si la concentration est élevée, il est possible de le diluer dans une
solution de NaCl isotonique tiédie à 37°C. Le pourcentage de spermatozoïdes mobiles est
évalué de façon subjective. Les spermatozoïdes progressant en ligne droite (on parle alors de
mobilité fléchante) sont distingués des spermatozoïdes tournant en rond, à mobilité faible ou
diminuée. Au CERCA, pour l’espèce canine, il est considéré qu’un sperme de bonne qualité
possède 70% ou plus de spermatozoïdes mobiles. La vitesse ou la qualité de la motilité peut
aussi être évaluée ; on considère qu’un spermatozoïde de chien avec une motilité normale doit
traverser le champ du microscope en 2 à 3 secondes (Root, 2007). De plus, chez le chien, le
pourcentage de spermatozoïdes fléchants est positivement corrélé au pourcentage de
spermatozoïdes morphologiquement normaux (Pasqualotto, 2005).
39
Actuellement il existe des techniques automatisées d’analyse d’image qui permettent
l’examen de la motilité des spermatozoïdes. Cependant, compte tenu de leur prix, ces
techniques assistées par ordinateur ne sont pas utilisées en routine dans l’espèce canine.
b) Numération
La dilution est adaptée à la concentration initiale du sperme, ainsi, si le sperme est très peu
concentré (translucide), une dilution au 1/10ième ou 1/20ième sera effectuée. Par contre si le
sperme est concentré (aspect laiteux) une dilution au 1/100ième ou 1/200ième sera préférable. La
dilution se fait avec une solution de chlorure de sodium hypertonique à 3%, cette solution
hypertonique engendre la mort des spermatozoïdes sans provoquer leur lyse. Ainsi, les
spermatozoïdes sont immobiles et le comptage est facilité. Après homogénéisation du
mélange, la solution est déposée à l’aide d’une micropipette afin de remplir par capillarité,
sans bulle d’air, la chambre de l’hématimètre. Il faut alors laisser sédimenter pendant
quelques minutes avant de procéder au comptage des spermatozoïdes.
Avant le comptage, il faut bien vérifier à faible grossissement, que la répartition des éléments
soit homogène, au moindre doute, le mélange sera homogénéisé de nouveau et le montage
recommencé. Après repérage des limites de la cellule (grossissement x100), les éléments sont
comptés au microscope au grossissement x400. La lame est balayée de façon méthodique, de
gauche à droite et du haut vers le bas. En général les spermatozoïdes sont comptés sur 5
grands carrés. Afin d’éviter de surévaluer le nombre de spermatozoïdes, pour les éléments
situés entre deux carrés, ne sont comptés que ceux qui sont à cheval sur les graduations, en
général celles formant la lettre L (Figure 4).
40
Figure 4 : Comptage des spermatozoïdes à la cellule de Thoma; prise en compte des éléments « à cheval »
sur les graduations.
La morphologie des spermatozoïdes doit être prise en compte dans l’analyse de la semence
chez le chien. Un éjaculat contenant plus de 30% de formes anormales est considéré
comme anormal (Oettle, 1993). Les formes anormales sont classées en deux catégories selon
41
qu’elles sont considérées comme primaires (c'est-à-dire les anomalies résultant d’un défaut de
la spermatogenèse) ou secondaires (survenant lors de la maturation ou de la préparation de la
lame). Le Tableau 14 présente la liste des anomalies primaires et secondaires dans l’espèce
canine. La classification en anomalies majeures et mineures peut également être utilisée mais
cette dernière classification est plus délicate à utiliser car elle suppose une connaissance des
conséquences des défauts morphologiques sur la fertilité dans l’espèce canine (Root, 2007).
ANOMALIES DU SPERMATOZOÏDE
42
un spermatozoïde présente plusieurs anomalies, seule celle considérée comme majeure sera
comptabilisée. Seules les têtes isolées sont comptabilisées, les queues isolées ne sont pas
prises en compte.
Au CERCA, les anomalies prises en compte sont classées en six catégories, ainsi le
pourcentage total de spermatozoïdes anormaux, les anomalies de la tête, de la pièce
intermédiaire, du flagelle ainsi que le pourcentage de spermatozoïdes présentant des
gouttelettes proximales et le pourcentage de décapités sont comptabilisés. Il faut cependant
rester prudent pour l’interprétation du spermocytogramme car des formes anormales sont
toujours présentes dans la semence d’animaux considérés comme fertiles c’est pourquoi il
faut tenir compte de la proportion et de la nature de ces anomalies (Burke, 1986).
43
Figure 5 : Exemples d’anomalies morphologiques sur des spermatozoïdes colorés au Spermac® :
spermatozoïde bicéphale, microcéphale et spermatozoïde ayant effectué la réaction acrosomique (CERCA,
2007).
Bien que la coloration des lames soit plus longue avec ce colorant qu’avec l’éosine-nigrosine,
ce produit reste intéressant car il colore la région post-acrosomique et nucléaire en rouge et
l’acrosome, la pièce intermédiaire ainsi que la queue en vert. Cette coloration permet
d’apprécier les anomalies morphologiques classiques mais aussi les spermatozoïdes ayant
effectué la réaction acrosomique.
En dernier lieu, le nombre total de spermatozoïdes par éjaculat est multiplié par le
pourcentage de spermatozoïdes morphologiquement normaux afin d’obtenir le nombre de
spermatozoïdes morphologiquement normaux présents dans l’éjaculat considéré.
44
Figure 6 : Fiche utilisée au CERCA lors de l’examen de la semence
N° CLOVIS :
SPERMOGRAMME
NOM :
Intervenant(s) prélèvement :
DATE : / /
Présence d’une chienne en oestrus :
Race :
LIBIDO :
Concentration :
Conclusion :
EXAMENS COMPLEMENTAIRES :
Post-stimulation : TSH :
CONCLUSION :
Qu’il s’agisse d’un bilan de fertilité ou d’une collecte destinée à pratiquer une insémination
artificielle, un spermogramme est effectué et les observations sont notées dans le tableau
présenté ci-dessus. Lors d’exploration de l’infertilité, le clinicien peut être amené à prescrire
45
des examens complémentaires incluant des dosages hormonaux, des examens sérologiques,
bactériologiques, frottis préputiaux ou encore échographies de l’appareil génital.
Après congélation, une paillette par éjaculat est examinée et le critère de décision adopté pour
la conservation des paillettes est la mobilité fléchante. Ne sont conservées que les semences
présentant une mobilité fléchante supérieure à 50% (Fontbonne, 1993).
Le volume moyen pour un éjaculat chez le chien varie de 1 à 30 ml, mais le volume n’est pas
corrélé à la qualité de la semence dans cette espèce (Johnston, 1991). Un éjaculat doit
contenir de 300 millions à 2 billions de spermatozoïdes, sachant que les chiens de grandes
races produisent plus de spermatozoïdes par éjaculat que ceux de petites races. La dose
fécondante minimale est estimée à 100 à 150 millions de spermatozoïdes
morphologiquement normaux et mobiles (Fontbonne, 1993). Un éjaculat contenant au
moins 70% de spermatozoïdes mobiles et au moins 70% de spermatozoïdes
morphologiquement normaux est considéré de qualité satisfaisante. Lorsque la proportion
de spermatozoïdes morphologiquement normaux est en deçà de 60%, la fertilité est diminuée
dans l’espèce canine (Oettlé, 1993). Il convient cependant de rester prudent quant à
l’interprétation du spermogramme comme du spermocytogramme, en effet, les résultats
obtenus sur un seul éjaculat ne peuvent en aucun cas permettre de conclure sur la
capacité reproductrice de l’étalon. Les valeurs obtenues lors de l’analyse de la semence
doivent être interprétés en regard de l’examen clinique et de l’anamnèse (Root, 2007). On doit
considérer de multiples facteurs incluant le signalement de l’animal (race, âge…) et son statut
de reproducteur (date de la dernière saillie ou collecte de sperme) voire même la période de
l’année. Il ne faut donc pas conclure sur l’analyse d’un seul éjaculat mais considérer deux à
trois analyses effectuées à deux ou trois semaines d’intervalle, afin d’avoir une estimation de
la fonction sexuelle du chien. Cependant, la durée de la spermatogénèse étant de 55 à 70
jours, en cas de suspicion d’un problème de spermatogénèse, l’examen sera répété dix
semaines plus tard.
46
Les méthodes classiques d’analyse de la semence pratiquées en routine se révèlent peu
coûteuses et simples à mettre en œuvre, cependant elles nécessitent du temps et de la
pratique. De plus, il est fortement conseillé de standardiser les procédures surtout si
plusieurs personnes interviennent au sein d’une même structure (Seager et Platz, 1977).
Le Tableau 15 présente de façon synthétique les critères retenus pour la conservation d’un
éjaculat de chien en vue de sa congélation.
Tableau 15 : Caractéristiques de l’éjaculat de qualité satisfaisante dans l’espèce canine pour l’utilisation
en insémination artificielle (d’après Fontbonne, 1993).
Pour décrire les méthodes dévaluation de la semence dans l’espèce bovine, je me suis rendue
dans un centre d’insémination, la COOPELSO (Coopérative Agricole d’Elevage du Sud-
Ouest), située à Soual dans le Tarn (81). La COOPELSO est adhérente à MIDATEST,
l’Union des Coopératives d’Elevage, d’Amélioration Génétique et d’Insémination Animale du
Sud-Ouest de la France. Les missions de COOPELSO consistent en la diffusion du progrès
génétique par la mise en place de la semence, la participation à la réalisation et au
financement des programmes de sélection conduits par MIDATEST, la diffusion des
nouvelles technologies de la reproduction (sexage d’embryons et transplantation
embryonnaire) ainsi que la gestion d’une unité de production de semence pour le compte de
MIDATEST.
47
Le chiffre d’affaires de la COOPELSO en 2005 élevait à 10 millions d’euros et 80% de cette
somme venait de l’insémination artificielle. La COOPELSO regroupe 8200 adhérents et 68
inséminateurs. La COOPELSO dispose d’une taurellerie de 162 taureaux (de races
Prim’Holstein, Montbéliarde, Brune, Simmental, Blonde d’Aquitaine, Limousine, Charolaise
et souche INRA 95) et produit 1,7 millions de doses par an.
En 2006, avec 160 735 Inséminations Artificielles réalisées dont 55% avec de la semence de
taureau allaitant, la COOPELSO était la première coopérative d’Insémination Artificielle (IA)
française pour l’activité IA allaitante et la sixième en ce qui concerne l’activité totale. 78
taureaux ont été collectés en 2005 et 2006 et ils ont produit 1 822 415 doses, dont 1 572 822
conservées pour 4070 collectes, soit une moyenne de 20 164 doses produites par taureau et
par an. Le Tableau 16 présente l’évolution de la production de semence à la Coopelso de 1999
à 2006.
Doses Congelées 1 641 382 1 661 508 1 733 059 1 572 822
Doses Fabriquées 1 759 907 1 815 343 1 894 247 1 822 415
48
deuxième examen séminologique sera effectué après décongélation de la paillette afin
d’estimer la résistance des spermatozoïdes à la congélation.
49
Figure 7 : Plan des locaux du laboratoire Coopelso.
2 6
5
5 a
1 7 8
3 b c
d
4
18 f
16
17
19
g e
20
10 11
13
9
15
12
14
50
Après collecte et avant toute analyse, la semence est identifiée. Le tube est immédiatement
bouché pour éviter toute contamination. De plus en plus souvent, les taureaux sont équipés de
puces électroniques individuelles dont la lecture au moment de la collecte permet la traçabilité
de l’éjaculat jusqu’à la mise en paillette. Au laboratoire de la COOPELSO, l’opérateur
examine 20 à 25 éjaculats par jour et l’examen de contrôle du sperme dure 2 à 3 minutes pour
l’échantillon frais, avant congélation et 2 à 3 minutes pour l’examen de la semence après
décongélation.
a) Volume
Le volume de semence recueilli par vagin artificiel varie en fonction de l’âge, de la race, de la
préparation du taureau, de l’alimentation et pour un même taureau, des facteurs psychiques et
environnementaux. Le volume varie entre les valeurs extrêmes de 0,5 à 14 ml avec une
moyenne de 4 ml (Parez et Duplan, 1987). Le volume est mesuré le plus souvent par lecture
directe du tube de collecte.
b) Couleur
La couleur classique du sperme est blanchâtre bien que certains taureaux aient une semence
de couleur jaunâtre liée à la teneur en carotène de la ration. Cependant une coloration jaunâtre
peut également être anormale dans la mesure où elle peut être révélatrice de la présence de
pus ou d’urine dans le sperme. Une coloration rosée évoque la présence de sang en nature
dans l’échantillon et peut signer une lésion urétrale ou de la verge. Une coloration brunâtre est
le signe d’une affection du tractus génital engendrant une hémorragie. La coloration grisâtre
peut être due à une contamination par du pus. Tout échantillon avec une coloration
anormale sera éliminé et une exploration devra être envisagée afin de caractériser
l’origine de cette anomalie.
c) Viscosité
51
La viscosité est corrélée à la concentration en spermatozoïdes, en effet l’éjaculat est d’autant
plus visqueux que le nombre de spermatozoïdes est élevé. Le sperme a généralement une
consistance « laiteuse » à « crémeuse ». La présence de grumeaux dans l’échantillon ou la
formation d’un filament glaireux à l’extrémité de la pipette signe une pathologie (Parez et
Duplan, 1987). On peut également évaluer l’opacité du sperme qui est liée la concentration en
spermatozoïdes de l’éjaculat (Tableau 17).
a) Motilité massale
La motilité massale est évaluée immédiatement après la collecte du sperme. L’éjaculat est
maintenu à une température de 37°C et l’examen est réalisé sur une platine chauffée à 37°C.
Le matériel en contact avec le sperme et la platine du microscope sont également conservés à
37°C pour éviter tout choc thermique. La motilité massale est estimée au microscope à
contraste de phase au grossissement x100 : une microgoutte de sperme est déposée sur une
lame et le mouvement global des spermatozoïdes est apprécié en fonction de l’intensité des
vagues observables. Une note de 0 (aucun mouvement de vague décelable) à 5 (tourbillons
52
rapides) est attribuée à l’échantillon observé; il est possible de convertir cette note en un
pourcentage approximatif de spermatozoïdes mobiles (la note 3 correspondant
approximativement à 70% de spermatozoïdes mobiles). Lors de cet examen, on ne note pas la
motilité individuelle des spermatozoïdes mais les turbulences engendrées par la conjugaison
des mouvements issus de tous les spermatozoïdes présents dans la goutte de semence
observée. La classification classiquement adoptée dans les laboratoires d’examen de la
semence, est détaillée dans le Tableau 18.
3 Début de vagues
Ce test est employé sur tous les éjaculats potentiellement congelables, car il s’agit d’un
examen rapide, facile à mettre en œuvre et peu coûteux, cependant il reste subjectif et dépend
largement de l’expérience de l’opérateur. L’opérateur expérimenté attribue une note en
observant la goutte de sperme durant dix à quinze secondes. Les éjaculats de qualité
satisfaisante présentent une note supérieure ou égale à 3.
b) Motilité individuelle
53
pourcentage de spermatozoïdes dotés d’une motilité dite « fléchante », c'est-à-dire les
spermatozoïdes présentant une trajectoire quasi rectiligne et capables de traverser le champ en
2 à 3 secondes. Certains spermatozoïdes présentent des mouvements rotatoires circulaires ou
des mouvements d’amplitude très réduite, ils ne sont donc pas comptabilisés dans les
spermatozoïdes mobiles.
Au laboratoire de Soual, cet examen n’est pas réalisé en routine mais seulement dans
quelques cas pour lesquels la motilité massale est mauvaise. Il s’agit encore une fois d’un
examen subjectif qui requiert une certaine expérience, cependant, un opérateur bien formé
donne des résultats relativement répétables (Parez et Duplan, 1987).
c) Concentration en spermatozoïdes
54
Pour les taureaux dont le plasma séminal est naturellement coloré ou pour ceux dont la
semence contient des cellules non germinales, la concentration peut être surestimée.
Cependant, en routine pour l’évaluation de l’éjaculat, l’estimation peut souffrir d’une certaine
approximation. Cette méthode demeure donc fiable et d’une précision satisfaisante dans
la pratique courante, elle représente en outre un gain de temps précieux par rapport au
comptage à la cellule hématimétrique.
Cet examen n’est pas réalisé en routine car le critère de qualité le plus pertinent pour
l’utilisation en IA bovine est le pourcentage de spermatozoïdes vivants après décongélation.
55
depuis 1952 de garantir aux éleveurs la qualité sanitaire de la semence dans la filière de
l’insémination artificielle en France mais son laboratoire d’andrologie est également le
laboratoire de référence pour l’examen de la semence.
56
Figure 8 : Anomalies majeures et mineures de spermatozoïdes dans l’espèce bovine (Dumont, 1997)
Enfin le troisième type de classification est basé sur la localisation de l’anomalie sur le
spermatozoïde (anomalie de tête, de pièce intermédiaire, de flagelle). C’est la classification adoptée
par le Laboratoire National de Contrôle des Reproducteurs (Figure 9).
57
Figure 9 : Paramètres contrôlés par le Laboratoire National de Contrôle des Reproducteurs (Maisons-
Alfort).
L’observation d’un frottis au microscope optique est peu coûteuse et simple à réaliser mais
elle requiert une formation de qualité de l’opérateur, une pratique régulière et beaucoup de
temps. En outre, de nombreux artefacts peuvent apparaître lors de l’étalement et la qualité de
l’observation est très variable, cela peut engendrer des sous-estimations du nombre
d’anomalies car elles ne sont pas toutes identifiables en microscopie optique. L’emploi du
microscope à contraste de phase peut permettre d’éviter les artefacts. En insémination
artificielle, le sperme destiné à la congélation doit contenir moins de 20 à 25% de
spermatozoïdes anormaux et plus de 60% de spermatozoïdes vivants.
58
Les changements de température imposés lors de la congélation et de la décongélation
endommagent les membranes cytoplasmiques, le cytosquelette, les organites impliqués dans
la mobilité ainsi que l’acrosome. Les capacités fonctionnelles du spermatozoïde sont donc
altérées. C’est pourquoi il est important, dans le cadre de l’insémination artificielle, d’évaluer
la qualité de la semence après congélation. Ainsi, pour chaque éjaculat conservé à -196°C
dans l’azote liquide, la motilité massale (et/ou individuelle) est évaluée après décongélation
de deux à trois paillettes de même que le pourcentage de spermatozoïdes morts et vivants,
avec les mêmes méthodes que celles employées pour l’examen de la semence fraîche. D’une
façon générale, la corrélation entre l’aptitude à la congélation et la qualité du sperme frais est
relativement élevée (Dumont, 1997). Cependant, il arrive parfois qu’une semence jugée de
bonne qualité, en frais, (note attribuée en motilité massale supérieure à 3 et plus de 60% de
spermatozoïdes vivants) s’avère particulièrement mauvaise après décongélation. C’est
pourquoi ce test est indispensable pour tout taureau dont le sperme est destiné à
l’insémination artificielle en semence congelée.
Les critères retenus pour la conservation des paillettes sont basés sur la quantité de
spermatozoïdes fléchants. Pour qu’un éjaculat soit conservé, il doit présenter plus de 25%
de spermatozoïdes fléchants et plus de 8 millions de spermatozoïdes fléchants par
paillette, après décongélation.
Pour les taureaux utilisés en insémination artificielle, la motilité doit être supérieure à
60%, soit une note supérieure à 3 attribuée en motilité massale. La concentration de
l’éjaculat doit être supérieure à 0,5 milliard par ml. Le seuil d’anomalies
morphologiques se situe à moins de 30% de spermatozoïdes anormaux, moins de 20%
d’anomalies majeures et moins de 10% pour chaque rubrique d’anomalies majeures
(Dumont, 1997). Toutefois, ces critères sont moins sévères pour les taureaux utilisés en
monte naturelle dans la mesure où l’éjaculat ne sera pas fractionné, dilué ou congelé.
Les critères de décision pour la conservation de l’éjaculat sont résumés dans le Tableau 19.
59
Tableau 19 : Critères de décision pour la conservation de l’éjaculat (d’après Dumont, 1997).
Volume 0,5 à 14 ml 1 à 10 ml
Pourcentage de spermatozoïdes
≤ 30% ≤ 40%
anormaux totaux
Pourcentage de spermatozoïdes
ayant des anomalies majeures ≤ 20% ≤ 30%
Pourcentage de spermatozoïdes
dans chaque rubrique ≤ 10% ≤ 20%
d’anomalies majeures
Afin de décrire les méthodes couramment employées pour l’analyse du sperme humain, je me
suis rendue dans le laboratoire d’andrologie du Centre d’Etude et de Conservation des Œufs et
du Sperme humain (CECOS), ainsi que dans le laboratoire du centre d’infertilité et de
Procréation Médicalement Assistée du Centre Hospitalier Universitaire de Toulouse - Purpan,
à l’Hôpital Paule de Viguier.
60
vue d’insémination, FIV ou ICSI chez l’homme infecté par le VIH et chez l’homme blessé au
niveau de la moelle spinale. Le CECOS a également pour missions le recrutement de
donneurs de sperme ainsi que la conservation et la gestion du don de sperme et d’ovocytes. Le
CECOS prend en charge les consultations de couple en vue de procréation médicalement
assistée hétérologue et les consultations avant auto-conservation de sperme précédant un
traitement à risque pour la fertilité (chimiothérapie, radiothérapie et autres traitements) ainsi
que les consultations de suivi post traitement anti-néoplasique ou autre. Toutes ces activités se
font en collaboration avec les autres secteurs du groupe d’activité de médecine de la
reproduction et en relation avec les cancérologues pour les problèmes de préservation de la
fertilité. L’équipe du CECOS de Toulouse est par ailleurs l’une des équipes françaises ayant
une activité de recherche active sur l’infertilité, notamment masculine, au sein de l’équipe de
recherche « Equipe d’Accueil 3694 : Fertilité humaine » qui implique de nombreuses
personnes du groupe d’activité de la médecine de la reproduction.
61
infection est suspectée ou une analyse biochimique des marqueurs du plasma séminal, qui
peut permettre de localiser un dysfonctionnement dans la synthèse du liquide spermatique
(vésicules séminales, prostate…). Quelle que soit la nature des examens et l’indication,
l’interprétation du spermogramme doit toujours être corrélée à l’examen clinique.
a) Aspect
L’éjaculat est observé à température ambiante, juste après liquéfaction. Un sperme normal
présente un aspect homogène, gris opalescent. Selon sa concentration, le sperme peut
être plus ou moins opaque. Toute coloration rosée ou brunâtre peut traduire la présence
d’hématies.
b) Volume
Le volume traduit essentiellement les capacités sécrétoires des glandes annexes. Le volume de
l’éjaculat est noté de façon précise au moyen d’une pipette calibrée, la mesure est faite à 0,1
ml près. Le volume moyen est de 2ml. L’hyperspermie (volume supérieur à 6ml) n’est pas
pathologique mais résulte souvent d’une hypersécrétion des vésicules séminales.
L’hypospermie (volume inférieur à 2 ml) résulte d’un trouble de l’éjaculation ou bien d’une
hyposécrétion des glandes annexes pouvant être la conséquence d’une infection ou d’une
absence de ces glandes (Grizard et Jimenez, 1997)
c) Viscosité
La viscosité ou consistance, est généralement évaluée par aspiration douce au moyen d’une
pipette de 5 ml, en notant la façon dont le sperme s’écoule par simple gravité à l’extrémité de
la pipette. Si le sperme a une consistance normale, il s’écoule de la pipette en formant des
gouttes séparées les unes des autres. Si la viscosité est augmentée, entre chaque goutte, il se
forme des filaments de plus de 2cm. On attribue une note d’une croix à trois croix. Un
62
sperme de viscosité normale est noté de (+) à (++). L’hyperviscosité signe en général un
dysfonctionnement de la prostate et des vésicules séminales.
d) pH de l’éjaculat
Une goutte de sperme est déposée sur du papier pH et le pH est déterminé au moyen de
l’échelle colorée. Il est important de procéder à cette mesure toujours au même moment et
dans l’heure suivant l’éjaculation. Le pH se situe généralement entre 7,2 et 8. Des valeurs
trop faibles peuvent être le reflet d’un défaut de sécrétion des vésicules séminales
(normalement alcalines) alors qu’un pH nettement alcalin peut révéler une insuffisance des
sécrétions prostatiques (normalement légèrement acides).
Pour l’examen microscopique des préparations non colorées, il est préférable d’utiliser un
microscope à contraste de phase mais un microscope optique peut suffire en veillant à
abaisser le condenseur pour disperser la lumière. Pour ces examens, le matériel doit
idéalement être chauffé à 37°C (platine chauffante).
a) Mobilité
La mobilité est évaluée dans l’heure qui suit la collecte (après liquéfaction) et quatre heures
après éjaculation. La mobilité individuelle est estimée en plaçant, au moyen d’une
micropipette, une microgoutte de sperme calibrée à 10 µl sur une lame de verre. Une lamelle
de verre est ensuite déposée sur la goutte de sperme. La lame est examinée rapidement au
grossissement x 100 puis observée au grossissement x 400, sur une dizaine de champs répartis
sur la lame. Si la préparation n’est pas homogène, l’examen doit être répété. Si le nombre de
spermatozoïdes est très faible, il faut centrifuger puis éliminer le plasma séminal surnageant ;
la concentration sera ensuite déterminée en tenant compte du volume de plasma séminal
éliminé (Auger et Jouannet, 1993).
Le mouvement des spermatozoïdes observés est classé dans les catégories suivantes (Auger et
Jouannet, 1993) :
- Rapide et progressif : a ;
- Lent et progressif : b ;
63
- Mobile mais non progressif : c ;
- Immobile : d.
c) Concentration
64
Tableau 20 : Nomenclature en fonction de la concentration du sperme humain (d’après Andrade-Rocha,
2003).
Concentration de l’éjaculat
Bien que le manuel de l’OMS propose différentes colorations des spermatozoïdes (Giemsa,
Bryan-Leishman ou Shorr), la plupart des laboratoires d’andrologie (dont le CECOS de
Toulouse) utilisent la coloration de Papanicolaou modifiée. Cette dernière colore la tête du
spermatozoïde en bleu pâle dans la région acrosomique et en bleu foncé dans la région post-
acrosomique. La pièce intermédiaire est rouge pâle et le flagelle est coloré en bleu. Les
éventuels restes cytoplasmiques qui sont situés derrière la tête sont, en général, colorés en
vert.
L’étalement de sperme sur une lame de verre est placé successivement dans les différents
bains puis les lames sont montées à l’Eukitt (liquide de montage synthétique à séchage
rapide). La lame est observée au microscope optique au grossissement x 1000 à l’immersion.
65
L’un des oculaires est muni d’un réticule gradué qui permet de disposer d’un critère de taille.
La lecture se pratique en queue de frottis avec un balayage systématique « en méandre » de la
lame. Certains spermatozoïdes se présentent de profil sur l’étalement, on observe alors une
image caractéristique « en flamme de bougie ». Ces spermatozoïdes ne doivent pas être pris
en compte pour l’examen morphologique car sur ces formes, on ne peut pas distinguer
d’acrosome (ce qui permet de les distinguer des spermatozoïdes à tête amincie).
La classification de David a été proposée en 1972 et publiée en 1975, suite au constat d’une
hétérogénéité flagrante entre laboratoires d’andrologie quant à l’interprétation des anomalies
morphologiques des spermatozoïdes. Cette classification est originale car elle permet de
répertorier toutes les anomalies sur un même spermatozoïde alors qu’auparavant on ne prenait
en compte qu’une seule anomalie. De plus cette classification décrit treize classes d’anomalies
et un recueil de microphotographies de spermatozoïdes normaux et anormaux y est associé,
permettant de classer le plus objectivement possible les anomalies observées (David et al.,
1975). La classification de David a été largement adoptée par les laboratoires de spermiologie
dans les années soixante-dix. Cependant, dans un souci de clarté et pour voir figurer dans la
grille toutes les atypies morphologiques susceptibles d’avoir des conséquences fonctionnelles,
cette classification a été modifiée au début des années quatre-vingt-dix (Auger et Eustache,
2000 ; Tableau 21).
66
Tableau 21 : Evolution des critères de classification des anomalies morphologiques utilisés dans la
classification de David et la classification de David modifiée
67
Figure 10 : Représentations schématiques des anomalies de la tête selon la classification de David modifiée
(Auger et Eustache, 2000).
Lorsque les anomalies sont identifiées, on les note sur une grille celle utilisée au CECOS est
donnée en exemple ci-dessous (Figure 13).
68
Figure 13 : Grille d’évaluation des anomalies morphologiques utilisée au CECOS de Toulouse.
Lors d’infertilité du couple, le test post-coïtal est le premier test fonctionnel réalisé. Le
test de Huhner est un examen facile et peu coûteux, il permet d’apprécier l’aptitude des
69
spermatozoïdes à pénétrer et à survivre dans le mucus cervical dans les conditions
physiologiques. Quels que soient les résultats de ce test, un spermogramme et un
spermocytogramme doivent être mis en œuvre car certaines anomalies n’affectant pas
l’issue de ce test sont responsables d’infertilité (anomalies de l’acrosome par exemple).
Les patients viennent au laboratoire 6 à 12 heures après un rapport sexuel en période pré-
ovulatoire. Des prélèvements de glaire sont effectués au niveau endocervical, exocervical
et au niveau du cul de sac vaginal. La glaire déposée entre lame et lamelle est observée au
microscope (grossissement x 40). Le test est positif si au moins 6 spermatozoïdes à
mobilité progressive sont observés par champ (moyenne sur 10 champs). Le test est
négatif si aucun spermatozoïde n’est observé. Ce résultat peut être dû à une azoospermie
ou à des difficultés lors du coït. Le test est déficient si des spermatozoïdes peu mobiles ou
mobiles sur place sont observés.
Si le test est déficient et l’examen du sperme normal, on refait le test après traitement
d’optimisation de la glaire ou traitement d’une éventuelle infection des voies génitales de
la patiente. Si le test est toujours déficient à l’issue de ces traitements, il convient de
procéder au test in vitro de compatibilité sperme-glaire.
Il s’agit d’un test croisé où sont mis en contact, la glaire de la patiente et le sperme du
patient, la glaire de la patiente et un sperme témoin et enfin, le sperme du patient et une
glaire témoin. La glaire est aspirée dans des tubes capillaires qui sont déposés dans des
tubes à essai et mis en contact 30 minutes avec du sperme. L’observation microscopique
des tubes capillaires permet de mettre en évidence la progression des spermatozoïdes dans
la glaire (en cm), la densité de pénétration (nombre de spermatozoïdes dans le champ au
point le plus haut), la capacité de pénétration (différence entre le nombre de
spermatozoïdes présents à 1 cm et au point le plus haut) et la survie des spermatozoïdes à
4 heures. La confrontation des résultats permet de déterminer si l’infertilité est d’origine
cervicale, spermatique ou mixte.
70
3.3.2.4 Examens complémentaires
a) Spermoculture
b) Dosages biochimiques
Les marqueurs du plasma séminal peuvent être des indicateurs de la fonction des glandes
annexes et du tractus génital mâle. Il existe de nombreux marqueurs biochimiques et en
général, un défaut de sécrétion d’une des glandes annexes s’accompagne d’une diminution de
l’excrétion du marqueur correspondant. On utilise comme marqueurs biochimiques :la
phosphatase acide et le citrate et le zinc pour la prostate ; le fructose pour les vésicules
séminales ; la L-Carnitine libre, la glycéro-phosphocholine et l’activité de l’alpha glucosidase
pour l’épididyme. Leur mesure permet d’établir une cartographie biochimique anatomique
et/ou fonctionnelle de l’appareil génital masculin (Soufir, 1983).
Le CECOS dispose d’un analyseur de sperme (Hamilton-Thorn Reseach) qui permet l’analyse
assistée par ordinateur de certains paramètres séminologiques. Cette analyse n’est pas
appliquée systématiquement à tous les éjaculats mais à ceux destinés à l’insémination intra-
utérine et sur prescription, si le médecin demande une analyse du mouvement des
spermatozoïdes. Les appareils de ce type fonctionnent grâce à une caméra couplée à un
microscope et utilisent un logiciel informatique permettant de transformer le signal électrique
transmis par la caméra et l’analyse des trajectoires des spermatozoïdes. Ces nouvelles
technologies ont permis une certaine standardisation de l’analyse de la semence, cependant
certains paramètres doivent être interprétés avec circonspection.
71
al., 2002). La détermination de la concentration du sperme humain par ce moyen n’est pas
recommandée par l’Organisation Mondiale de la Santé. En outre, le système CASA peut
déterminer le pourcentage de spermatozoïdes mobiles mais ce pourcentage peut être sous
estimé car les débris sont comptabilisés en tant que spermatozoïdes immobiles.
Les systèmes d’analyse assistée par ordinateur permettent une évaluation objective de la
morphologie de la tête (Davis et Katz, 1993) et révèlent de subtiles différences qui ne peuvent
pas être mises en évidence à l’examen classique. Toutefois, au laboratoire de spermiologie du
CECOS, le spermocytogramme tient aussi compte des anomalies du flagelle et de la pièce
intermédiaire. L’analyse morphologique fournie par l’Hamilton ne correspond donc pas aux
critères de la classification de David. Ces différentes limites expliquent le fait que l’analyseur
automatique ne soit pas utilisé en routine pour l’examen morphologique et que les méthodes
classiques restent encore les plus employées dans les laboratoires d’andrologie.
La Figure 14 présente un exemple des paramètres que peut fournir l’analyseur automatique de
sperme et les Figure 15a, Figure 15b et Figure 15c représentent des exemples de trajectoires
de spermatozoïdes humains.
72
Figure 14 : Exemple de l’analyse de la cinétique des spermatozoïdes évaluée par un système automatisé
d’analyse de sperme(CECOS, 2007)
73
Figure 15 : Exemples de trajectoires de spermatozoïdes humains évaluées par un système automatisé
d’analyse de sperme (CECOS, 2007).
74
précédent, par contre la VSL est plus petite. Le spermatozoïde a donc parcouru moins
de distance linéairement même si le trajet réel parcouru était plus long.
Le Tableau 22 récapitule toutes les méthodes utilisées en routine pour lors de l’analyse du
sperme dans les 3 espèces considérées..
75
Tableau 22 : Tableau récapitulatif des méthodes utilisées en routine pour l’évaluation de la qualité de la
semence dans les espèces bovine, canine et humaine.
Interaction sperme- Paramètre non évalué. Paramètre non évalué. Test de Huhner +/- test
glaire cervicale in vitro sperme-glaire.
76
4 LIMITES DES TECHNIQUES CLASSIQUES D’EXAMEN
DU SPERME ET PERSPECTIVES POUR LE FUTUR
Le choix de la méthode employée par le laboratoire doit tenir compte du coût de l’analyse, de
la facilité de mise en œuvre des techniques mais aussi du nombre d’échantillons à analyser
quotidiennement. L’examen de la qualité du sperme est effectué en routine par observation
microscopique d’un échantillon par un opérateur, cette méthode dite « classique » peut être
mise en œuvre avec un équipement de base peu coûteux. Cependant, l’examen de routine
de la semence (et en particulier l’analyse de la motilité) est par nature un examen
subjectif. On déplore une certaine variabilité intra et inter-laboratoires mais également
une variabilité intra et inter-opérateurs. Cette variabilité de l’évaluation des paramètres
séminologiques peut avoir des répercussions sur la décision d’utilisation ou de rejet de
l’éjaculat et dans le cadre d’échanges commerciaux entre laboratoires ou entre pays.
Des résultats obtenus dans 10 équipes différentes (Auger et al., 2000) ont conclu que la
moyenne des coefficients de variation inter-individuelle était de 22,9% pour l’estimation de la
concentration, 21,8% pour la motilité et 17,5% pour la vitalité. Un effet opérateur a été mis en
évidence pour la motilité et la vitalité mais pas pour la détermination de la concentration. La
variabilité intra-opérateur est d’autant plus élevée que l’opérateur est inexpérimenté. Cette
étude souligne donc la nécessité de contrôles internes et externes dans les laboratoires
d’analyse de la semence.
La comparaison entre les méthodes conventionnelles et l’analyse assistée par ordinateur a été
effectuée pour l’examen morphologique du sperme (Marnet et al., 2000). La variation intra-
opérateur est beaucoup plus élevée pour les méthodes conventionnelles d’examen de la
morphologie que pour la méthode assistée par ordinateur (coefficient de variation = 0,43 pour
77
les méthodes conventionnelles contre 0,08 pour l’analyse assistée par ordinateur). Cette étude
a conclu que l’analyse morphologique assistée par ordinateur présente une valeur prédictive
légèrement supérieure aux techniques conventionnelles mais surtout une reproductibilité bien
supérieure, permettant la standardisation. Des études sur la comparaison de l’évaluation de la
mobilité des spermatozoïdes par des méthodes manuelles et des méthodes assistées par
ordinateur (Walker et al., 1982) ont montré que l’exactitude de l’observation visuelle est
élevée lorsque le pourcentage de spermatozoïdes doté d’une mobilité progressive et
parcourant au moins 30µm / seconde n’est pas compris entre 34 et 57%. En effet, dans cet
intervalle, l’évaluation subjective est erronée dans 93% des cas. La motilité est le paramètre le
plus subjectif lors de l’évaluation de la qualité de la semence.
Dans les centres d’examen de la semence de type CECOS, les méthodes utilisées ne sont pas
complètement standardisées malgré les recommandations de l’Organisation Mondiale de la
Santé. En effet, le guide de l’OMS recommande plusieurs techniques pour certaines étapes de
l’examen du sperme (par exemple plusieurs colorations sont possibles pour l’examen
morphologique, car aucune des techniques proposées n’a montré de supériorité par rapport à
une autre). De plus, il existe différentes publications de ce manuel et tous les laboratoires ne
se conforment pas à la même édition. Les variations observées lors de l’examen
morphologique des spermatozoïdes sont dues au manque de standardisation des
méthodes d’examen et de formation mais également choix de la classification des
anomalies morphologiques des spermatozoïdes (Davis et al., 1995). Il est actuellement
reconnu qu’une formation standardisée conduit à une réduction immédiate de la
variabilité inter-opérateur dans l’examen de la semence. Cependant elle est lourde à
mettre en œuvre car elle implique une formation théorique ainsi que des sessions pratiques
répétées et un suivi régulier des résultats (Björndahl et al., 2002).
Dans la filière bovine, malgré le rôle important de l’UNCEIA, la standardisation entre les
CEIA n’est pas parfaite. Les méthodes employées et le matériel à disposition pour l’examen
de la semence différent entre les centres. La formation des chefs de centre d’insémination
dans la filière bovine a été définie par l’Arrêté du 21 Novembre 1991 qui prévoit des sessions
de formation organisées par le centre d’enseignement zootechnique de Rambouillet. Le
78
programme de la session et la nature de l’épreuve sont définis par le Ministère de
l’Agriculture après avis de la commission nationale d’amélioration génétique. Cependant, en
raison de l’ouverture du marché européen de l’Insémination Artificielle bovine et de la fin de
la loi sur l’élevage du 28 décembre 1966, la formation des chefs de centre n’existe plus depuis
le 31 décembre 2006. Une habilitation est désormais délivrée aux opérateurs de centres de
collecte et de stockage de la semence. De plus, dans les centres d’insémination, d’autres
personnes (laborantins, techniciens…) effectuent également les examens du sperme sans avoir
reçu au préalable de formation spécialisée dans ce domaine. A noter qu’en dehors de ces
formations, les opérateurs de ces centres spécialisés ont peu l’occasion d’échanger sur
les problèmes techniques relatifs à la collecte et à l’évaluation de la qualité de la
semence.
Les centres d’examen de la semence canine en France (à savoir les 4 banques de semence) ne
présentent pas de standardisation des méthodes employées. Cependant, les dirigeants des 4
structures se réunissent annuellement pour tenter d’harmoniser les procédures. Au CERCA
par exemple, différents opérateurs peuvent intervenir dans la journée, ce qui est une source de
variabilité au sein du laboratoire. De plus, il n’y a pas de formation standardisée pour
l’examen du sperme, les opérateurs sont formés au sein du laboratoire par d’autres opérateurs
plus expérimentés.
Une autre limite de l’examen de la semence par les méthodes classiques est la durée de
l’analyse. Les étapes les plus longues sont le l’évaluation de la concentration de
spermatozoïdes dans l’éjaculat et l’analyse morphologique. L’examen conventionnel du
sperme ne permet d’analyser qu’un faible nombre de spermatozoïdes dans un intervalle
de temps raisonnable, cela représente une source de variabilité non négligeable. De plus,
compte tenu du faible nombre de cellules analysées, la population de spermatozoïdes
analysée n’est pas forcément représentative de celle présente dans l’éjaculat.
Il a été démontré récemment que le comptage d’un grand nombre de cellules (300 à 400
approximativement) améliore la précision de l’évaluation de la concentration de l’éjaculat
(Christensen et al., 2005). De plus, bien que l’évaluation de la concentration en
79
spermatozoïdes avec les cellules hématimétriques soit considérée comme la méthode de
référence (Mahmoud et al., 1997) il a été montré que certaines méthodes récentes et plus
rapides (comme la cytométrie de flux et la spectrophotométrie) présentent une meilleure
répétabilité que les techniques classiques avec une précision identique (Prathalingam et al.,
2006).
La relation entre la fertilité évaluée in vitro et la fertilité in vivo n’est toujours pas
clairement établie. Chez l’homme, excepté lors d’azoospermie, l’examen microscopique de
la semence considéré isolément n’est pas un bon prédicteur de la fertilité (Jequier, 2005). La
motilité est une expression de la viabilité et de l’intégrité structurale du spermatozoïde. Chez
le taureau, les éjaculats produits dans les centres d’insémination artificielle présentent
généralement une bonne mobilité. Cependant, la corrélation entre la mobilité des
spermatozoïdes et les taux de non retour à l’insémination artificielle est faible (Stalhammar et
al., 1994). Par ailleurs, certaines anomalies morphologiques n’ont pas de répercussion sur la
fertilité, comme l’illustre le cas d’un taureau Charolais utilisé dans la filière de l’insémination
artificielle dont 24 à 36% des spermatozoïdes présentaient une anomalie morphologique au
niveau de la pièce intermédiaire sans effet apparent sur la motilité ou sur la fertilité de
l’animal (Rocha et al., 2006).
80
différents éjaculats. Il s’agit d’un travail considérable, d’autant plus que la fertilité repose sur
de nombreux critères liés à la complexité structurale et fonctionnelle du spermatozoïde.
Parallèlement à cette analyse de la relation entre les paramètres séminologiques et la fertilité,
de nouvelles techniques sont développées pour évaluer la fertilité in vitro.
Compte tenu des limites de l’examen de routine du sperme, de nouvelles méthodes d’analyse
du sperme, plus répétables et plus exactes font l’objet d’études. L’enjeu est de trouver des
paramètres corrélés de façon significative à la fertilité et possédant une valeur prédictive
correcte. Actuellement, aucun paramètre pris isolément n’est corrélé de façon
satisfaisante à la fertilité. Il s’agit donc de développer un ensemble de tests qui pourrait
compléter l’examen conventionnel du sperme et améliorer sa fiabilité.
Ainsi, les méthodes microscopiques conventionnelles pourraient peu à peu être complétées
par les méthodes d’analyse assistées par ordinateur (déjà utilisées ponctuellement), les
colorations fluorescentes et les tests d’interaction spermatozoïde-ovocyte. L’intérêt de ces
tests fonctionnels a été souligné dans de nombreux laboratoires et l’Organisation Mondiale de
la Santé les a inclus dans son manuel de laboratoire sous la catégorie des « tests
fonctionnels ».
Les systèmes d’analyse assistée par ordinateur permettent d’analyser de nombreux paramètres
(tels que la concentration, la motilité, la vélocité et la morphologie du spermatozoïde) sur un
grand nombre de spermatozoïdes avec une grande répétabilité. La méthode a été décrite dans
le paragraphe 3.3.23. Cependant, de nombreux biais peuvent exister. C’est pourquoi, la
standardisation et les contrôles qualité sont des pré-requis essentiels. La formation de
l’opérateur est également primordiale pour assurer la fiabilité et la répétabilité des résultats.
La comparaison avec des méthodes manuelles qui ont démontré leur précision et leur fiabilité
est essentielle (par exemple la concentration de l’éjaculat évaluée à la cellule
81
hématimétrique). Les méthodes d’utilisation du système doivent être parfaitement définies et
clairement décrites, enfin, le traitement des échantillons à analyser (protocoles de lavage,
centrifugation, fixation et coloration) doit être standardisé. Toutefois, même s’ils peuvent
apporter une certaine objectivité en comparaison à l’examen manuel du sperme, ces
analyseurs évaluent les mêmes paramètres que ceux évalués classiquement par l’opérateur, la
question de la relation entre les paramètres mesurés et la fertilité reste entière.
Actuellement, en France, très peu de centres d’insémination artificielle bovine sont équipés
d’appareils d’analyse du sperme assistée par ordinateur en raison notamment de leur coût.
Trois centres d’insémination artificielle disposent de cet équipement il s’agit des centres
Gènes Diffusion Optimal (coopérative du Nord), de l’URCEO (grand Ouest) et de l’un des
centres d’Amelis (Normandie-Mayenne). Les analyseurs automatiques apportent des
précisions utiles concernant la motilité et la morphologie, avec une bonne répétabilité.
Cependant, ils ne peuvent pas se substituer entièrement à l’examen séminologique classique
et ne permettent pas de classer les taureaux comme « satisfaisant » ou « insatisfaisant » pour
la production de sperme l’examen précédant la phase de testage (Palmer, C.W. Barth, A.D.
2003).
82
Bien que l’utilisation de CASA (Hamilton-Thorn) soit validée dans l’espèce canine depuis
2001 (Iguer-ouada et Verstegen, 2001), ce système n’est pas utilisé actuellement, en France,
dans les 4 centres d’insémination, en raison du coût élevé de l’équipement et du faible
développement de l’insémination artificielle en semence congelée.
Au cours des dix dernières années, différents marqueurs fluorescents ont été développés pour
tester les capacités fonctionnelles des spermatozoïdes : intégrité de la membrane plasmatique,
capacitation, réaction acrosomique et niveau de condensation de la chromatine.
L’interprétation des tests basés sur l’utilisation de marqueurs fluorescents nécessite le recours
à la microscopie à fluorescence ou à la cytométrie de flux.
83
Les cellules sont aspirées par un système de pompe et envoyées une à une devant un faisceau
laser qui permet de les mesurer ou d'évaluer des paramètres cellulaires. Les signaux relatifs
aux propriétés optiques intrinsèques de la particule analysée ou à sa fluorescence sont séparés
par des filtres optiques (filtres dichroïques) et collectés par des photo-multiplicateurs (PMT)
Ces informations sont transmises à un ordinateur qui les transcrit. La lumière diffractée
mesurée en face du rayon laser permet d'évaluer la taille des cellules (paramètre FSC). La
lumière diffractée, mesurée à 90° (paramètre SSC) donne une mesure de la granulosité de la
cellule, c'est-à-dire de la complexité interne de la cellule considérée. L'utilisation de
fluorochromes (colorants fluorescents) permet de détecter, de manière spécifique, la présence
de certaines molécules, on choisit le fluorochrome en fonction du marqueur que l’on veut
mettre en évidence.
De nombreux fluorochromes peuvent être utilisés pour évaluer l’intégrité membranaire : par
exemple la combinaison Carboxyfluorescein diacetate (CFDA) et Propidium Iodide (PI) ou
encore carboxymethylfluorescein diacetate (CMFDA), Pisum Sativum Agglutinin (PSA) et PI
ou l’association SYBR-14 et PI. La plupart des réactions de ces combinaisons de
fluorochromes sont temps-dépendantes car elles sont basées sur la conversion enzymatique
d’un substrat en un produit fluorescent. Dans le cas de l’association SYBR-14 et PI, on ne
constate pas de relation de type temps-dépendante car ces molécules se lient à l’ADN du
spermatozoïde qui est un constituant stable (Garner et Johnson, 1995).
84
L’examen en microscopie à fluorescence révèle que les spermatozoïdes vivants sont colorés
en vert par le SYBR-14 qui s’intègre à l’ADN. Cette molécule est capable de pénétrer à
travers la membrane plasmique de cellules intactes. Les spermatozoïdes morts ayant perdu
leur intégrité membranaire sont colorés en rouge par le PI. Enfin, on distingue une troisième
population de spermatozoïdes colorés à la fois en vert et en rouge, il s’agit des spermatozoïdes
moribonds dont la perméabilité membranaire est altérée. La Figure 17 illustre l’aspect en
microscopie à fluorescence d’un mélange de spermatozoïdes morts et vivants colorés avec le
mélange SYBR et PI (Garner et Johnson, 1995).
Figure 17 : Spermatozoïdes morts et vivants colorés avec le mélange SYBR et PI (Garner et Johnson,
1995).
Cette coloration a été validée dans 6 espèces différentes : bovin, porcin, ovin, lapin, souris et
homme (Garner et Johnson, 1995). En comparaison à la coloration à l’éosine-nigrosine,
SYBR-14/PI est une méthode beaucoup plus sensible qui permet de mettre en évidence
des dommages membranaires subtils.
85
permet la libération du contenu enzymatique de l’acrosome et par conséquent la pénétration
de la zone pellucide.
Une réaction acrosomique trop précoce (réaction acrosomique spontanée) ne permet pas au
spermatozoïde de se fixer à la zone pellucide. A contrario, un spermatozoïde n’ayant pas
effectué sa réaction acrosomique ne peut pas fusionner avec l’ovocyte. La réaction
acrosomique est induite in vivo par plusieurs molécules, notamment par la progestérone
sécrétée par les cellules du cumulus oophorus. La liaison du spermatozoïde à la ZP3 va
également activer des récepteurs intraspermatiques et déclencher des voies enzymatiques
impliquées dans la réaction acrosomique (Patrat et al., 2000).
Pour évaluer la qualité du sperme le test le plus pertinent consiste à déclencher la réaction
acrosomique et à estimer la proportion de spermatozoïdes vivants qui sont capables
d’effectuer ce processus. La réaction acrosomique est généralement déclenchée par
l’incubation avec un ionophore calcium (A23187) et de la progestérone. Le statut acrosomial
peut-être évalué à l’aide de colorations non fluorescentes telles que l’éosine-nigrosine, le
giemsa, la triple coloration bleu de trypan/ marron bismark/ rose bengale ou encore le
Spermac®. Cependant, récemment, plusieurs marqueurs fluorescents du statut acrosmial ont
été validés (Cross et Meizel, 1989).
86
fonctionnels importants chez de nombreux mammifères. L’évaluation du statut
acrosomique pourrait être complémentaire des méthodes classiques d’analyse de la
qualité du sperme cependant ce test fonctionnel n’est pour le moment pas employé en
routine.
4.2.2.4 Capacitation
Par conséquent, la capacitation peut être évaluée par analyse assistée par ordinateur du
mouvement du spermatozoïde, une hyperactivité signifie que la capacitation a eu lieu.
L’induction de la réaction acrosomiale, le test de fixation à la zone pellucide et le test de
pénétration d’ovocytes de hamster dépellucidés peuvent également mettre en évidence,
indirectement, les spermatozoïdes capacités (Rijsselaere, 2005).
87
L’interprétation de ces tests dans un contexte clinique est actuellement peu maitrisée.
Par conséquent, la capacitation n’est pas un critère pris en compte couramment dans
l’analyse de la semence.
Des tests d’évaluation de la structure de la chromatine ont été mis au point (Sperm Chromatin
Structure Assay = SCSA). Il s’agit d’une méthode de cytométrie de flux qui mesure le degré
de dénaturation de l’ADN et évalue ainsi de façon objective l’intégrité de la chromatine. Cette
technique est basée sur l’hypothèse selon laquelle la chromatine endommagée est plus
sensible à la dénaturation. Dans un premier temps, les spermatozoïdes sont soumis à un
traitement acide capable de dénaturer l’ADN si la chromatine est endommagée. La coloration
à l’acridine orange (qui s’intercale dans l’ADN et produit une réaction fluorescente) permet
de mettre en évidence le degré de décondensation de la chromatine.
88
Figure 18 : Test à l’acridine orange appliqué à des spermatozoïdes de taureau (Martins et al., 2007).
Les spermatozoïdes dont la chromatine est intacte apparaissent verts car l’acridine orange
intégrée à l’ADN double brin émet une fluorescence verte. Les spermatozoïdes dont la
chromatine est endommagée apparaissent rouges car l’acridine orange liée à l’ADN simple
brin émet dans le rouge.
89
Chromatin Structure Assay pour l’étude de la chromatine. Ces tests sont avant tout utilisés en
cas de fausses couches à répétition, de stérilités inexpliquées et d’échec lors de tentatives de
Procréation Médicalement Assistée.
Pour réaliser ce test, la semence est mélangée à une solution hypotonique dont la composition
et l’osmolarité sont déterminées pour chaque espèce. Le mélange est incubé à 37°C, puis les
spermatozoïdes sont observés au microscope à contraste de phase. Les spermatozoïdes dont la
membrane est intègre se déforment. Ces spermatozoïdes se reconnaissent à leur flagelle qui se
recourbe ou s’enroule. Selon la forme qu’ils prennent, ils sont classés en sept catégories de
« a » à « g » (Figure 19).
90
Figure 19 : Modifications morphologiques des spermatozoïdes soumis au test hypoosmotique. (D’après
Jeyendran, 1984).
Les études sur la réponse au test hypoosmotique et sa relation avec la fertilité sont
divergentes. Il existe une corrélation entre la réponse au test hypoosmotique et la fécondation
in vitro chez l’homme (Van Der Ven et al., 1986) cependant aucune corrélation n’est
clairement établie avec le test de pénétration de la zone pellucide (Rogers et Parker, 1991). La
relation entre le test hypoosmotique et la fécondation in vivo reste à démontrer. Une meilleure
connaissance des conditions de réalisation de ce test (osmolarité, temps d’incubation et
température) est nécessaire avant que ce test hypoosmotique ne soit utilisable en routine (Van
Der Ven et al., 1986 ; Bacinoglu et al., 2008).
91
4.2.4 Test d’interaction spermatozoïde-ovocyte
La fixation du spermatozoïde à la zone pellucide est une étape cruciale dans la fécondation
(Töpfer-Petersen et al., 2000). C’est pourquoi, l’évaluation de la capacité des spermatozoïdes
à se lier à la zone pellucide peut constituer un indicateur du potentiel de fertilité du
spermatozoïde. Cette étape fait intervenir une interaction de type ligand-récepteur entre le
spermatozoïde et la zone pellucide et les tests de liaison des spermatozoïdes à la membrane
pellucide pourraient permettre de détecter des dommages au niveau moléculaire (Liu et al.,
2004).
La capacité de liaison à la zone pellucide peut être évaluée par deux types de tests :
- le premier utilise des ovocytes intacts homologues (c'est-à-dire provenant d’une
femelle de même espèce que le mâle), il s’agit du test de fixation à la zone pellucide
(Zona Binding Assay = ZBA).
- Le second utilise des ovocytes homologues sectionnés en deux parties, il s’agit du test
des demi-zones pellucides (ou Hemi Zona Assay = HZA).
Ces tests nécessitent une grande disponibilité d’ovocytes. Dans l’espèce bovine, les ovocytes
peuvent être récupérés à l’abattoir, alors que dans l’espèce canine, ils sont le plus souvent
récupérés suite à des ovariectomies ou autopsies. Chez l’homme, les ovocytes destinés à la
fécondation in vitro mais n’ayant pas été fécondés, des ovocytes prélevés sur des ovaires
après ovariectomie ou post mortem peuvent être utilisés pour ces tests. Ces ovocytes peuvent
être conservés pendant plusieurs semaines dans des solutions salines concentrées
(Yanagimachi et al., 1989).
Pour le test ZBA, les ovocytes entiers sont incubés avec les spermatozoïdes d’un individu
« test » et d’un individu « contrôle ». Les spermatozoïdes « tests » et les spermatozoïdes
« contrôle » sont marqués par des fluorochromes de couleur différente. Les spermatozoïdes
fixés à la zone pellucide sont comptés en microscopie à contraste de phase ou en microscopie
à fluorescence (Braundmeier et al., 2002). Ce test requiert un grand nombre d’ovocytes
(Mayenco-Aguirre et Pérez-Cortés, 1998) en raison des variations liées à l’ovocyte.
Ces variations peuvent être en partie compensées par le test des demi-zones pellucides,
pratiqué sur des ovocytes bisséqués par micromanipulation. Chaque partie de l’ovocyte est
92
incubée séparément soit avec le sperme à tester soit avec le sperme d’un individu « contrôle »
dont la fertilité est avérée. Cette technique permet d’utiliser moins d’ovocytes, mais elle
requiert du temps et une grande technicité de l’opérateur (Liu et al., 2004).
Des études mettent en évidence une corrélation entre le test « Hemi-Zona Assay » (HZA) et
les taux de succès de la fécondation in vitro chez l’homme (Franken et al., 1993 ; Oehninger
et al., 1997) et chez le chien (Mayenco-Aguirre et Pérez-Cortés, 1998). Cependant dans
l’espèce bovine, les résultats sont controversés. Fazeli et al (1997) ont mis en évidence une
corrélation significative entre les tests HZA et les taux de retour en chaleur à 56 jours alors
qu’une autre étude n’a pas observé de relation entre la liaison à la zone pellucide et la fertilité
des taureaux (Braundmeier et al., 2002).
93
Figure 20 : Technique de suppression des spermatozoïdes liés à la zone pellucide (d’après Liu et al., 2004)
Les ovocytes préalablement mis en contact avec des spermatozoïdes sont aspirés avec une
pipette de diamètre légèrement inférieur à celui de l’ovocyte. Ainsi, seuls les spermatozoïdes
ayant pénétré dans l’ovocyte restent ancrés dans celui-ci, alors que les spermatozoïdes
simplement liés à la zone pellucide sont détachés (Figure 20). Cette méthode est précise et
efficace pour évaluer la pénétration des spermatozoïdes (Liu et al., 2004).
Dans l’espèce canine, la fécondation in vitro n’est pas maitrisée (Rijsselaere, 2005).
Cependant la particularité spécifique est que les spermatozoïdes canins capacités sont
capables de pénétrer des ovocytes immatures. La microscopie à fluorescence permet de
détecter 98% des spermatozoïdes ayant pénétré l’ovocyte (Hewitt et al., 2001). La technique
de pénétration de l’ovocyte est reproductible et corrélée à la mobilité (Rijsselaere, 2005).
Cette méthode a été validée pour évaluer l’aptitude à la congélation du sperme dans l’espèce
canine.
Chez le taureau, les taux de fécondation in vitro sont corrélés à la fertilité in vivo évaluée par
les taux de non-retour dans l’étude de Marquant-Le Guienne et al. (1990). L’étude de
Shamsuddin et Larsson (1993) confirme la relation entre la fertilité estimée par l’Insémination
Artificielle et la première division cellulaire suivant la fécondation in vitro. Cependant,
94
d’autres études (Schneider et al., 1999) montrent que le taux de division cellulaire après
fécondation in vitro n’a aucune valeur prédictive de la fertilité in vivo. En outre, l’individu
constitue une source de variation considérable dans le taux d’ovocytes fécondés et le
développement embryonnaire (Shamsuddin et Larsson, 1993). Le test de fécondation in vitro
semble être une piste intéressante pour prédire la fertilité in vivo, cependant, la standardisation
et la validation des protocoles est nécessaire avant que ce test soit applicable en routine dans
l’espèce bovine.
Les tests de fécondation in vitro homologues (ovocyte et sperme appartenant à des individus
de même espèce) ne sont pas toujours évidents à réaliser en raison de la faible disponibilité
d’ovocytes. C’est pour cette raison que le test de pénétration d’ovocytes d’hamster doré
dépellucidés a été développé en 1976 (Yamagimachi et al., 1976). Ces ovocytes dépellucidés
peuvent être pénétrés par des spermatozoïdes de n’importe quelle espèce pourvu que ceux-ci
aient subi la capacitation et soient capables d’effectuer la réaction acrosomique (Wolf et
Sokoloski, 1982). De nombreux procédés de préparation du sperme et d’incubation des
spermatozoïdes avec les ovocytes ont été développés. La littérature est divergente quant à la
valeur prédictive de ce test de fécondation hétérologue (ESHRE, 1996).
4.2.5 Conclusion
Les tests fonctionnels qui semblent les plus applicables sur le terrain sont les tests
d’évaluation de l’état de condensation de la chromatine. L’ensemble des marqueurs
fluorescents constitue une perspective intéressante mais les coûts liés à l’utilisation de la
cytométrie de flux limitent leur développement. Les tests d’interactions ovocyte-
spermatozoïdes nécessitent validation et standardisation avant d’être applicables sur le
terrain.
95
96
CONCLUSION
Chez l’homme, l’examen du sperme est réalisé dans des structures hospitalières, bien souvent
dans un contexte pathologique. Les enjeux médicaux sont importants et il convient d’adapter
l’examen du sperme au contexte clinique. Les recherches et les avancées technologiques sont
nombreuses, certains tests fonctionnels tels que les tests d’évaluation de la structure de la
chromatine sont utilisés sur le terrain. La littérature débat de leur intérêt en clinique bien
qu’ils permettent d’approfondir la physiopathologie de l’infertilité. Les spécialistes (ESHRE,
1996) s’accordent pour dire que l’ensemble des tests fonctionnels nécessite validation et
standardisation avant de pouvoir être utilisés en routine.
Chez les animaux de rente, les avancées technologiques sont dépendantes de la bonne santé
économique de la filière. Différents enjeux émergent aujourd’hui dans la filière de
l’insémination artificielle bovine, il s’agit notamment de l’amélioration de la fertilité femelle
et de la sélection assistée par marqueur. La recherche en andrologie est aujourd’hui tournée
vers la détermination de marqueurs corrélés de façon significative à la fertilité. Les recherches
appliquées à la filière de l’IA bovine n’ont pas permis pour le moment d’identifier de
marqueur fiable car les paramètres étudiés ne sont pas suffisamment corrélés à la fertilité in
vivo. Néanmoins, la mise en place de la traçabilité des paillettes de semence congelée
constitue une avancée considérable qui pourrait avoir d’importantes conséquences à court ou
moyen terme.
Dans l’espèce canine, l’examen de la semence a lieu dans des structures universitaires qui
tentent de développer l’activité, mais le marché est restreint. Les enjeux dans l’espèce canine
concernent essentiellement l’amélioration de la fertilité chez la femelle, la maitrise des cycles
et de la fécondation in vitro. Cette filière pourrait cependant bénéficier à l’avenir des avancées
technologiques développées chez les autres espèces.
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Toulouse, 2008
RESUME :
L’évaluation de la qualité du sperme est indispensable pour son utilisation
en insémination artificielle et dans les techniques de procréation
médicalement assistée.
Les enjeux et les finalités de l’examen de la semence sont fondamentalement
différents dans les espèces bovine, canine et humaine.
Cette étude décrit et compare les méthodes d’évaluation de la qualité du
sperme utilisées en pratique dans des centres spécialisés en France et les
critères de conservation et d’élimination de la semence. Enfin, ce travail
évalue les limites de ces méthodes et envisage de façon prospective les
avancées technologiques, notamment la cytométrie de flux.
ABSTRACT :
Semen quality assessment is necessary in Artificial Insemination and
Assisted Reproductive Technologies. Objectives and stakes of semen
examination are basically different in bovine, canine and human species.
This study describes the different methods of semen quality assessment in
laboratories considered as references in France for the 3 species. This study
establishes the similarities and differences in evaluation of semen quality in
the different species and compares the criteria for conservation or
elimination of an ejaculate in the artificial insemination business. Lastly,
this thesis discusses the limits of conventional methods and evocates the
technical improvements that could be developed in the future.
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