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Pénétromètre L'hétérogénéité: Le Et Des Urb Ains

Le pénétromètre dynamique léger est un outil efficace pour l'investigation des sols urbains, permettant d'analyser l'hétérogénéité des couches archéologiques. L'étude compare les perspectives géotechniques et archéologiques, en évaluant la pertinence des signaux pénétrométriques pour des questions archéologiques. Les résultats montrent que cet outil peut améliorer la connaissance des sédiments anthropiques et aider à définir des stratégies de fouille.

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Pénétromètre L'hétérogénéité: Le Et Des Urb Ains

Le pénétromètre dynamique léger est un outil efficace pour l'investigation des sols urbains, permettant d'analyser l'hétérogénéité des couches archéologiques. L'étude compare les perspectives géotechniques et archéologiques, en évaluant la pertinence des signaux pénétrométriques pour des questions archéologiques. Les résultats montrent que cet outil peut améliorer la connaissance des sédiments anthropiques et aider à définir des stratégies de fouille.

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Le pénétromètre

et l'hétérogénéité des sols


arché olo gique s urb ains

l.ql Le pénétromètre dynamique léger est un moyen de


D. B.REY.SSE
IE reconnaissance bien adapté aux sols urbains. La finesse
H. N'o:3?: l=
lul de son échelle d'investigation nous a conduits à étudier
l.Sl sa contribution potentielle à I'archéologie urbaine. LJne
lÉ, fouille urbaine fournit le cadre de l'étude pratique. Les
(Jniversité Bordea; i visions géotechnique et archéologique de I'hétérogénéité
33405 Talence Cedex sont comparées, puis on analyse dans quelle mesure le
denyso.rï-r?;iiei; signal pénétrométrique peut être pertinent pour des
questions archéologiques. Les questions d'échelle
d'analyse et de répétabilité des mesures font l'objet d'une
attention particulière. A l'échelle de 5 cm, une coupe de
X. RODIER terrain est reconstruite sous la forme d'un code-barre. A
--- - - -
_;
I'inverse, I'analyse statistique de Ia résistance de pointe
au sein de formations reconnues homogènes d'un point
;Hrç*ll$l! de vue archéologique permet de révéIer un contraste
A. HURENT interne au sein des couches concernées. Enfin,
LAT, UMR 6575 l'épaisseur des sédiments anthropiques est évaluée.
cN4r univers{;
;}3i3 Ti; Mots-clés : archéologie, pénétromètre dynamique,
[email protected] strati graphie, hétéro généité s.

Penetrometer and heterogeneity


0f urban archaeological soils

t+, Light dynamic penetrometer is a well fitted tool for soil


It,
t(o mechanical investigation on urban sites. The fineness of the
IL
l+,
Ita
investigation scale makes it a suitable candidate for urban
l-o archaeological investigations. The study is conducted on a real
t< urban site. The way geotechnicians and archaeologists identify
heterogeneities is described, thus the relevancy of the cone
strength signal for archaeological investigations is studied.
Questions of scale of fluctuation and repeatability are adressed.
At a 5 cm scale, logs are built, giving a contrasted picture of a
vertical panel of soil. Reversely, the statistical analysis of
strength within seemingly homogeneous layers from an
archaeological point of view reveals a certain contrast at a lower
scale. Finally, depth of anthropic layers is estimated.
Key words i archaeology, dynamic penetrometer,
inhomogeneities, stratigraphy.

43
REVUE FRANçAISE DE GÉOTECHNIQUE
N. 100
3e trimestre 2002
G
Introduction Une fouille urbaine
Pour l'archéologue comme pour le géotechnicien en comme obiet d'études
matière de reconnaissance, l'hétérogénéité est au
centre de la démarche scientifique. L'un des objectifs
majeurs de la reconnaissance est d'identifier des
couches < homogènes ). En fait, Ia perfection n'existe
W
pas et l'homogén étté n'est qu'une question de degré : La fouille de Saint-Julien à Tours
dans un milieu aussi complexe que les couches superfi-
cielles de sol urbain, les couches sont des ensembles Le site de Saint-Julien, dans le centre de la ville de
définis par une relative similitude des propriétés dans Tours, fait l'objet d'une campagne de fouilles archéolo-
chaque ensemble et un relatif contraste entre giques d'une durée de quatre ans (2000-2003). Des
ensembles (Heuvelink, Webst er, 2001). échanges noués au sein du GIS a Sol urbain > entre
L'identification de ( couches homogènes l, entités archéologues, géophysiciens et géotechniciens (Barles
de base, et de leurs frontières repose donc sur une ana- et a1.,1999) est née l'idée d'une coopération scientifique
lyse des contrastes de propriétés. On attachera à une autour de cet objet d'études.
( couche homogène > des propriétés spécifiques, rela- La zone fouillée couvre une surface utile d'environ
tives à sa nature physique ou à son comportement 230 m2 et l'espace accessible aux reconnaissances non
mécanique pour le géotechnicien, à son mode de destructives est environ deux fois plus étendu. La
constitution pour l'archéologue. connaissance de ce secteur de la ville est faible. Plu-
Le géotechnicien dispose d'outils pour opérer cette sieurs hypothèses doivent être retenues pour les
construction mais les procédures demeurent souvent douze premiers siècles de notre ère . La fouille peut se
informelles, même si des travaux récents permettent de situer soit sur la terrasse alluviale qui borde le lit
construire de façon automatique ou semi-automatique mineur de la Loire, soit sur la grève qui descend en
une image discrète - et simplifiée - du sous-sol (Ferry, pente douce vers ce lit mineur. Du Ie' au IIIe-IV. siècle, .

1996; Kumar et a1.,2000; Moussouteguy, 2002). on peut donc y trouver soit des habitats ou des édi-
fices publics, soit des aménagements de berge, sous
L'archéologue dispose de la fouille pour procéder à la forme de terrasses ou de structures de rive. Du III.-
des observations et des mesures très fines. Il parvient à IVe au xIIe siècle, on attend une séquence d'occupation
y repérer des zones (unités stratigraphiques) d'épais- domestique avec des constructions en matériaux
seur centimétrique, la reconstruction de l'image finale périssables, des phases d'abandon et de mise en cul-
reposant en général sur une vision globale du site, et ture. Ensuite, on sait le site occupé par f infirmerie et
utilisant, sans les formaliser, ressemblances, corres- les jardins de l'abbaye, ce que la fouille des années
pondances et corrélations (Galinié, 1999). 2000-2001 a confirmé.
La symétrie de ces questionnements et de ces Au début de la campagne de reconnaissance, le site
approches nous incite à les mener de front sur un site occupe une partie de jardin public, avec une couverture
commun, en employant un matériel commun : le péné- en graves compactées récentes, la construction de ce
tromètre léger. jardin étant postérieure aux bombardements de la
Une première attente est une meilleure connais- Seconde Guerre mondiale.
sance, en préalable à la fouille, de l'épaisseur de ce que Les recoupements avec des zones voisines laissent
les géotechniciens appellent le remblai et les archéo- espérer une épaisseur de sédiments anthropiques de 5
logues le dépôt archéologique. lJne connaissance préa- à 6 mètres avant de rencontrer les terrains naturels.
lable fine de l'épaisseur de ce dépôt et,, mieux, de sa L'exploration de ces sédiments anthropiques, que le
constitution est une aide précieuse à la définition de géotechnicien qualifie souvent de < remblais divers l,
stratégies de fouille. Le recours à des forages méca- constitue l'un des enjeux du travail.
niques ponctuels a ainsi permis récemment, sur des
sites ruraux, d'estimer la profondeur du substratum IJne campagne de mesures géophysiques, en parti-
géologique et l'épaisseur du gisement archéologique culier par prospection électrique, a été entreprise
(Martinaud et al., 1999). On pourrait aussi effectuer avant ouverture de la fouille. Les mesures révèlent un
quelques sondages géotechniques en dehors de très fort contraste entre les terrains superficiels, à forte
l'emprise de la fouille pour fournir des informations résistivité sur une épaisseur de 1à 2 m et les terrains
complémentaires à celles recueillies par l'archéologue sous-jacents. Ce contraste nuit à Ia résolution de la
dans la zone excavée.
technique à l'intérieur des sédiments historiques. Sur
la zone explorée (14 m x 30 m) on distingue, à faible
Le deuxième intérêt est plus spécifique au pénétro- profondeur, une a bande > de quelques mètres de
mètre géotechnique : disposer d'un volume de terrain large de terrains moins résistants qui traversent le site
dans lequel on peut multiplier les sondages a priori et selon un axe sud-est/nord-ouest. Plus en profondeur
fouiller a posteriori permet de tester les capacités de la (6 m), les terrains semblent plus conducteurs à l'ouest
reconnaissance pénétrométrique et d'éprouver les qu'à I'est, mais les contrastes demeurent limités. La
limites des modèles de variabilité spatiale des sols couche de surface de remblais récents constitue un
employés en géotechnique statistique. écran qui nuit à Ia propagation du courant électrique et
Nous adopterons tour à tour dans le texte de cet l'interprétation des mesures est délicate. La technique
article le regard de l'archéologue et celui du géotechni- ne permet pas, dans cette situation, d'identifier l'épais-
cien, chacun utilisant sur le site un même dispositif de seur des sédirnents anthropiques (Deshayes et al.,
tl I reconnaissance. 2001).
44
tl
REVUE FRANÇAIsE oE cÉorcctNteuE
N'100
3e trimestre 9002
Nous souhaitons sur ce site préciser comment les Une base peut :
données accessible s via des investigations géotech- d'une action (volontaireJ ou d'un événement
niques peuvent contribuer à améliorer la connaissance - résulter
(plus ou moins naturel) brefs : mélange sur place d'agré-
des archéologues :
gats importés ou déplacés en une seule fois (remblaie-
- avant la fouille, par exemple en précisant les épais- menf épandage de déchets, épandage du produit néces-
seurs de zones informatives ou en fournissant des sairement hétérogène du creusement d'un puits...), ou
informations sur leur extension latérale ou leur qualité ; formés rapidement (déchets de taille de pierre);
- pendant et après la fouille, l'archéologue disposant - s'être constituée peu à peu par modification de sur-
alors d'un outil complémentaire pour étayer certaines faces d'origine par l'usage : à partir d'éléments préa-
hypothèses ou en construire de nouvelles. lablement présents et restructurés (surface de circula-
Le site, par l'occasion qu'il procure de disposer tion constituée par le piétinement d'un remblai
d'une grande quantité de données géotechniques, per- antérieur), ou à partir d'éléments produits par une acti-
met aussi au géotechnicien de valider ses méthodes de vité particulière (cendres, charbons de bois d'un foyerJ.
modélisation de l'hétérogénéité des sols. Il est rare en D'autres éléments peuvent s'agréger en quantités
effet de disposer ainsi, sur une surface aussi restreinte,
moindres à ces bases (tessons, ossements, graviers,
boues...);
de plusieurs dizaines d'enregistrements pénétromé-
triques, c'est-à-dire de plusieurs dizaines de profils de - résulter de facteurs post-dépositionnels: tri et homo-
la résistance locale du terain. généisation par i'activité d'un fonds hétérogène à l'ori-
gine (épierrement d'un sol de culture, nettioyage d'un
sol de terre battue, évacuation partielle des cendres
d'un foyer mêlées au sol alentour), décomposition de
matières organiques, ou bioturbations qui homogénéi-
La vision de I'archéologue sent un ensemble d'US primitivement distinctes et ren-
dent leur identification très difficile.
Pour l'archéologue, l'examen et l'enregistrement de La texture de la base et de ses constituants peut être
la stratification doivent renseigner chacun des points homogène ou hétérogène. Est homogène une base
qui fondent la description interprétative de chaque comportant un seul matériau ou plusieurs matériaux
unité stratigraphique (US) considérée individuelle- (tuiles, briques, mortier, graviers, pierres, tessons, osse-
ment : sâ base, ses constituants, sâ texture, l'activité ou ments...) si la répartition de ces constituants est régu-
l'événement (au sens naturaliste du terme) qui l'a pro- lière. Elle est hétérogène si Ia répartition des consti-
duite. sa fonction. tuants est irrégulière (ex. couche de cendres avec des
La description-interprétation d'une uS s'effectue en concentrations de charbon de bois).
deux volets :

- l'examen de I'US comme élément autonome (zone ffiffiffiffiffi


hétérogène), distinct de celles qui l'entourent, la précè-
dent et lui succèdent (base, constituants, texture) ; Activité, év ênement, fonction
- l'intégration de cette IJS dans les ensembles spatiaux Une US résulte soit d'une activité ou d'un usaoe
(sépulture, mur, structure...) et temporels de plus en particuliers, soit d'un événement naturel :
plus larges (séquence/agrégation, ensemble, état,
phase, période) qu'elle contribue à former avec d'autres - une activité particulière, limitée dans le temps et
l'espace, conduit à ia constitution de couches souvent
US (actiwté / événement, fonction).
typées (déchets provenant de Ia taille de pierres,
couche de mortier solide résultant du gâchage du mor-
llllllliilil.illllllllil:liii:l:lil
tier nécessaire à une construction ; mortier décomposé
provenant de la récupération des pierres d'un mur;
lillll ll ll i:ii'.i''ii ,, ...,.:ji.:.i,:., ..,,:.i:::iii:::i ,'ii iii:iii
'

Base, constituants/ textur e tuiles résultant du tri de matériaux récupérés; apports


de matériaux de remblai; mise en place d'un sol
Une US est constituée d'une base dans laquelle sont consl.ruit intérieur ou extérieur, dallàge, empierre-
inclus des constituants de nature extrêmement variée :
ment...);
minéraux présents sur place à l'état naturel (substrat)
ou importés (actions humaines ou érosion ou allu- - l'occupation ou l'usage d'un espace intérieur ou exté-
vions/colluvions) ; artefacts (éléments culturels) comme
rieur conduit à Ia formation de niveaux de sol nar
accumulation, accrétion d'éléments de provenances
Ia céramique, le verre, les éléments de construction, les
diverses constituant un ensemble stratigràphique plus
objets ; ecofacts qui peuvent être d'origine naturelle
(pollens, parasites de plantes sauvages...) naturalo- ou moins homogène. Les stratifications intérieures,
protégées des intempéries sont le plus souvent plus
anthropique (parasites liés à la présence ou à des acti- fines que les stratifications extérieures et plus facile-
vités humaines...) ou anthropique (ossements, ment identifiables. Les niveaux extérieurs sont parfois
graines...). identifiables comme des sols de cour, des allées, des
La base est perceptible à l'æil, de façon impres- parterres, de la mise en culture, du jardinage... Dans
sionniste. Elle constitue le fond de la couche, donc le le cas des fosses dépotoirs, l'usage se solde par
constituant dominant, très rarement présent de façon I'apport de déchets et souvent par la couverture de ces
exclusive. Les autres éléments présents (tuiles, apports par des couches de terre formant des cou-
briques, pierres, ardoises, mortier, tessons, osse- vercles successifs, jusqu'au remblaiement final, Ie cas
ments...) apparaissent en quantités moindres et sem- échéant;
blent inclus dans la base (base de terre sableuse, de - des phénomènes naturels produisent aussi des
mortier pulvérulent, de déchets de taille de tuffeau, de couches : apports spécifiques liés à un événement à une
graviers...). crue ou à un lessivage (alluvions, colluvions). Ces unités
45
REVUE FRANÇAISE DE GEOTECHNIQUE
N.100
3e trimestre 200p
sont localisées dans la stratification, intercalées avec des dans laquelle on attache à chaque couche, clairement
couches résultant d'activités anthropiques. Il peut aussi distincte des couches voisines, un jeu de paramètres
s'agir d'accrétions liées à I'abandon de bâtiments dont les (épaisseur, densité, raideur, résistance, perméabilité...).
matériaux se déstructurent, que la végétation envahit Parfois, la variabilité spatiale est intégrée par l'ajout
conduisant à la constitution de niveaux où l'activité biolo- d'un intervalle plausible de valeurs ou d'un certain
gique tient un rôle primordial. Ces niveaux peuvent degré de variation des paramètres, mais les hypothèses
atteindre plusieurs décimètres d'épaisseur et ne pas pré- conduisant à un découpage en zones homogènes sont
senter de stratification identifiable. rarement formalisées (Moussouteguy, 2002).
La reconnaissance géotechnique du site de Tours a
ffi largement fait appel au pénétromètre dynamique
PANDA, avec une pointe fixe de 2 cm2 (Sol Solution,
Lecture et interprétation 2000). Celui-ci permet à l'opérateur d'enregistrer la
ActMté, usage ou phénomène sont fonctionnellement résistance de pointe à une profondeur de plusieurs
liés à un lieu et à un moment. Chaque US s'intègre dans mètres et à l'échantillonner très finement (le pas de
un contexte fonctionnel qui la définit ou qu'elle contribue mesure brut dépend de la résistance locale du sol et
à définir: elle prend place dans un lieu, à un moment varie en pratique du millimètre à 2 ou 3 centimètres).
donné. Lieu et moment sont plus ou moins bien identi- Piusieurs études ont montré l'aptitude du pénétro-
fiés, circonscrits et datés selon ]es cas. mètre, et en particuiier du PANDA, à distinguer les
Une US peut être en relation avec un bâtiment variations spatiales de propriétés mécaniques des sols
(niveaux extérieurs contemporains) ou une forme parti- dans des remblais techniques (Deplagne et Bacconnet,
culière d'usage du sol pendant une longue période 1993; Barthélémy, 1999), dans des sols naturels
(cimetière, mise en culture). Elle peut faire partie d'une (Meshalkina et a1.,1995; Lepetit et a1.,2000) voire dans
phase de construction, d'occupation intérieure ou exté- le manteau neigeux (Boissier et Gourvès, 2000). Le
rieure, d'une démolition, d'un abandon, d'un remblaie- pénétromètre a montré son aptitude à contrôler et à
ment, d'un aménagement, d'une réfection, être I'énième distinguer des degrés de compactage (ou de compa-
sol d'une pièce. L'interprétation archéologique permet cité) des terrains, ce qui justifie d'en tester Ie potentiel
de lever incohérences et contradictions, résultant par en reconnaissance archéologique.
exemple du réemploi de matériaux à des périodes ulté- Ici, la question principale concerne l'interprétation
rieures. des données géotechniques, qu'il s'agit de rendre
Chaque unité sfatigraphique doit donc être observée, <lisibles ) pour I'archéologue. Pour prendre l'analogie
décrite et interprétée à différentes écheiles : d'un message secret dont il faudrait découvrir le sens
- celle de sa composition intrinsèque ; caché, on peut dire que les difficultés ont plusieurs ori-
gines:
- celle de l'activité ou de I'événement qui l'a produite ou a
conduit à sa constitution; - l'alphabet dans lequel le message est écrit n'est pas
- celle de la fonction qu'elle remplit dans le contexte spa- connu: quelle trace géotechnique résulte potentielle-
tio-temporel où elle s'inscrit. ment de l'histoire du sol, de sa sédimentation, de son
La zone homogène de l'archéologue, l'unité stratigra- évolution au fil des siècles ? Faut-il s'attacher à des
phique, est une zone tridimensionnelle d'épaisseur valeurs particulièrement faibles ou fortes et quel sens
variable (elle peut aller de moins d'un centimètre à plu- faut-il leur attacher ?;
sieurs décimètres). EIle correspond à une unicité de - la longueur des mots et leurs règles d'assemblage
nature, d'époque et de fonction : carrelage, sol de chaus- sont lisibies par I'archéologue expérimenté sur Ie site
sée, sol de jardin, débris de construction... EIle peut se mais le géotechnicien ne peut pas s'appuyer sur des
distinguer des US voisines par un contraste en termes de règles syntaxiques et grammaticales correspondantes
position spatiale, de couleur ou de texture, de nature (décrivant Ia façon dont les propriétés géotechniques
minéralogique... sont agencées) : à quelle échelle Ia lecture de I'enregis-
En résumé, en archéologie, l'unité stratigraphique ne trement peut-elle Ie rendre plus signifiant ?;
présente aucune constante qui pourrait servir de base à
l'élaboration d'un modèle : ni en épaisseur (dimension
- le message initial a pu être effacé partiellement et
réinscrit du fait de la complexité du site (recreuse-
verticale) ni en étendue (dimension horizontale) ni en ments, comblements, destructions...) : on ne lit pas sim-
horizontalité ni en durée de formation. piement du bas vers le haut;
- Ies erreurs de lecture peuvent altérer I'information
ïil disponible : la sonde géotechnique sollicite le soi et per-
turbe le signal qui y est inscrit; de plus, des bruits de
La vision du géotechnicien mesure sont irréductibles.
La couche homogène du géotechnicien est aussi une Nous allons tâcher de montrer comment, dans
zone tridimensionnelle (mais la dimension verticale est un premier temps, }e géotechnicien peut aborder
souvent privilégiée, les couches étant supposées se pro- l'ensemble des données recueillies et quelle stratégie
Ionger dans la direction horizontale), qui se distingue des d'analyse il peut développer pour résoudre progressi-
couches voisines par un contraste en termes de proprié- vement les difficultés rencontrées. Nous construirons
tés physiques et mécaniques (nature minéralogique et alors une image géotechnique du site, à l'échelle qui
granulométrie, teneur en eau, densité, résistance...). paraîtra Ia plus pertinente. Dans un dernier temps,
L'objectif de f identification de ces couches est de pouvoir nous étudierons comment l'archéologue peut se saisir
alimenter les calculs géotechniques par une description de cette lecture pour en proposer une interprétation
II simplifiée du sous-sol, sous forme de < coupe-type > : éclairée.
4n
tv
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Ïi#fr*fi#*+T.ifii irj#i Campagne de mesures pénérromérriques.
Investigations with penetrometer.

PhaseA:juin2000 1B

Phase B :juillet 2000 10


PhaseC:été2001 34

E déroulée en trois phases (Tableau I). Lors de la pre-


mière phase, le pénétromètre devait traverser envi-
La Teconnaissance au pënétromètre ron un mètre de remblais récents fortement compac-
tés. De nombreux essais ont dû être intemompus sans
dynamique léger et la modélisation que cette couche ait été traversée. Ces essais sont
qualifiés d'inexploitables dans le tableau I, car ils
de l'hétérogénéitë n'ont pas pénétré dans les horizons à intérêt archéo-
Iogique. Dès le démarrage de la prospection archéo-
logique, cette couche superficielle a été déblayée par
ffi un engin de terrassement et les deux phases sui-
vantes ont été conduites sur les seuls sédiments
L'analyse des signaux obtenus sur un profil archéologiques.
pénétrométrique La figure 1 fournit le plan du site et repère les son-
dages. Les figures 2a-2c reproduisent des résultats
La campagne de mesures (Galinié et a\.,2001) s'est obtenus au cours de ces trois phases. On y distingue

Ty'

'25
"20

##ffiPlandelafouille,positionnementdesforagesetdesaxes-repères.
Site map and location of borings.

47
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52 52 52

51 51 51

50 50 50

49 49 49

48 48 48

47 47 47

46 46 46

45 45 45

44 44 44

2a 2b 2c
Trois courbes (signaux bruts) représentatives des types d'essais.
Three curves (rough signals) representative of different kinds of tests.
2a : essai-test 14, phase A, zruo = 51,26 NGF, zinr = 44,56 NGF
2b : essai-test 32, phase B, zr,o= 49,97 NGF, zinf = 44,42 NGF
2c : essai-test 72, phase C, ,ru)= 48,95 NGF, zinr= 45,95 NGF

clairement le remblai supérieur, dans lequel on dis- -quand, au contraire, aucune valeur n'est enregistrée
tingue la présence de deux sous-couches d'épaisseur sur une zone de 1 cm, une valeur est reconstruite par
approximative égale à 50 cm. Lors de la troisième interpolation. Ce cas est rare (il correspond à
phase , la fouille archéologique a progressé à la cote des couches de très médiocres caractéristiques) et
48,9 NGF et avait été abaissée d'environ 2,40 m. Le fond ne modifie pas significativement la variance du
de la fouille demeure très largement au-dessus du signal.
niveau de la nappe, estimé à 44 NGF. Toutes les cotes La figure 3 permet de comparer, sur une couche de
font l'objet de relevés topographiques avec une préci- 50 cm d'épaisseur, l'effet de ce prétraitement dont
sion verticale centimétrique. l'objectif est de compenser les biais d'échantillonnage
La longueur des enregistrements est telle que induits par le pénétromètre . La structure de variabilité
40 essais ont atteint une cote inférieure à 46 NGF (14 en spatiale des propriétés n'est pas affectée mais les dis-
phase A, 10 en phase B, 16 en phase C) et 14 une cote tributions statistiques le sont évidemment, les valeurs
inférieure à 45 NGF. fortes étant moins nombreuses sur le signal reconstruit.
Le pas de mesure pénétrométrique est irrégulier. On peut alors procéder à une analyse statistique des
Pour une énergie à peu près constante fournie à la tige, signaux.
l'enfoncement e varie en fonction de la résistance du La résistance de pointe locale (à I'échelle centimé-
sol. Les variations d'énergie liées au caractère manuel trique) varie de moins de 1 MPa à plusieurs dizaines de
de la frappe n'ont aucune influence, la tête du train de MPa. Si l'on néglige le remblai superficiel, un signal
tiges du pénétromètre étant équipée d'un capteur de représentatif peut être décrit comme étant la combinai-
vitesse : orr en déduit l'énergie cinétique fournie au dis- son d'un signal de base avec des valeurs ne dépassant
positif et la résistance de pointe Qo est calculée par la pas quelques MPa et de perturbations locales où, sur
formule dite des Hollandais :

1 MV2/2 M 0,65
10
eo (MPa) 12

Qo e.-i-Ï--
A M+P 0,67
I r-+-r
-rl.\.--È+l--+--
0,69
où M et P représentent respectivement les masses frap-
pantes et frappées. 0,71

0,73
*#J{
Les données ne peuvent donc pas être exploitées de c-t f-

façon brute, puisque l'échantillonnage est plus dense 0,75


#
dans les zones de sol résistant que dans celles de sol 0,77
n5J'
mou. Un prétraitement consiste donc à régulariser le 0,79

signal originel en construisant un signal échantillonné


au pas constant de 1 cm :
0,81

0,83
,l
- quand plusieurs valeurs sont relevées sur une épais- 0,85
z (m)

seur de moins de 1- cm, ces valeurs sont moyennées. Ce


cas correspond en général au passage difficile d'un iiiiiiiiiii:iiiiiiilriiiii:iliiiiiliiiiiiixi tï iiliii Extrait de signal Qo(z) brut (courbe) et de
obstacle (gravier) et si, en théorie, construire la signal reconstruit (points).
Abstract of a rough signal Q^(z) (curve) and re-
moyenne réduit la variance du signal, il importe built signal (points).
d'abord d'obtenir une mesure significative ;

48
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3etrimestre 2002
quelques centimètres à quelques dizaines de centi- avec dérive. Son analyse permet d'identifier une carac-
mètres, la résistance de pointe peut atteindre, voire téristique essentielle, appelée portée, distance à
dépasser, la dizaine de MPa. Iaquelle on peut considérer que la corrélation spatiale
Ces perturbations locales peuvent être dues à des des propriétés devient nulle. Cette valeur est une indi-
artefacts très ponctuels (quand la pointe bute sur un cation précieuse pour le choix des dimensions d'ana-
caillou), mais elles peuvent aussi être l'indice d'un ves- lyse (Magnan, 19BZ). Son identification repose sur le
tige archéologique (lit de carelage ou de mortier pour choix d'un modèle de variogramme, dont la forme cor-
une faible épaisseur, unité stratigraphique particulière- respond à celle obtenue expérimentalement. Le modèle
ment compacte). A f inverse, on note aussi l'existence sphérique sera employé ici :

de zones de caractéristiques particulièrement


médiocres (inférieures au MPa), sans que l'on puisse ici
en proposer une interprétation. I t-s,h,_1 f!i'l h<a
En partie inférieure, oh ne peut pas discerner (par {h) = { 'lz l;/ z\a l
un contraste significatif de la propriété Q^) la présence L 6- h> a
des alluvions de I-oire, irrégulièremerit constitués
d'argiles, de limons et de sables fins à grossiers, et
donc en déduire immédiatement l'épaisseur des sédi- Ce modèle, d'expression simple, a une forme qui
ments anthropiques. correspond bien à ce qui est souvent observé : un€
croissance presque linéaire jusqu'à une certaine dis-
tance, puis une stabilisation . La tangente à l'origine
W rencontre la droite du palier à un point d'abscisse 2a/3.
En pratique, la valeur que prend le variogramme
La quantification de Ia variabilité spatiale : quand h tend vers zéro n'est pas nulle, du fait en parti-
principes de I'analyse variographique culier des bruits de mesure (variance de mesure). Ce
phénomène est qualifié d'effet de pépite.
L'identification de zones homogènes dans un milieu
désordonné est avant tout une question d'échelle.
Comme l'a montré par exemple Ferry (1996), la notion
d'homogénéité est intrinsèquement liée à l'échelle à
laquelle on étudie les données : à quelle épaisseur de
ffi
sol doit-on affecter les propriétés mesurées ? Selon la La quantification de la variabilité spatiale :
réponse (1 cffi, 10 cm, 1 m par exemple), on obtiendra
une image plus ou moins affinée du milieu, sans que difficultés pratiques
I'une soit nécessairement plus exacte que l'autre. C'est
souvent en fonction de considérations sur l'utilisation
de ce résultat qu'une échelle d'analyse sera privilégiée. i i:,i.::i .,.:.:i:i:iiii..,.,:i:iii:i:::..j...,i t,.:i.,:,i ,,:,i ,,.:i:,,,.,i ,,,ii i:,: i: i::i : :,,ii:,,,:,:,:,.,t,t,;,',,,

Le choix de l'échelle adéquate repose sur une ana- Qualité et fiabniÉ des données
lyse préalable de la structure de variabilité spatiale
(Denis et al., 1997). La géostatistique fournit un cadre La mesure fournie par le pénétromètre est double :

théorique adapté à ce type d'étude. On considère le profondeur de la pointe (par cumul des enfoncements
signal, ici le log pénétrométrique Qo(z), comme la réali- successifs de la tige) et résistance du sol sous la pointe.
sation d'un processus aléatoire dont on analyse la Des incertitudes résultent, au-delà des problèmes de
structure. D'une manière générale, on peut construire précision des capteurs, de l'enfoncement de la tige au
le variogramme (it s'agit en théorie du semi-vario- début de l'essai (un ou deux centimètres d'imprécision)
gramme, le terme de variogramme résultant d'un abus et de la non-verticalité de la tige. En fait, sous l'effet
de langage) expérimental d'ordre 0 en utilisant la for- d'efforts non symétriques , Ia tige métallique flexible
mule: peut sensiblement dévier de la trajectoire rectiligne et
les défauts d'aplomb peuvent être de l'ordre de plu-
ru&,) sieurs dizaines de centimètres à 5 m de profondeur.
I lQ(zi+ h) - Qk)12
1
7(h) = L'incertitude qui en résulte en profondeur est de l'ordre
2I'{(h) ;-1
du centimètre.
D'autres erreurs peuvent provenir d'une rupture
où z, eT" h sont les positions des mesures et Q( ) est la
z, + des tiges, que l'on ne détectera qu'à Ia fin de l'essai,
valeur prise par la réalisation aléatoire de la fonction au lorsqu'elles seront extraites du sol. Dans ce cas, l'essai
point consid eré. La variable h représente la distance ne pourra être exploité qu'avant la rupture.
entre deux mesures. La sommation est étendue à tous Plus gênante est la dépendance de l'analyse vario-
les couples de points (2, , z; + h) distants de h, N(h) graphique à la présence de valeurs ( accidentelles r (on
représentant l'effectif de tels couples de points. qualifie ainsi des valeurs qui, localement, perturbent
La fonction Th) quantifie la perte progressive de sensiblement les signaux de fond). Sur la plus grande
corrélation spatiale d'un signal aléatoire structuré. En partie des profils, on note la présence de valeurs très
termes pratiques, disons qu'elle décrit la façon dont élevées de Qo, souvent limitées à quelques points de
décroît (en général) la corrélation moyenne entre deux mesure successifs. Sans présumer de l'origine de ces
points pris au hasard quand la distance h entre ces perturbations (stimulus archéologique ou artefact géo-
deux points augmente. Le variogramme est en général technique - bloc résistant que la pointe finit par traver-
une fonction croissante de h. Pour les grandes valeurs ser), on peut construire les variogrammes en plafon-
de h, il peut se stabiliser autour d'une valeur finie, cor- nant arbitrairement ces valeurs (par ex. à 5 MPa), ou
respondant à la variance du signal ou, au contraire, encore, procéder à l'analyse variographique des zones
montrer une augmentation régulière, signe d'un signal contenant peu de perturbations.
4g
REVUE FRANçAIsE oE cÉorucHNteuE
N" 100
3e trimestre 2002
Une dernière question concerne Ie caractère local remblai dense de surface), les signaux pénétromé-
de la mesure. On sait que Ia résistance de pointe, affec- triques ne présentent pas sur le site de dérive manifeste
tée à la profondeur de la pointe, résulte en fait des pro- ou systématique. La figure 4 reproduit Ie variogramme
priétés du terrain dans un certain volume au-dessous établi sur l'essai 32 (Fig.2b).
et autour de la base de la tige. Ce phénomène est ana- Le variogramme révèle une portée de l'ordre de
logue à celui de Ia portance des pieux de fondations, 10 cm : au-delà de cette distance, les propriétés mesu-
pour lesquels l'analyse des mécanismes de rupture du rées en deux points du sol peuvent être considérées
sol sous la pointe permet de quantifier le volume de sol comme indépendantes. Au-delà de la portée, l'ordon-
affecté par la rupture. En pratique, il semble raison- née du plateau correspond à la variance mesurée
nable d'affecter la valeur < locale > de Qo(z) à une zone Var(Qo) égale à 1,33 MPa2.
d'environ 5 cm d'épaisseur (en toute rigueur, cette
épaisseur doit dépendre des propriétés locales elles-
mêmes) (Denis ef al., 1.997). ffi
::i:i:i:i:i:i:i:iii:::ii:iiiiiiiiiiiiiiii:;iii:iiiiiiiiiiiiii:ri'ii;i:ii:i;l:r'ir:iiiiiii:i:i: Lapport de l'analyse variographique
sur l'analyse locale des propriëtës
Effets de la dërive sur le signal
Étant donnée l'influence perturbatrice des fortes
Les propriétés des sols (densité, résistance méca- irrégularités sur certains signaux,, nous avons choisi,
nique) présentent usuellement une tendance régulière dans un premier temps, d'identifier la variabilité à
à l'augmentation avec la profondeur, du fait de Ia moyenne échelle (décimétrique) en tâchant de distin-
consolidation sous l'effet des terrains sus-jacents. Dans guer les zones peu perturbées. L'ensemble des don-
ce cas, oh construit le variogramme sur le signal cor- nées (pour les essais des phases A et B) a été soumis à
rigé après élimination de cette dérive (supposée habi- un découpage en tranches horizontales d'épaisseur
tuellement linéaire ou quadratique). Si l'on considère la égale à 50 cm. Pour chaque tranche, nous avons calculé
partie de sol en dessous des cotes NGF 49,9 (sous Ie les valeurs de la moyenne moy(Qd), de l'écart-type S(Qo)
et du coefficient de variation c.v.(Qo) - S(Qo)/moy(Qd),
1,6
avant et après plafonnement des valeurs des pics à
5 MPa. Les zones à forte densité de pics se manifestent
1,4
par des valeurs plus élevées des moyennes et écarts-
types, et par de plus grandes différences entre valeurs
1,2
brutes et valeurs plafonnées. La figure 5 synthétise
quelques-unes des informations ainsi traitées.
Cela nous a conduits à identifier la tranche de sol
située à une profondeur comprise entre 3,00 m et
0,8 3,50 m, soit aux cotes 48,3 et 47 ,B NGF comme celle
dans laquelle }es perturbations locales sont les moins
0,6 fréquentes. Cette tranche est repérée sur la figure 5.
A cette échelle, un signal qui était stable sur plu-
0,4 sieurs mètres de profondeur peut présenter une dérive
significative. La présence d'une dérive locale se traduit
par un variogramme qui croît régulièrement avec la
distance h. Il est préférable d'éliminer cette dérive
avant analyse variographique (Jaksa, 1995). La figure 6
o,2 0,3 0,4 0,5 0,6 reproduit un signal typique et le variogramme corres-
pondant, avant et après correction de la dérive, suppo-
ii-iiiiiiii1iii|iiiiliii|iii:iiii:iili1inr*li*i|ii1.;'
Variogramme de la résistance de pointe sée quadratique sur la tranche concernée. La correc-
établi sur l'essai 32.
Variogram of cone strength on test 32. tion permet de mieux distinguer la structure locale de
corrélation. si elle existe.

4
m(Qc) (MPa)
3,5 s(aa) (M[ra)
\ ).'$ 1\
3
2,5 W\ À/\
2
1,5
1
\ /
\
rw/
4 r-r
0,5 prolonoeur (m ndeur (n
iKd\.\#
0

ffiMoyennem(Qo)etécart-types(Qo)surdestranchesde5ocm,avant(traitfin)etaprès(traitgras)
élimination des pics, pour deux ensembles de forages situés sur les axes médians de la fouille.
Mean value m(Qo) and standard deviation s(QoJ for 50 cm depth layers, before and after (bold line) removing of peaks,
for two groups of borings located on the two main axes of the site.

50
REVUE FRANçAISE DE GEOTECHNIQUE
N'100
3e trimestre 2002
La figure 7 regroupe les résultats obtenus à partir
2
de forages, pour cette tranche de sol. Les forages sont
B
regroupés en deux ensembles :
1,8
1,8
- l'ensemble [1], constitué des forages 13, 1,4, 28 et 34,
situés au centre et dans la moitié ouest de la fouille ; 1.,4
1,2
- l'ensemble [2], constitué des forage s 77 , 78, B0 et 81,
alignés sur un même panneau et situés dans la moitié 1

droite de la fouille. CI,8

Les courbes proviennent, pour ces deux ensembles, de 0,s


deux modes de traitement des signaux :
0,4
4,2
- calcul de chaque variogramme individuel et tracé
d'un variogramme moyen (trait épais) ; 0

- calcul d'un signal moyen et tracé du variogramme de A,Z h {rn) 0,3


ce signal moyen (trait fin).
Le deuxième mode de traitement revient à suppo- Variogrammes moyens dans la tranche
ser que chaque forage constitue une réalisation a\éa- 147,8-48,3 NGFI.
toire de la même variable, il présuppose donc une Mean variograms in the slice 147,8-48.3 NGFI.
homogénéité horizontale à l'échelle de l'ensemble et
conduit à réduire la variance (réduction des cc bruits r
de mesure). Les courbes confirment ces propriétés. Il
est cependant plus intéressant de remarquer que les Le même travail a été mené, pour les mêmes
portées observables sont, dans tous les cas, de l'ordre forages, dans la tranche de sol [45-45,5 NGF], soit à
de 5 centimètres. environ 6 mètres au-dessous de la surface topogra-
phique initiale. Les résultats en sont présentés sur la
Ces variogrammes confirment l'existence d'une cor- figure B. A cette profondeur, il n'est pas impossible que
rélation spatiale des mesures à faible distance verticale, soient atteints les sédiments naturels. Les vario-
pour laquelle deux explications peuvent être avancées :
grammes des deux ensembles présentent des diffé-
a) la corrélation est lntnnsèque aux propriétés du sol, rences manifestes :

dont elle traduit le caractère régionalisé à l'échelle cen- la variance atteinte est très supérieure pour
timétrique ; l'ensemble [2], les forages rencontrant à ce niveau des
b) la corrélation est tnduite par Ie procédé de mesure terrains de résistance très supérieure à celle mesurée
lui-mêffie, comme nous l'avons évoqué en parlant du pour les forages de l'ensemble [1] : les valeurs de Q^(z)
caractère non strictement local de Ia mesure. A ce dépassant 10 MPa traduisent la présence de formatidns
niveau, rien ne permet de trancher entre les deux hypo- différentes, sans que l'on puisse présumer de leur
thèses. nature à la lumière de ces seules informations ;
- la portée estimée pour l'ensemble [1], malgré la dérive
visible, reste de l'ordre de 5 cm, quand elle est voisine
n de 10 cm pour l'ensemble [2].
A la cote de [45 -45,5 NGF],, les terrains rencontrés
par les forages [2] ont des propriétés manifestement
différentes des terrains traversés par les forages t1l.
Guidés par cet[e observation, nous avons réexaminé les
forages de l'ensemble [2] et ceux situés à proximité. Les
enregistrements pénétrométriques révèlent que l'on
atteint une formation résistante à une cote qui varie de
45,6 à 46,1 NGF selon les forages de l'ensemble [2] et
. .o de 46 à 46,5 NGF pour les trois forages voisins (no' 39,
z (m) 42 eT 43) qui, un peu plus à l'ouest, ont atteint le même
horizon. Seul le forage 81 fait exception, la formation
0.8 0.45
résistante n'étant atteinte qu'à la cote 45,3 NGF. Les
(MPa2) autres forages du site n'atteignent pas une telle forma-
o,7 o,4
tion. Seule la progression de la fouille à cette profon-
0,6 0,35
deur nous révélera la cause géotechnique de cette dif-
05 0,3 férence,la présence d'un substratum naturel étant une
o,4
a,x hypothèse plausible.
o,2
0.3

Q,2

0.1
0,15

0,1
ffi
n
0.05
Effets de Ia reproductibilité imparfaite
0
0,1
0,1 o,2 0,3 des signaux et résolution du pénétromètre
Le signal Qo(z) (essai 32) sur 50 cm, le si- I1 n'est pas possible, pour un essai pénétrométrique
ii:riiiriiiiiiriiiiiliiiiiili:riiilliiiiiiitnffiliiir,iillii
gnal corrigé de la dérive locale et les vario- (localement destructif) de répéter l'essai sans changer
grammes correspondants. la position des tiges. De ce fait, la variance de répétabi-
Qo(z) signal (test 32) on 50 cm, detrended signal lité ne peut être qu'estimée :
and related variograms.
- soit en extrapolant le variogramme aux valeurs h voi-
51
REVUE FRANçAIsE or cÉoreclNteuE
N. 100
3e tnmestre 9002
2 20
1,8 18
1,6 16
1,4 14
1,2 12
1 10
0,8 I
0,6 6
0,4 4
0,2 2
0 0
0,05 0,1 0, 1 5 4,25 0,05 0,1 0,15 0,2 4,25

8a 8b

:iiii:i:i:::li:::i:::i:iiliiiliilili::liil:lilliïl:;ri::ifÏ t:: lliii:i: Variogrammes moyens dans la tranche 145-45,5 NGFI : ensemble tll (Ba), ensemble [2] (Bb).
Mean variograms in the slice 145-45.5 NGFI: set [1] (Ba), set [2] (Bb).

sines de 0. Dans ce cas, l'estimation de la variance de La figure 9 présente, pour des données moyennées sur
répétabilité est de 0,15 et 2,45 MPaZ selon les vario- des tranches de 10 cm, les résultats de deux essais (66
grammes considérés ; et71) distants de 20 cm et la moyenne de la série [1]. La
- soit en répétant l'essai en un point immédiatement figure 10 présente les résultats de I'ess ai 71, au pas
voisin du premier essai, mais suffisamment éloigné d'échantillonnage de 1 cm (les parties absentes des
pour que l'cn puisse négliger la perturbation occasion- courbes correspondent aux zones de faible résistance,
née par le premier essai. Dans ce cas, la variabilité spa- dans lesquelles le pénétromètre s'enfonce de plus de
tiale des propriétés du sol à faible distance dans la 1 cm sous un coup de marteau) et la variation de la
direction horizontale (de l'ordre de 20 cm) est une résistance moyenne au même pas d'échantillonnage.
source potentielle de variabilité supplémentaire. La variation de la moyenne avec la profondeur
Lors de la phase C, neuf essais ont été conduits sur (Fig. 10) révèle la structure de variabilité du milieu, une
un panneau de 4 m de largeur et de 3 m de profondeur. fois réduit le bruit de mesure. Cette information est
Six de ces essais sont régulièrement espacés avec un pas plus fine à l'échelle de 1 cm (Fig. 10) qu'à celle de 10 cm
de 20 cm, sur un panneau de 1 mètre de large (série [1] = (Fig. 9b). On y distingue clairement les zones de faible
essais 166-71-72-73-74-671, série l2l = essais t6B-69-701). résistance (par ex. aux profondeurs 20-30 cm) et des
Après un prétraitement pour affecter des valeurs à des pics, que l'on ne peut alors relier à des artefacts de ffie
profondeurs régulières (cf. S 3.1.), les données ont été caillou, puisqu'ils résultent ici de Ia movenne sur
traitées à trois échelles différentes : 1. cm,5 cm et 10 cm. 6 essais.
Les commentaires seront concentrés sur les essais Les coefficients de corrélation r entre deux essais,
de la série [1], pour lesquels le maillage de reconnais- même proches de 20 cm, demeurent faibles (r < 50 %
sance est le plus serré. A l'exception de l'essai 66, ces en gén éral, et même r < 20 % une fois sur deux). Seules
essais atteignent de fortes valeurs de Qo(z) pour des Ies comparaisons entre un essai et la moyenne consi-
profondeurs de l'ordre de 2,60 m à 2,70 m, soit des dérée comme une référence permettent d'obtenir des
cotes inférieures à 46,3 NGF. On retrouve la particula- corrélations significatives (r > 50 % pour 5 des 6 essais).
rité notée plus haut. Comme nous l'avons dit plus haut, les cr défauts de cor-
Les essais peuvent être comparés entre eux et à un rélation ) ont des causes multiples : incertitude de posi-
essai ( moyen ) représentatif de la série. L'essai tionnement vertical, variation latérale du milieu, et bruit
( moyen > présente l'avantage de réduire les effets des de rnesure. Si l'on utilise les corrélations entre les essais
bruits de mesure, et de donner l'image d'un milieu, et la moyenne, on peut estimer la variance irréductible
certes fictif, mais sans doute plus proche de la réalité. à environ 0.5 MPaZ.

10 10
(MPa) tignal moYen et essaiTl a
)o (MPa) essais 66 et 71 a Qo
/\
/ \ /
\ /
"/
7
gO
AA
ra
:
o^^
oô^ r^ a
9o - o o or
o.l ^^o litl eo' oo." ra Aar- ' a a
l;o Y^ a

z (m)
1 2 z(m) 3 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3

Corrélations à l'échelle de 10 cm : essais 66 et71, distants de 2O cm (9a); essai 71 et signal moyen (9b).
Correlations at 10 cm scale: tests 66 and71, at 20 cm distance (9a), test 71 and averaged test (9b).

52
REVUE FRANçAIsE oE cÉorccHNreuE
N'100
3e trimestre 9002
12 de classes sont choisies de façon à avoir des effectifs
10
suffisants et équilibrés dans les classes. Ainsi, les
classes [0, 1] MPa, [L , 2] MPa, 12,41 MPa, 14, ""1 MPa,
contiennent respectivement de l'ordre de 10 % (faible
résistance), 20 % (résistance moyenne), 40 % (bonne
résistance) et 30 "Â (excellente résistance). Le choix des
limites est relativement arbitraire. Il dépend de la forme
des lois de répartition de la résistance et du type de
contraste que l'on veut souligner (veut-on discriminer
z {m) plutôt les couches de qualité médiocre ou de forte résis-
tance ?).
Corrélations à l'échelle de 7 cm entre L'application des seuils sur le signal (Fig . 11) permet
l'essai 77 et la moyenne. de définir des strates de sol de caractéristiques méca-
Correlations between test71 and averaqe at niques homogènes que l'on traduira en nuance de gris
scale 1 cm.
sur f image élaborée.

Cette valeur est conforme à la valeur estimé e via 10


l'analyse variographique. Les conséquences pratiques
sont les suivantes :
Qa (MPa) 1,
lr

- il est rare de pouvoir multiplier les essais dans un voi-


sinage restreint, condition cependant indispensable
pour réduire le bruit de mesure et mettre en lumière la
+ I I
I
variation réellement attachée aux propriétés des sols ; l

ii a /ia r\ /i rA rA
- le fort bruit de mesure oblige à relativiser les résul-
L

jr, a \ 1À.I1 1i\,"à i


tats d'un essai unique. Une variance de 0,5 MPaz cor- Ër1"r rlt^i
a^ Jt' à t- a a
respond à une incertitude d'environ + 1,15 MPa pour -lt-
l'intervalle de confiance au risque de 10 % (soit +
1,64fois l'écart-type) : urr pic ou une valeur faible n'est z (m)
significatif (au niveau de confiance consid éré) que s'il
s'écarte significativement de la valeur régulière ; Application des seuils de 1-2 et 4 MPa sur
le signal de l'essai 71 (pas de 5 cm).
- des variations plus marquées (donc de I'ordre du MPa) Use of 1 -2 et 4 MP thresholds on the signal of
du signal sur une épaisseur de l'ordre du décimètre (soit test 7t (S cm scale).
pour plusieurs mesures consécutives) semblent donc
pouvoir être considérées comme des traces significatives
d'une variation effective des propriétés, qu'il s'agisse
d'une zone significativement plus faible que la moyenne
ou significativement plus forte que la moyenne. En répétant l'opération pour un ensemble de
L'ensemble de ces considérations justifie le traite- forages voisins, on peut ainsi construire f image d'un
ment que nous allons proposer pour construire une panneau vertical de sol, sous la forme d'un rc code-
vue organisée du milieu exploré par le pénétromètre. barre l. Cette image permet de visualiser immédiate-
ment la stratigraphie du terrain, telle que la lit le péné-

E tromètre. La figure 12 rassemble les résultats des essais


du panneau tPzl (cf. Fig.2). La colonne la plus à gauche
de la figure correspond au signal moyen des 6 premiers
Une stratëgie pour construire essais. Sa lecture confirme que la moyenne est un
signal moins agité que les signaux individuels. L'avan-
des coupes géotechniques tage est une moindre sensibilité aux artefacts, f incon-
vénient est le risque de perdre de l'information.
à l'échelle de l'archéologue
Une telle image permet une lecture naturaliste, rela-
tivement proche de celle que l'archéologue peut faire
W sur un panneau de sol en cours de fouille. Sans procé-
der à une interprétation quelconque, la lecture révèle :

Étude des propriétës moyennees - la présence d'une couche médiocre entre 20 eT 40 cm


de profondeur, absente sur les essais 68 et 69 ;
sur des zones de 5 cm
- la présence d'une couche résistante à la base, atteinte
Les variations apparaissent comme significatives entre 2,60 m et 2,90 m de profondeur sur les essais 71 à
dès lors qu'elles respectent deux critères (a) elles 67, cette couche semble a plonger ) vers l'extérieur du
'
concernent une couche de plusieurs centimètres panneâu : elle n'est atteinte ni pour l'essai 66, ni pour
d'épaisseur, (b) elles sont marquées par une différence, les essais 68 et 69 ;
par excès ou par défaut, de quelques mégapascals par - des similitudes intéressantes, telles que la présence
rapport aux vaieurs voisines. de niveaux résistants à environ 1,50 m de profondeur.
Nous proposons un traitement des données qui vise L'interprétation de l'image ne peut être plus pous-
à construire une image représentative des contrastes sée en l'état actuel, car nous ne disposons pas encore
de propriétés que l'on jugera significatifs. L'analyse de du a lexique ) pertinent pour lire le code-barre. Les
la distribution statistique des valeurs locales de Qo(z) informations relevées lors de la prochaine campagne
permet de définir quelques classes simples. Les limites de fouille, quand ce terrain serâ excavé, seronl ù0-
53
REVUE FRANÇAISE DE GEOTECHNIQUE
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3e trimestre 9002
moyenne 6S à 67 66 71 72 68 s9
@
'/.
*,!rtr|:W:!&
WM wàa ,

48 5 hïfiF

48 ri ï{GI;

>4 MIra
/

<l Fa

'

iirà))li)illli;ila

Image r< code-barre > du panneau (bornes à 1., 2 et 4 MPa).


Bar-code of the panel 0imits a|1,2 and 4 MPa).

cieuses. Nous pouvons aussi adopter une posture - un relevé stratigraphique pour chaque section traver-
symétrique en interprétant les mesures géotechniques sée par le pénétromètre, sur une bande de 30 cm de
en partant des observations archéologiques. C'est ce large encadrant le forage. Il comprend un dessin asso-
point que nous allons aborder pour terminer. cié à une description lithologique (texture, porosité et
couleur) de chaque US ou ensemble d'lJS constituant

W une unité lithologique ;


- une photo numérique (en mode macro) de ces sec-
tions pour garder trace de la structure des unités litho-
Le référentiel archéologique et sa relation logiques et stratigraphiques.
a ux don nées géotech niq ues Ces observations de terrain ont été confrontées
dans un premier temps au signal brut des forages. En
prenant l'exemple de l'essai 33, il est difficile, à cette
échelle, de rattacher les irrégularités du signal à la pré-
Contraste visu el et contra ste më,canique sence de certaines unités lithologiques (Fig. 13).

Pour établir un référentiel liant données archéolo-


giques et géotechniques, il est nécessaire de pouvoir :i::i:::::::r:r:::::

décrire ce que traverse le PANDA. C'est pourquoi la a rchéologico- méca n ique


plupart des forages de la phase C ont été implantés en
bord de coupes pouvant être observées - panneau tPll Une autre démarche a été envisagée en partant des
constitué des forages 32 à 36, panneau [P2] constitué observations de terrain. L'ensemble des descriptions
des sondages 66 à 7 4 et panneau tP3l constitué des son- lithologiques a été regroupé dans un tableau selon
dages 75 à 82. La procédure de l'observation visuelle Z4faciès lithologiques se distribuant sur l'ensemble de
fhtl I sur le terrain (après sondage et excavation) est : la stratification mise au jour (cf. Tableau I de l'annexe).
JT
REVUE FRANçAISE DE GEOTECHNIQUE
N" 100
3e trimestre 2002
résistance dp pointe Od en MPa - la résistance d'un faciès }ithologique varie-t-elle avec
44810
la profondeur et l'endroit ?
Tous les relevés et forages étant positionnés avec
une précision altimétrique centimétrique, on peut affec-
ter chaque point du signal pénétrométrique à l'unité
lithologique correspondante. On calcule, pour chaque
US, Ia cote altimétrique moyenne (z),I'épaisseur (Lz),Ia
Itt*r****t n IttT résistance de pointe (Qd) moyenûe, son écart-type
S (Qo) et son coefficient de variation c.v.(Qd). Pour
rrJ;ttiltrlttr
chaque faciès lithologique, on regroupe toutes-les uni-
tés présentant ce faciès et on calcule les moyennes des
Ê variables (2, Lz, moy(Qd), S (Qd), c.v.(Qo)).
tr
o
N On montre ainsi (Fig . 14) que les propriétés des
go
49,1
faciès limono-sableux (réf. 16-02 du tableau I de
â
ir, l'annexe) ont des résistances très inférieures à celles
ar
Ë des faciès < mortier compact ll (réf. 16-20 de l'annexe 1).
r( rliEllrrtrrrlrrl l:;illttf
49,2
lSrlatrtrrl:r ;ITII;:T A I'inverse, des faciès que l'archéologue a l'habitude de
ilf;trttttxtrtrrrr distinguer (par ex. 16-01 et 16-02) peuvent avoir des
tlttlrrltrrlJls:' propriétés très voisines. La résistance pénétrométrique
est donc bien apte, sous certaines réserves, à révéler Ia
nature des couches archéologiques traversées.
En limitant l'analyse aux seuls faciès limono-sableux
bruns (réf. 16-02 du tableau I de l'annexe), les plus fré-
4g,g
quents sur les coupes étudiées, on peut aussi évaluer
l'homogénéité des propriétés de ces formations, et
iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii:iiiiiiiiiiiiiiilH,Hl;iii;s;iiiiir: Confrontation du signal pénétrométrique construire éventuellement des sous-classes, que la
aux frontières des unités directement seule observation visuelle ne permettrait pas de distin-
observables. guer. Le tableau II de l'annexe regroupe l'ensemble des
Comparison between penetrometer signai and
boundaries defined after visual observation. résultats obtenus sur les couches décrites comme rat-
tachées à ce faciès 16-02 (soit 28 unités lithologiques
pour près de 1 000 points de mesure et près de
Cette classification provisoire est destinée à être 10 mètres de sol traversé). On peut distinguer trois
confrontée aux relevéi et forages en cours d'étude. Les grandes familles :

grandeurs et termes utilisés dans la définition des - un ensemble [C] de 15 unités de forte épaisseur (plus
faciès sont ceux usuellement employés par les archéo- de 30 cm), que l'on ne rencontre qu'en dessous de la
Iogues. Ainsi la valeur de la porosité n'est pas celle que cote et sur les panneaux lPzl et [P3] ;
4B,B NGF
mesurerait sur le même sol un géotechnicien [B] de B unités de faible épaisseur (moins
employant les normes géotechniques en vigueur. On - un ensemble
de 25 cm), au-dessus de la côte 4B,B NGF et regroupées
pose les questions suivantes :
dans le panneau [P1] ;
- des points appartenant à un même faciès lithologique
constituent-ils des populations mécaniquement homo-
gènes ?;
cote {rn}
- symétriquement, chaque faciès lithologique possède- 49
t-il des propriétés mécaniques spécifiques ? Quels sont
les faciès que l'on peut éventuellement regrouper? ;
48,9

1
48,8
F(Qd) F€
0,9
0,8 ,{ff 48,7
a,7 /X- trb'2u (morûerJ
0,6 I ;F\** 48,6
0,5 f 16 û2 {limono-sabl*ux)

4,4
48,5
0,3 { {
0,2
{
! 48,4
0,1 /
0
j,f 4&,3
1û 15 zt Qd 25 0 5 10 15
Loi de répartition de Qo pour les faciès |liîîiiiiiïiiiiïiiiifriiillil-liç*lçtiiiiiil Enregistrements pénétrométriques sur
mortier compact > et < limono-sableux )).
<< trois forages voisins.
Cumulative distribution o1 Qo for a compact Penetrometer records on three neighbouring
mortar l and < sandy-limon > patterns. borings.

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N'100
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un ensemble tAl de 4 unités de faible épaisseur remblais anthropiques, ou le contraste à l'intérieur
(moins de 25 cm), au-dessous de la cote 4B,B NGF et sur d'unités lithologiques jugées homogènes d'un point de
le panneau tP1l. vue visuel. Il permet don c a priori de détecter des objets
Seule une unité n'appartient à aucune de ces décimétriques. Certes, le bruit de mesure ne peut être
familles. Ce regroupement n'est fait que sur des cri- négligé mais la facilité à répéter des essais dans un
tères géométriques. Il est donc accessible à l'archéo- proche voisinage permet d'en réduire les effets
logue. Il est intéressant de constater que les résistances néfastes.
moyennes dans les trois familles sont fort différentes, Pour aller plus loin dans I'utilisation du pénétro-
puisqu'elles sont respectivement égales à 1,4;3,9 et mètre en archéologie urbain, il faudra que l'archéo-
2,9MPa dans les familles [A], [B] et tcl. logue puisse élaborer des référentiels pertinents loca-
La mesure pénétrométrique révèle des différences lement (échelles du site, de la ville, de la région) et qui
sensibles entre des unités lithologiques de même faciès tiendront compte des ressources locales en matériaux
mais dont l'organisation spatiale confirme qu'elles et des changements dans les pratiques sociales comme
n'appartiennent pas aux mêmes faits archéologiques. les manières de construire ou d'habiter. Ils permettront
Cette dernière remarque doit être complétée par à l'archéologu€ :

l'observation de la figure 15: si l'on compare les pro- - d'établir des classes de résistance référencées par
fils pénétrométriques dans l'unité 16-02 de trois son- rapport à ses propres classifications du sol urbain,
dages voisins dans le panneau [P2], on note un fort donc selon des types d'activités et d'usage du sol ;
contraste de propriétés au sein de l'unité, avec la pré- - de distinguer les variations stratigraphiques des acci-
sence de bancs plus résistants, que la simple observa- dents. Les premières sont significatives et les seconds
tion visuelie ne révèle pas. Cette vision se confirme doivent être éliminés.
bien sur l'image de la figure 12 et montre comment le On pourra travailler à deux échelles. Selon un pas
pénétromètre semble apte à révéler des contrastes au
centimétrique, l'objectif sera d'établir des classes de
sein de couches apparemment homogènes. Une varia- résistance qui permettent de distinguer les variations
tion de la moyenne de Q, peut être simplement due à la fines de la stratification et d'éliminer chacun des acci-
présence de pics au sein d'un fond plus homogène.
dents que constituent les obstacles rencontrés de façon
aléatoire. Cet objectif nécessitera une connaissance très
E détaillée des constituants locaux des sols urbains et des
signaux émis par leurs différents assemblages, qui sont
Conclusion et perspectives très nombreux. L'utilisation couplée du PANIDA et d'un
endoscope (une image de la paroi du forage est obte-
De quelle manière une vision mécanique peut-elle nue en introduisant une fibre optique dans le forage)
être utile à l'archéologue ? Des enseignements peuvent constitue au moins une phase préliminaire dans l'éta-
être tirés des premiers essais réalisés et de l'exploita- blissement de ces classes de strates. I1 ne peut être
tion des résultats obtenus sur cette fouille urbaine. exclu que l'usage de l'endoscope soit toujours indis-
L'un des intérêts est que la conduite progressive de pensable, à cette échelle centimétrique d'observation.
la fouille permet de développer une stratégie réelle- A un pas décimétrique, on visera, par l'étude de la
ment prédictive (à ce jour i'ensemble du site n'a pas variabilité (du contraste) :
encore été découvert) et de tester la robustesse de la - à distinguer le remblai (dépôt anthropique) du sol
démarche d'analyse. On pourrait croire que la décou- naturel, en supposant que l'on passe d'une situation
verte progressive des couches révèle LA solution, mais contrastée à une situation plus stable lorsque l'on quitte
ce serait oublier que, même découvert, le terrain fait le sol urbain et que l'on pénètre dans le sol naturel. On
encore l'objet d'une lecture archéologique qui ne sau- pourra de la sorte prédire l'épaisseur de Ia stratification
rait prétendre être une référence absolue. C'est par la à examiner avant le début d'une fouille mais aussi res-
comparaison et la complémentarité des regards géo- tituer le modelé du sol naturel d'un site, voire, à terme,
techniques et archéologiques que des conclusions d'une ville, par interpolation et analyse géologique ;
pourront être tirées.
- à évaluer le taux d'activité : sous l'hypothèse qu'une
Le pénétromètre confirme son aptitude à révéler activité intense produit un signal plus contrasté qu'une
des contrastes locaux de propriétés, au-delà d'artefacts activité faible ou répétitive, dont le signal est plus régu-
causés par des accidents non significatifs (présence de lier, l'analyse de la variabilité du signal doit permettre
cailloux). Le traitement variographique conduit à esti- de distinguer les périodes de forte activité et les
mer la portée du signal à 5 cm. Aucune régularité n'est périodes de moindre activité. Une analyse de ce type
décelable aux autres échelles d'analyse. En choisissant sera menée dans les prochains mois sur les données
de traiter les données au pas de 5 centimètres, on a pu relevées dans les < terres noires )), zones situées entre
montrer, sur plusieurs exemples, le potentiel archéolo- 48 et 49 m NGF, d'époque médiévale, et dont la lecture
gique du pénétromètre. Celui-ci semble par exemple archéologique est très difficile du fait d'une grande
apte à révéler le contraste entre le terrain naturel et les homogénéité apparente.


REVUE FRANçAISE DE GEOTECHNIQUE
N" 100
3e trimestre 2002
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Annexel
des faciès lithologiques.
iiiitiiilii:iili;iiiiiiiiiiiii iiriiiiiii Tableau
Table of lithological patterns.

16-01 limono-sableux brun très sableux (porosité > 5 %)


+ graviers + cailloux
16-02 limono-sableux brun sableux (2 % < porosité
< 5%) + graviers + cailloux
16-03 limono-sableux brun + graviers + cailloux
16-04 limoneux + graviers et cailloux T
16-05 limon + pierres
16-06 limon + graviers + cailloux + pieres
16-07 limono-sableux brun clair très sableux + tuffeau -
calcaire - ardoise
16-08 limono-sableux brun clair sableux + tuffeau etlou
calcaire
16-09 limono-sableux brun clair
16-10 limono-sableux marron-bordeaux + charbon de
bois
16-11 limon + charbons de bois
16-12 limon (2 % < porosité < 4 %)
16-13 limon + tuffeau
16-14 tuffeau jaune compact
16-15 tuffeau jaune pulvérulent
16-16 tuffeau jaune + mortier
16-17 tuffeau blanc pulvérulent tassé
16-18 tuffeau + charbons de bois
16-19 tuffeau (blocs)
16-20 mortier compact (souvent à construction)
16-21 mortier pulvérulent
16-22 sable
16-23 carreaux de terre cuite
16-24 ardoises compactées

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Répartition en sous-classes des unités lithologigues du faciès 16-02. L'unité lithologique est repérée par deux
nombres, le premier rappelle le sondage dans leguel elle est identifiée, le second est son numéro dans l'ordre
de succession des unités depuis le sommet de la coupe.
Distribution in families (A-B-C-D) of lithological units of patterns 16-02. Two numbers are given for each unit : the first
one reminds the boring, the second one refers its order with origin at free surface.

35-10 48,69 0,92 0,05 A


34-18 48,60 2,01 0,09 A
37 -1 48,72 0,93 0,09 A
32-15 48,75 1,66 0,25 A
34-14 48,89 2,68 0,17 B
35-6 48,90 1,89 0,09 B
33-16 49,04 4,25 0,10 B
34-B 49,31 5,08 0,06 B
33-B 49,45 5,09 0,09 B
34-6 49,54 5,23 0,25 B
34-4 49,72 4,66 0,07 B
32-1 49,83 1,78 0,24 B
68-2 48,57 3,07 0,30 C
77 -2 48,62 1,97 0,30 C
B0-1 48,67 4,31 0,42 C
66-1 48,63 2,87 0,59 C
72-1 48,65 3,53 0,59 C
73-1 48,65 4,81 0,60 C
7B-2 48,67 224 0,46 C
71-1 48,68 2,25 0,58 C
76-1 48,69 4,43 0,52 C
74-1 48,69 1,89 0,58 C
81-1 48,71 2,56 0,44 C
7 5-1 48,72 2,33 0,51 C
67 -1 48,73 2,73 0,60 C
79-1 48,7 4 1,58 0,47 C
82-1 48,76 3,10 0,48 C
35-1 49,58 3,93 0,64 D

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