1968 In America Kaiser Charles Kaiser Charles
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accrue de l'humiliation de son échec. Elle s'était accrue surtout des
nouvelles qu'elle recevait de Coblentz, du peu de cas que les
meneurs de l'émigration faisaient de l'autorité du Roi, et du peu de
respect qu'ils avaient pour sa personne. Elle ne pouvait guère
ignorer en effet qu'à Bruxelles et à Coblentz on traitait mal ses plus
dévoués serviteurs, comme Breteuil, le maréchal de Castries, M.
d'Agoût [775], qu'on ne la traitait guère mieux elle-même, et qu'il
avait fallu un certain courage à M. de Vaudreuil pour la défendre
contre des récriminations ardentes [776]; qu'on opposait hautement
le parti du comte d'Artois à celui de la Reine [777], et que certains
émigrés avaient poussé l'inconvenance jusqu'à se réjouir
publiquement de son arrestation [778]. N'avait-on pas été jusqu'à
dire à Coblentz que «le Roi, lorsque ses frères lui auraient rendu la
couronne, ne pourrait jamais, sous aucun prétexte et dans aucun
cas, renvoyer un des ministres qui faisaient partie du Conseil nommé
par les Princes, sans l'aveu et le consentement des autres membres
de ce Conseil [779]?» Non pas assurément que ces reproches
d'ambition personnelle doivent s'étendre à tous les émigrés; le plus
grand nombre n'avait été poussé à s'engager dans l'armée des
Princes que par dévouement pour la famille royale et parce que,
après Varennes, ils n'apercevaient pas d'autre moyen de la servir
que là. Beaucoup de braves gentilshommes de province étaient
accourus du fond de leurs campagnes, prêts à verser leur sang
simplement, sans prétention, comme à Fontenoy, comme à
Clostercamps, parce qu'ils voyaient là un devoir à remplir, et que,
dans leur loyal enthousiasme, combattre pour le Roi, c'était toujours
combattre pour la France: politiques à courtes vues peut-être, mais
serviteurs au cœur large et au dévouement sans bornes. Pour eux,
suivant le mot heureux de Mme Swetchine, «le royalisme, c'était le
patriotisme simplifié [780].»
Mais il faut malheureusement convenir que certains chefs de
l'émigration, les meneurs, ceux qui donnaient le ton à Coblentz, «ces
talons-rouges et ces têtes folles,» comme les appelait, avec un
certain dédain, le cardinal de Bernis [781], n'avaient pas des vues si
désintéressées, ni de si naïfs calculs. C'était leur cause autant que
celle du Roi qu'ils soutenaient; c'était leur pouvoir, plus encore que
celui du Roi, qu'ils prétendaient défendre et perpétuer, quel que fût
d'ailleurs le souverain régnant, que ce fût, comme l'avait écrit
Gustave III à Stedingk, Louis XVI, Louis XVII ou Charles X [782]. Dès
1790, un émigré, le baron de Castelnau, «un des plus instruits et
des plus loyaux,» suivant Mounier [783], n'avait-il pas dit, à Vienne,
que «quand même, au milieu d'une contre-révolution, le Roi, la
Reine et leurs enfants seraient sacrifiés, le comte d'Artois resterait,
et que la monarchie serait sauvée [784]?» Cela n'était-il pas plus vrai
maintenant que, outre le comte d'Artois, il y avait, hors de France,
Monsieur, héritier présomptif de la couronne après le Dauphin?
Qui pourrait dire que cette perspective d'un changement dans la
personne royale ne fût pas entrée dans les visées de quelque
personnage, non pas sans doute des frères du Roi, malgré les
méfiances de Marie-Antoinette contre le comte de Provence, mais du
moins de certains de leurs conseillers, qui espéraient avoir près des
Princes plus d'influence qu'ils n'en auraient jamais auprès du Roi et
en face de la Reine?
Mme de Bombelles avait donc raison d'écrire que «le peu d'égards
qu'ils,—les Princes,—ont eu pour la Reine ferait toujours redouter
leur empire à cette dernière [785]». Et l'on conçoit que la
malheureuse princesse, instruite de cette attitude, se soit écriée un
jour avec colère: «Ils se croient des héros! Que feront ces héros,
même avec leur roi de Suède?» Et qu'une autre fois, dans un
moment d'amertume et d'abandon, elle se soit laissée aller à dire:
«Si mes frères parvenaient à nous rendre quelques services, la
reconnaissance en serait bien pesante, et nous aurions ces maîtres-
là de plus, qui seraient les plus gênants et les plus impérieux [786].»
La raison politique était donc d'accord avec le ressentiment de la
souveraine outragée et de la femme offensée, pour lui faire
repousser le concours armé des émigrés.
«Il est essentiel, écrivait-elle à Mercy, le 7 août, il est essentiel
qu'on contienne les Princes et les Français qui sont au dehors. Je
crains tout de la tête de Calonne, et une seule fausse démarche
perdrait tout [787].»
Le 16 août, elle est plus pressante encore. Pourquoi se fierait-elle
aux Princes? Ils n'ont aucun moyen sérieux, ils ne feront rien de
bon; ils ne peuvent que nuire.
«Et si même, ce qui n'est pas à présumer, ils ont un avantage réel,
nous retomberions sous leurs agents dans un esclavage nouveau et
pis que le premier, puisque, ayant l'air de leur devoir quelque chose,
nous ne pourrions pas nous en tirer. Ils nous le prouvent déjà en
refusant de s'entendre avec les personnes qui ont notre confiance,
sous le prétexte qu'ils n'ont pas la leur, tandis qu'ils veulent nous
forcer à nous livrer à M. de Calonne qui, sous tous les rapports, ne
peut pas nous convenir, et qui, je le crains bien, ne suit en tout ceci
que son ambition, ses haines particulières et sa légèreté ordinaire,
en croyant toujours possible et fait tout ce qu'il désire. Je crois
même qu'il ne peut que faire tort à mes frères, qui, s'ils n'agissaient
que d'après leur cœur seul, seraient sûrement parfaits pour nous
[788].»
Mais quoi! Ignore-t-elle les mauvais propos qui se tiennent contre
elle à Coblentz? Ne songe-t-on pas à proclamer Monsieur régent, le
comte d'Artois, lieutenant général du royaume? On veut annihiler le
Roi, après l'avoir privé de ses défenseurs. Car ne sont-ce pas ces
perpétuels appels à l'émigration qui ont créé autour des souverains
captifs un isolement sous lequel ils succombent, et qui la force elle,
à s'abaisser et à dissimuler? Et, se révoltant à cette pensée, sentant
son courroux grandir, et sa tête bouillonner, la Reine rouvre sa lettre
le 21 août, pour y revenir encore dans les termes les plus formels et
les plus durs sur la nécessité de repousser le concours des émigrés:
«Il est essentiel que les Français, mais surtout les frères du Roi,
restent en arrière, et que les Puissances réunies agissent seules.
Aucune prière, aucun raisonnement de notre part ne l'obtiendra
d'eux; il faut que l'Empereur l'exige; c'est la seule manière dont il
puisse, mais surtout à moi, me rendre service. Vous connaissez par
vous-même les mauvais propos et les mauvaises intentions des
émigrants. Les lâches! Après nous avoir abandonnés, ils veulent
exiger que seuls nous nous exposions et que seuls nous servions
tous leurs intérêts. Je n'accuse pas les frères du Roi, je crois leurs
cœurs et leurs intentions purs; mais ils sont entourés et menés par
des ambitieux, qui les perdront, après nous avoir perdus les
premiers [789].»
Le 26, avant le départ de cette lettre, nouvelles instances: «Il est
essentiel que, pour conditions, il—l'Empereur—exige que les frères
du Roi et tous les Français, mais surtout ces premiers, restent en
arrière et ne se montrent pas [790].»
L'Empereur d'ailleurs était très naturellement porté à donner
satisfaction à ces désirs de sa sœur. Il n'avait pour les émigrés ni
confiance, ni sympathie. Dès le 6 juillet, il s'était adressé aux
Électeurs de Trèves et de Cologne, pour les engager à empêcher les
Français réfugiés de faire un coup de tête [791], et le 30 du même
mois, il écrivait à sa sœur Marie-Christine, gouvernante des Pays-
Bas:
«Ne vous laissez induire à rien, et ne faites rien de ce que les
Français et les Princes vous demanderont, hors des politesses et
dîners, mais ni troupes ni argent. Je plains bien leur situation, et
celle de tous les Français qui ont dû s'expatrier; mais ils ne pensent
qu'à leurs idées romanesques et à leurs vengeances et intérêts
personnels, croient que tout le monde doit se sacrifier pour eux et
sont bien mal entourés [792].» «Dans toute cette affaire, écrivait-il
un peu plus tard, je n'ai vu que la Reine et M. de Fersen et Bouillé
qui parlent et entendent raison [793].» Lui-même ne voulait agir
qu'avec «le parfait concours de toutes les Puissances [794]».
C'est dans ce but qu'il s'était ménagé une entrevue avec le Roi de
Prusse. L'entrevue eut lieu en Saxe, à Pillnitz, le 25 août; le comte
d'Artois s'y était rendu avec Calonne, au grand mécontentement de
Léopold. La déclaration qui sortit de ces longues conférences entre
l'Empereur, le Roi, leurs ministres, le Prince français et ses
conseillers, est connue; il n'est pas inutile pourtant d'en reproduire le
texte ici:
«Sa Majesté l'Empereur et Sa Majesté le Roi de Prusse, ayant
entendu les désirs et les représentations de Monsieur et de M. le
comte d'Artois, se déclarent conjointement qu'Elles regardent la
situation où se trouve actuellement Sa Majesté le Roi de France
comme un objet d'un intérêt commun à tous les souverains de
l'Europe. Elles espèrent que cet intérêt ne peut manquer d'être
reconnu par les Puissances dont le secours est réclamé; qu'en
conséquence, Elles ne refuseront pas d'employer, avec leurs dites
Majestés, les moyens les plus efficaces, relativement à leurs forces,
pour mettre le Roi de France en état d'affermir dans la plus parfaite
liberté les bases d'un gouvernement monarchique, également
convenable aux droits des souverains et au bien-être de la nation
française. Alors, et dans ce cas, leurs dites Majestés, l'Empereur et le
Roi de Prusse, sont résolues d'agir promptement, d'un mutuel
accord, avec les forces nécessaires pour obtenir le bien propre et
commun. En attendant, Elles donneront à leurs troupes les ordres
convenables, pour qu'elles soient à portée de se mettre en activité.»
A Pillnitz, le 27 août 1791.
Léopold, Frédéric-Guillaume.
Si menaçante que parût être cette déclaration, elle n'était, au
fond, suivant l'expression de Mallet du Pan qu'«une comédie auguste
[795]». Les cinq mots: Alors et dans ce cas, introduits par un des
négociateurs autrichiens, Spielmann, dans la rédaction de l'acte, en
avaient annulé toute la portée. Les souverains ne devaient agir que
dans le cas d'un concours général des Puissances, et Léopold lui-
même déclarait ce concours «bien difficile», sinon impossible [796].
Mais c'était une comédie singulièrement dangereuse. Tôt ou tard
connu du public qui ne savait point les arrière-pensées et les
dessous de cartes, le manifeste ne pouvait manquer de produire un
double effet: exalter les espérances des émigrés, qui se croyaient
soutenus, surexciter les passions des révolutionnaires, qui se
supposaient menacés: de toutes façons donc, compromettre la
sécurité de ceux qu'on prétendait sauver.
La Reine ne s'y trompa point: elle fut très mécontente de la
déclaration de Pillnitz:
«On dit ici, écrivait-elle à Mercy, le 12 septembre, que, dans
l'accord signé à Pillnitz, les deux Puissances s'engagent à ne jamais
souffrir que la nouvelle Constitution française s'établisse. Il y a
sûrement des points auxquels les Puissances ont le droit de
s'opposer; mais, pour ce qui regarde les lois intérieures d'un pays,
chacun est maître d'adopter dans le sien ce qui lui convient. Ils
auraient donc tort de l'exiger, et tout le monde y reconnaîtrait
l'intrigue des émigrants, ce qui ferait perdre tous les droits de leur
bonne cause [797].»
On nous objectera peut-être qu'il y a là une contradiction étrange
et que la Reine, en sollicitant l'appui des Puissances, demandait, au
fond, ce qu'elle repoussait par cette lettre, une intervention
étrangère dans la Constitution intérieure du pays. Nous croyons que
ce serait mal interpréter sa pensée. La Reine voulait que, grâce à
l'attitude menaçante, à la pression même, si l'on veut, des
Puissances, le Roi fût remis en liberté; c'était tout. Le Roi, une fois
redevenu maître de ses actes, aurait seul décidé, avec les
représentants de la nation, ce qu'il devait conserver, et ce qu'il devait
rejeter d'une Constitution, dont les défauts étaient évidents, mais
que, prisonnier dans Paris, il ne pouvait se refuser à sanctionner.
Et qu'on ne croie pas que ce fût sous l'influence de Barnave et des
Lameth que Marie-Antoinette avait tracé les lignes si sages et si
fermes que nous venons de citer. Non; cette lettre du 12 septembre
est une lettre tout intime; c'est la protestation de son patriotisme, le
cri de son cœur, le sentiment profond de sa dignité de Reine et de
Française. Si l'on veut voir à quel point elle y ouvre son âme tout
entière, qu'on continue la lettre jusqu'au bout, et qu'on lise ceci:
«Enfin, le sort en est jeté; il s'agit à présent de régler sa marche
et sa conduite d'après les circonstances. Je voudrais bien que tout le
monde réglât sa conduite d'après la mienne; mais, même dans notre
intérieur, nous avons de grands obstacles et de grands combats à
livrer. Plaignez-moi; je vous assure qu'il faut plus de courage à
supporter mon état que si on se trouvait au milieu d'un combat;
d'autant que je ne me suis guère trompée et que je ne vois que
malheur dans le peu d'énergie des uns et dans la mauvaise volonté
des autres. Mon Dieu! Est-il possible que, née avec du caractère et
sentant si bien le sang qui coule dans mes veines, je sois destinée à
passer mes jours dans un tel siècle et avec de tels hommes! Mais ne
croyez pas pour cela que mon courage m'abandonne. Non pour moi,
mais pour mon enfant, je me soutiendrai, et je remplirai jusqu'au
bout ma longue et pénible carrière. Je ne vois plus ce que j'écris.
Adieu! [798]»
Et elle écrivait, quelques jours après à Esterhazy, «qu'il ne fallait
pas s'occuper de sa sûreté personnelle, mais seulement du salut de
la France [799].»
La France et son fils, c'était la double pensée qui la soutenait
pendant ses jours d'accablement, et qui lui inspirait, suivant le mot
du comte de Stedingk, «un courage égal à son infortune.»
CHAPITRE XIII
Achèvement de la Constitution.—La Reine consulte Mercy et Léopold.—On ne
peut refuser de sanctionner, car on n'a pas de moyens de résistance.—
Conseils divers.—Retour momentané de l'opinion.—Le Roi accepte la
Constitution.—Fêtes à Paris.—Enthousiasme populaire.
Pendant toutes ces négociations et ces échanges de
correspondances, l'Assemblée nationale avait atteint le terme de sa
carrière. La Constitution était achevée le 3 septembre, et, le 4,
présentée à l'acceptation du Roi, sans que les Constitutionnels
convertis, abandonnés, le jour de la discussion, par la rancune
inintelligente de la Droite, eussent pu y faire introduire les
modifications qu'ils jugeaient indispensables à la dignité de l'autorité
royale. Qu'allait faire Louis XVI? Sanctionnerait-il une œuvre que des
libéraux éprouvés, comme Gouverneur Morris, proclamaient
«inexécutable», que ses auteurs eux-mêmes, les Lameth, Barnave,
Duport, trouvaient pleine d'erreurs dangereuses, et contre laquelle
lui n'avait cessé de protester, soit secrètement, près des autres
souverains, soit publiquement, avant de partir pour Varennes, par le
message du 20 juin 1791? Refuserait-il sa sanction? Mais quelles en
seraient les conséquences?
Depuis longtemps, la Reine se préoccupait de cette grave question
et ne cessait d'interroger Mercy et ses plus fidèles amis. «C'est à la
fin de la semaine qu'on présentera la charte au Roi, écrivait-elle le
21 août; ce moment est affreux [800].» Mais Mercy, mais Léopold,
mais les conseillers du dehors se rendaient-ils exactement compte
de la situation?
«L'Assemblée voudra composer, opinait Mercy dès le 28 juillet; il
faudrait que le Roi eût la fermeté de dire qu'il ne consentira jamais à
rien qu'en pleine liberté de lui, de la Reine et du Dauphin. Ce n'est
que par le plus grand courage que l'on en imposera. ..... Il ne
faudrait pas rejeter des conditions raisonnables; cela serait désarmer
la nation, pouvoir du Roi sur l'armée, droit entier de la paix, de la
guerre et des négociations, droit de fixer la prochaine Législature
hors de Paris [801].»
Mais ces conditions, très sages, au demeurant, pour la plupart,
avaient-elles chance d'être acceptées par un peuple aussi ardent et
aussi enclin aux préjugés que le peuple français? Qui eût pu, alors,
sans une lutte violente, enlever aux gardes nationales ces armes qui
leur semblaient le palladium de la liberté? L'expérience de Varennes
ne venait-elle pas de prouver que Paris ne se croyait réellement
capitale qu'autant qu'il gardait le Roi et l'Assemblée? Aurait-on pu
exécuter, en 1791, ce qu'on n'a pu exécuter que quatre-vingts ans
plus tard, après la plus sanglante révolte, et qui, même alors, n'a
pas duré? La Reine ne le croyait pas. Pour parler ferme, comme le
voulait Mercy, il eût fallu disposer d'une force sérieuse, et, au besoin,
appuyer les paroles par des actes énergiques. Cette force, elle ne
l'avait pas.
«Ce que vous mandez des conditions à faire, répondait-elle, est
juste, mais impraticable pour nous. Nous n'avons ni force, ni
moyens; nous ne pouvons que temporiser.....»
Et s'obstinant, malgré tout, dans un invincible espoir, elle ajoutait:
«Il faut du temps et un peu de sagesse, et je crois encore qu'on
pourra préparer à nos enfants un avenir plus heureux [802].»
Un avenir plus heureux, quelle ironie!
De même que Mercy, Léopold posait comme première condition la
sortie du Roi de Paris et sa retraite dans une province, où, en pleine
liberté et sous la protection de défenseurs dévoués, il eût pu
examiner à son aise la Constitution qu'on lui soumettait. On
désignait même le lieu de sa retraite: un château de M. de Crouy
[803], du nom de l'Hermitage, situé près de Condé, ou encore
Montmédy [804], et là, le Roi serait entouré de ses gardes du corps
[805].
Mais l'Assemblée y consentirait-elle? C'était bien peu probable, car
on eût replacé le Roi précisément dans la position où il avait voulu se
mettre le 20 juin, et c'était pour l'empêcher de réaliser ce plan qu'on
l'avait arrêté à Varennes, ramené à Paris et gardé à vue aux
Tuileries.
Le laisserait-on même aller, non pas à Condé ou à Montmédy,
c'est-à-dire à une lieue de la frontière et à proximité des troupes
étrangères, mais à une petite distance de la capitale, à
Fontainebleau, Rambouillet ou Compiègne, par exemple? Malgré
l'avis de Malouet et de Mallet du Pan, la Reine ne le croyait pas
davantage.
«On désire que nous allions soit à Rambouillet, soit à
Fontainebleau; mais, d'un côté, comment et par qui serons-nous
gardés? Et de l'autre, jamais ce peuple ne laissera sortir mon fils. On
l'a accoutumé à le regarder comme son bien. Rien ne les fera céder,
et,—ajoutait-elle avec le touchant exclusivisme et les légitimes
appréhensions de l'amour maternel,—et nous ne pouvons pas le
laisser seul [806]!»
Il était bien facile à Burke d'écrire d'Angleterre: «Si le Roi accepte
la Constitution, vous êtes tous deux perdus...... Ce n'est pas
l'adresse, c'est la fermeté seule qui peut vous sauver...... Votre salut
consiste dans la patience, le silence et le refus [807].»
La patience, la Reine en avait depuis longtemps; mais le silence,
comment le garder? Comment refuser la sanction demandée et en
quelque sorte exigée? N'entendait-on pas dans Paris, et jusque sous
les fenêtres des Tuileries, gronder des menaces incessantes
d'insurrection? Le peuple, non seulement dans la capitale, mais dans
les provinces même—on l'avait bien vu au retour de Varennes,—
n'était-il pas emporté par un enthousiasme irréfléchi, mais
irrésistible, pour cette Constitution qu'il ne connaissait pas, mais
que, dans sa crédulité naïve, avec ce besoin inné en France de
chercher toujours un sauveur, et en dépit des sinistres prophéties de
Malouet, il regardait comme l'aurore de jours sans nuages? Résister
à cet entraînement universel, mais avec quoi? Quelle armée, quelle
autorité avait-on?
«Nous n'avons ni forces, ni moyens, disait la Reine. Tout ce que
nous pouvons pour notre honneur et pour l'avenir, ce sont des
observations à faire, qui ne seront sûrement pas écoutées, mais qui,
au moins avec la protestation que le Roi a faite, il y a six semaines,
et calquées sur elle, serviront de base pour le moment où l'ennemi,
le malheur et le désenivrement pourront laisser passer la raison
[808].»
Mercy lui-même, si partisan d'abord d'une attitude énergique,
revenait à des opinions tout autres, et en envoyant à la Reine les
conseils de Burke, dont nous avons parlé plus haut, et qui
poussaient à la résistance, il avait soin d'ajouter:
«Telle est l'idée de M. Burke et des amis de la Reine; mais cette
idée, vraie dans le principe, est dangereuse dans le fait..... Il faudrait
donc ne rien brusquer et mettre toute sa fermeté à tâcher de
temporiser [809].»
Plus les jours s'écoulaient, plus la terrible nécessité de
l'acceptation de la Constitution s'imposait à Marie-Antoinette,
quelque dur que cela pût être à sa fierté. Le 26 août, elle écrivait
encore à Mercy:
«Il est impossible, vu la position ici, que le Roi refuse son
acceptation. Croyez que la chose doit être bien vraie, puisque je le
dis. Vous connaissez assez mon caractère pour croire qu'il se
porterait plutôt à une chose noble et pleine de courage; mais il n'en
existe point à courir un danger plus que certain [810].»
En présence de cette évidente nécessité, la Reine ne cherchait
qu'à temporiser, comme disait Mercy, afin d'attendre l'occasion
favorable de corriger l'œuvre, plus qu'imparfaite, qu'on allait être
contraint d'accepter. Pour cela, il fallait avant tout inspirer la
confiance; il fallait que rien, ni au dedans, ni au dehors, ne vînt
entraver le retour de l'opinion et fournir un aliment aux passions
révolutionnaires: «C'est le seul moyen, écrivait la Reine à l'Empereur,
pour que le peuple, revenu de son ivresse, soit par le malheur qu'il
éprouvera à l'intérieur, soit par la crainte du dehors, revienne à nous,
en désertant les auteurs de ses maux [811].»
Déjà, s'il faut en croire un observateur, ami, il est vrai, des
Constitutionnels, un certain revirement se manifestait dans le public.
Une foule plus sympathique se portait aux Tuileries; la Reine,
prenant son fils dans ses bras, le présentait au peuple: elle était
acclamée. Le 4 septembre, la messe au Château était des plus
brillantes; Louis XVI et sa famille, en s'y rendant,—c'est un témoin
bien peu suspect qui le rapporte,—étaient salués par des
applaudissements [812]. L'opinion royaliste faisait des progrès
sensibles; on commençait à oser la soutenir dans les cafés, même
au Palais-Royal, ce palladium de la Révolution [813], et les chefs des
partis populaires la professaient entre eux [814]. La plupart étaient
convaincus que la Constitution, telle qu'ils l'avaient ébauchée, était
inapplicable; Barnave allait jusqu'à dire qu'il fallait que les
assemblées futures n'eussent que l'influence d'un Conseil de
notables et que toute la force devait résider dans le gouvernement
[815]. Bien plus, nombre de gens, de ceux même qui avaient
applaudi et peut-être participé à l'arrestation du Roi, en étaient
venus à déplorer publiquement qu'il eût échoué dans son entreprise;
ils regrettaient ce qu'on appelait «le plan de Montmédy», car,
disaient-ils, ce plan promettait à la France «une bonne Constitution
également éloignée des deux extrêmes [816]». La Reine elle-même,
si calomniée, avait sa part dans ce retour de la faveur populaire, et
seize mille gardes nationaux, dit-on, portaient des anneaux avec
cette devise: Domine, salvum fac Regem et Reginam [817]. Il fallait
donc profiter de ce revirement inattendu, et dussent les aristocrates
l'accuser,—comme ils le faisaient pour la punir de ses répugnances
contre les émigrés,—l'accuser de sacrifier à sa fierté le salut de la
France [818], ne valait-il pas mieux se résigner, en apparence du
moins, à une Constitution dont les défauts étaient si criants, qu'ils
sauteraient à tous les yeux, dès qu'on essaierait seulement de la
mettre en pratique [819]?
Il fallait donc accepter l'acte constitutionnel; mais comment, et
dans quels termes? Ici encore les avis étaient partagés. Malouet,
comme la Marck, comme Gouverneur Morris, demandaient que le
Roi fît des réserves, et c'était le parti auquel inclinaient
manifestement d'abord Louis XVI et Marie-Antoinette [820]. Mais les
Constitutionnels insistaient pour une acceptation pure et simple, et
le Roi, désireux de ne pas s'aliéner ces conseillers de la dernière
heure, et de n'inspirer aucune méfiance sur la sincérité de son
adhésion, se détermina à suivre leur avis.
«Refuser eût été plus noble, écrivait la Reine à Fersen, mais cela
était impossible dans les circonstances où nous sommes. J'aurais
voulu que l'acceptation fût simple et plus courte; mais c'est le
malheur de n'être entourés que de scélérats; encore je vous assure
que c'est le moins mauvais projet qui a passé. Les folies des Princes
et des émigrants nous ont aussi forcés dans nos démarches; il était
essentiel, en acceptant, d'ôter tout doute que ce n'était pas de
bonne foi [821].»
Le jour même où l'Assemblée avait mis la dernière main à son
œuvre, et afin d'enlever à la délibération et à l'acceptation du Roi
l'apparence de la contrainte, Lafayette était venu lever la garde
placée autour de la famille royale. Le Château redevint libre, les
jardins furent rouverts au public. Le dimanche suivant, la messe fut
célébrée dans la chapelle. Le peuple s'y rendit en masse et témoigna
une grande joie de revoir les augustes prisonniers.
On cria de toutes parts: Vive le Roi! Mais une voix, partie de la
foule, se chargea de dire à quel prix étaient les acclamations
populaires: «Oui, reprit-elle, s'il accepte la Constitution [822].»
Le 4 septembre, une députation, conduite par Thouret, vint en
grande pompe apporter au Roi l'acte constitutionnel; le Roi le prit
des mains du président et répondit qu'il l'examinerait. Le 13, il écrivit
à l'Assemblée qu'il l'acceptait et qu'il irait le lendemain en jurer
solennellement le maintien; il demandait en même temps, que «les
accusations et les poursuites qui avaient pour cause les événements
de la Révolution fussent éteintes dans une amnistie générale». La
lecture de cette lettre rédigée par Duport du Tertre [823], mais écrite
tout entière de la main du Roi [824], souleva de frénétiques
applaudissements. L'amnistie fut votée séance tenante; on en était
aux politesses et aux échanges de bons procédés. Une nombreuse
députation alla porter le décret aux Tuileries. Le prince était avec sa
famille: «Voilà ma femme et mes enfants, dit Louis XVI; ils partagent
mes sentiments.» Marie-Antoinette reprit: «Voici mes enfants, nous
accourons tous et nous partageons les sentiments du Roi.»
Le Roi était sincère dans son acceptation de la Constitution; il
espérait encore, à force de sagesse et de patience, la faire marcher
tant bien que mal, tout en éclairant la nation sur les défauts de cette
œuvre mal digérée, et sur les intérêts vrais du pays. «Il demanda à
la Reine et à tous ceux qui l'entouraient, dit Mme de Tourzel, de
s'interdire toute réflexion sur les démarches que les circonstances
venaient d'exiger de lui, de ne se permettre rien de contradictoire à
la Constitution, et, conformément à un de ses articles de ne plus
nommer à l'avenir Mgr le Dauphin que du nom de Prince Royal
[825].» La Reine n'avait pas la même confiance que son mari dans
l'issue de l'expérience qu'on allait tenter et dans la sagesse du
peuple; elle se résignait moins facilement aux sacrifices que le
régime nouveau imposait à la royauté.
Cette résignation d'ailleurs n'allait pas tarder à être soumise à une
rude épreuve. Le 14 à midi, le Roi se rendit à l'Assemblée, entouré
de tous ses ministres. Il alla prendre place sur un fauteuil à côté du
président et prononça d'une voix ferme la formule du serment. Par
un étrange oubli de toutes les traditions et de toutes les
convenances, le président Thouret avait fait décréter que
l'Assemblée resterait assise pendant que le Roi parlerait; le prince,
qui était demeuré debout en prêtant serment, s'en aperçut et en fut
vivement ému [826]. La Reine, qui s'était jointe spontanément à son
mari et assistait à la séance dans une tribune avec son fils, sa fille et
Mme Elisabeth, en fut plus émue encore [827]. Mais l'enthousiasme
était si général que le public n'avait fait attention ni à cette étrange
inauguration du nouveau régime, qui débutait par une humiliation
officielle de la royauté, ni à cette légitime indignation du souverain;
la salle et les tribunes s'étaient confondues dans de bruyantes et
unanimes acclamations. Après la séance, l'Assemblée entière
accompagna la famille royale revenant aux Tuileries. Arrivée au
Palais, la Reine se hâta de saluer les dames de sa suite et rentra
dans ses appartements; le Roi l'y suivit, pâle, les traits altérés, et, se
jetant dans un fauteuil, un mouchoir sur les yeux: «Tout est perdu,
s'écria-t-il. Ah! Madame, vous avez été témoin de cette humiliation.
Quoi! vous êtes venue en France pour voir....» Sa voix était coupée
par les sanglots. La Reine se jeta à genoux devant lui et le serra
dans ses bras. Mme Campan était là; Marie-Antoinette lui fit signe de
sortir, et les deux époux restèrent l'un près de l'autre, confondant
leurs larmes et leurs tristes pressentiments [828].
Au dehors, cependant, l'enthousiasme n'était pas moins vif qu'à
l'Assemblée: on croyait la Révolution finie, la paix et l'ordre
désormais assurés; plus de dangers dans le présent, plus de
menaces pour l'avenir; c'était un entrain, c'était une ivresse. «Les
esprits sages, disait l'ambassadeur de Suède, ne partageaient pas
cette joie [829].» Mais qu'importait à la foule?
Quelques jours après, la Constitution fut proclamée au Champ-de-
Mars; la municipalité, le département, les fonctionnaires publics, la
foule s'y pressaient, et lorsque l'acte constitutionnel eut été lu, du
haut de l'autel de la patrie, un immense cri de Vive la Nation!
s'échappa de la poitrine de trois cent mille hommes qui s'étouffaient
dans cette enceinte. On riait, on s'embrassait, on se félicitait; des
aérostats s'élevaient dans les airs, couverts d'inscriptions
patriotiques; il y avait jeux populaires et distributions de vivres sur
les places et dans les carrefours [830]. Le soir, tout Paris illumina; les
boulevards, le Louvre, les Tuileries, la place Louis XV, les Champs-
Élysées surtout étincelaient; des guirlandes de feu couraient d'arbre
en arbre jusqu'à la porte de l'Etoile. Le Roi, la Reine et le Dauphin se
promenèrent en voiture jusqu'à onze heures du soir, escortés par la
garde nationale et acclamés par la foule; des cris de Vive le Roi!
retentissaient de toutes parts. Mais un homme s'était attaché à la
voiture royale, et chaque fois qu'éclatait le cri de Vive le Roi! d'une
voix de Stentor il criait à l'oreille de la Reine: «Non! ne les croyez
pas. Vive la Nation!» C'était la voix brutale de la Révolution
proclamant qu'elle n'abdiquait pas, même devant l'enthousiasme
populaire. «La Reine, rapporte Mme Campan, en fut frappée de
terreur [831], et quand elle rentra au Château: «Qu'il est triste,» dit-
elle à Mme de Tourzel, «que quelque chose d'aussi beau ne laisse
dans nos cœurs qu'un sentiment de tristesse et d'inquiétude [832]!»
Les fêtes continuaient néanmoins; fêtes religieuses et fêtes
profanes; on chantait un Te Deum aux Tuileries; on jouait aux
théâtres des pièces royalistes. Le dimanche 25, il y eut réjouissances
populaires offertes par le Roi, dans le jardin du Château. «Nous
avons été à l'Opéra, écrivait ce jour-là Mme Elisabeth à son amie Mme
de Raigecourt; nous irons demain à la Comédie. Mon Dieu! que de
plaisirs! J'en suis toute ravie! Et aujourd'hui, nous avons eu pendant
la messe le Te Deum. Il y en avait un à Notre-Dame. M. l'intrus avait
bonne envie que l'on y allât; mais quand on en chante un chez soi,
on est dispensé d'en aller chanter d'autres, tu en conviendras. Nous
nous sommes donc tenus tranquilles. Ce soir, nous avons encore une
illumination; le jardin sera superbe, tout en lampions et en petites
machines de verre que, depuis deux ans, on ne peut nommer sans
horreur [833].»
Le mardi 20, à l'Opéra [834], et le lundi 26, à la Comédie-
Française, l'accueil fut excellent; il y eut des applaudissements
«inexprimables [835]». Aux Italiens, quelques jours plus tard,
l'enthousiasme ne fut pas moins bruyant. «Tu ne peux te faire une
idée du tapage qu'il y a eu samedi à la Comédie-Italienne,» écrivait
encore Mme Elisabeth à Mme de Raigecourt. «Mais,» ajoutait
mélancoliquement la princesse, «il faut voir combien cet
enthousiasme durera [836].»
Le 30 septembre, le Roi se rendait à l'Assemblée pour en faire la
clôture. Le président Thouret déclarait que l'Assemblée nationale
avait terminé sa mission [837], et Lafayette radieux partait pour
l'Auvergne, en annonçant béatement que la Révolution était finie.
CHAPITRE XIV
Suites de l'acceptation de la Constitution.—Protestation des Princes.—Lettre de
Louis XVI à ses frères.—Lettre de Mme Elisabeth à la marquise de
Raigecourt.—Dissentiments entre les Tuileries et Coblentz.—
Correspondance de la Reine avec Fersen.—Plan de Marie-Antoinette.—Le
congrès armé.—Pourquoi le plan de la Reine est inexécutable.
Quelle avait été l'impression produite à l'étranger par l'acte
solennel du 14 septembre? Avant même de le connaître
officiellement, le 10, les Princes avaient protesté, en déclarant que
l'acceptation du Roi ne pouvant être libre, et lui étant d'ailleurs
interdite par son devoir et par le serment prêté lors de son
avènement au trône, était nulle et non avenue. Ils ajoutaient
qu'aucun ordre ne les empêcherait de suivre la ligne que leur traçait
leur conscience et «qu'ils obéissaient au véritable commandement
de leur souverain, en résistant à ses défenses extorquées [838]». Le
11 septembre, le prince de Condé, le duc de Bourbon et le duc
d'Enghien adhéraient à cette déclaration.
Vainement Louis XVI, dès le milieu de septembre et avant même
d'avoir reçu cette protestation que lui apporta le duc de la Force
[839], avait-il écrit à ses frères la lettre la plus touchante et la plus
sage, pour les conjurer de rentrer en France et de ne pas compliquer
les difficultés qui l'assaillaient: «Je sais, disait-il, combien la Noblesse
et le Clergé souffrent de la Révolution; tous les sacrifices qu'ils
avaient si généreusement proposés n'ont été payés que par la
destruction de leur fortune et de leur existence. Sans doute, on ne
peut être plus malheureux et l'avoir moins mérité; mais, pour des
crimes commis, faut-il en commettre d'autres? Moi aussi j'ai souffert;
mais je me sens le courage de souffrir encore, plutôt que de faire
partager mes malheurs à mon peuple.....
«Je sais, disait-il plus loin, qu'on se flatte, parmi mes sujets
émigrés, d'un grand changement dans les esprits. J'ai cru longtemps
qu'il se préparait, mais je suis détrompé aujourd'hui. La nation aime
la Constitution, parce que ce mot ne rappelle à la classe inférieure
du peuple que l'indépendance où il vit depuis deux ans, et à la
classe au-dessus, l'égalité. Ils blâment volontiers tel ou tel décret en
particulier; mais ce n'est pas là ce qu'ils appellent la Constitution. Le
bas peuple voit que l'on compte avec lui; le bourgeois ne voit rien
au-dessus. L'amour-propre est satisfait. Cette nouvelle jouissance a
fait oublier toutes les autres..... Le temps seul leur apprendra
combien ils se sont trompés.
«Il faut donc attendre, et surtout se garder avec soin de tout ce
qui pourrait faire croire au peuple qu'on veut détruire cette
Constitution, qu'il regarde comme la charte de sa liberté; il faut,—et
cela ne saurait tarder,—que l'usage lui en démontre à lui-même les
inconvénients.....»
Et le Roi terminait par ces lignes, où il ne pouvait déguiser
l'amertume de son âme:
«Je finissais cette lettre, dans le moment où j'ai reçu celle que
vous m'avez envoyée. Je l'avais vue imprimée avant de la recevoir, et
elle est répandue partout en même temps. Vous ne sauriez croire
combien cette marche m'a peiné!..... Je ne vous ferai aucun
reproche; mon cœur ne peut se décider à vous en faire...... Je vous
ferai seulement remarquer qu'en agissant sans moi, il,—le comte
d'Artois,—contrarie mes démarches, comme je déconcerte les
siennes. Vous me dites que l'esprit public est revenu et vous voulez
en juger mieux que moi qui en éprouve tous les malheurs. Je vous ai
déjà dit que le peuple supportait toutes ses privations, parce qu'on
l'avait toujours flatté qu'elles finiraient avec la Constitution. Il n'y a
que deux jours qu'elle est achevée, et vous voulez que son esprit
soit changé! J'ai le courage de l'accepter pour donner à la nation le
temps de connaître ce bonheur dont on la flatte, et vous voulez que
je renonce à cette utile expérience!... Vous vous flattez de donner le
change, en déclarant que vous marchez malgré moi; mais comment
le persuader, lorsque cette déclaration de l'Empereur et du Roi de
Prusse est motivée sur votre demande? Pourra-t-on jamais croire
que mes frères n'exécutent pas mes ordres? Ainsi, vous allez me
montrer à la nation, acceptant d'une main et suscitant les Puissances
étrangères de l'autre?......
«Je ne vous parle pas de ma position personnelle; on peut en être
peu occupé hors de France; mais moi je suis occupé de celles de
mes frères..... Je conçois qu'on ne compte plus ni mes peines, ni
mes embarras; mais vous devez m'éviter ceux qui vous touchent
[840].»
Vainement, quelques jours après, craignant que cette lettre ne
parût un message officiel et imposé, Louis XVI adressait-il à ses
frères un nouveau billet tout confidentiel, où il renouvelait ses
instances et les suppliait de conformer leur conduite à la sienne, et
de ne pas le priver, par leurs incessants appels, de ses derniers
défenseurs; car, disait-il, «il m'est bien essentiel d'en avoir près de
moi.» Toutes ces prières restaient sans effet. Pour toute réponse, les
Princes répandaient à profusion, à Paris et dans les départements,
une nouvelle protestation contre la Constitution [841], et ils écrivaient
à leur frère ce billet qui fut retrouvé, après le 10 août, dans le
secrétaire du Roi.
«Si l'on nous parle de la part de ces gens-là, nous n'écouterons
rien; si c'est de la vôtre, nous écouterons, mais nous irons notre
chemin [842].»
Vainement Mme Elisabeth, qu'un admirable dévouement retenait à
Paris, mais que son cœur portait souvent à Coblentz, essayait-elle,
par l'intermédiaire de ses fidèles amies, Mme de Bombelles, et
surtout Mme de Raigecourt, d'aplanir les dissentiments qui divisaient
la famille royale. Vainement leur écrivait-elle, dans ce style
énigmatique, qui servait à leur correspondance:
«On perdrait tout, si l'on pouvait avoir d'autre vue pour le Futur
que celle de la confiance et de la soumission aux ordres du Père
[843]. Toute vue, toute idée, tout sentiment doit céder à celui-là.....
Vous me direz que cela est difficile, quoique cela soit dans le cœur;
mais plus je le sens difficile, plus je le désire..... Le Père est presque
guéri; ses affaires sont remontées; mais comme sa tête est revenue,
dans peu il voudra reprendre la gestion de ses biens, et c'est là le
moment que je crains. Le Fils, qui voit des avantages à les laisser
dans les mains où elles sont, y tiendra; la Belle-mère ne le souffrira
pas et c'est là ce qu'il faudrait éviter, en faisant sentir au jeune
homme que, même pour son intérêt personnel, il ne doit pas
prononcer son opinion sur cela..... Il faudrait aussi qu'on persuadât
au jeune homme de mettre un peu plus de grâce vis-à-vis de sa
Belle-mère, seulement de ce charme qu'un homme sait employer,
quand il veut, et avec lequel il lui persuadera qu'il a le désir de la
voir ce qu'elle a toujours été..... On te dira du mal de la Belle-mère;
je le crois exagéré [844].»
Pas plus que les prières de Louis XVI, les objurgations de Mme
Elisabeth n'étaient écoutées. On a vu, par le billet que nous avons
cité plus haut, quel cas les Princes faisaient de l'autorité du Roi;
leurs entours étaient plus violents. La Reine était quotidiennement
traité à Coblentz de «démocrate»; le Roi, de «pauvre homme» et de
«soliveau». Le Journal des Princes, publié par Suleau, était tellement
rempli d'injures contre Léopold et Marie-Antoinette, qu'on était
obligé de supprimer le journal, de renvoyer Suleau, et de destituer le
censeur, Christin, secrétaire de Calonne [845]. Mme de Bombelles,
écho de ces bruits, et indignée de ces outrages, était réduite à écrire
à Mme de Raigecourt, le 3 novembre:
«Comment la Reine se fierait-elle jamais à M. le C. D. [846], elle
qui sait les propos infâmes que tous ses entours ont tenus et
tiennent encore sur elle et sur le Roi? Je n'ai pas, grâce à Dieu, à me
reprocher de lui avoir fait parvenir tout ce que j'ai entendu moi-
même mais j'en sais assez pour sentir que, si elle est aussi instruite
que moi, elle ne risquera jamais de faire dépendre son sort de gens
qui lui doivent beaucoup et qui sont ses plus mortels ennemis.
J'excepte M. le comte d'Artois des traits dont je vous parle; son âme
est droite, noble et franche, et je suis intimement convaincue de la
pureté de ses intentions; mais, faible comme la plupart des princes
de son sang, il se laisse diriger aveuglément par sa société [847].»
Le dissentiment s'aggravait donc chaque jour entre les Tuileries et
Coblentz [848]. Indépendamment de la rivalité entre Breteuil et
Calonne, le premier, agent attitré, le second, ennemi personnel de
Marie-Antoinette, les divergences de vues s'accentuaient entre les
Princes et le Roi, et surtout la Reine, chacun entendant diriger le
mouvement: les Princes voulant se lancer en avant et détruire la
Constitution, l'épée à la main; le Roi s'efforçant de temporiser et
d'améliorer, et la Reine repoussant avant tout une action des Princes
qui, pensait-elle avec raison, n'aurait d'autre résultat que d'«irriter
les factieux sans les effrayer [849]», et par là compromettrait le
succès d'un plan qu'elle étudiait depuis le retour de Varennes et qui,
chaque jour, se formulait avec plus de netteté.
Comme la famille royale, les Puissances étaient divisées; suivant
leurs intérêts particuliers, elles penchaient vers les Princes ou vers le
Roi. Tandis que Gustave III rompait avec l'Assemblée, renvoyait à
Louis XVI sans le lire le billet où il lui notifiait son acceptation de la
Constitution [850], accréditait, près de Monsieur, le comte
d'Oxenstiern; tandis que l'Impératrice de Russie déclarait que
l'acceptation du Roi devait être considérée comme non avenue parce
qu'elle avait été forcée, et que si Louis XVI et Marie-Antoinette
avaient été de bonne foi en acceptant, c'était tant pis pour eux, et
que «dans ce cas, il faudrait regarder le Roi de France comme un
nonens (sic) [851]»; tandis que le roi d'Espagne donnait à son
ministre à Paris l'ordre de faire un voyage à Nice [852], Léopold,
heureux d'un événement qui s'accordait avec ses goûts de
temporisateur, proclamait que dorénavant toute idée de contre-
révolution était inutile et dangereuse [853], et que, Louis XVI ayant
adhéré à l'acte constitutionnel, il n'y avait plus qu'à attendre et à
observer la tournure que prendraient les événements. «Le Roi et la
Reine, disait-il, n'ont d'autre ressource que de laisser à l'Assemblée
législative le temps de se discréditer; ils doivent en outre se
conformer exactement aux lois, se composer un parti, et profiter des
circonstances. Cet essaim d'abeilles françaises, ajoutait-il en parlant
des émigrés, devrait enfin songer à se retirer; elles seront bien à
charge au pays [854].» Et le roi de Prusse s'écriait de son côté:
«Enfin, je vois la paix de l'Europe assurée [855].»
Et Fersen, l'ardent Fersen, revenu de Vienne, où l'avait envoyé son
maître, à Bruxelles, où il s'installait pour entretenir, au nom de la
Suède, une correspondance avec le Roi de France [856], Fersen,
resté pendant deux mois sans nouvelles directes des Tuileries [857],
et déjà dérouté par le langage de Louis XVI, l'était plus encore en
recevant cette lettre de Marie-Antoinette:
«Je crois que la meilleure manière de dégoûter de tout ceci est
d'avoir l'air d'y être en entier; cela fera bientôt voir que rien ne peut
aller. Au reste, malgré la lettre que mes frères ont écrite au Roi, et
qui, par parenthèse, ne fait point du tout ici l'effet qu'ils en
espéraient, je ne vois point, surtout par la déclaration de Pillnitz, que
les secours étrangers soient si prompts. C'est peut-être un bonheur,
car plus nous avancerons, et plus ces gueux-ci sentiront leurs
malheurs; peut-être viendront-ils à désirer eux-mêmes l'étranger
[858].»
Stupéfait de cette résignation inattendue de sa royale
correspondante, Fersen lui posait aussitôt catégoriquement les trois
questions suivantes:
«1o Comptez-vous vous mettre sincèrement dans la Révolution et
croyez-vous qu'il n'y a aucun autre moyen?»
«2o Voulez-vous être aidés, ou voulez-vous qu'on cesse toute
négociation avec les Cours?»
«3o Avez-vous un plan et quel est-il [859]?»
Mais la Reine se hâtait de détromper son chevaleresque serviteur:
«Rassurez-vous; je ne me laisse pas aller aux enragés, et si j'en
voie ou que j'aie des relations avec quelques-uns d'entre eux, ce
n'est que pour m'en servir, et ils me font trop horreur pour jamais
me laisser aller à eux [860].»
«Soyez bien tranquille, jamais je ne me laisserai aller aux enragés;
il faut s'en servir pour empêcher de plus grands maux; mais pour le
bien, je sais bien qu'ils ne sont pas capables de le faire [861].»
Il fallait dissimuler, il fallait gagner la confiance du peuple; c'était
le seul moyen d'arrêter, ou tout au moins d'ajourner le mal et de
préparer le mieux. Car, disait la Reine: «Si l'esprit public ne change
pas, aucune force humaine ne saurait gouverner dans un sens
contraire [862].» Or, pour faire changer cet esprit, mieux valait faire
semblant d'y céder d'abord pour le redresser, et cette attitude
effacée faisait ainsi partie du plan dont Marie-Antoinette poursuivait
l'exécution, par l'intermédiaire de son ancien conseiller Mercy et du
fidèle Fersen.
Convaincue qu'il n'y avait pour le moment rien à attendre du
dedans, que le mécontentement que ne pourrait manquer de
produire l'application de la Constitution serait stérile et inerte, si les
mécontents ne se sentaient appuyés et au besoin excités par une
force sérieuse au dehors; convaincue d'autre part que les émigrés ne
pouvaient pas être cette force, parce que leurs menaces ne
serviraient qu'à exaspérer la France [863]; froissée d'ailleurs elle-
même de leur attitude et du peu de cas qu'ils faisaient de la volonté
du Roi, même la plus formelle et la plus nettement exprimée, elle
demandait que l'Empereur prît l'initiative de ce qu'elle nommait un
Congrès armé [864]. Les Puissances auraient réuni à Aix-la-Chapelle
leurs ambassadeurs à Paris ou tous autres plénipotentiaires. Là,
prenant en main les intérêts de l'équilibre européen menacé,
invoquant notamment l'occupation d'Avignon, les droits lésés des
princes allemands en Alsace, la garantie des traités passés avec la
France et compromis par le changement de régime; appuyant au
besoin leurs revendications par la présence à la frontière de têtes
d'armées, capables à la fois d'en imposer «à la partie la plus enragée
des factieux» et de «donner aux plus raisonnables le moyen de faire
le bien»; mais évitant soigneusement de parler de la Constitution
[865], annonçant même bien haut qu'elles ne voulaient nullement
«s'ingérer dans le gouvernement intérieur de la France [866]», elles
adresseraient, «dans un langage raisonnable [867],» une sommation
au gouvernement français, sommation dont le premier article serait
la faculté pour Louis XVI de sortir de la capitale et d'aller où il
voudrait [868]. En attendant,—car ce ne pouvait être là l'œuvre d'un
jour, et il fallait «laisser respirer la nation après tant de secousses»
et lui donner le temps de «reprendre ses habitudes et ses mœurs
avant de juger ce que les circonstances peuvent exiger et souffrir
[869]»,—en attendant, le Roi s'efforcerait de gagner la confiance du
peuple, combattrait par-dessous l'Assemblée en cherchant à la
déconsidérer [870], mais ferait appliquer strictement la Constitution
[871], afin que la nation, sentant à l'usage les inconvénients de cette
œuvre bâtarde, fût amenée elle-même à en souhaiter le
changement. La déclaration des Puissances, survenant alors,
rendrait courage aux honnêtes gens en leur donnant un moyen de
force et un point de réunion [872], terrifierait les factieux, et le Roi,
redevenu ainsi libre, pourrait se joindre au Congrès et s'interposer
comme médiateur entre ses sujets et les coalisés [873]. «Seul rôle
qui lui convienne, disait la Reine, dans une lettre qu'elle a reconnue
comme l'expression exacte de sa pensée [874], tant par l'amour qu'il
a pour ses sujets que pour en imposer aux factions des émigrants,
qui, par le ton qu'ils ont et qui s'élèverait encore s'ils contribuaient à
un autre ordre de choses, replongeraient le Roi dans un nouvel
esclavage [875].» Rentré dans la plénitude de son autorité [876], mais
sans vouloir aucunement rétablir l'ancien régime [877], «libre de faire
telle Constitution qu'il voudrait [878],» il accomplirait,—comme il
comptait le faire, s'il avait gagné Montmédy le 20 juin,—d'accord
avec les représentants du pays, les réformes nécessaires. Toute la
partie saine de la nation viendrait en aide au souverain pour
l'exécution de ces réformes, et les révolutionnaires, ayant tout à
craindre de l'attitude énergique des Puissances, seraient trop
heureux de céder à la justice tempérée par la clémence. Ainsi,
l'ordre serait rétabli sans effusion de sang, par le simple accord des
Puissances et par l'initiative du Roi. «La Révolution se ferait dans
l'intérieur de chaque ville; elle se ferait par l'approche de la guerre,
et non par la guerre même [879].»
Tel était, autant qu'on peut le retrouver au milieu des
innombrables dépêches échangées entre Paris, Vienne, Bruxelles,
Stockholm, Saint-Pétersbourg, tel était le plan auquel s'était arrêtée
la Reine; plan dont elle poursuivit la réalisation avec une
persévérance infatigable, jusqu'à ce que la déclaration de guerre eût
rendu une solution pacifique impossible, et pour lequel elle se
condamnait à une incessante correspondance, écrivant lettres sur
lettres, mémoires sur mémoires, elle qui, disait-elle, «n'en savait pas
faire [880]»; plan que Mercy, après quelques hésitations, avait fini
par adopter et auquel le Roi avait pu se rallier [881], sans être accusé
de duplicité; car, en acceptant la Constitution, il savait qu'elle était
impraticable, et tout en l'observant scrupuleusement lui-même, il ne
pouvait pas rendre possible ce qui ne l'était pas par sa nature [882];
plan enfin, auquel le chevaleresque Fersen, resté le confident des
Tuileries, se consacrait tout entier. Voici les lignes touchantes par
lesquelles il protestait de son dévouement absolu et désintéressé;
car, la calomnie ne l'avait pas épargné; les ambassadeurs de Suède
et d'Espagne avaient osé l'accuser d'ambition:
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